• Aux Etats-Unis, la remise en cause du droit du sol voulue par Donald Trump semble laisser la Cour suprême sceptique
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    Aux Etats-Unis, la remise en cause du droit du sol voulue par Donald Trump semble laisser la Cour suprême sceptique
    par Piotr Smolar (Washington, correspondant)
    Le déplacement était chargé d’une violence symbolique. Mû par son goût pour l’intimidation, Donald Trump a accompli un geste inédit, mercredi 1er avril. Il s’est rendu à la Cour suprême pour assister au débat sur le droit du sol, qu’il cherche à remettre en question. Cette présence silencieuse du président américain ne dura qu’un temps, celui de l’intervention de son représentant, le solliciteur général des Etats-Unis, John Sauer. Quittant l’enceinte avant la clôture du débat, le magnat s’est sans doute lassé des échanges sophistiqués, empreints de références à des précédents fameux.
    Les questions ont essentiellement concerné les notions de « domicile » et d’« allégeance » des parents étrangers et des enfants, sans controverse majeure sur la question migratoire actuelle aux Etats-Unis. Le solliciteur général a certes évoqué l’existence d’une industrie touristique de la naissance, conduisant des Russes et des Chinois à élaborer des stratégies pour accoucher dans le pays. « Nous sommes dans un nouveau monde (…) où 8 milliards de personnes se trouvent à un vol en avion d’accoucher d’un enfant qui sera un citoyen américain », a lancé John Sauer. « C’est un monde nouveau, c’est la même Constitution », a platement répondu John Roberts, le président de la Cour suprême. Un scepticisme a semblé dominer parmi les neuf magistrats au sujet des arguments de l’administration. Le jour même de son retour à la Maison Blanche, Donald Trump a pris pour cible le droit du sol, marqueur idéologique fondamental dans la lutte contre « l’invasion » supposée du pays par 20 millions de sans-papiers, un chiffre communément cité par les républicains, mais non repris par les démographes sérieux. Le 20 janvier 2025, le président signait un décret prétendant protéger « la signification et la valeur de la citoyenneté américaine ».
    Il s’agissait d’une remise en cause radicale de l’un des principes fondamentaux du modèle national, puissante machine assimilatrice et patriotique. Le décret présidentiel stipulait que la citoyenneté ne devait pas être accordée à des enfants nés de père non citoyen ou n’étant pas un résident permanent et de mère en situation illégale ou disposant d’un statut temporaire. Dans leur mémoire déposé devant la Cour suprême, les avocats de l’administration prétendaient que le système tel qu’il a existé depuis plus d’un siècle est devenu « une incitation perverse pour l’immigration illégale qui a eu un impact négatif sur la souveraineté, la sécurité nationale et la stabilité économique du pays ». Mais le décret présidentiel n’a jamais été mis en œuvre, ayant fait l’objet de nombreuses plaintes et décisions judiciaires défavorables.
    Le droit du sol a été gravé dans la Constitution en 1868, après la guerre de Sécession, afin de renforcer les droits des Noirs, anciens esclaves. La section I du 14e amendement stipule que toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis et relevant de sa « juridiction » en est un citoyen. C’est cette référence à la « juridiction » qui se trouve au cœur de l’argumentaire de l’administration. Selon elle, les enfants de personnes en situation illégale ou dotées d’un statut temporaire ne seraient pas concernés, n’ayant pas développé de « liens d’allégeance » avec les Etats-Unis, avec notamment un domicile permanent.
    Evénement
    Mercredi, une affaire ancienne figurait au cœur des débats, datant de 1898, celle de Wong Kim Ark. Né à San Francisco de parents chinois, ce jeune cuisinier décida, à l’âge de 21 ans, de leur rendre visite dans leur pays d’origine. A son retour aux Etats-Unis, on lui refusa l’entrée, en prétextant du fait qu’il n’était pas un citoyen américain. La Cour suprême finit par lui donner raison.Le solliciteur général, John Sauer, a affirmé qu’une révision du droit du sol ne serait pas rétroactive. Cela n’a guère rassuré certains magistrats, notamment Ketanji Brown Jackson. Celle-ci s’est intéressée aux aspects pratiques. Comment prouver cette « allégeance » ? « Va-t-on convoquer des femmes enceintes pour une déposition ? » A ce jour, les seules exceptions admises au droit du sol concernaient les enfants de diplomates étrangers, d’éventuelles forces d’occupation et leur descendance, ou bien encore les tribus indiennes, au nom du caractère particulier de leur souveraineté et de leurs lois. Il a fallu attendre l’Indian Citizenship Act de 1924 pour que leurs membres soient officiellement reconnus comme des Américains, sans que la question soit entièrement réglée.
    « La règle claire et intangible du 14e amendement a contribué à la croissance et à la prospérité de notre nation, a noté Cecillia Wang, l’avocate de l’association American Civil Liberties Union, dans son propos introductif devant la Cour. Elle découle des textes et de l’histoire. Elle est applicable et elle empêche la manipulation. Le décret présidentiel échoue sur tous ces points. De larges pans du droit américain deviendraient incohérents. Des milliers de bébés américains perdraient immédiatement leur citoyenneté. Et si l’on accorde du crédit à la théorie du gouvernement, la citoyenneté de millions d’Américains, passés, présents et futurs, pourrait être remise en question. »
    De retour à la Maison Blanche, Donald Trump a publié un court message sur Truth Social, assurant que les Etats-Unis étaient le seul pays « assez stupide » pour tolérer le droit du sol ; et les chaînes d’information de montrer la carte de toutes les autres nations concernées.Le 26 mars, quelques jours à peine avant cette session de la Cour suprême, le président américain avait personnellement attaqué deux de ses membres, nommés pourtant par ses soins : Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett. « Ils me rendent malade parce qu’ils sont mauvais pour notre pays », avait-il asséné. Le magnat ne leur pardonne pas de s’être joints aux juges libéraux pour censurer son dispositif de tarifs douaniers mondiaux dits « réciproques », le 20 février. Pour lui, il en va des magistrats comme des journalistes : seuls ceux qui abondent dans son sens méritent sa considération.

    #Covid-19#migration#migrant#etatsunis#politiquemigratoire#droit#droitdusol#sante#citoyennete

  • Le municipalisme au pouvoir
    https://laviedesidees.fr/David-Hamou-De-la-rue-a-la-mairie

    De ses origines populaire et contestataire sur les places de Barcelone à son entrée dans le « palais » municipal, David Hamou présente une ethnographie de Barcelone en Commun et de son « pari municipaliste ».

    #International #Espagne #élections #ville #citoyenneté #Double_Une
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20260320_hamou-barcelone.pdf

  • #Los_Angeles contre l’#ICE. La bataille pour la #souveraineté_urbaine à Los Angeles

    À Los Angeles, la résistance des habitants et des pouvoirs publics à la politique anti-migrants manifeste l’ampleur du #militantisme_populaire. On voit s’engager là une lutte majeure pour la #souveraineté_territoriale.

    La crise de la souveraineté

    Au cours de l’été 2025, Los Angeles a été le théâtre d’une bataille exceptionnelle : une grande ville américaine a ouvertement contesté la légitimité du gouvernement fédéral à exercer une souveraineté unilatérale sur son territoire. Lorsque l’administration Trump a déployé 4 700 soldats de la Garde nationale et marines pour faire respecter la loi sur l’immigration par des expulsions massives, marquant le premier déploiement de ce type sans le consentement du gouverneur (préfet) depuis les années 1960, la ville n’a pas capitulé. Au contraire, une coalition composée de militants locaux, de syndicats, d’élus et d’organisations de la société civile a organisé une résistance territoriale soutenue, clamant que l’autorité fédérale n’avait aucun droit légitime sur leurs quartiers.

    Du 6 juin à la mi-juillet 2025, plus de 40 manifestations ont éclaté dans 15 zones distinctes du comté. Un seul rassemblement au Grand Park a attiré 30 000 participants. Les comités de #défense_communautaire se sont multipliés, six d’entre eux ayant été créés dans la seule banlieue tranquille de Pasadena.

    Alors que les autorités fédérales ont arrêté 2 792 immigrants pendant cette période, les manifestants ont riposté : plus de 850 militants ont été arrêtés pour avoir entravé les opérations de l’agence fédérale, Immigration and Customs Enforcement (ICE). Le 10 juillet, l’une des organisations les plus puissantes politiquement de la ville, la Fédération du travail du comté de Los Angeles, a organisé la première formation à grande échelle sur la résistance non violente. L’événement a attiré des dirigeants politiques et civiques, dont le maire, ainsi que 1 500 participants issus de syndicats et d’organisations communautaires de tout le comté.

    Il ne s’agissait pas simplement d’une manifestation ponctuelle. C’était une bataille pour déterminer qui détient l’#autorité_légitime pour décider qui a le « droit d’avoir des droits » pour résider sur le territoire urbain. En tant que telle, elle représentait un défi direct à la revendication du gouvernement fédéral de souveraineté sur tout l’espace situé dans les limites juridictionnelles du pays.

    Les militants immigrés locaux ont mené la résistance. Soutenus par une large coalition, ils ont développé des stratégies spatiales inédites qui ont transformé les quartiers immigrés vulnérables en zones défendues où les forces fédérales ne pouvaient opérer sans être détectées et sans rencontrer une résistance organisée.

    Refuser la #légitimité_fédérale : l’économie morale de l’#appartenance

    La résistance reposait sur un rejet fondamental du droit du pouvoir fédéral à déterminer arbitrairement les conditions d’appartenance territoriale à la nation. Los Angeles County compte 4,8 millions d’habitants Latinos concentrés dans des quartiers densément peuplés et interconnectés à l’est, au sud-est et au sud de la région. Des habitants ont spontanément affronté les agents fédéraux, exigeant la libération des amis, voisins et étrangers sur la base d’une « économie morale » d’#appartenance_locale.

    Le célèbre historien britannique Edward Palmer Thompson a montré comment qu’au XVIIIe siècle, les foules anglaises ont fait respecter les normes traditionnelles régissant les marchés céréaliers aux marchands qui violaient les attentes communautaires en matière de prix équitables et d’obligations locales (1971).

    Les communautés d’immigrants de Los Angeles ont de la même manière imposé leur propre économie morale d’appartenance aux autorités fédérales qui violaient les attentes communautaires quant à l’appartenance légitime à leurs quartiers. Et c’est cette conception locale de l’appartenance, qui contrastait fortement avec celle de l’administration Trump, qui a déterminé les croyances concernant le droit de résidence et ce qui constituait la légitimité des interventions gouvernementales en matière d’immigration (De Genova 2002 ; Varsanyi 2008).

    Lorsque les agents de l’ICE sont arrivés pour mener leurs raids, ils ont été confrontés à des communautés qui refusaient de reconnaître leur autorité. Ces communautés revendiquaient la présence légitime des immigrants #sans-papiers non pas sur la base du #statut_juridique ou de l’#assimilation_culturelle, mais en affirmant un cadre alternatif de #droits fondé sur la #résidence de longue durée, la #contribution_économique et les #liens_sociaux.

    Le refus de la légitimité fédérale n’était pas exprimé comme une doctrine abstraite par des intellectuels militants. Il était plutôt exercé par les habitants issus de la classe ouvrière à travers une résistance politique. Cela s’est traduit par le blocage des véhicules de l’ICE, l’encerclement des agents procédant à des arrestations, le refus de fournir des informations et la création d’espaces territoriaux où l’application de la loi fédérale devenait pratiquement impossible. La question n’était pas de savoir si la loi fédérale s’appliquait, car techniquement c’était le cas, mais si les communautés accorderaient au gouvernement fédéral la capacité pratique d’exercer cette loi sur leur territoire. Par de telles actions, elles niaient en fait le « monopole de l’usage légitime de la force physique » de l’État sur son territoire, les communautés contestant cette légitimité et créant des conditions et des espaces d’autorité alternatifs (Weber 1946).

    La structure spatiale du Los Angeles latino a créé les conditions qui ont permis une telle contestation. Ces quartiers existaient bien au-delà des mondes moraux et culturels de la classe moyenne « normale » de la région métropolitaine. Des identités territorialisées se sont forgées au fil de décennies de lutte contre la rénovation urbaine, les violences policières et le déplacement économique (Pulido 2006). Les habitants partagent des cadres leur permettant d’identifier les menaces, de désigner leurs ennemis et d’interpréter la résistance comme nécessaire et légitime. Si les raids fédéraux étaient justifiés par la loi, un code moral avait été forgé qui entrait en conflit direct avec leur légitimité.

    La confrontation qui s’est déroulée au parc MacArthur le 7 juillet 2025 illustre bien le conflit qui oppose les deux camps au sujet de la souveraineté. Le parc lui-même revêt une importance symbolique : il est situé au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la ville en termes d’immigration, et la plupart des organisations de défense des droits des immigrants, des syndicats locaux importants, la Fédération syndicale du comté et le Centre syndical de l’UCLA se trouvent à moins d’un kilomètre (Milkman 2006 ; Nicholls 2003). La bataille s’est concentrée sur un terrain qui regroupait à la fois l’infrastructure institutionnelle du Los Angeles progressiste et les communautés ouvrières qu’il prétendait représenter.

    Lorsque les soldats de la Garde nationale ont envahi le parc en tenue de combat, la maire Karen Bass est arrivée pour les affronter directement : « Ils doivent partir, et ils doivent partir immédiatement. Ils doivent partir parce que c’est inacceptable ! » La réponse du chef de la police des frontières a clairement montré à tous l’enjeu du conflit : « Je ne travaille pas pour Karen Bass. Vous feriez mieux de vous habituer à nous dès maintenant, car cela deviendra très bientôt la norme. Nous irons où nous voulons, quand nous voulons, à Los Angeles. »

    La question de la souveraineté a été présentée en termes clairs et sans équivoque. Le gouvernement fédéral a revendiqué une autorité illimitée pour opérer n’importe où dans la ville. Les dirigeants politiques de la ville, soutenus par la mobilisation populaire, ont rejeté cette revendication.

    Le pouvoir populaire : de bas en haut

    La résistance est venue d’en bas. Si les élus ont fini par se joindre au combat, la réponse initiale est venue spontanément des quartiers ouvriers immigrés. Le 6 juin, lorsque l’ICE a mené des raids contre Ambiance Apparel dans le quartier de la mode et plusieurs magasins Home Depot, ce sont les travailleurs ordinaires et leurs familles qui ont été les premiers à organiser la défense. Pas les responsables syndicaux, pas les politiciens : les gens eux-mêmes, confrontés à des menaces immédiates pour leurs familles et leurs communautés.

    Quelques heures après les premiers raids, des militants ont créé des réseaux de diffusion WhatsApp reliant les guetteurs sur les lieux de travail. Des foules comptant de dizaines à des centaines de personnes se sont rassemblées sur les sites visés, bloquant physiquement les véhicules de l’ICE pour empêcher les agents de partir avec les membres de la communauté détenus. Il s’agissait d’un véritable activisme populaire : spontané, mené par la communauté, organisé grâce à des réseaux informels et au bouche-à-oreille. Ceux qui possédaient le moins de droits officiels, les immigrants sans papiers menacés d’expulsion, sont devenus l’avant-garde de la résistance.

    La base populaire disposait d’avantages structurels dont ne bénéficiaient pas les acteurs disposant de ressources plus importantes. Des réseaux sociaux denses, comprenant des liens familiaux multigénérationnels, des relations professionnelles, des affiliations religieuses et des associations culturelles, ont créé des réseaux de solidarité qui se recoupaient (Portes et Sensenbrenner 1993 ; Menjivar 2000).

    Ces réseaux populaires ont fourni la base matérielle nécessaire à la mise en place de stratégies territoriales sophistiquées. Les journaliers travaillant dans les magasins Home Depot ont créé des tableaux de service rotatifs à l’aide de Google Docs. Des groupes Signal et Telegram ont coordonné des équipes d’intervention rapide capables de mobiliser des centaines de personnes en quelques minutes. Les militants ont mis au point des techniques de contre-surveillance pour suivre les mouvements des troupes. Rien de tout cela n’a nécessité d’organisation formelle ; cela est né de l’infrastructure relationnelle dense des communautés d’immigrants de la classe ouvrière. La technologie a amplifié l’efficacité des liens sociaux existants plutôt que de créer de nouvelles capacités, ce qui distingue cette mobilisation des mouvements purement axés sur les médias sociaux (Tufekci 2017 ; Gerbaudo 2012).

    Les manifestations contre les expulsions ont émergé directement des quartiers ouvriers à forte population latino-américaine. Il ne s’agissait pas d’activistes professionnels, mais de journaliers, de défenseurs communautaires et de leaders de quartier opérant à travers des réseaux interpersonnels localisés.

    Les participants provenant principalement de familles et amis confrontés à des menaces d’expulsion immédiates. Par exemple, dans des quartiers comme le sud-est de Los Angeles (Paramount, Compton, Bell) et l’est (Boyle Heights, East Los Angeles), les réseaux communautaires relayés par les réseaux sociaux ont alimenté des mobilisations spontanées : groupes de jeunes connectés via les écoles et réseaux multigénérationnels ancrés dans les églises. L’est de Los Angeles, avec sa longue tradition d’opposition (mouvement chicano, manifestations contre la proposition 187, campagne « Defend Boyle Heights »), a organisé des rassemblements à Mariachi Plaza, évoquant les luttes passées.

    Le caractère populaire de la résistance a assuré sa pérennité. Il ne s’agissait pas d’une solidarité lointaine, mais d’une mobilisation pour la survie de populations directement menacées. Les communautés latino-américaines de la classe ouvrière de Los Angeles étaient confrontées à des enjeux existentiels. Ne pas résister signifiait la séparation familiale, la ruine économique et la destruction du quartier (Dreby 2015 ; Golash-Boza 2015). Le retrait signifiait abandonner voisins et parents à la détention. Ces enjeux matériels et moraux importants ont soutenu la participation pendant des mois de répression militaire.

    Le problème du désengagement des militants dans l’espoir que d’autres resteront engagés pose souvent un défi à l’action collective. Cependant, cette question est devenue moins importante lorsque les conséquences de l’inaction étaient immédiates et concrètes (Olson 1965). La nature arbitraire de l’application de la loi a fait de la défense de la communauté l’intérêt premier de chaque résident, éliminant ainsi les incitations à tirer au flanc ou à s’exiler. Lorsque les cousins, collègues et voisins participaient, la non-participation devenait socialement coûteuse. Les réseaux locaux ont créé une responsabilité où le fait de ne pas participer constituait une trahison de la loyauté envers le quartier. Comme l’a écrit Gould à propos de la Commune de Paris de 1871, « le fait de ne pas participer à l’effort insurrectionnel était considéré comme une trahison de la loyauté envers le quartier et était sanctionné en conséquence » (Gould 1995 : 15).

    Plutôt que de défiler dans les centres du pouvoir ou d’occuper des espaces symboliques, les militants ont transformé les quartiers résidentiels en territoires défendus, en zones de souveraineté communautaire où les forces fédérales se heurtaient à une obstruction systématique. Ils possédaient ce que Gramsci appelait le « bon sens », ancré dans le sens commun de la communauté, et construisaient des conceptions anti-hégémoniques de la citoyenneté, de la légalité et de la souveraineté territoriale (Gramsci, 1971). Les identités oppositionnelles préétablies, forgées au cours de décennies de lutte, leur ont fourni les ressources idéologiques nécessaires pour résister aux incursions de l’État. Ils savaient comment activer l’infrastructure relationnelle en mobilisant des réseaux qui se recoupaient : liens de parenté, solidarité sur le lieu de travail, congrégations religieuses et associations culturelles.

    La coalition : 3syndicalisme, politique et #société_civile unis

    Ce qui distinguait la résistance de Los Angeles des manifestations habituelles en faveur des droits des immigrants, c’était l’ampleur et la profondeur du soutien apporté par la coalition. Le militantisme populaire issu de la base s’est allié au pouvoir institutionnel venu d’en haut, créant ainsi une alliance redoutable que les forces fédérales ne pouvaient pas facilement vaincre. Cette structure hybride, combinant des organisations de défense hiérarchiques et des réseaux de quartier horizontaux, a permis de surmonter les limites des modèles purement verticaux ou horizontaux.

    Le mouvement syndical a constitué l’épine dorsale de la coalition. La Fédération syndicale du comté de Los Angeles, qui représente plus de 800 000 travailleurs, a fait de la résistance à l’ICE une priorité absolue. Les syndicats de Los Angeles ont subi des réformes dans les années 1990, donnant la priorité à l’organisation des immigrants et adoptant des tactiques de mouvement social, créant ainsi un alignement durable entre les défenseurs des droits des travailleurs et ceux des immigrants. Le Service Employees International Union (SEIU), l’un des plus grands syndicats représentant les travailleurs des services à faible revenu du pays, dont l’un de ses principaux dirigeants a été arrêté pendant les manifestations, a réorienté sa capacité organisationnelle vers la défense des immigrants. La manifestation « No Kings » prévue initialement, qui devait rassembler des milliers de personnes pour s’opposer à l’administration Trump, s’est transformée en un rassemblement de 30 000 personnes en faveur de l’immigration.

    L’organisateur Kent Wong, ancien directeur du Centre du travail de l’UCLA et leader progressiste estimé, a déclaré que la ville et les communautés immigrées étaient assiégées, promettant de transformer les formations à la résistance parrainées par les syndicats en moyens d’affecter des bénévoles aux comités de défense communautaire et aux équipes d’intervention rapide. Les syndicats ont fourni ce que les réseaux locaux ne pouvaient pas offrir : du personnel professionnel, une expertise juridique, des relations avec les médias, des financements et une coordination multi-juridictionnelle.

    Des organisations professionnelles de défense des droits, notamment la Coalition for Humane Immigrant Rights of Los Angeles (CHIRLA), le National Day Laborer Organizing Network (NDLON) et l’American Civil Liberties Union (ACLU), se sont associées à des comités de défense auto-organisés dans le cadre d’accords de collaboration adaptés aux capacités de chaque partenaire. Les comités de défense ont fourni des réseaux sociaux territoriaux et une légitimité communautaire ; les organisations de défense ont fourni des ressources matérielles, juridiques et politiques. Cette structure hybride a préservé l’autonomie des organisations locales tout en renforçant leur capacité institutionnelle. Le NDLON a créé des comités dans le nord-est et le sud-est de Los Angeles, créant ainsi six points de défense dans les quartiers immigrés de Pasadena qui ont permis d’alerter rapidement des milliers de personnes et de faire pression sur les entreprises pour qu’elles refusent l’entrée à l’ICE sans mandat judiciaire.

    La coalition s’est élargie pour englober divers acteurs de la société civile. Le syndicat des locataires de Los Angeles s’est joint à la lutte, reconnaissant que l’application des lois sur l’immigration menaçait la stabilité du logement. Les Socialistes démocrates d’Amérique ont apporté de jeunes militants et une infrastructure organisationnelle. Les congrégations religieuses ont organisé des actions de solidarité, perpétuant une tradition de défense des immigrants fondée sur la foi. Des associations professionnelles représentant des avocats, des enseignants et des travailleurs de la santé ont publié des déclarations de soutien.

    Des groupes d’étudiants de toute la Californie du Sud ont fourni des effectifs pour les manifestations et l’énergie nécessaire à une mobilisation soutenue. Les dirigeants politiques ont fini par se rallier aux revendications populaires, poussés par la pression du mouvement plutôt que par conviction.

    La confrontation entre la maire Bass et la police des frontières à MacArthur Park a marqué l’entrée en scène de la classe politique dans la lutte pour la souveraineté. Dans son discours du 10 juillet lors de la formation à la résistance non violente organisée par la Fédération du comté, elle a déclaré : « Nous avons le pouvoir, dans cette salle, de renvoyer l’ICE là où elle doit être. Elle n’a pas sa place dans notre ville. Elle n’a pas sa place là où nos enfants jouent. »

    Les participants ont reconnu que l’attaque fédérale contre les immigrants était dirigée tout à la fois contre la souveraineté urbaine, la démocratie locale et le pouvoir institutionnel des villes progressistes. Pour le maire et d’autres, l’autorité du gouvernement fédéral, en tant que représentant du peuple souverain, était devenue illégitime par la mise en œuvre de sa politique. Elle n’avait pas sa place dans cette ville ni dans les lieux où nos familles avaient grandi et où nos enfants jouaient. La ville et ses habitants avaient les moyens et le droit de se révolter contre un gouvernement fédéral qui refusait d’écouter la voix des gouvernés.

    L’application des lois sur l’immigration est devenue le symbole d’un conflit territorial plus large : l’invasion fédérale contre l’autonomie locale. Défendre les immigrants signifiait défendre la ville elle-même. Cette prise de conscience a transformé ce qui aurait pu rester une question restreinte relative aux droits des immigrants en une lutte plus large pour l’avenir de la démocratie urbaine en Amérique.

    Nouvelles #stratégies_spatiales : la #défense_territoriale comme innovation politique

    La structure spatiale était hybride : un centre-ville regroupant des organisations militantes et syndicales, relié à des groupes dispersés et auto-organisés dans les bastions latino-américains du sud-est, du sud et de l’est de Los Angeles (Nicholls et Uitermark 2016 ; Pastor et al. 2013). Tandis que les quartiers périphériques servaient de lieux propices au maintien des réseaux d’autodéfense, les associations professionnelles d’immigrés et les syndicats alliés conservaient leurs sièges sociaux à proximité du centre-ville. C’est dans ces espaces qu’ils pouvaient collaborer entre eux et avec les dirigeants politiques de la ville afin de maintenir leur résistance face à l’attaque fédérale contre leurs pouvoirs souverains.

    Malgré le déploiement de forces plus importantes et plus intenses que lors des émeutes historiques de 1992, le spectacle de la violence d’État n’a pas réussi à disperser la résistance en instillant la peur parmi les militants locaux. Au contraire, l’ampleur de la violence a été perçue par la plupart comme une transgression morale de la part d’un État utilisant sa violence à des fins arbitraires et tyranniques. Tout en renforçant la motivation et la détermination à lutter, l’infrastructure hybride, composée d’organisations professionnelles liées à des réseaux de défense communautaire locaux et soudés, a fourni les moyens relationnels et organisationnels non seulement de poursuivre la lutte, mais aussi de l’intensifier dans la durée, malgré les risques croissants.

    Les communautés de Los Angeles ont affirmé leur souveraineté pratique sur leurs quartiers, non pas par des arguments juridiques, mais en rendant les opérations fédérales trop difficiles, trop visibles et trop coûteuses sur le plan politique pour pouvoir se poursuivre sans opposition. Cela représente un passage à la « guerre de position », avec la mise en place de positions défensives, d’institutions alternatives et de cadres culturels qui affirment un projet hégémonique concurrent à travers des structures parallèles, érodant progressivement la légitimité et la capacité de contrôle du gouvernement fédéral (Gramsci 1971).
    De la médiation à la résistance : la transformation des élites locales

    Lorsque les alliés issus de l’élite locale—élus et représentants syndicaux et associatifs—deviennent eux-mêmes des cibles, les coalitions s’intensifient plutôt que de se fragmenter.
    Lors des incursions fédérales passées, les élus et représentants locaux critiquaient les actions répressives tout en conservant leur statut de représentants légitimes. De cette position, ils pouvaient négocier des compromis qui satisfaisaient les exigences fédérales tout en atténuant les dommages infligés aux communautés. Reconnus comme médiateurs légitimes et respectés, leur capital symbolique était renforcé par l’accès aux réseaux fédéraux, et la souveraineté de l’État était consolidée par la voie de la négociation. Alors que les représentants des deux niveaux, fédéral et local, travaillaient de concert, ils renforçaient leur pouvoir politique par l’expulsion des communautés immigrées.

    L’administration Trump a brisé cette logique. En plaçant les élus municipaux dans la même catégorie que les menaces à l’autorité souveraine, l’administration a introduit un cadre à somme nulle : soit les représentants locaux se soumettaient à la souveraineté présidentielle, soit ils seraient catégorisés comme ennemis de l’État. Le dilemme était clair. La soumission coûterait aux élus locaux le consentement et la solidarité des résidents de Los Angeles et donc leur propre légitimité. La résistance les placerait du côté de l’ennemi, en faisant d’eux la cible d’assauts fédéraux incessants.
    Les élus locaux ont choisi la résistance, transformant fondamentalement leur relation avec l’autorité fédérale. Alors qu’ils avaient auparavant employé des stratégies d’initiés pour atténuer les impacts sur leurs électeurs, restaurant ainsi la souveraineté de l’État et leurs propres pouvoirs, ils se sont retrouvés privés de reconnaissance en tant que représentants légitimes. Ils étaient exclus des réseaux gouvernementaux d’élite et vulnérables aux attaques coercitives par le refus de financement, les accusations criminelles et la stigmatisation.

    Dans cette lutte binaire pour la souveraineté de l’État, les représentants locaux sont passés à une résistance sans compromis. Ils se sont alignés avec les communautés immigrées de la classe ouvrière non seulement pour des raisons morales ou idéologiques, mais parce que le mouvement grandissant est devenu le seul moyen de défendre leurs propres positions et de retrouver leur légitimité au sein de l’ancien système de souveraineté partagée.

    Les lignes de bataille changent ainsi fondamentalement. Les luttes pour l’incorporation sélective des migrants acceptables reconnaissent le monopole classificatoire du gouvernement fédéral, tout en contestant son application. Les luttes qui émergent d’un déni global de reconnaissance aux alliés locaux remettent en question ce monopole lui-même. La question passe de « quels immigrants méritent l’inclusion ? » à « qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale ? » De « comment pouvons-nous inclure ceux qui le méritent vraiment ? » à « qu’est-ce qui fonde la légitimité politique lorsque l’État gouverne par la force arbitraire ? »

    Le déni global de l’administration Trump s’étendant des immigrants sans papiers aux élus, des églises sanctuaires aux gouvernements municipaux a par inadvertance créé les conditions d’une telle confrontation. En refusant la négociation et en positionnant toute opposition comme illégitime, l’application fédérale a éliminé les alternatives stratégiques, forçant un choix radical : se soumettre à des classifications jugées fondamentalement injustes, ou résister sur des bases remettant en question le monopole fédéral sur les classifications territoriales légitimes.

    Ce schéma apparaît désormais à Minneapolis, Chicago et New York. Le passage de Trump d’une souveraineté partagée à une souveraineté monopolisée a précipité un réalignement fondamental des alliances élitaires qui soutenaient autrefois tant la souveraineté de l’État que les compromis de classe sous-tendant la gouvernance libérale. La fracture des élites découle désormais non pas de désaccords politiques, mais de batailles autour de la souveraineté elle-même : quel niveau de gouvernement possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale et imposer les classifications de citoyenneté.

    Ces conflits sur la localisation et la nature du pouvoir souverain fracturent les coalitions de la classe dirigeante qui avaient auparavant stabilisé l’hégémonie de l’État. Alors que la souveraineté partagée s’effondre en luttes à somme nulle, les élites locales font face à un choix : se soumettre au monopole fédéral ou résister sur des bases qui remettent en question la légitimité de l’autorité centralisée. Cette bifurcation mine les fondements consensuels du pouvoir d’État. Alors que l’État fédéral perd sa capacité à gouverner par l’hégémonie—par le consentement fabriqué et le compromis négocié—la coercition directe devient le principal moyen d’imposer son autorité. Le passage d’une gouvernance par la construction d’alliances à une gouvernance par la force marque non pas la puissance de l’État, mais la désintégration des structures de légitimité qui avaient permis une domination stable.
    Conclusion : Au-delà de l’immigration, la question de la souveraineté
    L’effondrement de l’hégémonie de l’État fédéral découle de trois conditions qui ont convergé à Los Angeles et dans des villes similaires.

    Premièrement, de puissants réseaux de résistance locaux ont combiné organisations professionnelles bien dotées, élus solidaires et communautés immigrées denses de la classe ouvrière. Les syndicats, les organisations de défense et les groupes de la société civile ont fourni la capacité institutionnelle, l’expertise juridique et la coordination. Les élus locaux ont offert la légitimité politique et l’accès aux ressources municipales. Les réseaux d’immigrants de la classe ouvrière ont apporté l’infrastructure territoriale pour la défense communautaire : liens sociaux denses, connaissance locale et enjeux existentiels qui ont soutenu la mobilisation. L’intégration de ces trois composantes à travers des canaux de communication et des institutions coordonnées a permis une résistance à la fois large, profonde et durable.

    Deuxièmement, les normes localisées d’appartenance ont établi une économie morale alternative qui contestait les classifications fédérales. Les communautés définissaient la résidence légitime non pas par le statut juridique, mais par la résidence de longue durée, la contribution économique et l’intégration sociale. Cette économie morale a généré des normes concernant ce qui constituait une violence d’État légitime et ce qui constituait un abus tyrannique. La capacité de l’État à obtenir le consentement ou à faire face à son retrait dépendait fondamentalement du respect de ces normes définies par la communauté. Lorsque l’application fédérale a violé l’économie morale, elle a perdu sa légitimité indépendamment de son autorité légale.

    Troisièmement, et de manière décisive, les élites locales sont passées de partenaires dans une souveraineté partagée à adversaires dans une lutte à somme nulle sur l’autorité souveraine elle-même. Si seules les deux premières conditions avaient existé, la résistance aurait pu rester une question d’immigration localisée que les courtiers élites auraient pu gérer par la négociation. Mais lorsque l’administration Trump a ciblé les élus locaux comme ennemis de l’État, éliminant leur rôle de médiateurs et criminalisant leur défense des électeurs, elle a entièrement transformé le champ politique. Les partenaires élites sont devenus des insurgés élites. La lutte sur la politique d’immigration s’est intensifiée en confrontation sur qui possède l’autorité légitime pour déterminer l’appartenance territoriale. La souveraineté partagée s’est effondrée en souveraineté monopolisée, forçant les représentants locaux à choisir entre soumission et résistance.

    Cette troisième condition s’est avérée transformatrice. Elle a empêché la défection des élites, bloqué les compromis négociés qui auraient restauré l’autorité fédérale, et recadré le conflit à « quels immigrants méritent l’inclusion » . La crise de légitimité s’est approfondie parce que l’État ne pouvait plus gouverner par l’hégémonie, mais seulement par la force, exposant la fragilité de la gouvernance libérale lorsque ses structures de médiation s’effondrent.

    Cette crise de légitimité se propage désormais aux villes partageant la même structure. New York, Minneapolis, Chicago et Portland présentent toutes les trois des conditions identifiées : réseaux de résistance robustes, économies morales alternatives d’appartenance, et élites locales transformées en adversaires de l’autorité fédérale. En revanche, dans les villes où ces conditions sont absentes, comme Houston, La Nouvelle-Orléans et Miami, aucune contestation similaire n’émerge. L’application fédérale y rencontre soit la conformité soit une résistance fragmentée et facilement réprimée.

    Il existe donc une géographie inégale de la résistance, déterminée non pas par la présence d’immigrants, mais par la convergence des conditions organisationnelle, idéologique-morale, et structurelles qui rendent possible la contestation soutenue de la souveraineté fédérale.

    La bataille de Los Angeles révèle une transformation historique. Ce qui commence comme une politique d’immigration devient une crise de #souveraineté et #hégémonie. Ce qui semble être un conflit sur les #frontières_nationales devient une lutte sur l’#autorité_territoriale. Ce qui apparaît comme une question de #légalité devient un affrontement sur la #légitimité.

    Le passage de la #gouvernance_consensuelle à la #domination_coercitive n’annonce pas la consolidation du pouvoir fédéral, mais sa crise. Et dans cette crise réside la possibilité d’imaginer et de construire des formes alternatives de souveraineté démocratique, enracinées non pas dans la violence d’État fédérale, mais dans le #pouvoir_populaire_territorialisé. Les villes américaines ne sont plus seulement des sites de #contestation, mais des sources alternatives d’autorité politique.

    https://laviedesidees.fr/Los-Angeles-contre-l-ICE
    #résistance #USA #anti-ICE #villes #urban_matter #citoyenneté_de_résidence #citoyenneté #territoire #citoyenneté #géographie_urbaine

    via @reka
    ping @karine4

  • Les demandes d’asile en Suède ont baissé de 30% sur un an - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69128/les-demandes-dasile-en-suede-ont-baisse-de-30-sur-un-an

    Les demandes d’asile en Suède ont baissé de 30% sur un an
    Par La rédaction Publié le : 09/01/2026
    En 2025, le nombre de demandeurs d’asile en Suède « a continué de baisser. C’est une baisse importante [...] de 30% en seulement un an », a déclaré vendredi le ministre suédois des Migrations Johan Forssell. La Suède a durci sa politique migratoire ces dernières années, restreignant le regroupement familial et œuvrant pour l’expulsion de migrants en situation irrégulière.
    Les demandes d’asile en Suède ont baissé de 30% sur un an, a déclaré vendredi 9 janvier le ministre suédois des Migrations, à moins d’un an des élections législatives dans le pays. Précisément, le nombre de demandeurs d’asile enregistrés était de 6 735 en 2025, contre 9 645 l’année précédente. L’immigration liée à l’asile reste à son niveau le plus bas depuis 40 ans. « Le rythme a été très soutenu », a-t-il affirmé. « En 2025, le nombre de demandeurs d’asile en Suède a continué de baisser. C’est une baisse importante (...) de 30% en seulement un an ».
    Johan Forssell a énuméré, lors d’une conférence de presse, les réformes entreprises depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur soutenu par le parti d’extrême droite des Démocrates de Suède (SD), toutes destinées à restreindre l’immigration : durcissement des conditions d’obtention de la citoyenneté et du regroupement familial et surtout forte augmentation de l’aide financière au retour des migrants dans leur pays d’origine,
    8 000 « retours volontaires » en 2025
    Depuis le 1er janvier 2026, en effet, la contribution de l’aide financière au retour peut atteindre 30 000 euros - contre 2 300 euros auparavant. À Stockholm, le social-démocrate Alexander Ojanne, adjoint au maire, dénonce un dispositif contreproductif. « On va perdre une main-d’œuvre qualifiée dont nous avons besoin. Nous avons un gouvernement incroyablement peu sérieux. Et surtout un gouvernement mal informé. Ils sont aveuglés par leur idéologie ».
    Pour Johan Forssell, c’est au contraire, une victoire. Un peu plus de 8 000 personnes ont quitté la Suède pour rejoindre leur pays d’origine en 2025. « Si je fais le bilan du mandat jusqu’à présent [entre 2022 et 2025], on constate que le nombre [de demandes d’asile] a diminué de près de 60% et que, dans le même temps, les retours ont augmenté de 60% », a-t-il ajouté.
    Le pays a accordé 79 684 permis de séjour au total en 2025, dont 6% pour des motifs liés à l’asile (4 700), selon des chiffres de l’Office national des migrations. C’est moins qu’en 2024, où un total de 82 857 permis avaient été octroyés, dont 6 250 permis de séjour pour l’asile. Plusieurs chantiers de réformes sont en cours pour l’année à venir, et le gouvernement entend avancer rapidement avant la tenue des élections législatives le 13 septembre 2026. Le gouvernement examine actuellement la possibilité de révoquer la citoyenneté suédoise des citoyens binationaux sous certaines conditions (condamnés pour crime, appartenance à un gang...). En avril dernier, les autorités avaient aussi fait part de leur volonté d’introduire dans la législation un critère de « conduite honnête » aux migrants, sous peine de voir révoquer ou refuser leur titre de séjour.
    En janvier dernier, le pays scandinave a annoncé le durcissement de l’obtention de la citoyenneté. Concrètement, pour devenir suédois, un étranger devra avoir vécu huit ans en Suède - contre cinq ans auparavant -, passé un test de connaissances de la société et des valeurs suédoises, et réussi un examen de langue. Une autre proposition avait suscité un tollé dans le pays en mai 2024 : la coalition au pouvoir avait proposé une loi visant à obliger les travailleurs du secteur public à dénoncer aux autorités les personnes sans-papiers avec lesquelles ils sont en contact. La mesure, jugée raciste et discriminatoire, s’était cependant heurtée à une très forte opposition au sein des services publics, qui avait appelé à la « désobéissance civile ». Après l’Allemagne, la Suède a été le deuxième pays au sein de l’Union européenne à avoir accueilli le plus grand nombre de Syriens fuyant la guerre civile en 2015 et 2016. Sur les 163 000 demandeurs d’asile en 2015, plus de 50 000 venaient de Syrie, selon les chiffres de l’autorité suédoise de statistiques SCB.

    #Covid-19#migrant#migration#suede#asile#citoyennete#reourvolontaire#politiquemigratoire#expulsion#regroupementfamilial

  • Un juge fédéral suspend de nouveau le décret de Donald Trump revenant sur le droit du sol
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/07/10/un-juge-federal-suspend-de-nouveau-le-decret-de-donald-trump-revenant-sur-le

    Un juge fédéral suspend de nouveau le décret de Donald Trump revenant sur le droit du sol
    Le Monde avec AFP
    Un juge fédéral américain a de nouveau suspendu, jeudi 10 juillet, le décret du président des Etats-Unis, Donald Trump, visant à revenir sur le droit du sol, l’un des plus contestés du nouveau mandat du milliardaire républicain. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’une action de groupe par plusieurs associations au nom de toute personne née aux Etats-Unis à partir du 20 février, donc potentiellement affectée.
    Tous les tribunaux et cours d’appel qui en avaient été saisis avaient déjà suspendu sur tout le territoire l’entrée en vigueur de ce décret. Un juge fédéral de Seattle, dans l’Etat de Washington, avait suspendu ce même décret le 23 janvier, le jugeant « manifestement inconstitutionnel ».Mais la Cour suprême, à majorité conservatrice, saisie par l’administration Trump, a limité le 27 juin le pouvoir des juges de bloquer à l’échelle nationale les décisions de l’exécutif qu’ils considèrent comme illégales. L’administration Trump demandait à la Cour non pas de lever la suspension de son décret à ce stade, mais de limiter la portée des suspensions aux seules personnes ayant saisi la justice.
    L’influente organisation de défense des droits civiques Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), une des associations engagées dans ce dossier, s’est félicitée dans un communiqué que cette décision « protège les droits à la citoyenneté de tous les enfants nés sur le sol américain ».« Les parents vivaient dans la peur et l’incertitude, se demandant s’ils devraient faire naître leurs enfants dans un autre Etat et si leurs bébés risquaient d’être expulsés », a expliqué Aarti Kohli, la directrice de l’ONG Asian Law Caucus, qui a salué une « victoire majeure ».
    Le juge a reporté d’une semaine l’entrée en vigueur de sa décision afin de donner le temps au gouvernement de faire appel. Cela interviendra avant le 27 juillet, échéance fixée par la Cour suprême pour permettre à l’administration Trump d’appliquer partiellement le décret, soulignent les associations. La Cour suprême n’a pas statué sur la constitutionnalité du décret présidentiel mais a autorisé les agences fédérales à élaborer et publier des directives quant à son application, à partir d’un mois après sa décision.Le décret interdit au gouvernement fédéral de délivrer des passeports, des certificats de citoyenneté ou d’autres documents aux enfants dont la mère séjourne illégalement ou temporairement aux Etats-Unis, et dont le père n’est pas citoyen américain ou résident permanent – titulaire de la fameuse « carte verte ».
    Le décret de Donald Trump, qu’il a signé le jour de son investiture, le 20 janvier, devait entrer en vigueur le 19 février. Le président avait lui-même reconnu s’attendre à des contestations devant les tribunaux. Il avait également jugé que le droit du sol est un principe « ridicule » et avait faussement affirmé que les Etats-Unis seraient « les seuls » à l’appliquer. En réalité, des dizaines de pays reconnaissent le droit du sol, dont la France, le Canada et le Mexique. Le principe du droit du sol, consacré par le quatorzième amendement de la Constitution, disposant que tout enfant qui est né aux Etats-Unis est automatiquement citoyen américain, est appliqué depuis plus de cent cinquante ans

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#droitdusol#droit#sante#citoyennete

  • « L’offensive de Donald Trump contre le droit du sol sert à asseoir son autorité en mettant en question la citoyenneté de tous les Américains »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/06/27/l-offensive-de-donald-trump-contre-le-droit-du-sol-sert-a-asseoir-son-autori

    « L’offensive de Donald Trump contre le droit du sol sert à asseoir son autorité en mettant en question la citoyenneté de tous les Américains »
    Tribune Amanda Frost
    « Le droit du sol. Celui-là, il est important », a commenté Donald Trump en signant un décret visant à supprimer le droit du sol aux Etats-Unis. Sur ce point, au moins, tous les Américains peuvent se mettre d’accord. Si le droit du sol a déjà été remis en cause maintes fois depuis que la nation américaine existe, les motivations du président pour le faire sont inédites. Par le passé, l’objectif principal était d’exclure et d’expulser les immigrés défavorisés. Aujourd’hui, le gouvernement instrumentalise ce droit non seulement pour chasser ceux qu’il considère indésirables, mais aussi pour contrôler ceux qui restent.
    En 2025, les Etats-Unis font partie de la trentaine de pays qui accordent automatiquement leur nationalité à presque tous les enfants nés sur leur territoire. Certains pays d’Europe n’ont jamais adopté le droit du sol, ou l’ont abandonné au cours des dernières décennies. L’administration Trump souhaite ajouter les Etats-Unis à cette longue liste. Toutefois, le droit du sol est une composante essentielle de l’identité américaine. Par de nombreux aspects, son histoire est l’histoire de l’Amérique.
    Déjà, au moment de leur fondation, la question de la citoyenneté tiraille les Etats-Unis – un sujet sensible dans un pays composé de tribus autochtones, d’immigrés originaires de l’Europe, ainsi que de leurs descendants, et, pour 20 %, de populations réduites en esclavage. Dans un arrêt tristement célèbre rendu en 1857 dans l’affaire Dred Scott v. Sandford, la Cour suprême statuait ainsi qu’aucune personne noire, qu’elle soit esclave ou libre, ne pourrait jamais être citoyenne des Etats-Unis. Cette décision contribua à précipiter la guerre de Sécession. A la fin de celle-ci, l’esclavage fut aboli, mais savoir qui pouvait prétendre à la nationalité américaine restait encore à déterminer.
    En 1868, l’arrêt Dred Scott fut annulé et avec lui le système de castes qu’il avait créé par la ratification du 14e amendement de la Constitution, dont la première phrase dispose : « Toute personne née ou naturalisée aux Etats-Unis, et soumise à leur juridiction, est citoyenne des Etats-Unis et de l’Etat dans lequel elle réside. »
    Cet amendement accorda le droit du sol à tout un chacun, y compris aux anciens esclaves et aux enfants d’immigrés. Quelques catégories discrètes « ne relevant pas de la juridiction » des Etats-Unis en raison de leur situation juridique, par exemple les enfants de diplomates ou les personnes nées membres de tribus autochtones, constituèrent les seules exceptions à cette nouvelle disposition. Le sénateur Jacob Howard, à l’origine de cette formulation, estimait ainsi avoir « réglé la grande question de la nationalité et ôté tout doute quant aux personnes qui sont citoyennes des Etats-Unis et celles qui ne le sont pas ».
    Il s’était cependant un peu trop avancé. La nation a depuis sans cesse débattu pour déterminer qui pouvait prétendre être américain de naissance. A la fin du XIXe siècle, le gouvernement a contesté en vain la citoyenneté des enfants d’immigrés chinois. Pendant la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont emprisonné les enfants d’Américains d’origine japonaise, en invoquant une loyauté partagée entre les deux camps – avant de leur présenter des excuses pour le préjudice subi plusieurs décennies après. Tout au long du XXe siècle, le Congrès a proposé des lois et des modifications de la Constitution visant à mettre fin au droit du sol universel, sans qu’aucune soit adoptée.
    Donald Trump a remis ce sinistre débat au goût du jour. Son décret priverait de citoyenneté les enfants d’immigrés sans papiers ou dont le statut légal est temporaire, y compris ceux travaillant depuis plusieurs années aux Etats-Unis ou détenteurs d’un visa étudiant. Le gouvernement affirme que ces groupes de population manquent de « loyauté » envers les Etats-Unis et que leurs enfants sont donc concernés par l’exception du 14e amendement pour les personnes qui ne sont pas « soumises » à leur « juridiction ». Il ferait ainsi porter les fautes des parents à leurs enfants, en considérant que les enfants de personnes ayant enfreint la loi ne méritent pas la nationalité américaine. Ce sont les mêmes arguments – souvent avec les mêmes mots – que ceux qu’a utilisés le gouvernement sans succès au XIXe siècle. L’objectif, comme à l’époque, est d’expulser et d’exclure les enfants des immigrés défavorisés.
    Toutefois, l’offensive de Donald Trump contre le droit du sol sert également un nouveau dessein : asseoir son autorité en remettant en question la citoyenneté de tous les Américains. Jusqu’à présent, la justice a bloqué l’application de son décret. S’il devait entrer en vigueur, toute personne vivant aux Etats-Unis aurait à prouver son ascendance avant de pouvoir transmettre sa nationalité à ses enfants, si le gouvernement le lui demande. Les infractions à la législation en matière d’immigration commises par un lointain ancêtre pourraient faire de tous ses descendants des « étrangers en situation irrégulière » soumis aux politiques migratoires du gouvernement. Or, pour de nombreuses familles, ne serait-ce que se procurer les documents prouvant leur ascendance auprès de l’administration serait incroyablement compliqué.
    C’est précisément ce que cherche le gouvernement Trump. Dès les premiers mois de son mandat, le président a brandi la législation sur l’immigration comme une menace : il a fait arrêter et détenir des étudiants étrangers pour le simple exercice de leur droit à la liberté d’expression et de manifestation protégé par la Constitution, expulsé des ressortissants vénézuéliens portant des tatouages « suspects » et puni l’université Harvard en interdisant à ses étudiants étrangers d’entrer sur le territoire des Etats-Unis. Le résultat, prévisible, a été d’instiller la peur parmi les personnes immigrées, leurs familles et les institutions (établissements scolaires, lieux de travail…) qui dépendent d’elles.
    Si Donald Trump parvient à précariser la citoyenneté de tous les Américains en mettant fin au droit du sol, son administration pourrait exercer un contrôle accru sur la population. Dans un monde où le président définit la citoyenneté, les Américains n’ont pas plus de droits que les sans-papiers – c’est-à-dire presque aucun.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#droitdusol#expulsion#citoyennete#droit#sante

  • Yanis Varoufakis sur X :

    via https://diasp.eu/p/17717849

    https://xcancel.com/legrandsoir/status/1938659915783979405

    Il semble que nos dirigeants, ici dans l’Occident « libéral », aient trouvé un nouveau moyen de transformer une personne en non-personne. Voici un homme, Hüseyin Doğru , journaliste allemand (d’origine turque, mais sans double nationalité) que les autorités européennes ont puni d’une manière inédite et extrêmement cruelle pour ses reportages et ses opinions sur la #Palestine.

    Les autorités allemandes ont tiré les leçons de mon cas. Ne souhaitant pas avoir à répondre devant les tribunaux de toute interdiction des voix pro-palestiniennes (à l’instar du procès que je leur intente actuellement), elles ont trouvé un autre moyen : une sanction directe de l’UE utilisant une directive jusqu’alors inutilisée, introduite au début de la guerre en Ukraine, qui permet à Bruxelles de sanctionner tout citoyen de l’UE (...)

    • (...tout citoyen de l’UE) qu’elle estime travailler pour les intérêts russes. S’accrochant à l’argument selon lequel le site web/podcast de Hüseyin était également diffusé sur Ruptly (entre autres plateformes), elles utilisent cette directive visant les « actifs anti-russes » pour détruire un journaliste qui a osé s’opposer au génocide palestinien.

      Concrètement, cela signifie que le compte bancaire de Hüseyin est gelé ; que si vous ou moi lui donnions de l’argent pour acheter des provisions ou payer son loyer, nous serions considérés comme ses complices et soumis à des sanctions similaires ; cela signifie également que s’il était fonctionnaire, il serait licencié ; s’il était étudiant, il serait expulsé de son université ; s’il percevait une pension, celle-ci serait suspendue ; s’il percevait des prestations sociales, celles-ci seraient gelées. Cela signifie également, de manière étonnante, qu’il ne peut pas quitter l’ #Allemagne !

      Enfin, et ce n’est pas le moins important, cela signifie que Hüseyin ne peut pas poursuivre son gouvernement pour l’avoir transformé en non-personne, mais seulement contester la Commission européenne à #Bruxelles – où il n’est même pas autorisé à se rendre !

      Dois-je en dire plus ? N’est-il pas évident que nous vivons aujourd’hui dans une #Europe nominalement libérale où, en un clin d’œil, vos droits politiques et humains peuvent être révoqués, y compris votre droit de contester votre gouvernement devant un tribunal ?

    • He Was Banned for Exposing Gaza Truths — Now He Speaks Out. With Yanis Varoufakis

      https://www.youtube.com/watch?v=MZ0l78jIg3U

      DIEM25 : 2025-06-17 - 60 min.
      (le son et l’image ne sont pas exactement synchronisés)

      #Israel’s genocide in #Gaza grinds on, while Israeli officials now signal they are “fully ready” to strike #Iran—raising the risk of a regional firestorm. But within the EU, dissent is being crushed.

      In an unprecedented case, the EU has sanctioned one of its own citizens for being a journalist. http://red.media founder Hüseyin Doğru was targeted on behalf of #Germany—for exposing Germany’s complicity in the genocide in Palestine. No trial. No hearing. An extrajudicial punishment.

      The EU claims he “systematically spread false information on politically controversial subjects with the intent of creating ethnic, political and religious discord amongst a predominantly German audience.” In reality, his reporting focused on social protests across Germany and Europe—something that now appears to go too far for the so-called democratic powers in #Berlin and Brussels.

      The listing followed http://red.media’s exclusive coverage of Germany’s brutal crackdown on pro-Palestinian students—and it forced the outlet to shut down. What does it mean when reporting on Gaza is reframed as extremism, and journalism itself becomes a sanctionable offense?

      Hüseyin Doğru joins Yanis Varoufakis to dissect Europe’s widening assault on free speech, Germany’s criminalisation of Palestine solidarity, and how ordinary citizens can push back—before they too are silenced. Hosted by Mehran Khalili. Tune in live, bring your questions, and share widely—while you still can.

  • Yanis Varoufakis on X :

    via https://diasp.eu/p/17717851

    https://xcancel.com/yanisvaroufakis/status/1938607536887779553#m

    It seems that our rulers, here in the ’liberal’ West, have homed in on a new way of turning a person into a non-person.

    Here is a man, Hüseyin Doğru , a German journalist (of Turkish origins, but not a dual citizen) whom the EU authorities have found a novel, immensely cruel, way of punishing for his coverage of, and views on, Palestine.

    The German authorities learned a lesson from my case. Not wishing to be answerable in court for any ban on pro-Palestinian voices (similar to the court case I am dragging them through currently), they found another way: A direct sanction by the EU utilising some hitherto unused directive, one introduced at the beginning of the Ukraine war, that allows Brussels to sanction any citizen of the EU it deems to be working for Russian (...)

  • En Italie, les référendums sur la naturalisation et le droit du travail, voulus par l’opposition, échouent
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/09/en-italie-les-referendums-sur-la-naturalisation-et-le-droit-du-travail-voulu

    En Italie, les référendums sur la naturalisation et le droit du travail, voulus par l’opposition, échouent
    Par Allan Kaval (Rome, correspondant)
    L’Italie progressiste avait une occasion de se compter. L’échec est patent. Alors que la législature qui a vu arriver à la présidence du conseil la figure d’extrême droite Giorgia Meloni est entrée dans sa seconde moitié, sans que le socle électoral de la coalition se soit érodé, les principales forces d’opposition ont perdu leur pari. Lundi 9 juin, à la fermeture des bureaux de vote ouverts la veille, les référendums d’initiative populaire sur le droit du travail et l’accès à la citoyenneté, voulus par l’opposition, n’ont pas réuni suffisamment de votants pour que leurs résultats soient validés, le taux de participation étant resté bien inférieur au quorum, fixé à 50 % des inscrits plus une voix. A la sortie des urnes, la participation pour l’ensemble des scrutins plafonnait à moins de 30,6 %.
    Les Italiens étaient invités à s’exprimer sur cinq questions distinctes. Trois d’entre elles visaient à revenir sur des mesures législatives ayant retiré des garanties aux employés en cas de licenciement ou ayant facilité, pour les employeurs, l’usage des contrats à durée déterminée. Un autre référendum renforçait les responsabilités des entreprises donneuses d’ordre en cas d’accident du travail dans le cadre de sous-traitance, une problématique récurrente en Italie et très présente dans les médias.
    Le oui l’a très largement emporté sur ces questions liées au monde du travail, avec des résultats qui, bien qu’oscillant entre 87,1 % et 88,8 % des voix, resteront sans effets faute de participation. En revanche, le référendum le plus attendu et le plus débattu a donné lieu à un score beaucoup plus modeste. Portant sur les modalités d’accès à la citoyenneté, il devait ouvrir la voie au passage à cinq années de séjour régulier nécessaires pour effectuer une demande de naturalisation, contre dix aujourd’hui. Seuls 60 % des votants se sont prononcés en faveur de cette évolution.
    « Il s’agit d’une défaite claire pour l’opposition qui, en plus d’échouer à rassembler les électeurs, s’est montrée divisée », analyse Lorenzo Pregliasco, fondateur de l’institut de sondages YouTrend. De fait, si le front était large, il s’est avéré confus. Ainsi, le Parti démocrate (centre gauche) défendait le oui aux cinq questions mais comptait en interne des voix centristes dissidentes concernant celles liées au droit du travail, sur lesquelles s’est en revanche singulièrement impliquée la Confédération générale italienne du travail, le principal syndicat (gauche) du pays. Les antisystèmes du Mouvement 5 étoiles, qui ont gouverné avec la Ligue (droite radicale) en 2018-2019, n’avaient, pour leur part, pas donné de consigne à leurs électeurs sur la question portant sur la citoyenneté.
    Ce thème, récurrent lui aussi, avait surgi de nouveau au lendemain des Jeux olympiques de Paris 2024. L’Italie se découvrait une nouvelle fois, à travers les histoires familiales de ses champions, un pays divers où des communautés d’origine étrangère étaient désormais inséparables du corps national, malgré des conditions d’accès à la nationalité restrictives. Les résultats de lundi ont de quoi congeler ces débats à moyen terme, confortant la droite nationaliste. « L’écart entre les scores du oui sur les questions sociales et sur la citoyenneté montre que, quand les thèmes identitaires sont en jeu, même l’électorat de gauche se montre prudent », explique Lorenzo Pregliasco, qui souligne que le poids de l’abstention aux référendums est le corollaire d’une crise profonde, la participation n’ayant été que de 64 % aux élections législatives de 2022. Exception faite d’un scrutin de 2011, aucun référendum d’initiative populaire organisé en Italie n’a jamais atteint le quorum.
    Le scrutin sans lendemain de dimanche et lundi a fourni un succès à peu de frais aux forces d’extrême droite et de droite qui composent le gouvernement Meloni. Pour célébrer cette issue, Fratelli d’Italia, le parti de la présidente du conseil, qui avait déclaré qu’elle se rendrait dans son bureau de vote mais ne placerait pas de bulletin dans l’urne, a choisi un message élémentaire. Sur son compte Instagram, la formation d’extrême droite a fait publier une photographie des principaux leaders de l’opposition, accompagnée de cette mention : « Vous avez perdu. » En lettres capitales.

    #Covid-19#migrant#migration#italie#regularisation#referendum#immigration#citoyennete#sante

  • Italie : un référendum sur l’accès à la citoyenneté divise le pays - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/65031/italie--un-referendum-sur-lacces-a-la-citoyennete-divise-le-pays

    Italie : un référendum sur l’accès à la citoyenneté divise le pays
    Par La rédaction Publié le : 09/06/2025
    Les Italiens votent depuis dimanche, et jusqu’à ce lundi soir, pour dire « oui » ou "non à une mesure visant à faciliter l’obtention de la nationalité, en réduisant le délai nécessaire de présence en Italie de dix à cinq ans. La gauche soutient la réforme et s’oppose au gouvernement de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni, qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité.
    Depuis dimanche 8 juin, et jusqu’à lundi soir, les citoyens italiens sont appelés aux urnes pour un référendum autour de cinq questions regroupées en deux thèmes : l’assouplissement des règles d’obtention de la nationalité italienne et l’abolition de lois libéralisant le marché du travail. Et c’est le premier sujet qui divise le plus le pays.
    Actuellement, selon une loi de 1992, un résident non-européen sans lien de mariage ni de sang avec l’Italie doit y vivre pendant dix ans avant de pouvoir demander la naturalisation, processus qui peut ensuite prendre des années. La proposition soumise à référendum propose de réduire ce délai à cinq ans, ce qui alignerait l’Italie sur l’Allemagne et la France. Outre la condition de durée de résidence, la loi italienne exige actuellement que le demandeur prouve qu’il est intégré dans la société, qu’il dispose d’un revenu minimum, qu’il n’a pas de casier judiciaire et qu’il a une maîtrise suffisante de la langue italienne. Autant de critères que le référendum ne propose pas de toucher.
    La citoyenneté peut aussi être acquise par le mariage avec un citoyen italien, ou sur le principe du « ius sanguinis » (droit du sang), selon lequel un enfant né d’un père italien ou d’une mère italienne, même à l’étranger, devient automatiquement un citoyen italien. Mais contrairement à d’autres États européens, le fait d’être né de parents étrangers en Italie ne garantit pas automatiquement la citoyenneté : un mineur ne peut la demander qu’à l’âge de 18 ans, à condition d’avoir vécu légalement et sans interruption en Italie depuis sa naissance.
    Cette loi a créé une zone d’ombre pour des centaines de milliers de personnes nées en Italie de parents étrangers - ou arrivées dans le pays alors qu’elles étaient enfants - qui, après des années, n’ont toujours pas obtenu la citoyenneté. Ainsi, si cette réforme est adoptée, elle pourrait bénéficier jusqu’à 2,5 millions de personnes, estiment les partisans du « oui », soutenus par le Parti démocrate (PD, centre-gauche), principale forte d’opposition en Italie.
    C’est cette opposition qui est à l’origine du référendum. En septembre dernier, l’initiative avait recueilli plus de 500 000 signatures, forçant ainsi le gouvernement de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni à l’organiser, comme le stipule la loi.
    Selon Riccardo Magi, secrétaire de +Europa (centre-gauche) cité par Euronews, le référendum permettrait de modifier une loi « ancienne et injuste » qu’aucun gouvernement des 30 dernières années « n’a eu la volonté politique de modifier ». La législation actuelle oblige, d’après lui, des centaines de milliers de filles et de garçons nés ou élevés en Italie à vivre comme des étrangers dans ce qui est aussi leur pays".
    La cheffe du parti Fratelli d’Italia, arrivée au pouvoir en 2022 sur un programme anti-migrants, s’est déclarée « absolument contre » cette mesure. Selon Giorgia Meloni, la loi actuelle sur la nationalité est « excellente » et « très ouverte ». « Nous sommes l’une des nations européennes avec le plus grand nombre de naturalisations », a-t-elle souligné cette semaine. Selon Eurostat, Rome a accordé en 2023 la nationalité italienne à 213 500 personnes, soit un cinquième des naturalisations dans l’Union européenne (UE). Plus de 90% d’entre elles étaient originaires de pays hors de l’UE, principalement d’Albanie et du Maroc, ainsi que d’Argentine et du Brésil. En mars, le gouvernement avait publié un décret afin de limiter l’accès à la naturalisation par lien de sang, ne rendant éligibles que les étrangers ayant des grands-parents ou des parents italiens, alors qu’auparavant, l’ascendance pouvait remonter jusqu’aux arrière-arrière-grands-parents. Ce décret est devenu loi en mai après approbation du Parlement italien.
    Pour montrer son opposition, le gouvernement demande de boycotter le référendum, afin d’invalider le résultat du vote. Des membres de la droite italienne ont même appelé les citoyens à se rendre à la plage plutôt que d’aller voter, indique la correspondante de France 24 à Rome. Car pour être valide, le référendum doit franchir le seuil de 50 % de votants. À la mi-journée dimanche, la participation s’élevait à 7,41%, selon le ministère de l’Intérieur.
    Ce scrutin est un véritable test pour l’opposition de gauche. Un victoire du « oui » serait un camouflet pour Giorgia Meloni qui a fait de la lutte contre l’immigration sa priorité. Giovanni Puccini, 18 ans, a voté dimanche pour la première fois de sa vie, dans un bureau à Rome. Il estime que l’appel à l’abstention de la Première ministre est « irrespectueux » : « Il faut voter parce que tellement de gens se sont battus, sont même morts, pour ce droit ». Son ami, Pierre Donadio, 21 ans, est convaincu qu’il faut assouplir les lois sur la naturalisation pour « éviter que le pays ne soit trop fermé sur lui-même ». Très populaire dans le pays, le rappeur Ghali, né à Milan de parents tunisiens, a aussi exhorté ses fans à aller voter. « Certains sont nés ici, ont vécu ici pendant des années, (...) se sentent Italiens à tous les égards, mais ne sont pas reconnus comme citoyens », a-t-il dénoncé sur Instagram.

    #Covid-19#migrant#migration#italie#referendum#citoyennete#naturalisation#sante

  • « La naturalisation accélère l’intégration économique des immigrés »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/05/20/la-naturalisation-accelere-l-integration-economique-des-immigres_6607370_323

    « La naturalisation accélère l’intégration économique des immigrés »
    Tribune Jérôme Valette, Economiste
    André Gide écrivait : « Choisir, c’était renoncer » [Les Nourritures terrestres]. Le ministre de l’intérieur semble avoir fait sienne cette maxime en annonçant, le vendredi 2 mai, un durcissement des conditions d’accès à la citoyenneté française.
    Dans une nouvelle circulaire, et après avoir déjà révisé, en janvier, la circulaire Valls sur les conditions de régularisation des étrangers en situation irrégulière, Bruno Retailleau confirme sa volonté de durcir la politique migratoire de la France. En réaffirmant la citoyenneté comme l’aboutissement du processus d’intégration, le ministre de l’intérieur choisit de renoncer aux bénéfices économiques qu’une naturalisation plus précoce pourrait offrir dans le parcours d’insertion des immigrés.
    Dans une circulaire de cinq pages adressée aux préfets, il définit les nouvelles directives dont ces derniers devront s’emparer. Niveau de langue orale rehaussé à partir de 2026, examen sur l’histoire et la culture civique françaises, exigence de ressources suffisantes hors aides sociales sont autant de mesures destinées à durcir les critères d’accès à la nationalité française pour les étrangers présents sur le sol national.
    Aussi, la circulaire demande explicitement aux préfets de sanctionner les étrangers ayant connu, à un moment donné de leur parcours, une situation d’irrégularité. Cette dernière mesure semble particulièrement difficile à tenir pour un grand nombre d’étrangers, les trajectoires migratoires étant souvent marquées par l’alternance de périodes d’irrégularité et de régularisation.
    S’il est encore difficile d’en mesurer les effets concrets, l’accès à la citoyenneté étant déjà difficile, et les décisions de naturalisation prenant déjà en compte certains de ces critères, la circulaire du ministre s’inscrit dans un choix politique clair. L’argument avancé par Bruno Retailleau pour justifier ce durcissement relève d’une logique de récompense : la naturalisation viendrait couronner le parcours des étrangers dont le degré d’intégration serait le plus abouti.
    Le ministre souligne dans le texte que devenir français « se mérite » et que le statut juridique de la naturalisation est défini par la jurisprudence « non pas comme un droit, mais comme une décision souveraine du gouvernement ». En consacrant ainsi la naturalisation comme étape finale d’un parcours d’intégration, entamé dès l’arrivée de l’étranger sur le sol national, Bruno Retailleau choisit, ce faisant, d’écarter la logique alternative visant à faire de la naturalisation une des composantes de la politique d’intégration des immigrés.
    De nombreuses études ont en effet montré que la naturalisation agissait comme un puissant accélérateur de l’intégration économique des immigrés, mesurée par leur intégration sur le marché du travail. De l’Allemagne aux Etats-Unis, en passant par la Suisse ou la France, les exemples de réformes du code de la nationalité qui ont permis d’estimer l’impact causal de la naturalisation sont nombreux. Ces travaux soulignent que les craintes liées à une naturalisation précoce, supposée réduire les motivations des immigrés à investir dans leur intégration économique, ne sont pas confirmées par les données.
    Au contraire, un accès facilité à la citoyenneté agit comme un catalyseur sur le marché du travail, et notamment pour les immigrés les plus fragiles, ceux que les politiques publiques peinent usuellement à ramener vers l’emploi. Ainsi les femmes immigrées, les immigrés originaires de pays extra-européens et les réfugiés, dont les écarts de taux d’emploi avec les natifs sont les plus importants, voient leur insertion professionnelle et leurs salaires augmenter significativement après l’obtention de la nationalité.
    Ces études mettent en avant que des conditions d’accès trop strictes à la nationalité pourraient en réalité décourager les efforts d’insertion des immigrés et, in fine, freiner l’adoption des normes locales en matière d’emploi, de langue ou d’éducation. Du point de vue des employeurs, la citoyenneté pourrait aussi être perçue comme un gage de stabilité, un travailleur naturalisé étant moins susceptible de quitter le pays, ce qui réduit les incertitudes liées à son recrutement.
    La circulaire envoyée par le ministre de l’intérieur nous rappelle donc à juste titre que, loin de relever uniquement de considérations économiques, les politiques d’accès à la citoyenneté revêtent un caractère éminemment politique. Si les recherches existantes montrent qu’un durcissement des conditions d’accès à la citoyenneté a toutes les chances de freiner l’intégration économique des immigrés déjà présents sur le territoire, cette nouvelle circulaire ne fait pas de cet objectif économique une priorité.
    Avec ce texte, Bruno Retailleau consacre d’abord la naturalisation comme l’aboutissement du processus d’intégration, une récompense réservée aux seuls étrangers déjà parfaitement intégrés. En priorisant son caractère méritocratique, il met donc au second plan son rôle d’accélérateur de l’intégration.
    Les prochaines échéances électorales devront trancher dans quelle mesure les Français partagent ou non cette lecture du rôle de la naturalisation. Il sera essentiel que ces derniers votent de manière informée, en mesurant au plus juste non seulement les gains d’un durcissement de l’accès à la nationalité, mais aussi les renoncements qu’il implique. Pour choisir, et renoncer, en conscience.

    #Covid-19#migration#migrant#france#politiquemigratoire#integration#naturalisation#sante#citoyennete

  • Le #décrochage_scolaire : un #coût humain et social sous-estimé

    #Apprentis_d’Auteuil alerte sur le coût du décrochage scolaire pour les #jeunes et pour la société. Ce 19 mai, la fondation publie un rapport sur les jeunes qui quittent l’école sans diplôme ni qualification, et sur le coût que représente le décrochage scolaire pour toute la société. Ce rapport montre combien il est urgent de redonner le goût d’apprendre à ces jeunes dans leur intérêt et celui de la collectivité. Exemple au collège Nouvelle Chance d’Apprentis d’Auteuil au Mans.

    Aujourd’hui, en France, plus de 75 000 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans diplôme ni qualification. Ces décrocheurs accèdent difficilement à l’emploi, sont plus touchés par le #chômage que les autres jeunes et risquent l’#exclusion. À ce drame humain s’ajoute un surcoût pour la société : accompagner un décrocheur coûte cher à la collectivité.
    Selon les chiffres de l’Éducation nationale, le décrochage scolaire a décru : en 2023, 7,6% des 18-24 ans étaient en dehors du système scolaire contre 11% en 2006. « Trop de jeunes décrochent encore ! constate Jean-Baptiste de Chatillon, directeur général d’Apprentis d’Auteuil. Et les plus vulnérables sont les premiers concernés. Nous refusons de nous y habituer car il existe des solutions. »

    Les plus vulnérables ? Des garçons et des filles en difficulté scolaire, qui ne trouvent pas de sens à l’école, peinent à acquérir les fondamentaux, sont mal orientés, freinés par une santé mentale fragile, victimes de harcèlement scolaire, etc.
    Ces adolescents vivent souvent des difficultés socio-économiques au sein d’un environnement marqué par la précarité ou le chômage. Les difficultés peuvent également être d’ordre familial (ruptures, événement particulier, problèmes d’acculturation, de langue, lien famille-école distendu) ou personnel (liées à la santé, à la mésentente avec les enseignants, à la quête de l’argent facile...)

    « Tous ces facteurs ont des conséquences sur le jeune, sa santé mentale et physique, son comportement en classe, ses résultats scolaires, sa motivation, sa projection dans l’avenir, souligne Julien Pautot, chef de projet au Pôle prévention du décrochage scolaire à Apprentis d’Auteuil. Les difficultés scolaires résultent de difficultés plus larges. Raison pour laquelle les décrocheurs ont besoin d’être accompagnés et suivis individuellement pour retrouver, avant toute chose, confiance en soi et estime de soi. »

    L’innovation du #collège_Nouvelle_Chance au Mans

    En proposant un #accompagnement_renforcé et des #pédagogies_innovantes en matière de #prévention et de #remédiation, Apprentis d’Auteuil démontre que le décrochage scolaire n’est pas une fatalité.
    Au Mans, par exemple, le collège Nouvelle Chance ouvert en 2014, accueille des élèves âgés de 13 à 16 ans qui n’ont plus le goût d’aller à l’école, sont déscolarisés ou en cours de #déscolarisation. Il leur propose, en plus d’un parcours scolaire personnalisé établi en concertation avec le jeune, sa famille et une équipe pédagogique et éducative pluridisciplinaire, un apprentissage de la vie en société et de la #citoyenneté.

    « L’objectif du collège Nouvelle Chance est de révéler le meilleur de chaque jeune, de faire germer et grandir en lui ses capacités, ses compétences, ses talents et ses envies, résume Emmanuelle Barsot, directrice. Pour que chacun reprenne confiance en soi mais aussi dans l’institution scolaire et s’autorise à rêver. Bien souvent, ce sont des jeunes extraordinaires qui ont une histoire de vie compliquée. À nous de changer notre regard sur eux, de leur faire confiance et de leur donner les moyens de s’épanouir et de réussir. Un simple « Tu vois, tu y arrives » peut changer beaucoup de choses. »

    Depuis le mois de janvier, Shelly, 15 ans, vient tous les jours au collège Nouvelle Chance. Une grande victoire pour elle après plus de trois mois de déscolarisation, et une énorme satisfaction pour les enseignants chaque jour à ses côtés. « En 5e, je ne pouvais plus aller au collège, se souvient-elle. J’avais peur de l’école, j’en vomissais. Je ne voulais pas que ma mère me voie dans cet état. Tout cela à cause d’élèves qui ne faisaient pas attention à ce qu’ils disaient. J’en ai parlé à beaucoup d’adultes, mais rien n’a changé. Un jour, j’ai dit à l’ancien directeur : "Je ne peux pas rester là. Sinon, je risque de faire une grosse bêtise." Il a appelé ma mère et nous a proposé le collège Nouvelle Chance. Ici, je n’ai plus peur. »

    Un parcours scolaire personnalisé

    Faire différemment pour ces jeunes loin de l’école, tel est le leitmotiv du collège Nouvelle Chance, qui accueille 30 élèves décrocheurs ou exclus d’établissements scolaires de la Sarthe. Pour chacun, un projet personnalisé et attractif destiné à le raccrocher aux apprentissages. « À un moment de l’année scolaire, les collèges des jeunes se trouvent un peu démunis. Ils ont tout tenté pour les raccrocher à l’école, en vain, explique Emmanuelle Barsot. En nous confiant ces adolescents pour un an, exceptionnellement deux, ils espèrent leur donner une nouvelle chance. »

    Dans des classes à petits effectifs de 6 à 8 élèves, les jeunes suivent des cours de trois-quarts d’heure (avec pauses de quinze minutes) le matin. À leurs côtés, deux enseignants dont l’un fait cours et l’autre apporte des compléments d’information. Au déjeuner, jeunes et adultes se retrouvent à la même table pour un temps d’échange informel. L’après-midi, en compagnie de professeurs et d’éducateurs, les collégiens participent à des activités susceptibles de les aider dans leur orientation scolaire ou professionnelle. Des projets artistiques ou sportifs individuels ou collectifs, des rencontres intergénérationnelles, des stages, des découvertes métiers leur sont proposés. Des emplois du temps à la carte sont même créés pour les jeunes qui ont décroché depuis plusieurs mois voire années.

    « L’essentiel est que les décrocheurs viennent de plus en plus souvent au collège Nouvelle Chance et retrouvent le goût et l’envie d’apprendre et de progresser via un projet personnalisé, conclut Emmanuelle Barsot. Et ce, en lien étroit avec les familles. Aucun décrocheur n’est livré avec un mode d’emploi. Chacun a sa façon de fonctionner. À nous de lui faire confiance et de l’aider au mieux. Tous en valent vraiment la peine ! »

    https://www.apprentis-auteuil.org/actualites/plaidoyer/le-decrochage-scolaire-un-cout-humain-et-social-sous-estime
    #France #rapport #école #éducation #statistiques #chiffres

  • La #Suède annonce allouer plus de 9 millions d’euros pour accélérer les #retours de migrants dans leur pays d’origine

    Dans un communiqué du 13 mai, le gouvernement suédois a indiqué renforcer son soutien à l’#Organisation_internationale_pour_les_migrations (#OIM) afin d’augmenter les retours des migrants présents dans le pays mais aussi dans l’Union européenne. Plus de 9 millions d’euros vont être alloués par la Suède à l’agence onusienne.

    Le sujet de l’immigration irrégulière occupe de nouveaux le devant de la scène en Suède. Mardi 13 mai, le gouvernement suédois a indiqué renforcer son soutien à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en lui allouant 9,2 millions d’euros pour accélérer les retours de migrants présents sur son territoire mais aussi au sein de l’Union européenne (UE).

    Cette #aide_financière doit contribuer à "lutter contre la migration irrégulière depuis l’#Irak, la #Somalie, l’#Ouzbékistan et la #Tunisie" renseigne le communiqué.

    Une autre partie de la somme servira à "renforcer les conditions de retour vers la #Syrie et lutter contre la traite des êtres humains en #Ukraine", précise le document. Le ministre des Migrations, #Johan_Forssell, a réaffirmé le soutien de Stockholm à l’Ukraine et a précisé que l’argent permettra également de "contrer et fournir de l’aide à ceux qui ont été victimes de la traite des êtres humains pendant l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie".

    Ces programmes d’"#aide_au_retour_volontaire" (#AVR) sont mis en place et soutenus par l’OIM dans plus de 100 pays. L’agence onusienne "ne facilite ni ne met en œuvre les expulsions (et) n’intervient qu’une fois qu’une personne a donné son #consentement_éclairé pour recevoir de l’aide", assure-t-elle dans un communiqué daté du 12 mai.

    Une myriade de mesures pour réduire l’immigration

    Cette nouvelle annonce n’est qu’une énième mesure du gouvernement, désireux de freiner l’immigration dans le pays. Depuis une dizaine d’années, les restrictions adoptées par les autorités suédoises à l’encontre des personnes exilées et étrangères sur le territoire scandinave sont de plus en plus sévères.

    Pour inciter les migrants à regagner leur pays d’origine, elles avaient annoncé le 12 septembre 2024 vouloir tripler le montant de l’aide au retour “volontaire”. Actuellement de 10 000 couronnes (environ 920 euros), celle-ci devrait grimper à 350 000 couronnes (30 000 euros) pour un adulte. Très critiquée, la mesure doit malgré tout entrer en vigueur en 2026. D’autres pays européens proposent également une #aide_financière_au_retour : de plus de 13 000 euros au #Danemark, d’environ 1 300 euros en #Norvège et jusqu’à 2 500 euros en #France.

    En avril dernier, les autorités avaient fait part de leur volonté d’introduire dans la législation un critère de "#conduite_honnête" aux migrants, sous peine de voir révoquer ou refuser leur titre de séjour. Déjà, un projet de loi annoncé en janvier proposait de conditionner l’obtention de la #citoyenneté suédoise à une “#bonne_conduite”, une durée de séjour plus longue (huit ans contre cinq actuellement) et à la réussite d’un test de connaissances de la société et des #valeurs suédoises ainsi qu’un examen de #langue.

    Dans cette même logique de durcissement des conditions d’accès des étrangers pour obtenir des #titres_de_séjours, le gouvernement défendait en décembre dernier un projet pour limiter la possibilité des demandeurs d’asile déboutés de déposer une nouvelle demande, sans avoir auparavant quitté le pays.

    Une autre proposition avait suscité un tollé dans le pays en mai 2024 : la coalition au pouvoir avait proposé une loi visant à obliger les travailleurs du secteur public à dénoncer aux autorités les personnes #sans-papiers avec lesquelles ils sont en contact. La mesure, jugée raciste et discriminatoire, s’était cependant heurtée à une très forte opposition au sein des services publics, qui avait appelé à la "désobéissance civile".

    Souhaitant privilégier l’immigration d’une “main-d’œuvre étrangère qualifiée et hautement qualifiée” comme le déclarait l’ancienne ministre des Migrations en février 2024, Stockholm souhaite également relever le plafond de #salaire_minimum requis pour les travailleurs non-européens dans l’obtention d’un #visa_de_travail. Ils devront désormais prouver qu’ils gagnent plus de 34 200 couronnes (3 000 euros) contre 27 360 couronnes (2 400 euros) actuellement.

    La Suède ferme ses portes aux immigrés

    Réputée accueillante pour les demandeurs d’asile depuis les années 1990, la Suède a permis à un grand nombre de personnes en provenance de régions en proie à des conflits, notamment d’ex-Yougoslavie, de Syrie, d’Afghanistan, de Somalie, d’Iran et d’Irak, de vivre sur son territoire. En 2015, le pays connaît un afflux de #réfugiés_syriens fuyant le régime d’Assad. Sur cette seule année, la Suède a accueilli plus 160 000 demandeurs d’asile, soit le taux d’accueil le plus élevé par habitant dans l’Union européenne.

    Mais ces arrivées massives marquent aussi un tournant. Le gouvernement social-démocrate de l’époque déclare alors qu’il n’est plus en mesure de poursuivre sa "politique de la porte ouverte". Depuis, les gouvernements successifs s’emploient à freiner les arrivées de migrants dans le pays.

    L’arrivée au pouvoir en 2022 d’un bloc qui regroupe modérés, conservateurs et obtient le soutien du parti d’extrême droite anti-immigration, les Démocrates de Suède, opère un virage radical dans la politique migratoire suédoise. "Il est temps de faire passer la Suède d’abord", déclarait à cette période Jimmie Akesson, le leader des Démocrates de Suède.

    Devenue l’une des nations européennes les plus strictes en la matière, la Suède peine à intégrer un grand nombre des nouveaux arrivants. En 2024, le nombre de migrants ayant obtenu l’asile en Suède a atteint le niveau le plus bas depuis 40 ans. L’an dernier, un peu plus de 6 000 permis de séjour pour l’asile ont été accordés dans le pays scandinave.

    "Aujourd’hui, trois personnes sur quatre qui demandent l’asile en Suède ne sont pas considérées comme ayant des motifs suffisants pour obtenir un #permis_de_séjour. Elles ne sont donc pas des réfugiées et doivent rentrer chez elles", a déclaré le ministre Johan Forssell.

    La Suède a ainsi été l’un des premiers pays à annoncer la suspension des demandes d’asile pour les Syriens après la chute de Bachar al-Assad en décembre dernier.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/64546/la-suede-annonce-allouer-plus-de-9-millions-deuros-pour-accelerer-les-
    #migrations #réfugiés #renvois #expulsions #IOM #traite_d'êtres_humains #retours_volontaires #naturalisation #réfugiés_syriens

    ping @karine4 @reka

  • UK to refuse citizenship to refugees who have ‘made a dangerous journey’

    Home Office accused of shutting out thousands, as new guidance says those applicants will ‘normally be refused’

    The Home Office has been accused of quietly blocking thousands of refugees from applying for citizenship if they arrived in the UK by small boats or hidden in vehicles.

    Guidance for staff assessing people who have applied for naturalisation says that, since Monday, applicants who have “made a dangerous journey will normally be refused citizenship”.

    The Refugee Council said that the move will potentially bar 71,000 people who have successfully applied for asylum from claiming UK citizenship. A leading immigration barrister has claimed that it is a breach of international law.

    The development will be seen as the latest evidence that Keir Starmer’s government has adopted a hardline “hostile environment” stance on asylum to fight off a poll surge by Nigel Farage’s Reform UK.

    Senior Tories claim that the government’s new border security bill, which passed its second reading on Monday, will repeal parts of the Illegal Migration Act, which would stop irregular arrivals from becoming British citizens.

    One Labour MP has joined charities in calling for the government to reverse the guidance with immediate effect.

    Stella Creasy, the Labour MP for Walthamstow, wrote on X: “This should be changed asap. If we give someone refugee status, it can’t be right to then refuse them [a] route to become a British citizen.”

    The changes, first disclosed by the Free Movement blog, were introduced to guidance for visa and immigration staff on Monday.

    Described as a “clarification” to case worker guidance when assessing if a claimant is of “good character’, it says: “Any person applying for citizenship from 10 February 2025, who previously entered the UK illegally will normally be refused, regardless of the time that has passed since the illegal entry took place.”

    In another new entry to the same guidance, it says: “A person who applies for citizenship from 10 February 2025 who has previously arrived without a required valid entry clearance or electronic travel authorisation, having made a dangerous journey will normally be refused citizenship.

    “A dangerous journey includes, but is not limited to, travelling by small boat or concealed in a vehicle or other conveyance.”

    Most people who enter the UK on small boats are eventually granted refugee status. A majority of those granted refugee status eventually claim British citizenship. Seeking UK citizenship costs £1,630 an application, and there is no right of appeal against a refusal.

    Colin Yeo, an immigration barrister and editor of the blog, wrote on Bluesky: “This is bad, full stop. It creates a class of person who are forever excluded from civic life no matter how long they live here. It’s also a clear breach of the refugee convention.”

    Article 31 of the UN refugee convention says: “The contracting states shall not impose penalties, on account of their illegal entry or presence, on refugees.”

    Enver Solomon, the chief executive of the Refugee Council, said the move “flies in the face of reason. The British public want refugees who have been given safety in our country to integrate into and contribute to their new communities.

    “So many refugees over many generations have become proud hard-working British citizens as doctors, entrepreneurs and other professionals. Becoming a British citizen has helped them give back to their communities and this should be celebrated, not prevented.”

    The Home Office was accused on Monday of “enabling the mainstreaming of racism” after releasing footage for the first time showing people being removed from the UK.

    The government believes its record on migration could help retain Labour voters tempted by Farage’s party. On Sunday, it released footage of immigration raids for illegal workers, prompting the MP Diane Abbott to say: “Trying to present ourselves as Reform-lite is a big mistake.”

    Home office insiders said the guidance rules were tightened so that the government would replace the ban that was imposed by the cancelled Illegal Migration Act.

    The IMA disqualified refugees who arrived in the UK by irregular means from claiming UK citizenship.

    A Home Office spokesperson said: “There are already rules that can prevent those arriving illegally from gaining citizenship.

    “This guidance further strengthens measures to make it clear that anyone who enters the UK illegally, including small boat arrivals, faces having a British citizenship application refused.”

    https://www.theguardian.com/politics/2025/feb/11/uk-home-office-citizenship-refugees-dangerous-journey
    #UK #Angleterre #migrations #asile #réfugiés #danger #citoyenneté #naturalisation #voyage_périlleux #voyage_dangereux #Illegal_Migration_Act #good_character #entrée_illégale #bateau

    –—

    Cela rappelle le #modèle_australien tel que décrit dans ce livre :

    Refugees : Why Seeking Asylum is Legal and Australia’s Policies are Not

    et explicité ici :

    Asylum seekers who arrive with a valid visa of some kind, and then apply for refugee status, go through the process described above. They are interviewed by an Immigration Department official and can apply for merits review by the RRT and for judicial review by the courts. Asylum seekers who arrive by boat are not allowed to lodge a valid application for a protection visa.

    (p.45)

  • Donald Trump prétend « sceller » les frontières américaines
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/25/donald-trump-pretend-sceller-les-frontieres-americaines_6514958_3210.html

    Donald Trump prétend « sceller » les frontières américaines
    Par Piotr Smolar (Washington, correspondant)
    Des agents des douanes et de la protection des frontières des États-Unis guident des migrants sans papiers dans un avion de transport militaire, à l’aéroport international de Tucson, en Arizona, le 23 janvier 2025. Photo fournie par le ministère de la défense américain.
    Des agents des douanes et de la protection des frontières des États-Unis guident des migrants sans papiers dans un avion de transport militaire, à l’aéroport international de Tucson, en Arizona, le 23 janvier 2025. Photo fournie par le ministère de la défense américain.
    Têtes penchées, mains menottées, ils avancent en file indienne vers un avion-cargo militaire, les reconduisant au Guatemala. La photo a été diffusée par Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison Blanche, vendredi 24 janvier, sur le réseau social X. « Les vols d’expulsion ont commencé, écrit-elle. Le président Trump envoie un signal fort et clair au monde entier : si vous pénétrez illégalement aux Etats-Unis d’Amérique, vous ferez face à des conséquences sévères. » Les vols d’expulsion ne peuvent pas avoir « commencé », dans la mesure où ils ne se sont jamais arrêtés. La nouveauté est l’emploi d’un appareil militaire, au cœur de la communication officielle.
    Au cours de l’année fiscale 2024, le département de la sécurité intérieure a organisé près de 700 000 reconduites à la frontière et expulsions, un chiffre sans précédent depuis 2010. Mais l’administration Biden a erré sur la question migratoire, coincée entre devoir d’accueil et fermeté, attendant juin 2023 pour durcir sa ligne face à la pression migratoire massive. Aujourd’hui, l’administration Trump cherche le choc des images, pour marquer une rupture répressive. Cela passe d’abord par la militarisation de la gestion de la frontière.
    Dans un communiqué, le Pentagone a détaillé l’origine exacte des 1 500 soldats supplémentaires déployés dans la semaine du 20 janvier, s’ajoutant aux 2 500 déjà envoyés par l’administration Biden. Le nombre total devrait encore monter, dans le cadre de l’état d’urgence proclamé par la Maison Blanche. Celle-ci pourrait invoquer un texte très ancien (1807), l’Insurrection Act, autorisant le déploiement de l’armée sur le sol américain face à des troubles majeurs. L’équipe Trump veut que les soldats ne se contentent pas de missions logistiques, mais sécurisent la frontière et arrêtent les clandestins.
    Les policiers de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE, service de l’immigration et des douanes) ont aussi lancé des opérations médiatisées dans différentes villes. Le flou règne sur les résultats de cette première vague. Le chiffre faible de 538 clandestins arrêtés a été diffusé. « Ça se passe très bien, a assuré Donald Trump, en déplacement en Caroline du Nord. On se débarrasse des criminels endurcis et mauvais. »
    En réalité, la confusion est entretenue sur le profil des personnes visées, afin de créer un sentiment d’insécurité chez les sans-papiers, et de donner des gages à l’électorat trumpiste. « La plupart des expulsions organisées sous le président Biden visaient des personnes ayant récemment franchi la frontière, souligne Julia Gelatt, experte au centre d’études Migration Policy Institute. L’effet sur la société est très différent lorsque vous expulsez des gens qui vivent et travaillent aux Etats-Unis souvent depuis des années. »
    « Sceller la frontière » avec le Mexique est la promesse au cœur de plusieurs décrets présidentiels signés dès les premiers jours de ce mandat. Mais l’expulsion de millions de clandestins reste suspendue à des problèmes logistiques et judiciaires majeurs. Sans la construction de centres de rétention, sans la coopération des pays sources et de pays tiers financièrement récompensés, sans le vote au Congrès d’une enveloppe majeure pour soutenir ces expulsions massives, l’administration Trump s’expose à une révolution de papier. Vendredi, le gouvernement mexicain s’est dit prêt à coopérer avec Washington pour accueillir ses ressortissants expulsés des Etats-Unis.
    Les premières mesures de la nouvelle administration envoient un message clair : les voies légales de l’immigration sont considérées comme suspectes. Le rêve américain aux Américains d’abord. Les programmes d’accueil des réfugiés, enregistrés dans leur pays d’origine, ont été gelés. Cela concerne aussi bien Haïti, le Venezuela que l’Ukraine. Les Etats-Unis tournent le dos à la notion d’asile.
    Dans l’ensemble, depuis que l’ancien président Joe Biden a signé, bien tardivement, des décrets présidentiels en juin 2024, la pression migratoire a décru de façon spectaculaire, sans que cela apparaisse pendant la campagne présidentielle. Le nombre d’interpellations de clandestins dans la seconde moitié de l’année 2024 a baissé de plus de 70 % par rapport à la même période en 2023. Mais le mandat Biden a été marqué par des chiffres très forts d’interpellations à la frontière avec le Mexique (8,7 millions).
    Plus largement, les républicains ont imposé dans le débat public une association entre immigration illégale et criminalité, Donald Trump faisant miroiter le possible renvoi de 15 à 20 millions de clandestins, malgré leur apport déterminant à certains secteurs économiques. Le président n’a cessé d’utiliser le mot « invasion ». La réalité est celle d’une accélération de la diversité de la société américaine. Selon le Pew Research Center, la part de la population née à l’étranger était de 14,3 % en 2023 (soit 47,7 millions de personnes), contre 4,7 % en 1970.
    « Ce combat est d’abord symbolique, explique Julia Gelatt. L’administration veut envoyer un message aux gens en situation illégale dans le pays ou à ceux pensant y entrer sans autorisation : vous n’aurez pas de droits chez nous, la vie sera difficile, vos enfants n’auront aucune possibilité. Donc, restez chez vous. Et puis, il y a un autre aspect qui ressort de tous les ordres exécutifs et des directives, cherchant par exemple à se débarrasser des programmes DEI [diversité, équité, inclusion]. On essaie de redéfinir qui a sa place aux Etats-Unis, qui est un vrai Américain, selon quels paramètres. »
    Un membre du département militaire du Texas ajuste une clôture le long de la frontière américano-mexicaine à El Paso, Texas, le 22 janvier 2025.
    Dans cette bataille idéologique, la remise en cause par Donald Trump du 14e amendement de la Constitution, garantissant le droit du sol, représente le trophée ultime. Cet amendement assure la citoyenneté américaine à tout enfant né aux Etats-Unis, sauf dans le cas d’enfant de diplomates ou de soldats. Les procureurs généraux dans une vingtaine d’Etats ont déjà déposé des recours. Le décret signé par Donald Trump a été bloqué provisoirement par un juge fédéral de Seattle, qui l’a qualifié d’« ouvertement anticonstitutionnel ». La querelle promet de remonter jusqu’à la Cour suprême. « Je ne pense pas que l’administration Trump parviendra à remettre en cause la définition du 14e amendement, prédit Julia Gelatt. Mais ce qu’elle veut, c’est repousser les bornes de la conversation politique. »

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#frontiere#expulsion#sante#droitdusol#citoyennete

    • C’est moins cher avec des procédures expéditives et des avions militaires, mais comment faire tourner l’économie étasunienne en virant plus de 740 migrants par jour soit 270 000 par an, comme c’était le cas sous Biden, se demandent y compris de nombreux capitalistes locaux.
      En termes de légitimation politique (on fait ce qu’on dit, l’"Amérique" est grande car elle défend son sol contre l’"invasion"), c’est moins coûteux qu’une campagne présidentielle, mais ça se complique lorsque l’électeur peut plus se faire livrer, aller au fast-food, faire tondre sa pelouse ou construire sa baraque, garder ses mômes, ses vieux et ses supermarchés, être assuré que récoltes et production seront réalisées, ou être rassurer de savoir que les hostos, les facs et les boites innovantes disposent de ce qu’il leur faut comme main-d’oeuvre qualifiée.

  • Etats-Unis : un juge fédéral suspend la remise en cause du droit du sol ordonnée par Donald Trump
    https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/23/etats-unis-un-juge-federal-suspend-provisoirement-la-remise-en-cause-du-droi

    Etats-Unis : un juge fédéral suspend la remise en cause du droit du sol ordonnée par Donald Trump
    Le Monde avec AFP
    Un juge américain a suspendu, jeudi 23 janvier, la remise en cause du droit du sol ordonnée par le président Donald Trump mesure emblématique de son offensive anti-immigration.
    « Il s’agit d’un texte manifestement inconstitutionnel », a estimé le magistrat fédéral John Coughenour, cité par des médias locaux, lors d’une audience à Seattle (Washington). Joint par téléphone, un greffier du tribunal a confirmé la suspension à l’Agence France-Presse.« Evidemment, nous ferons appel », a déclaré le président américain à la presse depuis le bureau Ovale de la Maison Blanche en réaction à cette suspension. Le ministère de la justice a assuré, de son côté, que le décret présidentiel « interprète correctement » le 14e amendement. L’affaire est susceptible de remonter jusqu’à la Cour suprême.
    Dans la foulée de son investiture, lundi, Donald Trump a signé un décret revenant sur le droit du sol, un principe fondateur consacré par le 14e amendement de la Constitution américaine et appliqué depuis plus de cent cinquante ans aux Etats-Unis. Cette mesure a immédiatement été contestée en justice par vingt-deux Etats américains, dont la Californie et New York, et plusieurs associations. Ils ont intenté plusieurs procédures pointant son inconstitutionnalité. « Je suis juge depuis plus de quarante ans et je ne me souviens pas d’une autre affaire dans laquelle la question posée est aussi claire que celle-ci », a ajouté le juge Coughenour, en suspendant le décret pour quatorze jours, selon le New York Times.
    La procédure, jugée jeudi à Seattle, était portée par les procureurs généraux de quatre Etats : ceeux de Washington, de l’Arizona, de l’Oregon et de l’Illinois. Ils soulignaient que ce décret pourrait priver de droit 150 000 nouveau-nés chaque année, aux Etats-Unis, et risquaient de rendre certains d’entre eux apatrides.
    Le décret devait interdire au gouvernement fédéral de délivrer des passeports, des certificats de citoyenneté ou d’autres documents aux enfants dont la mère séjourne illégalement ou temporairement aux Etats-Unis et dont le père n’est pas citoyen américain ou résident permanent, titulaire de la fameuse « carte verte ».
    La décision de jeudi s’applique à l’échelle nationale, selon l’agence Associated Press. « Il faut espérer que ce décret anticonstitutionnel et antiaméricain n’entrera jamais en vigueur », a estimé le procureur général (démocrate) de l’Etat de Washington, Nick Brown, dans un communiqué, saluant la suspension. « La citoyenneté ne peut pas être conditionnée par la race, l’appartenance ethnique ou l’origine des parents, a-t-il ajouté. C’est la loi de notre nation, reconnue par des générations de juristes, de législateurs et de présidents, jusqu’à l’action illégale du président Trump. »
    La procureure générale d’Arizona, Kris Mayes, a, de son côté, salué « une victoire pour l’Etat de droit ». « Aucun président ne peut modifier la Constitution sur un coup de tête et la décision d’aujourd’hui l’affirme », a ajouté cette élue démocrate, dans un communiqué.Le décret de Donald Trump, qu’il a signé le jour de son investiture, lundi 20 janvier, devait entrer en vigueur le 19 février. Le président avait lui-même reconnu s’attendre à des contestations devant les tribunaux. Il avait également jugé que le droit du sol est un principe « ridicule » et avait faussement affirmé que les Etats-Unis seraient « les seuls » à l’appliquer. En réalité, des dizaines de pays reconnaissent le droit du sol, dont la France, le Canada et le Mexique.

    #Covid-19#migration#migrant#etatsunis#droitdusol#nation#immigration#citoyennete#sante

  • En Italie, la réforme de l’accès à la nationalité en débat
    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/10/31/en-italie-la-reforme-de-l-acces-a-la-nationalite-en-debat_6368255_3210.html

    En Italie, la réforme de l’accès à la nationalité en débat
    Par Allan Kaval (Rome, correspondant)
    Entre les murs décorés de dessins d’enfants de l’école primaire Grazia Deledda, dans le quartier périphérique de Chiesanuova, à Brescia (Lombardie), grandit une nouvelle génération italienne qui a peu à voir avec la vision de l’avenir dans laquelle se projette la cheffe nationaliste de l’exécutif, Giorgia Meloni, et son vice-président du conseil, Matteo Salvini, aux accointances ouvertement racistes. « Nos élèves sont presque tous d’origine étrangère, issus de familles majoritairement pakistanaises, marocaines et sénégalaises. Ils sont pour la plupart nés en Italie et représentent la deuxième génération. Mais très peu ont la nationalité italienne », explique la directrice de l’établissement, Adriana Rubagotti.
    Le destin de ces enfants, et de tous ceux qui, comme eux, sont nés de parents étrangers et grandissent sur le sol italien, fait l’objet d’un débat national épisodique qui a été ravivé récemment avec les Jeux olympiques. Les succès de l’équipe nationale féminine de volley, emmenée par l’Italienne d’origine nigériane Paola Egonu, ont remis la question de l’accès à la citoyenneté dans l’arène publique.
    Pratiquant le droit du sang, l’Italie s’interroge – sans aller jusqu’à envisager une évolution vers le droit du sol – sur une formule intermédiaire désignée par une locution latine : le ius scholae, ou droit de l’instruction. Une proposition de loi allant en ce sens a été préparée par Forza Italia (centre droit), la composante modérée d’une majorité dominée par l’extrême droite, sans recevoir le soutien de Giorgia Meloni et en subissant les critiques de la Ligue de Matteo Salvini.
    Pensée pour les 914 860 élèves étrangers scolarisés en Italie (11,2 % du total, selon les chiffres du ministère de l’éducation), la réforme permettrait aux mineurs ayant complété un cycle d’étude d’obtenir la nationalité italienne. Parallèlement, un référendum d’initiative citoyenne sur la question pourrait se tenir au printemps 2025. « Citoyenneté ou non, ici nous formons des Italiens, et nous le faisons en lien avec la réalité actuelle du pays », affirme Mme Rubagotti, par opposition à une autre vision de l’identité, figée et tournée vers le passé. « Le système actuel crée de la colère au sein de générations de jeunes qui, en grandissant, voient qu’ils ne sont pas reconnus par le pays où ils vivent depuis toujours », dénonce Laura Castelletti, la maire centre gauche de Brescia, en visite dans l’école Grazia Deledda. Un quart des quelque 200 000 habitants de sa ville, où sont représentées 143 nationalités, n’a pas la citoyenneté italienne. Au cœur d’un bassin industriel très dynamique qui a attiré des générations de travailleurs immigrés, Brescia est à l’avant-poste d’une Italie plus diverse face à laquelle les normes qui régissent l’accès à la citoyenneté paraissent inadaptées.
    « La législation italienne est celle d’un pays d’émigration et non d’immigration, explique l’historien des migrations Michele Colucci. En basant l’accès à la nationalité sur l’origine familiale, il était censé permettre à l’Italie de conserver un lien avec les très nombreux descendants d’Italiens qui se sont établis sur le continent américain. » De fait, il est plus facile pour un Argentin de lointaine ascendance italienne et ne parlant pas un mot d’italien d’obtenir la nationalité italienne que pour un enfant étranger qui serait né et aurait grandi dans le pays. Selon la loi en vigueur depuis 1992, ce dernier disposerait d’un an, à sa majorité, pour prétendre à la nationalité, uniquement s’il a résidé dans le pays légalement et sans interruption.
    Née en 1990 dans la province de Savona, Noura Ghazoui n’a pas pu accéder à la nationalité à sa majorité car elle a passé quelques années de son enfance au Maroc, le pays d’origine de ses parents. Plus de quinze ans plus tard, employée au port de Gênes et présidente du Conngi, une association défendant les « nouvelles générations italiennes », elle n’en a pas fini avec les démarches administratives. « Je suis mariée à un Italien, mon fils est italien, moi aussi je me sens italienne mais je ne suis pas reconnue comme telle officiellement. Il faut repenser ce que signifie être italien, ce n’est pas une question d’ADN mais de valeurs, liées à la fréquentation de l’école, des institutions, du monde du travail… »
    Pour Raisa Lebaran, 34 ans, italienne de mère ghanéenne et de père nigérian, infirmière et conseillère municipale à Brescia, « la question de l’accès à la citoyenneté est parasitée par le discours sur l’immigration illégale et le thème des migrants débarquant à Lampedusa qui obsède la classe politique ». Ayant grandi dans le village de Castegnato, dans l’arrière-pays, où son père était employé dans une fonderie qui a depuis fermé, Mme Lebaran parle le dialecte brescian aussi bien que l’italien et le haoussa, et elle est convaincue que la société est prête pour le changement. « La présence de personnes ayant des migrations en héritage dans la société italienne est une chose devenue banale. Au tour de la politique de refléter cette réalité. »
    Pour hâter les choses, des associations et des responsables politiques d’opposition, épaulés par des personnalités du monde du spectacle, ont soutenu un projet de référendum d’initiative citoyenne visant à libéraliser l’accès à la citoyenneté en faisant passer la durée de la résidence requise pour les adultes de dix à cinq ans. Lancée le 6 septembre, l’initiative a récolté les 500 000 signatures obligatoires en deux semaines. « La perspective du référendum est la première chose concrète qui se produit sur la question de la citoyenneté depuis des années », se félicite Noura Ghazoui. « Il y a un changement en cours qu’il est impossible d’arrêter », estime pour sa part Hajar Raïsi. Italienne d’origine marocaine, elle dirige l’association Dalla Parte Giusta della Storia (« du bon côté de l’histoire »), qui a joué un rôle moteur dans le lancement du projet de réforme, lequel doit désormais être validé par la Cour constitutionnelle pour que le vote ait lieu. « Voyages scolaires impossibles pour certaines nationalités, bourses d’études inaccessibles, échanges universitaires compromis, exclusion des concours dans la fonction publique : le chemin vers l’âge adulte de personnes parfaitement intégrées ne cesse de se heurter à des portes fermées. Il faut que ça change. »
    « Je ne sais pas si cette fois ce sera différent, nuance l’écrivaine italienne d’origine somalienne Igiaba Scego. Je suis fatiguée de cet immobilisme qui fait perdre tant de temps à des gens dont les vies sont bloquées. Et pourtant, l’Italie a un problème de vieillissement qu’elle ne peut résoudre qu’en acceptant sa pluralité. » De fait, la question n’est pas cantonnée à certains milieux progressistes. Interrogé sur la question de la réforme de la citoyenneté, Franco Gussalli Beretta, président du fabricant d’armes qui porte son nom et de la puissante branche bresciane de la Confindustria, l’association des entreprises italiennes, répond en parlant démographie : « Economiquement, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas attirer de nouveaux jeunes dans notre pays. La population recule, c’est une question de chiffres. »
    Le fait que les députés de Forza Italia, un parti proche des entreprises et incarnant l’aile libérale de la coalition au pouvoir, aient porté la proposition de réforme du ius scholae répond à cette même logique. Cependant, pour Ennio Codini, le responsable scientifique de la fondation ISMU, un centre de recherche sur les migrations et l’intégration, elle a peu de chance d’aboutir : « Les textes d’initiative parlementaire peuvent servir à répondre ponctuellement à de grandes questions de société comme sur la fin de vie, mais ils tendent à s’enliser et à être oubliés. » En l’absence de changement au niveau national, des responsables locaux lancent des ballons d’essai. « Le pays dont il est question au Parlement à Rome n’est pas le pays réel. Nous sommes en adéquation avec la société », estime le maire de Turin, Stefano Lo Russo (Parti démocrate, centre gauche), qui a inscrit symboliquement dans le statut de la Commune, une sorte de constitution miniature, les principes du droit du sol et du ius scholae. A Brescia, la maire Adriana Rubagotti réfléchit à instaurer une forme de cérémonie censée représenter l’inclusion dans la communauté des fils et filles d’immigrés. A moins d’une évolution réelle et à défaut de citoyenneté véritable, les enfants de l’école primaire Grazia Deledda pourraient devoir s’en contenter.

    #Covid-19#migrant#migration#italie#naturalisation#droitdusang#immigration#citoyennete#integration#sante

  • 80 - Spatial Planning in Israel/Palestine and the Gaza War
    https://urbanpolitical.podigee.io/80-spatial-planning-in-israelpalestine-and-the-gaza-war

    In this episode, we explore the role of land policies and spatial planning in the Israel-Palestine conflict. Our two guests, Oren Yiftachel and Orwa Switat, discuss the historical context of the conflict, focusing on how settler colonialism and land regimes have shaped hierarchical types of citizenship and exacerbated tensions. The conversation looks at the impact of the recent war in Gaza on planning and development policies, especially in relation to Bedouin communities in the Naqab/Negev and their responses. This episode concludes by exploring prospects for peace, the potential for redevelopment in Gaza and the broader Palestine-Israel region, and the role of the movement “Land for All” and international society in shaping the (...)

    #Israel,Palestine,Planning,Gaza_War
    https://audio.podigee-cdn.net/1653518-m-7ea66aa5664f57ee2260f52278450523.m4a?source=feed

  • Toussaint Manga : « Avec le nouveau référentiel de politiques publiques, la jeunesse n’a plus besoin d’immigrer »
    https://www.dakaractu.com/Toussaint-Manga-Avec-le-nouveau-referentiel-de-politiques-publiques-la-je

    Toussaint Manga : « Avec le nouveau référentiel de politiques publiques, la jeunesse n’a plus besoin d’immigrer »
    Dans cet agenda de transformation du Sénégal, « une grande partie est réservée à la jeunesse. Cet agenda fait comprendre à la jeunesse qu’ils n’ont pas besoin de prendre les pirogues pour immigrer ». Toussaint Manga estime qu’il suffit pour cette jeunesse, de faire un retour aux fondamentaux en développant la citoyenneté et en s’inspirant du projet des nouvelles autorités pour bâtir le Sénégal juste et prospère

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#jeunesse#migrationirreguliere#citoyennete#sante

  • Cate Blanchett et Filippo Grandi : « Sans nationalité, vous vivez dans la crainte d’être maltraité, arrêté, détenu et même expulsé du pays qui est le vôtre »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/10/16/cate-blanchett-et-filippo-grandi-sans-nationalite-vous-vivez-dans-la-crainte

    Cate Blanchett et Filippo Grandi : « Sans nationalité, vous vivez dans la crainte d’être maltraité, arrêté, détenu et même expulsé du pays qui est le vôtre »
    Une nouvelle alliance pour l’éradication de l’apatridie vient d’être lancée afin de lutter contre les inégalités des lois nationales fondées sur le sexe, l’appartenance ethnique, la religion ou la race, expliquent, dans une tribune au « Monde », l’actrice Cate Blanchett et le haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Filippo Grandi.
    Tribune : Imaginez que vous découvriez un jour que votre identité a été effacée, que votre passeport, votre permis de conduire, vos cartes bancaires, votre acte de naissance, tous les numéros et autres identifiants qui prouvent votre existence en tant que citoyen ont disparu. Vous ne pouvez pas décrocher un emploi ni posséder de compte bancaire, et les prestations de base ne vous sont pas accessibles puisque vous n’existez pas officiellement.
    Mais votre famille a besoin d’être nourrie, alors vous acceptez tout travail qui se présente à vous – irrégulier, mal payé, voire dangereux. Vous appelleriez bien un parent pour demander de l’aide, mais votre téléphone ne fonctionne pas parce que votre carte SIM a disparu. Aucune école n’a de trace de votre enfant, elle ne peut donc pas l’inscrire, et la porte de la classe se referme sur lui.
    Vous avez rencontré l’amour de votre vie ? Il se peut que vous ne puissiez même pas vous marier officiellement. Aucun médecin ne possède de dossier sur vous, si bien que, si vous êtes malade ou blessé, vous devez vous débrouiller seul. Sans nationalité et sans les droits qui en découlent, vous vivez dans la crainte d’être maltraité, arrêté, détenu et même expulsé du pays qui est le vôtre. Cela offre un aperçu de la situation des apatrides, même si, pour nombre d’entre eux, l’apatridie n’est pas un problème soudain mais une situation qu’ils endurent depuis leur naissance.
    Imaginez donc le calvaire de Tebogo Khoza, un jeune homme qui n’a jamais connu son père, a perdu sa mère de maladie et dont les grands-parents n’ont jamais eu de papiers d’identité parce que l’ancien régime d’apartheid sud-africain considérait que les non-Blancs n’en avaient pas besoin. Il a fallu une bataille de dix ans pour qu’il obtienne enfin, en 2023, à l’âge de 25 ans, un acte de naissance confirmant sa nationalité sud-africaine.
    Imaginez aussi comment Meepia Chumee, abandonnée bébé et élevée par des proches également apatrides, a lutté pendant des décennies pour accéder à un emploi formel, aux droits fondamentaux et aux services dans le nord de la Thaïlande. Ce n’est qu’à l’âge de 34 ans qu’elle a réussi à obtenir la nationalité thaïlandaise.
    Ce ne sont là que deux des histoires récemment mises en lumière par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Ce ne sont que deux des quelque 4,4 millions de personnes dans le monde qui sont déclarées apatrides ou de nationalité indéterminée. En réalité, le nombre réel est probablement beaucoup plus élevé ; on ne vous compte pas lorsque vous êtes invisible, et les données ne sont disponibles que pour environ la moitié des pays du monde.
    Les effets de l’apatridie sont pernicieux. Les apatrides ont le sentiment de vivre dans l’ombre, de n’appartenir à aucun pays. Et même s’il existe une solution toute prête – l’octroi de la nationalité –, le problème persiste. Dans un monde où tant de choses dépendent de notre reconnaissance en tant que citoyens, il s’agit d’une profonde injustice.
    Au cours de la dernière décennie, le HCR a mené une campagne baptisée #IBelong (#Jexiste) pour lutter contre l’apatridie. Au cours de cette période, plus de 565 900 apatrides ont acquis une nationalité. Par exemple, ces dernières années, le Kenya a accordé la nationalité aux membres des minorités makonde, shona et pemba.
    Le Kirghizistan a été le premier pays à résoudre tous les cas connus sur son territoire. Le Turkménistan est sur le point de devenir le deuxième pays à mettre fin à l’apatridie, et d’autres Etats d’Asie centrale lui emboîtent le pas. Le Vietnam s’est attaqué au problème de l’apatridie parmi les anciens réfugiés cambodgiens et les groupes ethniques minoritaires. De nombreux autres pays ont adopté des lois visant à garantir qu’aucun enfant ne naisse apatride.
    Pourtant, l’apatridie perdure. Elle peut résulter d’une discrimination délibérée fondée sur la race, l’appartenance ethnique, la religion, la langue ou le sexe. Les Rohingya par exemple, l’un des groupes les plus touchés, sont apatrides à la fois en Birmanie en raison d’une loi discriminatoire sur la citoyenneté, et à l’extérieur du pays, en tant que réfugiés.
    Vingt-quatre pays ne permettent toujours pas aux femmes de transmettre leur nationalité à leurs enfants sur un pied d’égalité avec les hommes. Par conséquent, les enfants peuvent se retrouver apatrides lorsque les pères sont inconnus, disparus ou morts, ce qui ajoute une nouvelle injustice à la discrimination fondée sur le genre.
    Parfois, les causes sont moins malignes – par exemple parce que les lois sur la nationalité ne garantissent pas que personne ne devienne apatride, ou en raison d’obstacles bureaucratiques qui rendent difficile ou impossible l’acquisition ou la preuve de la citoyenneté ou l’enregistrement d’une naissance.
    Mais il existe des mesures concrètes qui peuvent et doivent être prises. De nombreux pays doivent encore mettre en œuvre des réformes qui permettraient de conférer une nationalité aux apatrides et de prévenir l’apatridie chez les enfants. Malgré plusieurs adhésions récentes, moins de la moitié des Etats membres des Nations unies sont parties aux conventions de 1954 et 1961 sur l’apatridie. Des millions d’enfants ne sont toujours pas enregistrés à la naissance, ce qui accroît le risque d’apatridie.
    La nécessité d’agir est plus urgente que jamais. C’est pourquoi nous avons créé l’Alliance mondiale pour mettre fin à l’apatridie, lancée le 14 octobre, qui réunira des Etats, des agences des Nations unies, des représentants de la société civile, des organisations dirigées par des apatrides et bien d’autres pour travailler ensemble et partager les bonnes pratiques, s’appuyer sur les meilleurs moyens de prévenir et de résoudre l’apatridie, encourager les réformes politiques et juridiques, et donner une voix aux apatrides.
    Il ne s’agit pas seulement pour ces personnes de pouvoir gérer leur quotidien, mais il est avant tout question de répondre à un besoin fondamental d’appartenance. Il s’agit d’être reconnu et de se voir accorder les droits dus à chaque citoyen. Rien ne justifie l’apatridie, et les solutions sont à notre portée. Il s’agit d’un problème créé par l’homme et que nous devons éradiquer – pour de bon.

    #Covid-19#migrant#migration#HCR#apatride#droit#citoyennete#femme#mineur#sante

  • Un juge texan suspend une mesure de Joe Biden, qui devait simplifier l’accès à la citoyenneté pour un demi-million d’immigrants
    https://www.lemonde.fr/international/article/2024/08/27/un-juge-texan-suspend-une-mesure-de-joe-biden-qui-devait-simplifier-l-acces-

    Un juge texan suspend une mesure de Joe Biden, qui devait simplifier l’accès à la citoyenneté pour un demi-million d’immigrants
    Le Monde avec AFP
    Un juge du Texas a ordonné lundi 26 août la suspension pour quatorze jours d’une mesure annoncée en juin par Joe Biden. Cet arrêt provisoire porte un coup à l’une des plus importantes mesures de réforme en matière d’immigration du président américain.
    Le juge Campbell Barker a suspendu cette mesure dans le cadre d’une procédure engagée par les procureurs généraux républicains de seize Etats, qui contestent cette politique de l’administration Biden destinée à simplifier l’accès à la citoyenneté pour environ un demi-million d’immigrants mariés à des ressortissants américains.
    Les seize Etats qui ont intenté ce recours en justice estiment que cette politique coûte des millions de dollars aux services publics - notamment en matière de santé, d’éducation et de maintien de l’ordre - auxquels les immigrés font appel. « Les demandes sont substantielles et méritent un examen plus approfondi que ce que le tribunal a pu se permettre jusqu’à présent », a écrit le juge Barker dans son ordonnance.
    Alors que le sujet de l’immigration divise de nombreux Américains à l’approche de l’élection présidentielle de novembre, le parti démocrate s’efforce d’avoir une politique plus sévère en matière d’immigration clandestine tout en introduisant des réformes pour une meilleure protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales.De son côté, le candidat républicain, Donald Trump, prétend que les Etats-Unis sont assaillis par une « invasion » de migrants.
    Ces nouvelles mesures visaient à simplifier la procédure pour les personnes remplissant déjà les conditions requises pour obtenir la résidence permanente. Elles concernent les personnes présentes dans le pays depuis au moins dix ans et mariées à un citoyen américain avant le 17 juin 2024, ainsi que quelque 50 000 beaux-enfants de citoyens américains.
    Les personnes dont la demande avait été approuvée se voyaient accorder un permis de travail et le droit de rester aux Etats-Unis pendant une période pouvant aller jusqu’à trois ans, le temps de demander une carte verte. L’arrêt de lundi suspend ces mesures, mais n’empêche pas le gouvernement de continuer à accepter les demandes. Les services américains de citoyenneté et d’immigration (USCIS) ont précisé qu’ils continueraient à recevoir des demandes, mais qu’ils n’en accorderaient aucune tant que la suspension n’aura pas été levée. Le tribunal a annoncé un calendrier d’audience accéléré dans cette affaire, mais M. Barker a fait savoir que la suspension de deux semaines serait probablement prolongée.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#citoyennete#greencard#immigration#sante

  • Des êtres et des choses, repenser l’#histoire de la #citoyenneté

    Qu’est-ce qu’une barque à Antibes, un coffre à Alger, des terres collectives à Naples ou un mulet abandonné en Espagne disent de la citoyenneté ? L’ouvrage « La Cité des choses » observe les actions de la vie quotidienne et l’histoire de la protection des biens et des personnes pour y répondre.

    La Cité des choses. Une nouvelle histoire de la citoyenneté, voici un titre d’ouvrage bien intriguant. Il n’est pas courant que des esclaves affranchis de l’Antiquité côtoient des artisans migrants du siècle des Lumières, qu’une barque à Antibes se trouve face à un coffre à Alger, ou qu’un hôtel à Turin rencontre un mulet abandonné en Espagne. La Cité des choses. Une nouvelle histoire de la citoyenneté : quelles sont ces « choses » et que signifie « citoyenneté » ?

    Une autre définition de la citoyenneté

    Les auteurs et autrices de La Cité des choses proposent une définition de la citoyenneté qui s’éloigne de la seule conception institutionnelle de ce statut social : « La citoyenneté, dans cet ouvrage, ne correspond pas à un document, à un titre officiellement délivré par une autorité centrale », explique l’historienne Simona Cerutti, directrice avec Thomas Glesener et Isabelle Grangaud de La Cité des choses. « La citoyenneté correspond plutôt au droit de prendre part aux ressources locales. Nous avons utilisé la métaphore du banquet : (le droit) de s’asseoir autour d’une table dans laquelle des ressources de la cité – l’instruction, la santé, le mariage – sont distribuées. »
    D’autres modèles de citoyenneté

    À partir de l’espace méditerranéen, l’ouvrage propose de repenser l’histoire de la citoyenneté en s’affranchissant des seuls modèles politiques occidentaux. « La Méditerranée est un haut lieu d’une histoire traditionnelle de la citoyenneté – des cités de l’Antiquité grecque à l’ère des révolutions en passant par les cités italiennes médiévales. Nous, nous explorons une Méditerranée qui est restée dans l’ombre », avance l’historien Thomas Glesener. « L’histoire classique de la citoyenneté associe cette question à la participation, à l’accès au droit politique, qui passe souvent par le droit de vote. Nous, nous cherchons la citoyenneté dans des actions qui ne sont a priori pas identifiées comme politiques, mais dont nous nous efforçons de montrer leurs dimensions politiques. »
    Suivre les choses pour trouver de la citoyenneté

    De part et d’autre de la Méditerranée, les chercheuses et chercheurs de La Cité des choses enquêtent sur les sociétés du 16e au 21e siècle à partir de ce que leurs sources révèlent de la gestion des « choses » (objets, immeubles, terres, héritages, dettes…). « Ce sont des biens qui ne se réduisent pas à des objets de transaction ou d’appropriation, mais qui prennent de la valeur parce qu’ils sont partagés et qu’ils doivent être protégés », précise Simona Cerutti. Leurs études mettent en lumière l’importance de l’inscription dans une chaîne de succession, dont la trace se suit dans les « choses », pour reconnaître à une personne son statut de citoyen.

    En démontrant une continuité entre choses et personnes, les autrices et auteurs entendent démontrer la capacité des choses à construire et transformer des statuts sociaux. La Cité des choses invite, à travers l’histoire, à concevoir la citoyenneté comme un processus résultant d’interactions et d’actions de la vie quotidienne qui participent à la construction des hiérarchies et des statuts politiques.

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-cours-de-l-histoire/des-etres-et-des-choses-repenser-l-histoire-de-la-citoyennete-1874850

    • La Cité des choses. Une nouvelle histoire de la citoyenneté

      À partir d’une pluralité d’enquêtes ancrées sur les deux rives de la Méditerranée, du XVIe siècle à nos jours, cet ouvrage entreprend de remettre en perspective l’histoire de la citoyenneté.

      Situant les « choses » au cœur de l’investigation – qu’il s’agisse d’une barque à Antibes, d’un coffre à Alger, d’un hôtel squatté à Turin, d’une mosquée à Tunis, de terres collectives à Naples, d’un mulet abandonné en Espagne –, il dévoile comment les prises en charge des biens distribuent les hiérarchies sociales et les statuts politiques. Ce livre révèle ainsi le pouvoir instituant des actions et des pratiques, par lesquelles les individus construisent leurs appartenances.
      Dès lors, La Cité des choses s’affranchit des seuls modèles politiques occidentaux pour mieux penser la citoyenneté comme un ensemble de droits forgés par des processus localisés échappant à tout déterminisme culturaliste : un enjeu d’une portée politique actuelle évidente.

      http://www.editions-anacharsis.com/La-Cite-des-choses
      #livre

    • Matérialités citoyennes. Un projet d’#abécédaire augmenté (Méditerranée, XVIe-XXIe s.)

      Ce projet éditorial est la fruit de la rencontre entre un programme de recherche, qui place les données empiriques au coeur de son dispositif d’enquête, et d’un dispositif technique permettant de faire coexister et interagir, dans une même fenêtre, trois types de “données” : un texte long (argumentaire), des textes courts (notices) et des fichiers multimédias de toutes sortes (matériaux d’enquête, notes de lectures, interventions filmées, etc.).
      Faire coexister compte-rendus et matériaux d’enquête

      – Le texte long proposera un essai rédigé à plusieurs mains sur les droits de citoyenneté en Méditerranée, du XVIe siècle à aujourd’hui, construit à partir des enquêtes présentées dans l’abécédaire et émaillé de renvois aux différents éléments le composant (notices, matériaux, etc.).
      - Les textes courts, quant à eux, ont été pensés sur le format de notices de dictionnaire (3 à 4 p. maximum), d’un abécédaire plus exactement. En cohérence avec les objets et méthodes du groupe, il ne s’agit en effet pas de produire une série de définitions génériques des grandes catégories généralement mobilisées en SHS pour penser la citoyenneté, mais de restituer brièvement des enquêtes qui mettent en jeu à la fois, le travail du chercheur et toute une série d’objets, statuts, institutions, lieux, etc., par lesquels sont revendiqués, vivifiés, exercés ou éteints des droits de citoyenneté, dans les sociétés méditerranéennes modernes et contemporaines.
      - Au coeur de la pratique des sciences sociales revendiquée par les membres de ce projet, un des objectifs centraux de cette opération éditoriale a consisté, depuis l’origine du projet, à mettre en valeur les données empiriques à partir desquelles sont construites les enquêtes des chercheurs. Aussi, nous avons concentré nos efforts sur la recherche d’une solution technique offrant au lecteur la possibilité d’avoir simultanément accès aux textes et aux matériaux d’analyse qui les fondent (documents d’archives, extraits d’entretiens ou de carnets ethnographiques, enregistrements, photos, cartes, vidéos, sites internet, etc.).

      https://palomed.hypotheses.org

  • En Allemagne, la nouvelle loi sur la citoyenneté assouplit les règles de naturalisation - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/55022/en-allemagne-la-nouvelle-loi-sur-la-citoyennete-assouplit-les-regles-d

    Actualités
    En Allemagne, la nouvelle loi sur la citoyenneté assouplit les règles de naturalisation
    Par Anwar Ashraf Publié le : 09/02/2024
    Avec la nouvelle loi sur la citoyenneté, il sera plus facile d’obtenir un passeport allemand. Les enfants nés en Allemagne pourront aussi acquérir automatiquement la nationalité si l’un de leurs parents a vécu légalement dans le pays pendant cinq ans, contre huit ans actuellement. InfoMigrants fait le point.
    La chambre basse du Parlement allemand, le Bundestag, a récemment donné son feu vers à l’assouplissement des règles de naturalisation ainsi qu’à élargissement de l’accès à la double nationalité. Alors que le pays fait face à une très importante pénurie de main-d’œuvre, le gouvernement cherche à rendre l’Allemagne plus attractive pour attirer des travailleurs qualifiés étrangers.
    Les étrangers vivant en Allemagne pourront demander un passeport allemand au bout de cinq ans de résidence, contre huit auparavant. Lorsqu’une personne est considéré comme « exceptionnellement bien intégrée », elle pourra obtenir la nationalité allemande au bout de trois ans. Reem Alabali-Radovan, ministre d’État chargée des Migrations, des réfugiés et de l’intégration, vante « des lois qui permettent l’égalité des chances et la participation de tous. Avec un état d’esprit qui ne nous divise pas, mais qui, au contraire, consacre la diversité et l’ouverture ».
    En Allemagne, environ 14 % de la population, soit plus de 12 millions de personnes, possède un passeport étranger. Près de la moitié d’entre elles vivent en Allemagne depuis plus de dix ans. Le taux de naturalisation du pays est bien inférieur à la moyenne de l’UE. En vertu de la nouvelle loi, les étrangers pourront demander la nationalité allemande tout en conservant leur nationalité actuelle, peu importe leur pays d’origine. Auparavant, la double nationalité en Allemagne n’était possible que pour des ressortissants d’États membres de l’Union européenne et une poignée de pays tiers.
    « Nous reconnaissons enfin les réalités de la vie de millions de personnes ayant un passé migratoire en termes d’appartenance et de patrie, ce qui est également possible au pluriel. Nous créons la possibilité d’une double citoyenneté pour tous. Deux passeports. C’est la chose la plus normale au monde en 2024 et c’est depuis longtemps une réalité dans de nombreux pays », a déclaré Reem Alabali-Radovan.
    Interrogé par InfoMigrants, un porte-parole du ministère allemand de l’Intérieur note que la possibilité pour une personne de conserver ou non sa nationalité dépend de son pays d’origine. « La question de savoir si la nationalité du pays d’origine peut être conservée en cas d’acquisition de la nationalité allemande dépend exclusivement de la législation nationale du pays d’origine », assure-t-il.Les enfants nés en Allemagne obtiendront automatiquement la citoyenneté si l’un de leurs parents a vécu légalement en Allemagne pendant cinq ans. Actuellement, ce délai est de huit ans.
    Il est également important de noter que la citoyenneté ne sera accordée qu’aux personnes capables de subvenir à leurs besoins et aux personnes à leur charge, sans devoir dépendre d’aides sociales.
    Le cas des « Gastarbeiter » Les ressortissants étrangers qui sont arrivés dans les années 50 et 60 pour travailler en Allemagne et reconstruire le pays après la guerre sont appelés Gastarbeiter.
    Pour eux, les test de langue et le niveau B1 ne sont plus une condition d’accès à la nationalité. Comme le précise le portail d’information sur la migration en Allemagne Mediendienst Integration, "il suffira qu’ils puissent communiquer en allemand à l’oral sans problèmes notables dans la vie de tous les jours. Il s’agit ainsi de rendre hommage aux accomplissements de cette génération, pour laquelle il n’existait pas encore de cours de langue à l’époque. L’obligation de passer un test de naturalisation est également supprimée. Cette règle s’appliquera également aux travailleurs invités de l’ex-RDA."Les Gastarbeiter ne sont pas non plus concernés par l’obligation de ne pas toucher de prestations sociales pour pouvoir obtenir la nationalité allemande.
    Un demandeur ne doit pas avoir de casier judiciaire. Les délits mineurs ne font généralement pas obstacle à l’obtention de la citoyenneté.Les personnes condamnées pour des actes antisémites ou racistes ne pourront pas bénéficier de la procédure de naturalisation, quelle que soit la peine prononcée contre elles.
    La loi a déjà été adoptée par le Bundestag, la chambre basse du parlement allemand. Les formalités devraient être achevées avant l’été, après quoi le texte entrera en vigueur.

    #Covid-19#migrant#migration#allemagne#passeport#naturalisation#gastarbeiter#doublenationalite#citoyennete#sante

  • L’#Europe et la fabrique de l’étranger

    Les discours sur l’ « #européanité » illustrent la prégnance d’une conception identitaire de la construction de l’Union, de ses #frontières, et de ceux qu’elle entend assimiler ou, au contraire, exclure au nom de la protection de ses #valeurs particulières.

    Longtemps absente de la vie démocratique de l’#Union_européenne (#UE), la question identitaire s’y est durablement installée depuis les années 2000. Si la volonté d’affirmer officiellement ce que « nous, Européens » sommes authentiquement n’est pas nouvelle, elle concernait jusqu’alors surtout – à l’instar de la Déclaration sur l’identité européenne de 1973 – les relations extérieures et la place de la « Communauté européenne » au sein du système international. À présent, elle renvoie à une quête d’« Européanité » (« Europeanness »), c’est-à-dire la recherche et la manifestation des #trait_identitaires (héritages, valeurs, mœurs, etc.) tenus, à tort ou à raison, pour caractéristiques de ce que signifie être « Européens ». Cette quête est largement tournée vers l’intérieur : elle concerne le rapport de « nous, Européens » à « nous-mêmes » ainsi que le rapport de « nous » aux « autres », ces étrangers et étrangères qui viennent et s’installent « chez nous ».

    C’est sous cet aspect identitaire qu’est le plus fréquemment et vivement discuté ce que l’on nomme la « #crise_des_réfugiés » et la « #crise_migratoire »

    L’enjeu qui ferait de l’#accueil des exilés et de l’#intégration des migrants une « #crise » concerne, en effet, l’attitude que les Européens devraient adopter à l’égard de celles et ceux qui leur sont « #étrangers » à double titre : en tant qu’individus ne disposant pas de la #citoyenneté de l’Union, mais également en tant que personnes vues comme les dépositaires d’une #altérité_identitaire les situant à l’extérieur du « #nous » – au moins à leur arrivée.

    D’un point de vue politique, le traitement que l’Union européenne réserve aux étrangères et étrangers se donne à voir dans le vaste ensemble de #discours, #décisions et #dispositifs régissant l’#accès_au_territoire, l’accueil et le #séjour de ces derniers, en particulier les accords communautaires et agences européennes dévolus à « une gestion efficace des flux migratoires » ainsi que les #politiques_publiques en matière d’immigration, d’intégration et de #naturalisation qui restent du ressort de ses États membres.

    Fortement guidées par des considérations identitaires dont la logique est de différencier entre « nous » et « eux », de telles politiques soulèvent une interrogation sur leurs dynamiques d’exclusion des « #autres » ; cependant, elles sont aussi à examiner au regard de l’#homogénéisation induite, en retour, sur le « nous ». C’est ce double questionnement que je propose de mener ici.

    En quête d’« Européanité » : affirmer la frontière entre « nous » et « eux »

    La question de savoir s’il est souhaitable et nécessaire que les contours de l’UE en tant que #communauté_politique soient tracés suivant des #lignes_identitaires donne lieu à une opposition philosophique très tranchée entre les partisans d’une défense sans faille de « l’#identité_européenne » et ceux qui plaident, à l’inverse, pour une « #indéfinition » résolue de l’Europe. Loin d’être purement théorique, cette opposition se rejoue sur le plan politique, sous une forme tout aussi dichotomique, dans le débat sur le traitement des étrangers.

    Les enjeux pratiques soulevés par la volonté de définir et sécuriser « notre » commune « Européanité » ont été au cœur de la controverse publique qu’a suscitée, en septembre 2019, l’annonce faite par #Ursula_von_der_Leyen de la nomination d’un commissaire à la « #Protection_du_mode_de_vie_européen », mission requalifiée – face aux critiques – en « #Promotion_de_notre_mode_de_vie_européen ». Dans ce portefeuille, on trouve plusieurs finalités d’action publique dont l’association même n’a pas manqué de soulever de vives inquiétudes, en dépit de la requalification opérée : à l’affirmation publique d’un « #mode_de_vie » spécifiquement « nôtre », lui-même corrélé à la défense de « l’#État_de_droit », « de l’#égalité, de la #tolérance et de la #justice_sociale », se trouvent conjoints la gestion de « #frontières_solides », de l’asile et la migration ainsi que la #sécurité, le tout placé sous l’objectif explicite de « protéger nos citoyens et nos valeurs ».

    Politiquement, cette « priorité » pour la période 2019-2024 s’inscrit dans la droite ligne des appels déjà anciens à doter l’Union d’un « supplément d’âme
     » ou à lui « donner sa chair » pour qu’elle advienne enfin en tant que « #communauté_de_valeurs ». De tels appels à un surcroît de substance spirituelle et morale à l’appui d’un projet européen qui se devrait d’être à la fois « politique et culturel » visaient et visent encore à répondre à certains problèmes pendants de la construction européenne, depuis le déficit de #légitimité_démocratique de l’UE, si discuté lors de la séquence constitutionnelle de 2005, jusqu’au défaut de stabilité culminant dans la crainte d’une désintégration européenne, rendue tangible en 2020 par le Brexit.

    Précisément, c’est de la #crise_existentielle de l’Europe que s’autorisent les positions intellectuelles qui, poussant la quête d’« Européanité » bien au-delà des objectifs politiques évoqués ci-dessus, la déclinent dans un registre résolument civilisationnel et défensif. Le geste philosophique consiste, en l’espèce, à appliquer à l’UE une approche « communautarienne », c’est-à-dire à faire entièrement reposer l’UE, comme ensemble de règles, de normes et d’institutions juridiques et politiques, sur une « #communauté_morale » façonnée par des visions du bien et du monde spécifiques à un groupe culturel. Une fois complétée par une rhétorique de « l’#enracinement » desdites « #valeurs_européennes » dans un patrimoine historique (et religieux) particulier, la promotion de « notre mode de vie européen » peut dès lors être orientée vers l’éloge de ce qui « nous » singularise à l’égard d’« autres », de « ces mérites qui nous distinguent » et que nous devons être fiers d’avoir diffusés au monde entier.

    À travers l’affirmation de « notre » commune « Européanité », ce n’est pas seulement la reconnaissance de « l’#exception_européenne » qui est recherchée ; à suivre celles et ceux qui portent cette entreprise, le but n’est autre que la survie. Selon #Chantal_Delsol, « il en va de l’existence même de l’Europe qui, si elle n’ose pas s’identifier ni nommer ses caractères, finit par se diluer dans le rien. » Par cette #identification européenne, des frontières sont tracées. Superposant Europe historique et Europe politique, Alain Besançon les énonce ainsi : « l’Europe s’arrête là où elle s’arrêtait au XVIIe siècle, c’est-à-dire quand elle rencontre une autre civilisation, un régime d’une autre nature et une religion qui ne veut pas d’elle. »

    Cette façon de délimiter un « #nous_européen » est à l’exact opposé de la conception de la frontière présente chez les partisans d’une « indéfinition » et d’une « désappropriation » de l’Europe. De ce côté-ci de l’échiquier philosophique, l’enjeu est au contraire de penser « un au-delà de l’identité ou de l’identification de l’Europe », étant entendu que le seul « crédit » que l’on puisse « encore accorder » à l’Europe serait « celui de désigner un espace de circulation symbolique excédant l’ordre de l’identification subjective et, plus encore, celui de la #crispation_identitaire ». Au lieu de chercher à « circonscri[re] l’identité en traçant une frontière stricte entre “ce qui est européen” et “ce qui ne l’est pas, ne peut pas l’être ou ne doit pas l’être” », il s’agit, comme le propose #Marc_Crépon, de valoriser la « #composition » avec les « #altérités » internes et externes. Animé par cette « #multiplicité_d’Europes », le principe, thématisé par #Etienne_Balibar, d’une « Europe comme #Borderland », où les frontières se superposent et se déplacent sans cesse, est d’aller vers ce qui est au-delà d’elle-même, vers ce qui l’excède toujours.

    Tout autre est néanmoins la dynamique impulsée, depuis une vingtaine d’années, par les politiques européennes d’#asile et d’immigration.

    La gouvernance européenne des étrangers : l’intégration conditionnée par les « valeurs communes »

    La question du traitement public des étrangers connaît, sur le plan des politiques publiques mises en œuvre par les États membres de l’UE, une forme d’européanisation. Celle-ci est discutée dans les recherches en sciences sociales sous le nom de « #tournant_civique ». Le terme de « tournant » renvoie au fait qu’à partir des années 2000, plusieurs pays européens, dont certains étaient considérés comme observant jusque-là une approche plus ou moins multiculturaliste (tels que le Royaume-Uni ou les Pays-Bas), ont développé des politiques de plus en plus « robustes » en ce qui concerne la sélection des personnes autorisées à séjourner durablement sur leur territoire et à intégrer la communauté nationale, notamment par voie de naturalisation. Quant au qualificatif de « civique », il marque le fait que soient ajoutés aux #conditions_matérielles (ressources, logement, etc.) des critères de sélection des « désirables » – et, donc, de détection des « indésirables » – qui étendent les exigences relatives à une « #bonne_citoyenneté » aux conduites et valeurs personnelles. Moyennant son #intervention_morale, voire disciplinaire, l’État se borne à inculquer à l’étranger les traits de caractère propices à la réussite de son intégration, charge à lui de démontrer qu’il conforme ses convictions et comportements, y compris dans sa vie privée, aux « valeurs » de la société d’accueil. Cette approche, centrée sur un critère de #compatibilité_identitaire, fait peser la responsabilité de l’#inclusion (ou de l’#exclusion) sur les personnes étrangères, et non sur les institutions publiques : si elles échouent à leur assimilation « éthique » au terme de leur « #parcours_d’intégration », et a fortiori si elles s’y refusent, alors elles sont considérées comme se plaçant elles-mêmes en situation d’être exclues.

    Les termes de « tournant » comme de « civique » sont à complexifier : le premier car, pour certains pays comme la France, les dispositifs en question manifestent peu de nouveauté, et certainement pas une rupture, par rapport aux politiques antérieures, et le second parce que le caractère « civique » de ces mesures et dispositifs d’intégration est nettement moins évident que leur orientation morale et culturelle, en un mot, identitaire.

    En l’occurrence, c’est bien plutôt la notion d’intégration « éthique », telle que la définit #Jürgen_Habermas, qui s’avère ici pertinente pour qualifier ces politiques : « éthique » est, selon lui, une conception de l’intégration fondée sur la stabilisation d’un consensus d’arrière-plan sur des « valeurs » morales et culturelles ainsi que sur le maintien, sinon la sécurisation, de l’identité et du mode de vie majoritaires qui en sont issus. Cette conception se distingue de l’intégration « politique » qui est fondée sur l’observance par toutes et tous des normes juridico-politiques et des principes constitutionnels de l’État de droit démocratique. Tandis que l’intégration « éthique » requiert des étrangers qu’ils adhèrent aux « valeurs » particulières du groupe majoritaire, l’intégration « politique » leur demande de se conformer aux lois et d’observer les règles de la participation et de la délibération démocratiques.

    Or, les politiques d’immigration, d’intégration et de naturalisation actuellement développées en Europe sont bel et bien sous-tendues par cette conception « éthique » de l’intégration. Elles conditionnent l’accès au « nous » à l’adhésion à un socle de « valeurs » officiellement déclarées comme étant déjà « communes ». Pour reprendre un exemple français, cette approche ressort de la manière dont sont conçus et mis en œuvre les « #contrats_d’intégration » (depuis le #Contrat_d’accueil_et_d’intégration rendu obligatoire en 2006 jusqu’à l’actuel #Contrat_d’intégration_républicaine) qui scellent l’engagement de l’étranger souhaitant s’installer durablement en France à faire siennes les « #valeurs_de_la_République » et à les « respecter » à travers ses agissements. On retrouve la même approche s’agissant de la naturalisation, la « #condition_d’assimilation » propre à cette politique donnant lieu à des pratiques administratives d’enquête et de vérification quant à la profondeur et la sincérité de l’adhésion des étrangers auxdites « valeurs communes », la #laïcité et l’#égalité_femmes-hommes étant les deux « valeurs » systématiquement mises en avant. L’étude de ces pratiques, notamment les « #entretiens_d’assimilation », et de la jurisprudence en la matière montre qu’elles ciblent tout particulièrement les personnes de religion et/ou de culture musulmanes – ou perçues comme telles – en tant qu’elles sont d’emblée associées à des « valeurs » non seulement différentes, mais opposées aux « nôtres ».

    Portées par un discours d’affrontement entre « systèmes de valeurs » qui n’est pas sans rappeler le « #choc_des_civilisations » thématisé par #Samuel_Huntington, ces politiques, censées « intégrer », concourent pourtant à radicaliser l’altérité « éthique » de l’étranger ou de l’étrangère : elles construisent la figure d’un « autre » appartenant – ou suspecté d’appartenir – à un système de « valeurs » qui s’écarterait à tel point du « nôtre » que son inclusion dans le « nous » réclamerait, de notre part, une vigilance spéciale pour préserver notre #identité_collective et, de sa part, une mise en conformité de son #identité_personnelle avec « nos valeurs », telles qu’elles s’incarneraient dans « notre mode de vie ».

    Exclusion des « autres » et homogénéisation du « nous » : les risques d’une « #Europe_des_valeurs »

    Le recours aux « valeurs communes », pour définir les « autres » et les conditions de leur entrée dans le « nous », n’est pas spécifique aux politiques migratoires des États nationaux. L’UE, dont on a vu qu’elle tenait à s’affirmer en tant que « communauté morale », a substitué en 2009 au terme de « #principes » celui de « valeurs ». Dès lors, le respect de la dignité humaine et des droits de l’homme, la liberté, la démocratie, l’égalité, l’État de droit sont érigés en « valeurs » sur lesquelles « l’Union est fondée » (art. 2 du Traité sur l’Union européenne) et revêtent un caractère obligatoire pour tout État souhaitant devenir et rester membre de l’UE (art. 49 sur les conditions d’adhésion et art. 7 sur les sanctions).

    Reste-t-on ici dans le périmètre d’une « intégration politique », au sens où la définit Habermas, ou franchit-on le cap d’une « intégration éthique » qui donnerait au projet de l’UE – celui d’une intégration toujours plus étroite entre les États, les peuples et les citoyens européens, selon la formule des traités – une portée résolument identitaire, en en faisant un instrument pour sauvegarder la « #civilisation_européenne » face à d’« autres » qui la menaceraient ? La seconde hypothèse n’a certes rien de problématique aux yeux des partisans de la quête d’« Européanité », pour qui le projet européen n’a de sens que s’il est tout entier tourné vers la défense de la « substance » identitaire de la « civilisation européenne ».

    En revanche, le passage à une « intégration éthique », tel que le suggère l’exhortation à s’en remettre à une « Europe des valeurs » plutôt que des droits ou de la citoyenneté, comporte des risques importants pour celles et ceux qui souhaitent maintenir l’Union dans le giron d’une « intégration politique », fondée sur le respect prioritaire des principes démocratiques, de l’État de droit et des libertés fondamentales. D’où également les craintes que concourt à attiser l’association explicite des « valeurs de l’Union » à un « mode de vie » à préserver de ses « autres éthiques ». Deux risques principaux semblent, à cet égard, devoir être mentionnés.

    En premier lieu, le risque d’exclusion des « autres » est intensifié par la généralisation de politiques imposant un critère de #compatibilité_identitaire à celles et ceux que leur altérité « éthique », réelle ou supposée, concourt à placer à l’extérieur d’une « communauté de valeurs » enracinée dans des traditions particulières, notamment religieuses. Fondé sur ces bases identitaires, le traitement des étrangers en Europe manifesterait, selon #Etienne_Tassin, l’autocontradiction d’une Union se prévalant « de la raison philosophique, de l’esprit d’universalité, de la culture humaniste, du règne des droits de l’homme, du souci pour le monde dans l’ouverture aux autres », mais échouant lamentablement à son « test cosmopolitique et démocratique ». Loin de représenter un simple « dommage collatéral » des politiques migratoires de l’UE, les processus d’exclusion touchant les étrangers constitueraient, d’après lui, « leur centre ». Même position de la part d’Étienne Balibar qui n’hésite pas à dénoncer le « statut d’#apartheid » affectant « l’immigration “extracommunautaire” », signifiant par là l’« isolement postcolonial des populations “autochtones” et des populations “allogènes” » ainsi que la construction d’une catégorie d’« étrangers plus qu’étrangers » traités comme « radicalement “autres”, dissemblables et inassimilables ».

    Le second risque que fait courir la valorisation d’un « nous » européen désireux de préserver son intégrité « éthique », touche au respect du #pluralisme. Si l’exclusion des « autres » entre assez clairement en tension avec les « valeurs » proclamées par l’Union, les tendances à l’homogénéisation résultant de l’affirmation d’un consensus fort sur des valeurs déclarées comme étant « toujours déjà » communes aux Européens ne sont pas moins susceptibles de contredire le sens – à la fois la signification et l’orientation – du projet européen. Pris au sérieux, le respect du pluralisme implique que soit tolérée et même reconnue une diversité légitime de « valeurs », de visions du bien et du monde, dans les limites fixées par l’égale liberté et les droits fondamentaux. Ce « fait du pluralisme raisonnable », avec les désaccords « éthiques » incontournables qui l’animent, est le « résultat normal » d’un exercice du pouvoir respectant les libertés individuelles. Avec son insistance sur le partage de convictions morales s’incarnant dans un mode de vie culturel, « l’Europe des valeurs » risque de produire une « substantialisation rampante » du « nous » européen, et d’entériner « la prédominance d’une culture majoritaire qui abuse d’un pouvoir de définition historiquement acquis pour définir à elle seule, selon ses propres critères, ce qui doit être considéré comme la culture politique obligatoire de la société pluraliste ».

    Soumis aux attentes de reproduction d’une identité aux frontières « éthiques », le projet européen est, en fin de compte, dévié de sa trajectoire, en ce qui concerne aussi bien l’inclusion des « autres » que la possibilité d’un « nous » qui puisse s’unir « dans la diversité ».

    https://laviedesidees.fr/L-Europe-et-la-fabrique-de-l-etranger
    #identité #altérité #intégration_éthique #intégration_politique #religion #islam

    • Politique de l’exclusion

      Notion aussi usitée que contestée, souvent réduite à sa dimension socio-économique, l’exclusion occupe pourtant une place centrale dans l’histoire de la politique moderne. Les universitaires réunis autour de cette question abordent la dimension constituante de l’exclusion en faisant dialoguer leurs disciplines (droit, histoire, science politique, sociologie). Remontant à la naissance de la citoyenneté moderne, leurs analyses retracent l’invention de l’espace civique, avec ses frontières, ses marges et ses zones d’exclusion, jusqu’à l’élaboration actuelle d’un corpus de valeurs européennes, et l’émergence de nouvelles mobilisations contre les injustices redessinant les frontières du politique.

      Tout en discutant des usages du concept d’exclusion en tenant compte des apports critiques, ce livre explore la manière dont la notion éclaire les dilemmes et les complexités contemporaines du rapport à l’autre. Il entend ainsi dévoiler l’envers de l’ordre civique, en révélant la permanence d’une gouvernementalité par l’exclusion.

      https://www.puf.com/politique-de-lexclusion

      #livre