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  • Anarchie et démocratie radicale : accords et désaccords (3/3)

    https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article712

    Cornelius : Question abyssale. Qu’est-ce qu’un ordonnancement juste de la société ? Des questions politiques dans la mesure précisément, vous voyez. C’est-à-dire… Je ne parle pas de souveraineté du politique, je parle du côté inéliminable du politique, comme dimension de l’institution de la société. (Pour moi, l’idée centrale dans la société, comme vous le savez, c’est son institution imaginaire. Enfin, ça c’est autre chose.) On arrive donc à cette question : il faut qu’il y ait une décision générale, et aussi très souvent dans les cas particuliers, qui ne peut être qu’une décision de la collectivité, de la communauté autonome. Est-ce que telle répartition est juste ? On dira par exemple que la répartition juste, c’est une répartition égalitaire. Et moi, je le dirai. Mais il y aura tout de suite quelqu’un qui dira : « Monsieur, cette répartition est injuste. Parce que moi, j’ai travaillé plus. Ou parce que mon travail vaut plus. » Et là commence une discussion. Moi, en tant que philosophe et qu’économiste, je me fais fort de lui démontrer que son travail ne vaut pas plus. Ça n’a pas de sens. C’est l’objet d’un texte du premier tome des Carrefours du Labyrinthe, « Valeur, égalité, justice politique — de Marx à Aristote et d’Aristote à nous », où j’essaie de montrer qu’Aristote est beaucoup plus profond que Marx dans ce problème, parce que Marx en reste à une conception économiste de la valeur. Par exemple, il en reste à la différenciation des rémunérations dans ce qu’il appelle la phase inférieure du communisme. Moi, je suis partisan de l’égalité des revenus et des salaires, parce que je pense qu’il n’y a aucun fondement raisonnable pour les différencier, et qu’il y a toutes les raisons pour que ces rémunérations soient égales. Maintenant, si quelqu’un travaille plus que d’autres, je lui dirai : « Personne ne vous a demandé de travailler plus. Si vous travaillez plus, c’est que ça vous passionne de travailler plus. » Et c’est tout. Einstein n’a jamais demandé un salaire plus élevé pour les nuits qu’il passait à essayer de trouver les équations de la théorie générale de la relativité. Il le faisait parce que ça le passionnait. Autrement, vous avez un minimum d’obligations à l’égard de la société, et puis c’est tout. Et vous avez un revenu égal, un accès égal aux produits sociaux à ce titre-là. La question de la justice, c’est donc une question qui concerne la globalité de l’arrangement social, n’est-ce pas ? C’est en ce sens que je ne l’appellerais pas simplement une question éthique. Je l’appellerais une question politique. C’est aussi pour ça que je ne suis pas d’accord avec Proudhon et les positions que vous évoquiez. Dans « Le cache-misère de l’éthique », j’essaie de montrer qu’il ne peut pas y avoir d’éthique qui soit indépendante d’une politique, parce que quand on dépasse les questions triviales, on se heurte tout de suite à des problèmes qui concernent la société et son évolution.

    Jacques : Mais le politique étant lui aussi une forme de contrat…

    Cornelius : Euh, si vous voulez, enfin…