city:bourdieu

  • Article plus intéressant que ce que le titre laisse croire :

    Pourquoi ta meuf ne parle jamais de musique avec toi
    Le Parterre, le 5 juin 2019
    https://leparterre.fr/2019/06/05/pourquoi-ta-meuf-ne-parle-jamais-de-musique-avec-toi

    Si l’on se penche sur les chiffres, non seulement les femmes sont rares au sein des artistes musicaux, mais elles le sont encore plus dans la critique musicale. La critique musicale a derrière elle une longue histoire sexiste, et s’est construite autour de la parole des hommes et en la constituant comme un lieu d’attributs virils. En août 2018, la journaliste Jessica Hooper publiait une enquête sur la place des femmes dans le magazine Rolling Stone : « It was us against those guys », dont le titre parle de lui-même. Elle y interviewe les six premières femmes ayant réussi à se faire embaucher par le magazine dans les années 70, et les difficultés qu’elles y ont rencontrés. Elles y relatent les refus catégoriques de la part de leurs confrères d’accorder de la valeur à leur parole et le discrédit rapide dont elles ont été l’objet en étant comparées à des groupies ou des « fangirls ». L’obsession musicale d’un homme pour un groupe ou un musicien est conçue comme une forme d’expertise, alors que celle d’une femme est perçue comme superficielle et vénale.

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’écart n’est pas prêt de se résorber. Un récent article d’André Doehring (Male Journalists as « artists » : The Ideological production of recent popular music journalism), montre même que la part des femmes journalistes musicales décroit depuis les années 80. A la fin des années 80 aux Etats Unis, elles étaient 23% à contribuer à la rédaction de critiques dans les magazines de musiques actuelles, elles représentent au début des années 2010 seulement 15% des contributeurs.trices. En 2015 en Allemagne, parmi les rédacteurs des magazines de musiques actuelles, seulement 1 sur 10 est une rédactrice et il n’existe aucune rédactrice en chef. Doehring souligne par ailleurs que c’est là une dynamique toute propre au journalisme musical, alors que les autres secteurs journalistiques voient la proportion de femmes au sein de leur rédaction se développer.

    #Musique #Femmes #Sexisme

    • Si l’on se penche sur les chiffres, non seulement les femmes sont rares au sein des artistes musicaux, mais elles le sont encore plus dans la critique musicale. La critique musicale a derrière elle une longue histoire sexiste, et s’est construite autour de la parole des hommes et en la constituant comme un lieu d’attributs virils.

      Ca marche avec la critique ciné, la critique littéraire, la critique artistique, la critique média, la critique tout court probablement.
      #historicisation #invisibilité_des_femmes #male_gaze

    • Ce qui me déprime le plus dans cet article c’est que la seul référence sur la théorie féministe soit Bourdieu, un mec qui s’est approprié les théories féministes sans cité ses sources. Comme si il n’y avait que les hommes encore une fois pour servir de référence dans un article qui dénonce le fait que les hommes sont pris comme références... et ici après deux siècles de femmes qui ont réfléchit et se sont exprimés sur le sujet, encore un homme !
      #androcentrisme

    • @mad_meg c’est pas la « théorie féministe » de Bourdieu qui est évoquée mais son bouquin « la distinction » qui est un regard sociologique critique sur les goûts et les couleurs (et je doute qu’en 1977 quand ce bouquin est sorti d’autres aient été aussi loin dans l’analyse).

    • C’est un article de blog qui date de 1977 ? J’ai cru que c’etait écrit en 2019... C’est pas « la domination masculine » mais ca reste Bourdieu pour un sujet sur l’invisibilisation des femmes.
      J’avais raté la ref à « André Doehring » comme point de départ, après vérification c’est un André au masculin, de quoi me faire ralé encore plus...

      Après re-lecture plus attentive il y a quand même deux femmes en plus de « ta meuf » qui sont mentionnées dans le texte : Sylvie Octobre (mais on sais pas trop qui elle est sans l’aide de gogol) et la journaliste Jessica Hooper de Rolling Stone (qui a fait un itw qui confirme ce que théorisent ces messieurs Bourdieu et Doerhing). Ca atténue un peu ma colère mais je reste mécontente de la ref à Bourdieu qui est vraiment malvenu dans ce contexte, ainsi que l’invisibilisation des théoriciennes féministes sur un sujet pareil. Mon conseil pour essayer d’être un peu constructive, sur les sujets féministes évitez les références masculines encore plus que vous devriez le faire d’habitude. Par exemple plutot que Bourdieu, il y avait Françoise Héritier et sa théorie de la différence de la valence des sexes qui aurais permis de dire ces chose avec plus de pertinence et moins de références masculines.

    • C’est quand même dommage de n’avoir que ça à dire sur cet article, ressortir une vieille polémique d’il y a 20 ans qui n’a rien à voir avec le sujet. On est à la limite du troll quoi...
      Mon conseil : lisez vous même les ouvrages sans vous soucier du sexe de l’auteur et voyez si c’est pertinent (c’est marrant parce que moi je trouve que « domination masculine » c’est un peu plus parlant et radical que « valence différentielle des sexes » mais chacun sa crémerie hein).

    • @aude_v mais on est d’accord, l’article fait justement ce constat que le milieu musical (et celui de la critique) est très masculin. L’auteur essaie de trouver les raisons en employant un appareil critique dont il dispose (Bourdieu en l’occurrence) et ce qui déprime le plus mad meg, si je la prends au pied de la lettre, ce n’est pas la situation des femmes dans le milieu de la critique mais le fait qu’on utilise Bourdieu pour en parler. C’est assez cocasse en fait car cela ressemblerait presque à une discussion entre critiques... J’ai d’ailleurs toujours trouvé assez ridicule presque toute la presse de critique musicale que je trouve souvent extrêmement pauvre, blindée de clichés et qui me semble être un repaire de jeunes (ou vieux) coqs qui utilisent ça principalement comme un moyen de séduction (c’est un manque de l’article ça d’ailleurs, car sur le sujet je pense que la séduction est une grosse part du problème).

    • @aude_v c’est la même chose dans le milieu universitaire où les hommes sont les plus visibles donc effectivement un Bourdieu là dedans n’y échappait pas non plus. Après, sur le bouquin en tant que tel je ne parlerais pas de pillage car on ne peut pas dire qu’il disait exactement la même chose (par exemple par rapport à Françoise Héritier, il n’a pas la même approche, et puis un tas d’autres gens ne se sont pas gênés pour critiquer le contenu de la théorie de Bourdieu sur cette question au regard d’autres études féministes) mais en revanche oui il y a clairement une invisibilisation en refusant (plus ou moins volontairement ?) même de discuter ces travaux effectués par des femmes. J’ai jeté un œil vite fait à l’index des noms propres et je ne vois que Judith Butler comme féministe qui est très rapidement citée, Virginia Woolf est longuement citée aussi mais son statut d’écrivaine la met un peu à part à mes yeux.

  • Sociologie : le danger de la (pseudo) neutralité | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/071017/sociologie-le-danger-de-la-pseudo-neutralite?onglet=full

    Par Joseph Confavreux

    Gérald Bronner prétend, dans son dernier livre, Le Danger sociologique, vouloir sauver la sociologie, au nom de la (neuro)science et de la neutralité idéologique. Son refus d’en faire un « sport de combat » cache plutôt une volonté de la transformer en exercice de soumission à l’ordre existant.

    Dans ce nouveau livre, abondamment relayé dans les médias, les auteurs développent une stratégie pernicieuse consistant, sous couvert de défendre la sociologie, prétendûment menacée par l’idéologie et le manque de scientificité, à tout faire pour lui couper les ailes, en la sommant de renoncer à sa dimension critique et de se soumettre au nouvel impérialisme neuronal.

    La charge politique est d’autant plus forte que les auteurs accusent « le récit sociologique déterministe » de « déresponsabiliser les individus qui acceptent d’en être les accueillants destinataires » et de les « condamner à une forme de prophétie auto-réalisatrice ». Par un étrange retournement, les sociologues qui s’attachent à mettre en lumière les ressorts de l’ordre existant se trouvent ainsi accusés d’aggraver les inégalités ! Mais les auteurs ne s’arrêtent pas en si bon chemin, puisqu’ils jugent la sociologie de Bourdieu responsable de la montée du complotisme, en estimant qu’il « existe un continuum cognitif ou, si l’on veut, une pente glissante, entre la convocation inconséquente d’entités collectives, le biais d’agentivité, le finalisme, les arguments du cui prodest (à qui profite le crime) et les théories du complot ».

    Mais sous la plume de Bronner et Géhin, cette volonté de transformer la sociologie, jugée défaillante, grâce à l’apport des neurosciences pose au moins deux problèmes majeurs. En premier lieu, cette volonté de solliciter la biologie pour comprendre la vie sociale de l’homme est tout sauf nouvelle, alors qu’elle se présente comme un parangon de modernité ; ensuite, elle est aussi tout sauf neutre, contrairement à ce qu’elle prétend. Les neurosciences sociales ne sont en effet que l’ultime avatar d’une longue lignée de travaux visant à étudier le comportement humain et, en particulier, sa vie en société, comme celui d’un animal biologique, dont l’histoire est problématique.

    Si l’on s’interdit ainsi de comprendre que le tout n’est pas que la somme des parties, et que le social n’est pas la simple juxtaposition d’interactions bilatérales entre individus, on plonge dans un réductionnisme où les notions d’institutions, d’agencement collectif, de contrats ou de structures sociales n’entrent pas en ligne de compte. À ce titre, Gérald Bronner et Étienne Géhin s’apparentent à des Margaret Thatcher des sciences sociales, convaincus, comme la Dame de fer, que « there is no such thing as society ». Un paradoxe, pour des chercheurs qui revendiquent encore le titre de sociologues…

    #Sociologie

    • oui et merci @bug_in d’avoir souligné ce texte, j’étais passé à coté.
      Les #neurosciences sont en pleine action de nuisance tout azimutes en ce moment (transhumanisme, sexisme, classisme). Cette tendance réactive le naturalisme sociale du XIX et c’est impressionnant mais malheureusement pas étonnant de voire à quel point ceci est promu partout dans les médias dominants.

      L’aspect scientifique de ces études dites neuroscientifique est bien plus discutable que les études sociologiques. La sociologie étudie de grands ensembles pour en faire des statistiques et voire apparaître les systèmes (ce que les #neuroscientistes appellent « complot »), alors que les neuroscientistes scannent deux abrutis chopé à la sortie d’une fac et font de ces résultats des lois sois disant biologiques indiscutables lorsque ca valide l’ordre sociale de leur agenda politique.

    • Je ne partage pas la critique de cette manière. Je pense juste que les études en neurosciences mises en avant sont surtout extrapolés dans un contexte d’analyse libérale, au lieu d’en rester stricto-sensu a un cadre descriptif qui révélerai par ailleurs surtout que nous savons peu de chose sur le fonctionnement du cerveau.

    • Oui mais celleux qui n’extrapolent pas et disent qu’ils ne savent rien sur le cerveau et refusent que leur travail servent à de la politique, c’est pas celleux qui s’attaquent à la sociologie et dont on parle ici. Par rapport aux pseudo neurosciences sur le genre que je connais mieux vu le décryptage fait par Odile Fillod sur le sujet cf http://allodoxia.blog.lemonde.fr , c’est pas de l’extrapolation des medias vulgarisateurs ou des politiques, c’est vraiment des pseudoscientifiques misogynes et homophobes qui veulent prouvé biologiquement la hiérarchie sociale.

    • Gérald Bronner dans une interview au Figaro :

      Le titre est à double sens. La sociologie est une science en danger. Certains discours qui émanent de la sociologie, qui ne sont pas représentatifs des avancées scientifiques, sont devenus envahissants dans l’espace public. Mais la sociologie est aussi un danger, lorsqu’elle devient une idéologie et qu’elle produit des effets de déresponsabilisation dans la société. Ce que nous voulons dire dans notre livre, c’est tout simplement que la sociologie ne doit pas être « un sport de combat » (selon le titre d’un documentaire dédié à Bourdieu), mais une science. La vocation de la sociologie doit être modeste. Elle ne doit pas se donner une mission politique. Par exemple, elle n’a pas pour ambition de réduire les inégalités, mais de démontrer qu’il existe des inégalités. La science démontre que la terre est ronde et pas plate, elle n’a pas à dire si c’est bien ou mal ! En tant que citoyens, nous sommes porteurs de valeurs, mais ce n’est pas le rôle de la sociologie de les porter ! La neutralité axiologique, c’est la liberté par rapport aux valeurs.

      Le point de vue de Frédérique Lordon :

      En plus d’être celle des marrons, l’automne serait-il également la saison des petits pâtés éradicateurs-scientistes ? 2016 nous avait gratifiés du « négationnisme économique » de Cahuc et Zylberberg qui entrait incontestablement dans la catégorie, avec même, disons-le, une légère tendance à la déjection. Sans aller jusque-là, 2017 sera-t-elle, avec Bronner et Géhin, l’année de la sociologie — ou disons de la sociologie du Point ?

      Économistes nettoyeurs ou sociologues de régime, dans les deux cas les épistémologues du dimanche sont lâchés. Pour l’économie, ça n’avait rien d’une nouvelle. Nous savons maintenant que ça « gagne ». En réalité c’est moins une affaire de disciplines différentes que d’inclinations communes à déclarer, au nom de la science, toute contestation de l’ordre social égarée, et ce dernier, partant, irréprochable. Avec bien sûr tout ce que cette folle prise de risque emporte de justes rétributions matérielles et symboliques — jusqu’à toucher la main du roi.

      On voit sur Internet des montages mettant en vis-à-vis des portraits de Bourdieu et de Gérald Bronner, énorme blague suggérant qu’il pourrait y avoir le moindre plain-pied, même polémique, entre celui qui fut peut-être le plus grand sociologue du XXe siècle et l’ambianceur sociologique du macronisme et de la presse de droite. Car c’est là toute l’ironie d’une opération qui, finalement semblable à celle des économistes de 2016, et identiquement compromise avec tous les pouvoirs temporels, n’hésite pourtant pas à donner des leçons de « neutralité axiologique », ce lieu commun épistémologique dont la date de péremption ne peut normalement pas excéder la fin d’un L2, et qui veut faire croire que les sciences sociales ont pour règle quasiment morale de demeurer dans une parfaite virginité politique. Cette façon particulièrement indigente de poser le problème — lui réel et profond — des rapports de la science sociale et de la politique n’a en réalité pour fonction que d’orchestrer la dénonciation du « biais » des autres — « idéologique » bien sûr. Quant à la neutralité, de Cahuc-Zylberberg à Bronner, qui pourrait avoir à l’idée de poser la moindre question ? : toute leur trajectoire parle pour eux…

      On notera au passage, et peut-être sans surprise, la remarquable convergence en cette matière de la sociologie médiatique et du discours médiatique lui-même, l’antinomie des « sociologues scientifiques » et des « sociologues militants » faisant parfaitement écho à celle, signée du chef Décodeur, des « journalistes neutres » et des journalistes… « militants ». Quand un sociologue se met à avoir l’épistémologie spontanée du Decodex, il est normalement temps de commencer à se poser quelques questions...

      http://blog.mondediplo.net/2017-10-13-Le-Nobel-l-economie-et-les-neurosciences
      #sociologie_du_Point #sociologues_de_régime

    • Un article sur Acrimed :
      http://www.acrimed.org/Le-Point-et-Pour-la-science-mettent-de-l-ordre

      La thèse des auteurs est simple : la sociologie est une discipline gangrenée par des courants de pensée qui feraient prévaloir des a priori idéologiques sur toute considération scientifique. Principalement visés, et boutés hors-la-science : Bourdieu et ceux qui s’en inspirent, ainsi que tous les tenants d’une sociologie critique. Mais emportés par leur élan, les auteurs disqualifient aussi Durkheim – considéré pourtant comme l’un des « pères fondateurs » de la sociologie – et plus largement tous les chercheurs – soit l’essentiel d’entre eux – proposant des explications proprement sociales aux phénomènes sociaux – c’est l’hydre « déterministe » –, plutôt que d’en faire des produits des conduites individuelles. De leur côté, Bronner et Géhin entendent (re)fonder empiriquement la sociologie autour des neurosciences et de la psychologie expérimentale. Un diagnostic et un positionnement scientifique qui les placent à la marge du débat académique et de la communauté des sociologues.

  • Natacha Polony : « Le #système de la #globalisation néolibérale craque de toute part »
    http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/11/25/31001-20161125ARTFIG00331-natacha-polony-le-systeme-de-la-globalisation-neo


    Marrant, j’ai fait un drôle de rêve : que le Figaro publie un truc qui fait appel à Marx et à Bourdieu pour condamner la #novlangue et la #dictature du #capitalisme #néolibéral.
    Quand même, si ça arrivait, ce serait un peu le début de la fin.

    Nous avons cru être débarrassés des #idéologies, mais nous avons aujourd’hui à l’œuvre quelque chose qui se présente sous les habits de l’évidence, parfois de la science économique, en tout cas du pragmatisme, mais qui relève bel et bien de l’idéologie. C’est celle du #libre-échangisme qui s’est développée à partir des années 1970 et qui a remis en cause petit à petit tous les acquis sociaux non seulement des #classes populaires mais aussi des classes moyennes, notamment en France les acquis sociaux du Conseil national de la résistance. Cette idéologie s’est mise en place à partir de Reagan et Thatcher mais elle a vécu son ère de toute-puissance lorsque des sociaux-démocrates sont arrivés au pouvoir, aux Etats-Unis avec Bill Clinton, en Angleterre avec Tony Blair, des élus qui ont libéralisé les flux de capitaux, ont remis en cause la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement, toutes ces mesures qui permettaient de protéger les citoyens contre le capitalisme prédateur.

    Le capitalisme est-il forcément prédateur ?

    Pour le dire simplement, tout au long du 20e siècle, le capitalisme a été contenu par le fait qu’il avait un ennemi : le communisme. Il fallait alors que les classes dominantes nouent un contrat avec les classes populaires, c’est-à-dire qu’elles abandonnent une part de leur #domination - ascenseur social, règles de protection, bref, modèles sociaux qui étaient ceux des pays occidentaux - pour que ces classes moyennes adhèrent à la #démocratie libérale. A partir du moment où le capitalisme n’a plus eu d’ennemi quand le mur de Berlin est tombé en 1989, on a vu réapparaître le vrai visage d’un capitalisme déconnecté de l’#économie réelle, qui n’existe plus que pour lui-même. Il ne sert plus à financer l’économie, mais il sert seulement à produire encore plus de capital. Ce système a abouti finalement à la crise de 2008. Avec le comité Orwell, nous disons qu’il s’agit d’un soft #totalitarisme car il s’impose contre la volonté des peuples, tout en gardant les apparences de la démocratie. Nous rappelons dans le livre la phrase de David Rockefeller, fondateur du groupe Bilderberg et président de la Commission Trilatérale, deux groupes d’influences au service des multinationales, dans Newsweek en 1999 : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’identité adéquate pour le faire. »

    #CNR #it_has_begun

    • disqualifiée ! N.Polony est passée chez Ruquier pour la promo de son bouquin et pour répondre aux questions ineptes des 2 chroniqueurs de l’animateur vedette des grosses têtes. Pour faire preuve d’honnêteté intellectuelle il faut savoir refuser certaines invitations.
      Natacha Polony et le comité Orwell (sic) en défonceurs de portes ouvertes.
      à ce bouquin, aussi brillant soit-il (surtout sous les néons des plateaux de tv, je préférerai toujours l’original !

  • http://lmsi.net/Proposition-de-loi-pour-l

    Sa suffisance et ses poses philosophantes sont une insulte ostensible à toute la corporation des philosophes ; son catéchisme antireligieux est une insulte à ce que la libre-pensée a produit de meilleur ; son anticalotinisme crétin, son hédonisme benêt et son aristocratisme puant sont une insulte à Épicure, à Lucrèce, à Spinoza, à Nietzsche, à Deleuze, à Bourdieu et à tous les grands auteurs dont il se réclame et qu’il ne fait que trahir, salir et détourner à son profit.

  • http://imagesociale.fr/2194

    En fait je crois que je viens enfin de mettre le doigt dessus, ce n’est pas grand chose a priori , juste quelque chose que je sens depuis longtemps et que je ne suis jamais parvenu à formaliser. Il y a une dizaine, une quizaine d’années, j’étais frappé d’entendre les premières théorisations à propos de ce que l’on pouvait trouver, notamment en matière de création, sur internet, théorisations que l’on trouvait elles-mêmes sur internet, façon l’article de blog sur le sujet des blogs . En soi je ne trouve pas l’idée mauvaise, il y a quelque chose de récursif, voire d’autotélique, donc de pas inintéressant, ça permet de bien comprendre les enjeux, de l’intérieur en somme.

    Et dans ces temps reculés, à la fin du millénaire dernier, pensez si c’est loin, force était de constater que les exemples qui pouvaient soutendre les théories naissantes à propos d’un monde en devenir n’étaient pas légion. J’imagine qu’à ce sujet j’ai du bénéficier avec mon petit Désordre d’une attention sans doute très outrée par rapport à la véritable valeur du truc, je recevais souvent des articles ou même des publications à propos d’internet et je trouvais assez rigolo, mais pas très sérieux, que dans le champ des possibles mon petit Désordre soit si souvent cité. Et il est même possible que j’ai participé à la chose, des fois on m’a invité à la BNF, rendez-vous compte !, pour deviser à propos de l’internet littéraire ou de je ne sais quels autres sujets en relation avec internet, d’ailleurs, c’est drôle jamais la photographie, qui est pourtant, sans doute le seul champ dans lequel je dispose d’autorité, un peu (avec le rugby sans doute), au contraire par exemple de la littérature, surtout quand on sait le nombre de lettres de refus d’éditeurs, pas toutes polies, qui ornent les murs de mes toilettes. D’ailleurs c’est vous dire à quel point c’était prophétique, aujourd’hui plus personne ne semble s’intéresser au Désordre , ce que j’ai d’abord accueilli de façon chagrine, il faut bien avouer, ce que je vis désormais comme une libération, je peux continuer de faire exactement ce que mes caprices m’ordonnent de faire et si ce sont de médiocres séquences d’animation avec de la pâte à modeler, be it .

    Autour de moi, j’étais parfois surpris de voir les uns et les autres, contraints, pensais-je d’abord, à se prendre pour exemple dans leurs efforts de théorisation, je pensais contraints, par le manque d’exemples. En fait j’allais même jusqu’à leur trouver l’excuse de l’habitude quand les exemples commençèrent à venir. Quand cela relevait de l’activisme, je pardonnais aussi.

    Et puis de plus en plus je me suis rendu compte qu’il y avait surtout, et particulièrement à partir de 2006-2007, et les fameux réseaux associaux des enjeux de pouvoir. Le fameux web 2.0 devenait une pratique qui consistait à écrire un article sur soi-même, puis de le syndiquer au meilleur de ses réseaux associaux, au milieu duquel la règle d’or c’était scratch my back I’ll scratch yours , ce qui a nécessairement abouti au résultat finalement prévisible et consanguin, la théorie est venue souligner la pratique et inversement. Dans les années soixante et septante Alain Robbe-Grillet ironisait souvent sur le fait qu’il fût invité dans de nombreuses universités américaines notamment pour deviser à propos du Nouveau roman et que du coup il avait le sentiment de faire cours à propos de lui-même. Robbe-Grillet aimait d’ailleurs beaucoup l’exercice. On peut même se demander de savoir quelle serait la pérénité de son oeuvre sans cette caisse de résonnance des universités américaines. C’est désormais une certaine Christine Angot qui a repris le flambeau de faire cours d’elle-même, très appliquée d’ailleurs, c’est qu’elle est sérieuse la petite Christine, regardez comme son front est froncé, il semble cependant que les universités américaines aient appris leur leçon et ne soient plus si empressées à tendre leurs microphones et leurs amplificateurs à des rois nus.

    Et, comparablement dans le domaine de l’auto étude finalement, je me demande si les chercheurs n’en auraient pas oublié jusqu’aux principes mêmes de ce qui fonde leur discipline, notamment la nécessité de garantir les observations de considérations personelles et je ne dirais pas que, fidèles à Bourdieu s’interrogeant sur son propre microcosme de la sociologie, ils ont tenté un retournement de la lame de leur sens critique en vers eux-mêmes, non, au contraire, bien au contraire, ils sont restés du côté du manche, puisque se prenant désormais de façon entièrement décomplexée, comme leur objet d’étude, ils n’ont pas pu s’empêcher de faire des portraits laudateurs d’eux-mêmes, je crois même que l’époque appelle cela des selfies .

    Alors imaginez un peu le chercheur en matière de selfies (et de toute la pratique des réseaux associaux) !

    Quand le chercheur montre du doigt les couchers de soleil collectionnés par Penelope Umbrico, les followers taguent et retwittent .

  • Le sociologue de l’immigration Abdelmalek Sayad, proche de Bourdieu, explique en quoi l’islam en France est d’abord un phénomène postcolonial (1) et en quoi il s’explique par le social bien plus que par le culturel (2)

    (1) « « L’islam en France », c’est aujourd’hui, avant tout « l’islam, religion des immigrés ». « L’islam en France » est une réalité sociale et politique déjà ancienne, plus ancienne que l’immigration originaire de pays « musulmans ». La formule, toute académique, « la France, grande puissance musulmane » ou encore « grande puissance protectrice de l’islam », aussi anachronique soit-elle puisqu’elle est l’expression d’une situation politique correspondant à une époque de l’impérialisme européen (Algérie colonisée, Tunisie e Maroc sous protectorat, Syrie et Liban sous mandat, etc.) a encore aujourd’hui sa variante moderne si on convient de substituer à l’ancienne signification politique une signification plus sociologique (mais qui n’est pas totalement indemne d’implications politiques) : « L’islam, deuxième religion de France », ou plus justement, « deuxième religion en France »

    « Deuxième religion de France », mais seulement à la condition d’identifier comme « musulmans » tous les immigrés (dont certains, de nationalité française) provenant directement ou en raison de leur origine, de pays réputés comme étant globalement ou majoritairement « musulmans ». C’est ainsi que le 14 mars 1976, jour du Mouloud, la fête anniversaire de la naissance du prophète Mohammed, Paul Dijoud, alors secrétaire d’État aux travailleurs immigrés, ayant à annoncer à Évry quatre dispositions (incitatives mais non obligatoires) destinées à faciliter la pratique de la religion musulmane estimait à 2,2 millions (dont 700000 de nationalité française) la population musulmane résidant en France : « L’islam constitue aujourd’hui la deuxième religion en France. Les musulmans sont en effet - selon les estimations communément avancées - plus de deux millions, c’est-à-dire deux fois plus nombreux que les protestants, et beaucoup plus nombreux encore que les israélites [...] La grande majorité des musulmans en France est formée par des travailleurs immigrés : Maghrébins, Turcs, Africains noirs et Français musulmans (d’origine algérienne). »

    Et encore, deuxième religion par le nombre seulement, car pour tout le reste elle est la religion qui a le moins d’existence « officielle » et le moins de poids effectif (i.e. religion la plus « dominée », parce que religion de « dominés »).Entre ces deux formulations, séparées par un siècle d’histoire et correspondant chacune à un moment et à un état particuliers de la domination, du rapport de la France à la religion musulmane ( i,e. au pays de religion musulmane), il y a plus qu’une relation de simple homologie ou de continuité. Il y a, en réalité, une relation qu’on pourrait dire « génétique » : relation de cause à effet, « l’islam, religion de France », c’est-à-dire l’immigration de l’islam en France est pour une bonne part, le produit de « l’islam, religion sous protection ou sous domination de la France »... »

    (2) « L’islam des immigrés ou l’islam tel qu’il se réalise dans l’immigration ne rendrait-il pas à revêtir des formes distinctives qui lui viendraient du contexte particulier dans lequel il s’inscrit ? À l’islam « honteux », caché, éliminé et s’éliminant de le lui-même de la place publique et des engagements publics se substitue, à la faveur d’une autre « génération » d’émigrés et d’une autre modalité de présence dans l’immigration (c’est-à-dire de la présence que réalisent les immigrés), un islam avoué et proclamé, un islam qui s’affirme et se revendique religieusement, bien sûr, mais aussi, par-delà l’affirmation et la revendication religieuses - et peut-être plus essentiellement - culturellement et politiquement, bref, un islam militant, un islam qui devient le lieu, le mode d’expression et l’arme de l’identification sociale, identification inséparable de l’identification religieuse qui lui est souvent subordonnée. La position des immigrés ayant changé, ce sont aussi, corrélativement, la place, le rôle, le sens et les fonctions (la fonction religieuse et toutes les autres fonctions) de leur religion musulmane qui ont changé ou sont en train de changer, et cela en raison, pour une part, des transformations intrinsèques de l’immigration (de l’immigration en tant que population et en tant que processus et condition sociale) et, pour une autre part, des transformations (économiques, sociales, politiques, mentales et aussi religieuses), anciennes et actuelles, qui se sont produites et qui ont présentement cours dans toutes les sociétés musulmanes et, partant, dans tout l’islam. On songe ici, notamment, au rôle que la religion a joué (ou qu’on lui a fait jouer), non pas seulement comme force de résistance pour préserver la « personnalité » nationale déniée par la colonisation, mais aussi hier, comme force active de ralliement à la cause nationale ou au nationalisme et, aujourd’hui, comme arme dans le champ des rapports de force sur la scène internationale. »

    [ Abdelmalek Sayad, L’immigration ou Les paradoxes de l’altérité. Tome 3, La fabrication des identités culturelles ]

    #Abdelmalek_Sayad
    #islam
    #immigration
    #postcolonialisme

  • De la fâcherie avec des sociaux-démocrates, pas trop démocrates et le moins sociaux possible.

    mots clefs : #dissensus #répression #PS #Notre-dame-Des-landes

    http://blog.agone.org/post/2012/07/04/Apaisement

    "Dans une société, qu’elle soit occidentale ou orientale, qui perpétue ses iniquités à la faveur d’un consensus aussi mensonger que meurtrier, on ne peut, à moins d’être un social-démocrate « apaisant », que se fâcher avec beaucoup, beaucoup de monde. Merci à Bourdieu et Pamuk de nous avoir rappelé qu’il n’y a pas lieu de s’en excuser."

    Dans cet extrait d’une chronique publiée le 5 juillet dernier sur le blog des éditions Agone (cf. le lien ci-dessus), Alain Accardo rappelle à François Hollande et ses amis que la colère et le dissensus sont des réponses légitimes face à la domination, l’iniquité et le mépris dans le champ politique et social.

    Ces mots sont un rappel toujours nécessaire.

    En outre ils révèlent par un effet de miroir la duplicité des auteurs de ces discours iréniques qui escamotent la notion même de conflit au nom d’un prétendu besoin d’apaisement tout en recourant à la violence, à coup de censure molle ou de flash-ball, pour faire taire les opinions inconvenantes, hirsutes, mal coiffées, ouvrières, précaires, en chômage, etc.

    L’hypocrisie des sociaux-démocrates quand ils font la promotion du consensus tout en distribuant des coups de pied au cul s’observera nettement si on prolonge la citation d’Alain Accardo par une question, qui n’entrait peut-être pas dans les intentions de l’auteur, mais tant pis :

    Voici cette question : Si le social-démocrate lénifiant et ses petits copains prétendent éteindre les fâcheries de classe au moyen d’une politique apaisante, comment diable gèrent-ils les colères de ceux qui vivent ces apaisements comme autant de trahisons ?

    Réponse : la sociale-démocratie se fâche bien sûr.

    Chacun sait d’ailleurs qu’il existe un ministère qui s’en charge (de CRS, au besoin).

    Et il n’est pas très difficile d’établir une liste d’exemples récents de ces répressions : Intervention militaro-policière violente contre les opposants à l’aéroport de #Notre-dame-des-Landes ; mesures coercitives contre les associations d’aide aux étrangers en CRA jugées trop ’’bavardes’’ ; confirmation des poursuites engagées sous le précédent gouvernement contre des syndicalistes ; etc.

    Dans de telles conditions, qui condamnent les tièdes à l’insignifiance, la capacité à exprimer la colère sera plus que jamais nécessaire à tous ceux qui ne veulent plus payer la facture du banquet des hommes blancs bien nourris aux mains lisses.

    Quitte à se fâcher définitivement avec la valetaille socialiste qui ne parle d’apaisement que pour mieux étouffer les protestations de ceux qu’elle abandonne à la cupidité des dominants.

  • APAISEMENT
    ALAIN ACCARDO

    1 - Après quelques vigoureux coups de menton de son candidat – campagne électorale oblige – pour faire croire qu’il était fermement décidé à combattre les inégalités et le pouvoir de l’argent, le parti socialiste a rapidement retrouvé son style habituel, celui qu’incarne si bien dans toute sa personne François Hollande et dont le qualificatif le moins désobligeant pourrait être : lénifiant. A peine élu, ce parfait représentant de l’inconsistance politique, a entonné à nouveau l’antienne chère à tous les partisans de la collaboration de classes, sur le thème iréniste du « nécessaire apaisement » dont les Français auraient, paraît-il, besoin. Et tous les candidats socialistes de bramer à sa suite que « les Français ont besoin d’être rassemblés ».

    Quiconque a tant soit peu d’expérience de la vie politique sait que la notion même de « rassemblement » est généralement de droite et qu’elle est pratiquement toujours utilisée, assortie d’une invocation à « l’unité républicaine », pour regrouper le peuple derrière la bourgeoisie dominante (sauf, et encore, dans les périodes de résistance à l’agression étrangère). Cela peut se vérifier dans l’histoire de nos cinq Républiques. L’appel à l’unité républicaine (« la République est notre mère à tous ») étant lui-même une version laïque de l’exhortation chrétienne à la fraternité universelle (« Nous sommes tous les enfants du Seigneur »), on saisit mieux pourquoi, la bénédiction tacite de l’Eglise aidant, il est si important aux yeux de tous les gouvernements bourgeois, y compris « socialistes » dont c’est la raison d’être, de réunir le pays sous leur bannière, c’est-à-dire de soumettre
    l’immense majorité des classes populaires et des classes moyennes à la politique des classes dirigeantes et possédantes. En pratique, « l’unité républicaine », c’est celle du carrosse et de l’attelage, c’est la mise en sourdine des revendications des salariés, la domestication des organisations syndicales, la culpabilisation des oppositions, l’obéissance aux lois du marché, la mobilisation pour le seul « intérêt général » qui vaille, celui des banques et des grandes entreprises, bref, « l’unité républicaine », c’est l’antidote à la lutte des classes, qui est l’unique danger de nature à inquiéter vraiment les riches et les maîtres

    Eh bien sachez, Mesdames et Messieurs les Rassembleurs de la République, que pour ma part – et nous sommes quelques-uns de même farine – je ne veux être ni rassemblé, ni réuni, ni rapproché si peu que ce soit, et encore moins bien sûr confondu avec la masse d’humanoïdes, gredins et/ou imbéciles qui, pour préserver de dérisoires gratifications présentes ou à venir, s’obstinent à faire le jeu des prédateurs de la féodalité capitaliste et à ne pas reconnaître leur part de responsabilité dans le fonctionnement du système corrompu, perverti et barbare qu’ils osent qualifier de « res publica » alors qu’il est confisqué par toutes les mafias. Je me refuse à donner l’accolade à tous ceux qui se font, délibérément ou par défaut, les suppôts des partis de l’« alternance », les amis et les serviteurs du grand Patronat, de la Banque, du FMI et de la Commission de Bruxelles, les adeptes des paradis fiscaux, les faux
    écolos du capitalisme Vert, les crypto-fascistes, les cadres de la gestion, de la com, de la pub, du journalisme, et tutti quanti.

    Je vous entends ricaner bêtement : « Pauvre vieil atrabilaire, à ce train-là il ne trouvera plus grand monde pour le lire ! » Cela reste à vérifier. Mais se moquer de l’étendue de mes détestations, c’est faire la preuve qu’on n’a pas encore vraiment compris par quels mécanismes multiformes et inattendus un système social, le nôtre par exemple, parvient à réaliser concrètement sa logique objective, c’est-à-dire à faire avaliser ses aberrations et ses ignominies, par la majeure partie d’une population qui, dans le principe, n’est dépourvue ni d’intelligence ni de moralité, mais qu’il transforme bientôt en une troupe de marionnettes hallucinées, avides et dociles.

    Alors de grâce, Mesdames et Messieurs les promoteurs d’unité républicaine et autres marchands d’apaisement, laissez-moi le soin de me rassembler moi-même avec ceux qui me ressemblent, et permettez-moi d’exécrer, non pas tous les autres, mais tout ce qui les abîme et les aliène.

    2 - Dans son discours de remerciement pour le prix Nobel de littérature, en 2006, l’écrivain turc Orhan Pamuk résumait en quelques pages admirables les raisons pour lesquelles il avait consacré sa vie à la littérature. Entre autres explications il avançait celle-ci : « J’écris parce que je suis fâché contre vous tous, contre tout le monde. »

    Ces paroles surprenantes ne s’adressaient évidemment pas au seul public de la prestigieuse académie suédoise, mais à travers lui à tous ceux qui se font, ingénument ou pas, les promoteurs de la civilisation occidentale, et donc aussi à lui-même.

    On sait en effet que ce qui a valu à Orhan Pamuk sa distinction littéraire, c’est d’avoir su exprimer, tout au long de son œuvre, le déchirement – personnellement vécu – de la conscience turque écartelée, surtout dans les populations les plus occidentalisées et laïcisées, entre la fascination amoureuse pour l’Europe occidentale, et le refus de renier son héritage oriental, sa culture traditionnelle.

    Il ne s’agit pas là d’un problème qui concernerait uniquement les Turcs les plus épris du modèle occidental. Le même problème, mutatis mutandis, empoisonne les rapports entre les nations occidentales et leurs ex-colonies d’Asie, d’Afrique et d’Amérique. Leur littérature en témoigne aussi. À l’intérieur des nations occidentales elles-mêmes, cette opposition se manifeste sous de multiples formes qui structurent l’ordre établi. C’est que les rapports de sens qui s’instaurent sur le plan symbolique sont indissociablement des rapports de force et que le capital culturel concourt à la domination sociale au même titre que les autres capitaux. La différence qui apparaît dans un savoir-être, un savoir-faire ou un savoir-dire est inévitablement interprétée comme l’indice d’une condition sociale supérieure (ou inférieure). Toute différence socialement perçue a pour effet de glorifier ou d’humilier. Et dans les
    cercles les plus huppés de la culture occidentale, prétendument si démocratiques, le simple fait de ne pas être un héritier culturel suffit à stigmatiser le « parvenu », le parent pauvre, le cousin de province.

    A cet égard, la plainte teintée de ressentiment qu’Orhan Pamuk, fin lettré turc issu de la bourgeoisie d’Istamboul, osait adresser à ceux qui venaient de lui décerner le prix Nobel, rejoignait l’aveu éloquent d’un Pierre Bourdieu, petit-fils de paysans béarnais élu au Collège de France : « Je ne me suis jamais senti un intellectuel de plein droit ». Ce sont là des réactions d’outsiders écorchés vifs, mais ayant saisi, à travers et au-delà de leur expérience personnelle, deux choses essentielles :

    d’abord que leur brillante réussite individuelle s’inscrivait dans la logique même d’un système qui ne distingue que pour mieux rejeter, car il ne peut fonctionner que par l’exclusion, la frustration et l’humiliation du plus grand nombre ; un système réservant à « l’élite » et ses élus le coeur de l’empire (le « centre » comme dit Pamuk, le « foyer sacré des valeurs » comme dirait Bourdieu) et reléguant dédaigneusement les autres dans leurs contrées lointaines et leur sentiment d’indignité.

    ensuite que la frontière, la ligne de partage entre dominants et dominés, ne passait pas seulement entre métropole et province, entre l’Ecole normale de la rue d’Ulm et le lycée de Pau, ni entre la rive européenne et la rive asiatique du Bosphore, mais plus subtilement à l’intérieur d’eux-mêmes, entre leurs aspirations à s’accomplir dans le système et leur volonté d’en dénoncer les aliénations.

    Plus encore, leur trajectoire quasi miraculeuse non seulement ne leur a pas masqué ce qu’elle avait d’à contre-courant, mais elle les a amenés à comprendre, à la différence de la plupart des parvenus, qu’il était de leur devoir de mettre leur notoriété au service de ceux qui sont condamnés à l’invisibilité et à l’autocensure. A la voix de Bourdieu décrivant « La misère du monde » et plaidant pour « une gauche vraiment de gauche », fait écho celle de Pamuk prenant courageusement position à propos de la stratégie occidentale de diabolisation du « terrorisme » : « Rien ne peut davantage justifier le soutien aux « islamistes » que le refus et l’incapacité de l’Occident à comprendre la colère des damnés de la terre » (in D’autres couleurs, Gallimard, 2009, p.361)

    Dans une société, qu’elle soit occidentale ou orientale, qui perpétue ses iniquités à la faveur d’un consensus aussi mensonger que meurtrier, on ne peut, à moins d’être un social-démocrate « apaisant », que se fâcher avec beaucoup, beaucoup de monde. Merci à Bourdieu et Pamuk de nous avoir rappelé qu’il n’y a pas lieu de s’en excuser.

    Chronique pour La Décroissance (juillet 2012) et pour Agone.le blog