city:calais


  • « Et si les gilets jaunes étaient des écologistes qui s’ignorent ? »
    https://www.nouvelobs.com/societe/20181116.OBS5549/et-si-les-gilets-jaunes-etaient-des-ecologistes-qui-s-ignorent.html

    Cessons donc d’opposer la colère des gilets jaunes et la bataille contre le réchauffement climatique ! Telle est la proposition de Jean-Baptiste Comby, sociologue à l’université Paris 2, auteur de « la Question climatique. Genèse et dépolitisation d’un problème public » (Raisons d’Agir, 2015). Celui-ci nous invite à voir, dans la mobilisation de samedi, un appel à appréhender les défis climatiques et énergétiques en tenant compte des réalités des fractions fragilisées de la population.
    Transports en commun hors des villes, fret, rythmes des déplacements… « Il est donc urgent de revenir à une écologie proprement politique et ce faisant de mettre en œuvre les mesures structurelles seules à même de nous rendre durablement, massivement et équitablement moins dépendants de l’automobile », estime le chercheur. Tribune.

    #écologie_politique (vs écologie punitive) #inégalités #écotaxes


  • France 3 | La rédaction réagit aux propos haineux envers les personnes migrantes
    https://asile.ch/2018/11/09/france-3-la-redaction-reagit-aux-propos-haineux-envers-les-personnes-migrantes

    Le Rédacteur en chef adjoint chargé des éditions numériques de France 3 Midi-Pyrénées, Fabrice Valéry, signe le 27 octobre 2018 une prise de position face aux commentaires haineux publiés sur leur site suite à la diffusion d’une vidéo montrant l’arrivée de personnes migrantes en provenance de Calais. Le journaliste, au nom de sa rédaction, affirme […]


  • Certains de vos commentaires sur Facebook sur l’arrivée des migrants dans la région sont insupportables

    La publication ce jeudi matin sur notre page facebook d’une vidéo sur l’arrivée à Toulouse de migrants de Calais a déclenché un torrent de commentaires. Certains sont empreints d’humanité mais beaucoup donnent la nausée. Nous avons décidé de réagir.

    C’est une simple vidéo. De quelques secondes. Une vidéo réalisée durant la nuit par une équipe de journalistes de #France_3 Midi-Pyrénées. On y voit des hommes, fatigués, tous d’origine afghane, débarquer d’un bus et récupérer leurs bagages. Quelques instants plus tard, ils seront installés dans un centre de la Croix-Rouge à Toulouse. Car ces hommes sont ce que l’on a pris désormais l’habitude d’appeler des « migrants », des réfugiés. Quelques heures auparavant, ils « vivaient » dans des conditions inhumaines dans la « jungle » de Calais.

    Cette vidéo, strictement informative, publiée sur notre page facebook, a déclenché un flot de commentaires. La plupart de ces commentaires sont haineux. Ils rejettent, a priori, sans les avoir rencontré, sans connaître leur histoire, des individus, des êtres humains, simplement parce qu’ils viennent d’un pays étranger, que leurs « traditions », leur « mode de vie » ne seraient pas exactement les mêmes que les nôtres.

    Mais cela va plus loin, « accusant » ces hommes d’être des violeurs en puissance, des agresseurs d’enfants. C’est insupportable.

    D’autres parlent « d’invasion » (quand tout au plus 270 personnes vont s’installer dans notre région, qui compte 5,7 millions d’habitants) ou font l’amalgame avec les terroristes !


    Heureusement, au milieu de cette mare d’immondices déversés sur facebook, certains internautes tentent de faire entendre une autre voix. « Bienvenue à eux » écrivent certains.

    Nous sommes, en tant que service public d’information, profondément attachés à la liberté d’expression. Les commentaires sur notre page facebook sont modérés a posteriori. Cela signifie que ceux qui franchissent la ligne jaune, en matière de respect de la loi (incitation à la haine, insulte, etc) sont supprimés après intervention de nos modérateurs. C’est un travail fastidieux surtout sur certains sujets dits « sensibles » et encore plus à l’approche des élections.

    Il y a la loi. Et puis il y a l’esprit. L’esprit, redisons-le, c’est celui de permettre au plus grand nombre de s’exprimer. Mais laisser le droit à l’expression n’empêche pas d’avoir un avis. La rédaction de France 3 Midi-Pyrénées, tout au long de l’année, à la télévision ou sur son site internet, a l’ambition de montrer la vie des gens qui habitent dans notre région, d’expliquer les faits d’actualité, de les contextualiser. Nous avons fait le choix de ne pas fermer les commentaires sur facebook mais sur certains sujets, des internautes, sous pseudonymes ou leur véritable identité, font tout pour nous pousser à restreindre la liberté d’expression. Nous ne voulons pas nous y résoudre mais nous ne pouvons pas laisser dire des choses fausses et laisser publier des propos insupportables sur notre page facebook sans réagir.

    La France est une terre d’asile. Chacun d’entre nous a dans sa famille ou connaît une personne qui a des origines espagnoles, italiennes, maghrébines, africaines, asiatiques... La région Occitanie a été et reste une terre d’accueil des peuples, au gré de l’histoire : guerres civiles, guerres mondiales, immigration économique, etc.
    L’histoire de notre pays est comme cela, que ça plaise ou non, et sans ces mélanges de population, sans cette ouverture sur le monde, la France ne serait pas la France.

    Cette « haine de l’autre » est irrationnelle. Elle ne repose sur rien d’autre qu’un sentiment. Peu importe comment on le nomme, « de peur », « d’insécurité ». Irrationnel. Ce ne sont pas 27 hommes, démunis de tout qui vont changer la vie d’un quartier, d’une ville comme Toulouse. Ce ne sont pas 250 ou 270 personnes qui vont mettre en péril l’équilibre de notre région. Vous qui voyez dans ces images des violeurs ou des agresseurs, dites-vous qu’y figurent peut-être le médecin qui sauvera demain votre enfant ou le maçon qui construira votre maison ! (Lisez, s’il vous plaît, l’encadré au pied de cet article, « La nausée » de la journaliste Marie Martin).

    Nous savons que la publication de cet article va déclencher de nouveaux commentaires haineux. Nous savons à quoi nous nous exposons. Mais nous ne voulions pas rester silencieux devant tant de haine et face à ce déversement sur facebook de commentaires nauséeux. Ne rien dire c’était se rendre complices.

    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/certains-vos-commentaires-facebook-arrivee-migrants-reg
    #enfin #médias #réaction #journalisme #migrations #réfugiés #haine #service_public #presse #France3 #racisme #xénophobie #fact-checking #préjugés #invasion #afflux
    ping @reka


  • La boutique parodiant celle de l’Élysée reverse ses gains à trois associations Alexis Feertchak - 2 Novembre 2018 - Le figaro
    http://www.lefigaro.fr/politique/2018/11/02/01002-20181102ARTFIG00090-la-boutique-parodiant-celle-de-l-elysee-reverse-s

    Le projet « Enlysée »https://enlyseeboutique.fr lancé par trois jeunes de Calais et Lille a enregistré 3000 commandes en seulement un mois. Les 30.000 euros de revenus sont reversés ce vendredi à trois associations qui œuvrent pour l’aide aux migrants et aux sans-abri.


    « Le jour où tu veux faire la Révolution, t’apprends d’abord à faire ton café et à te nourrir toi-même. » Pour boire son café le matin, quoi de mieux qu’une maxime d’Emmanuel Macron imprimée en bleu, blanc, rouge sur sa tasse ? Pardon, en « rouge, bleu, blanc, rouge » si l’on en croit les termes d’« Enlysée », boutique en ligne qui parodie celle lancée en septembre par la présidence de la République. Cette initiative, lancée par trois trentenaires de Calais et Lille, a engendré 3000 commandes en seulement un mois. Ses bénéfices vont être reversés à trois associations venant en aide aux migrants et aux sans-abri, selon France Info.

    30.000 euros seront ainsi partagés ce vendredi à Calais entre la Fondation Abbé Pierre, l’Auberge des migrants et Salam. Pour cette dernière association qui distribue près de 500 repas par jour à Calais, les 10.000 euros représentent 10% de leurs dépenses. « On vit beaucoup sur les dons, les récupérations et là ça nous permet de faire ce qu’on ne fait jamais, d’acheter un peu de fruits à des grossistes, acheter des chaussettes, des gants, etc. Ce sont des frais qu’on est souvent amené à reporter », confie à France Info le président de Salam, Jean-Claude Lenoir.

    « Boutique officielle du ruissellement »
    « Vous savez maintenant où va partir ce pognon, qu’on espère de dingue ! », déclare l’« Enlysée » sur son site, référence à la petite phrase d’Emmanuel Macron, qui avait déclaré en juin dernier : « On met un pognon de dingue dans les minima sociaux ». C’est l’expression phare de la boutique qui propose t-shirts, sweat-shirts et sacs avec l’imprimé « Je coûte un pognon de dingue ». D’autres saillies présidentielles s’affichent également à la vente : « Phransaizilaitrée », « Gaulois réfractaire », « Dernier de cordée », « Mafia bretonne » (avec Jean-Yves Le Drian portant le smoking de Marlon Brando dans Le Parrain), « champion du monde » (avec Alexandre Benalla, casqué, en bleu, blanc, rouge) ou « champion de la Terre » (avec Emmanuel Macron, torse nu, portant la planète sur ses épaules). Les articles « Maison » promettent quant à eux d’apporter « une ambiance de maison inspirée par le mépris présidentiel ».

    En plus des trois fondateurs, une équipe d’une quinzaine de bénévoles conçoit, réalise, met en ligne et envoie les produits parodiques. La boutique « Enlysée » ne veut pas s’arrêter là. Elle attend beaucoup des fêtes de Noël et prépare à cet effet un « pack spécial de fin d’année » pour la semaine prochaine. Pour continuer d’abreuver les finances d’associations, elle espère aussi de nouvelles petites phrases présidentielles. « Que ce soit le ‘pognon de dingue’ ou ‘traverser la rue’, on n’aurait pas pu les imaginer nous-mêmes, donc franchement, on le remercie beaucoup. S’il pouvait nous en ressortir quelques-unes, d’ici Noël et jusqu’à la fin du quinquennat, on pourrait reverser beaucoup d’argent », déclare Manu, l’un des fondateurs, à France Info. Le trentenaire aimerait aussi qu’Emmanuel Macron devienne le parrain de ce projet joliment défini comme « la boutique officielle du ruissellement ».

    #Elysée #Enlysée #ruissellement #Calais #Lille #emmanuel_macron #migrants #pognon_dingue #traverser_la_rue #start_up #ruissellement #perlimpinpin #manu #en_marche

    La suite de https://seenthis.net/messages/724130


  • Certains de vos commentaires sur Facebook sur l’arrivée des migrants dans la région sont insupportables - France 3 Occitanie
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/certains-vos-commentaires-facebook-arrivee-migrants-reg

    C’est une simple vidéo. De quelques secondes. Une vidéo réalisée durant la nuit par une équipe de journalistes de France 3 Midi-Pyrénées. On y voit des hommes, fatigués, tous d’origine afghane, débarquer d’un bus et récupérer leurs bagages. Quelques instants plus tard, ils seront installés dans un centre de la Croix-Rouge à Toulouse. Car ces hommes sont ce que l’on a pris désormais l’habitude d’appeler des « migrants », des réfugiés. Quelques heures auparavant, ils « vivaient » dans des conditions inhumaines dans la « jungle » de Calais.

    Cette vidéo, strictement informative, publiée sur notre page facebook, a déclenché un flot de commentaires. La plupart de ces commentaires sont haineux. Ils rejettent, a priori, sans les avoir rencontré, sans connaître leur histoire, des individus, des êtres humains, simplement parce qu’ils viennent d’un pays étranger, que leurs « traditions », leur « mode de vie » ne seraient pas exactement les mêmes que les nôtres.

    #migrations #asile #égoïsme #racisme #haine #réseaux_sociaux #xénophobie #populisme


    • Le #mirage anglais : la #désillusion des migrants

      Après la périlleuse traversée de la Manche, 
des migrants déchantent au Royaume-Uni.

      Depuis plus de vingt ans et l’ouverture du tunnel sous la Manche, les camps d’infortune baptisés «  jungles  » se succèdent à Calais et aux alentours. Y survivent des Irakiens, des Afghans, des Érythréens, des Soudanais et des ressortissants de bien d’autres nationalités, en fonction des aléas géopolitiques, tous aimantés par cet Eldorado britannique qu’ils fantasment et aperçoivent depuis la plage, à une trentaine de kilomètres.

      D’infimes falaises obsédantes derrière les vagues grises agitées  : ce paysage tempétueux est l’une des frontières européennes les plus difficiles à franchir, rendue prétendument étanche grâce aux millions d’euros versés chaque année par la Grande-Bretagne.

      Les infrastructures du port et de l’Eurotunnel, ultimes étapes avant leur escale finale – l’Angleterre – sont gardées comme des forteresses à grand renfort de barbelés, scanners, policiers...

      Les exilés tentent de passer cette lisière seuls, ou avec l’aide des cellules de passeurs souvent kurdes, implantées sur le littoral. En Grande-Bretagne, pensent-ils séduits, leur asile sera accepté, ils trouveront du travail, ou encore ils ne seront pas expulsés vers le premier pays d’Europe, responsable de leur demande d’asile, selon le règlement Dublin III.

      Une fois la Manche franchie, les migrants s’évanouissent dans la nature, s’expriment peu, par crainte d’être ennuyés par les autorités. Ils tentent de se construire une vie, dans l’anonymat. Le soi-disant Eldorado ne comble pas toujours leurs attentes.

      La majorité des demandeurs à l’asile – 30 603 en 2016, selon le Home Office (ndlr : équivalent du ministère de l’Intérieur) – sont Iraniens, puis Pakistanais, Irakiens, Afghans, Bangladais…

      Et au final, «  34 % des demandes sont acceptées, soit un taux moins élevé qu’en France – 40 %  », souligne Magali Lambert, de La Cimade. Quant au règlement Dublin III, «  il est appliqué comme en France. Tout migrant peut être renvoyé vers le premier pays responsable de sa demande d’asile  ».

      Wira et Barzan (Kurdes irakiens)

      Le soleil transperce les nuages gris, illumine les docks.

      Le cri des mouettes couvre la respiration de la marée grise. Il est midi à Liverpool, les pintes de bières règnent sur les tables d’un pub cerné d’entrepôts de briques. Les Britanniques à l’accent scouse, typique de ce grand port du nord-ouest du Royaume-Uni, trinquent sur les quais.

      Devant leurs verres d’eau gazeuse, les Kurdes irakiens Barzan et Wira (prénoms modifiés à leur demande), eux, n’ont pas le goût à la détente. «  La décision du Home Office est tombée il y a deux mois. On m’a rejeté, on ne veut pas de moi  ».

      Barzan, 26 ans, détaille les justifications des autorités britanniques avec mépris.

      lls m’ont dit que maintenant je pouvais retourner en Irak, que ce n’était plus dangereux, que je pouvais être avec ma famille là-bas.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      Son ami Wira, 36 ans, tente de le consoler, mais a peu d’arguments. «  Je suis venu en Grande-Bretagne il y a quatorze ans, ma demande d’asile et mon appel ont été rejetés. Depuis, j’ai fait plus de douze demandes de réexamen [il n’y a pas de limites pour ces requêtes, il faut apporter de nouveaux éléments au dossier, ndlr]. C’est toujours non  ».

      Wira est dans une zone grise  : sommé de quitter le pays, il ne compte plus les années à errer, anonyme, entre les villes de Leicester, Wrexham et Liverpool.

      Wira et Barzan viennent d’Erbil et de Souleimaniye, dans la région autonome du Kurdistan irakien. L’Angleterre, ils l’ont fantasmée à plus d’une décennie d’écart. Le premier y a posé le pied en 2002, le second en 2016. «  Ici, on pouvait gagner notre vie, la construire, du moins c’est ce que je pensais  », résume Barzan.

      Son regard vert glacial se fait encore plus froid quand il repense au chemin parcouru. «  Je suis venu par la Turquie, la Grèce, la route des Balkans en 2015  ». Il tente d’abord une première demande d’asile en Allemagne en 2015. Puis «  neuf mois sans nouvelles  », alors il se «  reporte  » sur la Grande-Bretagne.

      «  Je suis resté des mois bloqué à Grande-Synthe (à 30 km de Calais) avant de réussir à passer, après une dizaine de tentatives, avec 24 autres personnes dans un camion de lots de shampoing  ». Barzan se souvient : «  Ce n’était pas la vie normale. Le temps était long. Tu ne savais pas combien de temps tu allais rester, ce que tu allais devenir  ».

      En 2002, «  tout était plus simple  : ni contrôles ni policiers ni barbelés  », lui répond Wira, qui a franchi la frontière à cette date. «  Je suis resté trois jours à Calais et j’ai réussi dès le premier coup à passer dans un camion  ». Les souvenirs de Wira sont légers et flous, ceux de Barzan tenaces et amers.

      Les deux hommes montrent leurs mains rouges et desséchées. S’ils n’ont toujours pas de statut de réfugié, ils ont un travail, l’une de leurs motivations pour venir en Grande-Bretagne.

      «  On lave des voitures  », explique Barzan. «  Si tu es réfugié, en Angleterre, tu dois passer par le “car-wash” même si ça abime les mains, plaisante Wira, c’est dans une société de lavage de voitures que nous nous sommes rencontrés, beaucoup de Kurdes y travaillent, on trouve toujours. Au début on gagne 39 euros puis avec l’expérience 56 euros par semaine. Je travaille dans ce secteur depuis quatorze ans  ».

      Et toujours non déclaré. «  Trouver un job au noir, c’est facile en Grande-Bretagne, je ne me suis jamais fait prendre par les autorités. Il paraît que quelques patrons se prennent des amendes. Mais personnellement, je n’ai jamais vu aucun directeur avoir des problèmes  ».

      Dans ce pays à l’économie libérale, le travail au noir représente près de 9,4 % du PIB en 2017, selon le magazine américain Forbes.

      On ne compte pas nos heures, on travaille six jours sur sept.

      Barzan, un Kurde irakien de 26 ans

      «  Mais je crois qu’en fait c’est la norme, comme un cercle vicieux sans fin, analyse Wira. La Grande-Bretagne a besoin de nous, de main d’œuvre, pour les petits boulots. Mais en même temps, nous sommes rejetés, nous n’avons pas de droits  ».

      Les compères remontent l’artère commerçante de Liverpool où se succèdent les magasins des grandes chaînes de prêt-à-porter. «  C’est une très belle ville, mais je suis effrayé par le racisme, avoue Barzan. Tu le sens, le raciste, c’est celui qui te regarde comme quelqu’un d’inférieur  ». Ils rejoignent un restaurant kurde aux murs blancs.

      Barzan déprime devant sa soupe de lentilles rouges. «  Je suis perdu, je veux gagner ma vie mais dans une usine ou en tant que chauffeur de taxi, pas dans un “car-wash”, au noir  ». Il songe au retour et évoque cet ami kurde qui lui «  n’en pouvait plus d’attendre  ». «  Il est parti en Allemagne pour tenter de demander l’asile là-bas  ».

      Comme lui, en 2017, quelque 966 personnes ont franchi irrégulièrement la frontière entre l’Angleterre et la France, selon l’Ocriest (Office central pour la répression de l’immigration irrégulière et de l’emploi d’étrangers sans titre). Souvent dissimulés dans les camions, ils ont finalement re-traversé la Manche en sens inverse, lassés de la dureté de ce pays dont ils avaient trop rêvé.

      Lire aussi : L’abandon des enfants migrants en France
      Ridire (Bédouin apatride)

      Ridire exhibe tout sourires ses cartes. «  Ma première carte d’identité, ma première carte de crédit  ». Des sésames dont il est fier et grâce auxquels il bénéficie d’une reconnaissance après un long passage à vide. «  Dans tous les pays que j’ai traversés, j’étais considéré comme quelqu’un d’illégal, un terroriste, parce que j’étais un migrant  ».

      Cet homme brun au teint hâlé traîne ses longues jambes sur un marché bouillonnant de Birmingham, sa commune d’adoption. «  C’est une bonne localité pour recommencer une nouvelle vie, trouver un bon travail  ». Entre les étals, les langues anglaise mais aussi pakistanaise, arabe ou chinoise se mêlent dans cette deuxième ville d’Angleterre qui abrite de nombreux réfugiés.

      Bédouin, Ridire est né sans papiers au Koweït.

      «  Nous sommes bidoune [sans papiers, ndlr] et persécutés, le pays ne veut pas de nous  ». Formant une famille d’apatrides avec sa mère et ses petits frère et sœur, ils prennent en 2010 le chemin de Damas, en Syrie, où Ridire travaille dans un hôtel.

      La guerre arrive, la fuite au Liban s’impose, dans un camp de réfugiés où l’attente devient interminable. Ils décident alors de rejoindre leur oncle, installé depuis des années en Grande-Bretagne.

      Son frère et sa sœur, mineurs, bénéficient d’un regroupement familial. Ridire emprunte la voie illégale  : traversée de la Turquie, la Grèce, la route des Balkans, à l’été 2015.

      «  J’ai rarement ressenti d’humanité, insiste Ridire. La seule fois c’était à Lesbos, avec des bénévoles qui m’ont parlé comme à quelqu’un de normal  ». Une inhumanité qui s’accentue, d’après lui, lorsqu’il débarque à Grande-Synthe.

      «  Je suis arrivé de nuit, avec ma mère. D’autres migrants nous ont dit de nous installer dans une tente. Le lendemain, à la lumière du jour, j’ai découvert le cauchemar : les rats, la boue...  » Ridire est alors au camp du #Barosch de #Grande-Synthe, aux côtés de 2 000 migrants. Il y découvre le système des passeurs.

      «  Des trafiquants sont venus me voir, m’ont dit “comme tu es Koweïtien, tu es riche, un passage te coûtera 2 500 euros”  ». Dans le nord de la France, les trafiquants appliquent les tarifs de leurs «  prestations  » souterraines au faciès.

      Pour passer la Manche caché dans un camion, un ressortissant érythréen, réputé pauvre, paiera moitié moins cher qu’un Syrien, réputé riche, indique Ridire écœuré. Lui n’a pas d’argent. Les saisons passent à Grande-Synthe. Sa mère tombe malade, il parvient à la faire passer légalement en Grande-Bretagne, mi-2016.

      Seul, Ridire déchante. «  Je pensais que j’allais mourir à Grande-Synthe. Un passeur qui me voyait dépérir m’a aidé. Un soir il m’a dit, “ok tu montes gratuit” dans un camion qui contenait des télévisions, de la farine, des pots en céramique…  ».

      Sur le trajet, il pleure de joie. «  Je me disais, je vais enfin avoir des droits. Le poids lourd s’est arrêté dans un village du centre, je suis sorti sous les yeux médusés du chauffeur – un Roumain je crois – en courant, trop heureux. Il n’a rien dit. J’ai appelé ma famille à Birmingham qui m’a envoyé un taxi  ».

      Au bout d’un an, Ridire obtient son statut, le Koweït est jugé dangereux pour lui «  il y a un risque d’extinction de la communauté (des Bédouins) à cause du mauvais traitement que nous subissons : pas de services, pas d’accès à l’éducation ni à la santé  », justifie Ridire.

      Il peut aujourd’hui avoir accès au système de santé, étudie les mathématiques à la faculté, vit dans une maison avec sa mère. Les 42 euros hebdomadaires que lui verse le gouvernement l’aident à se nourrir.

      «  D’ici quelques années, je travaillerai dans l’industrie du pétrole, je n’ai pas honte de dire que j’ai envie de bien gagner ma vie. L’Angleterre pour moi, c’est le business, c’est très différent de la France, où j’ai le sentiment que les gens sont plus amicaux  ». Le pays réputé individualiste «  casse quelques traditions et valeurs familiales, avoue-t-il. En ce mois de juin, c’est le ramadan, or mes frère et sœur n’ont pas le temps de venir dîner, ils disent qu’ils travaillent trop. Alors on s’appelle, mais on ne reste plus ensemble, comme au Koweït. S’il nous arrive une broutille, personne ne se déplace pour l’autre. Trop de travail, c’est souvent l’excuse  ».

      Maintenant, Ridire espère obtenir d’autres droits. «  J’aimerais pouvoir voter. Si j’avais eu ce droit, je n’aurais surtout pas voté pour le Brexit, qui ­m’inquiète et va nous isoler  ».
      Henok (Érythréen)

      Henok chante des airs de rap en marchant sur les trottoirs bondés de Londres. Il slalome ce jour de juin entre les passants, près de la gare internationale de Saint-Pancras. Parmi la foule d’anonymes, personne ne s’attarde sur la bouille ronde du jeune Érythréen, cheveux en bataille, survêtement noir et petite sacoche.

      Sur le chemin de l’exil, Henok devait fuir les regards, «  On me dévisageait alors que je voulais être discret, dit l’adolescent de 18 ans. Il était l’étranger. Aujourd’hui, je me sens libre  ». Il avance serein entonnant des paroles sur Calais, qu’il a composées lui-même. La ville, jamais loin, le hante toujours. Car avec Tripoli, en Libye, Calais est l’escale de son ­parcours qui l’a le plus «  choqué  ».

      Parti seul d’un village près d’Asmara à 14 ans, il fuit le service militaire à vie de ce pays d’Afrique de l’Est sous la coupe du dictateur Isaias Afwerki.

      Pendant deux ans, Henok ne songe qu’à traverser les frontières. «  Je voulais venir en Grande-Bretagne dès le départ. J’avais entendu par des amis déjà sur place qu’on trouvait du travail plus facilement en Angleterre qu’en Italie ou en France  ».

      Son itinéraire se dessine : Soudan, Libye, Italie, France. Des milliers d’autres migrants l’ont fait avant lui, cela lui donne espoir, les photos de proches en Grande-Bretagne le soutiennent pendant son périple. Sans argent, il ne passe pas toujours avec des passeurs de frontières, «  je me cachais seul dans les camions  ».

      Lire aussi : Plus de cent soudanais renvoyés dans l’enfer libyen

      Henok insiste sur deux étapes qui l’ont traumatisé.

      À Tripoli en Libye et à Calais, j’ai lutté pour ma survie. Je pensais souvent à la mort.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Malgré sa jeunesse, elle est omniprésente dans la vie de l’adolescent. «  En Libye, je suis resté bloqué à Tripoli, pendant trois mois, dans une maison de torture [les migrants nomment généralement ces bâtisses des connexions houses, surveillées par les passeurs, ndlr]  ».

      Enfoncé dans le fauteuil d’un café cosy londonien, Henok exhibe une blessure sur sa main. «  Ceux qui me gardaient me brûlaient, ils voulaient appeler mes parents pour avoir de l’argent contre ma liberté, mais mes parents n’ont pas de téléphone dans leur village !  ».

      Il perd la notion du temps, finit par embarquer pour l’Italie «  Un jour de printemps 2015, dit-il évasif. J’avais trop peur, mais il fallait rejoindre l’Italie. C’était la mort en Libye, la mort dans l’eau ou l’Italie, pas d’autres options  ». Il navigue sur la Méditerranée centrale dans un bateau en bois où s’entassent 383 personnes, avant d’être tiré des flots par un navire italien. «  Le plus beau jour de ma vie, mais je n’arrive pas à le décrire, c’était trop fort  ». Il marque un silence et sourit.

      Après cette frontière traumatisante, il reste à Henok une autre mer à traverser  : la Manche. Et un second traumatisme, Calais. «  Je suis passé facilement de l’Italie à la France par les Alpes, caché dans un camion, contre 30 euros. Calais, finalement, ça paraissait simple à franchir  : la Manche est petite comparée à la Méditerranée  ».

      Mais, bloqué dans la ville de la dentelle pendant un mois et deux semaines, il partage l’errance d’un sans-domicile avec d’autres Érythréens près du port de la ville, nourris par les ONG.

      Puis Henok découvre la traque, dit-il, de ceux dont tous les migrants connaissent l’acronyme à Calais  : les CRS. «  Presque chaque nuit, je tentais de me cacher dans des camions, avec des amis, sans passeur, les policiers n’étaient jamais loin. Au bout de quelques semaines, je me suis fabriqué un faux garrot pour faire croire que j’étais blessé et qu’ils me laissent tranquille  ».

      Son ton s’accélère, il raconte nerveusement. «  J’essayais de me glisser sous les châssis des camions, ou de rentrer dans les cargaisons dès que je voyais des poids lourds à l’arrêt. Je ne comptais pas les tentatives. Je me faisais prendre par les policiers, je recommençais le lendemain  ».

      Cela devient un défi pour l’adolescent. «  Je n’avais pas peur, je pensais à l’Angleterre toute la journée. La nuit, lors de mes passages, mes vêtements étaient déchirés à force de courir et tomber sur les routes  ». Sa crainte principale  : «  Les chiens (renifleurs) du port qui finissaient toujours par me trouver planqué dans les camions alors que j’étais près du but  ».

      Henok parvient à sauter dans un train de poids lourds qui file vers l’Eurotunnel.

      Quand j’ai compris que j’étais sous le tunnel, l’émotion était intense pas autant qu’en mer en Libye, mais presque.

      Henok, Érythréen de 18 ans

      Henok dépose sa demande d’asile dans les minutes qui suivent son arrivée à Douvres à l’automne 2015, dans un commissariat de la ville-frontière du sud de l’Angleterre.

      Le mineur est transféré vers Londres, où il est logé avec des travailleurs sociaux par le Home Office. Il obtient son statut de réfugié au bout d’un an, aidé par sa minorité car un retour en Érythrée est bien trop dangereux. «  J’ai ce que je voulais, la sécurité et les études. Je veux devenir électricien et continuer le rap  ».

      Mais après cette longue quête, une autre commence pour lui. «  Je cherche mes parents et mon frère, dont je n’ai jamais eu de nouvelles depuis mon départ. Ils n’ont ni adresse ni Internet. Je pense à eux, ça me rend triste, je voudrais les faire venir, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus et eux non plus ne savent rien de ma vie  ».


      https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/les-mirages-de-leldorado-britannique

      #dessins de #Elisa_Perrigueur

    • Arrivés en Angleterre illégalement, de nombreux mineurs isolés sont victimes des trafiquants

      Refoulés par le Home Office après des mois passés à Calais, de nombreux mineurs ont tout de même décidé d’atteindre l’Angleterre de manière illégale. Beaucoup ont disparu dans la nature et sont tombés aux mains des réseaux de trafiquants.

      Selon le quotidien britannique The Independent, de nombreux migrants mineurs dont le dossier a été refusé par le Home Office - le ministère anglais de l’intérieur - au moment du démantèlement de la « jungle » de Calais ont traversé la Manche par leurs propres moyens et sont tombés entre les mains de trafiquants au Royaume-Uni.

      Lors de la signature de l’amendement Dubs en mars 2016, le Royaume-Uni s’était engagé auprès de la France à accueillir 480 mineurs isolés présents à Calais et désireux de rejoindre l’Angleterre. Mais en octobre 2016, date du démantèlement de la « jungle », des centaines de mineurs non accompagnés ont vu leur demande déboutée par le Home Office.

      L’association Social workers without borders - qui avait mené une série d’évaluations sur plusieurs enfants de la « jungle » avant son démantèlement - rappelle que sur les 42 enfants signalés « dans le besoin », aucun d’entre eux n’a eu l’autorisation de rejoindre l’Angleterre.

      >> À lire sur InfoMigrants : Au Royaume-Uni, un migrant peut croupir des années en centre de rétention

      Bon nombre de migrants refoulés par les autorités britanniques ont donc tenté leur chance par la voie illégale. Beaucoup d’entre eux se sont ainsi retrouvés piégés dans des réseaux de trafiquants.

      Selon les dernières données du Centre d’information sur la traite des enfants (CTAC), sur les 293 jeunes arrivés en Angleterre clandestinement depuis mi 2016, seulement 103 personnes ont été localisées. Les autres - les 190 autres restants - ont tout simplement disparu dans la nature. À titre d’exemple, sur les 42 mineurs identifiés par Social workers without borders, neuf ont atteint le Royaume-Uni par leurs propres moyens et 14 sont toujours « introuvables ».

      « Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogue deviennent des monnaies d’échange »

      Selon le quotidien britannique, un adolescent soudanais placé dans une famille d’accueil a disparu quelques mois après son arrivée en Angleterre, en décembre 2016. « Je lui ai envoyé un message mais je n’ai pas eu de réponse », déclare à The Independent Sue Clayton, une universitaire qui lui avait rendu visite. « Il était clair que les choses ne se passaient pas bien pour lui en Angleterre. Il est probable qu’il travaillait pour le compte d’un trafiquant (…). Il m’a dit que sa mère était très malade et que sa famille avait besoin d’argent ».

      The Independent met également en avant le cas d’un garçon de 16 ans qui a été « pris en otage » par des trafiquants une fois arrivé au Royaume-Uni. Les malfaiteurs le retenaient car son père, installé en Angleterre, n’avait pas les moyens de payer les passeurs de son fils. Le jeune homme a pu être libéré grâce à l’intervention de la police.

      Swati Pande, membre du CTAC, estime qu’il est fréquent que les enfants ayant traversé la Manche disparaissent ou ne soient jamais retrouvés au Royaume-Uni. « Rien n’est gratuit. Ces jeunes ont fait un si long voyage, ils doivent toujours de l’argent à quelqu’un », explique-t-elle au journal anglais. « Au cours de leurs voyages, nous savons qu’il peut y avoir des abus. Quelle est la monnaie d’échange de ces enfants ? Quand ils n’ont pas d’argent, leur corps ou le trafic de drogues deviennent des monnaies d’échange », continue-t-elle.

      Pour la députée anglaise Sarah Jones cité par The Independent, le gouvernement britannique a « tourné le dos aux enfants réfugiés de la ‘jungle’ et continue de le faire ». « Cette année marque le 80ème anniversaire du Kindertransport, quand notre pays a sauvé 10 000 enfants du régime nazi. C’est une honte que le sentiment anti-migrant de notre gouvernement s’étende même aux enfants les plus jeunes et les plus vulnérables », a-t-elle ajouté.
      Une critique injustifiée selon un porte-parole du Home Office qui rappelle que « l’an dernier, le Royaume-Uni a assuré la protection de 6 000 enfants et a également délivré 5 218 visas de regroupement familial, dont plus de la moitié était destiné à des enfants ». Reste que seuls 220 enfants ont été transférés en Angleterre depuis fin 2016, sur les 480 prévus par l’amendement Dubs.


      http://www.infomigrants.net/fr/post/13286/arrives-en-angleterre-illegalement-de-nombreux-mineurs-isoles-sont-vic



  • L’Héroïque Lande
    https://www.nova-cinema.org/prog/2018/168-only-the-sky-is-the-limit/only-the-sky-is-the-limit/article/l-heroique-lande

    Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval, 2017, FR, DCP, VO FR ST FR ANG, 225’

    Nous les avions invités pour fêter les dix ans du Nova, alors qu’ils venaient de terminer « La Blessure ». Nos vingt ans ont passés et les voilà poursuivant toujours leur chemin de cinéastes témoins et résistants, enflammés d’une colère tenace et délicate. Un chemin pavé de rigueur, de moral et d’éthique qui les conduit, presque naturellement, à Calais, pendant l’hiver 2016, avant que l’État français n’organise la déconstruction de la Jungle. Dans le calme de gestes longuement filmés, un thé qu’on prépare, un feu qu’on attise, la caméra immobile partage un peu de chaleur et se mêle silencieusement aux groupes. Les longues séquences se déploient, le temps est celui de la rencontre, avant que ne se (...)


  • Intervention de l’April dans le Master I2L le 12 octobre 2018
    https://www.april.org/intervention-de-l-april-dans-le-master-i2l-le-12-octobre-2018

    Début : 12 Octobre 2018 - 09:00Fin : 12 Octobre 2018 - 16:00

    François Poulain, administrateur de l’April, interviendra le 12 octobre 2018 à l’université de Calais dans le cadre du Master I2L (Ingénierie du Logiciel Libre) sur le thème : « Logiciel libre : droit d’auteur, #Licences, communautés et enjeux de société ». La matinée est consacrée principalement à la présentation des concepts du droit d’auteur, du logiciel libre, et de son histoire au travers du projet GNU. L’après-midi est consacré à des questions autour des communautés du libre, de l’activité de l’April, et plus largement des enjeux du présent et du futur. Pour en savoir plus sur ce master vous pouvez vous rendre sur le site de l’université du Littoral. Voyez également notre page consacrée aux (...)

    #Le_Logiciel_Libre #L'association #Philosophie_GNU


  • L’Héroïque Lande
    http://www.nova-cinema.org/prog/2018/168-only-the-sky-is-the-limit/only-the-sky-is-the-limit/article/l-heroique-lande

    Nicolas Klotz & Elisabeth Perceval, 2017, FR, DCP, VO FR ST FR ANG, 225’

    Nous les avions invités pour fêter les dix ans du Nova, alors qu’ils venaient de terminer « La Blessure ». Nos vingt ans ont passés et les voilà poursuivant toujours leur chemin de cinéastes témoins et résistants, enflammés d’une colère tenace et délicate. Un chemin pavé de rigueur, de moral et d’éthique qui les conduit, presque naturellement, à Calais, pendant l’hiver 2016, avant que l’État français n’organise la déconstruction de la Jungle. Dans le calme de gestes longuement filmés, un thé qu’on prépare, un feu qu’on attise, la caméra immobile partage un peu de chaleur et se mêle silencieusement aux groupes. Les longues séquences se déploient, le temps est celui de la rencontre, avant que ne se (...)


  • France : un défenseur des droits des migrants condamné pour un tweet

    #Loan_Torondel, un militant des droits des réfugiés, vient d’être déclaré coupable de diffamation pour avoir publié un tweet. La #liberté_d'expression et la défense des droits humains est en danger en France.

    Cette affaire met en lumière le #harcèlement dont souffrent les bénévoles venant en aide aux migrants et aux demandeurs d’asile qui se retrouvent sans-abri dans le nord de la France après le démantèlement en 2016 de la "jungle" de Calais.

    Cette condamnation pour #diffamation en raison de la publication de ce tweet établit un précédent dangereux pour quiconque filme ou photographie les méthodes disproportionnées qui sont employées par la police française à Calais et dans le reste du pays. Alors même qu’il est légal de photographier les interventions de police.


    Le tweet a été publié en janvier 2018 par Loan Torondel, un défenseur des droits humains qui suivait alors la situation humanitaire des migrants à Calais dans le cadre de son travail pour l’association L’Auberge des Migrants.

    Il faisait de manière ironique référence aux propos président de la République qui avait déclaré la veille : « Nous sommes la nation française », en faisant le parallèle entre la solidarité invoquée par celui-ci et les conditions inhumaines vécues par les migrants.

    La photographie jointe au tweet montre des agents de police français se tenant au-dessus d’un homme qui semble être un migrant assis sur un sac de couchage. La légende suggère que les agents de police sont sur le point de prendre la couverture de cet homme, et ce, en plein hiver.

    La condamnation en diffamation pour la simple publication d’un tweet peut avoir un effet paralysant et dissuader les bénévoles de faire état sur le terrain de potentiels comportements abusifs. De plus, cette décision laissera les migrants et les réfugiés dans une situation encore plus précaire.

    Nous suivons de près et sommes au fait du harcèlement, par le biais du système judiciaire, à l’encontre des défenseurs des droits des migrants dans la région de Calais, et nous mobiliserons pour les dénoncer.

    Nous continuerons de soutenir Loan Torondel qui a fait appel de la décision.

    https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/un-militant-condamne-pour-un-tweet
    #condamnation #délit_de_solidarité #réseaux_sociaux #migrations #réfugiés #tweet #twitter #asile #Calais #forces_de_l'ordre #police #violences_policières #it_has_begun



  • Map-archive of Europe’s migrant spaces

    The project of an interactive map-archive of ‘migrant spaces’ of transit, border enforcement and refuge across Europe stems from a workshop organised in London in November 2016 by researchers working on migration and based in different European countries.

    The goal of this collective project, is to bring to the fore the existence and the stories of ephemeral spaces of containment, transit, and struggle, that are the outcome of border enforcement politics and of their spatial effects, as well as of their impact on migrant lives.
    What we want to represent

    We do not represent on the map official detention centres or reception camps, but rather unofficial (but visible) spaces that have been produced as an effect of migration and border policies as well as of migrants’ practices of movement. Some well-known examples are the Jungle of Calais, or the Hellenic’s airport in Athens, which represent the output of the relation between the border enforcement policies with the autonomous movements of migrant subjects across Europe. Moreover, spaces of transit like the rail station of Milan will be represented, which have then become places of containment – such as Ventimiglia, Como, and the Brenner after the suspension of Schengen in such border areas. Several structures have been build in such transit knots, being characterized by their humanitarian element that intertwine the dimension of control with that of help and care. Finally, some of these places are zones inside European cities that have played the twofold role of spaces-refuge and area

    controlled by the police, and then have been evicted as dwelling places where migrants found a temporary place to stay – like Lycée Jean-Quarré in Paris, La Chapelle. Others are self-managed places, like Refugee City Plaza Hotel, or square and public spaces that had been sites of migrant struggles for some time – as Orianenplatz in Berlin.
    The three dimensions

    The complexity of the processes that get intertwined in these places can be represented through three dimensions that we aimed to represent, although they cannot be exhaustively of the complexity of this phenomenon.

    Border enforcement/ border control: by border control we understand all the operations, measures and actions put into place by the police for enhancing national borders and obstructing migrants’ movements and presence.

    Humanitarian enforcement: by humanitarian enforcement we understand all the operation/action and structures deployed by those humanitarian actors involved in managing migrants. Being ‘humanitarianism’ a blurry and contested category, we understand it as a continuum with the two endpoints of humanitarian control and humanitarian support. The first endpoint refers to all these actions, operations and structures that aim to control migrants and contain their mobilities. The second endpoint refers to all these actions, operation and structures that aim to support migrants and their movements avoiding deploying control measures.

    Migrant struggles: by ‘struggles’ we understand both self-organized struggles with a declared political claim, and everyday struggles such as the transits mobilities and the ‘everyday resistance’ (Scott, 1985) practices collectively enacted by migrants, that can be visible or remaining under the threshold of visibility.
    Temporality and spatiality

    A crucial feature of this map is the focus on temporality rather than spatiality. Indeed, this map cis an archive of those fleeting and ephemeral spaces that do no longer exist and that have changed their function over time, as frontiers or as spaces of refuge and struggle. The focus on temporality allows us to go beyond the mainstream representations of migrants routes offered by those official actors managing migration such as Fontex, European Union, IOM and the UNHCR.

    We do not want to represent those informal places that are still existing in order to avoid shedding more light on them that could bring some problem to the people dwelling and transiting through those places. The idea of archive is related to that ethical/political topic: we do not want to trace the still existing place where people are struggling, but rather we aim to keep a record and a memory of such ephemeral spaces that do not exist any-more but nevertheless have contributed to the production of a Europe not represented in the mainstream debate. Therefore, we represent only those places still existing where the border and humanitarian enforcement come to the fore, in order to keep an ongoing monitoring gaze.
    The aim

    The aims of this map-archive are: a) to keep memory of these spaces that have been visible and have been the effect of border enforcement policies but that then had been evicted, or ‘disappeared’ ; b) to produce a new map of Europe, that is a map formed by these spaces of transit, containment, and refuge, as result of politics of border enforcement and of migration movements; c) to shed light on the temporality of migration as a crucial dimension through which understand and interpret the complexity of social processes related to migration towards and within Europe and the consequent border enforcement.

    To be continued

    Since Europe externalizes its borders beyond its geopolitical frontiers, we would like to add also spaces of transit and containment that are located in the so called ‘third countries’ – for instance, in Tunisia, Turkey and Morocco – as the map wants also to represent a different image of the borders of Europe, looking also at sites that are the effects of EU borders externalisation politics.


    http://cherish-de.uk/migrant-digitalities/#/2011/intro
    #cartographie #cartographie_radicale #cartographie_critique #frontières #frontière_sud-alpine #visualisation #migrations #asile #réfugiés #conflits #contrôle_humanitaire #militarisation_des_frontières #Europe

    On peut faire un zoom sur la #frontière_sud-alpine :


    #Vintimille #Côme #Brenner #Briançon #Menton

    cc @reka

    • Migration: new map of Europe reveals real frontiers for refugees

      Since the EU declared a “refugee crisis” in 2015 that was followed by an unprecedented number of deaths in the Mediterranean, maps explaining the routes of migrants to and within Europe have been used widely in newspapers and social media.

      Some of these maps came out of refugee projects, while others are produced by global organisations, NGOs and agencies such as Frontex, the European Border and Coastguard Agency, and the International Organisation for Migration’s project, Missing Migrants. The Balkan route, for example, shows the trail along which hundred of thousands of Syrian refugees trekked after their towns and cities were reduced to rubble in the civil war.

      However, migration maps tend to produce an image of Europe being “invaded” and overwhelmed by desperate women, men and children in search of asylum. At the same time, migrants’ journeys are represented as fundamentally linear, going from a point A to a point B. But what about the places where migrants have remained stranded for a long time, due to the closure of national borders and the suspension of the Schengen Agreement, which establishes people’s free internal movement in Europe? What memories and impressions remain in the memory of the European citizens of migrants’ passage and presence in their cities? And how is this most recent history of migration in Europe being recorded?

      Time and memory

      Our collective project, a map archive of Europe’s migrant spaces, engages with with these questions by representing border zones in Europe – places that have functioned as frontiers for fleeing migrants. Some of these border zones, such as Calais, have a long history, while other places have become effective borders for migrants in transit more recently, such as Como in Italy and Menton in France. The result of a collaborative work by researchers in the UK, Greece, Germany, Italy and the US, the project records memories of places in Europe where migrants remained in limbo for a long time, were confronted with violence, or found humanitarian aid, as well as marking sites of organised migrant protest.

      All the cities and places represented in this map archive have over time become frontiers and hostile environments for migrants in transit. Take for instance the Italian city of Ventimiglia on the French-Italian border. This became a frontier for migrants heading to France in 2011, when the French government suspended Schengen to deter the passage of migrants who had landed in Lampedusa in Italy in the aftermath of the Tunisian revolution in 2011.

      Four years later in 2015, after border controls were loosened, Ventimiglia again became a difficult border to cross, when France suspended Schengen for the second time. But far from being just a place where migrants were stranded and forced to go back, our map archive shows that Ventimiglia also became an important place of collective migrant protest.

      Images of migrants on the cliffs holding banners saying “We are not going back” circulated widely in 2015 and became a powerful slogan for other migrant groups across Europe. The most innovative aspect of our map-archive consists in bringing the context of time, showing the transformations of spaces over time into a map about migration that explains the history of border zones over the last decade and how they proliferated across Europe. Every place represented – Paris, Calais, Rome, Lesbos, Kos, and Athens, for example – has been transformed over the years by migrants’ presence.
      Which Europe?

      This archive project visualises these European sites in a way that differs from the conventional geopolitical map: instead of highlighting national frontiers and cities, it foregrounds places that have been actual borders for migrants in transit and which became sites of protest and struggle. In this way the map archive produces another image of Europe, as a space that has been shaped by the presence migrants – the border violence, confinement and their struggle to advance.

      The geopolitical map of Europe is transformed into Europe’s migrant spaces – that is, Europe as it is experienced by migrants and shaped by their presence. So another picture of Europe emerges: a space where migrants’ struggle to stay has contributed to the political history of the continent. In this Europe migrants are subjected to legal restrictions and human rights violations, but at the same time they open up spaces for living, creating community and as a backdrop for their collective struggles.

      It is also where they find solidarity with European citizens who have sympathy with their plight. These border zones highlighted by our map have been characterised by alliances between citizens and migrants in transit, where voluntary groups have set up to provide food, shelter and services such as medical and legal support.

      So how does this map engage with debate on the “migrant crisis” and the “refugee crisis” in Europe? By imposing a time structure and retracing the history of these ephemeral border zone spaces of struggle, it upends the image of migrants’ presence as something exceptional, as a crisis. The map gives an account of how European cities and border zones have been transformed over time by migrants’ presence.

      By providing the history of border zones and recording memories of citizens’ solidarity with migrants in these places, this map dissipates the hardline view of migrants as invaders, intruders and parasites – in other words, as a threat. This way, migrants appear as part of Europe’s unfolding history. Their struggle to stay is now becoming part of Europe’s history.

      But the increasing criminalisation of migrant solidarity in Europe is telling of how such collaboration disturbs state policies on containing migrants. This map-archive helps to erode the image of migrants as faceless masses and unruly mobs, bringing to the fore the spaces they create to live and commune in, embraced by ordinary European citizens who defy the politics of control and the violent borders enacted by their states.


      https://theconversation.com/migration-new-map-of-europe-reveals-real-frontiers-for-refugees-103
      via @isskein


  • « C’est le moment de l’écriture qui révèle des choses » : #Nathalie_Quintane, Un œil en moins (Entretien)

    https://diacritik.com/2018/04/25/cest-le-moment-de-lecriture-qui-revele-des-choses-nathalie-quintane-un-oe

    Dans ce livre, les conditions d’accueil et de vie des migrants, les violences policières, la torture, le racisme, la « complexité administrative », mais également les CAO, le rôle de l’État français dans la répression, le bénévolat sous certains aspects sont dénoncés. Des notes très précises concernent aussi bien les dossiers à remplir pour les demandes d’asile que le fonctionnement interne des CAO. Quels matériaux ont été utilisés dans l’élaboration de ces chroniques ?

    Comme pour « le mouvement », personne n’est nommé ni désigné, donc tout le monde pourra s’y reconnaître, et si tout le monde peut s’y reconnaître, c’est parce que le piège est le même partout, de Calais à Vintimille en passant par Limoges ou Digne-les-Bains. J’ai d’abord vu et vécu sans réserve et sans distance ce que je raconte, en effet : l’enthousiasme des bénévoles à l’arrivée des premiers « migrants » de Calais, leur installation dans un C.A.O., une équipe pléthorique apportant des gâteaux, des vêtements en pagaïe et de la bonne volonté. Et puis l’association qui a délégation de l’Etat pour gérer le Centre et qui commence à mettre des tours de vis, qui entend avoir la main sur tout – on est des professionnels –, ne laisser aucune place à d’autres associations comme la Ligue des Droits de l’Homme, qui ne laisse filtrer aucune information concernant l’avancée des dossiers, le nombre des réfugiés, le nombre des mineurs qui ont fugué, le nombre des tentatives de suicide, etc.

    #littérature


  • Copyright numérique : stériliser pour mieux tuer - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/09/09/copyright-numerique-steriliser-pour-mieux-tuer_1677568

    Le 12 septembre, nos députés européens auront à se prononcer sur la directive relative au « droit d’auteur dans le marché unique numérique », que les Etats membres ont déjà validé. Dès le préambule du texte, le cadre est fixé : il est question d’œuvres, d’auteurs, de patrimoine. Le texte veut clarifier le « modèle économique » qui définira dans quelles conditions les « consommateurs » (le mot apparaît quatre fois dans l’introduction) pourront faire usage de ces œuvres.

    Le monde est ainsi découpé simplement : d’un côté, les artistes et les titulaires de droits d’auteurs, et parfois les structures et les institutions connexes (musées, universités, éditeurs) ; de l’autre, la grande masse des anonymes. La porosité entre les uns et les autres n’est pas de mise : le cas d’une personne écoutant des concerts sur Internet et publiant ses interprétations d’un prélude de Chopin n’est pas évoqué. Les médiateurs entre propriétaires (de droits, de licences) et locataires-utilisateurs sont les Etats, chargés de faire respecter la future loi, et les « prestataires de services en ligne » (les hébergeurs). Là encore, nulle place pour les auteurs-éditeurs de sites web altruistes, qui publient leurs analyses, leurs découvertes, leurs concerts de rock entre amis. On reste dans une logique traditionnelle où l’Etat et l’Union européenne régulent le fonctionnement d’industriels qui seraient laxistes en matière de propriété artistique ou intellectuelle.
    Une volée de récriminations

    Mais comment appliquer une telle loi ? Grâce à de gigantesques algorithmes. L’article 13 précise que les prestataires de services, en étroite coopération avec les titulaires de droits, développeront des techniques de reconnaissance des contenus. Les acteurs hors Facebook, Sacem ou équivalents seront censurés, donc éliminés du Web. Ulrich Kaiser, professeur de musique allemand, l’a vérifié. Il a mis en ligne quelques interprétations de son fait de morceaux de Schubert, tombé depuis longtemps dans le domaine public, et a vérifié comment le logiciel de vérification de droits d’auteur de YouTube (Content ID) réagissait. Il a vite reçu une volée de récriminations prétendant qu’il violait des droits d’auteur. Et ses arguments étaient systématiquement rejetés. En bref, pour qui n’est pas adossé à une agence de droits d’auteur, il y aura toujours un robot ou un digital worker payé au clic qui lui interdira toute publication, au motif qu’il copie une œuvre, même s’il a le droit pour lui. Belle inversion juridique où nous devons faire la preuve de notre innocence, quand sa présomption figure dans notre Constitution.

    Le second souci est que ces algorithmes coûtent très cher (de l’ordre de 50 millions d’euros), et sont évidemment très protégés par… le copyright. Nous sommes ici bien loin des logiciels libres façonnés par des poignées de bénévoles, et qui font vivre Internet. Et notre Union européenne, qui veut protéger les big industries du numérique et de la culture, ne réalise pas qu’elle se transforme en bourgeois de Calais, au seul bénéfice des Etats-Unis, puisqu’elle ne sait produire ces logiciels et bases de données associées.
    La peur du don

    Ainsi, du haut de Bruxelles, on ne fait pas que penser le contemporain avec des catégories obsolètes, aux dépens des citoyens et de leur créativité. On se trompe.

    Apparaît d’abord une étrange peur du don. Le don, ce phénomène social total, qui structure nos sociétés via l’échange, qui nourrit nos idées : celles-ci se confortent et s’affinent au contact d’autrui. Tenter de les censurer, d’en vérifier systématiquement l’authenticité, c’est aller contre l’éducation, contre le développement personnel : la science et la création se nourrissent d’emprunts, d’appropriations, de détournements.

    Ensuite, supposer que la technique va sauver ou protéger la culture relève de l’erreur. De tout temps technique et culture forment une tresse inséparable. Nos films sont faits avec des caméras, qui fonctionnent à l’électricité, désormais montés sur ordinateur. Nous appelons nos ponts (du Gard ou de Tancarville) des « ouvrages d’art ». Et avec l’informatique, nous prenons conscience de la dimension technique de l’écriture, qui nous sert autant à développer un raisonnement, à jeter les bases d’une nouvelle loi qu’à déguster un Rimbaud qui a peu profité de ses droits d’auteur. La grande majorité des productions informatiques relèvent de ces jeux d’écriture où copier, coller, emprunter, détourner, articulent recettes, banales applications et imagination.
    Façonner le monde

    Et enfin, l’idée qu’un algorithme puisse se substituer au jugement humain est erronée. Un algorithme est écrit par des humains, qui y injectent leur subjectivité, leurs représentations du monde, leurs valeurs morales, comme le montre le philosophe Andrew Feenberg. Il n’est pas neutre. Un algorithme l’est d’autant moins s’il appartient à une firme, qui va évidemment l’adapter à ses intérêts économiques. La chose est manifeste quand il s’appuie sur des bases de données massives pour produire du deep learning. C’est le principe même de l’apprentissage : si nous apprenons à des ordinateurs à modéliser le climat, nous ne pouvons leur confier des opérations chirurgicales sur des humains. Et l’idée que les machines puissent résoudre des problèmes moraux (liés au vol, à l’invention) signale avant tout une démission politique. La volonté de déléguer à ces machines des questions qui méritent d’être débattues par tous : démocratiquement.

    C’est toute la question du « numérique » : cette technique a plus que jamais le pouvoir de façonner le monde. Y compris politiquement. Avec les réseaux sociaux, nous ressentons, non pas son pouvoir, mais ses effets sur nos sociétés. L’histoire de l’écriture nous rappelle que ces effets sont lents, variés, particulièrement dépendants de ce que nous voulons qu’ils soient. Moins que jamais, la technique est éloignée de nous. Sauf si nous déléguons à quelques managers le formatage de nos sociétés par le biais de leurs chimères. Souvent, celles-ci se réduisent à quelques croyances, qui confinent à la numérologie. Il s’agit de projeter toute la complexité humaine, ses variations multidimensionnelles, sur une droite, où chacun.e d’entre nous serait évaluable. Avec une seule note entre 0 et 20.

    Le numérique, c’est politique. Ça se pratique aussi, ça s’apprend. Comme l’écriture. Ça se débat. Il est urgent de l’enseigner à toutes les générations, à tous les corps de métier ; d’en expérimenter les facettes actuelles, d’en inventer les futures. Les artistes, les historiens, les physiciennes usent tous de l’écriture. Il en est de même pour le « numérique ». Jeunes et vieux, Chinois, Français et Californiens prenons le temps de penser le numérique, au-delà de nos moules et frontières disciplinaires. La technique nous appartient. A nous tous d’en convaincre nos députés.

    Eric Guichard philosophe, responsable de l’Equipe réseaux, savoirs et territoires de l’ENS-Ulm, maître de conférences HDR à l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) , Nicolas Schabanel informaticien, directeur de recherches au CNRS, Laboratoire de l’informatique du parallélisme (LIP), ENS-Lyon, membre de l’Institut rhônalpin des systèmes complexes (IXXI)

    #copyright #partage


  • Copyright numérique : stériliser pour mieux tuer
    http://www.liberation.fr/debats/2018/09/09/copyright-numerique-steriliser-pour-mieux-tuer_1677568

    Par Eric Guichard

    Le 12 septembre, nos députés européens auront à se prononcer sur la directive relative au « droit d’auteur dans le marché unique numérique », que les Etats membres ont déjà validé. Dès le préambule du texte, le cadre est fixé : il est question d’œuvres, d’auteurs, de patrimoine. Le texte veut clarifier le « modèle économique » qui définira dans quelles conditions les « consommateurs » (le mot apparaît quatre fois dans l’introduction) pourront faire usage de ces œuvres.

    Le monde est ainsi découpé simplement : d’un côté, les artistes et les titulaires de droits d’auteurs, et parfois les structures et les institutions connexes (musées, universités, éditeurs) ; de l’autre, la grande masse des anonymes. La porosité entre les uns et les autres n’est pas de mise : le cas d’une personne écoutant des concerts sur Internet et publiant ses interprétations d’un prélude de Chopin n’est pas évoqué. Les médiateurs entre propriétaires (de droits, de licences) et locataires-utilisateurs sont les Etats, chargés de faire respecter la future loi, et les « prestataires de services en ligne » (les hébergeurs). Là encore, nulle place pour les auteurs-éditeurs de sites web altruistes, qui publient leurs analyses, leurs découvertes, leurs concerts de rock entre amis. On reste dans une logique traditionnelle où l’Etat et l’Union européenne régulent le fonctionnement d’industriels qui seraient laxistes en matière de propriété artistique ou intellectuelle.

    Une volée de récriminations
    Mais comment appliquer une telle loi ? Grâce à de gigantesques algorithmes. L’article 13 précise que les prestataires de services, en étroite coopération avec les titulaires de droits, développeront des techniques de reconnaissance des contenus. Les acteurs hors Facebook, Sacem ou équivalents seront censurés, donc éliminés du Web. Ulrich Kaiser, professeur de musique allemand, l’a vérifié. Il a mis en ligne quelques interprétations de son fait de morceaux de Schubert, tombé depuis longtemps dans le domaine public, et a vérifié comment le logiciel de vérification de droits d’auteur de YouTube (Content ID) réagissait. Il a vite reçu une volée de récriminations prétendant qu’il violait des droits d’auteur. Et ses arguments étaient systématiquement rejetés. En bref, pour qui n’est pas adossé à une agence de droits d’auteur, il y aura toujours un robot ou un digital worker payé au clic qui lui interdira toute publication, au motif qu’il copie une œuvre, même s’il a le droit pour lui. Belle inversion juridique où nous devons faire la preuve de notre innocence, quand sa présomption figure dans notre Constitution.

    Le second souci est que ces algorithmes coûtent très cher (de l’ordre de 50 millions d’euros), et sont évidemment très protégés par… le copyright. Nous sommes ici bien loin des logiciels libres façonnés par des poignées de bénévoles, et qui font vivre Internet. Et notre Union européenne, qui veut protéger les big industries du numérique et de la culture, ne réalise pas qu’elle se transforme en bourgeois de Calais, au seul bénéfice des Etats-Unis, puisqu’elle ne sait produire ces logiciels et bases de données associées.

    La peur du don
    Ainsi, du haut de Bruxelles, on ne fait pas que penser le contemporain avec des catégories obsolètes, aux dépens des citoyens et de leur créativité. On se trompe.

    Apparaît d’abord une étrange peur du don. Le don, ce phénomène social total, qui structure nos sociétés via l’échange, qui nourrit nos idées : celles-ci se confortent et s’affinent au contact d’autrui. Tenter de les censurer, d’en vérifier systématiquement l’authenticité, c’est aller contre l’éducation, contre le développement personnel : la science et la création se nourrissent d’emprunts, d’appropriations, de détournements.

    Ensuite, supposer que la technique va sauver ou protéger la culture relève de l’erreur. De tout temps technique et culture forment une tresse inséparable. Nos films sont faits avec des caméras, qui fonctionnent à l’électricité, désormais montés sur ordinateur. Nous appelons nos ponts (du Gard ou de Tancarville) des « ouvrages d’art ». Et avec l’informatique, nous prenons conscience de la dimension technique de l’écriture, qui nous sert autant à développer un raisonnement, à jeter les bases d’une nouvelle loi qu’à déguster un Rimbaud qui a peu profité de ses droits d’auteur. La grande majorité des productions informatiques relèvent de ces jeux d’écriture où copier, coller, emprunter, détourner, articulent recettes, banales applications et imagination.

    Façonner le monde
    Et enfin, l’idée qu’un algorithme puisse se substituer au jugement humain est erronée. Un algorithme est écrit par des humains, qui y injectent leur subjectivité, leurs représentations du monde, leurs valeurs morales, comme le montre le philosophe Andrew Feenberg. Il n’est pas neutre. Un algorithme l’est d’autant moins s’il appartient à une firme, qui va évidemment l’adapter à ses intérêts économiques. La chose est manifeste quand il s’appuie sur des bases de données massives pour produire du deep learning. C’est le principe même de l’apprentissage : si nous apprenons à des ordinateurs à modéliser le climat, nous ne pouvons leur confier des opérations chirurgicales sur des humains. Et l’idée que les machines puissent résoudre des problèmes moraux (liés au vol, à l’invention) signale avant tout une démission politique. La volonté de déléguer à ces machines des questions qui méritent d’être débattues par tous : démocratiquement.

    C’est toute la question du « numérique » : cette technique a plus que jamais le pouvoir de façonner le monde. Y compris politiquement. Avec les réseaux sociaux, nous ressentons, non pas son pouvoir, mais ses effets sur nos sociétés. L’histoire de l’écriture nous rappelle que ces effets sont lents, variés, particulièrement dépendants de ce que nous voulons qu’ils soient. Moins que jamais, la technique est éloignée de nous. Sauf si nous déléguons à quelques managers le formatage de nos sociétés par le biais de leurs chimères. Souvent, celles-ci se réduisent à quelques croyances, qui confinent à la numérologie. Il s’agit de projeter toute la complexité humaine, ses variations multidimensionnelles, sur une droite, où chacun.e d’entre nous serait évaluable. Avec une seule note entre 0 et 20.

    Le numérique, c’est politique. Ça se pratique aussi, ça s’apprend. Comme l’écriture. Ça se débat. Il est urgent de l’enseigner à toutes les générations, à tous les corps de métier ; d’en expérimenter les facettes actuelles, d’en inventer les futures. Les artistes, les historiens, les physiciennes usent tous de l’écriture. Il en est de même pour le « numérique ». Jeunes et vieux, Chinois, Français et Californiens prenons le temps de penser le numérique, au-delà de nos moules et frontières disciplinaires. La technique nous appartient. A nous tous d’en convaincre nos députés.

    Eric Guichard philosophe, responsable de l’Equipe réseaux, savoirs et territoires de l’ENS-Ulm, maître de conférences HDR à l’Ecole nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques (Enssib) , Nicolas Schabanel informaticien, directeur de recherches au CNRS, Laboratoire de l’informatique du parallélisme (LIP), ENS-Lyon, membre de l’Institut rhônalpin des systèmes complexes (IXXI)

    #droit_d’auteur #copyright #enclosures_numériques #privatisation


  • JUNGLE teaser on Vimeo

    https://vimeo.com/286599608

    https://lc.cx/performancejungle

    Performance audiovisuelle de Loup Blaster et NUMéROBé ( durée : 20 minutes )

    « Les 2 artistes Calaisiens, Loup Blaster et NUMéROBé, livrent un regard personnel sur la Jungle de Calais à travers leur performance JUNGLE.
    Basé sur les souvenirs et les rencontres, JUNGLE est une performance où le son et l’image dialoguent en temps réel, emmenant le spectateur dans un univers profond et onirique : un voyage personnel au travers de la Jungle de Calais. »

    #migrations #asile #jungle #calais



  • Calais : des associations dénoncent « une volonté d’intimidation des bénévoles » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/08/08/calais-des-associations-denoncent-une-volonte-d-intimidation-des-benevole

    Dans un rapport publié mercredi matin, quatre associations d’aide aux migrants présentes sur le terrain font état d’une surveillance constante de leurs membres par la police.

    Surveillance constante, violences physiques et verbales, tracas administratifs et contraventions multiples : ce matin, quatre associations d’aide aux migrants viennent de rendre public un rapport qui détaille le harcèlement policier dont elles se disent victimes à #Calais. L’Auberge des migrants, Utopia 56, Help Refugees et Refugee Infobus, présentes sur le terrain tous les jours, ont décidé de documenter cette pression, qui, si elle ne date pas d’aujourd’hui, s’est visiblement accentuée. « Ces mesures reflètent une volonté d’intimidation des bénévoles agissant dans le nord de la France », affirment-elles. Les éléments rapportés s’échelonnent entre le 1er novembre 2017 et le 1er juillet 2018.

    Contraventions et palpations

    On connaissait la pratique des contraventions, fréquentes quand on se gare près d’un campement de migrants à Calais. Motif le plus courant : « Stationnement très gênant. » Les camionnettes ou les voitures personnelles peuvent avoir deux roues à cheval sur un trottoir, reconnaissent les associations, mais ce sont des coins plutôt isolées, terrains vagues ou zone industrielle. « Il est également arrivé que le même véhicule reçoive deux amendes pour stationnement très gênant à quatre minutes d’intervalle », pointe le rapport, en reproduisant les contraventions. En tout, l’Auberge des migrants a payé à l’Etat 2 719 euros pour 22 amendes, en huit mois. S’y ajoutent une surveillance constante lors des distributions de nourriture et les contrôles policiers, en augmentation : 205 depuis le 1er novembre, mais 66 rien qu’au mois de mai. Les associations ont sorti une statistique, marque pour elles d’une pratique discriminatoire : les palpations de sécurité ont concerné quatorze femmes et deux hommes. Pourtant, les femmes ne sont pas beaucoup plus contrôlées que les bénévoles masculins.

    La pression sur les bénévoles peut aussi passer par des convocations au poste de police : c’est ce qu’ont vécu deux membres de l’Auberge des Migrants. Ils distribuaient des tentes et des sacs de couchage après une expulsion d’un campement, et ont dû comparaître pour une audition libre, pour « avoir été les instigateurs d’une installation sur une propriété privée », explique le rapport. Rien n’a été finalement retenu contre eux.

    Aucune condamnation

    Plus grave, les militants associatifs sont régulièrement molestés, affirment-ils, lorsqu’ils sont témoins d’une expulsion d’un campement de migrants. Le rapport recense 37 cas. Les CRS prennent souvent mal toute tentative de les filmer. Charlotte Head, bénévole anglaise à Help Refugees en témoigne : son téléphone lui a été arraché et jeté à terre. Elle va le récupérer, le #CRS lui dit de « se casser ». Elle poursuit : « Un autre policier, placé dans mon dos, m’a attrapée au niveau de la gorge avec son bras et m’a violemment jetée à terre. »

    La préfecture du Pas-de-Calais parle d’« accusations qui ne sont pas nouvelles », et rappelle : « Force est de constater que les rares plaintes déposées ou les signalements auprès de l’IGPN n’ont conduit jusqu’à présent à aucune condamnation. »
    Stéphanie Maurice correspondante à Lille

    #migrants #police #harcèlement_policier #IGPN #bénévoles


    • Au cours des huit derniers mois, les volontaires associatifs ont ainsi été victimes de 666 incidents de surveillance policière, contrôles d’identité répétés, arrestations et fouilles, ainsi que de violences physiques et verbales. Ils ont aussi été empêchés par la force de fournir une aide humanitaire aux exilés vivant dans le dénuement à la frontière franco-britannique.

      Du 1er novembre 2017 au 1er juillet 2018, l’Auberge des Migrants et ses associations partenaires ont collecté des données dans le cadre du projet Human Rights Observers, leur permettant d’établir que :

      il y a eu 37 incidents de violence physique où des policiers ont poussé des volontaires au sol, arraché des téléphones portables et les ont écartés par la force des lieux de distribution en brandissant des cartouches de gaz et des armes à feu ;
      les bénévoles ont été victimes de 104 incidents de violences verbales, dont des menaces de détention, de poursuites et de contraventions (plusieurs ayant été concrétisées) ;
      à certaines occasions, les autorités ont construit des barrières physiques pour empêcher que l’aide humanitaire ne parvienne aux réfugiés ;
      enfin, la police mène une opération de surveillance constante, suivant les véhicules associatifs, filmant les volontaires et effectuant des contrôles d’identité répétés ainsi que des palpations de sécurité et fouilles – pratique parfois discriminante car ciblant spécifiquement les femmes.

      La plupart des incidents rapportés impliquent les Compagnies Républicaines de Sécurité (CRS), déployées à Calais pour le maintien de l’ordre.

      La systématicité et la persistance du harcèlement des volontaires ainsi révélé interrogent fortement sur le dévoiement de l’utilisation par forces de l’ordre des moyens de coercition mis à leur disposition dans le cadre de leurs missions et sur un possible laisser-aller quant à ces débordements. De tels manquements sont particulièrement choquants des institutions qui devraient maintenir la loi et l’ordre public.

      Les pratiques illégales récurrentes des forces de l’ordre envers les volontaires associatifs engagés à Calais ne peuvent qu’inquiéter quant à ce qu’elles laissent imaginer dans le comportement des policiers vis-à-vis des exilés, lesquels vivent dans une clandestinité et donc une exclusion qui les écartent largement de l’accès aux voies légales permettant de dénoncer de tels abus.

      C’est conscients de leur chance de pouvoir s’exprimer publiquement et de témoigner des dérives qu’ils constatent et dont ils sont victimes dans leur travail quotidien de soutien aux exilés que les volontaires des associations ont souhaité faire connaître ces problématiques.

    • http://www.balibari.com/films/la-ville-monde-the-world-city

      Depuis plusieurs mois, l’afflux de migrants s’est considérablement accru dans le nord de la France. Effarés par les conditions d’insalubrité du camp sauvage du Basroch qui s’était développé au coeur de sa commune, le maire de #Grande-Synthe, soutenu par Médecins Sans Frontières et contre l’avis de l’État, a ouvert au lieu-dit La Linière, un camp « humanitaire et provisoire » pour 2 500 réfugiés.

    • @vanderling j’ai vu ce film l’autre nuit sur france2 (Mais non FR3 !), je le conseille vivement. On voit se débattre ceux qui tentent d’aider, les campeurs, leurs conditions de vie, de jeunes architectes, une géniale prof, le maire de La Linière, et en face l’Etat qui se fout d’eux. Ça se termine sur l’incendie du campement et l’espoir de reconstruire mieux, autrement, ensemble.

    • oui @touti j’ai regardé ce documentaire sur FR3 après celui-ci
      https://seenthis.net/messages/713693
      au début je regardais « The World City » d’un oeil distrait, déjà il était tard et il est assez long. Mais pas trop long, les témoignages, le travail des associations, la commune de Grande-Synthe, le reportage dans un camp en Grèce mon redonné de l’optimisme.
      Dommage, une fois de plus, qu’un tel documentaire soit diffusé dans la nuit. Il se termine sur la prof qui ramasse les affaires laissé par les enfants après l’incendie.
      Je me demande si je vais pas partir en « vacances » dans le Nord-Pas-de-Calais.


    • Alors... D’un côté la mesure a plein d’avantages parce que les calculs individuels à court terme sous-estiment le coût de la bagnole, que cette merde doit disparaître autant que possible des villes et des agglos, parce que les transports urbains sont un sérieux poste de dépense des ménages pauvres et que de toute manière il faut financer un système de transports en commun avec du fric public pour qu’il soit opérationnel. Donc le 100 % de financement n’est pas une idée aberrante économiquement, socialement, etc.

      Mais écologiquement, c’est assez emmerdant parce que ça encourage l’habitat en périphérie, un genre de mitage de la région par les travailleurs et travailleuses de la métropole. En général le fric plus que le temps passé limite la distance entre résidence et lieu de travail et là, l’obstacle pognon disparaît. Pour l’argument social, mouais, c’est pour acheter, et acheter plus grand, une stratégie de toute petite bourgeoisie, que les gens se déportent vers des périphéries toujours plus éloignées, pas pour simplement se loger. Réglons plutôt le problème du logement plus près du centre plutôt que de nous étaler... D’autant que les parkings relais aident à s’étaler encore plus loin après la dernière gare. La mesure risque de faire grimper le prix de l’immobilier dans des endroits plus éloignés, des campagnes qui se retrouveront péri-urbanisées sans que des opportunités d’emploi soient créées pour des ruraux déjà plus pauvres.

      Côté financement, et là je pense plutôt au contexte français, il faut arriver à récupérer le cadeau aux entreprises qui payaient la moitié de leur carte de transport à leurs employé·es et l’heure n’est pas aux nouvelles contributions de la part des entreprises. C’est donc une perte pour la collectivité.

      Bref, ce n’est pas la mesure idéale... Appliquée dans un grand pays comme la France, c’est la généralisation du phénomène pour l’instant peu massif de je travaille à Paris mais j’habite à Amiens/Lille/Orléans/Tours/Rennes/Bordeaux (où je fais exploser le prix de l’immobilier), une France TGV énergivore et plus concentrée que jamais, où il faut aller se cacher très très loin quand on est pauvre pour pouvoir simplement se loger. Et le télé-travail, mesure prônée par les écolos et valables pour certains jobs (ni ouvrière d’usine, ni vendeur), accroît le phénomène. Chez les écolos, d’ailleurs, c’est la guerre entre solutionnistes et spécialistes des questions de transport sur cette question...

    • l’Estonie rencontre actuellement une urbanisation importante. La gratuité des transport, d’abord pratiqué à Tallinn y a été pour quelque chose ( + 25 000 habitants en trois ans, soit une augmentation de 6% ). La question de l’étalement urbain ne prend pas.

      Pour la France, c’est différent. Le territoire est plus grand. Tu généralises un peu trop vite le phénomène d’étalement urbain (avec tous ce que ça implique à l’échelle d’une métropole : création de quartier pavillonnaires, absence de vie de quartier, TER-boulot dodo ...) à des exemples de migration vers les destinations beaucoup plus lointaines nécessitant le TGV ( t’en connais beaucoup, toi du monde qui peut se taper les 7h aller-retour d’un TGV Paris - Bordeaux, Même gratuit, pour travailler à Paris ? D’autant plus que dans le contexte que tu décrits, il faudrait imaginer un TGV beaucoup moins confortable puisque, si ce phénomène était massif, le TGV serait bombé comme un métro de ligne 13 ).

      La réponse à ta problématique réside non pas dans l’offre de transport, mais dans le développement économique des territoires. Tant que toute l’activité économique sera centralisée à Paris ( et au delà de l’activité économique, les centres de décisions des entreprises), ton problème persistera.

      Moi président ( ;-) ), je vous promet de prendre la mesure symbolique de transférer tous les ministères dans une ville de province dans des zones où des mesures anti-spéculatives au niveau de l’immobilier pourrait être pratiquées. Dans un tel contexte, les transports gratuits inter-urbain ne poseraient aucun problème. [applaudissements / merci monsieur madame ...]

      #étalement_urbain

    • L’aller-retour Bordeaux-Paris est passé à quatre heures (sept heures, c’était pendant les travaux) et comme Marseille, cette baisse de temps de transport a un peu changé les mouvements de Parisien·nes, assez pour que ça se voie sur les loyers. Pas besoin de wagons à bestiaux pour ça. Avec des emplois peu classiques, qui permettent notamment une bonne dose de « télé-travail » (universitaire avec tous ses cours regroupés sur un ou deux jours, intello-créatif qui a besoin de max deux jours de présence sur site, etc.), tout est possible quand les frais de transports baissent ou sont pris en charge par d’autres.

      Je ne connais de l’Estonie que cette particularité d’être plutôt à l’échelle régionale française, donc je ne vais pas batailler sur cet exemple que tu connais peut-être mieux que moi mais même à cette échelle-là, en Nord-Pas de Calais par exemple, la question se pose de ne pas encourager l’étalement urbain. Cette région que je connais un peu mieux est super dense, les gens y cherchent un pavillon de plus en plus loin et les transports, même en commun, ne sont pas écolos et sont souvent complémentaires de la bagnole.

      Il y a quinze ans, j’étais à fond pour les transports gratuits urbains et régionaux, ces transports qui sont contraints par la vie quotidienne, et open sur les transports nationaux. En règle générale, beaucoup des solutions simples, universelles et tous terrains de quand j’étais dans ces trips-là (revenu garanti ! transports gratuits partout !) m’apparaissent désormais comme des slogans. Si je me pose plus de questions, c’est pas parce que je suis devenue collab d’élu·es ou technocrate... « Moi président, en deux mesures simplissimes », bof.

      Sinon, je suis pour le tutoiement sur Seenthis, même entre inconnu·es, mais point trop n’en faut. Notre discussions n’est pas très bien partie et je trouve tes arguments à côté de la plaque (+ 6 % d’habitant·es à Tallin, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’étalement urbain, ça peut être des migrations internationales ou un changement de la structure de la ville, comme Lyon récemment, ça correspond peut-être à une histoire de ville délaissée qui connaît un regain d’attractivité et « rattrape »), donc n’en fais pas trop dans la tape dans le dos, stp :

      ton problème persistera

      C’est pas mon problème, on est en train de causer dans un endroit fréquenté par plein de gens qui aiment la bonne foi et les arguments de qualité, invitons-les à débattre plutôt que de trop personnaliser la discussion et d’y mettre trop d’ego. Là, je me sens comme la meuf qui est tombée sur le relou de la soirée et qui regarde dans toutes les directions pendant que le gars lui fait un super topo sur Tallin.

      Revenons au sujet. Un copain aménageur avait écrit sur le Grand Paris un texte qui n’est plus en ligne et dans lequel il critiquait sérieusement les transports en commun, présentés comme a priori écologiques même quand ils rallongeaient le temps de parcours moyen domicile-travail, et rappelait ce truc de base : la moitié des Francilien·nes veulent partir, ces métropoles auxquelles aspirent les élu·es n’intéressent personne, les pavillons font moins rêver que la ville pas grosse mais vivante de 50 ou 100 000 où le temps de transport est réduit parce que c’est là qu’on travaille et a ses activités. Comment y arriver ? C’est compliqué mais moi je commence par critiquer les métropoliseurs et leur folie des grandeurs, leur déconnexion d’avec les espérances des gens, nos problèmes démocratiques...

    • Après réflexion, la partie « tape dans le dos » de ton message m’a fait réfléchir à la vocation de Seenthis. Cet outil est-il une bibliothèque de référencements ou a t-elle aussi vocation d’être un réseau social ? Pour moi, c’est un mix entre les deux. La sympathie, l’antipathie et tout autres traces de rapports humains véhiculés par le ton des commentaires apportent une richesse qui font que chaque conversation est unique. Et, c’est vrai, ces conversations s’ouvre plus ou moins sur le reste des intervenants. Loin de moi l’idée d’un mépris pour les arguments de qualité a destination de « gens de bonne foi ».
      Ta remarque m’a aussi fait réfléchir sur la sociologie de Seenthis. Doit-on, pour éviter l’aspect polémique de réseaux comme Facebook ou Twitter éviter d’exprimer des affects ? En quoi cela ne risque t-il pas de restreindre le réseau à des discussions entre membres d’une intelligentsia ? à suivre ...

      #seenthis


  • À #Calais, un #état_d’urgence opportun

    Depuis plus de 20 ans, la préfecture du Pas-de-Calais et la mairie de Calais utilisent tous les moyens pour empêcher les exilé·e·s, en route pour la Grande-Bretagne ou en attente de l’examen de leur demande d’asile en France, d’installer des lieux de vie, et pour empêcher les habitant·e·s et associations de leur venir en aide. Bien que la menace terroriste soit nulle dans le Calaisis, l’adoption de l’état d’urgence a donné les coudées franches aux autorités.

    La déclaration de l’état d’urgence, à la suite des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, a fourni l’occasion à la préfecture du Pas-de-Calais d’utiliser les pouvoirs dérogatoires prévus par la loi du 3 avril 1955 sur l’état d’urgence. Le président de la République avait en effet considéré, par son décret du 14 novembre 2015, que le péril combattu devait l’être sur l’ensemble du territoire métropolitain. Sauf qu’à Calais, il n’a pas été question un seul instant de combattre le terrorisme. À notre connaissance, le territoire calaisien n’a d’ailleurs jamais constitué un enjeu dans la lutte contre Daesh.

    L’objectif était donc ailleurs : depuis plus de 20 ans, pour empêcher l’apparition de lieux de vie d’exilés à Calais, le préfet a pris l’habitude d’utiliser tous les moyens à sa disposition. Très vite, les forces de l’ordre calaisiennes ont considéré qu’elles ne pouvaient se passer des pouvoirs extraordinaires posés par la loi du 3 avril 1955. Extra-ordinaires, car, pour la plupart, ces pouvoirs sont complètement étrangers au droit commun et permettent de porter des graves atteintes à la liberté d’aller et de venir des personnes.

    L’application de l’état d’urgence à Calais, qui n’aurait jamais dû avoir lieu, intervient dans un contexte particulier. En novembre 2015, environ 6 000 exilés vivent à Calais. Certains sont demandeurs d’asile en France, quelques-uns sont en errance, tandis que d’autres cherchent à rejoindre le Royaume-Uni par des moyens irréguliers rendus nécessaires par l’insuffisance des procédures légales, en particulier en matière de réunification familiale [1].

    À cette époque, la maire de la commune de Calais et la préfète du Pas-de-Calais se félicitent d’avoir finalement obtenu la disparition de l’ensemble des squats et lieux de vie d’exilés implantés en centre-ville, en les repoussant sur le bidonville de la Lande, zone marécageuse située aux abords de la rocade portuaire. Cet « encampement » en marge de la ville expose les exilés à des conditions de vie particulièrement indignes [2]. Les personnes « relocalisées » doivent s’y installer dans des abris de fortune, à proximité du centre Jules Ferry où sont distribués, en quantité insuffisante, des repas et où est proposé un service de douches, volontairement sous-dimensionné, pour vraisemblablement éviter de rendre le lieu trop attractif. Parmi les exilés, figurent de très nombreux mineurs isolés, parfois très jeunes. Plusieurs associations françaises et britanniques se mobilisent alors pour apporter aux exilés l’assistance que les pouvoirs publics refusent d’accorder.

    Mais, pour sa part, l’autorité préfectorale travaille essentiellement à mettre à l’écart cette population et à empêcher les tentatives de passage. Et, à la fin de l’année 2015, c’est un État, probablement à court d’idées pour freiner l’essor de ces tentatives et maîtriser le nombre d’exilés présents, qui va profiter de la déclaration de l’état d’urgence.

    Dissuader les tentatives de passages

    L’état d’urgence va d’abord être utilisé pour sécuriser la frontière. Pour empêcher les tentatives de franchissement de la frontière, les dispositifs de protection ont été renforcés en 2015. À la suite d’un accord passé entre le ministre de l’intérieur français et le ministre du Home Office britannique en septembre 2014, la zone portuaire [3] est littéralement fortifiée par l’érection d’une double clôture de deux et quatre mètres de haut, et qui s’étend sur près de trois kilomètres le long de la rocade menant aux embarcadères du port de Calais.

    Évidemment, cela ne suffit pas à ralentir le nombre important de tentatives de passage, cela ne fait qu’en déplacer le lieu de la mise en œuvre. L’on tente toujours de franchir la frontière aux abords de l’Eurotunnel ; en juin 2015, Theresa May, ministre du Home Office affirme devant la Chambre des communes qu’au total 30 000 tentatives de passages ont été constatées sur les dix derniers mois [4].

    Les ministres de l’intérieur français et britannique vont donc, par un nouvel accord, le 20 août 2015 [5], allouer des moyens supplémentaires à la sécurisation du périmètre de l’entrée du tunnel, par un dispositif de clôtures, de vidéosurveillance, de technologie de détection infrarouge et de projecteurs lumineux. Ce renforcement drastique de la surveillance et de la protection de plusieurs points de passage ne décourage pourtant pas les exilés. Il les contraint cependant à prendre de plus en plus de risques. À tel point qu’en 2014 et 2015, on compte 46 décès à la frontière (sans citer les blessés).

    Pour enrayer les tentatives de passage que le dispositif ne ralentit pas, l’État va sortir la carte de l’état d’urgence. L’une des prérogatives prévues par l’article 5 de la loi du 3 avril 1955 permet au préfet de département d’« instituer, par arrêté, des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé ». L’institution d’une zone de protection ou de sécurité est une mesure de police administrative attrape-tout, qui a pu, au début de la guerre d’Algérie, justifier d’importants déplacements de populations, des restrictions de circulation et même des assignations à résidence collectives, étant précisé que le non-respect de l’obligation imposée par l’autorité qui a institué la zone pouvait aboutir, comme le précise l’article 13 de la loi, à des peines d’emprisonnement. Alors que cette disposition devrait être maniée avec précaution, la préfète du Pas-de-Calais choisit de l’appliquer quelques jours après la déclaration de l’état d’urgence, le 1er décembre 2015, pour interdire la présence de piétons sur la rocade portuaire.

    Pourquoi une telle mesure ? L’article L. 2231-1 du code général des collectivités territoriales permet déjà à l’autorité de police (le maire ou le préfet) de réglementer, dans le cadre de ses pouvoirs ordinaires, les conditions de circulation sur les routes nationales. Mais surtout, une telle préférence donnée à la loi du 3 avril 1955 n’est pas compréhensible dès lors qu’aucun motif en lien avec l’état d’urgence n’est ici en cause, comme les commentateurs le soulignent [6]. Avec cet arrêté, ce n’est pas tant les aspects opérationnels de la zone de protection qui semblent intéresser la préfète du Pas-de-Calais, mais plutôt le label « état d’urgence », dont l’administration espère sûrement qu’il exercera un effet dissuasif sur les exilés tentés de passer. Mais, l’épouvantail ainsi créé n’a été d’aucun effet.

    L’obligation portée par cet arrêté a été massivement méconnue, pendant toute sa durée (la préfète du Pas-de-Calais ne parlait-elle pas, en octobre 2016, de plus de 30 000 intrusions piétonnes sur la rocade, chaque mois ?), sans qu’elle ne donne lieu, à notre connaissance, à des condamnations.
    Contrer le droit de manifester

    L’état d’urgence a également servi à restreindre le droit de manifester [7]. Là encore, ces limitations ont été régulièrement prononcées pour des motifs sans lien avec le risque d’attentats terroristes, au fondement de la déclaration de l’état d’urgence. Il a été instrumentalisé par le gouvernement pour assouvir des mobiles politiques et, tout particulièrement, pour contrer des manifestations hostiles à ses décisions. On connaît les assignations à résidence prises sur le fondement de l’article 6 de la loi du 3 avril 1955 contre des militants écologistes qui risquaient d’organiser des actions et des mobilisations au cours de la COP 21 (conférence internationale sur le climat qui s’est tenue au Bourget) ou encore les interdictions de séjour prononcées en application du 3° de l’article 5 de la loi du 3 avril 1955, contre des militants pour les empêcher de se rendre dans les secteurs où étaient organisées des manifestations contre la « loi travail ».

    À Calais, l’état d’urgence va permettre le gel du droit de manifester en soutien aux exilés. Lorsque, à la fin de l’année 2016, le démantèlement de la Lande de Calais est projeté, il est présenté par le gouvernement comme une grande opération humanitaire destinée à « sortir de la boue » les exilés qui y vivent et à leur permettre, par une (nouvelle) relocalisation – cette fois-ci vers des centres d’accueil et d’orientation – d’intégrer le dispositif d’asile de droit commun [8]. Les critiques de plusieurs associations – lesquelles n’y voient qu’une énième opération de déguerpissement sans solution pérenne pour les exilés arrivant à Calais – sont toutefois vives et risquent de brouiller le message du gouvernement [9]. De manière assez problématique, l’état d’urgence va de nouveau être mobilisé à Calais pour « invisibiliser » cette opposition.

    Ainsi, peu avant la destruction du bidonville de la Lande de Calais, deux manifestations de soutien aux exilés du bidonville sont organisées par la Coalition internationale des sans-papiers et migrants (CISPM), les 1er et 11 octobre 2016. Alors qu’elles n’ont aucun lien avec la lutte contre la menace terroriste, elles sont interdites par l’autorité préfectorale qui se fonde, sur l’article 8 de la loi du 3 avril 1955, qui prévoit que « les […] rassemblements de personnes sur la voie publique peuvent être interdits dès lors que l’autorité administrative justifie ne pas être en mesure d’en assurer la sécurité compte tenu des moyens dont elle dispose ». C’est en se prévalant de l’insuffisance des unités de police pour encadrer ces rassemblements que la préfète du Pas-de-Calais interdit ces manifestations dont l’une, pourtant, ne devait pas regrouper plus de 200 participants [10]. À ces deux dates, les forces de l’ordre étaient, comme on le sait, très nombreuses à Calais pour préparer l’opération d’évacuation du bidonville, qui allait intervenir quelques jours après. On peut dès lors s’interroger sur la sincérité de la justification avancée.

    Pouvait-elle, en outre, suffire à justifier qu’aucune manifestation ne se tienne (même organisée différemment et selon un autre trajet), alors que, à cette époque, il existait dans le débat public un important courant opposé au plan d’évacuation du bidonville, tel qu’il était projeté, et qui aurait mérité de pouvoir s’exprimer ? Le tribunal administratif de Lille, saisi de deux référés-liberté, a malheureusement rejeté le recours des organisateurs en arguant que des groupes d’ultra-gauche et d’ultra-droite pourraient s’y rencontrer pour s’y affronter et que les forces de l’ordre ne pouvaient en assurer le contrôle [11].

    Et c’est ainsi que, au cours du mois d’octobre 2016, l’expulsion de la Lande de Calais a été mise en œuvre sans qu’aucune manifestation publique ait pu avoir lieu.
    Démanteler le bidonville

    Les opérations de l’expulsion du bidonville de la Lande de Calais se sont déroulées en plusieurs étapes : d’abord, avec l’adoption des arrêtés du 19 janvier et du 19 février 2016 pour l’expulsion de la zone sud du bidonville : ensuite avec l’arrêté du 21 octobre 2016 pour l’évacuation de la zone nord. Là encore, l’état d’urgence a constamment été mobilisé.

    D’abord, il a joué le rôle d’alibi et de justification des mesures d’expulsion. Chaque arrêté a, en effet, été pris au visa de la loi du 3 avril 1955 sur l’état d’urgence, et retient, parmi ses motifs, que, « compte tenu de la prégnance, à un niveau très élevé, de la menace terroriste ayant justifié l’état d’urgence, les forces de sécurité doivent prioritairement être engagées dans la prévention de cette menace et ne peuvent être distraites et mobilisées, en nombre très important, pour lutter contre des troubles à l’ordre public récurrents liés à l’occupation de ce campement ». Autrement dit, par contamination, le régime d’état d’urgence a permis de légitimer des décisions qui, en temps ordinaire, auraient pu sembler trop sévères ou inadaptées. Le pire est sûrement qu’une telle acception était recevable pour le juge administratif comme l’atteste la jurisprudence trop peu exigeante du Conseil d’État qui retient que, pour le prononcé d’une mesure relevant du régime de l’état d’urgence [12] ou d’une mesure de droit commun [13], l’autorité de police peut, notamment, s’appuyer sur le fait que les forces de police ne doivent pas être distraites de leur rôle de lutte contre le terrorisme.

    Ensuite, l’état d’urgence a été utilisé à des fins opérationnelles, dans le cadre de ces expulsions. Ainsi, le 23 octobre 2016, la préfète du Pas-de-Calais crée une zone de protection sur l’ensemble du secteur de la Lande, dans laquelle le séjour, la circulation et le stationnement des personnes sont réglementés, du 24 octobre au 6 novembre 2016. Cette décision a pour principale implication de subordonner l’entrée sur la Lande à l’obtention d’une accréditation délivrée par la préfète.

    Une opération "humanitaire" attentatoire aux droits de l’Homme

    Ce dispositif parachève, en quelque sorte, ce qui avait déjà été entrepris avec les interdictions de manifestations : il vise à empêcher tout risque d’opposition. Le texte indique chercher à éloigner du bidonville les militants No Border jugés susceptibles de s’opposer physiquement au démantèlement. L’on découvre toutefois qu’aucune action de ce type n’a jamais été projetée. En outre, le dispositif cible large et éloigne les avocats de la zone de protection. Plusieurs d’entre eux, qui intervenaient sur le #bidonville, ne pourront pas retrouver leurs clients avant qu’ils soient dispersés dans des centres d’accueil et d’orientation, sur tout le territoire national, à l’issue de l’opération d’expulsion.

    Alors que des centaines de journalistes ont bénéficié d’accréditations pour assister à l’expulsion, plusieurs associations de soutien des exilés, présentes sur le bidonville, ont été tenues à l’écart. Certaines, qui y intervenaient avec le concours de l’État sur des questions de santé et de sensibilisation aux violences sexuelles, se sont vu refuser l’accréditation alors qu’elles y suivaient des exilés. Il en est allé de même pour l’association la Cabane juridique/Legal Shelter, qui avait pu, quelques mois auparavant, organiser la saisine du juge des enfants pour obtenir le placement provisoire de mineurs isolés étrangers du bidonville, et qui accompagnait encore près de 200 exilés victimes de violences policières ou engagés dans des démarches de demande d’asile et de réunification familiale.

    Quelques heures après l’adoption de cet arrêté, le Gisti, l’association Avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), l’association calaisienne le Réveil voyageur et la Ligue des droits de l’Homme l’ont dénoncé dans le cadre d’un référé-liberté. Trop tard. La préfète du Pas-de-Calais l’abrogera quelques heures avant l’audience, en indiquant que l’opération d’#expulsion étant achevée, l’arrêté instituant la zone de protection n’avait plus d’utilité.

    Outre l’institution de cette zone de protection, la préfète du Pas-de-Calais a prononcé, en octobre 2016, quatre interdictions de séjour à l’encontre de militants. Un rapport parlementaire le note : ces dernières mesures n’étaient pas fondées sur le fait que la présence de ces derniers constituerait un risque d’attentat terroriste, ni même sur une dangerosité révélée par des #violences commises dans le passé, mais sur le simple fait que ces personnes auraient été vues aux abords de la première zone de protection créée le 1er décembre 2015 [14]. Parmi ces interdits de séjour figure un journaliste, auteur d’articles et de reportages témoignant de la dureté des #violences_policières à Calais.

    Jamais une opération « humanitaire » n’a mobilisé autant de prérogatives attentatoires aux libertés. Qu’importe. L’essentiel est, pour le gouvernement, que ce recours aux outils de l’état d’urgence ait permis d’atteindre l’objectif d’une expulsion éclair en trois jours.

    https://www.gisti.org/spip.php?article5963
    #frontières #asile #migrations #réfugiés #fermeture_des_frontières #dissuasion #terrorisme #camps #campement #droits_humains #droits_fondamentaux


  • Gaspard Glanz, le journaliste «  à tuer direct  » | L’Humanité
    https://www.humanite.fr/gaspard-glanz-le-journaliste-tuer-direct-633960

    « À tuer direct. Nous sommes en France ou pas  ? Les anciens auraient pris le fusil depuis longtemps  »  ; «  C’est sa gueule de con qu’il faut diffuser, avec à la clé une prime à celui qui lui explosera  »  ; «  Y a pas une balle perdue pour ce fils de pute  ?  » Ces menaces et ces insultes, qui, tour à tour, peuvent prendre un caractère homophobe ou xénophobe, sont actuellement proférées en quantité sur la page Facebook dénommée «  Soutien aux forces de l’ordre  ». Elles visent toutes Gaspard Glanz, 29 ans, journaliste et gérant depuis 2012 de la société de production Taranis News.

    Le jeune homme fait ses premiers reportages en suivant le mouvement des zones à défendre, puis en se concentrant sur la question des réfugiés. Caméra au poing, il filme la route des Balkans et les différentes étapes de ce qui se trame à Calais, entre 2014 et fin 2016. Ses reportages agacent. Le 26 octobre dernier, à l’heure du démantèlement du bidonville de Calais, Gaspard se fait interpeller et est placé en garde à vue par des policiers en possession d’une photo de lui. On lui signifie une interdiction de séjour dans l’ensemble du Pas-de-Calais dans le cadre de son contrôle judiciaire jusqu’au 2 mars dernier. Le jeune journaliste est accusé par la préfecture d’avoir dérobé un talkie-walkie à un agent de police pendant une précédente manifestation de soutien aux exilés. Lui affirme que le fonctionnaire a fait tomber sa radio. Le procès de Gaspard vient d’être reporté au 7 juin. Rien à voir, cependant, avec les menaces dont il fait aujourd’hui l’objet. Du moins en apparence.


  • Numéro spécial sur le street art

    44 | 2018 avril 2018/juin 2018

    http://journals.openedition.org/echogeo/15306

    EchoGéo

    Sommaire

    Editorial
    Jean-Louis Chaléard
    Enjeux [Texte intégral]
    Sur le Champ
    Street art
    Pauline Guinard, Sébastien Jacquot et Clotilde Kullmann
    Les valorisations territoriales et touristiques du street art [Texte intégral]
    Introduction
    Julie Vaslin
    Les espaces du graffiti dans les capitales touristiques : l’exemple de Paris et Berlin [Texte intégral]
    Clotilde Kulmann
    Temporalités du street art et image des territoires en mutation [Texte intégral]
    Production et valorisation du street art dans la Zone d’Aménagement Concerté Paris Rive Gauche
    Christine Salomone
    Le street art à Naples [Texte intégral]
    Entre pratiques informelles et instrumentalisation de l’art urbain : discours et stratégies d’acteurs
    Alexandre Grondeau et Florence Pondaven
    Le street art, outil de valorisation territoriale et touristique : l’exemple de la Galeria de Arte Urbana de Lisbonne [Texte intégral]
    Aude Le Gallou
    Le street art entre valorisation informelle du territoire et logiques d’institutionnalisation [Texte intégral]
    Le cas du projet des Oides à Saint-Nazaire
    Sophie Blanchard et Romain Talamoni
    Street art et mise en tourisme de la métropole parisienne, des festivals aux street art tours [Texte intégral]
    Léa Sallenave
    Déjouer la Ville Créative ? [Texte intégral]
    Façonnements urbains autour du Grenoble Street art Fest’ et du graffiti grenoblois
    Constance Ananos
    Les Magasins généraux : de spot à vandales à spot publicitaire ? [Texte intégral]
    Damien Darcis
    Des images qui dénoncent ? [Texte intégral]
    Dans la Jungle de Calais, Banksy et les cœurs en carton

    #street_art #art_de_rue #image #représentation