city:chicago

  • #Etats-Unis : un agent de sécurité #afro-américain abattu par la #police de Chicago - Amériques - RFI
    http://www.rfi.fr/ameriques/20181113-etats-unis-agent-securite-noir-abattu-police-chicago

    La police a abattu dimanche 11 novembre un homme noir, armé, dans la banlieue de Chicago. Jemel Roberson, 26 ans, était agent de sécurité dans un bar où des clients éméchés étaient revenus avec des armes à feu. Et il venait en fait d’immobiliser l’un des assaillants quand des agents des forces de l’ordre arrivés sur place lui ont mortellement tiré dessus.


  • Le Vatican bloque des mesures des évêques américains contre les abus sexuels Belga - 13 Novembre 2018 - RTBF
    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-vatican-bloque-des-mesures-des-eveques-americains-contre-les-abus-sex

    Le Saint-Siège a ordonné lundi à la conférence des évêques américains de ne pas se prononcer, lors de son assemblée générale, sur des mesures de lutte contre les abus sexuels en son sein, lui demandant d’attendre la tenue d’une conférence sur le sujet en février.

    Lors de son discours d’ouverture, le cardinal Daniel DiNardo, président de la conférence, a confirmé avoir reçu une lettre de la Congrégation pour les évêques et annoncé qu’aucun vote ne se tiendrait lors de cette assemblée générale, contrairement à ce qui était prévu initialement.

    Le cardinal Blase Cupich, évêque de Chicago, a lui précisé, dans un communiqué, que le Vatican avait demandé à la conférence de « reporter » le vote final dans l’attente d’une rencontre des conférences épiscopales du monde entier, convoquée en février à Rome.

    Le cardinal DiNardo a fait part de sa « déception » lors d’une conférence de presse à la mi-journée, lundi, au premier jour de l’assemblée générale qui se tient à Baltimore (nord-est) jusqu’à mercredi.

    Régulièrement mise en cause ces dernières années pour sa gestion du scandale des abus sexuels au sein de l’église catholique américaine, la conférence des évêques américains avait annoncé, en octobre, plusieurs mesures phares, qui devaient faire l’objet d’un vote.

    Le haut clergé américain proposait notamment un nouveau code de conduite, un nouveau mécanisme de signalement, ainsi que la création d’une commission d’enquête menée par des personnes n’appartenant pas à l’église catholique américaine.

    « Nous ne sommes pas satisfaits de cela », a assuré le cardinal DiNardo au sujet de la demande du Vatican. « Nous travaillons dur pour passer à l’action. Et nous allons le faire. Nous rencontrons juste un contretemps. »

    Mi-août, les services du procureur de Pennsylvanie ont publié un rapport accablant, détaillant des abus perpétrés durant plusieurs décennies par plus de 300 prêtres et dont ont été victimes plus de 1.000 enfants.

    Le rapport dépeint une hiérarchie ayant souvent eu une démarche active pour ne pas ébruiter les cas d’abus sexuels et pour protéger les auteurs de ces agressions.

    #pédophilie    #culture_du_viol    #viol    #église   #enfants    #catholicisme    #eglise   #viols    #religion    #violences_sexuelles #pedocriminalité   #vatican    #eglise_catholique #pape #usa #prêtres


  • Grégoire Chamayou : « Pour se défendre, le néolibéralisme a fait refluer le trop-plein de démocratie » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2018/11/09/gregoire-chamayou-pour-se-defendre-le-neoliberalisme-a-fait-refluer-le-tr

    Confrontés à l’activisme des années 70 puis aux exigences éthiques des consommateurs, penseurs libéraux et directions d’entreprises ont mis au point des guides de management et des théories politiques pour défendre le capitalisme contesté. En disséquant ces discours, le philosophe dresse une brillante saga du libéralisme autoritaire.

    Dans sa Théorie du drone, parue il y a cinq ans aux éditions la Fabrique, le philosophe Grégoire Chamayou se penchait sur les enjeux éthiques de cette nouvelle arme de guerre. Avec la Société ingouvernable, une généalogie du libéralisme autoritaire (la Fabrique encore), il prend à nouveau de la hauteur pour dresser une saga du néolibéralisme « par en haut », du point de vue ceux qui ont défendu les intérêts du monde des affaires, aux Etats-Unis, à partir des années 70 : dirigeants d’entreprise, lobbyistes, théoriciens comme Milton Friedman et Friedrich Hayek… Chamayou a analysé les interviews des uns, les manuels de management des autres, les comptes rendus des assemblées générales, les textes de Prix Nobel comme les récits de briseurs de syndicats… « Une littérature grise, dit-il, qui n’est pas publiée en librairie. Les zones grises, aussi, des discours des économistes. Des textes disparates à considérer comme les éléments d’un même ensemble pratique. » Au terme de ce brillant panorama, la Société ingouvernable dresse un constat : le #néolibéralisme dans lequel nous évoluons n’a rien de naturel ni de pur. C’est un système chancelant qui s’est construit à hue et à dia, de manière pragmatique, en réaction à de multiples crises d’une société jamais totalement « gouvernable ».

    Politiquement autoritaires et économiquement libéraux, les gouvernements de Trump ou d’Orbán nous semblent des aberrations. Vous dites à l’inverse qu’ils n’ont rien de contradictoires, pourquoi ?

    On se fait souvent une idée fausse du néolibéralisme comme « phobie d’Etat », anti-étatisme unilatéral. L’actualité montre à l’inverse une nouvelle fois que libéralisme économique et autoritarisme politique peuvent s’unir : le conseiller économique de Bolsonaro, Paulo Guedes, est un « Chicago boy », un ultralibéral formé à l’École de Chicago, qui a enseigné au Chili sous Pinochet. La formule de « libéralisme autoritaire » a été employée dès 1933 par un juriste antifasciste, Hermann Heller, à propos d’un discours de Carl Schmitt face à une assemblée de patrons allemands. Schmitt y défendait un Etat extrêmement fort face aux revendications sociales mais renonçant à son autorité en matière économique. « Un Etat fort pour une économie saine », résumait-il. Cinquante ans plus tard, en pleine dictature Pinochet, le théoricien néolibéral Friedrich Hayek, qui a beaucoup lu Carl Schmitt, confie à un journal chilien : « Personnellement, je préfère un dictateur libéral à un gouvernement démocratique sans libéralisme. » Mais le libéralisme autoritaire a de multiples variantes. Thatcher, elle aussi, vise « un Etat fort pour une économie libre ». En pratique, cela suppose, à des degrés divers, de marginaliser la sphère parlementaire, restreindre les libertés syndicales, éroder les garanties judiciaires… A côté de ce renforcement de l’Etat, on limite, de manière paradoxale, son champ d’intervention. C’est le concept de libéralisme autoritaire : faible avec les forts et fort avec les faibles.

    Vous faites remonter cette forme abâtardie du libéralisme aux années 70, quand le monde des affaires doit réagir à une série de crises qui menacent le système…

    Au milieu des années 70, on pense assister à une crise de gouvernabilité. Dans un rapport de la Trilatérale (1), le néoconservateur Samuel Huntington s’inquiète d’un « déferlement démocratique ». A gauche, Michel Foucault écrit que l’ensemble des procédés par lesquels on conduit les hommes sont remis en question. Non seulement on se révolte partout, mais les techniques de gouvernement sont elles-mêmes en crise. L’Etat-providence qui devait avoir un effet pacificateur a mis le feu aux poudres. Avec le quasi-plein-emploi, les travailleurs ont un rapport de force favorable. Des activistes mettent en cause les pratiques des multinationales et l’État lui-même semble hors de contrôle… Les intellectuels conservateurs s’y résignent : « Il va falloir intervenir. » La « main invisible » ne réglera pas le problème toute seule… Dans ce livre, j’étudie comment ces stratégies se sont élaborées, ce qui ne veut pas dire qu’il y aurait quelque chose comme un « comité central de la classe capitaliste » qui tirerait les ficelles. Au contraire, ce que montrent les documents - articles d’économistes, mais aussi discours de PDG, guides de management… -, ce sont des formulations contradictoires, des réactions pragmatiques à chaque conflit qui surgit. Une pensée qui se cherche en colmatant les brèches.

    Comment le monde de l’entreprise va-t-il réagir à la remise en cause de l’entreprise qui émerge dans la société civile ?

    Le #management était habitué à gérer les conflits avec ses salariés. Il va devoir apprendre à répondre à des assauts externes. En 1970, l’activiste de la New Left mobilisée contre la guerre du Vietnam, Staughton Lynd, pose cette question : pourquoi continuons-nous à manifester à Washington comme si c’était là que se jouait la guerre du Vietnam ? Puisqu’elle est le produit d’un complexe militaro-industriel, il faut attaquer les grandes entreprises de l’armement, envahir les assemblées générales d’actionnaires. Les directions de ces entreprises sont d’abord démunies : des guides pratiques rédigés à l’attention des PDG leur conseillent de surtout rester cool en cas de débordements, on monte des sessions d’entraînement où les salariés jouent le rôle des activistes et soumettent les dirigeants à tous les outrages. « Ça a été l’une des épreuves les plus dures pour le PDG »,témoigne une secrétaire de direction dans l’un des documents que j’ai étudié. Et sans doute un moment jouissif pour les salariés…

    Nestlé, confronté, de 1977 à 1984, à un boycott international qui l’accuse de « tuer les bébés » avec son lait infantile vendu dans les pays du tiers-monde, opte vite pour une autre parade, laquelle ?

    La #multinationale recrute un conseiller en relations publiques venu du renseignement militaire, Rafael Pagan. La différence entre les activistes et vous, dit-il à Nestlé, c’est que les activistes, eux, savent qu’ils font de la politique. Avec sa cellule de crise, Pagan va s’appuyer sur la pensée de Clausewitz : priver l’adversaire de sa force morale. Il classe les militants en plusieurs profils : il faut isoler les « radicaux », avec lesquels il n’y a rien à faire, rééduquer les « idéalistes », sincères mais crédules. La tactique psychologique principale, c’est de les mettre en porte-à-faux, leur montrer qu’alors même ils croient défendre une cause juste, ils font du tort à d’autres groupes. Quant aux « réalistes », on parvient facilement à les coopter, à échanger un accord contre de la gloire ou de l’argent.

    Les années 80 voient émerger les discours sur la « responsabilité sociale » des entreprises. Le dialogue devient une arme dans la panoplie des firmes. Pourquoi ?

    Cela ne figure pas dans l’histoire officielle de la « responsabilité sociale des entreprises », mais une des premières publications sur le sujet a été parrainée aux Etats-Unis par Edward Bernays, l’auteur du fameux Propaganda. Or son modèle - fabriquer du consentement de manière verticale vers un public malléable, a trouvé ses limites. Bien sûr on continuera de faire de la pub, mais il faut recourir à des tactiques plus fines. C’est l’éloge d’une nouvelle idole : la communication dialogique, qu’on oppose à la manipulation. On vante la « coproduction de sens », la « communication éthique », « l’empathie entre les parties prenantes »… Un discours pseudo-philosophique qui masque une stratégie plus offensive. Lorsque Pagan dialogue avec les activistes de #Nestlé, il ne s’agit pas de négocier, c’est une ruse. Le dialogue permet de priver les militants d’une de leurs ressources les plus précieuses, la publicisation du conflit, puisqu’il doit être mené à huis clos. Il épuise l’adversaire dans d’interminables pourparlers, et en posant le consensus comme norme absolue, il permet de disqualifier ceux qui refusent le dialogue comme des irresponsables.

    En parallèle de ces tactiques pragmatiques mises en places par les firmes, les grands théoriciens du néolibéralisme, eux, vont mener une contre-offensive intellectuelle visant à « dépolitiser » l’entreprise afin de la faire échapper aux critiques des activistes.

    Dans les années 60, la pensée « managérialiste » admettait que la firme était un « gouvernement privé », un lieu de pouvoir, qu’il fallait bien tenter de légitimer : c’est notamment le rôle des discours sur la « responsabilité sociale » des entreprises ou le « managérialisme éthique ». Mais à partir des années 70 et 80, les théoriciens néolibéraux vont considérer qu’il est très dangereux de reconnaître ces rapports de pouvoir et de tenter de les justifier. C’est le cas de Milton Friedman qui critique ainsi le « greenwashing » naissant : « Peu de choses me soulèvent davantage l’estomac que de regarder ces spots télévisés qui voudraient nous faire croire que leur seule raison d’être est la préservation de l’environnement. » Pour ces économistes, il faut au contraire inventer une doctrine de l’entreprise qui la dépolitise. Pour cela, dans les années 70, les penseurs des « nouvelles théories de la firme » vont tâcher de déréaliser l’entreprise, dénier les rapports de force qui la constituent et la présenter comme une pure fiction juridique, un simple nœud de contrats. Aujourd’hui, dans les manuels d’économie, on présente ces thèses comme des doctrines neutres. Leurs auteurs, pourtant, les ont explicitement conçues comme des armes intellectuelles pour la défense d’un capitalisme contesté.

    Après les salariés, après les activistes, les néolibéraux s’attaquent à l’Etat lui-même, devenu « ingouvernable ». Comment s’y prennent-ils ?

    Face à l’inflation des revendications, on assiste à ce que Hayek appelle une « crise de gouvernite aiguë » de l’Etat. Ça régule, ça intervient… Comment faire refluer les demandes sociales, le trop-plein de démocratie ? Des économistes de l’université de Saint-Andrews, en Ecosse, proposent une nouvelle stratégie : la micropolitique de la privatisation. Cessons de nous focaliser sur la bataille des idées, disent-ils : conquérir les cœurs et les esprits ne suffit pas à changer les pratiques. C’est l’inverse : il faut changer pas à pas les comportements, et le reste suivra. Ouvrir progressivement les services publics à la concurrence, plutôt que privatiser brutalement, permet de dépolitiser la demande : tandis que l’usager insatisfait se retournait contre les pouvoirs publics, le client mécontent change de crémerie. Une fois la libéralisation actée, ce sont les individus eux-mêmes par leurs microchoix de consommateurs, qui deviennent les moteurs du changement. Le chef de file de ce courant, Madsen Pirie, cite l’exemple de la #dérégulation, par une Thatcher fraîchement élue, en 1980, du transport interurbain par bus - amorce pour la privatisation des chemins de fer britanniques…

    Votre livre approche l’entreprise par la philosophie. Pourquoi dites-vous que cette discipline tente trop rarement de saisir cet objet ?

    En philosophie, on a des théories de la souveraineté politique qui remontent au XVIIe siècle, mais peu de traités sur l’entreprise. Quand la philosophie intègre la question à ses enseignements, c’est trop souvent en reprenant les discours indigents produits dans les business schools. Il serait temps au contraire de développer des philosophies critiques de l’entreprise. Ce livre est un travail en ce sens, une enquête sur des catégories centrales de la pensée économique et managériale dominante. A la crise de gouvernabilité a répondu un contre-mouvement, une grande réaction où se sont inventés des nouveaux arts de gouverner, encore actifs aujourd’hui. Alors même que ces procédés de pouvoir nous sont appliqués en permanence, nous connaissons mal leur origine et leurs ressorts fondamentaux. Or, je crois que vendre la mèche, exposer leurs stratégies peut contribuer à mieux les contrer. Ce qui a été fait, on peut le défaire. Encore faut-il en connaître l’histoire.

    (1) Créée en 1973, la Commission trilatérale réunit des centaines de personnalités du monde des affaires et de la politique favorables à la globalisation économique.
    Sonya Faure

    Lien déjà cité par ailleurs mais sans l’interview en entier.

    #chamayou #capitalisme #entreprise #libéralisme #autoritarisme #état #privatisation


  • All We Need Is #acid, | Episode 1
    http://www.radiopanik.org/emissions/all-we-need-is-acid/all-we-need-is-acid-episode-1

    Chicago, fin des années 1980’, le groupe #phuture diffuse son Acid Tracks dans les clubs et c’est parti. La fête s’enflamme, les esprits s’échauffe et le son aigu de la TB 303 va faire le tour de monde et se tailler une place à part dans l’Histoire de la musique électronique.

    Notre premier épisode vous entraine sur les traces des pionniers de l’acid qu’ils soient musiciens, ingénieurs ou fêtards.

    #london #house #music #chicago #tb303 #london,acid,house,phuture,music,chicago,tb303
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/all-we-need-is-acid/all-we-need-is-acid-episode-1_05674__1.mp3


  • À lire un extrait de Travail gratuit, la nouvelle exploitation ?, de Maud Simonet
    https://www.contretemps.eu/extrait-travail-gratuit-simonet

    Qu’y a-t-il de commun entre une bénévole chargée des activités périscolaires dans une école, une allocataire de l’aide sociale qui nettoie les parcs de New York ou le rédacteur d’un blog en ligne ? Des milliers d’heures de travail exercées gratuitement pour faire fonctionner associations, services publics et entreprises. Que nous apprennent ces différentes formes « citoyennes » et « numériques » de travail gratuit ? À qui profite-t-elles et qui y est assigné ?

    En repartant des grandes leçons de l’analyse féministe du travail domestique, et en se fondant sur plusieurs enquêtes de terrain menées en France et aux États-Unis, Maud Simonet propose une approche critique du travail par sa face gratuite. Elle analyse ces formes d’exploitation qui se développent au nom de l’amour, de la passion ou de la citoyenneté et participent à la néolibéralisation du travail dans les mondes publics et privés.

    Maud Simonet est chargée de recherches en sociologie au CNRS et directrice de l’IDHES-Nanterre. Elle a publié Le travail bénévole. Engagement citoyen ou travail gratuit ? (La Dispute, 2010) et Who Cleans the Park ? Public work and Urban Governance in New York City, avec John Krinsky (Presses de l’Université de Chicago).


  • Emission spéciale International Anthem
    Sur Radio Panik 105.4 FM une émission spéciale International Anthem (Makaya McCraven, Irreversible Entanglements, Ben Lamar Gay and more) avec une interview de Scott Mc Niece le fondateur du label by myself aka Dj Brut Brute. Dans cette collaboration Chadek’s deck/la 5eme semaine on parlera aussi de WHPK 88.5 FM et de Lumpen Radio. Stay tuned !

    http://www.radiopanik.org/emissions/la-5e-semaine/speciale-international-anthem

    Et lien pour télécharger l’émission
    http://www.radiopanik.org/media/sounds/la-5e-semaine/speciale-international-anthem_05617__1.ogg

    #chicago #shameless_autopromo #jazz #benlamargay #makayamccraven



  • #Moose_Jaw_tunnels reveal dark tales of Canada’s past

    One of the strangest stories in 20th-century Canadian history is coming to light thanks to excavations under the streets of Moose Jaw.

    For more than 75 years, city officials denied rumours of a network of tunnels located under this sleepy city, once one of the wildest frontier towns in the Canadian West.

    Now part of the network has been restored and is open to tourists. Promoted as The Tunnels of Little Chicago, the underground maze has become the city’s most popular tourist attraction, with more than 100,000 visitors to date.

    Local researchers have interviewed many of the city’s senior citizens to get at the long-hidden truth.

    “All of the accounts agreed on the main points,” said Penny Eberle, who has been closely involved in the restoration project.

    Eberle says work on the tunnels began in about 1908 after several Chinese railway workers were savagely beaten at the CPR railyards by whites who believed the Chinese were taking their jobs.

    This was the time when Western Canada was gripped by hysteria about the “yellow peril,” and Ottawa imposed its infamous head tax on Chinese would-be immigrants.

    Terrified and unable to pay the head tax, the Chinese workers literally went underground, digging secret tunnels where they could hide until the situation improved.

    Evidence suggests the tunnels were used for many years. The railway workers managed to bring women to live with them and even raised children in rat-infested darkness.

    Access to the tunnels was gained from the basements of buildings owned by legal Chinese immigrants. The underground residents would do work for above-ground laundries and restaurants and would obtain food and other supplies in payment.

    Because the tunnels were built adjacent to heated basements, they were livable in winter.

    The tunnels acquired a whole new purpose in the 1920s, when the United States and much of Canada embarked on Prohibition.

    As a major CPR terminus linked to the United States by the Soo Line, Moose Jaw was ideally situated to become a bootlegging hub. The city’s remote location also made it a good place to escape U.S. police.

    Moose Jaw became something of a gangsters’ resort, with regular visitors from the Chicago mob.

    “They came to lay in the sun,” says Laurence (Moon) Mullin, an 89-year-old Moose Jaw resident, who worked as a messenger in the tunnels as an 11-year-old boy.

    It didn’t hurt that the entire local police force, including Chief Walter Johnson, was in cahoots with the bootleggers. Local historians say Johnson ran Moose Jaw like a personal fiefdom for 20 years, and even the mayor dared not interfere.

    Mullin liked the bootleggers who frequently paid five cents rather than four, the official price, for the newspapers he sold on a downtown corner.

    The tunnels were used for gambling, prostitution and warehousing illegal booze. Mullin says one tunnel went right under the CPR station and opened into a shed in the rail yards. It was possible to load and unload rail cars without any risk of being seen by unfriendly eyes.

    Mullin says that Chief Johnson would occasionally stop by his newspaper stand. As Johnson paid his nickel he would whisper into Mullin’s ear: “There’s going to be a big storm tonight.”

    Mullin knew what those words meant: an imminent raid by Allen Hawkes of the Saskatchewan Liquor Commission, who did not share Johnson’s tolerant attitudes.

    The boy would rush to a hidden door under the Exchange Cafe, give a secret knock, run down a tunnel to a second door, and knock again. There he would be admitted to a room full of gamblers.

    “The smoke was so thick you could have cut it with a sharp knife and brought it out in squares,” he says, chuckling. “But everyone seemed quite comfortable.”

    Some say the bootleggers strong-armed the Chinese to take over the tunnels, but Mullin denies this. He says the Chinese and bootleggers worked together.

    There are anecdotes about Al Capone himself. Moose Jaw resident Nancy Gray has written that her late father Bill Beamish, a barber, was called to the tunnels several times to cut Capone’s hair.

    Mullin says he never saw Capone but did meet Diamond Jim Brady, whom he describes as Capone’s right-hand man.

    He says Brady was always impeccably dressed in a grey suit and liked to show off the gun he wore under his armpit; the diamonds embedded in his front teeth sparkled when he smiled.

    Mullin says he and the other messenger boys got 20 cents for every errand. The gangsters didn’t allow them to touch booze but taught them how to play poker.

    “The best teachers I had in this world were those men that weren’t supposed to be any good.”

    The boys held Brady in special awe: “He’d always tell us to stay on the straight and narrow. He had eyes just like a reptile and when he looked at you he almost paralysed you. I think he was absolutely fearless.”

    Mullin says some rotgut whisky was made in Saskatchewan but all the good stuff came from the Bronfman distillery in Montreal.

    As recently as the 1970s local officials denied the existence of the tunnels, but the denials became difficult to maintain when part of Main Street collapsed, leaving an unsuspecting motorist planted in a deep hole.

    “I always said some day a truck is going to break through, and it did,” Mullin says. Guided tours of the tunnels begin daily at the Souvenir Shop, 108 Main St. N. in downtown Moose Jaw. Tours last 45 minutes and cost $7 for adults. Senior, student and child rates, as well as group rates, also offered. Wheelchair access not available. Information: (306) 693-5261

    https://www.theglobeandmail.com/life/moose-jaw-tunnels-reveal-dark-tales-of-canadas-past/article4158935
    #migrations #chinois #Canada #souterrain #sous-terre #histoire #tunnels #tourisme #dark_tourism


  • Gertrude Abercrombie - Wikipedia
    https://en.wikipedia.org/wiki/Gertrude_Abercrombie

    In 1932 she began to focus strictly on her art. The following summer she made her first sale at an outdoor art fair in Chicago and received an honorable mention in the newspaper for the event.[3] In the mid-1930s she moved out of her family’s home and became active in the regional art scene.[3] From 1934 to 1940 she served as a painter for the Works Progress Administration and in 1934 the Chicago Society of Artists held a solo show of her work.[3] During the 1930s and 1940s she also began creating woodcuts.

    In 1940 she married lawyer Robert Livingston, and in 1942 gave birth to their daughter Dinah. In 1948 the couple divorced. That same year she married music critic Frank Sandiford, with Dizzy Gillespie performing at the wedding. The couple were active in the bohemian lifestyle and jazz scene of Chicago hence their connection with Gillespie. They met musicians through Sandiford and through Abercrombie’s own skills as an improvisational pianist. The couple would divorce in 1964.[3]
    Dizzy Gillespie with Abercrombie on his birthday, 1964

    Within Abercrombie’s avant-garde social circle she was the inspiration for the song “Gertrude’s Bounce” by Richie Powell, who claimed that she walked “just like the way the rhythm sounds in the Introduction”,[5] and she appeared as herself in James Purdy’s Gertrude of Stony Island Avenue and as a fictional character in Purdy’s Malcolm, Eustace Chisholm.[3]

    She painted many variations of her favored subjects: sparsely furnished interiors, barren landscapes, self-portraits, and still-lifes. Many compositions feature a lone woman in a flowing gown, often depicted with attributes of sorcery: an owl, a black cat, a crystal ball, or a broomstick.[3] These works were often self-portraits, as she stated in an interview with Studs Terkel shortly before her death: “it is always myself that I paint”.[7] Tall and sharp-featured, she considered herself ugly;[8] in life she sometimes wore a pointed velvet hat to accentuate her witch-like appearance, “enjoy[ing] the power this artifice gave her over others who would fear or recoil from her”.[9] The 1940s and ’50s are described as her most prolific and productive period; a time when she no longer painted many portraits, but retained the themes mentioned above.[3]

    Abercrombie’s mature works are painted in a precise, controlled style. She took little interest in other artists’ work, although she admired Magritte.[10] Largely self-taught, she did not regard her lack of extensive formal training as a hindrance.[11] She said of her work:

    I am not interested in complicated things nor in the commonplace. I like and like to paint simple things that are a little strange. My work comes directly from my inner consciousness and it must come easily. It is a process of selection and reduction.[4]

    Her work evolved into incorporating her love for jazz music, inspired by parties and jam sessions she hosted in her Hyde Park home. Musicians such as Sonny Rollins, Max Roach, Jackie Cain and the Modern Jazz Quartet were considered friends. Dizzy Gillespie described her “the first bop artist. Bop in the sense that she has taken the essence of our music and transported it to another art form”.[12]

    #femmes #art #historicisation #surréalisme #peinture


  • Ces pays du monde où s’opère la jonction entre religion et nationalisme | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/international/280918/russie-inde-pologne-israel-turquie-iran-quand-la-religion-rencontre-le-nat

    lusieurs dizaines d’États sur la planète sont aujourd’hui gouvernés par des régimes qui relèvent du nationalisme religieux ou qui sont influencés par cette configuration idéologique. Ce phénomène affecte tous les continents, démontrant que cette forme de nationalisme s’adapte à des religions très diverses, monothéistes ou non. Plus intolérant encore que les autres nationalismes face à la dissidence ou à l’opposition, plus inclusif aussi pour tous ceux qu’il entend incorporer au récit national, il se nourrit souvent de l’explosion des inégalités, des frustrations économiques et sociales, et semble désormais constituer une réponse traditionaliste de la « communauté nationale » à la globalisation et à la modernité.

    En Europe, il s’impose surtout à l’Est, au sein de feu l’empire soviétique. En Russie, où l’Église orthodoxe a joué un rôle central dans la quête de la nouvelle identité nationale post-communiste, Vladimir Poutine a été un acteur majeur du retour du religieux sur la scène russe et internationale. Retour qui se traduit aujourd’hui, selon le patriarche orthodoxe Kirill, par un « état de fusion symbiotique entre le fait national et le fait religieux ». En Arménie, en Ukraine, mais aussi en Pologne ou en Hongrie, c’est également le nationalisme religieux qui sous-tend les dérives xénophobes et autoritaires.

    Nous publions ici l’essentiel du chapitre consacré à l’Inde du livre coordonné par Oliver Da Lage, L’Essor du nationalisme religieux, à paraître début novembre.

    • Le nationalisme hindou aux commandes de « la plus grande démocratie du monde »

      par Olivier Da Lage

      Au seuil de l’année 2018, un parlementaire d’Uttar Pradesh, l’État le plus peuplé de l’Inde, dirigé depuis l’année précédente par le BJP (1), a déclaré que le nom du pays étant l’Hindoustan, ce pays était pour les Hindous et eux seuls. Peu auparavant, le ministère du tourisme de l’Uttar Pradesh avait retiré le Taj Mahal de la brochure publiée par le ministère pour vanter les sites à visiter : le monument, symbole de l’Inde dans le monde entier, se trouve être un mausolée construit par un empereur musulman. Parallèlement, un militant nationaliste hindou a – en vain – tenté de faire dire par un juge que le Taj Mahal était en fait un ancien temple hindou.

      À l’approche de Noël et du nouvel an, des brigades hindouistes ont tenté au Madhya Pradesh et au Rajasthan d’empêcher les écoles chrétiennes de célébrer Noël avec leurs élèves d’autres religions, ce qui, selon ces militants adeptes de la menace, relèverait de la « conversion forcée » ; en Andhra Pradesh, les temples hindous ont reçu interdiction de marquer l’entrée dans la nouvelle année du calendrier chrétien, qui ne relèverait pas de la culture hindoue.

      Dans plusieurs États, du nord au sud, des musulmans ou des dalits (ex-intouchables) ont été battus, parfois à mort, par des foules les soupçonnant de transporter de la viande de bœuf ou des vaches destinées à l’abattage. Dans bien des cas, le soupçon était infondé, ce qui n’a pas empêché plusieurs responsables régionaux du BJP, dont le chef du gouvernement du Chhattisgarh, de déclarer que les tueurs de vaches méritaient la pendaison.

      Depuis 2015, des intellectuels ou acteurs célèbres dénoncent un climat d’intolérance. En protestation, plusieurs ont rendu leur Padma Shri, équivalent indien de la Légion d’honneur. Ici et là, des intellectuels et des journalistes ont été tués sans que l’on retrouve leurs assassins. Le point commun de ces victimes était leur défense de la laïcité (secularism) et leur dénonciation des excès du nationalisme hindou. Parallèlement, tout avis négatif, ou simplement réservé sur l’action du gouvernement de Narendra Modi entraîne instantanément des réactions massives et très vives de ses partisans sur les réseaux sociaux, avec l’objectif manifeste d’intimider ceux qui seraient tentés par la critique.

      Bien entendu, les violences intercommunautaires et l’intolérance n’ont pas attendu l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi et du BJP pour se manifester en Inde. Ses partisans ne manquent jamais, et à juste titre, de le rappeler. On assiste cependant incontestablement à une radicalisation et à une intensification de cette intolérance et de ces manifestations violentes. Corollaire de cette banalisation de la violence, le seuil d’indignation s’élève inexorablement et, sans être militants pour autant, de très nombreux membres de la classe moyenne urbaine indienne, qui ont voté en 2014 pour le BJP sur la promesse du développement économique et de la prospérité, en viennent graduellement à trouver naturel que la majorité hindoue (80 % des Indiens) ne tolère les minorités, notamment les musulmans, qui ne représentent que 14 % des habitants, qu’à la condition qu’elles « restent à leur place », c’est-à-dire se rendent aussi invisibles que possible et acceptent un statut de citoyens de seconde zone.

      C’est très précisément la thèse que défendait en 1923 Vinayak Damodar Savarkar dans son manifeste : Hindutva,Who is a Hindu ?. L’idéologie de l’hindutva (hindouité) est restée très minoritaire, voire marginale, tant dans le combat contre l’occupation britannique que plusieurs décennies après l’indépendance, notamment du fait que Nathuram Godse, l’assassin du Mahatma Gandhi, avait appartenu au RSS (2), le mouvement fondé en 1925 pour propager l’hindutva.

      (1) Le BJP (Bharatiya Janata Party), parti nationaliste hindou, est au pouvoir en Inde depuis mai 2014.

      (2) Le Rashtriya Swayamsevak Sangh, créé en 1925 à Nagpur (Maharashtra), est une milice de volontaires chargés de défendre les hindous et de propager l’hindutva.
      Le renouveau hindouiste à la fin du XIXe siècle

      En un sens, le nationalisme hindou est le produit de la colonisation britannique. Il ne s’agit pas de prétendre qu’avant l’arrivée de la Compagnie des Indes orientales, les relations aient toujours été idylliques entre hindous et musulmans, mais, comme dans bien d’autres régions du monde, la colonisation a progressivement donné naissance à une réaction nationaliste qui a pris plusieurs formes. La naissance du Congrès national indien en 1885 incarnait au départ une revendication classique, partie de la demande d’égalité des droits pour évoluer vers une demande d’autonomie, puis aboutir, au fil des années et de la répression, à une exigence d’indépendance.

      Pour sa part, le nationalisme hindou, qui s’est développé à la fin du XIXe siècle, a été dès le départ fondé sur une démarche identitaire favorisée par l’insistance quasi entomologique des Britanniques à diviser les Indiens en sections et sous-sections, entre religions d’abord, et au sein de celles-ci ensuite. Si tous les hindous admettent le principe des quatre grandes castes, les varnas – brahmanes (prêtres), kshatrias (guerriers), vaishyas (commerçants), shudras (serviteurs) –, ce sont largement les Britanniques qui ont fait des jati (corporations dont le métier se transmet héréditairement) des sous-castes de celles-ci, morcelant ainsi une société hindoue déjà très divisée.

      En créant au début du XIXe siècle des établissements universitaires enseignant séparément le hindi et l’ourdou (qui, dans l’usage populaire, se fondaient largement dans ce qu’on appelait alors l’hindoustani), les Anglais ont accentué la séparation entre hindous et musulmans. Enfin, alors que montaient les revendications indépendantistes au seuil du XXe siècle, les Britanniques ont donné aux hindous le sentiment qu’ils appuyaient la minorité musulmane afin de contenir les aspirations de la majorité hindoue.

      En réaction, plusieurs initiatives ont tenté tout à la fois de moderniser l’hindouisme, en insistant sur ce qui rapproche plutôt que ce qui divise, et de rattacher l’essence de l’Inde moderne à ses racines anciennes remontant à l’époque védique. Cette défense des valeurs de l’Inde antique intervient alors même que les administrateurs coloniaux et les hommes politiques anglais insistaient dans leurs discours publics et dans leurs correspondances privées sur ce qu’ils dépeignaient comme la barbarie intrinsèque des traditions hindoues, auxquelles, pour la plupart, ils déniaient la qualité de civilisation.

      En 1875, l’arya samaj (la noble société) est fondée, avec pour ambition de promouvoir les valeurs védiques de l’hindouisme et la croyance en un seul dieu. L’arya samaj introduit le prosélytisme, notion jusqu’alors inconnue dans l’hindouisme. À Bombay, Lokmanya Bal Gangadhar Tilak, pourtant membre du Congrès et partisan d’un rapprochement avec les musulmans, relance la cérémonie hindoue de Ganesh Chathurthi, tombée en désuétude, par laquelle le dieu à tête d’éléphant est rituellement immergé chaque année dans l’océan Indien. C’est pour lui une façon de contourner l’interdiction des rassemblements édictée par le colonisateur. En 1893, Swami Vivekananda prononce à Chicago, au Parlement des religions, un discours marquant dans lequel il présente l’hindouisme comme une religion à la fois ancienne et moderne répondant aux problèmes du moment. Un peu plus tard, en réaction à la création de la Ligue musulmane et à la volonté du Congrès qu’hindous et musulmans mènent en commun le combat pour l’indépendance, se crée en 1915 la Hindu Mahasabha (assemblée hindoue panindienne), afin de défendre les intérêts des seuls hindous.

      Parallèlement, certains écrits occidentaux influencent ce nationalisme hindou naissant, notamment ceux de l’orientaliste anglais d’origine allemande Max Muller, fasciné par la civilisation indienne, particulièrement la culture aryenne. Quant aux écrits du Français Arthur de Gobineau, ils développent l’idée ouvertement raciste d’une race aryenne naturellement faite pour diriger, mais il critique les castes supérieures hindoues pour s’être métissées avec les castes inférieures. À une époque où la notion de « race », loin d’être contestée, allait jusqu’à celle de « race anglaise » dans les discours des politiciens les plus réputés, Gobineau et les orientalistes européens ont offert à certains nationalistes hindous le cadre de référence qui leur manquait pour élaborer une théorie fondée sur la supériorité de la « race hindoue ».
      L’hindutva, un projet avant tout culturel

      Ce corps doctrinal, élaboré au fil des années à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, a une date de naissance officielle : 1923. Cette année-là, paraît un livre de 141 pages intitulé Hindutva, who is a Hindu ?. Signé : « Un Marathe. » Son véritable auteur, Vinayak Damodar Savarkar, est alors emprisonné pour ses activités antibritanniques. La thèse qu’il développe dans cet ouvrage est que les hindous, tirant leur nom de la terre qui est la leur (Hindoustan), doivent reprendre leur destin en main face aux étrangers qui les dirigent (les Britanniques), mais aussi vis-à-vis des musulmans et des chrétiens qui, du seul fait qu’ils sont nés en Inde, se considèrent comme Indiens. Ce n’est pas suffisant, argue Savarkar, car l’appartenance à une nation suppose de réunir trois critères sans lesquels il n’est pas d’appartenance commune :

      • L’attachement à la terre des ancêtres, qui s’étend du « Sindhu au Sindhu », bordée par l’Himalaya et l’océan, en tant que mère patrie.
      • Le lien du sang, hérité de ses ancêtres, qui forge l’appartenance à la « race hindoue », peu important par ailleurs que la progéniture soit la conséquence d’unions sexuelles inter-castes.
      • L’appartenance revendiquée à la culture et à la civilisation hindoues, à des figures historiques vénérées en tant que héros, à des fêtes communes, à des rites et sacrements communs et à des lois communes.

      Il est clair, poursuit Savarkar, que si nombre de chrétiens et musulmans (dont les ancêtres hindous ont été convertis autrefois) peuvent se prévaloir des deux premiers critères, tel n’est pas le cas s’agissant du troisième. En conséquence, chrétiens et musulmans ne peuvent être considérés comme appartenant à la nation hindoue. Pour Savarkar, le problème est essentiellement culturel, bien davantage que religieux. Au point qu’il va jusqu’à préciser : « Certains d’entre nous sommes monothéistes, d’autres panthéistes, certains sont théistes, d’autres athées – nous sommes tous hindous et partageons le même sang. Nous ne sommes pas seulement une nation, mais une race, une fraternité de naissance. »

      L’idéologie de l’hindutva, ainsi développée par Savarkar, est précisée une quinzaine d’années plus tard avec la publication de We or Our Nationhood defined, édité en 1939 par MS Golwalkar (3), l’année même où il est choisi par le fondateur du RSS Hedgewar pour lui succéder. Disciple de Savarkar, Golwalkar est également un praticien de l’hindutva puisque cette idéologie constitue la colonne vertébrale du RSS, fondé en 1925 sur le modèle des milices fascistes.

      Dans son livre, il reprend et complète la thèse de Savarkar : les hindous ont contrôlé leur terre pendant 8 000 à 10 000 ans avant d’être envahis. Contrairement aux théories de Muller, ce ne sont pas les Aryens nordiques qui ont envahi l’Inde, mais le contraire, car jadis, soutient Golwalkar, le pôle Nord se trouvait dans ce qui est aujourd’hui le Bihar ou l’Orissa (nord-est de l’Inde). Ce sont donc bien les Indiens et nul autre peuple qui sont à l’origine de la grande civilisation indo-européenne.

      Golwalkar entreprend alors de faire l’éloge du pangermanisme ainsi que de la façon dont l’Allemagne traite la question des minorités culturelles et ethniques : afin de préserver la pureté de la race et de sa culture, l’Allemagne a choqué le monde en purgeant le pays des races sémitiques, les juifs. La fierté raciale s’est ici manifestée à son plus haut. L’Allemagne a également montré à quel point il est presque impossible pour les races et les cultures ayant des différences remontant à leurs racines d’être assimilées en un tout unifié, une bonne leçon à retenir pour nous en Hindousthan dont nous devons tirer profit.

      Et de conclure que le Congrès est une invention des Anglais (4) afin de diviser les hindous, ce qui a fait perdre à ces derniers le sens de la nation que Golwalkar les exhorte à retrouver. Savarkar, qui, en 1937, a pris la tête du Hindu Mahasabha, lance en 1942 un mot d’ordre : « Hindouiser la nation et militariser l’hindouisme », tout en s’opposant au mouvement Quit India lancé par Gandhi.

      Le nationalisme hindou est longtemps resté marginal dans la politique indienne. Interdit en 1948 après l’assassinat de Gandhi, puis préautorisé un an plus tard, le RSS a pris soin (comme il le fait encore aujourd’hui) d’affirmer que sa mission est avant tout culturelle et non politique. Les partis se réclamant de l’hindutva ne pesaient presque rien du temps de Nehru. Leur progression à partir des années 1960, mais surtout de la fin des années 1970, est dans une large mesure l’effet de l’usure du Congrès, qui a dominé la vie politique de façon hégémonique avant et après l’indépendance. De mouvement de libération nationale englobant toutes les tendances politiques, le Congrès s’est progressivement mué en parti dirigé par une dynastie (Nehru-Gandhi) et miné par la corruption, aboutissement logique de l’exercice du pouvoir pratiquement ininterrompu pendant plusieurs décennies.

      Il faut attendre 1977 pour qu’un gouvernement soit dirigé par un adversaire du Congrès. C’est la conséquence de la dictature exercée par Indira Gandhi pendant l’état d’urgence (1975-1977). Encore s’agit-il d’un gouvernement de coalition et le premier ministre Morarji Desai est lui-même un ancien dirigeant du Congrès. Le retour au pouvoir du Congrès en 1980 est à peine éclipsé en 1990 et 1991 par d’éphémères gouvernements de coalition, certes soutenus par le BJP, mais dont la politique n’est pas marquée par l’idéologie nationaliste hindoue.

      Cependant, l’Inde entre progressivement dans une culture d’alternance et le Congrès n’est plus voué à rester au pouvoir quoi qu’il arrive. C’est le BJP, qui a pris en 1980 la suite du Bharatiya Jana Sangh, qui incarne cette alternance. Ses cadres, depuis l’origine, sont généralement issus du RSS, qui les « délègue » au BJP, assuré qu’ils ont été formés à l’hindutva. Pourtant, après des débuts marqués par une intransigeance idéologique, tout particulièrement sous la présidence de Lal Krishna Advani (1993-1998), les échecs électoraux successifs amènent le parti à s’en remettre à l’un de ses fondateurs, Atal Bihari Vajpayee, partisan d’une ligne plus modérée. Ce dernier mène le parti à la victoire en 1998 et en tant que Premier ministre, Vajpayee parvient à la fois à s’inscrire dans la lignée des gouvernements précédents (Congrès) tout en infléchissant la politique suivie jusqu’alors vers un rapprochement marqué avec Israël et les États-Unis et une libéralisation accrue de l’économie (5).

      Ces inflexions sont par la suite assumées et reprises à son compte par la coalition dirigée par le premier ministre Manmohan Singh (Congrès), au pouvoir de 2004 à 2014. Car de 1998 à 2004, contraint par ses partenaires au sein de la coalition, Vajpayee n’était pas libre d’appliquer à sa guise le programme du BJP. Tout au plus a-t-il tenté de remanier les programmes scolaires en présentant les Moghols (musulmans) comme des envahisseurs ou en rehaussant le rôle des personnages opposés à Nehru dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde. Mais faute de majorité, il a prudemment évité de mettre en œuvre les points essentiels du programme du BJP, à savoir l’abrogation de l’article 370 de la Constitution qui accorde un statut particulier au Cachemire (État du Jammu et Kashmir), la construction à Ayodhya d’un temple consacré à Ram sur l’emplacement de la mosquée Babri, détruite par des militants nationalistes hindous en décembre 1992, et la mise en place d’un code civil uniforme, c’est-à-dire l’abolition des dispositions spécifiques aux chrétiens et surtout aux musulmans.

      (3) Madhav Sadashiv Golwalkar, originaire du Maharashtra, a dirigé le RSS de 1940 jusqu’à sa mort, en 1973.

      (4) De fait, c’est bien un fonctionnaire britannique, Allan Octavian Hume, qui en est à l’origine.

      (5) Cette libéralisation a permis un décollage économique, la réduction de la pauvreté et élargi considérablement la petite et moyenne bourgeoisie urbaine, socle électoral du BJP. Mais les inégalités se sont aussi creusées : entre 1980 et 2014, la part de revenu captée par les 10 % des Indiens les plus riches est passée de 30 à 56 % (source : rapport publié le 14 décembre 2017 par le Projet World Wealth and Income Database WID, cité par Le Monde, 15 décembre 2018).
      La majorité hindoue se sent discriminée

      De fait, le choix de thèmes clivants, le recours à la violence se sont avérés électoralement bénéfiques pour le BJP. Pas nécessairement immédiatement : le BJP n’a pas remporté les élections générales de 1989 ni celles de 1991, alors même que le parti était dirigé par LK Advani, qui prônait une politique de rupture, qu’il a notamment incarnée par son fameux Ram Rath Yatra, marche politico-religieuse qu’il a conduite de septembre à octobre 1990 de Somnath (Gujarat) vers Ayodhya. Advani fut arrêté avant d’atteindre sa destination. En décembre 1992, la destruction de la mosquée Babri par des militants de la VHP (6) et du RSS a déclenché des violences entre hindous et musulmans, qui ont fait plusieurs milliers de morts à travers le pays, tout particulièrement à Bombay en 1993.

      Pour la première fois, le BJP accède au pouvoir au Gujarat en 1995, l’année même ou le Shiv Sena, un parti xénophobe et antimusulman, emporte les élections municipales à Bombay. En 2002, la mort de militants nationalistes et de pèlerins hindous, brûlés vifs dans leur wagon à bord du train qui les ramenait d’Ayodhya (7), déclenche des pogroms antimusulmans au Gujarat, qui font près de 2 000 morts, presque tous musulmans. Soupçonné d’avoir encouragé, ou du moins laissé faire, les milices nationalistes hindoues, Modi, chef du gouvernement du Gujarat depuis l’année précédente, est frappé d’ostracisme à l’étranger (les États-Unis lui refuseront un visa dix ans durant). L’intéressé laisse dire et refuse de commenter, entretenant le soupçon chez ses adversaires, mais renforçant sa stature au sein de la petite et moyenne bourgeoisie urbaine hindoue, qui constituent le socle de l’électorat du BJP. Après 2002, le BJP progresse fortement dans les régions du Gujarat où les violences ont été les plus marquées.

      Modi a correctement lu l’évolution de la société indienne vers le « majoritarianisme » (8). De façon croissante, la population hindoue a le sentiment d’être discriminée en faveur de la minorité musulmane, cajolée (pampered) par le parti du Congrès [parfois surnommé de façon péjorative Khangress (9)], qui s’en sert comme d’un réservoir de voix (vote bank), et se reconnaît dans la politique du BJP, qui refuse les concessions (appeasement) envers les musulmans. On est désormais au cœur de l’hindutva telle que la concevaient Savarkar et Golwalkar : les minorités religieuses ne peuvent être tolérées en Bharat (Inde) que si elles se plient à la culture de la majorité hindoue (y compris les codes religieux) et renoncent toute revendication spécifique.

      Et pourtant, la campagne électorale du BJP en 2014 n’a pas été menée sur les thèmes de l’hindutva. Ils en sont même singulièrement absents. Cette campagne, très personnalisée autour de Modi, mettait en avant le développement (vikas) et la bonne gouvernance, la fin de la corruption (liée au Congrès) et la création d’emplois grâce aux investissements privés venus de l’étranger. En d’autres termes, il s’agissait d’appliquer à l’Inde tout entière les recettes économiques qui ont fait le succès du « modèle Gujarati » dont Narendra Modi était crédité dans l’opinion.

      Cependant, quatre ans après l’accession au pouvoir du BJP, les résultats économiques ne sont pas au rendez-vous. Les milieux d’affaires reprochent au gouvernement la timidité et la lenteur des réformes économiques, en dépit des promesses. La création d’emplois se fait attendre et les investissements directs étrangers, bien qu’en progression, ne sont pas à la hauteur espérée, malgré les multiples voyages du premier ministre au cours desquels il martèle son slogan, Make in India, promettant dans chaque pays d’installer en Inde un climat favorable aux investisseurs. Séduits, ou simplement bienveillants, ceux-ci tardent néanmoins à venir car, nonobstant le volontarisme de Modi, l’Inde demeure un pays compliqué pour les entrepreneurs étrangers.

      De surcroît, la démonétisation surprise, en novembre 2016, des billets de 500 et 1 000 roupies, qui a soudainement retiré 86 % de la masse des billets en circulation, a fait perdre à l’Inde plus d’un point de croissance en 2017. Ce qui était présenté comme un coup politique hardi afin d’assécher l’argent noir de la corruption s’est avéré avoir été mal préparé et a privé de ressources les cultivateurs au moment où ils devaient acheter leurs semences (en espèces). Sans surprise, cela s’est traduit l’année suivante par une baisse des récoltes.

      L’exemple peut se décliner dans divers secteurs de l’économie. L’incapacité – du moins temporaire – du gouvernement BJP à tenir les promesses économiques de la campagne de 2014 a entraîné une dégradation de son image et de sa popularité, même si le BJP a encore enregistré des succès électoraux en 2016 et 2017, comme en Uttar Pradesh, où le BJP a remporté, en mars 2017, les trois quarts des sièges de l’Assemblée du plus grand État de l’Inde, dont la population équivaut à celle du Brésil. C’est Narendra Modi lui-même qui a choisi pour le diriger un moine connu pour ses positions extrémistes, Yogi Adityanath, très en pointe dans la dénonciation des musulmans.

      Il est notamment à l’origine des campagnes contre le love jihad, autrement dit le mariage entre une femme hindoue et un homme musulman. Selon la théorie du love jihad, il s’agirait d’un plan délibérément conçu pour islamiser la société hindoue en tirant parti de la naïveté de jeunes hindoues séduites par des « Roméo » musulmans. Des brigades font la chasse à ces couples mixtes et parviennent parfois à les faire arrêter par la police, et, plus rarement, à les faire traduire devant les tribunaux.

      Parallèlement, les milices de défense de la vache (gau rakshaks) traquent les consommateurs de viande de bœuf. Ces dernières années, les cas de violences, parfois mortelles, à l’encontre de personnes simplement soupçonnées de transporter ou de stocker de la viande de bœuf ou de convoyer des vaches pour les abattre, se sont multipliés. L’année 2018 a connu une succession de lynchages qui a amené la Cour suprême à enjoindre au gouvernement central de prendre des mesures pour mettre fin à la mobocratie (la loi de la populace). L’État du Mahrashtra, pour sa part, a interdit en 2015 le commerce et le stockage de la viande de bœuf. Il se trouve que la filière bovine emploie presque exclusivement des musulmans ou des dalits (ex-intouchables). Musulmans et dalits sont également, et de loin, les premières victimes de ces lynchages, dont les auteurs sont ouvertement soutenus par quelques élus régionaux du BJP.

      Cette radicalisation, ce repli sur les marqueurs identitaires, est manifeste dans la campagne menée en décembre 2017 par le BJP pour conserver le Gujarat (État que Narendra Modi a dirigé pendant dix ans). Il n’y était plus question de vikas ni de bonne gouvernance, mais d’insinuer que le Pakistan voulait la victoire du Congrès au Gujarat, avec des références à Aurangzeb (empereur moghol honni des hindous pour son intolérance), et de suggérer que le Congrès voulait désigner un musulman à la tête du Gujarat. En fin de compte, le BJP a conservé de justesse la majorité des sièges, au terme d’un scrutin qui fait figure de victoire à la Pyrrhus pour le parti au pouvoir.

      À la fin de 2017, un membre du gouvernement fédéral a publiquement déclaré que le BJP comptait bien abolir la laïcité de la Constitution indienne. Il n’a pas été suivi sur ce terrain par ses collègues, mais il ne fait pas de doute que le désaccord porte non sur l’objectif mais sur le rythme des réformes. Si les élections de décembre 2017 au Gujarat peuvent donner un aperçu des thèmes de la prochaine campagne au niveau fédéral pour les élections de 2019, il serait exagéré pour autant d’évoquer un rythme accru dans la mise en œuvre du calendrier idéologique du BJP. Il est vrai que depuis 2016, les diverses milices de la Sangh Parivar semblent avoir toute liberté pour défier, souvent par la violence, ceux qui « heurtent les sentiments » des hindous, vandalisant les salles de cinéma qui projettent des films où jouent des acteurs pakistanais ou remettant en question leur vision de l’histoire (même mythologique), s’en prenant physiquement aux mangeurs de bœuf (ou ceux qui sont simplement soupçonnés de l’être), etc.

      Le silence prolongé des autorités – et notamment de leur chef – après la plupart de ces incidents dramatiques est perçu, tant par les partisans de Modi que ses adversaires, comme un encouragement tacite. À plusieurs reprises, cependant, Modi a pris la parole pour condamner sévèrement les excès des milices de défense de la vache. Mais le caractère tardif de ces prises de position et leur inefficacité ne permettent pas de trancher sur le point de savoir s’il condamne vraiment ces exactions ou s’il ne s’agit que d’une concession de forme pour enrayer les critiques montant en Inde comme à l’étranger.

      De façon plus surprenante, le RSS ne semble pas pousser à une accélération du calendrier, tout particulièrement s’agissant de la construction du temple de Ram à Ayodhya. Il préfère manifestement donner la priorité à la révision des manuels scolaires (le nom de Nehru a été banni des manuels scolaires au Rajasthan) et éviter pour l’heure les sujets trop clivants. Son chef suprême, Mohan Bhagwat, multiplie même les déclarations conciliantes, affirmant par exemple en octobre 2017 devant des cadres du mouvement que l’« Inde est une nation d’hindous, mais n’exclut pas les autres », ce qui est une version très édulcorée de l’hindutva, que professe pourtant depuis l’origine le RSS, qu’il dirige depuis 2009. Tout se passe comme si le RSS, donnant la priorité à son projet à long terme, ne voulait pas brûler les étapes au risque de compromettre ses objectifs par un échec du BJP lors du scrutin national de 2019. Il sera toujours temps, après les élections, d’aller plus loin dans l’hindouisation de la société.

      Le BJP a remplacé le Congrès comme parti attrape-tout à l’échelle de l’Union indienne. Il est tiraillé entre la modération nécessaire afin de conserver cette audience et l’intransigeance idéologique de son noyau dur. Le retour de la croissance que prédit le FMI pour 2019 ainsi que les conseils du RSS pourraient inciter Narendra Modi et le BJP à abandonner les thématiques antimusulmanes, auxquelles ils ont eu recours lors des élections de 2017 au Gujarat, pour revenir à des slogans plus neutres idéologiquement, fondés sur le développement, l’environnement et la lutte contre la corruption, et à garder pour plus tard la mise en œuvre d’un programme intransigeant fondé sur l’hindutva.

      (6) La Vishva Hindu Parishad a été créée en 1964 à l’initiative du RSS pour « organiser, consolider la société » et « servir et protéger le dharma (loi naturelle) hindou ».

      (7) Le 27 février 2002, des pèlerins hindous, pour la plupart membres ou sympathisants de la VHP, reviennent d’Ayodhya. Lors de son arrêt en gare de Godhra, le train est attaqué et un incendie se déclare, tuant 59 personnes.

      (8) Ce néologisme, tiré du terme anglais majoritarianism, me semble mieux rendre compte de la réalité que les traductions habituelles (« fait majoritaire », « principe de majorité »).

      (9) Khan est l’un des noms musulmans les plus courants en Inde.


  • Lille : la carte secrète des Insoumis pour gagner les municipales Sylvain Marcelli - 2 Novembre 2018 - Médiacités
    https://www.mediacites.fr/lille/enquete-lille/2018/11/02/lille-la-carte-secrete-des-insoumis-pour-gagner-les-municipales

    Jean-Luc Mélenchon suscite la polémique mais il n’a rien perdu du soutien des militants de La France Insoumise, comme l’a montré son récent meeting à Lille. Dans le quartier de Moulins, ils testent la méthode Alinsky, venue des Etats-Unis, pour lutter contre la résignation des milieux populaires. Reportage.

    éthodique, étage après étage, il sonne à la porte de chaque appartement. T-shirt noir, veste en jean, croix autour du cou, François Schmitt est en mission, résidence Alsace à Moulins. Le militant de La France Insoumise (LFI) n’a pas de tracts à distribuer. « Je viens écouter ce que les gens ont à dire sur leur immeuble, sur leur quartier, sur la ville », explique-t-il avec un large sourire au locataire qui vient d’ouvrir, son bébé dans les bras. Le jeune papa lui demande de repasser un peu plus tard, quand sa compagne sera de retour. Deux portes plus loin, une vieille dame explique qu’elle ne « bouge plus » de chez elle. À l’étage du dessous, une quinqua dynamique confie qu’elle ne sent pas toujours en sécurité. « Quand on prend le premier métro pour aller travailler, parfois on a peur de ce qu’on va trouver », souffle-t-elle.

    Comme François, une dizaine de partisans de La France Insoumise sillonnent le quartier populaire de Moulins, calepins à la main, en ce samedi après-midi de juin. « Nous recueillons les problématiques des habitants avant de susciter éventuellement des actions collectives, explique Habib Haddou, éducateur spécialisé et co-animateur du groupe LFI de Moulins. Si dans une résidence, quinze habitants dénoncent l’insalubrité des lieux, nous pourrons les aider à monter une mobilisation contre le bailleur social. »
Parler aux résignés de la politique
Depuis juin dernier, des militants LFI expérimentent la « méthode Alinsky », un outil de mobilisation des quartiers populaires. Icône de la gauche américaine, le sociologue Saul Alinsky (1909-1972) a enquêté sur les gangs à Chicago et dans les prisons. Il . . .
    La suite de l’article hélas payante

    #Politique #Militantisme #Lille #lfi #fi


  • Sinéad O’Connor converts to Islam, taking new name Shuhada’ Davitt | Music | The Guardian
    https://www.theguardian.com/music/2018/oct/26/sinead-oconnor-converts-to-islam-shuhada-davitt

    Davitt has candidly documented her struggles with mental health in recent years, posting a Facebook video in August 2017 in which she admitted to suicidal thoughts. “I am one of millions ... people who suffer from mental illness are the most vulnerable people on earth, we can’t take care of ourselves, you’ve got to take care of us,” she said in the video. “My entire life is revolving around not dying, and that’s not living.” In a previous update in November 2015, she said she had “taken an overdose”, and a police search was launched for her in May 2016 after she briefly went missing in Chicago, sparking fears for her wellbeing.


  • https://www.mediapart.fr/journal/international/221018/bresil-une-economie-en-panne-minee-par-les-inegalites

    Une copine m’envoie voir cet article qu’elle juge important sur la montée du fascisme au #Brésil.

    L’économie brésilienne peine à se remettre de la crise de 2015. Malgré les années Lula, les inégalités restent immenses et repartent à la hausse. Un carburant pour Jair Bolsonaro, qui promeut un programme néolibéral démagogique.

    À la différence des scrutins précédents, l’économie n’a guère été au centre de la campagne présidentielle brésilienne. La sécurité et la corruption ont été beaucoup plus déterminantes. Et de fait, les deux candidats qui s’affrontent au second tour le 28 octobre, Jair Bolsonaro, du Parti social-libéral (PSL, extrême droite), et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT, gauche), sont restés très flous sur leurs programmes économiques. Pourtant, la situation du Brésil est loin d’être réjouissante et le pays demeure perclus par de très fortes inégalités, qui se creusent à nouveau. Souvent négligée, la cause économique de la crise politique n’est pourtant pas inexistante.

    Un modèle en crise depuis 2015

    Durant les présidences de Lula (2003-2011) et le premier mandat de Dilma Rousseff (2011-2014), le Brésil a connu une forte croissance, avec une moyenne annuelle de 3 %, et même de 5 % en 2011. Cette croissance a permis, sous l’impulsion du PT, de réduire fortement la pauvreté monétaire (qui avait cependant commencé à décroître une décennie auparavant). Selon la Banque mondiale, la part de la population vivant sous le taux de pauvreté est ainsi passée de 11,1 % en 2003 à 2,8 % en 2014. Le Brésil faisait alors partie des BRICS et faisait rêver les investisseurs internationaux. Lors de la crise de 2007-2009, il a montré une résistance remarquable, avec un recul du PIB de 0,13 % en 2008 et un rebond de 7,54 % en 2009.

    À cette époque, le modèle économique brésilien relevait d’un modèle classique pour le pays et les grands pays d’Amérique latine. La croissance s’appuyait principalement sur les exportations de produits agricoles et de matières premières, puis sur le réinvestissement par l’État de ces ressources pour développer la demande intérieure. Entre 2000 et 2015, ce modèle a été rendu possible par la forte demande de produits brésiliens venant principalement des autres pays émergents et en particulier de Chine. Entre 2003 et 2014, les exportations de biens brésiliens sont passées de 73,2 à 225,1 milliards de dollars, soit trois fois plus. La Chine comptait alors pour près de 20 % de ce total et 87 % des livraisons à l’empire du Milieu étaient constituées de matières premières. Parallèlement, l’investissement public a bondi de près de 11 % par an. Le PT a cependant mis l’accent sur la lutte contre la pauvreté et la précarité, notamment par la hausse continue du salaire minimum de près de 5 % par an.

    Composition des exportations vers la Chine du Brésil © OEC

    À partir de 2011, la demande de matières premières commence à reculer, notamment parce que la Chine, qui a sauvé l’économie mondiale en 2008-2009 par un vaste plan de relance, se retrouve dans une situation de surproduction industrielle. L’empire du Milieu entame alors un rééquilibrage stratégique vers la demande et la production intérieures. En 2012, les livraisons de minerais et de pétrole reculent. Parallèlement, les prix des produits agricoles chutent brutalement. Le boisseau de soja, dont le Brésil est le premier producteur mondial, passe de 17,37 dollars en septembre 2012 à 9,05 dollars trois ans plus tard. Un recul qui s’accompagne d’une nouvelle phase d’aversion au risque des investisseurs internationaux, échaudés par la crise européenne et le resserrement monétaire aux États-Unis.

    Fin 2013, la croissance brésilienne commence à ralentir. En 2015, le Brésil entre dans une récession qui durera deux ans, avec un recul des exportations de 15,2 %, suivi l’année suivante d’une baisse de 11,2 %. En deux ans, le PIB en volume a perdu plus de 7 % de sa valeur. Pour éviter une crise des changes et continuer à attirer les flux internationaux de capitaux, la Banque centrale du Brésil (BCB) a brutalement relevé son taux directeur, le Selic, de 10 à 14,25 %, déprimant la demande intérieure. La crise s’accompagne d’une forte détérioration des finances publiques, en raison de la baisse des recettes fiscales et d’une hausse des dépenses sociales, mais aussi et surtout de celles liées au crédit.

    Au Brésil, en effet, comme le souligne une note récente de BSI Economics, les banques commerciales jouent un rôle réduit dans le financement de l’économie : les crédits privés ne représentent que 26 % du PIB, contre 72 % dans l’OCDE. Dans un secteur faiblement concurrentiel, les instituts financiers préfèrent leurs marges aux volumes et pratiquent des taux prohibitifs. Avec la hausse des taux de la BCB, les entreprises se sont tournées vers la Banque nationale pour le développement économique et social (BNDES), qui propose des taux bonifiés inférieurs au taux de la banque centrale. Sa part dans le financement a doublé en quelques années pour représenter la moitié des encours. Mais le coût de ces taux revient au budget fédéral, qui doit donc s’endetter pour payer la différence à des taux élevés auprès... des banques commerciales. Ce cercle vicieux a plombé le budget de l’État. Le déficit est passé de 3 % du PIB en 2014 à 10,32 % en 2016, avec un coût de la dette qui s’élevait à 8,4 % du PIB. Cela a amené le deuxième gouvernement de Dilma Rousseff, puis de son successeur Michel Temer, à contracter les dépenses, notamment les investissements publics et les transferts sociaux.

    Une croissance durablement en panne

    La récession s’est terminée en 2017 grâce à la reprise de la demande internationale, mais le pays n’en est pas sorti indemne. Le rythme de croissance n’est plus le même. Il a été de 1 % en 2017 et sera, selon le FMI, de seulement 1,4 % cette année, un chiffre encore révisé à la baisse récemment. À moyen terme, le FMI prévoit une croissance de 2,2 %, plus de moitié moins que dans les années 2000. Le ressort est brisé : l’investissement public et les transferts sociaux ne permettent plus d’irriguer la demande intérieure.

    Parallèlement, la BCB a certes fortement baissé son taux directeur, jusqu’à 6,5 % en mars dernier. Mais avec une inflation de 3,67 % en moyenne prévue par le FMI cette année, les taux réels restent élevés, proches de 3 %. La BCB a continué à augmenter des réserves en devises déjà excédentaires par rapport aux recommandations du FMI, alors que le flux des investissements directs étrangers continuait à baisser dans la foulée de la remontée des taux de la Fed. Cette politique monétaire s’est assouplie, mais elle demeure encore restrictive. Certes, elle a en partie permis d’éviter une crise du type de celle de la Turquie et de l’Argentine, alors que, comme ces pays, le Brésil affiche un déficit courant. Le réal a bien baissé de 30 % en janvier et septembre, mais c’est deux fois moins que l’effondrement du peso argentin, alors que la BCB a baissé ses taux en mars. Ces réserves (et la faiblesse de l’endettement en dollars) permettent donc de maintenir la confiance.

    Evolution du PIB par habitant, en parité de pouvoir d’achat © Banque Mondiale

    Mais cette sécurité a plusieurs coûts, très lourds. La croissance est plus faible et le budget est moins mobilisable pour la relancer, puisque le financement des entreprises dépend des prêts bonifiés de la BNDES. En 2018, le déficit budgétaire brésilien devrait encore atteindre 8,6 % du PIB. La dette publique a bondi à 88 % du PIB, contre 61 % en 2010. Certes, la dette externe est faible – 26 % du PIB –, mais le poids du service de la dette contraint les autorités à réduire le déficit primaire, donc à abaisser encore l’investissement public et les transferts sociaux directement ou indirectement (par exemple par des incitations à l’emploi faiblement rémunéré). En début d’année, deux agences de notation, Moody’s et S&P, ont dégradé la note brésilienne, renchérissant le coût de la dette brésilienne, qui est passé de 10 % à 12 %. Or l’investissement privé ne prend pas le relais. Pire, le crédit privé recule, alors que l’État n’a plus de marge de manœuvre pour financer le crédit bonifié. Résultat : la productivité reste atone et le Brésil en est réduit à dépendre de ses seules exportations, de faible niveau de gamme ou de matières premières. La croissance risque donc de rester structurellement faible.

    Les inégalités, creuset de la poussée de l’extrême droite

    Le modèle sur lequel le PT a organisé l’économie brésilienne entre 2003 et 2013 ne fonctionne donc plus. Deux de ses principaux moteurs sont à l’arrêt. La conséquence est que le Brésil s’est appauvri. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat est, selon le FMI, encore sous son niveau de 2009 et, d’ici à 2023, il ne devrait pas revenir à son point haut de 2013. Même constat au niveau du taux de chômage. En août 2018, il était à 12,1 % de la population active. En 2014, il était à 6,8 %. Et le FMI estime que dans cinq ans, ce taux sera encore à 9,5 %... Autrement dit, la croissance brésilienne fonctionne désormais à un régime trop faible au regard de la situation démographique. Ce qui induit une capacité de redistribution faible dans un pays déjà miné par les inégalités.

    Car, de ce point de vue, le Brésil demeure un cas d’école. Malgré la baisse de l’extrême pauvreté durant la domination du PT, les inégalités sont toujours élevées. Selon la Banque mondiale, le Brésil est 148e sur 158 pays concernant l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus. Selon le rapport World Inequality Report (WID), les 0,1 % les plus riches (140 000 personnes) captent 14,4 % de l’ensemble des revenus, soit plus que les 50 % les moins riches (70 millions de personnes), qui obtiendront un peu plus de 12 % des revenus. Mais le plus frappant est que, grosso modo, l’évolution de ces deux classes a été la même depuis le début des années 2000, puisqu’en 2001, elles captaient la même proportion des revenus, autour de 11 %.

    Évolution de la part des revenus des 0,1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres au Brésil de 2001 à 2015 © WID Évolution de la part des revenus des 0,1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres au Brésil de 2001 à 2015 © WID

    La politique du PT a certes amélioré le sort des plus pauvres, mais aussi celui des plus riches. Les 1 % comme les 0,1 % les plus riches ont vu leur part du revenu global progresser. Le rapport du WID souligne ainsi qu’entre 2001 et 2015, les 10 % les plus riches ont obtenu 58 % de la richesse créée, contre 16 % pour les 50 % les moins riches. Les vrais perdants ont cependant été les classes moyennes. Les 40 % qui sont autour du revenu moyen ont vu, sur la même période, leur part dans le revenu passer de 34 % à 30 %. Un sentiment de déclassement qui, dans une société déjà très inégalitaire, est une bombe politique et favorise souvent l’extrême droite.

    À cela se sont ajoutées les conséquences de la crise et de la politique menée depuis 2016. La hausse du chômage et la reprise uniquement tirée par les exportations ont creusé encore les inégalités. Selon une autre note sur le sujet de BSI Economics qui cite une étude de la Fondation brésilienne Getulio-Vargas, le revenu moyen mensuel des 20 % les plus pauvres a reculé de 5 % en termes réels, alors que celui des 20 % les plus riches progressait de 10,8 % réellement. L’extrême pauvreté est repartie à la hausse et touchait, en 2017, 7,2 % de la population, contre 6,5 % en 2016.

    Evolution du marché du travail au Brésil © BSI Economics Evolution du marché du travail au Brésil © BSI Economics

    Plusieurs facteurs ont concouru à cette situation, notamment la politique de réduction des dépenses menée par Michel Temer, mais aussi, comme le signale BSI Economics, la progression du travail informel peu qualifié, qui concentre l’essentiel des créations d’emploi et qui induit des revenus et des protections plus faibles. Également en cause, la réforme du marché du travail du président sortant de juillet 2017, qui ressemble à s’y méprendre aux ordonnances françaises de la même époque : inversion de la hiérarchie des normes, réduction du rôle des syndicats, rupture conventionnelle favorisée, développement de l’intermittence et réduction des possibilités de recours aux prud’hommes. Cela a conduit à des licenciements de travailleurs peu qualifiés, qui n’ont d’autres recours, lorsqu’ils le peuvent, que d’accepter des emplois informels.

    Mais ces inégalités extrêmes freinent aussi l’économie brésilienne en la maintenant dans ses structures traditionnelles et en décourageant l’innovation, ainsi que toute hausse de la productivité. L’économie du pays est donc enfermée dans un cercle vicieux où les inégalités et le vieux modèle exportateur de matières premières s’auto-entretiennent.

    Le Parti des travailleurs n’a donc pas été en capacité de réellement réduire fortement les inégalités du pays. Le régime fiscal demeure très inégalitaire et le système éducatif peu performant. La crise économique et politique de 2015-2016 a fait repartir les inégalités et la pauvreté. À la crainte de déclassement des classes moyennes s’est ajoutée la crainte des classes les plus modestes de retourner dans la pauvreté extrême, deux moteurs classiques du succès de l’extrême droite. Jair Bolsonaro a pu jouer sur ces ressentiments pour fustiger les actions du PT pour les plus pauvres comme la « Bolsa Família » (« Bourse familiale ») vis-à-vis des classes moyennes, qui risquent le déclassement, mais aussi vis-à-vis des classes populaires, qui craignent de retourner dans la pauvreté.

    La situation économique et sociale peut donc expliquer aussi en partie le succès de Jair Bolsonaro. Si Lula pouvait encore rassembler les bénéficiaires de l’âge d’or de sa politique, Fernando Haddad n’a pas cette capacité. Mal à l’aise sur l’héritage du PT qui a initié la politique d’austérité, il est resté flou sur sa politique économique. Il a donc créé un vide dans lequel s’est engouffré le candidat du PSL, déjà porté par une classe moyenne qui ne veut plus de la droite traditionnelle, discréditée par la politique désastreuse de Michel Temer. Un sondage de Datafolha du 2 octobre, cité par le chercheur britannique Matthew Richmond, confirme cette alchimie : la classe moyenne, gagnant entre deux et cinq salaires minimums et entre cinq et dix salaires minimums, vote massivement pour Jair Bolsonaro, mais les classes populaires ont aussi placé le candidat d’extrême droite en tête.

    Quel projet économique pour l’extrême droite ?

    Reste une question centrale : que veut Jair Bolsonaro pour l’économie ? Lui-même reconnaît « ne rien y connaître ». Son opposition réflexe à la gauche lui fait rejeter la politique de redistribution du PT et sa culture politique issue de la dictature militaire le ferait pencher vers une protection douanière du marché intérieur ménageant les marchés exportateurs du pays. Sa campagne a pu prendre parfois des accents proches de ceux de Donald Trump : se protéger des appétits chinois et se méfier des accords de libre-échange en cours, comme le Mercorsur, le marché commun établi avec les voisins argentins, uruguayens et paraguayens.

    Mais rien ne semble certain, car Jair Bolsonaro a un mentor en économie, Paulo Guedes, qui devrait être son ministre des finances. Cet homme de 69 ans a été formé à l’université de Chicago dans les années 1970, au moment où elle était le creuset des idées néolibérales et monétaristes. Il a ensuite été professeur d’université à Santiago du Chili pendant la dictature du général Pinochet, dont la politique économique a été influencée par Friedrich Hayek et Milton Friedman. Intellectuel influent par la suite au Brésil, il défend des positions néolibérales classiques : impôt à taux unique de 15 % (comme la Lega italienne), réduction drastique du rôle de l’État, réforme radicale des retraites.

    Jair Bolsonaro et son gourou économique Paulo Guedes. © Reuters Jair Bolsonaro et son gourou économique Paulo Guedes. © Reuters

    Sont-ce des positions incompatibles avec le « trumpisme » de Jair Bolsonaro ? Nullement. Comme Donald Trump, le nouveau président brésilien pourrait favoriser des accords de libre-échange avantageux au cas par cas. Concernant le Mercorsur, le conseiller du candidat du PSL, Luiz Philippe de Orleans e Bragança, par ailleurs descendant de la famille impériale brésilienne, a indiqué qu’il s’agissait de « réévaluer la valeur du Mercosur » pour s’assurer qu’il n’est pas « comme aujourd’hui, un obstacle au libre-échange ». Ce que vise le Brésil, c’est sa capacité à retrouver sa liberté de négocier des accords bilatéraux de libre-échange et de taxer les importations.

    Jair Bolsonaro et Paulo Guedes proposent donc une alternative au modèle brésilien traditionnel, alternative fondée sur une forte déréglementation interne pour relancer la productivité et dynamiser la demande intérieure, et accompagnée d’une politique commerciale ciblée. C’est l’anticipation de cette politique qui a été saluée par l’envolée de la bourse de São Paulo au lendemain du premier tour. Paulo Guedes a permis de rallier à Jair Bolsonaro la finance internationale : le real a gagné 10 % en un mois et le Wall Street Journal a soutenu le candidat d’extrême-droite dans un éditorial. Il est vrai que les investisseurs internationaux voient dans les projets de Paulo Guedes d’immenses opportunités, par les baisses d’impôts, l’ouverture des marchés et les privatisations. Même les banques, a priori visées par la déréglementation et le développement de la concurrence, ne peuvent que se réjouir d’une politique qui donnera, par la réforme des retraites, la priorité au remboursement de la dette publique qu’elles détiennent massivement.

    Cette politique s’annonce néanmoins périlleuse. D’abord parce que le premier client du Brésil est la Chine et le deuxième les États-Unis. Le pays est donc au centre de la confrontation commerciale en cours. Or Jair Bolsonaro semble tenté de donner l’avantage à Washington. En août, il a fustigé la Chine, qui « n’achète pas au Brésil, mais achète le Brésil ». Le pays peut-il cependant se passer des marchés chinois et des investissements chinois, alors que son épargne intérieure est faible ? Rien n’est moins sûr.

    Surtout, mener une politique néolibérale dans un Brésil déjà perclus d’inégalités immenses semble suicidaire va encore précariser et fragiliser les plus modestes. De cette façon, il est peu probable que la productivité s’améliore. Surtout, les tensions sociales et la criminalité ne sauraient être endiguées par ce type de politique. L’expérience chilienne, qui est une référence de Paulo Guedes, montre une explosion des inégalités. Une étude datant d’avril 2015 et signée par Javier Rodríguez Weber, de l’université de la République d’Uruguay, a montré que durant le régime Pinochet, les inégalités se sont creusées d’un tiers au Chili. Seule la répression a permis de soutenir une telle situation. On voit mal comment une telle politique peut développer et soutenir la demande intérieure. Les études les plus récentes montrent que les inégalités sont une source de réduction de la croissance de la productivité. La compétition et les inégalités ne débouchent que sur la formation d’une nouvelle oligarchie ou le renforcement de l’ancienne.

    Il y a là de la naïveté propre à l’idéologie néolibérale de croire que la baisse des impôts et la dérégulation peuvent apporter la prospérité pour tous. Mais dans un Brésil traumatisé par la crise, miné par les inégalités et orphelin de son modèle économique, ce discours simpliste pouvait prospérer. Il est cependant peu probable qu’il donne des résultats.


  • La manufacture du meurtre - Alexandra MIDAL - Éditions La Découverte
    https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_manufacture_du_meurtre-9782355221323.html

    En 1896, à l’âge de 35 ans, Henry Howard Holmes, de son vrai nom Herman Webster Mudget, le premier tueur en série des États-Unis, avoue des dizaines de crimes. Pour mener tranquillement ses activités, il a édifié à Chicago, à quelques encablures des abattoirs les plus sophistiqués du monde, une bâtisse si vaste que ses voisins l’ont appelée le Château. Létal, pratique et confortable, l’immeuble est doté des innovations les plus récentes. Chef-d’œuvre rationnel et mécanique cosy du crime en pantoufles, le projet de Holmes, designer de l’extrême, s’inscrit à merveille dans le projet fonctionnaliste des modernes.
    Cette enquête interroge l’émergence quasi simultanée de la révolution industrielle et de la figure du serial killer. Loin d’être une coïncidence, elle annonce la rationalité de nouveaux modes de production dont la chaîne de montage et le meurtre sériel sont deux émanations. Le cas Holmes, anti-héros de l’histoire moderne, permet de mieux saisir le tournant que cette révolution économique, mécanique et culturelle a opéré dans le traitement du vivant.
    On trouvera, en annexe de cet essai, la première traduction française des Confessions du tueur, publiées juste avant son exécution, en avril 1896.

    1. La scène des crimes de H. H. Holmes : lieu des inventions
    La loi des séries : révolution industrielle, chosification de la femme démembrée et serial killer
    moderne
    Dark side : le anti-héros en designer
    Design et horreur : la « salle des horreurs » du premier musée du design
    2. Itinéraire d’un jeune escroc designer de son temps : de Herman Mudgett à H. H. Holmes
    L’arrivée à Chicago
    Vols, escroqueries et meurtre de son complice
    Le flegme d’un condamné
    3. La scène du crime : le château de l’horreur
    Machine à tuer : voûtes et pièces scellées, tombes et crématoires
    Climatologie du meurtre : fluides, vapeurs et gaz ; espace, temps et commande à distance ; une
    smart house avant l’heure
    Meurtres et escroqueries à tous les étages, le capitalisme industriel à la fête
    Économie et rendements du corps moderne
    4. Les stigmates du mal
    La part d’ombre du design
    L’art du design
    Annexe : Confession de H. H. Holmes.

    #design #meurtre #serial_killer #smart_house #thanatocratie


  • Camilo Jose Vergara | Tracking time.
    https://www.camilojosevergara.com/About-This-Project/1

    For more than four decades I have devoted myself to photographing and documenting the poorest and most segregated communities in urban America. I feel that a people’s past, including their accomplishments, aspirations and failures, are reflected less in the faces of those who live in these neighborhoods than in the material, built environment in which they move and modify over time. Photography for me is a tool for continuously asking questions, for understanding the spirit of a place, and, as I have discovered over time, for loving and appreciating cities. My focus is on established East Coast cities such as New York, Newark and Camden; rust belt cities of the Midwest such as Detroit and Chicago; and Los Angeles and Richmond, California. I have photographed urban America systematically, frequently returning to re-photograph these cities over time. Along the way I became a historically conscious documentarian, an archivist of decline, a photographer of walls, buildings, and city blocks. Bricks, signs, trees, and sidewalks have spoken to me the most truthfully and eloquently about urban reality. I did not want to limit the scope of my documentation to places and scenes that captured my interest merely because they immediately resonated with my personality. In my struggle to make as complete and objective a portrait of American inner cities as I could, I developed a method to document entire neighborhoods and then return year after year to re-photograph the same places over time and from different heights, blanketing entire communities with images. Studying my growing archive, I discover fragments of stories and urban themes in need of definition and further exploration. Wishing to keep the documentation open, I include places such as empty lots, which as segments of a sequence become revealing. I observe photographic sequences to discover how places evolve, and to formulate questions. I write down observations, interview residents and scholars, and make comparisons with similar photographs I had taken in other cities. Photographs taken from different levels and angles, with perspective-corrected lenses, form a dense web of images, a visual record of these neighborhoods over time. My photographic archive of poor, minority communities across the country evolved over decades. The stages can be divided according to the film and type of camera used. In the early 1970s, as a street photographer who focused on people, I used High Speed Ektachrome. Then, as I concentrated on time-lapse photography of the urban fabric, I turned to Kodachrome 64, a stable color film that came out in the mid-1970s. In combination with a small 35 mm camera, it provided me with the medium speed and fine grain emulsion appropriate for creating a lasting archive of buildings and city blocks. After it was discontinued in 2010, Fujichrome Provia 100 became my film of choice. I have used it concurrently with digital photography since 2005. For quick access to my collection I have made a selection of 2,500 digital images and archived them using Adobe LightRoom, which provides a system for organizing my digital collection according to place, time and subjects. It is also invaluable for gathering images to update, as well as to prepare articles, books and exhibitions.

    Vyse Avenue, South Bronx, NY (1980-2013)


  • Amazon contre Alibaba et les 40 dragons
    https://theconversation.com/amazon-contre-alibaba-et-les-40-dragons-98898

    Juin est le mois des courses de bateaux-dragons à Shanghaï comme à Chicago. On y voit des équipes de vingt pagayeurs parfaitement synchronisés filer sur leur pirogue à la proue de démon. Bateau-Dragon est aussi le nom de code du plan d’Amazon pour devenir un acteur global de la logistique. Comprenez un monstre d’efficacité et d’innovation dans le transport international de marchandises qui, un jour, dépassera tous les autres, y compris Alibaba et ses 40 dragons. Un géant de la logistique Quand Jeff (...)

    #Alibaba.com #Darty #Amazon #Amazon's_Prime #bénéfices #concurrence #marketing #profiling #DHL #UPS (...)

    ##robotique


  • Un hommage au grand géographe qu’était Marcel Roncayolo (1926-2018).

    https://www.editionsparentheses.com/spip.php?page=rubrique&id_rubrique=0

    « La ville comme territoire du géographe »

    « La ville est toujours la ville de quelqu’un. » Ainsi Marcel Roncayolo titrait-il un article publié il y a une dizaine d’années.
    Au terme d’une carrière de géographe de l’urbain marquée par le souci d’enrichir l’analyse de l’évolution des villes d’une composante humaine, sensible et biographique, Marcel Roncayolo revient à la ville de ses aïeux (à l’instar du Retour à Marseille de René Allio), comme un parcours à la fois introspectif et à même de révéler les soubassements émotionnels des idées qu’en tant que géographe il a développées.

    « C’est bien la lecture de Julien Gracq qui m’a donné ici le cœur de livrer une lecture renouvelée de la ville en “fouillant” mon expérience intime de Marseille, celle d’une ville à la fois transmise par les héritages familiaux, vécue pendant le temps formateur de l’enfance et de l’adolescence et analysée dans mes travaux de chercheur. Le témoignage que je livre dans cet ouvrage s’ancre sur les itinéraires qui, dans ma ville natale, le Marseille de l’enfance et de l’adolescence, m’ont ouvert à la connaissance du monde, ont façonné ma personnalité et modelé mon regard sur la ville, partant, ma conception de l’urbain. Raconter sa vie et raconter sa ville sont ainsi étroitement associés. »

    L’ouvrage se compose d’une première partie autobiographique, illustrée de documents personnels, où l’on découvre à travers les parcours qui lui étaient familiers à la fois sa ville subjective et une mise en perspective de ce qui le marquait déjà, enfant, dans cette ville-monde — état de la métropole et prémices de son évolution —, et d’une seconde partie constituée de balades — re-connaissance des lieux soixante ans après — effectuées dans les années 2000, en compagnie de Sophie Bertran de Balanda (architecte et urbaniste) qui en réalise l’iconographie à travers une centaine d’aquarelles exécutées sur le vif.

    Observateur de la ville contemporaine, longtemps marcheur inconditionnel, l’auteur nous ouvre les yeux, à travers ces promenades urbaines, sur l’importance des lieux que nous habitons et qui nous forment durablement.

    #géographie #urban_matter #macel_roncayolo

    • Message ds colègues de Nanterre :

      Chères et chers collègues,

      Nous avons le regret de vous informer du décès samedi dernier à Paris de Marcel Roncayolo, ancien professeur au département de géographie de l’UFR Sciences Sociales et Adminstration (SSA).

      Marcel Roncayolo (1926-2018)
      Un éclaireur solitaire

      Marcel Roncayolo, qui vient de nous quitter dans sa quatre-vingt-treizième année, était bien plus qu’un grand universitaire, spécialiste de géographie urbaine, une personnalité d’influence, un penseur faisant autorité sur les processus de l’urbanisation, et surtout un décrypteur sans égal de la « grammaire » de « sa » ville, Marseille. Longtemps ignoré du grand public et tenu à l’écart par ses pairs, surtout en France, il a ouvert en pionnier les chemins de la connaissance et de l’action, bien avant qu’en 2012, le jury du Grand Prix de l’urbanisme ne lui rende hommage pour l’ensemble de son œuvre.

      C’est qu’en priorité peut-être, Marcel Roncayolo privilégiait l’engagement dans la cité, la responsabilité, parfois discrète, de l’intellectuel dans la conduite des affaires et l’infléchissement politique, au meilleur sens du terme, des sociétés. Dès le milieu des années 50, jeune assistant à la Sorbonne, il collabore, aux côtés de son ancien condisciple normalien, Claude Nicolet, futur directeur de l’Ecole française de Rome, aux Cahiers de la République, très écouté, paraît-il, de son inspirateur, Pierre Mendès France, intéressé par ses analyses de géographie sociale (« Géographie électorale des Bouches-du Rhône », co-écrit avec Antoine Olivesi, dans les Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, n°113, 1961). Plusieurs décennies plus tard, après son passage par l’Université de Nanterre, on retrouvera un souci identique de réunir dans un même lieu analyse et politique de la ville (Territoires en partage, Nanterre, Seine-Arche : en recherche d’identité(s), Parenthèses, 2006).

      Et l’itinéraire professionnel choisi par Marcel Roncayolo ne fait que corroborer l’alliance du projet social et de la carrière universitaire. En 1956, il préfère être agrégé-répétiteur -« caïman » - à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm plutôt que chercheur au CNRS, pour rester en contact avec les étudiants à former. Ses cours demeurent des modèles du genre. Il restera de cet engagement une préoccupation constante de formation des élèves et des futurs enseignants. Elu en 1965 directeur d’études à la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études, il ne s’abandonne pas pour autant aux seules joies spéculatives des séminaires. Il endosse la charge de secrétaire de la Présidence auprès de Fernand Braudel dans les années d’élaboration de la future Ecole des Hautes études en sciences sociales, projet auquel il est resté fidèle toute sa vie professionnelle. Il teste aussi dans des « Semaines d’études à Sèvres » la création d’un enseignement économique et social dans les lycées et un baccalauréat de culture générale. L’essai débouchera sur la création très novatrice en 1977 d’une « agrégation de sciences économiques et sociales », dont Marcel Roncayolo laissera le pilotage a son ami l’inspecteur général, Guy Palmade.

      Car, dans le même temps (1978), Marcel Roncayolo prend la sous-direction de l’ENS, bientôt promue en direction-adjointe. Il y restera jusqu’en 1988, réformant au passage l’entrée à l’Ecole, en créant un deuxième concours littéraire, sans obligation de langues anciennes, mais introduction de sciences sociales. Evidemment, toutes ces charges administratives n’ont pas été
      sans conséquence sur l’aboutissement d’une thèse d’Etat, conçue dès le début des années 50, et finalement soutenue en Sorbonne en 1981 (« Ecrits sur Marseille : morphologie, division sociale et expression politique »). Ultime consécration, ou petite coquetterie, chez cet homme bardé d’honneurs et de considérations, elle lui vaut d’être élu professeur des Universités à Nanterre en 1986. Cela ne l’empêche pas de poursuivre ses séminaires, toujours très suivis, à l’EHESS, et d’assurer la direction de l’Institut d’urbanisme de Paris, à Créteil, de 1991 à 1994.
      Pourtant, depuis longtemps, l’essentiel est ailleurs, dans la diffusion des idées sur l’urbanisation, la géographie sociale, et la participation à de grandes aventures éditoriales. Véritable « inventeur » en France de l’Ecole de Chicago, redécouvreur d’Halbwachs, promoteur précoce du concept de « centralité » (colloque d’Amsterdam de 1966), Marcel Roncayolo se lance dans des écritures collectives ou assumées seul (Histoire du monde contemporain (Bordas, 1973, articles dans l’Enciclopedia Einaudi de son ami Ruggiero Romano), s’intéresse à la ville industrielle avec son complice l’historien Louis Bergeron et l’économiste Philippe Aydalot (Industrialisation et croissance urbaine dans la France du XIXe siècle, 1981), participe en 1985 avec le médiéviste Jacques Le Goff au colloque fondateur de la RATP à Royaumont (Crise de l’urbain, futur de la ville, « Propos d’étape »), contribue aux Lieux de mémoire de Pierre Nora (1984-1992 , « Le paysage du savant »). Mais la grande œuvre demeurera les deux tomes de l’Histoire de la France urbaine, patronnée par Georges Duby, où Marcel Roncayolo rédige des chapitres essentiels des deux tomes de La ville de l’âge industriel (1980) et de La ville aujourd’hui ; croissance urbaine et crise du citadin (1985). Maintes fois réédités en livre de poche (Points Seuil), c’est un succès de librairie. Il y manifeste toujours la même attention à traquer à travers les matérialités urbaines, permanences et continuités, mutations et résiliences, et discordances de temps des sociétés urbaines.

      Tour à tour géographe, historien, sociologue, économiste ou politiste, Marcel Roncayolo est inclassable, moins encyclopédiste qu’adepte d’une pluridisciplinarité active. Il est résolument convaincu de l’unité des sciences sociales, convoquant tour à tour Alain, Fustel de Coulanges, Mauss ou les sociologues américains. C’est sans doute cependant l’histoire qu’il a le plus étroitement articulée avec la matérialité de l’espace (Lectures de villes, formes et temps, 2002), au point qu’il fut souvent considéré comme un historien. Usant de la métaphore géologique, il considérait que la ville est à tout instant le résultat de l’affleurement de strates sociales, physiques, politiques d’âges divers. C’est pourquoi il préféra l’analyser à l’aune de la notion de territoire, plus propre à intégrer les temporalités, qu’à celle d’espace (Territoires, Editions Rue d’Ulm, 2016). Cette pluridisciplinarité pratiquée avec exigence le fait survivre aux modes qui ont tour à tour affecté la géographie contemporaine : la sociologie marxiste mécaniste, la modélisation quantitative, le fétichisme des représentations spatiales, et même aujourd’hui la toute puissance de la « géopolitique ». Un regret dans ce florilège : que le maître n’ait jamais songé à inscrire son cœur de doctrine dans une véritable somme synthétique. Un essai brillant, La ville et ses territoires (1990), des définitions souvent facétieuses dans ses réponses à Isabelle Chesneau (L’Abécédaire de Marcel Roncayolo, 2011), ne peuvent tout à fait en tenir lieu.

      A la réflexion, cette absence n’est pas un hasard. Si Marcel Roncayolo aimait la ville, toutes les villes, et certaines particulièrement, comme Rome, Paris et New-York, il restera le prince d’une seule ville : Marseille, à qui il vouera son dernier ouvrage (Le géographe dans sa ville, 2016), après lui avoir sept décennies auparavant consacré son premier article (« Evolution de la banlieue marseillaise dans la basse vallée de l’Huveaune », Annales de géographie, 1952). Itinéraire jalonné entre temps par des dizaines d’articles, une bonne poignée de livres et de manifestations dédiées à la métropole phocéeenne. La clef du mystère est peut-être la méfiance dans toute généralisation hâtive, dont ses maîtres en géographie urbaine, Raoul Blanchard pour les monographies, Pierre George pour les traités, l’avaient tour à tour vacciné. « D’abord il faut revenir à la géographie, en ce qui concerne la singularité des lieux, qui pourra éventuellement s’articuler à la notion d’héritage », répondait-il un peu mystérieusement à Villes en Parallèle en 2013 (« Carthagène Veracruz, villes-ports dans la mondialisation »).

      Pour terminer sur une note plus personnelle, celui que ses familiers appelaient « Ronca , » n’avait rien du savant austère. Il aimait la bonne chère, les matchs de l’OM (malheur à qui lui téléphonait ces soirs-là !), et, autant qu’il l’a pu, les promenades sur le Vieux Port, dans les grandes villes américaines ou les villes baroques siciliennes, et les étés dans le village corse de son épouse. Il chérissait sa famille, nombreuse, et par-dessus-tout, sa femme, Jeanie, trop tôt disparue. Qu’il repose en paix.

      Jacques Brun, Guy Burgel, Marie-Vic Ozouf-Marignier


  • Chicago Will Finally Release Video of Police Officer Shooting Unarmed and Disabled Ricky Hayes
    https://theintercept.com/2018/10/16/chicago-police-shooting-video-ricky-hayes

    Chicago’s Civilian Office of Police Accountability, or COPA, plans to release video footage today of the August 13, 2017 shooting of an African-American teenager named Ricardo Hayes by police officer Khalil Muhammad. Viewed against the backdrop of the recently concluded trial of officer Jason Van Dyke for the murder of 17-year-old Laquan McDonald, the release of the Hayes video is an occasion to ask what has and has not changed since the release of the McDonald video in the fall of 2015 (...)

    #CCTV #police #discrimination #vidéo-surveillance #surveillance


  • Présidentielle au Brésil : Bolsonaro tutoie une victoire au premier tour
    http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/08/01003-20181008ARTFIG00011-presidentielle-au-bresil-bolsonaro-tutoie-une-vic

    C’est aussi la situation économique qui n’a cessé de se dégrader depuis 2015 qui a donné des ailes à Jair Bolsonaro. Les Brésiliens, qui ont vu sous la présidence Lula émerger une classe moyenne et plus de 50 millions de Brésiliens sortir de la pauvreté, ont subi une dégradation drastique de leurs conditions de vie. Son conseiller économique, Paulo Guedes est dans la plus pure tradition ultralibérale des Chicago boys. Il prône des privatisations et un retrait de l’État de la sphère économique. Les milieux d’affaires ont fini par le soutenir et les marchés ont salué la perspective d’une victoire de Bolsonaro par la plus forte hausse de la bourse depuis deux ans.

    Ces gens sont capables de dire dans la même phrase que 50 millions de brésiliens sont sortis de la pauvreté, et que les brésiliens ont subi une dégradation de leurs conditions de vie. Et les seuls gouvernants cités sont évidemment ceux du PT, Temer et ses copains n’existent pas dans l’article du Figaro. Dans celui du Monde, on en parle à la fin à toute vitesse.

    • JLM sur Facebook

      Au Brésil les salauds ont préferé mettre Lula en prison et faire élire un type d’extrême droite en croyant que le chantage à la peur ferait élire leur propre pourri. Évidemment la direction politique de France 2 interroge sa « correspondante » qui dit que la « population est fatiguée par 14 ans de gauche » alors que c’est la droite corrompue qui gouverne depuis trois ans ! Ne manquait qu’un petit coup de Venezuela pour finir le champagne chez ces médias voyous.

      Je plussoie, au détail près que dès le début, leur objectif était bien d’élire un homme « neuf »...


  • [Appli] The Vistorian | Benjamin Bach et al.

    Attention pépite.

    The Vistorian (anciennement NetworkCube) est une famille d’applications web d’exploration et de co-géo-visualisation de réseaux complexes par domaine (thématique). Gratuite, libre et ouverte, elle est développée par un collectif interdisciplinaire (Bach et al., 2015).
    –-> http://vistorian.net

    The Vistorian est l’appli. dédiée aux humanités numériques (!), pour leur permettre d’explorer de manière dynamique des réseaux temporels catégoriels (ou typés), temporels, géographiques ou multiples.

    A noter que "ConnectoScope" développée par le même ensemble, est dédiée aux neuroscientifiques, pour visualiser des réseaux neuronaux fonctionnels (« brain connectivity networks »).

    The Vistorian est intéressante, d’abord parce qu’elle propose de charger son propre jeu de données, une matrice (.csv) ; ensuite parce qu’elle permet de le représenter selon plusieurs modalités graphiques (sur le modèle de la variante) ce jeu de données : sous la forme de graphe (analyse de la structure, morphologie), de matrice bloquée (analyse de l’ordonnancement, des relations), de carte (analyse de la géographie des relations) et de diagramme en bande (analyse temporelle, de l’évolution des relations). Enfin, parce qu’elle est facile d’utilisation et fluide...

    –> Voir une présentation en ligne : https://networkcube.github.io/networkcube/web/index.html#video_div
    –> ou consulter les librairies sur leur dépôt : https://github.com/networkcube/networkcube

    Ces développements résultent d’une collaboration entre Benjamin Bach (The University of Edinburgh), Jean-Daniel Fekete (Inria), Nicole Dufournaud (EHESS, LaDéHIS et Histoire du genre) et Nathalie Henry Riche (Microsoft Research).

    Référence : Benjamin Bach, Nathalie Henry Riche, Roland Fernandez, Emmanoulis Giannisakis, Bongshin Lee, Jean-Daniel Fekete. « NetworkCube : Bringing Dynamic Network Visualizations to Domain Scientists ». Posters of the Conference on Information Visualization (InfoVis), Oct 2015, Chicago, United States.
    https://hal.inria.fr/hal-01205822/document

    –> A noter que le tutoriel sera présenté par Benjamin Bach dans un webinar des TutoM@te, le 18 octobre (14h30-18h30). Contacts : Benoit Tudoux : benoit.tudoux<at>univ-tlse2.fr / Viviane Le Hay : v.le.hay<at>sciencespobordeaux.fr

    #flowmap #cartedeflux #matriceOD #reseau #covisualisation #application #gflowiz #graphe #carte


  • À propos de BlacKkKlansman | Le cinéma est politique
    http://www.lecinemaestpolitique.fr/a-propos-de-blackkklansman

    Alors que la presse et les critiques ont été largement unanimes pour saluer et promouvoir le dernier film de Spike Lee, BlacKkKlansman, Boots Riley a publié une critique du film sur Twitter le 18 août 20181, qu’il nous semble utile d’ajouter au débat. Nous en publions ici une traduction, avec son autorisation.

    Cette intervention de Boots Riley nous semble d’autant plus nécessaire que l’histoire de BlacKkKlansman, décrite comme ‘incroyable’, ‘improbable’, ‘si surprenante’ à longueur d’interviews et d’articles, est souvent présentée comme une histoire ‘vraie’ par les personnes qui défendent ou promeuvent le film – alors que le générique de fin dit bien qu’elle est ‘inspirée’ des mémoires du policier noir Ron Stallworth. Le nom de Jordan Peele, l’auteur et réalisateur de Get Out sorti l’année dernière, et l’un des co-producteurs de BlacKkKlansman, est aussi systématiquement invoqué et mis en avant pour ajouter au film un surplus de ‘validation’ anti-raciste.

    Dans une très longue et très complaisante interview pour le prestigieux magazine de cinéma du British Film Institute Sight & Sound2, Lee explique que son film se veut avant tout une sorte de manifeste méta-cinématographique, que son intention est d’intervenir pour changer le regard que le cinéma a pu porter sur les noirs – d’où les régulières références à l’histoire du cinéma que le film inclut. Ainsi, le gros plan (qui précède la conclusion et les images de la manifestation de Charlottesville en août 2017) qui montre la croix de feu reflétée dans l’œil d’un membre du Klan, se veut un symbole de ce que BlacKkKlansman dénonce : la manière dont l’histoire du cinéma a pu affecter le regard et contribuer à alimenter la haine jusqu’à aujourd’hui. Le texte de Boots Riley, nous semble-t-il, interroge précisément la portée de ce programme.

    • Réalisateur de Sorry To Bother You (2018) https://www.youtube.com/watch?v=enH3xA4mYcY

      – une comédie surréaliste qui nous entraîne dans le monde macabre d’une boîte de télémarketing, et dont on ne sait pas encore pour sûr s’il sera distribué en France mais qui s’est fait remarquer aux États-Unis –, Boots Riley était jusque-là plus connu comme le membre principal du groupe de rap d’Oakland ‘The Coup’, et comme un militant communiste, anti-capitaliste et anti-raciste de longue date. Ses albums Kill My Landlord de 1993, Party Music https://www.youtube.com/watch?v=OViqNb3ZdDA
      de 2001, Pick a Bigger Weapon de 2006 ou sa collaboration avec Tom Morello (de Rage Against The Machine) pour former le Street Sweeper Social Club en 2009, et enfin Sorry To Bother You – l’album, avec son super morceau ‘Guillotine’ – en attestent. Boots Riley se sert ainsi très explicitement de sa musique comme d’un outil d’agitprop, alliant radicalité du propos et musique engageante. Car en parallèle il s’est particulièrement impliqué dans le mouvement d’Occupy Oakland en 2011 et surtout contre le transporteur céréalier et géant capitaliste EGT, et aux côtés des syndicats de dockers https://www.youtube.com/watch?v=D3Ia-oQnZOo
      du port d’Oakland en 2012. Il s’est aussi mobilisé pour soutenir, notamment, les enseignants en grève à Chicago la même année, les employés de McDonald’s à Oakland en 2013, et plus récemment, la grève des prisonniers (qui travaillent souvent pour moins d’un dollar de l’heure), qui se sont mobilisés en nombre du 21 août au 9 septembre derniers contre la déshumanisation et la brutalité du système carcéral. Une grève historique qui, dans 17 États, a contribué à souligner et dénoncer les limites du 13ème amendement de la Constitution. Car si celui-ci a abolit l’esclavage il permet encore la perpétuation de l’oppression de pans entiers de la population, et de façon disproportionnée les Africain Américains, surtout depuis la Présidence Clinton et sa funeste loi ‘de lutte contre la criminalité’ de 19943

      Voilà d’où parle Boots Riley lorsqu’il intervient sur le film de Spike Lee.

      3 À ce sujet il est important de voir le documentaire d’Ava DuVernay 13TH https://www.youtube.com/watch?v=V66F3WU2CKk

      , qui fait notamment intervenir Michelle Alexander et se fait l’écho de nombreux enjeux exposés son ouvrage de 2012, The New Jim Crow http://newjimcrow.com , ou encore Angela Davis, La prison est-elle obsolète ?

    • Voici quelques réflexions à propos de BlacKkKlansman.

      Ce texte contient des spoilers, donc ne le lisez pas avant d’avoir vu le film.

      Ceci n’est pas tant une critique esthétique d’un film formellement très maîtrisé qu’une critique politique de son contenu dans le contexte actuel.

      En préambule, je tiens aussi à dire, comme je l’ai tweeté la semaine dernière, que Spike Lee a eu une grande influence sur moi. C’est lui qui, il y a bien des années, m’a donné envie de faire des études de cinéma. Il est la première personne à qui j’ai envoyé une démo de ma musique quand il était à la tête du label 40 Acres and a Mule Musicworks, et il m’a inspiré en tant que critique culturel. Il n’a jamais mâché ses mots au sujet des films de Tyler Perry ou d’autres films qu’il pouvait voir et qui le mettaient en colère. Spike Lee ne mâche pas ses mots. Et même si, à mon tour, je vais exprimer ma déception, je garde la plus grande estime pour lui en tant que cinéaste. Je dois aussi ajouter que de nombreuses personnes qui ont contribué au film sont des personnes que je connais personnellement, que je trouve géniales et que je sais être pleines de bonnes intentions, et comme elles me connaissent, elles savent aussi que je ne vais pas mâcher mes mots.

      Tout d’abord, BlacKkKlansman n’est pas une histoire vraie. Qu’une histoire ne soit pas « vraie » n’est pas nécessairement un problème pour moi – le réalisme au cinéma n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en ce moment – mais ce film est promu comme étant une « histoire vraie ». Or c’est précisément tout ce qui n’est pas vrai dans ce film qui permet de faire d’un flic un héros de la lutte contre le racisme. Lorsque j’ai commencé à formuler des critiques sur le film, on m’a répondu : « Mais c’est une histoire vraie ! ». Ce n’est pas le cas.

      Il s’agit d’une histoire fabriquée dont les éléments purement inventés visent à faire passer un flic pour un protagoniste de la lutte contre l’oppression raciste. Et ça sort au moment où Black Lives Matter s’est imposé dans les débats, et ce n’est pas une coïncidence. C’est loin d’être neutre.

      Voici ce que l’on sait :

      Le véritable Ron Stallworth a infiltré une organisation révolutionnaire noire pendant trois ans (et pas qu’à une seule occasion, comme nous le montre le film) et tous les documents du programme de contre-espionnage du FBI (COINTELPRO) qui ont été publiés dans le cadre de la loi d’accès à l’information (1966) nous informent sur ce qu’il a fait, à savoir : saboter une organisation politique noire radicale, et certainement pas dans le but de lutter contre l’oppression raciste. Les documents du COINTELPRO révèlent que ceux qui ont infiltré ces organisations pour la police ont œuvré à déstabiliser ces organisations en y provoquant des conflits internes, en agissant comme des dingues pour nuire à l’image du groupe, en suscitant des confrontations physiques, et en montant des coups pour faire en sorte que les militants de ces associations se fassent tuer par la police ou d’autres. Ron Stallworth appartenait à COINTELPRO. Le but du COINTELPRO était de détruire les organisations radicales, et en particulier les organisations révolutionnaires noires.

      Les documents du COINTELPRO nous montrent aussi que, lorsque les organisations suprémacistes blanches étaient infiltrées par le FBI et les flics, ce n’était pas pour les déstabiliser. Elles n’étaient pas déstabilisées, mais utilisées pour menacer et/ou attaquer physiquement les organisations radicales. Aucune directive n’a été donnée pour empêcher la montée des organisations suprémacistes blanches. Les directives étaient d’empêcher le développement d’organisations radicales anti-racistes. Les suprémacistes blancs ont été infiltrés par l’État pour être utilisés comme des outils d’oppression plus efficaces. Dans certains cas, c’étaient les flics infiltrés eux-mêmes qui élaboraient des stratégies et donnaient le feu vert pour des assassinats. C’est ce qui s’est produit lors des attentats qui ont frappé les églises proches du mouvement pour les droits civiques à Birmingham, lors des meurtres de leaders du mouvement au moment de la Marche de Selma à Detroit, comme lors du massacre de travailleurs membres du Parti communiste à Greensboro en 1979, entre autres. Voilà à quoi Ron Stallworth a participé, et il l’a fait dans ce contexte-là. Or les événements montrés dans le film ont tous lieu en 1979 et après.

      Stallworth a écrit ses mémoires pour se montrer sous un autre jour, mais voyons ce que nous savons d’autre.

      Stallworth et la police n’ont jamais déjoué aucun attentat à la bombe. Ce n’est pas dans ses mémoires. Cette histoire-là a été inventée pour le film afin de faire passer les policiers pour des héros.

      Aucun flic n’a jamais été dénoncé et/ou arrêté pour avoir dit, dans un bar et alors qu’il était soûl, qu’il pourrait bien abattre des noirs si ça lui chantait. Ça non plus, ça ne figure pas dans les mémoires de Stallworth. Cette scène a été inclut dans le film pour donner l’impression que Ron et la police se souciaient de combattre le racisme, comme si la police ne protégeait pas systématiquement tous les flics racistes ou responsables d’abus qui existent dans leurs rangs. Il s’agit d’une scène dans laquelle les forces de police toutes entières – leur chef et tout et tout – travaillent ensemble avec la petite copine révolutionnaire de Ron pour coincer un flic raciste isolé. Ça n’est jamais arrivé. Et ça ne risque pas d’arriver non plus, car quelqu’un qui dirait un truc aussi vague sous l’emprise de l’alcool ne pourrait pas être arrêté pour ça. Mais dans le film, la scène fait passer les flics pour de bons gars.

      Son collègue qui s’est chargé d’infiltrer le Klan n’était pas juif et n’est jamais passé aux yeux de personne pour juif. Il s’agit d’une invention qui permet juste de dramatiser encore plus l’affaire et de faire croire que les flics étaient prêts à se sacrifier. Si vous ajoutez cela à l’idée mensongère selon laquelle leur but était de combattre le racisme, ça vous les rend encore plus sympathiques. Ça veut dire, qu’en vrai, Stallworth n’a jamais eu besoin d’aller jeter une pierre par la fenêtre d’un membre du Klan pour sauver son acolyte, ni quoi que ce soit du genre.

      J’ai rencontré Kwane Ture en personne deux ou trois fois, et je l’ai entendu parler bien plus que ça. À l’époque où il a commencé à se faire appeler Kwane Ture, il venait de fonder la AAPRP (All-African People’s Revolutionary Party) et passait le plus clair de son temps en Afrique. La mission de l’organisation aux États-Unis était d’encourager l’émergence d’intellectuels révolutionnaires noirs. Pour cela, ils avaient constitué une liste de lectures particulièrement longue et des groupes de réflexion très poussés. C’est dans ce cadre-là qu’il est revenu aux États-Unis pour faire le tour des universités, rencontrer et parler à des étudiant.e.s noir.e.s. En 1989/90, à l’université d’État de San Francisco, j’ai participé à quelques séances de ces groupes de réflexion. Si vous aviez pris la peine de demander alors à Kwane Ture ce qu’il faudrait faire – comme le fait Ron Stallworth dans le film – il aurait répondu ce qu’il répondait d’habitude : « Étudie ! ». Mais faire dire à Ture quelque chose qui s’entend comme un appel à l’insurrection armée – ce qu’il ne prônait pas à l’époque aux États-Unis – fait passer ce groupe révolutionnaire pour bien plus dangereux qu’il ne l’était. En d’autres termes, ce film veut faire passer un agent du COINTELPRO pour un héros. Et tous les moyens sont bons pour arriver à cette fin.

      Avec ces morceaux d’histoire fabriqués de toutes pièces, BlacKkKlansman fait passer Ron Stallworth pour un héros et, avec lui, son collègue et les forces de police toutes entières. Si l’on met de côté tous ces éléments inventés et que l’on prend en compte tout ce l’on sait de ce qu’a vraiment été historiquement l’infiltration des groupes révolutionnaires par la police, et de la manière dont celle-ci a orchestré les attaques des organisations suprémacistes blanches contre ces groupes, alors Ron Stallworth est en vérité le méchant de l’histoire.

      Tout le reste n’est qu’un ensemble de choses invérifiables que l’ex-flic Ron Stallworth a écrites dans ses mémoires. On ne sait pas ce qui s’est passé parce que les « dossiers ont été détruits ». Il faut donc croire sur parole un flic qui a infiltré une organisation noire révolutionnaire pendant trois ans. C’est sans doute pour ça que l’ouvrage n’a pu être publié que par un éditeur spécialisé dans les livres écrits par des flics.

      À la fin du film, sa copine révolutionnaire lui dit qu’elle a du mal à accepter qu’il soit policier, et Stallworth – le gars qu’on vient de suivre tout le long, qu’on nous a rendu sympathique et dont on nous a fait croire qu’il avait risqué sa vie pour combattre le racisme – dit qu’il est pour la libération de sa communauté tout en étant policier. Sa position est confortée par tous les trucs inventés qu’on nous a raconté sur lui. Et juste à ce moment-là, illes entendent un bruit et la scène nous les montre aller voir ce qui se passe, armes à la main. Ils avancent ensemble le long d’un couloir – et on les suit grâce à un travelling qui porte la signature de Spike Lee et nous rappelle bien qu’il s’agit d’un de ses films, comme ceux qui nous ont montré Malcolm descendre la rue, ou suivre Dap à travers le campus en train de crier : « Réveillez-vous ! » – ils avancent, vers l’avenir, dans une composition parfaitement symétrique, pour combattre la croix de feu, symbole de la terreur raciste. Les flics et le mouvement révolutionnaire unis contre le racisme. C’est la pénultième scène avant que le film ne passe aux images récentes d’attaques de suprémacistes blancs. Ah mais bon sang non !

      Écoutez, on se débat avec le racisme, pas juste contre la terreur physique et des attitudes d’individus racistes, mais contre ce que le racisme veut dire en termes de discriminations salariales, d’accès au logement, à la santé et autres enjeux qui affectent notre qualité de vie : des questions très matérielles. Pour ce qui est des attaques physiques et de la terreur engendrées par le racisme ou sous-tendues par le racisme et les doctrines racistes, les personnes de couleur en font l’expérience quotidienne avant tout dans leurs interactions avec la police. Et pas seulement avec les flics blancs, mais aussi avec les flics noirs. Alors, que Spike Lee nous sorte un film basé sur une histoire qui fait passer un policier noir et ses collègues pour des alliés dans la lutte contre le racisme est vraiment décevant, pour le dire très gentiment.

      La plupart du temps, les appels à dénoncer les violences et meurtres perpétrés par la police et mis en lumière par le mouvement Black Lives Matter se sont vus contrés, à droite, par des : « Et que faites-vous de la violence des noirs contre les noirs ? ». Certains d’entre nous, comme Spike Lee, ont fini par y adhérer. Il y a deux ans j’ai écrit un article pour le journal britannique The Guardian sur le mythe de l’augmentation des violences des noirs contre les noirs en montrant, statistiques à l’appui, à quel point cette idée est fausse et comment le film de Spike Lee Chi-Raq contribue à l’alimenter. Les deux films disent pareillement : « Les noirs doivent arrêter de se prendre la tête sur les violences policières et se préoccuper de ce qu’ils se font entre eux – et puis, de toute façon, la police est aussi contre le racisme. »

      À présent, il commence à se savoir que Spike Lee a été payé 200 000 dollars dans le cadre d’une campagne publicitaire dont le but était « d’améliorer les relations entre la police et les minorités. » D’une certaine manière, BlacKkKlansman semble être le prolongement de cette campagne.


  • This is a good time to remember that manufacturing false hierarchies based on race and gender in order to enforce a brutal class system is a very long story. Our modern capitalist economy was born thanks to two very large subsidies: stolen Indigenous land and stolen African people. Both required the creation of intellectual theories that ranked the relative value of human lives and labor, placing white men at the top. These church and state-sanctioned theories of white (and Christian) supremacy are what allowed Indigenous civilizations to be actively “unseen” by European explorers - visually perceived and yet not acknowledged to have preexisting rights to the land - and entire richly populated continents to be legally classified as unoccupied ad therefore fair game on an absurd “finders keepers” basis.

    It was these same systems of human ranking that were deployed to justify the mass kidnapping, shackling, and torturing of other human beings in order to force them to work that stolen land - which led the late theorist Cedric Robinson to describe the market economy that gave birth to the United States and not simply as capitalism but as “racial capitalism.” The cotton and sugar picked by enslaved Africans was the fuel that kick-started the Industrial Revolution. The ability to discount darker people and darker nations in order to justify stealing their land and labor was foundational, and none of it would have been possible without those theories of racial supremacy that gave the whole morally bankrupt system a patina of legal respectability. In other words, economics was never separable from “identity politics,” certainly not in colonial nations like the United States - so why would it suddenly be today?

    As the civil rights lawyer Michelle Alexander wrote in her book The New Jim Crow, the politics of racial hierarchy have been the ever-present accomplices to the market system as it evolved through the centuries. Elites in the United States have used race as a wedge, she writes, “to decimate a multiracial alliance of poor people” - first in the face of the slave rebellions supported by white workers, then with Jim Crow laws, and later during the so-called war on drugs. Every time these multiethnic coalitions have become powerful enough to threaten corporate power, white workers have been convinced that their real enemies are darker-skinned people stealing “their” jobs or threatening their neighborhoods. And there has been no more effective way to convince white voters to support the defunding of schools, bus systems, and welfare than by telling them (however wrongly) that most of the beneficiaries of those services are darker-skinned people, many of them “illegal,” out to scam the system. In Europe, fearmongering about how migrants are stealing jobs, exploiting social services, and eroding the culture has played a similarly enabling role.

    Ronald Reagan kicked this into high gear in the United States with the myth that food stamps were being collected by fur-wearing, Cadillac-driving “welfare queens” and used to subsidize a culture of crime. And Trump was no small player in this hysteria. In 1989, after five Black and Latino teenagers were accused of raping a white woman in Central Park, he bought full-page ads in several New York daily papers calling for the return of the death penalty. The Central Park Five were later exonerated by DNA evidence, and their sentences were vacated. Trump refused to apologize or retract his claims. No wonder, then, that his Justice Department, under the direction of Attorney General Jeff Sessions, is arguing that social services and infrastructure in cities such as New York and Chicago are “crumbling under the weight of illegal immigration and violent crime” - conveniently moving the subject away from years of neoliberal neglect toward the supposed need to crack down on crime, and to bar these cities from declaring themselves “sanctuaries” for immigrants.

    Excerpted from No Is Not Enough by Naomi Klein



  • Ordinateur à l’université : « Combien y’a-t-il d’étudiants dont on ne voit jamais les yeux ? » - Libération

    Par Olivier Estèves, Professeur à l’université de Lille, spécialiste de l’histoire britannique. — 18 septembre 2018 à 17:32

    Alors que l’interdiction des téléphones portables au collège a été officialisée à l’échelle nationale, l’utilisation des ordinateurs portables dans les universités devrait elle aussi faire l’objet d’un débat sérieux.

    Novembre 2017 : lors d’un séminaire de master 2 (en langue anglaise) sur les origines de la révolution conservatrice aux Etats-Unis, je présente les slides d’un PowerPoint qui égrène le bilan morbide des violences urbaines des années 60. Un tableau récapitule les douzaines de morts à Watts (quartier de Los Angeles), Newark, Detroit, Chicago, etc. En parlant, je vois au fond de la salle deux étudiantes, d’ordinaire sérieuses, qui rient ensemble, les yeux rivés sur l’écran de leur ordinateur portable respectif. De toute évidence, leur esprit et attention sont accaparés par un contenu n’ayant absolument rien à voir avec celui du cours. Je les rappelle à l’ordre, une énième fois, tellement ce type de comportement est routinier. Cette anecdote trouve des centaines, pardon des milliers d’échos dans l’expérience quotidienne de collègues universitaires.

    Incapables de participer

    On aurait tort de croire qu’il s’agit là d’un problème lié à la massification de l’enseignement dans l’université française, à laquelle le lamentable et opaque Parcoursup serait censé répondre. En effet, le cours en question est en master 2, pour lequel une sélection existe déjà depuis un an. De toute façon, des filières sélectives en France connaissent exactement le même problème. Ayant animé un séminaire sur la question raciale dans les séries américaines à Sciences-Po Lille, reposant sur un ouvrage que j’avais publié avec mon collègue et ami Sébastien Lefait (Presses de Sciences-Po, 2014), je me souviens distinctement avoir montré des extraits de The Wire, The Sopranos, dont on devait débattre ensuite auprès d’un public dont un tiers avait les yeux rivés sur leurs propres ordinateurs portables tandis que je procédais au visionnage de scènes des chefs-d’œuvre de David Simon et David Chase.

    Une fois ce visionnage terminé, une bonne proportion des étudiants était incapable de répondre aux questions, encore moins de participer au débat en anglais. Rien de plus normal : beaucoup d’entre eux venaient de s’amuser sur Facebook, de faire les soldes en ligne, de répondre à leurs mails, sans oublier qu’un écran d’ordinateur portable sert très souvent à cacher… un téléphone portable d’où l’on envoie des textos. Depuis, notamment dans les Instituts d’études politiques, le nombre de collègues imposant des cours « sans écran » (ni téléphone ni ordinateur portable) n’a cessé de croître. Un certain nombre d’entre eux, en France mais aussi ailleurs, sont des enseignants d’informatique, très bien placés pour connaître les torts que causent ces machines à l’attention étudiante.

    (...)

    La question de la réussite étudiante est, légitimement, dans la bouche de nombreux décideurs, depuis les directeurs d’UFR jusqu’aux cabinets ministériels. Poser sérieusement la question de l’interdiction de ces armes de distraction massive dans certains enseignements ne coûterait rien au gouvernement et réintroduirait les conditions de cours où l’on puisse débattre, discuter, illustrer des contenus et répondre à la contradiction étudiante, sans laquelle les universitaires ne peuvent guère avancer. Avec des étudiants rivés sur leurs écrans d’ordinateurs cela n’est tout simplement pas possible. Le temps est venu de mettre ces problèmes sur la table. A titre personnel, je procéderai à l’interdiction pure et simple de tout appareil connecté dès l’année prochaine, même si je trouve lamentable qu’il soit nécessaire d’en arriver là.❞

    #attention #numerisation #interdiction_de_l'ordinateur


  • Des employés américains de McDonald’s en grève pour dénoncer le harcèlement sexuel AFP - 19 Septembre 2018 - RTBF
    https://www.rtbf.be/info/monde/detail_des-employes-americains-de-mcdonald-s-en-greve-pour-denoncer-le-harcelem

    Des employés de McDonald’s dans dix villes américaines se sont mis en grève mardi pour protester, dans la lignée du mouvement #MeToo, contre le manque d’efforts faits par l’entreprise pour défendre ses employés contre le harcèlement sexuel.

    Ces salariés, qui occupent des emplois très souvent précaires, reprochent au géant de la restauration rapide de ne pas faire assez pour les protéger contre les attouchements ou les commentaires déplacés. 

    « Je suis en grève et je suis ici aujourd’hui pour demander un changement », a expliqué Theresa Cervantes, qui dénonce le harcèlement des managers sur les employés. 

    Cette jeune femme de 20 ans manifestait avec des dizaines d’autres employés, pour la plupart des femmes, devant le siège social de l’entreprise, à Chicago. 

    « Le harcèlement sexuel est un problème universel. C’est une maladie », a-t-elle appuyé.


    Des manifestants sont également descendus dans la rue dans des villes comme Kansas City ou Saint-Louis.

    Ce mouvement social intervient quatre mois après que plusieurs employées ont porté plainte contre l’entreprise devant l’EEOC, l’agence fédérale chargée de promouvoir l’égalité dans le monde du travail.

    « Nous ne pouvons plus accepter qu’un travailleur sur deux subisse de la violence sous la supervision » de McDonald’s, a déclaré Karla Altmayer, organisatrice de la manifestation à Chicago. 

    La chaîne de restauration rapide a affirmé dans un communiqué disposer de « politiques, procédures et formations strictes » pour prévenir le harcèlement sexuel.

    Elle a souligné avoir également embauché des experts en matière de prévention et de réaction « pour faire évoluer nos politiques afin que quiconque travaillant pour McDonald’s le fasse dans un environnement sûr chaque jour ».

     #mcdonald’s #harcèlement #sexisme #femmes #harcèlement_sexuel #culture_du_viol #travail #violence #metoo #violences_sexuelles #discrimination #mcdonald's #multinationale #USA