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  • Le souffle des communs sur l’école : pour une formation à la participation | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2019/07/04/le-souffle-des-communs-sur-lecole-pour-une-formation-a-la-participation

    Dans les faits, nos villes et nos campagnes regorgent d’initiatives citoyennes ou de réseaux coopératifs. Il existe de multiples expressions du désir de participation à des projets collectifs comme les jardins partagés des Incroyables Comestibles ou les fablabs dans lesquels se croisent artistes, bricoleurs et férus de programmation. De leurs côtés, le monde politique et le monde de la culture, à travers les centres scientifiques ou culturels, les musées et les bibliothèques s’emparent aussi de la question de la participation des publics.

    Mais cela reste encore très difficile de prendre en compte la parole des participants ou de proposer des actions qui n’enferment pas le public dans une forme d’entre soi culturel. Il est complexe, en effet, de penser des dispositifs qui autorisent une réelle expression citoyenne. Par ailleurs, certains publics ne se donnent pas toujours le droit à la participation. En tant que professeures documentalistes de collège, nous pensons que l’école a là un rôle de formation essentiel à jouer. Et la pensée des communs qui se diffuse depuis quelques années apporte à notre réflexion des pistes pédagogiques pour concevoir l’appropriation culturelle comme un outil d’émancipation et de justice sociale.

    Nous pensons que ces capacités à participer à la vie d’une communauté peuvent s’apprendre à l’école. Une mission importante de l’école est d’offrir à tous les mêmes ressources et les mêmes opportunités d’apprentissage tout au long de la vie. Cela implique la transmission de savoirs fondamentaux indispensables (lire, écrire, compter), de savoirs culturels (culture générale commune) et de savoirs critiques utiles à la participation démocratique. Cela nécessite aussi le développement de compétences telles que la capacité à vivre avec autrui dans le respect de ses convictions, la capacité à être créatif, l’autonomie, ainsi que la capacité à apprendre tout au long de la vie. Ces apprentissages doivent se penser non séparément mais ensemble, au sein d’activités et de séances complexes qui demandent le développement de l’esprit en même temps que la personnalité des élèves.

    « L’école du partage » que nous proposons est une école qui cherche à combattre l’entre-soi culturel et à garantir à chacun le besoin, l’envie ou la capacité d’une participation et d’un engagement actif dans la société. Elle se réfléchit tout autant dans les savoirs qu’elle doit transmettre, des savoirs adaptés aux évolutions technologiques, que dans les formes de cette transmission. Pour que cette formation à la participation ne reste pas un voeu pieux, nous proposons, portées par la pensée des communs, des pistes pour élargir la réflexion pédagogique.

    Favoriser l’étude de controverses
    Convaincues par l’idée que participer c’est savoir porter une voix, un avis, une opinion sur des sujets complexes, nous proposons aux élèves dans le cadre des cours d’éducation aux médias et à l’information, d’étudier des sujets à controverse.

    Soutenir les relations entre élèves
    Pour autant, nous ne nous contentons pas de travailler les problématiques liées au partage des connaissances dans le cadre de séances consacrées à l’étude des outils numériques tels que Google, Wikipédia ou Youtube. Pour qu’elles prennent véritablement sens à leurs yeux, ces notions et valeurs doivent être familières dès le plus jeunes âge. C’est une des raisons pour lesquelles nous encourageons le développement des relations interpersonelles.

    Assurément rien de neuf ! Dans son ouvrage La métamorphose de l’école : quand les élèves font la classe, Vincent Faillet montre que l’école, au 19ème siècle avec les écoles mutuelles, abandonnées par la suite, avait réussi à concevoir un système d’instruction basé sur les relations entre élèves. L’apprentissage par interactions entre pairs a été exploré ensuite par les pédagogues des pédagogies coopératives, notamment dans le courant de l’Éducation Nouvelle. Son efficacité est aujourd’hui validée par les recherches en science cognitives. Ce sont aussi des méthodes portées par les mouvements d’éducation populaire notamment les réseaux d’échanges réciproques de savoirs initiés par Claire et Marc Heber-Suffrin dans les années 70.

    Accompagner l’émergence d’une culture transformative
    Réfléchir à une formation à la participation c’est comprendre comment les connaissances individuelles s’appuient et s’enrichissent toujours sur les connaissances des générations antérieures. C’est donc réfléchir à la question de l’appropriation des savoirs. Même le plus autodidacte des individus n’apprend jamais seul, mais en consultant les oeuvres d’individus qui l’ont précédé. C’est le cas pour les connaissances scientifiques. C’est aussi le cas pour les pratiques culturelles : elles s’appuient toujours sur des oeuvres héritées qui sont lues, vues ou écoutées, et qui inspirent de nouvelles productions. Avec le numérique, on assiste au déploiement d’une culture transformative qui utilise les oeuvres existantes pour en créer de nouvelles.

    Cette culture transformative s’accompagne souvent de la création de communautés en ligne autour de remix musicaux, d’écriture de fanfictions ou de détournement d’images. Il existe par exemple de très nombreuses versions d’Harry Potter en ligne sur Wattpad écrites et lues par une communauté de fans. Les musées, de plus en plus, incitent les publics à remixer et détourner les oeuvres de leur fonds pour les faire vivre. Mais là encore, qui participe à ces projets en dehors des publics déjà sensibilisés ?

    Développer le pouvoir d’agir
    Ces dispositifs s’inscrivent dans notre volonté de renforcer le pouvoir d’agir des individus (traduction du vocable anglais empowerment). S’il vise à augmenter leur capacité à participer à la vie collective, on imagine aisément les limites d’un pouvoir d’agir uniquement basé sur le développement individuel, les intérêts des uns entrant en conflit avec ceux des autres. Le pouvoir d’agir doit donc considérer aussi la capacité des individus à agir entre eux pour le bien du groupe. Au sein des établissements où nous exerçons, nous travaillons sur trois dimensions de pouvoir d’agir : pouvoir de, pouvoir sur et pouvoir avec.

    Développer le désir d’apprendre tout au long de la vie
    La société actuelle est face à de nouveaux défis, dont les réponses et solutions envisageables sont nécessairement complexes et se trouveront en faisant converger une multiplicité de disciplines. Cela nécessite, peut être plus encore qu’auparavant, d’être en constante autoformation. Pour cette autoformation, en plus d’avoir accès via le web, à des ressources en grand nombre, nous disposons en France d’une offre riche en matière de musées, bibliothèques, centre culturels et scientifiques, centres d’archives etc. Mais la familiarité avec ces lieux, et l’aisance à y participer ne vont pas de soi. Comment développer chez tout le monde la curiosité, le plaisir, le goût du savoir vrai et la persévérance dans l’apprentissage ? N’est-ce pas le rôle de l’école de former des individus concernés et actifs politiquement, capables de débattre avec leurs concitoyens et par là même de s’autoformer tout au long de la vie ? Il y a deux siècles, déjà, le marquis de Condorcet mettait en garde dans un rapport remis en 1792 contre une instruction qui ne s’intéresserait qu’aux enfants et délaisserait les adultes.

    L’école peut prendre en charge cette formation, qui s’appuie sur de nombreuses actions déjà en place qui méritent simplement d’être renforcées et reliées les unes aux autres. Un récent rapport du conseil économique, social et environnemental invite à « mettre en lumière la modernité de l’éducation populaire ». L’école doit pouvoir se rapprocher des associations d’éducation populaire dont les méthodes d’apprentissage horizontales peuvent amplement enrichir les pratiques pédagogiques des enseignants. Il existe des liens entre Éducation nationale et éducation populaire avec des agréments qui mériteraient d’être plus connus sur le terrain. Nous proposons aussi de renforcer le lien avec les institutions culturelles dans le cadre des parcours éducatifs artistiques et culturels : bibliothèques, fablabs, musées, centres d’archive…

    En travaillant à la rédaction de notre ouvrage « À l’école du partage : les communs dans l’enseignement » nous nous sommes aperçues que la pensée des communs, reliante, pouvait s’appuyer sur de nombreux acquis pour développer une formation de tous à participer à la vie de la cité. Mais il est nécessaire d’approfondir les liens entre l’école et les initiatives participatives publiques, privées, associatives, individuelles.

    La volonté d’inclusion et d’émancipation nécessite des acteurs qui réfléchissent ensemble à des postures complémentaires comme le déclare le manifeste de l’association Peuple et Culture fondée par Joffre Dumazedier au lendemain de la seconde guerre mondiale : « La culture populaire ne saurait être qu’une culture commune à tout un peuple. Elle n’est pas à distribuer. Il faut la vivre ensemble pour la créer ».

    #C&F_éditions #Ecole_partage #Marion_Carbillet #Hélène_Mulot

  • Un timbre pour célébrer les 75 ans du droit de vote des femmes en France - LCI
    https://www.lci.fr/social/un-timbre-pour-celebrer-les-75-ans-du-droit-de-vote-des-femmes-en-france-2119173

    C’était il y a 75 ans. Le 21 avril 1944, une ordonnance du général de Gaulle permettait aux femmes de voter. Et par-là de devenir des citoyennes. Dans son article 17, il rédige que « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes ». Pour célébrer cette date qui met fin une des inégalités femme-homme, La Poste va mettre en vente un timbre collector à 88 centimes, dès mardi. Dessiné par Sarah Bougault, il sera tiré à 700.014 exemplaires. Les Françaises voteront pour la première fois le 29 avril et le 13 mai 1945, lors d’élections municipales.

    « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune »

    Le vote des femmes est une promesse du général de Gaulle de 1942 : le 23 juin, il déclare qu’"une fois l’ennemi chassé du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale". L’année suivante, Marthe Simard et Lucie Aubrac participent à l’Assemblée consultative provisoire, créée à Alger. La France en 1944 n’est pas en avance. De très nombreux pays l’ont précédée, et pas seulement occidentaux. Les Turques votent depuis 1929, les Brésiliennes depuis 1932.

    C’est pourtant une revendication de très longue date. Dès 1790, Condorcet se prononce en faveur du vote des femmes, relayé un an plus tard par Olympe de Gouges qui déclare, lors de la présentation de la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». « La femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune ».

    @simplicissimus est-ce que tu sais ce qu’est ce symbole en haut à gauche du timbre ?

  • Nick Sousanis , Le Déploiement , Acte sud.

    Dès les premières pages, l’auteur nous donne un petit aperçu du sérieux théorique qu’il faudra attendre de sa thèse (car ce livre, effectivement, est sa thèse*) : nous serions (enfin, je dis nous , pas vraiment nous . Un nous-sans-lui , un nous mais pas avec lui dedans nous , lui dont le mode opératoire exige que nous souscrivions à son détachement de nous , que nous concédions à la hauteur surplombante depuis laquelle, dans un horizon dégagé, lui a su s’extirper de la terrible routine où le monde entier patauge sauf lui , c’est-à-dire où nous pataugeons), nous serions, disais-je, « piégés dans nos langages ».
    Ah. Mais comment pourrions-nous être piégés « dans nos langages » ? Je veux dire : de quoi parle-t-il, l’animal, quand il parle de « langages » dans lesquels nous pourrions nous trouver piégés ? Nos formulations ? (ce qui ne signifie pas « nos langages ») Nos représentations ? (ce qui ne signifie pas « nos langages ») Nos cultures ? (ce qui ne signifie pas « nos langages ») Voire nos langues (vieille antienne barthesienne branlante, mais ce qui ne signifie toujours pas « nos langages ») ? Effectivement, être piégés dans « nos langages », ça ne veut rien dire. Pas flou, pas approximatif, non non. Juste : rien. Les abeilles, qui ne parlent pas, sont peut-être construites, effectivement, par leur langage, dans cette acception latérale, éthologique – et au singulier – du mot « langage ». Mais « nous », il n’y a aucune chance.
    De ces prémisses notionnelles vasouillardes (qu’il ne suffira pas de renvoyer une fois de plus à l’ambiguïté anglo-saxonne du mot language pour en minimiser la nullité conceptuelle), il va falloir s’accommoder pour déberlificoter tout le reste. Et c’est gratiné.
    On aura droit, en guise de bande dessinée, si l’on écarte avec indulgence trois ou quatre pages qui sont effectivement des planches (c’est-à-dire qui produisent de la bande dessinée), à une bouillie académique hésitant – visuellement – entre le schéma pédagogique, les cours de dessin ABC des années 60, la découverte de son Moi créatif par tante Odile après la lecture du volume Marabout Poche consacré au surréalisme, et – méthodiquement – à une variation sur le plan de montage Ikea, l’allégorie pompière et le PowerPoint.
    Un sentiment de familiarité tenace se dégage de cet embarrassant patchwork mal foutu, nunuche, intellectuellement si confus ... Où diable a-t-on déjà vu une cochonnerie de ce genre ? Qui d’autre a traité le récitatif et la démonstration en bande dessinée avec les armes illustratives, le ton, la mythologie communicante et le goût de l’apostrophe énergique typique des séminaires sur le dépassement de soi pour businessmen ? Mais Scott McCloud, bien entendu !
    En effet, le montage des pages, bien qu’il prétende mettre en lumière la singularité et la richesse processuelles de la bande dessinée, y échoue quasi invariablement, incapable qu’il est de quitter le modèle du découpage allégorisé, point par point, dans lequel le dessin est bel et bien là pour aider à supporter un texte bavard, embarrassant de poésardie hors d’âge et d’accents libéraux.
    Le choix des allégories lui-même est tragicomique ; tragique par leur vulgarité – le labyrinthe de la pensée, les rails de la vie moutonnière – et comique par les notes dont il les accompagne pour nous renseigner sur les conditions difficiles de l’invention de l’eau tiède : page 44, un soleil dissipe les nuages. Ce sont ceux de la peur de l’inconnu. Il les chasse et vient éclairer la page par les flammes de l’analyse. Renversant. Brusque retour de l’Emblème, rétropropulsion au XVIe siècle. En note, l’auteur, nous convainc du travail harassant qui conduit à ces lieux communs antiques : il met à contribution Horkheimer, Adorno, Condorcet, Wilson, pour cette seule page ébouriffante où les flammes de l’analyse chassent les nuages de la peur de l’inconnu.
    La bibliographie générale de ce truc ni fait ni à faire me laisse un moment perplexe... Mais comment lit-il ? Comment peut-il, dans le même bouquin, par exemple, se réclamer de Deleuze et de Goodman sans se fendre en deux de haut en bas ? Il les lit comment, exactement, pour rendre cette cohabitation fonctionnelle ?
    C’est publié par Actes Sud - L’An 2, c’est-à dire par T. Groesteen. C’est postfacé par Smolderen. Ils sont visiblement très contents.

    * http://spinweaveandcut.com/unflattening-excerpt

    #bande_dessinée

  • Les Gilets Jaunes ou l’enjeu démocratique | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/opinion/2018/12/12/gilets-jaunes-lenjeu-democratique

    par Michèle Riot-Sarcey

    Ronds points, parkings de supermarchés, voies routières, carrefours déshumanisés : les Gilets Jaunes investissent des lieux où, d’ordinaire, ne passent que des ombres et des anonymes. Alors, tout un monde se révèle, un monde d’oubliés qui s’auto-organisent pour leurs droits, refusant de déléguer leur pouvoir à des gouvernants plus gestionnaires que démocrates.

    Si nous acceptons de saisir l’événement tel qu’il se donne à voir, le mouvement est parfaitement intelligible. Prévisible, il l’est comme symptôme des échecs passés ; celui des organisations « ouvrières » politiques et syndicales, dépossédées de leur puissance d’agir et réduites à l’incapacité de conserver les droits acquis ; mais aussi celui d’un État « libéral » dont les promesses de justice sociale n’ont cessé d’être reportées. La cohérence, souvent contestée, du mouvement n’en est pas moins lisible. Mises bout à bout, avec des nuances, les revendications convergent vers beaucoup plus d’équité. Cependant, en l’absence de leader identifiable, la peur que le soulèvement suscite brouille les cartes des commentateurs qui n’y voient que des expressions « gazeuses » ou chaotiques. Parce que rien n’est comme avant, tout devient trouble. L’irruption de la protestation est d’autant plus déstabilisante que la population qui l’exprime expose des gens mal aimés, écartés des débats et des bénéfices d’une économie financiarisée. Une population sans tradition politique, mal désignée par ce terme de « peuple » toujours commode, mais qui ne dit rien de sa spécificité sociale.

    Les lieux de rassemblement d’abord : ronds points, parkings de supermarchés, voies routières, carrefours déshumanisés, autant d’endroits d’un monde falsifié où, d’ordinaire, ne passent que des ombres et des anonymes. En revêtant ce vêtement fluorescent, les « gilets jaunes » donnent une visibilité manifeste à leur présence en même temps qu’ils avertissent de l’imminence de l’accident ou de la catastrophe, si le monde tel qu’il va ne marque pas un coup d’arrêt. Les formes de regroupement ensuite, par petits collectifs qui se connaissent, ou se reconnaissent, habitant un même territoire, ou vivant la même galère, à leur manière réinventent une sociabilité qui s’effacent après la désertion des centres villes et l’abandon des services publics. Tout un monde se révèle, un monde d’oubliés, à travers l’accélération de la précarité et de la misère.

    Le vocabulaire est si bien travesti, que la distance entre le discours et le réel s’est élargie au point de rendre impossible la compréhension d’autres significations à l’œuvre dans le passé. Détournés de son sens réellement réformateur, par exemple, le mot réforme désormais s’entend comme une adaptation à l’économie ultra-libérale, avide de productivité en dépit de ses effets destructeurs. Or, au début du XIXe siècle avant que la révolution industrielle ne confisque l’idée de progrès, mise au service des privilégiés, le mot réforme, dans l’esprit du moment « utopique », annonçait la transformation des rapports sociaux jugée nécessaire à la « la classe la plus nombreuse et la plus pauvre », selon l’expression de Saint-Simon. Cette dernière avait été tenue éloignée jusqu’alors des promesses des Lumières. Il est vrai que nous étions au temps où l’on croyait encore à la marche irréversible du progrès humain, l’humanité tout entière, dont le destin était le bonheur commun, devait s’organiser en ce sens, selon le souhait d’un autre utopiste nommé Condorcet.

    Le temps a passé et, au cours du siècle dernier en particulier, l’efficacité de la représentation par délégation de pouvoir fut jugée pertinente parce qu’elle recueillait l’assentiment apparent du plus grand nombre. Or, à l’aube du XIXe siècle, les classes ouvrières naissantes sans droit politique, en l’absence de toute protection sociale, avaient appris à s’auto-organiser, tels les canuts en 1831 qui surprirent la bourgeoisie lyonnaise découvrant dans les rues de sa ville un monde nouveau composé de « prolétaires » ; mot nouveau, mais mot vilain qu’il s’agissait de rayer de la carte du vocabulaire politique, selon l’expression d’Alphonse de Lamartine, futur ministre des affaires étrangères du gouvernement provisoire de la deuxième République de 1848.

    La résistance des « gilets jaunes » à toute idée de délégation ou de médiation pour obtenir une réelle justice sociale, toujours remise à des temps ultérieurs, est d’autant plus pertinente que les commentateurs de presse ou d’ailleurs s’évertuent à déplorer la perte de capacité d’intervention des syndicats et des corps intermédiaires. Tous l’expriment sans détour : les organisations traditionnelles manquent aux pouvoirs en place parce qu’elles sont censées apaiser ou réguler un mouvement incontrôlable. En clair, ce ne sont pas les représentants des oubliés de la modernité qui sont attendus mais ce sont les auxiliaires de la discipline libérale qui sont requis afin de « calmer le jeu ».

    #Gilets_jaunes #Histoire

  • Enseignant·es face à « L’éthique du numérique » | Cultures de l’Information
    https://cultinfo.hypotheses.org/217

    L’éthique peut se définir comme le cadre d’action à travers un ensemble de valeurs que les individus se fixent en dehors de normes juridiques ou morales extérieures. Dans une société démocratique où chacun est renvoyé à sa responsabilité de sujet libre et où la technique a ouvert un champ de possibilité immense, elle revêt une importance considérable dans une perspective humaniste. Si l’éducation s’est toujours située, dans la tradition de Condorcet, en dehors de choix religieux et moraux propres aux familles, elle ne peut faire l’économie de la question de l’éthique, tant du côté des enseignant·es soumis·es à des principes déontologiques qu’ils·elles intègrent dans leur formation, que du côté des élèves qui sont sensibilisés à leurs responsabilités individuelles vis-à-vis des autres et du collectif.

    L’introduction du numérique à l’école, qui correspond aussi à une intrusion du monde extérieur dans un espace relativement clos, pose de nouvelles et importantes questions, souvent perturbantes, parce qu’à travers le numérique dans ses potentialités informationnelles, l’intégrité, la santé, la liberté, l’autonomie individuelles sont susceptibles d’être menacées. Cette question touche et inquiète particulièrement les enseignant·es. En effet, « l’éthique du numérique » est une dimension systématiquement mentionnée dans les textes institutionnels de cadrage pour l’éducation aux médias et à l’information (EMI), mise en place à la rentrée 2015 dans les premier et second degrés d’enseignement : il s’agit de favoriser une « citoyenneté numérique », par une compréhension des phénomènes informationnels dans toutes leurs dimensions (MEN, 2015).

    #Education #Ethique #Education_medias_information

  • Révolution Paine : Thomas Paine penseur et défenseur des droits humains

    Le 10 décembre prochain, nous fêterons le 70ème anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits humains (DUDH). C&F éditions, dont la vocation citoyenne fait partie de son projet initial, ne pouvait laisser passer cela sans offrir à la réflexion des outils pour repenser les droits humains au XXIe siècle.

    Nous aurons donc deux livres autour de cette question. L’un est consacré à l’histoire de ce concept, et c’est celui que je vous présente aujourd’hui, et l’autre qui paraîtra en novembre cherchera à expliciter la relation entre Internet et les droits humains... mais chut, nous y reviendrons.

    Un des grands apports de la Révolution française est celui de la conception des droits de l’homme et du citoyen (mais aussi les droits de la femme et de la citoyenne comme le rappelait Olympe de Gouges, dont nous publions également le texte). Et fait étrange, enseveli sous l’histoire, outre Condorcet, ce fut Thomas Paine, un « étranger », qui en fut le principal protagoniste.

    « Anglais de naissance, français par décret, américain d’adoption », telle pourrait être la courte biographie de Thomas Paine.

    Peu connu en France, Thomas Paine fut pourtant député de la Révolution française et ardent défenseur des droits de l’homme. Après avoir été parmi les organisateurs de l’Indépendance américaine en 1776, il a rejoint Paris pour défendre, par la plume et par le verbe, les valeurs fondamentales de liberté, d’égalité et de fraternité, et leur inscription juridique dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Guidé par sa confiance dans l’humanité, il condamne dans ses ouvrages la corruption et le pouvoir héréditaire. Il y développe l’idée d’une connaissance universelle émancipatrice.

    Le livre « Révolution Paine » propose une ré-édition des deux ouvrages que Thomas Paine consacra aux droits humains, et notamment sa défense et illustration de la Révolution française face aux conservateurs anglais.

    La préface a été rédigée par Peter Linebaugh, grand historien des communs. Nicolas Taffin propose un essai sur le livre et une biographie de Thomas Paine et sa vie rocambolesque.

    Le livre est co-édité avec les Éditions EMEM, des étudiant·e·s du master Edition de l’Université de Caen. Il a été réalisé dans le cadre de leur année d’enseignement, en collaboration avec les divers enseignant·e·s de ce diplôme, pour la traduction de la préface, pour la correction ortho-typographique, pour la codification avec l’outil Metope développé par les Presses de l’Université de Caen, et pour la mise en page sous InDesign. Une manière d’apprendre et d’expérimenter la fabrication complète d’un livre en formation universitaire.

    Il est disponible par commande auprès de votre libraire favori, sur les librairies en ligne et bien évidemment directement sur le site de C&F é&ditions (https://cfeditions.com/paine ).

    Vous trouverez également sur le site un extrait spécimen.

    ISBN : 978-2-915825-85-5
    Titre : Révolution Paine
    Sous-titre : Thomas Paine penseur et défenseur des droits humains
    Auteurs : Thomas Paine ; Peter Linebaugh (pref.) ; Nicolas Taffin (dir.)
    Collection : Domaine public – numéro 5
    Prix TTC : 16 €

  • Lycéens menacés d’expulsion, assez des soupçons ! Rassemblement mercredi 16 mai
    https://rebellyon.info/Lyceens-menaces-d-expulsion-Assez-des-19185

    Ils s’appellent Djelil, Alpha, Christian, Bérenger, Ben Yaya, Mahamadou, Douga, Inza. Ils ont entre 16 et 18 ans, sont élèves dans nos lycées, à Condorcet, Lamarque, Charlie Chaplin, Cuzin, Les Canuts… Ils ont risqué leur vie et marché à travers de nombreux pays avant d’arriver en France dans l’intention d’y trouver la paix, d’aller à l’école, et de réussir leur vie ici parmi nous.

    #Infos_locales

    / #Migrations_-_sans-papiers, Une

  • Christian Albertan, « #Jean_Ehrard, Lumières et esclavage. L’Esclavage colonial et l’opinion publique en France au xviiie siècle », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 359 | janvier-mars 2010, mis en ligne le 17 mars 2011, consulté le 23 février 2018.
    URL : http://journals.openedition.org/ahrf/11508

    Pour le reste, l’auteur établit de manière irréfutable que les philosophes des #Lumières, dont la pensée reste naturellement entachée par certains préjugés d’époque, ont condamné sans appel le #racisme. Ils rejettent de manière tout aussi ferme l’#esclavage en martelant que les hommes sont égaux à la naissance et qu’aucun homme ne peut appartenir à un autre individu. Le commentaire précis de textes de #Montesquieu, de #Buffon, de #Voltaire, d’#Helvétius, de #Condorcet, l’analyse d’extraits tirés de l’#Encyclopédie et de l’Histoire des Deux-Indes ne laissent subsister aucun doute à cet égard.

    Mais l’auteur, avec une grande honnêteté, ne s’en tient pas à ces positions de principe et pousse plus loin son enquête, en se penchant sur ce qui pourrait être qualifié de #double_discours des philosophes. L’audace théorique des philosophes ne débouche, en effet, sur aucune conséquence pratique. Montesquieu en « réformiste timoré » est incontestablement #antiesclavagiste, mais il ne propose nulle part l’#abolition de l’esclavage (p. 157). Les #Encyclopédistes admettent même par moments l’existence de l’ « #odieux_commerce » comme un moindre mal (p. 179). Quant à #Raynal, l’auteur de la célèbre Histoire des Deux-Indes , il finit par se rallier à Malouet et à juger l’esclavage conforme à la philosophie et aux lois l’humanité (p. 205). Seul Condorcet milite timidement en faveur de l’affranchissement.

  • Louis Sala-Molins : Les Misères des Lumières. Sous la raison, l’outrage. 1992 ompte-rendu dans Dix-Huitième Siècle Année 1993 25 pp. 596-597
    http://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_1993_num_25_1_1953_t1_0596_0000_3

    #Louis_Sala-Molins : Les Misères des Lumières. Sous la raison, l’outrage. Essai. Paris, Robert Laffont, 1992, 210 p.

    C’est moins un essai, en dépit du sous-titre, qu’un pamphlet qui se conclut par une dénonciation du chauvinisme de la France. Il s’agit en fait de son passé et des Philosophes du 18e siècle qui, tous, selon une thèse déjà exposée par l’A., auraient trahi les principes des #Lumières en restant complices, sinon pire, de l’#esclavage des noirs dans les colonies. Ici, l’attaque se concentre plus spécialement sur #Condorcet (mais ignorait-on donc, avant l’A., qu’il avait présenté un plan d’affranchissement échelonné sur 70 ans) et, plus étonnant, sur le texte même de la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Selon l’exégèse présentée ici, elle aurait implicitement autorisé l’esclavage, parce qu’elle consacre le droit de propriété, et à cause de son préambule. Sans entrer dans une longue discussion, on se demandera seulement comment il se fait que les esclavagistes déclarés, à la Constituante notamment, n’aient jamais compris ainsi ce texte fameux ? Et qu’ils en aient interdit la diffusion chez les esclaves ? Quant au fameux morceau sur les noirs de l’Histoire des Deux Indes , évoqué très rapidement (p. 50, 156 et 206, note 3), il est disqualifié par un argument ad hominem (et mal fondé) : « #Diderot est pensionné de telle compagnie maritime trafiquant entre l’Afrique, les Antilles et la France, allez savoir quel type de tonnage » (p. 19). Si on veut en savoir plus, on est renvoyé, sans référence précise, à #Michèle_Duchet. Que dit celle-ci ? « Pourquoi Diderot en 1770 reçoit-il de la Compagnie des Indes une rente viagère ? » { Anthropologie et histoire au siècle des Lumières, Paris, 1971, p. 136, note 426). Elle renvoie à la Correspondance, où est en effet signalée une rente viagère de 20 livres, de cette Compagnie des Indes (orientales et non occidentales) que le pouvoir venait de supprimer en 1769 par un simple motu proprio , et dont Diderot, et d’autres, défendaient l’existence. Avouons que ces 20 livres n’étaient pas de nature à faire de Diderot un « pensionné » en un temps où le minimum d’aisance, selon Turgot, se chiffrait à 10 000 livres par an. De toute façon, est-ce une raison pour minimiser l’impact de ce texte sur le Spartacus noir, qui inspirera #Grégoire, et fait partie d’une œuvre dont le retentissement, en nombre d’exemplaires, est bien plus grand que celui du livre de Condorcet ? D’autres passages appelleraient des remarques sur les faits eux-mêmes, mais on se contentera de remarquer que l’A. prétend parler en se mettant à la place du noir esclave ; mais Toussaint (qu’il évoque) et Christophe n’ont précisément pas parlé sur ce ton...

    Y. Bénot

  • "Le FN n’est pas « islamophobe ». Il est raciste.
    Les athées ne sont pas « islamophobes » : ils sont théophobes (ou ils s’en foutent).
    Les universalistes athées combattent les croyances, ils respectent les croyants."

    Je sais, tout ça, c’est de l’enfonçage de portes ouvertes et du rappel d’évidences mais, dans la confusion idéologique actuelle, cela vaut la peine de rappeler des évidences et ce texte le fait très bien.

    http://www.gaucherepublicaine.org/combattre-le-racisme/de-la-laicite/7401223

    #laïcité #intégrisme #religion

    • Lamentable ce texte ! Bon j’ai pas le courage de déconstruire tout cet argumentaire de gauche prolétarienne athée, persuadée que le véritable bouc émissaire dans notre société c’est l’athée universaliste loool. Rien que de l’écrire les bras m’en tombent !

      Ces mêmes catégories de paralogisme sont utilisées par les inventeurs du concept douteux d’islamophobie et ceux qui prétendent la combattre. La France est terre de mission pour l’islam et la religion devient le symbole identitaire d’une population reléguée et d’une jeunesse qui se sait privée d’avenir. L’illusion d’égalité républicaine, qui est démentie par les faits, peut faire place à l’illusion religieuse. Pain bénit pour les tenants de l’islam politique, les fondamentalistes de tout poil, les marchands de paradis. La liberté de conscience fonde la philosophie des Lumières. La laïcité l’inscrit dans la loi. Bien que ce concept soit peu compatible avec des dogmes qui criminalisent l’apostasie, il va être exploité jusqu’à la corde. Vous combattez la religion ? Vous êtes donc anti-laïque ! Vous vous opposez à la loi coranique ? Vous voilà islamophobe. Vous êtes islamophobe ? Vous êtes donc raciste.
      Image inversée de la propagande raciste, ce terme d’islamophobie repose lui aussi sur l’amalgame entre une religion et ceux qui la pratiquent, entretient la confusion entre le refus d’une doctrine sociale réactionnaire et la haine d’une religion particulière. Il permet, par association déshonorante, ou si on préfère, de « réduction à Le Pen », de disqualifier les athées universalistes.

      La France est terre de mission pour l’Islam ? C’est quoi ce délire ? Tout ça en plus pour porter aux nues les philosophes des Lumières (esclavagistes pour beaucoup n’oublions pas…). La Grande France, celle qui guide le monde, la déclaration des droits de l’Homme blablabla…
      Sur le voile c’est tout en finesse également

      Autre objet de métonymie : le voile islamique. S’il s’agit d’un voile, c’est un morceau d’étoffe. Ça peut être bien pratique pour se protéger du froid ou du soleil. S’il s’agit d’un voile islamique, c’est autre chose, c’est un objet dont le port est conforme à une injonction religieuse. Il véhicule un sens, et sans doute plusieurs sens : allégeance à une religion, dissimulation de l’impudeur supposée de la chevelure féminine, revendication identitaire, pression sociale exercée sur celles qui n’en portent pas, ou subie par celles contraintes de le faire, protection contre le harcèlement sexuel, ….

      Le voile islamique n’est donc pas un vêtement. L’analogie avec la minijupe, les talons hauts, ou toute autre fantaisie vestimentaire, est donc parfaitement fausse et relève du sophisme. Critiquer le port du voile, c’est critiquer une religion, pas une personne, ni un groupe humain.

      L’auteur s’empresse de préciser ensuite qu’il ne faut pas pour autant interdire le port du voile.

      Faut-il pour autant réglementer le port du voile ? Pas plus qu’il ne faut zigouiller les curés.

      Nous voilà rassuré·e·s Pfff !!!!
      J’insiste pourtant, le voile, quel qu’il soit, est un vêtement et le sens que la femme qui le porte lui confère lui appartient.
      Enfin, en réponse aux phrases en exergue, le FN est islamophobe ET raciste. Les athées peuvent être islamophobes mais pas forcément. Quant aux universalistes athées, en lisant ce texte, j’ai un peu de mal à me dire qu’ils respectent les croyants.

    • "Le FN n’est pas « islamophobe ». Il est raciste.
      Les athées ne sont pas « islamophobes » : ils sont théophobes (ou ils s’en foutent).
      Les universalistes athées combattent les croyances, ils respectent les croyants."
      Mais tout ça est tout simplement Faux !
      Charlie le journal est athée mais athée prosélyte !
      Soit ils sont athées, mais dans leurs écrits ils considèrent pas normal d’être croyant, pour eux être athée est une évidence et croyant une erreur, ils professent leur athéisme, donc ils sont loin de "s’en foutre".
      Alors que les croyants savent que tous le monde ne croient pas et que croire est une liberté.
      Croyant, je pense même que la liberté de croire pour les humains est fondamentalement possible grâce à Dieu.
      Dieu est capable de miracle il pourrait en faire tous les jours de biens retentissants qui obligeraient de facto les gens à croire, en trouvant cela aussi normal qu’une pomme mûre tombe d’un arbre. Mais le bon Dieu ne veut pas de "spectacle", à mon avis il recherche plutôt l’authenticité de l’intérêt pour son message, donc il laisse la marge de manœuvre aux gens de ne pas croire. Donc les croyants ne peuvent qu’admettre qu’il y ait des athées.

    • @citoyenlambda

      Alors que les croyants savent que tous le monde ne croient pas et que croire est une liberté.

      Certes les croyants savent que tout le monde ne croit pas mais il existe quand même des croyants qui refusent d’accepter que ne pas croire est une liberté fondamentale.
      Comme il est dit dans le Coran, nulle contrainte en religion.

    • « Alors que les croyants savent que tous le monde ne croient pas et que croire est une liberté. » Absolument, d’ailleurs, il est prouvé historiquement que les guerres de religion n’ont jamais existé, que l’intégrisme religieux est une invention de la propagande athée, et que la persécution des Rohingyas en raison de leur religion est une fake news.

      « Comme il est dit dans le Coran, nulle contrainte en religion » Comme tous les textes religieux, on peut lui faire dire tout et son contraire. « Tuez-les partout où vous les trouvez et chassez-les d’où ils vous ont chassés, car la subversion est pire que le meurtre. Ne les combattez pas, cependant, auprès de la Mosquée sacrée, à moins qu’ils ne vous y attaquent les premiers. Dans ce cas, n’hésitez pas à les tuer. Ce sera la juste récompense des infidèles. » « Combattez-les sans répit jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de subversion et que le culte soit rendu uniquement à Dieu. S’ils cessent le combat, ne poursuivez les hostilités que contre les injustes récalcitrants. » (sourates 191 et 193) Je vous laisse faire le même exercice pour la Bible.

      Bon, quand je lis les commentaires, je vois que le texte que je citais à l’origine est encore plus nécessaire que je ne le pensais.

    • Tout ça en plus pour porter aux nues les philosophes des Lumières (esclavagistes pour beaucoup n’oublions pas…).

      @ninachani vous auriez des sources svp car c’est plutôt le contraire qui est réputé (Montesquieu, Olympe de Gouge, Voltaire, Rousseau, Diderot, Grégoire, Condorcet, de Jaucourt entre autres)

    • De manière plus simple, il est assez facile de compiler les articles de presse parlant de la religion (et une Une n’a pas la même valeur que des petites notulettes en intérieur !), et de quantifier qui parle de quelles religions, dans quelles proportions.

      Or, ces dernières décennies, que ce soit Charlie ou des journaux plus « sérieux » (haha), la tendance c’est clairement de ne critiquer quasiment que l’Islam, et en bonne partie parce que par derrière c’est arabe/afrique (le fond anti-arabe français est clairement immensément présent encore de nos jours).

      C’est donc quand même assez hypocrite de se retrancher derrière « non mais en fait c’est toutes les religions qu’on critique, c’est le fait religieux lui-même hein » quand il y a une disproportion très nette depuis des années. Quand bien même ce serait le cas pour une minorité de gentil⋅les athé⋅es, mais faut se baser sur l’ensemble, sur la réalité de ce qui est édité dans la presse papier ou internet et dans les discours des représentant⋅es politiques.

      (Ce qui ne change rien au fait que pour moi, aucune religion ne peut être la base d’une émancipation à long terme. Cela peut être un refuge et une émancipation réelle temporaire, à court terme, pour certains groupes sociaux, mais ça ne peut pas servir à le construction d’une meilleure société à plus long terme, en ce qui me concerne.)

    • @rastapopoulos si critiquer toutes les religions aujourd’hui (islam y compris) c’est être islamophobe, si « aucune religion ne peut être la base d’une émancipation à long terme » alors vous êtes islamophobe à long terme !

    • @crapaud concernant la position pro esclavagiste de certains philosophes des Lumières voir les travaux de Louis Sala-Molins.
      Ici une petite interview : http://1libertaire.free.fr/LSalaMolins15.html
      Extrait :

      Prenez le cas de Diderot et de Raynal. Malgré leurs belles paroles, ils ne sont pas les derniers à toucher des dividendes sur l’esclavage. Ils montrent par leur pratique qu’on peut pleurer sur le triste sort fait aux esclaves noirs tout en engageant de l’argent dans les compagnies négrières et en touchant des bénéfices.

      Un peu des macronistes avant l’heure en fait. Je dis que l’esclavage c’est pas bien d’un côté et en même temps je lui permets de prospérer ou comme Montesquieu je le justifie.
      Le cas de Voltaire est du même ordre : http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html
      Je citerais ici :

      Tous les élèves français du secondaire sont persuadés que Voltaire était antiesclavagiste, et on leur fait lire sa compassion pour l’esclave du Surinam. Notre philosophe est un bel hypocrite : il a en effet spéculé en association avec les armateurs nantais, et avec la compagnie des Indes, dans les opérations de traite des esclaves (par exemple dans l’armement du bateau négrier Le Congo). Dans la citation ci-après, il est plus sincère ; il défend ses intérêts.

      « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur.
      Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. »
      (tome 8, page 187)

      Lettre à Michaud de Nantes, son associé dans l’armement du Congo (Cité par César Cantu, Histoire universelle, 3ème édition, Tome XIII, p 148. Accessible sur Google books)
      « Je me félicite avec vous de l’heureux succès du navire le Congo, arrivé si à propos sur la côte d’Afrique pour soustraire à la mort tant de malheureux nègres... Je me réjouis d’avoir fait une bonne affaire en même temps qu’une bonne action. »

      2 fervents anti-esclavagistes sont des religieux, le prêtre capucin Francisco José de Jaca et le missionnaire Epiphane de Moirans.
      Bon je m’arrête là parce que c’est tout un sujet en soi qui est suffisamment documenté pour qui s’y intéresse.
      J’ajouterai le texte de https://www.cases-rebelles.org/lettre-ouverte-a-monsieur-yann-moix au cas où certain·e·s auraient envie de faire intervenir la notion d’anachronisme pour défendre les positions de ces soi-disant grands hommes des Lumières.
      @rastapopoulos

      Ce qui ne change rien au fait que pour moi, aucune religion ne peut être la base d’une émancipation à long terme.

      du coup ça décrédibilise beaucoup de mouvements émancipateurs non blancs qui ont marqué l’histoire. Seuls les athées auraient la capacité de penser et œuvrer à construire une société juste et égalitaire. J’en suis toute retournée de savoir que ma foi m’empêche à ce point d’avoir une pensée politique, moi qui me croyait sincèrement révolutionnaire.

    • @stephane je ne suis pas d’accord, d’autant plus pour Charlie (mais ça vaut pour de nombreux titres de presse et évidemment pour tous les discours politiques qui comptent dedans, dans les idées médiatisées). Sans avoir pu accéder à tous les Charlie, il est intéressant de lire le vrai travail journalistique qu’a fait l’écrivain Marc-Édouard Nabe, qui, au milieu d’un magazine pro-Daesh (Patience 2) a quand même décrit sur 41 pages l’intégralité de TOUS les dessins de Charlie post-Choron de 1992 à aujourd’hui. En allant tout relire pendant des mois au microfilm à la BNF. Quoiqu’on pense du reste du contenu, ces 41 pages sont un travail journalistique important et réellement exhaustif qui va justement à l’inverse de celleux qui commentent sans avoir lu.

      @crapaud tu mélanges un truc de l’article avec un truc que j’ai dit moi. Moi j’ai dit que ce ne sont justement pas toutes les religions qui sont critiquées, mais que depuis des années/décennies il y a une disproportion majeure en faveur d’une critique essentiellement de l’Islam (et parfois plus directement des arabes en général). Je ne dis pas que les autres religions ne sont pas évoqués, mais qu’il y a une disproportion quantitative et qualitative majeure.

      @ninachani il semblerait que tu mélanges des choses dans ce que j’ai dit et que tu me fasses aussi dire des choses que je n’ai pas dite. Je n’ai pas dit que les gens croyants ne peuvent pas réfléchir penser à des choses justes et égalitaires, j’ai dit qu’à mon sens aucune religion ne peut servir de base à une société émancipatrice. Aucun rapport donc. Quant à des mouvements émancipateurs passés qui auraient marqué l’histoire, ta phrase est flou, et on ne sait pas si tu parles de mouvement dont le contenu de la pensée était basé sur une religion, ou si ce sont ces personnes non blanches et religieuses qui par ailleurs avait une pensée politique émancipatrice, mais dont la pensée politique n’a pas pas spécialement de rapport très lié à leur religion. Et je redis que je pense aussi qu’une partie de ces mouvements ont pu produire une émancipation ainsi qu’un refuge à une époque donnée, par rapport à comment tel groupe était dominé voire persecuté mais que ça n’en fait pas forcément une base utile pour une société plus libre et égalitaire à long terme SI on parle de pensée lié à leur religion.

      Je reformule peut-être : on peut être croyant et avoir une pensée politique dont le contenu n’a pas forcément de lien fort avec la croyance en question et/ou on peut aussi être inspiré de sa croyance pour avoir une pensée politique émancipatrice mais si d’autres peuvent arriver aux mêmes conclusions par d’autres croyances ou d’autres raisonnements, alors c’est que cette pensée politique n’a pas de lien direct avec la croyance de la personne dont on parle au départ.

      Par ailleurs, et c’est important, « la croyance » ça ne veut pas dire grand chose, et je ne pense pas qu’on puisse sérieusement mettre sur le même plan un état d’esprit animiste, avec des monothéismes, etc. Pas très sérieux anthropologiquement parlant. (Et je crois encore moins qu’une pensée basée sur un monothéisme puisse aboutir à une organisation sociale intéressante.)

    • oui @ninachani c’est tout un sujet en soi qui est suffisamment documenté pour qui s’y intéresse.

      Prenez le cas de Diderot et de Raynal. Malgré leurs belles paroles, ils ne sont pas les derniers à toucher des dividendes sur l’esclavage. Ils montrent par leur pratique qu’on peut pleurer sur le triste sort fait aux esclaves noirs tout en engageant de l’argent dans les compagnies négrières et en touchant des bénéfices.

      De quoi parle-t-on ?

      Constitution d’une rente viagère par Pierre Jacques Le Moine et Jean François de Méry, directeurs de la Compagnie des Indes, à Denis #Diderot, membre des Académies de Prusse et de Russie, et à Anne Antoinette Champion, son épouse.
      https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/siv/rechercheconsultation/consultation/multimedia/Galerie.action?mediaParam==?UTF-8?B?RlJBTl8wMTU

      Ce document signale effectivement une rente viagère de 20 livres de cette Compagnie des Indes. Avouons que ces 20 livres n’étaient pas de nature à faire de Diderot un « pensionné » en un temps où le minimum d’aisance, selon Turgot, se chiffrait à 10 000 livres par an. L’acte d’accusation est des plus minces et confine à l’argument ad hominem .

      Sur #Louis_Sala-Molins : Les Misères des Lumières. Sous la raison, l’outrage. 1992
      https://seenthis.net/messages/671621

      Concernant Voltaire et la lettre #apocryphe à M. Michaud :

      C’est la création et la diffusion d’une fausse lettre attribuée à #Voltaire qui va jouer le rôle décisif de catalyseur dans cette substitution des rôles. On la voit apparaître pour la première fois dans l’ouvrage de Charles Levavasseur intitulé Esclavage de la race noire aux colonies françaises, publié en 1840, qui se présente comme une défense argumentée de l’#esclavage et une réfutation de ceux qui ont alors pour projet de l’abolir. Son auteur, armateur, député de 1840 à 1848, fervent opposant à l’abolition, y défend la cause des colonies et des planteurs à l’aide d’un impressionnant déploiement de considérations d’ordre moral, social, économique, géopolitique et anthropologique.

      https://seenthis.net/messages/671744

      Sur #Jean_Ehrard, Lumières et esclavage. L’Esclavage colonial et l’opinion publique en France au xviiie siècle
      https://seenthis.net/messages/671622
      https://seenthis.net/messages/671631
      https://seenthis.net/messages/671634
      https://seenthis.net/messages/535622

    • @crapaud En fait tu demandais des sources juste par principe lol tu sembles en fait bien renseigné.
      Je ne vois pas ce que change le fait que Diderot n’ait pas fait de profit par l’argent placé. Il y a eu également des études pour remettre en question l’ironie supposée des textes de Montesquieu et les écrits de Voltaire sont assez explicites. Mais pas de souci, je ne suis pas là pour faire tomber les icônes des non croyants lol

  • Sortie de Pollen 3
    https://linuxfr.org/news/sortie-de-pollen-3

    Après plus de 20 000 sondages créés, Pollen fait peau neuve !

    Pollen est une plateforme de sondages libre (AGPL) développée en Java/JavaScript. Cette nouvelle mouture repense principalement l’ergonomie et le design de l’application et propose une API permettant d’interagir avec vos sondages depuis votre site web.

    Cette nouvelle version a fait l’objet d’une refonte importante de l’application. En ce sens, l’équipe de développement est à l’affût de tous vos retours ou commentaires. Un sondage Condorcet a été créé si vous souhaitez y jeter un œil : "Quelle est votre distribution préférée ?"lien n°1 : Site officiellien n°2 : DLFP : Pollen, un nouveau gestionnaire de sondages libreHistoriquement, ce logiciel est né de la recherche de mise en œuvre d’un fonctionnement démocratique au sein de notre société. Nous (...)

  • [Sam 27 janv] Rassemblement #de solidarité avec les prisonniers en #lutte devant la MAH de #fleury-merogis
    https://nantes.indymedia.org/articles/39910

    Pour s’y rendre en transport en commun : bus 109, direct depuis la porte d’Orléans : départ à 12h20- arrivée à 13h00 à la MAH (le suivant 50’ plus tard, donc faut pas le louper !) RER C ou D, jusqu’à Juvisy prendre la sortie Condorcet et prendre le bus DM05 : départ 12h23- arrivée à 12h51 à la maison d’arrêt des hommes (le suivant 40’ plus tard). RER D direction Corbeil-Essonnes jusqu’à Grigny Centre. Puis prendre le bus 510 à la gare RER : départ 12h17- arrivée à la maison d’arrêt des hommes à 12h35 ; ou le suivant départ à 12h47, arrivée 13h05. Pour s’y rendre en voiture : Depuis le périph’ suivre la A6 en direction d’Evry, puis prendre la sortie n°7 fleury-mérogis. Suivre l’avenue Victor Schoelcher puis avenue du Docteur Fichez (entre 2 ronds-point), la maison d’arrêt est indiquée sur la (...)

    #Répression #/ #prisons #centres #rétention #transports #gratuits #anti-repression #étudiant-e-s #lycéen-ne-s #mouvement #Répression,/,prisons,centres,de,rétention,transports,gratuits,lutte,anti-repression,étudiant-e-s,lycéen-ne-s,mouvement

  • Tout reste à écrire - Le Nouveau Magazine Littéraire
    https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/conversations/ne-nous-lib%C3%A9rez-pas-l%C3%A9galit%C3%A9-va-sen-char
    https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/hubfs/R%C3%A9janeS%C3%A9nacCEVIPOF-970-570.jpg?t=151568203505

    Excellent papier par une chercheuse du CNRS.

    Ne nous libérez pas, l’égalité va s’en charger
    Dans une tribune publiée par Le Monde , un collectif de 100 femmes affirme rejeter un féminisme qui promeut une « haine des hommes ». Réjane Sénac, directrice de recherche au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences po–CEVIPOF, leur répond.

    Dans cette tribune publiée par Le Monde, le maternalisme côtoie le paternalisme pour expliquer à celles et à ceux qui dénoncent les violences sexuelles qu’elles sont les alliées du puritanisme et les ennemis de la liberté. Avec l’assurance de celles et de ceux qui savent et peuvent, il s’agit d’utiliser la sacrosainte défense de la liberté pour anesthésier le débat en le situant sur le registre moral et non politique. Afin de discréditer celles et ceux qui déchiffrent ces violences comme l’expression et le moyen d’un système de domination, la feinte habile – quoique éculée – est d’en faire la garantie d’une société pluraliste et vi(v)able.

    La société promue par cette tribune est celle du dressage à la soumission, au contrôle du corps des femmes par les hommes. La fin n’est pas la liberté, qu’elle soit d’expression, de création, ou d’action, mais la perpétuation d’un ordre où le désir et le plaisir n’ont de sens que dans le petit cadre binaire où les hommes séduisent les femmes qui n’ont d’autres choix que de consentir ou de décliner avec grâce, humilité et légèreté, même si la « proposition sexuelle » les importune.

    Nous connaissons cette société car c’est celle où nous vivons et dans laquelle tous les ans des conjoints ou ex-conjoints tuent plus de 100 femmes, font subir des violences physiques et sexuelles à 225 000 femmes. Cette société est celle des conditions d’impossibilité de la liberté dans la mesure où les individus sont enfermés dans des rôles caricaturaux et sclérosés dans des couples dominant/dominée, actif/passive, sujet/objet.

    Il est révélateur que, dans cette tribune, la liberté et l’égalité soient posées comme contradictoires alors que l’égalité est la condition de la liberté. Pour être libre, il faut être un sujet égal, émancipé de la maîtrise par un plus fort ou un plus légitime que soi. Nous serons tou.te.s libres sexuellement quand nous serons tou.te.s des individu.e.s sujets de désir et de plaisir à part entière. Pour cela, il faut penser et construire une société où les individu.e.s ne sont pas assigné.e.s à une authenticité du fait de leurs identifications à des identités de groupe, qu’elles soient associées à un sexe, à une religion, à une culture plus ou moins racialisée, à une classe sociale…

    L’horizon d’émancipation est de s’imaginer et d’imaginer les autres comme un.e semblable. Dans cette liberté de non-domination, en écho à l’argument de Condorcet pour le droit de vote des femmes, ou aucun individu n’a de véritables droits, ou tous ont les mêmes.

    #Sexisme #Me_too #Féminisme

    • Pétition pour la réouverture immédiate du carnet Russeurope, par Jacques Sapir
      Pour une science ouverte à la liberté d’expression des chercheurs.
      Demande de réouverture du Carnet en ligne de Jacques Sapir

      https://www.change.org/p/marin-dacos-demande-de-r%C3%A9ouverture-du-carnet-en-ligne-de-jacques-sapir?

      Le 26 septembre 2017, les responsables de la plateforme Hypotheses.org et de OpenEdition décidaient de suspendre le carnet de recherche (blog) de Jacques Sapir, Russeurope.

      Cette décision, que de nombreux juristes considèrent comme sans fondements et arbitraire, a immédiatement suscité une grande émotion dans le monde universitaire et au-delà. Cette décision met en cause le principe de la liberté des chercheurs.
      Elle s’avère contradictoire avec le fait que ces chercheurs, et en particulier dans les sciences humaines et sociales, sont directement et immédiatement insérés dans l’espace politique. Enfin, cette mesure est de nature à porter un immense préjudice aux institutions de recherches en France, et à les déconsidérer aux yeux des chercheurs étrangers.
      Des protestations très nombreuses ont été envoyées à M. Marin Dacos, responsable d’Hypotheses.org ainsi qu’à son supérieur au Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, M. Alain Beretz. Pour l’instant, M. Marin Dacos se refuse de répondre.

      Cette pétition sera remise à Marin Dacos, OpenEdition

      Premiers signataires
      *M. Denis Alland, Professeur en Droit Public, Université de Panthéon-Assas (Paris-2)

      *Bernard Cassen, Professeur émérite d’Anglais à l’Université de Paris-8.

      *David Cayla (Maître de Conférences en économie à l’université d’Angers).

      *Franck Collard, Professeur d’Histoire Médiévale à Paris-Ouest (Paris-10, Nanterre)

      *Daniel Bachet, Professeur des Universités, Sociologie, Université Paris-Saclay

      *Michel Bergès, Professeur de Sciences Politiques, Université de Bordeaux

      *Olivier Berruyer, actuaire et blogueur (Lescrises.fr)

      *Bernard Bourdin, Professeur à l’Institut Catholique de Paris, Historien des idées, philosophe politique.

      *Coralie Delaume, écrivain et blogueur (l-arene-nue.blogspot.fr)

      *Eric Desmons, Professeur de Droit Public, Université de Paris-XIII

      *Marcel Gaucher, Directeur d’études (retraité) à l’EHESS, Philosophe.

      *Jacques Généreux, économiste, maitre de conférences des Universités, professeur à l’IEPP – Sciences Po.

      *Jacques A. Gilbert, Professeur de Littérature comparée, Université de Nantes

      *Brigitte Granville, Professor of International Economics and Economic Policy, Chevalier des Palmes Academiques, Fellow of The Higher Education Academy (FHEA), School of Business and Management, Queen Mary University of London

      *Alain Guery, Directeur de recherche au CNRS, Historien.

      *Éric Guichard, Philosophe de l’internet et du numérique, Enssib-Ens, Ancien Directeur de programme au Collège international de philosophie

      *Annie Lacroix-Riz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 7.

      *Dominique Lecourt, Philosophe, professeur émérite des universités, ancien recteur d’académie, président d’honneur des Presses Universitaires de France.

      *Laurent Loty, Historien des imaginaires et des idées scientifiques et politiques au CNRS, Président d’honneur de la Société Française pour l’Histoire des Sciences de l’Homme

      *Roseline Letteron, Professeur des Universités, professeur de Droit à Paris-Sorbonne.

      *Laurent Loti, Chargé de recherche au Centre d’Étude de la Langue et des Littératures Françaises (CNRS—Université Paris-Sorbonne)

      *Jérôme Maucourant, Maître de conférences (HDR) en sciences économique à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne

      *Laurent Pinsolle, blogueur (gaullistelibre.com)

      *Nicolas Pons-Vignon, Senior researcher in development economics, University of the Witwatersrand, Afrique du Sud

      *Benedetto Ponti, professeur de Droit administratif au département de Science Politique de l’Université de Perugia, professeur de droit des médias numériques.

      *Bertrand Renouvin, Journaliste et écrivain.

      *Stéphane Rials, professeur de relations internationales et de philosophie politique à Panthéon-Assas (Paris 2).

      *Claude Roddier, Professeur des universités, retraitée depuis 2001. Professeur d’astronomie à l’université Aix-Marseille

      *François Roddier, Professeur des universités, retraité depuis 2001. Directeur du département d’Astrophysique de l’Université de Nice

      *Antoni Soy, Honorary Professor of Applied Economy, University of Barcelona. Former Deputy Minister of Industry and Business, Government of Catalonia. Former Mayor of Argentona

      *Serge Sur, Professeur émérite à l’Université Panthéon-Assas (Paris 2)

      *Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, directeur de recherche au CNRS

      *Véronique Taquin, écrivain, normalienne et agrégée de Lettres modernes, professeur de chaire supérieure en khâgne au lycée Condorcet.

      *Bruno Tinel, économiste, Maître de conférences, HDR, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

      *Michèle Tribalat, démographe

      *Jérôme Valluy, Maître de Conférences (HDR) de Sciences Politiques à Paris-1

      *Alain Venturini, archiviste-paléographe, conservateur général du patrimoine, directeur des Archives départementales de l’Aveyron

  • Les Journées Condorcet 2017 : Mots d’accueil
    http://lille1tv.univ-lille1.fr/videos/video.aspx?id=7918bb79-01a7-41d1-b6ef-cb9f52dbd232

    Mots d’accueil Lionel Montagne, Vice-Président du Conseil d’Administration en charge de la recherche de l’Université de Lille – sciences et Technologies. François Wauquier, Directeur de l’IUT (Institut universitaire de technologie) A de l’Université de Lille – sciences et Technologies. Et Christophe Clément, Directeur de la SFR (Structure fédérative de Recherche) Condorcet.

  • Conditions d’émergence d’une bioéconomie durable au sein de la SFR Condorcet.
    http://lille1tv.univ-lille1.fr/videos/video.aspx?id=6cfeb830-c135-4ec8-b28e-882b0e025bd7

    Présentation du prochain axe thématique « Conditions d’émergence d’une bioéconomie durable » au sein de la SFR Condorcet. par Martino Nieddu et Rémy Caveng

    Pour une bioéconomie soutenable : présentation du projet BIOCA (Bioéconomie en Champagne - Ardenne) par Martino Nieddu

    La bioéconomie comme principe de construction d’un monde commun par Rémy Caveng

  • Paru dans Le Monde, 17.06.2017
    Qu’ils soient démographes, historiens, économistes, les chercheurs ès migrations peinent à influer sur les politiques françaises
    Sourd aux idées des experts

    Oui à l’immigration choisie, non à l’immigration subie. " Ce slogan de campagne, lancé par Nicolas Sarkozy en 2005, devait donner le ton de sa politique d’immigration une fois élu. Mais qu’aurait appris le président s’il avait écouté les chercheurs ? Qu’il tenait peut-être un bon " élément de langage " mais que sa formule n’avait aucun sens au regard des faits. " Vouloir n’est pas savoir ", aurait pu lui rétorquer le démographe François Héran.

    Dans son livre Avec l’immigration (La Découverte, 300 p., 21 euros), ce directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED) analyse la déconnexion entre le discours politique et la réalité en matière de migrations et d’intégration. Le rôle du chercheur n’est pas, précise-t-il, de " dicter une politique a priori " mais de " tracer la frontière entre le possible et l’impossible ". Encore faut-il que le politique veuille l’entendre. Car si l’immigration et l’intégration sont au cœur des débats depuis trente ans, le décalage " entre le savoir accumulé dans les recherches et les orientations prises par les politiques n’a jamais été aussi grand ", affirme l’INED.

    Les scientifiques sont pourtant nombreux à travailler sur ces thèmes, mais les universitaires, détenteurs d’un savoir, ont du mal à se faire entendre des décideurs, détenteurs du pouvoir. " Un préjugé répandu voudrait que les politiques aient le sens des réalités, tandis que les chercheurs vivraient en lévitation, analyse François Héran dans son ouvrage. C’est la science sociale qui ramène les politiques au principe de réalité, alors que ceux-ci commencent par vendre du rêve avant de courir après les chiffres. "

    Formation des élites
    Patrick Weil, historien spécialiste des questions d’immigration et de citoyenneté, est l’un des rares à avoir influencé une politique publique. Appelé par Lionel Jospin en 1997 pour piloter une mission sur le droit des étrangers, il a orienté par ses recommandations la réforme votée l’année suivante. Interrogé en 1998 par la revue Critique interna-tionale, il reconnaissait que la nomination d’un universitaire, choix atypique à l’époque, " n’avait pas, au départ, suscité l’enthousiasme " dans les services de l’Etat. " C’est quelque chose qu’on ne fait pas beaucoup en France ", ajoutait-il alors.

    A l’écouter, la situation n’a guère changé, -notamment à cause de la formation des élites. " L’ENA et Sciences Po ont le quasi-monopole du conseil au politique et de la mission politique, analyse-t-il. Pourtant, ce sont des formations qui favorisent le “savoir parler des choses” plutôt que le savoir en lui-même, c’est-à-dire l’apprentissage d’une discipline et son approfondissement. Nous, universitaires et chercheurs, avons une présence dans la sphère publique plus forte qu’ailleurs mais nous sommes négligés par la plupart des décideurs politiques au profit des énarques. "

    Cette culture politique explique que les evidence-based policies, les " politiques publiques appuyées sur la recherche ", se diffusent plus lentement en France que dans le monde anglo-saxon. " Ici, ce sont les valeurs qui comptent, pas les faits, analyse Hillel Rapoport, professeur à l’Ecole d’économie de Paris et spécialiste des migrations internationales. Dans les pays anglo-saxons, on vous dit : “Show me it works”, montrez-moi que ça marche. En France, on vous dit : “Ce que vous proposez, c’est de gauche ou de droite ?” Mais qu’est-ce qu’on en sait ? Ce n’est pas notre problème ! Je grossis le trait, cela s’améliore, les frontières sont plus -poreuses, mais c’est encore présent. "

    Chercheur et enseignant pendant deux ans à la Kennedy School of Government de Harvard, il a constaté que dans ce lieu qui forme les futurs membres de la haute administration américaine, " l’evidence-based thinking est le b.a.-ba ". Ce n’est pas encore le cas en France, où l’évaluation des politiques publiques est rare : elle dépend du bon vouloir ou de la personnalité d’un directeur d’administration ou d’un ministre qui alloue, ou non, le budget nécessaire à ce travail.

    Si le monde de la recherche a rarement l’oreille des politiques, c’est aussi parce que le premier se nourrit du doute et de la prudence tandis que les seconds réclament des certitudes. Une différence que l’économiste Hillel -Rapoport aime illustrer par une anecdote. " Le président Truman disait vouloir des économistes manchots parce que chaque fois qu’il parlait à un économiste celui-ci lui répondait : “On one hand, on the other hand.” - “D’une part, d’autre part”, l’anglais hand signifiant “main”. - En politique, on veut “just one hand” ! C’est une différence fondamentale de culture entre la recherche et le politique, même si certaines personnes la gèrent mieux que d’autres. "

    Ces deux mondes, en outre, n’ont pas le même horizon. Le temps long de la recherche n’est pas celui du politique, qui est soumis à un calendrier électoral exigeant des solutions rapides. Et le principe de responsabilité ne joue pas de la même manière dans les deux champs. Il arrive néanmoins que l’actualité pousse les idées scientifiques jusqu’aux cénacles politiques.

    L’afflux de migrants en 2015 a ainsi donné un nouvel écho au travail universitaire publié en 2011 par Hillel Rapoport et Jesus Fernandez-Huertas Moraga, de l’université Carlos-III de Madrid. Leur sujet ? La gestion des flux migratoires par la méthode des quotas échangeables. Les deux économistes, qui ont adapté leur modèle à la situation européenne, ont été invités à le présenter au Parlement européen et – par deux fois – au cabinet du premier ministre suédois. Premier pays d’accueil des demandeurs d’asile en Europe, proportionnellement à sa population, la Suède était très en demande d’idées qui collaient à sa philosophie.

    Passerelles
    Hillel Rapoport sait cependant que les propositions des chercheurs ne peuvent pas toujours être appliquées telles quelles dans le monde réel. " Je n’ai pas d’illusion sur le fait que notre proposition pourrait être appliquée in extenso, reconnaît-il. Nos propositions ont pour but d’alimenter une réflexion générale. Je pense que nous allons vers quelque chose qui s’inspirera de nos travaux, mais qui les transformera et les adaptera de manière à ce qu’ils soient politiquement digérables, faisables et présentables. "

    Depuis quelques années, des passerelles permettent cependant aux chercheurs et aux politiques de dialoguer. Les think tanks sont le meilleur endroit pour faire réfléchir scientifiques et décideurs côte à côte, mais d’autres s’y attellent : l’ENA et l’Ecole normale supérieure ont inauguré en mars une chaire commune baptisée " Savoir, prévoir, pouvoir ". Cet enseignement entend explorer le rôle de l’expert dans le processus de décision et les attentes des pouvoirs publics à l’égard des chercheurs.

    En 2019, un nouveau centre interdisciplinaire consacré aux sciences des migrations verra en outre le jour à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Implanté sur le futur Campus Condorcet, cet institut baptisé " Convergences " abritera 200 scientifiques issus des sept institutions fondatrices (Inserm, CNRS, INED, EHESS, IRD, EPHE, université Paris-I-Panthéon-Sorbonne) et proposera toute une gamme de cursus. L’institut veut offrir une meilleure visibilité aux résultats de la recherche et resserrer les liens avec la société civile, classe politique incluse.

    Il prévoit aussi, chose nouvelle, d’assumer une activité de fact-checking et de décryptage des données issues des ministères ou des organismes spécialisés (comme l’Office français des protection des réfugiés et apatrides). " Nous avons intérêt à ce que l’intervention des chercheurs dans le débat public ne soit pas que ponctuelle, livrée au bon vouloir de chacun, mais qu’on puisse devenir une référence forte, pourvue d’un certain crédit, vers qui on se tournera ", explique François Héran, le responsable du projet. L’ambition de cette sentinelle : devenir l’égale des grands instituts européens qui étudient les migrations, que ce soit à Oxford, Amsterdam ou Göttingen. " Les centres d’Oxford possèdent une aura et ils sont régulièrement consultés, conclut le démographe. Cela ne veut pas dire qu’ils influencent les politiques publiques. Mais il est incontestable qu’ils contribuent à structurer le débat sur les questions de migration. "

    Adelaïde Grobault

    #migrations #asile #réfugiés #politique #science #savoir #université #recherche #François_Héran

  • Comment Internet permet de réaliser la bibliothèque universelle, par Robert Darnton
    https://www.actualitte.com/article/monde-edition/comment-internet-permet-de-realiser-la-bibliotheque-universelle-par-robert-darnton/82770
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    L’accès aux connaissances en recul

    Cet idéal d’accès à la culture par les bibliothèques, qui dérive de Condorcet et Thomas Jefferson — pour lesquels les Républiques de France et d’Amérique dépendent de la République des Lettres — est aujourd’hui menacé, explique Robert Darnton.

    « L’accès aux connaissances se ferme de plus en plus souvent. Savez-vous le prix moyen d’un abonnement à un journal scientifique de chimie ? 4044 $ aujourd’hui, par an, contre 30 $ annuels en 1970. Cette hausse est quatre fois plus importante que l’inflation », précise l’historien, qui accuse les groupes éditoriaux Reed #Elsevier (RELX), #Wiley et #Springer de réaliser « des bénéfices énormes » sur les restrictions d’accès au savoir.

    « Ces maisons sont des sociétés par actions, qui fonctionnent dans une logique de rentabilité, tandis que les bibliothèques de recherche, qui donnent accès à ces revues scientifiques, voient leurs budgets réduits. » Cette situation voit un affrontement féroce entre les partisans du bien public, qui expliquent que l’impôt finançant la recherche publique justifie l’accès libre aux résultats de celle-ci, et les lobbys de l’édition, qui luttent contre l’entrée dans la législation du « Fair Access to Science and Technology Act » , aux États-Unis, qui garantirait l’accès gratuit aux articles scientifiques financés par l’argent public, 6 mois après leur publication.

    #publications
    #xyzaeiou

  • Lumières versus #transhumanisme

    « Le transhumanisme, c’est le post-modernisme en action »
    PMO (Groupe Pièce et Main d’Œuvre – Grenoble)

    Dans un précédent numéro d’@Anarchosyndicalisme ! (n°150) nous avions tenté de présenter le transhumanisme et ses chimères (http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article824). Nous avions rappelé comment, sous couvert d’améliorations thérapeutiques, sa propagande parvient à rallier un nombre important de scientifiques et d’universitaires dont les recherches dans les domaines des NBIC (nano, biotechnologie, informatique et sciences cognitives) bénéficient de financements colossaux de la part de sociétés comme Google et consort. Nous nous étions attachés à montrer comment cet « humain amélioré », dit post-humain, ce cyborg dont rêvent les transhumanistes, côtoierait, dans une société cauchemardesque, ceux qui n’auraient pas pu ou voulu s’améliorer, les « chimpanzés du futur », restés tout simplement au stade naturel de leur humanité. Ils se verraient donc dominés par une caste de surhumains à l’intelligence décuplée (par des implants cérébraux directement reliés à des ordinateurs) à la longévité et à la force prodigieuse.

    Nous souhaitons approfondir cette première réflexion en nous attelant à la tâche ardue de rendre compte de l’ouvrage remarquable de Nicolas Le Dévédec, « La Société de l’amélioration : la perfectibilité humaine des Lumières au transhumanisme » (2015, éditions Liber), dont l’ambition est de comprendre comment s’est opéré un renversement complet de l’idéal humaniste des #Lumières, comment l’amélioration de l’être humain dans et par la société a fait place à une conception adaptative et modificatrice de l’identité humaine. Ce lent basculement de l’idée de progrès de la sphère politique à la seule sphère technoscientifique (basculement qui culmine avec le transhumanisme) ne s’est pas fait en un jour. Il est intéressant de suivre l’histoire des idées, d’interroger l’évolution de l’idée de progrès, de suivre sa dépolitisation, sa désocialisation, au profit de l’amélioration modificative des individus. Il tente d’établir une généalogie du transhumanisme.

    Pour des raisons aisément compréhensibles, nous ne ferons qu’une modeste « visite guidée » , forcément abrégée, donc réductrice. Nous renvoyons les lecteurs qui souhaitent une approche plus détaillée, à l’ouvrage de Le Dévédec.

    En ces temps de confusion et d’ « inversions malignes » , il n’est pas inintéressant de suivre ce processus de basculement de l’idée-phare de progrès : ce phénomène d’altération ou de renversement de sens des concepts, des idées est finalement si répandu qu’il caractérise assez bien notre temps.

    Il faut remonter à l’antiquité grecque pour trouver la première tentative de caractérisation de l’humain comme être autonome, s’inventant et donc s’améliorant lui même : c’est le fameux mythe de Prométhée, rappelé par Platon dans le Protagoras. Epiméthée, chargé par les dieux de dispenser à toutes les espèces leurs qualités propres, a oublié dans sa distribution les humains qui se trouvent dépourvus de tout. Afin de réparer cette bévue, son frère, Prométhée, décide de dérober le feu aux dieux, symbole de la technique et de la culture…

    A peine ébauchée, cette « autonomie humaine » sera bientôt balayée par le monde médiéval et l’institution du christianisme. Pour le christianisme et ses théologiens (saint Augustin entre autres) l’amélioration ne peut venir que de l’obéissance aux commandements divins ; le véritable salut n’intervenant que dans l’au-delà. L’homme, marqué par le sceau infamant du pêché originel ne peut que tenter de s’améliorer sans jamais y parvenir, dieu seul incarnant la perfection. Chacun chemine donc ainsi vers son salut individuel dans une société ultra-hiérarchisée, immuable, conforme en tous points à la « volonté divine » .

    La Renaissance marque la fin de cette époque de soumission et l’humanisme, en faisant de l’homme la « mesure de toute chose » renoue avec l’antiquité grecque tout en annonçant l’arrivée des Lumières.

    C’est Jean-Jacques Rousseau , qui emploie le premier, en 1755, le terme de perfectibilité dans son « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes » . Cette spécificité qui permet à l’homme, contrairement aux animaux, d’améliorer sa condition, Rousseau en perçoit toute l’ambivalence.

    « Il serait triste pour nous d’être forcés de convenir que cette faculté [la perfectibilité] distinctive et presque illimitée est la source de tous les malheurs de l’homme, que c’est elle qui le tire à force de temps de cette condition originelle dans laquelle il coulerait des jours tranquilles et innocents ; que c’est elle qui faisant éclore avec les siècles ses lumières et ses erreurs, ses vices et ses vertus, le rend à la longue le tyran de lui-même et de la nature ».

    La perception de cette ambivalence de la perfectibilité et l’anticipation du mésusage qui pouvait être fait du progrès, ont valu à Rousseau d’être poussé par ses détracteurs dans le camps des « primitivistes » et des nostalgiques d’un âge d’or, ce qui n’est absolument pas son propos.

    Rousseau n’envisage l’amélioration que dans et par la société et défend avec force le principe « d’auto-institution » explicite de la société (pour reprendre les termes de Castoriadis).

    On peut considérer que c’est avec Condorcet, autre penseur majeur des Lumières, que s’amorce un premier glissement du progrès vers la sphère technoscientifique. Théoricien de la « mathématique sociale » , il considère que la raison et la science doivent apporter l’amélioration rationnelle dont la société a besoin. Il affirme avec force sa foi en un progrès indéfini :

    « La perfectibilité de l’homme est réellement indéfinie ; les progrès de cette perfectibilité désormais indépendante de toute puissance qui voudrait les arrêter, n’ont d’autre terme que la durée du globe où la nature nous a jetés ».

    Dans son « Esquisse d’un tableau historique du progrès de l’esprit humain » , il en vient même, emporté par son enthousiasme, à envisager la fin de la mort :

    « Serait-il absurde, maintenant, de supposer que ce perfectionnement de l’espèce humaine doit être regardé comme susceptible d’un progrès indéfini, qu’il doit arriver un temps où la mort ne serait plus que l’effet ou d’accidents extraordinaires ou de la destruction de plus en plus lente des forces vitales, et qu’enfin la durée de l’intervalle moyen entre la naissance et cette destruction n’a elle-même aucun terme assignable » .

    Deux siècles plus tard, les transhumanistes utiliseront cette proposition pour établir une filiation que Condorcet aurait très certainement rejetée, la société harmonieuse dont il rêvait n’ayant aucun point commun avec la cité cauchemardesque des transhumanistes.

    Autant les penseurs des Lumières conçoivent le progrès comme l’instrument de la volonté émancipatrice des hommes, autant leurs successeurs du XIXe siècle vont envisager le progrès comme une force extérieure à laquelle il est nécessaire de se soumettre.

    Auguste Comte, le fondateur du positivisme, va s’ingénier à dénoncer la conception humaniste des Lumières : pour lui, les hommes ne sont pas maîtres de leur destin social et historique, le progrès s’impose comme une loi naturelle à laquelle ils sont contraints d’obéir :

    « En général, quand l’homme paraît exercer une grande action, ce n’est point par ses propres forces qui sont extrêmement petites. Ce sont toujours des forces extérieures qui agissent pour lui, d’après des lois sur lesquelles il ne peut rien. »

    La société que propose Auguste Comte se révèle autoritaire et dogmatique ; la direction en serait confiée à des savants et à des industriels auxquels tous devraient obéissance, et, grâce à la science et à la technique, l’humanité accèderait véritablement au bonheur, état final de perfection vers lequel l’humanité tend inéluctablement.

    La conception marxiste de « la nécessité de fer du progrès » (1) s’inscrit en droite ligne dans la succession du positivisme de Comte et du déterminisme qui le sous-tend. Si l’on peut considérer que le jeune Marx se trouve encore en partie dans la continuation de la conception volontariste de l’amélioration sociale promue par les Lumières, le Marx de la maturité, tout à son obsession d’établir des lois incontestables de l’évolution des sociétés grâce à son « matérialisme scientifique » , rejoint le camp des déterministes scientistes qui font peu de cas de la liberté humaine :

    « Qu’est-ce que la société quelle que soit sa forme ? Le produit de l’action réciproque des hommes ? Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale ? Pas du tout. » (2)

    Le progrès version marxiste ne résulte donc pas d’un choix délibéré des humains mais se révèle être une force supérieure qui contraint l’histoire et ses acteurs. Le projet scientifico-technique prend le pas sur le projet politique, et, pour Marx, l’émancipation finale ne pourra intervenir qu’à condition de se conformer à la « loi naturelle » qu’il s’agit de découvrir et qui régirait toute l’histoire humaine :

    « Jamais une société n’expire avant que soient développées toutes les forces productives qu’elle est assez large pour contenir et jamais un système de production nouveau et supérieur ne s’y substitue avant que les conditions matérielles d’existence aient été couvéees dans le sein même de la vieille société. » (3)

    Le « communisme » stade ultime de la société humaine s’accompagnera nécessairement, pour les marxistes, de la maîtrise totale de la nature :

    « Ce sera la domination pleinement développée de l’homme sur les forces naturelles, sur la nature proprement dite ainsi que sur sa propre nature. »

    Cette idée de maîtrise totale de la nature et donc de la nature humaine n’est pas l’apanage du seul marxisme. A la suite de la démonstration faite par Darwin de l’évolution des espèces, un certain nombre de penseurs du XIXe siècle vont détourner cette découverte, la sortant du champ scientifique où elle est parfaitement valide (celui de la biologie) pour tenter de l’appliquer dans un autre champ (celui de la sociologie), à l’encontre, il faut le souligner, de la volonté de Darwin. Sur la base de ce détournement de concept, un auteur comme Herbert Spencer créait le « darwinisme social » (ou « évolutionnisme philosophique » ) et légitimait ainsi les sociétés inégalitaires dans lesquelles la notion de « sélection naturelle » justifierait que les forts dominent les faibles. Certains de ces « penseurs » pousseront plus loin et s’orienteront carrément vers l’eugénisme, n’hésitant pas à envisager la mise en place d’une sélection visant à éliminer physiquement les individus les plus faibles. On sait à quelles abominations ont conduit ces théories.

    Si tout au long du XIXe siècle l’idée de progrès, de perfectibilité est restée liée à celle d’une amélioration de la société échappant en grande partie à la volonté humaine, à partir de la seconde moitié du XXe siècle, après le traumatisme des deux guerres et des totalitarismes nazi et stalinien, l’espoir de l’avènement quasi inéluctable d’un monde meilleur semble sérieusement compromis.
    C’est sur cette absence de perspectives que va proliférer toute une lignée de penseurs qui va faire du remodelage et de la reconstruction de l’humain la seule possibilité d’amélioration. Discréditée, la transformation du monde cède la place à la transformation de l’humain, d’autant plus facilement que les stupéfiantes possibilités des ordinateurs (pourtant de première génération au début de cette période) prouveraient, du moins pour ce courant de pensée, l’inadaptation et l’imperfection totale de l’homme. Norbert Wiener, père de la cybernétique, déclarait :

    « Nous avons si radicalement changé notre milieu, que nous devons nous modifier nous-mêmes pour être à la hauteur de notre environnement. »

    A l’inverse, Günther Anders définira très bien ce nouveau sentiment d’infériorité et d’imperfection humaine comme « la honte d’être né plutôt que d’avoir été fabriqué » (4). On assiste ainsi à un retour en grande pompe de l’imperfection de l’homme, cette fois-ci non plus face à Dieu mais face à la machine.

    Ce n’est sans doute pas un hasard si c’est un jésuite, Teilhard de Chardin, qui se fait le premier l’apôtre de cette nouvelle religion de l’amélioration et qui appelle de ses vœux la venue de « l’ultra-humain » . Dès le milieu du XXe siècle, les bases théoriques d’une reconstruction de l’humain sont posées. Dans les années 80, les courants constructivistes et post-modernes (5) vont apporter leur contribution à l’entreprise de démolition de l’humanisme et ouvrir une voie royale au dangereux transhumanisme.

    (1) - On connaît la passion des marxistes pour le fer : la discipline de fer du parti, le rideau de fer, le balai de fer de Trokski… Fort heureusement, tous ce fer a fini par rouiller.

    (2) - Lettre à Annenkov, Misère de la philosophie.

    (3) - Avant-propos à la « Critique de l’économie politique » .

    (4) - Pour un aperçu partiel de la pensée de cet auteur, voir @Anarchosyndicalisme ! n°138, « Günther Anders : la morale avec le pilote d’Hiroshima » http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article656

    (5) - Derrida, Deleuze, Lyotard…

    Article d’@Anarchosyndicalisme ! n°152 déc 2016 - Janv 2017
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article844

  • Réformons l’élection présidentielle ! — Science étonnante n°35

    https://www.youtube.com/watch?v=ZoGH7d51bvc

    http://www.college-de-france.fr/site/pierre-rosanvallon/seminar-2012-02-29-10h00.htm

    Le jugement majoritaire : une nouvelle théorie du vote
    Michel Balinski et Rida Laraki - 29 février 2012

    http://www.college-de-france.fr//audio/rosanvallon/2011-2012/Seminaires/sem-rosanvallon-balinsk-20120229.mp3

    http://www.college-de-france.fr/media/pierre-rosanvallon/UPL8954465031560637643_Balinski__Laraki.pdf

    http://www.college-de-france.fr//video/rosanvallon/Cours%202011-2012/Francais/sem-rosanvalon-balinski-laraki-20120229.mp4

    L’exposé proposé par les deux mathématiciens a été l’occasion de se demander si l’ #expression d’une préférence devait être la conséquence d’un choix binaire ou si elle était plus complexe à exprimer. Parce que les #élections ne se résument pas toujours à un choix entre deux pairs, mais qu’elle peuvent être aussi un choix parmi un plus grand nombre, le classement peut être envisagé comme modalité d’expression des préférences. En compliquant ainsi la notion de #majorité, la proposition de Balinski et Laraki permet de réfléchir à la véritable signification de l’élection.

    La proposition de l’adoption du jugement majoritaire comme nouvelle modalité de #vote est issue d’un double constat : l’expression des #opinions par le #scrutin_majoritaire ne traduit pas nécessairement les préférences collectives ; dès lors que plus de deux candidats sont en lice, les résultats du vote peuvent être contradictoires en vertu des #paradoxes de #Condorcet et d’ #Arrow. Selon Balinski et Laraki, si les candidats sont jugés sur la base d’une échelle commune de mentions ordinales, le #scrutin peut

    1) toujours identifier un gagnant,
    2) neutraliser les paradoxes de Condorcet et d’Arrow,
    3) assurer l’égalité des voix des électeurs.

    Le #jugement_majoritaire doit ainsi permettre de dégager le candidat réellement voulu par les électeurs : il prend en compte l’ #opinion de tous les électeurs sur tous les candidats et il donne à l’électeur la #liberté totale d’exprimer ses opinions.

    Si le jugement majoritaire permet assurément de dépasser l’idée qu’une #élection est une élimination, la discussion a soulevé la question épineuse de l’homogénéisation des critères de #jugement entre les électeurs. On a également rappelé que la représentation proportionnelle était un autre moyen d’échapper au #paradoxe majoritaire, dans le cas de l’élection d’une #assemblée. Enfin, on s’est interrogé sur la capacité de persuasion du jugement majoritaire et des conditions de sa mise en œuvre – convient-il notamment de multiplier des expérimentations démocratiques locales en attendant une adoption plus large ?

    Michel Balinski est directeur de recherche de classe exceptionnelle émérite au #CNRS au laboratoire d’Économétrie de l’École polytechnique ; Rida Laraki est chargé de recherche au CNRS en section sciences et technologies de l’information dans le même laboratoire. Ensemble, ils ont publié : Majority Judgement : Measuring Ranking and Electing, #MIT Press, 2010, et « Judge : Don’t Vote », Cahier du laboratoire d’Économétrie de l’École polytechnique, 27, 2010.

    #Démocratie #mathématique

  • Les Lumières et l’esclavage
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article836

    L’article « Sapere aude ! » http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article823 publié dans votre précédent numéro aborde rapidement, vers la fin, un point essentiel de la doxa anti-Lumières : leur rapport à l’esclavage. Face à l’avalanche d’âneries que l’on peut lire ou entendre sur ce sujet, je vous propose de faire un point.

    L’AIR DE LA CALOMNIE

    Si l’on tape sur « Google » les termes « histoire de l’esclavage » , on tombe très facilement – ce n’est qu’un exemple – sur la revue Hérodote qui affirme, péremptoirement,

    « L’esclavage, pudiquement qualifié d’institution particulière par les élites des Lumières, a été progressivement aboli à la fin du XVIIIe siècle et au XIXe siècle dans les États américains et les colonies européennes grâce à l’action des sociétés philanthropiques d’inspiration chrétienne. » [1]

    Deux remarques s’imposent : peut-être quelque auteur français des Lumières a-t-il employé cette expression, mais malgré une lecture assidue, je ne l’ai encore jamais rencontrée. En fait, l’expression est de Thomas Jefferson, le 3e président des USA, qui possédait lui-même des esclaves. Attribuer son expression « pudique » à l’ensemble des Lumières constitue une généralisation totalement abusive. Et ajouter que la lutte contre l’esclavage fut « d’inspiration chrétienne » [2], un parfait contre-sens au moins en ce qui concerne la France, comme nous l’allons voir. Mais on peut lire encore pire : de la calomnie pure et dure. Ainsi le Guide vert de Bretagne a osé imprimer que Voltaire aurait eu « une part de 5000 livres dans un négrier nantais » sans apporter, bien sûr, le moindre début de preuve ; affirmation reprise, quoique sous une forme non chiffrée, mais toujours sans l’ombre d’une preuve par des politiciens comme… Christiane Taubira, mais que l’on retrouve aussi – c’est un comble – dans une brochure du mouvement pédagogique Freinet et, bien entendu, distillée par des journaleux en mal de « révélations » [3].

    C’est la fameuse technique de la calomnie, décrite par Beaumarchais, un des esprits les plus pétillants des Lumières :

    « … il n’y a pas, écrivait-il, de plate méchanceté, pas d’horreurs, pas de conte absurde qu’on ne fasse adopter aux oisifs d’une grande ville, en s’y prenant bien.... D’abord un bruit léger, rasant le sol [...] telle bouche le recueille, et, piano, piano, vous le glisse en l’oreille adroitement ; le mal est fait : il germe, il rampe, il chemine, […] éclate et tonne, et devient un cri général […] » [4]

    Et nous en sommes là : d’insinuations fielleuses en affirmations parfaitement fausses, la campagne réactionnaire contre les Lumières bat son plein depuis plusieurs années, tant et si bien que beaucoup de lycéens, qui en ont lu au maximum une demi-page, sont persuadés que Montesquieu (quand ils le connaissent) est un esclavagiste et que les autres Lumières ne valaient pas mieux.
    Voyons donc ce qu’il en est en réalité.

    DE LA PRÉHISTOIRE AU XVIIIe SIÈCLE : DES SIÈCLES D’ESCLAVAGE

    Pour comprendre des textes anciens, il est nécessaire de les resituer dans leur contexte et donc de rappeler, au moins à grands traits, ce qu’était l’époque à laquelle ils ont été rédigés. Cette époque, ce XVIIIe siècle dans lequel apparaissent les Lumières est, comme toute la période qui la précède, un siècle esclavagiste, en France et dans le monde.

    Sur le plan mondial, personne ne s’insurge alors (ni même longtemps après) contre la « traite orientale » des esclaves, pourtant

    « la plus longue en durée et la plus importante en nombre d’esclaves puisqu’on estime que 17 millions de noirs seront mis en esclavage »

    et cela pour alimenter

    « le monde musulman en esclaves noirs, d’abord dans l’empire arabe puis dans l’empire Ottoman. » [5]

    pas plus d’ailleurs que contre la « traite intra-africaine » qui, d’une part a fourni les esclaves de la « traite atlantique » mais aussi alimenté la « clientèle » africaine ( « 14 millions de noirs furent ainsi réduit en esclavage sur place » [6].).

    La Grèce, Rome ont pratiqué l’esclavage. La France l’a aussi connu. Même en plein XVIIIe siècle, le servage (une forme locale d’esclavage) y persiste encore. L’esclavage est considéré comme tellement normal qu’à la fin du XVIIe il est réglementé par un texte juridique, le Code noir (1685) [7]. Les dispositions de ce code seront progressivement aggravées par Louis XV. A cette époque, La France est un pays dominé, écrasé même par l’église catholique. Et celle-ci, qui n’a jamais hésité à avoir des esclaves [8], justifiait sa position par le droit canonique, l’Ancien et le Nouveau Testament ainsi que par les Pères de l’Église. Si bien que les grands savants théologiens catholiques de l’époque, à commencer par Bossuet et en suivant par Jean Pontas, Germain Fromageau, Bellon de Saint-Quentin

    « n’ont jamais mis en discussion la légitimité de l’esclavage, notamment de l’esclavage des noirs » [9]

    Pire, pour le célèbre Bossuet ; condamner l’esclavage ce serait

    « condamner le St Esprit qui ordonne aux esclaves, par la bouche de St Paul, de demeurer dans leur état et n’oblige point les maîtres à les affranchir’’ » [10].

    D’ailleurs, et c’est une donnée essentielle pour comprendre l’acceptation de ce crime par une société pétrie de christianisme,

    « La justification officielle de la traite est l’évangélisation des Noirs » [11].

    Comme les choses, surtout sur une période de plusieurs siècles, sont rarement d’un bloc uniforme, il faut dire également qu’avant le mouvement des Lumières il y eut, ça et là, quelques tentatives courageuses d’interdire ou d’abolir l’esclavage mais sans effet pratique sur l’esclavage dans les colonies.

    En résumé, quand le mouvement des Lumières apparaît, il baigne, comme toute la société, dans cet esclavagisme. Et c’est par un effort soutenu de réflexion et de critique qu’il va réussir à s’en dégager.

    « QUE LES COLONIES EUROPÉENNES SOIENT DONC PLUTÔT DÉTRUITES, QUE DE FAIRE TANT DE MALHEUREUX ! »

    Les Lumières, il faut le rappeler, ne constituent ni une « école » ni un courant homogène. Ces auteurs (dont un petit nombre viendra du clergé) polémiquent souvent entre eux avec la plus grande virulence. Leur point commun est de vouloir penser par eux-mêmes, d’accepter la discussion, d’évaluer les raisonnements des uns et des autres et… d’évoluer en fonction de la pertinence des arguments.

    Partant d’une société dans laquelle l’esclavage est une sorte « d’évidence » générale, que personne ou presque ne questionne, il n’est pas étonnant que

    « L’élaboration de la culture critique anti-esclavagiste au XVIIIe siècle [… n’ait pas été] sans hésitations puisque cette critique devait briser une longue tradition de légitimation théorique de l’esclavage qui, auparavant, n’avait jamais été mise en question en ces termes. » [12] .

    C’est par une sorte de tâtonnement que cette critique s’élabore. Pour schématiser, on peut observer trois phases : celle où l’esclavage n’est pas reconnu comme un problème ou même est admis (quelques rares auteurs en resteront à ce stade), celle du début de la réflexion éthique avec des contradictions et des ambiguïtés, et enfin celle de la révolte et de l’affirmation de l’anti-esclavagisme (à partir des années 1770). Les textes des principaux auteurs vont nous montrer les conclusions auxquelles ils parviennent.

    VOLTAIRE

    C’est sous forme d’un conte, un genre qu’il affectionnait pour faire passer ses idées chez le plus grand nombre possible, que Voltaire s’attaque à l’esclavage :

    « En approchant de la ville, ils rencontrèrent un nègre étendu par terre, n’ayant plus que la moitié de son habit, c’est-à-dire d’un caleçon de toile bleue ; il manquait à ce pauvre homme la jambe gauche et la main droite.

    – Eh, mon Dieu ! lui dit Candide en hollandais, que fais-tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ?
    – J’attends mon maître, monsieur Vanderdendur, le fameux négociant, répondit le nègre.
    – Est-ce M. Vanderdendur, dit Candide, qui t’a traité ainsi  ?
    – Oui, monsieur, dit le nègre, c’est l’usage. […]
    – Ô Pangloss ! s’écria Candide, tu n’avais pas deviné cette abomination ; c’en est fait, il faudra qu’à la fin je renonce à ton optimisme. […] Et il versait des larmes en regardant son nègre, et, en pleurant, il entra dans le Surinam. »
    [13].

    Et Candide, qui n’avait pas perdu son optimisme devant les plus grands désastres (tel le tremblement de terre de Lisbonne) le perd irrémédiablement quand il est confronté à cette abomination qu’est l’esclavage.

    ROUSSEAU

    Dans ce qui est son ouvrage fondamental de philosophie politique, « Du contrat social » , Jean-Jacques Rousseau consacre un chapitre, « De l’esclavage » , à cette question. Il débute par ces mots :

    « Puisque aucun homme n’a une autorité naturelle sur son semblable, […]. »

    et se conclut, à la suite de tout un raisonnement par :

    « Ainsi, de quelque sens qu’on envisage les choses, le droit d’esclave est nul, non seulement parce qu’il est illégitime, mais parce qu’il est absurde et ne signifie rien. Ces mots, esclavage et droit, sont contradictoires ; ils s’excluent mutuellement. Soit d’un homme à un homme, soit d’un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j’observerai tant qu’il me plaira, et que tu observeras tant qu’il me plaira. » [14]

    Par « le droit d’esclave » il faut bien entendu entendre « le droit d’avoir des esclaves ». Ce droit est nul, nous dit Rousseau, qui illustre son propos en soulignant le caractère tout à fait léonin de toute « convention » qui régirait l’esclavage.

    DIDEROT

    Denis Diderot est encore plus clair quand il écrit :

    « À qui, barbares, ferez-vous croire qu’un homme peut être la propriété d’un souverain ; un fils, la propriété d’un père ; une femme, la propriété d’un mari ; un domestique, la propriété d’un maître ; un esclave, la propriété d’un colon ? » [15].

    En quelques lignes, Diderot s’attaque non seulement à l’esclavage mais aussi au servage, au patriarcat et au machisme ! Et c’était il y a plus de 200 ans ! C’est peu de dire que l’ouvrage dont sont extraites ses lignes ne plut pas aux autorités. Le Parlement et l’Église le censurèrent et Louis XVI le fit brûler publiquement. Le directeur de publication partit prudemment en exil…

    CONDORCET

    Condorcet de son côté dénonce vigoureusement une époque

    « … souillée par de grandes atrocités. Elle fut celle des massacres religieux, des guerres sacrées, de la dépopulation du nouveau monde. Elle y vit rétablir l’ancien esclavage, mais plus barbare, plus fécond en crimes contre la nature ; elle vit l’avidité mercantile commercer du sang des hommes, les vendre comme des marchandises […] et les enlever à un hémisphère pour les dévouer dans un autre, au milieu de l’humiliation et des outrages, au supplice prolongé d’une lente et cruelle destruction » [16].

    Il s’adresse directement aux esclaves :

    « Quoique je ne sois pas de la même couleur que vous, je vous ai toujours regardé comme mes frères. La nature vous a formés pour avoir le même esprit, la même raison, les mêmes vertus que les Blancs. Je ne parle ici que de ceux d’Europe, car pour les Blancs des Colonies, je ne vous fais pas l’injure de les comparer avec vous (…). Si on allait chercher un homme dans les Isles de l’Amérique, ce ne serait point parmi les gens de chair blanche qu’on le trouverait. » [17].

    La condamnation de l’esclavage et de ceux qui la pratiquent est claire.

    DE JAUCOURT

    Louis de Jaucourt est moins connu du grand public. C’est pourtant, peut-être, un des auteurs qui illustre le mieux l’universalisme des Lumières. Après des études de théologie (protestante) à Genève, il se rend à Cambridge pour étudier mathématiques et physique, puis il poursuit sa peregrinatio academica à Leyde où il devient docteur en médecine. Louis de Jeaucourt parlait cinq langues vivantes (français, allemand, anglais, italien, espagnol) et maîtrisait deux langues mortes (grec et latin). Fin connaisseur des littératures anciennes et modernes et bien instruit en histoire et politique, philosophie et théologie, physique et mathématiques, chimie et botanique, belles-lettres et beaux-arts, Louis de Jaucourt est le principal contributeur à ce qui fut l’œuvre majeure des Lumières, l’ Encyclopédie [18], puisqu’il en rédige à lui seul un bon quart (soit quelques 18 000 articles sur les 72 000 qu’elle comprend, cela sans compter les articles qu’il cosigne). Fuyant les mondanités, travaillant sans relâche à ses articles, de Jaucourt avait fait don de ses biens aux pauvres qu’il soignait, en tant que praticien, à titre gratuit [19].

    Voici ce qu’il écrit dans deux articles de l’Encyclopédie « Esclavage » et « Traite des Nègres » :

    « Après avoir parcouru l’histoire de l’esclavage, nous allons prouver qu’il blesse la liberté de l’homme, qu’il est contraire au droit naturel et civil, qu’il choque les formes des meilleurs gouvernements, et qu’enfin il est inutile par lui-même. […] rien au monde ne peut rendre l’esclavage légitime. »

    Dans le second article, de Jaucourt n’hésite pas à aborder les aspects économiques (qui constituent, in fine, un des arguments majeurs des esclavagistes) :

    « On dira peut-être qu’elles seraient bientôt ruinées, ces colonies, si l’on y abolissait l’esclavage des nègres. Mais quand cela serait, faut-il conclure de là que le genre humain doit être horriblement lésé, pour nous enrichir ou fournir à notre luxe ? Il est vrai que les bourses des voleurs des grands chemins seraient vides, si le vol était absolument supprimé : mais les hommes ont-ils le droit de s’enrichir par des voies cruelles et criminelles ? Quel droit a un brigand de dévaliser les passants ? »

    Et de conclure, conclusion que nous faisons nôtre :

    « Que les colonies européennes soient donc plutôt détruites, que de faire tant de malheureux ! »

    C’est de ce mouvement des Lumières que naîtra la première organisation abolitionniste de France, la « Société des amis des noirs » (1788) qui ouvre la voie à l’abolition officielle de l’esclavage par la Révolution française, le 16 pluviôse de l’an II. Napoléon Ier, qui n’avait rien d’une Lumière, rétablit l’esclavage par la loi du 20 mai 1802, et c’est un décret du 27 avril 1848, porté par Victor Schœlcher qui abolira définitivement l’esclavage en France.

    RETOUR SUR L’AIR DE LA CALOMNIE

    Comme les textes apportent, pour peu qu’on prenne la peine de les lire, un démenti cinglant à ceux qui veulent assimiler esclavage et Lumières, une deuxième ligne d’attaque – nous en avons dit un mot en introduction – s’est insidieusement développée ; celle qui prétend que les philosophes des Lumières auraient eu un double langage et qu’ils auraient tiré des bénéfices direct de l’esclavage.

    De Jaucourt (qui donne tous ses biens), Rousseau (qui vit dans la misère) et bien d’autres étant totalement inattaquables, la calomnie se concentre sur un des auteurs les plus connus Voltaire, et vient accessoirement tenter de salir Diderot.

    Dès son époque, Voltaire était surveillé, scruté par ses nombreux ennemis, en particulier les Jésuites qui lui vouaient une haine farouche. S’il y avait eu la moindre contradiction entre ses écrits et sa vie, ils se seraient fait un plaisir de le publier. Or, il n’en est rien. 238 ans après sa mort, alors que des travaux sans nombre lui ont été consacrés dans le monde entier ses ennemis, toujours aussi nombreux, n’ont pas trouvé le moindre début de preuve de ce qu’ils avancent. Il semble que l’origine de cette rumeur nauséabonde se trouverait dans l’article d’une historienne, Nelly Schmidt. Mais elle n’en publie aucune preuve et ne répond pas quand on l’interroge :

    « Sollicitée à plusieurs reprises d’indiquer sa source, Mme Schmidt ne m’a pas répondu »

    note Jean Ehrard [20].

    Ceci dit, si je me permets un commentaire personnel, je m’étonne que les quelques universitaires et autres individus qui attaquent les Lumières pour de prétendues complicités avec l’esclavage au XVIIIe siècle ne se fassent pas connaître dans la lutte contre l’esclavage aujourd’hui ni en France [21], ni dans le monde. Pourtant, au bas mot, il y a actuellement, au moins 45,8 millions de personnes réduites en esclavage, un tiers d’entre elles étant des enfants [22]. Mais, probablement, travailler à tirer de l’esclavage quelques millions d’enfants et d’adultes est moins « vendeur » (ou moins subventionné) que de cracher sur ceux qui, les premiers, ont lutté pour cette libération. De même, je ne me souviens pas d’avoir vu les détracteurs des Lumières s’élever conte le génocide rwandais, le génocide cambodgien et tant d’autres horreurs. Sans doute étaient-ils trop occupés à leurs misérables recherches pour protester contre les abominations de notre temps.

    Parvenu à ce stade, je me permettrai une dernière remarque. Quand on veut « peser » le « pour » et le « contre » il faut aussi « peser » le rapport de forces. Les auteurs qu’on appelle les Lumières n’étaient qu’une poignée, quelques dizaines. Les opposants aux Lumières, au moins ceux qui étaient organisés, formaient de véritables armées (à la veille de la Révolution, le clergé compte 120 000 hommes, essentiellement hostiles aux Lumières) et ils avaient le pouvoir. Critiquer l’organisation sociale exposait à des interdictions (l’Encyclopédie fut interdite), à des bannissements, des exils, à de la prison et même à la mort [23]. Dans ce contexte, avoir dénoncé l’esclavage, un des piliers du système, c’était faire preuve d’un grand courage. Un courage qui manque tant de nos jours aux « élites » intellectuelles pour dénoncer les abominations du monde actuel.

    [1] cf : https://www.herodote.net/De_l_Antiquite_a_nos_jours-synthese-16.php .

    [2] Aux USA, les Quakers ont effectivement joué ce rôle.

    [3] Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle , André Versaille éditeur, 2008, 239 pages. C’est l’ouvrage de référence dans ce domaine.

    [4] Beaumarchais, Barbier de Séville, 1775.

    [5] http://dp.mariottini.free.fr/esclavage/histoire-chronologie/les-3-traites.htm

    [6] http://dp.mariottini.free.fr/esclavage/histoire-chronologie/les-3-traites.htm

    [7] On oublie souvent de le préciser : cette ignominie qu’est le « Code Noir » est également antisémite : il s’attaque, dès son premier article, aux juifs.

    [8] Les fils naturels de prêtre étaient systématiquement esclaves de l’église catholique.

    [9] Alessandro Tuccillo, « Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’esclavage et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle » http://montesquieu.ens-lyon.fr/spip.php?article943 .

    [10] Citation de Bossuet, Dictionnaire rationaliste, article esclavage.

    [11] Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle , André Versaille éditeur, 2008, 239 pages.

    [12] Alessandro Tuccillo, « Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’esclavage et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle » http://montesquieu.ens-lyon.fr/spip.php?article943 .

    [13] Voltaire, Candide ou l’optimiste , 1759.

    [14] Rousseau, Du contrat social , 1750.

    [15] « Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes » . Cet ouvrage collectif, considéré comme la « bible » de l’anticolonialisme, a été, dirait-on aujourd’hui, publié sous la direction de l’abbé Raynal. Le passage cité ici est de Diderot. 1780. On peut consulter à ce sujet la notice BnF no FRBNF31182796.

    [16] Condorcet, Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain , 1793/1794

    [17] Condorcet, Réflexions sur l’esclavage des Nègres , 1781.

    [18] Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers , sous la direction de Diderot et D’Alembert. Il faudra plus de vingt ans (1751-1772) pour que la publication soit complète et parvienne à surmonter les immenses difficultés qu’on lui opposa.

    [19] Musée virtuel du protestantisme, article de Jaucourt, http://www.museeprotestant.org/notice/louis-de-jaucourt-1704-1779

    [20] Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle , André Versaille éditeur, 2008, 239 pages.

    [21] Vous aviez publié il y a quelques années le cas d’un « esclave moderne » que vous aviez tiré de cette situation, à Lauzerte (82) je crois. Autant qu’il me souvienne, et bien que l’affaire ait fait du bruit, aucun des universitaires anti-Lumières n’a apporté la moindre aide ni n’a manifesté de soutien.

    [22] https://www.walkfree.org d’après, en particulier, des chiffres de l’UNICEF.

    [23] En 1766, après avoir subi la torture, le chevalier de la Barre, à peine âgé de 21 ans, est condamné pour « impiété ». Il est décapité et son corps jeté aux flammes avec l’exemplaire saisi chez lui du « Dictionnaire Philosophique » de Voltaire.

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    Outre les références citées en notes, on lira avec grand intérêt !

    Christian Albertan, « Jean Ehrard, Lumières et esclavage. L’Esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle » , Annales historiques de la Révolution française.
    http://ahrf.revues.org/11508

    Marie Leca-Tsiomis, « Jean ERHARD, Lumières et esclavage. L’esclavage colonial et l’opinion publique en France au XVIIIe siècle » , Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, numéro 43 Varia, [En ligne], mis en ligne le 26 novembre 2008. . Consulté le 19 septembre 2016.
    http://rde.revues.org/3812

    Ann Thomson, « Diderot, Roubaud et l’esclavage » , Recherches sur Diderot et sur l’Encyclopédie, numéro 35 Varia.
    http://rde.revues.org/179

    Article d’@Anarchosyndicalisme ! n°151 Oct-Nov 2016
    http://www.cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article834

    • Qu’apporte cette précision de la « traite intra-africaine » pour une "« clientèle » africaine" dans ce texte ? à part un dédouanement de l’occident et un détournement du sujet, je ne voie pas trop. Et au passage cette précision prend vraiment lea lecteurice pour une buse, comme si tout le monde n’étais pas au courant que l’esclavage existait hors du contexte de l’histoire moderne... et comme si cette précision n’étais pas le plus gros poncif qu’on puisse sortir sur le sujet. Ca me semble être du pure #whitesplanning

      Il me semble évident que les militant·e·s afro-descendant·e·s actuels auquel se texte semble vouloir répondre parlent et veulent parler de l’esclavage par les pays occidentaux pendant la période classique et moderne, et n’ont pas d’intérêt pour la grèce antique ou l’empire ottoman dont ils sont de toute façon déjà largement informé·e·s par tous les fafs, FNoïdes et bravepatriotes depuis belles lurettes.

      Par rapport à Voltaire, c’est bien de sortir Candide mais c’est aussi une réponse qui tombe à coté, il semble que le texte qui pose problème soit l’"Essai sur les Mœurs et l’esprit des Nations"(1756)
      voici un extrait explicitement raciste :

      Leurs yeux ronds, leur nez épaté, leurs lèvres toujours grosses, leurs oreilles différemment figurées, la laine de leur tête, la mesure même de leur intelligence, mettent entre eux et les autres espèces d’hommes des différences prodigieuses. Et ce qui démontre qu’ils ne doivent point cette différence à leur climat, c’est que des nègres et des négresses transportés dans les pays les plus froids y produisent toujours des animaux de leur espèce, et que les mulâtres ne sont qu’une race bâtarde d’un noir et d’une blanche, ou d’un blanc et d’une noire.

      source ; http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html

    • « Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur.
      Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. »
      (tome 8, page 187)

      Lettre à Michaud de Nantes, son associé dans l’armement du Congo (Cité par César Cantu, Histoire universelle, 3ème édition, Tome XIII, p 148. Accessible sur Google books)
      « Je me félicite avec vous de l’heureux succès du navire le Congo, arrivé si à propos sur la côte d’Afrique pour soustraire à la mort tant de malheureux nègres... Je me réjouis d’avoir fait une bonne affaire en même temps qu’une bonne action. »

      l’Essai sur les moeurs, Voltaire publie le Traité de Métaphysique. La thèse de l’origine différente et de l’inégalité des races humaines est déjà présente, dans toute sa nudité et toute sa violence.

      Descendu sur ce petit amas de boue, et n’ayant pas plus de notion de l’homme que l’homme n’en a des habitants de Mars ou de Jupiter, je débarque vers les côtes de l’Océan, dans le pays de la Cafrerie, et d’abord je me mets à chercher un homme. Je vois des singes, des éléphants, des nègres, qui semblent tous avoir quelque lueur d’une raison imparfaite. Les uns et les autres ont un langage que je n’entends point, et toutes leurs actions paraissent se rapporter également à une certaine fin. Si je jugeais des choses par le premier effet qu’elles font sur moi, j’aurais du penchant à croire d’abord que de tous ces êtres c’est l’éléphant qui est l’animal raisonnable. Mais, pour ne rien décider trop légèrement, je prends des petits de ces différentes bêtes ; j’examine un enfant nègre de six mois, un petit éléphant, un petit singe, un petit lion, un petit chien : je vois, à n’en pouvoir douter, que ces jeunes animaux ont incomparablement plus de force et d’adresse ; qu’ils ont plus d’idées, plus de passions, plus de mémoire, que le petit nègre ; qu’ils expriment bien plus sensiblement tous leurs désirs ; mais, au bout de quelque temps, le petit nègre a tout autant d’idées qu’eux tous. Je m’aperçois même que ces animaux nègres ont entre eux un langage bien mieux articulé encore, et bien plus variable que celui des autres bêtes. J’ai eu le temps d’apprendre ce langage, et enfin, à force de considérer le petit degré de supériorité qu’ils ont à la longue sur les singes et sur les éléphants, j’ai hasardé de juger qu’en effet c’est là l’homme ; et je me suis fait à moi-même cette définition :

      L’homme est un animal noir qui a de la laine sur la tête, marchant sur deux pattes, presque aussi adroit qu’un singe, moins fort que les autres animaux de sa taille, ayant un peu plus d’idées qu’eux, et plus de facilité pour les exprimer ; sujet d’ailleurs à toutes les mêmes nécessités ; naissant, vivant, et mourant tout comme eux.

      « Mais qu’est-ce donc que Voltaire ? Voltaire, disons-le avec joie et tristesse, c’est l’esprit français ».
      (Victor Hugo. « Shakespeare »)

      #anarcho_bourgeois

    • Bonjour @mad_meg ,

      Des amis m’ont transmis la réponse que vous avez bien voulu me faire sur Seenthis. J’ai pris assez de temps pour vous répondre car, comme indiqué plus bas, j’ai cherché, sans les trouver, quelques références.

      Votre première remarque est la suivante :

      Qu’apporte cette précision de la « traite intra-africaine » pour une "« clientèle » africaine" dans ce texte ? à part un dédouanement de l’occident et un détournement du sujet, je ne voie pas trop. Et au passage cette précision prend vraiment lea lecteurice pour une buse, comme si tout le monde n’étais pas au courant que l’esclavage existait hors du contexte de l’histoire moderne... et comme si cette précision n’étais pas le plus gros poncif qu’on puisse sortir sur le sujet. Ca me semble être du pure #whitesplanning

      Je vous rappelle que le titre de mon article était « Les Lumières et l’esclavage ». La question de l’esclavage « pèse » donc la moitié du titre. Il était légitime qu’elle soit au moins succinctement abordée. Vous écrivez « comme si tout le monde ne savait pas que l’esclavage existait hors du contexte de l’histoire moderne » . Votre assertion est erronée ou du moins imprécise car l’esclavage ne concerne pas que le passé, il continue à sévir dans l’histoire moderne. Au jour d’aujourd’hui, il y a quelques 36 millions d’esclaves dans le monde (1), ce qui est à peu près l’équivalent de la population du Canada. Ce n’est donc pas « rien ». Or l’esclavage actuel se maintient dans l’indifférence quasi-générale : où sont les écrivains, les intellectuels, les militants de gauche et d’extrême gauche qui osent dénoncer publiquement le problème et militer pour qu’il cesse ? J’en voie fort peu. Et permettez-moi de m’étonner que l’on critique les Lumières pour ne pas avoir été assez radicales contre l’esclavage il y a 200 ans tout en se moquant bien du sort des 36 millions d’enfants, de femmes et d’hommes qui sont réduits aujourd’hui à ce triste sort. C’est une énorme contradiction. Si j’étais chrétien, cela me rappellerait la parabole selon laquelle on voit plus facilement la paille dans l’œil de son voisin que la poutre de son propre œil.

      Vous écrivez ensuite :

      Il me semble évident que les militant·e·s afro-descendant·e·s actuels auquel se texte semble vouloir répondre parlent et veulent parler de l’esclavage par les pays occidentaux pendant la période classique et moderne, et n’ont pas d’intérêt pour la grèce antique ou l’empire ottoman dont ils sont de toute façon déjà largement informé·e·s par tous les fafs, FNoïdes et bravepatriotes depuis belles lurettes.

      Vous affirmez que les « afro-descendants » sont largement informés sur la traite par « l’empire ottoman ». Je ne sais pas ce qui vous autorise à proférer une telle affirmation. Malgré d’assez longues recherches, je n’ai trouvé strictement aucune étude pouvant servir d’assise à votre affirmation. Tout au contraire, en interrogeant autour de moi des amis « noirs de peau » (pour reprendre une terminologie exécrable) et des amis de ces amis il m’est apparu que si quelques-uns avaient vaguement entendu parler de la traite intra-africaine, la plupart « tombaient de cul » en la découvrant. La traite intra-africaine est une réalité qui émerge à peine depuis quelques années dans les consciences. Et cette réalité, plus on la creuse, plus elle apparait comme effrayante, tant et si bien que les auteurs « noirs » qui travaillent la question finissent par dire que si la traite atlantique est constitutive d’un crime contre l’humanité, la traite africaine constitue un véritable génocide : non seulement par la mortalité lors de la traversée des déserts dans des conditions épouvantables mais surtout par le passage systématique garçons dans des « ateliers de castration », avec une mortalité de l’ordre de 70 à 80 % et une infécondité pour les survivants. Comme l’esclavage intra-africain s’est poursuivi au XIXème siècle et même aujourd’hui, il y a des traces iconographiques qui font froid dans le dos. Une présentation édulcorée de la question, mais intéressante, a été faite sur Arte (2).

      Au total, je vous retourne votre question : pourquoi donc ne faudrait-il pas aborder dans un article sur l’esclavage la forme d’esclavage la plus massive, c’est-à dire l’esclavage intra-africain ? Voyons vos arguments :

      – ce serait pour dédouaner l’Occident de ses propres crimes. Remarquons que, même si cela a pris trop de temps, l’Occident, ou du moins la France puisque c’est ici qu’on vit (et où ont vécu les Lumières dont il est question dans mon article) a déclaré officiellement par la loi n°2001-434 du 21 mai 2001 « la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » (https://www.herodote.net/La_traite_un_crime_contre_l_humanite_-article-17.php), à l’égal de la Shoah et des autres génocides du XXe siècle et a proclamé le 10 mai journée des « Mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions » . Je ne crois pas beaucoup aux lois, mais j’aimerais tellement que le Qatar (premier pays esclavagiste) ou le Maroc par exemple (150 000 esclaves) abolissent dans les fait l’esclavage et reconnaissent que c’est un crime !

      – ce serait inutile en général car « tout le monde serait au courant » . Affirmation totalement gratuite qu’aucune étude ne vient étayer en ce qui concerne la traite intra africaine.

      – ce serait inutile en particulier pour les « afro-descendants » qui n’y porteraient aucun intérêt (on se demande bien pourquoi) et surtout qui seraient « largement informés par par tous les fafs, FNoides et bravepatriotes depuis belle lurette » . Assertion fausse à au moins deux niveaux :
      1/ Il y a maintenant des afro-descendants qui découvrent la traite intra-africaine, qui s’y intéressent, et de plus en plus, un petit tour sur « youtube » vous en donnera d’assez nombreux exemples.
      2/ comme indiqué plus haut, il n’existe pas d’étude prouvant que les « afro-descendants » soient largement informés », le constat que j’ai pu faire montre même l’inverse.

      – Finalement, c’est dans la dernière ligne du paragraphe cité qu’on comprend votre motivation : les fafs, FNoïdes et bravepatriotes parlent de l’esclavage intra-africain, donc les autres doivent s’interdire d’en parler. Votre logique est une logique que l’on connait bien en politique : taire la vérité car elle pourrait mettre en contradiction telle ou telle théorie. Ce fut la logique du Parti Communiste qui étouffait tous les méfaits du stalinisme sous prétexte de « ne pas désespérer Billancourt ». On connait le résultat de cette politique de l’autruche : ça marche un certain temps, puis ça s’effondre, parfois violemment. A l’inverse des taiseux de la vérité, je pense que toute vérité doit être dite. C’est la condition même du débat démocratique. Et si nos adversaires disent une vérité, rien ne doit nous interdire de dire la même. Sauf à se mettre dans des situations éthiquement inadmissibles et qui pourraient friser le ridicule : si MadameLe Pen, à l’encontre de certains fondamentaliste de son parti, affirmait que « Oui, la terre est ronde », serions-nous pour cela dans l’obligation de proclamer qu’elle est plate ? Assez de calculs politiciens minables !

      Votre deuxième grand point concerne Voltaire. Vous écrivez

      Par rapport à Voltaire, c’est bien de sortir Candide mais c’est aussi une réponse qui tombe à coté, il semble que le texte qui pose problème soit l’"Essai sur les Mœurs et l’esprit des Nations"(1756)
      voici un extrait explicitement raciste :

      Je dois dire que, malgré mes recherches, je n’ai pas trouvé un exemplaire de l’Essai sur les mœurs et l’esprit des Nations comportant cet extrait. La référence que vous citez (http://www.contreculture.org/AG%20Voltaire.html.) donne un passage très court, et j’aurais bien aimé lire ce qu’il y avait avant et après. J’observe que la citation est tirée d’une édition de 1805, soit bien après la mort de Voltaire. Si quelqu’un parmi les lecteurs dispose d’un accès à l’édition originale, je serais preneur des deux ou trois pages qui précèdent et suivent cette citation. Dans l’attente, et s’il ne s’agit pas d’une interpolation, ce que le texte permet de conclure c’est qu’il s’agit d’une description raciste, mais racisme et esclavage ne sont pas synonymes. Ma deuxième observation sur ce point, c’est que, comme indiqué dans mon article, la pensée des Lumières évoluent au fil du temps. Je me permets de me citer

      « Pour schématiser, on peut observer trois phases : celle où l’esclavage est ou admis (quelques rares auteurs en resteront à ce stade) ou du moins n’est pas identifié en tant que question (première moitié du siècle), celle de la mise à jour de cette problématique et donc du début de la réflexion éthique avec des contradictions et des ambigüités, et enfin celle de la révolte et de l’affirmation de l’anti-esclavagisme ».

      Voltaire lui aussi évolue : l’Essai est de 1756, le Candide de 1759. Sans d’ailleurs passer sous silence qu’elles ont été précédées d’exécrables vaticinations, quand une pensée évolue, ce sont me semble-t-il, les dernières positions dont il faut tenir compte pour « juger » un auteur.

      En vous remerciant encore de la peine que vous avez prise pour me répondre.

      (1) - (http://www.liberation.fr/planete/2014/11/17/pres-de-36-millions-d-esclaves-dans-le-monde_1144709 – Estimation de l’ONG Walk Free)

      (2) - Emission Arte Thema https://www.youtube.com/watch?v=a-Xa4nR3EWM

      Vous pouvez lire aussi Le génocide voilé de Tidiane N’Diaye, Gallimard, Continents noirs, 2008 et les travaux de Salah Trabelsi

    • Merci pour ta réponse @anarchosyndicalisme
      Et Non je n’ai pas les textes de voltaire en édition originales sous la main pour te prouver mon copié collé ! Tu affirme qu’il n’a jamais dit de choses racistes ni esclavagiste et maintenant tu dit « Voltaire lui aussi évolue : l’Essai est de 1756, le Candide de 1759. »
      C’est très interessant merci pour toute cette volonté de dialogue.

      Ciao et bonne journée en 1756.

    • @mad_meg Tu sors des passages de leur contexte en niant les évolutions de la langue et autres nuances... Tu fais aussi références à des lettres qui sont connues pour être apocryphes... Ces sources sont utilisées par des suprémacistes noirs afin de calomnier les Lumières. Tu ne répond que à ce qui t’arrange. En accusant la CNT-AIT de racisme en donnant des sources aussi litigieuses tu calomnie. Tout comme tu calomnie dans d’autres posts en utilisant toi-même les catégorisations raciales chères au PIR et à ses avatars associatifs.

    • Le coup du complot suprématisme noir qui en voudrait aux lumières et auraient hacker Google book pour y insérer des textes apocryphes c’est super drôle. Je te demande pas de sources j’ai ma dose de rigolade pour un moment.
      Bonne soirée et merci

    • Parler avec les deux me fait le même effet que de discuter avec des membres des jeunesses identitaires. J’ai lu que Céline, Drumont et Rebatet sont considérés comme anarchistes de droite. Nous avons là une longue lignée littéraire et cultivée.

      WP : Polysémique, le terme anarchie s’entend sous des acceptions, non seulement différentes, mais absolument contradictoires. Employé péjorativement, comme synonyme de désordre social dans le sens commun ou courant et qui se rapproche de l’anomie,
      L’anarchisme de droite est une sensibilité philosophique et politique caractérisée par un refus d’adhérer à une société ou un système s’appuyant sur la démocratie parlementaire, le pouvoir de l’argent, les idées reçues en matière d’ordre social, et plus généralement toute forme d’autorité se réclamant d’eux.

      Un test :
      " Nous n’achetons des esclaves domestiques que chez les Nègres ; on nous reproche ce commerce. Un peuple qui trafique de ses enfants est encore plus condamnable que l’acheteur.
      Ce négoce démontre notre supériorité ; celui qui se donne un maître était né pour en avoir. »"
      Comment traduire ce passage dans une langue qui a évolué ? Comment vont jouer les nuances ?

    • @unagi @mad_meg insinuer que la CT-AIT cautionne l’esclavage en les comparant aux fachos c’est de la calomnie lénifiante.
      Pour Voltaire il vous a déja été répondu qu’il avait évolué. Et comme pour tout le monde la position qui compte c’est la dernière. De Mussolini qui a commençé comme socialiste mais je penses que ce qu’on retiens c’est plutôt son activité fasciste...
      Toujours est-il que vous semblez refuser le fait qu’on questionne la pèriode des Lumières. Réflexe autoritaire propre aux postmodernes anti-Lumières. Si Voltaire est criticable, la pèriode en soit à permi la liberation de l’esclavage, du servage, à permis plus tard la libération féministe etc.
      Ce qui est rassurant c’est que de fait vous validez le reste de l’article et l’analyse des autres auteurs de la pèriode. Tout n’est peut-être pas perdu ...

    • Non non, aucune calomnie lénifiante, à moins que tu ne t’exprimes en vieux français et dans des contextes lointains.
      Effectivement il nous a été répondu, mais par qui ?
      On voit ou te porte ton esprit confus en parlent de libération de l’esclavage et non pas de libération des esclaves. Comme celle des cerfs, etc, etc...

      Montesquieu, Voltaire, Diderot, Beaumarchais,
      Bernoulli, Euler, Laplace, Lagrange, Monge, Condorcet, D’Alembert en mathématiques, en physique générale et en astronomie. Cavendish, Coulomb et Volta. Lavoisier, Linné, Réaumur, Buffon, Jussieu, Lamarck.
      C’est plus un siècle féministe qu’un siècle de présence féminine.

    • Autant pour moi, ta liste commençant par une marquise et une baronne, en dit long sur le féminisme de cette époque.

      Rousseau fut de suite fasciné par l’esprit de Louise Marie Madeleine Guillaume de Fontaine :
      « Madame Dupin était encore, quand je la vis pour la première fois, une des plus belles femmes de Paris. Elle me reçut à sa toilette. Elle avait les bras nus, les cheveux épars, son peignoir mal arrangé. Cet abord m’était très nouveau. Ma pauvre tête n’y tint pas. Je me trouble. Je m’égare. Et bref, me voilà épris de Madame Dupin. Mon trouble ne parut pas me nuire auprès d’elle, elle ne s’en aperçut point. Elle accueillit le livre et l’auteur, me parla de mon projet en personne instruite, chanta, s’accompagna au clavecin, me retint à dîner, me fit mettre à table à côté d’elle. Il n’en fallait pas tant pour me rendre fou. Je le devins. »
      Mais je m’égare.

    • Beaumarchais, un des esprits les plus pétillants des Lumières

      J’ai bien ri quand j’ai lu cet éloge de Beaumarchais, barbouze et vendeur d’armes au service du roi, anobli puis républicain, censeur, veuf noir, boursicoteur et capitaliste à l’origine de la propriété intellectuelle blanchie sous le terme « droits d’auteur ».

      Encore un coup des suprémacistes noirs.

      Vous avez aussi des posters de Steve Jobs dans les locaux de la CNT-AIT Toulouse ?

    • C’est une féministe Rousseau maintenant ? Il a été secrétaire... et alors je voie pas le rapport. Ces femmes n’ont pas été invités à écrit l’encyclopédie, ni cités comme Lumières par les anarchosyndicalistes. C’est pas des mecs du XVIIIeme qui vont m’aider à m’en sortir en 2016 et même chose je pense pour les personnes racisées qui n’en ont rien à faire de l’abstraction humaniste des bourgeois blancs du temps de l’apogée de l’esclavage moderne.

      Prétendre comme le fait @critical_hi que les lumières sont a l’origine de l’abolition de l’esclavage et de la servitude des femmes c’est encore une belle confiscation des luttes par des hommes blancs. Si l’esclavage des noirs à été aboli c’est parce qu’illes se sont révolté·e·s et que ca devenais trop cher de poursuivre cette industrie devenu moins rentable d’avoir des ouvrier·e·s endettés. Pour les femmes je vais pas entré dans le détail non plus mais c’est la lutte des femmes et le pleine emploi qui les a émancipées pas les lumières.

      Pour le PIR c’est des suprématistes noirs alors ? C’est quoi ce délire à la Finkielkraut ! Pas de sources bien sur pour lancé cette anathème. Comme @unagi j’ai pensé à des anarchistes de droite, en fait c’est juste des mecs blancs qui veulent garder le monopole de la langue comme l’avaient leur ancêtres « les lumières », exactement pareil que Finki, Zemour, Soral... ils disent comme vous sur Voltaire et n’oublient jamais de rappeler que les noirs aussi ont pratiqué l’esclavage.

      Sinon je suis aussi étonné d’un tel acharnement des anarchosyndicalistes toulousains à défendre la pensée des lumières comme une totalité parfaite et immuable. Je savait pas que les lumières étaient anarchistes, ni même syndicalistes. Il y aurais pas des penseurs anarchistes qui ont parlé des noirs depuis les lumières ? Parce que se servir de texte qui utilisent le mot « nègre » pour parler du racisme en 2016 ca me laisse songeuse. Genre vous auriez pas plutot envie de discuter sur la pensée des anarchistes noir·e·s qui se sont penché sur le sujet ? Est-ce que vous en connaissez plus proches de nous (et moins blancs) que Voltaire &co ? Voltaire et les lumières ca fait deux siècles que des hommes blancs se sont penché sur ces textes, on connais deja en long et en large, il manque pas de visibilité et n’en a jamais manqué. Il est plus que temps de s’occuper de laisser la place et la parole et le choix des mots, aux personnes racisées qui sont toujours silenciées, y compris dans cette discussion.

    • Non @unagi je constate seulement que depuis l’époque des Lumières des femmes ont participé à la vie des idées par des correspondances, des écrits ou des traductions. Elles ont pu jouer un rôle dans les transferts culturels, elle ont pu se frayer une place dans des domaines réputés masculins, et participer aux débats publics de leur temps. Les Lumières ce ne sont pas seulement des essais et des corps de doctrine mais aussi et surtout le partage des idées et la participation active à des échanges intellectuels. Ces participations féminines sont longtemps restées invisibles et vous venez d’en remettre une couche.

    • Dur, pour un mouvement historiquement blanc et masculin, de devoir faire le deuil de celui de ses privilèges qui lui est le plus cher (j’en suis passé par là moi aussi) : celui de prétendre détenir déjà le nec plus ultra du discours révolté et du projet politique émancipateur. Difficile pour celui-ci d’entendre qu’un discours élaboré sans les femmes, les racisés et tant d’autres minorisé-e-s l’est toujours de fait contre elleux - et que, lorsque celleux-ci prennent leur émancipation en main, ellils ne viennent pas le rejoindre et faire chorus en le remerciant d’avoir déjà forgé tous les outils nécessaires.
      Pourtant un des fondateurs de l’Internationale - la première, celle de 1864 - avait dit un truc fondamental sur « l’émancipation des opprimés ». Il n’était certainement pas le premier : mais c’est de lui, un homme blanc hétéro et un peu bourgeois, qu’on se souvient.
      Vraisemblablement, ni lui ni l’essentiel du mouvement ouvrier depuis, y compris dans ses composantes libertaires n’imaginaient avec conséquence qu’ils pouvaient, en dépit de leur position et de leur combat de classe, compter aussi au rang des oppresseurs.
      Tous les vestiges actuels de cette histoire ne s’accrochent pas nécessairement mordicus à leurs chères œillères.
      Mais au vu ne serait ce que du succès chez les libertaires d’auteurs récents comme Escudero ou Garcia, de la place éminente que tient dans leur propos la construction d’ennemis de l’émancipation en grande partie fantasmés, comme « les post-modernes » ou « les déconstructeurs », accusés par eux de venir de leurs universités plus ou moins américaines pour dévoyer les saines luttes révolutionnaires populaires, et utilisés comme autant d’anathèmes ; comme au vu des accusations de « scission » que provoquent a répétition, depuis des années, voire des décennies, l’irruption sur la scène politique des combats féministes, LGBTQI, des luttes des racisés, des remises en question antispécistes, toutes et tous rendus systématiquement responsables par nos émancipateurs de l’affaiblissement de la critique sociale traditionnelle (la leur, la seule qui vaille, LA critique générique, universelle, exempte de particularisme : celle la même qui, sous la plume de Garcia, serait aujourd’hui désertée, puisque selon une telle perspective, ne pas rejoindre les anarchistes, c’est nécessairement déserter la critique : a fortiori, venir leur porter la contradiction sur ce point.), tous ou presque sont tentés de le faire.

    • Pour revenir au sujet initial du post, il ne serait peut-être pas inutile de s’intéresser aux travaux de quelqu’un d’a priori aussi peu suspect de sympathie pour l’obscurantisme que l’est #Louis_Sala_Molins.

      En particulier, « #Esclavage_Réparation : les lumières des capucins et les lueurs des pharisiens. », où il expose dans le détail deux exemples de condamnation et de combat mené contre l’esclavage en occident au XVIIè siècle - et l’éclairage violent que ces luttes là projettent sur les prétentions anti-esclavagistes des Lumières qui ont suivi.

      Faits historiques qui affaiblissent singulièrement « l’argument » maintes fois ressassé auquel l’auteur du post initial a recours

      Partant d’une société dans laquelle l’esclavage est une sorte « d’évidence » générale, que personne ou presque ne questionne

      de fait, les ressources intellectuelles, culturelles, requises pour penser contre cette institution étaient déjà là, et les philosophes cités n’en étaient pas dépourvus.

      Et c’est vraisemblablement l’inverse qui devrait nous intéresser et troubler notre confort : le fait de la construction de l’acceptabilité de l’esclavage dans l’Europe des XVIIe et XVIIIe siecles, et la part qu’y ont pris les "lumières", plutôt que de céder à la facilité de forger a posteriori de toutes pièces une histoire de « tatonnements » et de questionnements prudents mais rigoureux et de lent progrès dans les ténèbres, tellement plus valorisante !

      Il faut seulement avoir le mince courage intellectuel que requiert de remettre la question sur ses pieds : pourquoi, alors que tout était là, les philosophes dits « des lumières » n’en ont ils fait usage que si peu et si tardivement ?

    • Les travaux de Louis Sala-Molins présentent beaucoup d’intérêts et méritent discussion. Mais une chose est sûre, vous ne l’embaucherez pas à son corps défendant dans votre petite initiative raciste :

      "Ceci dit, comme beaucoup, je suis troublé par les dérives racialisantes ou carrément racistes des comportements et des choix idéologiques de certains. Dont je ne suis pas. Dont je n’ai jamais été. Dont je ne serai jamais, sauf naufrage dans la folie..."
      Louis Sala-Molins met les points sur les i http://1libertaire.free.fr/LSalaMolins04.html

    • @Rubber

      Je ne vois pas comment je pourrais m’imaginer « embaucher » quelqu’un comme Louis Sala Molins, ni dans quel but je pourrais vouloir le faire. Je ne vous connais pas, mais vous avez l’air de savoir cela bien mieux que moi.

      De même, je suis des plus curieux de vous lire plus longuement sur la « petite initiative raciste » que vous vous permettez de me prêter ici. Il est vrai que, quoi que je puisse en penser, je n’ai pas l’extravagance de m’imaginer indemne du racisme qui structure la société capitaliste, des rapports sociaux qu’il institue, et que je ne doute pas qu’il me soit arrivé et qu’il m’arrivera comme à tout un chacun ou presque de m’en faire l’agent à mon corps défendant. Serait-ce donc ce que vous entendez par là ? Auquel cas il serait bienvenu que vous précisiez votre propos.

      Pour la discussion, je suis ouvert, pour peu qu’on ait la décence ne pas se permettre d’ôter les mots de la bouche d’autrui, ou de falsifier son propos.

      Mais de curieux interlocuteurs, qui pullulent ces temps-ci chez les libertaires, semblent redouter plus que tout la confrontation à une discussion. En lieu et place, sitôt que confrontés à une révolte, une lutte, une critique contre le racisme, le colonialisme, le patriarcat, l’hétérosexisme formulée depuis un point de vue autre que le leur, et tout particulièrement depuis le point de vue de celleux qui les subissent, on les voit aussitôt, sûrs de leur fait, prétendre décider unilatéralement des seules discussions possibles et jeter l’anathème sur les fâcheux. On l’a vu lors d’un salon du livre anarchiste, et lors de la sortie de quelques uns. Hélas, en s’empressant trop grossièrement de venir mettre n’importe quoi dans la bouche de celleux qui formulent de telles critiques et mènent ces luttes (ou qui, comme je l’ai fait ici, s’en font seulement l’écho) - n’importe quoi, pourvu que cela vienne conforter l’idée flatteuse qu’ils se font du monde et d’eux mêmes, ces étonnants « libertaires » courent surtout le risque de passer pour des analphabètes, des imbéciles ou des falsificateurs, sinon une combinaison plus ou moins heureuse des trois : ce qui, j’en conviens volontiers, n’est guère enviable.

    • @martin5

      « Mais de curieux interlocuteurs, qui pullulent ces temps-ci chez les libertaires, semblent redouter plus que tout la confrontation à une discussion. En lieu et place, sitôt que confrontés à une révolte, une lutte, une critique contre le racisme, le colonialisme, le patriarcat, l’hétérosexisme formulée depuis un point de vue autre que le leur, et tout particulièrement depuis le point de vue de celleux qui les subissent, on les voit aussitôt, sûrs de leur fait, prétendre décider unilatéralement des seules discussions possibles et jeter l’anathème sur les fâcheux. »

      Si je résume, les interventions contre cette ’révolte’ ferait donc partie d’un simple ’backlash’ de vieux blancs tenant à leurs privilège ?

      La culpabilité devrai m’envahir, mais mon identité banlieusarde fait que je ne suis jamais rentrer dans genre de culpabilité judéo-chrétienne.

      Je n’ai pas l’impression d’être confronté à une « une révolte, une lutte, une critique contre le racisme, le colonialisme », mais plutôt une acceptation relativisme culturel au nom d’un antiracisme.

      Je me bat pour émancipation des individus et une société égalitaire en essayant de le faire avec bienveillance (conscient que la fin ne justifie pas les moyens).
      Vos ’arguments’ et vos procès d’intention n’y changerons rien.

      La rhétorique ne suffit pas toujours à se défausser d’engagements politiques.
      Défendre des gens (fussent-ils ’racisé-e-s’) avec des positions ouvertement racistes ou pour reprendre vos mots : relayer leurs « luttes* » de ceux-ci est une position politique.
      Certains ’racisé-e-s’ sont mis en avant et d’autres serons toujours taxés d’être ’noirs ou arabes de service’.

      Enfin feindre d’un manque de volonté de débat est pour le moins étonnant.
      Comme les coups ne sont pas des arguments recevables, à moins d’être un curé de gauche, qui tend l’autre joue.
      Je considère qu’il n’y pas volonté de débattre dans ce milieux aujourd’hui. Il n’y jamais eu autant d’attaques physiques autour de ces débats :
      – Plusieurs attaques de la librairie « La Discordia »
      – 1 attaque à « Milles Babords »

      (*) En dehors des séminaires universitaires et des récupérations éhontés quelles sont les luttes du PIR

  • Communiqué de la coordination lycéenne de Lyon et ses environs
    https://rebellyon.info/Communique-de-la-coordination-lyceenne-de-16226

    La coordination lycéenne locale de Lyon et des environs s’est réunie lundi 18 avril. 9 lycées étaient représentés (Chabrières, Ampère, Condorcet, Saint Exupéry, Descartes, Lumière, Récamier, Sent Just et Doisneau). La coordination a exprimé sa volonté de continuer à suivre les principes votés lors de e (...) — Brèves, Syndicalisme-mouvement ouvrier, Loi travail, https://www.facebook.com/lyceesdugrandlyonenlutte

  • Saint Priest : l’équipe éducative du lycée Condorcet en grève le 7 avril
    https://rebellyon.info/Saint-Priest-greve-au-lycee-condorcet-16126

    Après plusieurs demandes sans réponse acceptable du Rectorat, Les équipes éducatives du lycée Condorcet se mettent en grève pour obtenir : Une équipe de direction et de vie scolaire stable et complète → en 3 ans : aucune équipe de direction n’a été installée sur une année complète → le poste de (...) — Brèves, Éducation - partage des savoirs

  • Nous ne céderons pas !
    Signez la pétition
    http://www.nousnecederonspas.org

    Pour nous, c’est définitivement non !

    Non au projet de déchéance de la nationalité, non à une démocratie sous état d’urgence, non à une réforme constitutionnelle imposée sans débat, en exploitant l’effroi légitime suscité par les attentats.

    Nous n’acceptons pas la gouvernance de la peur, celle qui n’offre aucune sécurité mais qui assurément permet de violer nos principes les plus essentiels.

    Notre rejet est absolu. Nous appelons tous ceux et celles qui partagent une autre idée de la France à le manifester.

    A l’initiative de :

    AC ! Agir ensemble contre le chômage !, AC ! Trégor, Act Up-Paris, AFD International, Agir pour le changement démocratique en Algérie (Acda), Alternatiba, Altertour, Alofa Tuvalu, ANV Cop21, Apel-Egalité, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association Avocats pour la défense des droits des détenus, Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF), Association femmes solidaires comité Saint-Denis, Association France Palestine solidarité (AFPS), l’Association générale des étudiants de Paris Sorbonne (AGEPS), Association des Marocains en France (AMF), Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes (ARDLFM), Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Association des Tunisiens en France (ATF), Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (Aurdip), Attac, Cadac, CADTM France, Cedetim, CGT Police Paris, Centre islamique Philippe Grenier (CIPG), Cercle Condorcet de Paris, CISPM/ Maroc, Clamart-Citoyenne, Collectif des 39, Collectif des associations citoyennes, Collectif D’ailleurs nous sommes d’ici Tours 37, Collectif BDS Saint-Etienne, Collectif CGT Insertion-Probation (UGFF-CGT), Collectif La Chapelle debout !, Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Collectif de défense des libertés fondamentales de l’agglomération rouennaise (CDLF), Collectif féministes pour l’égalité, Collectif Judéo Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP), Collectif lyonnais jamais déchue, Collectif Mémorial 98, Collectif national des Faucheurs volontaires, Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Collectif Ouiouioui, Collectif de soutien aux sans-papiers du Trégor-Goëlo, Collectif Stop le contrôle au faciès, Comité pour le développement et le patrimoine (CDP), Comité pour le Respect des Libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Commission islam et laïcité, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Confédération générale du travail (CGT), Confédération nationale du logement (CNL), Confédération paysanne, Conseil des migrants subsahariens au Maroc, Coordination de l’action non-violente de l’Arche (Canva), Coordination nationale Pas sans nous, Coordination contre le racisme et l’islamophobie (CRI), Droit au logement (Dal), Droit solidarité, Emancipation Tendance intersyndicale, Emmaüs France, Emmaüs international, Espace franco-algérien, Espace Marx, Euromed Feminist Initiative IFE-EFI, Farapej, Fédération des associations des travailleurs et des jeunes (DIDF-France), Fédération des CIRCs, Fédération française des motards en colère (FFMC), Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH), Fédération nationale de la Libre pensée, Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR), Femmes égalité, Filles et fils de la République (FFR), Fondation Copernic, Fondation sciences citoyennes, Halte OPGM07, Ipam, Jinov International, Justice et libertés Strasbourg , La Cimade, Le Genepi, Le Gisti, Le Mouvement de la paix, Les Amis de la Terre France, Les Amoureux au ban public, Liberpensula Frakcio de Sat, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Ligue de l’Enseignement, Maison des potes, Mamans toutes égales (MTE), Marche des femmes pour la dignité (Mafed), Minga-agir ensemble pour une économie équitable, Mouvement pour une alternative non-violente (Man), Mouvement pour l’économie solidaire (Mes), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Mouvement pour l’économie solidaire, Négajoule !, Observatoire citoyen du CRA de Palaiseau, Observatoire international des prisons (OIP) – section française, Osez le féminisme !, Participation et spiritualité musulmanes (PSM), Peuple et culture Ile-de-France, Planning familial, Pôle de renaissance communiste en France (PRCF), Powerfoule, Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RaidH), Réseaux citoyens Saint-Etienne, Réseau éducation sans frontières (RESF), Réseau Immigration Développement Démocratie – IDD, Revue Ecole émancipée, Revue Inprecor, Revue Mouvements, Revue Regard, Romeurope 94, Solidarité laïque, Survie, Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat français des artistes interprètes (SFA), Syndicat de la magistrature (SM), Syndicat de la médecine générale (SMG), Syndicat national des arts vivants (Synavi), Syndicat national des journalistes (SNJ), SNJ-CGT, SNPES-PJJ/FSU, SNUEP-FSU, SNUipp-FSU Paris, SNUITAM-FSU, SNUTER-FSU, Solidaires étudiant-e-s, SUPAP-FSU, Une Autre voix juive (UAVJ), Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT (UGFF-CGT), Union juive française pour la paix (UJFP), Union nationale des étudiants de France (Unef), Union nationale lycéenne (UNL), Union rationaliste, Union syndicale de la psychiatrie (USP), Union syndicale solidaires.

    #état_d'urgence #gouvernement_hollande #PS #Social_démocratie