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  • En Israël, la culture est prise entre deux feux
    Pierre Sorgue, Le Monde, le 16 novembre 2018
    https://www.lemonde.fr/m-actu/article/2018/11/16/en-israel-la-culture-est-prise-entre-deux-feux_5384505_4497186.html

    Lana Del Rey, Brian Eno, Peter Gabriel ou Arcade Fire… L’appel au boycott d’Israël pour dénoncer le sort des Palestiniens rencontre de plus en plus d’écho chez les artistes. Un dilemme pour le monde de la culture israélien.

    A trois heures du matin, The Block est à bloc. Le plus célèbre club électro de Tel-Aviv, enfoui sous le béton de la gare routière centrale, reçoit Carl Craig, ponte de la techno de Detroit (Michigan) aux Etats-Unis.

    La foule ondule, saute, tressaute au rythme des basses, dans le brouillard bleu que découpent les faisceaux de projecteurs épileptiques.

    BDS pour Boycott, désinvestissement, sanctions

    Yaron Trax, le maître des lieux, s’est glissé entre les danseurs pour s’assurer des bons réglages de sa sono analogique, réputée l’une des meilleures du monde. Le quadragénaire aux airs adolescents est aux anges parmi ces jeunes gens dont beaucoup sont venus au club comme ils étaient à la plage, en short et tee-shirt. Celui que porte Yaron ce soir-là reproduit les briques et la typographie reconnaissable entre toutes : Pink Floyd, The Wall. Lorsqu’on lui fait remarquer, il sourit comme un enfant contrit : « C’est un tee-shirt formidable et l’album l’est aussi. Quel dommage que Roger Waters soit devenu aussi décevant… »

    Car le musicien britannique, ex-membre de Pink Floyd, est le spectre qui hante la scène israélienne et dérange l’intelligentsia de gauche, celui qui empêche la bulle libérale et hédoniste qu’est Tel-Aviv de flotter innocemment à cinquante kilomètres du mouroir à ciel ouvert qu’est la bande de Gaza.

    Depuis des années, Roger Waters offre sa voix aux militants internationaux du BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions), mouvement né en 2005 de la société civile palestinienne, un an après que la Cour internationale de justice a jugé illégal le mur de séparation construit entre Israël et les territoires occupés.

    Il prône les pressions sur l’État d’Israël pour parvenir à ce que n’ont jamais obtenu des décennies de guerre, de résolutions de l’ONU et de vains processus de paix pendant lesquels le nombre des colons n’a cessé de croître (500 000 aujourd’hui) : la fin de l’occupation des territoires, la pleine égalité pour les citoyens palestiniens d’Israël, le droit au retour des réfugiés chassés de leurs terres.

    La scène musicale comme estrade politique

    Il suffit de voir les gratte-ciel bleutés qui poussent à Tel-Aviv pour s’en convaincre : le boycott économique n’a que peu d’effets. La « start-up nation » se porte bien, ses relations commerciales et diplomatiques n’ont cessé de se développer avec l’Afrique, l’Inde, la Chine, voire certains pays arabes. En ce mois d’octobre encore estival, les plages sont noires de monde, les ruelles de la vieille ville de Jérusalem, pleines de visiteurs : le pays aura accueilli plus de 4 millions de touristes à la fin de l’année, soit 46 % de plus qu’en 2016.

    Au-delà du portefeuille, le BDS s’attaque aussi aux cœurs et aux têtes. Il appelle au boycott culturel et académique, comme celui qui s’exerçait sur l’Afrique du Sud au temps de l’apartheid. Et celui-là trouve, ces derniers mois, un écho bien supérieur. Depuis longtemps, la scène musicale sert d’estrade politique. D’un côté, Roger Waters, Peter Gabriel, Brian Eno, Elvis Costello, Lauryn Hill (The Fugees), Arcade Fire et d’autres ont annoncé qu’ils ne joueront plus en Israël tant qu’ils ne pourront en accepter la politique.

    De l’autre, Nick Cave, Radiohead, Paul McCartney, Alicia Keys, parmi beaucoup, sont venus au nom du dialogue et du refus de se voir dicter leur conduite. Mais, récemment, deux chanteuses moins politisées et plus populaires parmi les adolescents ont suivi le mouvement : en décembre, Lorde, la jeune rockeuse néo-zélandaise, annulait son concert après avoir été « alertée » par une lettre ouverte signée de deux fans – l’une Juive, l’autre Palestinienne –, puis en septembre, après de nombreux appels dont celui de Roger Waters, Lana Del Rey faisait faux bond. Parce qu’elle ne pourrait pas se produire également dans les territoires palestiniens, dit-elle, elle renonçait à jouer au festival Meteor qui devait être une sorte de Coachella version kibboutznik, dans le nord d’Israël.

    Un « tsunami d’annulations »

    Après le refus, en avril, de l’actrice Natalie Portman de recevoir le Genesis Prize (considéré comme un « Nobel » israélien) pour exprimer son désaccord avec le gouvernement Nétanyahou et les violences commises à Gaza, après la défection de l’équipe d’Argentine de Lionel Messi qui, en juin, a annulé une rencontre amicale avec celle d’Israël à la suite de pressions internationales (de menaces, dit-on du côté israélien), le retrait de Lana Del Rey fut une autre secousse médiatique.

    « Une belle surprise qui aidera peut-être les jeunes à se poser des questions sur une politique insoutenable dans les territoires occupés, mais aussi en Israël, où les Palestiniens, qui représentent 20 % de la population, sont victimes d’une cinquantaine de lois discriminatoires, à commencer par le logement et la terre », explique Kobi Snitz, chercheur en neurobiologie au Weizmann Institute et cofondateur de Boycott from Within (« boycott de l’intérieur »), qui rassemble une poignée de militants suffisamment téméraires pour affronter les torrents de haine qu’ils suscitent au sein du pouvoir, des médias et sur les réseaux sociaux.

    Dans la foulée de Lana Del Rey, quatorze artistes, dont plusieurs DJ, ont décliné l’invitation du festival. Des dizaines d’autres ont exprimé leur soutien au boycott sur les réseaux sociaux. Yaron Trax commence à se faire du souci pour « la capitale du clubbing » qu’est Tel-Aviv. Idit Frenkel, qui officie souvent derrière les platines de The Block, a signé un long article dans le quotidien israélien Haaretz, pour évoquer le « tsunami d’annulations ». Le titre de la tribune était emprunté aux paroles d’une chanson de Don McLean, American Pie (1971) : « The day the music died » [« le jour où la musique est morte »].

    Le boycott la laisse amère : « On peut comprendre ceux qui veulent lutter de manière non violente contre les morts de Gaza, le développement des colonies ou la décision de Trump d’installer l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem. Mais ne pas venir, c’est punir ceux qui essaient de changer les choses, y compris dans la minuscule scène underground qu’abhorrent les nationalistes et les religieux du gouvernement. »

    Si certaines figures de l’électro, comme l’Américano-Chilien Nicolas Jaar ou les Français d’Acid Arab, viennent encore en Israël, ils ne jouent plus à Tel-Aviv mais à Haïfa, au Kabareet, tenu et animé par Jazar Crew, un collectif d’artistes palestiniens. Haïfa, la cité portuaire qui soigne sa réputation de tolérance et de coexistence entre Juifs et Arabes…

    Une forme d’apartheid ?

    Attablé dans un café du centre-ville, Ayez Fadel, 31 ans, l’un des fondateurs et DJ de Jazar Crew, connaît l’antienne par cœur : « Mais même ici, grandir en étant palestinien, c’est éprouver la discrimination. Les écoles publiques arabes moins dotées que les établissements juifs, les boîtes de nuit où l’on te demande ton “Hoger”, le livret militaire que tu n’as pas [la majorité des Arabes citoyens d’Israël n’effectuent pas leur service militaire], la langue… Une nouvelle loi fait de l’hébreu la seule langue officielle, elle dit aussi que le pays est “l’Etat-nation du peuple juif”, alors que je suis un Palestinien vivant ici par la force de l’histoire, que mes impôts servent à protéger les colonies juives et à financer une armée qui a tué 44 enfants palestiniens ces trois derniers mois… Parler d’apartheid ne me paraît pas exagéré. »

    Ayez Fadel comprend le boycott et revendique la dimension politique de Jazar Crew : « Une manière de sensibiliser les jeunes. Nous n’avons plus honte d’être palestiniens, nous sommes éduqués et confiants. Et nous ne cessons de répéter que nos positions ne sont pas contre les Juifs mais contre ce régime. » Le jeune homme se dit prêt à collaborer avec Yaron Trax, qui l’a appelé pour que The Block et Kabareet « organisent quelque chose ensemble ». Mais, précise-t-il, « à condition qu’il fasse une déclaration claire sur l’occupation des territoires et les droits des Palestiniens ».

    Les turbulences qui agitent le microcosme underground reflètent assez bien le désarroi du monde de la culture devant ces appels au boycott. « En ce moment, pas un dîner sans qu’on en parle », reconnaît la responsable d’une galerie d’art installée aux franges de Florentine, ancien quartier d’entrepôts et d’ateliers de Tel-Aviv devenu le préféré des artistes et des bobos. Comme beaucoup d’opposants à l’occupation, elle refuse d’acheter les produits des colonies – certaines se sont spécialisées dans l’agriculture et l’élevage bio – ou le vin venu du Golan. « Mais le BDS culturel, dit-elle, frappe ce qui reste de l’élite de gauche, celle que Nétanyahou et son gouvernement détestent. Si on la muselle, on n’entendra plus que les voix des plus réactionnaires… »

    C’est aussi ce que pense Avi Pitchon, écrivain, critique et commissaire d’expositions : « Le boycott culturel réduit le débat à une polarisation extrême entre les activistes et le gouvernement, il déshumanise et nourrit la paranoïa, ce “nous” contre “eux” dont joue un régime de moins en moins démocratique. Ce tout ou rien est un piège, quoi que disent les créateurs ils seront perdants. Alors, ils préfèrent laisser parler leur art… »

    C’est peut-être pour cela que chercher à les rencontrer pour évoquer la question relève de la chasse au dahu. Groupe pop connu pour ses textes radicaux, écrivain loué comme l’une des « grandes voix morales » du pays, cinéastes, producteurs de concerts, responsables de théâtre, de centre d’art contemporain… tous se disent trop occupés. D’autres se ravisent après avoir parlé et demandent à n’être plus cités.

    Pnina Blayer, la directrice artistique du Festival international du film de Haïfa qui s’est déroulé fin septembre sans les « grands noms » invités, exige les questions par courriel et adresse des réponses aussi sèches que le fleuve Jourdain surexploité : selon elle, la situation dans la bande Gaza et la guerre en Syrie sont les motifs des absences, dont aucune n’a été motivée par le BDS, qui n’aura découragé qu’un film marocain, et si Agnès Varda, à qui le festival rendait hommage, n’est pas venue, ce n’est pas pour des raisons politiques.

    Il faut comprendre sa prudence : pendant que le festival est soumis aux pressions de l’étranger, sa propre ministre de la culture, la très droitière Miri Regev, demande à celui des finances de lui couper les vivres pour avoir accueilli deux films israéliens qui « sapent les valeurs et symboles » de l’Etat (l’un d’eux raconte l’histoire d’un metteur en scène palestinien qui monte une pièce narrant un amour entre une Juive et un Arabe…).

    Le projet de loi « Loyauté dans la culture »

    La même ministre se démène pour l’adoption d’un projet de loi « Loyauté dans la culture » qui veut supprimer les fonds à toute organisation déniant « Israël comme un Etat juif et démocratique » ou qui ferait du jour de l’indépendance celui de la Nakba, la « catastrophe » que vécurent 700 000 Palestiniens expulsés en 1948.

    Le monde de la culture a manifesté le 27 octobre contre ce texte, de nombreux cinéastes israéliens, comme Amos Gitaï ou Ari Folman, sont parmi les signataires d’une tribune parue lundi 12 novembre dans Le Monde pour demander le retrait du texte. En attendant, des députés ont également proposé de punir de sept ans de prison tout appel au boycott et l’entrée du pays est déjà interdite à tout étranger qui soutient activement le BDS.

    Car, pour le gouvernement, c’est la guerre. Au vingt-neuvième étage d’une tour de Bnei Brak, dans la banlieue de Tel-Aviv, une trentaine de personnes travaillent au sein de la National Task Force for Countering Delegitimization (« force d’intervention contre la délégitimisation »), qui dépend du ministère des affaires étrangères.

    « Nous révélons les relations entre le BDS et des organisations terroristes comme le Hamas ou le Front populaire de libération de la Palestine ; comment, sous couvert de droits de l’homme, il s’attaque à la légitimité d’Israël ; comment il bombarde les artistes par des cyberattaques menées par des robots. Nous travaillons avec des centaines d’organisations pro-israéliennes en leur offrant articles, vidéos et autres outils pour affronter les arguments du BDS », résume Tzahi Gavrieli, le directeur.

    Le bureau a lancé la plate-forme 4il sur Internet, Facebook et Twitter : des images de jolies filles montrent la diversité du pays, des vidéos soulignent la réussite de certains « Arabes israéliens ». Des posts saluent la criminalisation du boycott en France (en 2015, la justice a confirmé la condamnation de militants ayant appelé au boycott des produits israéliens) ou en Allemagne (le BDS a été jugé antisémite par l’Office fédéral de la protection de la constitution de Berlin).

    Un post du 23 octobre relaie le rapport de Human Rights Watch sur la torture pratiquée par le Hamas et l’Autorité palestinienne en demandant si la communauté internationale va exercer sur eux les mêmes pressions que sur Israël… Des messages vantent le concours Eurovision de la chanson de mai prochain : avec ses 186 millions de téléspectateurs, la manifestation est une vitrine que le gouvernement ne veut pas voir entachée, malgré l’appel au boycott lancé par 140 artistes internationaux.

    L’« instrumentalisation » du monde de la culture ?

    La lutte contre le BDS est aussi l’affaire d’Adam Shay au sein du Jerusalem Center for Public Affairs, un think tank niché dans un quartier tranquille de la ville sainte. Il « scrute » les militants locaux, conseille les promoteurs de spectacles, essaie de convaincre des artistes ciblés que ce qu’on leur raconte est un tissu de mensonges et qu’ils ne regretteront pas de venir.

    « David Guetta était là la semaine dernière », se réjouit le jeune homme avant de confier qu’il cherchait à faire venir Rachid Taha, peu avant sa mort, en septembre : « Cela aurait été un gros truc » (vu les relations qui liaient le rockeur français à Brian Eno, très impliqué dans le BDS, on imagine mal une réponse positive).

    C’est cette « instrumentalisation » du monde de la culture qui, aux yeux des militants du BDS, justifie les appels au boycott de ceux dont les travaux ou les voyages sont financés par le gouvernement. Ils aident, disent-ils, le pays à soigner son image de démocratie favorable à la liberté d’expression. Les artistes se retrouvent coincés entre le marteau du gouvernement, qui tient (et serre) les cordons de la bourse, et l’enclume des pressions internationales.

    « À l’étranger, nous sommes considérés par certains comme des collaborateurs ; ici, comme des traîtres. Mais l’argent du ministère est aussi celui de mes impôts. Si la solution est de dire non, où va-t-il aller et qui va dire ce que l’on dit ? », demande Hillel Kogan, danseur et chorégraphe de la célèbre compagnie Batsheva, qui dut affronter cet été quelques militants pro-BDS à Montpellier et à Toulouse alors que, invité de la très diplomatique saison « France-Israël », il s’apprêtait, avec le Palestinien d’Israël Adi Boutros, à interpréter sa pièce We Love Arabs.

    Certains dans le pays ont regretté que l’écrivain David Grossman, considéré comme une « conscience » par le camp de la paix, se laisse « enrôler » par le pouvoir en acceptant le prix Israël de littérature 2018 des mains du ministre de l’éducation ou, en 2017, lorsqu’il accompagne à New York une pièce tirée de l’un de ses romans et adaptée par deux troupes israéliennes qui s’étaient produites dans les colonies (ce que l’auteur désapprouve). Ce, sous les yeux de la ministre de la culture qui avait fait le voyage. « Une manière de résister au BDS qui est une nouvelle forme d’antisémitisme », avait dit Miri Regev ce jour-là.

    Car c’est l’argument massue des contempteurs du BDS. Le mouvement a beau condamner racisme et antisémitisme, le public hétéroclite qu’il mobilise laisse parfois suinter des attaques haineuses, voire négationnistes. Dans le petit théâtre de Jérusalem où il travaille avec de jeunes comédiens juifs et arabes, Arik Eshet se souvient du festival de théâtre d’Édimbourg de 2014, lorsque des militants « agressifs » avaient fait annuler son spectacle : « Tu entends des gens crier qu’Israël ne devrait pas exister. C’est traumatisant… »

    La nécessaire mobilisation de la société civile

    Roger Waters est systématiquement accusé d’infamie. Du coup, Gideon Levy, le journaliste de Haaretz qui se démène inlassablement pour évoquer le sort des Palestiniens, ne cesse de défendre le chanteur. « J’ai passé de longues nuits à discuter avec lui, rien ne lui est plus étranger que les sentiments antisémites, ces accusations sont intolérables », assène-t-il dans le salon de sa maison, dont un mur est orné d’une vieille publicité ensoleillée où est inscrit : « Visit Palestine ».

    Un BDS efficace, ajoute-t-il, serait le seul moyen d’en finir avec les bains de sang : « Le changement ne viendra pas de l’intérieur d’Israël, la vie est trop bonne ici. Or les Etats-Unis soutiennent le pays et l’Europe est une plaisanterie : le seul espoir est la mobilisation de la société civile. La gauche sioniste appelle depuis des lustres à deux Etats mais n’a rien fait pour ça, nous devons en payer le prix. La criminalisation du BDS est un scandale : pourquoi serait-il légitime de boycotter l’Iran et pas Israël ? »

    En les réduisant au rang de producteurs de « biens culturels » ou d’instruments du soft power d’un Etat dont ils n’approuvent pas la politique, le BDS interroge les artistes de manière inconfortable sur leurs responsabilités de créateurs et de citoyens au cœur d’une opinion publique au mieux indifférente, au pis de plus en plus xénophobe. Et dans les conversations un nom revient souvent, comme s’ils étaient orphelins d’une figure capable d’indignation, de « courage », disent certains.

    « Il nous manque un penseur comme Leibowitz », glisse le photographe Miki Kratsman, l’un des fondateurs de l’ONG Breaking the Silence qui recueille les témoignages des soldats sur les exactions auxquelles les contraint l’occupation. C’est aussi ce que dit Zeev Tene, un vieux rockeur dont Ari Folman utilisa une chanson pour son film Valse avec Bachir et qui, depuis deux ans, part, le 6 juin, date anniversaire de la guerre des Six-Jours, le long du mur de séparation avec quelques musiciens et un camion en guise d’estrade pour jouer devant une banderole qui proclame « Make Israel small again ».

    Yeshayahu Leibowitz, mort en 1994, grand penseur et moraliste, religieux convaincu et sioniste affirmé, fut un critique féroce de l’occupation qui « détruit la moralité du conquérant ». Outré par la torture, il alla jusqu’à employer le terme de « judéo-nazis »… Or, constate l’historien « post-sioniste » Shlomo Sand, qui fait lui aussi référence à Leibowitz, « je n’ai pas vu l’Université se mettre en grève lorsqu’une succursale a été ouverte dans la colonie d’Ariel. Je n’ai entendu aucune de nos voix de la gauche sioniste prôner l’objection de conscience dans les territoires ou soutenir les refuzniks [qui refusent de servir dans l’armée]. Le BDS les met devant leurs contradictions… »

    Mais le malaise, explique-t-il, vient aussi du fait que, « en posant le droit au retour des réfugiés, le BDS questionne les conditions mêmes de la naissance d’Israël dans un pays encore hanté par la Shoah. Ce droit au retour ne peut être ignoré, mais il faut être honnête : on ne pourra pas accueillir 5 millions de réfugiés. Je soutiens le BDS à condition qu’il ne mette pas en danger l’existence d’Israël. »

    Une situation parfois absurde

    L’historien déplore aussi la « stupidité » de certains appels au boycott culturel. Les musiciens d’Apo and the Apostles, un Arménien de Jérusalem et trois Palestiniens de Bethléem, partagent sûrement son avis. Lorsque ces talentueux garçons qui mêlent leur folk-rock à des nuances orientales doivent se produire dans un festival de musique alternative arabe à Tel-Aviv, le BDS décrète que ce n’est pas acceptable parce qu’ils ne sont pas des « Palestiniens de 48 », ceux restés en Israël…

    Shady Srour aussi a quelques remarques à faire sur les censeurs du BDS : cinéaste palestinien de Nazareth, il a tourné un très joli film dans sa ville natale, Holy Air, où comment un homme essaie de s’en sortir en vendant de l’« air saint » aux touristes venus sur les traces de Jésus. C’est drôle, féministe, sexy, acide, « beckettien », plus grave lorsque les rêves sont empêchés par le seul fait de n’être pas un citoyen comme les autres.

    Mais le BDS ne rit pas : il a demandé son retrait d’un festival du film israélien à Londres, puis du Festival des cinémas arabes de l’Institut du monde arabe, à Paris, qui a congédié le réalisateur d’un bref courrier. « Je suis palestinien, mon père fut l’un de ceux chassés vers le Liban. Me boycotter, c’est m’empêcher d’affirmer mon propre récit face à celui des Israéliens. Le BDS vient chez moi pour me couper la langue… Aucun financement arabe ne m’est accordé parce que j’ai un passeport israélien, où est-ce que je trouve l’argent ? » On comprend que son film soit teinté de tristesse et d’absurde.

    #Palestine #Culture #Apartheid #BDS #Boycott_culturel


  • Deux élues socialistes font leur entrée au Congrès
    Mediapart - 7 novembre 2018 Par Mathieu Magnaudeix
    https://www.mediapart.fr/journal/international/071118/deux-elues-socialistes-font-leur-entree-au-congres?onglet=full

    Deux militantes du DSA, la New-Yorkaise Alexandria Ocasio-Cortez, future cadette du Congrès, et l’avocate Rashida Tlaib, une fille d’immigrés palestiniens de Detroit, ont fait leur entrée au Congrès ce mardi 6 novembre. Numériquement, ce mouvement est modeste, et concerne d’abord les grandes villes libérales. Mais il est aussi inédit depuis près d’un siècle.

    • First Palestinian Elected to US Congress
      November 7, 2018 7:53 PM
      http://imemc.org/article/midterms-two-muslim-women-voted-into-congree

      On Tuesday, November 6, the first Palestinian-American was elected to the U.S. Congress, marking an historic day for Palestinians living in exile in the United States.

      42 year old Rashida Tlaib, a Palestinian refugee who lives in Dearborn, Michigan, is known as an advocate for minority groups.

      She was elected into Michigan’s 13th Congressional District,

      Tlaib joins Ilhan Omar as the first two Muslim women in the U.S. Congress, and Omar is the first Somali-American to be elected into congress,

      Tlaib’s extended family in the West Bank celebrated her win on Wednesday, with her uncle Bassam Tlaib stating, “She has become “a source of pride for Palestine and the entire Arab and Muslim world”.

      He spoke with Reuters News from the small village of Beit Ur Al-Fauqa.


  • Détroit Les profs montent au front Marco Fortier - 3 Novembre 2018 - Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/540534/les-profs-montent-au-front

    On se trouve au sud-est du Michigan, un État du nord des États-Unis. Mais parfois, on se croirait au Québec.

    Les élèves des 106 écoles publiques de Detroit ont eu toute une surprise à la rentrée scolaire : il n’y avait plus d’eau potable. Dans aucune école. La commission scolaire a découvert que l’eau des trois quarts des écoles publiques est contaminée au plomb à cause de la plomberie datant du siècle dernier. Les autorités n’ont pas couru de risques. Elles ont fermé les robinets de toutes les écoles.

    Autre signal alarmant pour les écoles publiques, les bâtiments ont été tellement négligés qu’ils ont besoin de travaux de 500 millions de dollars. Toits qui coulent, trous dans les murs, moisissures, portes et fenêtres qui ne ferment pas, la liste des rénovations est interminable.

    Ça vous rappelle quelque chose ? Oui, on se croirait au Québec. Mais encore ? Les enseignants des écoles publiques du Michigan ont le moral à terre. Ils désertent la profession, épuisés par les classes remplies d’élèves ayant des difficultés. Le métier est dévalorisé. Il y a une pénurie de profs. Comme chez nous.


    Photo : Carlos Osorio Associated Press Le délabrement des écoles publiques au Michigan préoccupe les parents et les enseignants. Une manifestation s’est déroulée en février à Detroit pour protester contre la fermeture de dizaines d’écoles.

    En roulant au #Michigan, on peut aussi s’imaginer au Québec. Les ponts et chaussées ont été négligés depuis des décennies dans cet État éprouvé par les fermetures d’usine et la délocalisation des emplois en Chine et au Mexique. Les nids-de-poule font partie des joies de la conduite automobile — et de la marche en ville : l’autre jour, un pauvre journaliste montréalais a failli se fouler la cheville (et se faire écrapoutir par une camionnette) en mettant le pied dans une crevasse en traversant un de ces immenses boulevards à six voies…

    Loin des coups de gueule et des pitreries de Trump, l’avenir des #services_publics — la notion même de service public — est au coeur de la campagne électorale américaine, qui connaîtra son dénouement aux urnes, mardi.

    La bataille des services
    Deux visions s’affrontent : le Parti républicain prône bien sûr le « libre choix » (y compris en éducation) et favorise l’entreprise privée tous azimuts. Ce qui est nouveau, c’est que le Parti démocrate prend résolument position pour les services publics et pour les droits des travailleurs, que ce soit en éducation, en santé ou en services sociaux. Quitte à passer pour un parti « socialiste ».

    « On assiste à la montée d’une aile progressiste chez les démocrates, qui s’inspirent de la campagne de Bernie Sanders en 2016 », dit Frédérick Gagnon, directeur de l’Observatoire sur les États-Unis et professeur au Département de science politique à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

    Le chercheur rentre d’une tournée d’une demi-douzaine d’États du Midwest, dont le Michigan. Ce qui l’a frappé, c’est la montée d’une gauche décomplexée chez les #démocrates.

    « Trump a remporté la présidence, mais les démocrates estiment que ce sont d’abord eux qui ont perdu l’élection de 2016. Ils en ont tiré des leçons. »

    Fouettés par Trump, les jeunes, les femmes et les minorités s’engagent comme jamais en politique. Et ça commence sur les bancs d’école. La semaine dernière, les élèves d’une école secondaire de Detroit ont fait la grève. Avec leur campagne #DoWeCount, ils réclamaient de l’#eau_potable et des tests de qualité de l’#eau dans toute la ville, et non seulement dans les écoles.

    Les jeunes s’inspirent de leurs profs. Au printemps dernier, des #enseignants d’une série d’États sont sortis dans les rues pour réclamer de meilleures conditions de travail.

    La suite logique, on la voit dans cette campagne électorale : pas moins de 554 membres du personnel de l’éducation, en vaste majorité des femmes (profs, orthophonistes, directions d’école, etc.), sont candidates pour des postes à Washington ou dans les législatures d’État, selon une compilation menée par les deux plus grands syndicats de l’éducation.

    Inégalités croissantes
    « Les enseignants se prennent en main pour sauver l’école publique. Le problème de notre système, c’est que la majorité des élus n’ont jamais mis les pieds dans une école publique, sauf pour se rendre dans un bureau de vote le jour des élections », dit Deb Lotan, directrice générale du Michigan Education Association (MEA), un des grands syndicats de l’éducation.

    Deb Lotan est fâchée. Les huit années de règne républicain au Michigan ont porté un coup dur aux écoles publiques, selon elle. Dans les faits, la plupart des familles qui en ont les moyens envoient leurs enfants au privé ou dans les #écoles_à_charte — des écoles financées par les fonds publics, mais qui ne relèvent pas des commissions scolaires.

    Le gouverneur républicain sortant, Rick Snyder, a tout fait pour favoriser l’éclosion des écoles à charte, fait valoir le MEA. À commencer par éliminer les limites au financement de ces écoles hybrides, dont certaines font des profits. Les conditions de travail des enseignants du secteur public ont aussi souffert. Gel salarial, hausse des primes d’assurance maladie, dégradation des conditions de retraite…

    « Les républicains gouvernent pour les riches. Les élèves démunis ou handicapés et leurs enseignants écopent en se retrouvant dans des classes difficiles de l’école publique », dit Deb Lotan.

    Maternelle 4 ans
    Gretchen Whitmer, candidate démocrate au poste de gouverneur de l’État (qui devance son adversaire républicain Bill Schuette), incarne la gauche progressiste qui promet de « redonner ses lettres de noblesse à l’#école_publique ». À la rentrée scolaire, elle a accompagné une enseignante qui allait acheter — de sa poche — des fournitures pour ses élèves démunis du comté de Jackson. Facture : 84 $ de papier, crayons, gommes à effacer et cartables.

    Le programme de Whitmer éveille des souvenirs de la campagne électorale québécoise : maternelle 4 ans pour tous (ça, c’est socialiste, du moins au Michigan !), investissements dans les infrastructures scolaires, hausse des salaires des enseignants et embauche de professionnels pour soutenir les profs en classe.

    Mais on est ici aux #États-Unis : la présence d’armes à feu en classe est au coeur de la campagne. Dans le 20e district, le sénateur #républicain sortant (au Parlement de l’État du Michigan) veut armer le personnel. Son opposant démocrate, le prof Matt Koleszar, s’oppose à la présence d’armes dans les écoles.

    « Les commissions scolaires n’en veulent pas, les enseignants n’en veulent pas, les gestionnaires n’en veulent pas, mais surtout les enfants et leurs parents n’en veulent pas », a déclaré Koleszar dans le journal interne de la MEA.

    Des armes dans les écoles. Cette fois, pas de doute : on est bel et bien aux États-Unis, et non au Québec.


  • Camilo Jose Vergara | Tracking time.
    https://www.camilojosevergara.com/About-This-Project/1

    For more than four decades I have devoted myself to photographing and documenting the poorest and most segregated communities in urban America. I feel that a people’s past, including their accomplishments, aspirations and failures, are reflected less in the faces of those who live in these neighborhoods than in the material, built environment in which they move and modify over time. Photography for me is a tool for continuously asking questions, for understanding the spirit of a place, and, as I have discovered over time, for loving and appreciating cities. My focus is on established East Coast cities such as New York, Newark and Camden; rust belt cities of the Midwest such as Detroit and Chicago; and Los Angeles and Richmond, California. I have photographed urban America systematically, frequently returning to re-photograph these cities over time. Along the way I became a historically conscious documentarian, an archivist of decline, a photographer of walls, buildings, and city blocks. Bricks, signs, trees, and sidewalks have spoken to me the most truthfully and eloquently about urban reality. I did not want to limit the scope of my documentation to places and scenes that captured my interest merely because they immediately resonated with my personality. In my struggle to make as complete and objective a portrait of American inner cities as I could, I developed a method to document entire neighborhoods and then return year after year to re-photograph the same places over time and from different heights, blanketing entire communities with images. Studying my growing archive, I discover fragments of stories and urban themes in need of definition and further exploration. Wishing to keep the documentation open, I include places such as empty lots, which as segments of a sequence become revealing. I observe photographic sequences to discover how places evolve, and to formulate questions. I write down observations, interview residents and scholars, and make comparisons with similar photographs I had taken in other cities. Photographs taken from different levels and angles, with perspective-corrected lenses, form a dense web of images, a visual record of these neighborhoods over time. My photographic archive of poor, minority communities across the country evolved over decades. The stages can be divided according to the film and type of camera used. In the early 1970s, as a street photographer who focused on people, I used High Speed Ektachrome. Then, as I concentrated on time-lapse photography of the urban fabric, I turned to Kodachrome 64, a stable color film that came out in the mid-1970s. In combination with a small 35 mm camera, it provided me with the medium speed and fine grain emulsion appropriate for creating a lasting archive of buildings and city blocks. After it was discontinued in 2010, Fujichrome Provia 100 became my film of choice. I have used it concurrently with digital photography since 2005. For quick access to my collection I have made a selection of 2,500 digital images and archived them using Adobe LightRoom, which provides a system for organizing my digital collection according to place, time and subjects. It is also invaluable for gathering images to update, as well as to prepare articles, books and exhibitions.

    Vyse Avenue, South Bronx, NY (1980-2013)


  • The Dirtbombs
    https://intheredrecords.com/collections/the-dirtbombs
    https://intheredrecords.com

    https://www.youtube.com/watch?v=ABpDxzZLvV4


    The Dirtbombs - Ode to a Black Man (P.Lynott)

    For their second album, Detroit’s Dirtbombs have dusted off a batch of 60’s and 70’s soul songs from the likes of Stevie Wonder, Sly Stone, JJ Barnes and Phil Lynott (as well as one lone original) and given them the fuzzed-out Dirtbomb treatment. The result is the most danceable instant classic to come down the pike in many a moon. Essential!

    #Soul


  • Tocqueville dans les déserts américains
    http://www.dedefensa.org/article/tocqueville-dans-les-deserts-americains

    Tocqueville dans les déserts américains

    Splendeur méconnue, Quinze jours dans le désert. Le texte est bref, disponible sur archive.org, profitez-en. Je l’ai redécouvert par une lectrice qui m’en a envoyé un extrait.

    Notre auteur décrit sa confrontation avec les déserts américains, dans la région de Détroit qui n’est pas la plus belle de ce paradis encore presque intact. Il voyage avec Beaumont et oppose le paradis présent au futur développé. On l’écoute qui révèle ici sa prodigieuse sensibilité et son fatalisme inquiet. On pensera une autre fois à l’école de peinture de Hudson, à Thomas Cole, à l’allemand Bierstadt qui devait s’illustrer un peu plus tard, plus à l’ouest.

    Sur Détroit :

    « Nous arrivâmes à Detroit à trois heures. Detroit est une petite ville de 2 à 3.000 âmes, que les jésuites ont fondée au milieu (...)


  • À propos de BlacKkKlansman | Le cinéma est politique
    http://www.lecinemaestpolitique.fr/a-propos-de-blackkklansman

    Alors que la presse et les critiques ont été largement unanimes pour saluer et promouvoir le dernier film de Spike Lee, BlacKkKlansman, Boots Riley a publié une critique du film sur Twitter le 18 août 20181, qu’il nous semble utile d’ajouter au débat. Nous en publions ici une traduction, avec son autorisation.

    Cette intervention de Boots Riley nous semble d’autant plus nécessaire que l’histoire de BlacKkKlansman, décrite comme ‘incroyable’, ‘improbable’, ‘si surprenante’ à longueur d’interviews et d’articles, est souvent présentée comme une histoire ‘vraie’ par les personnes qui défendent ou promeuvent le film – alors que le générique de fin dit bien qu’elle est ‘inspirée’ des mémoires du policier noir Ron Stallworth. Le nom de Jordan Peele, l’auteur et réalisateur de Get Out sorti l’année dernière, et l’un des co-producteurs de BlacKkKlansman, est aussi systématiquement invoqué et mis en avant pour ajouter au film un surplus de ‘validation’ anti-raciste.

    Dans une très longue et très complaisante interview pour le prestigieux magazine de cinéma du British Film Institute Sight & Sound2, Lee explique que son film se veut avant tout une sorte de manifeste méta-cinématographique, que son intention est d’intervenir pour changer le regard que le cinéma a pu porter sur les noirs – d’où les régulières références à l’histoire du cinéma que le film inclut. Ainsi, le gros plan (qui précède la conclusion et les images de la manifestation de Charlottesville en août 2017) qui montre la croix de feu reflétée dans l’œil d’un membre du Klan, se veut un symbole de ce que BlacKkKlansman dénonce : la manière dont l’histoire du cinéma a pu affecter le regard et contribuer à alimenter la haine jusqu’à aujourd’hui. Le texte de Boots Riley, nous semble-t-il, interroge précisément la portée de ce programme.

    • Réalisateur de Sorry To Bother You (2018) https://www.youtube.com/watch?v=enH3xA4mYcY

      – une comédie surréaliste qui nous entraîne dans le monde macabre d’une boîte de télémarketing, et dont on ne sait pas encore pour sûr s’il sera distribué en France mais qui s’est fait remarquer aux États-Unis –, Boots Riley était jusque-là plus connu comme le membre principal du groupe de rap d’Oakland ‘The Coup’, et comme un militant communiste, anti-capitaliste et anti-raciste de longue date. Ses albums Kill My Landlord de 1993, Party Music https://www.youtube.com/watch?v=OViqNb3ZdDA
      de 2001, Pick a Bigger Weapon de 2006 ou sa collaboration avec Tom Morello (de Rage Against The Machine) pour former le Street Sweeper Social Club en 2009, et enfin Sorry To Bother You – l’album, avec son super morceau ‘Guillotine’ – en attestent. Boots Riley se sert ainsi très explicitement de sa musique comme d’un outil d’agitprop, alliant radicalité du propos et musique engageante. Car en parallèle il s’est particulièrement impliqué dans le mouvement d’Occupy Oakland en 2011 et surtout contre le transporteur céréalier et géant capitaliste EGT, et aux côtés des syndicats de dockers https://www.youtube.com/watch?v=D3Ia-oQnZOo
      du port d’Oakland en 2012. Il s’est aussi mobilisé pour soutenir, notamment, les enseignants en grève à Chicago la même année, les employés de McDonald’s à Oakland en 2013, et plus récemment, la grève des prisonniers (qui travaillent souvent pour moins d’un dollar de l’heure), qui se sont mobilisés en nombre du 21 août au 9 septembre derniers contre la déshumanisation et la brutalité du système carcéral. Une grève historique qui, dans 17 États, a contribué à souligner et dénoncer les limites du 13ème amendement de la Constitution. Car si celui-ci a abolit l’esclavage il permet encore la perpétuation de l’oppression de pans entiers de la population, et de façon disproportionnée les Africain Américains, surtout depuis la Présidence Clinton et sa funeste loi ‘de lutte contre la criminalité’ de 19943

      Voilà d’où parle Boots Riley lorsqu’il intervient sur le film de Spike Lee.

      3 À ce sujet il est important de voir le documentaire d’Ava DuVernay 13TH https://www.youtube.com/watch?v=V66F3WU2CKk

      , qui fait notamment intervenir Michelle Alexander et se fait l’écho de nombreux enjeux exposés son ouvrage de 2012, The New Jim Crow http://newjimcrow.com , ou encore Angela Davis, La prison est-elle obsolète ?

    • Voici quelques réflexions à propos de BlacKkKlansman.

      Ce texte contient des spoilers, donc ne le lisez pas avant d’avoir vu le film.

      Ceci n’est pas tant une critique esthétique d’un film formellement très maîtrisé qu’une critique politique de son contenu dans le contexte actuel.

      En préambule, je tiens aussi à dire, comme je l’ai tweeté la semaine dernière, que Spike Lee a eu une grande influence sur moi. C’est lui qui, il y a bien des années, m’a donné envie de faire des études de cinéma. Il est la première personne à qui j’ai envoyé une démo de ma musique quand il était à la tête du label 40 Acres and a Mule Musicworks, et il m’a inspiré en tant que critique culturel. Il n’a jamais mâché ses mots au sujet des films de Tyler Perry ou d’autres films qu’il pouvait voir et qui le mettaient en colère. Spike Lee ne mâche pas ses mots. Et même si, à mon tour, je vais exprimer ma déception, je garde la plus grande estime pour lui en tant que cinéaste. Je dois aussi ajouter que de nombreuses personnes qui ont contribué au film sont des personnes que je connais personnellement, que je trouve géniales et que je sais être pleines de bonnes intentions, et comme elles me connaissent, elles savent aussi que je ne vais pas mâcher mes mots.

      Tout d’abord, BlacKkKlansman n’est pas une histoire vraie. Qu’une histoire ne soit pas « vraie » n’est pas nécessairement un problème pour moi – le réalisme au cinéma n’est pas vraiment ce qui m’intéresse en ce moment – mais ce film est promu comme étant une « histoire vraie ». Or c’est précisément tout ce qui n’est pas vrai dans ce film qui permet de faire d’un flic un héros de la lutte contre le racisme. Lorsque j’ai commencé à formuler des critiques sur le film, on m’a répondu : « Mais c’est une histoire vraie ! ». Ce n’est pas le cas.

      Il s’agit d’une histoire fabriquée dont les éléments purement inventés visent à faire passer un flic pour un protagoniste de la lutte contre l’oppression raciste. Et ça sort au moment où Black Lives Matter s’est imposé dans les débats, et ce n’est pas une coïncidence. C’est loin d’être neutre.

      Voici ce que l’on sait :

      Le véritable Ron Stallworth a infiltré une organisation révolutionnaire noire pendant trois ans (et pas qu’à une seule occasion, comme nous le montre le film) et tous les documents du programme de contre-espionnage du FBI (COINTELPRO) qui ont été publiés dans le cadre de la loi d’accès à l’information (1966) nous informent sur ce qu’il a fait, à savoir : saboter une organisation politique noire radicale, et certainement pas dans le but de lutter contre l’oppression raciste. Les documents du COINTELPRO révèlent que ceux qui ont infiltré ces organisations pour la police ont œuvré à déstabiliser ces organisations en y provoquant des conflits internes, en agissant comme des dingues pour nuire à l’image du groupe, en suscitant des confrontations physiques, et en montant des coups pour faire en sorte que les militants de ces associations se fassent tuer par la police ou d’autres. Ron Stallworth appartenait à COINTELPRO. Le but du COINTELPRO était de détruire les organisations radicales, et en particulier les organisations révolutionnaires noires.

      Les documents du COINTELPRO nous montrent aussi que, lorsque les organisations suprémacistes blanches étaient infiltrées par le FBI et les flics, ce n’était pas pour les déstabiliser. Elles n’étaient pas déstabilisées, mais utilisées pour menacer et/ou attaquer physiquement les organisations radicales. Aucune directive n’a été donnée pour empêcher la montée des organisations suprémacistes blanches. Les directives étaient d’empêcher le développement d’organisations radicales anti-racistes. Les suprémacistes blancs ont été infiltrés par l’État pour être utilisés comme des outils d’oppression plus efficaces. Dans certains cas, c’étaient les flics infiltrés eux-mêmes qui élaboraient des stratégies et donnaient le feu vert pour des assassinats. C’est ce qui s’est produit lors des attentats qui ont frappé les églises proches du mouvement pour les droits civiques à Birmingham, lors des meurtres de leaders du mouvement au moment de la Marche de Selma à Detroit, comme lors du massacre de travailleurs membres du Parti communiste à Greensboro en 1979, entre autres. Voilà à quoi Ron Stallworth a participé, et il l’a fait dans ce contexte-là. Or les événements montrés dans le film ont tous lieu en 1979 et après.

      Stallworth a écrit ses mémoires pour se montrer sous un autre jour, mais voyons ce que nous savons d’autre.

      Stallworth et la police n’ont jamais déjoué aucun attentat à la bombe. Ce n’est pas dans ses mémoires. Cette histoire-là a été inventée pour le film afin de faire passer les policiers pour des héros.

      Aucun flic n’a jamais été dénoncé et/ou arrêté pour avoir dit, dans un bar et alors qu’il était soûl, qu’il pourrait bien abattre des noirs si ça lui chantait. Ça non plus, ça ne figure pas dans les mémoires de Stallworth. Cette scène a été inclut dans le film pour donner l’impression que Ron et la police se souciaient de combattre le racisme, comme si la police ne protégeait pas systématiquement tous les flics racistes ou responsables d’abus qui existent dans leurs rangs. Il s’agit d’une scène dans laquelle les forces de police toutes entières – leur chef et tout et tout – travaillent ensemble avec la petite copine révolutionnaire de Ron pour coincer un flic raciste isolé. Ça n’est jamais arrivé. Et ça ne risque pas d’arriver non plus, car quelqu’un qui dirait un truc aussi vague sous l’emprise de l’alcool ne pourrait pas être arrêté pour ça. Mais dans le film, la scène fait passer les flics pour de bons gars.

      Son collègue qui s’est chargé d’infiltrer le Klan n’était pas juif et n’est jamais passé aux yeux de personne pour juif. Il s’agit d’une invention qui permet juste de dramatiser encore plus l’affaire et de faire croire que les flics étaient prêts à se sacrifier. Si vous ajoutez cela à l’idée mensongère selon laquelle leur but était de combattre le racisme, ça vous les rend encore plus sympathiques. Ça veut dire, qu’en vrai, Stallworth n’a jamais eu besoin d’aller jeter une pierre par la fenêtre d’un membre du Klan pour sauver son acolyte, ni quoi que ce soit du genre.

      J’ai rencontré Kwane Ture en personne deux ou trois fois, et je l’ai entendu parler bien plus que ça. À l’époque où il a commencé à se faire appeler Kwane Ture, il venait de fonder la AAPRP (All-African People’s Revolutionary Party) et passait le plus clair de son temps en Afrique. La mission de l’organisation aux États-Unis était d’encourager l’émergence d’intellectuels révolutionnaires noirs. Pour cela, ils avaient constitué une liste de lectures particulièrement longue et des groupes de réflexion très poussés. C’est dans ce cadre-là qu’il est revenu aux États-Unis pour faire le tour des universités, rencontrer et parler à des étudiant.e.s noir.e.s. En 1989/90, à l’université d’État de San Francisco, j’ai participé à quelques séances de ces groupes de réflexion. Si vous aviez pris la peine de demander alors à Kwane Ture ce qu’il faudrait faire – comme le fait Ron Stallworth dans le film – il aurait répondu ce qu’il répondait d’habitude : « Étudie ! ». Mais faire dire à Ture quelque chose qui s’entend comme un appel à l’insurrection armée – ce qu’il ne prônait pas à l’époque aux États-Unis – fait passer ce groupe révolutionnaire pour bien plus dangereux qu’il ne l’était. En d’autres termes, ce film veut faire passer un agent du COINTELPRO pour un héros. Et tous les moyens sont bons pour arriver à cette fin.

      Avec ces morceaux d’histoire fabriqués de toutes pièces, BlacKkKlansman fait passer Ron Stallworth pour un héros et, avec lui, son collègue et les forces de police toutes entières. Si l’on met de côté tous ces éléments inventés et que l’on prend en compte tout ce l’on sait de ce qu’a vraiment été historiquement l’infiltration des groupes révolutionnaires par la police, et de la manière dont celle-ci a orchestré les attaques des organisations suprémacistes blanches contre ces groupes, alors Ron Stallworth est en vérité le méchant de l’histoire.

      Tout le reste n’est qu’un ensemble de choses invérifiables que l’ex-flic Ron Stallworth a écrites dans ses mémoires. On ne sait pas ce qui s’est passé parce que les « dossiers ont été détruits ». Il faut donc croire sur parole un flic qui a infiltré une organisation noire révolutionnaire pendant trois ans. C’est sans doute pour ça que l’ouvrage n’a pu être publié que par un éditeur spécialisé dans les livres écrits par des flics.

      À la fin du film, sa copine révolutionnaire lui dit qu’elle a du mal à accepter qu’il soit policier, et Stallworth – le gars qu’on vient de suivre tout le long, qu’on nous a rendu sympathique et dont on nous a fait croire qu’il avait risqué sa vie pour combattre le racisme – dit qu’il est pour la libération de sa communauté tout en étant policier. Sa position est confortée par tous les trucs inventés qu’on nous a raconté sur lui. Et juste à ce moment-là, illes entendent un bruit et la scène nous les montre aller voir ce qui se passe, armes à la main. Ils avancent ensemble le long d’un couloir – et on les suit grâce à un travelling qui porte la signature de Spike Lee et nous rappelle bien qu’il s’agit d’un de ses films, comme ceux qui nous ont montré Malcolm descendre la rue, ou suivre Dap à travers le campus en train de crier : « Réveillez-vous ! » – ils avancent, vers l’avenir, dans une composition parfaitement symétrique, pour combattre la croix de feu, symbole de la terreur raciste. Les flics et le mouvement révolutionnaire unis contre le racisme. C’est la pénultième scène avant que le film ne passe aux images récentes d’attaques de suprémacistes blancs. Ah mais bon sang non !

      Écoutez, on se débat avec le racisme, pas juste contre la terreur physique et des attitudes d’individus racistes, mais contre ce que le racisme veut dire en termes de discriminations salariales, d’accès au logement, à la santé et autres enjeux qui affectent notre qualité de vie : des questions très matérielles. Pour ce qui est des attaques physiques et de la terreur engendrées par le racisme ou sous-tendues par le racisme et les doctrines racistes, les personnes de couleur en font l’expérience quotidienne avant tout dans leurs interactions avec la police. Et pas seulement avec les flics blancs, mais aussi avec les flics noirs. Alors, que Spike Lee nous sorte un film basé sur une histoire qui fait passer un policier noir et ses collègues pour des alliés dans la lutte contre le racisme est vraiment décevant, pour le dire très gentiment.

      La plupart du temps, les appels à dénoncer les violences et meurtres perpétrés par la police et mis en lumière par le mouvement Black Lives Matter se sont vus contrés, à droite, par des : « Et que faites-vous de la violence des noirs contre les noirs ? ». Certains d’entre nous, comme Spike Lee, ont fini par y adhérer. Il y a deux ans j’ai écrit un article pour le journal britannique The Guardian sur le mythe de l’augmentation des violences des noirs contre les noirs en montrant, statistiques à l’appui, à quel point cette idée est fausse et comment le film de Spike Lee Chi-Raq contribue à l’alimenter. Les deux films disent pareillement : « Les noirs doivent arrêter de se prendre la tête sur les violences policières et se préoccuper de ce qu’ils se font entre eux – et puis, de toute façon, la police est aussi contre le racisme. »

      À présent, il commence à se savoir que Spike Lee a été payé 200 000 dollars dans le cadre d’une campagne publicitaire dont le but était « d’améliorer les relations entre la police et les minorités. » D’une certaine manière, BlacKkKlansman semble être le prolongement de cette campagne.


  • Photo Essay : Written on Glass – Detroit ’67 - Failed Architecture

    https://failedarchitecture.com/photo-essay-written-on-glass-detroit-67

    Grâce à @unagi je découvre ce site fantastique, et notamment cet article sur #detroit

    Insurrection. Rebellion. Revolution. Uprising. Riot.

    In the Detroit Historical Society’s Detroit 67: Perspectives exhibit, these terms were provided as possible answers to the question: “What word do you use to describe the events of July 1967?” Yet one word alone cannot define, enclose or master the force unleashed in the early hours of Sunday 23rd July, when police raided an unlicensed after-hours bar at the corner of Clairmont and 12th, where a crowd was celebrating the return of two local Vietnam War veterans. Although raids on “blind pigs” (as they were called) were a regular occurrence, the unusual distress of the crowd alerted neighbours who began to surround the police wagon and challenge their attempts at making arrests. As officers continued to apprehend people, and more bystanders joined the turmoil, aggression between police and protestors escalated, and tension began to spread throughout the city.

    #photographie #architecture #plannification_urbaine

    • In its final section, the piece reveals the traces of “soul”, a code or protective password used by black business owners to signal solidarity with protestors in order to preserve the integrity of their buildings. During their silent surveillance, the police managed to photograph the word “soul” written on glass storefront windows across Detroit. Registered, reiterated and distributed by the police itself through their surveillance operations, “soul” enters inconspicuously into the institutional archive. These reiterations of “soul” function as landmarks of a different territory, independent from the “protective” powers of the police. “Soul” as the path of a different sort of power.

      #soul ou #soul_bro


  • Ordinateur à l’université : « Combien y’a-t-il d’étudiants dont on ne voit jamais les yeux ? » - Libération

    Par Olivier Estèves, Professeur à l’université de Lille, spécialiste de l’histoire britannique. — 18 septembre 2018 à 17:32

    Alors que l’interdiction des téléphones portables au collège a été officialisée à l’échelle nationale, l’utilisation des ordinateurs portables dans les universités devrait elle aussi faire l’objet d’un débat sérieux.

    Novembre 2017 : lors d’un séminaire de master 2 (en langue anglaise) sur les origines de la révolution conservatrice aux Etats-Unis, je présente les slides d’un PowerPoint qui égrène le bilan morbide des violences urbaines des années 60. Un tableau récapitule les douzaines de morts à Watts (quartier de Los Angeles), Newark, Detroit, Chicago, etc. En parlant, je vois au fond de la salle deux étudiantes, d’ordinaire sérieuses, qui rient ensemble, les yeux rivés sur l’écran de leur ordinateur portable respectif. De toute évidence, leur esprit et attention sont accaparés par un contenu n’ayant absolument rien à voir avec celui du cours. Je les rappelle à l’ordre, une énième fois, tellement ce type de comportement est routinier. Cette anecdote trouve des centaines, pardon des milliers d’échos dans l’expérience quotidienne de collègues universitaires.

    Incapables de participer

    On aurait tort de croire qu’il s’agit là d’un problème lié à la massification de l’enseignement dans l’université française, à laquelle le lamentable et opaque Parcoursup serait censé répondre. En effet, le cours en question est en master 2, pour lequel une sélection existe déjà depuis un an. De toute façon, des filières sélectives en France connaissent exactement le même problème. Ayant animé un séminaire sur la question raciale dans les séries américaines à Sciences-Po Lille, reposant sur un ouvrage que j’avais publié avec mon collègue et ami Sébastien Lefait (Presses de Sciences-Po, 2014), je me souviens distinctement avoir montré des extraits de The Wire, The Sopranos, dont on devait débattre ensuite auprès d’un public dont un tiers avait les yeux rivés sur leurs propres ordinateurs portables tandis que je procédais au visionnage de scènes des chefs-d’œuvre de David Simon et David Chase.

    Une fois ce visionnage terminé, une bonne proportion des étudiants était incapable de répondre aux questions, encore moins de participer au débat en anglais. Rien de plus normal : beaucoup d’entre eux venaient de s’amuser sur Facebook, de faire les soldes en ligne, de répondre à leurs mails, sans oublier qu’un écran d’ordinateur portable sert très souvent à cacher… un téléphone portable d’où l’on envoie des textos. Depuis, notamment dans les Instituts d’études politiques, le nombre de collègues imposant des cours « sans écran » (ni téléphone ni ordinateur portable) n’a cessé de croître. Un certain nombre d’entre eux, en France mais aussi ailleurs, sont des enseignants d’informatique, très bien placés pour connaître les torts que causent ces machines à l’attention étudiante.

    (...)

    La question de la réussite étudiante est, légitimement, dans la bouche de nombreux décideurs, depuis les directeurs d’UFR jusqu’aux cabinets ministériels. Poser sérieusement la question de l’interdiction de ces armes de distraction massive dans certains enseignements ne coûterait rien au gouvernement et réintroduirait les conditions de cours où l’on puisse débattre, discuter, illustrer des contenus et répondre à la contradiction étudiante, sans laquelle les universitaires ne peuvent guère avancer. Avec des étudiants rivés sur leurs écrans d’ordinateurs cela n’est tout simplement pas possible. Le temps est venu de mettre ces problèmes sur la table. A titre personnel, je procéderai à l’interdiction pure et simple de tout appareil connecté dès l’année prochaine, même si je trouve lamentable qu’il soit nécessaire d’en arriver là.❞

    #attention #numerisation #interdiction_de_l'ordinateur


  • L’article d’une DJ israélienne à propos des annulations récentes. Quelques points à noter :
    1) elle n’est pas surprise de l’annulation de Lana del Rey
    2) elle est surprise en revanche de l’annulation de DJs, car ce milieu n’était pas touché par la politique et BDS, et elle se demande si ce n’est pas le début de quelque chose...
    3) elle cite Gaza, la loi sur l’Etat Nation, les arrestations d’activistes à l’aéroport, mais aussi la proximité entre Trump et Netanyahu, qui influence surtout les artistes américains
    4) on apprend que tout le monde sait qu’il y a des artistes, et non des moindres, qui même s’ils ne le disent pas ouvertement, ne viendront jamais en israel : Beyoncé, The Knife, Grizzly Bear, Arcade Fire, Deerhunter, Sonic Youth, Lil Yachty, Tyler the Creator, Kendrick Lamar, Chance the Rapper, Vince Staples, Moodymann, Kyle Hall, the Martinez Brothers, Ben UFO, DJ Ricardo Villalobos, Matthew Herbert, Andrew Weatherall... C’est ce qu’on appelle le boycott silencieux...
    5) il y a aussi le cas de ceux qui ne viennent que si les concerts sont organisés par des Palestiniens : Acid Arab et Nicolas Jaar
    6) même si cela me semble faux, le fait d’accuser certains artistes de boycotter parce que c’est à la mode est un aveu que BDS a le vent en poupe dans le milieu de la musique

    The Day the Music Died : Will BDS Bring Tel Aviv’s Club Scene to a Standstill ?
    Idit Frenkel, Haaretz, le 7 septembre 2018
    https://www.haaretz.com/israel-news/.premium.MAGAZINE-the-day-the-music-died-will-bds-halt-tel-aviv-s-club-scen

    Lana Del Rey should have known better. And if not Del Rey herself, then at least her managers, PR people and agents.

    As the highest-profile artist who was scheduled to appear at the Meteor Festival over the weekend in the north, it was clear she’d be the one caught in the crossfire , the one boycott groups would try to convince to ditch an appearance in Israel. That’s the same crossfire with diplomatic, moral and economic implications that confronted Lorde, Lauryn Hill and Tyler, the Creator: musicians who announced performances in Israel and changed their minds because of political pressure.

    Del Rey, however, isn’t the story. Her cancellation , which included some mental gymnastics as far as her positions were concerned, could have been expected. Unfortunately, we’ve been there many times and in many different circumstances.

    Tsunami of cancellations

    The ones who caught us unprepared by drafting an agenda for the Israeli-Palestinian conflict turned out to be DJs like Shanti Celeste, Volvox, DJ Seinfeld, Python and Leon Vynehall, who also dropped out of Meteor. Why was this unexpected? Because Israel’s nightlife and clubbing scene – especially in Tel Aviv – had been an oasis regarding cultural boycotts, an extraterritorial hedonistic space with no room for politics.

    The current tsunami of cancellations, while it might sound trivial if you’re untutored in trance music, could reflect a trend with effects far beyond the Meteor Festival. In the optimistic scenario, this is a one-off event that has cast the spotlight on lesser-known musicians as well. In the pessimistic scenario, this is the end of an era in which the clubbing scene has been an exception.

    Adding credence to the change-in-direction theory are the cancellations by DJs who have spun in Tel Aviv in recent years; Volvox, Shanti Celeste and Leon Vynehall have all had their passports stamped at Ben-Gurion Airport. And those times the situation wasn’t very different: Benjamin Netanyahu was prime minister, the occupation was decades long and there were sporadic exchanges of fire between the sides.

    Moreover, two of the DJs spearheading the struggle on the nightlife scene regarding Mideast politics – the Black Madonna and Anthony Naples – have been here, enjoyed themselves, been honored and promised to return, until they discovered there’s such a thing as the occupation.

    Americans and Brits cancel more

    So what has changed since 2015? First, there has been a change on the Gaza border, with civilians getting shot. These incidents have multiplied in the past three months and don’t exactly photograph well.

    Second, news reports about the nation-state law and the discrimination that comes with it have done their bit. Third, the arrests and detentions of left-wing activists entering Israel haven’t remained in a vacuum.

    Fourth, and most importantly, is Donald Trump’s presidency and his unconditional embrace of Netanyahu, including, of course, the controversial opening of the U.S. Embassy in Jerusalem. As in the case of Natalie Portman’s refusal to accept a prize from the state, the closeness between the Trump administration and the Netanyahu government – under the sponsorship of evangelical Christians – has made Israel a country non grata in the liberal community, of which Hollywood is one pole and nightlife the other.

    It’s no coincidence that the DJs canceling are either Americans or Brits on the left; that is, Democrats or Jeremy Corbyn supporters in Labour – people who see cooperation with Israel as collaboration with Trump and Britain’s Conservative government.

    Different from them is Honey Dijon, the black trans DJ from Chicago who in response to the protest against her appearance at the Meteor Festival tweeted: “All of you people criticizing me about playing in Israel, when you come to America and stand up for the murder of black trans women and the prison industrial complex of black men then we can debate. I play for people not governments.” Not many people tried to argue with her. Say what you will, contrarianism is always effective.

    The case of DJ Jackmaster

    Beyond the issue of values, at the image level, alleged collaboration can be a career killer, just as declaring a boycott is the last word in chic for your image nowadays. That’s exactly what has happened with Scotland’s DJ Jackmaster, who has gone viral with his eventual refusal to perform at Tel Aviv’s Block club. He posted a picture of the Palestinian flag with a caption saying you have to exploit a platform in order to stand up for those who need it. The flood of responses included talk about boycotting all Tel Aviv, not just the Block.

    Yaron Trax is the owner of the Block; his club is considered not only the largest and most influential venue in town but also an international brand. Trax didn’t remain silent; on his personal Facebook account he mentioned how a few weeks before Jackmaster’s post his agent was still trying to secure the gig for him at the Block.

    “Not my finest hour, but calling for a boycott of my club at a time when an artist is trying to play there felt to me like crossing a line,” Trax says. “Only after the fact, and especially when I saw how his post was attracting dozens of hurtful, belligerent and racist responses – and generating a violent discourse that I oppose – did I realize how significant it was.”

    Trax talks about the hatred that has welled up in support of Jackmaster’s Israel boycott – just between us, not the sharpest tool in the shed and someone who has recently been accused of sexual harassment. As Trax puts it, “The next day it was important to me to admonish myself, first off, and then all those who chose to respond the way they responded.”

    In a further well-reasoned post, Trax wrote, “I have always thought that people who take a risk and use the platform that is given to them to transmit a message they believe in, especially one that isn’t popular, deserve admiration and not intimidation or silencing.” Unsurprisingly, the reactions to this message were mostly positive.

    Notwithstanding the boycotters who have acceded to the demands of Roger Waters and Brian Eno – the most prominent musicians linked to the boycott, divestment and sanctions movement – there are plenty of superstar musicians like Lady Gaga, Justin Timberlake and the Rolling Stones who have come to Israel as part of their concert tours, even though they suffered the same pressures. The performers most vocal about their decision to appear in Israel have been Radiohead and Nick Cave.

    At a press conference on the eve of his concert, Cave expressed his opinion on the demand to boycott Israel: “It suddenly became very important to make a stand, to me, against those people who are trying to shut down musicians, to bully musicians, to censor musicians and to silence musicians.”

    Radiohead frontman Thom Yorke took the message one step further and tweeted: “Playing in a country isn’t the same as endorsing its government. We’ve played in Israel for over 20 years through a succession of governments, some more liberal than others. As we have in America. We don’t endorse Netanyahu any more than Trump, but we still play in America.” As Yorke put it, music, art and academia are “about crossing borders, not building them.”

    There’s a lot of truth in Yorke’s declaration, but whether or not musicians like it, appearances in Israel tend to acquire a political dimension; any statement becomes a potential international incident. Thus, for example, after Radiohead’s statement, Public Security Minister Gilad Erdan saluted the band, and after Cave’s press conference, Foreign Ministry spokesman Emmanuel Nahshon tweeted “Bravo Nick Cave!”

    The trend continues when we step down a league from the A-listers, like Beyoncé, who doesn’t intend to perform in Israel despite her annual declaration that she’ll come “next year.” There’s the second level, the cream of international alternative rock and pop – refusals to appear in Israel by bands “of good conscience” like the Knife, Grizzly Bear, Arcade Fire and Deerhunter.

    The most prominent voice from this territory is that of former Sonic Youth guitarist and vocalist Thurston Moore. Yes, he appeared with his band in Tel Aviv 23 years ago, but since then he has become an avid supporter of BDS, so much so that he says it’s not okay to eat hummus because it’s a product of the occupation.

    ’Apartheid state’

    At the next level of refusers are the major – and minor – hip-hop stars. In addition to Lil Yachty and Tyler, who canceled appearances, other heroes of the genre like Kendrick Lamar, Chance the Rapper and Vince Staples have refused from the outset to accept invitations to Israel. It’s quite possible that the connection between BDS and Black Lives Matter is influential. As early as 2016, Black Lives Matter published a statement supporting BDS and declaring Israel an “apartheid state.”

    Which brings us to electronic music and the cultural phenomenon that goes with it – the club culture. In numerical terms, club culture is smaller, but the information that flows from it on the ground or online flows much faster.

    Moreover, not only is club culture more sensitive to changes and far more alert to ideas and technological advances, its history is marked by struggles by oppressed groups. It can be said that African-Americans, Hispanics and gay people were the first to adopt the “night” way of life, back in the days of New York’s clubs and underground parties in the ‘70s. Accordingly, these groups have been the ones to nurture this lifestyle into today’s popular culture. Hence also the association with movements like BDS.

    Boiler Room Palestine

    Indeed, the current trend points to a step-up in the discourse; in the past year the top alternative culture magazines – of which the electronic music magazines play a key role – have published articles surveying musical and cultural happenings in Palestinian society.

    The online music magazine Resident Advisor has had two such stories, the first about a workshop for artists with the participation of the Block 9 production team, musicians Brian Eno and Róisín Murphy (formerly of Moloko) and American DJ the Black Madonna. The workshop, which included tours, discussion groups and joint musical work, was held at the Walled Off Hotel in Ramallah, also known as Banksy’s hotel because of the street artist’s involvement in its planning in the shadow of the separation barrier.

    The second article surveyed the Palestinian electronic scene and its leading players – promoters, DJs and producers who are operating despite the restrictive military regime. In addition, the writer accompanied the production of Boiler Room Palestine in Ramallah in June. (The wider Boiler Room franchise has been the world’s most popular pop party for the past five years.)

    Another example includes the style magazine Dazed, which wrote about the cultural boycott movement immediately after the cancellation of Lorde’s concert, and just last month New York Magazine’s culture supplement Vulture set forth its philosophy on the boycott (also in the context of Lana Del Rey). It predicted that the awakening we’re seeing today is only in its infancy.

    This partial list isn’t a clear declaration about “taking a stance” – after all, progressive media outlets in culture laud Israeli artists (for example Red Axes, Moscoman and Guy Gerber) or local venues, like the Block club. But if you add to these the scores of Facebook battles or Twitter discussions (like the one Del Rey found herself in), you’ll get noise. And noise generates questions, which generate more noise and raise consciousness. And from there to change on the ground is a modest distance.

    ’These are people who slept on my sofa’

    Refusals of invitations or cancellations of concerts in Israel by artists didn’t begin with BDS or the increasing volume of the past two years. After all, a visit to Israel all too often requires an intrusive security check. It’s hard to complain about a DJ who isn’t keen to have his underwear probed.

    Also, there’s a stratum of artists who’ve appeared in Tel Aviv, Jerusalem or Haifa and have decided to stop coming – unless there’s a Palestinian production. Two examples are the French band Acid Arab (Parisians Guido Minisky and Hervé Carvalho) and the American producer – and darling of the hipster community – Nicolas Jaar . Jaar appeared in Tel Aviv a bit under a decade ago, just before he became a star, while Acid Arab not only performed in Tel Aviv but was also involved in projects with Israeli musicians – so plenty of people called the duo hypocrites.

    “I have no problem with strong opinions, but in the case of Acid Arab it annoyed me at the personal level – these are people who slept on my sofa, recorded with local musicians, and the day they put up their post announcing they wouldn’t play in Tel Aviv, they also asked me to send them some music,” says Maor Anava, aka DJ Hectik.

    “I have no problem with people changing their minds on the go; it’s clear to me that a visit to the separation fence can do it, but what bothered me is that it’s entirely a PR and image move, apparently at the advice of their agent,” he adds.

    “We’ve reached a situation in which a boycott of Israel is the trendiest thing and situates you in the right place in the scene – as a supporter of the Palestinian freedom fighters against the terrible Zionist occupier, something that can get you to another three big festivals. If you performed in Tel Aviv, apparently they’d do without you.”

    Thus at the end of last year, Acid Arab and Nicolas Jaar appeared in Haifa and Ramallah at parties produced by Jazar Crew, the only electronic collective in Israel that isn’t afraid to mix in politics.. So it surprised no one when Jazar received laudatory – and justified – coverage not only in Bar Peleg’s Haaretz piece but also in Resident Advisor.

    Is the party over?

    So are we seeing the onset of the electronic boycott of Tel Aviv, one of the world’s clubbing capitals? Well, the city is still a flourishing center of parties and club events every week. “ As of today it hasn’t yet happened that we’ve directly encountered an attempt by the cultural boycott to influence artists who are slated to appear at the club,” Trax says.

    “But we’re definitely seeing a change in the surrounding behavior. Nasty responses that people are leaving for a DJ who announced an upcoming gig with us have led to fewer famous DJs announcing appearances at the Block – even those who always promote themselves.”

    He notes a slowdown in the past two years. “A number of DJs who used to appear with us – Moodymann, Kyle Hall, the Martinez Brothers – have announced they won’t be returning, ” Trax says, referring to three American acts. “But there isn’t any set reason why. If the cultural boycott has an influence here I wouldn’t be surprised, because the Detroit junta is very political. And this also applies to UFO,” a successful British DJ and a high-profile voice in the European underground arena.

    Not all DJs who have chosen not to come to Israel have taken their stance amid the strengthening of the BDS movement. Some of the top people in the dance industry – including star Chilean-German DJ Ricardo Villalobos and British DJs and producers like Matthew Herbert and Andrew Weatherall – have for years been refusing to spin in Israel. They’ve made clear that this is their way of opposing Israel’s activities in the territories.

    Another great DJ, Tunisian-born Loco Dice who lives in Germany, is also considered a vocal opponent of Israel. But in December he played at the Block, and Trax doesn’t recall any signs that his guest was hostile to the country. This shows that a change of awareness works both ways.

    There’s a similar story: the decision by DJ Tama Sumo of the Berghain club in Berlin to play in Israel after a long boycott. She and her partner DJ Lakuti, a pillar of the industry, donated the proceeds of her Tel Aviv set to an organization for human rights in the territories.

    “As of now I don’t feel that the names who have decided to stop coming will change anything regarding the Block, because our lineup of VIPs isn’t based on them,” Trax says. “But if the more commercial cream of the clubs – DJs like Dixon, Ame and Damian Lazarus, or the big names in techno like Nina Kraviz, Ben Klock, Jeff Mills or Adam Beyer – change their minds, that will be a real blow to us, and not just us.”

    Amotz Tokatly, who’s responsible for bringing DJs to Tel Aviv’s Beit Maariv club, isn’t feeling much of a change. “The cancellations or refusals by DJs and artists based on a political platform didn’t begin just this year. I’ve been encountering this for many years now. There are even specific countries where we know the prevailing mood is political and tending toward the boycott movement. For example England. The rhetoric there is a priori much stronger,” Tokatly says.

    “But take Ben UFO, who has played in Tel Aviv in the past. When we got back to him about another spinning gig he said explicitly, ‘It simply isn’t worth it for me from a public relations perspective, and it could hurt me later on.’ DJs like him make their own calculations.”

    Tokatly doesn’t believe in a “Meteor effect” that will send the visiting DJ economy to the brink of an abyss. “I’m giving it a few weeks to calm down, and in the worst case we won’t be seeing here the level of minor league DJs who have canceled due to the circumstances,” he says.

    “In any case, they’re names who would have come here – if at all – once a year. Regarding artists who have a long-term and stable relationship with the local scene, we haven’t seen any change in approach yet.”

    Unlike Trax and Tokatly, Doron “Charly” Mastey of the techno duo TV.OUT and content director at Tel Aviv’s Alphabet Club says the recent goings-on haven’t affected him too much; his club is unusual in that doesn’t base itself on names from abroad.

    “I don’t remember any case of a refusal or cancellation because of political leanings,” he says. “But with everything that’s happening now regarding Meteor, and if that affects the scene down the road and the airlift to Tel Aviv stops, I’m not at all sure that’s a bad thing.”

    Mastey has in mind the gap between the size of the audience and the number of events, parties and festivals happening in Israel right now. “The audience is tired, and indifferent,” he says.. “And if this kick in the pants – of cancellations – is what’s going to dismantle the scene in its current format, then it will simply rebuild itself. I hope in a way that’s healthier for everyone.”

    In any case, if the rest of the world has realized that it’s impossible to separate politics from anything, and definitely not from club culture, which started out as a political and social movement, then the best thing we can do is try to hold the discussion in an inclusive a way as possible. An Israeli DJ working in Berlin who requested anonymity thinks that these ideas should be taken one step further.

    “Nowadays, for artists who want to go to Israel, two proposals are on the table,” he says. “Support the boycott or support the occupation. These two things are depicted even if they aren’t accurate, and between the two options there are a thousand more levels.”

    He believes there is scope for taking action. “The local scene must know how to fill the vacuum and craft alternatives to the boycott’s demands,” he says. “For example, by showing artists other ways to take a stand, whether by cooperating with Palestinians or suggesting that they donate the proceeds of their Tel Aviv appearances to a human rights group.”

    The voices calling for a cultural boycott of Israel, whether in sports, concerts or the subfield of electronic music, aren’t going to disappear. If anything, they’re only going to grow louder.

    Moreover, if we take into account the complexity of the conflict, maybe we should seek to communicate these insights in a way that drops the imagery of absolutes like left-right, bad-good, Zionist-anti-Semitic. The club culture exists to connect extremes, not separate people. Our demand to continue a vibrant electronic scene is just as legitimate as that of the boycott supporters’ attempts to create awareness.

    Even if we don’t agree with the idea of the boycott, it’s still possible to accept the realization that there are people who think differently – who want to perform for the other side as much as they want to perform for us. This doesn’t make them an existential danger.

    Moreover, as the Israeli DJ working in Berlin says, the Israeli scene needs an arsenal of proposals for constructive activism; it must provide alternatives to the BDS call to boycott – and not automatically flex an insulted patriotic muscle. This might not be the easiest thing to do, but hey, this is Israel. It’s not going to be easy.

    #Palestine #BDS #Boycott_culturel


  • Le cauchemar
    http://liminaire.fr/palimpseste/article/le-cauchemar

    Devant cette #Peinture j’avais déduit que le monde était réel et c’est pourquoi je m’enfuyais, car qui sait ce qui arrivera si nous pensons vérité en entrant dans un musée. En fait, j’avais peur de suivre l’image jusqu’à l’endroit où elle sort pour atteindre le réel, posée contre lui comme un modèle. Il me semblait que je mourrais si mon #Regard ne pouvait rien voir, ou s’il ne me permettait pas de montrer ce que je voyais aux autres, laissant l’intérieur accessible à tant d’échos, une giclée au hasard se (...)

    #Palimpseste / #Art, Peinture, #Récit, #Detroit, #États-Unis, Regard, #Rêve, #Poésie, #Ville, #Paysage, #Solitude


  • Les débuts

    Aretha Franklin 16 minutes à la télé dans sa période jazzy, mais déjà très bluesy en 1964 (je ne sais pas pourquoi, les 16 minutes sont répétées deux fois) :

    Aretha Franklin - Live on The Steve Allen Show (1964)
    https://www.youtube.com/watch?v=VEIdwaXYNPc


    1) Lover Come Back To Me
    2) Rock-A-Bye Your Baby With A Dixie Melody (Aretha au piano)
    3) It Won’t Be Long (Aretha au piano)
    4) Skylark
    5) Evil Gal Blues (Aretha au piano)

    One Step Ahead, en 1965
    https://www.youtube.com/watch?v=HyWo7DaKQGU

    I’m Losing You, en 1965
    https://www.youtube.com/watch?v=23zucJBZT3E

    La démo de Dr. Feelgood, fin 1966, avec basse, batterie, et Aretha au piano, du bonheur à l’état brut :
    https://www.youtube.com/watch?v=0EYlHUubvTg

    Do Right Woman, en 1967
    https://www.youtube.com/watch?v=N1MW6xXjW8g

    Au congrès du Parti Démocrate en août 1968
    https://www.youtube.com/watch?v=tqVzfd_cHQ0

    A la télé américaine en 1968
    https://www.youtube.com/watch?v=mppKQ2mY-kA

    Hollywood Palace, novembre 1968
    https://www.youtube.com/watch?v=UrpHsQ5hfFc


    1) I Say A Little Prayer
    2) Come Back Baby
    3) Medley avec Sammy Davis Jr, What Is Soul ?, Think, Respect et What’d I Say ?

    I Say A Little Prayer, en 1970
    https://www.youtube.com/watch?v=STKkWj2WpWM

    Les concert du Fillmore West les 5, 6 et 7 mars 1971 :
    https://www.youtube.com/watch?v=-pjLJa45vjk


    https://www.youtube.com/watch?v=bzOKVInJ8vc

    https://www.youtube.com/watch?v=Vyx34kgHGng

    Dont on peut extraire Dr. Feelgood, en 1971
    https://www.youtube.com/watch?v=V2x8zpoHkTU

    Mary Don’t You Weep, en 1972 (on attend toujours le film de Amazing Grace dont Aretha Franklin a toujours retardé la sortie...)
    https://www.youtube.com/watch?v=xIX6btGIn8w

    Le dernier concert à Paris, en 1977
    https://www.dailymotion.com/playlist/x1l0ad#video=xi2g4n
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    Precious Lord

    Precious Lord aux obsèques de Martin Luther King, 1968
    https://www.youtube.com/watch?v=8FdFrtNacgU

    Precious Lord aux obsèques de Mahalia Jackson, 1972
    https://www.youtube.com/watch?v=U6etBsGEG88

    Precious Lord, en hommage à C.L. Franklin et à Martin Luther King, 1984
    https://www.youtube.com/watch?v=1b9qH6-IvEs

    Precious Lord, en hommage à Martin Luther King, 2011
    https://www.youtube.com/watch?v=WPiphFEtwyY


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    Avec #Ray_Charles

    Aretha Franklin and Ray Charles - Things Go Better with Coke #1 (1969)
    https://www.youtube.com/watch?v=ntn2XRfBGx0

    Aretha Franklin and Ray Charles - Things Go Better with Coke #2 (1969)
    https://www.youtube.com/watch?v=Tvz1Y2UdCGA

    Aretha Franklin and Ray Charles - Spirit In The Dark (Fillmore West 1971)
    https://www.youtube.com/watch?v=TOXKr7wh1Ac

    Aretha Franklin and Ray Charles - Ain’t But The One (Duke Ellington Tribute 1973)
    https://www.youtube.com/watch?v=em4EXTa4lKg

    Aretha Franklin and Ray Charles - Two to Tango (Midnight Special 1975)
    https://www.youtube.com/watch?v=se3BqqaA2Fs


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    Autres duos

    Aretha Franklin et Smokey Robinson - Ooo Baby Baby, 1979
    https://www.youtube.com/watch?v=Xy75z0trlDk

    Aretha Franklin et Big Mama Thornton - Nobody Knows You When You’re Down and Out, 1980
    https://vimeo.com/161253340

    Aretha Franklin et Billy Preston - Holy Night, 1986
    https://www.youtube.com/watch?v=QDgSQiUcVnM

    Aretha Franklin et Stevie Wonder - Until you come back to me, 2005
    https://www.youtube.com/watch?v=pTnCHP-9Wdo

    Aretha Franklin, Dennis Edwards et Ronald Isley - A Song For You, 2011
    https://www.youtube.com/watch?v=CJVyXBdPHCk


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    Reprises

    Everyday People, de Sly Stone, 1990
    https://www.youtube.com/watch?v=kyxJEVej9FQ

    At Last, de Etta James, 2014
    https://www.youtube.com/watch?v=FrNIwkhHkmY


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    A la Maison Blanche

    Avril 2014 :
    https://www.youtube.com/watch?v=WBdB32pQZ-M


    https://www.youtube.com/watch?v=d53HDeborxw

    Avril 2015 :
    https://www.youtube.com/watch?v=_ddYfaRuVGA


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    Aretha retourne au piano :

    Dans une émission humoristique en 1991 :
    https://www.youtube.com/watch?v=7vs1W5_hsYg

    You Make Me Feel Like A Natural Woman, en décembre 2015 (probablement sa dernière performance fantastique)
    https://www.youtube.com/watch?v=BlGXwUz9vhc

    Rock of Ages, un classique de gospel de 8 minutes, en septembre 2016
    https://vimeo.com/234519390

    L’hymne national américain, en novembre 2016
    https://www.youtube.com/watch?v=2ZLWHz8ekgw

    Son dernier concert gratuit à Detroit en juin 2017 :
    https://www.freep.com/story/entertainment/music/aretha-franklin/2018/08/19/aretha-franklin-final-detroit-show/1025210002

    https://www.youtube.com/watch?v=fKERxJipceM

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    Son dernier concert à New York en novembre 2017 :
    https://www.youtube.com/watch?v=1oMgRfQOUxw

    Une de ses dernières apparitions à la télé en avril 2018
    https://www.youtube.com/watch?v=DK4uJOxL_Sc

    #Aretha_Franklin #Musique #Soul


    • Aretha Franklin, respect éternel
      Jacques Denis, Libération, le 16 août 2018
      http://next.liberation.fr/culture/2018/08/16/aretha-franklin-respect-eternel_1672542

      La reine de la soul est morte ce jeudi à 76 ans. De l’église de son père au sommet des charts, sa voix a inscrit dans la légende des dizaines de tubes et porté haut les causes du féminisme et des droits civiques.

      « J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise. » Quand il découvre Respect, une ballade qu’il a écrite pour son tour manager Speedo Sims, Otis Redding ne peut que constater les faits face à Jerry Wexler, le pape de la soul music au label Atlantic. Ce jour-là, le chanteur sait que le titre paru deux ans plus tôt, en 1965 sur l’imparable Otis Blue, lui échappe. Pas sûr en revanche qu’il puisse se douter alors que ce hit fera danser des générations entières, porté par la voix de la papesse soul. Combien de soirées où cet hymne au féminisme débridé aura fait se lever toutes les femmes et filles, prises d’un doux délire  ! « La chanson en elle-même est passée d’une revendication de droits conjugaux à un vibrant appel à la liberté. Alors qu’Otis parle spécifiquement de questions domestiques, Aretha en appelle ni plus ni moins à la transcendance extatique de l’imagination », analysera Peter Guralnick, l’auteur de la bible Sweet Soul Music.

      Enregistrée le jour de la Saint-Valentin, la version d’Aretha Franklin, morte jeudi à 76 ans, est effectivement bien différente de celle du « Soul Father », qui vantait les mérites de l’homme allant au turbin et méritant de fait un peu de respect en retour. La jeune femme se permet d’y glisser quelques saillies bien senties  : « Je ne te ferai pas d’enfant dans le dos, mais ce que j’attends de toi, c’est du respect. » Le tout boosté par un chœur composé de ses sœurs Erma et Carolyn qui ponctue de « Ooh  ! » et « Just a little bit », donnant à l’histoire les faux airs d’une conversation complice entre femmes. Et de conclure par un tranchant  : « Je n’ai besoin de personne et je me débrouille comme une grande. » La suite, tout du moins d’un point de vue artistique, donnera raison à celle qui devint ainsi pour la postérité tout à la fois l’une des égéries des droits civiques et la visionnaire pythie d’une libération des mœurs.
      Dix-huit Grammy Awards

      « Cette chanson répondait au besoin du pays, au besoin de l’homme et la femme de la rue, l’homme d’affaires, la mère de famille, le pompier, le professeur – tout le monde aspire au respect. La chanson a pris une signification monumentale. Elle est devenue l’incarnation du "respect" que les femmes attendent des hommes et les hommes des femmes, le droit inhérent de tous les êtres humains », analysera-t-elle a posteriori dans son autobiographie, Aretha : From These Roots.

      Sa reprise de Respect n’était pas le premier succès de la native de Memphis. D’ailleurs, à l’époque, ce ne sera que le deuxième 45-tours de son premier album sous pavillon Atlantic, précédé par I Never Loved a Man (the Way I Love You) qui donne son titre à ce disque. Mais avec ce tube, bientôt suivi d’une quantité d’autres, elle se hisse vers des sommets à hauteur des mâles blancs qui dominaient l’époque. Coup double aux Grammy 1968 – les premiers d’une très longue série, dix-huit au total –, la chanson truste les charts pop, quatorze semaines au top des ventes afro-américaines où la concurrence est alors plutôt sévère, et intronise la « Soul Sister » (surnom emprunté à son précédent disque) en reine du genre  : « Queen of Soul », pas moins. Elle ne sera jamais détrônée.

      Pourtant l’album enregistré entre Muscle Shoals, l’usine à tubes d’Alabama, et New York, où elle dut se replier avec quelques musiciens sudistes, fut accouché dans la douleur, tel que relaté par un autre biographe émérite d’Aretha Franklin, le Français Sebastian Danchin (Portrait d’une natural woman, aux éditions Buchet Chastel). Toujours est-il que le 28 juin 1968, elle fait la une de l’hebdomadaire Time  : un simple portrait dessiné d’elle, discrètement barré d’un explicite The Sound of Soul. Cette année-là, elle est juste derrière Martin Luther King en termes de ­notoriété.

      Atteinte d’un cancer et officiellement rangée des hits depuis début 2017, la grande prêcheuse du respect est morte cinquante ans plus tard à Détroit, à 76 ans, devenue pour l’éternité celle dont un président des Etats-Unis (pas le moins mélomane, Barack Obama) a pu dire  : « L’histoire américaine monte en flèche quand Aretha chante. Personne n’incarne plus pleinement la connexion entre le spirituel afro-américain, le blues, le r’n’b, le rock’n’roll – la façon dont les difficultés et le chagrin se sont transformés en quelque chose de beau, de vitalité et d’espoir. »
      Premier disque

      Avant d’en arriver là, tout n’était pas écrit d’avance pour cette fille de pasteur, née le 25 mars 1942 dans le Sud profond, où la ségrégation fait force de loi. Grandie dans le giron de ce père homme de foi, Aretha Louise Franklin trouve sa voix à l’église, comme souvent. Elle a pour premier modèle son paternel, personnalité aussi sombre à la maison qu’auréolée de lumière sur l’estrade  : le pasteur Clarence LaVaughn Franklin enregistre et publie ses gospels sur la firme Chess, fréquente les stars (Sam Cooke, Jackie Wilson, Art Tatum…), enchaîne les tournées, au risque de délaisser le foyer où les enfants se débrouillent comme ils peuvent. D’autant que leur mère, Barbara Siggers, « immense chanteuse gospel » selon la diva Mahalia Jackson, a quitté le foyer au lendemain des 6 ans d’Aretha.

      Sept années plus tard, l’adolescente grave son premier disque, avec le chœur de la New Bethel Baptist Church, le sanctuaire au cœur du ghetto de Detroit où son père célèbre sa mission sur Terre. L’année qui suit, elle accouche d’un premier enfant, suivant là encore les traces du prédicateur, par ailleurs fornicateur à ses heures  : une des demi-sœurs de la jeune Aretha est le fruit de relations illicites avec une paroissienne de 13 ans  !
      Ferveur inégalée

      Avant 18 ans, Aretha a déjà deux enfants. Autant dire un sérieux handicap pour qui entend faire carrière en musique. C’est pourtant la même, certes délestée des bambins qui se retrouvent chez mère-grand Rachel, qui est castée par le talent-scout John Hammond. Elle a 19 ans quand elle débarque à New York pour intégrer l’écurie Columbia, où la future Lady Soul – autre surnom absolument pas usurpé – est censée suivre le sillon creusé par Lady Day, la femme au chihuahua Billie Holiday. Las, l’histoire ne se répète jamais, et malgré d’indéniables talents et de petits succès dont un bel hommage à Dinah Washington, une de ses références avouées, et un recommandable Yeah où elle tente déjà de faire siennes quelques rengaines empruntées à d’autres, celle qui sera plus tard la première femme à rejoindre le Rock’n’roll Hall of Fame ne parvient pas à se distinguer dans le jazz. Jusqu’à ce qu’elle franchisse le Rubicon, en passant chez Atlantic où, outre Jerry Wexler, elle trouve en Arif Mardin un directeur musical à son écoute.

      « Quand je suis allée chez Atlantic Records, ils m’ont juste assise près du piano et les tubes ont commencé à naître. » Il ne faudra jamais oublier qu’à l’instar d’une Nina Simone, Aretha Franklin était aussi une formidable pianiste. La liste des classiques enregistrés en moins de dix ans donne le tournis  : Baby I Love You, (You Make Me Feel Like) A Natural Woman, Think, (Sweet Sweet Baby) Since You’ve Been Gone, Chain of Fools, Until You Come Back to Me… Entre 1967 et 1974, la porte-voix d’une communauté chante ou déchante l’amour, en mode énervé ou sur le ton de la confidence sur oreiller, portée par des arrangements luxuriants ou dans ce dénuement propre à magnifier les plus belles voix sudistes (de Wilson Pickett à Sam & Dave). Dans cette série qui ressemble à une irrésistible ascension, chacun a ses favoris  : Call Me, par exemple, pas forcément le plus gros succès, demeure une ballade pour l’éternité où elle fait valoir toute la classe de son toucher sur les noires et ivoire. A moins que ce ne soit I Say a Little Prayer, le cantique écrit par Burt Bacharach et Hal David pour Dionne Warwick (qui se le fera chiper), tout en légèreté laidback. Qu’elle flirte volontiers avec la pop, reste fidèle à l’esprit de la soul ou mette le feu au temple frisco rock Fillmore West dans un live mémorable avec le terrible saxophoniste r’n’b King Curtis, son directeur musical assassiné quelques mois plus tard, la voix d’Aretha Franklin transcende toujours les sacro-saintes chapelles avec une ferveur inégalée. Celle héritée du gospel, la genèse de tout, auquel elle rend un vibrant hommage en 1972 avec Amazing Grace, un office avec le révérend James Cleveland qui devient le premier disque du genre à réussir la jonction avec le public profane.

      La série va pourtant s’arrêter au mitan des années 70, alors que Jerry Wexler s’apprête à quitter la maison mère pour rejoindre Warner Bros. A Change Is Gonna Come, pour paraphraser la superbe complainte qu’elle a empruntée à Sam Cooke dès 1967. Le disco triomphe, et bientôt le rap qui saura lui rendre hommage, à l’image de Mos Def revisitant One Step Ahead ou de Lauryn Hill s’investissant dans The Rose Is Still a Rose. Orpheline de son mentor, Franklin elle-même quitte en 1980 Atlantic pour Arista. La chanteuse ne s’en remettra pas, alors même qu’elle parvient à toucher un public rajeuni en étant au générique des Blues Brothers. Elle y chante en femme de ménage (mais chaussée de mules en éponge roses  !) Think, hymne à la liberté et à la féminité affirmée haut et fort (encore).

      Ombre d’elle-même

      La scène d’anthologie marque les esprits, mais dans la vraie vie, Aretha Franklin n’aspire qu’à des productions de plus en plus pompières, qui masquent par leur outrance l’essentiel  : ses exceptionnelles qualités d’interprète. Les interventions de jeunes musiciens comme Marcus Miller ou Narada Michael Walden n’y font rien, même si avec ce dernier elle parvient une nouvelle fois à toucher furtivement la place de numéro 1 des charts r’n’b.

      Si elle se fait rare en studio, si elle ne marque plus l’histoire de la musique, elle n’en demeure pas moins une icône pour les nouvelles générations. George Michael s’adonne ainsi à un duo – une spécialité de la diva, qui sans doute trahissait déjà un réel manque de renouvellement – avec celle qu’il considère comme une influence majeure. Toutes les chanteuses de nu soul prêtent allégeance à la première dame, qui de son côté s’illustre dans la rubrique mondanités. Elle traverse ainsi les années 90 en ombre d’elle-même, caricature de ses grands millésimes, qu’elle fructifie. Elle n’en reste alors pas moins une figure que l’on met aisément en couverture, affichant des looks pas toujours raccords, et au premier rang des chanteurs de tous les temps selon Rolling Stone.

      De come-backs avortés en retours guettés par des fans toujours en demande, rien n’y fait. La star, rentrée vivre à Detroit, attise pourtant les désirs et envies des jeunes producteurs : André 3000 d’Outkast et Babyface mettent même un album en chantier, alors que l’année d’après, en 2014, le festival de jazz de Montréal la fait remonter sur scène. Longue robe blanche, cheveux blonds, elle assure le show.

      Trois ans plus tard, elle est encore en blanc, mais considérablement amaigrie, pour un gala au profit de la fondation Elton John, à New York. Plus que de résurrection, cela sonne comme un concert d’adieux. Néanmoins, on gardera plutôt en souvenir le dernier grand moment d’une carrière hors norme de cette chanteuse  : le 6 décembre 2015 lors des prestigieux Kennedy Center Honors, elle entre en scène en manteau de fourrure, voix aussi sûre que son doigté au piano, pour interpréter (You Make Me Feel Like) A Natural Woman devant le couple Obama, auquel elle avait déjà fait l’honneur de chanter lors de son investiture en 2009. Comme la révérence d’une voix pas ordinaire, en tout point populaire.

      Jacques Denis

    • « Aretha Franklin a chanté son époque, avec son époque, et pour son époque »
      Isabelle Hanne, Libération, le 16 août 2018
      http://www.liberation.fr/planete/2018/08/16/aretha-franklin-a-chante-son-epoque-avec-son-epoque-et-pour-son-epoque_16

      Daphne Brooks, professeure d’études Afro-américaines à l’université Yale, revient sur la figure d’Aretha Franklin et sa place dans l’histoire musicale et nationale.

      Daphne Brooks, 49 ans, professeure d’études afro-américaines à l’université Yale, écrit sur la question raciale, le genre et la musique populaire. Elle a ­notamment travaillé sur le parcours d’Aretha Franklin pour son ­livre Subterranean Blues  : Black Women and Sound Subcultures (à paraître) et a donné plusieurs conférences sur la Queen of Soul, qu’elle a rencontrée à l’occasion d’une lecture à Princeton qui lui était dédiée. Elle s’intéresse ­particulièrement aux moments où les artistes Afro-Américaines se retrouvent à la croisée entre les ­révolutions musicales et la grande histoire nationale, Aretha Franklin étant la figure ty­pique de ces intersections.
      Que représente Aretha Franklin pour vous  ? Quels sont vos ­premiers souvenirs d’elle  ?

      J’ai grandi dans les années 70 en Californie, dans une famille qui écoutait de la musique en permanence alors qu’elle avait déjà acquis le statut de « Queen of Soul ». Elle a toujours été omniprésente dans mon monde.
      Comment est-elle devenue l’un des objets de vos recherches  ?

      La musique d’Aretha Franklin, c’est le son de la conquête des droits ­civiques, du Black Power, ce ­mélange de joie, de blackness, ce sens de la fierté, notre héritage afro-amé­ricain. Elle a su trans­mettre cette beauté intérieure dans ses chansons.
      Quels sont les liens entre Aretha Franklin et le mouvement de lutte pour les droits civiques  ?

      Ils sont nombreux. Son père, C.L. Franklin, était ce pasteur très célèbre à Detroit et son église, la New Bethel Baptist Church, un haut lieu du combat pour les droits civiques. Il galvanisait un public noir à travers ses sermons diffusés à la radio pendant les années 50 [puis commercialisés sur disque, ndlr]. Il accueillait Martin Luther King lors de ses séjours à Detroit. Aretha Franklin a d’ailleurs accompagné ce dernier à plusieurs manifestations et chanté lors de ses funérailles. Mais cette connexion ne se limite pas à ces liens familiaux. Sa musique, elle aussi, s’inscrit dans ce contexte historique. Il y a, bien sûr, son ADN gospel. Et pas seulement  : Respect, la chanson écrite par ­Otis Redding mais réinterprétée par Franklin en 1967, une année pivot [l’année du « Long, Hot Summer », une série d’émeutes raciales], est devenue instantanément un hymne des droits civiques, de l’émancipation des Noirs, du Black Power et du mouvement féministe. Trois ans plus tôt, en 1964, elle avait déjà ­enregistré Take a Look, dont les paroles avaient fortement résonné lors du « Freedom Summer », cet été où des centaines d’étudiants ont risqué leur vie pour inscrire des Noirs sur les listes élec­torales du Mississippi [« Lord, what’s happening / To this human race  ? / I can’t even see / One friendly face / Brothers fight brothers / And sisters wink their eyes […] / Just take a look at your children / Born innocent / Every boy and every girl / Denying themselves a real chance / To build a better world. »] Dans sa musique elle-même, elle a su articuler ce chagrin et ce regard sur l’humanité si propre à la soul music.
      Vous dites qu’elle n’a pas seulement été une voix des droits ci­viques, comme Nina Simone, mais qu’elle a également eu un impact sur le féminisme afro-américain  ?

      Aretha a chanté son époque, avec son époque, et pour son époque. Avec des chansons comme Natural Woman, elle s’est aussi exonérée d’une certaine image pour se ­connecter au mouvement féministe moderne, au féminisme noir. Très tôt dans sa carrière, elle s’est donné le droit de chanter les tourments émotionnels des Afro-Américaines avec tellement de genres musicaux différents  : c’était son appel à l’action, à l’émancipation des Noires aux Etats-Unis. Elle a chanté la ­bande-son complexe de la femme noire qui se réinventait. Elle montre que cette dernière peut être un ­sujet doué d’émotions complexes, d’une volonté d’indépendance… Toutes ces choses qui ont été si longtemps refusées aux Afro-Américains aux Etats-Unis. Elle a vraiment été dans la droite ligne du Black Power  : désormais, les Noirs montrent qu’ils n’ont pas besoin de s’excuser d’exister.
      Elle a aussi été cette icône aux tenues extravagantes, luxueuses, en perruque et fourrure. Peut-on dire qu’elle a participé à façonner une certaine féminité noire  ?

      Oui, mais comme d’autres activistes ou artistes noires, telle Diana Ross par exemple, qui ont en effet développé cette image de la beauté noire glamour, somptueuse. Mais elle a également montré, dans les années 70, une image plus afrocentriste, avec des tenues plus sobres et une coiffure afro.
      A bien des égards, Aretha Franklin est une synthèse des Afro-Américains...

      Elle est née dans le Sud, à Memphis (Tennessee), mais elle a grandi dans le Nord, à Detroit, dans le Michigan. Sa famille a fait comme des millions d’Afro-Américains au milieu du XXe siècle  : ils ont déménagé du Sud vers le Nord, ce phénomène qu’on appelle la Grande Migration [de 1910 à 1970, six millions d’Afro-Américains ont émigré du sud des Etats-Unis vers le Midwest, le Nord-Est et l’Ouest, pour échapper au racisme et tenter de trouver du travail dans les villes indus­trielles]. Elle a aussi su faire la synthèse ­entre tous les genres musicaux afro-américains, de la soul au r’n’b, de la pop au jazz. Aretha Franklin fait partie, fondamentalement, de l’histoire des Noirs américains. Elle appartenait à cette génération d’Afro-Américains qui a sondé l’identité noire, qui venaient du Nord comme du Sud, urbains comme ruraux, passionnés de jazz, de blues, de r’n’b et de pop. Le tout en se battant pour faire tomber les murs de la ­culture Jim Crow [les lois qui organisaient la ségrégation raciale] à travers l’agitation sociale et la performance artistique.
      Isabelle Hanne correspondante à New York


  • 1933 Article on Frida Kahlo: “Wife of the Master Mural Painter Gleefully Dabbles in Works of Art” | Open Culture

    http://www.openculture.com/2015/03/1933-article-on-frida-kahlo-wife-of-the-master-mural-painter-gleefully-

    Glané sur Twitter grâce à @fil si je me souviens bien

    And yet, far from the Keane’s San Francisco, and perhaps as far as a person can get from Margaret’s frustrated acquiescence, we have Frida Kahlo creating a body of work that would eventually overshadow her husband’s, muralist Diego Rivera. Unlike Walter Keane, Rivera was a very good painter who did not attempt to overshadow his wife. Instead of professional jealousy, he had plenty of the personal variety. Even so, Rivera encouraged Kahlo’s career and recognized her formidable talent, and she, in turn, supported him. In 1933, when Florence Davies---whom Kahlo biographer Gerry Souter describes as “a local news hen”---caught up with her in Detroit, Kahlo “played the cheeky, but adoring wife” of Diego while he labored to finish his famous Detroit mural project.

    –----

    The big-eyed children: the extraordinary story of an epic art fraud | Art and design | The Guardian
    https://www.theguardian.com/artanddesign/2014/oct/26/art-fraud-margaret-walter-keane-tim-burton-biopic

    In the 1960s, Walter Keane was feted for his sentimental portraits that sold by the million. But in fact, his wife Margaret was the artist, working in virtual slavery to maintain his success. She tells her story, now the subject of a Tim Burton biopic

    #art #fraude #women_in_art

    • Dans un des liens de l’article, il y avait ceci :

      No Women Need Apply : A Disheartening 1938 Rejection Letter from Disney Animation | Open Culture
      http://www.openculture.com/2013/04/no_women_need_apply_a_disheartening_1938_rejection_letter_from_disney_a

      Put yourself in the mind of an artistic young woman who goes to see Disney’s Snow White and the Seven Dwarfs when it first opens in 1937. Captivated by the film’s groundbreaking cel-based cinematic animation, understanding that it represents the future of the art form, you feel you should pursue a career with a studio yourself. Alas, in response to the letter of inquiry you send Disney’s way, you receive the terse rejection letter above. “Women do not do any of the creative work in connection with preparing the cartoons for the screen,” it flatly states, “as that work is performed entirely by young men. For this reason girls are not considered for the training school.” Your only remaining hope? To aim lower on the totem pole and become an “Inker” or “Painter,” but “it would not be advisable to come to Hollywood with the above specifically in view, as there are really very few openings in comparison with the number of girls who apply.”


  • Rashida Tlaib, première femme musulmane à être élue au Congrès américain
    https://www.huffpostmaghreb.com/entry/rashida-tlaib-premiere-femme-musulmane-a-etre-elue-au-congres-ameri

    Il s’agissait de primaires, mais il n’y aura pas d’opposant républicain.

    ÉTATS-UNIS - À quelques mois des élections de mi-mandat, plusieurs États américains vivent ces derniers jours un avant-goût de ce rendez-vous politique incontournable pour les opposants au président Trump. Dans la nuit du mardi au mercredi 8 août, l’État du Michigan organisait les primaires démocrates pour choisir celles ou ceux qui représenteront le parti pour l’élection au Congrès, qui aura lieu en novembre prochain. 

    Un scrutin qui a vu la victoire de la progressiste Rashida Tlaib. Résultat qui fait d’elle, pour l’instant, la première femme musulmane à être élue au Congrès américain, et la première américano-palestinienne, cette dernière étant sans opposition, rapporte The Independant.

    Une victoire à plus de 33% des voix à l’occasion d’une élection décrite par cette dernière au Detroit News comme étant un “joyeux chaos”. Elle a notamment obtenu le soutien des Justice Democrats, un groupe progressiste au sein du parti, proche de l’ancien candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders, rapporte le HuffPost américain.



  • #Google_Maps Says ‘the East Cut’ Is a Real Place. Locals Aren’t So Sure.

    For decades, the district south of downtown and alongside #San_Francisco Bay here was known as either #Rincon_Hill, #South_Beach or #South_of_Market. This spring, it was suddenly rebranded on Google Maps to a name few had heard: the #East_Cut.

    The peculiar moniker immediately spread digitally, from hotel sites to dating apps to Uber, which all use Google’s map data. The name soon spilled over into the physical world, too. Real-estate listings beckoned prospective tenants to the East Cut. And news organizations referred to the vicinity by that term.

    “It’s degrading to the reputation of our area,” said Tad Bogdan, who has lived in the neighborhood for 14 years. In a survey of 271 neighbors that he organized recently, he said, 90 percent disliked the name.

    The swift rebranding of the roughly 170-year-old district is just one example of how Google Maps has now become the primary arbiter of place names. With decisions made by a few Google cartographers, the identity of a city, town or neighborhood can be reshaped, illustrating the outsize influence that Silicon Valley increasingly has in the real world.

    The #Detroit neighborhood now regularly called #Fishkorn (pronounced FISH-korn), but previously known as #Fiskhorn (pronounced FISK-horn)? That was because of Google Maps. #Midtown_South_Central in #Manhattan? That was also given life by Google Maps.

    Yet how Google arrives at its names in maps is often mysterious. The company declined to detail how some place names came about, though some appear to have resulted from mistakes by researchers, rebrandings by real estate agents — or just outright fiction.

    In #Los_Angeles, Jeffrey Schneider, a longtime architect in the #Silver_Lake_area, said he recently began calling the hill he lived on #Silver_Lake_Heights in ads for his rental apartment downstairs, partly as a joke. Last year, Silver Lake Heights also appeared on Google Maps.

    “Now for every real-estate listing in this neighborhood, they refer to it,” he said. “You see a name like that on a map and you believe it.”

    Before the internet era, neighborhood names developed via word of mouth, newspaper articles and physical maps that were released periodically. But Google Maps, which debuted in 2005, is updated continuously and delivered to more than one billion people on their devices. Google also feeds map data to thousands of websites and apps, magnifying its influence.

    In May, more than 63 percent of people who accessed a map on a smartphone or tablet used Google Maps, versus 19.4 percent for the Chinese internet giant Alibaba’s maps and 5.5 percent for Apple Maps, according to comScore, which tracks web traffic.

    Google said it created its maps from third-party data, public sources, satellites and, often most important, users. People can submit changes, which are reviewed by Google employees. A Google spokeswoman declined further comment.

    Yet some submissions are ruled upon by people with little local knowledge of a place, such as contractors in India, said one former Google Maps employee, who declined to be named because he was not authorized to speak publicly. Other users with a history of accurate changes said their updates to maps take effect instantly.

    Many of Google’s decisions have far-reaching consequences, with the maps driving increased traffic to quiet neighborhoods and once almost provoking an international incident in 2010 after it misrepresented the boundary between Costa Rica and Nicaragua.

    The service has also disseminated place names that are just plain puzzling. In #New_York, #Vinegar_Hill_Heights, #Midtown_South_Central (now #NoMad), #BoCoCa (for the area between Boerum Hill, Cobble Hill and Carroll Gardens), and #Rambo (Right Around the Manhattan Bridge Overpass) have appeared on and off in Google Maps.

    Matthew Hyland, co-owner of New York’s Emily and Emmy Squared pizzerias, who polices Google Maps in his spare time, said he considered those all made-up names, some of which he deleted from the map. Other obscure neighborhood names gain traction because of Google’s endorsement, he said. Someone once told him they lived in Stuyvesant Heights, “and then I looked at Google Maps and it was there. And I was like, ‘What? No. Come on,’” he said.

    In Detroit, some residents have been baffled by Google’s map of their city, which is blanketed with neighborhood monikers like NW Goldberg, Fishkorn and the Eye. Those names have been on Google Maps since at least 2012.

    Timothy Boscarino, a Detroit city planner, traced Google’s use of those names to a map posted online around 2002 by a few locals. Google almost identically copied that map’s neighborhoods and boundaries, he said — down to its typos. One result was that Google transposed the k and h for the district known as Fiskhorn, making it Fishkorn.

    A former Detroit city planner, Arthur Mullen, said he created the 2002 map as a side project and was surprised his typos were now distributed widely. He said he used old books and his local knowledge to make the map, approximating boundaries at times and inserting names with tenuous connections to neighborhoods, hoping to draw feedback.

    “I shouldn’t be making a mistake and 20 years later people are having to live with it,” Mr. Mullen said.

    He admitted some of his names were questionable, such as the Eye, a 60-block patch next to a cemetery on Detroit’s outskirts. He said he thought he spotted the name in a document, but was unsure which one. “Do I have my research materials from doing this 18 years ago? No,” he said.

    Now, local real-estate listings, food-delivery sites and locksmith ads use Fishkorn and the Eye. Erik Belcarz, an optometrist from nearby Novi, Mich., named his new publishing start-up Fishkorn this year after seeing the name on Google Maps.

    “It rolls off the tongue,” he said.

    Detroit officials recently canvassed the community to make an official map of neighborhoods. That exercise fixed some errors, like Fiskhorn (though Fishkorn remains on Google Maps). But for many districts where residents were unsure of the history, authorities relied largely on Google. The Eye and others are now part of that official map.

    In San Francisco, the East Cut name originated from a neighborhood nonprofit group that residents voted to create in 2015 to clean and secure the area. The nonprofit paid $68,000 to a “brand experience design company” to rebrand the district.

    Andrew Robinson, executive director of the nonprofit, now called the East Cut Community Benefit District (and previously the Greater Rincon Hill Community Benefit District), said the group’s board rejected names like Grand Narrows and Central Hub. Instead they chose the East Cut, partly because it referenced an 1869 construction project to cut through nearby Rincon Hill. The nonprofit then paid for streetlight banners and outfitted street cleaners with East Cut apparel.

    But it wasn’t until Google Maps adopted the name this spring that it got attention — and mockery.

    “The East Cut sounds like a 17 dollar sandwich,” Menotti Minutillo, an Uber engineer who works on the neighborhood’s border, said on Twitter in May.

    Mr. Robinson said his team asked Google to add the East Cut to its maps. A Google spokeswoman said employees manually inserted the name after verifying it through public sources. The company’s San Francisco offices are in the neighborhood (as is The New York Times bureau), and one of the East Cut nonprofit’s board members is a Google employee.

    Google Maps has also validated other little-known San Francisco neighborhoods. Balboa Hollow, a roughly 50-block district north of Golden Gate Park, trumpets on its website that it is a distinct neighborhood. Its proof? Google Maps.

    “Don’t believe us?” its website asks. “Well, we’re on the internet; so we must be real.”

    https://www.nytimes.com/2018/08/02/technology/google-maps-neighborhood-names.html
    #toponymie


  • Why ’Dancing In The Street’ Gets The People Going : NPR
    https://www.npr.org/2018/07/28/632661834/american-anthem-dancing-in-the-street-martha-vandellas

    Mark Kurlansky, author of the book Ready For a Brand New Beat: How “Dancing in the Street” Became the Anthem for a Changing America, says that at the time, those campaigning for equal rights were split on strategy — between Dr. King’s nonviolence, and the Black Power movements exemplified by Stokely Carmichael (aka Kwame Ture), the Black Panthers and Malcolm X’s Black Muslims. It was on the latter side that “Dancing in the Street” began to show a new potential.

    What makes the song an anthem is the ring of authenticity: a cry from the heart of summer in a big city, boiling with energy, turmoil and hope.

    “1964 was the year when Malcolm X famously said, ’We will get our rights by any means necessary. It really was the year that the black liberation movement was under a shift from the civil rights movement to the Black Power movement,” he says. “The people in the Black Power movement used this song for rallies because it got people worked up and got them going.”

    Mark Kurlansky also notes the litany of cities woven into the song: ’They’re dancing in Chicago, down in New Orleans, up in New York City ... Philadelphia, PA, Baltimore and D.C. now," and ending with, "Can’t forget the Motor City.’ “Every city they list where they were dancing,” he says, “was a city with a militant black neighborhood, and a city where, eventually riots, broke out.”

    Martha Reeves wants it to be known, “I had nothing to do with that. I just sang the song and in my heart, I was visualizing people actually dancing in the street. I wasn’t singing, you know, doom and gloom when the sun go down, let’s kill everybody and go steal their property, and break into stores and carry refrigerators home on your back.”

    But she also says the song reminds her of the trials she faced as a black teen in Detroit, before the modern civil rights movement began.

    “We couldn’t stand on street corners and sing,” she recalls, “because there was a police unit called the Big Four. It was usually four big white men, and they had clubs and guns. And if they caught a group of black people standing on the corner singing doo-wop ... they would jump out of the car and attack you, arrest you, or run to your house, because they didn’t want blacks gathering. So ’Dancing in the Street’ is all of that to me.”
    On ’Fanfare For The Common Man,’ An Anthem For The American Century
    American Anthem
    On ’Fanfare For The Common Man,’ An Anthem For The American Century

    Mark Kurlansky believes that “Dancing in the Street” has grown into an American anthem over six decades because its irresistible beat and engaging images let people find their own message in the song. He says that co-writer Mickey Stevenson “saw it as a song about integration: about how young black people and young white people could go out on the street and be together.”

    #Musique



  • Alexandria Ocasio-Cortez’s Historic Win and the Future of the Democratic Party | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/magazine/2018/07/23/alexandria-ocasio-cortezs-historic-win-and-the-future-of-the-democratic-p

    Alexandria Ocasio-Cortez is twenty-eight. She was born in the Parkchester neighborhood of the Bronx and lives there now, in a modest one-bedroom apartment. Parkchester was originally a planned community conceived by the Metropolitan Life Insurance Company and was for decades segregated, predominantly Irish and Italian. Today, it’s largely African-American, Hispanic, and South Asian. Ocasio-Cortez comes from a Puerto Rican family in which the parents’ self-sacrifice has been rewarded by their daughter’s earnest striving, and, now, a historic achievement. Come November, Ocasio-Cortez is almost certain to become the youngest woman ever elected to Congress. As recently as ten months ago, she was waiting tables at a taco place near Union Square called Flats Fix. On June 26th, she pulled off a political upset in the Democratic primary for the Fourteenth Congressional District, soundly defeating the incumbent, Joseph Crowley, the most powerful politician in Queens County and the fourth-ranking Democrat in the House of Representatives.

    We sat down at a table near the window. She allowed that she was getting worn down. “You’re speaking to me when I am still emotionally, intellectually, spiritually, and logistically processing all of this,” she said. “The whole thing’s got me knocked a little flat.”

    With good reason. Not long ago, Ocasio-Cortez was mixing margaritas. Today, she is the embodiment of anti-corporate politics and a surge of female candidates in the midterm elections. “It’s a lot to carry,” she said. As a member of the Democratic Socialists of America, she was on the receiving end of Murdoch-media hysteria. The Post greeted her win with the headline “RED ALERT.” Sean Hannity pronounced her “downright scary.” And Ben Shapiro called her a member of the “howling at the moon” segment of the Democratic Party. On the anti-Trump right, Bret Stephens wrote in the Times that “Hugo Chávez was also a democratic socialist,” and warned that, in a national election, the likes of Ocasio-Cortez will be “political hemlock for the Democratic Party.” None of it seemed exactly real. When I asked her where she was going to live in D.C., her eyes widened in surprise, as if it had not occurred to her that she would no longer be spending most of her time in the Bronx. “Not a clue,” she said.

    One of her most effective strokes was a two-minute-long video, the creation of Naomi Burton and Nick Hayes, D.S.A. activists from Detroit, who started Means of Production, a media-production company, and set out looking for working-class-oriented campaigns. They learned about Ocasio-Cortez on Facebook and sent her a direct message on Twitter. For less than ten thousand dollars, they produced a soulful social-media-ready film that showed the candidate in her apartment, on a subway platform, in a bodega, talking with a pregnant woman, to kids selling cupcakes. All the while, in voice-over, she speaks directly to the viewer:

    Women like me aren’t supposed to run for office. I wasn’t born to a wealthy or powerful family. . . . This race is about people versus money. We’ve got people, they’ve got money. It’s time we acknowledged that not all Democrats are the same. That a Democrat who takes corporate money, profits off foreclosure, doesn’t live here, doesn’t send his kids to our schools, doesn’t drink our water or breathe our air cannot possibly represent us. What the Bronx and Queens needs is Medicare for all, tuition-free public college, a federal jobs guarantee, and criminal-justice reform.

    The video went viral. Something was afoot.

    On Election Day, in a car on the way to the billiards hall where Ocasio-Cortez was going to watch the returns, some of her advisers were getting encouraging reports from polling places. Shut it down, she said. No more looking at phones, no more guessing: “Let’s see the vote.” That night, cameras captured her expression of shock as she watched the news: a thirteen-point landslide. She had no words. It was a moment of pure joy playing out live on television. Crowley gamely accepted the results and, with a pickup band behind him, took out his guitar and dedicated “Born to Run” to Alexandria Ocasio-Cortez. For a man in six kinds of pain, he sang a creditable version.

    If the Murdoch press was predictably outraged, some establishment Democrats were wary, too. Nancy Pelosi dismissed the win as a local phenomenon. And, while her tone was curt and superior, her larger point was clear: in November, Democratic candidates, no matter what shade of blue, had to beat Republicans. Districts had to flip. At dinner, Ocasio-Cortez bristled at the establishment dismissals. She did not doubt that there were many factors in her win—her identity as a young woman, as a Latina, as a daughter of a working-class family—but she had also out-organized a party boss, hammered away at immigration and health-care issues, and brought out new voters. It was infuriating for her to listen to the condescension.

    “I’m twenty-eight years old, and I was elected on this super-idealistic platform,” she said. “Folks may want to take that away from me, but I won. When you hear ‘She won just for demographic reasons,’ or low turnout, or that I won because of all the white ‘Bernie bros’ in Astoria—maybe that all helped. But I smoked this race. I didn’t edge anybody out. I dominated. And I am going to own that.” The more complicated question was how she was going to own her identity as a democratic socialist.

    When Ocasio-Cortez is interviewed now, particularly by the establishment outlets, she is invariably asked about “the S-word,” socialism; sometimes the question is asked with a shiver of anxiety, as if she were suggesting that schoolchildren begin the day by singing the “Internationale” under a portrait of Enver Hoxha. When I asked her about her political heroes, though, there was no mention of anyone in the Marxist pantheon. She named Robert F. Kennedy. In college, reading his speeches—“that was my jam,” she said. R.F.K., at least in the last chapter of his life, his 1968 Presidential campaign, tried to forge a party coalition of workers, minorities, and the middle class.

    D.S.A., which was founded in 1982, is not a party but a dues-paying organization, and it has seen a bump in membership recently, from five thousand in 2016 to more than forty thousand today. The first co-chairs were Harrington and the author Barbara Ehrenreich. David Dinkins, the former mayor of New York, was a member of D.S.A. There’s no question that some members are Marxists in the traditional sense; some want to see the destruction of capitalism and the state ownership of factories, banks, and utilities. Jabari Brisport, a D.S.A. member from Brooklyn who recently ran, unsuccessfully, for City Council, told me that the group is “a big umbrella organization for left and leftish types, from Bernie-crats to hard-core Trotskyists.” Julia Salazar, a D.S.A. member in her mid-twenties who is running for the New York State Senate with the ardent support of Ocasio-Cortez, told Jacobin, a leftist quarterly, that a democratic socialist “recognizes the capitalist system as being inherently oppressive, and is actively working to dismantle it and to empower the working class and the marginalized in our society.”

    Ocasio-Cortez and, for the most part, the people around her speak largely in the language of Sanders. Sanders calls himself a democratic socialist, and yet in the most extensive speech he ever gave on the theme—at Georgetown University, in November, 2015—he did not mention Debs. Rather, he focussed almost entirely on Franklin Roosevelt and the legacy of the New Deal. He said that he shared the vision that F.D.R. set out in his 1944 State of the Union speech, what Roosevelt called the Second Bill of Rights. Sanders pointed out that universal health care was “not a radical idea” and existed in countries such as Denmark, France, Germany, and Taiwan. “I don’t believe government should own the means of production,” he said, “but I do believe that the middle class and the working families who produce the wealth of America deserve a fair deal.”

    Ocasio-Cortez and her circle focus less on the malefactions of the current Administration than on the endemic corruption of the American system, particularly the role of “dark money” in American politics and the lack of basic welfare provisions for the working classes and the poor. When they hear conservatives describe as a “socialist” Barack Obama—a man who, in their view, had failed to help the real victims of the financial crisis, while bailing out the banks—they tend to laugh ruefully. “I think the right did us a service calling Obama a socialist for eight years,” Saikat Chakrabarti, one of Ocasio-Cortez’s closest associates, said. “It inoculated us. But people focus on the labels when they are not sure what they mean. What people call socialism these days is Eisenhower Republicanism!”

    #Alexandria_Ocasio_Cortez #Politique_USA #My_heroin_for_now


  • Richard Florida : « La #crise urbaine, c’est la crise centrale du #capitalisme »
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/07/07/richard-florida-la-crise-urbaine-c-est-la-crise-centrale-du-capitalisme_5327


    Je n’arrête pas de m’en faire la réflexion : les métropoles sont connectées entre elles et tout le reste est de plus en plus exclu, éloigné et négligé.
    À la rentrée, ma fille va intégrer un lycée de la métropole régionale… ce qui a l’air d’être déjà une chance, tant les gosses de bouseux ont l’air assignés à résidence, dans des établissements aussi peu dotés que possible.
    Il y a 30 ans, quand j’ai fait le même chemin, je prenais le bus pour aller à la métropole régionale. Là, les lignes ont été supprimées, nous n’avons trouvé aucune correspondance possible pour le lundi matin, ce qui était impensable il y a 30 ans.
    Là, c’est devenu normal. La plupart des métropoles sont à présent plus proches les unes des autres que les gens de leurs périphéries le sont du centre-ville qui est devenu inatteignable de l’extérieur. Je mets plus de temps pour aller inscrire ma fille à son lycée (où ma présence physique est requise avec des tirages papiers de mes scans, à l’heure d’Internet !), que pour me rendre à Paris, qui est 5 fois plus éloignée !

    Le problème, c’est que quelques grandes ­#métropoles internationales concentrent la ­majorité des #richesses, et deviennent de plus en plus #inaccessibles. Dans ces villes superstars, l’explosion des prix de l’#immobilier chasse peu à peu les artistes, les professions intellectuelles, les créatifs des quartiers qu’ils avaient investis. Mais ce ne sont pas les moins bien lotis, car ceux-ci trouvent souvent d’autres quartiers ­populaires où ils peuvent s’installer. Ce qui est terrifiant, c’est que les policiers, les pompiers, les gens qui travaillent dans des boutiques ou des restaurants, les infirmiers, les artisans, les jardiniers doivent quitter ces grandes villes, devenues trop chères. Et vivre beaucoup plus loin, dans des zones mal desservies par les transports en commun. La nouvelle crise urbaine n’est pas une crise du déclin des villes, comme dans les années 1970. C’est une crise causée par leur succès. Et la conséquence, c’est qu’aux Etats-Unis nous avons d’un côté une petite vingtaine de métropoles superstars, entrées de plain-pied dans l’économie de la connaissance, et de plus en plus riches. Et tout le reste du pays qui plonge et s’appauvrit. La crise urbaine, c’est la crise centrale du capitalisme contemporain.


    • Belle sélection américaine pour une si petite liste, mais ce sont les seuls que je n’arrive pas à écouter :

      Atlanta
      Future Mask Off
      Migos Bad and boujee
      Outkast Elevator (Me & You)
      Russ Do It Myself
      Boston
      Guru Lifesaver
      Breaux Bridge
      Buckshot Lefonque Music Evolution
      Brentwood
      EPMD Da Joint
      Chicago
      Saba LIFE
      Dallas
      #Erykah_Badu The Healer
      Detroit
      Clear Soul Forces Get no better
      Eminem The Real Slim Shady
      La Nouvelle-Orléans
      $uicideboy$ ft. Pouya South Side Suicide
      Mystikal Boucin’ Back Lexington
      CunninLynguists Lynguistics
      Los Angeles
      Cypress Hill Hits from the bong
      Dilated Peoples Trade Money
      Dr. Dre The next episode ft. Snoop Dogg
      Gavlyn We On
      Jonwayne These Words are Everything
      Jurassic 5 Quality Control
      Kendrick Lamar Humble
      N.W.A Straight outta Compton
      Snoop Dogg Who Am I (What’s my name) ?
      The Pharcyde Drop
      Miami
      Pouya Get Buck
      Minneapolis
      Atmosphere Painting
      New-York
      A tribe called quest Jazz (We’ve Got) Buggin’ Out
      Big L Put it on
      Jeru the Damaja Me or the Papes
      Mobb Deep Shook Ones Pt. II
      Notorious B.I.G Juicy
      The Underachievers Gold Soul Theory
      Wu-Tang Clan Da Mistery of Chessboxin’
      Newark
      Lords of the Underground Chief Rocka
      Pacewon Children sing
      Petersburg
      Das EFX They want EFX
      Philadelphie
      Doap Nixon Everything’s Changing
      Jedi Mind Tricks Design in Malice
      Pittsburgh
      Mac Miller Nikes on my feet
      Richmond
      Mad Skilzz Move Ya Body
      Sacramento
      Blackalicious Deception
      San Diego
      Surreal & the Sounds Providers Place to be
      San Francisco
      Kero One Fly Fly Away
      Seattle
      Boom Bap Project Who’s that ?
      Brothers From Another Day Drink
      SOL This Shit
      Stone Mountain
      Childish Gambino Redbone
      Washington DC
      Oddisee Own Appeal

      Limité mais permet des découvertes.

      Mark Mushiva - The Art of Dying (#Namibie)
      https://www.youtube.com/watch?v=rZZrp4TMAgQ

      Tehn Diamond - Happy (#Zimbabwe)
      https://www.youtube.com/watch?v=T5tjMAy5ySM

      #rap

    • « Global Hip-Hop » : 23 nouveaux morceaux ajoutés dans la base grâce à vos propositions ! Deux nouveaux pays (Mongolie et Madagascar) et 11 nouvelles villes, de Mississauga à Versailles en passant par Molfetta, Safi, Oulan-Bator ou Tananarive 🌍