city:fos-sur-mer

    • Martigues : des militants CGT poursuivis pour rébellion et violence sur les forces de l’ordre
      https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/martigues-militants-cgt-poursuivis-rebellion-violence-f

      Les faits remontent au 19 mars. Trois militants cégétistes dont le secrétaire départemental des Bouches-du-Rhône sont délogés par les policiers lors d’une opération de blocage du dépôt pétrolier de Fos-sur-mer.

      Mais la police ne s’arrête pas à une simple intervention. Elle relève l’identité de trois manifestants qui vont faire l’objet d’une convocation ultérieure pour entrave à la circulation.

      Une audition qui se transforme en garde à vue

      Soutenus par une centaine de militants cégétistes massés devant le commissariat de Martigues, les trois hommes ont répondu ce mercredi à cette convocation.

      Mais à leur grande surprise, les faits reprochés ont changé de nature. Ils ont été entendus pour entrave à la sécurité publique, violence sur les forces de l’ordre et rébellion. Placés en garde à vue, ils ont été déférés au Parquet d’Aix-en-Provence. (...)

      Une volonté de nuire au syndicat ?

      Incompréhension et stupeur dans les rangs des manifestants venus apporter leur soutien à leurs camarades. Le secrétaire général de la CGT des Bouches-du-Rhône n’en revient toujours pas.

      Olivier Mateu dénonce une intimidation de la part du gouvernement pour affaiblir la centrale syndicale.
      On est au-delà du bras de fer. C’est une oligarchie qui essaie d’écraser tout le monde ! Et pour y parvenir, elle est prête à tous les sacrifices. Cette façon de faire n’est pas de nature à apaiser les choses.

      Les trois militants ont été remis en liberté mercredi soir. Ils ne font pas l’objet d’un contrôle judiciaire. L’un d’eux s’est vu interdire toute manifestation jusqu’à l’audience qui est fixée au 19 septembre à 14h au Tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence.

      #garde_à_vue #interdiction_de_manifester

  • À Fos-sur-Mer, les #Pollutions_d'ArcelorMittal en accusation
    https://www.bastamag.net/A-Fos-sur-Mer-les-pollutions-d-ArcelorMittal-en-accusation

    L’usine sidérurgique d’ArcelorMittal à Fos-sur-Mer n’en finit pas de faire parler d’elle. Ces derniers mois, une série d’enquêtes environnementales et sanitaires ont confirmé les risques sérieux que cet établissement industriel parmi les polluants d’Europe fait courir aux travailleurs et aux riverains. Gaz toxiques, particules fines, métaux lourds... Malgré des infractions et des condamnations répétées, le groupe dirigé par Lakshmi Mittal ne donne pas l’impression de faire beaucoup d’efforts pour réduire ses (...)

    En bref

    / Pollutions , #Multinationales

  • #Documentaire : “Fos, les fumées du silence”, révélations sur un scandale sanitaire - France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/fos-sur-mer/documentaire-fos-fumees-du-silence-revelations-scandale

    Au cœur de l’usine #ArcelorMittal, les images sont saisissantes. Des ouvriers travaillent au contact de fumées jaunâtres, appelées « émissions diffuses », dues à des fuites sur des installations en mauvais état, révèle le documentaire. Au lieu de rester dans les fours, ces gaz s’échappent dans l’atmosphère…

    Chargés en #benzopyrène, un #cancérogène très agressif, ils peuvent être renvoyés vers la mer ou vers les habitations. Fuites sur les installations, portes qui ne sont pas « étanches », des employés dénoncent des accidents à répétition qui exposent directement les habitants de la zone de #Fos-sur-Mer.
    Trois fois plus de #cancers dans la zone de Fos

  • Sur le mouvement des #Gilets_jaunes - Temps critiques
    http://tempscritiques.free.fr/spip.php?article386

    La perte de légitimité de l’État-nation

    2 À partir de la fin des années 1970, les restruc­tu­ra­tions indus­triel­les et le pro­ces­sus de glo­ba­li­sa­tion/ mon­dia­li­sa­tion s’enclen­chent alors, dans ce qui n’est pas pour nous une contre-révolu­tion (il n’y a pas vrai­ment eu révolu­tion), mais une révolu­tion du capi­tal. Elle s’initie puis prospère sur les limi­tes du der­nier cycle de lutte de clas­ses et épuise la dyna­mi­que his­to­ri­que de l’égalité portée par l’idéologie uni­ver­sa­liste de la première bour­geoi­sie sou­te­nue par la classe ouvrière au sein de l’État-nation. Désor­mais l’équité rem­place l’égalité, la lutte contre les dis­cri­mi­na­tions rem­place la lutte contre les inégalités

    3 Des formes précapi­ta­lis­tes de rap­ports sociaux subor­donnés réémer­gent alors : les rela­tions socia­les (« le piston »), l’hérédité sociale, repren­nent de l’impor­tance à l’intérieur même du pro­ces­sus démocra­ti­que comme le montre la situa­tion dans l’éduca­tion où de plus en plus d’élèves entrent dans le cycle supérieur sans que le pour­cen­tage d’enfants d’ouvriers s’élèvent pour autant ; comme le montre aussi une aug­men­ta­tion des taxes qui, dans le système redis­tri­bu­tif français où 50 % de la popu­la­tion ne paie pas d’impôt sur le revenu, est la façon la plus directe de faire contri­buer les pau­vres, comme sous l’Ancien régime fina­le­ment. Toutes ces mesu­res sont à la racine de la révolte fis­cale actuelle. C’est d’autant plus injuste que contrai­re­ment à ce qui se dit sou­vent sur la part res­pec­tive de chacun à la pol­lu­tion, ce ne sont pas les moins aisés qui pol­lue­raient le plus (on accuse l’auto­mo­bile et le diesel), mais les plus riches. Tout cela est posé en termes indi­vi­duels comme si cela était du res­sort de chacun et non pas du rap­port social capi­ta­liste dans son ensem­ble. 

    4 D’après des sta­tis­ti­ques3 récentes, un cadre supérieur sera beau­coup plus pol­lueur et aura une empreinte car­bone supérieure (à cause sur­tout de ses loi­sirs supérieurs et des dépenses en essence bien supérieu­res, en valeur abso­lue, à un ouvrier ou une aide-soi­gnante, mais sa dépense en essence représen­tera une part pro­por­tion­nelle bien moins impor­tante de son budget en valeur rela­tive. Statistiquement en France, les 10 % les plus riches émet­tent quatre fois plus d’empreinte car­bone que les 50 % les plus pau­vres donc chaque foyer des 10 % des plus riches émet­tent vingt fois plus que les plus pau­vres alors que le mode de vie des plus riches (avions, gros­ses voi­tu­res, 4x4) est non seu­le­ment préservé, mais en voie de démocra­ti­sa­tion avec crédit et voya­ges low cost4. Ces données s’ins­cri­vent en faux contre l’image donnée des Gilets jaunes comme de gros beaufs pol­lueurs. Certes, ils accor­dent sûrement moins d’atten­tion idéolo­gi­que à l’écolo­gie que les cadres ou pro­fes­sions intel­lec­tuel­les, mais leurs pra­ti­ques sont moins contra­dic­toi­res que les leurs.

    5 L’aug­men­ta­tion de la CSG avait déjà eu cet effet de taxa­tion de tous (pau­vres comme retraités), mais comme toutes les taxes, elle est pro­por­tion­nelle et non pas pro­gres­sive avec donc elle n’a aucun caractère redis­tri­bu­tif, bien au contraire puis­que cer­tai­nes taxes tou­chent des pro­duits qui représen­tent une plus grande part du budget des famil­les en dif­fi­culté que des famil­les riches (c’est par exem­ple le cas de la TVA). Il ne faut donc pas s’étonner de voir des petits retraités dont beau­coup vivent mal le paie­ment de la CSG, être très actifs sur les bar­ra­ges, d’autant qu’ils ont le temps dis­po­ni­ble pour eux. C’est donc la fonc­tion sociale de l’impôt qui est remise en ques­tion du fait du sen­ti­ment de déclin des ser­vi­ces publics de proxi­mité au profit de leur contrac­tua­li­sa­tion (pres­ta­tions-clients, numérisa­tion) par­ti­culièrement évidente en ce qui concerne la SNCF, ce qui pro­duit une réaction indi­vi­duelle face à l’impôt fai­sant la balance entre ce qui est payé et ce qui est reçu. Toute soli­da­rité, même abs­traite, s’efface devant des réflexes indi­vi­dua­lis­tes qui se por­te­ront faci­le­ment vers et sur des boucs émis­sai­res.

    6 Si toute aug­men­ta­tion des prix sur des pro­duits de consom­ma­tion cou­rante a ten­dance à plus tou­cher les ménages à petit budget, les indi­vi­dus réagis­sent en général moins à ces mou­ve­ments de prix qui leur appa­rais­sent comme quasi natu­rels, au moins dans les pays capi­ta­lis­tes développés. Néanmoins, de plus en plus de prix leur appa­rais­sent comme des prix arti­fi­ciels soit parce qu’ils sont admi­nistrés par l’État et subis comme des prix poli­ti­ques entraînant une aug­men­ta­tion des dépenses contrain­tes, soit comme des prix de mono­pole imposés par les firmes mul­ti­na­tio­na­les et la grande dis­tri­bu­tion. Mais, hormis dans les DOM-TOM et encore aujourd’hui à la Réunion, ces prix sont rare­ment attaqués de front dans des émeutes popu­lai­res qui exis­tent pour­tant dans les pays pau­vres (Tunisie, Égypte). Il n’y a pas d’émeutes de la faim dans des pays comme la France et la lutte contre les prix s’avère indi­recte dans le cadre d’une lutte contre les aug­men­ta­tions de taxes qui appa­rais­sent sou­vent incompréhen­si­bles, du moins en France, vu le prin­cipe de non-affec­ta­tion. Il n’en faut donc pas plus pour que les Gilets jaunes et leurs sou­tiens refu­sent une taxa­tion soi-disant « verte » qui en fait ren­floue la caisse glo­bale de l’État qui ensuite seu­le­ment procède aux arbi­tra­ges budgétaires5. Question sociale et ques­tion envi­ron­ne­men­tale res­tent donc séparées, même si elles sont reconnues comme légiti­mes, car beau­coup de présents sur les bar­ra­ges ou dans les mani­fes­ta­tions refu­sent l’image de « beauf » qui leur a été collée et qu’ils res­sen­tent comme un mépris de caste si ce n’est de classe. Il n’empêche que la phrase énoncée dans les ras­sem­ble­ments : « Les élites par­lent de la fin du monde quand nous par­lons de fin du mois » est peut être la plus forte enten­due parce qu’elle consa­cre cette ten­sion.

    7 La révolte contre l’impôt ou les taxes ne peut donc être assi­milée au refus pur et simple exprimé par de nom­breu­ses cou­ches supérieu­res, pro­fes­sions libérales et autres petits patrons crou­lant sous les char­ges socia­les.

    8 D’où aussi des contes­ta­tions contre les nou­veaux « privilèges », et contre la paupérisa­tion de la vie quo­ti­dienne. Un autre argu­ment joue en faveur de cette thèse d’un soulèvement du peuple fédéré : la carte des révoltes et des soulèvements des Fédérés de l’été 17936 cor­res­pond assez bien à la carte des régions où les blo­ca­ges et les actions des Gilets jaunes sont les plus forts. Mais, là encore, la spécifi­cité de l’État français et de son cen­tra­lisme qui per­dure malgré la crise générale de la forme État-nation, empêche cette révolte de suivre la ten­ta­tion ita­lienne ou espa­gnole de l’auto­no­mie (Padanie) ou de l’indépen­dance (Catalogne) ou encore de la séces­sion européenne comme avec le Brexit7. Il n’empêche que le redéploie­ment de l’État-nation en État-réseau ne se fait pas d’un coup de baguette magi­que. La contra­dic­tion entre le ver­ti­ca­lisme cen­tra­liste de ce qui per­dure d’État-nation dans la ges­tion des rap­ports sociaux se heurte à la forme décen­tra­lisée que prend l’aménage­ment des ter­ri­toi­res. Une forme qui privilégie le dévelop­pe­ment des métro­po­les au détri­ment des villes peti­tes et moyen­nes qui se trou­vent dans le dilemme inso­lu­ble d’avoir à pren­dre plus de choses en charge avec moins de moyens. D’où le mou­ve­ment de démis­sions des maires qui se pro­duit aujourd’hui et un sen­ti­ment de solde pour tout compte qui fait resur­gir un « Peuple » qui n’a pas attendu Marine Le Pen où Mélen­chon et leur notion de « peuple cen­tral » pour être affirmé. Une notion qu’on retrou­vait déjà chez Arlette Laguiller dont on se moquait de la for­mule plus popu­laire que prolétarienne : « tra­vailleu­ses, tra­vailleurs, on vous exploite, on vous spolie8 » et qui semble assez proche de la per­cep­tion actuelle de beau­coup de mani­fes­tants qui ont à la fois l’impres­sion d’être exploités (chômage, CDD, allon­ge­ment des temps de trans­port) et spoliés par des taxes qui por­tent en soi l’injus­tice dans la mesure où elles tou­chent pro­por­tion­nel­le­ment davan­tage les pau­vres que les riches. C’est parce qu’ils sont arrivés à une grande connais­sance intui­tive de cette situa­tion d’exploi­ta­tion (qui ne passe pas par la case « cons­cience de classe ») que la radi­ca­li­sa­tion du méconten­te­ment n’épouse pas les formes d’orga­ni­sa­tion tra­di­tion­nel­les (par exem­ple syn­di­ca­les) et diffère dans sa com­po­si­tion sociale. Mais pour­quoi s’en étonner quand les restruc­tu­ra­tions du capi­tal ont liquidé les ancien­nes for­te­res­ses ouvrières et qu’on est bien loin de l’époque où domi­nait la figure de l’ouvrier-masse de Renault ou de Fiat. L’ouvrier de petite entre­prise, du bâtiment, des ser­vi­ces, l’employé du Mac Do trou­vent à cette occa­sion un lieu d’expres­sion de la révolte qui a du mal a existé sur des lieux de tra­vail frac­turés où les col­lec­tifs de tra­vail pei­nent à s’agréger. L’ancrage local des points de fixa­tion ren­force cette pos­si­bi­lité de ras­sem­ble­ment, hors des cadres struc­turés et ins­ti­tu­tion­na­lisés. Cette connais­sance intui­tive s’appuie sur le fait que la crois­sance des reve­nus en valeur abso­lue qui apparaît dans les sta­tis­ti­ques et qui est répercutée par les médias entre en contra­dic­tion avec une baisse du pou­voir d’achat à cause de l’aug­men­ta­tion des dépenses contrain­tes (char­ges fixes). Mais cette connais­sance intui­tive n’est pas sans matérialité objec­tive. En effet, si ce sont les habi­tants des régions rura­les et périur­bai­nes qui ont ten­dance à mani­fes­ter c’est aussi en rap­port avec un budget dédié à la « cohésion ter­ri­to­riale » qui vient d’être amputé de 1,4 Mds d’euros.

    9 Il y a conjonc­tion entre trois éléments, un « ça suffit » qui ne vise pas seu­le­ment Macron, comme avec le « Dix ans ça suffit » contre de Gaulle, en Mai-68, mais l’ensem­ble du corps poli­ti­que ; une exi­gence d’égalité, de jus­tice et de fra­ter­nité, même si on ne sait pas bien jusqu’où s’étend cette dernière, devant des rap­ports sociaux dont la dureté ne semble plus com­pensée par les acquis sociaux des années 1960-1970 et l’air de grande liberté (“libération”) qui l’accom­pa­gnait ; enfin des condi­tions matériel­les de vie sou­vent dif­fi­ci­les eu égard aux stan­dards en cours dans une société capi­ta­liste avancée.
    La soudaineté de l’événement

    10 Ce mou­ve­ment échappe aussi aux divers cor­po­ra­tis­mes qui ont pu être à la base d’autres mou­ve­ments plus anciens sou­vent désignés comme « inclas­sa­bles » comme l’était celui de Poujade (rat­taché aux commerçants et arti­sans avec l’UDCA9). La preuve en est qu’alors que les syn­di­cats de taxis et des trans­ports rou­tiers (FNTR) res­tent à l’écart ou même condam­nent le mou­ve­ment (la FNTR demande au gou­ver­ne­ment de dégager les routes !) puis­que ce sont des orga­ni­sa­tions qui ont négocié et obtenu quel­ques avan­ta­ges, de nom­breux rou­tiers et des chauf­feurs Uber sont aperçus sur les blo­ca­ges. Les rou­tiers jouant d’ailleurs sou­vent au « bloqué-blo­queur » et conseillant par­fois les novi­ces du blo­cage à déter­mi­ner les bons objec­tifs comme les dépôts d’essence (cf. Feyzin dans le Rhône, Fos-sur-Mer ou Brest). De la même façon, cer­tains s’aperçoivent que les blo­ca­ges des grands axes ont des réper­cus­sions sur l’appro­vi­sion­ne­ment en pièces pour les gran­des entre­pri­ses qui sous-trai­tent au maxi­mum. Ainsi, l’usine Peugeot de Montbéliard s’est retrouvée momen­tanément à l’arrêt.

    11 On assiste bien là à un sur­gis­se­ment événemen­tiel qui se situe en dehors des habi­tuel­les conver­gen­ces ou appels à conver­gence des luttes socia­les tra­di­tion­nel­les, parce qu’il pose, dans l’immédiateté de son expres­sion directe sa capa­cité à faire ras­sem­ble­ment10 en mêlant à la fois le caractère « bon enfant » et une grande déter­mi­na­tion. Il faut dire que beau­coup de mani­fes­tants en sont à leur première mani­fes­ta­tion. Ils s’éton­nent, naïvement de l’écart entre les enga­ge­ments for­mels à par­ti­ci­per qui pleu­vent sur les réseaux sociaux et le nombre rela­ti­ve­ment res­treint des présents sur les bar­ra­ges et aux mani­fes­ta­tions. Le fait de les inter­ro­ger sur leur absence ou indifférence aux mani­fes­ta­tions de ces dernières années les inter­lo­quent, mais ne les aga­cent pas tant ils ont l’impres­sion d’un dévoi­le­ment sou­dain, d’être à l’ori­gine de quel­que chose de nou­veau. Certains res­sen­tent bien la contra­dic­tion entre d’un côté le fait de rester calme et en même temps la nécessité de rester décidés et déterminés dans une ambiance qui ne peut tour­ner qu’à la confron­ta­tion (deux morts, 500 blessés, dont une ving­taine de graves, y com­pris chez un com­man­dant de police11) si ce n’est à l’affron­te­ment vio­lent (le 24 novem­bre à Paris). Il s’en suit un chan­ge­ment de posi­tion pro­gres­sif vis-à-vis des forces de l’ordre qui passe par­fois de la compréhen­sion mutuelle à l’invec­tive ren­forcée par le fait que le mou­ve­ment ne cher­che pas d’abord et avant tout à négocier et ne déclare pas ses points de blo­cage, qu’il développe des moyens de com­mu­ni­ca­tion par réseau et des moyens d’action qui sont plus ceux des asso­cia­tions que des grou­pes poli­ti­ques ou syn­di­cats (les « flash­mob12 », par exem­ple). De la même façon qu’une ligne de par­tage de classe ne par­court pas le mou­ve­ment (nous y revien­drons), les tenants de la ligne amis/enne­mis, comme ceux de la ligne droite/gauche en seront pour leur frais. Certains s’essaient à des varian­tes comme « la France d’en bas contre la France d’en haut » ou, plus ori­gi­nal, comme D. Cormand, secrétaire natio­nal d’Europe-écolo­gie-les-Verts qui retient la sépara­tion entre ceux qui crai­gnent la fin du monde et ceux qui crai­gnent la fin du mois13 ou une déloca­li­sa­tion et le chômage comme les salariés de Renault-Maubeuge qui ont eu le gilet jaune facile avant l’action du samedi 17 car l’exem­ple ne vient évidem­ment pas d’en haut, bien au contraire. La com­mu­ni­ca­tion gou­ver­ne­men­tale, par­ti­culièrement mala­droite parce que peu au fait des stratégies poli­ti­ques s’avère par­ti­culièrement contre-pro­duc­tive. Les phra­ses macro­nien­nes sur le fait de n’avoir qu’à tra­ver­ser la rue pour trou­ver du tra­vail ont fait plus pour réintégrer les chômeurs dans la com­mu­nauté vir­tuelle du tra­vail que tout popu­lisme de gauche. De même la phrase de cer­tains élus de la majo­rité sur les Gilets jaunes « de la clope et du diesel » a exprimé au grand jour que la ciga­rette n’était pas, pour l’État et le pou­voir une ques­tion de santé publi­que, mais de santé morale dans le monde asep­tisé dont ils rêvent14.

    La tarte à la crème de l’interprétation en termes de classes moyennes

    12 On ne sait pas encore si c’est « l’insur­rec­tion qui vient », mais comme dit Patrick Cingolani dans Libération du 21 novem­bre 2018, on a déjà « un peuple qui vient ». Il est tou­jours dif­fi­cile de savoir ce qu’est « le peuple », mais concept mis à part, faut-il encore que ce « peuple » ne soit pas celui cons­titué autour de l’iden­tité natio­nale, fut-elle de gauche qui clôture­rait le choix entre popu­lisme de droite et popu­lisme de gauche, mais un « peuple » qui se cons­ti­tue­rait dans le mou­ve­ment en dépas­sant la coexis­tence de différentes luttes et dans une sorte de coex­ten­sion.

  • Produits #Toxiques : « Combien de morts faudra-t-il pour que l’État prenne des mesures ? »
    https://www.bastamag.net/Produits-toxiques-Combien-de-morts-faudra-t-il-pour-que-l-Etat-prenne-des

    Partie de Fos-sur-Mer le 1er mai, la « Marche des cobayes » doit rallier Paris fin juin. Son but ? Alerter sur la multiplication des #Pollutions_aux produits toxiques, et leur impact sur l’environnement et la #Santé_des travailleurs comme des citoyens. Malgré les connaissances qui s’accumulent et les alertent qui se multiplient, « l’attitude des autorités publiques relève du déni, voire de la non-assistance à personne en danger », dénonce la coordinatrice de la marche Sarah Ferrandi, interviewée par Basta (...)

    #Résister

    / A la une, #Luttes_sociales, #Entretiens, #Pesticides, Pollutions , Toxiques, Santé

  • Revue de presse du 27.05 au 02.06.18
    https://collectiflieuxcommuns.fr/672-revue-de-presse-semaine-du

    Le deep learning est-il autre chose que de « l’alchimie » ?

    Les habitants de Fos-sur-Mer sont sur-imprégnés au plomb, aux furanes et au benzène

    « La dérive de l’UNEF, un mouvement de fond qui touche une partie de la gauche »

    Facebook dévoile sa politique de modération

    En Syrie, guerre et déplacements massifs redessinent la carte démographique

    La mort programmée de l’Union européenne

    « Les inégalités en défaveur des hommes passent à la trappe ! »

    La comptabilité nationale évolue, le déficit courant aussi

    À l’Assemblée nationale, la loi Littoral menacée par la loi des lobbies

    « La radicalisation religieuse n’est pas le fruit de facteurs sociaux ou économiques »

    Une initiative populaire danoise veut interdire la circoncision

    « La rhétorique antiraciste est mise au service de la judéophobie »

    Bonus

    *

    Présentation/Archives/Abonnement

  • La pollution industrielle est morte
    L’industriel, patron de presse et ancien sénateur, Serge Dassault imprègne les habitants de Fos-sur-Mer

    En Italie, la culture du compromis n’est pas prête à soutenir la libération de l’IVG en Irlande du Nord
    Theresa May a disparu au profit d’une culture de l’affrontement

    Les détenus radicalisés sortant de prison organisent un nouveau sommet de « sortie de crise »
    Libye : la France est un risque majeur, selon François Molins

    #de_la_dyslexie_creative

  • La pollution industrielle imprègne les habitants de Fos-sur-Mer
    https://www.lemonde.fr/pollution/article/2018/05/28/la-pollution-industrielle-impregne-les-habitants-de-fos-sur-mer_5305981_1652

    Elle était très attendue depuis une autre étude alarmante (Fos Epseal) publiée en janvier 2017. Une équipe universitaire franco-américaine révélait en effet que les cas de #cancers et de #diabète de type 1 étaient deux fois plus nombreux à Fos que dans le reste de la France.

    Portée par l’Institut écocitoyen pour la connaissance des pollutions (IECP) et validée par l’Agence régionale de santé PACA, Index conclut à une « #surimprégnation de la population de #Fos-sur-Mer en certains #polluants ». Il s’agit de « trois polluants spécifiques, typiques des #émissions_industrielles » : le #plomb, deux #furanes_heptachlorés (famille des #dioxines) et le #benzène (chez les individus les plus âgés). Si le plomb et le benzène sont reconnus comme #cancérogènes, les deux furanes identifiés présentent des niveaux de #toxicité bien moindre que la funeste « dioxine de Seveso ».

    #pollution #santé

  • À Fos-sur-Mer, les habitants sont toujours confrontés à une grande opacité face aux #Pollutions_industrielles
    https://www.bastamag.net/A-Fos-sur-Mer-les-habitants-sont-toujours-confrontes-a-une-grande-opacite-

    À Fos-sur-Mer comme ailleurs, l’État rechigne à faire la lumière sur les conséquences réelles de la pollution générée par ces zones industrielles. Pourtant, salariés et habitants la subissent de plein fouet. « Les affections respiratoires concernent près d’un adulte sur deux, et un enfant sur quatre », indiquait une étude scientifique participative. Un an plus tard, les agences de #Santé_publique n’ont toujours pas livré de nouveaux éléments, ni mis en place un registre des cancers, comme cela existe dans (...)

    #Résister

    / #L'âge_de_faire, #Reportages, Pollutions , Santé , A la une

  • A Fos-sur-mer : « un monstre invisible que l’on respire » (1/2)
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/a-fos-sur-mer-un-monstre-invisible-que-lon-respire-12

    Sandrine et Sylvie habitent à Fos. Sylvie a eu trois cancers et Sandrine une fille présentant de nombreuses #malformations. Ce ne sont pas des cas isolés. Autour d’elles, les problèmes de santé sont nombreux.

    Je profite de ce post pour saluer et remercier #Sonia_Kronlund pour son émission les pieds sur terre

    #Fos-sur-mer #pollution #santé

  • #Cancers multiples, #maladies rares, diabète chez les enfants... : que se passe-t-il dans le Golfe de Fos ?
    http://www.francetvinfo.fr/meteo/particules-fines/cancers-multiples-maladies-rares-diabete-chez-les-enfants-que-se-passe-

    « Samedi investigation » s’intéresse le 18 novembre à la santé des habitants de Fos-sur-Mer, de Port-Saint-Louis-du-Rhône ou encore de Port-de-Bouc dans le Golfe de Fos. Ce secteur extrêmement industrialisé fait partie du grand port maritime de Marseille. Le taux de cancer y est deux fois plus élevé qu’ailleurs en France et les cas de diabète et d’asthme se multiplient. Pourquoi les habitants de cette zone en particulier déclarent-ils autant de maladies ? franceinfo a enquêté.

    #pollution
    https://infosons-production.s3.amazonaws.com/rf_sons/2017/11/18/NET_FO_9d9c6383-6979-487a-89ec-f045ac083f28.mp3

  • #Pollution industrielle : davantage de #cancers et d’asthme à Fos-sur-mer - Magazine GoodPlanet Info
    https://www.goodplanet.info/actualite/2017/02/15/pollution-industrielle-davantage-de-cancers-dasthme-a-fos-mer

    Les affections respiratoires concernent près d’un adulte sur deux, et un enfant sur quatre dans la zone étudiée. « Les habitants sont préoccupés par la qualité de leur environnement, les sources locales de pollution, et leur lien avec leur santé. Ils font la chronique d’une pollution devenue ordinaire, de débordements industriels qui se cumulent à d’autres formes d’exposition locale à la pollution », rapporte l’Anses.

    Les résultats montrent notamment une élévation de l’asthme cumulatif chez les adultes (15,8% de prévalence contre 10% en France), débutant le plus souvent à l’âge adulte. L’élévation des cancers est aussi significative, notamment chez les femmes de Fos et Port-Saint-Louis, qui à 14,5% ont ou ont eu un cancer, contre 5,4% des femmes en France. Les diabètes tous types sont présents chez deux fois plus de personnes (11,6% contre 6% dans le reste de l’Hexagone).

    63% de la population interrogée rapporte au moins une maladie chronique (parmi : asthme, maladie respiratoire autre que l’asthme, allergie respiratoire autre qu’au pollen, affection dermatologique, cancer, maladie auto-immune, maladie endocrinienne et/ou diabète), contre 36.6% en France.

  • #Pollution industrielle à Fos : deux fois plus de cancers, de diabète et d’asthme
    https://marsactu.fr/pollution-industrielle-deux-fois-plus-de-cancers-de-diabete-et-dasthme-a-fo

    « Ici, il y a plus de #cancers qu’ailleurs. » Longtemps, les habitants de l’étang de Berre et de Fos-sur-mer se sont vus répondre qu’il ne s’agissait là que d’une impression. Des témoignages de riverains et de travailleurs que le photographe Jacques Windenberger, habitué de cette zone industrialo-portuaire depuis les années 70, avait rassemblé en 2014 dans un documentaire intitulé « Tumeurs et silences ». « Ce sont des dires, il n’y a pas de chiffres », répondait alors une des responsables de l’agence régionale de #santé, Laurence Pascal-Bensa. Un riverain des Carabins, quartier jouxtant l’aciérie d’#ArcelorMittal, toujours en activité, évoquait alors « une mainmise de l’État sur les diagnostics de cancer autour de l’étang de Berre ».

    [...] Pour la première fois, une étude permet de confronter cette impression avec des chiffres. Menée par une équipe universitaire interdisciplinaire, elle s’est attachée à recenser les pathologies dont souffrent les habitants de deux villes entremêlées avec les usines, #Fos et Port-Saint-Louis-du-Rhône.

  • Loi El Khomri : « Si la #France pue, c’est à cause du gouvernement »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/080616/loi-el-khomri-si-la-france-pue-cest-cause-du-gouvernement

    Blocage de l’usine de déchets d’Ivry-sur-Seine- Juin 2016 © Rachida El Azzouzi Les cheminées du plus grand incinérateur d’Europe à Ivry-sur-Seine sont éteintes. La CGT bloque le site depuis dix jours pour protester contre la #loi_sur_le_travail. D’autres centres en Ile-de-France, à Fos-sur-Mer et en Arège, suivent le mouvement.

    #Economie #éboueurs #grève #social

  • SI UNE FORCE DÉCOUVRE SON PROPRE NOMBRE...

    Le gouvernement révèle qu’il « puise déjà dans ses réserves stratégiques ». Il croit parler carburant.

    Dans certains contextes (fin de règne, modèle dominant usagé, veille d’apocalypse), il est plus difficile que d’ordinaire d’enfermer la générosité et la détermination. On a beau les assigner à résidence, les murer dans le silence et le mensonge, ou les incarcérer tout court, rien n’y fait. Impossible de dire alors où s’arrête le rayon d’action d’un geste, pour peu qu’il soit simple et franc. À croire qu’il suffit parfois d’y aller franchement, pour faire dans l’époque une mince ouverture. Un déchirement de chemise peut trouver, bien plus tard, un prolongement inattendu. Signe discret que le présent s’est ouvert. Que nous vaut l’efficacité de cette chemise de DRH arrachée ? Si le geste trouve à se continuer, c’est peut-être qu’il arrive de très très loin, du plus profond de nous. C’est peut-être qu’il est dans le futur.

    Depuis mars, semaine après semaine, l’émeute est comme un fou rire : plus on la réprime, plus on la tient confinée, plus elle éclate et se communique. La vigueur des cortèges de jeunesse – où l’on s’en prend à la police, et accessoirement aux agences bancaires – la salubre énergie des méchants casseurs devait à la longue se révéler contaminante. Gares, ports, autoroutes, centres logistiques, raffineries, terminaux et dépôts pétroliers, centrales nucléaires : on s’avance tranquillement et sûrement vers un blocage de la France entière.

    Un virus sérieux sait muter. Ce qui est manifestation offensive à un endroit, devient blocage acharné un peu plus loin. C’est la même volonté de faire mal à l’ordre en place. Si la radicalité d’une action anticapitaliste se mesure à la longueur de l’ardoise, eh bien, les syndicalistes l’emportent haut-la-main sur les autonomes.

    Quel rapport peut s’établir entre la bonne vieille CGT et les (très courus) cortèges d’infréquentables ? A priori tout nous oppose. Or, le propre d’une lutte est justement d’avoir raison des « a priori ». Le 24 mai, à 4 heures 30 du matin, quand les forces de sécurité ont viré le blocage de Fos-sur-Mer, elles ont ramassé. Il n’y a pas dix mille façons de faire preuve de détermination. 7 blessés côté loyalistes. À l’entendre, la CGT veut avant tout éviter la bagarre, en déplaçant les barrages au gré des interventions de la police. Mais face au jusqu’au-boutisme froid de l’exécutif, à un certain moment, on doit se défendre. Fatalement. Et la meilleure défense,

    En définitive, l’écart le plus grand qu’on pourra jamais trouver dans ce mouvement ne se situe pas entre shegueys et syndiqués, charos et orgas, désœuvrés et travailleurs. Il se situe entre Martinez 1 et Martinez 2. La grande question est donc : Philippe, il s’est passé quoi ?
    ...
    « Maintenant, on a les directions syndicales avec nous ? » Rosa Luxemburg parle de ces moments où « le nombre découvre sa propre force ». Aujourd’hui, il semble qu’une force découvre, n’en finit pas de découvrir, son propre nombre.
    Quelle force ? Depuis deux mois, on grandit ensemble, en avançant. Comme on pouvait le lire sur une de ces banderoles renforcées qui, mises bout à bout, forment une sorte de journal vivant de la lutte : « Nous naissons de partout, nous sommes sans limites ». (On imagine que faire corps avec un message doit avoir en soi quelque chose de renforçant, cela doit venir blinder la bâche derrière laquelle on charge les flics. Bien sûr, chacun reste libre de ne pas y voir un rapport offensif et touchant avec la vérité.)

    Mais quelle force ? En plein cœur du mouvement, il n’y a pas l’unité, il y a les contradictions, les désaccords à leur comble. Qu’on en reste là, et c’est le malentendu qui triomphe : le service d’ordre du 17 mai en mode casques manches de pioche, lancé à l’assaut des jeunes déters, et qui s’en revient la queue entre les jambes, conspué par 5000 personnes. Mais qu’on continue à avancer, et c’est simplement [notre force] qui peu à peu se dégage, la vérité qui progresse.

    Vérité, au sens où ce ne sont pas les automatismes qui ont le dessus, mais ce qui les détraque. Au sens où nul ne se satisfait « d’être soi-même », où chacun se trouve heureusement dépassé.
    Au sens où personne, tant qu’on avance, ne peut dire ce qui réellement est en train d’avoir lieu. Où chacun sent bien que son angle d’attaque n’est qu’une pièce au service de la situation : une pièce du puzzle, qui ne prend sens qu’aux côtés des autres. Vérité, comme un puzzle dont personne ne connaît d’avance l’image complète – si ce n’est Flamby, dans ses rêves (« Les vacances, et tout cela s’évanouira, tout retournera au néant »). Vérité, au sens où on ne lâche rien, puisqu’on ne connaît qu’un mot d’ordre, qu’on garde comme un talisman : « Continuons le début ».

    Notre force ? Il n’y a d’unité que dans l’ennemi commun, et la confrontation interne : unité négative. Aussi faut-il élever la négation au rang d’art, et commencer par distinguer plusieurs manières d’être [contre]. On ne s’oppose pas à Cazeneuve comme on se tient à distance de telle pratique au sein de la lutte, ou encore comme on désapprouve un ami.

    Nous de la lutte, notre force est insaisissable, intempestive, réductible à rien de répertorié. Par conséquent, ses détracteurs doivent l’appeler violence – et l’entourer de la nuée lexicale traditionnelle : « casseurs », « en marge », « une minorité », « radicalisation », « ultras », « archaïsmes », etc. Le gouvernement en trois mots : isoler les violents. En date du 26 mai, la CGT est à son tour qualifiée d’« organisation extrémiste minoritaire ». Il est à parier que, dans deux jours sur BFM, ses militants seront décorés casseurs. À tout le moins, Gattaz donnera dans la « dictature stalinienne » et le « terrorisme ».

    Le pouvoir parle de « violence » quand il flaire l’irrécupérable. Trouble, flou, tabou universel, ce concept permet toutes les confusions propices au parti de l’ordre. Depuis le temps on connaît la musique. D’un côté, ce qui est violent et insoumis à l’ordre républicain est nécessairement disqualifié : barbarie. De l’autre, la violence dont la République fait usage est plus que légitime, si légitime qu’elle disparaît : on parlera tout au plus de « fermeté ».

    Ainsi, le monopole de la violence existe à proportion de sa disparition aux yeux de tous. Qu’il crève l’écran prouve immédiatement à l’État qu’on le lui conteste en acte, son monopole. Le théologien de la Place Beauvau doit alors monter en chaire, et s’élever contre « ceux qui théorisent une consubstantialité de la police à la violence ». Hum, complexe.

    L’ennemi s’embourbe dans l’impossibilité où il est de pouvoir assumer sa violence. À l’inverse, assumons ! Il suffit d’apporter une définition amie, hérétique. La violence, c’est « la qualité de ce qui agit avec force ». L’enjeu politique n’est pas ailleurs : telle expression violente rencontrera-t-elle son propre nombre ? Telle force découvrira-t-elle son propre monde ?
    « Le nombre » dont on parle c’est un [nombre singulier], c’est telle force, ce n’est pas le plus grand nombre. C’est ce qui, à chaque lutte, vient au devant de la scène : nous. La défaite, c’est quand nous de la lutte nous laissons à nouveau dispatchés en individus, classes, peuple. « L’individu » ? L’illusion de la liberté. « Le groupe social » ? Le nous identitaire, la communauté aliénée. « Le peuple », « le plus grand nombre » ? Alibis en béton de toute oligarchie.

    La défaite, elle vient toujours comme notre retour à l’état social. La défaite c’est nous, mais divisés en personnes, figés en groupes arrêtables, préfabriqués en classes, et fantasmés en peuple. On ne nous y reprendra plus.
    Alors, que reste-t-il ? Cette simple idée. Partir de ce qu’il y a de meilleur en nous : ces moments où nous avons su faire preuve ensemble de générosité et de détermination. Ces deux mois et demi en regorgent (#pontd’austerlitz). Partant de là, il reste à « penser, attaquer, construire. »

    Quand le contact se fait entre ces deux éléments, force & nombre, quand la magie opère, alors, rien ne nous arrête. Et l’alchimie tient en partie à cela : que l’on s’exerce, encore et encore, à faire l’impossible résumé des épisodes précédents. Previously bienveillant et partial.
    Notre force a su répondre à une intrusion de la police dans une fac (17 mars) par une manif sauvage offensive (21 mars). Elle a su répondre au tabassage d’un lycéen par des attaques de commissariats (25 mars). Comme elle a répondu plus tard à la mutilation d’un manifestant par la prise de la Maison du Peuple, en plein cœur de la zone rouge (Rennes, 1er mai). Quand le RAID a mis fin à l’occupation, notre vengeance a été belle. « Toutes nos condoléances aux familles des vitrines ». – On me souffle dans l’oreillette que la Maison du Peuple vient d’être réoccupée (27 mai) – puis évacuée de nouveau (29 mai).

    Étrangère aux canaux classiques de la représentation, notre force a su presque partout se rendre autonome dans des cortèges distincts, en prenant la tête des défilés unitaires, ou encore en chassant le SO qu’on avait tragi-comiquement lancé à ses trousses. (On peut être sûr que le 14 juin, marchant sur Matignon ou l’Élysée, chasubles rouges et coupe-vent noirs, côte à côte nous chargerons la police – #onestenfinale).

    Face aux diverses manœuvres de maintien de l’ordre, notre force a su déborder, encore et toujours. Il est vrai qu’en deux mois et demi, la tête de cortège a plus que décuplé. Elle a bouté les flics hors des trottoirs (1er mai). Les dispositifs d’encerclement « fuient » de partout : par les toits, les entrées d’immeubles, les chantiers, les commerces. Quand ils tronçonnent les manifs, les flics se retrouvent eux-mêmes pris en sandwich et tout le monde les pourrit. Quand la préfecture interdit de manifester, des milliers de personnes bravent l’interdit (Nantes, Rennes). Une solidarité impensable a vu le jour au milieu des gaz, des nasses, des charges, des interpellations, des blessures sales, des égratignures, dans la mêlée, en garde-à-vue. Des mains secourables surgissent dans les pires moments, on se souvient du parapet devant la gare de Lyon (31mars).
    Face au vide propositionnel de Nuit Debout, notre force a lancé des cortèges sauvages vers des lieux de pouvoir (9, 11, 12, 14 avril), déclenché des affrontements massifs des heures durant, République noyée sous les gaz (15 avril). Surtout, elle a construit sur la place, dans l’idée de rendre effective l’occupation promise. Un court instant, c’était la ZAD en ville. La répression a été féroce comme jamais (28 avril). Après quoi, notre force a trouvé aux Beaux-Arts un refuge temporaire et monumental (12 mai).

    Le 18 mai, quand les flics ont voulu réserver la place de la République pour gémir devant le médias, faire des selfies avec leurs amis politiques, et mater des vidéos d’émeutes sur écran géant en ayant tout loisir de faire « bouh », alors, notre force a submergé leur opération de communication lamentable. L’État a naturellement cherché à se venger de ce méchant buzz. À l’heure qu’il est, montrant les flammes virales, il essaie encore de faire croire à une sombre « tentative d’homicide sur véhicule dépositaire de l’autorité publique ».

    « J’aurais énormément de difficultés à considérer qu’il y a derrière ces hordes sauvages quelque chose qui ressemble à de l’humanité ou a fortiori à un début d’idéal » (Bernard de Beauvau, le 19 mai). Il faut s’empresser de dire, à tous ceux qui ne savent pas encore quoi penser de la violence politique : voyez, c’est atroce, c’est immonde – ou plutôt : détournez-le regard. Il y a chez notre ennemi démocrate une incapacité structurelle à envisager celui qui le combat comme un adversaire loyal.

    AOUH ! Si nous sommes des barbares, ce n’est pas au sens où ils l’entendent. Dans leur bouche, « les casseurs » incarnent une vision du combat complètement déréglée. Or, il n’y a rien de plus réglé qu’un affrontement. Chacun connaît « les règles du jeu » : tout ce qui vient délimiter, matériellement et politiquement, le champ de bataille. L’enjeu est de résister de la manière la plus tenace et maligne à un armement qui, par définition, situe l’ennemi hors de notre portée. Aussi loin qu’il peut aller, un manifestant a un million de fois moins de chances qu’un flic de tuer quelqu’un d’en face. La police joue avec nos vies à chacune de ses interventions (le 26 mai encore), la réciproque n’est pas vraie. C’est dans ce cadre-là, non dépassable jusqu’à nouvel ordre, que les manifestants peuvent s’enhardir. S’il arrive qu’ils [cherchent la limite] (dirait un éduc), c’est bien que, des limites, il y en a. Modifier ce cadre est à la portée de quelque chose comme une insurrection, sûrement pas d’un quelconque défilé, si bouillant soit-il.

    Du côté de l’État, on a beau jeu de passer artificiellement d’un répertoire à l’autre : on a plus ou moins dans l’idée de réserver au manifestant d’aujourd’hui le traitement qu’on jouirait d’infliger demain à l’insurgé. Et si, insensiblement, on faisait glisser la manifestation dans la zone « cours d’Assises » ? Cette perversion, on ne l’invente pas, elle est inscrite noir sur blanc dans l’état d’urgence. Il reste que tous ceux qui luttent ont bien conscience que porter volontairement atteinte à une vie humaine, c’est briser le mouvement de résistance pour des années, voire des décennies. Nul besoin de se lancer dans un débat moral : c’est une absurdité stratégique complète, dans le moment historique où nous sommes. Tout le monde a entendu parler du désastre des morts de la banque incendiée à Athènes.

    Et maintenant ? Face à l’impassibilité surjouée de l’exécutif, face à la [violence] avec laquelle il « comprend mais », devant la façon au fond puérile qu’il a de se cacher derrière des contingents de flics, devant le [chantage à l’Euro] qu’il brandit comme arme fatale et lapsus révélateur, maintenant, notre force a recours au blocage en série de nombreux points stratégiques. Les syndicalistes tiennent des promesses que depuis longtemps ils n’osaient même plus formuler. Une génération entière, qu’on croyait défaite, rangée de l’Histoire, retrouve goût à la grève, à la fumée noire, à l’action collective, au coup de force assumé. Un docker le dit. « En attendant, tous les matins, on peut se regarder dans le miroir ». Tous les secteurs s’y mettent, la France entière est touchée. Il s’agit d’affamer le Capital, d’assécher la Machine, strangulation des flux, on est chaud. Le poids de l’intimidation quotidienne s’abat d’un coup sur les épaules de ceux qui l’exercent. Avec tout ça, on a pris la confiance.

    Nicolas Valls doit stipuler que ce n’est pas la CGT qui gouverne. Comme les médias aiment bien avoir affaire à leurs semblables, ils s’intéressent de près aux robots qui nieront le plus longtemps qu’il est en train de se passer enfin quelque chose dans ce putain de pays ! C’est eux qu’on entend, ceux dont la force d’inertie semble si grande qu’elle leur interdit de voir plus loin que demain matin je dois aller bosser, nous emmerdent avec leurs conneries. Mais combien sont-ils encore, à réagir comme ça ? Une minorité ! « Les gens ne sont plus dupes, alors maintenant, il faut juste qu’ils éteignent leur poste de télé et qu’ils descendent dans la rue » (Martinez). Il y a deux façons d’en finir avec les mythes, avec les vieilles lunes. On peut les abandonner parmi les gravats. On peut aussi les réaliser, pour voir. Grève générale ! La France à l’arrêt !
    ...
    Notre force ? Depuis dix ans, on n’a jamais vu autant de détermination dans un mouvement, et si peu de discussions [entre nous]. Si d’aventure on commençait à se parler, si on avait un lieu, quelle accélération. Mouvement enclenché à Rennes, Rouen (Saint-Nicaise), Bordeaux (la Chaufferie), ailleurs. La capitale est à la traîne. La tête de cortège a besoin d’une maison, et elle la prendra. Mais c’est une chose qu’il faudra arracher. On l’a vu, le pouvoir gère les débordements dans la rue, mais il écrase le moindre signe de communisme.

    Pour qui gouverne, il est toujours possible, d’une manière ou d’une autre, de contrecarrer le négatif seul, isolé, coupé de son côté pile. Mais confronté à la face cachée du négatif, à [l’affirmation d’autre chose], on panique, on en oublie toute sérénité républicaine. Cet aspect du combat exige de nous une patience et une résolution infinies, à la hauteur de l’enjeu. La nervosité de l’adversaire à cet endroit indique une crainte : « Admettons qu’on leur laisse un lieu. Et si ça prenait ? Regardez la ZAD... »

    On peut dire que la tête de cortège ne cesse de grossir. On peut aussi dire que l’ancienne manière de se battre est en train de muter. Encore une fois, nul ne doit se former une image arrêtée du peloton de tête autonome, de là où il va, de qui le compose. Lycéens, étudiants, salariés, chômeurs, retraités, syndiqués, révolutionnaires, électrons libres, nous nous sommes retrouvés à [contrer ensemble une loi]. Comment avons-nous pu franchir tous les obstacles jusqu’ici ? Parce qu’une charge bien plus explosive que cette seule opposition nous en a donné la puissance. De cela, tout le monde est convaincu.

    Et à présent, c’est parce qu’on saura se donner un objectif [supérieur] qu’on pourra l’emporter. Puisant en nous, dans cette situation folle, le feu nécessaire, il est temps de formuler des exigences communes, de tracer des perspectives audacieuses. Autrement la lutte mourra comme tant d’autres sont mortes : parce qu’on s’est cru trop faible pour montrer l’horizon.

    Le gouvernement révèle qu’il « puise déjà dans ses réserves stratégiques ». Il croit parler carburant. 

    Chasubles rouges, coupe-vent noirs, on tient la ligne ! On avance ! Le 14 juin ils tombent ! On continue !

    Paris, le 29 mai 2016.
    --
    https://lundi.am/SI-UNE-FORCE-DECOUVRE-SON-PROPRE-NOMBRE

  • Je lis ça sur Metronews à l’instant :

    « En réponse au déblocage musclé de Fos-sur-Mer mardi matin, les salariés des deux dernières raffineries en activité, d’ExxonMobil, à Notre-Dame-de-Gravenchon (Seine-maritime) et à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), ont voté mardi en faveur de débrayages. Selon le secrétaire fédéral du secteur pétrole à la CGT, "plus aucun produit ne sort" à Fos, et le débit va être réduit de 50 % "au minimum" à Gravenchon ».

    Sachant qu’aux colères des manifestants produites par les violences policères le gouvernement répond par plus de violences policières augmentant graduellement le nombre de manifestants en colère, quelle leçon va-t-il tirer des nouvelles conséquences de ses actes ? Mystère ...

  • Nouveau déblocage par les CRS d’une raffinerie en France, celle de Douchy dans le Nord
    http://www.brujitafr.fr/2016/05/nouveau-deblocage-par-les-crs-d-une-raffinerie-en-france-celle-de-douchy-d

    Après le déblocage de Fos-sur-Mer par la force, voici que celle de Douchy vient à son tour d’être débloquée, toujours avec les CRS, et à n’en pas douter, la même stratégie va être appliquée, de nombreux car de polices vont rester sur place pour éviter...

    • Plus de 100 CRS, pour 60 occupants !
      Pourquoi ce dépôt d’essence n’a t il pas été débloqué avant ? ? ? ?
      Les CRS ne manquent pas dans la région, et les manifestations dans le Nord sont très calmes (enfin les manifestants)

      Fallait bien laisser la situation dégénérer, afin que des ministres ou un président de la république puissent passer pour des sauveurs de l’humanité automobilistique aux prochaines élections.

  • Après les « casseurs », le gouvernement cible les « bloqueurs »
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240516/apres-les-casseurs-le-gouvernement-cible-les-bloqueurs

    En décrivant les #blocages de #raffineries par la CGT comme une « prise en otage » des Français, et en lançant mardi matin une vaste opération de police pour débloquer le dépôt de Fos-sur-Mer, le gouvernement privilégie le recours à la force et use de la même stratégie que la droite en 2010.

    #France #loi_sur_le_travail #loi_travail #Manuel_Valls #Myriam_El_Khomri

  • Raffineries : Fos-sur-Mer débloqué par la force, le conflit se durcit
    http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/oil-gas/25369-raffineries-fos-sur-mer-debloque-par-la-force-le-conflit-se-durcit

    Une intervention musclée des gardes mobiles a permis de débloquer, mardi à l’aube, la raffinerie Esso et le dépôt de carburants de Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône, dont les accès étaient occupés depuis le lundi 23 mai par des militants CGT opposés à la loi travail.
    Les forces de l’ordre ont rencontré « une résistance importante », jets de projectiles, feux de palettes et de pneus, selon la préfecture de police. Pour déloger les manifestants, elles ont utilisé des grenades lacrymogènes et des canons à eau. Bilan : sept blessés légers parmi les policiers, selon la préfecture, « quelques blessés » du côté des manifestants, frappés à coups de matraques, selon la CGT.
    Peu après 6 h, l’opération, qui avait débuté à 4 h 15, était « terminée et les barrages levés », selon la préfecture de police, et des camions citernes et des voitures, bloqués aux ronds-points environnants, recommençaient à circuler et pénétraient dans les sites d’approvisionnement, a constaté l’AFP.

    « D’autres sites seront libérés », a promis sur Europe 1, depuis Jérusalem, Manuel Valls, qui a réaffirmé qu’il n’y aurait « pas de retrait » du projet de loi travail. Le Premier ministre s’en est pris frontalement à la CGT, qui est selon lui « dans une impasse ».

    Pour le moment, le conflit est en phase de durcissement. La grève est désormais votée dans huit raffineries sur huit en France, y compris celles d’Exxon Mobil à Notre-Dame-de-Gravenchon, entre Le Havre et Rouen, a déclaré mardi matin à Reuters Emmanuel Lépine, secrétaire fédéral du secteur pétrole de la CGT.« Il va y avoir au minimum une baisse du débit de 50% à la raffinerie Exxon Mobil de Gravenchon, a-t-il ajouté. À Fos, la grève a aussi été votée. Plus aucun produit ne sort. Il y a maintenant huit raffineries sur huit en grève. »

  • La sécurité, angle mort du travail intérimaire
    http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/03/01/la-securite-angle-mort-du-travail-interimaire_4874065_1656994.html

    2015, année noire chez ArcelorMittal. Entre avril et septembre, trois salariés sont décédés chez l’aciériste, dont deux à Dunkerque, un site classé Seveso seuil haut. Ces derniers étaient des intérimaires, l’un ayant été recruté par un sous-traitant. Celui-ci, âgé de 21 ans, a été écrasé entre deux wagons au cours d’une opération de déchargement. L’autre, 40 ans, est tombé dans une rigole de fonte en fusion. Le même accident a touché un intérimaire en septembre 2015 à l’usine du groupe de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Cette situation dramatique a conduit la société d’intérim Randstad à retirer, le 30 octobre, 28 de ses #intérimaires de l’usine de Dunkerque, le temps que leurs postes soient « mis au niveau de sécurité attendu », a indiqué cette société d’#intérim. Mais certains se sont réinscrits dans une autre société d’intérim pour pouvoir retravailler à l’usine…

    Les intérimaires forment, globalement, une population plus vulnérable face aux risques professionnels que l’ensemble des salariés. Selon les données de l’Assurance-maladie, l’indice de fréquence des accidents était en effet, en 2014, de 46,5 pour 1 000 salariés de l’intérim, contre 33,4 tous salariés confondus. Quant aux décès, l’intérim représente proportionnellement, en 2014, le double de l’ensemble des travailleurs, avec 32 #morts (pour 774 000 intérimaires), contre 539 (sur 18,6 millions de salariés). S’ajoutent 32 autres décès d’intérimaires dans des accidents de trajet.

    #accidents_de_travail