city:gafsa

  • Les réfugiés syriens en #Tunisie s’intègrent parfaitement- Reportage de ARTE

    Arte reporte l’histoire de la famille “Nazel”, dans une banlieue de Tunis. L’exemple d’une intégration réussie d’une famille de réfugiés qui a débarqué en Tunisie il y a de cela 6 ans.

    https://www.huffpostmaghreb.com/entry/les-refugies-syriens-en-tunisie-sintegrent-parfaitement-reportage-d
    Commentaire de Raphaël Krafft sur twitter :

    Les signaux (ONGs, institutions internationales, médias) sur la Tunisie potentielle “#terre_d’accueil” se multiplient ces dernières semaines. Pour rappel, il n’y existe toujours pas de législation sur l’asile.

    https://twitter.com/RafAvelo/status/1025810725233721349

    Probablement une stratégie pour convaincre l’opinion publique que la Tunisie pourrait accueillir les fameuses #disembarkation_platform (https://seenthis.net/messages/703288) ??? Donc encore une manoeuvre liée à l’#externalisation des #frontières...
    Qu’en penses-tu @isskein ?

    #intégration #asile #migrations #réfugiés #réfugiés_syriens

    cc @_kg_

    cc @isskein

    • Et s’on regarde ailleurs, un peu plus loin de l’exemple de la famille Nazel :

      – Les familles syriennes qui font la mendicité avec leurs enfants dans les villes de l’intérieur, notamment à Gafsa et Sidi Bouzid (source UNHCR Sfax).

      – Les familles syriennes à Médenine qui ne sont pas enregistrés par l’UNHCR pendant des semaines et restent sans aucune prise en charge…parce que l’UNHCR a externalisé l’enregistrement au Croissant Rouge Tunisien (CRT) et le CRT est en fête de ramadan, donc faut revenir après l’aïd. En plus, des conflits entre les différents demandeurs d’asile qui sont logés dans les mêmes logements dont la culture et la religion est très différent —> réfugiés subsahariens et réfugiés syriens (source Tunisia Charity Médenine).

      – Le très mauvais état des logements des demandeurs d’asile à Médenine et des problèmes de scolarisation de leurs enfants (source Direction Régionale de Santé (DRS) Médenine).

      – Le travail de l’UNHCR dans l’ensemble qui ne fournit pas toujours l’attestation de demande d’asile (personnes sans aucune protection mais en demande d’asile) (source migrante).

      – Et un nombre très élevé des demandeurs d’asile qu’on ne retrouve plus, des demandeurs d’asile qui disparaissent...selon un interview au Sud : vers l’Europe.

      …peut-être qu’ARTE doit en réfléchir de ne pas montrer UNE SEULE HISTOIRE.

  • En Tunisie, l’exil sans fin d’une jeunesse naufragée - Libération
    http://www.liberation.fr/planete/2018/06/04/en-tunisie-l-exil-sans-fin-d-une-jeunesse-naufragee_1656619

    De la région minière de Metlaoui aux îles Kerkennah, d’où ils partent pour Lampedusa, « Libération » a suivi la route qu’empruntent les jeunes Tunisiens sans avenir, celle qu’avaient prise les passagers du bateau qui a sombré samedi en Méditerranée. Sept ans après la révolution, si la dictature a disparu, les espoirs de vie meilleure se sont fracassés, grossissant les rangs des candidats au départ.

    Des dizaines de cadavres ont été engloutis par la #Méditerranée après le naufrage, samedi soir, d’une embarcation au large de l’archipel des Kerkennah. A son bord, entre 180 et 200 personnes, selon les estimations des survivants. Soixante-huit émigrants ont été secourus par la marine tunisienne, et 48 corps sans vie ont été repêchés. Les recherches ont repris lundi avec l’aide de neuf unités navales, un hélicoptère et des plongeurs.Les passagers étaient presque tous tunisiens.

    Sept ans après la révolution, les jeunes fuient leur pays. Depuis le début de l’année, 2 780 Tunisiens ont choisi l’exil clandestin en Italie, selon l’Office international des migrations. Libération a suivi leur parcours entre le bassin minier de #Gafsa et les îles des pêcheurs de #Kerkennah. La route s’étire sur 300 kilomètres, en comptant le crochet par Sidi Bouzid. L’itinéraire barre horizontalement la Tunisie, passant des terres contestataires des « zones intérieures » à la riche cité côtière de Sfax. C’est celui qu’empruntent les chômeurs pour monter dans des bateaux qui rejoignent l’île italienne de #Lampedusa, porte d’entrée de l’Europe.

    A Metlaoui : « Ici, c’est le phosphate ou Lampedusa »

    La terre ne donne rien de végétal, à #Metlaoui. Même les oliviers ont renoncé à s’y accrocher : le sol semble mort, brûlé par un soleil trop grand et un ciel trop bleu. Les hommes, comme les plantes, n’ont pas grand-chose à faire ici. Ils sont pourtant venus fouiller le sol, et ils ont trouvé dans les replis des montagnes nues qui découpent l’horizon de la ville la plus grande richesse du pays, le phosphate. Autour de la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), a poussé la ville minière, à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui encore, la société étatique gratte chaque année 5 millions de tonnes de cette roche utilisée dans la composition des engrais.

    A la sortie ouest de Metlaoui, en direction de la frontière algérienne, un café sans nom jouxte un garage. Un auvent fournit de l’ombre. Mais en milieu d’après-midi, c’est à l’intérieur de la vaste pièce blanche aux murs nus qu’il fait le plus frais. Au fond de la salle sans fenêtre, cinq hommes attendent sur des chaises en plastique. Ce sont les seuls clients. Les aînés ont des moustaches, les jeunes du gel dans les cheveux. Le plus âgé, Mohamed Atrache, est un employé de la CPG à la retraite. Comme son père, et son grand-père avant lui, embauché en 1917. Quand son fils a été pris à son tour, en janvier, il a pleuré de joie. « Il avait tenté de passer en Europe, explique-t-il. A trois reprises. La première fois, le bateau est tombé en panne. La seconde, il a été arrêté par la police. La troisième, le temps était trop mauvais. »

    « A Metlaoui, le phosphate est le rêve de tous les jeunes. C’est ça ou Lampedusa », résume Ahmed Jedidi, 26 ans, titulaire d’un master de civilisation française. Il y a beaucoup de diplômés comme lui, à Metlaoui. Ahmed a été brièvement arrêté, en 2016, pour avoir pris la tête du mouvement des jeunes chômeurs qui avaient bloqué l’activité de la CPG pour exiger des embauches. La crise a duré deux mois et demi. Pourtant, la CPG recrute. Vorace, elle saute d’un gisement à l’autre, fourrageant dans les montagnes pour expédier ses wagons de cailloux noirs vers la côte. Elle a besoin de bras et de cervelles quand elle découvre un nouveau filon. La société organise alors des concours. En 2016, elle a recruté 1 700 techniciens. L’an dernier, 1 700 ouvriers non-qualifiés. C’est un pacte tacite : la compagnie doit nourrir la ville, sans quoi la ville mord la compagnie. Au total, depuis la révolution de décembre 2010, le nombre d’employés a été multiplié par trois, alors que sa production s’est effondrée. La CPG est devenue une soupape sociale pour éviter l’explosion de cette région contestataire.

    Khams Fajraoui, 21 ans, a échoué au concours de janvier. Il est le seul à rester muet autour de la table du café, il ne parle pas le français. Il a une crête sur la tête, des chaussettes dans des claquettes, et un regard fixe. Il est le benjamin d’une famille de cinq frères et sœurs, tous au chômage. Son père est décédé il y a cinq ans. Il fait les moissons, là où le blé pousse, plus au nord. Hors saison, il gagne 10 à 15 dinars (3 à 5 euros) trois fois par semaine en chargeant et déchargeant les camions du souk de Metlaoui. Il ne partira pas en Europe car « ses oncles et ses tantes lui ont demandé de rester ». Il veut un travail, « n’importe lequel ».

    « Ma femme ne m’a rien dit quand il est parti »

    Saïd Bkhairya avait aussi défendu à son fils d’émigrer. Un jour, en son absence, Koubaib, 17 ans, est parti quand même. Il faut passer sous l’ancien tapis roulant qui acheminait le phosphate vers la ville pour arriver chez Saïd. Ce cordon ombilical qui relie la mine à Metlaoui est comme une guirlande de tôle suspendue au-dessus de son quartier. Dans la cour de sa maison fatiguée, il a planté un citronnier. Black, le chien de Koubaib, est attaché derrière le poulailler. « Ma femme ne m’a rien dit quand il est parti. Elle avait peur de ma réaction », dit Saïd. Elle est assise à côté de lui sur le canapé. La mère a dans la main le smartphone qu’elle a acheté pour communiquer avec Koubaib sur Skype. Sa vue est mauvaise, elle doit approcher le visage tout près de l’écran pour appeler son fils. La conversation dure quelques secondes, deux ou trois phrases. « Il est fatigué, il couche dehors, explique-t-elle. Il ne fait rien, il demande de l’argent. »

    Saïd a déjà deux crédits à rembourser. Il envoie irrégulièrement des petites sommes à Koubaib, qui vivrait à Mestre, près de Venise. « Je m’en fous. Dès que j’aurai amassé assez, moi aussi, un jour, je partirai », assure Wael Osaifi, un cousin de Koubaib, après que son oncle a quitté la pièce. Il a été blessé il y a cinq ans dans un accident de voiture au terme d’une course-poursuite avec la police. Wael passait de l’essence de contrebande depuis l’Algérie. « Il y a un type qui organise les départs, il est très discret. C’est une mafia. Les prix ont augmenté. C’était 3 000 dinars, maintenant c’est 5 000 [environ 1 630 euros]. J’ai des amis en Italie, certains travaillent, certains trafiquent. » A Metlaoui, il boit parfois des bières avec des amis dans une maison abandonnée. « On n’a rien d’autre à faire. Les prix sont devenus invivables. Avec Ben Ali [le dictateur renversé par la révolution, ndlr], on avait une meilleure vie, lâche-t-il. Le paquet de cigarettes Royale valait 3,5 dinars, aujourd’hui c’est 5,5 dinars… » Koubaib a quitté Metaloui il y a dix mois, en même temps qu’un groupe de 18 jeunes de la ville. « Pour certaines familles, c’est un investissement », regrette Saïd. Sur les photos que le fils envoie depuis l’Italie, il a l’air très jeune. Il ressemble beaucoup à son petit frère, qui sert le jus de mangue aux invités. Sur les images plus anciennes, Koubaib pose souvent avec son chien. Dehors, Black aboie de temps en temps depuis qu’il est parti.

    A Gafsa : « Un travail légal, c’est une question de dignité »

    Leur énergie a quelque chose de déconcertant dans une ville comme Gafsa. On ne devine pas, en passant devant cette rue morne de la « capitale » régionale, qui affiche un taux de chômage à 26 % (plus de 40 % pour les jeunes diplômés), qu’un tel tourbillon d’activité agite le second étage de cet immeuble de la cité Ennour. Sirine, Nejma, Abir et Khora, une Française en stage, font visiter le local de leur association, Mashhed. Elles ont entre 19 ans et 23 ans. « Les séminaires ou les concours de jeunes talents, ce n’est pas notre truc, annonce Sirine, longs cheveux noirs et chemise rayée. Notre finalité, c’est la transformation sociale. On ne fait pas de l’art pour l’art. On ne veut pas non plus "sensibiliser". On fait, c’est tout ! Des poubelles dans la rue, des projections de cinéma, des lectures, des journaux, des festivals, du montage, des jeux, des manifestations… »

    Chacune a une clé du local. Elles passent à Mashhed le plus clair de leur temps. S’y engueulent, s’y échappent, s’y construisent. L’association compte 70 membres actifs et 300 adhérents. Les garçons sont les bienvenus, mais ce sont de toute évidence les filles qui mènent la danse. Les filles, elles, n’embarquent pas pour l’Europe.

    Sirine : « Mon petit frère a voulu partir, ça a choqué mes parents, on a essayé de lui faire entendre raison. »

    Abir : « C’est la faute d’un manque de communication dans les familles. Les gars ne trouvent personne avec qui partager leurs soucis. »

    Najla : « La France, ce n’est pourtant pas le paradis ! La fuite, c’est débile. Moi, je pense qu’on peut faire en sorte d’être heureux là où on est. C’est dans la tête, le bonheur. »

    Abir : « Ce n’est pas que dans la tête ! Il n’y a pas de travail. Tu sais combien c’est, un salaire de serveur, aujourd’hui ? »

    Khora : « Justement, je ne pige pas comment vous faites pour sortir et faire des festins tout le temps, alors que vous êtes au chômage ! Moi, quand je suis chômeuse, je reste chez moi à manger des pâtes. »

    Najla (en riant) : « C’est la solidarité arabe. Toi, tu ne connais pas ça ! »

    La nuit tombe vite sur Gafsa. A 22 heures, la ville s’éteint presque complètement. A la terrasse du café Ali Baba, désert, deux hommes fument dans le noir. Le gérant de l’établissement et son ami. Ils parlent de la révolution. Quand on leur demande leur avis sur la chose, Abdeslam, 28 ans, demande s’il peut répondre en anglais. « Notre déception est immense, parce que l’espoir qu’avait suscité la chute de Ben Ali était immense, explique-t-il. On ne sait pas qu’un café est amer tant qu’on n’a pas goûté un café sucré. Maintenant, on sait. »

    Il a voulu étudier le droit, s’est inscrit à l’université de #Sousse, sur la côte. Mais n’a jamais achevé sa formation, bouffé par les petits boulots qu’il effectuait pour payer ses études. Aujourd’hui, il travaille de temps en temps sur un chantier de bâtiment. « Des docteurs qui construisent des immeubles, c’est ça, la Tunisie », poursuit-il. Au fil de la discussion, le débit d’Abdeslam s’accélère. Son ami s’est levé pour ranger les tables. « Je ne veux pas partir sur la mer, je m’y refuse et puis j’ai peur. Je veux une vie adaptée, c’est tout. Je me fiche d’avoir une belle maison et une grosse voiture. Un travail légal, c’est tout ce que je demande, c’est une question de dignité. » Sa voix tremble dans le noir. Les cigarettes s’enchaînent.

    On ne pose plus de questions depuis longtemps, mais la détresse pousse Abdeslam à parler encore, de plus en plus vite. « A l’école, j’étais bon en philosophie. Je lis encore Kant, Spinoza, Heidegger, Sartre… Pourtant, cette société me méprise. Gafsa enrichit l’Etat, mais l’Etat nous crache dessus », conclut-il. Sa vieille mobylette est garée toute seule dans la rue vide. Il l’enfourche, plié en deux, pour aller dormir chez ses parents. Le gérant a fini de balayer, il tire le rideau de fer.

    A Bir el Haffey : « Aujourd’hui, le tourisme s’est effondré »

    Sur la route qui relie Gafsa à Sidi Bouzid, les voyageurs imaginent souvent être témoins d’un mirage. Au bord de la chaussée, des fourrures brillent au soleil, exposées dans toute leur splendeur. Du castor, du poulain, de l’ours, du lapin, du léopard… Cette panoplie appartient à un commerçant, d’un naturel méfiant. « Depuis la révolution, il y a des espions de la CIA et du Mossad partout, croit-il savoir. Il y a quinze ans, je cherchais des tours de cou, on m’a refilé un grand sac avec des manteaux à poils. J’ai commencé comme ça », dit-il pour justifier son activité insolite. Qui peut bien acheter ces fourrures à l’orée du Sahara ? « Détrompez-vous, les gens s’arrêtent. Avant, j’avais des Canadiens, des Allemands, les guides me les ramenaient. Aujourd’hui, le tourisme s’est effondré. J’ai tout de même de temps en temps des Algériens ou des Libyens. »

    A Sidi Bouzid : « Ils font ça juste pour avoir l’air beau »

    Dans son bureau, flotte un mélange de sueur et de parfum. Zeinobi Khouloud, 28 ans, gère une salle de sport, l’une des rares activités offertes aux jeunes de Sidi Bouzid. Derrière elle, des gants de boxe et des boîtes de protéines sont exposés sur l’étagère. Son père a ouvert le club, Abidal’s Gym, il y a deux ans, au rez-de-chaussée d’un immeuble dont les étages supérieurs ne sont pas terminés. La famille est rentrée d’Arabie Saoudite après la révolution, mais s’est à nouveau éparpillée pour faire des affaires. Zeinobi, elle, est restée dans la petite ville du centre de la Tunisie, connue dans le monde entier depuis qu’un vendeur de légumes du nom de Mohamed Bouazizi s’y est immolé, le 17 décembre 2010, pour protester contre la confiscation de sa charrette par la police. Son geste désespéré a été le point de départ d’une révolution qui a emporté le dictateur Ben Ali, avant de déborder dans tout le monde arabe.

    Sept ans plus tard, le visage géant de Bouazizi s’affiche en noir et blanc sur la façade d’un bâtiment municipal. Sa charrette emblématique a maladroitement été statufiée sur un terre-plein central. Mais même ici, les jeunes disent être déçus par les fruits du printemps tunisien. « Le chômage est toujours là, les jeunes n’ont rien à faire, c’est pour ça qu’ils viennent ici, décrit Zeinobi. Leurs parents les poussent à venir à la salle pour qu’ils ne traînent pas dans la rue toute la journée. Ils oublient leurs problèmes en faisant du sport. » Dans la salle, on croise des adolescents à lunettes avec des muscles de personnages de jeu vidéo. La plupart ont les cheveux rasés sur les côtés. Abidal’s Gym propose des cours de taekwondo, de muay-thaï, d’aérobic, de kick-boxing, mais ce sont avant tout les appareils de musculation, « importés d’Espagne », qui attirent les jeunes à 30 kilomètres à la ronde. « Ils font ça juste pour avoir l’air beau », se moque Zeinobi. Parmi les 900 clients, quelques femmes, « surtout l’été », précise-t-elle. « Les femmes ont beaucoup de responsabilité dans notre région, elles n’ont pas de temps libre. »

    Sur la route de Regueb : « 3 euros le kilo avant, 8 maintenant »

    La route est encadrée par les figuiers de barbarie de trois mètres de haut, dans lesquels viennent se ficher de loin en loin des sacs en plastique échappés des décharges à ciel ouvert.

    Dans un champ, un âne détale après avoir arraché le piquet qui le retenait prisonnier. Il s’éloigne en direction des collines pelées comme les bosses d’un chameau. Ce sont les derniers reliefs à franchir avant de basculer définitivement dans la plaine de Sfax, à l’est du pays. Sur leurs flancs, des restes de minuscules terrasses en pierre sèche, que plus personne n’est assez fou ou courageux pour cultiver désormais. Il reste uniquement des bergers dans cette vallée. Les plus vieux sont toujours bien habillés, en pantalons de ville et en vestes sobres. Leur mouton, au goût particulier, est réputé dans toute la Tunisie. Mais son prix a augmenté, passant de « 3 euros le kilo avant la révolution à 8 euros maintenant », reconnaît un vendeur de viande grillée installé au bord de la route. La raison en est simple : le prix des aliments pour le bétail a flambé depuis 2011, explique-t-il.

    A Regueb : « Notre seul loisir : aller au café »

    Nabil, 35 ans, mâchouille l’embout en plastique de sa chicha. Il recrache la fumée entre ses dents jaunies en fixant une partie de billard : « C’est tranquille, Regueb. Trop tranquille. Notre seul loisir, c’est d’aller au café. » Son ami Aymen, 25 ans, a ouvert cette salle de jeu il y a deux ans. En plus de la table de billard, il a installé neuf ordinateurs, deux PlayStation, un baby-foot. Investissement total : 2 600 euros. L’affaire ne marche pas : « Les jeunes jouent sur leurs téléphones. » Aymen va revendre, ou fermer. L’an prochain, de toute manière, il doit effectuer son service militaire.

    « Je voulais créer une petite unité de fabrication d’aliments pour le bétail, mais il fallait des papiers, et pour avoir ces papiers, on me demandait de l’argent, ressasse Nabil. L’administration est corrompue, j’ai dû renoncer. » Il vit chez ses parents, avec sa femme. Lui a pu se marier, mais « c’est rare, parce que c’est compliqué, sans travail », avoue-t-il.

    A Sfax : « Ici, les gens respectent le travail »

    Les industries de #Sfax signalent la ville de loin. La deuxième ville du pays est aussi son poumon économique. Les arbres d’ornementation sont étrangement taillés au carré, les rues sont propres, l’activité commerciale incessante dans la journée. La richesse des Sfaxiens est proverbiale, en Tunisie. Pourtant, Mounir Kachlouf, 50 ans, avoue qu’on s’y ennuie aussi. « Où tu vas sortir, ici ? Même moi, le week-end, je vais à Sousse ou à Hammamet ! » Il est le gérant du café-restaurant Mc Doner, installé le long de la petite promenade de Sfax, qui se vide de ses promeneurs au crépuscule. « Depuis 2002, on nous promet un port de plaisance, une zone touristique, mais on ne voit rien venir », dit-il. Le patron a même une théorie sur les raisons de cet échec : « Les Sfaxiens ont de l’argent. La Tunisie a besoin qu’ils le dépensent ailleurs pour faire tourner l’économie. S’ils développaient Sfax, les gens n’auraient plus besoin de sortir ! »

    Un groupe de six jeunes femmes pressées longe la corniche, valises à roulettes sur les talons. Elles rentrent de vacances. Le lendemain, elles reprendront toutes le travail. L’une est « technicienne d’esthétique et coach personnel », les autres sont vendeuses de tissu de haute couture dans une boutique de la médina. « Nous, les Sfaxiens, on est comme les Chinois, on travaille tout le temps, surtout les femmes, s’amuse Yorshelly. C’est bien pour l’économie, mais ça rend la ville fatigante, polluée, embouteillée. Il y a du travail ici, enfin, surtout pour les non-diplômés. » Aucune d’entre elles n’est mariée. « Il y a un gros problème de "racisme" chez les familles sfaxiennes, glisse Marwa. Les parents veulent que l’on épouse un Sfaxien. Nous, honnêtement, on s’en fiche. »

    Un homme a tendu l’oreille, inquiet qu’on dise du mal de sa ville dans un journal français. Il insiste pour témoigner lui aussi. « Je m’appelle Mahdi, j’ai 31 ans, je suis électricien, j’aime mon pays, je vis à Sfax car ici, les gens respectent le travail, dit-il, énervé. Les jeunes veulent de l’argent facile. Je les vois rester au café toute la journée. Je leur dis : "Venez bosser avec moi, il y a de quoi faire." Mais ils préfèrent être assis à boire et fumer ! »

    A Kerkennah : « La traversée est 100 % garantie »

    C’est l’île des départs. D’ici, près de 2 700 Tunisiens ont pris la mer depuis le début de l’année pour gagner Lampedusa, à 140 kilomètres en direction du Nord-Est. En 2017, ils étaient plus de 6 000. En 2018, ils représentent le plus important contingent de migrants arrivés en Italie, devant les Erythréens et les Nigérians. La traversée dure une nuit. Contrairement à une idée reçue, les émigrants ne montent pas sur des canots pneumatiques ou des barques vermoulues, comme en Libye voisine. A Kerkennah, les #passeurs comme les passés sont tunisiens. Un lien social les attache malgré tout, on ne risque pas des vies de compatriotes à la légère. « La traversée est 100 % garantie, c’est comme un aéroport », décrivait Ahmed Souissi, 30 ans, coordinateur de l’Union des diplômés chômeurs, quelques semaines avant le naufrage d’une embarcation surchargée le week-end dernier, au cours duquel plus de cinquante migrants sont morts noyés. « Les émigrants partent sur des bateaux de pêche qui ont été au préalable dépouillés de tous leurs accessoires. Quand on voit un bateau nu, on sait qu’il va y avoir un départ. »

    Il faut traverser les marais salants du centre de l’île, puis les grandes étendues vides piquées de tristes palmiers sans palmes (elles sont utilisées dans la fabrication des pêcheries fixes au large de Kerkennah) pour trouver la route du chantier, installé dans une ferme derrière le village de Chergui. Une dizaine de squelettes de navires flottent dans le ciel, au-dessus des copeaux de bois. Les charpentes sont en bois d’eucalyptus. Certaines sont déjà coloriées en rouge ou en bleu. Un peintre dont la blouse ressemble à une toile de Pollock désigne du bout de son pinceau la seule embarcation toute noire : « C’est le bateau utilisé par [le futur président] Bourguiba pour fuir en Egypte pendant la période coloniale, explique-t-il. Quelqu’un y a mis le feu il y a trois ans. On travaille à sa restauration. »

    Mohamed et Karim s’affairent sur le bâtiment le plus avancé du chantier. Ils sont tourneur soudeur et chaudronnier, et s’occupent de toute la partie métallique : armatures, bastingage, proue, etc. « Les migrants partent sur des 12-mètres comme celui-là, dit le premier, sans s’arrêter de souder. Il y a tellement de chômage que la police ferme les yeux. » Pollution des eaux, dégradation des fonds marins, réchauffement : « Les pêcheurs ont de moins en moins de poissons depuis deux ou trois ans, ils ont besoin d’un revenu, complète le second. Certains vendent leur bateau, des passeurs les remplissent avec 100, 120 jeunes, et les mènent à Lampedusa. Les bateaux restent là-bas. »

    Le leur est une commande de Boulababa Souissi. Le capitaine est dans sa cabine, la buvette improvisée du chantier, une canette de bière à la main. « Dans cinq jours, à ce rythme-là, c’est fini, savoure-t-il, l’œil guilleret. J’ai fait venir un moteur d’occasion d’Italie. Je vais enfin retourner pêcher. » Il baptisera son chalutier Oujden, le prénom de sa fille. Coût : 50 000 euros. Le précédent va-t-il continuer à naviguer ? « Il ne remontera plus de poisson », lâche le capitaine.

    Les visiteurs débarquent à Kerkennah, 15 500 habitants, par un ferry arrivant de Sfax. Puis, une route remonte l’archipel du Sud au Nord. La simplicité des maisons - des agrégats de cubes blancs - leur donne un air moderne. Des constructions, ou des agrandissements, sont souvent en cours. « C’est l’argent des harragas », ricane une femme, en passant devant un portail refait à neuf. Les « harragas », « ceux qui brûlent » en arabe, est le terme utilisé pour désigner les clandestins. « Ils ne se cachent même plus, comme au début. Dans une petite île où tout le monde se connaît, on les repère tout de suite, indique Ahmed Souissi. Pour la police, c’est difficile de contrôler les ports de Kerkennah. Les bateaux peuvent sortir de n’importe quelle ville ou plage. D’ailleurs, tout le monde les voit. » Ne sont-ils pas arrêtés ? « Les flics arrivent trop tard. Ou n’arrivent jamais. Pourtant, ça ne demande pas beaucoup d’intelligence de savoir qui organise les passages, dit l’activiste. Mais l’État n’est pas pressé de voir la fin des subventions européennes au titre de la lutte anti-immigration. Et puis, je crois que ça arrange tout le monde que les jeunes chômeurs sortent de Tunisie. »

    Tout au bout de la route, il y a le port de Kraten. En direction du Nord, quelques îlots plats, rocailleux, taches claires dans la mer sombre, sans vague. Les derniers mètres carrés solides de Tunisie. En cette fin de matinée, les pêcheurs démêlent et plient les filets, au soleil. Les camionnettes frigorifiques des acheteurs sont déjà reparties, à moitié vides. Sur le ponton, on marche sur des carcasses de crabes bruns qui craquent sous les chaussures. Les Tunisiens ont surnommé cette espèce « Daech ». « Ils sont arrivés d’Egypte il y a quelques années, et ils remontent le long de la côte, commente un marin, l’air dégoûté. Ils mettent les pêcheurs sur la paille : ils coupent les filets, ils bouffent le poisson ! Si ça continue, ils vont débarquer en Europe. La pêche n’est plus rentable. » Lui est là pour aider son père ce dimanche, mais en semaine il occupe un emploi de professeur de sport à Sfax.

    Au petit café de la jetée, le patron moustachu sert l’expresso le plus serré de Tunisie en bougonnant. Il jure qu’aucun bateau ne part de « son » port. « Les jeunes, ils peuvent aller se faire foutre, ils ne pensent qu’à l’argent. » Contre le mur, un pêcheur de 55 ans, « dont trente-quatre en mer », pull rouge et bonnet bleu, philosophe : « Cette révolution était un don. Elle nous a montré qu’on peut régler nous-mêmes nos problèmes, on doit garder ça en tête. Ce crabe Daech, par exemple, on ne doit pas le détester, Dieu nous a envoyé cette satanée bête pour qu’on corrige nos façons de pêcher. On me regarde comme un vieux fou quand je critique les collègues qui pêchent au chalut en ravageant les fonds, mais ce sont eux qui ont fait disparaître les prédateurs des crabes », assène Neiji.

    Son français est chantant. Il fait durer son café. « Les jeunes qui partent, c’est aussi naturel, reprend-il. Sans cela, ils rejoindraient peut-être le vrai Daech, qui sait ? C’est la logique humaine d’aller tenter sa chance. Moi, si je n’avais pas une femme et trois filles, je crois que j’aurais aussi filé. » Neiji tire sur sa cigarette en aspirant la fumée très lentement, avant d’expirer sans bruit. « Ce va-et-vient, c’est la vie. Les pêcheurs sont des gens intelligents, il faut me croire. »
    Célian Macé

    Très bon reportage, avec photos dans l’article source. La fin de l’article avec les propos du pêcheur, est à méditer.

    #chômage #tunisie #émigration #jeunesse #Afrique

  • Nawaat – De quelques films tunisiens : Triomphes de la domination
    http://nawaat.org/portail/2016/02/17/de-quelques-films-tunisiens-triomphes-de-la-domination
    Critique virulente et instructive de quelques récents, notamment A peine j’ouvre les yeux de Layla Bouzid (qui est plutôt bien fait et agréable à regarder).

    sans aucune raison valable narrativement ni dramatiquement, l’on se retrouve à Gafsa, foyer de la révolte du bassin minier. Le père de Farah se dirige vers son lieu de travail et est accueilli par une horde d’ouvriers en colère, pelles et pioches à l’appui, qui éructent contre le bon monsieur et passent à deux doigts de le lyncher s’il ne s’était pas réfugié dans sa voiture et n’avait pris jambes à son cou. Ça sera la première de trois séquences essentielles où les personnages petit-bourgeois seront confrontés au peuple. Nous ne reverrons ni Gafsa, ni sa population, durant le reste du métrage.

    Après le père manquant de se faire agresser par ces ouvriers sauvages qu’il était, en bon colon, venu aider au cours de la seule minute de film que la réalisatrice daigne consacrer aux mineurs de Gafsa (minute qui n’ajoute rien au récit au demeurant), la mère dans une station de louages puis dans un « bar d’hommes » est à son tour confrontée à ces figures du peuple qui effraie. Le peuple ne manque plus laissant l’espace à sa réinvention3. Le peuple est violent, opportuniste, lubrique. Il est la plaie dans le corps social. Systématiquement, sa présence est anxiogène et il joue le rôle de l’antagoniste du héros ou de l’héroïne (bourgeois il va sans dire). Le péril peuple joue à plein poumon dans A peine j’ouvre les yeux, comme dans la fantasmagorie bourgeoise et comme dans l’imagerie médiatique.

    Une chanson est chantée dans un bar populaire et c’est le chahut et le mécontentement parce qu’elle « parle du pays » [sic]. Pour la même raison, la même chanson chantée dans un bar bourgeois provoque l’adhésion et créée l’engouement. Cette vision du monde totalement moulée par l’intelligentsia du pouvoir travaille de même la pièce Violence(s) d’une Jalila Baccar enfermée dans ses certitudes aigris et d’un Fadhel Jaïbi devenu fonctionnaire d’Etat.

    #Tunisie

  • Papier choc de @jean_pierre séréni sur le dépérissement de l’État tunisien
    http://orientxxi.info/magazine/la-crise-de-l-etat-tunisien,1185
    mais dommage que certaines affirmations ne soient pas argumentées de manière plus précise :

    Rares sont désormais les usagers qui payent leurs factures d’électricité, d’eau, de gaz ou leurs billets de train. Les sociétés d’État qui fournissent ces services publics s’enfoncent inexorablement dans le déficit et la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (STEG) a dû emprunter en catastrophe auprès d’une banque africaine pour tenir le coup et ne pas plonger le pays dans le noir.

    Rares c’est à dire ? La STEG publie à intervalles réguliers les montants impayés et ses dettes, où les sociétés et organismes publics représentent d’ailleurs une bonne part (cf.http://seenthis.net/messages/381826). Il serait intéressant d’avoir des indicateurs régionaux car je pense que c’est surtout vers Gafsa ou au Sud ou dans l’intérieur que ce refus de payer des particuliers s’accentue. Sans négliger les banlieues populaires. La source que je cite ici ne donne que des montants qu’il faudrait comparer à des nombre de consommateurs. Parle t on de 20% de non paiement (taux libanais) ou plus ?
    Autre information qu’on aimerait voir détailler :

    Une soixantaine de grossistes font la loi sur ce marché très particulier et une demi-douzaine d’autres tiennent le marché noir de la devise, tout aussi juteux.

    Quelle est la source ? Ce n’est pas que j’en doute mais on se demande qui sont les patrons de ces mafias ? Sont-ils connectés aux milieux patronaux ? au ministère de l’intérieur ? à l’armée ? au partie de Essebsi ?

  • #Pollution in Tunisia
    Dirty business
    http://www.economist.com/news/middle-east-and-africa/21636443-locals-complain-about-phosphate-industry-dirty-business

    Doctors and activists allege that cancer, infertility and asthma in the cities of Gabès and Gafsa, two hubs for the industry, are unusually high. (To date the government has not studied the possible link between phosphate pollution and disease.) Not only that, but the industry uses up local water sources, causing farmers close to refineries to abandon agriculture. Gabès’ unique seaside palm oases are withering rapidly as the water table drops.

    #Tunisie #Phosphate

  • Revue de presse - - - - - - - - - Semaine du 23.11 au 29.11.13

    https://collectiflieuxcommuns.fr/spip/spip.php?article672

    - Dany-Robert Dufour « Le capitalisme libidinal veut faire de nous des drogués »

    – Le gouvernement teste un nouveau plan contre une pandémie grippale

    – La démocratie à l’épreuve d’un petit Führer

    – 90% des scientifiques à l’emploi du fédéral se disent muselés

    – Un groupe islamiste revendique l’attentat de Tiananmen

    – violentes manifestations à Gafsa, Gabès et Siliana

    – France périurbaine : "il n’y a qu’une solution, il faut partir"

    – Les marchés face à une vague de privatisations inédite depuis 2007

    – "Charlie Hebdo" "effaré" par la violence d’une chanson liée au film "La Marche"

    – Les richesses de l’Arctique suscitent la rivalité des nations riveraines

    – Médicaments : épidémie de pénuries

    – Ce que la carte des premiers ports internationaux nous apprend sur l’état de la mondialisation

    Bonus

  • Tunisie : grève générale à Gafsa
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article1987

    Fief des luttes sociales et ouvrières du secteur minier, Gafsa recèle le principal site d’extraction de phosphates de Tunisie. Un appel à la grève générale est lancé par le principal syndicat du pays pour mercredi 27 novembre. La particularité de toutes les luttes sociales conscientes est d’associer intérêts des salariés à ceux de leur entreprise et même plus largement à ceux de tous les citoyens ou bien la cité où elles s’expriment. Telle est la particularité de cette action ouvrière qui soulève le (...)

    Politique, France, francophonie, Algérie, Maroc, Tunisie, Afrique, monde arabe, vie politique, nation, nationale,

    / #Tunisie,_Tunisia,_démocratie,_Bourguiba,_complot,_Ennahdha, chômeurs, emploi, social, syndicat, revendication, jeunesse, travailleurs, (...)

    #Politique,_France,_francophonie,_Algérie,_Maroc,_Tunisie,_Afrique,_monde_arabe,_vie_politique,_nation,_nationale, #chômeurs,_emploi,_social,_syndicat,_revendication,_jeunesse,_travailleurs,_chômage

  • Des moments de révolution (CQFD)
    http://cqfd-journal.org/Des-moments-de-revolution

    « Quand on voit ce qu’il se passe aujourd’hui, on peut se dire que ce n’était pas la peine de virer les dictateurs », arrive-t-il d’entendre un an et demi après le début des « Printemps » arabes. N’en déplaise aux zélateurs mystiques du grand soir dont le mot d’ordre serait « tout sinon rien », deux chercheurs en sciences sociales reviennent pour CQFD sur les « moments révolutionnaires » qu’ont connus la Tunisie et la Libye. Amin Allal, chercheur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, a observé les mouvements protestataires de 2008 à Gafsa (Tunisie) et, en janvier 2011, a suivi des insurgés dans la banlieue populaire de Tunis. Arthur Quesnay, chercheur en science politique, était en Libye depuis deux mois quand les combats se sont étendus à tout le pays à la fin de l’hiver dernier. Il s’est alors immergé au sein d’une unité combattante de Misrata. Entretien. (...) Source : CQFD

  • « Nous ne nous rendrons pas » | Serge Quadruppani
    http://www.monde-diplomatique.fr/2011/07/QUADRUPPANI/20793

    Six mois après le renversement du président Zine El-Abidine Ben Ali, la #Tunisie bouillonne. En attendant l’élection d’une Assemblée constituante, le 23 octobre prochain, les forces sociales maintiennent la pression sur le gouvernement provisoire. Pourtant, à Gafsa, au cœur du pays, les traces de (...) / Tunisie, Droits humains, #Entreprise, #Jeunes, Mouvement de contestation, #Police, #Syndicalisme, #Travail, #Violence, #Répression, Réveil arabe 2011- - 2011/07

    #Droits_humains #Mouvement_de_contestation #Réveil_arabe_2011- #2011/07

  • Gafsa, la population et le régime | Businessnews.com.tn
    http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?a=27938&t=526&lang=fr&temp=3

    Une tribune sur la situation à Gafsa qui rompt avec le ton de la presse de l’establishment tunisois.

    Autant dire, et n’en déplaise à une certaine « intelligentsia » bien pensante, cette population exprime, à sa manière, et une nouvelle fois, une « saine » colère qui vient bousculer les modes d’organisation et de gestion bien trop vite qualifiés de modernes, d’efficients et responsables.
    Concilier nous dit-on les impératifs de la production et de la gestion des ressources humaines. Encore une de ces perceptions largement partagée qui n’a plus du bon sens que le nom. Le technocratisme a la vie dure, notamment quand il soumet le traitement de revendications sociales aux seules méthodes d’une critériologie informatisée.
    Eh oui ! Sous les apparences de rationalité, de neutralité et d’objectivité, une population « cible » (sic) est donc « traitée », à travers des critères de diplômes, d’employabilité, de localisation géographique, accessoirement de statut familial. Il en ressort une liste informatique de « promus », liste inique qui, de nouveau, suscite la défiance, réactive le ressentiment, et provoque cette nouvelle flambée de manifestations multiformes.

    Pourquoi les dirigeants perpétuent-ils donc des méthodes qui ne répondent en rien aux exigences d’une population bien trop largement dépendante de cette seule mono-industrie ?
    Il va sans dire qu’il ne peut être question ici de refaire l’histoire, très ancienne par ailleurs, de ce bassin ouvrier qui n’a cessé de lutter pour ses droits.
    S’offusquer des déprédations commises est un raccourci « intellectuel » peu flatteur pour ceux qui le pratiquent à longueur de temps. Rappelons tout de même à toutes fins utiles que cette entité CPG-GCT a vu ses comptes s’améliorer notablement depuis 2007, à la suite de la multiplication par 3 du prix du phosphate brut comme de ses dérivés.

    [...] Nos jeunes journaux, TV, médias, qui découvrent la « démocratie » (sic) ont beau jeu de dénoncer le « ludisme » (les toutes premières formes historiques de luttes ouvrières contre l’outil de travail) de cette population de jeunes en désespérance, de travailleurs exténués, de mères de famille sans ressources dont le mari est au chômage ou est mort dans ces mêmes mines….quand on sait les harcèlements, les brutalités les persécutions auxquels ont été soumis tous les porteurs de ces demandes syndicalistes aguerris et reconnus, comme les figures locales, tous détruits.

    Oui les formes de contestation et de lutte sont ce qu’elles sont, souvent d’une violence aveugle. Mais alors à qui la faute ? Cette population n’a plus que des porte-paroles improvisés sans légitimité historique (et pour cause), sans emprise sur les réalités sociales, ni réelle capacité de dialogue et d’intermédiation.

    #Tunisie

  • Gafsa : Les mouvements de protestation se poursuivent
    http://www.lapresse.tn/23112011/40820/les-mouvements-de-protestation-se-poursuivent.html
    Cette brève a l’intérêt de nous rappeler qu’il faut regarder le déroulement des révolutions en cours à travers leurs multiples dimensions sans en privilégier une seule (islam/laïcité ; démocratie/autoritarisme ; ...). La grille des luttes de travail est très importante.

    Le gouvernorat de Gafsa connaît, ces jours-ci, l’intensification des mouvements de protestations des sans-emploi ayant provoqué l’interruption de l’activité dans plusieurs entreprises économiques et établissements administratifs.

    Voir en complément la publication coordonnée par B. Hibou : Le moment révolutionnaire tunisien en question. Vers l’oubli du mouvement social ?
    http://www.ceri-sciencespo.com/archive/2011/mai/dossier/art_bh.pdf
    #Gafsa
    #Tunisie
    #mouvements_social

  • La situation en Tunisie
    http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article545

    Compte-rendu de la réunion publique du collectif Lieux Communs du 21 octobre 2011

    Des luttes populaires à la campagne électorale

    Depuis le soulèvement de janvier, on assiste à un retour des fantasmes politiques enfouis sous les régimes despotiques qui dominent le pays depuis l’indépendance de 56. Tous les mythes sont conviés, qu’ils soient nationalistes, religieux, marxo-gauchistes, et servent incessantes luttes de pouvoir qui quadrillent la sphère publique. Parallèlement, de multiples mouvements ont parsemé le pays ; grèves, sit-ins, manifestations qui n’ont cessé que début septembre, où le premier ministre a fait intervenir la force militaire, afin de faire place nette pour la campagne électorale. Ce n’est qu’à ce moment que le redémarrage économique de certaines régions a été total, comme à Gafsa, par exemple, où l’extraction du phosphate a repris à plein.

    La période actuelle est donc celle de la campagne électorale, avec sa myriade de partis. Dans cette dernière se distingue particulièrement la coalition islamo-marxiste, où les staliniens, notamment du PCOT, font largement le jeu de l’extrême-droite religieuse, dont la violence militante se transforme en agressivité électorale. Ce pôle se présente comme le contre-pouvoir face à ce qu’il appelle « les restes de la dictature », soit le « pré-parlement » qu’a constitué de fait l’ensemble de la société civile, partis et personnalités, rassemblés dans un front contre les agissements des intégristes musulmans. Cette opposition rue-élite, qui a dominée en juilllet-aout, s’est transformée en septembre en opposition Ennahda / anti-Ennahda, le principal parti du pays, intégriste jouant la carte modérée.

  • #Tunisie : arrestation d’un militant politique en rapport avec les évènements de #Sidi Bouzid | RFI
    http://www.rfi.fr/afrique/20110102-tunisie-arrestation-militant-politique-rapport-evenements-sidi-bouzid

    En Tunisie, #Ammar_Amroussia, porte-parole du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (parti illégal ) et correspondant du journal Al-Badil, (L’Alternative), a été arrêté dans la ville de Gafsa le 29 décembre par les autorités tunisiennes. On est sans nouvelle de lui. Sa famille et à ses avocats craignent le pire. La veille, le militant tunisien avait pris la parole au cours d’une manifestation au centre de Gafsa, suite aux troubles sociaux qui ont secoué la région de Sidi Bouzid, dans le centre-ouest du pays au mois de décembre, faisant trois morts.