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  • « Cagoule noire » sur « gilet jaune » : décryptage des violences durant les manifs
    https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/cagoule-noire-sur-gilet-jaune-decryptage-des-violences-800970.html

    La violence militante n’est pas une nouveauté : mais de quoi parle t-on exactement quand on mentionne l’ultra-droite ou l’ultra-gauche ? Qui se cache derrière et quelles sont leurs méthodes ? Par Guillaume Origoni, Université Paris Nanterre - Université Paris Lumières ; Stéphane François, École pratique des hautes études (EPHE)

    L’action violente qui n’a cessé d’émailler les manifestations des « gilets jaunes » a été au cœur de l’attention médiatique.

    Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, n’a pas hésité à affirmer que derrière cette mobilisation violente, en particulier celles ayant eu lieu sur les Champs Élysées, il y avait des militants de l’ultra-droite et de l’ultra-gauche.

    Les profils des personnes interpellées montrent une tout autre réalité. Cependant, la radicalisation de ces extrêmes n’est pas à minorer, celles-ci cherchant réellement à en découdre avec les forces de l’ordre. Elle est également à replacer dans un contexte historique.
    […]
    L’ultra-gauche : en place et méthodique
    […]
    Des chercheurs estiment que 200 personnes seraient en phase de pré-terrorisme, tandis qu’un militant identifié du milieu donnait récemment le chiffre de 6000 militants radicaux au sein de l’ultra-gauche. Un officier de renseignement du SDAO (service de renseignement de la gendarmerie) nous indiquait il y a peu que son service a recensé 2000 à 2500 individus « au contact » des forces de l’ordre à Notre-Dame des Landes.

    On l’aura compris, à moins que les services de renseignement restent volontairement imprécis, nul n’est en mesure aujourd’hui de quantifier l’ensemble des militants radicaux au sein de la mouvance. Ajoutons à cela qu’il nous est toujours aussi difficile de comprendre ce qui est désigné par « pré-terrorisme », « ayant une volonté subversive » ou capables d’aller « clasher les flics », toutes notions qui semblent maniées avec une grande subjectivité.

    Ces expressions regroupent donc, au-delà de l’extrême gauche, aussi bien les mouvements anarchistes voire autonomes, réunis dans cette catégorie du fait de la radicalité de leurs discours et/ou de leurs modes opératoires.
    […]
    L’ultra-droite : affaiblie mais revancharde
    […]
    Un renouveau inspiré par l’ultra-gauche mais surtout virtuel
    […]
    Ces militants sont désormais surtout actifs sur Internet, au travers de blogs ou d’interventions sur des forums. Leur activisme est resté, de ce fait, assez virtuel. Toutefois, on constate depuis deux semaines la volonté de militants d’extrême droite, notamment identitaires ou gravitant autour du Rassemblement national, d’agir au sein des gilets jaunes.

    Plusieurs articles de presse montrent leur implication avant tout dans des actions locales, voire parisiennes. De fait, l’activisme de ceux-ci sur les réseaux sociaux des gilets jaunes tend à montrer que l’extrême droite cherche à orienter la colère des gilets jaunes. Enfin, lors des manifestations parisiennes, on y a pu voir également des négationnistes et des néofascistes.


  • Quand, pour la dernière fois, les forces de l’ordre ont-elles tiré sur une foule en France ? - Libération
    https://www.liberation.fr/checknews/2018/12/07/quand-pour-la-derniere-fois-les-forces-de-l-ordre-ont-elles-tire-sur-une-

    En France métropolitaine, les derniers tirs de policiers sur une foule remontent au 17 octobre 1961, lors d’une mobilisation à Paris appelée par la branche française du FLN. « Tout le monde a en tête les Algériens jetés dans la Seine, mais beaucoup ont été tués ou blessés par des tirs de la police, notamment au pont de Neuilly », explique à CheckNews l’historien Emmanuel Blanchard (2).

    Ce jour-là, les manifestants bravent le couvre-feu imposé à l’époque aux seuls Français musulmans d’Algérie. Pour les empêcher de pénétrer dans Paris, et notamment dans les beaux quartiers, à l’Ouest de la capitale, des barrages de police sont érigés sur plusieurs ponts enjambant la Seine. Au pont de Neuilly arrivent de nombreux manifestants, venus entre autres des bidonvilles de Nanterre. « La police ouvrira alors le feu de manière abondante, explique Emmanuel Blanchard. Plusieurs tués ou blessés par balle seront ensuite jetés dans le fleuve ». Alors que le bilan officiel évoquera 3 à 4 morts, les historiens considèrent qu’il y aurait eu plusieurs dizaines de victimes.

    #maintien_de_l’ordre


  • Artistes plasticien·nes : toute œuvre mérite-t-elle salaire ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/artistes-plasticiens-toute-oeuvre-merite-t-elle-salaire

    A l’ombre de quelques artistes-stars très reconnus et exposés dans de grandes institutions, de nombreu·seux plasticien·nes ont aujourd’hui beaucoup de mal à vivre de leur art. Quelles sont les difficultés rencontrées et pourquoi ? Peut-on vivre décemment aujourd’hui en tant qu’artiste-plasticien·nes ?

    #radio #art #revenus
    18/10/2017
    après écoute la réponse est non et il y a besoin de supprimer des artistes.

    • Débrouille et petits jobs : les artistes débutants entre coups de bol et ras-le-bol
      https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/11/18/debrouille-et-petits-jobs-les-artistes-debutants-entre-coups-de-bol-et-ras-l

      Galerie La Forest Divonne, un vendredi de novembre, à Paris. Elsa et Johanna présentent leur premier « solo show » (exposition individuelle). Deux ans à peine après leur sortie de l’Ecole nationale des arts décoratifs (Ensad) et de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA), ces deux photographes de 27 ans ont le privilège d’exposer leur travail à quelques pas des Beaux-Arts, là où Johanna Benaïnous a été formée pendant cinq ans à « pousser son univers ». Un univers troublant où son duo avec Elsa Parra entre dans la peau de personnages qui semblent familiers, mais étranges, et interrogent le spectateur sur leurs identités : femmes ou hommes ? Déguisés ou travestis ?

      Le succès de ce travail, qui n’est pas sans rappeler celui de l’artiste américaine Cindy Sherman, contraste avec le parcours semé d’embûches de nombreux jeunes artistes. Comédiens, danseurs, musiciens, peintres, sculpteurs, et tant d’autres qui ont répondu à un appel à témoignages diffusé sur le site du Monde. Le nombre et la diversité des réponses permettent de dresser, par petites touches, le portrait d’une génération de jeunes aspirants artistes. Une génération tiraillée entre l’impératif de faire des études supérieures, de s’accommoder avec le monde du travail et de s’insérer dans l’univers de la culture et du spectacle.
      Après le diplôme, le grand vide

      Parmi ces témoignages, de nombreux artistes plasticiens déplorent l’absence de professionnalisation dans les écoles d’art, même si ces dernières revendiquent la création de modules préparant à l’emploi, de séminaires ou de conférences. « Après les Beaux-Arts, personne ne t’attend, et personne ne t’a préparé non plus à ce qui t’attend. Dans les écoles, c’est un sujet un peu tabou. Vivre de son art, c’est lointain », témoigne cette jeune diplômée de l’Ecole européenne supérieure d’art de Bretagne (EESAB) qui vit – pour l’instant – de son travail de régisseuse.

      Même si, évidemment, les jeunes qui s’engagent dans cette voie savent que cette filière, du point de vue de l’insertion professionnelle, est plus complexe que d’autres. « Finalement la seule chose que l’école à su me prédire, c’est la précarité inhérente à tout artiste ! Nul n’en vit décemment, et on ne peut pas prendre les quelques contre-exemples d’artistes businessmen à la Jeff Koons comme représentant de notre cause. Une fois l’école finie, j’ai pris un job alimentaire, conscient que mon diplôme ne m’ouvrirait aucune porte », explique avec amertume un diplômé des Beaux-Arts de Paris de 25 ans (qui préfère conserver l’anonymat).
      Exposer « dans un grand musée tout en étant au RSA »

      « On a à la fois le statut le plus valorisé dans notre société, créateur, et le plus méprisé, assisté » – Diane Bertrand

      Pour les artistes plasticiens, il n’y a pas d’équivalence du statut d’intermittent, qui garantit une relative sécurité dans les « périodes creuses ». Des dizaines de jeunes artistes racontent ainsi, à travers l’appel à témoignages, qu’ils touchent le revenu de solidarité active (RSA). « J’ai toujours eu du mal à vivre de mon travail, et j’alterne entre enseignement, résidences d’artistes, quelques ventes d’œuvres et des petits boulots, explique Diane Bertrand, sculptrice et céramiste, diplômée en 2008 de l’école supérieure des métiers d’art d’Arras. Concrètement, je ne pourrais pas vivre sans les minima sociaux, et je crois que c’est ce qui m’a le plus étonnée au début de ma carrière : voir que l’on pouvait avoir ses œuvres exposées dans un grand musée tout en étant au RSA. Psychologiquement, cela crée une situation étrange, car on a à la fois le statut le plus valorisé dans notre société – créateur – et le plus méprisé – assisté. »

      C’est un milieu particulier que celui de l’art, un milieu où « on est choisi plus qu’on ne choisit », résume Jean-Baptiste Boyer, jeune peintre figuratif de 28 ans, uniquement diplômé d’un bac professionnel artisanat et métiers d’art. « On ne sait pas toujours pourquoi on devient cet élu. Moi, j’ai toujours peint et puis le moment est venu. Ceux qui n’auraient jamais jeté un œil à mon travail m’ont trouvé tout à coup intéressant », raconte le peintre, qui doit sa percée fulgurante à l’œil averti d’Henri van Melle, collectionneur, commissaire et ancien directeur international des événements et expositions de la maison Hermès.

      Peu après leur rencontre, Jean-Baptiste Boyer signe avec la galerie Laure Roynette, qui organise sa première exposition, en novembre 2017. Ce fut un succès : « Toutes ses toiles sont vendues la première semaine », se rappelle Laure Roynette, et une prolongation a été organisée jusqu’en janvier. Mais l’histoire de Jean-Baptiste Boyer, artiste qui « peint pour continuer à vivre », est singulière. Les chiffres attestent d’une autre réalité. Trois ans après l’obtention d’un diplôme supérieur, un diplômé en arts plastiques sur quatre n’est pas parvenu à s’insérer dans son domaine de formation, rappelle une étude d’Anne Daras sur l’insertion professionnelle de formations artistiques et culturelles supérieures, réalisée par le ministère de la culture en 2011.
      « Soit vous êtes comédien, soit vous mourez »

      Nicolas Romain n’a jamais renoncé à devenir comédien, même s’il a cédé à un DUT technique de commercialisation pour rassurer ses parents cadres, qui l’avaient mis en garde contre un métier de « crève-la-faim ». Il a ensuite décidé de financer entièrement le cours Florent et sa chambre de bonne à Paris. Pendant sa formation, il partage son temps entre les cours de théâtre et son travail alimentaire de régisseur à l’Ecole du Louvre. Puis il suit les cours de Jean-Laurent Cochet, ancien pensionnaire de la Comédie-Française et metteur en scène, qui a formé, notamment, Isabelle Huppert, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, Carole Bouquet, Fabrice Luchini, Gérard Depardieu…

      « J’ai fait du porte-à-porte pour vendre des contrats de gaz » – Nicolas Romain

      « J’y ai appris les fondamentaux. Depuis que j’ai terminé ma formation, j’ai multiplié les courts-métrages pour les écoles de cinéma. J’ai rencontré et travaillé avec l’équipe de Jean-Pierre Mocky. J’ai aussi fait un travail de metteur en scène de théâtre pendant un an », détaille le jeune comédien. Mais, en parallèle, il n’a jamais cessé d’avoir un « boulot alimentaire » : « J’ai fait du porte-à-porte pour vendre des contrats de gaz, donné des cours de théâtre à des enfants, eu un CDI dans une entreprise d’accueil à la Défense. Il me restait parfois sept euros pour manger à la fin du mois. Sept euros, c’est une baguette ou un cheeseburger par jour pendant une semaine. » Nicolas Romain se souvient de cette phrase de Jean-Laurent Cochet : « Soit vous êtes comédien, soit vous mourez. » « J’aime l’idée de mérite. Je pense qu’il est très important d’être confronté à la réalité de la vie pour devenir un bon comédien. La perception de cette réalité est, selon moi, sûrement faussée dès lors que l’on vit aux crochets des autres », conclut-il.

      Et pourtant, la famille, ça aide énormément. Mélanie Charvy, diplômée d’un master 2 de droit de l’université de Nanterre, remarque qu’elle n’a pas souvent croisé des fils et filles d’immigrés ou d’ouvriers pendant sa formation théâtrale au studio de Vitry (Val-de-Marne). « Le théâtre est un milieu bourgeois où règne l’entre-soi. Il faut avoir des parents qui vous soutiennent financièrement pour faire des études dans des écoles privées, sinon c’est très dur de se concentrer sur son apprentissage », explique cette jeune comédienne et metteuse en scène. Une étude du ministère de la culture publiée en 2014 lui donne raison. Ainsi presque un artiste des spectacles sur deux (47 %) est un enfant de cadre.
      Des voies royales

      Parmi tous ces aspirants comédiens, seul un infime pourcentage emprunte la « voie royale », l’une des treize écoles supérieures d’art dramatique. Blanche Ripoche, admise en 2013 au Théâtre national de Strasbourg (TNS), l’une des formations les plus prestigieuses, n’a pas eu encore à se soucier de son avenir. « J’ai la chance de pouvoir surfer sur ce réseau d’écoles nationales », explique la jeune femme, qui souligne que le rêve d’intégrer ces formations peut faire « beaucoup de mal » aux recalés de ces concours ultra-sélectifs. En 2013, elle avait été sélectionnée avec onze autres élèves parmi huit cents candidats.

      « Tous les jours, tout est remis en question : talent, aptitudes, valeur de nos expériences » – une plasticienne

      « Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées », écrivait Arthur Rimbaud dans son célèbre poème Ma bohème. Un vers qui semble correspondre à la vie que mènent certains artistes « vivotant » à coups de RSA, d’enseignement, de travail alimentaire et même de mécénat. « La vie d’un artiste n’est pas un long fleuve tranquille. Tous les jours, tout est remis en question : talent, aptitudes, valeur de nos expériences. Il faut un moral d’acier pour supporter ce doute perpétuel, et ne jamais perdre l’envie d’avancer, de se surpasser », appuie, avec un peu plus de recul, une artiste plasticienne quadragénaire. Et se rappeler, sans cesse, une évidence : « On est artiste parce qu’on ne peut pas être autre chose », suggère avec modestie Jean-Baptiste Boyer.
      Les réseaux sociaux, une aubaine pour les jeunes artistes
      « Disco Palmyre ».
      « Disco Palmyre ». FLORENT GROC

      « Je n’avais jamais imaginé être artiste », confie Florent Groc, diplômé de l’école d’art, de design et d’animation d’Aix-en-Provence en 2009. Quand il commence à poster des photos de son travail sur Instagram en 2012, Florent Groc confond le réseau social avec un logiciel de retouches de photos, sans avoir conscience de la dimension « sociale » de l’application. Il est rapidement remarqué par un jeune critique et commissaire d’art, qui lui propose de participer à sa première vente aux enchères organisée par la maison Piasa. « J’ai vendu deux œuvres. Ce n’était pas énorme, mais ça m’a donné confiance dans ma pratique », explique l’artiste, qui compte 2 500 abonnés sur son compte, et poursuit son travail à Marseille.

      Silvère Jarrosson a suivi le même chemin. Ancien élève de l’école de danse de l’Opéra de Paris, il avait l’habitude de publier « spontanément des posts sur Facebook ». Ce jeune homme de 23 ans s’est mis à peindre après un accident qui lui a coûté sa carrière de danseur classique. « J’ai commencé à vendre mes premières toiles en 2013 », explique-t-il. C’est toujours à travers Facebook qu’il est contacté par un « ami » virtuel, qui lui révèle être galeriste et s’intéresser à son travail depuis un an. En janvier 2014, sa première exposition est organisée par la galerie Hors-Champ. « Cela a été comme un signal donné. Mon travail a été accrédité. »

      Selon le rapport Hiscox sur le marché de l’art en ligne publié en 2016, Facebook et Instagram sont devenus les réseaux sociaux préférés des acheteurs d’art au cours de ces deux dernières années. Laure Roynette, qui dirige la galerie qui porte son nom, confirme : « C’est très important pour une galerie de regarder ce qui se fait sur les réseaux sociaux. Cette génération des 25-35 ans vit naturellement avec Instagram et Facebook. On arrive à découvrir des artistes comme ça. » Néanmoins, le passage en galerie reste incontournable, « les collectionneurs ont toujours besoin d’un rapport physique à l’œuvre », estime Laure Roynette.

    • « Parmi les jeunes diplômés en art, seule une petite minorité vit de ses créations »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2018/11/18/parmi-les-jeunes-diplomes-en-art-seule-une-petite-minorite-vit-de-ses-creati

      Si je me base sur les travaux que l’on a à notre disposition, on sait que la plupart des artistes ne vivront pas de leur expression artistique de manière principale. Dans les cinq à dix ans suivant la sortie de la formation, une petite minorité seulement va pouvoir vivre de son art de manière principale en suivant son idéal artistique. Pour les autres, l’insertion professionnelle passe soit par une reconversion en dehors du monde de l’art, soit par une pluriactivité, parfois dans son monde de l’art, parfois non, la pratique artistique mue par la passion étant alors doublée d’un emploi alimentaire ou d’emplois artistiques « utilitaires ».

      Il y a bien sûr des différences selon les univers, un musicien ou un comédien aura, par exemple, plus d’opportunités à occuper des emplois artistiques, même peu valorisés, qu’un artiste plasticien. La seule étude statistique solide sur de jeunes musiciens professionnels, menée par Philippe Coulangeon en 2004, montre qu’au bout de dix ans plus de la moitié des artistes avaient arrêté toute activité musicale professionnelle.
      Lire les témoignages : Coups de bol, débrouille et petits jobs : les galères des jeunes artistes

      Cette difficulté d’insertion professionnelle dans la vie d’artiste n’est pas occultée par les écoles d’art, qui tentent de préparer leurs étudiants à affronter le monde du travail. Elles développent des ateliers en ce sens pour les former à d’autres emplois artistiques « utilitaires », comme comédien en hôpital, graphiste ou enseignant, en insistant sur l’utilité des réseaux sociaux ou en leur apprenant à faire un book. Ou encore à passer un entretien, une audition. D’ailleurs, cette façon de faire entrer des techniques de l’entreprise dans les écoles d’art ou de les former à des emplois moins valorisés sur le plan artistique est parfois critiquée par les étudiants eux-mêmes, plus intéressés par la recherche de leur voie artistique.
      Existe-t-il une voie royale ? Des formations qui permettent de mieux s’en sortir ?

      Il est évident que le fait de passer par une école réputée augmente les chances d’accéder à des emplois valorisés. C’est un cercle vertueux, on rencontre des professeurs qui sont des professionnels réputés, qui peuvent vous choisir et vous offrir vos premières opportunités. Dans ces formations, des réseaux efficaces peuvent être constitués. L’école fonctionne aussi comme preuve de votre légitimité, et renforce votre réputation lors des rencontres ou des auditions. Pour autant, la vie de ces jeunes artistes issus des écoles réputées n’est pas non plus un long fleuve tranquille, et beaucoup peinent à trouver un chemin. Les mondes de l’art sont des mondes compétitifs et saturés, les places sont rares, et beaucoup se joue au travers des réseaux et des affinités.
      Peut-on dire que « le talent n’est qu’un élément parmi d’autres » ?

      Si on ne s’intéresse qu’aux personnes qui réussissent, il peut paraître évident que tout arrive grâce à leur talent. Mais, en réalité, il y a très peu d’emplois disponibles qui correspondent à l’idéal artistique, et le talent n’est qu’un élément parmi d’autres. Pour accéder à ces emplois, il faut un ensemble de savoirs et de connaissances, mais aussi des liens sociaux efficaces.

      Si vous avez fait une école prestigieuse, que vous venez d’une famille d’artistes qui vous aura appris à vous comporter, que vous connaissez des gens du milieu et si vous êtes un homme, ce sera plus facile. Pour autant, on peut être comédien et faire de l’art-thérapie, ou être valorisé pour sa créativité sur d’autres modes, et être finalement plus épanoui qu’un comédien « en haut de l’affiche ».

      La réussite par les réseaux est toujours considérée comme une injustice, car on estime que le professionnalisme doit être le premier critère de jugement. C’est une constante dans tous les milieux professionnels. Mais les réseaux sociaux, les affinités, et parfois même le physique jouent un rôle démesurément important dans les mondes de l’art. Et dans l’art, cette réalité est vécue de manière douloureuse, car c’est une activité vécue sur le mode de la vocation, où seul le talent devrait compter. Cela dit, quand on interroge les personnes qui ont choisi ces parcours, elles ne découvrent pas la difficulté de l’insertion en école ou à sa sortie. Elles ont été mises en garde et se sont engagées dans cette voie par passion ou par vocation, et veulent « tenter leur chance » quand même.
      Lire aussi Les réseaux sociaux, une aubaine pour les jeunes artistes
      Les inégalités entre hommes et femmes sont aussi très criantes. Les femmes sont moins représentées dans les galeries, leurs films sont moins sélectionnés dans les festivals.

      Ce n’est pas plus criant dans les mondes de l’art que dans les autres environnements professionnels masculins, mais comme on part du présupposé que les mondes de l’art sont ouverts, tolérants, et à l’avant-garde, on s’étonne qu’ils fonctionnent de la même façon.

      Il y a évidemment des milieux plus masculins, comme la réalisation de films, où les femmes ont d’emblée plus de difficultés que les hommes. Dans le jazz, elles sont confrontées à l’entre-soi masculin, à des stéréotypes féminins péjoratifs ou des normes de fonctionnement masculines. Difficile alors pour elles de se projeter dans ce monde et de s’y maintenir.

      Dans la danse, le théâtre ou les arts plastiques, qui sont pourtant des mondes plus féminisés, la situation n’est pas tellement plus facile, dès lors qu’elles souhaitent grimper en haut de la pyramide. La compétition entre femmes est féroce, et celles-ci doivent adopter des codes masculins pour réussir.

      En arts plastiques, elles se trouvent confrontées aux mêmes mécanismes négatifs que dans le jazz ou le cinéma. En théâtre et en danse, les femmes sont sursélectionnées, souvent enfermées dans des normes physiques contraignantes, et elles doivent se plier aux règles de la séduction. En effet, elles sont bien plus nombreuses que les hommes, alors même qu’on recrute autant, si ce n’est plus, de rôles masculins et de danseurs hommes que de rôles féminins ou de danseuses.
      On observe aussi que l’ouverture sociale s’est réduite dans le milieu artistique. Pourquoi ?

      Les personnes d’origine sociale favorisée et qui n’appartiennent pas aux « minorités visibles » sont privilégiées à toutes les étapes : elles ont été plus souvent formées aux pratiques artistiques dans leur famille, elles disposent plus souvent de comportements et de physiques proches des normes attendues, elles sont plus souvent aidées financièrement dans les cinq à dix ans après la sortie de formation… Les enfants d’origine sociale défavorisée ou appartenant aux minorités visibles, à l’inverse, ressemblent moins aux normes attendues, ont moins de ressources financières et ont un réseau moins efficace. C’est en jouant sur ces mécanismes que les écoles de formation artistiques peuvent essayer de compenser ces inégalités.

    • Merci pour les précisions @colporteur

      –-------

      Le travail doit être une souffrance. Un travail qui ne fait pas souffrir ne mérite pas de rémunération.
      Les artistes sont sensé·es prendre du plaisir dans leur activité, illes ne méritent donc pas de rémunération.

    • Ma fille est entrée dans une seconde générale, mais contingenté → création et culture design. Alors qu’elle est au lycée du Mirail, avec toute sa diversité, sa classe (dite des artistes) est composée presque exclusivement de filles blanches. Ce qui est vraiment frappant.
      Sur l’origine sociale, pour l’instant, ça a l’air assez varié, mais je pense que la donne change profondément après le bac.

    • Au niveau sociale il y a des chances qu’après le bac ca change en pire.
      J’étais en bac arts plastiques mais dans un lycée catho non mixte ce qui fait que c’etait 100% féminin, bouge et très très blanc.
      De mon souvenir des beaux-arts il y avait surtout des blanc·hes et des classes favorisées. J’avais pas pu faire de comptage du ratio femmes/hommes, mais les profs étaient surtout des hommes. Un atelier était « interdit aux connasses du MLF (ce qui voulait dire femmes) et a ceux qui parlent une langue de metèques (ce qui désignait un élève italien) ». L’école a justifié ces propos en disant que ce prof prennait sa retraite l’année prochaine. Ca faisait donc plus de 20 ans que cet ordure pratiquait ce mode de recrutement avec la bienveillance de l’institution et c’était en 2001. Un de mes prof se ventais aussi de choisir ses étudiantes sur des critères physiques et de faire faire son travail d’artiste par ses élèves.
      Les femmes sont majoritaires dans ce cursus mais ne sont pas exposées, pas achetés, pas valorisées, pas cités. On les retrouve par contre en majorité sous le seuil de pauvreté.

      J’avais trouvé une étude sur le milieu de la danse, très très féminisé chez les enfants et la pratique amatrice et majoritairement masculine dans la professionnalisation, avec des très fortes discriminations sur les grossesses et une mise au placard très jeune et plafond de verre. J’avais mis ca sur seenthis je vais voire si je retrouve.

    • J’ai une copine qui vit de son métier (ou à peu près) et justement je voulais vous montrer ça @odilon et @mad_meg et les autres.

      Galerie Alain Gutharc
      7 rue Saint Claude - 75003 Paris - T 00 33 (1) 47 00 32 10 - F 00 33 (1)
      40 21 72 74
      http://alaingutharc.com

      SUZANNE HUSKY

      KHLORIS, CLOROX

      Vernissage le samedi 24 novembre 2018
      Exposition du 24 novembre au 12 janvier 2019

      (Ici normalement une tapisserie inspirée par la Dame à la licorne et la ZAD.)
      La noble pastorale, 203 x 247 cm, Tapisserie, 2017 © Suzanne Huksy

      « Les Déesses et les Dieux ne sont pas de simples entités psychologiques,
      existant dans l’âme comme si l’âme était une grotte retirée du monde ; aux
      aussi sont réels, ils sont les moyens de penser-en-choses des forces
      réelles, des expériences réelles. »

      Starhawk – Rêver l’obscur (1982)

      Dans la mythologie grecque, Khloris (ou Chloris) est la nymphe des fleurs,
      aimée de Zéphyr, le dieu du vent. Au XVe siècle, Sandro Botticelli lui
      attribue une représentation devenue célèbre à la fois dans Le Printemps
      (1478-1482) et dans La Naissance de Vénus (1484-1485). Entourée de fleurs,
      elle incarne le monde végétal. Le prénom mythologique est choisi par
      Suzanne Husky pour sa première exposition personnelle à la galerie Alain
      Gutharc. Un choix qui s’inscrit pleinement dans un engagement politique qui
      prend ses racines dans l’écoféminisme. Alors, le prénom convoque une
      histoire, non seulement celle d’une femme qui a pris soin de la nature,
      mais aussi celle des sorcières d’hier et d’aujourd’hui. Une histoire où le
      care et l’activisme forment une alliance. Khloris est l’un des visages du
      panthéon de l’immanence (une pensée vivante, en mouvement) incarnée la
      Déesse, une entité plurielle, un cercle qui réunit les mythologies, les
      croyances et les savoirs. L’histoire ancestrale de la Déesse est fondée sur
      un ensemble de luttes et de contre-pouvoirs. Starhawk, figure iconique de
      l’écoféminisme, écrit : « Oui, le pouvoir-du-dedans est le pouvoir du bas,
      de l’obscur, de la terre ; le pouvoir qui vient de notre sang, de nos vies
      et de notre désir passionné pour le corps vivant de l’autre. »
      Suzanne Husky donne des formes et des matériaux au pouvoir-du-dedans. Ses
      œuvres traduisent une attention inquiète envers un ensemble de
      comportements, de décisions politiques et de dérives menant à la
      destruction du Vivant. Ces dérives, structurées par le système patriarcal
      et néolibéral, sont activées par des choix et des gestes quotidiens : faire
      ses courses au supermarché, conduire une voiture, faire la lessive, faire
      le ménage, acheter des vêtements, construire une maison ou partir en
      vacances.
      La manière dont nous agissons et consommons au quotidien comporte un
      ensemble de conséquences dont l’impact est plus ou moins visible, plus ou
      moins pérenne sur notre environnement. En ce sens, Suzanne Husky travaille
      à partir de bouteilles de détergent (lessives, eau de javel) et produits
      alimentaires (huiles). En respectant les objets originaux (formes,
      couleurs, textes, motifs), elle réalise ainsi des vases en faïence
      émaillée. Parce qu’elle utilise des terres locales, des teintures et des
      couleurs naturelles, l’artiste manifeste une conscience des enjeux éthiques
      et politiques de sa réflexion plastique. Chaque vase accueille des bouquets
      de fleurs sauvages qui exacerbent les paradoxes. Le champ lexical, les
      motifs floraux et les couleurs participent d’une séduction trompeuse :
      promesse d’exotisme, de senteurs rares, de bien-être, de santé et de
      voyage. Les représentations florales et végétales subliment les ingrédients
      chimiques. Le packaging truffé de contradictions mêle l’exotisme aux
      principes de précautions. Les logos noirs, rouges et orange présentent des
      flammes, des têtes de mort et autres signes de danger auxquels la grande
      majorité des consommateurs ne prêtent pas attention.
      Lorsque Suzanne Husky revisite la tapisserie historique de La Dame à la
      Licorne pour représenter une scène de destruction de la forêt, elle
      manipule à son tour la stratégie de la sublimation (La Noble Pastorale).
      L’œuvre nous séduit, puis nous amène à réfléchir à la brutalité de la
      pensée dominante.
      Il en est de même avec les tapis Jérôme et Mars Bitches, qui pour l’un
      raconte l’histoire de Jérôme Laronze, un paysan abattu par un gendarme le
      20 mai 2017 ; et pour l’autre traite de la violence des classes à San
      Francisco. Les œuvres de Suzanne Husky attestent ainsi de la conscience
      d’un rôle et d’une responsabilité en tant que citoyenne, en tant que
      qu’artiste, en tant que femme. L’artiste dénonce une banalisation de la
      dérive, une indifférence généralisée et une participation paresseuse et
      aveugle à un système mortifère. Sa pratique nous invite au sursaut et à la
      résistance. En investissant les champs ancestraux de l’art en pratiquant
      notamment la céramique et l’art tissé, l’artiste tend à fabriquer de
      nouveaux récits, de nouvelles images, de nouvelles pratiques visant à
      célébrer le pouvoir-du-dedans dont nous sommes les acteurs et les actrices.

      Julie Crenn


  • Les Cœurs verts
    https://www.nova-cinema.org/prog/2018/169-edouard-luntz/edouard-luntz-films/article/les-coeurs-verts

    Edouard Luntz, 1966, 35mm, VO ST ANG, 90’

    Extérieur nuit. Tour de logements. Un jazz syncopé accompagne les apparitions successives de jeunes gens face caméra. Générique. Zim (Gérard Zimmermann), livré à la police par des habitants pour siphonnage d’essence, se retrouve incarcéré. Le jour de sa libération, il rencontre Jean-Pierre (Érick Penet), son cadet, sortant de la même geôle parisienne. Les deux jeunes sympathisent, d’autant que Jean-Pierre est un nouveau membre de la bande de potes à Nanterre. De retour dans le marasme de leur banlieue, Zim décide de trouver un travail et tente de convaincre Jean-Pierre de l’accompagner… sans succès. Loin des films des acteurs en vogue d’une Nouvelle Vague qui s’embourgeoise, « Les Cœurs verts » est la première fiction centrée sur la jeunesse des (...)


  • Pourquoi est-ce plus difficile de devenir un classique quand on est une femme ?
    https://www.franceculture.fr/litterature/pourquoi-est-ce-plus-difficile-devenir-un-classique-quand-est-une-femm

    Légitimation, émergence, consécration, perpétuation : ce sont les quatre étapes que le sociologue Alain Viala identifiait dans le processus de classicisation d’une œuvre. Les deux dernières étapes sont encore difficiles d’accès aujourd’hui pour les femmes.
    Simone De Beauvoir à son bureau, en 1953
    Simone De Beauvoir à son bureau, en 1953• Crédits : Keystone-France / Gamma-Keystone - Getty

    Proust, Molière, Racine, Flaubert, Lafontaine, Zola, Gide, Cocteau, Rimbaud, Baudelaire, etc. Si les noms d’hommes ne manquent pas au patrimoine littéraire, en revanche, combien de femmes parvenez-vous à dénombrer dans la catégorie des auteures dites “classiques” ? Les écrivaines, pourtant, ne manquent pas en littérature. Si les femmes accèdent à la publication, beaucoup plus rares, en revanche, sont celles qui accèdent à la consécration. Et le cru 2017 des prix littéraires en apporte une nouvelle fois la preuve : Kazuo Ishiguro (Nobel de littérature), Eric Vuillard (Goncourt), Olivier Guez (Renaudot), Philippe Jaenada (Femina), Yannick Haenel (Medicis). Seule femme à l’heure actuelle : Alice Zeniter (Goncourt des lycéens).

    Alain Viala, historien et sociologue de la littérature, dans un article intitulé Qu’est-ce qu’un classique ?, répondait ceci :

    Un classique est un auteur toujours déjà lu, une œuvre précédée d’un commentaire qui en oriente la lecture. Un classique est un écrit dont, qu’on le lise ou non, on a forcément entendu parler.

    Dans ce même article, Viala expliquait que le processus de classicisation des œuvres littéraires comportait quatre étapes majeures :

    La légitimation : c’est l’accès à une première reconnaissance, par les pairs, après la publication.
    L’émergence : c’est le moment où un·e auteur·e se détache par le regard de la presse sur son œuvre
    La consécration : c’est le temps des prix littéraires prestigieux, du Nobel de littérature au Goncourt et au Femina.
    La perpétuation : c’est l’inscription dans le temps et la durée. Dictionnaires, manuels scolaires, œuvres sélectionnées pour les programmes de baccalauréat ou encore d’agrégation : ce sont là autant de manière de patrimonialiser un œuvre et de la faire accéder au rang de classique.

    Du rôle de l’éditeur dès la publication à la perpétuation de l’œuvre, en passant par les instances de prescription qui élargissent la réception des œuvres, la route est longue et souvent sinueuse pour les écrivaines.
    Légitimation et émergence : la reconnaissance par les pairs

    Tout commence par l’accès des auteurs à la publication. L’exemple du roman montre que les hommes et les femmes y parviennent de manière à peu près égale : c’est ce que révélait l’étude Entrer en littérature, conduite en 2012 par les sociologues Bertrand Legendre et Corinne Abensour. Pour Cécile Rabot, maîtresse de Conférences en sociologie à l’Université Ouest Paris-Nanterre, l’enjeu est celui de la visibilité :

    Bertrand Legendre et Corinne Abensour se sont aperçus qu’il y avait à peu près autant d’hommes que de femmes dans ces primo-romanciers. Mais après, c’est l’accès à la visibilité qui reste inégal, ainsi que l’accès à la consécration. C’est d’autant plus marqué que l’on est dans un contexte où l’accès à la visibilité est difficile parce qu’il y a une production éditoriale de plus en plus abondante, qui implique une accélération de la rotation éditoriale en librairie, ce qui veut dire les critiques ont de plus en plus d’ouvrages à regarder.

    Si l’accès à la consécration et à la perpétuation reste complexe pour les femmes, pour la sociologue, tout se joue en amont :

    “L’accès à la consécration, c’est ce sur quoi se focalise le regard, mais ça se joue avant. Ça se joue avant, dans l’étape d’émergence, voire de légitimation.”

    La sociologue invite alors à s’interroger en amont sur les outils permettant de combattre les dominations de genre, en s’interrogeant par exemple, pour les prix littéraires, sur la composition des jurys et encore sur le processus de sélection des œuvres afin d’assurer la représentativité des femmes.
    Consécration : la difficile visibilité des femmes

    Si les femmes en littérature ne manquent pas, plus rares sont celles qui sont consacrées, et accèdent à la reconnaissance des grands prix littéraires. Depuis 1903, le prix Nobel de littérature a été accordé à quatorze femmes, soit 16% des Nobel littéraires. Parmi les lauréates, Selma Lagerlöf (1909), Toni Morrisson (2004), Alice Munroe (2013) et Svetlana Aleksievitch (2015).

    Lorsque le prix Goncourt est créé en 1904, Karl-Joris Huyssmans avait une position radicale et s’exclamait "Pas de jupons chez nous !" Ce refus précipita la création du Prix Femina en 1904. En 1910, Judith Gautier, fille de Théophile Gautier, est la première femme à entrer à l’académie Goncourt... mais plutôt au titre d’un hommage à son père ! Il faudra ensuite attendre 1944 pour qu’une femme soit primée : Elsa Triolet, pour son recueil de nouvelles Le premier accroc coûte 200 francs. Depuis 1903, onze femmes ont reçu le prix Goncourt, soit environ 10% des lauréats.

    En 2016, les décodeurs du Monde s’étaient intéressés, en statistiques, à la faible consécration des femmes, et aux jurys encore très masculins. Parmi les prix qui récompensent le plus de femmes, le prix Femina (37%) puis le Goncourt des lycéens (35%).

    En 1980, Marguerite Yourcenar devient la première femme à entrer à l’Académie Française. Elles sont à ce jour huit à avoir pris place dans l’hémicycle du Quai de Conti. Parmi elles : Jacqueline de Romilly (1988) ou encore Simone Veil (2008).
    Patrimonialisation : où sont les femmes ?

    Plus le spectre s’élargit, plus les femmes disparaissent. Dans cette dernière étape de patrimonialisation relative à l’inscription dans la durée et s’adressant au grand public, la question de la visibilité se pose de manière accrue. Prenons l’exemple de la prestigieuse collection de la Pléiade, référence en matière de classiques. Le 28 avril 2014, voici ce que la collection publiait sur son site au sujet de la parité dans le catalogue :

    En ce printemps 2014, les femmes sont à l’honneur à la « Pléiade », avec la parution des deux nouveaux tomes des Œuvres complètes de Marguerite Duras et la « nouvelle entrée » de Mme de Lafayette dans la collection. Nous sommes loin de la parité, il est vrai ; mais force est de constater que l’histoire littéraire elle-même s’écrit au masculin jusqu’au milieu du XXe siècle ; et il n’est pas à la portée de la collection, si bienveillante soit-elle, de la corriger.

    Du côté des programmes scolaires également, la marche est encore longue. En 2016, un collectif d’enseignant·e·s s’indignaient, par l’intermédiaire d’une pétition, qu’aucune œuvre écrite par une femme, n’ait encore été inscrite au programme de l’épreuve de littérature pour le baccalauréat littéraire. Il aura fallu donc fallu attendre la rentrée 2017-2018 pour que les bacheliers planchent sur la nouvelle de Madame de Lafayette, La princesse de Montpensier. Mais le constat vaut aussi du côté de l’agrégation de lettres : une pétition lancée en avril 2017 a ainsi réclamé que davantage d’œuvres écrites par des femmes soient intégrées aux programmes pour des agrégatifs.


  • Affaire Sidney Amiel : « C’est la première fois, dans les annales judiciaires, qu’un avocat est condamné pour viol »
    https://www.bastamag.net/Affaire-Sidney-Amiel-C-est-la-premiere-fois-dans-les-annales-judiciaires-q

    Sidney Amiel, réputé excellent avocat et spécialisé en droit du travail, vient d’être condamné à cinq ans de prison par la cour d’appel de Nanterre pour le viol d’une ancienne collaboratrice et l’agression sexuelle d’une ancienne cliente. Comme lors du premier procès à l’issue duquel il avait été condamné à dix ans de prison, les témoignages de victimes l’ont accablé. Et pas seulement celles qui ont pu porter plainte, puisque la quasi totalité des agressions évoquées à la barre étaient prescrites. Une (...)

    #Résister

    / #Féminisme, #Conditions_de_travail, #Justice


  • Un hommage au grand géographe qu’était Marcel Roncayolo (1926-2018).

    https://www.editionsparentheses.com/spip.php?page=rubrique&id_rubrique=0

    « La ville comme territoire du géographe »

    « La ville est toujours la ville de quelqu’un. » Ainsi Marcel Roncayolo titrait-il un article publié il y a une dizaine d’années.
    Au terme d’une carrière de géographe de l’urbain marquée par le souci d’enrichir l’analyse de l’évolution des villes d’une composante humaine, sensible et biographique, Marcel Roncayolo revient à la ville de ses aïeux (à l’instar du Retour à Marseille de René Allio), comme un parcours à la fois introspectif et à même de révéler les soubassements émotionnels des idées qu’en tant que géographe il a développées.

    « C’est bien la lecture de Julien Gracq qui m’a donné ici le cœur de livrer une lecture renouvelée de la ville en “fouillant” mon expérience intime de Marseille, celle d’une ville à la fois transmise par les héritages familiaux, vécue pendant le temps formateur de l’enfance et de l’adolescence et analysée dans mes travaux de chercheur. Le témoignage que je livre dans cet ouvrage s’ancre sur les itinéraires qui, dans ma ville natale, le Marseille de l’enfance et de l’adolescence, m’ont ouvert à la connaissance du monde, ont façonné ma personnalité et modelé mon regard sur la ville, partant, ma conception de l’urbain. Raconter sa vie et raconter sa ville sont ainsi étroitement associés. »

    L’ouvrage se compose d’une première partie autobiographique, illustrée de documents personnels, où l’on découvre à travers les parcours qui lui étaient familiers à la fois sa ville subjective et une mise en perspective de ce qui le marquait déjà, enfant, dans cette ville-monde — état de la métropole et prémices de son évolution —, et d’une seconde partie constituée de balades — re-connaissance des lieux soixante ans après — effectuées dans les années 2000, en compagnie de Sophie Bertran de Balanda (architecte et urbaniste) qui en réalise l’iconographie à travers une centaine d’aquarelles exécutées sur le vif.

    Observateur de la ville contemporaine, longtemps marcheur inconditionnel, l’auteur nous ouvre les yeux, à travers ces promenades urbaines, sur l’importance des lieux que nous habitons et qui nous forment durablement.

    #géographie #urban_matter #macel_roncayolo

    • Message ds colègues de Nanterre :

      Chères et chers collègues,

      Nous avons le regret de vous informer du décès samedi dernier à Paris de Marcel Roncayolo, ancien professeur au département de géographie de l’UFR Sciences Sociales et Adminstration (SSA).

      Marcel Roncayolo (1926-2018)
      Un éclaireur solitaire

      Marcel Roncayolo, qui vient de nous quitter dans sa quatre-vingt-treizième année, était bien plus qu’un grand universitaire, spécialiste de géographie urbaine, une personnalité d’influence, un penseur faisant autorité sur les processus de l’urbanisation, et surtout un décrypteur sans égal de la « grammaire » de « sa » ville, Marseille. Longtemps ignoré du grand public et tenu à l’écart par ses pairs, surtout en France, il a ouvert en pionnier les chemins de la connaissance et de l’action, bien avant qu’en 2012, le jury du Grand Prix de l’urbanisme ne lui rende hommage pour l’ensemble de son œuvre.

      C’est qu’en priorité peut-être, Marcel Roncayolo privilégiait l’engagement dans la cité, la responsabilité, parfois discrète, de l’intellectuel dans la conduite des affaires et l’infléchissement politique, au meilleur sens du terme, des sociétés. Dès le milieu des années 50, jeune assistant à la Sorbonne, il collabore, aux côtés de son ancien condisciple normalien, Claude Nicolet, futur directeur de l’Ecole française de Rome, aux Cahiers de la République, très écouté, paraît-il, de son inspirateur, Pierre Mendès France, intéressé par ses analyses de géographie sociale (« Géographie électorale des Bouches-du Rhône », co-écrit avec Antoine Olivesi, dans les Cahiers de la Fondation nationale des sciences politiques, n°113, 1961). Plusieurs décennies plus tard, après son passage par l’Université de Nanterre, on retrouvera un souci identique de réunir dans un même lieu analyse et politique de la ville (Territoires en partage, Nanterre, Seine-Arche : en recherche d’identité(s), Parenthèses, 2006).

      Et l’itinéraire professionnel choisi par Marcel Roncayolo ne fait que corroborer l’alliance du projet social et de la carrière universitaire. En 1956, il préfère être agrégé-répétiteur -« caïman » - à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm plutôt que chercheur au CNRS, pour rester en contact avec les étudiants à former. Ses cours demeurent des modèles du genre. Il restera de cet engagement une préoccupation constante de formation des élèves et des futurs enseignants. Elu en 1965 directeur d’études à la 6e section de l’Ecole pratique des hautes études, il ne s’abandonne pas pour autant aux seules joies spéculatives des séminaires. Il endosse la charge de secrétaire de la Présidence auprès de Fernand Braudel dans les années d’élaboration de la future Ecole des Hautes études en sciences sociales, projet auquel il est resté fidèle toute sa vie professionnelle. Il teste aussi dans des « Semaines d’études à Sèvres » la création d’un enseignement économique et social dans les lycées et un baccalauréat de culture générale. L’essai débouchera sur la création très novatrice en 1977 d’une « agrégation de sciences économiques et sociales », dont Marcel Roncayolo laissera le pilotage a son ami l’inspecteur général, Guy Palmade.

      Car, dans le même temps (1978), Marcel Roncayolo prend la sous-direction de l’ENS, bientôt promue en direction-adjointe. Il y restera jusqu’en 1988, réformant au passage l’entrée à l’Ecole, en créant un deuxième concours littéraire, sans obligation de langues anciennes, mais introduction de sciences sociales. Evidemment, toutes ces charges administratives n’ont pas été
      sans conséquence sur l’aboutissement d’une thèse d’Etat, conçue dès le début des années 50, et finalement soutenue en Sorbonne en 1981 (« Ecrits sur Marseille : morphologie, division sociale et expression politique »). Ultime consécration, ou petite coquetterie, chez cet homme bardé d’honneurs et de considérations, elle lui vaut d’être élu professeur des Universités à Nanterre en 1986. Cela ne l’empêche pas de poursuivre ses séminaires, toujours très suivis, à l’EHESS, et d’assurer la direction de l’Institut d’urbanisme de Paris, à Créteil, de 1991 à 1994.
      Pourtant, depuis longtemps, l’essentiel est ailleurs, dans la diffusion des idées sur l’urbanisation, la géographie sociale, et la participation à de grandes aventures éditoriales. Véritable « inventeur » en France de l’Ecole de Chicago, redécouvreur d’Halbwachs, promoteur précoce du concept de « centralité » (colloque d’Amsterdam de 1966), Marcel Roncayolo se lance dans des écritures collectives ou assumées seul (Histoire du monde contemporain (Bordas, 1973, articles dans l’Enciclopedia Einaudi de son ami Ruggiero Romano), s’intéresse à la ville industrielle avec son complice l’historien Louis Bergeron et l’économiste Philippe Aydalot (Industrialisation et croissance urbaine dans la France du XIXe siècle, 1981), participe en 1985 avec le médiéviste Jacques Le Goff au colloque fondateur de la RATP à Royaumont (Crise de l’urbain, futur de la ville, « Propos d’étape »), contribue aux Lieux de mémoire de Pierre Nora (1984-1992 , « Le paysage du savant »). Mais la grande œuvre demeurera les deux tomes de l’Histoire de la France urbaine, patronnée par Georges Duby, où Marcel Roncayolo rédige des chapitres essentiels des deux tomes de La ville de l’âge industriel (1980) et de La ville aujourd’hui ; croissance urbaine et crise du citadin (1985). Maintes fois réédités en livre de poche (Points Seuil), c’est un succès de librairie. Il y manifeste toujours la même attention à traquer à travers les matérialités urbaines, permanences et continuités, mutations et résiliences, et discordances de temps des sociétés urbaines.

      Tour à tour géographe, historien, sociologue, économiste ou politiste, Marcel Roncayolo est inclassable, moins encyclopédiste qu’adepte d’une pluridisciplinarité active. Il est résolument convaincu de l’unité des sciences sociales, convoquant tour à tour Alain, Fustel de Coulanges, Mauss ou les sociologues américains. C’est sans doute cependant l’histoire qu’il a le plus étroitement articulée avec la matérialité de l’espace (Lectures de villes, formes et temps, 2002), au point qu’il fut souvent considéré comme un historien. Usant de la métaphore géologique, il considérait que la ville est à tout instant le résultat de l’affleurement de strates sociales, physiques, politiques d’âges divers. C’est pourquoi il préféra l’analyser à l’aune de la notion de territoire, plus propre à intégrer les temporalités, qu’à celle d’espace (Territoires, Editions Rue d’Ulm, 2016). Cette pluridisciplinarité pratiquée avec exigence le fait survivre aux modes qui ont tour à tour affecté la géographie contemporaine : la sociologie marxiste mécaniste, la modélisation quantitative, le fétichisme des représentations spatiales, et même aujourd’hui la toute puissance de la « géopolitique ». Un regret dans ce florilège : que le maître n’ait jamais songé à inscrire son cœur de doctrine dans une véritable somme synthétique. Un essai brillant, La ville et ses territoires (1990), des définitions souvent facétieuses dans ses réponses à Isabelle Chesneau (L’Abécédaire de Marcel Roncayolo, 2011), ne peuvent tout à fait en tenir lieu.

      A la réflexion, cette absence n’est pas un hasard. Si Marcel Roncayolo aimait la ville, toutes les villes, et certaines particulièrement, comme Rome, Paris et New-York, il restera le prince d’une seule ville : Marseille, à qui il vouera son dernier ouvrage (Le géographe dans sa ville, 2016), après lui avoir sept décennies auparavant consacré son premier article (« Evolution de la banlieue marseillaise dans la basse vallée de l’Huveaune », Annales de géographie, 1952). Itinéraire jalonné entre temps par des dizaines d’articles, une bonne poignée de livres et de manifestations dédiées à la métropole phocéeenne. La clef du mystère est peut-être la méfiance dans toute généralisation hâtive, dont ses maîtres en géographie urbaine, Raoul Blanchard pour les monographies, Pierre George pour les traités, l’avaient tour à tour vacciné. « D’abord il faut revenir à la géographie, en ce qui concerne la singularité des lieux, qui pourra éventuellement s’articuler à la notion d’héritage », répondait-il un peu mystérieusement à Villes en Parallèle en 2013 (« Carthagène Veracruz, villes-ports dans la mondialisation »).

      Pour terminer sur une note plus personnelle, celui que ses familiers appelaient « Ronca , » n’avait rien du savant austère. Il aimait la bonne chère, les matchs de l’OM (malheur à qui lui téléphonait ces soirs-là !), et, autant qu’il l’a pu, les promenades sur le Vieux Port, dans les grandes villes américaines ou les villes baroques siciliennes, et les étés dans le village corse de son épouse. Il chérissait sa famille, nombreuse, et par-dessus-tout, sa femme, Jeanie, trop tôt disparue. Qu’il repose en paix.

      Jacques Brun, Guy Burgel, Marie-Vic Ozouf-Marignier


  • Écologie politique et écoféminisme
    https://www.presages.fr/blog/2018/emilie-hache

    Emilie Hache est philosophe, maîtresse de conférences à l’université de Nanterre, et travaille sur l’écologie politique. Elle questionne les concepts et leurs effets, comme ceux d’anthropocène et d’effondrement, ces grandes notions anxiogènes qui nous placent sur des échelles donnant un sentiment d’impuissance. Elle invite à penser l’avenir sans la notion de progrès, à sortir de l’ensorcellement du capitalisme et de ses rapports de domination. La question du récit et des émotions est aussi au cœur du mouvement écoféministe, dont Émilie Hache est une des spécialistes en France. Durée : 55 min. Source : Présages

    https://feeds.soundcloud.com/stream/512227839-presages-podcast-emilie-hache.mp3


  • Un policier de la DGSI écroué pour vente d’informations confidentielles
    http://www.leparisien.fr/faits-divers/un-policier-de-la-dgsi-ecroue-pour-vente-d-informations-confidentielles-2

    Sur le Darknet, le gardien de la paix était notamment en contact avec des membres du crime organisé. Un policier affecté à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a été placé en garde à vue puis mis en examen le 26 septembre à Nanterre (Hauts-de-Seine). Il se trouve deux jours plus tard en détention provisoire. Ce gardien de la paix, appartenant à une division sensible du principal service de renseignement intérieur français, est soupçonné d’avoir monnayé les informations auxquelles il (...)

    #DGSI #police #monitoring


  • Super interview de 2013 : Rachid Taha : «  Liberté, égalité, fraternité, c’est devenu un slogan publicitaire  »
    Rosa Moussaoui et Marie-José Sirach, L’Humanité, le 22 novembre 2013
    https://www.humanite.fr/culture/rachid-taha-liberte-egalite-fraternite-c-est-deven-553643

    Un reportage sur Carte de Séjour en 1982 :
    https://www.youtube.com/watch?v=9vDc4YuZz1k

    L’Hymne antifasciste de 1993, Voilà Voilà :
    https://www.youtube.com/watch?v=YoUk9ksOKP4

    Ya Rayah en 1997, le clip officiel :
    https://www.youtube.com/watch?v=zp1m0xbkap4

    1,2,3 Soleils, le concert du siècle en 1999, avec Ida :
    https://www.youtube.com/watch?v=vVRsnDo0qcY

    Alliance punk arabe, il était logique qu’il adapte Rock el Casbah en 2004. Il était aussi logique qu’il la chante avec Mick Jones, en 2006 :
    https://www.youtube.com/watch?v=U76JhPVIoIs

    Le dernier morceau de son dernier disque studio en 2013 était une reprise de Voilà Voila, avec Brian Eno, Agnès b., Femi Kuti, Mick Jones, Christian Olivier, Eric Cantona, Camélia Jordana, Oxmo Puccino, Rachida Brachni, Sonia Rolland et Rodolphe Burger, conscient que la lutte contre le fascisme n’était pas terminée, mais sans lui ce sera encore plus difficile :
    https://www.youtube.com/watch?v=A6WIbvwcVUg

    Aussi ici :
    https://seenthis.net/messages/721451
    https://seenthis.net/messages/721454
    https://seenthis.net/messages/721475

    Très triste, encore... après Jacques Higelin et Aretha Franklin

    #Rachid_Taha #Musique #mort_en_2018


  • Droit à la Ville et luttes dans les quartiers populaires : défendons nos logements ! - Université d’été solidaire et rebelle des mouvements sociaux et citoyens

    https://ue2018.org/Droit-a-la-Ville-et-luttes-dans-les-quartiers-populaires-defendons-nos

    spécialement pour @cdb_77

    Droit à la Ville et luttes dans les quartiers populaires : défendons nos logements !

    Samedi 25 – 9h30-16h30 Amphi 5

    Modules

    Démocratie, municipalisme, droit à la ville

    50 ans après la publication du Droit à la ville, la question de la place des habitants dans la prise en main de leurs conditions de vie et de leur environnement urbain reste plus que prégnante. De nombreux quartiers sont concernés par des processus de gentrification, de spéculation immobilière, de financiarisation ou de rénovation urbaine entrainant l’éviction des classes populaires du centre vers les périphéries des métropoles. Face à ces dynamiques d’exclusion urbaine, des luttes d’habitant.es s’organisent, multipliant les initiatives et les résistances. Qu’il s’agisse de la politique de rénovation urbaine, ou plus récemment de la Loi ELAN, nous faisons face aujourd’hui à la déstructuration du logement social et à l’aggravation de la situation sociale notamment dans les quartiers populaires. A partir des expériences des participants, cette rencontre vise à articuler nos luttes, échanger sur nos stratégies communes et construire des campagnes d’action. Nous discuterons des perspectives des luttes d’habitants dans les quartiers populaires souvent liées au projet de rénovation urbaine. Nous prolongerons également les échanges suite aux activités organisées pour les 50 ans du Droit à la Ville dans plusieurs villes (Marseille, Lille, Paris, Nanterre, Lyon, Grenoble...). Quels ponts sont à construire, par exemple entre militants et universitaires, pour peser dans la production et l’organisation des villes ? Quelles articulations avec les collectifs qui luttent contre les démolitions de logements sociaux et la destruction du modèle du logement social ? Quelles initiatives pour défendre les communs urbains ? Quels sont nos besoins de formations et d’expertise citoyenne ? Quelles alternatives pour élaborer de nouvelles politiques urbaines municipales ou nationales favorables aux habitants des quartiers populaires ?

    #urban_matter


  • Benalla, jugé pour violences et relaxé en 2016

    https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/benalla-deja-juge-pour-violences-en-2016_2026833.html

    Le conseiller très particulier d’Emmanuel Macron a fait l’objet d’une plainte pour violences volontaires sur une femme en août 2015.

    Nous sommes en août 2015, et Alexandre Benalla, qui n’est pas encore ce jeune chargé de la sécurité d’Emmanuel Macron, fait l’objet d’une plainte déposée au commissariat de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). 

    Une femme, probablement membre de sa famille, l’accuse de « violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) supérieure à 8 jours ». Le 18 mars 2016, la 12e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre juge celui qui deviendra quelques mois plus tard conseiller au Palais de l’Élysée. Une décision de relaxe a été rendue, sans que les motifs du jugement en explicitent les raisons. 

    Sollicité par L’Express, le cabinet du président de la République dément avoir eu connaissance des démêlés judiciaires d’Alexandre Benalla. En tous cas, il semble invraisemblable que la sécurité d’Emmanuel Macron ait été confiée à un individu ayant fait l’objet d’une plainte pour violences physiques, même si ce dernier a été relaxé, et donc bénéficie d’un casier judiciaire vierge.


  • Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée
    https://www.lemonde.fr/emmanuel-macron/article/2018/07/20/affaire-benalla-quand-la-bande-d-alexandre-suit-macron-a-l-elysee_5334111_50

    Ce soir de printemps 2017, derrière la tribune, le jeune homme veille pour la première fois de sa vie sur un président de la République. Un Graal, à 25 ans. Quelques jours plus tard, le voilà à l’Elysée comme adjoint au chef de cabinet – une formule floue qui signifie qu’il s’occupe désormais du quotidien du président. Il dispose d’un bureau et d’une voiture de fonction.

    Le teaser de l’autrice est attirant, sur le virilisme de la sécurité macronienne, mais c’est derrière #paywall.

    Au SO, chacun son surnom : autour d’« Alex », il y a « Momo Testo » (pour « testostérone »), « Kamel Judoka » ou encore « Barbiche ». Sur une messagerie privée, Benalla résume ce que lui inspirent les consignes des policiers : ils n’ont qu’à « se faire enculer. »

    • Benalla, jugé pour violences et relaxé en 2016 - L’Express
      https://www.lexpress.fr/actualite/societe/fait-divers/benalla-deja-juge-pour-violences-en-2016_2026833.html

      Nous sommes en août 2015, et Alexandre Benalla, qui n’est pas encore ce jeune chargé de la sécurité d’Emmanuel Macron, fait l’objet d’une plainte déposée au commissariat de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

      Une femme, probablement membre de sa famille, l’accuse de « violences volontaires ayant entraîné une incapacité temporaire de travail (ITT) supérieure à 8 jours ». Le 18 mars 2016, la 12e chambre correctionnelle du tribunal de Nanterre juge celui qui deviendra quelques mois plus tard conseiller au Palais de l’Élysée. Une décision de relaxe a été rendue, sans que les motifs du jugement en explicitent les raisons.

      #viril

    • Affaire Benalla : quand la « bande d’Alexandre » suit Macron à l’Elysée

      Autour d’Alexandre Benalla s’était formée une équipe soudée qui ne quitte jamais le sillage du président.

      Un léger signe, discret, derrière une colonne. Un regard, un geste pour indiquer le chemin à suivre. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron fête sa victoire dans la cour du Louvre. Il marche dans la nuit, solitaire, au son de L’Hymne à la joie. Dans l’ombre, un homme accompagne ses pas jusqu’à l’estrade où il va prononcer son premier discours de chef d’Etat. Au pied de l’escalier de fer, le président tout frais élu abandonne sur sa gauche le guide de cette longue marche prési­dentielle, un homme brun de 25 ans qui s’éclipse en coulisse : Alexandre Benalla.

      Ce soir de printemps 2017, derrière la tribune, le jeune homme veille pour la première fois de sa vie sur un président de la République. Un Graal, à 25 ans. Quelques jours plus tard, le voilà à l’Elysée comme adjoint au chef de cabinet – une formule floue qui signifie qu’il s’occupe désormais du quotidien du président. Il dispose d’un bureau et d’une voiture de fonction.

      Quoique simple gendarme de réserve et alors que son expérience se limite à des missions de sécurité privée, le voilà chargé de superviser la protection d’Emmanuel Macron. Une étrangeté, puisque c’est d’ordinaire le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) qui est chargé de la sécurité du chef de l’Etat. Benalla et les hommes du GSPR (policiers et gendarmes) traitent désormais d’égal à égal. Non sans rivalités, de plus en plus aiguisées.

      « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron

      Dès l’été 2017, le nouveau « M. Sécurité » d’Emmanuel Macron accompagne le couple présidentiel dans la France entière : à vélo sur la route de la Corniche dans la station balnéaire du Touquet, le berceau de Brigitte Macron, sur les pistes de La Mongie, au cœur des Pyrénées, durant l’hiver. Mais aussi au Salon de l’agriculture, étape obligée des présidents français, ou dans l’Orne, pour sécuriser le village de Berd’huis avant le « 13 heures » de Jean-Pierre Pernaut, sur TF1, en avril. Autour de Benalla, d’autres personnages discrets de la campagne d’Emmanuel Macron qui ont, comme lui, suivi le candidat à l’Elysée après la fameuse soirée à la Pyramide du Louvre.

      L’équipe s’est formée pas à pas, entre la création d’En marche !, au printemps 2016, et la déclaration officielle de candidature, en novembre. La « bande d’Alexandre », comme l’appelle l’entourage du président, s’est soudée dans cette campagne électorale inédite dans l’histoire de la Ve République : un simple ministre, jamais élu, sans solide appareil derrière lui, porté au sommet de l’Etat.

      Emmanuel Macron installe son siège de campagne dans un immeuble de la rue de l’Abbé-Groult, dans le 15e arrondissement de Paris. Les « cerveaux » sont regroupés au sixième étage, les « gros bras » au quatrième. Le sixième, c’est l’étage d’Emmanuel Macron, « le chef ». Le quatrième, c’est celui d’Alexandre Benalla et du SO, le service d’ordre. « Alexandre était le seul à avoir accès au sixième », raconte un occupant du quatrième.

      Au quatrième, on croise Christian Guédon, un ancien officier du GIGN, responsable de la sécurité d’En marche ! aux débuts du parti – un de ces visages anonymes qu’on aperçoit, à la télévision, dans le sillage du président. Et puis Pierre-Yves Baratier, un ancien militaire reconverti dans la « protection rapprochée », et Vincent Crase, un officier de réserve de la gendarmerie, chargé de la sécurité de l’immeuble. Crase, c’est cet homme que l’on retrouve avec Alexandre Benalla, le 1er mai, place de la Contrescarpe, face à des manifestants qui les prennent pour des policiers.

      Armoire à glace

      Crase et Benalla se connaissaient bien avant de travailler ensemble pour le candidat Macron. A la veille des révélations du Monde, le premier nous assurait à peine connaître le second. En réalité, Crase a été le supérieur de Benalla avant de devenir son collaborateur dans la campagne. Selon des documents que nous nous sommes procurés, le capitaine Crase a dirigé en 2009 le stage de formation du gendarme réserviste Benalla, et a même signé l’attestation l’autorisant à manier un « pistolet automatique MAS G1 S ». Ils ne se sont plus perdus de vue. En 2016, au moment où se créait En marche !, les deux hommes ont fondé ensemble une éphémère Fédération française de la sécurité privée, qui, selon Vincent Crase, n’a « jamais eu d’activités ».

      Cette équipe du quatrième étage, on la retrouve aujourd’hui dispersée entre l’Elysée et le siège de La République en marche, mais toujours soudée. Au siège du parti présidentiel, Pierre-Yves Baratier et Vincent Crase dirigent la sécurité. Christian Guédon, lui, a retrouvé la gendarmerie et a suivi Emmanuel Macron à l’Elysée. Il est devenu l’une des « épaules » du chef de l’Etat – en jargon de garde du corps, celui qui reste collé juste derrière l’homme à protéger.

      C’est lui qu’on aperçoit dans une séquence filmée en janvier par « Quotidien », l’émission de TMC présentée par Yann Barthès. On y a rarement vu aussi nettement la proximité, voire la familiarité liant le président et ceux qui le protègent. Lors d’un déplacement, Emmanuel Macron signe des autographes en se moquant de Christian Guédon. Le garde du corps répond par un « enfoiré ! » et un « salaud ! », le président rit à gorge déployée.

      Ce sont les piliers de l’équipe hétéroclite qu’Alexandre Benalla a recrutée au siège de campagne. On y retrouve des gardes du corps expérimentés et des novices comme « Makao », l’armoire à glace qui a tant intrigué les médias pendant la campagne présidentielle avant de réapparaître sur les écrans en candidat de l’émission de télé-réalité « Secret Story ». C’est Alexandre Benalla qui aurait repéré et recruté ce « marcheur » ultra baraqué lors d’un déplacement du candidat Macron. Le SO peut aussi compter sur les vigiles de la société de sécurité privée Tego, recrutés pour sécuriser de nombreux meetings et déplacements, ainsi que sur les « helpers » – les bénévoles, en langage interne.

      « Infos inutiles »

      Au SO, l’ambiance est moins policée que dans le reste de l’équipe de campagne. A chacun son surnom : autour d’« Alex », il y a « Momo Testo » (pour « testostérone »), « Kamel Judoka » ou encore « Barbiche ». On croise aussi le chien de Vincent Crase. L’animal et son maître ont élu domicile le temps de la campagne dans une chambre aménagée au quatrième étage. Christian Guédon, l’ancien du GIGN, laisse parfois traîner dans les bureaux son Glock, un pistolet automatique.

      « Dans l’équipe, il y avait aussi quelques amis d’Alexandre plus “racailles”, on les appelait “les vigiles de boîtes de nuit” », raconte un ancien du SO. Un jour, ils se seraient même disputés avec un bénévole et lui auraient jeté une bouteille au visage. Le sixième étage n’en a rien su. « Alexandre considérait qu’il ne fallait pas remonter les infos inutiles au chef, explique un témoin. Il savait que Macron, attaché à la probité, allait surréagir. »

      Alexandre Benalla aime – déjà – jouer au policier. Il a l’idée de louer des monospaces Ford Galaxy bleu foncé, identiques à ceux utilisés par le groupe de sécurité de la présidence de la République. Il les fait équiper de gyrophares bleus, en théorie réservés aux forces de l’ordre (en juillet 2016, lorsqu’il était « chef de cabinet » du délégué interministériel Jean-Marc Mormeck, sans salaire – mais avec carte de visite –, il avait déjà négocié un gyrophare et un pare-soleil « police » pour le délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer).

      Pied sur l’accélérateur, on conduit « le chef » ou ses conseillers à leurs rendez-vous et aux meetings. Un passager se souvient d’un convoi emmenant le candidat sous la pluie vers un meeting dans l’est de la France, avec des pointes à 200 km/h : « A un moment, la voiture du “chef” a fait de l’aquaplanning sur l’autoroute, on s’est calmés. » Benalla tient aussi à équiper lui-même ses hommes. « On avait des gazeuses [des bombes lacrymogènes] de 400 ml, des grenades de dispersion, des matraques télescopiques en plastique, liste l’un d’eux. Ces armes nécessitent des autorisations qu’on n’avait pas toujours. »

      « Macron, une fois qu’il fait confiance, il n’y a plus de contrôle »

      En novembre 2016, Emmanuel Macron déclare enfin sa candidature. Il a désormais droit à une protection fournie par l’Etat. Le SO doit coordonner ses « missions » avec quelques policiers du service de la protection (SDLP) affectés à la campagne. Alexandre Benalla défend ses prérogatives. Dans des échanges entre membres du SO sur une messagerie privée, consultés par Le Monde, il résume ce que lui inspirent les consignes des policiers : ils n’ont qu’à « se faire enculer ». « Macron est un vrai entrepreneur donc il sait déléguer, mais une fois qu’il fait confiance, il n’y a plus de contrôle », analyse un ancien du service d’ordre de 2016, qui réclame comme tous les autres l’anonymat : « Dans la sécurité, tout le monde se connaît, personne ne tient à perdre son job. »

      Le 4 juin, pour fêter le premier anniversaire de sa victoire, Emmanuel Macron a invité à l’Elysée près de trois cents anciens piliers et petites mains de sa campagne. Les anciens du service d’ordre étaient présents, en masse. Alexandre Benalla les a accueillis, comme s’il était un peu chez lui. Il venait tout juste d’être père. Les violences de la Contrescarpe, le mardi 1er mai, et la discrète « suspension » de quinze jours signifiée par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron n’avaient pas fuité hors de l’Elysée. Pour lui, la fête était vraiment complète.

      Après leurs sanctions légères, Alexandre Benalla et Vincent Crase ne se sont pas cachés. Au contraire : au défilé du 14-Juillet sur les Champs-Elysées, on pouvait les croiser dans la tribune officielle, pas loin du « chef ». Parmi les invités, Vincent Crase, qui avait revêtu pour l’occasion son uniforme et ses galons d’officier de gendarmerie. Benalla, lui, assurait la sécurité de la tribune et des invités. C’était six jours avant sa garde à vue et son licenciement par l’Elysée.

    • « Alexandre considérait qu’il ne fallait pas remonter les infos inutiles au chef, explique un témoin. Il savait que Macron, attaché à la probité, allait surréagir. »

      Alexandre Benalla aime – déjà – jouer au policier. Il a l’idée de louer des monospaces Ford Galaxy bleu foncé, identiques à ceux utilisés par le groupe de sécurité de la présidence de la République. Il les fait équiper de gyrophares bleus, en théorie réservés aux forces de l’ordre

      « On avait des gazeuses [des bombes lacrymogènes] de 400 ml, des grenades de dispersion, des matraques télescopiques en plastique, liste l’un d’eux. Ces armes nécessitent des autorisations qu’on n’avait pas toujours. »


  • Hidalgo réfléchit à une police municipale armée, Béatrice Jérôme, LE MONDE | 17.07.2018
    https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2018/07/17/hidalgo-reflechit-a-une-police-municipale-armee_5332651_1653578.html

    A moins de deux ans des municipales, la maire de Paris dit ne pas avoir de « tabous » sur ce sujet sensible.

    Menace terroriste, protection des touristes, délinquance, cambriolages en hausse, tensions croissantes dans les quartiers populaires, théâtres de trafic de stupéfiant ou de rixes mortelles entre bandes… Face à l’insécurité à Paris, Anne Hidalgo ne veut pas rester l’arme au pied. Longtemps hostile à la création d’une police municipale, la maire de la capitale prépare un aggiornamento. « Pourquoi pas une police parisienne ? », a-t-elle confié, le 2 juillet, à quelques journalistes, avant d’ajouter : « Sur l’armement non plus, je n’ai pas de tabous ».

    Un changement important dans cette capitale où la sécurité est avant tout de la responsabilité de la police nationale. Selon ses mots, la maire juge que « le dispositif est perfectible, tant en termes de moyens que de répartitions des compétences », à propos du partage des rôles entre policiers nationaux et agents de sécurité de la ville.

    Lire aussi : Police municipale à Paris : un débat juridique épineux, dans un contexte particulier
    https://lemonde.fr/police-justice/article/2018/07/17/police-municipale-a-paris-un-debat-juridique-epineux-dans-un-contexte-partic

    Si elle préempte le débat à deux ans des municipales, elle se garde de le trancher. Une façon de ne pas braquer les écologistes et les communistes, qui, au sein de sa majorité, sont vent debout contre une police municipale, armée ou pas. Elle fera « des propositions » début 2019 au vu d’un audit indépendant commandé par la ville et qui sera rendu à la fin de l’année.

    Futur sujet pour les municipales

    Enlisée par ailleurs dans le fiasco de Vélib’ et critiquée sur la propreté de sa ville, Mme Hidalgo entend couper l’herbe sous le pied de ses adversaires qui ne manqueront pas de lui reprocher son bilan en matière de sécurité. Parmi ses concurrents éventuels en 2020, Pierre-Yves Bournazel, député (Agir) de Paris prône depuis longtemps la création d’une police municipale armée, à l’instar de la droite et de l’UDI-MoDem à Paris. Gaspard Gantzer, à la tête de son mouvement « Parisiennes, Parisiens », estime qu’« une police parisienne armée est une des toutes premières priorités pour Paris ». « Il faudra une police municipale armée à Paris, confie également Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement qui se prépare à défier la maire sortante. Mais c’est bien beau de le dire. On fait comment ? Moi je consulte, j’y travaille. »

    Elle a beau être à l’offensive, la maire de Paris sait que le terrain est miné. Et ce n’est pas le rapport confidentiel posé sur son bureau depuis mai qui devrait la rassurer. L’étude de 120 pages que Le Monde s’est procurée, commandée à un administrateur de la ville, Hervé Hulin, visait à répondre aux revendications des syndicats en faveur d’un armement renforcé des agents après la mort du policier Xavier Jugelé, en avril 2017, lors d’une attaque terroriste sur les Champs-Elysées. Consacré à l’armement des agents parisiens, le rapport estime que « le statu quo » paraît « difficile ». Mais il insiste sur « les risques et les dangers » d’une évolution et rappelle que leurs missions actuelles ne l’exigent pas.

    En créant en 2016 la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP), Mme Hidalgo lui a assigné la lutte contre les incivilités du quotidien. Les 1 200 agents de surveillance de Paris (ASP) transférés le 1er janvier 2018 à la DPSP, en passant de la tutelle du préfet à celle de la Ville, y sont uniquement chargés du stationnement gênant et de la régulation de la circulation. Quant aux 900 inspecteurs de sécurité de la Ville (ISVP), leur première mission est de sévir contre les atteintes à la propreté (jets de mégots, dépôts sauvages, épanchement d’urine, crottes de chien) et contre les nuisances sonores dans les lieux publics.

    Baisse d’effectifs

    Dans les faits, pourtant, les interventions des ISVP confinent à des opérations de maintien de l’ordre. Qu’il s’agisse de fermer certains parcs la nuit, de barrer les voitures sur les Champs-Elysées piétons une fois par mois ou de lutter contre les ventes à la sauvette dans le 18e arrondissement… « Le public rencontré est plus difficile. Les gens sont moins dans le dialogue, plus dans l’agressivité », observe Frédéric Frémont, représentant CGT au sein de la DPSP.

    Les ISVP interviennent aussi de plus en plus aux côtés de la police nationale, de façon programmée ou imprévue, comme lors des attentats du 13 novembre 2015 ou de l’agression d’un militaire près du Louvre en février 2017. Avec leur uniforme bleu barré du mot « sécurité », ils sont souvent assimilés à des policiers municipaux, voire nationaux, sans avoir les mêmes armes. Outre une matraque et une bombe lacrymogène, comme les ASP, les ISVP sont dotés d’un bâton de défense, de type Tonfa.

    Dans leurs rangs, la demande d’un armement plus offensif est pressante depuis les attentats terroristes. Tous les syndicats, hormis le Supap-FSU, réclament des pistolets électriques de type Taser ou des Flash-Ball. « Nous sommes des cibles potentielles en cas d’attaques, explique Laurent Zignone, président de l’Union des cadres de Paris (UCP) au sein de la DPSP. Nous armer nous permettrait de nous protéger et de pouvoir défendre les usagers ». La plupart des organisations – UNSA, CFTC, FO, UCP, CGT – sont favorables à des armes létales pour une partie des agents et dans certaines missions. Mais le rapport Hulin souligne « la complexité » qu’engendrerait une telle décision : risque d’accidents sur les agents, exigences d’une formation, d’une protection contre le vol des armes… Armer les 900 ISVP aurait un coût élevé, qu’il estime à 10,7 millions d’euros par an.

    Plus largement, le rapport met en garde contre l’effet contre-productif d’un armement renforcé – létal ou non. Alors que la Mairie de Paris déplore la baisse régulière depuis des années des effectifs policiers à Paris, l’armement des personnels de la ville « entraînerait une restriction du nombre d’agents de police sur la voie publique », explique l’étude. A Lyon, Marseille ou Toulouse, après l’équipement de la police locale en armes létales, les effectifs de la police nationale sur le terrain ont diminué. Les agents parisiens armés devraient « assurer des missions de maintien de l’ordre qui ne sont pas de leur compétence », insiste le rapport.

    Cette crainte se fait d’ores et déjà jour au sein de la DPSP. « Notre vocation n’est pas de devenir une variable d’ajustement de la police nationale, prévient Sylvie Borst, directrice adjointe de la DPSP. Aujourd’hui, lorsqu’ils sont sollicités par la police nationale pour prêter main-forte lors d’une opération Vigipirate, nos agents peuvent refuser au motif qu’ils ne sont pas armés. Armés, ils n’auront plus la possibilité d’invoquer cette raison. »

    « Fragilité au niveau du droit »

    Le rapport préconise du coup un scénario très circonscrit qui consisterait à armer de pistolet de type Taser la seule Brigade d’intervention de Paris, unité « volante » de la DPSP, qui compte 300 ISVP. M. Hulin reconnaît que ce scénario ne répond pas « aux inquiétudes des agents face au risque terroriste », contrairement aux armes à feu.

    Qu’il soit létal ou pas, un armement renforcé supposerait une nouvelle loi, assure le rapport. A la demande de M. Hulin, la direction des affaires juridique de la ville a conduit une expertise de la loi d’avril 1999 qui autorise les maires à armer les policiers municipaux. Dans sa note de novembre 2017, la Ville estime que la règle ne s’applique pas aux agents de sécurité de Paris car ils n’ont pas le statut de policiers municipaux et ne sont pas mentionnés dans le texte de loi. Selon le rapport Hulin, cette « fragilité au niveau du droit » « exposerait la Ville » en cas d’usage d’une arme par un de ses agents à des « recours » ou des « contentieux ».

    Le débat sur la nécessité d’armer les agents de la municipalité est loin d’être clos. Interrogé par Le Monde, le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, voit en tout cas plutôt d’un bon œil cette possibilité. Selon son cabinet, le cadre juridique actuel permet aux agents de la Ville chargés d’un service de police de détenir une arme de poing. « L’amélioration de la sécurité à Paris suppose une complémentarité et la coordination entre les agents de la Ville et les policiers. C’est le sens de la première convention que j’ai signée, en mars, avec Mme Hidalgo », estime le préfet.

    La préfecture considère que, dans la capitale comme ailleurs, le maire peut prendre l’initiative d’armer ses agents et l’Etat valide par un arrêté ministériel. En clair, Mme Hidalgo aurait, selon le préfet de police, non seulement le choix des armes mais aussi celui de créer – ou non – une police municipale. Si la balle est dans son camp, le dilemme est plus cruel encore.

    En 1978, Paris Maquis, « inventer la liberté »
    https://www.youtube.com/watch?v=KW-peug4e8s

    #Paris #sécuritaire #police_municipale #armes

    • « L’heure est venue de créer une police municipale parisienne », Tribune Le Monde

      Deux élus parisiens, Benjamin Djiane, apparenté PS, et Vincent Baladi, divers droite, appellent, dans une tribune au « Monde », à dépasser les clivages partisans afin de lutter efficacement contre l’insécurité dans la capitale.

      Tribune. Contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là, le dernier Conseil de Paris des 2,3 et 4 juillet n’a rien tranché d’une épineuse question. Au contraire, il a écrit une nouvelle page de cette sempiternelle « saga », celle de la création d’une police municipale. Alors que la question lui était posée, la majorité municipale vient, à nouveau, de rejeter cette idée, préférant – comme toujours dans les situations où l’on ne veut pas décider – lancer un « grand audit » de la sécurité des Parisiens, c’est-à-dire élever une immense montagne qui, on peut le craindre, accouchera d’une souris.

      C’est une perte de temps. Une de plus. Un manque de courage également. Car l’heure est venue de créer une police municipale parisienne, sans tergiverser, en dépassant toutes les réticences dogmatiques, en allant également au-delà des clivages partisans, comme nous nous efforçons ici de le faire en cosignant ce texte. Nous devons avoir pour ambition une large adhésion, à droite comme à gauche, parce qu’une telle réforme engage la Ville de Paris, non pas pour une mandature, mais vers un changement structurel, lourd budgétairement, mais indispensable.

      Les policiers nationaux font déjà énormément

      Nous sommes en effet passés, ces dernières années, au rythme des transferts réguliers de compétences, d’une situation où la préfecture de police faisait tout, à une situation où la Ville de Paris doit remplir davantage de missions – circulation et stationnement, salubrité publique, bruits de voisinage, occupation illicite de l’espace public, prévention et répression des incivilités – sans pour autant s’être dotée des moyens humains adaptés. Si bien que nous nous trouvons dans la pire des configurations : l’entre-deux, c’est-à-dire moins de missions pour la police nationale (en tout cas sur le papier) et pas de police municipale, pour autant, pour prendre véritablement le relais. La conséquence ? Une dégradation de la tranquillité et de la sécurité des habitants. C’est vrai dans le centre de Paris. C’est vrai malheureusement partout, depuis la porte de Vanves (au sud de la capitale) jusqu’à celle de La Chapelle (au nord).

      Comme de nombreux élus d’arrondissement chargés de ces questions, nous sommes las de devoir toujours répondre aux habitants, qui légitimement nous interpellent, « ceci n’est pas de ma compétence » alors que ces derniers attendent justement de leurs élus locaux de régler leurs problèmes, d’avoir prise sur ce qui pourrit la vie de tous les jours : confiscation de l’espace public, vendeurs à la sauvette, noctambules bruyants ou en état d’ébriété, altercations, actes de vandalisme… La liste est longue.

      Nous dénonçons ce confort qui consiste à toujours tout renvoyer vers le préfet de police, à charger la barque, tout en s’en lavant les mains. Les policiers nationaux font déjà énormément, avec énormément de courage. Les Parisiens voient notamment combien ils sont mobilisés face à la menace terroriste. Il s’agit à un moment pour la capitale et ses élus d’assumer leurs responsabilités.

      Une force de soutien

      Berlin, Madrid, Rome ont leur police municipale. Paris, de manière paradoxale, toujours pas ! De manière d’autant plus paradoxale quand on sait que la préfecture de police a compétence sur l’ensemble de l’agglomération parisienne. Ce qui veut dire que dans de nombreuses communes de la périphérie directe de Paris, dans les Hauts-de-Seine, la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne (par exemple à Nanterre, Courbevoie, au Raincy, aux Lilas, à Nogent-sur-Marne ou Ivry-sur-Seine), la police nationale – la même qui intervient dans les arrondissements parisiens – est épaulée par des policiers municipaux. Paris intramuros, pourtant soumis aux mêmes phénomènes, fait exception. Le seul principe d’efficacité justifierait le contraire.

      Le principe de réalité aussi. C’est une certitude : les effectifs de la police nationale ne sont pas appelés à augmenter au cours des prochaines années. Et la fameuse Police de sécurité du quotidien [lancée par Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur, en février 2018], sans effectifs supplémentaires, ne suffira pas à régler tous les problèmes. Il appartiendra donc, de plus en plus, aux maires d’assurer la sécurité publique, même si rien ne remplacera jamais la police nationale. Coupons court à tous les fantasmes : il ne s’agit pas de se substituer à cette dernière. Elle doit conserver ses missions essentielles : lutte contre la criminalité et la délinquance, maintien de l’ordre public, en particulier en cas de troubles graves, sécurisation des grandes réunions et manifestations. L’objectif est bien de créer une force de soutien intervenant dans un cadre précis.

      Dans toutes les communes de France ayant une police municipale, des conventions, établies sous l’autorité des préfets, précisent la nature, l’amplitude horaire et les lieux d’intervention des agents municipaux. Elles déterminent également les modalités de coordination avec les forces de police ou de gendarmerie, notamment en matière d’opérations de maintien de l’ordre public. Cette démarche devra être menée à Paris pour établir un périmètre des compétences adapté qui prenne bien en compte les zones intéressant l’Etat, celles liées à sa mission exclusive de protection du siège des institutions de la République et des représentations diplomatiques.

      Des négociations sont également possibles en matière judiciaire. Les policiers municipaux n’ont aucun pouvoir d’enquête ou d’interrogatoire, mais en cas de flagrant délit, ils peuvent bien évidemment intervenir, constater, entamer des procédures. On pourra également envisager un état-major et une salle de commandement communs.

      Plan de recrutement

      Toutes ces questions réclament sérieux et volonté d’aboutir. Il ne suffit pas de petites déclarations politiques opportunes, qui viennent d’ailleurs pour certaines contredire les positions constantes du passé. Il faut de vrais engagements mutuels, durables, entre la Ville de Paris et la préfecture de police pour continuer d’avancer dans un climat de confiance, vital pour la bonne entente sur le terrain. Et donc pour protéger les Parisiens. Concrètement, il faut, pour la Ville de Paris, s’engager sur un plan d’action qui couvrira au moins la durée d’une mandature, car on ne crée pas une police municipale d’un claquement de doigts, en partant de rien.

      Ce plan d’action, c’est d’abord un plan de recrutement, pour faire venir des cadres issus de la police et de la gendarmerie nationales ou d’autres polices municipales. L’intégration de ces compétences est indispensable pour aider à bâtir une force crédible. A ces recrutements doit s’ajouter un plan de formation massif. On ne fait pas, du jour au lendemain, des agents actuels de la direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) des policiers municipaux. Il faut développer les aptitudes, les bons réflexes, les conditions physiques. Il faut enfin un plan d’équipement ambitieux intégrant le développement de la vidéoprotection, les nouvelles technologies, en particulier l’Internet des objets qui est un appui précieux pour la sécurisation bâtimentaire, la bonne coordination des équipages ou bien encore l’objectivation en temps réel des nuisances.

      Ce plan d’équipement doit intégrer les questions de l’armement. Dans ce domaine, il convient de lever un tabou. Oui, les policiers municipaux à Paris devront, comme la législation le permet, être équipés d’#armes_létales. Mais pas n’importe comment ! Et surtout pas tous d’un coup. Dire le contraire, c’est être candide. On peut envisager que, dans un premier temps, seuls les anciens policiers ou gendarmes pourraient porter une arme à feu. Puis, au fur et à mesure des montées en compétence des personnels, ce type d’armement pourrait être étendu.

      Quoi qu’il en soit, la question des équipements ne doit pas précéder la réflexion sur leur finalité. L’enjeu, c’est surtout de donner à l’ensemble des personnels des moyens matériels (Taser, matraques tonfa, gilets pare-balles, véhicules automobiles performants…) permettant d’être réactifs, dissuasifs et garantissant un haut niveau de protection pour tous. Ce qui jouera notamment sur le ressenti de la population.

      Voilà en quelques lignes, sans démagogie, l’immense chantier qui pourrait être devant nous. On peut regretter qu’il n’ait pas été entamé plus tôt, tant dans les grandes villes françaises la complémentarité entre les forces de sécurité a permis des améliorations très sensibles des conditions de vie des habitants. Il faudra, à partir de 2020, avancer une bonne fois pour toutes. Et avec des idées très claires.

      Benjamin Djiane, adjoint au maire du 3e arrondissement de Paris, chargé de la sécurité (apparenté PS) et Vincent Baladi, adjoint au maire du 8e arrondissement de Paris, chargé de la sécurité (divers droite).


  • Un Français écope de 3 mois de prison ferme pour des menaces en ligne contre Nikita Belluci
    https://www.numerama.com/politique/393343-un-francais-ecope-de-3-mois-de-prison-fermes-pour-des-menaces-en-li

    Le procès du harceleur de Nikita Belluci s’est tenu le 6 juillet 2018. Le délibéré a condamné le prévenu à 18 mois de prison dont 15 avec sursis, pour les faits de harcèlement et de menaces qui lui étaient reprochés. Quelques jours après la condamnation de deux individus qui ont harcelé la journaliste Nadia Daam en ligne, une autre affaire a été ouverte en justice ce 6 juillet 2018 devant la 16e chambre de Nanterre. Un Français, accusé d’avoir harcelé Nikita Belluci, ancienne actrice pornographique, a (...)

    #harcèlement #procès #viol


  • Le Commun : la nouvelle alternative - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=I8ojfBD1diA

    Très riche présentation en une heure de la question des communs (et du commun). Des pratiques aux revendications instituantes.

    Le Commun est désormais le terme central de l’alternative au néolibéralisme. Les revendications autour du commun sont apparues dans le mouvement altermondialiste et écologique à la fin des années 90. Elles ont pris pour référence l’ancien terme de “commons ”, en cherchant à s’opposer à ce qui était perçu comme une “nouvelle vague d’enclosures ”. Commun est aussi le terme de référence d’une intense réflexion théorique et de nombreux travaux empiriques, à l’initiative d’Elinor Ostrom, portant sur la gestion des ressources collectives. Com- mun est en ce sens le nom d’une résistance à l’appropriation capitaliste et étatique et d’une recherche pratique de nouvelles formes d’autogouvernement. C’est cette donne nouvelle, ce moment singulier, que Christian Laval, professeur de sociologie à l’université Paris Ouest Nanterre la Défense, nous propose d’analyser.

    #Communs #Christian_Laval #Conférence


  • Plainte déposée contre Françoise Nyssen : peut-on vraiment parler de « racisme anti-blanc » ? - LCI
    https://www.lci.fr/societe/plainte-deposee-contre-francoise-nyssen-peut-on-vraiment-parler-de-racisme-anti-

    L’OLRA, organisation de lutte contre le racisme anti-blanc, a porté plainte contre la ministre de la Culture Françoise Nyssen après qu’elle a fustigé « les hommes blancs de 50 ans ». Mais au fait, peut-on vraiment parler de « racisme anti-blanc » ? À quelle réalité sociologique cette expression correspond-elle ?

    « Tu n’es plus seule ». En affichant, mardi 4 juin, son soutien à Delphine Ernotte, la ministre de la Culture Françoise Nyssen s’est exposée à une plainte. L’OLRA - pour organisation de lutte contre le racisme anti-blanc - a en effet décidé mardi 3 juillet de traduire en justice la membre du gouvernement, dans la foulée de sa déclaration. En cause ? Cette référence à une ancienne sortie de la patronne de France Télé, qui déplorait en 2015 le manque de diversité à l’antenne en parlant d’une « télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans ». Le soutien est clairement affiché de la part de la ministre : « Delphine, tu as dû te sentir bien seule lorsque tu portais un constat, à la fois évident et courageux. Tu sais : ’l’homme blanc de plus de 50 ans’ ».

    L’OLRA, qui se présente comme une « association laïque et apolitique » dénonçant et condamnant « le racisme sous toutes ses formes » et dont « l’action est particulièrement centrée sur le racisme anti-blancs », a vu dans cette déclaration une stigmatisation des hommes blancs. Mais quelle est la réalité sociologique du « racisme anti-blanc » ? Cette expression en elle-même dépeint-elle une situation observable, vécue, au sein de notre société ? Pour le savoir, nous avons posé la question à deux chercheuses spécialistes de ces questions.

    Le racisme comme un système

    Pour parler de « racisme anti-blanc », disent-elles, il faut d’abord s’accorder sur la définition... du racisme. « Si on voit le racisme comme un rapport social, une relation de domination au niveau macro-sociologique, alors on ne peut pas considérer qu’en France, aujourd’hui, les personnes considérées comme ’blanches’ fassent l’objet d’inégalités statistiquement significatives en raison de ce facteur » nous explique Marie Peretti-Ndiaye, docteure en sociologie et chercheuse invitée au CREF (Centre de recherches éducation et formation) Paris Nanterre. « En revanche, si le racisme est défini comme un phénomène se jouant au niveau individuel, à une plus petite échelle, alors on peut trouver quelques situations très circonscrites de personnes considérées comme blanches dans une situation qui leur est défavorable. »

    Or, complète Charlotte Recoquillon, chercheuse à l’institut français de géopolitique, « c’est la définition étendue du racisme qui fait oeuvre dans notre société et qui est retenue dans les travaux sociologiques ». Elle ajoute : « Cette définition voit le racisme comme un système, un ordre social, dont découlent des privilèges. Personne ne nie que certaines attitudes, ponctuellement, peuvent nuire à des personnes dites blanches. Mais cela ne détermine pas leur position sociale, leur rapport aux autres. » C’est pour cela, conclut-elle, que d’un point de vue sociologique, « le racisme anti-blanc n’existe pas ».

    Le « racisme anti-blanc » n’a pas le caractère « d’une expérience de masse »

    La longue étude de l’Ined sur la diversité des populations en France, publiée en 2016, ne dit pas autre chose. Les chercheurs qui ont participé à cette enquête constatent que les personnes nées en France métropolitaine de parents français à la naissance et bénéficiant d’un certain capital économique, sont les moins concernées par l’expérience du racisme. Les chercheurs précisent ainsi : « seulement 15% des personnes de cette population déclarent en avoir été la cible au cours de leur existence, contre par exemple 60% des descendants d’immigrés d’Afrique subsaharienne. » Les manifestations de racisme à l’encontre des personnes blanches n’ont donc, selon l’étude, « pas le caractère d’une expérience de masse ».

    En outre, les chercheurs concluent : « Le racisme des minoritaires à l’encontre des majoritaires peut blesser verbalement, voire être agressif physiquement, mais il ne fait pas système et ne produit pas d’inégalités sociales. » En d’autres termes, sans remettre en cause des situations isolées qui peuvent être vécues comme injustes, l’expérience du racisme à l’égard des blancs ne constitue pas, en France, un système à part entière.
    Les privilèges existent du fait des discriminationsCharlotte Recoquillon

    Mais si le « racisme anti-blanc » est une fiction d’un point de vue sociologique, la récupération - souvent politique - de cette expression, n’a quant à elle rien de virtuel. Pour n’en citer qu’un exemple, Jean-François Copé, alors secrétaire général de l’UMP, écrivait dès 2012 dans son « Manifeste pour une droite décomplexée » : « Je sais que je brise un tabou en employant le terme de ’racisme anti-blanc’ mais je le fais à dessein, parce que c’est la vérité que vivent certains de nos concitoyens et que le silence ne fait qu’aggraver les traumatismes ».

    Rien de plus normal que cette réaction, selon Charlotte Recoquillon : « Qui a le plus à perdre dans la mise en cause du racisme, si ce n’est les personnes qui bénéficient des positions de pouvoir ? Les privilèges existent du fait des discriminations. Certains se sentent menacés par les revendications des groupes qui sont jusqu’à présent discriminés. Par exemple, si on veut une parité dans les prises de parole, cela implique que certains... laissent la parole. »

    #racisme #sexisme #fragilité_blanche #privilèges


  • Amatrices et amateurs de #musique_arabe ou plutôt de #musiques_arabes, la dernière Nuit de #France_Culture y est consacrée :

    #Jacqueline_Caux : « Pour les musiques arabes, j’emploie toujours le pluriel car il y de telles diversités, de telles différences entre chaque pays des mondes arabes... »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuits-musiques-et-voix-du-monde-arabe-12-entretien-12-avec-jacqueline-

    Jacqueline Caux, avec son mari #Daniel_Caux, a fait partie, depuis le début des années 70, des passeurs et importateurs des courants musicaux les plus divers et les plus lointains. Cette Nuit dédiée aux « Musiques et Voix du Monde Arabe » est aussi l’occasion de saluer Daniel Caux par deux archives.

    http://rf.proxycast.org/1448680454067593216/13915-22.06.2018-ITEMA_21717641-9.mp3

    Jacqueline Caux : « Les musiques arabes sont toujours très diverses du #raï au #chaâbi-électro-pop, en passant par le #rap »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuits-musiques-et-voix-du-monde-arabe-12-entretien-22-avec-jacqueline-

    Jacqueline Caux, avec son mari Daniel Caux, a fait partie depuis le début des années 70 des grands passeurs et importateurs des courants musicaux les plus divers, les plus avant-gardistes et les plus lointains. Cette Nuit avec elle est aussi l’occasion de saluer Daniel Caux, par deux archives.

    http://rf.proxycast.org/1448680486472785920/13915-22.06.2018-ITEMA_21717641-13.mp3

    #Warda, « la rose algérienne » : « C’est à Paris que j’ai appris à aimer mon pays qui est l’Algérie et l’Egypte et la musique »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuits-magnetiques-un-conte-des-mille-et-une-nuits-avec-warda-lalgerien

    L’émission"Les Nuits magnétiques" proposait en 1984 un portrait de Warda Al-Jazairia, grande diva de la musique arabe. Un portrait intitulé « Un conte des mille et une nuits avec Warda l’Algérienne » (1ère diffusion : 20/11/1984).

    http://rf.proxycast.org/1448680478323253248/13915-22.06.2018-ITEMA_21717641-12.mp3

    Balade au #Bejaïa_Club à Barbès, haut lieu du raï
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/atelier-de-creation-radiophonique-barbes-stalingrad-ya-rayi-1ere-diffu

    L’Atelier de Création Radiophonique proposait en mai 2000 une immersion dans la musique raï à travers un reportage au Bejaïa Club à Barbès, haut lieu de cette musique qui naquit à Oran au début du XXème siècle. Le reportage s’intitule « Barbès Stalingrad : Ya Rayi ! » (1ère diffusion : 07/05/2000)

    http://rf.proxycast.org/1448680471239073792/13915-22.06.2018-ITEMA_21717641-11.mp3

    #Ahmed_Fouad_Negm : « Avec Cheikh Imam et Mohamed Ali nous sommes un maillon de la chaîne des artistes qui se sont rangés du côté du peuple »
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-nuits-de-france-culture/nuits-magnetiques-le-cheikh-imam-a-paris-1ere-diffusion-16041984

    « Nuits magnétiques - Le Cheikh Imam à Paris » cette émission proposait en 1984 un portrait du chanteur égyptien qui, accompagné de son luth, chantait la condition des plus pauvres, leurs humiliations et la corruption de l’état. Portrait à la veille d’un récital au Théâtre des Amandiers de Nanterre.

    http://rf.proxycast.org/1448680463357976576/13915-22.06.2018-ITEMA_21717641-10.mp3

    #audio #radio


  • Afrique du Sud : le traditionalisme et le masculinisme au secours du pouvoir politique
    https://joellepalmieri.wordpress.com/2018/06/18/afrique-du-sud-le-traditionalisme-et-le-masculinisme-au-se

    La sexualité s’est imposée au cœur du discours des dirigeants politiques sud-africains et en particulier de son ancien président en exercice, Jacob Zuma. Elle se double du recours régulier aux registres du traditionalisme et du masculinisme, au point qu’on assiste à un masculinisme politique. Dans un contexte d’augmentation constante de la pauvreté, de déploiement de … Lire la suite →


    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa

    • L’étude Understanding Men’s Health and the Use of Violence : Interface of Rape and HIV in South Africa, publiée en 2009 par le Medical Research Council (MRC), apporte un éclairage important sur la question des viols. Un jeune Sud-Africain sur quatre reconnaît avoir violé au moins une fois dans sa vie. La moitié des hommes sondés au cours de l’étude du MRC avaient moins de 25 ans et 70 % moins de 30 ans. Selon le rapport, sur les 27,6 % d’hommes ayant commis un viol, « 23,2 % ont déclaré avoir violé deux ou trois femmes, 8,4 % quatre à cinq femmes, 7,1 % six à dix, et 7,7 % plus de 10 femmes ou filles ». Une recherche menée par le même organisme en 2001 auprès de 11 735 femmes interrogées en 1998 montrait que 153 d’entre elles témoignaient avoir été violées avant l’âge de 15 ans. Pour ce 1,3 % d’adolescentes, 85 % des viols avaient été commis entre l’âge de 10 et 14 ans et 15 % entre 5 et 9 ans. Le viol touche même des petites filles de cinq mois[34]. Les violeurs comme les violées sont très jeunes (adolescents) au point qu’on pourrait estimer que le viol est considéré par ces jeunes comme le seul mode de relations sexuelles.

      Selon une recherche menée en 2002 sur le viol des jeunes filles pour le journal The Lancet, 21 % des violeurs sont des proches, 21 % des étrangers ou des connaissances récentes, et 10 % des petits amis[35]. Il existe une forte causalité de proximité. Selon une enquête menée par le groupe de recherche Community Information Empowerment and Transparency auprès de 300 000 enfants et adolescents de 10 à 19 ans dans 1 418 écoles et lycées du pays, 27 % des filles ou adolescentes violées par « quelqu’un qu’[elles] connai[ssen]t » ne considèrent pas l’acte comme une violence sexuelle, pas plus que les « attouchements non consentis »[36]. Cette constatation témoigne des biais dans les représentations de la violence dans ce pays, au point qu’il existe une distorsion entre sexualité et violence. Autrement dit, les rapports sexuels sont tellement entendus par les adolescentes comme « normalement » violents qu’il n’existe pas d’imaginaire de ces relations sexuelles, lié au désir, au plaisir ou à la libre disposition de son corps. De la même façon, plus d’un quart des jeunes garçons violeurs affirment que « les filles aiment être violées ». Le viol, les violences, procèdent d’une « adaptation à la survie dans une société violente ». Ils traversent les relations sociales et les dominent.

      La plupart des viols sont perpétrés par des Noirs sur des Noires, et à une moindre échelle par des Noirs sur des Blanches (un sur dix), celles-ci ayant davantage les moyens financiers d’assurer leur sécurité personnelle[37].

      Les données les plus récentes du SAPS[38] établissent qu’entre avril et décembre 2016, 42 496 cas de viol ont été rapportés. Mais une étude nationale de 2017 intitulée Rape statistics in South Africa estime le taux de viol réel à 77 pour 100 000[39]. En 2015, le taux de viol réel est estimé à 80 pour 100 000, soit plus du double du taux d’homicide (déjà très important, nous venons de le voir) pour la même période. De fait, les statistiques fournies par la police ne reflètent pas la réalité. Par ailleurs, il n’existe pas de données désagrégées par classe, sexe, race, âge. Les tendances et modèles sont donc difficiles à élaborer de façon appropriée. Comme Kath Dey, directrice de Rape Crisis, le précise, « les agressions sexuelles ne sont pas regroupées par classe ou race, santé ou pauvreté, genre ou âge. Elles peuvent avoir lieu n’importe où, n’importe quand »[40].

    • Globalement, les victimes sont tuées par balle. 66,30 % des criminels possédaient légalement une arme à feu au moment du meurtre et 58 % d’entre eux étaient employés dans le secteur de la sécurité. Ce constat s’ajoute à celui qui établit que 64,90 % des féminicides intimes auraient pu être évités si l’auteur n’avait pas légalement possédé une arme mortelle. De plus, l’étude de 2004 du Medical Research Council montre que la grande majorité des homicides de femmes restent impunis, avec moins de 37,3 % des crimes conduisant à une condamnation sous deux ans[54].

      Ca me fait pensé à l’autorisation du port d’arme pour les vigiles et pour les flics d’être armés à domicile. Voir si les féminicides augmentent depuis.

    • La relation de cause à effet est claire... ie la relation entre militarisation des sociétés, banalisation de la circulation des armes, sexualisation des discours des dirigeants politiques et homicides volontaires de femmes... je l’evoque dans un autre article (publication à venir) et en parlerai fin août à la fac de Nanterre lors du congrès féministe francophone https://joellepalmieri.wordpress.com/2018/06/07/militarisme-militarisation-et-univers-militaires-limpact-c

    • Merci @demeter tes articles sont passionnants. Je suis bien contente que tu sois sur @seenthis
      Par rapport à la militarisation, c’est un système qui fabrique de la #fraternité et la #fraternité est une organisation masculine qui a pour but d’exclue et opprimer les femmes. C’est en plus une fraternité ultra misogyne, avec un culte des armes, de la mort, de la hierarchie, de la violence et de la domination. Tu l’as probablement deja lu mais je te conseil sur ce sujet : BALLAST Bérengère Kolly : « La #fraternité exclut les #femmes »
      https://seenthis.net/messages/420859

    • Très intéressant en effet. Dans la liste des cultes je rajouterais l’ordre et la morale...
      La militarisation est surtout à mettre en relation avec le système militaro-industriel qui vise entre autres la division sexuelle, ie l’inegalite Des sexes au minimum et la domination de classe, race, sexe

    • La fraternité met en avant la question de sexes et de genres et explique certains aspects du mecanisme de la misogynie mais c’est pas un concepte qui vise à expliqué tous les aspects de la millitarisation, les rapports de classes et de races.
      Pour le colloque à Nanterre est-ce que c’est ouvert au publique et est ce qu’il faut reservé sa place ?


  • « Militarisme, #militarisation et univers militaires : l’impact croisé des/sur les rapports sociaux de sexe, de classe et de race »
    https://joellepalmieri.wordpress.com/2018/06/07/militarisme-militarisation-et-univers-militaires-limpact-c

    Ce colloque, organisé par Angeliki Drongiti (Cresppa-CSU, Université Paris 8) et Jules Falquet (CEDREF-LCSP, Université Paris 7) aura lieu lors du 8e Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie (CIRFF) « Espaces et enjeux des savoirs féministes : Réalités, luttes, utopies », des 27 au 31 août 2018 à l’Université Paris Nanterre. J’interviens le mardi 28 août … Lire la suite →

    #Interventions_publiques #afrique #féminisme #occident
    https://0.gravatar.com/avatar/9756ba41fe8333157071419a20733f4a?s=96&d=https%3A%2F%2F0.gravatar.com%2Fa

    • Bonjour

      Merci de ton témoignage d’intérêt
      Je publie pas mal d’articles sur la militarisation des sociétés sur mon blog : https://joellepalmieri.wordpress.com (mot-clé militarisation)
      au niveau académique, rien encore, mais cela ne saurait tarder… ;o))

      je t’avais contacté, par TW, sur « l’affaire de Rocbaron » concernant la circulation des armes en France…
      je n’avais pas eu de réponse
      j’avais également essayé par le biais de David Eloy qui est un bon ami…
      J’échangerai volontiers sur ce sujet… et plus généralement sur le système militaro-industriel...


  • Mai 68… et après ?
    Alain Garrigou, Les Blogs du Diplo, le 5 juin 2018
    https://blog.mondediplo.net/mai-68-et-apres

    Depuis plusieurs décennies, le récit de Mai 68 procède d’une régression scientifique, en revenant à l’histoire historisante ou encore à l’histoire événementielle : un enchaînement d’épisodes qui suit un cours chronologique, une galerie de personnages publics, le spectacle de foules agitées, les échauffourées du quartier latin. À force de les avoir vues, les images prennent l’allure d’icônes, de symboles, moins des faits réels que des faits pour signifier. Une histoire momifiée. Pour le coup la vieille sentence qui veut que l’histoire ait besoin de recul s’avère fausse.

    En ce mois de mai 2018, le spectre de Mai 68 a flotté sur bien des esprits. Comme en 1986. Anniversaire aidant, Mai 68 a été abondamment invoqué par les étudiants mobilisés dans les universités. S’agissait-il de s’en réclamer ou de s’en démarquer ? Les calicots affichés sur les facs bloquées ne mentionnaient-ils pas « Fuck mai 68 » (Tolbiac) ou encore « Mai 68, ils commémorent, on continue » (Nanterre) ? Les ATER de l’université de Nanterre ont même réussi à adopter une motion de grève par le nombre de 68 sans qu’on sache s’il s’agissait de coïncidence providentielle ou de simple hasard exploité à des fins de communication.

    #mai_68


  • VIDEO. Hauts-de-Seine : « Tu vas mourir sale noir ! »... Un jeune dépose plainte contre des policiers
    https://www.20minutes.fr/justice/2282211-20180604-video-hauts-seine-vas-mourir-sale-noir-jeune-depose-plain

    Mohamed Diakité assure avoir été roué de coups par des policiers, le 2 mai.
    L’Inspection générale de la police nationale enquête sur ses accusations
    Les policiers ont également déposé plainte contre plusieurs jeunes.

    « S’il vous plaît, Monsieur… Ne me tapez pas… » Par terre, dans un hall d’immeuble de Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine), Mohamed Diakité rejoue la scène pour montrer qu’il ne ment pas. Ce jeune homme de 24 ans assure qu’il était à genoux, les mains en l’air quand il a répété sa supplique aux forces de l’ordre à trois reprises. « Mais le policier a pris sa matraque, a défoncé la porte vitrée et il m’a roué de coups de pied et de coups de poing. Après, il a placé son arme sur ma tempe. »
    Selon nos informations, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a ouvert une enquête, mercredi 30 mai, après la plainte de ce jeune homme pour « violences volontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) de 12 jours ».
    Une grenade au sol et deux coups de feu tirés en l’air

    Ils remontent au mercredi 2 mai dans le centre de Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine). Ce soir-là, Alassane, l’un des jeunes frères de Mohamed, discute avec des amis dans la rue quand il reçoit un projectile dans l’épaule. Probablement un plomb tiré depuis une fenêtre par un voisin dérangé par le bruit. Prévenu, Mohamed arrive sur les lieux quelques minutes après la police.

    Un attroupement se forme rapidement. Et, alors que chacun tente de comprendre ce qu’il s’est vraiment passé, les esprits s’échauffent. « L’un des policiers m’a dit "Dégage !", raconte Mohamed. Comme je ne voulais pas dégager alors que mon frère avait été blessé, il m’a ceinturé et plaqué contre le sol. Il a commencé à m’étrangler et à m’étouffer avec ma capuche. »
    Ville-d’Avray, le 1er juin 2018. Mohamed Diakité assure avoir été roué de coups par des policiers.
    Ville-d’Avray, le 1er juin 2018. Mohamed Diakité assure avoir été roué de coups par des policiers. - V.VANTIGHEM

    En formation pour devenir coach sportif, Mohamed est atteint de drépanocytose, une maladie du sang qui peut engendrer de graves crises de tétanie en cas de stress. « J’ai commencé à ne plus parvenir à respirer. Comme mes amis sont au courant de ma maladie, ils sont parvenus à me tirer de là pour me libérer. »

    Présent sur les lieux, un père de famille raconte la suite de la scène à 20 Minutes. « Les policiers ont compris qu’ils étaient débordés. Une grenade de désencerclement a été jetée. Et puis, l’un d’eux a sorti son arme et tiré deux coups en l’air. Il l’a pointée vers nous en criant : "Barrez-vous où je vous allume !" Ça m’a glacé… »

    Surinfection du pouce, plaies au visage, ecchymoses sur les bras

    Mohamed profite de la confusion pour s’enfuir et se traîne, alors, jusqu’au hall d’un immeuble voisin. « J’ai sonné à tous les interphones mais les policiers m’ont retrouvé avant que quelqu’un n’ouvre la porte… C’est à cet endroit qu’ils ont fini par me rouer de coups. Ils m’ont dit : "Tu vas mourir sale noir !" » Menotté et emmené au commissariat de Sèvres, le jeune homme finit, toujours selon son récit, par faire un malaise en cellule ce qui conduit les policiers à le transférer à l’hôpital.

    Le certificat médical rédigé deux jours plus tard et que 20 Minutes a pu consulter fait état d’une surinfection au niveau du pouce où Mohamed assure avoir été mordu par l’un des fonctionnaires de police, de plusieurs plaies aux visages, d’une excoriation au niveau de la tempe et de nombreuses ecchymoses sur les bras, les côtes et les jambes. « J’évalue son incapacité totale de travail à douze jours », conclut, alors, le médecin qui l’a rédigé. « La violence policière n’est pas acceptable lorsqu’elle est déployée en dehors de toutes nécessités », résume sobrement Grégory Saint-Michel, l’avocat de Mohamed.
    Extrait du rapport médical établi après les violences que Mohamed assure avoir subies.
    Extrait du rapport médical établi après les violences que Mohamed assure avoir subies. - V.VANTIGHEM
    L’un des policiers a eu deux doigts cassés dans l’altercation

    De l’autre côté, deux fonctionnaires de police ont été blessés lors de la soirée. Selon nos informations, l’un d’entre eux a eu deux doigts cassés. Son incapacité totale de travail a, quant à elle, été évaluée à 21 jours. Ils ont porté plainte pour « violences » et « rébellion » à l’encontre de Mohamed mais aussi de deux de ses frères et d’un de leurs amis, placés en garde à vue ce soir-là. Ils seront jugés, pour cela, le 19 juin au tribunal de Nanterre.

    « Ils sont très choqués par tout ça, réagit Nadja Diaz, l’avocate des frères de Mohamed qui a également déposé une plainte à l’encontre des policiers. Ils attendent de la justice qu’elle condamne fermement les violences. Il n’est pas acceptable qu’elles puissent rester impunies alors que la France vient d’être condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme dans un dossier similaire. »

    C’est donc désormais à l’Inspection générale de la police nationale de faire la lumière sur toute cette affaire. Elle a déjà procédé, mercredi 30 mai, à l’audition de Mohamed. « Moi, je n’ai jamais eu d’ennuis. Alors, au départ, je me suis dit qu’il s’agissait des méthodes autorisées, lâche ce dernier. Mais depuis, j’ai compris que les policiers ont abusé. C’est juste une bavure totale. »

    #baver_de_haine #baver_du_sang #violence_policière #racisme_d'etat #racisme


  • Lycée Arago : « On a voulu faire de nous un exemple » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/05/24/lycee-arago-on-a-voulu-faire-de-nous-un-exemple_1654001

    Parents, camarades et enseignants se sont rassemblés, jeudi, devant le tribunal pour accueillir les lycéens sortant de garde à vue, après 36 heures éprouvantes.

    « Libérez nos camarades ! » Devant le #tribunal de grande instance (#TGI) de Paris, c’est sous les applaudissements et en chantant que, jeudi après-midi, élèves, étudiants, parents, enseignants et syndicats ont accueilli les jeunes placés en garde à vue mardi, à l’issue de la manifestation à l’appel des syndicats de la fonction publique et rejointe par les étudiants mobilisés contre la loi ORE et des cheminots contre la réforme du rail. Un important comité d’accueil qui n’a pas hésité à narguer les forces de l’ordre en jouant sous leur nez à « 1,2,3 soleil ».

    Enlacée par plusieurs de ses amis, Anna, 20 ans, étudiante à Nanterre, a été l’une des premières à ressortir du tribunal : « On m’a convoquée à un procès en octobre. » Motif : « intrusion non autorisée dans un établissement scolaire commise en réunion dans le but de troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement. » Epuisée, elle raconte : « A la fin de la manifestation [de mardi], on a entendu un appel à soutenir les lycéens en bloquant le lycée Arago de manière pacifique. On a sonné et le gardien nous a ouvert la porte. Très vite, on a été encerclés par les CRS. On a alors commencé à bloquer les escaliers et à monter dans les étages. Les CRS ont forcé une porte, et là ça a commencé à être la panique. On s’est barricadés dans une salle, ils ont déboulé dans la pièce et ont attrapé une personne par la gorge. »Les jeunes ont alors l’idée de s’asseoir et de dégainer leurs smartphones pour filmer la scène. L’initiative calme immédiatement les forces de l’ordre.

    Mise en examen.
    L’étudiante poursuit : « On a été encerclés comme du bétail dans la cour. Les CRS nous ont dit que si on les suivait, il n’y aurait pas de suite. Ils nous ont fouillés et palpés avant de nous faire monter dans des bus. » Débutent alors plusieurs heures difficiles : « On était parqués dans ce bus, sans pouvoir aller aux toilettes, boire ou manger. Certains n’en pouvaient plus et ont uriné à l’intérieur. » Jade (1), 16 ans, en seconde dans un lycéen parisien, a été mise en examen pour les mêmes motifs. Elle ajoute : « On y est restés près de cinq heures. On était plus de 60, tous les uns sur les autres. On avait à peine assez d’air pour respirer. Je ne savais même pas que j’étais en garde à vue, on nous avait dit qu’on nous laisserait sortir si on obéissait. A ce moment-là, je pouvais encore entrer en contact avec mes proches, ce qui me rassurait. Mais dès 3 heures du matin, je n’ai fait qu’être déplacée de cellule en cellule jusqu’à passer devant le tribunal. Je n’avais qu’une hâte, sortir. J’étais seule, sans rien pour m’occuper, à part dormir… C’est vraiment aberrant, ce qui s’est passé. On n’a fait que me répéter de ne plus faire de manifestations, ce n’est pas pour autant que je vais arrêter. » Son père, Thomas (1) : « On va saisir le Défenseur des droits et j’appelle personnellement à la démission de Jean-Michel Blanquer et de Gérard Collomb. Cette mise en examen, c’est une mesure politique. Le juge, gêné, nous a affirmé qu’elle était requise par le procureur. » Anna ne compte pas en rester là : « On a voulu faire de nous un exemple pour stopper la mobilisation des jeunes, mais je vais continuer à me mobiliser, même davantage. J’ai été choquée par le dispositif déployé, l’agressivité des forces de l’ordre et les conditions de détention. »

    Inquiétude.

    Devant le TGI, Sophie, mère d’un ado de 17 ans du lycée Voltaire, peine à contenir son émotion : « On a eu des nouvelles lorsqu’il était dans le lycée, puis dans le bus. On est allés rue de l’Evangile [XVIIIe arrondissement] où les cars étaient, en espérant qu’ils les laisseraient partir. Sans succès. On a appris à 5 heures du matin qu’il était déplacé dans un commissariat, sans nous dire le lieu. L’attente a été terriblement longue et angoissante. On n’a su qu’à 19 h 30 où il était et je n’ai pas pu lui parler depuis l’interpellation. Certains parents n’ont même pas été prévenus. On n’avait jamais vu ça en France. » La prof d’histoire-géo à Voltaire Marianne Cabaret-Rossi se mobilise : « Dans mon établissement, deux tiers des élèves sont en attente sur #Parcoursup. Le blocus est un moyen qu’ils ont trouvé pour montrer leur inquiétude. On veut les empêcher de s’exprimer, on pense que la répression va marcher, mais il y aura un retour de bâton. » A noter que selon ses confrères d’#Arago, contrairement à ce qui a été notifié par la proviseure dans un mail aux parents, aucun dégât important n’a été constaté. Seule une fenêtre aurait été brisée.
    L’étudiante poursuit : « On a été encerclés comme du bétail dans la cour. Les CRS nous ont dit que si on les suivait, il n’y aurait pas de suite. Ils nous ont fouillés et palpés avant de nous faire monter dans des bus. » Débutent alors plusieurs heures difficiles : « On était parqués dans ce bus, sans pouvoir aller aux toilettes, boire ou manger. Certains n’en pouvaient plus et ont uriné à l’intérieur. » Jade (1), 16 ans, en seconde dans un lycéen parisien, a été mise en examen pour les mêmes motifs. Elle ajoute : « On y est restés près de cinq heures. On était plus de 60, tous les uns sur les autres. On avait à peine assez d’air pour respirer. Je ne savais même pas que j’étais en garde à vue, on nous avait dit qu’on nous laisserait sortir si on obéissait. A ce moment-là, je pouvais encore entrer en contact avec mes proches, ce qui me rassurait. Mais dès 3 heures du matin, je n’ai fait qu’être déplacée de cellule en cellule jusqu’à passer devant le tribunal. Je n’avais qu’une hâte, sortir. J’étais seule, sans rien pour m’occuper, à part dormir… C’est vraiment aberrant, ce qui s’est passé. On n’a fait que me répéter de ne plus faire de manifestations, ce n’est pas pour autant que je vais arrêter. » Son père, Thomas (1) : « On va saisir le Défenseur des droits et j’appelle personnellement à la démission de Jean-Michel #Blanquer et de Gérard #Collomb. Cette mise en examen, c’est une mesure politique. Le juge, gêné, nous a affirmé qu’elle était requise par le procureur. » Anna ne compte pas en rester là : « On a voulu faire de nous un exemple pour stopper la mobilisation des jeunes, mais je vais continuer à me mobiliser, même davantage. J’ai été choquée par le dispositif déployé, l’agressivité des forces de l’ordre et les conditions de détention. »
    (1) Les noms ont été modifiés.
    Marlène Thomas

    Bien sûr que cette garde à vue collective est faire pour l’exemple et pour empêcher la moindre contestation de prendre de l’ampleur. Mais le "On n’avait jamais vu ça en France" de la part d’une parent d’élève est complètement à côté de la plaque. Si on estime que tous les quartiers populaires et autres cités peuplées de noirs et d’arabes ne font pas partie de la France, c’est peut-être vrai mais dans les cités c’est un traitement fréquent réservé aux jeunes parfois dès le collège et depuis longtemps. Alors c’est comme les violences policières, quand on s’aperçoit que ce qui était jusqu’à présent réservé au lumpen prolétariat arrive même aux enfants de cadre (lycée parisien quand même) ben on commence à faire la gueule.
    Et on s’aperçoit que c’est une loi de 2009 proposée par Estrosi (http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1641.asp) qui voyait des hordes de barbares déferler partout (prenez le temps de juste lire les motifs, c’est très connoté) qui sert à justifier ces mises en examen.
    La morale c’est que toute loi destinée au départ à criminaliser une minorité aura vocation à être utilisée contre n’importe qui au moment où le pouvoir en a besoin (c’est comme le fichage ADN). Dans les cités on est déjà passé à autre chose avec les lois contre les terroristes, euh les islamistes, non les barbus, enfin je veux dire les musulmans, bref… les noirs et les arabes. Et ça craint carrément.

    https://www.politis.fr/articles/2018/05/reprimes-pour-lexemple-38864
    #garde_à_vue #répression #sélection


  • NON A LA PRESENCE POLICIERE SUR LE CAMPUS DE PARIS DIDEROT.
    POUR UN RETOUR AU CALME ET A LA LIBERTE DE DEBAT

    Dans la soirée du 15 mai, sur l’esplanade des Grands Moulins de l’Université Paris-Diderot (Paris 7), la police a interpelé et dispersé un groupe d’étudiants qui s’étaient réunis pour un « pique-nique » d’échanges : selon le principe de la « convergence des luttes », des postiers du 92 avaient été invités à parler par les étudiants hostiles à la loi ORE (dite « Loi Vidal », qui institue le principe de sélection à l’entrée à l’université). Au cours de cette réunion, une protestation contre les massacres de Gaza s’est également exprimée à travers la présence d’un drapeau palestinien.

    Une vidéo a circulé, montrant des policiers armés sur un espace qui appartient symboliquement au campus, intimidant puis menaçant les étudiants réunis, renversant une table portant des tracts et des reliefs de pique-nique [1]. D’après plusieurs étudiants présents, les policiers ont argué successivement de l’illégalité : 1) du port d’un drapeau palestinien ; 2) d’un rassemblement sans demande d’autorisation ; 3) d’une consommation d’alcool sur la voie publique. Menaçant l’ensemble des étudiants, ils ont appelé des fourgons en renfort puis ont interpelé l’un des étudiants qui leur avait répondu de manière moqueuse. Celui-ci, emmené au poste, doit à présent suivre un « stage de citoyenneté » à ses frais (150 euros). D’après des témoins directs, il y a eu des brutalités commises par la police (une étudiante saisie par la gorge, un étudiant trainé au sol).

    Ces faits nous semblent tout à fait anormaux : cette réunion, de taille très modeste (une trentaine d’étudiants), n’était évidemment pas destinée au blocage de la Fac puisqu’elle était fixée en soirée, après ou avant une journée d’examens (c’est d’ailleurs au cours d’une épreuve le lendemain que nous avons été informés de ces faits). A Paris Diderot en effet, pour des raisons diverses qui ne seront pas discutées ici, le mouvement a été peu suivi, ou aucun blocage ne s’est installé (les étudiants mobilisés ont rejoint les campus de Tolbiac ou de Nanterre, ou se sont interrompus pour passer les examens).

    Ces faits du 15 mai semblent donc parfaitement anodins, mais la réaction policière, elle, ne l’est pas : elle est aberrante et très significative. Cet incident dit qu’il est tout bonnement interdit à présent de se rassembler pour débattre, fût-ce à 30 personnes, sur le campus de l’université. Que des espaces de débat pacifiques soient empêchés dans une université non bloquée est particulièrement inquiétant. Nous ne pouvons pas accepter cet état de fait. Quelles que soient les positions de chacun sur la loi Ore, le blocage des Facultés, le traitement des postiers ou le conflit israélo-palestinien, débats qui ne sont pas en jeu ici, ce qui s’est passé montre qu’un seuil intolérable est franchi. Un des principes majeurs qui donnent sens à notre métier est bafoué.

    Disperser par principe n’importe quelle réunion d’étudiants au prétexte qu’il faut empêcher les blocages est un abus injustifiable et dangereux. C’est aussi une transgression flagrante du principe tant vanté de « l’université dans la cité », devenu une grotesque antiphrase. En aucun cas cette situation malsaine que crée la présence policière quotidienne ne doit être normalisée. Nous qui croyons en l’esprit de libre-pensée et d’examen critique que cette université a fait sien, nous demandons que l’esprit de « Denis Diderot » soit honoré dans ces murs. Nous refusons que ces murs deviennent ceux d’un fortin imprenable, aux portes engrillagées, qu’il nous faut pénétrer en montrant chaque jour patte blanche et aux prix de longs contournements de bâtiments, qui alourdissent notre travail.

    Nous souhaitons que cesse également la présence des vigiles aux portes, dont nous savons le coût exorbitant, profondément discutable à un moment où les budgets sont systématiquement rognés, et où tous les personnels sont sous pression. Ce climat est irrespirable, et ne permet plus l’exercice normal de notre profession. Nous souhaitons que ce campus reste un campus et pas un camp pour policiers armés et gardiens de forts.
    L’incident d’apparence insignifiant du 15 mai à Paris-Diderot a eu lieu dans un contexte que tous connaissent. Beaucoup d’entre nous ont vu les vidéos montrant des CRS, voire des milices fascistes investissant des amphithéâtres, hurlant des injures racistes et sexistes contre des étudiants réunis pour débattre lors d’Assemblées Générales. Le nombre et la gravité des intrusions, dérives et violences policières qui se sont déroulées à Montpellier, Toulouse, Paris 3, à l’EHESS, ont suscité la protestation de nombreux collègues, dont certains se sont mis en grève administrative et pédagogique [2]. Enfin, en un semestre il y a eu 30 évacuations d’établissements universitaires par la police, c’est beaucoup et c’est inédit dans l’histoire de la République.

    Les enseignants-chercheurs sont de facto concernés par cette violence, parfois très directement. Le 1er mai, un enseignant-chercheur de l’EHESS a été violemment frappé alors qu’il tentait de contourner le bâtiment, par les policiers qui lui ont déclaré qu’avec ce qu’il allait prendre il « ne pourrait plus se relever », qu’il allait « payer pour ses étudiants pour toutes ces merdes que vous leur apprenez ! ». Blessé, le collègue a porté plainte, la direction de l’EHESS a rappelé le principe de « franchise universitaire », et nos collègues de l’IRIS ont fait circuler une lettre pour protester contre ces faits très graves [3].
    Tout cela est inadmissible. Nous n’acceptons plus que des étudiants qui sont placés sous notre responsabilité, et qui sont l’avenir de ce pays, soient ainsi brutalisés et interdits de parole sur nos campus, alors qu’ils ne font que mettre en application, légitimement, les principes du débat démocratique dont notre pays a le plus urgent besoin.
    Nous n’acceptons plus le sinistre paradoxe d’universités et d’institutions culturelles qui se complaisent dans la célébration de mai 68, tout en mettant en œuvre le message inverse : contre l’émancipation, c’est l’arbitraire et l’obscurantisme de la force brute qui se sont installés dans nos universités.

    Nous n’acceptons plus que nos propres tutelles, qu’elles soient nationales ou locales, nos présidences, etc., soient devenues à ce point incapables de débat critique et d’ouverture à la jeunesse, voire même à leurs personnels administratif, technique et enseignant, qu’il leur est devenu plus naturel d’appeler la police que de dialoguer, prenant le risque de mettre en danger une jeunesse qui a pourtant fait confiance à l’institution. Et qui redit son attachement à l’Université à travers le slogan « Flics hors de nos facs, Flics hors de nos vies » ! Que nos étudiants éprouvent encore le sentiment d’être là chez eux est inespéré, au regard de l’atmosphère délétère qui s’y est installée. Nous devons répondre à cette confiance qu’ils nous font.

    Nous, enseignants-chercheurs de toutes disciplines, invitons nos collègues de l’administration à se joindre à cette protestation. Nous demandons instamment à la Présidence de l’université Paris Diderot de s’expliquer sur la présence régulière de forces de police sur notre campus, sur le maintien des grilles et du filtrage en l’absence de blocage, et sur les violences policières évoquées plus haut. Nous demandons également à la Présidence d’agir très rapidement afin de rétablir le calme et la liberté de débat contradictoire dont nous avons tous besoin, afin de ne pas compromettre le bon déroulement de cette fin d’année ni celui de la rentrée prochaine.

    Notes :
    1. https://www.facebook.com/search/top/?q=paris%207%20contre%20la%20r%C3%A9forme%20vidal
    2. Voir le résumé des faits et leur analyse dans : https://blogs.mediapart.fr/pascal-maillard/blog/160518/universites-violences-policieres-et-privatisation-de-la-securite. Voir également la protestation signée par quatre professeurs d’universités parisiennes, « Vers des Etats généraux de l’université, Le Monde, 30 avril 2018. Signée par Bertrand Guillarme (Paris 8), Stéphanie Hennette-Vauchez (Paris-10), Sandra Laugier (Paris 1), Tiphaine Samoyault (Paris 3).
    3. https://www.facebook.com/nicolas.jaoul.1/posts/10156428342020984 ; https://www.marianne.net/societe/tu-vas-payer-pour-les-etudiants-un-enseignant-de-l-ehess-affirme-avoir-ete

    Premiers signataires (ordre alphabétique) :

    1. Andreotti, Bruno, professeur à l’Université Paris Diderot, chercheur au laboratoire PMMH2 de l’ESPCI ParisTech et membre de l’Institut universitaire de France
    2. Audureau, Florian, Doctorant à l’université Paris Diderot, laboratoire CERILAC
    3. Aurélia, Michel, maître de conférence à l’université Paris Diderot, UFR GHES, CESSMA
    4. Babou, Igor, professeur à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    5. Bacharach, Jeanne, doctorante contractuelle à l’université Paris Diderot, laboratoire CERILAC
    6. Bardin, Chloé, étudiante à l’université Paris Diderot en Master 2 Lettres, Arts et Pensée Contemporaine, UFR LAC
    7. Baty-Delalande, Hélène, maître de conférence à l’université Paris Diderot, UFR LAC, Laboratoire CERILAC
    8. Begot, Jacques-Olivier, maître de conférences à l’Université Paris Diderot, UMR 8547 (Ecole Normale Supérieure)
    9. Baudet-Michel, Sophie, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, UMR Géographie-cités
    10. Berthet, Frédérique, maître de conférences HDR à l’université Paris Diderot, UFR LAC, Laboratoire CERILAC
    11. Berroir, Sandrine, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES
    12. Berthonnet, Irène, maître de conférence à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire Ladyss
    13. Beugnet, Martine, professeur à l’université Paris Diderot, directrice de l’UFR d’études anglophones, LARCA
    14. Bézirard, Elisa, étudiante en licence 1 de lettres et sciences humaines à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    15. Bilodeau, Clélia, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, Ladyss
    16. Bitoun, Iska, étudiante (préparation de l’agrégation) à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    17. Blanc, Nathalie, directrice de recherche au CNRS, UFR GHES, Directrice du Laboratoire LADYSS
    18. Bourneuf, Jeanne, étudiante à l’université Paris Diderot en Master 2, VAP, UFR GHES
    19. Boyer, Julien, doctorant à l’université Paris Diderot, LCSP
    20. Brasca, Matis, étudiant à l’université Paris Diderot en L2 cinéma, UFR LAC
    21. Brémon, Cécile, Coordinatrice des programmes HUMAROM et LAFABREV, UFR LAC, Centre de ressources Jacques-Seebacher, CERILAC
    22. Brisset, Claire-Akiko, Maître de conférences HDR à l’université Paris Diderot, UFR LCAO
    23. Broccardo, Laura, doctorante en Lettres à Paris-Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    24. Cabioc’h, Antonin, étudiant à l’université Paris Diderot en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    25. Cappellen, Raphaël, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    26. Cardin, Fanny, doctorante contractuelle à l’université Paris Diderot, laboratoire CERILAC
    27. Carré, Guénolé, étudiant à l’université Paris Diderot en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    28. Caillol, Daphné, doctorante en Géographie, UMR Géographie-cités
    29. Catel, Claire, étudiante en licence à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    30. Cazayous, Maximilien professeur à l’université Paris Diderot, UFR de Physique, Laboratoire Matériaux et Phénomènes Quantiques
    31. Cazalas, Inès, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    32. Cazé, Antoine, professeur à l’université Paris Diderot, UFR d’Etudes anglophones, LARCA
    33. Chanod, Camille, doctorante en cinéma à l’université Paris Diderot, UFR LAC, CERILAC
    34. Chudeau, Flore, étudiante en Licence 2 d’études cinématographiques à l’université Paris Diderot, UFR LSH
    35. Clerc, Valérie, Chargée de recherche, IRD, CESSMA - Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques
    36. Contel, Rafael, étudiant à l’université Paris Diderot en L2 Cinéma, UFR LAC
    37. Coquio, Catherine, professeure à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    38. Courtois, Jean-Patrice, maître de conférences émérite à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    39. Cuny, Nathalie, gestionnaire scolarité à l’université Paris Diderot, Pôle Ouvert d’Enseignements à Tous
    40. Cuillerai, Marie, professeur de Philosophie à l’université Paris Diderot, Responsable du Master SPP, LCSP/IHSS
    41. Dacheux, Michaël, chargé d’enseignement à l’université Paris Diderot, Ateliers cinéma, UFR LAC
    42. Dahlab, Lou, étudiante de master 2 LAPC, UFR LAC
    43. Darmangeat, Christophe, PRAG à l’université Paris Diderot, département économie, UFR GHES
    44. De Bary, Cécile, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    45. De Fazio, Camilla, étudiante en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    46. De Gasquet, Béatrice, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, IHSS, laboratoire URMIS
    47. Delanoë-Brun, Emmanuelle, maîtresse de conférences à l’Université Paris Diderot, Adjointe à la direction de l’UFR d’Etudes anglophones littérature américaine, études visuelles, traduction littéraire
    48. Delporte, Carole, professeur à l’université Paris Diderot, UFR d’informatique, Laboratoire IRIF
    49. De Montbrial, Blanche, étudiante en Master 2 Lettres Art et Pensée Contemporaine à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    50. Descamps, Flora, étudiante à l’université Paris Diderot en L 2 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    51. Desceul, Lise, docteure en littérature comparée, en préparation à l’agrégation à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    52. Desné, Maëva, étudiante (préparation de l’agrégation) à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    53. Desriac, Julie, étudiante en Master 2 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    54. Dujarier, Marie-Anne, Professeure à l’Université Paris Diderot, Laboratoire de Changement Social et Politique (LCSP)
    55. Dunglas, Juliette, étudiante en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    56. Dupont, Véronique, Directrice de recherche à l’IRD, CESSMA - Centre d’Etudes en Sciences Sociales sur les Mondes Africains, Américains et Asiatiques, UFR GHES
    57. Ebguy, Jacques-David, maître de Conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    58. Elsouri, Gaafar, étudiant à l’université Paris Diderot en M2 Histoire et civilisations comparées spécialité Histoire des mondes, UFR GHES
    59. Ermakoff, Catherine, Responsable Ateliers Cinéma, UFR LAC
    60. Fabregat, Roxane, étudiante à l’université Paris Diderot, préparation à l’agrégation de lettres modernes, UFR LAC
    61. Falquet, Jules, maîtresse de conférences HDR à l’université Paris Diderot, UFR de sciences sociales, LCSP
    62. Faret, Laurent, professeur à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire CESSMA
    63. Farnier, Alice, étudiante en préparation de l’agrégation de Lettres modernes, UFR LAC
    64. Fauconnier, Hugues, professeur à l’université Paris Diderot, UFR informatique, IRIF
    65. Félice, Azéma, étudiante M2, UFR LAC
    66. Flipo, Fabrice, professeur à l’Institut Mines-Telecom, Laboratoire de Changement Social et Politique de Paris Diderot
    67. Folléa, Clémence, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR Etudes Anglophones, LARCA
    68. Foti, Giorgia, étudiante conférences à l’université Paris Diderot en Master 2 de Lettres, UFR LAC
    69. Fourmestraux, Océane, étudiante à l’université Paris Diderot en L2 Lettres Sciences Humaines, UFR LAC
    70. Froidefond, Marik, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    71. Gallais, Mathieu, étudiant à l’université Paris Diderot en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    72. Garnier, Nicolas, Doctorant contractuel, Université Paris Diderot, UFR d’études anglophones, LARCA
    73. Gay, Vincent, maître de conférences à l’université Paris Diderot, Institut Humanités, Sciences et Sociétés (IHSS), Laboratoire du changement social et politique
    74. Gheerbrant, Amélie, maître de conférence à l’université Paris Diderot, UFR d’Informatique, Laboratoire IRIF
    75. Girola, Claudia, maître de conférences à l’université Paris Diderot, département de sciences sociales, IHSS, LCSP
    76. Gombin, Anna, agrégative en Lettres Modernes à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    77. Grillet, Maxime, étudiant à l’université Paris Diderot en M1 de sociologie, UFR Sciences sociales
    78. Guennoc, Jean-François, PRAG à l’Université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    79. Guérois, Marianne, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire Géographie-cités
    80. Guéret, Erwan, doctorant contractuel à l’Université Paris Diderot, ED131
    81. Guillard, Alice, étudiant à l’université Paris Diderot en L 2 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    82. Gwinner, Coline, étudiante à l’université Paris Diderot en Licence 2 d’études cinématographiques, UFR LSH
    83. Habib, Michel, professeur à l’université Paris Diderot, Institut de Recherche en Informatique Fondamentale
    84. Hamisultane, Sophie, docteure, chercheure associée au Laboratoire de changement social et politique, Université Paris Diderot
    85. Hautcoeur, Guiomar, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    86. Hecquet, Romain, étudiant en Master 1 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    87. Hewison, Charlie, doctorant contractuel, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    88. Humber, Abel, étudiant en Master 2 MPRI à l’université Paris Diderot, stagiaire au LIX (polytechnique)
    89. Jarroux, Alice, étudiante en master 2, UFR de linguistique
    90. Jouve, François, professeur à l’université Paris Diderot, UFR de mathématiques, laboratoire LJLL
    91. Kabbaj, Loubna, étudiante à Paris Diderot en L1
    92. Karsenti, Anna, étudiante à l’université Paris Diderot, master 1, UFR LAC
    93. Kian, Azadeh, professeure à l’université Paris Diderot, Directrice du département de Sciences sociales, Directrice du CEDREF, Institut humanités, sciences et sociétés
    94. Kramer, Hugo, étudiant en Licence 2 d’études cinématographiques, UFR LSH
    95. Lamarche, Thomas, Professeur des Universités, université Paris Diderot, UFR GHES, Ladyss
    96. Langlinay, Antonin, étudiant à l’université Paris Diderot en Licence 2 d’Etudes Cinématographiques, UFR LSH
    97. Laroche, Camille, doctorante en Lettres, Laboratoire Cerilac
    98. Laroussinie, François, professeur à l’université Paris Diderot, UFR Informatique, laboratoire IRIF
    99. Latière, Elise, étudiante à l’université Paris Diderot en master 1 de Psychologie à l’UFR Etudes Psychanalytiques
    100. Lebreton, Cécile, étudiante à l’université Paris Diderot en M2 d’histoire, UFR GHES
    101. Leclercq, Aurélie, doctorante contractuelle à l’Université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    102. Le Duff, Chloé, Agrégative en lettres modernes, UFR LAC
    103. Lerousseau, Clara, agrégative en Lettres modernes, UFR LAC Paris Diderot
    104. Lestage, Françoise, Professeur à Paris Diderot, UFR IHSS, chercheur à l’URMIS
    105. Livigni, Tom, étudiant en préparation de l’agrégation de Lettres modernes, UFR LAC
    106. Lloret, Léandre, étudiant à l’université Paris Diderot en L1 Lettres et Sciences Humaines, UFR LSH
    107. Lotterie, Florence, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    108. Lowit, Valérie, IGE à l’université Paris Diderot, IHSS, département Sciences sociales
    109. Lucet, Sophie, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    110. Makédonski, Katia, étudiante à l’université Paris Diderot en Licence 3, UFR LAC
    111. Manca, Maria, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    112. Marcangeli, Catherine, Maître de conférences, à l’université Paris Diderot, UFR Etudes anglophones, LARCA
    113. Marion-Magnan, Jean, étudiant à l’université Paris Diderot en master 1 d’études cinématographiques, UFR LAC
    114. Martineau, Melvin, étudiant à l’université Paris Diderot en Master 2 de Journalisme scientifique, UFR LAC
    115. Massoueme, Héloïse, étudiante à l’université Paris Diderot en Licence 2 Lettres et Sciences Humaines, UFR LAC
    116. Mazodier, Catherine, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR d’Études Anglophones, LARCA
    117. Méjia, Sébastien, étudiant à l’université Paris Diderot en Master 2, préparation de l’agrégation, UFR de mathématiques
    118. Mering, Catherine, professeure à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire LIED
    119. Micheli, Anne, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR Informatique, laboratoire IRIF
    120. Mignon, Mathilde, intervenante réalisatrice à Paris Diderot UFR LAC L2, ateliers de réalisation
    121. Millet, Claude-Elisabeth, professeure à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    122. Mills Affif, Edouard, Maître de Conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    123. Montestruc Laia, Étudiante en Master 2 LAPC, UFR LAC
    124. Morange, Marianne, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire CESSMA
    125. Morel, Baptiste, étudiant à l’université Paris Diderot en master 1 de psychologie
    126. Moreno, Romain, étudiant à l’université Paris Diderot en L 3 Mathématiques et informatique
    127. Morin, Sylvie, secrétariat de l’UFR d’études anglophones à l’université Paris Diderot
    128. Murard, Numa, Professeur émérite de sociologie, Université paris Diderot
    129. Mussou, Amandine, maîtresse de conférences à l’université Paris-Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    130. Nollet, Rémi, doctorant avec mission d’enseignement, UFR informatique, laboratoire IRIF
    131. Nordmann, Lola, étudiante à l’université Paris Diderot Master 2, UFR LAC
    132. Nyckees, Vincent, Professeur à l’Université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire HTL
    133. Oisel, Mary, Secrétariat et Gestion Master Recherche UFR Etudes Anglophones
    134. Ouadah, Lyes, étudiant à l’université Paris Diderot en L 2 de chimie
    135. Torres, Palmyre, étudiante en Master LAPC, UFR LAC
    136. Passalacqua, Arnaud, maître de conférence à l’Université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoires ICT et LIED
    137. Patron, Sylvie, Maître de conférences (HDR) à l’université Paris Diderot, UFR LAC, Cerilac
    138. Pellas, Claire, étudiante à l’Université Paris Diderot, préparation à l’agrégation de lettres modernes, UFR LAC
    139. Perez, Liliane, professeure à l’université Paris Diderot, Directrice d’études à l’EHESS, directrice de l’UFR GHES, Centre Alexandre Koyré
    140. Pernet, Arthur, étudiant à l’Université Paris Diderot en L2 de Lettres et arts, UFR LAC
    141. Perse, Léa, étudiante en L1 de Lettres et Sciences humaines à Paris Diderot, UFR LAC
    142. Petit, Zoé, étudiante à l’université Paris Diderot en master 1 LAPC
    143. Peter, Andy, étudiant à l’université Paris Diderot en L 3 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    144. Pinet, Timothée, étudiant en Master 1 LAPC à Paris Diderot, UFR LAC
    145. Poiret, Christian, maitre de conférences à l’Université Paris Diderot, UFR IHSS, laboratoire URMIS
    146. Poulalhon, Dominique, maîtresse de conférences à l’Université Paris Diderot, UFR Informatique, Laboratoire IRIF
    147. Provost, Killian, étudiant (préparation de l’agrégation) à l’université Paris Diderot, UFR LAC
    148. Quadrato, Gabriella, étudiante en préparation de l’agrégation de Lettres modernes, UFR LAC
    149. Raguet, Paul, étudiant à l’université Paris Diderot en L 2 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    150. Rabouin, David, chargé de recherche CNRS, Laboratoire SPHERE, Université Paris Diderot
    151. Rey, Alice, étudiante à l’université Paris Diderot en L2 Etudes Cinématographiques, UFR LSH
    152. Ritz, Olivier, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    153. Rivé-Lasan, Marie-Orange, maîtresse de conférence, UFR LCAO, Centre Chine, Corée, Japon (CCJ)
    154. Rivière, Tancrède, doctorant à l’Université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    155. Rodrigues, Daniel, étudiant à l’université Paris Diderot en L 1 LEA, UFR EILA
    156. Rognon, Joahim, étudiant à l’université Paris Diderot en L3 de cinéma, UFR LAC
    157. Rommevaux-Tani, Sabine, Directrice de recherche CNRS, laboratoire SPHERE, Université Paris Diderot
    158. Ronchail, Josyane, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, Laboratoire LOCEAN/IPSL
    159. Rouffilange, Jeanne, étudiante à l’université Paris Diderot en L 3 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    160. Roux, Lewis, adjoint technique à l’université Paris Diderot, Equipe 7 du laboratoire BFA
    161. Saillenfest, Gaëlle, étudiante en master 2 Lettres Arts et Pensée contemporaine, UFR LAC
    162. Salado, Régis, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    163. Sangnier, Arnaud, maître de Conférences, UFR d’informatique, laboratoire IRIF
    164. Sanna, Francesca, Doctorante Contractuelle à Paris Diderot, ED 382, UFR GHES, Laboratoire LIED
    165. Sarcelet, Loïc, étudiant à l’université Paris Diderot en L 2 Lettres et sciences humaines, UFR LAC
    166. Sawicki, Solenn, étudiante en L 2 Lettres et Sciences Humaines
    167. Schor, Paul, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR Etudes anglophones, laboratoire LARCA
    168. Séité, Yannick, maître de conférences HDR à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    169. Sergent, Juliette, étudiante en Master 1, UFR LAC, Université Paris Diderot
    170. Shron, Alina, doctorante contractuelle, laboratoire SPHERE, Université Paris Diderot
    171. Silva Costa, Valentin, étudiant en M2 LAPC, UFR LAC
    172. Smadja, Stéphanie, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    173. Souchaud, Sylvain, Chargé de recherche à l’IRD, URMIS - Unité recherche migrations et société - IHSS
    174. Spire, Amandine, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR GHES, laboratoire CESSMA
    175. Susbielle, Thelma, étudiante à l’université Paris Diderot en L1 LSH, UFR LAC
    176. Talbot, Armelle, maîtresse de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    177. Tarjot, Cécile, étudiante en Master 2 Recherche Lettres LAPC, UFR LAC
    178. Tidmarsh, Katie, doctorante à l’Université Paris Diderot, laboratoire CERILAC
    179. Toulza, Pierre-Olivier, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC
    180. Vidal, Mathilde, ATER à l’Université Paris-Diderot, UFR LAC, Laboratoire Cerilac
    181. Vidal, Rose, étudiante en master 1 à l’université Paris-Diderot, UFR LAC
    182. Vigier, Margot, étudiante à l’université Paris Diderot en L2 d’études cinématographiques, UFR LSH
    183. Vettard, Pauline, étudiante à l’université Paris Diderot en Master 1 Lettres Arts et Pensée Contemporaine
    184. Winternheimer, Arthur, étudiant à l’université Paris Diderot en Licence 2 de Lettres et Arts, UFR LSH
    185. Zacchiroli, Stefano, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR Informatique, laboratoire IRIF
    186. Zaoui, Pierre, maître de conférences à l’université Paris Diderot, UFR LAC, laboratoire CERILAC

    Soutiens extérieurs (ordre alphabétique) :

    1. Aguilar, Anne-Sophie, Maître de conférences, Université Paris Nanterre, HAR
    2. Altounian, Janine, Essayiste, traductrice (Œuvres complètes de Freud sous la direction de Laplanche)
    3. Ausécache, Mireille, chercheuse post-doc, EPHE
    4. Agier, Michel, directeur d’études EHESS et IRD
    5. Beaudet, Jean-Michel, Professeur à l’Université Paris Nanterre, Département d’Anthropologie
    6. Benveniste, Annie, maitre de conférences émérite, membre du LEGS, Université Paris 8
    7. Bessis, Sophie, directrice de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris, historienne
    8. Bourlet, Mélanie, Maîtresse de Conférences à l’Inalco, laboratoire LLACAN (UMR8135)
    9. Bridet, Guillaume, Professeur de Littérature française, Université de Bourgogne-Franche-Comté
    10. Carbonnel, Laure, Dr. en anthropologie, université Paris Nanterre
    11. Cau, Nathalie, BIATSS, Université Paris Nanterre
    12. Cazalas, Oriana, Chargée de mission Développement Économique
    13. Costa, James, maitre de conférences, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Laboratoire Lacito
    14. Delord, Julien, Responsable adjoint Service des relations internationales, Université Paris Nanterre
    15. Dautrey, Marianne, éditrice à L’institut national d’histoire de l’art (INHA), Chef du service des Éditions
    16. Dufaux, Frédéric, Maître de Conférences en géographie urbaine et urbanisme, Département de Géographie et Aménagement, Université Paris Nanterre, Laboratoire Mosaïques-LAVUE (UMR 7218)
    17. Dumoulin, Hugo, Doctorant contractuel chargé de TD, Département de philosophie, UFR Phillia, Université Paris Nanterre
    18. Engélibert, Jean-Paul, professeur de littérature comparée, Université Bordeaux-Montaigne
    19. Etienne Arreguy, Marília, Post-doctorante à l’Université Paris 8 - Saint-Denis, Chercheuse-invitée à l’École Doctorale Recherches en Psychanalyse - Université Paris Diderot
    20. Ferré, Vincent, Professeur à l’université Paris Est Créteil, UFR Lettres, Langues, Sciences Humaines
    21. Fjeld, Anders, chercheur postdoctoral au CriDIS, Université Catholique de Louvain, et chercheur associé au LCSP, Université Paris Diderot
    22. Garnier, Xavier, Professeur à la Sorbonne Nouvelle - Paris 3
    23. Grudzinska, Agnieszka, professeur émérite, Sorbonne Université
    24. Hache, Emilie, maitre de conférences philosophie à l’université de Paris Nanterre
    25. Hajji, Hamza, étudiant en licence de philosophie à l’Université Paris 8, département de philosophie
    26. Joubert-Laurencin, Hervé, Professeur à l’université de Paris Nanterre et chercheur au Cnrs (laboratoires HAR et Cral-Ehess)
    27. Launay, Isabelle, professeure à l’université Université Paris 8
    28. Le Marec, Joëlle, professeure à l’université Paris Sorbonne 4, CELSA, laboratoire Gripic
    29. Lorin, Marie, post-doctorante à l’Inalco, laboratoire LLACAN (Inalco/CNRS)
    30. Louis, Camille, docteure en philosophie (Paris 8) et dramaturge (collectif kom.post)
    31. Marignier, Noémie, docteure, Laboratoire Clesthia, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3
    32. Mekdjian, Sarah, maitre de conférences, Géographie, Université Grenoble Alpes
    33. Mileschi, Christophe, professeur en études italiennes, Université Paris Nanterre
    34. Monteiro Rodrigues, Elisabeth, traductrice
    35. Napoli, Gabrielle, PRAG lettres modernes, Paris 3
    36. Nicolas, Hélène, maîtresse de conférence en anthropologie, Paris8
    37. Perrin, Julie, maîtresse de conférence à l’université Paris 8, IUF
    38. Quillier, Patrick, Professeur des Universités, UFR LASH (Université Côte d’Azur), CTEL
    39. Riffard, Claire, Équipe "Manuscrits francophones", ITEM-CNRS
    40. Salvatierra, Violeta, étudiante chercheur au Département danse, Paris 8
    41. Souyris Oportot, Lorena, Post-doctorante LEGS, Membre associée ENS et laboratoire ERRAPHIS (Université Le Mirai Toulouse)
    42. Suchet, Myriam, maitresse de conférences, Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Directrice du Centre d’études québécoises de Paris 3
    43. Vidal-Naquet, Marina, ATER à l’Université Paris-Nanterre
    44. Villemur-Ponselle, Félix, étudiant en 2ième année du cours Florent, Paris, ancien étudiant à Paris 7 en licence cinéma audiovisuel


  • Logement : LREM bien à droite sur les HLM - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/05/17/logement-lrem-bien-a-droite-sur-les-hlm_1650846

    Alors que l’exécutif avait promis de ne pas toucher à la loi SRU, qui impose aux communes un quota de HLM, un article de la loi Elan prévoit qu’un habitat social soit comptabilisé comme tel jusqu’à dix ans après sa vente, au lieu de cinq actuellement. Il a aussi pour effet de provoquer une pluie d’amendements menaçant la mixité sociale.

    Le gouvernement n’entend pas toucher à la loi SRU : c’est ce qu’a toujours assuré à ses interlocuteurs Jacques Mézard depuis sa nomination comme ministre de la Cohésion des territoires. Adopté en décembre 2000 sous le gouvernement Jospin, ce texte impose aux communes d’avoir sur leur territoire un quota de 25 % de HLM. Sont concernées toutes les villes de plus de 3 500 habitants (1 500 en Ile-de-France) appartenant à des agglomérations de plus de 50 000 habitants. Celles qui sont en dessous du seuil de 25 % sont tenues de rattraper progressivement leur retard en matière de HLM. L’objectif est de desserrer la contrainte qui pèse sur les villes populaires, en amenant chaque collectivité à contribuer à l’accueil des ménages pauvres et modestes par le biais du logement social.

    Au fil des années, cette loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) est devenue un texte de référence dans notre corpus législatif. Elle est aussi connue que la loi de 1905 sur la laïcité. Ses défenseurs saluent sa dimension républicaine. « Les familles les moins aisées ne doivent être exclues d’aucune ville, y compris celles où les prix de l’immobilier et des loyers du privé leur sont inaccessibles », pointe Thierry Repentin, un ancien ministre de François Hollande, qui préside une commission chargée du suivi de l’application de la SRU. La droite, au pouvoir entre 2002 et 2012, a tenté à plusieurs reprises de revenir sur cet acquis législatif pro-mixité sociale avant de renoncer, face à la levée de boucliers.

    Avec son projet de loi pour l’Evolution du logement, de l’aménagement et du numérique (Elan), actuellement examiné par la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale, le gouvernement Philippe a finalement - lui aussi - décidé de remanier la loi SRU, en modifiant les modalités de comptage des HLM.

    « Boîte de Pandore »
    Explication : dans le cadre de la loi Elan, le gouvernement veut donner un coup d’accélérateur à la vente de logements sociaux avec l’objectif de réaliser la cession de 45 000 habitations par an contre 8 000 actuellement. Cette marchandisation du logement social suscite de vives controverses. Et pour favoriser le mouvement, l’article 46 du projet de loi #Elan prévoit que ces logements vendus continueront à être comptabilisés pendant un délai de dix ans comme des HLM au titre de la loi #SRU (au lieu de cinq ans aujourd’hui). Une ville qui vendrait des logements sociaux en quantité continuerait ainsi à afficher un nombre de HLM en trompe-l’œil. Pendant une décennie, la diminution du parc HLM du fait des ventes serait masquée.

    Cet article 46 a aussi pour effet d’ouvrir un boulevard aux parlementaires qui souhaitent aller encore plus loin et vider de sa substance - à coup d’amendements - la loi SRU dont les maires de communes résidentielles ne veulent pas. « Avec cet article, ils disposent d’un support pour amender à volonté, souligne Daniel Golberg, un ancien député PS de Seine-Saint-Denis, spécialiste des questions du logement. Le gouvernement a ouvert la boîte de Pandore. » Effectivement, pas moins de 106 amendements sur ce sujet doivent être examinés par la commission des affaires économiques. Beaucoup émanent du groupe LR, mais les députés de la majorité Modem et LREM ne sont pas en reste. Les élus ont fait preuve d’une grande imagination sur le sujet. Ainsi, des députés Les Républicains ont déposé un amendement consistant à compter pour l’éternité les HLM vendus dans le quota des logements sociaux d’une ville ! D’autres proposent de les compter pendant vingt-cinq ans. Les élus ont fait feu de tout bois. Certains amendements LR et Modem veulent revoir le champ d’application géographique de la loi SRU : l’obligation d’arriver à un taux de 25 % de HLM ne serait plus opposable aux communes, mais à la communauté d’agglomération, ou même aux « bassins de vie ». Une grosse ficelle consistant à additionner les HLM des villes, qui en ont beaucoup, avec ceux des communes voisines qui en ont très peu et à établir une moyenne à l’échelle intercommunale… ce qui ferait qu’au global tout le monde serait à peu près en règle. Comme dans les Hauts-de-Seine, avec les villes Gennevilliers (66 % de HLM) ou Nanterre (56 %) et celles de Neuilly-sur-Seine (6,3 %) ou Vaucresson (7,7 %). Un autre amendement émanant du Modem vise à soustraire du champ d’application de la loi SRU de très nombreuses communes en relevant par exemple le seuil de la population qui déclenche l’obligation pour une ville d’atteindre un parc de 25 % de HLM. Ce seuil serait ainsi porté à 3 500 habitants en Ile-de-France au lieu de 1 500 aujourd’hui, alors que la région manque cruellement de logements aux loyers accessibles.

    Échappatoire
    Plusieurs députés LREM proposent pour leur part que « les communes qui entrent dans le champ d’application de la loi littoral » puissent être exemptées dans certaines conditions de la loi SRU, pour tenir compte de leurs « contraintes d’urbanisme ». Une échappatoire est ainsi offerte à de nombreuses communes résidentielles du littoral méditerranéen, basque ou breton, pas très volontaires pour construire des logements sociaux. Un autre amendement (toujours LREM) prévoit des arrangements pour les villes exposées à des risques naturels. Le Modem veut la même chose pour celles qui ont des sites classés. Les Républicains veulent réduire la voilure, et ramener de 25 % à 20 % le quota de #HLM à réaliser par les communes. Mis bout à bout, tous ces amendements réduiraient à néant la portée de la loi SRU qui a permis de construire plus de 500 000 logements depuis son adoption.

    « Il n’est pas question de toucher à ce texte très bénéfique pour la mixité sociale », a assuré à Libération le député LREM Richard Lioger, corapporteur du projet de loi Elan à l’Assemblée. Il y a « pléthore d’amendements qui vont dans tous les sens, admet-il, mais il n’y aura pas de remise en cause de la SRU ». Il laisse entendre que le gouvernement et la majorité parlementaire tiendront bon pour rejeter les amendements déposés, y compris ceux des députés #LREM ou Modem. Mais dans les milieux du logement, des sources estiment que le gouvernement pourrait leur faire « quelques concessions ». On l’a vu, son texte prévoit ainsi de continuer à compter comme HLM pendant dix ans des logements sociaux vendus. Un vrai mauvais coup.
    Tonino Serafini

    #logement #oligarchie #assemblée_nationale