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  • Rendement : l’hyper s’enfonce dans la crise #décroissance Olivier Dauvers - 15 Novembre 2018 - Le web grande conso
    https://www.olivierdauvers.fr/2018/11/15/rendement-lhyper-senfonce-dans-la-crise

    Aucun doute sur la tendance, ni même sur son ampleur… 2018 sera la 4e année consécutive de baisse des rendements du format hypermarché. D’un côté, les surfaces progressent toujours (+ 1,2 %, principalement sous l’effet de supermarchés qui s’agrandissent) et, de l’autre, les chiffres d’affaires tous produits reculent : en moyenne de 1,2 %, en raison du reflux du non-al (– 4 % environ).

    Pis : la situation se dégrade et démontre son caractère quasi-inéluctable. Car le déclin du non-al est durable, concurrence du e-commerce oblige. Ce qui pose, en parallèle, le problème du modèle économique du format. Depuis toujours, le rendement est la base de ce modèle : le volume généré par mètre carré permet le discount, lequel assure le volume. Et ainsi de suite. 

    L’effritement du rendement remet ce fragile équilibre en question. Et impose aux enseignes l’ajustement des surfaces. C’est même le bon sens qui le commande : si le CATP recule durablement (la probabilité est forte), alors les surfaces commerciales doivent accompagner le mouvement. Casino l’a compris le premier (parce que le plus fragile). Carrefour aussi. Désormais, Cora le reconnaît : tous les hypers de plus de 11 500 m2 devraient voir leur surface réduite. Quant à Auchan, jusqu’il y a peu encore, les dirigeants du groupe faisaient toujours mine de ne pas comprendre la question lorsqu’ils étaient interrogés…

    Au-delà, c’est l’ensemble des grandes surfaces alimentaires qui sont concernées. Même si la situation s’est améliorée à court terme, les supermarchés sont également menacés. En cause pour ce format très majoritairement alimentaire : la fragmentation de la consommation, conduisant les clients à multiplier les lieux d’achat.

    #hypermarché #supermarché #économie #discount #auchan #carrefour #monoprix #leclerc #casino #cora


  • Une explosion de naissances de bébés sans bras dans l’Ain, un hasard ?
    https://www.francetvinfo.fr/france/auvergne-rhone-alpes/ain/une-explosion-de-naissances-de-bebes-sans-bras-dans-lain-un-hasard_2958

    Une fréquence qui a alerté Emmanuelle Amar, épidémiologiste, elle travaille pour le Remera, une structure qui recense les malformations dans la région. Dans cette zone géographique, c’est 58 fois plus que la normale, selon les résultats de son enquête. “On a interrogé toutes les mères avec un questionnaire très poussé sur leurs habitudes de vie. Le seul point commun c’est que toutes ces femmes vivent en zone rurale au milieu des champs ».

    Fin 2014, l’épidémiologiste transmet son rapport aux autorités de santé. Deux ans plus tard, Santé Publique France répond en contestant la méthologie et précise : “Compte tenu de la nature du problème détecté et de ses répercussions sociétales, en termes de craintes des populations concernées, une vigilance renforcée semble nécessaire”.

    Une vigilance renforcée, mais plus par l’équipe du Remera. Après 45 années d’existence, la structure pourrait disparaître. Les subventions publiques lui ont été coupées : “Les conséquences sont très simples, c’est la fin de la surveillance des malformations, c’est à dire clairement la fin de l’alerte aussi », regrette Emmanuelle Amar.

    • https://www.humanite.fr/sante-le-mystere-des-bebes-sans-main-reste-entier-661724

      L’histoire commence en 2011, dans la petite commune de Druillat, dans l’Ain. Le Remera, registre chargé de repérer les malformations congénitales dans quatre départements (Rhône, Loire, Isère et Ain) de la région Rhône-Alpes, met au jour plusieurs cas d’«  agénésie transverse des membres supérieurs  ». En clair, des bébés nés sans une main ou sans une partie de l’avant-bras. Au total, sept familles résidant dans un rayon de 17 km autour du village connaîtront pareille mésaventure entre 2009 et 2014, un chiffre cinquante-huit fois supérieur à la moyenne nationale, alerte alors le registre. Depuis, deux autres territoires ont été reconnus comme abritant ce que la communauté scientifique appelle un «  cluster  », soit une accumulation de cas inhabituels  : Mouzeil (2 000 habitants, Loire-Atlantique), où trois cas sont relevés en deux ans, et Guidel (11 000 habitants, Morbihan), où quatre cas ont été rapportés en trois ans.

      Des malformations vécues très douloureusement par les familles, d’autant que ce phénomène reste sans explication. Maman de Léo, 7 ans, atteint de malformation, Mélinda Mostini, une habitante de Guidel, attend toujours un début de réponse. «  Après la révélation des cas, on a eu la visite d’un médecin qui nous a posé une multitude de questions sur nos habitudes alimentaires, notre façon de consommer les médicaments ou encore les produits d’entretien, a-t-elle raconté à France Info. Résultat  : il n’y avait aucun facteur commun aux familles  » concernées sur la commune. «  On se pose la question de savoir si ça peut être environnemental  », en lien avec «  les engrais, les pesticides  », à quelque chose «  qui s’est peut-être passé à cette période sur la commune  », poursuit-elle.

      Des autorités sanitaires trop passives depuis plusieurs années
      Pas sûr que la journée de jeudi l’ait fait avancer sur le chemin de la vérité. Amenée à communiquer sur le sujet, Santé publique France (SPF), l’agence nationale créée en 2016, n’a pas apporté plus de lumière sur le pourquoi de ces malformations. Pis, si ses investigations ont validé l’existence d’un «  excès de cas (…) pour la Loire- Atlantique et la Bretagne  », elles ont en revanche infirmé tout problème spécifique dans l’Ain. «  L’analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale  », assure le rapport. Autrement dit  : circulez, y a rien à voir à Druillat  ! Une conclusion qui met en colère Emmanuelle Amar, la directrice générale du Remera, qui ferraille depuis plusieurs années contre la passivité des autorités sanitaires sur le sujet. «  Le rapport sur l’Ain cumule erreur et triche manifeste. Erreur sur les taux de prévalence nationaux, qui sont faux, et triche sur la période analysée. Nous avons relevé sept cas entre 2009 et 2014, mais le rapport retient la période 2000-2014, ce qui change tout. Visiblement, ces gens n’apprécient pas que nous ayons tiré la sonnette d’alarme  », s’insurge la responsable de la structure associative, dont l’existence dépend directement des subventions.

      « Sans subventions, fin décembre, on ferme  »
      Or celle-ci se trouve directement menacée. Il est parfois plus simple de casser le thermomètre que d’essayer de faire baisser la température… La région Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, a décidé en 2017 de supprimer l’intégralité de son versement de 100 000 euros au Remera, soit un peu moins de la moitié de son budget. Et, depuis le mois de janvier 2018, ce sont les Hospices civils de Lyon qui avancent les salaires des six permanents de l’association, faute de subvention étatique. «  Ils n’ont pas reçu un centime de Santé publique France et m’ont annoncé que, au 31 décembre, on serait contraint de fermer et de licencier tout le monde  », s’inquiète Emmanuelle Amar. Jeudi matin, François Bourdillon, le directeur général de SPF, a tenté de rassurer sur la poursuite du soutien à cette structure. «  Il n’a jamais été question d’arrêter notre financement  », a-t-il promis, évoquant aussi la création d’une fédération nationale des six registres existants (Bretagne, Paris, Antilles, Réunion et deux en Auvergne-Rhône-Alpes) pour disposer d’une base de données commune. «  Si ce financement se concrétise, tant mieux. Mais avec le retrait de la région, on aura du mal à tenir malgré tout  », relativise Emmanuelle Amar.

      Alexandre Fache


  • Il n’y a plus de doute : soit on fait des réseaux marchands un champ de bataille #anticapitaliste & #antifasciste, soit on les quitte pour ne pas alimenter leur course vers le Mur...
    https://www.20minutes.fr/high-tech/2337067-20180915-allemagne-comment-extreme-droite-sert-youtube-attiser-mob
    Pis y’a plein d’alternatives : #Framasoft #Thechangebook #RiseUp #Mastodon etc. ... et bien sûr ici !

    Plusieurs chercheurs allemands et responsables locaux ont critiqué cette semaine YouTube pour avoir contribué à diffuser des théories du complot et des vidéos néonazies autour de ces faits divers. Cette semaine, lorsqu’on effectuait sur la plateforme une recherche sur « Köthen », l’internaute était orienté vers des vidéos expliquant que « la version officielle » était montée de toutes pièces, ou bien des vidéos affirmant que tout était lié au « complot juif » ou encore que la dégradation d’un restaurant casher à Chemnitz n’était pas le fait de militants d’extrême droite, mais d’extrême gauche…

    Selon Ray Serrato, un chercheur spécialisé en désinformation qui a analysé plusieurs vidéos parlant du drame de Chemnitz, « tout un réseau de vidéos de désinformation a éclos en seulement quelques jours », poussé par un algorithme de recommandations qui ne propose que des vidéos qui se ressemblent.

    #reseaux_sociaux #reseauxsociaux #youtube #libertedexpression #fakenews


  • (7) Le Bouseux Magazine 6 - Publications
    https://www.facebook.com/LeBouseux6/posts/480336952391662

    Cette illustration a été publiée en juin 2017 et avait dépassé les 1000 partages. Il s’agit d’une parodie d’un montage viral à l’époque, celui-ci vantant l’image du haut avec une citation hors-contexte « on nique le système en construisant sans lui » au mépris de l’image du bas « on nique pas le système en voulant le détruire ». Une mise en opposition des bons blancs bourgeois-bohèmes qui peuvent se permettre d’avoir un terrain sans se faire dégager par des blindés et des lacrymos (les gentils) face à la vilaine racaille sans visage qui a tort d’exprimer sa colère contre un système qui lui chie à la gueule (les méchants). C’est fin, c’est subtil, c’est pertinent.

    Aujourd’hui, ce montage rediffusé va me permettre d’illustrer un point-de-vue sur la « consom’action », la consommation responsable. Déjà, je précise : je ne suis pas contre la responsabilisation individuelle. Tant mieux si vos choix évitent de participer à un système ou une partie de système estimés nocifs. Bien sûr que la consommation influe les modes de production. Mais un changement individuel de consommation ne fait que créer de nouvelles filières, et en modifier certaines. Or pour un changement global, il faudrait qu’on s’y mette tous. Dans les débats c’est l’argument récurrent « si on s’y met tous ça va marcher ». Mais peut-on tous s’y mettre ? Moi ça me fait penser aux lycéens qui disent « si personne va en cours le prof’ pourra pas tous nous punir », sauf que y’a tout le temps des jaunes pour aller en cours.

    C’est pas applicable. La responsabilisation individuelle ne peut devenir la norme à elle seule. Déjà parce que y’a des gens, juste ils vont pas changer. C’est mort. Même pour un truc basique genre « bon les gars, arrêtez de vous comporter comme des porcs avec les meufs », y’en a pour trouver que c’est faux, d’autres que c’est normal, et d’autres que c’est pas sympa pour les porcs. Alors comment voulez-vous convaincre une grande partie de la population de changer totalement son mode de consommation au détriment de son confort ? Parce que là c’est même pas la majorité qu’il faut convaincre. Même pas 90%, parce que le reste qui continue à foutre la merde suffit à pourrir tout le monde. Un peu comme si t’avais tout un village bien propre, bien responsable, bien écolo, bin il suffit d’un seul type qui balance du mercure dans la rivière pour que ce soit foutu.

    Alors bon courage pour que tout le monde s’y mette, entre :
    – ceux qui n’y croit pas
    – ceux qui comprennent pas
    – ceux qui ne sont pas d’accord
    – ceux qui relativisent (genre moi)
    – ceux qui se trouvent une bonne excuse
    – ceux qui ne peuvent pas
    – et ceux qui en ont rien à foutre

    Évidemment on me dit « mais moi j’en ai parlé dans mon entourage et ils ont changé leurs comportements » ouais okay c’est cool. Des gens de ton entourage. Avec qui tu as des liens, des affinités, des points communs. C’est facile ça. Maintenant va convaincre le gros beauf avec un 4x4 de penser à la planète. Va convaincre le vieux qui fout de l’herbicide partout parce qu’il a « toujours fait comme ça ». Va convaincre Trump.

    Pis en plus de cela, c’est même pas juste une question de savoir et de vouloir. C’est aussi une question de pouvoir. Comme dans l’illustration où l’exemple à suivre c’est le couple avec un potager pour être indépendant de l’industrie agro-alimentaire, faut l’avoir le potager. Pour une famille de 4 personnes, faut un potager de minimum 100m² hein. Faut les moyens, le temps, et la connaissance. Considérer que c’est un choix de vie envisageable, c’est un raisonnement de privilégié. Parce que l’ouvrier lambda dont la priorité est d’avoir assez d’argent pour finir le mois, il en a rien à foutre des orangs-outangs. Les banlieusards à 8 dans 25m² ils risquent pas d’avoir un crédit pour une baraque à la campagne. Là je parle pour cet exemple de s’approprier la production, mais le principe est le même pour la consommation. Moi les gens qui me prennent au 1er degré quand je parle des « vaccins à l’aluminium d’autisme » ou de « Jésus qui est né à Lourdes » alors que y’a marqué « magazine satirique » sur ma tronche, je leur fais pas confiance pour lire une étiquette hein.

    Pour finir, le coup du « on agit tous ensemble pour changer les choses » ça a déjà été théorisé hein.

    C’est pas nouveau.

    Ça s’appelle la grève générale.

    Et encore, la grève c’est limite même pas un mode d’action, vu que ça consiste à arrêter l’action de travailler. La grève, c’est changer les choses sans rien foutre. C’est génial putain. T’as même pas à te renseigner sur les conséquences de tes choix de vie au quotidien et dans tous les domaines, à choisir des produits qui sont moins nocifs que d’autres avec des comparaisons compliquées nécessitant un fort investissement en temps, en moyens, en culture.
    T’as juste à attendre que le système s’écroule avec des sandwichs-merguez et de la Kro.
    Bon faut pas que les usines de sandwich-merguez et de Kro fassent grève sinon le plan foire par manque de vivres.

    Malgré cela, malgré cette simplicité théorique de la grève générale, ça ne s’est vu que deux fois en France : en 1936 et 1968. Avec de nombreux succès mais sans l’impact révolutionnaire souhaité à l’origine pour cette méthode de lutte.
    Même une stratégie aussi simple que « les gens, et si on foutait rien ? » n’a pas eu le résultat escompté.
    Alors que c’est en gros le même principe que la « consom’action », à savoir « ne pas nourrir le système » mais avec une méthode on-ne-peut-plus accessible : ne rien foutre, tout le monde en est capable.

    Alors vraiment les gens là... Nan, c’est pas en arrêtant d’acheter du coca et en faisant pousser des patates que le système libéral va s’effondrer hein.

    Bande de bobos.

    Alex
    ***
    Voulez-vous en savoir plus ?
    https://www.facebook.com/LeBouseux6/photos/a.381592645599427/462131747545516/?type=3&theater
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  • 600 personnes manifestent devant le Manneken Pis pour dénoncer le centre fermé pour familles du 127bis à Steenokkerzeel Belga - 15 Aout 2018 - RTBF
    https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_600-personnes-manifestent-devant-le-manneken-pis-pour-denoncer-le-centre

    Quelque 600 personnes se sont rassemblées autour de Manneken Pis mercredi après-midi à Bruxelles pour protester contre l’enfermement d’une première famille dans l’une des nouvelles unités familiales du centre fermé 127bis à Steenokkerzeel https://www.rtbf.be/info/belgique/detail_une-mere-et-ses-quatre-enfants-transferes-dans-le-centre-ferme-pour-fami . L’action était organisée par le collectif #NotInMyName.

    Les manifestants ont exprimé leur solidarité avec la famille serbe et leur mécontentement vis-à-vis de la politique du gouvernement fédéral. « On n’enferme pas un enfant », ont-ils notamment scandé.

    L’action était symbolique car, selon le collectif, Manneken Pis est le seul enfant qui peut se trouver derrière des barreaux en Belgique. « Rien ne justifie la détention de personnes, et certainement pas de mineurs » , ajoute un porte-parole de #NotInMyName. « C’est pourquoi nous nous mobilisons, pour que cette mesure ne passe pas inaperçue en plein été. »


    #Belgique #enfant #migrants #violence #solidarité #Bruxelles


  • بعد إسبانيا : كبرى المدن الإيطاليّة تدعو لفرض حصارٍ على إسرائيل ووقف التجارة العسكريّة معها لارتكابها جرائم حرب وتضامنًا مع فلسطين | رأي اليوم
    https://www.raialyoum.com/index.php/%d8%a8%d8%b9%d8%af-%d8%a5%d8%b3%d8%a8%d8%a7%d9%86%d9%8a%d8%a7-%d9%83%d8%a

    Après Barcelone, Madrid et Valence en Espagne, les mairies de Naples, Turin, Bologne, Florence et Pise se prononcent pour le boycott d’ #Israël.

    #palestine


  • Twitter serait « toxique » pour les femmes, selon Amnesty International
    https://www.numerama.com/tech/337884-twitter-serait-toxique-pour-les-femmes-selon-amnesty-international.

    Dans un rapport largement détaillé, l’organisme garant des droits de l’Homme interroge la responsabilité de Twitter dans le harcèlement et les violences faites aux femmes sur la plateforme à l’oiseau bleu. Twitter ne protégerait pas les femmes. Pis, la plateforme serait pour elles des plus nocives. Après seize mois d’enquête aux États-Unis et au Royaume-Uni, Amnesty International publie son rapport sur les violences et le harcèlement subi par les femmes sur le célèbre réseau social. Riche en (...)

    #Twitter #harcèlement #discrimination


  • Le 16 mars 1978, l’échouement de l’#Amoco_Cadiz provoque une #marée_noire gigantesque.

    Le 16 mars 1978 au matin, à l’entrée sud de la Manche, à proximité des côtes bretonnes par une mer très formée, l’Amoco-Cadiz vogue à proximité des côtes bretonnes. Ce pétrolier géant de 330 m de long affrété par la société #Shell, appartient à la Phillips, une compagnie de Chicago implantée aux Bermudes. Immatriculé au Libéria, le navire transporte 227 000 tonnes de #pétrole brut du Golfe Persique à destination de Rotterdam aux Pays-Bas.

    http://lhistgeobox.blogspot.fr/2018/03/le-16-mars-1978-lechouement-de-lamoco.html

    #polution #bretagne


  • Des enfants au front

    Certains Israéliens interrogent « innocemment » : pourquoi les enfants palestiniens sont-ils poussés vers la ligne de front par leurs mères, qui vont ensuite pleurer sur leurs dépouilles ? À première vue, la question semble pertinente. En fait, son énoncé est pathologique.
    La vraie question est : pourquoi nos soldats tuent-ils ces enfants ? Et, j’ajoute, quelquefois de sang-froid et du fait de tirs précis. Une telle interrogation devrait logiquement en amener une autre : que faisons-nous ici, sur la terre des Palestiniens ? Au lieu de cela, ils détournent le visage et considèrent ces enfants comme des voyous et des diables, prenant la pose devant le fusil, provoquant les soldats jusqu’à ce qu’ils les tuent. Ces enfants — nous explique-t-on — n’ont pas le désir de vivre. Leurs mères — suggère-t-on — n’éprouvent pas de sentiments maternels.

    Réfléchissons bien au non-dit de ces affirmations : si les femmes palestiniennes ne ressentent pas d’affection pour leurs enfants, alors les Palestiniens ne sont pas réellement des êtres humains. Pis : nous ne sommes non seulement pas les égaux des êtres humains, mais non plus ceux des chiens ou des chats qui, eux, prennent soin de leurs petits durant les moments de danger ! Est-il possible que les Palestiniens soient inférieurs à des animaux ?

    De telles conclusions nous rappellent ce que les Blancs sud-africains racistes pensaient des Noirs, ce que les envahisseurs européens du continent américain et de l’Australie pensaient des autochtones et des aborigènes, et comment les nazis percevaient les Juifs.

    Le même postulat nie complètement que les Palestiniens défendent leur terre et leur dignité, ce qui est un droit humain élémentaire. Il suggère que les Palestiniens seraient violents par goût de la violence et qu’ils haïssent les Juifs simplement parce que ceux-ci sont juifs.

    Quiconque se rallie à cette idée n’est pas conscient — ou ne veut pas l’être — qu’Israël occupe les territoires palestiniens de manière continue, terrible, destructrice et humiliante. Et que nombre d’Israéliens et de Juifs à travers le monde condamnent cette occupation.

    Eyyad Sarraj
    Psychiatre, fondateur du centre de santé mentale de Gaza, décédé en 2013. Extrait d’une archive de novembre 2000.

    https://www.monde-diplomatique.fr/mav/157/SARRAJ/58318


  • Vaccin contre la #dengue  : la justice philippine attaque Sanofi
    http://www.lemonde.fr/economie/article/2018/02/06/vaccin-contre-la-dengue-la-justice-philippine-attaque-sanofi_5252422_3234.ht

    C’est l’hallali pour #Dengvaxia, le vaccin contre la dengue de Sanofi. Lundi 5 février, les autorités judiciaires philippines ont engagé des poursuites contre le laboratoire pharmaceutique français pour réclamer une compensation financière de quelque 4,2 millions de pesos, soit 65 300 euros, pour les parents d’une fillette de 10 ans, décédée après avoir reçu une dose de Dengvaxia.

    L’Etat philippin, qui soupçonne que 14 décès soient liés à la prise du vaccin, a également demandé au groupe français de rembourser l’intégralité du coût, de quelque 60 millions d’euros, du programme de vaccination contre la dengue lancé en 2015 auprès de 870 000 enfants.

    Dans un communiqué, Sanofi a fermement rejeté les accusations des autorités philippines, rappelant que l’hôpital général des Philippines avait assuré qu’il n’y avait « aucune preuve liant directement la prise du Dengvaxia à la mort de 14 personnes. En dix ans d’essais cliniques, et près d’un million de doses injectées, aucune mort liée au vaccin n’a été observée. Au contraire, l’administration du vaccin a réduit les risques liés à la prévalence de la dengue dans le pays. » Chaque année, entre 500 et 1 000 Philippins meurent à la suite de l’infection de la dengue.

    Le groupe français ajoute cependant que « s’il devait y avoir des atteintes à la santé dues à la dengue et qu’un lien avec la vaccination soit scientifiquement démontré, nous assumerions nos responsabilités. » Sanofi a également rejeté l’idée d’un remboursement du coût du programme de vaccination. « Cela signifierait que la formule n’est pas efficace, ce qui n’est pas le cas », indique le laboratoire français

    En janvier 2018, la société pharmaceutique avait cependant accepté le rachat des stocks de vaccins non utilisés après la suspension du plan de vaccination. En effet, Sanofi et l’Organisation mondiale de la santé s’étaient rendu compte que le vaccin n’était...

    Boum ! #paywall
    information passée inaperçue, en tous cas par moi, et je la découvre a posteriori ici https://seenthis.net/messages/649302

    • C’est l’hallali pour Dengvaxia, le vaccin contre la dengue de Sanofi. Lundi 5 février, les autorités judiciaires philippines ont engagé des poursuites contre le laboratoire pharmaceutique français pour réclamer une compensation financière de quelque 4,2 millions de pesos, soit 65 300 euros, pour les parents d’une fillette de 10 ans, décédée après avoir reçu une dose de Dengvaxia.

      L’Etat philippin, qui soupçonne que 14 décès soient liés à la prise du vaccin, a également demandé au groupe français de rembourser l’intégralité du coût, de quelque 60 millions d’euros, du programme de vaccination contre la dengue lancé en 2015 auprès de 870 000 enfants.

      Dans un communiqué, Sanofi a fermement rejeté les accusations des autorités philippines, rappelant que l’hôpital général des Philippines avait assuré qu’il n’y avait « aucune preuve liant directement la prise du Dengvaxia à la mort de 14 personnes. En dix ans d’essais cliniques, et près d’un million de doses injectées, aucune mort liée au vaccin n’a été observée. Au contraire, l’administration du vaccin a réduit les risques liés à la prévalence de la dengue dans le pays. » Chaque année, entre 500 et 1 000 Philippins meurent à la suite de l’infection de la dengue.

      Le groupe français ajoute cependant que « s’il devait y avoir des atteintes à la santé dues à la dengue et qu’un lien avec la vaccination soit scientifiquement démontré, nous assumerions nos responsabilités. » Sanofi a également rejeté l’idée d’un remboursement du coût du programme de vaccination. « Cela signifierait que la formule n’est pas efficace, ce qui n’est pas le cas », indique le laboratoire français

      Un véritable fiasco commercial

      En janvier 2018, la société pharmaceutique avait cependant accepté le rachat des stocks de vaccins non utilisés après la suspension du plan de vaccination. En effet, Sanofi et l’Organisation mondiale de la santé s’étaient rendu compte que le vaccin n’était efficace que pour les personnes qui avaient déjà été malades de la dengue, soit 80 % de la population aux Philippines. Les personnes n’ayant jamais été infectées avaient des risques de développer une forme plus sévère de la maladie.

      Pour Sanofi, le Dengvaxia est un véritable fiasco commercial. Alors que le vaccin n’est autorisé que dans 19 pays, il n’a été commercialisé que dans 11 pays, et seuls deux d’entre eux, les Philippines et l’Etat du Parana au Brésil, ont lancé des programmes publics de vaccination. « Si les Philippines ont arrêté leur campagne, ce n’est pas le cas dans le Parana », rappelle-t-on chez Sanofi. L’arrêt du programme aux Philippines serait plus lié à un règlement de comptes politique entre le gouvernement actuel et son prédécesseur.

      Le flop de Dengvaxia

      Ce devait être l’un des blockbusters de la division vaccins de Sanofi. Mais Dengvaxia, son vaccin contre la dengue, se vend au compte-gouttes depuis son lancement en 2015. Son chiffre d’affaires, qui s’élevait seulement à 55 millions d’euros en 2016. L’année 2017 ne s’annonce pas meilleure avec seulement 22 millions d’euros de ventes sur les neuf premiers mois de l’année.

      Le groupe n’a signé que deux contrats d’approvisionnement : l’un avec les Philippines, l’autre avec l’Etat du Parana au Brésil. « Nous sommes en train de discuter avec le gouvernement brésilien d’un programme de vaccinations plus étendu », expliquait le 12 octobre David Loew, dirigeant de Sanofi-Pasteur. Ce « flop » pose au groupe un important problème industriel : pour produire Dengvaxia, il avait investi 300 millions d’euros dans une usine à Neuville-sur-Saône (Rhône). Elle est aujourd’hui quasiment à l’arrêt, avec plusieurs années de stocks.

      Dengvaxia n’en est pas moins un échec. A son lancement, les analystes anticipaient un chiffre d’affaires entre 140 et 970 millions d’euros, du niveau d’un « blockbuster », pour le vaccin à l’horizon 2020. Au rythme actuel, l’estimation basse ne devrait jamais être atteinte. Après avoir réalisé pour 55 millions d’euros de ventes en 2016, le vaccin ne réalisait que 22 millions sur les neuf premiers mois de l’année 2017. Pis, l’usine de Neuville-sur-Saône (Rhône), où Sanofi avait investi 300 millions d’euros pour produire le nouveau vaccin, est quasiment à l’arrêt, avec plusieurs années de stocks de vaccins.

    • Mais pourtant notre ministre des laboratoires pharmaceutiques elle a dit et redit que les vaccins c’était pas dangereux.

      Dans un communiqué, Sanofi a fermement rejeté les accusations des autorités philippines, rappelant que l’hôpital général des Philippines avait assuré qu’il n’y avait « aucune preuve liant directement la prise du Dengvaxia à la mort de 14 personnes.

      Euh je sais pas mais 14 personnes qui meurent alors qu’elles prennent le même traitement c’est quand même troublant. Après on ne connaît pas le nombre total mais ça interpelle.
      Enfin, je n’y connais pas grand chose en immunologie mais un vaccin qui n’est efficace que sur les gens qui ont déjà contracté la maladie je trouve ça un peu chelou. Pour moi si on contracte la maladie et qu’on est toujours là c’est que notre corps a réussi à fabriquer les bons anticorps alors dans ce cas quel est l’intérêt du vaccin ? Mais peut-être que je dis des conneries…


  • La déliquescence sociale des États-Unis, par Olivier Raguenes (repris sur le Blog de Paul Jorion) medium.com - 15 Janvier 2018
    https://www.pauljorion.com/blog/2018/01/16/la-deliquescence-sociale-des-etats-unis-par-olivier-raguenes
    https://medium.com/@olivierraguenes/la-d%C3%A9liquescence-sociale-des-%C3%A9tats-unis-e3b0549be879

    • L’espace médiatique consacré aux États-Unis, dans la presse du monde entier, est monopolisé par les polémiques causées par Donald Trump. Au-delà du caractère dangereux et imprévisible du personnage, son élection est un symptôme parmi d’autres d’une société en déliquescence. L’arbre incandescent Trump dissimule une forêt en flammes : celle de la société états-unienne. Un système social en lambeaux, des écoles délabrées, des ponts et des barrages qui ne tiennent plus qu’à un fil, des centres commerciaux qui ferment par centaines… différents pans de la société états-unienne sont fragilisés, notamment par les coupes budgétaires des administrations publiques.

    • Il ne sera pas question ici d’envisager un effondrement des États-Unis à proprement parler, ni même de prétendre à un quelconque diagnostic de la misère sociale de certaines populations états-uniennes ; mais plutôt d’envisager plusieurs facettes d’un phénomène de décomposition sociale au cœur de la première puissance mondiale.

    LE “CROWDFUNDING” COMME MODÈLE SOCIAL

    • Le système social états-unien d’abord lancé par Truman puis réduit en cendres par Reagan, est un enjeu du débat politique entre Républicains et Démocrates depuis près d’un siècle. En 2008, le gouvernement fédéral démocrate avait fait de l’”Obamacare” un axe fort de sa politique sociale. Dès lors, les États-Uniens devaient bénéficier d’un système de couverture maladie efficace et ouvert à toutes et tous. Malheureusement inaboutie, cette réforme n’a pas réussi à répondre aux coûts de soin croissants des plus graves maladies, à commencer par les cancers. Les frais médicaux sont la première cause de faillite des ménages aux États-Unis nous indique le professeur de droit Daniel A. Austin. Pour faire face à la nécessité de soins quand le budget des malades est insuffisant, nombreux sont contraints de recourir au “crowdfunding” (ou financement participatif) pour payer leurs frais de santé. L’auteur Stephen Marche montre comment cette démarche est devenue un concours de popularité où les malades tentent dramatiquement de susciter l’identification des internautes afin de récolter de l’argent. Pourtant, près de 90% de ces tentatives ne lèvent pas les fonds nécessaires aux soins. Des entreprises comme GoFundMe ou YouCaring font de cette faille abyssale du système de santé un modèle économique en prélevant leur part sur les dons. Dans le même temps, l’administration Trump tente de détricoter les maigres avancées de l’Obamacare en renforçant cette dynamique mortifère. L’accès aux soins de santé devient un enjeu sanitaire majeur pour les classes populaires des États-Unis, et les inégalités sont exacerbées, aux dépens des minorités. D’autres secteurs publics sont dans une situation précaire dans le pays, à commencer par les écoles.

    • La précarité des bâtiments scolaires a été soulevée par ces images partagées sur les réseaux sociaux, où l’on voit des élèves de Baltimore en classe par des températures glaciales, parfois inférieures à 6°C. C’est l’occasion d’une empoignade entre politiques, mais les raisons tiennent bien davantage aux budgets très restreints des infrastructures publiques aux États-Unis, et ce, peu importe la couleur du maire ou du gouverneur. La situation est bien plus grave qu’une panne de chauffage ponctuelle lors d’un événement météorologique extrême. Une commission menée par la structure gérant les écoles publiques de Baltimore a estimé que deux tiers des écoles de l’agglomération étaient dans un état “très précaire”, nécessitant pour plus de cinq milliards de dollars de travaux. Au-delà du cas devenu emblématique de Baltimore, ou encore de Detroit, les écoles publiques de l’ensemble du pays sont pour beaucoup délabrées. Plus de la moitié d’entre elles ont besoin de travaux pour revenir à un “bon état”. La réussite scolaire est pourtant liée à la qualité des infrastructures. Les familles aisées préfèrent inscrire leurs enfants dans le privé, quitte parfois à s’endetter pour le faire. Cette situation précaire ne date pas d’aujourd’hui, déjà en 1995 le gouvernement fédéral estimait nécessaires des investissements majeurs pour rétablir une école publique viable dans le pays. Depuis, face aux coupes des finances publiques, les budgets consacrés aux écoles n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2008. Les citoyens de Baltimore ont pour l’instant lancé une campagne de financement participatif afin de garantir un service décent dans les écoles. Donald Trump a promis un investissement de plus de mille milliards de dollars dans les infrastructures considérées prioritaires, dont les écoles. Mais elles ne sont pas seules à être dans un état déplorable, le système des transports souffre aussi d’un manque de moyens.

    INFRASTRUCTURES OBSOLÈTES ET HAUSSE DES COÛTS D’ENTRETIEN

    • Le ministère des transports fédéral reconnaît sur son site un cruel manque d’investissement public et appelle à une vision à long terme du réseau de routes et de ponts. Au Massachusetts ou à Rhode Island, plus d’un pont sur deux est déficient ou obsolète. Le Colorado ne dispose plus d’un budget suffisant pour maintenir en état son système routier. Le problème des infrastructures aux États-Unis se pose déjà sur le plan de l’efficacité du réseau, le temps perdu dans les transports par les foyers états-uniens est important, ce coût financier est estimé à 3400$ par an et par ménage. Mais ce problème se pose aussi au sujet de la sécurité des usagers. Les infrastructures sont dans un état très précaire, un barrage a même menacé de céder en février 2017, nécessitant l’évacuation de 200 000 personnes en Californie. La force publique peine donc déjà à entretenir les réseaux existants pour assurer leurs usages habituels. Si les structures sont en plus dégradées, le coût devient alors insupportable. La récurrence accrue des épisodes météorologiques extrêmes cause des dégâts matériels importants. Aux États-Unis, le coût des événements “naturels”, rendus plus forts à cause du dérèglement climatique provoqué notamment par l’activité économique états-unienne, a atteint un record en 2017. Ces dégâts sont cent fois plus coûteux que dans les années 1980 ! Le Wall Street Journal présente comment les assureurs, face aux incendies qui sont de plus en plus fréquents, emploient leurs propres pompiers pour préserver les maisons les plus coûteuses. La lutte anti-incendie n’est alors plus publique, mais bien privée, et devient un facteur supplémentaire d’inégalité.

    • L’approvisionnement en eau est un problème dans le Sud-Ouest des États-Unis. Le débit du fleuve Colorado a baissé de 19% depuis les années 1990, et les experts estiment qu’à l’avenir, il faudra s’attendre à des restrictions de consommation de l’ordre de 35%. L’activité agricole est concernée, les prélèvements lui sont vitaux mais affectent les réserves d’eau. Située dans le désert, une ville comme Las Vegas demeure l’un des pôles touristiques et médiatiques forts des États-Unis. La “capitale du jeu” est aujourd’hui une agglomération menacée par le dérèglement climatique à travers les sécheresses. Soumise à de réels problèmes d’approvisionnement en eau, les investissements de la ville se multiplient pour tenter de repousser le problème, en utilisant toujours davantage d’énergie pour pomper l’eau depuis des réserves éloignées. Pour l’instant, bien aidés par des épisodes pluvieux, les efforts pour limiter les prélèvements du lac Mead donnent des résultats positifs, mais jusqu’à quand ?

    LE “RETAIL APOCALYPSE” OU LA DÉSERTION COMMERCIALE ET SOCIALE

    • Un nouveau phénomène affecte les tissus économiques, sociaux et ruraux des États-Unis. Appelé “retail apocalypse”, il s’agit en fait de la fermeture par centaines de centres commerciaux à travers le pays, les fameux “malls”. En 2017, Business Insider estime à 9 000 le nombre d’enseignes disparues, en 2018 cet effondrement pourrait provoquer la fermeture de 12 000 magasins. L’impact social de ces fermetures est très lourd localement, la situation du comté de McDowell est à ce titre éclairante mais dramatique. Déjà, les communautés rurales avaient accueilli l’arrivée de grandes structures commerciales avec enthousiasme. Des enseignes comme Walmart représentaient pour eux des opportunités d’emplois inespérées. Malheureusement, les populations locales sont entrées dans un état de dépendance vis-à-vis de ces structures. Walmart remplace les commerces de proximité, fournit aux gens des salaires et tous leurs biens de consommation (notamment la nourriture), mais accapare le lien social entier d’une communauté. Un instituteur indique même : “qu’il n’y a plus d’endroit pour rester et discuter”. Ces structures endossent dans les territoires nord-américains un rôle de centralité. Si elles viennent à disparaître, le maillage territorial se décompose. De plus, une fois que Walmart a fermé, les impôts versés localement s’envolent, réduisant le budget des écoles de 10%. En quelques mois, les emplois directs y sont passés de trois cent à zéro.

    • Les distributeurs sont des pourvoyeurs importants d’emplois aux États-Unis, la faillite de ces magasins représente donc une perte d’emplois considérable. Les femmes sont bien plus concernées que les hommes par ces suppressions de postes. Entre novembre 2016 et novembre 2017, 129 000 femmes ont perdu leur emploi dans la vente d’après les statistiques officielles du département du travail états-unien. Les hommes eux, ont assez largement l’opportunité de se tourner vers l’industrie.

    • Les secteurs d’activité autrefois créateurs d’emplois se tournent désormais vers l’automatisation, à commencer par l’industrie pétrolière. Les nombreux emplois supprimés par les majors lors de l’épisode de bas prix du pétrole, n’ont pas été recréés suite à la hausse des cours, les industriels investissant très largement dans les machines pour assurer l’exploitation.

    • La déception de nombreux électeurs de Trump en 2016 a été illustrée par l’élection d’un démocrate à la tête de l’État d’Alabama. Les électeurs blancs de l’État ont préféré rester chez eux plutôt que de soutenir le candidat républicain accusé d’agression sexuelle. A contrario, les populations afro-américaines se sont plutôt mobilisées pour faire élire un démocrate. Cette société est toujours aussi divisée. Les hommes blancs plutôt âgés qui se sont déplacés ont voté à 70% pour le candidat républicain quand les femmes afro-américaines ont voté à près de 98% pour le candidat démocrate. Plus généralement, cet État illustre les tensions raciales, mais aussi la misère rurale de nombreuses régions des États-Unis. Des représentants de l’Organisation des Nations Unies ont visité le pays et notamment l’Alabama pour enquêter sur la pauvreté dans les pays développés. Le rapporteur, le professeur de droit Philip Alston, a été suivi par le Guardian lors de son voyage à travers les États-Unis. Il dit avoir vu “l’échec d’une société”. Cette misère, particulièrement criante dans les États du Sud, se perçoit à l’aide de l’habitat, des infrastructures, de la culture, mais aussi à travers les données sanitaires.

    DE L’ABANDON SANITAIRE ET SOCIAL

    • L’ankylostomose, une maladie qui concerne d’habitude les pays les plus pauvres et qui avait été éradiquée dans les années 1980 des États-Unis, est réapparue depuis quelques années dans la “blackbelt”, en particulier dans l’Alabama. Les systèmes d’égouts et de traitement des eaux y sont très largement défaillants, les bactéries et les parasites prolifèrent. Là encore, les Afro-américains sont les principaux touchés, leur situation économique et sanitaire est parfois déplorable. Le docteur Peter Hotez estime que douze millions de personnes pourraient souffrir de maladies tropicales dans le Sud des États-Unis. La maladie de Lyme se développe de façon incontrôlée dans tout l’Est du pays, en région rurale. Un élément principal de cette prolifération est l’anéantissement de la grande faune sauvage depuis plusieurs siècles. Les victimes font face, comme en France, à un aveuglement des autorités sanitaires.

    • La misère sociale affecte aussi des mégapoles à l’image plutôt riche. Ainsi à Los Angeles, le nombre de personnes sans domicile fixe a bondi de 25% en un an, concernant 55 000 personnes en 2017. Cette situation est aussi empirée par l’administration Trump, qui ne cesse d’amputer les budgets en faveur du logement des plus précaires. Les villes sont donc aussi concernées par ce phénomène de déclassement social. Le film The Florida Project aborde la problématique sociale des Millenials (ou Génération Y) États-uniens, en particulier celle des jeunes mères. Elles y apparaissent sans diplôme, sans emploi stable, sans source de revenus, sans contact avec leur famille, bref en rupture totale avec la société. Le lien social se limite pour elles à leur voisinage. Pourtant, la protagoniste vit aux portes de Disneyland, symbole de la puissance culturelle et de la vitalité économique états-unienne. Son seul contact avec l’administration a pour visée de lui retirer la garde de sa fille. Ce film met des visages sur cette dégradation sociale qui devient très prégnante aux États-Unis. Ceci dit, les personnes les plus en rupture avec la société états-unienne vivent majoritairement dans les milieux ruraux.

    LE NAUFRAGE RURAL

    • Le Wisconsin est à cet égard un exemple marquant. État rural très agricole, il est le lieu depuis plusieurs années d’un drame social. De nombreux hommes blancs relativement âgés s’y donnent la mort. En pleine crise agricole, en 1982, le taux de suicide des agriculteurs avait atteint un premier record. En 2016, ce taux est 50% supérieur ! Pis, en 2017 ce taux est deux fois supérieur à celui des militaires vétérans, et trois fois supérieur à l’ensemble de la population. Le psychologue Mike Rosmann parle des agriculteurs comme d’une “espèce en danger”. Plus la région est rurale, plus le nombre de suicides y est élevé. Le docteur John Frey livre son explication, selon lui les facteurs sociaux qui affectent la durée de vie (santé, salaire, lien social) empirent, il pointe aussi du doigt la “désintégration de la communauté”, estimant que “le suicide est un acte de colère”. Il assimile ce phénomène à une ”épidémie invisible”. Aux États-Unis, bien que contestée, la liberté d’acheter et de porter une arme est pour beaucoup fondamentale. Plutôt qu’un moyen de défense, c’est un outil d’auto-destruction puisque 60% des décès causés par les armes à feu sont des suicides. La pygargue à tête blanche, emblème de la force états-unienne, a du plomb dans l’aile. Au-delà du suicide par arme à feu, d’autres comportements individuels destructeurs se multiplient aux États-Unis.

    • Le nombre d’overdoses générées par la surconsommation d’opioïdes a augmenté de 21% entre 2015 et 2016 aux États-Unis. Le nombre de décès causés par ce phénomène a été multiplié par six entre 2013 et 2016. Ce fléau qui concerne de plus en plus de jeunes adultes, bénéficie aux entreprises qui vendent ces produits. Et c’est là tout le paradoxe de ce pays : une minorité génère son profit aux dépens des classes populaires. Le New Yorker détaille la manière dont la famille Sackler s’enrichit de cette explosion de la consommation d’opioïdes.

    • La conjugaison de la hausse des suicides en milieu rural et de la crise d’opioïdes, a fait reculer l’espérance de vie états-unienne pour la deuxième année consécutive. En 1974, Emmanuel Todd anticipait l’effondrement de l’URSS en se basant sur un certain nombre de facteurs, dont le recul de l’espérance de vie. Sa démarche a inspiré l’ingénieur Dmitry Orlov, qui a tenté de définir Les Cinq Stades de l’Effondrement en appliquant son raisonnement aux États-Unis. Plutôt que de considérer ses travaux comme prophétiques, il convient toutefois de réaliser que l’effondrement social est a minima partiel, et que les budgets alloués aux politiques sociales ne cessent de fondre. La presse anglo-saxonne grand public ne rejette plus la perspective d’un ”collapse”. Parmi les facteurs qui ont causé l’effondrement de plusieurs sociétés par le passé, les inégalités de revenus apparaissent déterminantes. Cela se traduit déjà pour l’espérance de vie aux États-Unis : dix ans d’écart séparent le quart le plus riche et le quart le plus pauvre de la population.

    LE GOUFFRE DES INÉGALITÉS 

    • Les inégalités aux États-Unis concernent la santé, l’accès aux services élémentaires, l’accès à l’emploi, la couleur de peau, le sexe… mais aussi les revenus. D’après le rapport mondial des inégalités 2018 coordonné notamment par Thomas Piketty, le pourcent le plus riche concentre aujourd’hui plus de 20% des richesses, contre moins de 11% en 1980. À l’inverse, la moitié la plus pauvre du pays représentait près de 21% des richesses en 1980 contre à peine 13% en 2016. Ces deux dynamiques opposées ne se retrouvent pas dans les pays d’Europe de l’Ouest, pourtant, en 1980 ces mesures statistiques donnaient des résultats très proches des deux côtés de l’Atlantique. Mais ce qui est plus intéressant encore, c’est d’observer la perception qu’ont les États-Uniens de cette répartition des richesses. Michael I. Norton et Dan Ariely montrent qu’aux yeux des cinq mille sondés de leur étude, les 20% les plus riches capteraient moins de 60% des richesses. Selon la logique du “winners take it all”, les 20% les plus fortunés représentent en fait près de 90% des richesses. Enfin, le ratio entre les revenus des dirigeants des entreprises et les salariés est passé de 20 en 1965 à près de 1000 au cours des années 2010 dans certains secteurs d’activité ! Dans son rapport annuel sur les risques, le Forum économique mondial alerte sur la hausse des inégalités dans plusieurs pays, dont les États-Unis. L’économiste Robert J. Gordon s’inquiète de la baisse du niveau de vie des ménages les plus pauvres des États-Unis. Mais il note aussi une certaine convergence entre les franges les plus pauvres des différentes communautés, une forme d’égalité relativement nouvelle entre Blancs, Hispaniques et Afro-américains face à la misère.

    • Certes, le chômage est revenu à un taux historiquement bas et continue globalement à baisser, mais le taux de délinquance qui avait une évolution similaire jusqu’au milieu des années 2010, ne baisse plus. D’une part, de nombreux foyers sont toujours dans une situation de détresse financière, et d’autre part, les catégories les plus jeunes sont elles aussi étranglées par les prêts (études, logement, consommation). La réserve fédérale estime même que 38% des prêts étudiants ne sont pas remboursés, ce qui est une source de déséquilibre pour les banques. Le taux de chômage bas cache aussi la vague d’emplois à temps partiel qui a déferlé à partir de 2010. Près de six millions d’États-Uniens travaillant à temps partiel souhaitent passer à temps plein. Un quart des travailleurs à temps partiel serait en situation de pauvreté. Au-delà du salaire forcément réduit, certain⋅e⋅s employé⋅e⋅s à temps partiel perdent aussi leur couverture maladie. Incité⋅e⋅s par leurs employeurs à recourir à l’Obamacare avant l’élection de Donald Trump, qu’adviendra-t-il de ces populations quand le système entier aura été mis à sac ?

    • Le soulman Sam Cooke chantait son espoir de jours meilleurs dans A Change Is Gonna Come en 1963, et fut (vraisemblablement) assassiné quelques années plus tard. Charles Bradley, l’un de ses héritiers sur le plan artistique, lui répondit dans Why Is It So Hard ? en 2011. Désabusé de sa condition d’Afro-américain aux États-Unis, Bradley chanta alors : “on dirait que rien ne va changer”. De nombreux Afro-américains sont encore considérés comme des citoyens de seconde zone, le mouvement Black Lives Matter a permis de mettre en avant les violences dont ils font l’objet. D’après le rapport sur les inégalités publié chaque année par l’Université des Standford, environ 25% des Hispaniques, des Afro-américains, et des Amérindiens sont pauvres, contre 10% seulement pour les communautés asiatique et blanche. Sur ce plan, il n’y a pas eu d’évolution significative depuis 1980 !

    • Les discriminations et les traitements inégaux sont des composantes intrinsèques de la culture états-unienne. Cependant, des démarches existent pour tenter de renverser le paradigme racial. Aussi, le mouvement #MeToo permet de libérer la parole des femmes à travers le pays, ainsi que de faire trembler beaucoup d’hommes de pouvoir qui ont très largement abusé de leurs positions, parfois de manière criminelle.

    VERS UN RETOUR À LA TERRE ?

    • Plus qu’une période de crise, c’est une situation qui empire progressivement au cours des années. En matière sociale, les deux mandats de Barack Obama n’ont pas permis de réduire les inégalités géographiques, salariales, raciales, et sexuelles, ni même d’atténuer la tension entre policiers et communauté afro-américaine. Les politiques menées par Donald Trump ne permettront pas non plus de résoudre ces problèmes, ni de les mitiger. Même les classes moyennes, qui depuis l’essor du “American way of life” semblaient profiter d’une croissance économique régulière, sont en grande partie des perdants des évolutions du pays ces dernières années. Certains rejoignent la “classe moyenne supérieure”, mais la majorité rejoint de fait les classes populaires. Quelques privilégiés prétendent encore au “rêve américain”, mais la majorité vit quelque chose qui ressemble plutôt à une dystopie états-unienne.

    • Alors, nombreux sont ceux à envisager un retour à la terre. Pour la deuxième fois au cours du dernier siècle, le nombre d’agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté aux États-Unis en 2017, dont 69% de diplômés du supérieur. Ces jeunes promeuvent une agriculture plus résiliente, indépendante des pesticides et de l’agro-industrie. Ils ne remplacent en rien les agriculteurs plus âgés qui abandonnent leurs exploitations dans les milieux plus ruraux, mais ils offrent une nouvelle dynamique aux espaces périurbains. L’effondrement industriel de Detroit et sa renaissance par l’agriculture urbaine forment un exemple de transition difficile mais médiatisée et vectrice d’espoir. Les communautés abandonnées par les constructeurs automobiles, qui constituaient pendant le XXème siècle l’alpha et l’oméga de la “Motor Town”, dont de très nombreux Afro-américains, y ont réussi à développer une agriculture vivrière low-tech, résiliente et saine.

    • Et si chacune et chacun trouvait sa place grâce à la terre ? Et si cette transition agro-écologique était le meilleur moyen de lutter contre les inégalités ? Et si finalement, Sam Cooke avait raison ?

    • RESUME

      Le système social états-unien . . .
      La #précarité des bâtiments scolaires . . . .

      INFRASTRUCTURES OBSOLÈTES ET HAUSSE DES COÛTS D’ENTRETIEN
      Un cruel manque d’investissement public . . . . .
      . . . . .
      L’approvisionnement en #eau est un problème dans le Sud-Ouest des États-Unis. . . .
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      LE “RETAIL APOCALYPSE” OU LA DÉSERTION COMMERCIALE ET SOCIALE
      il s’agit en fait de la fermeture par centaines de #centres-commerciaux à travers le pays, les fameux “malls”. En 2017, Business Insider estime à 9 000 le nombre d’enseignes disparues, en 2018 cet effondrement pourrait provoquer la fermeture de 12 000 magasins. . . .
      . . . . .
      Les distributeurs sont des pourvoyeurs importants d’emplois aux États-Unis, la faillite de ces magasins représente donc une perte d’emplois considérable. Les femmes sont bien plus concernées que les hommes par ces suppressions de postes. Entre novembre 2016 et novembre 2017, 129 000 femmes ont perdu leur emploi dans la vente d’après les statistiques officielles du département du travail états-unien. Les hommes eux, ont assez largement l’opportunité de se tourner vers l’industrie. . . . . .
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      Les secteurs d’activité autrefois créateurs d’emplois se tournent désormais vers l’#automatisation, . . .
      . . . . .
      La déception de nombreux électeurs de #Trump en 2016 a été illustrée par l’élection d’un démocrate à la tête de l’État d’#Alabama. . . . .
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      DE L’ABANDON SANITAIRE ET SOCIAL
      L’#ankylostomose, une maladie qui concerne d’habitude les pays les plus pauvres et qui avait été éradiquée dans les années 1980 des États-Unis, est réapparue depuis quelques années dans la “blackbelt”, . . . .
      . . . . .
      La misère sociale affecte aussi des mégapoles à l’image plutôt riche. Ainsi à Los Angeles, le nombre de personnes sans domicile fixe a bondi de 25% en un an, concernant 55 000 personnes en 2017. . . .
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      LE NAUFRAGE RURAL
      Le Wisconsin est à cet égard un exemple marquant. . . . . .
      . . . . .
      Le nombre d’overdoses générées par la surconsommation d’#opioïdes a augmenté de 21% entre 2015 et 2016 aux États-Unis. Le nombre de décès causés par ce phénomène a été multiplié par six entre 2013 et 2016. . . . . .
      . . . . .
      La conjugaison de la hausse des #suicides en milieu rural et de la crise d’opioïdes, a fait reculer l’espérance de vie états-unienne pour la deuxième année consécutive.
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      LE GOUFFRE DES INÉGALITÉS 
      Les inégalités aux États-Unis concernent la santé, l’accès aux services élémentaires, l’accès à l’emploi, la couleur de peau, le sexe… mais aussi les revenus. . . . . .
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      Certes, le chômage est revenu à un taux historiquement bas et continue globalement à baisser, mais le taux de #délinquance qui avait une évolution similaire jusqu’au milieu des années 2010, ne baisse plus. . . . . .
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      D’après le rapport sur les #inégalités publié chaque année par l’Université des Standford, environ 25% des Hispaniques, des Afro-américains, et des Amérindiens sont pauvres, contre 10% seulement pour les communautés asiatique et blanche. Sur ce plan, il n’y a pas eu d’évolution significative depuis 1980 !. . . . .
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      Les #discriminations et les traitements inégaux sont des composantes intrinsèques de la culture états-unienne. . . . . .
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      VERS UN RETOUR À LA TERRE ?
      Plus qu’une période de crise, c’est une situation qui empire progressivement au cours des années. En matière sociale, les deux mandats de Barack Obama n’ont pas permis de réduire les inégalités géographiques, salariales, raciales, et sexuelles, ni même d’atténuer la tension entre policiers et communauté afro-américaine. . . . . .
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      Alors, nombreux sont ceux à envisager un retour à la terre. Pour la deuxième fois au cours du dernier siècle, le nombre d’agriculteurs de moins de 35 ans a augmenté aux États-Unis en 2017, dont 69% de diplômés du supérieur. . . . . .
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      Et si chacune et chacun trouvait sa place grâce à la terre ? Et si cette transition agro-écologique était le meilleur moyen de lutter contre les inégalités ? Et si finalement, Sam Cooke avait raison ? . . . . .


  • Lettre à Louis Mexandeau – Ne mélangez pas indignation et indécence Racailles - 19 nov. 2017
    http://www.racailles.info/2017/11/lettre-louis-mexandeau-ne-melangez-pas.html#more

    Vous avez osé.
    Vous, Louis Mexandeau, 86 ans, député accroché à son siège pendant plus de 22 ans, Ministre des PTT entre 1983 et 1985 et Secrétaire d’État aux anciens combattants de 1991 et 1993, vous avez osé faire un formidable esclandre médiatique pour… une amende SNCF de 50 euros !


    On l’a lu partout ces derniers jours. Le mois dernier, un agent SNCF vous a foutu une contredanse car vous n’aviez pas pris de billet pour un Paris – Caen, pensant que vous bénéficiiez encore du privilège fait aux anciens députés de pouvoir profiter des transports gratos, et en 1ère ! Mais patatra ! « Moralisation » oblige, De Rugy, le patron marcheur de l’Assemblée, a taillé dans lard. Fini la ristourne SNCF pour vous et vos anciens collègues de l’hémicycle. Il faudra vous payer une carte senior et passer au guichet avant les vacances.

    Cette aventure nous paraît, à nous bas peuple, normale. Vous êtes certes un ancien élu, mais il s’agissait de mandats, tous octroyés par le suffrage universel pour un temps donné afin d’accomplir la représentation nationale. Élu n’est ainsi ni un métier, ni une faveur. Cela fût votre choix de vous présenter, celui des électeurs de vous accepter et vous avez exercé vos fonctions le temps prévu. Vous touchez même une retraite rondelette pour cela, vous laissant – au passage – de quoi payer bon nombre de billets de train et même d’amendes. Passons.

    Le problème Loulou (vous me le permettrez bien), c’est que votre réaction est disproportionnée et complètement à côté de la plaque, mélange antique de vanité et de nombrilisme montrant à tous que vous vous voyez en grand homme guidant le peuple. « J’ai eu le sentiment d’une certaine humiliation » vous êtes vous répandu dans la presse. Humilié pour ne plus bénéficier d’un avantage illégitime et hors d’âge ? Humilié de devoir payer une contravention légitime et un service comme n’importe quel citoyen ? Humilié qu’on remette en cause ce piédestal artificiel sur lequel vous êtes le seul à vous voir ?
    Vous demandez les honneurs, vous n’obtiendrez que mon mépris.
     
    Après avoir pris votre prune, fâché, revanchard, vous sortez l’argument d’un service ferroviaire « pas toujours d’une excellence terrible » et des trains « hors d’âge ». Et comme à chaque fois, votre indignation s’adapte à l’échelle de votre petite personne. Car on ne vous a pas entendu avant cela critiquer la qualité de service liée au grand saccage de la SNCF, notamment par des gouvernements que vous souteniez. Vous ne défendez pas l’ensemble des voyageurs qui, eux, subissent cela au quotidien. Vous ne défendez pas un service public devenu inaccessible tant du point de vue tarifaire que territorial. Vous ne défendez pas les cheminots qui subissent cela avec des dégradations de leurs conditions de travail http://www.racailles.info/2017/10/le-sac-dos-social-les-cheminots-sont.html . Non, vous défendez votre droit bafoué à pouvoir prendre le train gratuitement, qui plus est en 1ère classe, et ce depuis 1981… « Si j’ai le temps, j’écrirai à Guillaume Pepy, je lui dirai qu’il ne faut pas pousser. Je lui parlerai de la façon dont on traite les élus ». Ancien élu, Monsieur Mex’ vu que votre dernier mandat de conseiller municipal d’opposition s’est terminé il y a bientôt dix ans et celui de député cinq ans plus tôt. Il est grand tant d’ouvrir les yeux, cela vous permettra d’observer les erreurs de votre parcours et les réalités du présent.
     
    Il est admirable d’observer cette constance qu’est la vôtre à vous tromper de colère et de combats. Vos colères, j’ai pu en observer plus d’une. Et à chaque fois, leur anachronisme m’a sauté aux yeux. Tantôt ridicules, tantôt consternantes, elles portaient majoritairement sur la forme qui cache le fond du débat. Et pourtant le fond est l’essentiel en politique : le fond des idées et des débats. Ne dit-on pas « aller au fond des choses » ? Mais vous, le fond, c’est ce que vous touchez depuis quarante ans sur le chemin des défaites et des erreurs personnelles, accompagnant les dramatiques renoncements de votre famille politique.

    Avec le lion qui orne la façade de votre habitation caennaise rue de Bretagne, vous n’avez aucune similitude, excepté celle du vieux lion hors d’âge du cirque vétuste que l’on garde – tant par dépit que par pitié - dans sa cage car il ne connaît plus qu’elle, ressassant de long en large ce petit monde qu’il perçoit, qui le rassure, qui le détruit, mais qui n’a rien à voir avec les réalités de l’extérieur.

    Le lion, c’est aussi – pour vous – « Tonton ». Vous nous la revendez encore et toujours votre figure tutélaire qu’est Mitterrand. Pendant trente ans vous n’avez existé que par et pour lui. On peut comprendre que cela laisse des traces ! Sans lui vous ne seriez rien, bien qu’après lui vous ne soyez resté que peu. Vous en faites donc un mythe errant, vous raccrochant avec acharnement au roman historique que vous avez écrit depuis le milieu des années 60 pour faire croire que cet homme était de gauche. Pis, était la gauche. Et avec lui le PS... Ma génération, celle qu’on appelle « génération précaire », celle qui n’a plus de confiance, celle qui ne perçoit l’avenir que comme des obstacles à franchir, celle qui fait face au pouvoir de la finance à laquelle vous avez cédé votre place, celle qui entend de nouveau le bruit des bottes dont vous connaissez pleinement et mieux que d’autres les malheurs qu’elles annoncent, celle que vous observez de haut, avec arrogance voire répugnance, ma génération sait quel est l’héritage de vos actes : un marécage boueux et toxique de résignation libérale coupée du peuple.
     
    Alors Monsieur, si âge ne s’accompagne pas forcément de sagesse, ayez tout du moins la décence du silence et du respect de vos contemporains qui, eux, ont des revendications légitimes au cœur et au poing, sans que quiconque ne souhaite les entendre.
     
    Maxence Chabler

    #Louis-Mexandeau #ps #retraité #sncf #voyageurs #gâtisme #député #privilége #anachronisme #privilégié #héritage #indécence

    Louis Mexandeau, l’ancien ministre de Mitterrand, s’étonne de devoir payer son billet de train
    http://www.leparisien.fr/politique/louis-mexandeau-l-ancien-ministre-de-mitterrand-s-etonne-de-devoir-payer-


  • Pontoise : blocus des lycéens contre le sexisme en classe - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/pontoise-le-blocus-des-lyceens-contre-le-sexisme-en-classe-21-12-2017-746

    Ils étaient des centaines devant les portes du lycée Pissarro ce jeudi matin à Pontoise (Val-d’Oise). Les élèves ont bloqué deux entrées sur trois de l’établissement avec des poubelles et des messages de sensibilisation contre le sexisme. « On est à bout, on en peut plus de subir ça au quotidien sous les yeux passifs des professeurs », témoigne une élève de terminale. Depuis le début de l’année scolaire, elles sont plusieurs à être victimes de réflexions inappropriées, d’insultes et de mains aux fesses dans les couloirs mais aussi dans les salles de classe. « On m’a déjà touché les fesses à l’entrée de la classe et le professeur a vu mais n’a rien dit », témoigne Hajar.
    Le blocus a été organisé pas une trentaine d’élèves qui se sont concertés sur les réseaux sociaux. Shanley, à l’initiative du mouvement, veut « libérer la parole dans les établissements scolaires ». « On n’est pas les seuls concernés, ça se passe partout en France et l’éducation nationale doit réagir », ajoute-t-elle. La jeune femme devait rencontrer le proviseur et la proviseure adjointe pour évoquer ces problèmes.

    #Femmes #lycée #blocus #sexisme

    @rezo

    • oui, @mad_meg, et là il avait de quoi tout féminiser sans barguigner, sans écriture inclusive, mais il y a aussi plein de mectons, tout comme il y avait plein de filles (une majorité ?) dans les mobilisations collégiennes et lycéennes qui en 73 s’opposaient à la suppression des reports d’incorporation dans l’armée.
      L’argument « seul.e.s les premier.e.s concerné.e.s sont légitimes » à parler agir est l’une des facettes de la normalisation identitaire. En vrai ça ne se passe pas comme ça et dans de forts nombreux cas, c’est tant mieux.

    • À l’école des femmes. Harcèlement sexuel : à Pontoise, des jeunes filles bloquent leur lycée pour se faire entendre
      http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2017/12/22/harcelement-sexuel-a-pontoise-des-jeunes-filles-bloquent-leur-lycee-p

      Harcèlement sexuel dans les collèges et lycées, un phénomène difficile à appréhender pour les enseignants
      http://mobile.lemonde.fr/societe/article/2017/12/22/harcelement-sexuel-ce-que-l-ecole-fait-pour-l-endiguer-ou-pas_5233177

      Leur action a été suivi d’une flopée d’articles divers (et une une du Parisien), et il est certain qu’elle fait des vagues parmi les éduquées et autres scolarisés bien au delà de ce lycée. Mais cela ne semble guère retenir ici l’attention. Étonnant. Les (petites) bonnes nouvelles sont elles si fréquentes ? Pour ma part, lorsqu’il se vérifie que les dernier.e.s venu.e.s (les d’jeuns) peuvent agir de façon autonome, j’y vois un encouragement à ne pas renoncer.

      Pour ce que je vois, dans la concurrence, l’atomisation et l’individualisation, le système scolaire (lui aussi porteur de ces dimensions destructrices) et ses divers ateliers, est l’un des derniers endroits où l’expérience partagée peut se faire force collective et conflictuelle.

      La portée universelle (si si) des mouvements des femmes dépasse l’universalité de la domination masculine comme celle de la cause des femmes. La mise en cause des petits mecs relous, ce qu’elle sape aussi c’est la contrainte à trouver ou se fabriquer des plus faibles que soi - (ici le harcèlement scolaire, sexuel mais pas que) pour accepter sa place, sa propre faiblesse, compenser l’impuissance, éprouver sa force.
      Ici, l’alternative n’est pas un mot mais une manière d’être.

      Bon, tout ça est aussi une manière de tenir à ce que je sais pour l’avoir vécu, on peut naître à nouveau lorsque l’on échappe à sa famille, parmi ses pairs. Et il arrive que cela implique de ne pas pouvoir laisser le monde tel qu’on l’a trouvé.

      #école

    • Femmes en lutte. @seleutheria999, une de celles à l’origine de cette action se fera certainement un plaisir d’échanger avec qui voudrait préparer un article, une émission (je peux lui transmettre un message en dm sur oiseau bleu si cela peut aider). Une une du Parisien, cela veut aussi dire que ce beau frémissement est exposé à un fort risque de #recodage (sécuritaire, pudibond, moral, ...).
      @jef_klak @paris @panthere ...

    • « Dans la rue comme au lycée, nous sommes courageuses et libres. »
      Harcèlement sexuel : à Pontoise, des jeunes filles bloquent leur lycée pour se faire entendre
      Quelque 300 lycéens ont notamment dénoncé, jeudi, la passivité des enseignants face aux violences sexistes subies par les élèves dans leur établissement.
      LE MONDE | 22.12.2017, Sofia Fischer

      « Dans la rue comme au lycée, nous sommes courageuses et libres. » Jeudi 21 décembre au matin, sur des poubelles empilées devant les grilles du lycée Pissaro de Pontoise (Val-d’Oise), la petite phrase a été inscrite en grand. Quelque 300 lycéens – filles et garçons – ont décidé de bloquer leur établissement pour protester contre les violences sexistes qu’elles racontent subir au quotidien. « On n’en peut plus, et les professeurs ne réagissent pas », assène Shanley, qui a participé à l’organisation de la mobilisation, armée d’une pancarte « Nous disons stop ! » « C’est à nous de prendre les choses en main pour qu’ils prennent conscience du problème, qui va bien au-delà de notre lycée, et qui concerne toute l’éducation nationale. »

      « Quand une fille passe au tableau, c’est systématiquement accompagné de commentaires, qui peuvent aller du “sale pute” à “matez-moi ce cul, je le baiserais bien”. Quand ils ne miment pas des actes inappropriés avec leur sexe… C’est pas comme ça qu’on va avoir notre bac », raconte Hajar, en terminale. Selon les élèves, les professeurs, témoins de ce type de comportement, restent impassibles. « Un garçon de ma classe m’a mis la main aux fesses sous les yeux de la prof. Aucune réaction », renchérit une jeune fille en 2de.
      Lire aussi : Harcèlement sexuel dans les collèges et lycées, un phénomène difficile à appréhender pour les enseignants

      « La parole se libère »
      Une encadrante, qui s’est aventurée vers le groupe de filles qui campe devant l’établissement, reconnaît à demi-mot qu’il peut y avoir une certaine mauvaise volonté de la part des professeurs à relever ce type de comportements. « J’ai du mal à imaginer qu’ils ne les voient pas… », souffle-t-elle. Marie-Ange Tomi, directrice académique adjointe du Val-d’Oise, affirme, elle, « ne pas être au courant de ce problème » dans cet établissement – qui organise par ailleurs des campagnes contre le cybersexisme –, mais assure « ne pas souhaiter remettre en question la parole de ces jeunes » sur la passivité de certains professeurs. « S’il faut rappeler l’attention de l’équipe pédagogique sur ce point-là, alors faisons-le. »

      A l’origine du mouvement ; une énième altercation entre une élève et un camarade, samedi 16 décembre, lors des épreuves blanches du baccalauréat. Un « sale pute, ferme ta chatte » fuse. Une fille éclate en sanglots, puis deux, puis trois. Elles se retrouvent dans une salle et vident leur sac. Elles se racontent les insultes et les mains aux fesses, dans leurs couloirs ou dans les salles de classe. « Avec les affaires qui sortent dans les médias, la parole se libère », explique Shanley. « Elles partagent leur vécu entre filles. C’est la fin de la loi du silence. »

      Elles créent alors une conversation commune sur Facebook. En quelques jours, elles sont des dizaines sur le groupe à partager leurs témoignages, avant de se décider à organiser un blocus. Pas de syndicats ni d’associations pour appui : le système D prévaut. L’une s’occupe de faire un discours, les autres des banderoles, des bombes de peinture… Elles se sont levées à l’aube pour pousser les poubelles devant les grilles du lycée et ont imprimé des flyers à distribuer à leurs camarades. Sarah-Lou, une élève de 2de qui campait, elle aussi, devant les grilles de l’établissement, assure qu’« [elles] ne sont pas naïves » : « On sait bien que les garçons de nos classes ne vont pas arrêter du jour au lendemain parce qu’on a fait un blocus. Mais au moins, on montre aux autres filles du lycée qu’elles ne sont pas seules. »
      Marie-Ange Tomi, elle, assure que le proviseur prendra des mesures supplémentaires dès la rentrée pour éviter ce type de problème à l’avenir. « Il va demander une intervention de brigades pour rappeler le cadre de la loi et surtout générer des débats entre les élèves, avec des collectifs féministes, pendant les cours. »

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      Et allez, on équilibre par l’autre science, réputée vraie, celle de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance

      Harcèlement : « La très grande majorité des élèves se sent bien au collège »
      Fabienne Rosenwald, qui dirige la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance, détaille les résultats de l’enquête « Climat scolaire et victimation », menée en 2017 dans les collèges.
      LE MONDE | 22.12.2017, Mattea Battaglia

      Fabienne Rosenwald dirige la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), au sein du ministère de l’éducation nationale. Elle décrypte l’enquête « Climat scolaire et victimation » menée en 2017 dans les collèges, et publiée jeudi 21 décembre.
      L’enquête sur le climat scolaire dans les collèges que vous venez de rendre publique atteste qu’une très large majorité de collégiens se sent bien dans les établissements. Et même de mieux en mieux. Une bonne nouvelle, dans une école où l’on a tendance à penser que tout va mal ?

      Fabienne Rosenwald. C’est très français, ce sentiment que tout va mal. D’où l’intérêt d’enquêtes de la statistique publiques pour objectiver ce sentiment. Cette enquête s’adresse à un échantillon de collégiens et leur demande leur ressenti. Les conditions de passation permettent d’être sûr que personne ne voit ni ne sait ce qu’ils répondent. Or que disent-ils ? La très grande majorité des élèves se sent très bien, ou bien, dans les établissements (94 %). Ils ont de très bons rapports avec leurs camarades (84 %) et avec leurs enseignants (87,5 %). L’école est aussi un lieu de vie, et c’est réussi.
      Il y a ce sentiment de bien-être déclaré par les collégiens, et pourtant, un sur deux fait état d’insultes subies dans l’année. Un paradoxe ?

      Le mot « insulte » renvoie à un spectre très large, surtout au collège, avec des enfants encore petits. Si on regarde les insultes les plus blessantes, la proportion est bien plus faible. A propos de la tenue vestimentaire, 27,6 % des collégiens en déclarent. Sur le physique, ils sont 17 % à en faire état ; à l’âge de l’adolescence, c’est vrai que ce peut être difficile à entendre. Quant aux insultes sur les origines, 11 % des collégiens en déclarent. Sur le sexe, 8 %. Sur la religion, 6 %. En lycée, ils ne sont plus qu’un cinquième à faire état d’insultes (22 %).

      Plutôt qu’un paradoxe, je dirais que les élèves savent faire la part des choses. Ce n’est pas parce que les échanges peuvent être difficiles avec leurs camarades qu’ils se sentent nécessairement mal dans leur établissement. Des insultes, ils en entendent sûrement aussi en dehors de l’école ; l’école ne leur apparaît peut-être pas plus difficile que l’environnement extérieur.
      Il s’agit de la troisième enquête de ce type. Des évolutions se dessinent-elles ? Des types d’agressions tendent-elles à prendre le dessus, d’autres à régresser ?

      Pour les collégiens, cette enquête est la troisième du genre (2011, 2013, 2017). Pour les lycéens, on en a, jusqu’à présent, mené une seule (2015). Le service statistiques du ministère de l’éducation est en train de réfléchir à en mettre une en place dans le premier degré : les écoliers ont aussi leur mot à dire.
      Dans les collèges, il n’y a pas de grande évolution dans le temps : la perception du climat scolaire par les élèves est globalement stable, avec même un léger mieux.
      Filles et garçons semblent toutefois inégaux face au harcèlement…

      En effet, les garçons sont beaucoup plus touchés par tout ce qui est violence physique ; ils déclarent plus souvent avoir été frappés, avoir participé à des bagarres, avoir participé à des jeux dangereux. Les filles, elles, sont plus touchées par les violences verbales et psychologiques – les mises à l’écart, l’ostracisme concernent typiquement davantage les filles que les garçons. Idem des insultes sexistes.
      Cette différence montre qu’il existe encore des représentations différentes entre filles et garçons, et des comportements différents entre les filles et les garçons. Cela implique l’ensemble des lieux de vie des jeunes dans la société, et pas seulement l’école.
      Lire aussi : Harcèlement sexuel dans les collèges et lycées, un phénomène difficile à appréhender pour les enseignants

      Le harcèlement de nature sexiste et sexuelle s’est imposé dans l’actualité. Est-ce aussi le cas en milieu scolaire ?

      Comme on le voit dans l’enquête, le phénomène n’est pas massif, ou en tout cas collégiens et lycéens ne le déclarent pas massivement par rapport à d’autres incidents dont ils sont victimes. Ils sont, en 2017, un peu moins de 5 % d’élèves (5,3 % de filles, 4,2 % de garçons) à déclarer avoir subi des baisers forcés ; 6 % à témoigner de caresses forcées (7,6 % de filles, 4,5 % de garçons). Et 7,5 %, filles comme garçons, d’actes de voyeurisme – dans les gymnases, les toilettes… C’est inadmissible, mais beaucoup moins fréquent que d’autres incidents comme les insultes (50 %), les vols de fournitures (48 %), les surnoms méchants (46 %), les mises à l’écart (38 %).
      Les insultes à caractère sexiste, elles, augmentent : 8,3 % des collégiens en déclarent aujourd’hui, contre 5,5 % il y a quatre ans. Sur ce point, les filles sont deux fois plus touchées que les garçons (11,1 %, contre 5,9 %).
      Ces violences dont la société tout entière se fait l’écho sont répandues, quel que soit le profil du collège – cela ne touche pas plus celui de l’éducation prioritaire que le collège de centre-ville. Un enseignement, me semble-t-il, à prendre en compte par le monde des adultes.

      Les chiffres-clés de l’enquête « Climat scolaire et victimation » menée en 2017

      Les services de la DEPP, la direction des statistiques du ministère de l’éducation nationale, ont rendu publique jeudi 21 décembre leur dernière étude sur le « climat scolaire et la victimation ». Ils ont interrogé 21 600 élèves de 360 collèges représentatifs au printemps 2017, dans le public et le privé sous contrat, pour réaliser cette enquête nationale, après deux précédentes études réalisées en 2011 et 2013.

      On y apprend que :

      94 % des collégiens affirment se sentir bien dans leur établissement. Ils étaient 92,5 % en 2013. Neuf sur dix pensent qu’on apprend plutôt ou tout à fait bien dans leur collège. L’opinion la moins positive concerne les punitions : seulement sept collégiens sur dix les trouvent justes.

      22 % des collégiens estiment qu’il y a plutôt beaucoup ou beaucoup de violence dans leur établissement, signe que l’inquiétude n’est pas négligeable. Pour certains élèves, ces problèmes peuvent provoquer de l’absentéisme ; 6 % des collégiens disent ne pas s’être rendus au collège au moins une fois dans l’année parce qu’ils avaient peur de la violence.

      13 % des élèves arrivés en classe de troisième – autrement dit, en fin de collège – estiment qu’il y a beaucoup ou plutôt beaucoup d’agressivité entre eux et les enseignants, contre 10 % en classe de sixième. L’opinion des élèves est ainsi moins positive au fil de la scolarité.

      18 % des collégiens déclarent avoir subi au moins une atteinte par l’intermédiaire des réseaux sociaux ou par téléphone portable (usurpation d’identité, vidéos humiliantes ou diffusion de rumeurs). Un sur dix dit avoir été insulté ou humilié à travers ces nouvelles technologies. Pour 7 %, cela s’apparente à du cyber-harcèlement, phénomène subi plus par les filles (8 %) que par les garçons (6 %). C’est aussi plus fréquent chez les élèves de troisième.

      Valeurs actuelles
      https://www.femmeactuelle.fr/actu/news-actu/des-lyceennes-se-revoltent-contre-le-harcelement-sexuel-46040

      « Il a été convenu qu’une brigade de prévention de la délinquance juvénile intervienne prochainement à Pissarro », assure Marie-Ange Tomi, directrice adjointe à l’académie de Versailles. Bravo, les filles.


  • Foot, Fric, Firmes et politique : le cas du stade Pierre Mauroy de Lille Alternatives Economiques - Le Blog de Jean gadrey - 15/06/2014
    https://blogs.alternatives-economiques.fr/gadrey/2014/06/15/foot-fric-firmes-et-politique-le-cas-du-stade-pierre-

    Nous sommes dans une période foot. Le journaliste François Ruffin, qui sort de bons petits livres au rythme d’un Maradona au galop, lui-même footeux au prestigieux club du foyer rural de Ribemont-sur-Ancre, vient de publier, avec son ami Antoine Dumini et toute une équipe, « Comment ils nous ont volé le football. La mondialisation expliquée par le ballon » (Fakir éditions, 6 euros). Tonique et instructif. Mais j’aborderai le sujet sous un angle plus étroit : celui du « grand stade » de Lille, fort beau il faut le dire, à deux pas de chez moi.


    Ce cas fait partie des projets pharaoniques nuisibles qui vont peser pendant des décennies sur les finances locales, et sans doute sur l’environnement, au détriment de projets écologiques et sociaux qui auraient fait du bien sur un territoire qui en a besoin, et qui auraient créé beaucoup plus d’emplois durables : transports collectifs, logements sociaux et écolo, entre autres. Si par ailleurs, ce qui me semble assez probable, une nouvelle et grave crise financière éclate dans un ou deux ans, certains regretteront amèrement la folie des grandeurs de Pierre Mauroy et de ceux et celles qui l’ont suivi dans cette aventure, dont Martine Aubry.

    Je vais par la suite me placer dans l’hypothèse où un projet de nouveau stade de foot à Lille était défendable. Hypothèse discutable vu que, selon un sondage réalisé en janvier 2009 pour la Voix du Nord, parmi les grands projets d’aménagement dans la région, « la construction ou l’agrandissement de nouveaux stades pour les grands clubs de football régionaux » arrivait en dernière place des préoccupations des habitants, loin derrière des questions de pollution, circulation routière, universités ou transports en commun.

    Mais soit, raisonnons sur un stade « de haut niveau », afin de montrer que, même dans cette hypothèse, la folie a prévalu sur la raison. Ce projet a été porté d’abord non pas par la population mais par les dirigeants du LOSC, privatisé en 1999 et vendu à de grands patrons et actionnaires. Michel Seydoux en est actionnaire majoritaire depuis 2002, en attendant qu’il le vende à son tour, peut-être dès cette année, et pour cela un grand stade est un atout. La folie des grandeurs commence donc avec le business d’une grande firme, le club, en quête de croissance de sa « surface de jeu »… financière, dans une concurrence européenne avec d’autres grands clubs/firmes capitalistes. « Jouer dans la cour des grands » est une idée qui se vend bien auprès des supporters en termes sportifs, mais il s’agit avant tout d’une cour économique, financière et médiatique dont un beau sport (mais d’autres ne le sont pas moins) devient le support de vente, mais dont les collectivités locales restent le principal support financier, ce qui suppose l’appui de barons locaux.

    Pour savoir ce que pensent les patrons de cette « cour des actionnaires du sport » des priorités de l’action publique, voici une appréciation de Xavier Thuilot, directeur général du LOSC : « Une grande métropole doit rayonner en envoyant des signes forts à l’extérieur. Et on ne rayonnera pas avec des logements sociaux » (Entreprise et Management n°16 - janvier 2009). Les responsables politiques de gauche, majoritaires, ont suivi le conseil, y compris, c’est désolant, les communistes. La droite aussi. Ce fut l’union sacrée, seuls les Verts et quelques personnalités faisant preuve de clairvoyance.

    Pour moi, et pour beaucoup d’autres, si nouveau stade il devait y avoir, une jauge de 35 000 places aurait amplement suffi au lieu des 50 000 du stade actuel. Au début des années 2000, appuyée par Martine Aubry, une solution raisonnable et relativement peu coûteuse (38 millions d’euros) avait été retenue : l’agrandissement/modernisation du vieux stade Grimonprez-Jooris, dans Lille, pour en porter la capacité à 33 000 places et satisfaire les critères de l’UEFA en vue de rencontres européennes. Ce projet a été retoqué en justice en raison de sa proximité avec la Citadelle historique de Vauban. Là encore, je pourrais discuter, mais ma question est autre : comment en est-on arrivé à retenir un projet pharaonique au moins DIX fois plus cher, et probablement bien plus quand on fera les comptes dans quelques années ?

    Le dérapage est stupéfiant pour qui découvre le dossier, c’est-à-dire très peu de gens. En 2003, Michel Seydoux revendiquait un stade de 50 000 places dont il chiffrait le coût à 100 millions. A l’arrivée, on est quelque part entre 350 et 400 millions d’euros à la charge de la métropole, principalement sous la forme de redevances annuelles pendant pas moins de 31 ans. Sans compter diverses « grosses surprises », dont la mise aux normes sismiques qui pourrait coûter 100 millions de plus, et le projet actuel de chauffage (voir plus loin). Ajoutons que cette communauté urbaine est déjà très endettée, que la gestion Mauroy a fait passer sa dette de un à deux milliards au cours des années 1990, qu’elle a souscrit en masse des emprunts toxiques, au point que Martine Aubry a décidé de mettre fin à sa notation par Standard & Poor’s, qui annonçait une probable dégradation de sa note.

    La décision finale a été prise par Pierre Mauroy, puis votée majoritairement par les élus d’une communauté urbaine fonctionnant largement sur le mode du donnant-donnant entre un seigneur et ses vassaux. Il est donc juste que ce stade de luxe qui va plomber les finances métropolitaines pendant des décennies porte le nom de Pierre Mauroy, même si ce choix résulte en fait du fiasco du projet initial de « naming » (donner à ce stade le nom d’une grande entreprise contre versement par cette dernière de trois ou quatre millions d’euros par an). Pauvre Mauroy, pas du tout amateur de foot, qui ne doit cet hommage posthume qu’à la défection des capitalistes !
    On a appris il y a quelques jours que deux fonctionnaires de cette institution avaient été mis en examen pour des éventuels « faux ou usages de faux » dans le choix de l’entreprise. Beaucoup pensent que ces lampistes n’ont rien à se reprocher, mais laissons la justice avancer. Il est probable que l’affaire va aller plus loin et plus haut, mais tel n’est pas l’objet de ce billet.

    Deux grandes entreprises étaient sur les rangs au moment du choix final. L’une, Bouygues-Norpac, avec un projet moins cher (bien que déjà très cher), avait les faveurs de la totalité de l’administration. L’autre, Eiffage, finalement choisie à la dernière minute par Mauroy en accord probable avec Martine Aubry. Cela se passait en février 2008. Le stade a été terminé en juillet 2012, avec son éventail de grands parkings terriblement sous-utilisés, un autre gâchis à 45 millions aux frais du contribuable.

    Le projet repose sur l’hypothèse d’un LOSC restant pendant des décennies en ligue 1, avec un bon classement, et décrochant certaines années des places européennes. En effet, les recettes sur lesquelles compte la communauté urbaine dépendent en grande partie des résultats du LOSC et du taux de remplissage du stade. Si les résultats sportifs sont mauvais - a fortiori, si l’équipe redescend en ligue 2 - le surcoût sera énorme : « Cela se chiffre en dizaines de millions d’euros », reconnaît Pierre de Saintignon, bras droit de Martine Aubry. Un risque qui serait lui aussi entièrement supporté par les contribuables.

    LA BOITE A SPECTACLE, AUTRE GOUFFRE… SOUS TERRE
    Voici ce qu’a déclaré à La Voix du Nord l’ancien directeur général des services, ayant occupé ce poste entre 2000 et 2009 : « Dans cette affaire, les services autour de Pierre Mauroy ont toujours défendu la solution Bouygues-Norpac, qui était la moins chère, la plus raisonnable et qui répondait parfaitement au cahier des charges. Celle d’Eiffage proposait un équipement décrit comme unique au monde. Et bien, heureusement qu’il l’est resté ! Parce que s’embêter à faire une salle souterraine qui ne servira jamais, on voit aujourd’hui ce que cela donne. Aucun fonctionnaire n’a jamais défendu la solution stupéfiante d’Eiffage. »

    Pour ceux et celles qui se demandent ce qu’est cette « salle souterraine », c’est une salle de spectacle, située en effet… sous la pelouse. Une pelouse, posée sur une forêt de vérins, qu’il faut déplacer pour moitié avec un mécanisme puissant afin de dégager l’espace de la salle.

    On peut se dire : c’est génial de pouvoir faire des spectacles toute l’année afin de rentabiliser ce superbe équipement ! Mauvaise pioche, c’est aussi un trou financier. Une dizaine de spectacles étaient envisagés par an, on en est à trois ou quatre. Ils pariaient sur le fait que les travaux du Parc des Princes en vue de l’Euro 2016 allaient contribuer à lancer la salle lilloise comme destination première. Pari déjà perdu.
    Pour réaliser l’opération de rétractation de la pelouse, il faut une journée… et une autre pour tout remettre en place. Et cela coûte à chaque fois entre 100 000 et 200 000 euros, de quoi rendre déficitaires nombre de spectacles potentiellement rentables si l’on ajoute d’innombrables complications techniques coûteuses propres à cette enceinte sous terre. Tous les professionnels du spectacle s’accordent pour dire que cette « boite à spectacle » ne sera jamais économiquement viable, qu’elle est inexploitable. On va donc probablement en venir à des solutions où il faudra remplir la salle en offrant des places, le tout à perte.

    Pis encore, la salle en question n’étant pas chauffée, et comme on est à Lille et pas à Nice, on pèle de froid pendant six mois par an : l’excellent groupe Dépêche Mode a annulé à la dernière minute un spectacle prévu en novembre dernier parce que leur contrat prévoyait au moins 17° et qu’il faisait autour de 5°… On ignore à combien s’est monté le dédommagement pour le groupe, mais je parie qu’il est énorme.
    Ils en sont à envisager une solution de chauffage qui, pour être à la hauteur, va coûter horriblement cher, et dont le bilan carbone sera extravagant : cette salle n’est pas fermée, il y a seulement un rideau, et le toit de l’édifice, situé à une hauteur de 31 mètres, n’est pas vraiment étanche ! Ou bien alors ils se replieront sur une solution minimaliste consistant à tenter de ne chauffer que la scène, ce qui marchera très mal. Pourquoi pas des doudounes chauffantes pour les artistes ?

    Rions un peu avec cette citation de Wikipédia reprenant la pub d’Eiffage « L’équipement répond aux critères de la démarche haute qualité environnementale pour la gestion de l’énergie, de l’eau et pour la maintenance. Il est par ailleurs équipé de deux éoliennes et d’une installation solaire photovoltaïque. » Ce qu’un rapport du Préfet avait épinglé en estimant que l’équipement en énergies renouvelables correspondait en fait aux « seuls besoins énergétiques de l’habitation du gardien » !

    LA FOLIE DES PUISSANTS
    Je vais conclure, sans évoquer d’autres dommages, par exemple le PPP, un piège à… contribuables, fait pour privatiser les bénéfices et socialiser les pertes, ce qui va se produire. Ou encore le fait, bien documenté par des associations écolo et des chercheurs, que pour consolider un terrain dont le sous-sol est un gruyère, on a amassé et tassé des terres ou cendres provenant du bassin minier, polluées, avec des métaux lourds et des radionucléides, ce qui fait peser une menace crédible sur les nappes phréatiques alimentant le territoire. Ou enfin, cette idée formidable du groupe Eiffage de faire du stade lillois un argument de vente de stades semblables au Qatar, pour la coupe de monde en 2022. Dans ce cas, je leur propose une solution « HQE » : un système de climatisation (du gardien) avec leurs deux éoliennes. Mais d’ici-là, si le LOSC est vendu au Qatar, des coopérations sont possibles. Je blague.

    La folie des grandeurs de tels projets voit se rencontrer, ici comme à Notre-Dame des Landes, la démesure du capitalisme financier et celle de pharaons locaux ou nationaux, le tout enrobé dans des discours sur l’attractivité et la compétitivité locales, la croissance et l’emploi, avec en prime, dans le cas présent, l’appel au soutien de supporters d’un sport qui pourrait, comme d’autres, être formidable. Des supporters à qui l’on cache soigneusement les risques à long terme, l’effet d’éviction d’autres projets socialement et écologiquement préférables, ou la possibilité de trouver des solutions alternatives raisonnables et bonnes pour leur sport, mais aussi pour le spectacle vivant et populaire. La démocratie est alors bafouée, y compris dans le vote majoritaire des élus. Lesquels vont ensuite déplorer que les citoyens se détournent d’eux et de leur système politique et se mettent à « mal voter » ou à s’abstenir.


  • D’un ouragan à l’autre, les Haïtiens chassés d’Amérique - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2017/12/03/d-un-ouragan-a-l-autre-les-haitiens-chasses-d-amerique_1614174

    Depuis 2010, ils bénéficiaient d’un statut protecteur aux Etats-Unis, mais sa remise en cause par Trump a provoqué une ruée vers le Canada. Récit de l’exclusion brutale de quelques milliers de personnes ayant fui leur pays en raison de catastrophes parfois climatiques, par un pays largement responsable du réchauffement.

    Près de la ville de Lacolle, au Québec, à la frontière, au nord de l’Etat de New York, de grandes roulottes beiges et bleues ont fait leur apparition. Elles vont fournir un abri temporaire aux réfugiés - haïtiens pour beaucoup - qui fuient par vagues et à pied l’Amérique de Trump. A l’intérieur de ces abris chauffés et flambant neufs, des lits et douches prêts à dégeler les pieds et mains des marcheurs, tandis qu’auront lieu le traitement des dossiers et les contrôles de sécurité.

    L’hiver dernier, après l’investiture de Donald Trump, le nombre des passages « irréguliers » à la frontière américano-canadienne a fortement augmenté. Plutôt que de se présenter aux postes-frontières - où ils se seraient probablement fait refouler étant donné l’accord transfrontalier controversé qui existe entre les deux pays - les migrants cherchent le salut en traversant les bois, en avançant à découvert, en franchissant les fossés. Depuis janvier, près de 17 000 d’entre eux ont été arrêtés par les autorités canadiennes. Ceux qui n’ont pas été repérés font leur demande d’asile une fois arrivés en lieu sûr, au Canada.

    Ces traversées sont particulièrement dangereuses en hiver. Et l’hiver qui approche promet d’être glacial. L’an dernier, pendant les mois les plus froids, des rapports accablants ont signalé que, à l’arrivée des migrants au Canada, il a fallu amputer des orteils et des doigts gelés. Deux hommes, originaires du Ghana, ont perdu tous leurs doigts après être passés par la frontière longeant la province de Manitoba - l’un d’entre eux a déclaré aux journalistes qu’il s’estimait heureux d’avoir gardé un pouce.

    « Jeter un os »

    Il y a tout lieu de penser que ces périls ne freineront pas le courant migratoire vers les nouvelles roulottes des environs de Lacolle, alors même que la température devrait continuer de baisser. Pis encore, le flux de ces marcheurs alourdis de bagages pourrait s’intensifier dans les semaines et mois qui viennent.

    La raison en est que l’administration Trump, lundi 20 novembre, a mis ses menaces à exécution, excluant plus de 50 000 Haïtiens d’un programme qui leur permettait de vivre et de travailler légalement aux Etats-Unis : dans vingt mois, ceux-ci n’auront plus aucune protection et risqueront d’être expulsés. L’administration a déjà annoncé qu’elle réserverait le même sort aux Nicaraguayens, suggérant, au passage, qu’elle pourrait en faire autant l’an prochain avec les Honduriens. En septembre, le bruit a couru que les Soudanais seraient aussi renvoyés dans leur pays. Le tour des Salvadoriens viendrait ensuite.

    Le programme, appelé Temporary Protected Status ou TPS, (« statut de protection temporaire »), confère - le temps du retour à la normale - un statut juridique particulier aux ressortissants de certains pays frappés par les guerres ou les catastrophes naturelles.

    Toutefois, ces personnes doivent être présentes sur le sol américain au moment des faits. Après le tremblement de terre dévastateur de 2010, Haïti a été ajouté par l’administration Obama à la liste des pays bénéficiaires du TPS.

    Dans les années qui ont suivi, des milliers d’Haïtiens ont acquis ce statut et, avec lui, la liberté de faire leur vie aux Etats-Unis - en allant à l’université, en travaillant dans les services de santé, le bâtiment et l’hôtellerie, en payant des impôts et en donnant à leurs enfants, nés aux Etats-Unis, la nationalité américaine. Au total, plus de 300 000 personnes - originaires du Soudan, du Honduras, du Salvador, du Nicaragua, de Somalie et d’ailleurs - sont couvertes par le TPS. Comme l’a dit Sarah Pierce du Migration Policy Institute (l’institut de politique migratoire, basé à Washington), le programme a été conçu à l’origine comme un moyen de « jeter un os à un pays sinistré jusqu’à ce qu’il se remette sur pied ».

    Pourtant, dans certains cas, comme celui de la Somalie déchirée par la guerre, le statut a été renouvelé tant de fois qu’il est resté effectif pendant vingt-six ans, transformant le statut en une sorte de programme précaire pour réfugiés de facto - utile aux ressortissants présents aux Etats-Unis depuis des décennies, mais sans aide pour les Somaliens fuyant aujourd’hui les violences ou les persécutions. Pendant sa campagne présidentielle, Trump a laissé entendre qu’il soutenait le programme, du moins en ce qui concerne les Haïtiens. Courtisant leur vote, il a dit à une foule du quartier Little Haïti de Miami : « Que vous votiez ou non pour moi, je veux être le meilleur de vos défenseurs, et je serai votre défenseur. »

    Cela n’a pas duré. Dans le cadre de sa croisade anti-immigrés, l’administration Trump a rapidement commencé à qualifier le TPS d’escroquerie, de moyen détourné - utilisé par les étrangers - pour rester indéfiniment aux Etats-Unis (peu importe qu’un grand nombre des pays couverts par le statut soit toujours ravagés par la guerre et les catastrophes, peu importe qu’ils comptent, pour lentement se reconstruire, sur l’argent envoyé chez eux par les travailleurs TPS).

    Tout a démarré dans les premiers mois de l’administration Trump. Pour commencer, James McCament, le directeur par intérim des Services américains de citoyenneté et d’immigration, a insisté pour que Haïti soit « exclu » du programme. Ensuite, une note du département de la Sécurité intérieure a suggéré que les Haïtiens « se préparent à quitter les Etats-Unis ». Enfin, en mai, John Kelly, alors secrétaire général du même département, a déclaré que les bénéficiaires haïtiens du TPS « devaient commencer à penser à retourner » en Haïti.

    Du jour au lendemain, il n’y avait plus, pour des dizaines de milliers de personnes, qu’à choisir entre quatre options à hauts risques : rester en espérant que tout aille pour le mieux ; rejoindre l’économie souterraine ; rentrer en Haïti, où la vie est dangereuse et où l’épidémie de choléra fait encore des centaines de victimes chaque année ; ou marcher jusqu’à la frontière pour se rendre dans un pays dont le jeune Premier ministre a tenu des propos rassurants concernant l’accueil des réfugiés.

    Depuis le mois de juin, beaucoup d’Haïtiens ont choisi cette dernière option. Cet été, 250 d’entre eux, chaque jour, ont passé la frontière. Ils ont fourré, dans une valise, ce qu’ils pensaient pouvoir porter, ont pris un avion ou un car pour Plattsburgh, New York, et sont montés dans un taxi qui les a menés en trente minutes jusqu’au bout de Roxham Road, près de Lacolle. Là, ils sont descendus du véhicule et ont commencé à marcher vers le fossé qui sépare l’Amérique de Donald Trump du Canada de Justin Trudeau.

    « A la minute où je suis arrivée ici, j’ai eu l’impression que l’air que je respirais était différent. Ma douleur à l’épaule, si vive d’ordinaire, a subitement disparu. Je me suis demandé "qu’est-ce qui s’est passé ?" J’ai compris que ça venait de mon état de stress. » Agathe Saint-Preux, une femme d’une cinquantaine d’années, vêtue pudiquement d’une jupe mi-longue et d’un blazer noir, me racontait ce qu’elle avait ressenti en arrivant au Canada, après avoir passé douze ans à essayer d’obtenir un statut légal permanent aux Etats-Unis. C’était à la mi-octobre, et nous étions au milieu d’une salle comble, à la Maison d’Haïti de Montréal, là où la communauté haïtienne, enracinée dans la ville, aime à se retrouver. Des dizaines de migrants - qui avaient passé la frontière de manière « irrégulière » depuis les premières menaces anti-TPS - étaient venues partager leur expérience. Les histoires étaient variées, et beaucoup ont souhaité rester anonymes.

    Il y a eu cette mère de trois enfants qui, alors qu’elle travaillait légalement à l’aéroport de New York, avait décidé que la seule manière de préserver sa famille était de tout laisser derrière elle et de traverser la frontière à Lacolle. Puis, cet homme qui avait mené, avec succès, une campagne électorale à la mairie d’une petite ville haïtienne, mais qui avait fui son île après avoir été « passé à tabac par trois voyous » d’une faction politique rivale. « Un miracle qu’il ait survécu », a renchéri une femme qui avait elle-même vécu trois ans aux Etats-Unis, mais s’était enfuie après avoir appris que, sous Trump, des amis à elle avaient été expulsés vers Haïti.

    Un autre migrant, proche de la trentaine, a raconté qu’il avait vécu quinze ans aux Etats-Unis, était allé à l’université et avait travaillé sept ans : « J’ai été membre à part entière de l’économie de ce pays. J’ai payé des impôts. [Mais avec Trump], le stress aurait fini par me tuer. J’ai donc pris l’avion pour Plattsburgh, puis un taxi et j’ai traversé. »

    « Trump a pris mon rêve »

    Et nous avons entendu cette mère de six enfants, qui avait vécu huit ans à Miami. Elle avait mené de front un travail de nuit et des études d’infirmière, dormant aux arrêts de bus jusqu’au lever du jour - pour trouver un emploi l’autorisant à soigner les citoyens américains et à payer ses impôts au gouvernement. « On travaille comme des bêtes. Et puis, tout à coup, il nous dit : "Allez, dehors !" » m’a confié Manie Yanica Quetant, traduite pour l’occasion par un interprète créole. « Il », bien sûr, c’est Trump - ou « Chomp », comme ils ont l’habitude de prononcer son nom.

    Pour la grande majorité des Haïtiens rassemblés ici, à la Maison, la route qu’ils avaient empruntée pour entrer aux Etats-Unis n’avait pas été la plus directe (celle qui, par bateau, relie Haïti à la Floride, mais que les garde-côtes surveillent activement depuis des décennies). A la recherche d’emplois et de politiques d’immigration plus accueillantes, ils n’avaient pas hésité à faire quelques détours : leur voyage les avait d’abord menés vers d’autres îles des Caraïbes, puis au Brésil, où la préparation de la Coupe du monde 2014 et celle des JO de 2016 avaient été autant de promesses d’emplois. Une fois ces opportunités passées, ils avaient remonté l’Amérique du Sud vers le nord et gagné l’Amérique centrale, pour atteindre la Californie. Plusieurs personnes de l’assemblée avaient traversé dix ou onze pays avant d’arriver à destination. Des années passées à courir et à se cacher, traqués par les autorités, dépouillés par les voleurs.

    Rosemen François, une jeune femme qui avait égayé ses cheveux bouclés de mèches violettes, m’a raconté que ce qui s’était passé au Panama la hantait toujours : « En traversant une rivière, je suis tombée trois fois dans l’eau. A un moment donné, ma peau s’était tellement détachée de mes pieds que je ne pouvais même plus les sentir. Je n’oublierai jamais cette sensation. »

    Réagissant au témoignage de Rosemen François, un homme, qui jusqu’alors était resté muet, a pris la parole : « Quand nous étions au Panama, nous devions dormir dans la forêt […]. Nous avons vu des gens mourir. Nous avons vu des femmes se faire violer. Nous avons passé six jours dans la forêt, au Panama, sans rien avoir à manger. Nous dormions sous la pluie. » Ce qu’il nous racontait faisait tragiquement écho au malheur de ces esclaves noirs qui, avant eux, fuyaient le sud des Etats-Unis. Un jour, en entendant des bruits, pensant devenir la proie des animaux sauvages, ils ont pris peur : « Nous nous sommes mis à courir. Et, en fuyant, nous avons tout perdu : nos affaires, nos bagages, tout. Mais nous gardions la foi. Nous avions toujours les Etats-Unis en tête. Nous pensions qu’à l’arrivée, ce serait le paradis. » Après tout, depuis le tremblement de terre, un programme particulier avait été mis en place - le fameux TPS -, qui reconnaissait la souffrance de leur pays et leur permettait de vivre et de travailler librement.

    Pour beaucoup, comme l’a rappelé Rosemen François, tout n’a pas été si simple : « Quand je suis arrivée en Californie [il y a trois ans], j’ai pensé que c’était la fin du voyage. Au lieu de cela, j’ai été arrêtée et mise dans un centre de détention. Je ne pouvais pas voir la lumière du soleil ni faire la différence entre le jour et la nuit. J’y suis restée une semaine. Sans douche. Et la nourriture était immangeable. » Un jour, persuadée d’avoir été oubliée dans le trou noir de son cachot, elle s’est mise à hurler : « Et c’est ainsi que j’en suis sortie. » Ensuite, les choses se normalisant, elle a eu quelques années de répit. Elle a obtenu un permis de travail et a pu étudier. Mais l’été dernier, ses amis ont été expulsés et renvoyés en Haïti : « C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me rendre au Canada. » Quand on lui a demandé pourquoi, elle a simplement répondu : « C’est Trump. Chomp… Chomp a pris mon rêve et l’a envoyé valser. »

    Manie Yanica Quetant, l’infirmière de Miami, nous a décrit l’état de choc dans lequel l’avait mise la brusque nouvelle que les Haïtiens - qui grâce au TPS étaient arrivés à se sentir enfin en sécurité - allaient être de nouveau traqués : « Vous allumez la radio et vous entendez : "Hey, ils sont en train d’attraper les Haïtiens." » Alors, « vous comprenez que vous devez vous mettre à courir, mais vous avez du mal à respirer et vous ne savez pas dans quelle direction aller. » Le stress, nous a-t-elle dit, était insupportable : « Tu ne sais pas pourquoi ils veulent t’attraper et quand tu regardes autour de toi, tu ne sais pas ce que les gens pensent de toi, ni ce que tu dois faire. Tu n’as qu’une envie : arrêter de courir. »

    Terre bénie

    Pour ceux qui sont entrés aux Etats-Unis après l’élection de Trump, l’expérience a été plus extrême encore. Dieuliphète Derphin, un jeune homme qui avait fait le voyage en remontant par le Brésil, était arrivé juste avant son investiture. « J’ai été surpris de me faire arrêter et de passer six jours en centre de détention. Je me demandais : "Mais pourquoi traitent-ils les Noirs d’une manière inhumaine ? Pourquoi n’ai-je pas droit à une brosse à dents ? Comment se fait-il que je n’ai pas accès à l’eau ? Pourquoi nous font-ils cela ? Est-ce parce que nous sommes noirs ?" Après cela, je ne voulais plus rester aux Etats-Unis. Pas même une seconde. Et c’est ainsi que j’ai eu l’idée de me rendre au Canada ! » Il avait traversé la frontière en août, après seulement huit mois passés aux Etats-Unis.

    Beaucoup dans l’assemblée ont eu, comme Agathe Saint-Preux, l’impression de « respirer un air différent » dès leur arrivée au Québec. Et Manie Yanica Quetant a soulevé une tempête d’applaudissements en disant à propos de Trump : « J’espère qu’il ne viendra jamais ici, parce que la terre canadienne est une terre bénie. » Et pourtant, il ne leur a pas fallu longtemps pour comprendre - passé le soulagement d’avoir échappé aux mesures expéditives de Trump - que la quête de sécurité et de stabilité était loin d’être achevée. Beaucoup d’Haïtiens sont venus au Canada parce qu’ils avaient entendu dire que le gouvernement de Trudeau les accueillerait à bras ouverts. Ils connaissaient son fameux tweet, envoyé le jour où, en Amérique, une vague de protestation s’était élevée contre le décret de Trump interdisant l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane : « A ceux qui fuient la persécution, la terreur et la guerre, sachez que le Canada vous accueillera indépendamment de votre foi. La diversité fait notre force. WelcomeToCanada. » Un des hommes présents a parlé de cela, et des messages similaires qui avaient déferlé du Nord, véhiculés sur toutes les ondes, et qu’il avait pris pour « un signe divin. Dieu montrait le chemin, et disait : "Venez au Canada." »

    Ils ont malheureusement découvert que la situation était beaucoup plus complexe que prévu. Au cours des derniers mois, les autorités canadiennes ont découragé les immigrants en provenance des Etats-Unis - en particulier les Haïtiens - de tenter la traversée de la frontière, insistant sur le fait que, en dépit des tweets chaleureux et pleins de bonnes intentions, la politique d’immigration au Canada était restrictive et que des centaines d’Haïtiens avaient été expulsées depuis le mois de janvier. Selon Marjorie Villefranche, directrice de la Maison d’Haïti, sur les 60 Haïtiens qui, aujourd’hui, passent quotidiennement la frontière, 50 % obtiendront le statut de réfugiés, 25 % un statut alternatif, et 25 % seront vraisemblablement expulsés.

    En outre, depuis 2004, le Canada et les Etats-Unis font partie du Safe Third Country Argument (« l’entente sur les tiers pays sûrs »), qui stipule que les demandeurs d’asile « doivent réclamer la protection accordée aux réfugiés dans le premier pays sûr dans lequel ils pénètrent ». Puisque les Etats-Unis sont un de ces pays sûrs, les Haïtiens qui s’y trouveraient, mais qui se rendraient à un poste-frontière canadien pour formuler une demande d’asile, seraient très probablement renvoyés.

    En revanche, s’ils apparaissent, comme par magie au Canada, leur demande pourra être traitée. C’est la raison pour laquelle les Haïtiens, ainsi que des milliers d’autres immigrants fuyant l’hostilité croissante des Etats-Unis, ont traversé la frontière à pied, avec les risques qu’on sait. Comme l’a rappelé Manie Yanica Quetant, pour avoir une chance d’obtenir un statut légal au Canada, « vous devez enfreindre la loi - vous ne voulez pas le faire, ça vous déplaît, mais vous devez le faire ».

    Entre les mailles du filet

    Une femme dans l’assemblée a tenu à nous dire qu’avant de traverser, elle avait tenté d’entrer légalement par un poste-frontière. Comme elle avait été refoulée, l’information avait été portée à son dossier. Et à cause de cela, elle est la plus fragile du groupe d’un point de vue juridique : « Parce que j’ai été expulsée, je ne peux pas obtenir de permis de travail », nous a-t-elle dit. Une autre femme a secoué la tête : « C’est ce que tout le monde, ici, essaie d’éviter. »

    Le Canada n’a pas non plus été un modèle d’antiracisme face à cette vague d’immigration. Les suprémacistes blancs ont manifesté aux postes-frontières de Lacolle et ont déployé une banderole anti-immigration à l’extérieur du Stade olympique de Montréal, transformé pour l’occasion en abri pour les réfugiés de Trump. Et à ce jour, les Haïtiens n’ont pas connu l’élan de générosité populaire auquel ont eu droit les réfugiés syriens.

    Toutefois, beaucoup de Montréalais se sont mobilisés pour aider les Haïtiens, avec parfois une incroyable chaleur. « Nous voulons qu’ils se sentent ici chez eux », a déclaré Marjorie Villefranche en parlant de l’endroit où nous nous trouvions. La Maison d’Haïti a ouvert ses portes en 1972, lors de la précédente vague migratoire, pendant les années noires des dictatures Duvalier. L’an dernier, après des dizaines d’années passées au cœur de la vie haïtienne de Montréal, elle a déménagé - et a fêté l’événement - dans un bâtiment moderne et lumineux du quartier Saint-Michel. Derrière de grandes baies vitrées, qui donnent sur la rue, les membres de la communauté ont leur café pour se réunir et bavarder, et l’art haïtien, si plein de vitalité, orne tous les murs. Ce lieu est arrivé juste à temps pour faire face à la tempête Trump. Comme ce fut le cas après le séisme de 2010, des équipes de bénévoles aident aujourd’hui les nouveaux arrivants à remplir leurs formulaires de permis de travail temporaires. Les membres du personnel veillent, de leur côté, à inscrire les enfants à l’école, à leur fournir un uniforme et de jolis cahiers. Des cours de français sont proposés aux adultes, et des campagnes de collectes de vêtements, de meubles et de provisions en tout genre sont organisées.

    Il y a surtout la présence d’autres Haïtiens qui, pour beaucoup, profitent, à Montréal, depuis des décennies, d’une vie confortable et prospère. Un réfugié de Trump nous a expliqué : « Ils nous disent : "N’ayez pas peur. Regardez, le soleil brille pour nous aujourd’hui. Donc, demain, il brillera pour vous aussi." » Philogene Gerda, une jeune mère de trois enfants qui a passé quinze jours au Stade olympique, a déclaré qu’à la Maison « on se sent comme chez soi, en particulier dans l’espace réservé aux femmes, les vendredis soirs, quand on peut venir avec ses enfants ».

    Enfin, il y a l’action politique menée par le mouvement des droits des immigrés en vue de pousser le gouvernement Trudeau à se montrer à la hauteur de ses belles formules en faveur des réfugiés. Les roulottes chauffées à la frontière sont une aide, mais cela ne suffit pas. Des milliers de Canadiens ont réclamé par courrier que soit mis un terme à l’entente sur les tiers pays sûrs avec les Etats-Unis. D’autres campagnes sont menées afin que le traitement des demandes d’asile puisse être accéléré, et que les migrants ne soient pas, des années durant, victimes d’un vide juridique.

    A la Maison d’Haïti, le sentiment qui domine, c’est la détermination. Après avoir remonté toute la longueur des Amériques pour trouver ici un peu de tranquillité, ils n’ont, littéralement, plus d’endroit où aller, plus de fuite possible vers le nord. Comme Dieuliphète Derphin me l’a confiée : « Nous sommes arrivés. C’est la fin de la route. […]. Nous devons vivre ici. Et être protégés ici. Voilà tout. Je ne veux plus retraverser cet enfer. »

    Pour Marjorie Villefranche, cela s’impose d’autant plus depuis que le département de la Sécurité intérieure a annoncé, ce lundi 20 novembre, que 50 000 Haïtiens étaient désormais en sursis sur le territoire des Etats-Unis. « Nous attendons beaucoup de monde », m’a-t-elle dit. Mais elle espère que ceux qui prévoient de tenter une traversée à pied profiteront des vingt mois qui leur restent pour éviter l’hiver et ses dangers : « Ce n’est pas une bonne idée de traverser en hiver. C’est très dur. Quoi qu’il en soit, nous sommes prêts à les accueillir : les roulottes là-bas, et nous ici, à la Maison d’Haïti. »

    Bien sûr, tous les Haïtiens confrontés à la perte de la protection que leur assurait leur statut ne choisiront pas l’option canadienne. Il y avait eu des craintes - étant donné les menaces de John Kelly en mai - que l’annonce du 20 novembre mettrait les gens au pied du mur dès le mois de janvier.

    Les vingt mois de répit permettent d’espérer que, avant la fin du compte à rebours, au moins un des efforts déployés pour que la résidence légale permanente soit accordée porte ses fruits : par exemple, l’effort qui vise à ce que les migrants qui bénéficient du TPS depuis cinq ans ou plus obtiennent cette résidence, comme le réclame un projet de loi qui fait l’unanimité.

    Toutefois, le scénario le plus probable, c’est que des dizaines de milliers d’Haïtiens vivant et travaillant légalement aux Etats-Unis resteront sur le territoire et passeront entre les mailles du filet. Comme le souligne Patricia Elizée, une avocate de Miami, qui défend les intérêts de ressortissants haïtiens, les Haïtiens « ne monteront pas tous sur un bateau pour rentrer chez eux. Ils opteront plutôt pour le marché noir ». Beaucoup continueront à travailler - mais alors, quand ils se plaindront d’un mauvais traitement, ils se mettront aussitôt en danger d’expulsion ou d’incarcération, une opportunité pour les prisons privées pour immigrés, dont les maisons mères se sont félicitées de l’élection de Trump.

    Beaucoup d’Haïtiens n’envisagent le retour au pays qu’en dernier recours. Il est vrai, comme le souligne le département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis, que le tremblement de terre en Haïti a déjà sept ans, et que le TPS est censé être temporaire. Mais ce tremblement de terre n’est pas l’alpha et l’oméga de l’état de désespérance dans lequel se trouve ce pays. La reconstruction, financée par l’étranger mais médiocre et gangrenée par la corruption, a préparé le terrain pour l’épidémie de choléra, et, l’année dernière, Haïti a été frappé par l’ouragan Matthew. Lorsque l’ouragan Irma, cette année, a été à deux doigts d’inonder l’île avec des pluies diluviennes, certains insulaires ont montré les signes d’un épuisement qui pourrait bientôt devenir banal, tant les épreuves et les crises, par leur fréquence, auront le visage d’une macabre normalité.

    Outil humanitaire

    Un résident de Port-au-Prince a déclaré à un journaliste : « On est inquiets, bien sûr, mais, de toute façon, on vit déjà au milieu d’un autre ouragan : l’ouragan de la misère. […]. Ils disent que je devrais protéger ma maison en la condamnant ? Mais avec quoi ? Du bois ? Qui va payer ? Où je vais trouver l’argent pour l’acheter ? Je n’ai même pas de toit en tôle ! Si les vents se lèvent, je ne peux faire qu’une chose : espérer survivre. »

    D’un point de vue politique, les attaques de Trump contre le TPS sont assez déconcertantes. Car la population n’avait pas réclamé à cor et à cri l’expulsion des Haïtiens et des Centraméricains. Et la perte de ces travailleurs, dont le sérieux était apprécié, est une mauvaise nouvelle pour de nombreux employeurs (selon le syndicat Unite Here, Disney World emploie, à lui seul, environ 500 travailleurs haïtiens du TPS).

    En outre, tout cela risque de porter préjudice aux républicains : si les bénéficiaires haïtiens du TPS ne peuvent pas voter, beaucoup de leurs amis et de membres de leur famille peuvent le faire. Et comme ils sont nombreux à vivre en Floride - un Etat clé qui connaît aussi un afflux de Portoricains mécontents de la façon dont ils ont été traités par les républicains (et qui peuvent voter une fois installés sur le territoire) - cette dernière mesure anti-immigrés pourrait bien avoir des conséquences aux prochaines élections.

    Mais peut-être y a-t-il derrière tout ça une stratégie qui dépasse la seule question d’Haïti ou du Honduras, et qui concerne, plus largement, celle du réchauffement climatique. Car le TPS - qui fait de la « catastrophe environnementale » l’une des principales justifications de l’inscription d’un pays à ce programme - est actuellement l’outil le plus important dont dispose le gouvernement américain pour apporter un minimum d’aide aux innombrables personnes qui, dans le monde entier, sont déplacées en raison des crises liées au changement climatique et qui seront bientôt beaucoup plus nombreuses. Il n’est donc pas étonnant que l’entourage politique de Trump fasse tout ce qui est en son pouvoir pour s’en débarrasser.

    Sur les dix pays actuellement couverts par le TPS, les catastrophes environnementales sont dites « cause principale » ou « facteur contributif majeur » dans sept d’entre eux.

    A l’origine, ce programme était censé apporter une réponse, non pas au changement climatique, mais au déplacement des populations des pays en proie à la guerre civile. Mais à mesure que la planète s’est réchauffée, il est devenu le principal levier utilisé par les Etats-Unis pour aider les victimes des catastrophes naturelles en leur accordant des droits limités sur le sol américain. Et de fait, l’une des seules actions que les gouvernements des pays sinistrés peuvent entreprendre à l’issue d’une tempête ou d’une sécheresse dévastatrice est de faire pression pour que leurs citoyens soient couverts par le TPS - ou, dans d’autres pays riches, par des programmes analogues.

    Jane McAdam, directrice du Centre Kaldor pour le droit international des réfugiés à l’université de Nouvelle-Galles du Sud, m’a dit que le TPS, quels que soient les problèmes qu’il pose, est « le mécanisme le plus efficace, voire le seul existant », dans le cadre de la législation américaine, pour accueillir les réfugiés climatiques : « Il offre au moins une sorte de protection temporaire. » C’est pourquoi, un certain nombre de spécialistes pensent qu’avec l’accélération du changement climatique, le TPS se révélera de plus en plus important.

    Bien sûr, toutes les catastrophes inscrites au registre du TPS ne sont pas liées au changement climatique (les tremblements de terre en Haïti et au Népal). Mais d’autres catastrophes retenues comme donnant lieu à une inscription - ouragans, grandes inondations, sécheresses - sont précisément des phénomènes météorologiques extrêmes qui deviennent de plus en plus fréquents et dévastateurs à mesure que la planète se réchauffe.

    Le Honduras et le Nicaragua, tous deux visés par l’administration Trump, ont reçu pour la première fois la protection du TPS après le passage de l’ouragan Mitch. La Somalie, à l’origine incluse dans le TPS en raison d’un conflit armé, a vu son statut prolongé sous la présidence Obama, au motif notamment d’une « grande inondation » et d’une « intense sécheresse » ayant des conséquences sanitaires sur l’eau et la nourriture. De même, le Yémen, d’abord inclus au programme pour cause de guerre, s’est vu récemment renouveler son statut après que des cyclones et des fortes pluies ont causé « pertes en vies humaines, blessés, inondation, coulées de boue, dommages aux infrastructures, pénuries de nourriture, d’eau, de médicaments et de carburant ».

    Accorder à certains migrants originaires de ces pays le droit de vivre et de travailler aux Etats-Unis est une manière de reconnaître les droits fondamentaux de ceux qui, vivant dans des régions touchées par de soudaines crises environnementales, cherchent à vivre en sécurité.

    En tant qu’outil humanitaire, le TPS est terriblement limité pour faire face aux catastrophes en série qui caractérisent notre époque. Même pour le nombre relativement restreint de personnes qui répondent aux exigences strictes de ce programme, il ne produit rien de moins qu’une insécurité permanente. Les bénéficiaires doivent renouveler leur statut tous les six à dix-huit mois, en payant chaque fois environ 500 dollars, et le TPS est temporaire par définition.

    Il est aussi arbitraire : de nombreux pays frappés par des catastrophes majeures n’ont pas pu bénéficier du programme. Pis encore, celui-ci est uniquement conçu pour faire face à des catastrophes soudaines et de grande ampleur ; les effets climatiques les plus lents, comme la désertification, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion des terres, sont plus difficiles à prendre en compte. Mais ce n’est pas tout : comme le souligne Koko Warner, une experte des migrations environnementales de l’université des Nations unies,« il est toujours supposé [avec le TPS] que les gens pourront retourner dans leur pays d’origine » une fois la catastrophe passée. Une telle hypothèse ne tient plus à une époque où les nations insulaires et les côtes sont clairement menacées de submersion.

    L’hostilité de Trump, malgré toutes ces mises en garde, s’explique aisément : en dehors des mesures discrétionnaires, il n’existe rien d’autre que le TPS pour les migrants climatiques qui ont échoué sur le territoire des Etats-Unis. La convention de 1951, relative au statut des réfugiés, n’inclut ni les catastrophes environnementales ni les changements climatiques dans les conditions d’obtention du statut de réfugié. Ce qui compte, c’est le risque de persécution.

    Ce vide béant du droit international est dénoncé par les gouvernements chaque fois qu’ils se réunissent pour s’attaquer aux défis croisés du dérèglement climatique. Ce fut encore le cas, très récemment, à Bonn, en Allemagne, à la conférence sur le climat (COP 23) organisée par les Nations unies du 6 au17 novembre. Beaucoup ont soutenu que la convention de 1951 devait être modifiée. Mais est-ce seulement la bonne solution ? A un moment où les gouvernements de tant de pays riches sont en train de renforcer le contrôle aux frontières, élargir l’accès de cette convention aux réfugiés climatiques pourrait non seulement échouer, mais aussi donner lieu à un accord nettement moins favorable aux migrants que celui qui existe déjà.

    Donc le TPS est tout ce qui reste. Pourtant, quand l’administration Trump tire à boulets rouges sur le programme (en visant les Centraméricains, les Haïtiens, les Soudanais, et sans doute d’autres populations à venir), cela signifie que même ce faible outil est menacé. Et cette manœuvre s’inscrit dans un ensemble d’actions qui, simultanément, aggravent la crise climatique (en répondant favorablement aux souhaits les plus fous de l’industrie des combustibles fossiles), tout en éliminant les programmes conçus pour y faire face.

    America First

    En bref, il ne s’agit pas seulement de l’aversion de Trump pour les immigrés non blancs (bien qu’il soit aussi question de cela) : on assiste, vraisemblablement, à une forme particulièrement brutale d’adaptation au changement climatique. La logique en est assez simple : l’état-major de Trump sait très bien que les demandes de protection vont se multiplier dans les années à venir - il suffit de regarder l’ampleur inégalée des catastrophes qui ont eu lieu cet été, des inondations en Asie du Sud-Est et au Nigeria, jusqu’à l’exode qu’a connu Porto Rico, en passant par l’évacuation totale de Barbuda. Qu’ils nient publiquement la science ou non, les généraux qui entourent Trump sont conscients que les déplacements de population seront beaucoup plus nombreux à l’avenir. Si une catastrophe naturelle - comme le terrible tremblement de terre d’Haïti ou les ouragans qui ont suivi - provoque un élan de compassion hors normes, pourquoi pas la prochaine ? Et la suivante ? Du point de vue de l’« America First » de l’administration Trump, le TPS, en tant que précédent juridique, est tout simplement trop dangereux.

    Alors qu’il est le seul programme d’immigration aux Etats-Unis donnant des droits aux migrants en cas de catastrophes environnementales, le TPS - par le sort qui l’attend - devrait être considéré comme un test grandeur nature permettant de voir comment le pays le plus riche du monde, et le plus grand émetteur de gaz à effet de serre, entend gérer les prochaines vagues de réfugiés climatiques. Jusqu’à ce jour, le message est clair : « Retournez dans l’enfer que nous avons créé ».
    Naomi KLEIN Journaliste, essayiste et réalisatrice canadienne

    Pendant que je lisais ce long article je me disais mais il est vraiment bien écrit et précis cet article. Et arrivée à la fin j’ai vu qu’il était écrit par Naomi Klein !
    #immigration #états_unis #canada #haiti #TPS #québec #trump


  • Virilité défensive, masculinité créatrice | Cairn.info
    https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2000-1-page-25.htm

    e terme de masculinité existe dans la langue française depuis le XIIIème siècle avec une remarquable stabilité sémantique. Selon le petit Robert : la qualité d’homme, de mâle ; l’ensemble des caractéristiques masculines. La masculinité n’est devenue un problème, et un programme scientifique, qu’à partir du moment où les femmes ont commencé à remettre en question leur différence. La masculinité et la virilité sont-elles la même chose ou bien les deux termes recouvrent-ils un antagonisme entre deux modalités contrastées du masculin ? Parmi les auteurs de recherches sur les hommes en tant que groupe sexué, certains considèrent que la masculinité se définit par la virilité, tandis que pour d’autres, au contraire, la masculinité est en conflit avec la virilité. Mais il est un point sur lequel la plupart des auteurs contemporains seront d’accord. Viols et violences, mépris et humiliation des femmes et des hommes dévalorisés qui leur sont assimilés, cynisme, manque de pensée et appauvrissement affectif : la représentation des hommes qui exsude d’une lecture attentive des recherches qui leur sont consacrées est suffocante. Quels que soient les champs disciplinaires et les orientations théoriques, la virilité désigne l’expression collective et individuelle de la domination masculine et ne saurait donc constituer une définition positive du masculin.
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    La virilité revêt un double sens : “Premièrement, les attributs sociaux associés aux hommes et au masculin : la force, le courage, la capacité à se battre, le droit à la violence et aux privilèges associés à la domination de celles, et ceux, qui ne sont pas, et ne peuvent être virils : femmes, enfants… Deuxièmement, la forme érectile de la sexualité masculine” (Molinier, Welzer-Lang, 2000). En sociologie, une fois admis que la masculinité et la féminité sont des constructions sociales qui existent et se définissent dans et par leur relation dans un système de sexe, distinguer la masculinité de la virilité pose question puisque l’identité masculine est entièrement inféodée aux rapports sociaux entre hommes. La virilité, jusque dans sa participation à la vie sexuelle, est apprise et imposée aux garçons par le groupe des hommes, non seulement pour qu’ils se démarquent radicalement des femmes, mais pour qu’ils s’en distinguent hiérarchiquement (Welzer-Lang, 1994).
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    Dans la perspective proféministe, on ne peut vouloir à la fois que le genre disparaisse comme système hiérarchique et que les catégories du masculin et du féminin continuent d’exister. Mais pour d’autres auteurs, le terme de masculinité marque la volonté d’analyser s’il est possible d’être un homme sans coller aux stéréotypes de la virilité, d’une part ; sans devenir une femme, d’autre part. Ou pour le dire autrement, en reprenant le titre français du livre de John Stoltenberg (1993) : “Peut-on être un homme sans faire le mâle ?” L’introduction d’une tension entre la masculinité et la virilité pose une double question. Tout d’abord, est-il encore possible aujourd’hui de penser le masculin en positif ? Et pour quoi faire ? Ensuite, est-il possible de distinguer la masculinité de la virilité sans pour autant naturaliser la différence des sexes ?
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    La psychodynamique du travail représente de ce point de vue une tentative théorique originale. Dans cet article, je voudrais montrer pourquoi l’analyse des processus qui construisent la masculinité créatrice, par différence avec la virilité défensive, est une étape capitale dans la déconstruction du système social de sexe. En analysant les formes de l’émancipation masculine, il ne s’agit pas de plaider en faveur d’une vision parsonnienne de la complémentarité et de l’harmonie entre les sexes. Les conditions sociales qui permettent la création masculine sont menacées par les nouvelles formes d’organisation du travail et par le chômage. Les femmes ne gagneront pas la partie que les hommes sont en train de perdre. Au contraire, plus les hommes souffrent dans le travail, ou de la privation de travail, plus la domination masculine résiste, plus le cynisme et l’indifférence des dominants vis-à-vis des injustices sociales s’aggravent, et plus les violences éclatent entre les dominés (Dejours, 1998 a, Dunezat, 1999).

    • Le ressort psychologique de la virilité est la honte de passer pour une femme . Ce qui est jugé honteux, indigne d’un homme, c’est d’être incapable de maîtriser le courant tendre de ses émotions, c’est de fuir, de s’effondrer devant une situation difficile. Ce qui est exalté, sollicité et exercé, c’est l’agressivité du mâle et sa concrétisation dans le courage viril. Mais le plus troublant est le retournement que la virilité défensive opère dans le registre des valeurs. La référence à la virilité permet d’anesthésier le sens moral. Il se produit, selon les termes de Christophe Dejours, une sorte d’alchimie sociale grâce à laquelle le vice est transmuté en vertu (Dejours, 1998 a). Ou pour le dire autrement, il suffit qu’une conduite soit connotée virilement pour que cette conduite soit valorisée, même s’il s’agit de se faire du mal en trimant dans des tâches dégradantes ou d’en faire aux autres en leur imposant des conditions de travail dégradantes, voire pas de travail du tout [2][2] Les femmes qui veulent faire une carrière valorisée.... Pis encore, la virilité permet de justifier la violence. Au point qu’il peut même y avoir recouvrement entre courage, force morale, absence d’état d’âme et exercice du mal. C’est pour ne pas risquer leur identité sexuelle, par crainte de perdre leur virilité en passant aux yeux des autres pour lâche ou poltron, que les hommes consentent souvent à participer au “sale boulot” (Dejours, 1998a).

      Dans la perspective que nous venons d’esquisser, la virilité est avant tout une défense mobilisée contre la souffrance dans le travail. Les rapports de force, mais aussi de solidarité entre les hommes, sont indexés à la maîtrise symbolique du réel. Plus la possibilité de transformer les contraintes pathogènes de l’organisation du travail est réduite, plus la souffrance et la peur risquent de s’accroître, plus les hommes encourent le risque de radicaliser leurs défenses. Érigée en valeur, et en lieu et place de toutes les autres valeurs, la virilité fonctionne alors comme s’il s’agissait d’une expression du désir et doit être maintenue envers et contre tout, dans la vie sociale comme dans l’intimité.

      #virilité #masculinité #domination_masculine #travail #souffrance #fraternité

      Maintenant que j’ai fini la lecture c’est un éloge déguisé de la domination masculine, association du travail et à la création à la masculinité. Ce texte me conforte dans le fait que le mot masculinité (au singulier et au pluriel) est un euphémisme de virilité contrairement à ce que prétend réfuté l’autrice.


  • Fais ta thèse et tais-toi !
    https://www.causette.fr/le-mag/lire-article/article-1722/fais-ta-thei-se-et-tais-toi.html

    Pour qu’une commission disciplinaire soit lancée, elle doit elle-même recueillir des témoignages pour valider le sien. « La procédure a été sauvage, pas égalitaire. Lui avait le droit à un avocat, pas moi [dans les commissions internes, la victime est seulement citée en tant que témoin] », déplore-t-elle. Le harceleur, déjà écarté du laboratoire, a été sanctionné par deux semaines de suspension. « Ça m’a secouée de savoir qu’il continuerait à diriger des doctorantes », s’alarme Audrey, qui réfléchit à porter l’affaire en justice.

    Les sanctions déçoivent souvent, mais comment s’en étonner ? Les sections disciplinaires sont composées, entre autres, d’enseignants qui jugent donc leur propre collègue. Pis, seul le mis en cause ou le président de l’#université peut faire appel d’une décision, et tant pis si la victime n’est pas satisfaite.

    [...] Dans un rapport de 2013, la sénatrice Françoise Laborde (Parti radical de gauche) alertait sur la réalité du #harcèlement moral et sexuel à toutes les étapes d’un cursus universitaire, en particulier en #doctorat, « propice au harcèlement par la relation doctorant-directeur, qui suppose des réunions régulières en tête à tête, échappant à tout contrôle social ».

    [...] « Lors des consultations sur la loi sur le harcèlement, en 2012, l’université est le milieu dans lequel on a rencontré le plus de freins », retrace Catherine Coutelle, présidente de la Délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes.

    • À Bordeaux-III, lors de la création de la cellule sur le harcèlement, Yves Raibaud, chargé de mission égalité, a dû faire face au barrage d’un chercheur qui dénonçait des structures « encourageant la délation » et « menaçant les enseignants, à la merci de n’importe quelle étudiante manipulatrice ».

      #délation


  • Le prix Nobel, science inexacte

    http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2017/10/01/le-nobel-science-inexacte_5194474_1772031.html

    Alors que l’académie suédoise entame, lundi, la campagne 2017 de remise de ses prix, « Le Monde » revient sur quelques épisodes passés où les lauréats n’auraient pas dû être récompensés.

    Fallait-il attribuer le Nobel de littérature à Bob Dylan ? Faudrait-il retirer celui de la paix à Aung San Suu Kyi ? Le plus célèbre des prix suscite régulièrement des controverses.

    Pourtant, ces polémiques épargnent le champ scientifique. En médecine, en physique, en chimie ou encore en économie, les lauréats retenus depuis 1901 font presque toujours l’unanimité. Tout juste regrette t-on l’absence de découvertes majeures – la théorie de la relativité n’a jamais été primée – ou de grands noms de ces disciplines.

    Le panthéon scientifique érigé par l’académie suédoise cache pourtant quelques erreurs notables, sur lesquelles ses responsables actuels, sollicités par Le Monde, ont refusé de revenir. Elles apparaissent toutefois révélatrices tout autant de la puissance des mandarins que des cahots inévitables de la recherche ou simplement de l’écart qui peut exister entre théorie et expérience.

    La double faute de 1927

    Patrick Berche, microbiologiste et directeur de l’Institut Pasteur de Lille, n’hésite pas à parler d’« année terrible » pour évoquer 1927.

    Cet automne-là, les membres de l’Académie Nobel n’annoncent pas un, mais deux prix en médecine : celui de 1926, resté sans lauréat, est attribué au Danois Johannes Fibiger pour la découverte de Spiroptera carcinoma, un ver nématode capable de provoquer le cancer. Pour 1927, ils récompensent l’Autrichien Julius Wagner-Jauregg, pionnier de la malariathérapie, un traitement de la syphilis par injection du paludisme. On le sait aujourd’hui : l’un relevait de l’erreur intégrale, le second d’un raccourci hasardeux.

    Johannes Andreas Grib Fibiger, Prix Nobel en 1926.
    La « découverte » de Fibiger tient presque du mirage. En 1907, cet éminent professeur décèle des lésions dans l’estomac de trois rats gris. Convaincu depuis des années des causes parasitaires du cancer, il multiplie les autopsies de rongeurs. D’abord sans résultat. Mais il finit par trouver, dans le ventre de rats ramassés dans une sucrerie, des vers nématodes. Quant aux lésions, certaines ont dégénéré en tumeurs cancéreuses, affirme-t-il. Publiés en 1913, ses résultats font sensation : pour la première fois, on a fabriqué expérimentalement un cancer ! En 1918, les Américains Frederick Bullock et George Rohdenburg mettent en doute la malignité des lésions. Mais, à l’époque, la connaissance du cancer reste lacunaire.

    De 1922 à 1927, Fibiger est « nominé » à seize reprises par des scientifiques de renom chargés de proposer des lauréats potentiels au Nobel. Les quatre premières années, sa candidature est écartée par des rapporteurs sceptiques. En 1926, les jurés renoncent au dernier moment, au point qu’aucun plan B n’est prévu. Mais, en 1927, le Suédois Folke Henschen, ami et thuriféraire de Fibiger, convainc ses pairs de primer le Danois.

    Il faut attendre 1935 pour voir pâlir son étoile. Cette année-là, l’Anglais Richard Passey reproduit son expérience et découvre que la cause des tumeurs ne tient nullement en la présence des nématodes, mais provient d’une carence en vitamine A. Pis : les lésions sont de simples métaplasies, aucunement cancéreuses. En 1952, une équipe américaine retrouvera les clichés microscopiques de Fibiger et confirmera le diagnostic. De tous les acteurs de cette histoire, le seul à avoir succombé à un cancer fut… Johannes Fibiger lui-même, en janvier 1928, un mois après la réception de son prix.

    Julius Wagner-Jauregg.
    Le naufrage de 1927 ne s’arrête pas là. Stockholm s’entiche d’« une triste figure de l’histoire de la médecine », selon Patrick Berche : l’Autrichien Julius Wagner-Jauregg. Toute sa vie, ce neurologue et psychiatre a défendu l’eugénisme et l’euthanasie des « crétins ». Pendant la première guerre mondiale, il a préconisé le traitement des « névrosés de guerre » par électrochocs – ce qui lui a valu un procès, dont il est sorti blanchi. A titre personnel, enfin, il a soutenu le parti nazi, échouant à y adhérer car sa première femme était juive.

    Mais, en 1927, l’Académie Nobel le récompense pour tout autre chose : la malariathérapie. Dans sa clinique de Graz, en Autriche, Wagner-Jauregg a en effet remarqué que les patients souffrant d’une paralysie générale causée par l’évolution de leur syphilis voient leurs symptômes réduits lors des épisodes fébriles. Et, pour provoquer une forte fièvre, quoi de mieux qu’une crise de paludisme ? Le parasite a l’avantage d’être contrôlable par la quinine.

    Bien que le chercheur déplore quelques victimes dans son laboratoire, sa méthode est finalement reconnue. Elle finit même par s’imposer pour traiter des schizophrènes. Elle ouvrira la voie à d’autres thérapies dites « de choc », censées sortir, par des comas ou des crises d’épilepsie provoqués, les malades mentaux de leurs états extrêmes. « Ce Nobel a été attribué sans réels fondements scientifiques, ni études systématiques, regrette Patrick Berche. Heureusement, la découverte des antibiotiques a mis un terme à cette pratique. »

    La bourde de Fermi

    Enrico Fermi.
    Le 10 novembre 1938, l’Académie Nobel annonce avoir décerné son prix au physicien italien Enrico Fermi « pour sa découverte de nouveaux éléments radioactifs, développés par l’irradiation de neutrons ». Le communiqué précise : « Enrico Fermi a réussi à produire deux nouveaux éléments, dont les numéros d’ordre sont 93 et 94, auxquels il a donné le nom d’ausénium et d’hespérium. » Brillante découverte.

    Jusque-là, l’uranium et ses 92 protons font figure de plafond, sinon théorique, du moins expérimental… Seulement voilà : il n’y a ni ausénium ni hespérium dans l’expérience du savant transalpin ! Fermi s’est trompé dans son interprétation, et le monde de la physique s’est rallié à son panache.

    L’homme, il est vrai, dispose d’une aura immense. Il a déjà mis en évidence une nouvelle forme de radioactivité – ce qui, en soi, aurait pu lui valoir un Nobel. Fort de ce résultat, il décide de bombarder de neutrons des noyaux d’uranium. Si tout se passe comme le veut sa théorie, il créera ainsi un nouvel élément, à 93 protons. Voire un autre, à 94.

    Ces deux merveilles, Fermi croit les identifier, dans l’article qu’il publie en 1934, dans la revue Nature. Pas directement, par la chimie, mais grâce à des propriétés physiques indirectes. Quelques voix timides ont beau émettre des doutes, la prudence légendaire de M. Fermi et sa renommée mondiale emportent l’adhésion. Le 12 décembre 1938, il reçoit son prix. Et en profite pour quitter l’Europe – sa femme est juive.

    Un mois plus tard, deux chimistes allemands, Otto Hahn et Fritz Strassmann, annoncent avoir reproduit son expérience. Les produits n’en sont pas des éléments superlourds, mais au contraire plus légers. L’explication est fournie en février, toujours dans la revue Nature, par les Autrichiens Lise Meitner et Otto Frisch : les noyaux d’uranium n’ont pas été enrichis… mais coupés en deux. Ce que Fermi a réalisé, sans le savoir, c’est la première réaction de fission nucléaire.

    Hahn, Strassmann et Frisch décrocheront la récompense suprême en 1944 (La seule femme a été oubliée !). Deux autres chimistes américains seront à leur tour primés en 1951 pour la découverte des vrais éléments 93 et 94, le neptunium et le plutonium. Pour le chimiste allemand Martin Quack, auteur d’un article sur cette aventure, la science ne peut se réduire à la « nouveauté » : « La répétition, la reproduction, l’extension ou le rejet des résultats précédents sont au cœur du bon travail scientifique. »

    Le Nobel de la honte

    Egas Moniz
    C’est assurément le prix le plus controversé de l’histoire du Nobel. Comment le gotha de la médecine a-t-il pu, en 1949, honorer le Portugais Egas Moniz pour ses travaux sur « la leucotomie préfrontale appliquée au traitement de certaines psychoses et troubles mentaux » – rebaptisée plus tard lobotomie ? Comment cette sinistre ablation d’une partie du cerveau a-t-elle pu passer tous les filtres de l’Académie ?

    Pour le neurochirurgien Marc Lévêque, la réponse est « une conjonction de circonstances : la personnalité de Moniz, un intense travail de lobbying, le manque de recul sur ces pratiques et l’absence de thérapeutique alternative pour certaines pathologies graves – le premier neuroleptique sera découvert trois ans plus tard, sans jamais, du reste, être récompensé par un Nobel ». Peut-être faudrait-il ajouter un peu de mauvaise conscience… En 1928 et 1936, Moniz a raté le prix de peu pour une autre découverte, majeure celle-là : l’artériographie cérébrale.

    En 1935, ce médecin au destin peu commun – il a aussi été ambassadeur du Portugal à Madrid, puis ministre des affaires étrangères – s’inspire d’observations réalisées sur les singes pour proposer un traitement novateur de certaines pathologies mentales : déconnecter partiellement les lobes préfrontaux du reste du cerveau.

    Le 11 novembre 1935, une première patiente – une ancienne prostituée de 63 ans souffrant de mélancolie et de paranoïa – est opérée. Dix-neuf autres suivront. Sur les vingt personnes traitées, le médecin annonce sept « guérisons », sept « améliorations », six patients « inchangés ». L’échantillon est bien faible, mais il va suffire à lancer une pratique.

    Dans la plupart des pays occidentaux, la lobotomie s’impose : des milliers de malades sont opérés, malgré les protestations de nombreux psychiatres. Aux Etats-Unis, Walter Freeman la « perfectionne » : en lieu et place des ouvertures réalisées des deux côtés du crâne, il passe par le globe oculaire.

    Star mondiale, salué par la presse américaine pour ses prouesses, Freeman milite, après la Libération, pour que son aîné portugais obtienne le Nobel. Il rêve évidemment de partager les lauriers. Espoir déçu. En 1949, l’autre moitié de la récompense échoit au Suisse Walter Hess, qui a mis en évidence le rôle du cerveau dans la gestion des organes.

    En 1952, la découverte du premier neuroleptique change la donne : la chirurgie cède la place à la chimie. Du moins pour la grande masse des patients. Des héritiers du Dr. Moniz sévissent encore çà et là. Dans certains pays, comme la Chine, la chirurgie du cerveau reste d’usage courant. En France, la dernière lobotomie « officielle » date de 1991.

    Lire aussi : Pratiquée jusque dans les années 80, la lobotomie visait surtout les femmes

    La faillite des stars de la finance

    Robert C. Merton en 2006 et Myron Scholes en 2008
    Avouons-le : installer Robert Merton et Myron Scholes dans ce triste palmarès peut paraître cruel. « Mais leur mésaventure a provoqué chez les économistes un éclat de rire général et demeure un cas d’école », s’amuse Jean-Marc Daniel, professeur d’économie à l’ESCP Europe.

    Le 15 octobre 1997, les deux économistes américains sont en effet primés pour avoir « ouvert de nouveaux horizons au champ des évaluations économiques ». Leur spécialité : appliquer les probabilités aux marchés financiers afin de prévoir le comportement des produits dérivés. Sur toutes les places boursières, le modèle dit de « Black et Scholes » (décédé en 1995, Fischer Black n’aura pas le prix) fait déjà fureur.

    Les deux lauréats conseillent d’ailleurs le prestigieux fonds d’investissement LTCM, coqueluche de Wall Street. En 1997, la crise asiatique fragilise ses positions. Mais le modèle mathématique prévoit un retour à l’équilibre. LTCM mise en ce sens, notamment en Russie. Et patatras ! En 1998, Moscou dévisse et LTCM prend l’eau.

    « Aucun autre fonds n’a fait aussi mal », raconte Jean-Marc Daniel. Les pertes avoisinent les 4 milliards de dollars. La Réserve fédérale (Fed, banque centrale) convainc les banques américaines d’intervenir pour éviter la faillite du fonds spéculatif.

    L’ensemble de la planète financière échappe à la contagion. Mais les marchés s’en trouveront affectés pendant plusieurs mois. Si les deux chercheurs restent, selon Daniel Cohen, professeur à l’Ecole normale supérieure, « de grands économistes, qui ont créé un champ dans la discipline », leur étoile brille un peu moins fort au firmament des Nobel.

    • _ Cet article du journal Le Monde est effectivement douteux. *

      Par exemple, Robert C. Merton en 2006 et Myron Schole n’ont pas reçu de prix Nobel, mais le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques.
      Un hochet pour les économiste néo libéraux, pas un prix Nobel.

      On remarquera, que parmi les lauréats qui n’auraient pas dû être récompensés, l’absence d’Henry Kissinger, le « Prix Nobel de l’humour noir. » (Françoise Giroud).

      Ce quotidien Le Monde, douteux. qui ne vérifie même pas ce qu’il imprime, sur wikipédia.

    • (adressé au Monde, 9/10)

      Je prends connaissance d’un article paru dans votre journal sous le titre « Le prix Nobel, science inexacte » et dans lequel est indiqué à propos d’Enrico Fermi : Le 12 décembre 1938, il reçoit son prix. Et en profite pour quitter l’Europe – sa femme est juive .

      Dieu merci le monde n’est pas fait que de sans-dignité, de journalistes-au-Monde et de gens qui... profitent.
      Ce couple ne tombait pas sous le coup des lois dites raciales de 1938.
      Ce fut simplement parce qu’il ne voulut pas profiter-sic de cette exemption, et ne voulait pas que ses enfants grandissent dans un pareil climat, qu’il décida de ne pas rentrer en Italie.


  • @raspa A balancer à tes pioupious juste avant qu’ils fassent leur jeu de la barge rousse (ou du puffin fuligineux as you want) ? :-D
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Puffin_fuligineux
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Barge_rousse

    Pourquoi partir à l’étranger pour chercher de « l’authenticité » ne sert à rien - VICE
    https://www.vice.com/fr/article/a3dqk8/authenticite-voyage-mythe

    Le « voyageur de l’authentique » s’émerveille de ceux qui, « alors qu’ils n’ont rien, vous donnent tout », de l’hospitalité généreuse et gratuite – mais ne s’interroge presque jamais sur le pourquoi nous en serions arrivés à cette société que, souvent, il méprise. S’il est enclin à dénoncer l’égoïsme de sa terre natale, en contraste avec la générosité du pays visité, il rentre plus fréquemment avec « les batteries chargées » qu’avec l’ambition de rejoindre une organisation politique, ou syndicale. Son attitude a, alors, tout du consommateur qui prend – et ne donne pas.

    Or, là se trouve la clé du problème : si le voyageur va admirer superficiellement des sociétés, comme on va au zoo observer des espèces en voie de disparition, il n’en extraira jamais le suc révolutionnaire – seulement une petite satisfaction individuelle. Pis : il ne sera, le plus souvent, qu’un agent actif de la libéralisation du monde et de la généralisation de la transaction marchande comme mode relationnel principal.

    (Franchement, ça attaque dur, mais sur cette problématique de "revenir citoyen du monde", ça pose de vraies questions... sans apporter de réponse miracle, évidemment. On a encore du boulot à faire !)


  • L’après-« Harvey » et « Irma » : les forces économiques et politiques poussent à l’inertie Le Devoir - 9 septembre 2017 - Isabelle Paré
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/507625/l-apres-harvey-et-irma-les-forces-economiques-et-politiques-poussent-a-l-i

    Les catastrophes vécues à Houston et celles laissées dans le sillage du puissant ouragan Irma deviendront-elles coutume ? Ouragans et inondations comptent désormais pour près de 75 % des désastres liés au climat. Le nombre de pluies « extrêmes » sur la planète monte en flèche. L’avenir s’annonce détrempé. Or, la répétition des désastres ne semble pas réussir à infléchir les façons de faire, notamment de penser les villes. Pourquoi ?

    Au lendemain de l’ouragan Katrina, Julie Hernandez, alors jeune géographe, se souvient d’avoir entendu « plus jamais ». Dans les rues, on s’arrachait les t-shirts arborant le slogan « Le réchauffement climatique n’est pas un mythe. Y croyez-vous maintenant ? ». Or, 12 ans plus tard, c’est comme si les 1800 morts et les 108 milliards de dommages qui ont plombé l’économie de la région et du pays avaient été oubliés.

    « On pensait que La Nouvelle-Orléans allait être un laboratoire et un modèle de ville résiliente au climat. Les architectes et ingénieurs ont repensé la ville, ont proposé un plan pour concentrer la population sur les terres les plus élevées et pour transformer les terrains bas en zones vertes. Il y a presque eu une insurrection civile, les gens voulaient non seulement retourner dans leur ville, mais dans leur maison ! » affirme cette géographe de l’École de santé publique de l’Université Tulane à La Nouvelle-Orléans.

    Le nouveau normal
    Après Katrina, les raisonnements scientifiques et les engagements politiques ont vite été dissolus dans les eaux brouillées de la sensibilité collective. Il faudra s’attendre à la même chose au lendemain de Harvey et d’Irma, à moins que cette fois le chaos et les coûts n’aient l’effet d’un coup de Jarnac sur les consciences, estime Paul J. Ferraro, professeur d’économie spécialisé dans les enjeux environnementaux à l’Université Johns Hopkins.

    « Il faut arrêter d’utiliser l’expression “tempête historique” pour justifier notre manque de préparation à ces événements qui causent des pertes de vie et des dommages substantiels. Ce que nous observons, ce sera “la nouvelle normalité”. Or, nous n’étions déjà pas prêts à affronter “l’ancienne réalité” », appuie le professeur.

    La professeure Hernandez estime elle aussi qu’il faut cesser de s’étonner de ces déferlements du climat, dont la surenchère s’observe depuis déjà quelques décennies. En Asie du Sud-est, les crues provoquées par des typhons sont en hausse depuis des années. Et il y a belle lurette que ce que les « tempêtes tropicales » sèment le chaos bien au-delà des tropiques. « Les ouragans s’observent à des latitudes de plus en plus élevées, dans des zones où l’on ne les attendait pas. Ce n’est pas arrivé brutalement. Houston avait vécu trois inondations majeures ces dernières années, sans pourtant revoir ses systèmes de gestion des catastrophes », critique-t-elle.

    Revoir les modèles
    Les modèles prédictifs de l’intensité des catastrophes, qui qualifient d’« une sur 500 ans ou 1000 ans » la probabilité et l’intensité d’un ouragan ou d’une crue, sont désuets. Ils confortent décideurs, investisseurs et même la population dans l’idée qu’ils ont été victimes d’un rarissime mauvais sort, contre qui rien ni personne ne peut agir.

    Pour Paul J. Ferraro, la capacité à gérer les sursauts du climat dans les États et les villes vulnérables est minimale. On a décrié ad nauseam les ratés urbanistiques qui ont démultiplié l’impact de Harvey sur Houston. Le développement immobilier effréné des dernières années s’est fait en toute connaissance de cause dans des zones inondables, marais et bayous ont été remblayés pour accueillir la population croissante, rendant la ville de moins en moins apte à absorber des trombes d’eau.

    Pis, le lacis des canaux de drainage creusés et de digues érigées pour assécher des zones humides aux fins de construction a littéralement servi de « cheval de Troie » aux flots déchaînés pour engloutir le centre-ville, affirme Julie Hernandez.

    D’aucune façon ces villes et ces États n’ont tenté de devenir plus « résilients » aux fléaux climatiques susceptibles de s’abattre sur eux, déplore le professeur Ferraro. « Les gens restent insensibles à la notion de risque, car il n’y a aucun incitatif financier pour les faire changer d’idée. Les gens qui profitent du développement immobilier ne sont pas ceux qui paient ensuite pour les dommages. C’est le gouvernement fédéral. Il doit y avoir un prix à payer pour les villes ou les promoteurs qui font fi de cette réalité », dit-il.

    Amnésie collective
    Même à La Nouvelle-Orléans, une fois les plans « de ville résiliente » mis à la corbeille, la ville s’est reconstruite sur les mêmes bases fragiles, à quelques exceptions près. Pourquoi ? « Refuser à des gens de retourner chez eux a un coût politique immense. Or, les élus pensent d’abord à leur réélection. Ils mettent dans la balance les bénéfices à court terme d’une telle décision et le risque lointain qu’un tel scénario apocalyptique se reproduise », affirme Julie Hernandez, qui a participé au processus de récupération et de mobilisation post-catastrophe après Katrina.

    Selon ces deux observateurs, la décentralisation des pouvoirs aux États-Unis favorise l’inertie actuelle. « Cela cause un grand chaos. Il faudrait centraliser et standardiser les décisions [liées aux nouvelles réalités environnementales] qui ont un impact sur le zonage. En ce moment, ces décisions sont entre les mains de ceux-là mêmes qui n’ont rien à gagner à changer les normes », insiste Paul J. Ferraro, qui juge inouï que des programmes permettent d’obtenir des subventions pour reconstruire en zone inondable. Pis, le gouvernement perpétue cette spirale insensée en payant la surprime d’assurance imposée aux propriétaires de résidences à risque.

    Julie Hernandez croit toute intervention fédérale inespérée, en ces temps « où la logique a déserté la Maison-Blanche ».« Ces événements vont faire couler beaucoup d’encre, mais l’idée même que le gouvernement fédéral impose des normes de construction nationales est de la pure science-fiction ! Mis à part dans les parcs nationaux, il n’y a pas de lois sur les littoraux. Le modèle d’un État-providence qui n’agit qu’en temps de crise est bien ancré. Ce modèle est une incitation à ne pas changer les choses, à ne pas planifier pour l’avenir. »

    Ultimement, la création de villes résilientes coûtera très cher, estime la géographe, qui intervient auprès des populations vulnérables. Des impacts sociaux sont aussi à prévoir. Car le surcoût de nouvelles normes urbaines aura malheureusement un effet direct sur les populations plus pauvres, souvent retranchées dans les « banlieues ethniques » (surnommées ethnoburbs), ces secteurs où les habitations sont moins chères, justement parce qu’elles sont situées dans les zones à haut risque de crues soudaines.

    « Dans tous les cas de figure, ce sont eux qui en paieront le prix et qui devront aller vivre ailleurs, toujours plus loin. »

    #catastrophes #médias #Nouvelle-Orléans #Houston #désastres



  • Google piste vos achats hors ligne avec les cartes bleues
    http://www.numerama.com/politique/262162-google-se-sert-des-cartes-bleues-pour-savoir-si-sa-publicite-se-tra

    Google a développé un système et noué des partenariats afin de savoir si la publicité en ligne provoque un achat en magasin. Pour cela, l’entreprise américaine exploite certaines données de cartes bancaires. Un dispositif qui soulève des interrogations. Ce n’est un mystère pour personne, Google vit quasi-exclusivement de la publicité. Le reste de la structure du chiffre d’affaires (à peine 12 %) de sa maison-mère, Alphabet, provient des revenus liés à Google Play, à Android, à certains smartphones ainsi (...)

    #Alphabet #Google #carte #publicité #marketing

    ##publicité


  • La campagne parallèle de Marion Maréchal-Le Pen - leJDD.fr
    http://www.lejdd.fr/Politique/La-campagne-parallele-de-Marion-Marechal-Le-Pen-857789

    es détracteurs lui reprochent de ne pas arborer à la boutonnière la rose bleue de la campagne. Pis, ils la soupçonnent de ne pas croire à la victoire de sa tante et de préparer la suite, c’est-à-dire le congrès de septembre. « C’est drôle, raconte Olivier Bettati, transfuge de l’UMP, qui siège au conseil régional Paca, elle fait ses tournées à la Chirac, ne refusant jamais un selfie ou une embrassade. Il lui faut toujours des heures pour quitter les fédés. » A Crisolles, elle a levé le camp de la salle des fêtes à minuit passé.

    #PhoneStories #Linfiltré #FN


  • LA CHANSON EN 2003 Radio Campus Lille - Arséne - Atelier du Désir Novateur Mars 2017

    Alain Sourigues est un chantauteur français né en 1962 d’une mère assistante maternelle et d’un père maçon. A l’orée de l’adolescence il perd son frère puis son père à deux ans d’intervalle, évenements qui vont le marquer profondément.
Il découvre fortuitement un disque Georges Brassens sous celui de Plastic Bertrand et voue depuis ce moment là un culte au hasard.
    
Sans influence familiale, il se cultive en écoutant France Culture et Apostrophes. Il travaille d’abord comme facteur pour nourrir sa famille mais depuis qu’il a quinze ans il écrit « de l’humour dans la noirceur » dit-il. Autodidacte il gratte sur sa guitare pour accompagner ses textes. En 1996 il décide de lâcher la Poste pour la chanson et fait paraître son premier album ironiquement intitulé « Dernier album ». Sept ans plus tard, en 2003 il sort son deuxième album, sobrement intitulé "Deux".

    01’53 Marie-Chantal Toupin : Non, je ne regrette rien : Maudit bordel, 2003

    04’52 Alain Sourigues : Comme un grand : Deux, 2004

    08’08 Martine Caplanne : Les mines d’Anzin : L’Anselme à tous vents, 2003

    10’40 Claude Semal : Le merle : Les chaussettes célibataires, 2003
13’46 Loïc Lantoine : Le Manneken Pis : Badaboum, 2003


    
Angel Parra fut un chantauteur chilien né à Valparaíso en 1943, mort en 2017. Sa mère Violeta Parra fut la grande exploratrice du folklore de son pays dont elle sauva la mémoire. C’est avec sa mère qu’Angel apprend à lire, écrire et compter. Enfant de la balle, il parcourt le Chili avec le chapiteau des « Frères Parra ». En 1961, Angel embarque pour l’Europe avec Violeta, sa soeur Isabel et sa nièce Tita, destination Helsinki puis L’Union Soviétique.En 1964 Angel rentre au Chili avec sa soeur et ils créent un lieu « La peña de los Parra », vite rejoints par Victor Jara, Rolandon Alarcon et Patricio Manns. Là s’invente un genre musical qui plus tard sera appelé « La nouvelle chanson latino-américaine », d’autres peñas surgissent partout, des festivals naissent, une maison de disques Dicap (Discoteca del Canto popular) est créée. Salvador Allende est élu président, tout sera écrasé par un coup d’état militaire téléguidé et aidé par Washington en 1973. Angel est emprisonné puis expulsé. En 76 il retourne à Paris où il chronique l’exil, l’assassinat ou la disparition de ses amis. Il revient au Chili après la disparition de la dictature néo-libérale. Angel est décédé le 11 mars 2017.

    17’31 Anne Feeney : Which side are you on ? : Union maid, 2003

    21’15 Angel Parra : Allende presidente : Venceremos, 2003

    26’06 Lhasa : La frontera : The living road, 2003
    
29’05 Enrico Medail : Signora Miseria : Né dio, né padrone, 2003

    La Compagnie Jolie Môme est une compagnie de théâtre politique crée en 1983, son répertoire est basé sur ses propres pièces, celles de Bertolt Brecht, Jacques Prévert etc... Elle est très présente sur le front des luttes sociales : soutien aux grévistes de Mac’Do, aux sans-papiers, aux prisonniers politiques palestiniens.... Elle chante sur scène, dans la rue mais aussi en dîners-spectacles.En 1997 paraît son 1er album éponyme, en 2004 sort son 4ème album "Légitime colère" disque disponibles seulement par vente directe ou lors des concerts, par opposition au système de distribution commercial.

    
32’32 Compagnie Jolie Môme : Son bleu : Légitime colère, 2003
    
36’07 Degadezoo : La lettre : Putain de vent contraire !, 2003

    39’58 Yvon Etienne : L’actionnaire : Que des bonnes nouvelles !, 2003

    42’40 Gérard Pierron : Au Terr’-Neuvas des foins : Carnet de bord, 2003

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    La suite + les liens direct vers de nombreux chanteurs : http://www.campuslille.com/index.php/entry/la-chanson-en-2003

    #Audio #Radio #Radios_Libres #Radio_Campus_Lille #Chanson_Française #2003 #Chansons #Atelier_du_Désir_Novateur

    @Dror@sinehebdo , un complément pour tes étudiant(e)s.

    • BONUS : Derniers ajouts dans notre base de Chansons

      – Michel Blaublomme : Accident de travail
      – Askehoug : Bonjour la solitude
      – Jean-François Casabonne : Faut qu’ça
      – Paul d’Amour : Faut-il que leurs têtes tombent & La vie contente
      – Ayumi Ishihara : La montagne (en japonais), Le soleil et la lune & Amsterdam (en japonais)
      – Schvédranne : Athènes & Haïti
      – SemiBruce : Le blues du banlieusard
      – Géraldine Torrès : Quand on y pense, La Moneda & Vile morale


  • Voiture électrique : Bolloré n’aurait pas installé une seule borne de recharge lefigaro.fr 19/12/2016
    http://www.lefigaro.fr/societes/2016/12/19/20005-20161219ARTFIG00051-voiture-electrique-bollore-n-aurait-pas-installe-

    Le constructeur automobile devait, en théorie, installer 8000 bornes d’ici la fin de cette année. Dans les faits, aucun équipement n’a été mis en place, soutiennent Les Échos.

    Le développement de la voiture électrique dans l’Hexagone semble quelque peu compromis. Chargé d’installer 8000 bornes de rechargement d’ici la fin de l’année, l’industriel Bolloré n’a toujours pas rempli son objectif. Pis, aucun équipement n’a été installé, indiquent Les Échos. Dans les faits, en vertu du plan « 16K » signé entre le constructeur automobile breton et l’État, en 2014, un total de 16.000 bornes électriques devaient être installées, d’ici à 2019, pour un investissement de 150 millions d’euros. Une enveloppe d’un montant équivalent a été mise à disposition des collectivités locales par l’Ademe pour les aider à atteindre cet objectif.

    Problème : le groupe Bolloré « met indirectement en cause la politique de soutien public, qui, via une enveloppe de 150 millions d’euros gérée par l’Ademe, finance le déploiement des bornes engagé par les collectivités locales », indique le quotidien. Les collectivités qui disposent de ce financement n’ont en effet pas d’intérêt particulier à se tourner vers son offre. Pour l’industriel, cette fameuse enveloppe constitue donc une forme de « concurrence indirecte ». Résultat, il envisage de réduire la voilure et de se concentrer sur les villes de plus de 100.000 habitants.
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    #Bolloré #Voiture_Electrique #bornes_électriques