city:rouvray

  • Comment l’exécutif veut reprendre en main la Préfecture de police, cet « Etat dans l’Etat », Elise Vincent, Nicolas Chapuis
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/20/grand-menage-avant-reprise-en-main-a-la-prefecture-de-police_5438680_3224.ht

    Après le limogeage de Michel Delpuech et de deux hauts fonctionnaires, l’exécutif va donner au nouveau préfet mission de réformer l’institution, selon les informations du « Monde ».

    Le projet était dans les tuyaux depuis plusieurs mois et il semble désormais mûr. Alors que la Préfecture de police (PP) est durement percutée par la crise des « #gilets_jaunes », la vague qui a commencé par emporter les hommes pourrait désormais chambouler toute l’institution. L’« échec », selon le mot ministériel, du #maintien_de_l’ordre lors de l’acte XVIII a déjà coûté sa place au préfet, Michel Delpuech, son directeur du cabinet, Pierre Gaudin, et le directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), Frédéric Dupuch. Mais iI pourrait accélérer dans la foulée des changements structurels plus importants au sein de la plus ancienne « maison police » de France créée en 1800 par Bonaparte, qui a toute autorité sur la capitale et la petite couronne.

    Selon nos informations, le nouveau #préfet Didier Lallement, qui doit être installé officiellement dans ses fonctions jeudi 21 mars par Christophe Castaner, doit en effet recevoir une lettre de mission avec deux priorités. La première, confirme le ministère de l’intérieur, sera de mettre en œuvre la doctrine de « fermeté renforcée » de maintien de l’ordre, présentée le 18 mars par le premier ministre.
    La seconde consistera à lancer une vaste réforme de la PP. Un signal qui se veut fort, alors que le sujet est depuis plusieurs années un serpent de mer. M. Lallement a rencontré à ce titre le président de la République, mardi. Il devait voir M. Castaner et son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, mercredi.

    « #Didier_Lallement n’est là que pour ça, réformer la PP, cet Etat dans l’Etat », confirme un préfet qui connaît bien l’homme, souvent considéré comme dur, voire autoritaire. Les changements d’hommes en seraient les prémices. Le départ de M. Dupuch, maillon essentiel de la « chaîne de commandement » incriminée, était ainsi attendu.
    Le choix de se séparer de lui correspond à la lecture que la Place Beauvau a fait des « dysfonctionnements » dans la stratégie du maintien de l’ordre. Le puissant patron de la DSPAP, principale entité au sein de la PP avec quelque 19 000 hommes à son service, est accusé d’être l’auteur de la note interne sur les lanceurs de balles de défense (#LBD), qui aurait incité les troupes à en faire un usage réduit.

    Equipe amputée de membres importants

    Cela faisait en réalité plusieurs semaines que cette direction de la PP, qui gère notamment les #détachements_d’action_rapide, chargés des interpellations pendant les #manifestations, était dans le viseur du ministre de l’intérieur et de son secrétaire d’Etat. La Place Beauvau avait transmis des consignes pour que l’ensemble de la sécurisation des manifestations soit à la main de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC), quand la PP avait opté pour une gestion bicéphale : le cœur de la mobilisation aux troupes de maintien de l’ordre de la DOPC, les abords aux petites unités plus mobiles de la DSPAP.

    Le nouveau préfet va donc devoir procéder rapidement à des nominations, dans un contexte de manifestations hebdomadaires. Ses deux principales directions sont fragilisées par cette crise. La DSPAP a été soudainement décapitée. Quant à la DOPC, elle sort de plusieurs semaines de flottement, après l’arrêt-maladie prolongé de son directeur, Alain Gibelin, finalement relevé de ses fonctions, le 15 mars. Jérôme Foucaud a été nommé en remplacement, lundi 18 mars. Mais il devra lui-même s’appuyer sur une équipe amputée de membres importants depuis l’affaire Benalla.

    Laurent Simonin, le chef d’état-major, ainsi que Maxence Creusat, à la tête de la cellule Synapse – une unité chargée de surveiller les réseaux sociaux qui joue un rôle majeur dans la gestion de la crise des « gilets jaunes » –, ont été mis en examen pour avoir transmis illégalement des images de vidéosurveillance à l’ancien chargé de mission de l’Elysée et ont donc été mutés à d’autres postes.

    « Chantier de transformation en profondeur »

    Quel que soit le jeu de chaises musicales à la PP, il devrait en tout cas être au diapason d’une réflexion profonde, amorcée dès l’automne au ministère de l’intérieur, et plus particulièrement pilotée par Laurent Nuñez, fin connaisseur de l’institution pour avoir été lui-même directeur du cabinet du préfet de 2012 à 2015. Si l’affaire Benalla a pu accélérer cette réflexion, plusieurs interlocuteurs assurent qu’elle était déjà amorcée sous Gérard Collomb. Le calendrier s’est ensuite précisé en décembre 2018, dans le cadre d’un « protocole » avec les #syndicats_policiers.
    Une partie des primes promises lors du premier pic de violences des « gilets jaunes » a en effet été conditionnée à des avancées sur plusieurs sujets « abrasifs », comme les décrit un proche du dossier : les heures supplémentaires, la gestion des cycles horaires et la réforme de la PP. Au cabinet de M. Castaner, on préfère dire que ce protocole a prévu « l’ouverture d’un chantier de transformation en profondeur » auquel les directions de la #gendarmerie et de la #police nationale ainsi que la PP ont été priées de contribuer en faisant des propositions. Le 13 mars, une réunion « d’étape » a en tout cas eu lieu sur le sujet.

    Lisser la chaîne de commandement

    Principal but de cette réforme quoi qu’il en soit : retirer à la Préfecture de police une partie de ses compétences spécifiques, qui lui confèrent une grande indépendance vis-à-vis du pouvoir politique – et de facto une grande puissance –, supprimer les doublons, lisser la chaîne de commandement, et potentiellement faire des économies… Sont principalement dans le viseur les directions chargées de la lutte contre l’immigration irrégulière, la police judiciaire, le renseignement et, dans une moindre mesure, la logistique. A la PP, un service spécifique gère en effet le matériel nécessaire par exemple à l’ordre public (barres-ponts, canons à eau etc.). Il est déjà en phase de dissolution.

    Le sujet sur lequel les discussions seraient les plus avancées, selon certaines sources, est l’#immigration. Il est ainsi envisagé la création d’une grande « direction zonale » rattachée à la #police_aux_frontières (DCPAF). Celle-ci est en effet compétente partout en France, sauf à Paris. « C’est compliqué car de nombreux réseaux internationaux ont leurs ramifications à Paris. La petite couronne concentre par ailleurs les deux tiers de l’immigration irrégulière. Or, les préfectures n’ont pas de police spécialisée sur cette zone où la PP est compétente… », décrypte un bon connaisseur du dossier, qui salue toutefois les « progrès » réalisés sous l’ère Delpuech avec la vague migratoire [sic, ndc] , notamment pour gérer de façon plus « fluide » les placements en #rétention.

    A la PP, l’un des principaux opposants au projet était Frédéric Dupuch, l’un des hauts fonctionnaires écartés mardi. Et pour cause, sa direction, la DSPAP, a aujourd’hui la gestion de l’immigration illégale en lien avec les commissariats de quartier. Le changement dans l’attribution des compétences affaiblirait cette entité prépondérante au sein de la préfecture.

    Une crise préoccupante des vocations

    Un sujet plus épineux actuellement sur la table concerne la #police_judiciaire. A l’instar de la DCPAF, la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) n’a pas compétence, en pratique, sur le territoire parisien, où les troupes du fameux « 36 » règnent en maître. Une situation qui engendre régulièrement une « guerre des polices » sur les belles affaires.
    « Ça ne se parle pas », regrette une source policière. « Dans un contexte d’internationalisation de la délinquance, notamment en matière de stupéfiants, cela pose des problèmes de continuum et pénalise en partie les stratégies nationales », souligne une autre source haut placée. Concrètement est donc aujourd’hui en réflexion un rattachement de la direction régionale de la police judiciaire de Paris à la DCPJ, dans une nouvelle structure zonale qui comprendrait Versailles.

    En matière de #renseignement, la direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) est aussi potentiellement dans le viseur. Les projets à son égard semblent toutefois plus incertains. Depuis toujours, la DRPP défend un modèle « intégré », qui cumule les fonctions de renseignement territorial (ex-RG) et le suivi du « haut du spectre », soit les profils les plus dangereux, notamment en matière de terrorisme. Mais ce modèle doublonne en partie avec la compétence nationale de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), qui s’agace depuis longtemps de cette situation. La circulation de l’information en pâtit régulièrement, comme cela est apparu lors de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), en 2016.
    L’alignement des planètes semble néanmoins idéal aujourd’hui, aux yeux des stratèges du ministère de l’intérieur, pour parvenir à des avancées sur tous ces sujets. Et ce, car la plupart des organisations syndicales apparaissent aujourd’hui enclines à soutenir les réformes. Notamment pour des raisons de ressources humaines et de gestion de carrière. Une crise préoccupante des vocations traverse par exemple la police judiciaire, autrefois service roi. Un rattachement de la PJ parisienne (environ 2 000 personnes) à sa direction centrale, la DCPJ (environ 5 300), permettrait de redonner une respiration aux carrières et d’éviter la fuite des cerveaux en province, estiment certains interlocuteurs.

    « Il ne s’agit surtout pas de tout détruire »

    Tous les spécialistes du sujet soulignent toutefois les risques de ces réformes. En clair, il ne faut pas casser un modèle qui – paradoxalement – fonctionne bien. Grâce à des moyens budgétaires régulièrement abondés, la PP a toujours su survivre aux assauts en développant une réelle efficacité sur son territoire. En matière de renseignement, la compétence de la DRPP sur le « bas du spectre » – souvent négligé par la DGSI – ou les réseaux d’ultradroite ou d’ultragauche n’est par exemple pas questionnée.

    Le problème se pose aujourd’hui à l’envers : alors que les ressources se font rares pour l’Etat, ce sont les directions de tutelle de la PP qui estiment pâtir de sa toute-puissance. Certains plaident même pour inverser le paradigme. « Dans plusieurs domaines, le modèle parisien marche mieux que ce qui se fait ailleurs. Plutôt que de chercher absolument à nous déboulonner, il faudrait regarder comment exporter nos modes de fonctionnement », juge une source haut placée à la préfecture.

    « Il ne s’agit surtout pas de tout détruire », prévient une source au cœur de ces négociations, consciente des spécificités de la capitale. Le but, selon plusieurs interlocuteurs, serait plutôt de ramener le préfet de police de Paris au niveau de ce que sont ses homologues en région : soit des préfets de zone sur lesquels sont « branchés » tous les services nationaux, comme c’est le cas à Marseille.

    « Il faut redonner tout son rôle d’administration centrale » à la PP, résume un proche du dossier, mais sortir de la logique d’« Etat dans l’Etat », qui a aujourd’hui, par exemple, sa propre unité d’élite – la brigade de recherche et d’intervention. Une force qui a toute compétence sur la capitale, les groupes d’intervention de la police nationale et de la gendarmerie, le RAID et le GIGN, étant invités à rester cantonnés derrière le périphérique.

    « Gilets jaunes » : soutenu par l’exécutif, Castaner se sait néanmoins en sursis, Cédric Pietralunga, Nicolas Chapuis
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/20/gilets-jaunes-soutenu-par-l-elysee-et-matignon-castaner-resiste-a-l-offensiv
    Le ministre de l’intérieur est critiqué pour n’avoir pas pu maintenir l’ordre samedi. Mais, pour l’exécutif, le problème a été un « défaut d’exécution » de ses ordres.

    Le pilonnage était attendu. Il a été intense. Accusé d’être responsable de la débâcle policière lors de la dix-huitième journée de mobilisation des « gilets jaunes », qui a vu l’avenue des Champs-Elysées se transformer en champ de bataille, samedi 16 mars, Christophe Castaner a été pris pour cible toute la journée de mardi par l’opposition.

    « Un ministre de l’intérieur digne de ce nom aurait dû déposer sa #démission », a attaqué le président du groupe Les Républicains (LR) à l’Assemblée nationale, Christian Jacob. « J’en ai connu des ministres de l’intérieur de la Ve République, mais celui-là, il va rester au Musée Grévin ! », a ajouté le député (LR) de Paris Claude Goasguen sur LCP.
    Lors de la séance des questions au gouvernement, le ministre a été plusieurs fois interrompu par des « Démission ! » venus des bancs de la droite, auxquels les élus de la majorité ont répondu en applaudissant debout M. Castaner.

    Devant la commission des lois du Sénat, où il avait été convoqué mardi en en fin d’après-midi pour s’expliquer sur les défaillances dans les opérations de maintien de l’ordre à Paris, M. Castaner a également eu droit à une salve de remarques acerbes, résumées d’un trait par Michel Raison, élu (LR) de Haute-Saône : « Quand est-ce que l’autorité de l’Etat sera rétablie ? Parce que le vrai patron, ce n’est pas le préfet de police, c’est le ministre de l’intérieur. »

    Soutien unanime de l’exécutif

    Sous le déluge, l’ancien maire socialiste de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) ne s’est pourtant pas dérobé, répondant à chaque interpellation. Le ministre peut se targuer il est vrai d’un soutien unanime de l’exécutif.
    Depuis dimanche, c’est le même mot d’ordre qui est répété : il faut sauver le soldat Castaner. « C’est un bon ministre de l’intérieur, il est en première ligne depuis le début et il se montre solide. S’il a pris un coup au casque, il a du coffre et les épaules pour tenir. Il y a un pilote à Beauvau et cela se voit », rassure-t-on ainsi à Matignon. Selon son entourage, le chef du gouvernement, Edouard Philippe, s’est entretenu à plusieurs reprises depuis samedi avec son ministre, dont il est devenu proche malgré leurs parcours politiques opposés, pour lui dire son soutien.

    Sur le fond, c’est le même argument qui est martelé : le ministre de l’intérieur n’est pas en cause dans les défaillances constatées samedi. « Il y a eu un défaut d’exécution », assure-t-on au sommet de l’Etat. Comprendre : la hiérarchie policière n’a pas obéi aux ordres du ministère de l’intérieur.

    « Les consignes que j’avais passées n’ont pas été appliquées », a lui-même plaidé M. Castaner, mardi matin sur France Inter. C’est pour cette raison que le préfet de police de Paris, Michel Delpuech, a été limogé. « Le ministre de l’intérieur est responsable politiquement, le préfet est responsable opérationnellement. Il ne faut pas mélanger les choses, sans quoi nous devrions changer de ministre tous les deux mois », plaide un conseiller.

    En sursis

    Au sein de la maison police, personne ne réclame d’ailleurs le départ de ce fidèle d’Emmanuel Macron. « Quel intérêt on aurait à changer de ministre de l’intérieur ? Aucun ! Il commence à appréhender son poste. A l’heure qu’il est, on a, avec Laurent Nuñez [secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’intérieur], un binôme qui fonctionne bien, il ne faut pas y toucher », tranche Yves Lefebvre, secrétaire général d’Unité SGP Police-FO, le premier syndicat au sein du ministère.

    Les nombreux déplacements de terrain de Christophe Castaner sont plutôt appréciés des fonctionnaires. Tout comme le soutien indéfectible aux forces de l’ordre affiché par la Place Beauvau, au plus fort de la tempête sur les violences policières et l’usage trop généreux des lanceurs de balles de défense (LBD).

    Les organisations syndicales n’oublient pas non plus que c’est Christophe Castaner qui a conclu un protocole d’accord en décembre 2018, prévoyant des augmentations de salaire substantielles pour les gardiens de la paix, au terme d’une discussion marathon de huit heures. Le ministre avait sollicité un arbitrage de l’exécutif et obtenu gain de cause. Quant à ses incartades lors d’une soirée dans un restaurant, révélées par la presse people, elles font sourire les troupes plus qu’autre chose. « L’épisode ne l’a pas affaibli », assure-t-on à Matignon, où l’on revendique de former « un pack » autour du ministre.

    Dans les rangs de la police, on ne se fait surtout aucune illusion sur les effets de la politique du fusible. « Depuis 2016, on a eu cinq ministres qui se sont succédé, parfois pour quelques semaines seulement, rappelle une source policière haut placée. Dès que quelque chose ne va pas dans le pays, on veut tout bouleverser à Beauvau, comme si le changement d’homme allait régler tous les problèmes. »
    S’il n’est pas menacé à court terme, Christophe Castaner se sait néanmoins en sursis. Que de nouvelles émeutes éclatent lors d’une prochaine manifestation des « gilets jaunes », ou que des affrontements se terminent par des blessés graves voire des morts, et le ministre de l’intérieur n’aurait d’autre solution que de partir à son tour. « Ce serait le seul moyen de protéger le président et ce serait son rôle », concède un parlementaire de la majorité.

    • Dispositif Sentinelle mobilisé dans le cadre des manifestations, AFP

      Le porte-parole du gouvernement annonce que le dispositif #Sentinelle sera mobilisé de manière « renforcée » samedi dans le cadre des manifestations des « gilets jaunes » afin de protéger des bâtiments officiels et autres « points fixes »

      Les militaires de Sentinelle seront mobilisés pour l’acte XIX des « gilets jaunes »
      https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2019/03/20/les-militaires-de-sentinelle-seront-mobilises-pour-l-acte-xix-des-gilets-jau

      Emmanuel Macron a dit « ce matin [qu’il y aurait] une mobilisation renforcée du dispositif Sentinelle pour sécuriser les points fixes et statiques », a-t-il précisé lors du compte rendu du conseil des ministres à l’Elysée. L’objectif est de « permettre aux forces de l’ordre » de se « concentrer sur les mouvements et le maintien et le rétablissement de l’ordre ». « Nous ne pouvons pas laisser une infime minorité violente abîmer notre pays et détériorer l’image de la France à l’étranger », a-t-il ajouté. Les prochains jours seront donc décisifs. »

      Nouveau dispositif
      Manifestations interdites sur les Champs-Elysées et dans certains quartiers des grandes villes en cas de présence d’« ultras », préfet de police de Paris remplacé, contraventions alourdies : le premier ministre Edouard Philippe a annoncé dès lundi une batterie de mesures pour répondre aux violences ayant émaillé la dernière manifestation des « gilets jaunes », samedi 16 mars à Paris.
      Au-delà de Sentinelle, des brigades anticasseurs seront déployées samedi sur le terrain, des #drones et des « produits avec des #marquages indélébiles » permettant de « tracer » les casseurs vont également être mobilisés. « Des individus ont décidé de casser la démocratie, de s’en prendre à la République et à ses symboles », a déclaré Benjamin Griveaux. « Ce ne sont donc plus des manifestants à qui nous avons affaire mais des émeutiers. Les manifestants défendent une cause, à côté de ceux-là il y a des #émeutiers qui sont simplement mus par la haine. »

      L’opération Sentinelle représente une mobilisation sans précédent de l’armée sur le territoire national depuis la guerre d’Algérie. Des chiffres de 2017 faisaient état de 7 000 militaires déployés en permanence – pour moitié en région parisienne – depuis les attentats de janvier 2015 à Paris.


      https://www.lesinrocks.com/2019/03/19/actualite/le-gouvernement-veut-renforcer-le-maintien-de-lordre-meme-si-un-black-bl
      #interdictions_de_manifester #militarisation #violence_d'État

    • L’utilisation de militaires pour assurer la sécurité (statique) de lieux de pouvoir a été prônée dès décembre dernier par des syndicats policiers. Il s’agit selon ces syndicats, et désormais pour le gouvernement, de privilégier l’emploi des forces de police et de MDO pour des actions requérant de la mobilité, et destinées à alimenter la chaîne judiciaire. Il s’agit aussi de résorber la disproportion entre les délits ou dégâts constatés et les condamnations (tous ces gardés à vue libérés, tous ces condamnés trop ordinaires pour être considérés comme des prototypes de « casseurs »).


      #cogestion #justice

    • Les contraventions pour participation à une manifestation interdite passent de 38 à 135 euros, AFP
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/03/21/les-contraventions-pour-participation-a-une-manifestation-interdite-passent-

      Il en coûtera désormais plus cher de participer à une manifestation interdite. Les contraventions encourues sont passées de 38 à 135 euros, à la suite de la publication d’un décret jeudi 21 mars au Journal officiel.
      « Le fait de participer à une manifestation sur la voie publique interdite sur le fondement des dispositions de l’article L. 211-4 du code de la sécurité intérieure est puni de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe », dit le texte.
      Cette mesure avait été annoncée lundi par le premier ministre, Edouard Philippe, à la suite des violences, sur les Champs-Elysées notamment, lors de l’acte XVIII des « gilets jaunes ». Ces dernières semaines, les protestataires étaient revenus à leurs méthodes initiales et avaient préféré ne pas déclarer leurs rassemblements à Paris.

      Manifestations interdites à Paris, Bordeaux ou Nice

      Le gouvernement a donc décidé de hausser le ton. Lundi, le premier ministre a également annoncé l’#interdiction_de_manifester « chaque fois qu’il le faudra », dans les quartiers « les plus touchés », « dès lors que nous aurons connaissance d’éléments “ultras” et de leur volonté de casser », en citant les Champs-Elysées, à Paris, les places du Capitole, à Toulouse, et Pey-Berland, à Bordeaux. En cas de manifestation, « nous procéderons à la dispersion immédiate de tous les attroupements », a-t-il prévenu, tout en annonçant en même temps une « réorganisation du maintien de l’ordre ».

      A la demande du maire de Nice, Christian Estrosi, le gouvernement compte également interdire les manifestations des « gilets jaunes » dans un « périmètre défini » samedi dans la ville azuréenne. Pour l’acte XIX, prévu samedi, plusieurs « appels nationaux », ont été lancés sur les réseaux sociaux pour des rassemblements à Nice, mais aussi à Toulouse et à Montpellier.

      Impunité zéro
      Deux jours avant cette nouvelle journée de mobilisation, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a intronisé jeudi le nouveau préfet de police de Paris, Didier Lallement. Ce dernier a succédé à Michel Delpuech, qui a été débarqué par le gouvernement après les violences du week-end dernier. « Votre première mission, évidemment, sera de maintenir l’ordre public dans la capitale », a prévenu M. Castaner, a destination du nouveau préfet.

      « Je vous demande de faire en sorte que la doctrine du maintien de l’ordre, telle que nous l’avons redéfinie entre le 1er et le 8 décembre (actes III et IV des « gilets jaunes » ), soit effectivement et résolument mise en œuvre, sans hésitation ni demi-mesure » , a développé le ministre, réclamant « qu’elle soit effective dès samedi » .
      « Samedi, sur les Champs-Elysées, il n’y avait pas de manifestants, il n’y avait que des haineux, des ultras, des factieux, des gens venus pour casser, pour détruire, pour agresser, car on ne peut pas se prétendre simple spectateur de ceux qui défigurent Paris, de ceux qui balafrent la France. »

      #sous_peine-d'amendes

    • Lallement, le nouveau préfet qui fait flipper les flics, Willy Le Devin , Ismaël Halissat et Eva Fonteneau, correspondante à Bordeaux — 23 mars 2019
      https://www.liberation.fr/amphtml/france/2019/03/23/lallement-le-nouveau-prefet-qui-fait-flipper-les-flics_1716932

      A Paris, après le limogeage de Michel Delpuech, jugé trop laxiste, son successeur est entré en fonction jeudi. Qualifié de « fou furieux » par certains collègues, il devrait appliquer une stratégie de fermeté lors de l’« acte XIX » des gilets jaunes.

      Des cris de joie déchirent les couloirs feutrés de la préfecture de Bordeaux. Lundi, deux jours après le saccage des Champs-Elysées par les gilets jaunes, les fonctionnaires girondins sont heureux. Ils viennent de l’apprendre, leur patron depuis 2015, Didier Lallement, est nommé à la tête de la préfecture de police de Paris, en remplacement de Michel Delpuech, limogé par l’exécutif car jugé trop laxiste. Ses collaborateurs bordelais en sont convaincus : si la ville a besoin d’un homme de fer, avec lui, elle sera servie. Agé de 62 ans, l’homme traîne en effet une réputation de préfet impitoyable. Le mot pourrait être fort s’il n’avait pas été prononcé spontanément par plusieurs de nos sources ayant croisé sa route par le passé. « Il est très cassant avec les gens, très blessant. On n’avait jamais vu ça, raconte une ex-collègue. Il est froid dans son management, mais assume totalement. Avec lui, c’est la politique de la #terreur. Il ne respecte que ceux qui, de temps à autre, osent lui tenir tête. » « Didier Lallement ? Il est fou comme un lapin, abonde un préfet actuellement en poste. C’est la rigidité faite homme. Il peut ne jamais vous dire bonjour, ça ne le dérange pas. De ce fait, il me semble très éloigné des caractéristiques que l’on exige d’un préfet, à savoir d’être rond. Si le gouvernement l’a choisi, c’est clairement pour une reprise en main musclée de la préfecture de police. »

      « La main de Clemenceau »

      Avec Didier Lallement, le gouvernement poursuit deux objectifs. Un de très court terme : rétablir l’ordre dans la capitale dès ce samedi, pour l’« acte XIX » des gilets jaunes. Par la suite, il s’agira de réformer l’institution créée en 1800 par Napoléon, qualifiée « d’Etat dans l’Etat » pour ses pouvoirs et son autonomie gargantuesques. En effet, la préfecture de Paris possède sa propre police judiciaire, le prestigieux « 36 », son service de renseignement (DRPP), chargé au même titre que la DGSI de la lutte antiterroriste, ainsi qu’une compétence sur la lutte contre l’immigration illégale. Un train de vie jugé luxueux en ces temps de rigueur budgétaire. Jeudi, lors de l’intronisation du nouveau préfet sur l’île de la Cité, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, n’y est pas allé de main morte au moment de dresser la feuille de route du nouveau maître des lieux : « Didier Lallement, votre modèle est Georges Clemenceau. La main de Clemenceau n’a jamais tremblé quand il s’agissait de se battre pour la France, la vôtre ne devra pas trembler non plus devant les réformes que vous devrez mener. »

      Pour ce qui concerne le maintien de l’ordre, la place Beauvau entend renforcer une doctrine d’ultrafermeté. Christophe Castaner, ainsi que son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, n’ont en effet que très modérément goûté une note émanant du directeur de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), Frédéric Dupuch, appelant à un usage modéré des lanceurs de balles de défense (LBD 40). Les deux ministres attendent donc de Didier Lallement qu’il applique la stratégie « de mobilité et d’interpellations », élaborée après les heurts très violents du 1er décembre. Le risque ? Générer un nombre très important de blessures voire de mutilations chez les manifestants, via un recours débridé aux armes les plus controversées du maintien de l’ordre, comme les LBD 40 bien sûr, mais aussi les différents types de grenades (celles dites de désencerclement ou les GLI-F4 composées de TNT). A Bordeaux, les affrontements entre les forces de l’ordre et les gilets jaunes ont d’ailleurs été très violents ces derniers mois. Deux personnes ont eu la main arrachée et plusieurs autres ont été sérieusement blessées par des tirs de LBD 40. Le 2 mars, c’est le député LFI Loïc Prud’homme qui a dénoncé les coups de matraque dont il a été victime en quittant pacifiquement un cortège des gilets jaunes. Une pétition a été lancée pour réclamer la tête du préfet. Lundi, Prud’homme a accueilli ainsi l’arrivée de Lallement à la tête de la préfecture de police de

      « Le graal »

      C’est là l’immense paradoxe de cette nomination. Bien que très expérimenté, –il a été préfet de l’Aisne, de la Saône-et-Loire et du Calvados–, Lallement n’a rien d’un spécialiste de l’ordre public. « C’est un préfet fou furieux, hoquette un ancien directeur central de la sécurité publique. Il a les dents qui rayent le parquet depuis toujours. En 2012, il voulait déjà avoir la mainmise sur la police et la gendarmerie à l’époque où il était secrétaire général du ministère de l’Intérieur [#Valls, ndlr].Il a toujours voulu faire de la police opérationnelle, jusque-là il était tenu à l’écart avec une perche. » Prendre la tête de la préfecture de police de Paris, Didier Lallement y pensait donc depuis longtemps. « C’était son rêve absolu, il vient de toucher le graal », confie un proche. Didier Leschi [un ex-gaucho passé au "souverainisme", ndc] , aujourd’hui directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration tempère le portrait apocalyptique fait de son compère issu, comme lui, du « #chevènementisme » : « C’est un excellent technicien, à la grande rigueur intellectuelle. Au plan administratif, il est plutôt réformateur. Son passage à la tête de l’#administration_pénitentiaire [où il fut le créateur des équipes régionales d’intervention et de sécurité –unité d’élite, (selon Ration, laudatif avec ces brutes chargé de réprimer les prisonniers, ndc) ] a été salué par les syndicats [ de matons ! ndc] , ce qui est suffisamment rare pour être souligné. » Le sénateur PS Jean-Pierre Sueur, qui a travaillé avec Lallement il y a bientôt trente ans au secrétariat d’Etat aux collectivités locales, confirme la grande valeur de ce haut-fonctionnaire, au parcours iconoclaste : « Lallement ne vient pas du sérail, il n’a pas fait l’ENA. Il est très sérieux, rigoureux et travailleur. Mais c’est vrai que dans l’exercice de l’autorité, il est très cash. »

      L’ex-préfet de la Nouvelle-Aquitaine laisse par exemple un souvenir âcre aux élus locaux du bassin d’Arcachon, à qui il a contesté sans merci le plan de l’urbanisme. « C’est le seul mec qui a eu les couilles de se prendre les lobbys de l’immobilier en frontal pour les obliger à respecter l’environnement et le domaine public maritime », rapporte un journaliste. Revanchard, l’un des maires contrariés a adressé un courrier au lance-flammes à Macron, accusant ni plus ni moins le haut fonctionnaire « d’abus de pouvoir ». Mais #Didier_Lallement ne craint rien ni personne. Le jour de son arrivée en Gironde, il avait baptisé ainsi son nouveau personnel : « Vous pensez connaître ma réputation ? Elle est en deçà de la réalité. »

      Lallement"...bientôt être entendu dans le cadre de l’enquête sur les #soupçons de #favoritisme qui pèsent sur les marchés de la #Société_du_Grand_Paris. https://seenthis.net/messages/768523


  • Qui cache son fou, meurt sans voix
    https://la-bas.org/5259

    La folie fait peur, la folie du fou, la folie de l’autre, mais aussi la folie du fou qu’on a en nous. En #France, douze millions de personnes sont touchées chaque année par une maladie mentale. Un français sur cinq. Rien que la dépression affecte 2,5 millions d’entre nous. Or dans les hôpitaux, à Rouvray, à Amiens, comme ailleurs la machine gestionnaire a pris le pouvoir, la situation se dégrade autant pour les patients que pour les familles et les soignants. Jusqu’où ?Continuer la lecture…

    #Radio #Santé
    https://la-bas.org/audio.api/free/aW5sYnM6Ly9mb2xkZXItNDI0MTkvbXAzLTQ3Ni80NDAwMC1leHRyYWl0X2FudG9uaW5fYXJ0YXVkLm1wMw==/44000-extrait_antonin_artaud.mp3


    • Ils avaient promis, fin juin, de « ne pas relâcher la vigilance ». Malgré l’arrivée au 1er octobre, comme prévu, de 11 des 30 postes gagnés, les syndicats du Rouvray sont méfiants… Délégué CGT, Sébastien Ascoet cible le président de la Commission médicale d’établissement (CME) et la directrice des soins : « Ils naviguent à contre-courant. » Trois jours avant de signer du protocole de sortie de crise, les syndicats voulaient le départ de cette dernière.

      En cause, l’application mise à mal d’un point du protocole. Il a été convenu, en juin, que la mobilité des agents depuis l’hôpital psychiatrique vers les services de jour, en externe, serait gelée jusqu’à fin 2018. Ce point a pour objectif de poser « une photographie des effectifs », explique le délégué CFDT Jean-Yves Herment, « pour voir où sont les besoins ». Depuis août, six réunions ont été faites avec la directrice des ressources humaines en ce sens.

      « Nous avons avec elle un dialogue social de qualité », assurent les syndicats. Une nouvelle réunion aura lieu jeudi 20 septembre à 14h, avant laquelle la direction refuse de s’exprimer, même si l’on ignore si elle s’y rendra. Selon les syndicats leur travail – confié dans le cadre du protocole – est rendu impossible par le non gel de la mobilité.

      Interrogée sur son suivi du protocole, l’Agence régionale de santé (ARS) rappelle être « intervenue en appui de la direction afin d’identifier des points de sortie de crise », mais dit n’être en contact avec la direction du Rouvray que « dans le cadre du droit commun des relations entretenues avec les gouvernances de tous les hôpitaux ». Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu à nos sollicitations.

      Au moins six agents auraient donc été envoyés vers des structures externes. Conséquence directe, la dernière réunion du mois de septembre n’a pas permis d’avancer, faute de chiffres stables. Pas de doute pour l’intersyndicale, les deux dirigeants pré-cités « font partir des agents en externe pour nous court-circuiter, pour qu’on se plante », dit Jean-Yves Herment.

      Résultat, il y a moins d’agents pour accueillir les patients, menant les unités à la sur-occupation. Selon un chiffre que la direction de l’hôpital n’a pas voulu confirmer, le taux d’occupation était de 107 % à la mi-septembre. En mars, la sur-occupation chronique de l’hôpital avait enclenché la grève. « Dès que nous avons relâché la pression ou que nous avons été en congés, début juillet, c’est reparti pire qu’avant », pose Sébastien Ascoet :

      Il n’y a plus de lits, donc on ouvre les chambres d’isolement avec un lit au sol et un seau. On laisse la porte ouverte mais on ne peut pas tout surveiller, on a pu enfermer des gens la nuit."

      #psychiatrie #CH_du_Rouvray #hôpital_psychiatrique


  • Ces droits communs pris dans les filets antiterroristes : « Mon client me dit toujours : "Ce costume est trop grand pour moi !" » - Libération
    http://www.liberation.fr/france/2018/07/31/ces-droits-communs-pris-dans-les-filets-antiterroristes-mon-client-me-dit

    Dans les dossiers terroristes, combien de mis en cause ont une implication secondaire ? Si l’approche chiffrée est délicate, « Libé » a recensé quelques cas emblématiques dans les affaires les plus récentes, de Charlie à l’attentat de Nice.

    Dans les dossiers terroristes, combien de mis en cause relèvent en réalité du simple droit commun, et se voient appliquer des règles réservées aux détenus les plus dangereux ? L’approche chiffrée est délicate, tant l’appréciation relève du contenu même des investigations. Et évidemment de l’avis des magistrats instructeurs. Toutefois, Libération a pu recenser quelques cas emblématiques, ressemblant en tout point à la sombre destinée carcérale d’Aleksander H. : absence de radicalisation, implication très périphérique dans les projets terroristes, mais traitement tout aussi sévère que les auteurs directs, tant au plan des poursuites pénales que du régime de détention. « Effectivement, la justice antiterroriste semble souvent peu encline à distinguer les profils, observe l’avocate Clémence Witt. A fortiori dans les dossiers médiatiques, où sortir un client de prison, même quand il présente des garanties, tient du sacerdoce. La plupart du temps, la détention provisoire est prolongée artificiellement pour satisfaire le besoin de fermeté insatiable de l’opinion publique. »

    « Justice irrationnelle »

    En ceci, l’instruction sur l’attentat de #Nice – 86 morts et 458 blessés le 14 Juillet 2016 sur la promenade des Anglais – est éloquente. Les investigations distinguent en effet nettement deux cercles parmi les complices présumés du tueur, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Celui des proches radicalisés et celui de ceux ayant contribué à la fourniture des armes. Parmi ces derniers, plusieurs membres de la diaspora albanaise des Alpes-Maritimes, ainsi que des petits délinquants. Brahim T. en fait partie. Comme Aleksander H. (Libé du 1er août), il a été incarcéré lors du coup de filet de décembre 2016 pour des faits mineurs. Et comme Aleksander H., il n’a rien à voir, de près ou de loin, avec l’Etat islamique. Concrètement, la justice lui reproche à lui aussi d’avoir participé indirectement à la fourniture d’un pistolet, en mettant en relation deux maillons de la chaîne de revente via ses réseaux de cocaïne.

    Pourtant, un an et demi après son arrestation, Brahim T. est toujours en détention, à la maison d’arrêt de Nanterre. Son état psychologique se dégrade et son corps est couvert par les piqûres d’insectes. « Dans ces dossiers, on a parfois l’impression de faire face à une justice irrationnelle. On attend d’un système aussi élaboré que le nôtre qu’il individualise et fasse bien la part des choses entre les personnes poursuivies. Au lieu de ça, on se heurte à des décisions de maintien en détention quasi automatiques, à revers du contenu des enquêtes, invoquant invariablement les risques de fuite et le trouble à l’ordre public. C’est au mieux décourageant, au pire révoltant », regrette l’avocate de Brahim T., Margot Pugliese.

    Le dossier des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher comporte la même équation. Les terroristes étant tous morts – les frères Kouachi pour le journal satirique, Amedy Coulibaly pour le magasin situé à la porte de Vincennes –, une quinzaine de complices présumés demeurent poursuivis. Comme pour l’attentat de Nice, les enquêteurs se sont essentiellement concentrés sur la chaîne d’approvisionnement des armes, les commanditaires demeurant mystérieux. Si certains mis en cause sont très impliqués dans cette logistique, d’autres le sont à l’évidence moins, et ne connaissaient pas les terroristes. Pourtant, la majeure partie est toujours en détention provisoire, plus de trois ans et demi après les faits. Leurs différents conseils craignent qu’ils y restent jusqu’au procès, au nom d’un principe de précaution qui ne dit pas son nom.

    « Petit voyou »

    « On se heurte à une question de politique pénale. Le sort de ces individus-là entre en opposition avec le principe fondamental de la personnalisation », abonde l’avocate Léa Dordilly, dont l’un des clients, Mohamed A., est soupçonné d’avoir fourni un pistolet à grenaille à l’auteur de l’attaque d’une militaire à Orly, le 18 mars 2017. Plus précisément, l’homme de 32 ans a conservé à son domicile, durant quelques jours, l’arme de Ziyed Ben Belgacem avec lequel il avait été mis en relation via un ami. Depuis, Mohamed A. est toujours en détention provisoire – une mesure qui, en matière criminelle, ne peut excéder un an, sans être réexaminée tous les six mois. Si le trentenaire possède à son casier judiciaire moult mentions, du délit routier aux stups, celui que ses proches décrivent comme un « petit voyou » totalement désintéressé de la religion n’a rien d’un terroriste. Les premiers éléments de l’instruction ont montré que le mis en cause n’était pas radicalisé, n’avait ni de lien avec l’Etat islamique ni de contact fiché S. Et encore moins de connaissance préalable du projet terroriste de Ziyed Ben Belgacem, ancien braqueur au profil trouble dont l’attaque a été qualifiée de « fuite en avant » par François Molins.

    « Mon client me dit toujours : "Ce costume est trop grand pour moi !" » poursuit Me Dordilly, qui a demandé en mars dernier un placement sous surveillance électronique assorti d’une assignation à résidence. Invoquant le risque de troubles à l’ordre public et de réitération des faits, la chambre de l’instruction a refusé cette libération conditionnelle. « On m’oppose aussi les nécessités de l’instruction, alors même qu’il n’a pas été entendu pendant une année entière », déplore le conseil. Depuis la prolongation de sa détention, Mohamed A. a maigri et peine à se projeter vers l’avenir… Dans son rapport 2015-2016, la commission de suivi de la détention provisoire, s’interrogeant sur les conséquences du contexte des attentats et de l’état d’urgence sur les pratiques judiciaires, notait : « L’idéologie du principe de précaution, de l’aversion au risque et du "zéro défaut" vient forcément colorer l’exercice du juge, de plus en plus tétanisé par les dénonciations en laxisme et en irresponsabilité : on ne saurait dès lors s’étonner de la raréfaction des mesures de remise en liberté et de la répugnance à recourir aux mesures alternatives à la détention. »

    « Démarches d’insertion »

    Sur cette question, le cas d’Adel #Kermiche est sans doute le plus emblématique. L’homme de 19 ans était sous contrôle judiciaire lorsqu’il a tué, avec Abdel-Malik Petitjean, le père Jacques Hamel en pleine messe dominicale à l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016. Incarcéré à Fleury-Mérogis au printemps 2015 après une deuxième tentative de départ en Syrie, il faisait l’objet depuis quelques mois d’une libération conditionnelle assortie d’un placement sous bracelet électronique. Dans son ordonnance, dont le Monde avait dévoilé des extraits, la juge d’instruction motivait sa décision par le fait qu’Adel Kermiche disait avoir « pris conscience de ses erreurs » et se montrait « déterminé à entamer des démarches d’insertion ». Loin d’être convaincu, le parquet antiterroriste avait alors fait appel, mais la chambre de l’instruction n’avait pas suivi.

    A posteriori, la décision n’avait pas manqué de susciter l’ire de l’opinion publique et de certains politiques. « Question : que ressent la juge qui a ordonné – contre l’avis du parquet – la remise en liberté d’Adel Kermiche, le bourreau du père Jacques ? » avait tweeté Roselyne Bachelot, parmi d’autres. L’événement a-t-il suscité une certaine réticence chez les magistrats quant à remettre en liberté des profils impliqués, même à des niveaux périphériques, dans des dossiers terroristes ? Ou incité à jouer la carte de la prudence, en allongeant plus systématiquement la détention provisoire ? Si le cas Kermiche « a secoué » la galerie Saint-Eloi, « on essaie toujours d’individualiser les problématiques », assure un juge antiterroriste, qui précise : « Nous passons notre vie avec eux ! Nous menons des heures d’interrogatoires, qui donnent lieu à des échanges très aboutis. Ce sont des indications qui nous permettent d’apprécier chaque cas. Sur des faits d’attentats, d’une gravité particulière, il est absolument essentiel que tout l’environnement des auteurs présumés soit mis en évidence. Cette problématique du personnage périphérique va être remise en question au gré des investigations. C’est le principe même de l’instruction : on cherche. A charge ou à décharge. Si on s’aperçoit qu’il n’y a pas d’élément objectif, on peut retomber dans une qualification de droit commun. »

    Sorte de Jawad Bendaoud

    « Le prévenu se trouve pris dans les mailles d’un filet global qui ne recherche pas la responsabilité pénale individuelle », considère à l’inverse l’avocat Patrick Baudouin, pour qui la logique pénale actuelle, forte d’un puissant arsenal législatif antiterroriste, ne permet que très peu d’échapper à un traitement judiciaire indifférencié. Mais l’affaire ne serait pas nouvelle. Le président d’honneur de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) juge que « le vers est dans le fruit » depuis l’introduction dans le code pénal, en 1996, de la notion d’« association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste », l’AMT. « Une incrimination fourre-tout permettant d’emblée de mettre en examen très facilement et en bloc. »

    En 2004, le conseil avait défendu Samir Korchi, un Marocain soupçonné d’avoir apporté un soutien logistique indirect à des terroristes : il avait hébergé dans sa chambre de bonne des Algériens et des Tchétchènes fomentant un projet d’attentat (déjoué) contre la cathédrale de Strasbourg. L’homme de 30 ans avait été condamné à quatre ans de prison. « En terme intentionnel, c’était extrêmement discutable », se souvient Patrick Baudouin (FIDH). Une sorte de Jawad Bendaoud anté-13 Novembre ? « La logique est similaire, le tort est le même : celui d’avoir hébergé des terroristes. » Mais le médiatique « logeur de Daech » a été relaxé, lui. « C’est très rare, surtout dans une affaire de cette importance », souligne Patrick Baudouin. Le trentenaire ayant d’abord fait l’objet d’une mise en examen pour « AMT », avait vu celle-ci requalifiée en « recel de malfaiteurs ».

    Traitement rude

    Toujours est-il qu’en attendant d’être jugés, les mis en examen pour « AMT » font l’objet d’un traitement particulièrement rude en détention. Fouilles à corps abusives, fouilles de cellule fréquentes, absence d’activités ou de promenade… « On constate que les détenus impliqués dans des affaires de terrorisme ou suspectés de radicalisation font souvent l’objet d’une restriction de l’accès au travail ou à une formation professionnelle », rapporte la contrôleure générale des lieux de privation et de liberté (CGPL), Adeline Hazan, qui a d’ailleurs saisi le directeur de l’administration pénitentiaire en décembre 2017 après que des « consignes générales » visant ce type de détenus ont été émises à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Or, rappelle Adeline Hazan, « tous les détenus qui le demandent devraient avoir accès à un travail ». Mais dans les faits, c’est plus compliqué : la décision revient à une commission pluridisciplinaire unique. « Il y a forcément une forme d’arbitraire », s’inquiète la CGPL qui dit rester « hypervigilante » : « Il faut veiller à respecter un équilibre entre les droits fondamentaux et les impératifs de sécurité. Encore plus dans ces dossiers. »
    Chloé Pilorget-Rezzouk

    #terrorisme #prison #justice


  • L’hôpital psychiatrique Pinel à Amiens en grève depuis plus de 2 mois - France 3 Hauts-de-France
    https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/somme/amiens/hopital-psychiatrique-pinel-amiens-greve-plus-2-mois-15

    Depuis le 15 juin, environ 20% du personnel de l’établissement psychiatrique sont en grève. Et depuis l’expulsion des locaux de l’ARS mi-juillet, ils campent devant les grilles de l’hôpital. Ils assurent des tours de garde. « C’est un peu calqué sur notre organisation de travail. Il y a une équipe du matin, une équipe de jour et une équipe de nuit ! La nuit, on est au minimum 5. Mais on a été jusqu’à 12 », compte Emmanuel.
     
    Grévistes au travail

    Et entre deux, ils vont travailler, réquisitionnés pour certains par la Direction. « On se plaint de ne pas être assez, ce n’est pas pour laisser nos collègues dans des conditions pires, justifie Emilie. Alors on va bosser tout en se déclarant gréviste. On vient aussi sur nos heures de repos et nos congés ».

    Le mouvement est parti spontanément parmi les agents hospitaliers. La plupart n’est pas syndiquée. « Évidemment, les syndicats nous ont aidé pour la logistique et pour le préavis de grève, reconnaît-on sur place. Mais leur intervention s’arrête là ».

    Et depuis 2 mois, leurs revendication n’ont pas changé. Pas de hausse de salaire, ni de prime. Juste plus de personnel pour de meilleures conditions de travail et une prise en charge plus humaine des patients. « Dans mon service, nous sommes deux pour 25 patients. Parmi eux, certains ont besoin de se retrouver dans l’une des deux chambres d’isolement, explique Emmanuel. Ces patients-là demandent beaucoup de temps de prise en charge. Et pour s’en occuper, on doit être deux. Pendant ce temps, les autres patients sont livrés à eux-mêmes. »

    #psychiatrie #hôpital #grève #austérité

    • Dans les hôpitaux psychiatriques, les soignants dénoncent une situation « critique », François Béguin
      https://lemonde.fr/sante/article/2018/08/18/dans-les-hopitaux-psychiatriques-les-soignants-denoncent-une-situation-criti

      A Paris, le chef de service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré tire la sonnette d’alarme. A Amiens, la grève se poursuit depuis juin.

      La psychiatrie publique n’en finit pas de craquer. A Paris, Richard Delorme, le chef de service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert-Debré, un établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) situé dans le nord-est de la capitale, a adressé le 6 juillet une lettre à la direction de l’établissement pour l’avertir de la situation devenue « critique » pour les personnels mais « plus encore » pour les patients et leurs familles.

      Dans ce courrier, dont Le Monde a eu connaissance, le médecin fait valoir que plus d’un tiers (37 %) des effectifs infirmiers de son service sont en arrêt maladie ou en accident du travail, soit 7 personnes sur 19, ce qui entraîne une « désorganisation des plannings » et aggrave « la fatigue des équipes ». Ces derniers mois, celles-ci ont dû faire face à un accroissement du nombre de patients « complexes et violents » et, de ce fait, à une « augmentation significative » du nombre d’agressions (64 signalements en un semestre).

      Lire aussi : Les centres médico-psychologiques débordés

      Alors qu’en dix ans le nombre de passages en première consultation d’orientation, dans ce service, a « quasiment quadruplé » (de 600 à 2 300), tout comme celui aux urgences pédiatriques pour motif pédopsychiatrique (de 400 à 1 500), Richard Delorme déplore la pénurie de lits d’hospitalisation en Ile-de-France pour faire face à ces situations urgentes, « l’incapacité, voire le refus de plus en plus fréquent » des services de pédiatrie hospitaliers de prendre en charge des patients pour des indications pédiatriques, ou encore « l’insuffisance » du réseau de consultation psychiatrique dans la région.

      Même si les mobilisations ont baissé en intensité au cœur de l’été, des médecins et des soignants continuent un peu partout en France d’alerter sur la dégradation de leurs conditions de travail, comme galvanisés par les succès des grévistes de la faim à l’hôpital du Rouvray, à Sotteville­-lès-­Rouen (Seine­-Maritime), qui ont obtenu le 8 juin la création de 30 postes, puis par celui des grévistes du Havre, qui ont obtenu le 11 juillet la création de 34 postes, après trois semaines de mobilisation.

      Tentes plantées devant l’hôpital

      « Avant le Rouvray, il y avait un certain marasme, souligne Isabelle Bouligaud, infirmière en psychiatrie et représentante FO à l’hôpital psychiatrique de Saint-Etienne. En obtenant des choses, ils ont montré que ça servait à quelque chose de se mobiliser. » Alors que le CHU de Saint-Etienne a été épinglé fin février par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté pour des traitements « inhumains » à l’égard de patients accueillis aux urgences faute de place en psychiatrie, un collectif (la Psy Cause) a mené ces dernières semaines différentes opérations (die-in, marche funèbre) dans la ville pour réclamer 10 postes supplémentaires de psychiatres, 42 d’infirmiers et 15 d’aides-soignantes. « Mais notre première revendication est déjà de ne pas perdre ce qu’on a », précise Nicolas Moulin, de la CGT.

      Lire aussi : A l’hôpital du Rouvray, « la situation devient critique » pour les grévistes de la faim

      Mobilisés depuis le 15 juin, des salariés de l’hôpital Philippe-Pinel, à Amiens, ont planté leurs tentes devant l’entrée de l’établissement, après avoir brièvement occupé les locaux de l’agence régionale de santé. Ils dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail et la fermeture fin juin d’un quatrième service en quatre ans. « Les patients de ce service vont être redéployés dans des unités déjà surchargées », regrette une infirmière et porte-parole du collectif Pinel en lutte.

      « On nous dit que c’est pour le virage ambulatoire, mais les centres médico-psychologiques sont surchargés, les délais d’attente sont très longs, les médecins s’en vont… », énumère-t-elle, estimant ne plus avoir les moyens d’exercer son métier « dignement ». Parmi les revendications des grévistes : la création de 60 postes d’infirmiers et médecins, l’ouverture de deux unités avec des moyens spécifiques, la titularisation de tous les emplois précaires…

      Lire aussi : « La psychiatrie publique est devenue un enfer »

      Dans les hôpitaux psychiatriques parisiens, la colère gronde également. Réunis sous l’appellation de La Psychiatrie parisienne unifiée, les syndicats dénoncent la diminution du nombre de jours de repos liée à la fusion début 2019 des établissements parisiens (Maison-Blanche, Sainte-Anne, Perray-Vaucluse) et annoncent une journée de grève le 6 septembre.


  • Les centres médico-psychologiques débordés, Aurore Esclauze, Le Monde
    https://www.lemonde.fr/sante/article/2018/08/17/les-centres-medico-psychologiques-debordes_5343282_1651302.html

    Entre économies de personnel et demande toujours croissante, ces structures se battent pour rester un maillon essentiel des soins de santé mentale.

    Devant le centre médico-psychologique (CMP) de Bruyères, petite ville des Vosges de 3 362 habitants, pas une voiture. Comme tous les CMP, il assurait gratuitement des consultations pour toute personne du territoire en souffrance psychique, prenant en charge des dépressions passagères jusqu’à des troubles psychiatriques sévères, comme la schizophrénie. Il a fermé en juin.

    Hélène Szczepanski, son ancienne psychologue, est très déçue : « Notre médecin psychiatre a été appelé en urgence pour un poste ailleurs. Il n’a pas été remplacé, donc le CMP a fermé. » Les patients ont été transférés dans d’autres CMP de campagne, aux listes d’attente déjà longues de 130 voire 150 patients. Certains collégiens, habitués à venir pendant leurs heures de permanence, ont abandonné. « Pour des personnes psychotiques, il ne va pas de soi de faire trente-cinq minutes de transports en commun », poursuit-elle.

    Le CMP de Bruyères est loin d’être un cas isolé, la lecture de la presse régionale en témoigne. Si les derniers chiffres nationaux disponibles faisaient état d’une hausse du nombre de ces centres, passés de 3 758 en 2013 à 3 893 en 2016, selon les statistiques de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé, certaines zones avaient déjà amorcé une baisse. Entre 2013 et 2016, Basse et Haute-Normandie avaient ainsi vu le nombre de ces structures baisser d’un tiers (passant de 346 à 224).

    Grève de la faim de plusieurs soignants

    Ces maillons essentiels de la prise en charge des problèmes de santé mentale, intermédiaires entre les soins primaires comme la médecine générale et les services spécialisés en psychiatrie des hôpitaux, ont été mis en place par une circulaire du ministère de la santé du 15 mars 1960. Pour couvrir au mieux le territoire, le système a été sectorisé, avec des centres médico-psychologiques dans chaque département.

    A l’époque, la France était une des premières à prendre ce virage ambulatoire, pour déstigmatiser la psychiatrie. « A l’origine, c’était voué à rapprocher les professionnels de la population, même la plus rurale », souligne Jean-Pierre Salvarelli, psychiatre lyonnais et membre du Syndicat des psychiatres des hôpitaux.

    Outre le soin, les CMP sont censés faire du dépistage, de la prévention et travailler avec leurs partenaires, comme les écoles et les associations locales. Mais ils peinent aujourd’hui à assurer leurs missions, et les temps d’attente, pour des premières consultations, chez l’enfant comme chez l’adulte, peuvent dépasser un an.

    Si la crise de la psychiatrie s’illustre principalement ces derniers mois par les mouvements de grève dans les hôpitaux, l’inquiétude sur le sort des CMP est moins visible, mais tout aussi réelle. Depuis 2016, trois centres de la région dépendant de l’hôpital du Rouvray (Sotteville-lès-Rouen, en Seine-Maritime) ont ainsi fermé leurs portes. L’hôpital a fait parler de lui au printemps, avec une grève de la faim de plusieurs soignants : ils dénonçaient les suppressions de postes dans leur établissement, mais aussi celles dans les CMP, et leur impact sur les patients.

    « On nous parle d’économies d’échelle, témoigne une psychologue de la région, souhaitant conserver l’anonymat. Ils font des économies de personnel en regroupant les secteurs géographiques, en ne gardant qu’un seul chef d’établissement et en supprimant des locaux. »

    « Un pas en arrière »

    Sauf que les restrictions ne se limitent pas à cela. Des postes d’infirmiers et de secrétaires sont menacés, sans parler de ceux de psychologues. « Ils embauchent de plus en plus de neuropsychologues qui font passer des tests aux patients, au détriment des psychologues classiques. Mais nous ne faisons pas le même métier », soupire la praticienne.

    Les regroupements font polémique. « On mutualise, mais la demande augmente de 2 % à 3 % par an. Il y a vingt ans, on avait un million de patients en psychiatrie, maintenant ça a doublé », affirme Jean-Pierre Salvarelli. Aujourd’hui, il a l’impression qu’on fait « un pas en arrière ». Coraline Senet, psychiatre normande, a décidé de démissionner lorsque son CMP a été regroupé. « Je ne pouvais plus assurer la dignité que je devais aux patients », explique-t-elle. Elle insiste sur le rôle crucial de cette structure : éviter à tout prix une hospitalisation. Or les établissements sont plutôt occupés à prendre en charge les patients sortant des hôpitaux psychiatriques, pleins à craquer.

    Ce qui « peut attendre » doit parfois patienter plusieurs mois – au risque de terminer par un séjour à l’hôpital. « Parfois, le numéro n’est même plus attribué quand on les rappelle. Alors que l’on connaît les dangers de décompensation et de complication pour des personnes psychotiques », se désole la psychiatre.

    « Listes d’attente »

    Pour parer à l’urgence, les infirmiers des CMP prennent les premiers rendez-vous pour définir les besoins du malade. « Cela revient à créer des listes d’attente officieuses, révèle un cadre de santé anonyme. Donc les listes d’attente réelles sont encore pires que ce que l’on imagine. Or, nous ne sommes pas censés être un service d’urgence. »

    Les équipes des CMP sont alors obligées d’envoyer les patients vers le secteur libéral. Des infirmiers privés, qui ne connaissent pas les patients, vont à domicile prodiguer les soins. Certains malades refusent de payer pour ces soins non remboursables par la Caisse d’assurance maladie et finissent par renoncer.

    A Montreuil, en Seine-Saint-Denis, le psychiatre Roger Teboul est formellement opposé à la transformation des CMP en médecine d’urgence. « Si on commence à renvoyer vers le privé, on va s’occuper uniquement des malades les plus précaires et les plus vulnérables. Cela va contribuer à les stigmatiser encore plus ». Dans son CMP de banlieue, spécialisé en pédopsychiatrie, tout est fait pour que les gens poussent la porte sans a priori.

    A l’intérieur de la petite maison de ville, des cris joyeux accueillent le visiteur ; 420 enfants et adolescents souffrant de troubles psychiques y sont pris en charge. « Ce sont surtout des enfants du quartier, qui n’ont pas eu peur de venir, parce qu’on n’a pas écrit noir sur blanc le mot “psychiatrie” sur la porte », dit celui qui tient à maintenir ce lien de proximité. Salle de jeux, couleurs festives ; seule la salle de soins est discrètement présente au fond du couloir.

    Restrictions de postes

    Ici, personne en blouse blanche, pas même l’infirmière, Vanessa Barrère. « Ça ne ressemble pas à un hôpital psychiatrique, parce que ça n’en est pas un », sourit-elle en réunissant des crayons de couleur pour son prochain rendez-vous. D’ici à 2020, le CMP déménagera sur un autre terrain, regroupé avec trois autres structures. La deuxième psychiatre, Emmanuelle Granier, est consciente que le regroupement implique des restrictions de postes. « Les infirmiers seront rassurés d’être dans une plus grosse équipe. Cela divise la charge mentale, assure-t-elle. Je préfère m’organiser pour que ces changements soient bénéfiques. »

    Faut-il y voir un signe ? Le ministère de la santé a annoncé le 28 juin, lors de la présentation de sa feuille de route sur la psychiatrie, vouloir « repréciser, au besoin les missions et organisations » des CMP.

    #austérité #psychiatrie #santé


  • "La victoire des grévistes de la faim du Rouvray « insuffle la bagarre » nationale pour la #psychiatrie"

    Ils sont devenus "le symbole" du malaise hospitalier, particulièrement sur la psychiatrie. Victorieux après 18 jours de grève de la faim, les soignants du Rouvray ne désarment pas.

    (...) Désormais, il faut gérer le retour à la vie normale – tous sont en arrêt -, la notoriété – ils signent des autographes et ont leur chanson – mais aussi « la suite de la lutte », qui ne s’arrête pas aux grilles de l’hôpital du Rouvray.

    La gronde court déjà jusqu’à l’hôpital #Pierre-Janet, au Havre. Avant même le début de la mobilisation rouennaise, les syndicats de l’hôpital alertaient sur les conditions d’accueil infligées aux patients, dès février. Mais le Rouvray, « ça a tout changé », confie Frédéric, « ça insuffle la bagarre ». Délégué Sud, il a redécouvert le goût de la victoire syndicale :

    "Ça faisait des années qu’on se mobilisait pour perdre à chaque fois. Se dire « on peut gagner », ça inverse les choses et le rapport de force. "

    À Janet, il y a eu trois moments clefs pour arriver à cette bascule psychologique. D’abord, le début de la grève de la faim et « la sidération » du choix de ce mode d’action. C’est Thomas qui en a eu l’idée, en pensant « aux infirmiers de Limoges » qui l’ont fait pendant cinq jours en 2017, obtenant gain de cause. Ce fût « l’accélérateur », quand la victoire du Rouvray, deuxième choc, a été « le déclencheur pour les autres », analyse Jean-Yves Herment :

    " Dans l’absolu, ce n’est pas la bonne méthode, parce que celui qui se bat s’épuise. Mais on s’est demandés, en pensant aux agents : comment on les embarque avec nous ?"

    Les grévistes du Havre espèrent « ne pas en arriver là ». Pourtant, cette violence physique a été la solution, après avoir multiplié les actions – die-in, occupations, manifestations… Une solution des plus radicales qui a eu l’effet escompté au Rouvray et marqué ceux de Janet, les amenant à la troisième étape : « Quand ceux du Rouvray sont venus visiter les urgences », explique Jennifer, déléguée CGT. Dans la délégation, une infirmière de Sotteville-lès-Rouen « a fondu en larmes ».

    #CH_du_Rouvray #luttes_sociales #hôpital


  • Après l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray, c’est celui de #Pierre-Janet, au Havre, qui bataille fermement pour obtenir des moyens pour le soin
    https://actu.fr/normandie/havre_76351/a-bout-soignants-hopital-psychiatrique-pierre-janet-passent-action_17255366.htm

    « Pire Janet ». À bout, les soignants de l’hôpital psychiatrique Pierre-Janet du Havre (Seine-Maritime) tirent la sonnette d’alarme depuis des mois pour alerter sur leur incapacité à accueillir correctement leurs patients faute de moyens. Une « maltraitance » involontaire qui cause un grand mal-être au sein des équipes.

    Mardi 12 juin 2018, à l’appel d’une intersyndicale CGT, Sud et CFDT, ils se sont réunis devant l’établissement pour faire entendre leur voix et envisager les actions à venir. Au programme du jour : le blocage de la voie publique pour demander « de la dignité pour les patients et les soignants ».

    La lutte dure là aussi depuis très longtemps :
    https://actu.fr/normandie/havre_76351/greve-a-lhopital-psychiatrique-au-havre-les-employes-reclament-dix-psychiatres_

    Depuis plusieurs années déjà, les personnels de l’établissement havrais dénoncent ce manque d’effectifs, sans que la situation ne s’améliore. L’annonce, dans les tous derniers jours, de la démission d’un nouveau médecin, a mis cette fois-ci le feu aux poudres :

    "On court à notre perte. Ce départ pourrait vite annoncer l’effondrement total de toute la psychiatrie au Havre et un secteur entier pourrait fermer » , se désole le représentant syndical, au nom de l’intersyndicale.

    Une intersyndicale qui estime que dix médecins manquent à l’hôpital Pierre Janet, pour garantir un fonctionnement normal des différents services.

    "Lors de notre assemblée générale organisée lundi 7 mars, la direction générale est venue tenter de nous rassurer en annonçant une politique active de recrutements de psychiatres. Deux ont d’ores et déjà rejoint, l’un la psychiatrie adulte, le second la pédopsychiatrie, et d’autres contacts seraient établis. La direction évoque le chiffre de huit recrutements possibles. Mais ce ne sont que des pistes. Nous, nous voulons rapidement des résultats » , poursuit Yann Adreit.

    "Dimanche 28 février, nous avons accueilli 41 patients sur des matelas posés à même le sol. Nous n’en pouvons plus. Du fait de tous ces manquements, nous soignons dans l’urgence, sans plus de possibilités de traitement de fond », s’indigne le professionnel."

    Voilà des « lits » à Pierre-Janet :
    https://twitter.com/LouvetSimon/status/1008655780122329089

    Naturellement, le #CH_du_Rouvray soutient celui du Havre


    et les #cheminot·es également. Mardi dernier, beau blocage du pont de Normandie
    https://twitter.com/blousesnoires/status/1006947430099832835

    La situation n’est pas plus brillante à #Philippe-Pinel à Amiens

    https://www.youtube.com/watch?v=VtqJYJ64viI

    Elle n’est brillante nulle part en fait. C’est la psychiatrie toute entière qu’il faut soigner.

    #HP #psychiatrie


  • Un article de l’Huma sur la lutte du Rouvray, qui date des quelques heures précédant la victoire des grévistes, juste pour relever deux moments forts : « Silence de mort à l’hôpital du Rouvray »
    https://www.humanite.fr/silence-de-mort-lhopital-du-rouvray-656535

    Un silence de mort. Pas un slogan, pas un geste, pas un mot. Rassemblés à l’entrée de leur établissement, les personnels de l’hôpital du Rouvray de Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) ont réservé un accueil glacial à la directrice générale de l’agence régionale de santé, Christine Gardel, sommée le matin même de reprendre les négociations avec l’intersyndicale par la préfète Fabienne Buccio.

    Précisons que la directrice de l’ARS avait annoncé qu’elle viendrait à condition d’avoir des garanties qu’il ne lui serait fait aucun mal. Gageons que cette haie du déshonneur, sa colère glaciale, sa détermination nombreuse, lui trotteront encore longtemps dans la tête.

    Et par ailleurs :

    Marie, jeune infirmière en pédopsychiatrie, se réjouit d’avoir contribué à paralyser la circulation pendant plusieurs heures. «  Ce n’est pas dans les habitudes des blouses blanches de bloquer des axes routiers. Les actions coup de poing nous font peur mais avec l’aide des cheminots nous avons osé. Il faut que l’on nous entende, que l’on nous écoute  », insiste-t-elle. Hier matin, soignants et cheminots se sont retrouvés sur le pont Mathilde pour bloquer la circulation et distribuer un tract commun. «  Cheminots, hospitaliers, nous avons le même problème. Alors logiquement nous agissons ensemble  », explique Gilles Chuette, de la CGT cheminots. «  Voir des cheminots et des blouses blanches côte à côte, cela me réjouit. Ça devrait être comme ça partout  », juge Bruno. Ce gréviste de la faim a tenu à participer.

    Et dans la magnifique manif du 4 juin dans Rouen, les deux formes de lutte avaient également trouvé comment s’adapter l’une à l’autre de façon inattendue : les cheminot·es, pour donner plus de voix au cortège, faisaient exploser des « bombes » qui ont au départ surpris voire gêné les autres manifestant·es par l’ampleur de la déflagration. À la suite de quoi, chaque allumage de bombe était annoncé au préalable, donnant à voir une foule joyeuse, se bouchant les oreilles avant les explosions et lançant des hourras juste après.

    #hôpital_psychiatrique #CH_du_Rouvray #psychiatrie


  • « A l’hôpital psychiatrique du Rouvray, les grévistes fêtent leur victoire » : un très bon article, qui remet enfin cette lutte dans le contexte plus général de la dégradation de la #psychiatrie depuis des décennies. Les politiques de restriction budgétaire ont été des moyens extrêmement efficaces pour casser les alternatives à ou dans la psychiatrie qui avaient émergé après la deuxième Guerre Mondiale. Il est peut-être temps de repartir dans l’invention...
    https://www.mediapart.fr/journal/france/090618/l-hopital-psychiatrique-du-rouvray-les-grevistes-fetent-leur-victoire

    Après deux mois de mobilisation et quinze jours de grève de la faim menés par sept salariés, les personnels de l’#hôpital_psychiatrique de Saint-Étienne-du-Rouvray [en fait de Sotteville-lès-Rouen], en Normandie, ont obtenu la création de trente postes. Et surtout, ont fait bouger les lignes de leur hôpital.

    Saint-Étienne-du-Rouvray (Normandie), de notre envoyée spéciale.- Faut-il désormais mettre sa vie en danger pour obtenir la possibilité d’exercer son travail dans des conditions décentes ? La mobilisation et les journées de grève de la faim menées depuis le 22 mars par les salariés de l’hôpital psychiatrique de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen, ont fini par payer. Le personnel a obtenu de l’agence régionale de santé (ARS) la création d’une trentaine de postes sur les 52 exigés, la création d’une unité pour les adolescents, et d’une autre pour les détenus. L’ARS n’a pas confirmé à cette heure le contenu de l’accord, mais a promis de le révéler par un communiqué.

    Durant deux mois, quoi qu’ils fassent – manifestations, occupations, interruption de la visite présidentielle du CHU de Rouen –, les salariés se sont heurtés au silence de leur tutelle, l’agence régionale de santé. De guerre lasse, le 22 mai, sept salariés encartés dans quatre syndicats (CGT, CFDT, CFTC, SUD) ont entamé une grève de la faim. L’évacuation par le Samu de trois d’entre eux, lundi 4 juin, a fait encore monter la tension d’un cran. Le 7 juin au matin, une manifestation mêlant soignants et cheminots a bloqué la zone industrielle et le pont Mathilde jusqu’à ce que Christine Gardel, directrice de l’ARS, accepte de revenir à la table des négociations.

    « Depuis hier, le ton de l’ARS a un peu changé, et c’est déjà une petite victoire. Nous allons maintenant accueillir Mme Gardel par le même silence que celui qu’elle nous réserve depuis deux mois », annonçait jeudi 7 juin Lydia Muis, déléguée CGT, lors de l’AG précédant les négociations. La délégation mêlant syndiqués et non syndiqués est revenue régulièrement devant l’assemblée générale pour faire état de l’avancement des négociations, qui se termineront le lendemain à 15 heures.

    « Le protocole de fin de grève a été adopté à l’unanimité par l’assemblée générale », constate vendredi le cégétiste Sébastien Ascoet. Les salariés ont interrompu leur grève de la faim sous les hourras de leurs collègues. « C’est vraiment une victoire. Ces trente postes ne sont pas pris sur le budget d’autres hôpitaux, ils sont pérennes et budgétés. On en fait ce qu’on veut, et le rapport de force sera au rendez-vous pour les attribuer dans les différents pavillons, et remettre les effectifs au niveau », récapitule le militant.

    Ces trente postes constituent une bouffée d’oxygène pour un établissement qui – là comme dans de nombreux autres endroits – croule sous la surcharge. « Quelques jours avant le 22 mars, l’accueil a commencé à nous envoyer des patients directement dans les services, alors qu’ils doivent normalement passer par un premier diagnostic avant d’être orientés », relate Sébastien Ascoet.

    Le fossé toujours grandissant entre les effectifs soignants (+ 0,5 % entre 2014 et 2016) et les hospitalisations (+ 8,4 % sur la même période) a abouti à une totale saturation du centre hospitalier. « Chaque matin, lorsque le service se réunit, on se demande lequel de nos patients est le moins malade, pour libérer un lit afin de pouvoir en faire entrer un autre. On les fait sortir alors qu’ils ne sont pas stabilisés… Et ils reviennent ensuite dans un état plus grave, mais dans l’intervalle, ils ont libéré un lit », explique une médecin qui tient à rester anonyme.

    Des pelouses de l’immense parc qui entoure l’hôpital psychiatrique, montent de terribles histoires, devenues pour les soignants d’une triste banalité. Ce jeune, laissé à l’isolement cinq jours de plus que nécessaire, faute de lit. Ces malades qu’on bourre de cachets parce que les personnels hospitaliers n’ont pas le temps de mener avec eux des entretiens de réassurance. Cette grand-mère, qu’on couche sur un lit de camp coincé entre deux autres, à trois heures du matin, lui ôtant la possibilité de se déplacer avec un déambulateur, ou encore le patient, qu’on met à l’isolement, pour être sûr qu’il ne se suicide pas pendant qu’on en prend d’autres, plus urgents, en charge… Le manque de moyens de la psychiatrie publique ne date pas d’hier. Mais pour les soignants, un seuil critique a été dépassé.

    La sur-occupation du CHU a commencé selon les « anciens » en 2012. Les baisses d’effectifs, elles, remontent à deux décennies. René Navarette a 58 ans, dont 37 de bons offices au Rouvray. Arrivé en 1974 comme agent des services hospitaliers, il est ensuite devenu infirmier de secteur psychiatrique. « Lorsque je suis arrivé, on pouvait emmener les patients se promener, et même en séjour thérapeutique à l’extérieur de l’hôpital, pour qu’ils renouent avec l’envie de la “vraie vie”, hors de l’enceinte du Rouvray. On pouvait jouer aux cartes, aux dominos, autant de supports de soins aujourd’hui disparus », se remémore l’infirmier. Il vit alors la « belle époque de la psychiatrie ».

    « Après l’hécatombe de la Seconde Guerre mondiale, émerge l’idée que la psychiatrie, ce n’est pas l’enfermement, qu’il faut sortir de la logique de l’asile, et que c’est le soignant qui doit aller à la cité, et non l’inverse. Commence alors le mouvement de “sectorisation”. On maille le territoire avec des unités de proximité : centre médico-psychologique, hôpitaux de jour, centre d’accueil et de crise. À chaque secteur géographique une équipe de soignants qui suivent le patient, qu’il fréquente l’hôpital ou ces unités », raconte Jean Vignes, infirmier psychiatrique et ancien secrétaire général de Sud Santé Sociaux. L’hôpital du Rouvray est précurseur en la matière et implante des structures dans les quartiers populaires. Cette politique porte ses fruits, et la fréquentation de l’hôpital psychiatrique diminue.

    « Les rapports de force ont bougé »

    Dans les années 1980, les restrictions budgétaires commencent, et on profite de cette baisse de fréquentation pour fermer des lits. Mais la diminution de moyens alloués à l’hôpital se poursuit, et les centres médico-psychiatriques (CMP) et autres structures locales deviennent les variables d’ajustement. « On a pompé sur ces équipes extra-hospitalières pour renforcer l’intra-hospitalier. Peu à peu, on a regroupé des CMP pour “mutualiser les moyens”, au détriment de la proximité des soins. Par exemple, le CMP du Petit-Quevilly a absorbé celui de Petit-Couronne. Je pense que l’on a gardé seulement un dixième des patients de Petit-Couronne », estime René Navarette. En l’absence de structure de proximité, les malades se soignent moins. Ils sont pris en charge par leur famille. Et ne consultent que lorsqu’ils en arrivent à la crise… les urgences de l’hôpital psychiatrique.

    Cette évolution est propre à l’organisation de la psychiatrie publique, domaine totalement abandonné depuis la fin des années 1990. À cela s’ajoutent les problèmes auxquels se heurtent tout le secteur hospitalier. Au nom de l’efficacité, du nouveau management, de la tarification, des économies, le monde hospitalier vit depuis des années sous tension. Les effectifs fondent comme neige au soleil à chaque réorganisation.

    Les dix secteurs adultes de l’hôpital du Rouvray et les trois secteurs de pédo-psychiatrie ont été réorganisés en trois pôles dans la foulée de la loi HPST (Hôpital patient santé territoire), en 2009. La concurrence a été organisée entre eux : chacun des trois pôles lutte pour obtenir le plus de moyens.

    À l’échelle supérieure, le combat pour les moyens se joue entre les hôpitaux du Havre, de Dieppe et du Rouvray. « Nous sommes les mieux dotés sur la Normandie, et l’ARS essaie chaque année de nous prendre des postes pour les affecter aux autres hôpitaux. Mais la Normandie est elle-même très mal dotée. Pour maintenir le service public en France, il faudrait une augmentation annuelle de 4 % des dépenses de santé publique. Elle est aujourd’hui en moyenne à 2,1 % au niveau national. Pour la Normandie, seulement de 1,4 % », explique encore René Navarette.

    La mobilisation des infirmiers et des aides-soignants a soulevé un autre problème, au sein de la communauté médicale. Car le débat sur la présence – ou pas – du président de la Commission médicale d’établissement (CME), Sadeq Haouzir, lors des négociations avec l’ARS a rendu leur déroulement plus complexe. Les syndicalistes ont refusé, mardi soir, d’ouvrir les négociations sans avoir la certitude que le « patron des médecins » de l’établissement n’y participerait pas. « Il a été signataire à la dernière minute de la pétition de soutien aux grévistes de la faim. L’ARS a essayé de l’imposer lors des négociations. Or nous n’avons pas besoin de lui pour négocier, nous ne savons pas à quel point ce soutien est sincère, ou opportuniste », explique Sébastien Ascoet. Ce dernier évoque le management très autoritaire du praticien hospitalier.

    L’homme a été élu en 2011, par ses pairs, à la tête de la CME. Selon ses détracteurs, il co-dirigerait l’hôpital avec le directeur général, dont les pouvoirs ont été renforcés par la loi HPST de 2009. Sadeq Haouzir aurait ainsi tout pouvoir sur les carrières de ses collègues et ne se priverait pas de le faire savoir. Une omerta s’est installée dans la communauté médicale : nombre de médecins n’ont pas voulu répondre à nos questions sans avoir une garantie d’anonymat. Aucun des postes d’internes dans son service ne serait pourvu pour ces raisons. Huit jeunes médecins ont quitté l’hôpital, las de l’ambiance délétère qui y régnerait.

    Le premier d’entre eux, Fethi Brétel, en disponibilité depuis deux ans après un conflit avec Sadeq Haouzir, a posté sur le blog de Mediapart son analyse de la situation. « Je me suis vu reprocher mon refus de réduire mes entretiens à 15 minutes… Chef de mon service, Sadeq m’a envoyé de plus en plus de patients. J’ai pris rendez-vous avec les praticiens hospitaliers et je leur ai dit que je ne pouvais diriger mon service dans ces conditions. Le lendemain matin, un médecin à sa solde venait me remplacer à la tête du service », expose le psychiatre. Un autre de ses collègues, qui tient à rester anonyme, témoigne : « Il accepte la politique économique, et fait au mieux avec cette situation. Dans ce service, on préfère accorder des soins rapides, à un maximum de gens, quitte à ce qu’ils doivent revenir ensuite. C’est vrai qu’il peut y avoir une sensation de “vite fait”. »

    Contacté par Mediapart, le président de la CME réfute ces critiques. « La communauté médicale a soutenu depuis le début la grève sur le fond : avec 3 % d’augmentation de la file active tous les ans, on va dans le mur. Mais nous ne soutenons pas sur la forme. On ne voulait pas de blocage de l’hôpital comme il y a pu en avoir par le passé », avance Sadeq Haouzir. Selon lui, la directrice de l’ARS aurait exigé sa présence en négociation, contre son gré. Quant au conflit qui l’opposerait à une partie de médecins de l’hôpital, il assure « n’avoir aucun pouvoir ni sur les carrières, ni sur les primes », et dénonce les « fake news » lancées par ses adversaires. « Que nous accueillions un ou mille patients, le financement de notre hôpital est le même. La seule pression que nous subissons est celle de la population, qui consulte et se fait de plus en plus hospitaliser. J’essaie d’assurer le service dans ces conditions. C’est la vraie question. »

    « La grève a fragilisé la communauté médicale », constate Sébastien Ascoet. Alors que Sadeq Haouzir avait appelé à l’unité du corps médical, deux de ses confrères, Gilles Barthes et Basile Gonzales, ont lancé une pétition en soutien à leurs collègues infirmiers et aides-soignants, paraphée ensuite par 47 de leurs collègues. « Pour la première fois, un gros volume de collègues se sont soustraits à l’autorité de Sadeq Haouzir. C’est d’ailleurs comme cela que nous nous expliquons sa signature de la seconde pétition, lancée, elle, par les infirmiers et aides-soignants en grève. Il a senti le vent tourner », décrypte un de ses collègues sous le sceau de l’anonymat. « Les rapports de force ont bougé », commente Sébastien Ascoet.

    Sur Twitter, les dirigeants politiques qui ont soutenu la grève – Benoît Hamon, Éric Coquerel – partagent leur joie. Et aussi un peu leur inquiétude. Trente postes pour quinze jours de grève de la faim, c’est quand même cher payé. Pour l’heure, les grévistes ne veulent pas voir leur victoire assombrie. Ils fêtent cela avec du yaourt à boire.

    #CH_du_Rouvray #luttes_sociales



  • Hôpital psy en grève | Les pieds sur terre
    https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/hopital-psy-en-greve

    Depuis le 22 mars 2018, les agents du Centre Hospitalier du Rouvray, troisième hôpital psychiatrique de France, sont en grève. Face au silence de la direction, six hommes et une femme, tous soignants, ont ensuite entamé une grève de la faim. Durée : 28 min. Source : France Culture

    http://rf.proxycast.org/1443210861584850944/10078-07.06.2018-ITEMA_21704084-0.mp3


  • Hôpital psychiatrique de Rouen : trois grévistes de la faim hospitalisés - Le Parisien
    http://www.leparisien.fr/societe/hopital-psychiatrique-de-rouen-trois-grevistes-de-la-faim-hospitalises-05

    Trois grévistes de la faim de l’hôpital psychiatrique de Rouen ont été hospitalisés lundi « avec un caractère d’urgence » alors que le mouvement, qui vise à obtenir des postes supplémentaires, atteignait son quatorzième jour, selon l’intersyndicale.

    « Jean-Yves Herment, âgé de 40 ans, a perdu entre 13 et 14 % de sa masse corporelle, soit bien au-delà de la limite critique de 10 %, détaille Sébastien Ascoet, délégué syndical CGT. Il était déshydraté et très faible. Le Samu l’a évacué (lundi) matin, sur une civière, vers un service spécialisé du CHU de Rouen ».
    « Des risques de séquelles irréversibles »

    Un deuxième gréviste de la faim, âgé d’une trentaine d’années, a été également évacué en fin de matinée et une femme de 40 ans « dans une situation très préoccupante » l’a été dans l’après-midi, ajoute Sébastien Ascoet. Selon lui, les pronostics vitaux de ces trois personnes ne sont pas engagés mais ces salariés « présentent des risques de séquelles irréversibles ».

    Outre ces trois personnes, cinq salariés étaient toujours en grève de la faim lundi soir, selon la CGT. Le syndicat affirme par ailleurs que 600 à 800 personnes se sont rassemblées devant la mairie de Rouen pour une marche de soutien aux grévistes de la faim et au personnel de l’hôpital.

    52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers

    Cette grève de la faim a été entamée le 21 mai par quatre personnes, rejointes progressivement par désormais quatre autres. Elle vise à obtenir la création de 52 postes d’aides-soignants et d’infirmiers.

    Les grévistes de cet hôpital dit « du Rouvray », situé à Sotteville-lès-Rouen, dans la banlieue de Rouen, dénoncent « une surpopulation chronique » et « une dégradation des conditions de travail et d’accueil ». Ils sont mobilisés à travers différentes actions depuis le 22 mars. Une cinquantaine de grévistes ont occupé les locaux de la direction de jeudi soir à dimanche soir, selon l’intersyndicale.

    Sollicitée lundi, la direction de l’hôpital n’a pas donné suite. Le 24 mai, elle avait estimé qu’il n’y avait « plus de suroccupation dans l’établissement à la suite d’un ensemble d’actions mises en place le 15 avril ». La direction avait notamment annoncé l’embauche de cinq contractuels, un chiffre jugé « ridicule » par les syndicats.

    « La comparaison des ressources d’assurance maladie par habitant montre un positionnement du CH du Rouvray au-delà de la moyenne nationale et de la moyenne régionale », avait aussi affirmé la direction.

    Le nombre d’hospitalisations a augmenté de 8,4 % entre 2014 et 2016, selon les données du dernier rapport d’activité de l’établissement. Dans le même temps, les effectifs en équivalent temps plein n’ont progressé que de 0,5 %, passant de 1 941 postes à 1 951.


  • Quelques informations factuelles sur la lutte au sein de l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray, puisque ni les instances de tutelle ni les médias nationaux ne semblent en faire grand cas. Pourtant, son enjeu n’est pas du tout anecdotique.

    D’abord, le #CH_du_Rouvray, c’est ni plus ni moins que le 3ème HP de France. 2000 salarié·es (personnel médical et non médical) et 1000 lits selon la belle plaquette des « chiffres-clé » que son administration met en ligne :
    https://fr.calameo.com/read/0044637175cd97c4c8027

    Ensuite, pourquoi les soignant·es exigent-ils et elles avec autant d’urgence la création de 52 postes de soignant·es et d’une unité pour adolescent·es ? Parce que le manque de personnel et de places, voilà ce que ça signifie concrètement :

    "Aujourd’hui, telles que les choses sont faites, un garçon de 12 ans qui déprime peut très bien se retrouver dans la même chambre qu’un pervers sexuel de 40 ans. Sur la dernière année, on a eu quatre plaintes pour #viol_sur_mineur·e."

    "Le plus jeune qu’on ait eu, 9 ans, dans les services adultes. Tellement jeune qu’on est obligé de l’isoler dans ce qu’on appelle une #chambre_d'isolement. (...) Quatre murs et un lit. Et un seau pour chier."

    "Il y a des personnes de 80 balais qui dorment dans des placards, sur des matelas de quatre centimètres, ou dans des pièces qui ne ferment pas à clé…"

    "Moi j’ai un patient qui s’est pendu à 16h30 parce que ce jour-là, au lieu d’être quatre on n’était que trois, j’étais avec deux femmes enceintes, et la surveillance on n’a pas pu la faire. Et que voilà, on l’a retrouvé accroché 3/4 d’heure trop tard quoi. Mais j’ai dû assumer ça avec la famille le lendemain. J’y pense souvent à ça."

    "Moi y a des patients, je suis obligé de les enfermer. Je suis obligé de le faire parce que, à deux ou à trois, je peux pas m’occuper de tout le monde. J’ai enfermé quelqu’un qui est venu ici de son plein gré juste pour dépression. J’ai dû l’enfermer toute la nuit, avec un seau pour aller uriner ou pour aller à la selle. Forcément, quand je suis revenu le voir le lendemain matin, parce que je lui avait vendu que tout allait bien se passer et que j’allais être là pour lui, quand je suis revenu le revoir le lendemain matin, vous croyez qu’il m’a dit quoi le patient ? Que j’étais le pire des infirmiers, qu’il remettrait plus les pieds là-dedans... Il s’est énervé et du coup ça s’est terminé qu’on a dû le contentionner et lui faire une injection. Alors que ce monsieur-là venait juste pour une dépression."

    "Je fais de la maltraitance. Je ne suis plus infirmier. Je ne sais plus ce que je suis. Mais je ne fais pas du soin, ça c’est sûr."

    "Par rapport à l’année dernière, il y a eu une augmentation de 40% des arrêts maladie. Ça inclut les petits arrêts maladie de rien du tout, les classiques, mais aussi, évidemment, les dépressions, les troubles anxieux, les blessures physiques…"

    "Parfois, mon boulot consiste à parler toute une matinée avec un seul patient qui me répète en boucle qu’il est en pleine conversation avec Dieu. Quand il y en a 30 autres qui m’attendent derrière, forcément, je n’ai le temps de rien… J’ai arrêté de compter les collègues qui se sont fait casser la gueule par des patients qui sentent qu’on est de moins en moins capables de les aider."

    [Citations extraites des témoignages de Marc-Aurélien et Jean-Yves, grévistes de la faim, sur https://www.society-magazine.fr/cette-greve-de-la-faim-fait-de-moi-un-robot-sans-ame et la vidéo de Konbini sur https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/010618/revue-de-presse-au-2-juin-sur-la-lutte-du-rouvray ]

    Et ce ne sont là que deux témoignages. Il y a des centaines de salarié·es sur l’hôpital qui soutiennent les sept grévistes de la faim, des salarié·es d’autres hôpitaux psy, d’hôpitaux tout courts, d’associations de soin, d’associations de personnes psychiatrisées. Voilà donc ce qu’on trouve derrière les chiffres bien propres brandis par les #gestionnaires de la psychiatrie : la #contention (physique et médicamenteuse), l’#isolement, la #maltraitance, la #mise_en_danger des patient·es et une très grande #souffrance_au_travail. La start-up psychiatrie commence à ressembler drôlement à la vieille psychiatrie, celle d’il y a bien longtemps comme celle qui ne s’est jamais remise en question.

    Alors ce choix de la #grève_de_la_faim, qui semble échauder les bonnes âmes en haut lieu, comme si ce n’était vraiment pas une façon de demander les choses, comme si c’était de la comédie ou comme si c’était trop sale, ce choix de la grève de la faim, il s’est fait le dos au mur. C’est, paradoxalement, du pur instinct de survie - la survie des patient·es et la survie des soignant·es. La survie physique et la survie psychique. Notez bien qu’on ne parle pas de bien-être, tout le monde sait que ce n’est pas envisageable un instant, mais de survie pure et simple.

    Donc ces sept-là :

    ces sept-là sont en train de nous dire quelque chose de salement, en effet de salement, important.

    [Photos de Jean-Pierre Levaray
    https://blogs.mediapart.fr/776830/blog/020618/mon-hp-va-craquer-photos-de-la-lutte-du-rouvray ]


  • Les malfrats | Comme un bruit qui court
    https://www.franceinter.fr/emissions/comme-un-bruit-qui-court/comme-un-bruit-qui-court-02-juin-2018

    Rencontre avec des paysans qui tiennent tête à l’administration. Quand certains refusent de rentrer dans le moule au risque de tout perdre, d’autres ont fait le choix de disparaître. - Rouvray, un hôpital psychiatrique au bord de la crise de nerfs Durée : 54 min. Source : France Inter

    http://rf.proxycast.org/1441407356016529408/13947-02.06.2018-ITEMA_21699230-1.mp3


  • Message de soutien de Frédéric Lordon aux grévistes de l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/010618/messages-de-soutien-au-2-juin

    Ainsi nous en sommes là ? Il faut maintenant mettre en jeu son intégrité physique, ou comme dans le film En guerre de Stéphane Brizé sa vie même, pour obtenir des pouvoirs qu’ils écoutent ? Que les gens qui soignent le mal en soient conduits à choisir de se faire du mal pour pouvoir faire convenablement leur métier, et d’abord pour être simplement entendus, c’est le signe d’une tyrannie oligarchique qui ne peut elle-même que mal finir. En attendant, ce sont les gens qui finissent mal. En tout cas quand ils se laissent maltraiter isolément. Mais au centre hospitalier du Rouvray, comme dans beaucoup d’autres endroits, la lutte s’organise : elle change d’âme quand elle devient collective. Sauf à ceux qui ne veulent pas voir, la forme qu’elle s’est choisie montre assez dans quel sens va la violence, d’où à où. Elle fait voir qui produit et qui détruit. Qui fait le travail et qui bousille les conditions du travail. Qui soigne les gens et qui abîme les gens qui soignent les gens. Pour tous ceux qui ne sont pas soignants mais sont dans la lutte, la lutte des soignants est doublement exemplaire : elle l’est en elle-même, par la force de son exemple, mais elle l’est aussi parce que le métier de soignant est l’un des plus respectés et des plus légitimes dans la société. C’est pourquoi la lutte des soignants, d’une certaine manière, prête sa propre légitimité à tous ceux qui luttent en parallèle à eux et avec eux. C’est donc peu dire que nous devrions tous être attentifs à ce qui se passe au Rouvray, mais aussi dans tous les hôpitaux et les Ephad, où d’autres luttes admirables ont lieu. On ne sait pas trop comment s’y prendre, mais on voudrait pouvoir leur dire à tous, ici spécialement à ceux et celles du Rouvray, que nous les regardons, que nous les admirons, et que nous savons ce que nous leur devons. Nous voyons leur lutte comme les nôtres. On ose à peine, car en entrant dans la grève de la faim, ce sont eux qui payent de leur personne et pas nous, mais nous voudrions leur dire, un peu contradictoirement sans doute : prenez soin de vous et tenez bon !

    #CH_du_Rouvray


  • La lutte de l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray se poursuit. 11ème jour de grève de la faim. Une vidéo de Konbini où s’expriment deux des grévistes. Ça laisse une sale boule dans la gorge :
    https://twitter.com/konbininews/status/1002576566768033794

    52 soignant·es occupent les locaux de l’administration avec les grévistes de la faim. 52, c’est le nombre de soignant·es (infirmier·es et aide-soignant·es) qui manquent au #CH_du_Rouvray.

    https://twitter.com/LouvetSimon/status/1002490119465684992

    « Voilà ce que c’est, 52 soignants. Donnez-nous les postes et on rentre chez nous ✊ »

    Buzyn annonce qu’elle va embaucher... des psychiatres.

    https://twitter.com/F3htenormandie/status/1002471870615162881

    Réponse de l’intersyndicale à la « mission flash » de l’ARS : le CH du Rouvray, 3ème HP de France, a déjà connu deux audits qui ont coûté la bagatelle de 330.000 € pour aboutir... aux mêmes conclusions que les grévistes.
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/010618/reponse-de-lintersyndicale-au-communique-de-lars

    #psychiatrie #maltraitance #contention #isolement


  • Les soignant·es en lutte de l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray occupent l’administration depuis cette après-midi. Leur communiqué :
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/310518/communique-des-soignant-es-en-lutte

    Aujourd’hui, jeudi 31 mai à 15h, une centaine de salariés du Centre Hospitalier du Rouvray (hôpital Psychiatrique Rouen, Normandie 76) occupent l’administration pour réclamer notamment 52 postes supplémentaires pour prendre en charge correctement la souffrance psychique de nos concitoyens. Ils appuient ainsi l’action de 7 de leurs collègues en grève de la faim DEPUIS 10 jours !!!

    Nous rappelons que le mouvement de grève a débuté depuis le 22 mars 2018. Et que nous recevons pour seule réponse que du mépris !

    Défendons un service public de Santé de qualité sur tout le territoire !!!

    Z’hôpital public A Défendre !

    L’intersyndicale : CFDT, CGT, SUD, CFTC, Comité de grève, #blousesnoires.

    Pour les Rouennais·es : appel à venir en masse samedi à 14 sur place.

    La direction, elle, avait décampé des lieux au préalable et préparé un autre bâtiment. Prévoyante, mais pas pressée de regarder en face le mouvement social qui la concerne au premier chef. Un article pas mal du tout sur l’après-midi :
    https://actu.fr/normandie/sotteville-les-rouen_76681/greve-faim-lhopital-rouvray-pres-rouen-locaux-direction-occupes_17059763.html

    Les sept grévistes de la faim sont unanimes sur les réponses données par le ministère et son pendant régional. Quand Agnès Buzyn estime que le problème de l’hôpital est le recrutement de psychiatres, ils estiment que ce n’est « pas la priorité et pas ce qu’on demande », résume Marc-Aurélien : « Plus de psychiatres, ça veut dire du rendement. Cela ne nous décharge pas, nous soignants. » Jean-Yves Herment, autre gréviste de la faim, explique :

    Structurellement c’est de soignants dont on a besoin, du personnel au quotidien, à proximité des patients. Sur du long terme, bien sûr, l’un n’empêche pas l’autre. Nous c’est l’urgence qu’on veut gérer, là.

    Julie, salariée simple gréviste, appuie son analyse : « Ils vont recruter des médecins étrangers, en leur disant qu’ils auront une place qu’ils n’auront jamais et feront du chiffre. » L’autre pendant de la « logique comptable » dénoncée par les grévistes est la création d’une « mission d’audit flash » par l’ARS, annoncée mercredi 30 mai. Ils fustigent cette décision, « le troisième audit en trois ans, qui ont coûté 330 000 euros, pour des problèmes connus ».

    #psychiatrie #travail #CH_du_Rouvray


  • « Grève de la faim à Saint-étienne-du-rouvray. La colère monte... »
    https://rouendanslarue.net/greve-de-la-faim-ser

    https://www.youtube.com/watch?v=16RYPo_VNYw

    Le personnel de l’#hôpital_psychiatrique de Saint-Etienne du Rouvray est en grève depuis le 22 mars. L’intersyndicale dénonce la dégradation des conditions d’accueil et de prise en charge des patients et demande la création de postes, l’ouverture d’une unité spécialisée pour adolescent puisque à l’heure actuelle des jeunes de 14 ans peuvent se retrouver sur un lit de camp dans la même chambre que des adultes. Elle demande aussi l’agrandissement de l’unité accueillant des personnes incarcérées. Le conflit a démarré par une grève reconductible et ils ont multiplié les actions comme par exemple l’occupation des locaux de l’ ARS, l’agence régionale de santé, d’où ils ont été délogés par les CRS. Organisés en intersyndicale, des syndiqués et des-non syndiqués se sont réunis dans le collectif « les blouses noires ».

    Voir aussi le texte de François Ruffin sur le site du comité de soutien aux grévistes
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/290518/communiques-et-lettres-de-soutien-aux-grevistes-du-rouvray-au-30-mai

    Nous avons joint le délégué CFDT, Jean-Yves Herment, par téléphone :

    "Nous sommes obligés de faire dormir des patients dans des lits de camp, de les installer dans les couloirs, dans des bureaux. Des jeunes ados, de douze ans, se retrouvent dans des services adultes, faute de place. Mais ça n’est pas le pire. Le pire, c’est que j’en ai marre d’enfermer des gens parce qu’on manque de personnel. On met des malades en #chambre_d'isolement, pas pour des raisons médicales, pas pour leur apporter un soin, mais juste pour des raisons administratives, par manque de temps. On ne soigne plus, on enferme, et je n’ai pas choisi ce métier pour ça.
    Depuis le 22 mars, on a tout essayé, mais ni la direction, ni l’Agence Régionale de Santé, n’ont répondu à nos demandes. C’est le mépris. Alors, ça a suscité une telle colère, on s’est dit : ’Il ne nous reste plus que ça, la grève de la faim, nous mettre en danger."

    À Amiens, à l’hôpital Philippe Pinel, la situation, pourtant déjà critique, s’est encore dégradée : deux psychiatres viennent de démissionner, laissant les services médicalement exsangues. Près de quarante postes sont aujourd’hui vacants. Et les mêmes causes produisent (à peu près) les mêmes effets : « Par manque de places, des patients doivent parfois dormir en chambre d’isolement, en contradiction avec tous les protocoles. »

    #vidéo #psychiatrie #contention #maltraitance_institutionnelle #CH_du_Rouvray


  • Hôpital psychiatrique du Rouvray : « Lettre ouverte des salarié·es en lutte à la Ministre de la Santé »
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/290518/lettre-ouverte-des-salarie-es-en-lutte-la-ministre-de-la-sante

    Cette lettre ouverte a été écrite au premier jour de la grève de la faim à l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray (près de Rouen). Depuis, le nombre de grévistes de la faim s’est porté au nombre de 7.

    Sotteville Les Rouen, le 22 mai 2018.

    Madame la Ministre,

    Depuis ce matin, mardi 22 mai 2018, cinq agents du Centre Hospitalier du Rouvray ont fait le choix, difficile, de mettre leur vie en jeu !

    Ces cinq personnes se sont déclarées en grève de la faim illimitée !

    Cette situation gravissime est le fruit de la rigidité et du mépris de vos services...

    En grève reconductible depuis le 22 mars 2018, les agents du CH du Rouvray se sont heurtés, depuis, à la ‟surdité” de leur Directeur, de la Directrice de l’ARS Normandie et même de votre Directeur de Cabinet Adjoint...

    La situation est insupportable :

    • Sur occupation chronique, avec lits de camps et accueil indigne d’un établissement de santé !

    • Besoin impérieux de la création de deux unités de soins :

    - Unité d’hospitalisation adolescents

    - Unité d’Hospitalisation Spécialement Aménagée

    • Manque criant de personnel dans les UF intra comme dans les UF extras hospitalières

    • Fermeture progressive des Unités de soins ambulatoires par manque de personnel (le contraire du virage ambulatoire préconisé par notre Ministère !)

    Les ‟non réponses” obtenues auprès de nos tutelles sont désarmantes :

    • On nous assène des chiffres et des moyennes pour nous démontrer ‟qu’il y a pire que nous” !

    • On ‟nous entend” mais personne ne semble nous écouter !

    • Demain, peut-être, il se passera quelque chose.... (on y travaille)

    Aujourd’hui, mardi 22 mai 2018, cinq personnes ont fait le choix de mettre leur vie en danger pour enfin se faire entendre dans un système de santé sourd à la souffrance de son personnel, broyé par des logiques comptables et des plans d’austérité !

    Madame la Ministre nous sollicitons votre intervention, rapide, afin de négocier, enfin, une sortie digne de ce conflit social. Cinq vies sont en jeu aujourd’hui...

    Veuillez agréer, Madame la Ministre, nos sentiments amers mais respectueux.

    Les syndicats :

    CGT

    CFTC

    CFDT

    SUD

    Le Comité de Grève du #CH_du_Rouvray

    Les agents non syndiqués du CH du Rouvray

    –—

    Contact du comité de soutien : soutienrouvray@netcourrier.com.

    Page Facebook des grévistes de la faim : https://www.facebook.com/GREVE-de-la-FAIM-au-Rouvray-389132238239225.

    Caisse de grève : https://www.lepotcommun.fr/pot/4og8ztsh.

    #psychiatrie


  • Une lutte très dure est en cours au sein de l’#hôpital_psychiatrique du Rouvray, près de Rouen. Au point que sept salarié·es sont aujourd’hui en grève de la faim. Selon le personnel, il y a l’équivalent d’une unité « fantôme » de patient·es, accueilli·es sur des lits de camp ou dans des bureaux, et pas plus de salarié·es pour autant.

    Le blog du comité de soutien
    https://blogs.mediapart.fr/solidarite-rouvray/blog/280518/comite-de-soutien-aux-grevistes-de-la-faim-de-lhopital-psychiatrique

    Après deux mois de grève illimitée pour l’obtention :
    – d’une véritable unité pour adolescent.es
    – 52 postes soignants
    – Une réelle remise à niveau des effectifs qui permettrait d’accueillir de façon digne les pa-tients au CH du Rouvray
    – La suppression des lits supplémentaires (lits de camp)
    – Une U.H.S.A
    Aucune réponse de la direction, ni de l’ARS.
    Depuis le 22 Mai, 7 salarié.e.s de l’hôpital ont décidé de commencer une grève de la faim illimitée.
    Le personnel toutes catégories confondues (soignants, techniques, logistiques, administratifs) ne supporte plus d’accueillir des personnes vulnérables, en grande souffrance dans des conditions indignes du service public.
    Les agents hospitaliers souffrent de sous-effectif chronique, entrainant des accidents du travail, une usure professionnelle.
    Rappelés sur leurs jours de repos, on les culpabilise au nom de la continuité des soins.

    Ils et elles sont victimes de maltraitance institutionnelle, de perte de sens du travail.
    Parfois en grand précarité, recrutés sous contrat de trois mois renouvelables sur plusieurs années, et donc malléables à merci.
    La politique hospitalière favorise une course à l’activité avec toujours moins de moyens.
    L’Agence régionale de santé (ARS) refuse toute augmentation des effectifs soignants, méprisant totalement les témoignages des soignants et leurs revendications.
    Qu’attendent les tutelles, les financeurs, le gouvernement… un drame ?

    La page FB des grévistes de la faim
    https://www.facebook.com/GREVE-de-la-FAIM-au-Rouvray-389132238239225

    #psychiatrie #santé #service_public #CH_du_Rouvray


  • Attaque de Saint-Étienne-du-Rouvray : une enquête accable les services de renseignement
    https://www.crashdebug.fr/actualites-france/14372-attaque-de-saint-etienne-du-rouvray-une-enquete-accable-les-service

    Une enquête publiée par Mediapart accuse les services de renseignement français d’avoir négligé des informations concernant les auteurs de l’attaque de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) quelques jours avant leur passage à l’acte.

    L’enquête accuse les services de renseignement français. Selon un article publié par Mediapart, la mort du père Jacques Amel, assassiné à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), aurait pu être évitée. Cinq jours avant l’attentat, les deux tueurs, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean sont déjà connus des renseignements. Un brigadier découvre alors des messages publiés par Kermiche sur la messagerie cryptée Telegram. Ces messages ne laissent que peu de doutes sur ses intentions : "Tu vas dans une église et déglingue tout le monde, je ne sais pas (...)


  • La France frappée par une pénurie de beurre
    http://www.lemonde.fr/economie-francaise/article/2017/10/19/la-france-frappee-par-une-penurie-de-beurre_5203434_1656968.html

    Les professionnels le prédisaient depuis le printemps dernier, et ça y est, la pénurie de beurre est arrivée. « Il y a une pénurie de beurre depuis un bon mois », affirme la responsable de caisse de l’Intermarché de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), signalant que les produits de marque de distributeurs sont indisponibles et que seuls sont disponibles les produits les plus chers.

    La hausse de la demande dans les pays développés comme dans les pays en développement est responsable de cette pénurie. A cela s’ajoute le retour en grâce de la matière grasse animale, après trente ans de dédain de la part des nutritionnistes, mais aussi un goût prononcé pour les viennoiseries françaises au beurre, notamment en Chine.

    Encore un coup des Chinois !
    Mais vu par la distribution qui a su s’approprier la marge quelle qu’elle soit, tout va bien, enfin, peut-être des #problèmes_ponctuels.
    (chez moi - Paris XIV - ça fait une bonne semaine qu’il n’y a plus de demi-livres en rayon)

    En conséquence, les prix ont explosé : payé 2 500 euros la tonne en avril 2016, les cours du beurre ont atteint 7 000 euros la tonne l’été dernier. La hausse a touché de plein fouet l’industrie agroalimentaire, qui a vu ses coûts exploser mais n’a pas pu pour autant les transférer dans la grande distribution, qui fixe les prix annuellement.
    Il n’y a que des « pénuries ponctuelles, souvent liées à des problèmes de logistique, et à la population des gens un peu affolés qui en achètent plus que d’habitude », assure Hugues Beyler, directeur agriculture de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

    Et kicéki trinquent ? Surprise ! les producteurs !

    Les producteurs laitiers français, eux, ne bénéficient que très peu de cette envolée des tarifs du beurre, qui ne contribue pas à une hausse significative des prix du lait. Pire, en augmentant le volume de lait produit pour fabriquer plus de beurre avec la matière grasse, il risque de leur rester sur les bras une grande quantité de poudre de lait, déjà en surproduction dans l’Union européenne.

    • J’ai lu ailleurs que le fait de choisir des vaches tellement productives en lait qu’elles ne peuvent plus marcher à cause du poids de leurs mamelles a aussi appauvri la teneur en nutriments du lait produit et plus particulièrement en matière grasse.
      Plus de volume = plus de flotte, en gros. Donc, faut boire nettement plus de lait pour recevoir autant de nutriments qu’avant (et on ne parle que de lait entier, hein !).
      Et pour extraire du beurre, forcément…

    • La pénurie de beurre « ne va pas durer », assure le ministre de l’agriculture
      http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/24/la-penurie-de-beurre-ne-va-pas-durer-assure-le-ministre-de-l-agriculture_520

      La pénurie de beurre qui a récemment démarré en France « ne va pas durer », a assuré mardi 24 octobre Stéphane Travert, le ministre de l’agriculture. « Nous avons affaire à deux facteurs : une baisse de la lactation des vaches et une baisse de la collecte sur la période de l’été, conjuguée à une demande très forte des pays étrangers qui a fait monter les prix », a expliqué le ministre, invité sur Sud Radio.

      « Nous allons revenir sur une collecte plus importante, donc je pense que les choses vont revenir progressivement dans l’ordre, a-t-il dit. Nous avons une production laitière très importante qui va remonter puisque nous entrons dans la période automnale et hivernale. »

      « Ce que nous pouvons faire, ici, c’est saisir le médiateur des relations commerciales pour que les distributeurs et les transformateurs s’entendent », a-t-il déclaré. « Il y a urgence », a reconnu le ministre de l’agriculture, qui s’est néanmoins refusé à donner une date pour un retour à la normale.

      La hausse de la demande dans les pays développés comme dans les pays en développement est la principale cause de cette pénurie. A cela s’ajoute le retour en grâce de la matière grasse animale, après trente ans de dédain de la part des nutritionnistes, mais aussi un goût prononcé pour les viennoiseries françaises au beurre, notamment en Chine.

      Face à cette explosion de la demande, la production laitière a baissé en Nouvelle-Zélande, plus gros exportateur mondial de lait, ainsi qu’en Europe, où la fin des quotas laitiers il y a deux ans avait provoqué une surproduction et donc une chute des cours poussant les éleveurs à réduire leurs tonnages.

      En conséquence, les prix ont explosé : payé 2 500 euros la tonne en avril 2016, les cours du beurre ont atteint 7 000 euros la tonne l’été dernier. La hausse a touché de plein fouet l’industrie agroalimentaire, qui a vu ses coûts exploser mais n’a pas pu pour autant les transférer dans la grande distribution, qui fixe les prix annuellement.

    • Vu de la tête de gondole : le gérant de la moyenne surface à côté de chez moi dit que la pénurie va durer jusqu’en février 2018. Il a quelques arrivages, mais les distille tout au long de la journée en mettant 10 ou 12 plaquettes à chaque fois.

      La grande surface, un peu plus loin, ne s’embête pas et place la totalité du carton… qui disparait donc en 10 minutes et laisse un grand vide pour le reste de la journée.

    • Ah ben, voilà !

      Pourquoi la France ne connaît pas vraiment une « pénurie » de beurre
      http://www.lemonde.fr/economie/article/2017/10/25/pourquoi-la-france-ne-connait-pas-une-penurie-de-beurre_5205775_3234.html

      Le pays est le seul à voir ses étals se vider. En cause : un bras de fer entre distributeurs et industriels, qui préfèrent vendre la production à l’étranger, à meilleur prix.

      A en croire les étals de supermarchés, la pénurie de beurre va croissant. On ne compte plus les photos circulant sur les réseaux sociaux montrant des étagères réfrigérées vides de leurs précieuses plaquettes. Même les médias étrangers se mettent à relayer cette « disette » qui mettrait en danger la gastronomie française, et menacerait les piliers du petit déjeuner. Mais pourquoi ce phénomène ne touche-t-il que la France ?
      […]
      Car à la hausse des tarifs s’ajoute un conflit entre fournisseurs et distributeurs. Chaque année, en février, la grande distribution s’entend avec ses fournisseurs de beurre sur un prix d’achat. Cette fixation du tarif consenti aux producteurs par les centrales d’achat est établie de façon annuelle. Or, depuis l’accord de février 2017, le cours du beurre s’est envolé, mais les prix sont restés sensiblement les mêmes, avec une augmentation moyenne constatée de seulement 5 % en un an dans les supermarchés.

      Dès lors, le marché national est devenu moins rémunérateur pour les industriels français. « On observe un choix des fournisseurs de se détourner vers d’autres produits plus rémunérateurs comme le fromage, ou d’autres marchés qui ont répercuté cette hausse du prix du beurre », note Adrien Pierre [
      analyste marchés laitiers au cabinet de conseil Agritel].

      A titre de comparaison, les supermarchés allemands, dont le fonctionnement avec les fournisseurs est davantage calqué sur les soubresauts du marché, ont augmenté leurs tarifs de 72 %, selon le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière. C’est ainsi que, si les étals se vident en France, les exportations de beurre français ont augmenté durant l’été.

      Résultat, l’approvisionnement des supermarchés en pâtit. Et un sentiment de panique gagne les Français, champions du monde de la consommation de beurre, avec une moyenne de 8,3 kilos par an. « Il suffit qu’un consommateur achète deux plaquettes de beurre au lieu d’une par souci de faire des réserves, et le marché est déstabilisé », analyse Jean-Marie Séronie [agroéconomiste].

      on résume :
      – comme le producteur ne peut pas augmenter son prix de vente en France, il vend ailleurs,
      – mais, évidemment, ça reste la faute du consommateur s’il y a des pénuries


      Le Sucre, 1978, inspiré des pénuries de 1974


  • Racisme, antisémitisme, xénophobie : un net recul, par Dominique Vidal (La valise diplomatique, 5 avril 2017)
    https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2017-04-05-Racisme-antisemitisme-xenophobie #st

    De Charlie et de l’Hyper Cacher, en janvier, au Bataclan, en novembre, les tueries des djihadistes à Paris ont marqué l’année 2015. Après ces drames, il fallait beaucoup de naïveté pour croire qu’une grande manifestation consensuelle, comme celle du 11 janvier 2015, vaccinerait les Français contre le rejet de l’autre. De fait, les statistiques officielles ont indiqué, pour cette année noire, une explosion des « menaces » et des « actes » antimusulmans : + 223 %. Les faits d’antisémitisme, eux, reculaient légèrement.

    Cette tendance allait-elle se confirmer en 2016, à nouveau frappée par de terribles attentats, notamment à Nice et Saint-Etienne du Rouvray ? Non, bien au contraire, permet de répondre le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (#CNCDH) sur « La lutte contre le #racisme, l’#antisémitisme et la #xénophobie ». Les chiffres du Service central du renseignement territorial (SCRT) au ministère de l’intérieur sont clairs : les « menaces » et « actions » à caractère antisémite, antimusulman et autre ont connu une baisse significative de 44,69 % durant l’année 2016. Plus précisément, les actes antimusulmans reculent de 57,5 % (182 actes, contre 429 en 2015 et 133 en 2014), les actes antisémites de 58,5 %, et les « autres faits » de 23,7 %.

    http://zinc.mondediplo.net/messages/57679 via Le Monde diplomatique


  • Journal d’un réfugié syrien | Visite en France
    http://asile.ch/2017/02/19/journal-dun-refugie-syrien-visite-france

    Pendant les vacances, avec ma femme, j’ai rendu visite à Maïn et à sa famille, à Rouvray, un petit village dans les environs de Dijon, en France. Ils y sont arrivés le 20 décembre dernier. Ce sont les derniers Syriens de mes connaissances à avoir quitté la Turquie pour l’Europe. Leur périple a été interminable.