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  • Le phénomène ThinkerView ou le triomphe de l’info non-formatée
    https://www.marianne.net/medias/le-phenomene-thinkerview-ou-le-triomphe-de-l-info-non-formatee

    Attirant des centaines de milliers d’internautes, ThinkerView se pose en "anti-chaîne info" et semble surtout répondre à un besoin inassouvi de comprendre la complexité du monde.

    C’est devenu une sorte de must de l’interview. Un endroit privilégié où l’on s’adresse à ceux qui ne regardent plus la télé. En témoigne le geste d’Edwy Plenel annonçant le 24 mai qu’il profite de son passage sur ThinkerView pour lancer une offre d’abonnement à Mediapart, avec un accès gratuit le week-end suivant son intervention en direct. Un signe marketing de l’intérêt porté à « la chaîne qui monte », comme l’a qualifiée l’ex-directeur de la rédaction du Monde. L’influence médiatique a dérivé vers le Web, et une chaîne YouTube peut connaître plus de retentissement que tout autre canal. Alain Juillet en fut sidéré après sa visite en 2018 dans le décor noir à la lumière soignée de ThinkerView. « J’ai été invité par l’intermédiaire d’amis qui travaillent dans l’intelligence économique et qui m’ont incité à accepter, confie cet ancien directeur du renseignement à la DGSE. En arrivant dans la cave faisant office de studio, je me suis demandé ce que je faisais là. Mais j’ai découvert un monde à l’impact effarant. J’avais déjà fait des passages télé, mais jamais connu ça. Des gens m’arrêtent depuis dans la rue parce qu’ils m’ont vu sur ThinkerView. »

    Son interview, un panorama de la géopolitique mondiale, approche les 900 000 vues. Pour plus de deux heures de décryptage, ce que l’on ne voit nulle part ailleurs. Un livre atteste l’effet ThinkerView : Crépuscule, de Juan Branco. Best-seller de ce printemps, il est numéro un des ventes dès sa sortie. Ignoré par les médias mainstream, ce pamphlet contre la Macronie est paru une semaine après que son auteur s’est retrouvé dans le fauteuil de l’interviewé. « Il est impossible de mesurer l’impact sur les ventes mais l’effet amplificateur paraît évident », remarque Florent Massot, coéditeur de Crépuscule. Branco a rapidement accumulé plus de 1 million de vues, l’audience record de la chaîne, supérieure à celle de bon nombre de programmes de télévision. Mais dans ce format long qui parvient à captiver l’auditoire. « Thinker view, c’est l’antichaîne info », estime Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Défense, invité pour des entretiens où il explique comment la propagande fausse notre vision des conflits. Avec une liberté de ton rare.

    « L’intervieweur pose des questions simples auxquelles on peut répondre de façon directe », résume l’analyste. ThinkerView, c’est d’abord cet intervieweur qui n’apparaît pas à l’écran et se fait appeler Sky. Il refuse de nous rencontrer et déclare quand on lui demande d’où il vient : « Tu ne vas rien savoir sur moi. » Pas même son identité. On découvrira toutefois qu’il est un fils de médecin, d’une quarantaine d’années, qui ne dément pas se prénommer Bertrand. La page Wikipédia de ThinkerView lui accole le nom de « Calinou », patronyme à l’imaginaire affectueux renvoyant à une culture revendiquée par Sky, celle des hackeurs.
    Rejet du journalisme du "star system"

    « Ce milieu écrit sous pseudo depuis que les journalistes de reflets.info ont été menacés de mort et convoqués à la DGSE pour avoir enquêté sur la surveillance numérique, rappelle Fabrice Epelboin, spécialiste du Web qui enseigne à Sciences-Po et publia sur Reflets. Je connais Bertrand depuis longtemps, mais, réflexe typique de hackeur pour ne pas mettre l’autre en danger, je ne veux pas savoir son nom. Il a raison de ne pas le divulguer, et ça s’inscrit dans son rejet en bloc du journalisme du star system. »

    Ledit Bertrand « n’aime pas les journalistes ». Du moins ceux d’aujourd’hui, car il « regrette le temps où les gens prenaient le temps de se parler », comme dans « Italiques », l’émission de l’ORTF à laquelle participait Marc Ullmann. Ce journaliste, décédé en 2014, apparaît comme son mentor. Il l’a accueilli au Club des vigilants, un think tank créé en 1999 avec le but d’apprivoiser l’avenir en agissant pour le mieux afin d’éviter le pire. Là où Bertrand imagina ThinkerView, lancé en 2013 avec l’aide d’amis travaillant comme lui dans la sécurité informatique et le soutien de Marc Ullmann.

    Le premier interviewé fut Jacques Blamont, pionnier de la recherche spatiale et auteur d’Introduction au siècle des menaces. Dans sa vidéo inaugurale, il parle d’ « une humanité qui va dans le mur » alors que la technologie avance à une vitesse exponentielle inédite. « Le genre de considérations qui échappe totalement au public », soulignait cet octogénaire, répondant aux objectifs de ThinkerView : « Ecouter les points de vue peu médiatisés afin d’élargir nos prismes de lecture » et « appréhender toute la complexité des enjeux actuels et futurs de notre monde. »

    « C’est une chaîne lanceuse d’alerte », considère Stéphanie Gibaud, qui a consacré un livre (la traque des lanceurs d’alerte, Max Milo Editions) aux poursuites dont sont victimes ceux qui ont déclenché l’alarme. Invitée à ThinkerView en juin 2017, elle appréciait déjà ce « média qui pousse à la réflexion en présentant des regards inhabituels. On y découvre la collapsologie, les dysfonctionnements de notre système économique, mais aussi des esquisses de solution pour le futur ». Depuis six ans, plus de 150 interviews ont été réalisées, avec dès la troisième, l’apparition d’un logo représentant un cygne noir. Une référence à la théorie selon laquelle un événement aussi rare qu’imprévisible peut avoir des conséquences colossales.
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    Comme à la recherche de ces tournants clés, ThinkerView accueille une large palette d’invités. Un banquier peut annoncer que « la réalité du risque est camouflée à tous les niveaux » d’un système financier où l’on joue déraisonnablement sur les effets de levier. Le ministre conseiller de l’ambassade de Russie se voit interroger sur l’usine à trolls qui s’activa depuis son pays à influencer des élections à l’étranger. Des experts en énergie nous informent sur la réalité du pétrole de schiste, et des hackeurs, sur la possibilité d’une cyberdictature. Un policier apporte son expérience dans la lutte contre le terrorisme, un ingénieur avertit de l’impasse écologique où nous mène le high-tech, un taxi dénonce le sacrifice de sa profession, un général explique pourquoi la guerre revient tandis qu’un illustre physicien livre un cours magistral sur le boson de Higgs. Autant d’intervenants qui font dire aux fidèles de la chaîne qu’elle relève du service public. « La diversité et la qualité des invités qui ont le temps de développer une pensée complexe me permettent de mieux saisir ce monde dans lequel on vit », note Jean-Philippe, un artisan de 52 ans.
    Démarche de hackeur

    On peut s’étonner que ThinkerView ait su attirer depuis ses débuts des personnalités qui vont de l’homme d’affaires libanais Michel Eléftériadès au professeur de l’université de Berkeley Peter Dale Scott, de l’activiste des mers Paul Watson au footballeur Lilian Thuram en passant par le philosophe Edgar Morin, le mathématicien Cédric Villani ou encore Marc Luyckx Ghisi, conseiller de Jacques Delors à la Commission européenne en charge de la prospective. « Bertrand a un gros carnet d’adresses et un culot qui lui permet de brancher n’importe qui », indique son ami Olivier Delamarche, analyste financier avec qui il a cofondé en 2014 Les Econoclastes, un think tank multidisciplinaire très porté sur la macroéconomie. Un des terrains de prédilection de ThinkerView qui a sollicité à maintes reprises des représentants de ces éconoclastes.

    Mais, « la plupart du temps, les invités nous sont proposés par la communauté qui nous suit comme on regarderait une série, avec des gens qui interagissent entre eux, explique Bertrand, pour signifier l’importance de la connectivité avec un public partie prenante du programme grâce à Internet. On est partout, du livreur de pizza au banquier international, et des poissons pilotes sortent du banc pour dénicher des auteurs ou des personnalités intéressantes. » En établissant éventuellement le contact. Avec cette méthode, ThinkerView, forte de sa communauté et de son audience, arrive aujourd’hui à recevoir à peu près qui elle veut.

    Tout a longtemps dépendu d’un engagement bénévole. Un précieux apport technique a été offert par Les Parasites, collectif de jeunes cinéastes qui réalisait les émissions et a aidé à concevoir ce décor graphique sur fond noir immédiatement reconnaissable. Il peut s’installer n’importe où, par exemple au ministère de Mounir Mahjoubi pour l’entretien de ce dernier. Les Parasites ont également permis d’obtenir en 2018 une subvention du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) de 50 000 €.

    “LA QUALITÉ A UN COÛT, MAIS IL EST ESSENTIEL DE RESTER GRATUIT. C’EST LA DÉMARCHE DU HACKEUR QUI MET TOUT SUR LA TABLE ET LAISSE FAIRE CE QU’ON VEUT.” BERTRAND

    « Sans cela on aurait arrêté, mais si la communauté arrive à nous faire tenir, on ne redemandera pas cette aide », signale Bertrand. Car un système de crowdfunding est utilisé depuis un an pour financer une équipe qui s’est professionnalisée. Et la communauté répond présente en apportant chaque mois de quoi payer les techniciens, le matériel, un studio, ainsi qu’un salaire pour Sky. En mai 20 000 € ont été récoltés grâce à plus de 2 000 donateurs. De quoi pérenniser un modèle économique où certains paient pour que chacun puisse en profiter. « La qualité a un coût, mais il est essentiel de rester gratuit, insiste Bertrand. C’est la démarche du hacker qui met tout sur la table et laisse faire ce qu’on veut. »
    Soupçons de conspirationnisme

    Depuis six mois, la presse se penche sur ce phénomène, avec des articles dans les Inrocks et sur Francetvinfo. A chaque fois, on cherche à percer ce mystère incarné par Sky, et on conclut sur un soupçon de conspirationnisme en s’appuyant sur Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, qui diagnostique chez ThinkerView « une culture complotico-compatible » ou un « tropisme procomplotiste ». Dans M, le magazine duMonde, un article a également été consacré à cette chaîne qui a connu une hausse significative de ses abonnées sur YouTube depuis le mouvement des « gilets jaunes ». « Il a été modifié dans la version Web après parution, relate Laureen Ortiz, son auteur, une journaliste qui a travaillé aux Etats-Unis pour Libération et l’AFP. Il a été ajouté que ThinkerView avait des relents conspirationnistes et que Les Econoclastes produisaient des analyses biaisées, sans dire en quoi. A mon sens, de l’idéologie est venue se mêler à l’affaire, alors que je me borne au terrain et me fie à mon instinct. Or, j’ai surtout senti chez Sky une sorte de résistance à l’esprit libre, voire anar. »

    Découvrant le relookage conspi de son article, Laureen a publié un commentaire toujours en ligne indiquant que des ajouts avaient été effectués sans son accord, et elle a réclamé que sa signature soit retirée. Cette suspicion de conspirationnisme repose sur le reproche fait à ThinkerView d’avoir invité une poignée d’individus catalogués dans une indéfinie mouvance complotiste, comme le sulfureux panafricaniste Kemi Seba ou le journaliste Laurent Obertone qui a publié des enquêtes sur la délinquance et l’immigration dont Marine Le Pen a fait la promotion.

    « Ils représentent des courants de pensée très importants dans la société, objecte Fabrice Epelboin. Même s’ils peuvent mettre mal à l’aise, ne pas leur donner la parole ne fait qu’accroître leur crédit en laissant monter le sentiment qu’il y a des choses à cacher. » « Appréhender la réalité, c’est la regarder intégralement, même quand ça dérange votre idéologie, ajoute Alain Juillet. Cela ne m’étonne pas que l’on taxe ThinkerView de conspirationnisme, car cet anathème tombe vite aujourd’hui pour qui sort de la pensée unique. Mais une autre perception se met en place chez un public qui ne veut plus se faire manipuler et préfère s’informer sans se limiter à une seule lorgnette ne proposant qu’une vision partielle et partiale. »

    Alors on peut toujours aller chercher des poux à ThinkerView, trouver que son intervieweur a laissé dérouler certains discours sans les contredire, ou qu’il ferait parfois mieux de se taire, mais cette chaîne comble un vide médiatique en répondant à un besoin de connaissance. Sans œillères, et en incitant à remettre en question ce qui se dit à l’écran grâce à la plate-forme Captain Fact qui offre la possibilité de réfuter les affirmations d’un intervenant. Le succès de ThinkerView devrait plutôt interpeller notre profession, que Sky fustige tout en l’idéalisant, lui qui a interviewé Denis Robert, Paul Moreira ou Elise Lucet, en partisan de l’investigation. « Je respecte la vraie presse et ceux qui ont dédié leur vie à ce boulot comme à une passion, mais la majorité des journalistes est tenue en laisse ou affamée », déplore l’homme dans l’ombre. À la profession de démontrer sa capacité à produire une info débridée.

    #masculinisme

    • J’aime bien Thinkerview, mais ca manque gravement de femmes et il y a beaucoup de propos antiféministes, presque à chaque entretiens on a le droit à une question « pourquoi les belles femmes ne couchent qu’avec les riches ? ». Dans cet article il me semble voir en action un mécanisme de l’invisibilisation des femmes :

      « la plupart du temps, les invités nous sont proposés par la communauté qui nous suit comme on regarderait une série, avec des gens qui interagissent entre eux, explique Bertrand, pour signifier l’importance de la connectivité avec un public partie prenante du programme grâce à Internet. On est partout, du livreur de pizza au banquier international, et des poissons pilotes sortent du banc pour dénicher des auteurs ou des personnalités intéressantes. » En établissant éventuellement le contact. Avec cette méthode, ThinkerView, forte de sa communauté et de son audience, arrive aujourd’hui à recevoir à peu près qui elle veut.

      Combien de femmes dans cette communauté de « hackers » qui choisissent les personnes à invité et organisent les prises de contacte ? J’ai pas le temps aujourd’hui mais je vais calculé un jour leur % de femmes interviewer à mon avis ca dépasse pas les 5-10%
      #invisibilisation_des_femmes #silenciation #femmes #thinkerview

    • Je ne connais pas bien ces #vidéos mais j’étais tombée dessus plein de fois et j’avais noté aussi le biais de genre, pas les remarques sexistes entre mecs pour rigoler puisque je n’étais pas allée plus loin (et pas le biais racial, qui est aussi assez évident).

      Le succès du truc est assez étonnant et je crois qu’il marque un peu l’échec de la gauche à produire de telles formes (qu’elle laisse à des petits mecs visiblement pas très cultivés politiquement, comme elle laisse son agenda militant et le reste... problème de manque de socialisation militante). Thomas Lacoste a essayé de faire ça vers 2007, interviewer des intellectuel·les en leur donnant un peu plus de temps qu’à la télé. Peut-être ne diffusait-il pas assez sur Internet, peut-être n’avait-il pas eu confiance dans la capacité des gens à écouter deux heures d’explications savantes ou précises. En tout cas, c’est intéressant au regard de ce qui se passe, cette télé qui postule que « les gens sont cons » en leur fourguant des micro-formats (France Inter qui met de la musique tous les quarts d’heure pour éviter la surchauffe de cerveau) et les gens qui se rebellent en écoutant en masse des propos qui se déploient dans la longueur, de gens qui partagent des informations sur leur expérience très spécifique et riche du monde social. Ça correspond aussi à une envie assez vaine de « ne pas être dupe » mais c’est aussi assez rassurant.

  • « Un public éloigné des traits sociologiques des gilets jaunes » - Libération
    https://www.liberation.fr/debats/2019/03/14/un-public-eloigne-des-traits-sociologiques-des-gilets-jaunes_1715170


    « Un public éloigné des traits sociologiques des gilets jaunes »
    Infographie Julien Guillot

    Le directeur du Cevipof livre en exclusivité les résultats d’une enquête d’observation de plus de 200 débats en France.

    Professeur des universités à Sciences-Po et directeur du Centre d’études de la vie politique (Cevipof), Martial Foucault a coordonné un réseau d’observateurs qui se sont penchés sur 240 débats sélectionnés chaque semaine par tirage au sort dans l’ensemble de la France métropolitaine. Au total, 2 500 questionnaires ont pu être exploités.

    Quels enseignements pouvez-vous tirer de votre enquête ?
    J’insisterai à ce stade sur une question majeure : qui a pris part aux 10 000 débats déclarés officiellement ? Chiffre qu’il faudra réviser à la baisse, d’environ 10 %, en raison de doublons et de faux débats. A l’arrivée, près de 70 % des participants ont accepté de répondre aux questionnaires que nous avons administrés sur place, un chiffre très élevé. Grâce à ces réponses, nous pouvons dresser à grands traits un portrait sociologique. Ce sont majoritairement des hommes (55 %), âgés (60 ans en moyenne), retraités (50 %) et actifs de plus de 50 ans (34 %), dotés d’un fort capital humain (64 % déclarent détenir un diplôme de l’enseignement supérieur) et propriétaires de leur logement (75 %).

    En quoi cette sociologie est-elle singulière ?
    Tout d’abord, elle n’est pas un miroir de la société française dans son ensemble. Ensuite, elle semble, même s’il faut rester prudent, éloignée des traits sociologiques des gilets jaunes et par extension du soutien des gilets jaunes. Par exemple, sur le terrain des caractéristiques sociales subjectives, les participants au débat nous ont indiqué s’en sortir soit « plutôt facilement » (55 %) avec leurs revenus, soit « très facilement » (11 %). Mais allons plus loin sur le terrain des attitudes mesurées par leur rapport à leur propre existence sociale. Il est frappant d’observer qu’ils sont nombreux à être satisfaits de la vie qu’ils mènent et plus encore très satisfaits de leur lieu de résidence.

    Les participants sont-ils des soutiens du Président, qui fut l’initiateur du grand débat ?
    C’est loin d’être évident. Car par rapport à cette impression de bien-être personnel, plus de 80 % d’entre eux anticipent que leur propre situation économique et sociale va se dégrader dans les prochaines années. Ce n’est donc pas la France des électeurs optimistes, heureux, qui avaient contribué à la victoire d’Emmanuel Macron qui s’est empressée de participer aux débats pendant deux mois. Mais ce n’est pas non plus une France défiante, conservatrice, fermée sur elle-même qui s’est mobilisée. Il y a clairement une France plurielle qui se sent soit menacée par le contexte de crise des gilets jaunes, soit déboussolée par les choix d’action publique de l’exécutif et qui souhaite proposer des alternatives. Je précise que cette inquiétude n’est pas psychologisante. Elle est bien réelle et verbalisée.
    […]
    La cartographie du grand débat est-elle différente de celle des « vrais débats » organisés par des gilets jaunes ?
    Lorsqu’on cartographie les débats officiels, on observe qu’ils sont organisés dans des territoires où la mobilisation des gilets jaunes a été la plus faible.

    A l’inverse, sans trop vouloir généraliser, on a observé l’organisation de « vrais débats » dans des départements où la mobilisation est la plus forte. Il s’agit de territoires plus enclavés, précarisés, dépendants fortement de l’Etat et dépourvus de métropole : le Loiret, l’Yonne, la Picardie, le Puy-de-Dôme ou la Haute-Loire. Dans ces territoires, il y a moins d’appétence pour le débat officiel, avec moins de 10 % de gilets jaunes dans ces réunions. Par souci de transparence, il serait intéressant de pouvoir indiquer la hiérarchie et la nature des doléances qui émanent de participants au grand débat national et celles, plus spontanées, issues des « vrais débats ».


    Infographie Clara Dealberto et Julien Guillot

  • La présidence Macron et la génération Descoings
    http://www.dedefensa.org/article/la-presidence-macron-et-la-generation-descoings

    La présidence Macron et la génération Descoings

    La présidence Macron est caractérisée par une brutalité festive et un besoin d’adoration déçu qui fait redoubler le régime en férocité. Tout cela se passe bien sûr avec l’assentiment des bourgeois qui reconnaissent en cet enfant terribleun des leurs.

    Mais la présidence Macron est en fait une métastase de la révolution Descoings, l’illustre énergumène qui à sciences-po imposa les minorités sans examen d’entrée, les études à douze/vingt mille euros par an, les salaires à un demi-million et une américanisation à outrance, le tout couronné par un culte de la personnalité à nul autre pareil.

    Il est important de revenir sur ce personnage à l’heure où, entouré de ministres et députés trentenaires tous diplômés d’un sciences-po très payant et très seyant, le résident de (...)

  • Avant les Gilets jaunes, voici comment Facebook a changé les conditions de la démocratie

    Tunisie, États-Unis, Venezuela… #Facebook a changé les règles de la démocratie bien avant les Gilets jaunes en France.

    L’essor du mouvement des Gilets jaunes est un exemple de plus de l’influence de Facebook dans la sphère politique. Depuis près de dix ans, le premier réseau social au monde offre un « terrain fertile » aux militants et aux colères en tout genre, remarque Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences-Po et spécialiste des médias sociaux. Utilisé comme outil de communication, d’organisation voire de manipulation dans les cas les plus controversés, Facebook s’invite dans les scrutins ou mouvements sociaux ces dernières années.

    . La #Tunisie et les #révolutions_arabes

    C’est en Tunisie, en 2011, qu’il joue pour la première fois un rôle déterminant. Parce qu’il permet de libérer la parole et de contourner la censure, de publier des photos et des vidéos de la répression et d’organiser la mobilisation, Facebook prend une place centrale. Il permet « la naissance d’une nouvelle forme de contestation sociale », souligne Fabrice Epelboin.

    La colère des Tunisiens, qui a éclaté après l’immolation par le feu du jeune marchand de fruits et légumes Mohamed Bouazizi, prend alors « une trajectoire exponentielle » qui aboutira au départ du président Ben Ali. Cette « révolution Facebook » en inspirera d’autres dans le monde arabe, notamment en Égypte, où le réseau social a aussi été déterminant.

    2. #Occupy_Wall_Street et les citoyens

    Quelques mois plus tard, Facebook joue un rôle de catalyseur dans le mouvement Occupy Wall Street, lancé à New York pour dénoncer les abus du capitalisme financier. Des pages locales se créent dans la plupart des grandes villes américaines et aident le mouvement à se répandre à travers les États-Unis.

    Facebook permet aux « 99% », comme ils se surnomment, de recruter des activistes et de partager des informations. Sur le même modèle, le mouvement des Indignés, lancé en Espagne en mai 2011, s’était aussi appuyé sur Facebook pour grandir, tout comme la « révolution des parapluies » à Hongkong en 2014 ou plus récemment, Nuit debout en France en 2016.

    3. L’élection américaine et ses polémiques

    Mais la force de frappe de Facebook lui vaut également son lot de polémiques. Pendant la campagne présidentielle américaine de 2016, le réseau social sert de caisse de résonance aux fausses informations qui visent Hillary Clinton et le camp démocrate.

    Par ailleurs, l’équipe de Donald Trump s’appuie sur les services de la société britannique Cambridge Analytica, qui exploite les données privées de dizaines de millions d’usagers du réseau à leur insu pour cibler précisément les attentes de son électorat. Un scandale planétaire qui poursuit encore Facebook. Lundi, son PDG, Mark Zuckerberg, a promis que des mesures contre les ingérences seraient mises en place en vue des élections européennes.

    4. Au #Brésil, #Bolsonaro et sa campagne 2.0

    Fin 2018, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro utilise également Facebook pour faire campagne durant la présidentielle brésilienne. Poignardé à l’abdomen par un opposant à quelques semaines du scrutin, il multiplie les vidéos en direct pendant sa convalescence et court-circuite ainsi les canaux médiatiques traditionnels.

    Dans un pays réputé pour son « appétence pour les réseaux sociaux », selon Fabrice Epelboin, il utilise également WhatsApp, la messagerie qui appartient à Facebook, pour diffuser sa rhétorique sécuritaire et nationaliste auprès des 120 millions d’utilisateurs brésiliens. Une campagne 2.0 qui lui permet d’être largement élu fin octobre.

    5. Le #Venezuela et la parole de l’opposition

    Ces derniers jours, la crise au ­Venezuela a mis en lumière l’usage politique des réseaux sociaux par l’opposition. Facebook, comme Twitter et Instagram, permet en effet à Juan Guaidó – qui s’est autoproclamé président le 23 janvier – et à ses partisans de contourner la censure imposée par le régime aux télévisions et aux radios.

    De quoi excéder Nicolás Maduro, qui dénonçait en octobre 2017 la « dictature » des réseaux sociaux. L’observatoire de l’Internet NetBlocks a d’ailleurs signalé que Facebook, comme d’autres plateformes, avait été coupé de « façon intermittente » ces derniers jours.

    https://www.lejdd.fr/Medias/Internet/avant-les-gilets-jaunes-voici-comment-facebook-a-change-les-conditions-de-la-d
    #réseaux_sociaux #démocratie #résistance #révoltes #USA #printemps_arabes #Etats-Unis #gilets_jaunes

  • Lasch, Macron et la sécession des élites
    http://www.dedefensa.org/article/lasch-macron-et-la-secession-des-elites

    Lasch, Macron et la sécession des élites

    Un peuple contre son élite américanisée-friquée-bobo. La situation française est exemplaire, caricaturale. Le pays de la monarchie absolue est devenu celui de la dictature branchée absolue. D’où ces révoltes contre les Marie-Antoinette de la création… On se référera pour illustrer ce que je dis à l’incroyable livre de Raphaëlle Bacqué (un de mes anciennes condisciples à sciences-po) sur le Richard Descoings un temps idolâtré. Il explique la rupture entre un peuple et ses élites.

    Le célèbre écrivain de SF William Gibson distingue dans son Neuromancien les élites (qui ont accès aux riches banques de données) et la masse des hommes zombis qu’il nomme la viande. Gibson voit son pays développer une dystopie. La viande on le voit sous nos yeux, c’est la race honnie et méprisable (...)

  • « On voudrait une colère, mais polie, bien élevée »
    https://www.liberation.fr/debats/2018/12/06/on-voudrait-une-colere-mais-polie-bien-elevee_1696462

    Dans son dernier livre, Désobéir (Albin Michel, 2017), il cherchait les raisons de notre passivité face à un monde toujours plus inégalitaire. Aujourd’hui, une partie de la population s’insurge et Frédéric Gros, philosophe et professeur à Sciences-Po, analyse l’expression inédite de la colère des gilets jaunes.

    Salariés ou retraités, les gilets jaunes font parfois preuve de violence dans leurs propos ou dans leurs gestes. Comment l’expliquez-vous ?

    Déjà, il y a la part de violences émanant d’une minorité de casseurs ou de groupuscules venant pour « en découdre ». Elle est incontestable, mais il faut comprendre à quel point, en même temps, elle suscite un effroi émotionnel et un soulagement intellectuel. On demeure en terrain connu. Le vrai problème, c’est qu’elle est minoritaire. Elle est l’écume sombre d’une vague de colère transversale, immense et populaire. On ne cesse d’entendre de la part des « responsables » politiques le même discours : « La colère est légitime, nous l’entendons ; mais rien ne peut justifier la violence. » On voudrait une colère, mais polie, bien élevée, qui remette une liste des doléances, en remerciant bien bas que le monde politique veuille bien prendre le temps de la consulter. On voudrait une colère détachée de son expression. Il faut admettre l’existence d’un certain registre de violences qui ne procède plus d’un choix ni d’un calcul, auquel il est impossible même d’appliquer le critère légitime vs. illégitime parce qu’il est l’expression pure d’une exaspération. Cette révolte-là est celle du « trop, c’est trop », du ras-le-bol. Tout gouvernement a la violence qu’il mérite.

    Ce qui semble violent, n’est-ce pas aussi le fait que ce mouvement ne suive pas les formes de contestations habituelles ?

    Le caractère hétéroclite, disparate de la mobilisation produit un malaise : il rend impossible la stigmatisation d’un groupe et le confort d’un discours manichéen. Il a produit une sidération de la part des « élites » intellectuelles ou politiques. Non seulement elles n’y comprennent rien mais, surtout, elles se trouvent contestées dans leur capacité de représentation, dans la certitude confortable de leur légitimité. Leur seule porte de sortie, au lieu d’interroger leur responsabilité, consiste pour le moment à diaboliser ce mouvement, à dénoncer son crypto-fascisme. Cela leur permet de prendre la posture de défenseur de la démocratie en péril, de rempart contre la barbarie et de s’héroïser une nouvelle fois.

    Cette forme de désobéissance, cette violente remise en cause des corps intermédiaires et de la démocratie représentative constituent-elles un danger ?

    Les risques sont grands et ce spontanéisme représente un réel danger social et politique. Mais on ne va quand même pas rendre responsables de la crise de la représentation démocratique les perdants de politiques orientées toutes dans le même sens depuis trente ans. Nous payons la destruction systématique du commun durant ces « Trente Calamiteuses » : violence des plans sociaux, absence d’avenir pour les nouvelles générations, poursuite folle d’une « modernisation » qui s’est traduite par le déclassement des classes moyennes. La seule chose dont on puisse être malheureusement certain, c’est du fait que les victimes des débordements ou des retours de bâton seront les plus fragiles.

    Vous avez travaillé sur la notion de sécurité (1), que pensez-vous de la réponse de l’Etat après les manifestations et les dégradations ?

    De la part, cette fois, des forces de l’ordre, on entend le même discours : « Cette violence est totalement inédite, on n’avait jamais vu ça, un tel déferlement, une telle brutalité. » Il ne faudrait pas que cette mise en avant de la « nouveauté » ne serve d’écran à une augmentation de la répression.
    Dans votre récent livre, Désobéir, vous analysiez les racines de notre « passivité ».

    Que s’est-il passé pour que les gilets jaunes sortent du « confort » du conformisme ?

    Notre obéissance politique se nourrit pour l’essentiel de la conviction de l’inutilité d’une révolte : « à quoi bon ? » Et puis vient le moment, imprévisible, incalculable, de la taxe « de trop », de la mesure inacceptable. Ces moments de sursaut sont trop profondément historiques pour pouvoir être prévisibles. Ce sont des moments de renversement des peurs. S’y inventent de nouvelles solidarités, s’y expérimentent des joies politiques dont on avait perdu le goût et la découverte qu’on peut désobéir ensemble. C’est une promesse fragile qui peut se retourner en son contraire. Mais on ne fait pas la leçon à celui qui, avec son corps, avec son temps, avec ses cris, proclame qu’une autre politique est possible.

    Sommes-nous dans un grand moment de désobéissance collective ?

    Oui, une désobéissance qui a comme repère sûr sa propre exaspération. On a tout fait depuis trente ans pour dépolitiser les masses, pour acheter les corps intermédiaires, pour décourager la réflexion critique, et on s’étonne aujourd’hui d’avoir un mouvement sans direction politique nette et qui refuse tout leadership. Cette désobéissance témoigne profondément de notre époque. Il faut en priorité en interroger les acteurs.

    (1) Le Principe sécurité, Gallimard, 2012.

    #gilets_jaunes

  • Sexisme à l’Université de Strasbourg : deux an après, une charte et encore beaucoup de travail
    https://www.rue89strasbourg.com/sexisme-a-luniversite-de-strasbourg-deux-an-apres-une-charte-et-enc

    Deux ans après la publication des propos sexistes sur le blog Paye Ta Fac, l’Université de Strasbourg et Sciences-Po ont réagi avec… une charte et une cellule d’écoute. Des gestes insuffisants et inadaptés, d’après des étudiantes qui dénoncent une persistance des propos et des violences sexistes. (lire l’article complet : Sexisme à l’Université de Strasbourg : deux an après, une charte et encore beaucoup de travail)

  • « Aquarius » : le terrible silence de Brégançon - Libération
    http://www.liberation.fr/debats/2018/08/21/aquarius-le-terrible-silence-de-bregancon_1673762

    Il y a une semaine, après plusieurs jours de déshérence du navire en Méditerranée, Paris s’est finalement engagé à accueillir 60 des 141 réfugiés. La politique antimigratoire de la France et plus généralement de l’Europe compromet notre sécurité et notre humanité sans jamais régler le problème qu’elle prétend combattre.

    Il y a eu quelque chose d’ignoble dans ce face-à-face méditerranéen muet entre l’hôte du fort de Brégançon et l’#Aquarius en déshérence. Après tout, le port de Hyères est « sûr » et aurait pu accueillir ce navire. Ou, à défaut, celui de Toulon, encore plus « sûr » avec ses bateaux de guerre ! Et Emmanuel Macron aurait pu constater de visu, en se rendant sur le quai de débarquement, ce qu’être réfugié (et sauveteur) veut dire. Le geste eût conféré à son mandat une grandeur dont la portée diplomatique se serait longtemps fait sentir, et aurait mis le chef de l’État sur un même pied d’humanité que le pape François.

    Le Président a préféré se débarrasser du problème au téléphone. Il n’a pas eu un mot pour les 141 Africains, dont une moitié de mineurs, rescapés de la mer, qui cuisaient au soleil sur le pont du bateau errant. On ne saura jamais ce qu’aurait pensé de ce mutisme son maître supposé, Paul Ricœur. Point besoin, de toute manière, de grands auteurs pour savoir que les dirigeants européens s’enfoncent dans l’inhumanité la plus abjecte, et nous y font barboter avec eux. Jusqu’à ces Gibraltariens qui retirent à l’Aquarius son pavillon.

    Emmanuel #Macron a déclaré avoir pour livre de chevet l’ouvrage de Stephen Smith la Ruée vers l’Europe. La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent (Grasset, 2018). Un président ne devrait pas lire que cela. Il pourrait consulter les publications des chercheurs qui travaillent sur le #Sahel et le #Sahara. Il en tirerait une plus juste mesure du « problème » de l’immigration, qui relève largement du fantasme statistique et de la manipulation politique. Le Président devrait surtout prendre connaissance des témoignages de #migrants ouest-africains échappés de l’enfer libyen qu’a recueillis le journaliste suisse Etienne Dubuis (1). Car - faut-il le rappeler ? - il s’agit d’abord d’enfants, de femmes, d’hommes, que les dirigeants européens ont donc décidé de renvoyer là d’où ils cherchent à fuir l’esclavage, le viol et la mort : la #Libye, avec les autorités et les milices de laquelle ils ont signé des accords, d’abord secrets, et maintenant officiels, de « réadmission » des fugitifs.

    Certes, dira le prétendu bon sens en reprenant la formule d’un autre mentor du Président, Michel Rocard, l’Europe « ne peut pas accueillir toute la misère du monde ». Mais il s’agit en l’occurrence d’accueillir la misère que l’Europe a contribué à créer : en instaurant une sainte alliance antipopulaire avec les gouvernements africains qui ont mené leur continent dans l’impasse économique ; en imposant, à partir des années 80, des programmes d’ajustement structurel qui ont accru la pauvreté de la masse sans fournir d’opportunités économiques à la majorité des diplômés ; en intervenant militairement en Libye pour renverser Kadhafi, sans se préoccuper de l’onde de choc régionale ni des migrants africains qui y travaillaient ou y transitaient. Comme l’a rappelé Ibrahima Thioub dans son discours de réception du titre de docteur honoris causa à Sciences-Po, les Etats européens et africains sont coresponsables de la réinvention contemporaine de l’esclavage sur les rives de la Méditerranée, les uns par leur rejet d’une main-d’œuvre que leurs économies appellent pourtant, les autres par leur iniquité.

    La politique antimigratoire de l’Europe est criminelle. Elle a provoqué la mort de dizaines de milliers de personnes. De surcroît, elle compromet notre sécurité, en même temps que notre humanité. En effet, loin de répondre au problème qu’elle prétend régler, elle l’aggrave.

    Dans la droite, la très droite ligne de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, Emmanuel Macron, notamment, confond les prétendues menaces de l’immigration et du terrorisme - aucun des deux phénomènes ne constitue une « menace », au sens militaire précis du terme - et, ce faisant, il les nourrit mutuellement. La pression sur les Etats d’Afrique du Nord et du Sahel pour qu’ils bloquent sur leur territoire les migrants les déstabilisera. La France n’a plus d’autre politique africaine que sécuritaire. Elle inféode désormais son aide publique au développement à son intervention militaire. Elle est revenue aux recettes de la guerre d’Algérie, y compris en termes d’exactions puisque l’Élysée cautionne les violations des droits de l’homme auxquelles se livrent les armées malienne et camerounaise. La France appuie les dictatures vieillissantes du Tchad et du Cameroun, trop utiles pour être critiquées, et, au Mali, la perpétuation électorale d’une classe dominante à bout de souffle. D’ores et déjà, la militarisation de la lutte contre le jihadisme a eu pour résultat d’étendre le périmètre de la violence à l’ensemble du bassin du lac Tchad et au centre du Mali.

    La triste réalité, c’est que l’Afrique sahélienne est en passe de s’installer dans un « gouvernement par la violence », selon l’expression du spécialiste de la Colombie Jacobo Grajales (Gouverner dans la violence. Le paramilitarisme en Colombie, Karthala, 2016). La responsabilité de l’Europe est accablante dans cette évolution. Sa politique ne cesse d’en favoriser les protagonistes sous prétexte de les combattre. La France n’a plus d’autre politique africaine que sécuritaire, antimigratoire, antiterroriste, antinarcotique, et inféode désormais son aide publique au développement à son intervention militaire, que doivent renforcer sur le terrain les programmes de l’Agence française de développement. Lutte contre la drogue, lutte contre l’immigration, lutte contre le #terrorisme : tous les ingrédients du cocktail qui a fait basculer l’Amérique centrale dans une situation incontrôlable sont réunis au Sahel. Vous avez aimé le Mexique ? Vous adorerez l’#Afrique de l’Ouest !
    (1) Les Naufragés. L’odyssée des migrants africains, Karthala, 2018

    Jean-François Bayart

    La comparaison avec le Mexique est super intéressante mais glaçante.

    #immigration #dictatures #néocolonialisme #violence #narcotiques #drogues

  • Va-t-on bientôt payer ses études en licence ?
    http://www.liberation.fr/debats/2018/05/29/va-t-on-bientot-payer-ses-etudes-en-licence_1655101

    La multiplication de cursus universitaires payants risque de renforcer la concurrence entre les écoles et les facs. Et annonce la généralisation des frais d’inscription.

    L’Ecole polytechnique a ouvert en septembre 2017 un cursus payant de « Bachelor » (nom donné à la licence dans les pays anglo-saxons) avec l’assentiment de ses ministères de tutelle. Or, ce cursus pourrait être autorisé à délivrer le grade de licence (bac + 3). Jusque-là pourtant,celui-ci était réservé aux universités. Mais les temps changent, et les logiques de mise en marché de l’enseignement supérieur se développent à grande vitesse.

    Si le niveau de ce diplôme n’est pas en cause, lui octroyer le grade de licence ouvrira la voie à des demandes similaires de toutes les écoles. Elles pourront alors concurrencer les diplômes de l’université avec des moyens souvent bien supérieurs, et d’autant plus importants que les études en question s’annoncent payantes et fort chères ! A l’Ecole polytechnique, le Bachelor est facturé entre 12 000 euros et 15 000 euros par an en même temps qu’il a bénéficié de 36 millions d’euros sur cinq ans de fonds publics pour moins de 100 étudiants par an ! Face au développement de ce « marché », tous les établissements, y compris les universités, décideront vraisemblablement de facturer leurs diplômes de licence. Ainsi, les écoles draineront l’essentiel de la manne financière car elles attirent les étudiants socialement les plus aisés et susceptibles de payer, pendant que les universités, à quelques exceptions près, se retrouveront piégées entre une population étudiante moins favorisée à laquelle on demandera de s’endetter et un désengagement de l’Etat.

    La pression pour instituer des frais d’inscription se renforce depuis des années. Il s’agit de créer un marché profitable et de rendre docile les futurs travailleurs : les diplômés endettés n’auront d’autres choix que d’accepter les emplois qui leur seront proposés et les conditions de travail qui leur seront imposées. Dans la droite ligne de la politique de flexibilisation du marché du travail, il s’agit de développer et de faire accepter une précarisation de l’emploi, un asservissement aux lois du marché et une remise en cause de l’accès de tous à l’éducation.

    On aurait tort de penser que cette interprétation est du pur mauvais esprit : les révélations de WikiLeaks ont fait fuiter une note datée du 16 novembre 2016, attribuée à Robert Gary-Bobo [professeur d’économie, ndlr], et destinée à l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. L’augmentation des frais d’inscription y est décrite comme « le nerf de la guerre », de même que le développement du crédit aux étudiants. Cette note distingue crûment « ce qui serait souhaitable » (mais indicible tel quel à la population) des éléments stratégiques et communicationnels permettant de faire passer la pilule. Il s’agit, en effet, d’atteindre des frais d’inscription allant vers les 10 000 euros par an en master (et même 20 000 euros pour les grandes écoles), sans épargner les licences. Pour faire passer une telle révolution, la note fournit les éléments de langage. Le crédit ? Un nouveau droit pour l’autonomie des jeunes, mettant « tout le monde, "fils de bourgeois" et autres, sur un pied de plus grande égalité ». Il « faut bannir du vocabulaire les mots de "concurrence" et "d’excellence", détestés par les syndicats d’enseignants et d’étudiants. Remplacer systématiquement ces mots par "ouverture" et "diversité". […]. La sélection ne signifie pas exclusion mais orientation ». La méthode ? « Y aller doucement mais commencer tout de suite avec les droits d’inscription. » Il est même suggéré de conserver des formations gratuites pour mieux les éradiquer.

    Il est évident que face à un sujet aussi sensible, le « saucissonnage » de la réforme est un moyen de faire passer cette transformation radicale de l’enseignement supérieur par étapes, en limitant la contestation étudiante : les frais ont été augmentés dans plusieurs grandes écoles publiques (3 500 euros à Centrale Supéléc, 2 600 euros à 4 600 euros à Télécom Paris-Tech ou aux Mines de Paris, 2 870 à 5 740 euros aux Ponts et Chaussées). De même, des expérimentations ont été menées à Sciences-Po et à Dauphine (les frais d’inscription en master y allant jusqu’à respectivement 24 000 et 6 160 euros). A chaque fois dans des institutions prestigieuses, donnant un accès privilégié au marché du travail, et peuplées d’une population particulièrement favorisée et peu revendicative. Cette tendance à l’augmentation des frais d’inscription s’est poursuivie avec la multiplication des diplômes d’universités (DU), non reconnus nationalement mais créant de discrètes poches de marchandisation dans le supérieur. Avec la volonté de conférer à ces diplômes les grades de licence et de master, c’est tout un système d’enseignement public et quasi gratuit que le gouvernement emmène vers un modèle marchand, payant et cher, sans tenir compte des désastreuses expériences étrangères en la matière !

    Le gouvernement doit clarifier sa position et dire s’il veut ou non remettre en cause un modèle fondé sur un accès gratuit à l’enseignement supérieur. S’il veut rassurer les (futurs) étudiants et leurs familles, le président de la République et le gouvernement ont les moyens de profiter de la réforme constitutionnelle annoncée pour y inscrire la gratuité de tous les cursus de l’enseignement supérieur public. Il en résulterait nécessairement une remise en cause des tarifs pratiqués par certains établissements (Sciences-Po, Dauphine, les écoles d’ingénieurs) et une suppression des droits demandés aux étudiants dans chaque université. Le coût demeurerait très limité mais la portée majeure. Il en va du modèle de société que nous voulons pour le pays.

    David Flacher université de technologie de Compiègne , Hugo Harari-Kermadec ENS Paris-Saclay , Léonard Moulin Institut national d’études démographiques (Ined)

    #éducation

  • #Egypte : le régime al-Sissi est-il encore fréquentable ?
    https://www.mediapart.fr/journal/international/040418/egypte-le-regime-al-sissi-est-il-encore-frequentable

    © Mediapart Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a été réélu lundi avec 97 % des voix. Depuis 2013, son régime exerce une répression féroce et les diplomaties occidentales, au premier rang desquelles la France, se taisent. Entretien avec Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po, et Katia Roux, chargée de plaidoyer chez Amnesty.

    #International #Abdel_Fattah_al_Sissi #Jean-Yves_Le_Drian

  • Antisémitisme : les 3 leçons de la marche blanche pour Mireille Knoll
    https://www.nouvelobs.com/faits-divers/20180329.OBS4364/antisemitisme-les-3-lecons-de-la-marche-blanche-pour-mireille-knoll.html

    Dans une séquence dont il aurait pu ressortir renforcé, le Crif a choisi de politiser l’événement en pleine semaine de consensus national post-Trèbes. « Pour qu’un Alain Finkielkraut qualifie ses propos de ’lamentables’, il faut vraiment que le président du Crif ait commis une erreur tactique majeure », glisse Dominique Vidal. Une erreur tactique dans laquelle s’engouffrent aujourd’hui les Insoumis, en appelant le Crif à dénoncer les agissements de la LDJ lors de la marche de mercredi. Quitte à semer le trouble sur les liens de proximité entre l’organisation communautaire et le groupuscule, interdit en Israël et aux Etats-Unis.
    « Je pense qu’ils ne franchiront jamais ce pas, car la LDJ leur est trop utile comme service d’ordre », estime Dominique Vidal.

    • Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées et ont défilé mercredi 28 mars contre le crime « à caractère antisémite » dont a été victime Mireille Knoll. Alors que Daniel Knoll, l’un des deux fils de la victime, réclamait à juste titre la plus large union possible pour condamner le meurtre de sa mère et sa signification particulièrement odieuse, le CRIF a décidé, au nom « du rejet des extrêmes », d’organiser sifflets et invectives à l’encontre de Jean Luc Mélenchon mis dans le même sac que Marine Le Pen.

      L’évènement pourrait sembler anecdotique. Il est pourtant d’une extrême gravité à plus d’un titre. Sur le fond d’abord, c’est donc une organisation communautaire qui se sent habilitée, sans que grand monde au sommet de l’Etat ne la remette à sa place, à déterminer qui est suffisamment breveté pour se ranger dans le camp républicain et mêler sa voix, son geste et sa parole, à la condamnation du racisme et de l’antisémitisme. Le CRIF -Conseil Représentatif des Institutions juives de France- a donc trié, parmi les élus de la République, lesquels étaient interdits de manifestation. Ainsi, une organisation communautaire décide de confisquer au nom d’une communauté ce qui relève de la république toute entière, de la Nation rassemblée.
      La banalisation de cette situation, avec l’aide des médias, ne peut conduire qu’à la dislocation du lien républicain qui nous unit. Le journal de France 2 a été de ce point de vue édifiant. Le travail journalistique doit relater les faits, mais doit s’efforcer de les éclairer, de donner sens, de permettre de comprendre, d’apprécier. Là, rien de cela. Relatant les protestations sur ordre de certains militants du CRIF à l’encontre de « JLM » et de « MLP », pas un mot d’explication n’est donné sur le contenu de ce rejet, sur l’extrémisme qu’il incarne, sur le communautarisme qui s’exprime, et tout est fait pour accréditer l’idée que « la manifestation dans son ensemble » a renvoyé dans un même mouvement le président du groupe parlementaire de la FI et la responsable du FN.
      Relater, expliquer pour comprendre, et donc questionner sans détour : pourquoi donc le CRIF a t’il voulu marginaliser de la sorte Jean Luc Mélenchon ?
      Daniel Knoll, l’un des deux fils de la victime, avait tenu des propos forts pour tenter de ramener le CRIF à la raison : « Le CRIF fait de la politique et moi, j’ouvre mon cœur ». Propos courageux dans un moment de douleur intense, qui remet au premier plan l’essentiel.
      Le CRIF, lobby de l’état d’Israel en France, aujourd’hui de son aile la plus réactionnaire, veut faire ravaler à Mr. Mélenchon des propos pourtant d’une grande lucidité, exprimée lors d’une université d’été du PG à Grenoble en aout 2014. « Je voudrais dire au CRIF que cela commence à bien faire. Les balayages avec le rayon paralysant qui consiste à traiter tout le monde d’antisémite dès qu’on a l’audace de critiquer l’action d’un gouvernement, c’est insupportable, nous en avons assez. La République, c’est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays ».
      Du coup tout y passe dans un assaut de malhonnêtetés absolues. Insupportable est jugé le propos de « communauté agressive » dont les portes-paroles du CRIF et les militants aux ordres donnent pourtant aujourd’hui une terrible illustration. Insupportables les positions qui refusent le bellicisme ambiant à l’égard de la Syrie, de la Russie. Insupportable la volonté de sortir de l’OTAN, le refus de servir de supplétif à la politique américaine. Insupportable la prise en compte des différentes nations d’Amérique Latine. Insupportable la qualification portée en 2013 à l’encontre de Moscovici, l’ancien ministre socialiste qui « ne pense plus en français » mais « pense dans la langue de la finance internationale ». Insupportable le fait de se déclarer en désaccord, quitte à le huer, avec Bernard-Henri Levy…
      « Le CRIF fait de la politique et moi j’ouvre mon coeur » disait donc à juste titre un des fils de Mireille Knoll. François Heilbronn, professeur Associé à Sciences-Po, donnait en 2017 le contenu de cette politique en appelant à rejeter à la fois Jean Luc Mélenchon et Marine Le Pen, déjà mis dans le même sac « au nom de la démocratie et de la modernité », et sans le dire explicitement, à voter pour Fillon, ou pour Macron.
      Tel est un des aspects de la politique du CRIF qui considère par ailleurs coupable toute critique à l’encontre du gouvernement israélien, mais plus, toute interrogation sur les orientations de ce gouvernement. Ainsi, les responsables du CRIF sont souvent assez prompts à reconnaître les vertus de la laïcité dans la République française, sans s’interroger une seconde sur le caractère profondément anti-démocratique, sclérosé et réactionnaire de l’état religieux en Israël, caractère qu’ils dénoncent par ailleurs à juste titre dans des états arabes où la loi du Coran et d’Allah est la seule en vigueur.
      La position prise par le CRIF est doublement coupable. Pour la menace qu’elle fait peser sur l’unité républicaine d’abord, pour le communautarisme qu’elle incarne. Mais aussi pour le rejet qu’elle suscite, pour les conséquences qu’elle risque d’engendrer au sein de franges de la population comme d’une partie de la « gauche de la gauche » qui prônent des mesures de rétorsion contre l’Etat d’Israël au nom de la politique odieuse et tout à fait condamnable qu’il mène à l’encontre des palestiniens et des territoires occupés. Cette vision d’Israël, fort juste, est en effet assez sélective. Pour d’excellentes raisons aussi, la liste des Etats qui méritent notre courroux est longue. La Turquie d’Erdogan qui assassine les kurdes dans un silence pratiquement général…. Le Qatar ou autres émirats amis des gouvernements français, connus pour le respect qu’ils ont des principes élémentaires de la démocratie et des Droits de l’Homme…. L’Arabie Saoudite, soutien comme les précédents de groupes terroristes, et par ailleurs grande amie des Etats-Unis d’Amérique…Etc…
      Comme les assassinats aveugles commis au nom d’Allah, le communautarisme menace de fait notre cadre républicain. Ce sont les valeurs d’égalité, de fraternité, de liberté, mais aussi de laïcité qui sont remises en question. Les valeurs qui permettent encore de vivre ensemble…

      https://lemediapresse.fr/politique-fr/le-communautarisme-du-crif-coupable-a-lencontre-de-jean-luc-melenchon

  • Conférence « S’engager pour l’Europe » du 29 mai 2015
    http://www.uef.fr/conference-s-engager-pour-l-europe-du-29-mai-2015

    Le 29 mai 2015 se tenait à Sciences-Po une conférence « S’engager pour l’Europe. Confrontation des histoires fédéralistes avec des témoins » dans le cadre d’un séminaire de formation UEF-JEF. Intervenants Jean-Francis Billon, vice-président de l’UEF-France Valery-Xavier Lentz, ancien vice-président des Jeunes Européens-France Jessica Pennet, ancienne présidente des Jeunes Européens-France Chloé Fabre, présidente des Jeunes Européens-France Voici une sélection de ressources pour aller plus loin : (...)

    #Événements

    "http://www.taurillon.org/743"
    "http://www.taurillon.org/1464"
    "http://www.taurillon.org/1476"
    "http://www.taurillon.org/1479"
    "http://www.taurillon.org/1489"
    "http://www.taurillon.org/1510"
    "http://www.taurillon.org/1511"
    "http://www.taurillon.org/1562"
    "http://www.taurillon.org/1563"
    "http://www.cvce.eu"
    "http://archives.eui.eu"

  • La notion de développement durable nous a endormis - Libération
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/99036334155

    Je découvre un peu tardivement cette interview parue sur Libé en mars, de Laurence Tubiana, professeure à Sciences-Po et fondatrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, qui revient sur le rôle #politique des innovations sociales.

    « Les mouvements contestataires ne sont plus idéologiques, mais plutôt focalisés sur les changements de pratiques. »

    Ils ont une dimension DIY, en dehors du système politique. Et les nouvelles technologies leur donnent une nouvelle dimension.

    « Ces pratiques innovantes sont rejointes par des entreprises insérées dans le système actuel mais qui perçoivent ses limites et veulent désormais s’approprier ce qui est testé par la société. »

    Pour que les innovations sociales émergentes puissent se déployer, il faut leur donner de l’espace pour qu’elles (...)

    #participation #innovation_sociale

    • De la Chine au Brésil en passant par la Russie ou l’Ethiopie, on trouve des acteurs, y compris des entreprises, qui n’aspirent plus forcément à ressembler à l’Occident. On sort de quarante ans où l’idée était de rattraper ce modèle, sans le contester. C’est la première fois qu’il y a un réveil, partout. En Inde, par exemple, le nombre d’ONG, d’activistes, d’intellectuels qui remettent en question le modèle occidental est impressionnant. Il y a quinze ans, les travaux d’Amory Lovins[le père du concept de négawatt, ndlr], au Rocky Mountain Institute, paraissaient utopiques. Aujourd’hui, des régions, des villes, dessinent les contours d’un futur différent, où la consommation d’énergie serait drastiquement diminuée, où l’alimentation serait moins carnée…

      #bonne_nouvelle #seenthis_c-est_positif :-)

      Ce mouvement vient donc davantage de la base que des politiques ?
      Les élites politiques ne peuvent pas conduire le changement sans vision, sans direction, en accumulant des mesures. Parce qu’à chaque fois, il y aura des résistances, à cause de telle ou telle rente de situation. Pourquoi des camionneurs ont-ils détruit des portails écotaxe ? Parce que la mesure n’a pas été remise en perspective, en prenant tous les acteurs à témoin.
      La vision est indispensable, sinon on ne peut avoir que des « non ». Et dans une démocratie, les non sont très efficacement exprimés. En fait, je ne crois pas à un sens de l’histoire produit d’abord par les élites politiques. On le voit aujourd’hui, celui-ci est activement fabriqué par les citoyens.

      Oui, et ajoutons que les élites politiques n’ont pas de vision, parce que le système qui les produit ne sélectionne que ceux qui veulent accéder aux privilèges du pouvoir et non ceux qui s’engagent pour porter des valeurs et des projets réellement politiques, qui sont réellement animés par le service de l’intérêt général..

  • Se protéger sur Internet : j’ai pris un cours avec la DCRI | Rue89
    http://www.rue89.com/2012/11/23/se-proteger-sur-internet-jai-pris-un-cours-avec-la-dcri-237268

    Internet, c’est le mal : à Sciences-Po, un agent du contre-espionnage m’a expliqué pourquoi Facebook ou Copains d’avant étaient les meilleurs amis des espions

    J’en viens à me dire que la DCRI pense comme moi, et ce n’est pas surprenant quant on sait la puissance de sociétés comme Google ou Facebook.
    #DCRI #Réseau #Sécurité #CIA

  • Comment les démocraties fabriquent leurs ennemis
    http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/jean-guisnel/comment-les-democraties-fabriquent-leurs-ennemis-13-09-2011-1372758_53.php

    Pierre Conesa, ancien de la Délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense et de la CEIS (Compagnie européenne d’intelligence stratégique), est un penseur original sur les affaires militaires. Ce professeur à Sciences-Po revient dans son dernier ouvrage (1) sur ce qu’il appelle la « fabrication de l’ennemi », c’est-à-dire la manière dont les États se représentent la figure fort utile, pour la politique intérieure, de l’adversaire combattu les armes à la main.

    Par exemple :

    Pierre Conesa : Mon raisonnement s’applique plus à la « guerre globale contre le terrorisme et la prolifération » qui est l’exemple même de guerre inventée par les stratèges du Pentagone. Kadhafi présente l’avantage de réunir toutes les caractéristiques d’un bon ennemi : régime dictatorial et policier, personnalité psychotique, soutien au terrorisme, orateur délirant... et évidemment perturbateur régional. Cela dit, quand on voit la rapidité avec laquelle Kadhafi a rétrogradé du statut de chef d’État ami à dictateur sanguinaire, on a le droit de se dire que ce n’est pas l’homme qui a changé, mais le regard porté sur lui. On peut faire la même analyse sur Saddam Hussein, ou sur d’autres dictateurs bien tolérés, puis soudainement damnés. Aujourd’hui, le cas iranien est le plus intéressant : ce pays est moins islamiste que l’Arabie saoudite ou le Pakistan, fait moins de prosélytisme, a fourni moins de terroristes que ces deux charmants pays, s’adonne moins à la prolifération nucléaire qu’Israël ou le Pakistan, n’a pas caché Ben Laden comme le Pakistan... mais c’est Téhéran l’ennemi !