• Le Covid-19 invite à repenser nos relations quotidiennes, et en particulier celles en face à face. Il nous rappelle aussi le rôle des rites et des civilités... et donc les travaux d’Erving Goffman #Covid19 #relations #rites #civilités #Goffman

    https://sms.hypotheses.org/25026

    Le Covid-19 est une épidémie historique qui nous invite à repenser le statut de nos relations quotidiennes. Affirmons-le d’emblée : la « distanciation sociale » est attentatoire à la logique profonde des interactions, autrement dit à ce qui se passe dans des individus sont en relation les uns avec les autres. Et les « gestes barrières » sont contraires à la production du lien social, via nos mille interactions quotidiennes.

    Hors toute considération sanitaire, on peut affirmer que l’arsenal de précautions nécessaires pour enrayer l’épidémie relève d’une « défiguration symbolique ». En effet, ce sont nos relations de face à face qui sont remises en cause. Et c’est le rapport à la figure de l’autre qui se trouve bouleversé, dans l’interdiction d’approcher autrui, sous peine de sanctions épidémiques et pénales. Enfin, ce sont nos rites quotidiens d’interaction sociale (serrer la main, s’embrasser…) qui sont remis en cause.

    Plus largement, en pleine crise du Covid-19, l’épreuve du confinement et la mise à distance d’autrui nous rappellent par défaut le rôle fondamental joué par les rites et les civilités dans nos relations. Et prouvent la formidable actualité de l’œuvre d’Erving Goffman, sociologue américain d’origine canadienne (...)

  • Au Portugal, le récit des « grandes découvertes » remis en cause

    Un #mémorial aux victimes de la #traite_négrière en chantier, un projet avorté de « Musée des #grandes_découvertes »… Des activistes tentent de fissurer le grand récit portugais, qui atténue la nature violente de l’expansion portugaise depuis des siècles.
    Lisbonne, de notre envoyé spécial. – Le mémorial sera construit sur le Campo das cebolas (« champ d’oignons » en français), l’une des places du bas de Lisbonne, à deux pas des quais où les navires d’esclaves débarquaient autrefois le long du Tage. « Beaucoup de villes en Europe ont des mémoriaux liés à l’esclavage, mais il n’y en a pas encore un seul au Portugal », assure Evalina Gomes Dias, à la tête de Djass, une association d’Afro-descendants portugais.

    Le collectif avait obtenu une enveloppe de 100 000 euros pour réaliser ce projet, dans le cadre des budgets participatifs de la ville en 2017. Cinq artistes ont alors été sollicités. Dans la foulée, Djass a organisé des réunions de voisins, dans des quartiers populaires de Lisbonne, où la population d’Afro-descendants est nombreuse, pour choisir entre les différents projets.

    Une centaine de personnes ont voté, et retenu l’option d’un artiste angolais. Kiluanji Kia Henda a imaginé une plantation de 540 cannes à sucre réalisées en aluminium, à taille réelle. Si l’épidémie du coronavirus n’a pas tout retardé, l’inauguration du site pourrait avoir lieu dès la fin de l’année.

    C’est à Lagos, un petit port d’Algarve, dans le sud du Portugal, qu’un navire chargé d’esclaves africains, venus de l’actuelle Mauritanie, débarque pour la première fois en Europe, en 1444. Les esclaves sont ensuite acheminés dans de grandes villes du pays. L’événement marque le début de la traite occidentale. On estime que des navires portugais ont transporté plus de cinq millions d’esclaves, d’Afrique vers le Brésil en particulier, de 1519 à 1867.

    À Lagos, un petit musée inauguré en 2016 rappelle l’existence du premier marché d’esclaves d’Europe dans cette ville devenue une tranquille station balnéaire. « Ils avaient trouvé sur le site des squelettes d’anciens esclaves. Mais ils n’ont pas voulu les garder, et préféré les envoyer à l’université de Coimbra [dans le centre du pays – ndlr]. Pour Djass, cette décision était une provocation. Ces corps auraient dû être montrés dans le musée », juge Evalina Gomes Dias, née en 1968 au Sénégal de parents venus de Guinée-Bissau.

    Le mémorial en chantier à Lisbonne marque une rupture. Mais les débats sur le passé esclavagiste du Portugal ne vont sans doute pas s’apaiser pour autant. D’autant que le legs douloureux de ce passé négrier se mêle, de manière complexe, aux mémoires des « grandes découvertes », cette phase d’expansion maritime du Portugal à partir du XVe siècle, comme à celles des colonies, qui ont duré sur le sol africain jusqu’en 1974, un « record » de longévité.

    Evalina Gomes Dias a aussi fait partie, avec sa sœur Beatriz, une députée du Bloc de gauche, des adversaires du projet de l’actuel maire de Lisbonne d’ouvrir un « Musée des grandes découvertes » dans la capitale. La proposition du socialiste Fernando Medina, qui ne faisait qu’actualiser une vieille idée de la classe politique portugaise, avait déclenché en 2018 un tollé.

    Dans une tribune, une centaine d’historiens et activistes s’en prenaient en particulier au choix du mot « découvertes » – un terme « obsolète », une « erreur de perspective », alors qu’il est « important de prendre en compte le point de vue de tous », Européens comme non-Européens. Ces universitaires dénonçaient le recours à « une expression fréquemment utilisée durant l’Estado Novo [la dictature de Salazar, de 1933 à 1974], pour célébrer le passé, et qui n’est pas compatible avec le Portugal démocratique ».

    « Pas en notre nom ! », s’étaient élevés, dans une autre lettre ouverte, des représentants de la communauté afro-portugaise, inquiets de voir minimisée, une fois de plus, l’évocation du passé négrier dans ce futur musée : « Nous n’acceptons pas ce musée qui serait construit sur l’occultation de notre histoire, avec l’argent des impôts des Noires et Noirs de ce pays. » Face à la polémique, et alors que se profilent des municipales en 2021, le maire Medina n’évoque plus ce projet. Joint à plusieurs reprises par Mediapart, il n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

    Un an plus tôt, c’est la visite du président portugais, Marcelo Rebelo de Sousa, à Gorée, l’île en face de Dakar, symbole de la traite négrière en Afrique, qui a crispé. Il s’était félicité, sur place, que le Portugal eût aboli l’esclavage dès 1761. « Cette décision du pouvoir politique portugais est une reconnaissance de la dignité de l’homme », avait-il lancé.

    Mais cette abolition fut théorique, rappelle l’historien José Pedro Monteiro : « Cette abolition ne concernait que la métropole, alors que l’esclavage a perduré dans le reste de l’empire. Surtout, le travail forcé, rémunéré ou non, s’est poursuivi très tardivement, aboli seulement en 1961, en même temps que le statut de l’indigénat [contre 1946 pour la France – ndlr]. » Pour cet universitaire, la sortie présidentielle entretient encore « le vieux discours d’une exceptionnalité portugaise, d’un humanisme idéalisé » en matière d’empire et de colonies.

    Le Portugal a longtemps nourri l’idée que l’empire qu’il s’était construit au fil des siècles, n’avait rien à voir avec ceux d’autres puissances européennes. Qu’il avait fait preuve de plus d’humanité vis-à-vis des populations sur place. « Contrairement à ses voisins européens qui chercheraient à imposer outre-mer des valeurs spécifiquement européennes, le Portugal se serait efforcé de transmettre des valeurs chrétiennes, de portée universelle et de se mélanger avec les populations indigènes, créant ainsi une véritable civilisation “luso-tropicale”, sorte de paradis terrestre protégé des affres de la modernité », décrit l’historien français Yves Léonard (Sciences-Po Paris).

    Ce « lusotropicalisme » théorisé par le sociologie brésilien controversé Gilberto Freyre (1900-1987) devient l’idéologie d’État durant le salazarisme, après la Seconde Guerre mondiale. Les Portugais se sont mis en scène en « pionniers de la mondialisation ». Alors que les critiques à l’égard de la colonisation se renforçaient partout dans le monde, ce discours a aussi permis à l’Estado Novo de justifier ses colonies. Mais tout cela est un mythe : l’expansion portugaise s’est appuyée sur des fondements aussi racistes que celles d’autres États européens. Ce soi-disant « humanisme » n’avait en fait rien d’exceptionnel.

    La Révolution des œillets de 1974 a mis fin à la présence portugaise en Afrique. Mais ce lusotropicalisme défendu par Salazar, lui, est resté bien ancré dans le débat public. Un signe parmi tant d’autres : en 1989, pour la première participation du Portugal à l’Eurovision, le groupe Da Vinci chantait un « hit » douteux, mais toujours populaire auprès de certaines générations, Conquistador, qui vantait les héros de l’expansion portugaise et de la colonisation.

    Pourquoi la révolution n’a-t-elle pas mis un terme à cette culture politique ? « La gauche portugaise a une part de responsabilité, estime José Pedro Monteiro. Le Parti communiste, par exemple, n’a défendu le droit à l’auto-détermination des peuples colonisés que tardivement, à la fin des années 1950. » Le rôle joué dans la révolution par des militaires qui avaient participé aux guerres coloniales a sans doute aussi pesé.

    Depuis, les polémiques mémorielles se poursuivent, entre universitaires et activistes d’une nouvelle génération, et historiens qui seraient les « gardiens du consensus luso-tropicaliste », prompts à critiquer ce qui ne seraient que des stratégies de victimisation de l’extrême gauche. Certaines controverses se sont radicalisées.

    En 2017, une statue est inaugurée dans le vieux centre de Lisbonne, montrant le père jésuite António Vieira (1608-1697) – dont les positions sur l’esclavage sont ambiguës –, trois enfants indigènes et nus à ses pieds. Lorsqu’un groupe d’activistes s’est mis à lire des poèmes en mémoire des victimes de l’esclavage sur la place, des militants d’extrême droite sont venus « protéger » la statue, contre ces tentatives de « dénigrer l’Église catholique et instiller de la culpabilité chez les Portugais ».

    Le paysage est d’autant plus que sensible que le chantier d’un « musée Salazar », dans la ville natale du dictateur et partisan de l’empire portugais, Santa Comba Dâo (centre du pays), lui, n’a toujours pas été bloqué. Face au malaise suscité par ce projet, les autorités locales parlent désormais d’un « centre interprétatif de l’Estado Novo ». « Cet endroit va forcément devenir un lieu d’hommage, il n’y a pas d’expertise historique sérieuse, cela revient à ouvrir la boîte de Pandore », assure Marília Villaverde Cabral, à la tête de l’Union des résistants antifascistes portugais, une association née sous Salazar pour soutenir les prisonniers politiques.

    Elle a fait parvenir à l’Assemblée une pétition signée par plus de 11 000 personnes pour exhorter les députés à interdire ce projet.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/230520/au-portugal-le-recit-des-grandes-decouvertes-remis-en-cause
    #mémoire #traite #Portugal #récit #contre-récit #résistance #expansion_portugaise #histoire #colonisation #colonialisme #décolonial #Lisbonne #esclavage #budget_participatif #art #art_et_politique #plantation #Kiluanji_Kia_Henda #Lagos #marché_d'esclaves #Djass #rupture #passé_esclavagiste #expansion_maritime #découverte #contre-récit #exceptionnalité_portugaise #civilisation_luso-tropicale #lusotropicalisme #Estado_Novo #racisme #Salazar #António_Vieira #statue #culpabilité

    ping @isskein @karine4 @cede @reka @mobileborders

    • #Djass (association d’afro-descendants)

      A Djass – Associação de Afrodescendentes é uma organização sem fins lucrativos, de âmbito nacional, constituída em Lisboa a 25 de maio de 2016, com a missão de defender e promover os direitos das/os negras/os e afrodescendentes em Portugal e de combater o racismo em todas as suas formas e dimensões, reivindicando políticas e práticas de igualdade.

      O QUE PRETENDEMOS

      • Combater e denunciar todas as formas de racismo, invisibilização e discriminação contra negras/os e afrodescendentes em Portugal.

      • Promover uma reflexão crítica e abrangente sobre as relações interétnicas em Portugal, de forma a contribuir para a transformação social e para a afirmação positiva das/os negras/os e afrodescendentes enquanto membros de pleno direito da sociedade portuguesa.

      • Combater a visão eurocêntrica da História, reivindicando o contributo das africanas/os na construção do conhecimento, da cultura e da História.

      • Incentivar e promover a participação das/os negras/os e afrodescendentes nos processos de tomada de decisão política.

      O QUE FAZEMOS/FAREMOS

      • Organização de sessões de debate, reflexão, informação e formação sobre temas associados ao racismo, colonialismo, identidades e relações interétnicas.

      • Defesa da inclusão precisa da história e contribuição dos povos Africanos nos currículos e manuais escolares em Portugal.

      • Desenvolvimento e apoio a atividades de investigação e investigação-ação sobre temáticas relacionadas com as/os negras/os e afrodescendentes em Portugal.

      • Implementação de projetos de intervenção social e educativa, em particular com pessoas e comunidades afrodescendentes.

      • Colaboração com organizações congéneres em Portugal e no estrangeiro, através da troca de experiências, organização de iniciativas comuns e do trabalho em rede.

      • Organização de iniciativas de divulgação e valorização das identidades e culturas negras e africanas.

      JUNTEM-SE A NÓS!

      Contamos com a colaboração de todas/os as/os negras/os e afrodescendentes residentes em Portugal e de todas/os aquelas/es que pretendem dar o seu contributo para uma sociedade mais justa, informada e livre de discriminação.

      https://fr-fr.facebook.com/associacao.djass

    • Et une #chanson controversée citée dans l’article

      Eurovision Portugal 1989 - #Da_Vinci - #Conquistador

      “Conquistador” (Conqueror) was the Portuguese entry in the Eurovision Song Contest 1989, performed in Portuguese by Da Vinci.

      The song reminisces about the former Portuguese colonial possessions worldwide. Lead singer Tei Or takes the role of the Portuguese state and sings that she has been to Brazil, Praia, Bissau, Angola, Mozambique, Goa, Macau and “Timor” (the last a reference to East Timor).

      The song was performed ninth on the night, following Norway’s Britt Synnøve with “Venners nærhet” and preceding Sweden’s Tommy Nilsson with “En dag”. At the close of voting, it had received 39 points, placing 16th in a field of 22.

      https://www.youtube.com/watch?v=1tjdDgJgLko

      ping @sinehebdo

  • “Stay in Your Box!”: Migrant Workers and Social Discipline/Distancing in Singapore

    10 April 2020 – Jia Ye – Singapore has been hailed as a ‘model’ response to COVID-19, but in recent days its cramped and crowded migrant worker dormitories, were been the site of a surge of cases. In this podcast #Jia_Ye – Geographer at Nanyang Technical University – tells us about the impossibility of social distancing for workers – who remain in the dorms, in the trucks and on their work sites. She also gives us an insider’s look into Singapore’s state led response, and the unique codes of self-policing and ‘civility’ that hold it in place.

    https://4mpodcast.com/2020/04/12/stay-in-your-box-migrant-workers-and-social-discipline-in-singapore
    #audio #podcast #travailleurs_étrangers #migrations #Singapour #distanciation sociale #hébergement #logement

    ping @zhipeng_li

    • Le Japon face à l’épidémie. Gestion de crise et #responsabilité_civique

      La prétendue discipline japonaise, qui passe pour un modèle de #civisme_spontané, dépend en réalité en grande partie des décisions du gouvernement, comme le montre la récente progression de l’épidémie, qui discrédite la trop simpliste explication culturaliste.

      Jusqu’à la mi-mars, la situation japonaise semblait sous-contrôle avec un taux de propagation relativement faible. Or, depuis fin mars, le nombre de nouveaux cas dont les voies de transmission ne sont pas identifiées augmente rapidement. Le 7 avril le Premier ministre Shinzô Abe déclare l’état d’urgence dans sept préfectures du pays, et demande aux citoyens un #confinement_volontaire en s’appuyant sur un plan de soutien à l’économie de grande ampleur.

      En comparaison des mesures prises par plusieurs pays pour tester en masse et/ou faire appliquer un confinement obligatoire, la gestion de crise japonaise soulève plusieurs questions. La bonne organisation des institutions de santé publique, les procédures de gestion de crise sanitaire et les mesures de prophylaxie permettent-elles d’expliquer la décision de ne pas recourir aux tests de dépistage à grande échelle, ou bien cette décision relèverait-elle de contraintes légales et sanitaires ? Si la lente progression du nombre de cas jusqu’à la mi-mars nourrissait encore certaines explications simplistes fondées sur la discipline des Japonais, l’accélération récente des cas discrédite le facteur culturaliste, et met en question le rôle de la responsabilité civique et les conditions de son application.
      Pour préparer cette analyse que seul le temps pourra mener à son terme nous proposons ici de décrire les mesures de lutte contre l’épidémie depuis le mois de janvier jusqu’au début du mois d’avril 2020 et d’éclairer le rôle joué par la responsabilité civique dans la gestion de crise sanitaire actuelle.
      Le système de gestion de crise sanitaire

      La loi de Mesures contre les maladies infectieuses de 1998, révisée pour la dernière fois le 14 mars 2020 pour y ajouter le Covid-19, définit le système japonais de gestion de crise sanitaire qui relève de la compétence et de la coordination renforcée entre le secrétariat du Cabinet, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, les gouvernements locaux et les experts formés en comité consultatif. Différentes mesures plurisectorielles sont articulées à différents niveaux que l’on peut synthétiser en trois piliers : l’identification de clusters, le renforcement du système de santé, et la responsabilité civique. En fonction des critères qui figurent dans la loi, lorsque les voies de contamination ne sont plus suffisamment identifiées et que le risque de contamination atteint un certain niveau, le Premier ministre, après avoir activé la structure décisionnelle de crise, peut déclarer l’état d’urgence sanitaire.

      Cependant, la loi ne prévoit pas de mesures de coercition pour appliquer l’état d’urgence, à la différence notamment de ce qu’a fait la France (il est par exemple impossible de sanctionner le non-respect de demande de confinement par des amendes ou des peines de prison). Contrairement à ce qu’une partie de la presse étrangère rapporte, l’étendue des restrictions des libertés individuelles et l’absence de sanctions n’en font pas un « d’état d’urgence a minima » qui reposerait sur le civisme culturel et la pression sociale de la société japonaise.

      Le civisme ou la citoyenneté responsable se définit selon Luigi Lombardi Vallauri comme une attitude qui « (…) est libre, entièrement facultative ; même comme simple attitude, elle n’est pas exigée du sujet à l’intérieur d’un système normatif, en tous cas elle ne l’est pas à l’intérieur d’un ordre juridique positif », il s’agirait donc d’ « (…) une attitude et non pas (d’) une situation passive ni (d’) un devoir dont on répond devant les institutions »

      . En demandant aux citoyens de réduire leur interaction sociale à 80 % pour freiner la propagation du virus, le Premier ministre s’appuie bien sur la responsabilité civique des Japonais et non pas sur leur civisme. D’un point de vue général le recours au pilier de la responsabilité civique trouverait son fondement dans l’article 12 de la Constitution :

      La liberté et les droits garantis au peuple par la présente Constitution sont préservés par les soins constants du peuple lui-même, qui s’abstient d’abuser d’une façon quelconque de ces libertés et de ces droits ; il lui appartient de les utiliser en permanence pour le bien-être public.

      Plus particulièrement, la déclaration de l’état d’urgence vise à la préservation du bien public, lequel ne peut être garanti, d’après le discours du Premier ministre, que par les restrictions sur l’activité économique et sociale. Ce serait donc un renforcement des actions relevant de la responsabilité civique de tous les acteurs de la société civile qui, articulé aux deux autres piliers eux même renforcés, permettrait encore de résoudre la crise sanitaire]. En outre, le 2 avril Shinzô Abe a mentionné devant la Chambre des représentants réunis en séance plénière, la possibilité de réformer la loi pour y inclure des dispositions ayant pour objectif de réprimer le non-respect des mesures de distanciation sociale

      .

      On observe donc depuis le début de la gestion de crise sanitaire un processus graduel d’activation de la responsabilité civique lequel évolue en fonction de la progression de l’épidémie et de sa compréhension.
      Les premières mesures de lutte contre la propagation du Covid-19 de janvier à février 2020

      Le 5 janvier 2020, l’OMS a publié une note informative sur l’émergence en Chine, dans la ville de Wuhan, province du Hubei, d’une maladie respiratoire dont les causes étaient inconnues. Le 6 janvier, le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales publie en coordination avec l’Institut national des maladies infectieuses une note informative sur l’émergence dans la ville de Wuhan (province du Hubei, Chine), d’une maladie respiratoire dont les causes sont inconnues. Les premières recommandations sont formulées à l’attention des voyageurs en provenance de Wuhan qui présenteraient des symptômes (fièvres, courbatures, difficultés respiratoires). Le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales adresse aux gouvernements locaux une note pour renforcer la coordination entre les centres de santé (health centers, hokenjô), les structures hospitalières, et l’Institut national des maladies infectieuses. Le 15 janvier, le premier cas est relevé. Dès le 21 janvier et conformément à l’article 15 de la loi de Mesures contre les maladies infectieuses, l’Institut national des maladies infectieuses réalise des tests pour les personnes qui ont été en contact avec les cas confirmés. Dans le cadre de la mise en place d’un système de surveillance, les porteurs potentiels du virus peuvent être testés sans que leur lien avec la ville de Wuhan soit établi. Les tests sont également réalisables dans les centres de santé locaux. La priorité est néanmoins donnée aux patients présentant des symptômes sévères pour permettre une prise en charge rapide.

      En se fondant sur les directives publiées par l’Institut national des maladies infectieuses, et les premières analyses chiffrées, le gouvernement applique le 21 janvier les premières mesures de prévention contre la propagation du Covid-19 pour contrôler l’état de santé des personnes entrant sur le territoire japonais en provenance de régions à risques, et d’identifier les voies de transmission. Le 23 janvier, 2 cas sont confirmés (23 personnes ont été en contact avec eux et font l’objet d’un examen). Le gouvernement renforce les mesures, notamment la mise en place de dispositifs pour effectuer les enquêtes épidémiologiques. Le 30 janvier, le gouvernement crée une cellule de crise sous la supervision du directeur adjoint du secrétariat du Cabinet du Premier ministre et demande la mise en place d’un comité consultatif d’experts qui se réunit pour la première fois le 16 février.

      L’identification des clusters est la première priorité. Le groupe de recherche dirigé par le virologue Hitoshi Oshitani (université du Tohoku), en coordination avec le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales et le comité consultatif, analyse la propagation du Covid-19 en fonction du comportement des personnes infectées afin d’identifier les modes de contagion. Depuis le 3 février, différentes structures sont également déployées dans les centres de santé pour contacter les personnes revenues au Japon après un séjour à l’étranger, dans le but de retracer les voies de transmission. Entre le 3 février et le 26 mars, un grand nombre de personnes ont été prises en charge par ces centres de santé (environ 500) ouverts sans interruption (24h/24 et 7j/7). Selon le document officiel publié le 25 février, il reste très peu de cas dont les voies de transmission n’ont pas été identifiées.

      Ensuite, le second pilier vise à soutenir le système de santé et à freiner la propagation du virus par une prise en charge adaptée des patients. Pour faire face à une hausse possible du nombre de cas, le gouvernement a augmenté les capacités d’accueil (nombre de lits) et de soins spécifiques (équipement de dispositif d’assistance respiratoire). Depuis le 13 février, des structures hospitalières sont préparées au niveau national (1059) dont une partie est dédiée exclusivement aux maladies infectieuses (412).

      Enfin, la responsabilité civique est encouragée par l’intermédiaire de recommandations à l’attention des citoyens, publiées notamment sur le site des différents ministères, comme les règles d’hygiène de base (lavage de mains, éternuer et tousser dans son coude, port du masque), et l’auto-confinement en cas de symptômes (rhume et grippe compris). Il est demandé aux personnes présentant des symptômes légers d’attendre 4 jours avant de consulter un médecin (2 jours pour les personnes âgées).

      Parallèlement à la mise en route des procédures de gestion de crise sanitaire, et sans concertation, le Premier ministre Shinzô Abe déclare la fermeture des écoles primaires, des collèges et des lycées, le 27 février.
      Le tournant de la politique de lutte et la crise de confiance. Fin février - fin mars 2020

      La décision soudaine du Premier ministre de fermer les écoles a suscité de vives critiques relayées par la presse. Il s’agirait d’une mesure arbitraire dès lors que, d’une part, elle a été prise en dehors du cadre d’état d’urgence sanitaire et, d’autre part, qu’elle n’a fait l’objet d’aucune concertation avec le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, le ministère de l’Éducation, les gouvernements locaux et le comité consultatif des experts

      . L’absence de structures suffisamment déployées en amont de cette prise de décision pour aider les familles à s’organiser en recourant notamment au télétravail reflèterait le manque de coordination entre les sphères politique, administrative, les entreprises et les citoyens pour permettre l’application cohérente des mesures de lutte contre l’épidémie qui figurent dans le système de gestion de crise et qui reposent sur la responsabilité civique. De fait, l’objectif de distanciation sociale aurait été amoindri par les modes de garde collective alternatifs auxquels les familles ont dû avoir recours.

      Le 11 mars, deux experts scientifiques interviennent à la Diète pour répondre aux questions des parlementaires sur les mesures prises par le gouvernement. Les deux experts s’entendent sur le fait que la décision de fermer les écoles est avant tout politique et ne repose sur aucune analyse scientifique. Ils sont néanmoins en désaccord sur l’usage des tests. Selon Shigeru Omi, Président du comité consultatif des experts, invité par le parti de la majorité (le Parti Libéral Démocrate), le dépistage des cas avancés doit être la priorité, limitant de fait le nombre de tests effectués. Masahiro Kami, Président du conseil du centre de recherche sur la gouvernance médicale, invité par un des partis de l’opposition (le Parti Démocrate Constitutionnel), souligne quant à lui l’importance d’effectuer le maximum de tests possibles pour obtenir des données statistiques fiables. Le pourcentage de la population testée par rapport à la population totale est un des plus faibles en comparaison internationale.

      En effet, la loi sur les Mesures contre les maladies infectieuses ne mentionnant pas l’obligation de recourir à des tests à grande échelle, la décision du gouvernement de ne pas tester en masse repose sur le fonctionnement efficace du premier pilier de la gestion de crise : l’identification des clusters. L’avancée quotidienne des recherches pour comprendre les facteurs de propagation du virus permet grâce à une coordination avec le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales de communiquer les derniers résultats au gouvernement et au comité consultatif.

      La gestion de crise confuse du gouvernement reflète dès lors l’existence de conflits d’intérêts divergents opposant les partisans de la poursuite de l’activité économique, soutenue par le Keidanren (Fédération des organisations économiques) et le ministère de l’Économie et de l’Industrie, aux partisans du dépistage en masse et du confinement généralisé demandés par l’Association des médecins du Japon et certains membres du comité consultatif. Les connaissances scientifiques relatives à la propagation du Covid-19 encore fragiles et les enjeux de pouvoir inhérents aux intérêts divergents entre groupes d’acteurs concernés expliquerait la difficulté rencontrée par le gouvernement pour adopter une ligne d’action cohérente, alors que la définition du problème de santé publique

      et plus précisément son niveau de risque fait encore l’objet d’un manque de consensus.

      S’ajoute à ces tensions politiques et scientifiques, une perte de confiance de l’opinion publique liée à la gestion de crise sur le navire de croisière Diamond Princess et sa médiatisation, au déficit de transparence sur le nombre de cas réellement infectés causée par le non-recours au dépistage massif, et à la fermeture précipitée des écoles. Dans ce contexte la révision de la loi sur les Mesures contre les maladies infectieuses en vue d’y intégrer le Covid-19 est votée à la quasi-unanimité (à l’exception du Parti communiste). Cette nouvelle loi est appliquée le 14 mars pour une durée de deux ans et permet au Premier ministre de déclarer l’état d’urgence sanitaire. Le 19 mars, les effets des mesures de lutte contre la propagation du virus sont analysés lors du huitième comité consultatif des experts. Ce comité se tient dans un contexte mondial de pandémie où l’état d’urgence sanitaire est déclaré dans plusieurs pays du monde dans lesquels une part croissante des citoyens est forcée au confinement.
      La prise de conscience du risque dans un contexte de pandémie mondiale – les mesures d’urgence depuis fin mars 2020

      D’après les membres du comité consultatif, bien que la corrélation scientifique soit difficile à établir, les efforts des citoyens pour respecter les gestes barrières, la demande du gouvernement de fermer les écoles, d’annuler ou de reporter des événements, semblent avoir été efficaces pour ralentir la progression de la contagion par le Covid-19. Cependant, ils s’inquiètent de l’augmentation du nombre de cas isolés et importés de l’étranger dans les grandes villes (Tokyo, Osaka, Nagoya). Cette tendance semble indiquer le début d’une nouvelle vague de cas, localisés dans certaines régions, et dont les symptômes peuvent être sévères. L’apparition de gros clusters, au sein desquels les voies de transmission du virus ne peuvent plus être identifiées, risque d’entraîner, selon les membres du comité consultatif, une situation comparable à celle de l’Italie, de la France ou des États-Unis.

      L’articulation des mesures de lutte contre la propagation du Covid-19 autour des trois piliers est donc renforcée. Le comité recommande alors un renforcement des mesures de prévention face à la formation de nouveaux clusters, une augmentation des budgets accordés au système de santé, ainsi qu’un partage plus efficace des informations entre les gouvernements locaux pour gérer plus étroitement le risque d’infection en fonction des régions. Une augmentation des capacités de test de dépistage est déployée. Enfin, la communication est ciblée sur les conditions de propagation du risque en demandant d’éviter les lieux fermés, les interactions sociales rapprochées, et les rassemblements collectifs.

      Dans ce contexte, le gouvernement décide de la réouverture des écoles après les vacances de printemps, laissant toutefois les gouvernements locaux prendre leur décision en fonction de la situation sanitaire locale. Les contradictions apparentes entre la décision de ré-ouvrir les écoles et l’évolution de la situation sanitaire, à l’égard de laquelle le comité consultatif a émis des recommandations d’urgence, entraînent une nouvelle confusion dans la politique de gestion de crise sanitaire. Ce manque de cohérence pourrait de nouveau altérer l’efficacité des mesures reposant sur la responsabilité civique en réduisant la perception du risque à quelques jours du pont pour l’équinoxe de printemps pendant lequel la floraison des cerisiers attire chaque année un grand nombre de Japonais dans les lieux publics, les restaurants et les bars.

      La veille du long week-end, les deux gouverneurs de Kobe et d’Osaka ont appelé les citoyens à limiter leurs déplacements leur demandant un confinement volontaire. Le discours et les actions des deux gouverneurs locaux avaient pour objectif d’accroître la prise de conscience du risque des citoyens et de prévenir leurs comportements, contrastant avec le manque d’anticipation du gouvernement central. Déjà fin février, le gouverneur de Hokkaido, Naomichi Suzuki, a fait preuve de réactivité en déclarant l’état d’urgence. Le 19 mars il déclare la fin de l’état d’urgence en réponse à la baisse du nombre de nouveaux cas alors que la propagation du virus augmente dans les grandes villes comme Tokyo. La réactivité d’une partie des gouvernements locaux face au manque d’anticipation et de préparation du gouvernement central rappellerait notamment la crise du modèle de gouvernance analysée lors de la catastrophe nucléaire du 11 mars 2011.

      À partir du 25 mars, la gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, recommande aux habitants de la capitale de limiter les sorties et les déplacements pendant les week-ends (fermeture progressive d’un grand nombre de parcs, de bars, d’établissements de karaoké, de cinémas, et promotion du télétravail). Les gouverneurs des préfectures de Chiba, Saitama et Aichi demandent aux citoyens de ne pas se rendre à Tokyo. Face à cette gestion politique confuse, la confiance de l’opinion publique dans la capacité du gouvernement à endiguer cette épidémie continue de baisser.

      L’état d’urgence, déclaré le 7 avril pour sept préfectures (Tokyo, Kanagawa, Saitama, Chiba, Osaka, Hyogo, Fukuoka), devrait permettre au gouvernement d’appliquer plus efficacement les mesures de lutte contre l’épidémie grâce au déploiement d’une coordination institutionnelle entre les sphères politique, administratives et la société civile qui faisait défaut jusqu’à présent. En effet, alors qu’il ne disposait pas de suffisamment de marge de manœuvre politique et budgétaire, l’état d’urgence, assorti d’un grand plan de soutien à l’économie, permet au Premier ministre de procéder à l’activation à un degré avancé de la responsabilité civique pour soutenir les deux autres piliers - identification des clusters et renforcement du système de santé.
      Conclusion

      La responsabilité civique en tant que pilier de gestion de crise sanitaire diffère du civisme qui est une attitude et non un devoir
      . Elle dépend de la communication et de la politique conduite par les autorités. L’identification des clusters, l’analyse des facteurs de propagation du virus dans la société japonaise, les capacités des structures hospitalières, le cadré légal et les enjeux économiques sont autant de variables, parfois divergentes, qui ont orienté la politique de gestion de crise du gouvernement central et des autorités locales. On observe donc une interférence des logiques de santé publique dans le système politique et économique créant un espace de confrontation qui donne lieu à de nouveaux compromis et qui résultent dans l’état d’urgence sanitaire : les autorités demandent aux citoyens de réduire les interactions sociales de 80 % sans établir, pour le moment, un régime exceptionnel de restriction des libertés individuelles. La réticence du gouvernement à mettre en place un tel régime repose sur les valeurs démocratiques et pacifistes de la Constitution d’après-guerre qui incarne les libertés civiques. Or, depuis son entrée en vigueur le 5 mai 1947, sa légitimité provoque de fortes controverses politiques relayées notamment dans le débat public sur les libertés civiques pendant l’état d’urgence. En juin 2017 le vote de la loi Anti-terroriste a déclenché des critiques virulentes au sein de l’opinion publique, des avocats et des journalistes dénonçant son contenu liberticide. En cas d’échec des mesures reposant sur le volontariat la question se pose donc de savoir si la responsabilité civique pourrait évoluer vers un modèle plus normatif et coercitif ? Ou bien le Japon parviendra-t-il à « imaginer un autre mode de réponse à la crise sanitaire et notamment une réponse qui ne sacrifie pas – ou qui sacrifie moins – les libertés » ?

      Pour soutenir les secteurs économiques et les ménages impactés par la crise sanitaire, le gouvernement déploie un plan massif (plan de soutien à l’économie de 915 milliards d’euros). Le gouvernement aurait-il recours à l’incitation économique pour activer la responsabilité civique à un niveau avancé ? Quelle est sa marge de manœuvre face aux non-bénéficiaires des aides financières ? La gestion de crise exacerbe en effet les inégalités de la société japonaise face aux conséquences socioéconomiques engendrées par les mesures de lutte contre l’épidémie. Selon l’enquête réalisée par la Chambre du commerce et de l’industrie de Tokyo, seulement 26 % des PME ont pu mettre en place le télétravail (57,1 % des entreprises de plus de 300 employés, contre seulement 14,4 % des entreprises de moins de 50 employés). Les inégalités face au télétravail altèrent donc l’efficacité des mesures reposant sur la responsabilité civique. Celle-ci est aussi remise en question face aux inégalités sociales et juridiques. Par exemple, la récente mobilisation juridique pour défendre les travailleurs d’Uber Eats pose la question urgente des droits des travailleurs indépendants face aux risques de contagion et aux conséquences socioéconomiques engendrées.


      https://laviedesidees.fr/Le-Japon-face-a-l-epidemie.html

      #géographie_culturelle

      –-> A mettre en lien avec la lecture culturaliste face à la crise en #Suisse :
      https://seenthis.net/messages/848845

    • Coronavirus : l’#exception japonaise ?

      En quelques mois, la pandémie de coronavirus a plongé le monde dans une situation de paralysie dont la durée est difficilement appréhendable. Le Japon, pris entre le report des JO et la rentrée scolaire, semble avoir maîtrisé l’épidémie dès les premières semaines, enrayant de fait son développement exponentiel. Il reste néanmoins des difficultés principalement dues à une réduction des investissements publics dans les hôpitaux contraints de réduire leur accueil.

      Au loin, une sirène retentit. Dans un pays où la population vieillissante est composée à 28% de personnes ayant plus de 65 ans, les ambulances tournoient quotidiennement. Mais en cette période de confinement, elles génèrent une tension latente absente d’ordinaire. Car ça y est. Le Japon, en proie au SARS-CoV-2, a franchi, lui aussi, le pas vers un confinement souple, plus conseillé qu’imposé, mis en place en deux temps, d’abord pour les sept préfectures les plus touchées depuis le 11 avril (Tôkyô, Kanagawa, Saitama, Chiba, Ôsaka, Hongo et Fukuoka), puis, devant la multiplication des cas, en généralisant ces mesures à l’ensemble du Japon le 17 avril. C’est dans un contexte politique très tendu que le Japon doit administrer cette nouvelle crise, à l’origine d’un report et peut être d’une annulation des Jeux Olympiques dont les préparatifs avaient été organisés à grands frais et non sans contestation, la décision de leur accueil ayant été prise deux ans seulement après le triple désastre (tremblement de terre, tsunami, explosion de la centrale nucléaire dai-ichi à Fukushima) qui avait dévasté le Nord-Est du Japon en 2011. Si elle devait se produire, cette annulation représenterait la seconde pour le Japon, la première ayant été motivée par le début de la seconde guerre mondiale. Mais pour l’heure, la guerre est déclenchée au virus, selon les termes du président français, repris par les dirigeants Japonais. Quelle est la situation au Japon et comment le gouvernement fait-il face à la crise ? D’une crise sanitaire à l’autre, le Japon a-t-il tiré les leçons de la communication sur les effets sanitaires développée après Fukushima ? Le système social en place permet-il de pallier à la vulnérabilité de certaines couches de la population ? Quelle est l’ampleur de l’épidémie au Japon comparativement à la situation française ? Autant de questions qui s’imposent afin d’évaluer les diverses mesures mises en place, et de permettre l’élaboration de nouvelles stratégies dans la gestion des désastres sanitaires, au-delà d’une réflexion qui s’impose quant à une refonte de notre système économique et à celui de nos modes de vie.

      Les mesures prises durant le début de l’épidémie et le report des JO

      Depuis le début de l’année, les informations d’abord jugées douteuses en provenance de son voisin chinois sur la potentialité d’une pandémie de covid 19, se sont confirmées. La globalisation des échanges commerciaux, celle du tourisme de masse, ainsi que celle des voyageurs auront eu raison des discours les plus rassurants quant à une maîtrise possible de la pandémie. Chargé d’accueillir les Jeux Olympiques en 2020, le gouvernement japonais n’ayant déclaré que 9 personnes contaminées au 30 janvier 2020, a d’abord été soupçonné de dissimuler le nombre de cas sur son territoire afin de ne pas entraver une organisation qui s’était avérée fort coûteuse, leur coût total étant évalué à 11,5 milliards d’euros[1]. Ces JO revêtent en effet une importance toute particulière dans le cas présent, puisque l’un de leurs objectifs était de médiatiser la réouverture de la zone d’évacuation autour de la centrale nucléaire de Fukushima Dai-ichi, notamment via la localisation du relai de la flamme olympique dans des tronçons de la zone d’évacuation rouverts pour l’occasion[2].

      A la mi-février, alors que le gouvernement japonais luttait contre une annulation probable des JO, les voix d’opposition pour une meilleure gestion d’une possible épidémie dans le pays se firent entendre. Dans un communiqué publique, le Premier Ministre japonais Shinzo Abe, annonce alors quelques restrictions, essentiellement fondées sur la responsabilité civile, en demandant de multiplier le télétravail tant que faire se peut, le report des évènements prévus dans les prochaines semaines, l’évitement des attroupements, la ventilation des espaces confinés, l’annulation des évènements sportifs, et la fermeture des écoles quinze jours avant les vacances saisonnières, la rentrée scolaire au Japon s’effectuant en avril. A un niveau individuel, le savonnement des mains et les lavements de bouche. Dans son allocution, le Premier Ministre spécifie néanmoins le maintien des Jeux Olympiques, et notamment le départ du relai de la flamme Olympique à Fukushima qui devait se dérouler le 16 mars.

      Quelques jours avant le départ du relai, le gouvernement doit néanmoins faire face au refus des coureurs de participer à la course, estimant être doublement mis en danger, par l’exposition aux radiations encore élevées dans la zone, et à celle au coronavirus, l’événement attirant de nombreux spectateurs. Le gouvernement propose alors que le relai soit remplacé par le transport en bus de la flamme olympique renfermée dans une lanterne de cuivre, au moment où les organisations d’athlétismes canadiennes et américaines, en pleine pandémie, demandent le report des JO, finalement décidé par le comité d’organisation international.

      Quand minimaliser les risques ne fait que les augmenter

      Hormis Hokkaidô, dont le gouverneur a déclaré l’état d’urgence dès le 28 février, en demandant à ses habitants le port du masque et un confinement stricte, le Japon, en dépit de la mise en place d’un comité consultatif d’experts dirigé par Omi SHIGERU et suivant une logique épidémiologique très critiquée durant la gestion de l’accident nucléaire de Fukushima, se refuse à effectuer une campagne massive de dépistages argumentant le possible déclenchement d’une vague d’inquiétude démesurée de la population. Pire encore, le 20 mars, la décision de rouvrir les écoles et facultés à la rentrée scolaire début avril est annoncée simultanément à une montée en tension générée par l’apparition de nouveaux clusters qui touchent les principales zones urbaines de Tôkyô, Nagoya, Ôsaka et Kyôto.

      Néanmoins, les échanges de voyageurs en provenance des pays les plus touchés sont limités et des premières mesures fiscales sont annoncées afin de faciliter le confinement. Parmi elles, la possibilité de reporter le paiement des taxes, charges et autres impôts et la mise en place d’un prêt d’urgence. En 2 mois, depuis son premier cas mi janvier, le Japon décompte 1200 cas testés positifs sur son territoire (les dépistages n’étant pas systématiques, ces chiffres ne sont donc qu’indicatifs), dont seulement 5% sont estimés être graves. Si la multiplication du nombre de contamination est rapide, le pays réussi à maintenir une certaine stabilité en raison de plusieurs facteurs. Le premier est une distanciation physique culturellement acquise, puisqu’on ne se touche pas physiquement ni pour se saluer, ni pour exprimer ses marques d’affection. Le second est le fait que la plupart des foyers possèdent des masques en raison de forts rhumes des foins générés par le pollen de certaines essences végétales importées contre lesquelles les japonais n’ont pas d’immunité. Cette « coutume » du port du masque est bien antérieure à la crise du sras et autres grippes influenzas. Les japonais les portent également en cas de rhume afin de ne pas contaminer leurs congénères. En outre, bien que les masques chirurgicaux soient de fabrication nationale, la plupart des distributeurs du Japon, dès le début de l’épidémie, se sont trouvés en rupture de stock. La population en détenait néanmoins suffisamment pour ne pas être affectée par cette pénurie, celle-ci étant comblée par la fabrication artisanale de masques courante dans le pays. Le troisième est le niveau d’hygiène. Ainsi, de l’alcool pour se désinfecter les mains est proposé à l’entrée de la plupart des magasins, les aliments sont emballés (ce qui génère par ailleurs une consommation de plastique extrêmement élevée), tandis que des employés, protégés de masque, de gants et d’écrans de plastique transparent se consacrent à la désinfection des paniers et charriots dans les surfaces alimentaires.

      Le gouvernement comptait donc essentiellement sur la conscience civile, entrainée par les nombreux désastres naturels (tremblements de terre, typhons, inondations) et industriels (maladie de minamata engendrée par la pollution au mercure dans le nord de Kyushu, catastrophe nucléaire de Fukushima) pour faire face au péril. Fort de cette assurance, le Premier Ministre Abe tout en annonçant un plan de soutien économique s’affiche, lors d’une conférence de presse, affublé d’un masque en coton et promet que deux masques en coton seront distribués par foyer dès la mi-avril, générant les sarcasmes de nombreux citoyens. Abenomics[1]était devenu Abenomask (les masques d’Abe)[2], la majorité de la population estimant que les mesures prises restaient insuffisantes face à l’accroissement rapide du nombre de cas et à la détérioration inquiétante de la situation dans les pays occidentaux.

      Quelles sont les mesures prises depuis le 11 avril ?

      Les 7 et 11 avril, de nouvelles mesures sont annoncées par le gouvernement et par la maire de Tôkyô, Yuriko KOIKE, la mégalopole étant la plus touchée par la maladie qui s’avère être une maladie urbaine, en raison de la densité de population qui facilite la transmission d’un individu à l’autre et de la pollution aérienne qui augmenterait le taux de mortalité par le virus selon une récente étude menée par Harvard T.H. Chan School of Public Health[3]. L’air, dans les villes japonaises, étant de bonne qualité en raison d’une circulation automobile réduite, de la quasi suppression du diesel limité aux véhicules de transport, et d’une ventilation suffisante assurée par leur localisation côtière, les risques de contamination sont plus à craindre dans les lieux où la promiscuité est importante, présents en grand nombre dans les villes : transports en commun, Izakaya (bars populaires), pachinko et autres karaoke.

      Ces mesures sont les suivantes :

      Une modification de la loi a été faite afin d’imposer :

      – l’arrêt provisoire d’activité pour toutes les structures scolaires dont la superficie dépasse les 1000 m2

      – la fermeture temporaire de tous les commerces autres que ceux fournissant les denrées nécessaires au quotidien et dont la surface est supérieure à 1000m2

      – la fermeture temporaire de l’ensemble des centres d’exposition, bibliothèques, salles de concert et autres musées dont la surface est supérieure à 1000m2

      – la fermeture des établissements sportifs, ainsi que des salles de loisirs (pachinko, Majong et autres Game center) ou autres lieux de divertissements (cabarets, karaoke, internet-café, night club, etc.)

      Une requête de coopération est par ailleurs faite, sans contrainte légale :

      – les établissements éducatifs (petites universités, auto-école, etc.) de moins de 1000m2 peuvent continuer leur activité en prenant les mesures de précaution pour se protéger.

      – Les centres d’exposition, bibliothèques et autres salles de concert en deçà de 1000m2sont priés de fermeture temporaire

      – Les commerces hors vente de produits nécessaires au quotidien sont priés de fermer sauf ceux dont la surface est inférieure à 100 m2qui peuvent continuer leur activité en respectant les mesures de précaution.

      Il est également demandé aux cultes, services de garde d’enfants et autres services sociaux d’arrêter ou de limiter leurs services en respectant les règles de protection.

      Les hôpitaux, vétérinaires, hôtels, transports, services funéraires, média, bains publics, supermarchés et autres kombinis(supérettes) devront, quant à eux, assurer les mesures de précaution afin de continuer leur activité. Cette règle est également appliquée aux bars et restaurants dont les horaires d’activité sont néanmoins réduits. Ainsi, leur activité est permise de 5 h du matin à 20h.

      Le télétravail est recommandé pour les autres activités.

      Si les tests sont limités, une application-test est envoyée sur l’ensemble des téléphones portables via Line, un service de messagerie très populaire au Japon afin de distribuer un questionnaire permettant d’appréhender le nombre de personnes présentant les symptômes de la maladie.

      Les mesures annoncées pour la capitale seront finalement appliquées sur l’ensemble du pays, devant une accélération du nombre de personnes contaminées, une semaine après leur annonce.

      Ici comme ailleurs, héroïser les plus vulnérables ne leur permet pas de faire face

      Mais très vite, les voix se lèvent. La cessation d’activité est insoutenable pour une grande partie de la population. Des manifestations, respectant les distances sécuritaires, sont organisées à Tôkyô, avec pour mot d’ordre : « sans argent, pas de confinement ! ».

      Après des discussions tendues au parlement, le gouvernement décide finalement, le 20 avril, la distribution de 100 000 jpy/personne (850 euros) qui seront versés au chef de famille, afin de combler les pertes dues au confinement.

      Par ailleurs, la fermeture des internet-cafés où dormaient les personnes sans foyer, communément désignées sous le terme de « réfugiés des cyber cafés » (netto kafe nanmin) , une population estimée par les associations de suivi social à 4000 personnes pour la seule ville de Tôkyô et à 500 par le gouvernement, se retrouve à la rue. La maire de Tôkyô a proposé, pour solutionner le problème, le réquisitionnement d’hôtels ou d’équipements d’accueils afin de permettre leur hébergement, mais également de maîtriser les cas de contagion éventuels. Néanmoins, les associations s’occupant du suivi des personnes sans domicile fixe tirent la sonnette d’alarme. Le dirigeant de Tôkyô Umbrella kikin partage sur les réseaux sociaux les secours quotidiens promulgués à ces nouveaux homeless qui viennent de perdre leur travail suite aux fermetures contraintes des magasins qui les employaient[1].

      La politique de confinement est dramatique, et c’est pour éviter d’avoir à l’imposer que le gouvernement avait tenté de maîtriser l’épidémie, notamment en permettant au département la réquisition d’hôtels afin d’isoler les personnes positives asymptômatiques ou présentant des symptômes légers. Cette mesure a été adoptée sur l’ensemble du territoire. La liste de ces hôtels fait l’objet d’une publication régulière dans la presse, comme c’est le cas pour la préfecture spéciale de Kyôto dont le répertoire des hôtels mobilisés à cet effet a été publié le 21 avril 2020 dans le journal Asahi, l’un des quotidiens nationaux les plus lus du Japon[2].

      Malgré l’ensemble des mesures promulguées par les institutions aux diverses échelles d’intervention (aux niveaux national, départemental et local), les hôpitaux commencent à être engorgés dès la mi-avril[3] et les patients se voient refuser leur demande d’hospitalisation. Pire encore, les opérations de patients atteints du cancer sont annulées une à une, en raison du manque de personnel, en sous-effectif, en partie victime de la maladie. Shintsuke TENNÔ, représentant de l’association des malades du cancer témoigne, dans un reportage de la NHK du 20 avril[4], d’un problème récurrent dans la plupart des pays qui ont fait le choix de réduire leur soutien aux hôpitaux publics. Ainsi, le Japon a opté pour une réduction importante du nombre de lits d’hôpitaux depuis plusieurs années. En 1998, le nombre de lits réservés en cas d’épidémie était de 9060 lits, contre 1869 aujourd’hui. Si le nombre de lits total reste assez important en raison de la présence de dispensaires nombreux dans le pays, ainsi que du grand nombre de lits en psychiatrie, soit 7.79 lits pour 1000 personnes contre 3.09 lits pour 1000 personnes en France[5], des études sur le sujet (voir : Intensive Care Medicine journal , National Center for Biotechnology Information , ou encore more recent analysis publiées dans Critical Care Medicine Journal comparent le nombre de lits en réanimation dans les pays d’Asie) montrent que le nombre de lits en réanimation pouvant être mobilisés en cas d’épidémie est drastiquement plus faible, puisqu’il est de 7,3 lits pour 100 000 personnes au Japon contre 11,6 lits pour 100 000 personnes en France.

      Depuis octobre dernier une accélération notable de ce processus avait été activée, visant à la suppression de 130 000 lits d’hôpitaux en 5 ans décidée par le ministère des finances[1]. Ici aussi, les discussions quant au maintien des investissements publics dans le secteur médical sont remises sur le devant de la scène.

      Si certains choix politiques sont semblables, les cas français et japonais sont néanmoins bien distincts

      Le 23 avril 2020, à l’heure où la France déplore 119 151 cas de malades confirmés et 21240 décès pour une population moitié moindre, le Japon (126 millions d’habitants) ne compte que 12061 personnes testées positives et 300 décès attribués au covid19. Si l’on se concentre sur la tendance globale, depuis janvier, l’épidémie de covid19 au Japon s’est propagée à un rythme régulier, avec un nombre de cas détectés qui a été multiplié par 10 tous les mois. Etant donné le temps d’incubation du SARS-CoV-2, environ 5 jours[1], ceci correspond à un taux de reproduction (le nombre moyen de transmissions par malade) moyen de l’ordre de 1,5.

      En comparaison, le cas de la France est très différent avec un nombre de cas détectés qui, entre la mi-janvier et la mi-mars quand le confinement a été déclaré, a été multiplié par 10000 ! Le taux de reproduction peut être évalué à 2,15. Cela semble assez proche du cas Japonais, mais, dans les faits, les conséquences de cette différence sont dramatiques - c’est le principe d’une exponentielle - avec un nombre de morts près de 100 fois plus importants en France qu’au Japon.

      Évolution de l’épidémie de covid19 au Japon et en France (d’après les données de l’European Centre for Disease Prevention and Control). Au 23 avril 2020, la base de données faisait état de 11 772 cas détectés et de 287 décès au Japon, et de 119 151 cas détéctés et de 21340 décès en France.

      D’autre part, malgré un nombre de tests qui peut paraître faible au regard d’autres pays, le rapport entre le nombre de cas détectés et le nombre de décès est de 42 au Japon. Il est de 5,6 en France. En comparaison, il est de 45 en Corée du Sud, vantée pour avoir su juguler l’épidémie grâce à des tests massifs. Il semble donc que le Japon retrouve une grande partie des cas de COVID-19, même si l’apparition de cas non traçables de plus en plus nombreux montre qu’il s’agit d’un problème complexe qui n’est pas maitrisé pour l’instant. De son côté, la France, qui n’a pas vu arriver l’épidémie et s’est retrouvée submergée, ne teste qu’environ 10% des cas : ceux qui sont dans un état critique et doivent aller à l’hôpital.

      Une tendance positive se dessine cependant : la courbe du nombre de cas/jour (histogramme bleu) descend côté français où le taux de reproduction R est donc clairement passé en dessous de 1. Cela semble aussi être le cas au Japon, grâce à la déclaration d’état d’urgence, même s’il est encore trop tôt pour être sûr que ce soit une tendance robuste. Il faut s’attendre néanmoins au Japon à une augmentation du nombre de décés par jour lié à l’augmentation des cas les jours et semaines précédentes.

      Ainsi, en comparaison de la France, le Japon a été relativement épargné par l’épidémie de covid19. Il a certainement bénéficié d’habitudes de sa population, une distanciation physique culturelle, le port fréquent du masque et une hygiène très présente, pour limiter la progression de l’épidémie. Le Japon n’a cependant pas pu éviter de déclarer l’état d’urgence, montrant que l’épidémie ne peut être jugulée que par des mesures fortes. Les semaines qui viennent vont être décisives pour ces deux pays qui doivent confirmer la décroissance de l’épidémie, pour la France organiser le déconfinement et pour le Japon faire repartir progressivement son économie. Plus généralement, si l’on peut déplorer l’impréparation de scénarii pourtant connus et analysés depuis plus de trente ans (voir à ce sujet les travaux de l’anthropologue Frédérick Keck[1]), cet épisode aura néanmoins montré, certes non sans coût, que l’impossible devenait possible, au moins pour un moment, lorsque volontés étatiques et citoyennes se conjuguaient. Peut-être est-il temps d’appréhender ce désastre comme une opportunité de réfléchir à la mondialisation des échanges tant de voyageurs que des marchandises pour la limiter au nécessaire aussi en vue d’une réduction de notre empreinte carbone, mais également d’évaluer le coût de la délocalisation des industries nationalement vitales. A un niveau local, cette occasion faitémerger la nécessité d’une réflexion sur l’orientation des investissements publics, tant dans le secteur hospitalier, que dans les structures d’accueil et d’habitat à destination des plus démunis, les épisodes épidémiques étant l’un des critères fondamentaux à l’origine de l’élaboration d’institutions publiques de logements permettant de « loger le peuple » afin de prémunir la sécurité (entre autres) sanitaire de chacun[2].

      http://japosphere.blogs.liberation.fr/2020/04/28/coronavirus-lexception-japonaise
      #chronologie

  • Le confinement marque une #frontière_culturelle en #Suisse

    La notion de #responsabilité_individuelle parle plus aux #Suisses_alémaniques qu’aux #Romands, davantage adeptes d’un Etat fort. Les raisons en sont historiques et culturelles.

    Exiger le moins pour obtenir le plus ; imposer le #semi-confinement pour aboutir au confinement : pour un œil étranger, la stratégie de la Suisse pour freiner la propagation du #coronavirus s’apparente au mieux à un exercice d’acrobatie, au pire à un orgueil démesuré. Pourtant, si l’on en croit les images de nos villes ce week-end, semi-désertes, il n’est pas dit qu’on perde ce pari. Par la grâce de la discipline helvétique ? Pas seulement. Plus profondément, c’est à la notion de responsabilité individuelle et de rôle de l’Etat qu’il faut probablement attribuer ce résultat.

    Or, ces notions ne sont pas totalement identiques selon qu’on est citoyen latin ou alémanique. En #Suisse_romande, on a vu se multiplier les appels au #confinement_total, espéré par beaucoup jusqu’à vendredi dernier. Des citoyens l’ont même demandé sous forme de pétitions. On sentait aussi cette préférence chez certains conseillers d’Etat romands, même si exprimée à demi-mot pour ne pas court-circuiter la Confédération, désormais à la manœuvre.

    En Suisse alémanique en revanche, les appels s’en tenaient au #respect_des_règles en vigueur, hormis des personnalités de l’UDC, réclamant des mesures plus strictes, avec de notoires exceptions, comme le conseiller national Roger Köppel. Même si Zurich a fermé ses rives du lac devant un afflux de promeneurs, le maître mot demeure « responsabilité individuelle ». C’est ce qu’il fallait comprendre du discours fort d’Alain Berset, taclant au passage le verticalisme aux accents certes gaulliens mais jugé inefficace de notre voisin français.

    La synthèse entre la France et l’Allemagne

    La Suisse, c’est une autre histoire, mélange du nord et du sud de l’Europe : « Au Nord, comme en Grande-Bretagne ou aux Pays-Bas, le premier réflexe est le laisser-faire, dans la certitude que les barrières naturelles se réinstalleront d’elles-mêmes, explique Olivier Meuwly, historien. Dans la culture germanique, on présuppose que la responsabilité individuelle entraînera la #responsabilité_collective. Une vision étrangère à la culture du Sud, où l’ordre est censé venir d’en haut. »

    La Suisse, à cheval, décline ces deux cultures. Historiquement, elle fait la synthèse entre la France et l’Allemagne, ou la Grande-Bretagne et l’Italie. L’historien rappelle que dans les guerres de religion déjà, la Suisse a tenté la #synthèse en cherchant le #compromis.

    Deux paradigmes pour un seul objectif, la #liberté : « Dans le brillant discours d’Alain Berset, toutes les influences se synthétisent et on perçoit une #mosaïque_organiquement_organisée », estime Olivier Meuwly. Ce curieux #assemblage s’articule aussi autour de l’esprit de #milice, du #fédéralisme et de la #démocratie_directe, « trois piliers de la « #suissitude », trois logiques qui marquent les #comportements ».

    La responsabilité individuelle découle de la faiblesse de l’Etat

    Cette valorisation de la responsabilité individuelle trouve ses fondements dans la #faiblesse_de_l’Etat, rappelle Irène Herrmann, historienne et professeure à l’Université de Genève : « Au XIXe siècle, Berne a lutté pour s’arroger un peu du pouvoir des cantons. Une partie lui est échue, une autre a été conférée aux citoyens, à travers la démocratie directe : ils devaient en user modérément et exercer sur eux-mêmes le pouvoir que l’Etat, très faible, était incapable d’imposer. Cet héritage institutionnel est très fort et, par conséquent, on n’imagine pas aujourd’hui que cela puisse marcher autrement. »

    C’est un peu moins vrai dans les cantons qui ont rejoint la Confédération plus tardivement, comme le Valais, Genève et Neuchâtel. « Ceux-là acceptent plus volontiers la #délégation de #responsabilités à l’Etat, alors que les cantons alémaniques ont tendance à glorifier la culture politique basée sur la responsabilité individuelle, poursuit l’historienne. Cela aboutit à une survalorisation du pouvoir de décision de l’individu. » D’autres répondront qu’elle est salutaire. Ces différences de perception pourraient expliquer l’attente des Latins envers Berne à serrer la vis.

    Un #Röstigraben de l’embrassade ?

    Plus prosaïquement, ce souhait n’est sans doute pas étranger au fait que les cantons latins déplorent plus de mortalité que la Suisse alémanique. C’est vrai aussi pour l’Italie ou l’Espagne, contrairement à l’Allemagne et à l’Autriche. Ce constat amène le politologue alémanique Michael Hermann, qui dirige l’institut de recherche Sotomo, à émettre une hypothèse : « Il est frappant d’observer que le coronavirus a une #géographie_culturelle. Et si c’était le fait d’un #rapport_à_l’autre différent ? Les habitants des pays latins sont plus tactiles, ils observent moins de #distance_sociale que dans les pays germaniques. »

    Un Röstigraben de l’embrassade ? Pourquoi pas. Sa supposition s’appuie aussi sur le fait que les décès actuels sont le résultat de contagions qui datent d’il y a trois semaines environ, soit avant les mesures mises en place par Berne. Michael Hermann insiste aussi sur d’autres différences : le #sport est plus largement pratiqué outre-Sarine, la #prévention sur la santé occupe plus d’espace qu’en Suisse romande : « Adeptes de la marche, de la nature et du grand air, les Alémaniques auraient beaucoup de mal à supporter le confinement. C’est possible que cela compte aussi dans l’#autodiscipline qu’ils observent. »

    Il n’empêche : au-delà des divergences dont les racines plongent dans un passé qui, même ignoré, constitue le génome des Suisses, ceux-ci ont majoritairement suivi l’injonction des autorités et déserté leurs villes. Qu’il soit permis de s’en égayer avec ce mot d’Olivier Meuwly : « On dit des Romands qu’ils sont très français, mais ils se révèlent aussi alémaniques ! »

    https://www.letemps.ch/suisse/confinement-marque-une-frontiere-culturelle-suisse

    –-> article paru le 23.03.2020

    Pour rappel, un extrait du discours de Berset :


    https://seenthis.net/messages/843863#message844245

    ping @simplicissimus

  • Halte là, les charognards se mobilisent pour "l’après..."

    Encore heureux que Terra Nova soit là pour réfléchir à l’avenir des
    startoupes innovantes, spécialistes de l’intermédiation de la
    logistique urbaine du dernier kilomètre ! Sans oublier de s’inquiéter
    du petit personnel, genre les esclaves à deux roues qui livrent plus
    que jamais des sushis dans le 16ème à onze heures du soir... Ceux dont la précarité constituait une question qui « commençait tout juste à émerger » avant le Corona, selon l’auteuse de la Note. Et oui y a des gens payés à faire çà (même depuis l’ile de Ré). Y en a même des milliasses et c’est bien ça le problème…

    Je reçois des dizaines de bouses du même acabit, ce qui est
    intéressant en soi parcequ’on y trouve la trame mainstream qui ne va
    pas tarder à nous submerger.

    Une pierre dans le jardin des innombrables Lapins crétins qui
    multiplient les appels nunuches pour repeindre l’après sous les atours d’un jardin de cocagne. Aka les circuits courts, aka le Care, aka la démocratie partout…

    Quand ils se prendront les super-LBD balancés depuis les drones
    nouvelle génération, ils sera trop tard pour pleurer…

    Sérieusement, va falloir voir à s’activer pour magnifier la smart city
    de l’après...

    Faudrait dire à Lechypre, Lecarpentier et Quatremer d’inciter leurs
    lecteurs à investir dans les entrepôts à étages (en matériaux
    biosourcés bien sur, et avec une ruche sur le toit financée par la
    bande à Hidalgo...)

    « (...) En conclusion, le confinement et la crise sanitaire montrent
    la flexibilité de l’organisation de la distribution des biens dans les zones urbaines denses, tout en mettant en suspens bien des dossiers de la logistique urbaine. La grande affaire de la sortie de crise sanitaire sera bien sûr la récession économique qui se profile, et le secteur des transports est déjà profondément affecté.
    L’aprèscoronavirus s’annonce aussi comme un temps de remise en cause de nos façons de faire dans de multiples dimensions de la vie économique et sociale, et notamment dans la gestion des secteurs stratégiques et de leur supply chain.

    Ces dossiers, lors de la sortie de la crise, seront-ils traités comme
    business as usual ou bien appréhendés d’un œil neuf ? Des discussions émergent sur le rôle que devrait prendre la technologie sur la gestion des approvisionnements urbains (robots, drones, données massives des flux de marchandises connectées avec celles de la smart city) pour la rendre plus efficace et prête à une prochaine urgence.

    Mais pensons aussi à des dossiers plus modestes, sur lesquels les
    progrès étaient restés, ces dernières années, étonnamment lents.Qu’en sera-t-il par exemple des livraisons propres et de la baisse du bilan carbone de la logistique urbaine, objectif affiché par les entreprises tout comme par les municipalités juste avant les élections ?

    Aujourd’hui, l’urgence est à l’assouplissement des règles de
    circulation, mais les habitants confinés ont peut-être pris goût à des
    zones urbaines moins polluées et plus silencieuses. Va-t-on enfin
    vers une généralisation de l’utilisation de scooters, fourgonnettes et
    camionnettes électriques pour la livraison ? Des zones à faibles
    émissions vont-elles être mises en place ou, quand elles le sont, être
    mieux respectées dans les grandes villes ? L’année 2020 avait commencé par une décision nationale très défavorable : la division par deux des aides versées pour chaque véhicule électrique acquis par une entreprise. Le contrepied à cette règle pourrait constituer un signal positif de sortie de crise. Un autre sujet de discussion peut avancer à la faveur de la situation nouvelle : celui de la massification des livraisons face à la fragmentation croissante de la demande née du e-commerce et des exigences des consommateurs (délais de plus en plus courts, livraisons de plus en plus gratuites). Tout ce qui favorise cette massification devra être bien accueilli par les villes et
    notamment l’installation d’entrepôts plus proches, mieux insérés et
    éco-compatibles dans les zones denses, autrement dit un urbanisme
    logistique repensé et innovant, permettant la mixité des usages et une consommation foncière réduite (pourquoi pas des entrepôts à étages ?). »

    http://tnova.fr/notes/la-logistique-une-activite-urbaine-qui-passe-au-premier-plan

  • Syrian refugee families volunteer to help during Coronavirus outbreak- Daily echo
    “In UK,Dorset Council say they’ve received ’heart-warming’ messages from Syrian refugee families, who want to help their new communities during the coronavirus outbreak.”
    #Covid-19#Syrie#Grande-Bretagne#migrant#migration#civilsociety

    https://www.bournemouthecho.co.uk/news/18355345.syrian-refugee-families-volunteer-help-coronavirus-outbr

  • Erdogan threatens new restrictions if Turks flout ’voluntary quarantine’-Al monitor

    Turkey will tighten restrictions on daily life if the country’s coronavirus outbreak worsens because citizens didn’t follow the “voluntary quarantine,” Turkish President Recep Tayyip Erdogan
    #Covid-19#Turquie#Erdogan#Civilsociety#lockdown#migration

    https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2020/04/turkey-erdogan-new-restrictions-coronavirus-quarantine.html

  • Iraqi government calls on civil society to fight COVID-19

    The Iraqi government is thus calling on civil society and charities to provide aid with their resources.Bank account numbers and phone numbers were given to the public to receive all types of societal assistance
    A number of traders in Najaf have donated 350 million Iraqi dinars (the equivalent of $293,994) to provide medical supplies to governorate hospitals.

    #Covid-19#Iraq#Civilsociety#migration

    https://www.al-monitor.com/pulse/originals/2020/03/iraq-covid19-coronavirus-civil-society.html

  • #Coronavirus : moins d’#humanitaire, plus de #politique !

    Nous devons sortir de la pensée humanitaire qui apporte avant tout des réponses techniques et repenser en des termes politiques le #bien_public, la #solidarité et la #justice_sociale, écrit Julie Billaud, professeure adjointe d’anthropologie à l’Institut de hautes études internationales et du développement.

    Ce qui est frappant dans la manière dont les réponses à la « crise du coronavirus » sont abordées par nos gouvernements, c’est l’insistance exclusive sur les mesures biomédicales. Tout se passe comme si l’#état_d’urgence qui nous est imposé était la réponse la plus évidente dans des circonstances exceptionnelles. Autrement dit, la gestion de la « #crise » relèverait d’enjeux purement techniques. D’un côté, il s’agit de promouvoir au sein de la population le #civisme_sanitaire : se laver les mains, porter un masque, rester confinés, maintenir les distances physiques. De l’autre, la réponse médicale s’articule en termes d’#urgences : réquisitionner des lits de réanimation supplémentaires, construire des hôpitaux de campagne, appeler en renfort le personnel médical retraité et les étudiants en médecine.

    Gouvernance #biopolitique

    Ce que nous voyons à l’œuvre, c’est le passage à un mode de gouvernance humanitaire et biopolitique de la #santé dont l’objectif est d’administrer les collectivités humaines par le biais de statistiques, d’indicateurs et autres instruments de mesure. Le temps presse, nous dit-on, et la fin justifie les moyens. Il faut reprendre le contrôle sur la vie dans le sens collectif du terme et non pas sur la vie humaine individuelle. Voyons, par exemple, comment le gouvernement britannique a pour un moment soulevé la possibilité de « l’immunisation de groupe » acceptant ainsi de sacrifier la vie des personnes les plus vulnérables, notamment celle des personnes âgées, pour le bien du plus grand nombre. Voyons encore comment les migrants vivant dans les camps des îles grecques sont perçus comme un danger biomédical à contenir. Réduits à des matières polluantes, ils ont perdu leur statut d’êtres humains. Leur #isolement ne vise pas à les protéger mais plutôt à protéger la population locale, et la population européenne en général, contre ce virus « venu de l’étranger ». L’#exclusion des « autres » (c’est-à-dire des #étrangers) est justifiée comme étant le seul moyen efficace de sauver « nos vies ».

    Il faut reprendre le contrôle sur la vie dans le sens collectif du terme et non pas sur la vie humaine individuelle

    Mais au-delà des justifications humanitaires du #triage entre les vies à sauver et celles à sacrifier, la #raison_humanitaire tend à neutraliser la politique et à passer sous silence les raisons profondes pour lesquelles nous nous retrouvons dans une telle situation. L’importance croissante des arguments moraux dans les discours politiques obscurcit les conséquences disciplinaires à l’œuvre dans la manière dont les règles sont imposées au nom de la #préservation_de_la_vie. En faisant de l’#expertise la seule forme valable d’engagement démocratique, des activités qui étaient auparavant considérées comme relevant de la politique et donc soumises au débat public se sont vues réduites à des questions techniques. Essayons d’imaginer à quoi ressemblerait notre situation si la santé était encore considérée comme un bien public. Sans le cadre discursif de l’#urgence, il serait peut-être possible d’examiner de manière critique les raisons pour lesquelles une organisation comme Médecins sans frontières a décidé de lancer une mission #Covid-19 en France, un pays qui était considéré il y a encore peu comme doté d’un des meilleurs systèmes de santé du monde.

    Sortir de la pensée humanitaire

    La crise du coronavirus met en évidence comment quatre décennies de #politiques_néolibérales ont détruit nos #systèmes_de_santé et, plus largement, ont diminué nos capacités de #résilience. Les scientifiques ces derniers jours ont rappelé que la recherche sur le coronavirus nécessite du temps et des moyens et ne peut pas se faire dans l’urgence, comme le modèle néolibéral de financement de la recherche le souhaiterait. Les services de santé, déjà surchargés avant la crise, ont besoin de moyens décents pour ne pas avoir à faire le #tri cruel entre les vies. Finalement, l’#environnement (non pas le profit) doit être notre priorité absolue à l’heure de l’effondrement des écosystèmes essentiels à la vie sur terre.

    En d’autres termes, nous devons sortir de la pensée humanitaire qui apporte avant tout des réponses techniques et repenser en des termes politiques le bien public, la solidarité et la justice sociale.

    https://www.letemps.ch/opinions/coronavirus-dhumanitaire-plus-politique
    #immunité_de_groupe #néolibéralisme

  • « Lève-toi et tue le premier » : les secrets d’une machine à tuer

    Comment Israël a organisé des attentats terroristes au Liban à la fin des années 1970 pour provoquer l’OLP

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/13/leve-toi-et-tue-le-premier-les-secrets-d-une-machine-a-tuer_6032873_3232.htm

    On apprend aussi et surtout – c’est la révélation la plus problématique – comment, entre 1979 et 1983, le chef d’état-major israélien Rafael Eitan, avec la bénédiction du ministre de la défense Ariel Sharon, a orchestré, à l’insu du reste du gouvernement, une campagne d’attentats au Liban. Perpétrées par des collaborateurs locaux et revendiquées par une organisation fictive (le Front pour la libération du Liban des étrangers), ces explosions ont causé la mort de centaines de personnes, en grande partie des civils.

    D’abord actes de vengeance aveugle, en réaction au massacre d’une famille israélienne de Nahariya par un commando palestinien, ces opérations ont eu pour objectif, après 1981, de pousser Yasser Arafat à attaquer Israël, en violation du cessez-le-feu négocié par les Etat-Unis, pour justifier une invasion militaire au Liban.

  • Notes anthropologiques (XLVIII)

    Georges Lapierre

    https://lavoiedujaguar.net/Notes-anthropologiques-XLVIII

    Traité sur l’apparence (IV)
    Cosmovision et activité marchande

    Dans un livre consacré à la « naissance de la Grèce », les auteurs font état de la découverte de petits objets provenant de Tirynthe et d’autres sites égéens qui se sont révélés être des poids, « réglés par un système proche-oriental ». Voici donc la notion de mesure qui s’infiltre dans les échanges entre les humains au troisième millénaire avant J.-C. « Les poids les plus anciens du monde égéen datent du bronze ancien et indiquent des liens étroits avec l’aire levantine et le Proche-Orient en général. » Et Julien Zurbach de préciser : « Les poids et mesures, éléments fondamentaux de toute société, sont un indice extrêmement fin et précis des relations d’échange… » Considérer que les poids et mesures sont des éléments fondamentaux de toute société et qu’ils sont un indice précis des relations d’échange a de quoi nous surprendre. Une telle vue met à la trappe sans autre forme de procès tous les échanges qui reposent sur le don, et où il n’est question ni de poids ni de mesures. Une telle idée qui consiste à ne prendre en considération que les échanges marchands peut bien paraître saugrenue. Cependant je pourrais me trouver en accord avec les historiens qui s’intéressent par vocation à ce qu’ils nomment civilisation et il est fort possible que ce qu’ils conçoivent comme étant « la » civilisation commence par l’échange marchand. (...)

    #anthropologie #échanges #don #mesures #valeur #civilisation #société #marchandises #obligation #Jean-Paul_Demoule #cauris #État #nature #culture #Hegel #inégalité #Marx

    • @ktche pas la première fois mais dans ce texte Georges Lapierre s’inscrit en faux contre une des bases de Marx qu’utilise la critique de la valeur (c’est répété dans de nombreux textes) comme quoi celle-ci est calculée (par les capitalistes) sur le temps social nécessaire pour la fabriquer (modulo l’état technologique du moment).

      Un exemple dans une note là

      Les économistes, qui sont seulement les thuriféraires des marchands, entrent dans leur jeu pour présenter le monde de l’activité marchande comme un monde objectif pour ainsi dire naturel et qui ne peut en aucune manière être critiqué. Ils se sont cassé la tête pour déterminer objectivement la valeur d’échange d’une marchandise, faire en sorte qu’elle ne soit plus rattachée à la subjectivité des uns et des autres, en l’occurrence à celle des marchands ; Karl Marx, par exemple, la rattache au temps de travail social nécessaire pour produire une marchandise, ce qui ne voulait rien dire du temps de Karl Marx quand le prix d’une paire de godillots changeait d’un pays à l’autre et qui, de nos jours, ne veut toujours rien dire quand le prix d’une même paire de baskets varie, elle aussi, considérablement d’un pays à l’autre alors que cette paire est produite dans le même pays du tiers monde . En fait, c’est seulement le marchand, et lui seul, qui décide de la valeur d’une paire de godillots ou de baskets en fonction de critères qui lui sont propres et dont l’origine remonte aux spéculations boursières.

      Bon j’ai l’impression qu’il y a une confusion entre « comment Marx la définit » et « comment Marx dit que les capitalistes la définissent », mais reste cette critique sur la subjectivité, aussi bien avant que les capitalistes de maintenant, sur la valorisation d’une marchandise.

      Est-ce qu’il y a des textes expliquant les différentes approches ou critiquant cette approche subjective ?
      Sur certains points j’ai l’impression que les explications de Lapierre sont proches de la wertkritik et parfois je vois bien qu’il tient à se distinguer clairement des conceptions de Marx. Et je n’arrive pas à synthétiser clairement les convergences et divergences.

    • De l’extrait que tu cites ci-dessus, je mettrais rapidement en avant deux divergences avec l’approche de la critique de la valeur

      1) L’équivalence entre prix et valeur : le prix est l’expression phénoménale, dans la sphère de la circulation, de la valeur qui est entièrement déterminée dans la sphère de la production. La distinction opérée entre les deux par Marx est celle entre une catégorie substantielle et un phénomène, certes dérivé, mais dont les multiples autres déterminations contradictoires ne permettent pas de poser une équivalence valeur = prix. Cette équivalence est plutôt celle que font les économistes néo-classiques dits marginalistes, parce qu’ils réduisent la notion de survaleur à celle de profit, selon l’approche subjective qu’en a justement le marchand.

      2) L’analyse en terme de marchandise individuelle : si chaque marchandise « porte » les déterminations qui sont celles de la production marchande, il n’est pas possible d’en faire l’analyse à partir d’une simple partie. La production marchande est une totalité dans le sens où elle imprime sa marque (l’abstraction, l’indifférence au contenu) sur chaque marchandise, pas dans le sens où elle serait la somme des marchandises prises séparément. Encore une fois, c’est justement la vision subjective du marchand qui voit le tout comme la somme des parties qui médiatisent son rapport aux autres sujets de la production marchande, et non pas comme une propriété commune qui échappe à son appréhension.

    • Donc l’intolérance au lactose n’est pas seulement une mode destinée à montrer sa singularité ?

      Intéressant... Je n’avais aucune idée que ça pourrait varier si vite.

      "This combination of physical traits has been previously noted in other European hunter-gatherers, suggesting that this phenotype was widespread in Mesolithic Europe and that the adaptive spread of light skin pigmentation in European populations only occurred later in prehistory,” wrote Schroeder and his colleagues.

    • This single discarded piece of ancient chewing gum tells us that the ancient woman, who Schroeder and his colleagues have nicknamed Lola, was probably lactose intolerant, ate duck and hazelnuts, and may recently have had pneumonia. She also had blue eyes, dark brown hair, and dark skin

      #chewing_gum

      Article original :

      A 5700 year-old human genome and oral microbiome from chewed birch pitch
      Theis Z. T. Jensen, Jonas Niemann, Katrine Højholt Iversen, Anna K. Fotakis, Shyam Gopalakrishnan, Åshild J. Vågene, Mikkel Winther Pedersen, Mikkel-Holger S. Sinding, Martin R. Ellegaard, Morten E. Allentoft, Liam T. Lanigan, Alberto J. Taurozzi, Sofie Holtsmark Nielsen, Michael W. Dee, Martin N. Mortensen, Mads C. Christensen, Søren A. Sørensen, Matthew J. Collins, M. Thomas P. Gilbert, Martin Sikora, Simon Rasmussen & Hannes Schroeder
      Nature Communications 10:5520 (2019)
      https://www.nature.com/articles/s41467-019-13549-9

      A rajouter à la compilation #archéologie :
      https://seenthis.net/messages/633249

      #histoire #préhistoire #anthropologie #civilisation #évolution #nourriture #genome #microbiome

  • Éloge de la grève perpétuelle

    Louis

    https://lavoiedujaguar.net/Eloge-de-la-greve-perpetuelle

    Comment un mouvement social serait-il possible sans un élargissement sauvage du sens des choses et de l’existence, sans une rupture, un décloisonnement polysémique du sens courant ?

    Le temps est fini où le monde pouvait se lire sur une échelle binaire (gauche/droite, progrès/réaction, parlementarisme/autoritarisme, prolétariat/bourgeoisie, travail/capital, local/global, etc.) : la crise présente de la civilisation peut aussi se lire aujourd’hui transversalement dans toutes les strates de la société, même si leurs intérêts ne se confondent évidemment pas nécessairement. Bien mieux, cette crise de civilisation est précisément marquée, caractérisée, par l’incapacité désormais acquise de ces (anciennes) oppositions à rendre compte du réel actuel, mais d’un réel qui a également été effectivement construit sur ces oppositions, sur leurs développements pratiques et conceptuels dans le temps.

    Au lieu de chercher à classer les gens en amis et ennemis clairement identifiables en fonction de leur seule place dans la structure hiérarchique (même si celle-ci a aussi une incidence), il me semble plus sage et surtout plus efficace de chercher à voir en quoi chacun est (éventuellement) déchiré par ce conflit de civilisation, comment chacun vit dans le temps ces contradictions ressenties comme insolubles à des degrés divers, à quasiment tous les étages de la pyramide. (...)

    #civilisation #mouvement_social #conflit #enjeux #État #économie #marché #crise #monde #intelligence #politique #contradictions #égalité #différences #dépassement #maladie #capitalisme

  • Alex Shams sur Twitter : “Time to plug my article on the weaponisation of nostalgia, or how chauvinist men use pictures of women in miniskirts from the past to advance militaristic and jingoistic rhetoric that could hurt millions of women in the present” / Twitter
    https://twitter.com/seyyedreza/status/1214272131762024448

    Michael Coudrey sur Twitter : “Iran in 1973 Iran in 2019” / Twitter
    https://twitter.com/MichaelCoudrey/status/1213518322525863936

    #Faux_monnayeurs #assassins #terroristes #civils #victimes_civiles

  • Remi Brulin sur Twitter : "January 1, #1982: Lebanon. A packed stadium. Bombs have been positioned where the PLO leaders will be seated. Bigger bombs are outside, ready to target panicked survivors This is #Olympia_2. One crazy operation in the Greatest “Terrorist” Campaign You Never Heard About

    #THREAD" / Twitter
    https://twitter.com/RBrulin/status/1212429497351462912

    #Liban #sionisme #terrorisme #massacre #civils #victimes_civiles #impunité #silence #complicité « #communauté_internationale »
    #mensonges #propagandes #chutzpah #sans_vergogne #vitrine_de_la_jungle

  • Inside the U.S. military’s raid against its own security guards that left dozens of Afghan children dead
    https://www.usatoday.com/in-depth/news/investigations/2019/12/29/security-guards-afghan-warlords-mass-civilian-casualties/2675795001

    It remains one of the deadliest civilian casualty events of the Afghan campaign. But the story of how the operation turned tragic has been largely hidden from the public.

    USA TODAY spent more than a year investigating the Azizabad raid and sued the Department of Defense to obtain almost 1,000 pages of investigative files previously kept secret because it had been deemed “classified national security information.” The records included photographs of the destruction in Azizabad and sworn testimony from the U.S. forces who planned and executed the operation.

    #civils #victimes_civiles #Afghanistan #sécurité_nationale #états-unis

    • The problems began in 2007 when ArmorGroup, a private security company working on a Pentagon subcontract, hired two local warlords on the U.S. intelligence payroll to provide armed guards at an airfield on the western edge of Afghanistan.

      Those warlords fought each other for control of the weapons and money ArmorGroup was giving out. The tangle of espionage and tribal infighting eventually drew in the very same military units that had helped empower the warlords in the first place.

      After two Pentagon investigations, the U.S. military denied any wrongdoing. Defense Department officials declined to comment for this story.

      A 2010 Senate Armed Services Committee inquiry laid blame with both ArmorGroup and the Defense Department for doing business with the warlords. In response to the Senate report, then-Defense Secretary Robert Gates issued a letter recognizing problems with contract oversight, which he pledged to fix.

      [...]

      Lt. Colonel Rachel E. VanLandingham, a retired officer with the Judge Advocate General’s Corps and the chief of international law at Central Command’s headquarters during the Azizabad raid, said the commanders responsible for investigating the incident seemed to ignore the failures instead of learning from them. She did not know the details of the operation or the military’s response until contacted by USA TODAY.

      “The CENTCOM investigation seemed more worried about looking good than being good,” VanLandingham, now a law professor at Southwestern Law School in Los Angeles, said in an interview. “Everyone who deploys in Afghanistan should know this incident.”

      ArmorGroup agreed to a Pentagon requirement that it fill the guard positions by hiring nearby villagers. It was part of the Pentagon’s economic stimulus plan for Afghanistan, but it also was less expensive than bringing in guards from outside the country.

      "We are a commercial company, of course, we are looking to do the business as cheap as possible,” a company official later told U.S. military investigators.

    • A MESSAGE FROM USA TODAY NETWORK

      It appears that you’re visiting us from a location in the European Union.

      We are directing you to our EU Experience.

      This site does not collect personally identifiable information or persistent identifiers from, deliver a personalized experience to, or otherwise track or monitor persons reasonably identified as visiting our Site from the European Union. We do identify EU internet protocol (IP) addresses for the purpose of determining whether to direct you to USA TODAY NETWORK’s EU Experience.

      This site provides news and information of USA TODAY NETWORK. We hope you enjoy the site.

      Bref, l’article de #USA_Today sur le bombardement d’ #Azizabad n’y est pas...
      https://en.wikipedia.org/wiki/Azizabad_airstrike

  • VISUAL INVESTIGATIONS
    ‘Sent Candy’: Cockpit Tapes Show Russian Pilots Bombing Syrian Civilians
    By CHRISTIAAN TRIEBERT, EVAN HILL, DMITRIY KHAVIN, MALACHY BROWNE & DAVID BOTTI | Dec. 1, 2019 | 6:52

    A Times investigation used cockpit recordings to show for the first time how Russian pilots attacked civilians in Syria this summer, killing dozens.

    So why is Russia attacking civilians? It’s the same reasons they’re bombing hospitals. It’s all part of a strategy to break the will of the people, force them to flee and to help the Syrian governement to retake the last opposition stronghold...

    https://www.nytimes.com/video/world/middleeast/100000006818506/russia-bombs-syria-civlians.html?smtyp=cur&smid=fb-nytimes

    #syrie #russie #civils #guerre

  • Remembering The 1989 #Massacre Of Jesuits In El Salvador : NPR
    https://www.npr.org/2019/11/15/779628824/remembering-the-1989-massacre-of-jesuits-in-el-salvador

    HAJEK: The Jesuit murders drew the world’s attention to a crisis in El #Salvador, and Congress faced mounting pressure to end American support of a brutal military regime. A U.N.-sponsored report in 1993 concluded that the Jesuits were killed by a Salvadoran army battalion trained and equipped by the United States. As for Lucia Cerna, sitting in her living room 30 years later, she still wonders if she could have somehow changed the hearts of the soldiers who killed her friends.

    [...]

    HAJEK: During the 1980s, the United States sent over $4 billion to El Salvador’s anti-communist military regime. But El Salvador’s military, supported by the U.S., kidnapped, tortured and killed innocent civilians.

    #etats-unis #terrorisme #civils #victimes_civiles

  • #DFAK : Digital First Aid Kit : une trousse de premiers soins en cas de péril informatique et plus ?

    Un site vient d’être lancé afin de répondre à d’éventuels besoin d’aide / de protection contre les risques informatiques les plus courants en cas de perte d’appareil / perte d’accès à des comptes / fonctionnement inquiétant d’un appareil / message suspect / site web hors ligne / usurpation d’identité / harcèlement / données perdues / arrestation d’un proche.
    Mine de rien, c’est une base assez énorme, avec à chaque fois de multiples conseils et / ou questionnaire en ligne pour couvrir un maximum de situations et prévu pour venir en aide à des publics civils (lanceurs d’alertes, activistes, féministes, etc.) comme des organisations ou les formateur-ice-s en sécu, etc. @arnoferrat a un peu testé est est tombé sur une page d’erreur, tout en ayant une impression première « top » ( https://twitter.com/arnoferrat/status/1195291577993879552 ).
    Pour ma part, point de 404 mais beaucoup de liens vers des articles en anglais menant vers les sites partenaires, avec la sensation d’un environnement très entrepreneurial, mais c’est juste une sensation, aucun reproche concret à faire sur la première rapide visite, bien au contraire ! Vos avis et retours sont les bienvenus, tout comme j’aimerai avoir ceux de membres de legal teams ou def coll sur la partie répression...

    https://www.digitalfirstaid.org/fr

    Une trousse conçue pour vous conduire à la bonne équipe CiviCERT

    La trousse de premiers soins numériques est une ressource gratuite pour aider les intervenants du réseau de réponses rapides, les formateurs en sécurité numérique et les activistes amateurs de technologies à mieux se protéger et à mieux protéger les communautés qu’ils soutiennent contre les types les plus courants d’urgences numériques. Elle peut également être utilisée par les militants, les défenseurs des droits humains, les blogueurs, les journalistes ou les activistes dans les médias qui veulent en savoir plus sur la façon dont ils peuvent se protéger et soutenir les autres. Si vous ou quelqu’un que vous aidez éprouvez une urgence numérique, la trousse de premiers soins numérique vous guidera dans le diagnostic des problèmes auxquels vous faites face et vous dirigera vers des soutiens pour obtenir de l’aide si besoin.

    DFAK / A propos

    La trousse de premiers soins numériques est le fruit d’une collaboration entre le #RaReNet (Rapid Response Network) et le #CiviCERT.

    Le Réseau de réponse rapide est un réseau international d’intervenants réactifs et d’experts en sécurité numérique qui comprend l’EFF, Global Voices, Hivos & the Digital Defenders Partnership, Front Line Defenders, Internews, Freedom House, Access Now, Virtual Road, CIRCL, Open Technology Fund, ainsi que des experts individuels en sécurité qui travaillent dans le domaine de la sécurité numérique et des interventions d’urgence.

    Certaines de ces organisations et personnes font partie de CiviCERT, un réseau international de services d’assistance en matière de sécurité numérique et de fournisseurs d’infrastructures qui se concentrent principalement sur le soutien aux groupes et organisations luttant pour la justice sociale et la défense des droits humains et numériques. CiviCERT est un cadre professionnel pour soutenir les efforts distribués de la communauté d’intervention rapide CERT (Computer Emergency Response Team). CiviCERT est accrédité par Trusted Introducer, le réseau européen d’équipes de confiance pour l’intervention d’urgence en informatique.

    La trousse de premiers soins numérique est également un projet open-source qui accepte des contributions extérieures : https://gitlab.com/rarenet/dfak

    Sites référence : https://www.rarenet.org + https://www.civicert.org

    #autodefense #defense_informatique #defense_numerique #securite_informatique #securite_numerique #intimite #activisme #repression #censure

  • La jet-set des escrologistes, par Nicolas Casaux
    https://www.facebook.com/nicolas.casaux/posts/10156947033822523

    Dans le monde anglophone (et parfois aussi dans le monde francophone, pour certains, dont le travail est traduit en français) : George Monbiot, Naomi Klein, Bill McKibben. Dans le monde francophone : Nicolas Hulot, Cyril Dion, Aurélien Barrau, Yann Arthus-Bertrand, Isabelle Delannoy, Maxime De Rostolan. Il y en a d’autres.

    Habitués des #médias de masse, ils tiennent des #discours qui, malgré quelques différences ou nuances, forment une même et unique perspective, correspondant à la définition grand public de l’écologisme.

    Ladite perspective s’appuie sur une évaluation très partielle de la situation. Sur le plan écologique, elle tend à réduire les nombreux aspects de la #catastrophe en cours à un problème de taux de #carbone dans l’atmosphère (réchauffement climatique), et de « ressources naturelles » que la civilisation (industrielle) doit — condition sine qua non de sa perpétuation, leur ambition principale — s’efforcer de mieux gérer. Que les autres êtres vivants, les autres espèces et les communautés biotiques qu’elles forment possèdent une valeur intrinsèque, ne se réduisent pas à de simples « ressources », est rarement évoqué.

    Sur le plan social, lorsqu’ils soulignent des problèmes, nos #escrologistes pointent du doigt les #inégalités économiques ou le chômage. Certains vont jusqu’à dire du mal du capitalisme, mais ne critiquent en réalité que certains excès du système économique dominant. D’autres fois, ils dénoncent, plus honnêtement, quelque « #capitalisme dérégulé » ou « débridé » (Naomi Klein dans "Tout peut changer"). Mais ils ne parlent que très rarement, voire pas du tout, des injustices fondamentales que constituent la #propriété privée, la division hiérarchique du travail, le #travail en tant que concept capitaliste, des rapports de #domination qu’implique une organisation technique de la #société — la bureaucratie, l’État. Ils n’expliquent jamais, ou très rarement et très timidement, sans rien en tirer, qu’à l’instar de l’État en tant que forme d’organisation sociale, les régimes électoraux modernes n’ont rien de démocratique, qu’ils relèvent plutôt de l’#aristocratie élective, et que leur fonctionnement est clairement verrouillé, garanti et gardé par divers mécanismes coercitifs, y compris par la #violence physique.

    Ils se contentent d’en appeler à une sorte de nouvelle révolution verte, au moyen d’un new deal vert (Green New Deal) qu’agenceraient les gouvernants. Car aux yeux de nos escrologistes, il s’agit toujours de compter, pour sauver la situation — pardon, la #civilisation, mais aussi la planète, prétendument, puisqu’il est possible et souhaitable, d’après eux, de tout avoir — sur les dirigeants étatiques ou d’entreprise. New deal vert censé permettre de créer des tas d’emplois verts, au sein d’entreprises vertes, dirigées par des patrons verts — une exploitation verte, une #servitude verte —, de donner forme à une civilisation industrielle verte dotée de commodités technologiques vertes, smartphones verts, voitures vertes, etc., alimentés par des énergies vertes, et ainsi de suite (on parle désormais, de plus en plus, d’énergies "non-carbonées" plutôt que d’énergies "vertes", ce qui permet, à l’aide d’un autre #mensonge, de faire rentrer le #nucléaire dans le lot ; partout, vous pouvez remplacer "vert" par "non-carboné" ou "zéro carbone", ou "carboneutre", l’absurdité est la même).

    Au bout du compte, leur #réformisme à la noix vise uniquement à repeindre en vert le désastre en cours : repeindre en vert les oppressions, les dominations, les injustices. À faire croire qu’il est possible de rendre verte, durable, la civilisation technologique moderne — une rassurance dont on comprend aisément pourquoi elle est la bienvenue dans les médias de masse, pourquoi elle plait à tous ceux dont c’est la principale ambition. Un mensonge grossier : rien de ce qu’ils qualifient de vert ne l’est réellement. Une promesse creuse et, au point où nous en sommes rendus, criminelle. Affirmer, en 2019, comme le fait Aurélien Barrau dans son livre de promotion de l’écologie, pardon, de l’#escrologie, que ce qu’il faut, c’est "que nous nous engagions solennellement à ne plus élire quiconque ne mettrait pas en œuvre des mesures fermes" (pour tout repeindre en vert), "que les citoyens n’envisagent même plus de choisir pour représentant quiconque ne s’engagerait pas" (à tout repeindre en vert), zut alors.

    On peut croire à tout ça. C’est très con, mais on peut y croire. Surtout lorsqu’on fait partie des puissants, de ceux qui tirent leur épingle du désastre actuel — mais pas seulement, puisque, conditionnement aidant (c’est à ça que servent nos escrologistes) c’est même la religion dominante.

    Mais comment font certains pour continuer à dire que nous voulons tous la même chose, que nous devrions cesser de critiquer ces #éco-charlatans parce que nous voulons comme eux au bout du compte, que nous sommes tous pareils, etc. ?!

    #greenwashing

  • L’Afrique à l’arrivée des premiers explorateurs européens

    https://www.nofi.media/2016/10/lafrique-3/31224

    Lorsque les premiers explorateurs européens arrivèrent sur le
    continent africain, contrairement à ce que beaucoup aiment à
    croire, ils ne rencontrèrent pas des sauvages à demi-nus se
    balançant de branches en branches avec des os dans le nez,
    mais bel et bien des hommes et des femmes civilisés.
    Par exemple, l’ethnologue et archéologue allemand Leo
    Frobenius (1873-1938) qui entreprit près d’une douzaine
    d’expéditions en Afrique sub-saharienne entre 1904 et 1935,
    témoigne dans une une brève description, de ce que à quoi la
    « Terre-Mère » ressemblait à l’arrivée des premiers Européens

    #afrique #colonisation #exploration

  • Syria-Turkey briefing: The fallout of an invasion for civilians

    Humanitarians are warning that a Turkish invasion in northeast Syria could force hundreds of thousands of people to flee their homes, as confusion reigns over its possible timing, scope, and consequences.

    Panos Moumtzis, the UN’s regional humanitarian coordinator for Syria, told reporters in Geneva on Monday that any military operation must guard against causing further displacement. “We are hoping for the best but preparing for the worst,” he said, noting that an estimated 1.7 million people live in the country’s northeast.

    Some residents close to the Syria-Turkey border are already leaving, one aid worker familiar with the situation on the ground told The New Humanitarian. Most are staying with relatives in nearby villages for the time-being, said the aid worker, who asked to remain anonymous in order to continue their work.

    The number of people who have left their homes so far remains relatively small, the aid worker said, but added: “If there is an incursion, people will leave.”

    The International Rescue Committee said “a military offensive could immediately displace at least 300,000 people”, but analysts TNH spoke to cautioned that the actual number would depend on Turkey’s plans, which remain a major unknown.

    As the diplomatic and security communities struggle to get a handle on what’s next, the same goes for humanitarians in northeastern Syria – and the communities they are trying to serve.

    Here’s what we know, and what we don’t:
    What just happened?

    Late on Sunday night, the White House said that following a phone call with Turkish President Recep Tayyip Erdogan, “Turkey will soon be moving forward with its long-planned operation into Northern Syria,” adding that US soldiers would not be part of the move, and “will no longer be in the immediate area”.

    The Syrian Democratic Forces (SDF) – the Syrian-Kurdish-led militia that until now had been supported by the United States and played a major role in wresting territory back from the so-called Islamic State (IS) group in Syria – vowed to stand its ground in the northeast.

    An SDF spokesperson tweeted that the group “will not hesitate to turn any unprovoked attack by Turkey into an all-out war on the entire border to DEFEND ourselves and our people”.

    Leading Republicans in the US Congress criticised President Donald Trump’s decision, saying it represents an abandonment of Kurdish allies in Syria, and the Pentagon appeared both caught off-guard and opposed to a Turkish incursion.

    Since then, Trump has tweeted extensively on the subject, threatening to “totally destroy and obliterate the economy of Turkey” if the country does anything he considers to be “off limits”.

    On the ground, US troops have moved out of two key observation posts on the Turkey-Syria border, in relatively small numbers: estimates range from 50 to 150 of the total who would have been shifted, out of around 1,000 US soldiers in the country.
    What is Turkey doing?

    Erdogan has long had his sights on a “safe zone” inside Syria, which he has said could eventually become home to as many as three million Syrian refugees, currently in Turkey.

    Turkish Interior Minister Süleyman Soylu said in August that only 17 percent of Turkey’s estimated 3.6 million Syrian refugees come from the northeast of the country, which is administered by the SDF and its political wing.

    Turkish and US forces began joint patrols of a small stretch of the border early last month. While Turkey began calling the area a “safe zone”, the United States referred to it as a “security mechanism”. The terms of the deal were either never made public or not hammered out.

    In addition to any desire to resettle refugees, which might only be a secondary motive, Turkey wants control of northeast Syria to rein in the power of the SDF, which it considers to be a terrorist organisation.

    One of the SDF’s main constituent parts are People’s Defense Units – known by their Kurdish acronym YPG.

    The YPG are an offshoot of the Kurdistan Workers’ Party, or PKK – a Turkey-based Kurdish separatist organisation that has conducted an insurgency against the Turkish government for decades, leading to a bloody crackdown.

    While rebels fight for the northwest, and Russian-backed Syrian government forces control most of the rest of Syria, the SDF currently rules over almost all of Hassakeh province, most of Raqqa and Deir Ezzor provinces, and a small part of Aleppo province.
    How many civilians are at risk?

    There has not been a census in Syria for years, and numbers shift quickly as people flee different pockets of conflict. This makes estimating the number of civilians in northeast Syria very difficult.

    The IRC said in its statement it is “deeply concerned about the lives and livelihoods of the two million civilians in northeast Syria”; Moumtzis mentioned 1.7 million people; and Save the Children said “there are 1.65 million people in need of humanitarian assistance in this area, including more than 650,000 displaced by war”.

    Of those who have had to leave their homes in Raqqa, Deir Ezzor, and Hassakeh, only 100,000 are living in camps, according to figures from the International Committee of the Red Cross. Others rent houses or apartments, and some live in unfinished buildings or tents.

    “While many commentators are rightly focusing on the security implications of this policy reversal, the humanitarian implications will be equally enormous,” said Jeremy Konyndyk, senior policy fellow at the Center for Global Development, and a former high-ranking Obama administration aid official.

    “All across Northern Syria, hundreds of thousands of displaced and conflict-affected people who survived the horrors of the… [IS] era will now face the risk of new violence between Turkish and SDF forces.”
    Who will be first in the firing line?

    It’s unlikely all of northeast Syria would be impacted by a Turkish invasion right away, given that so far the United States has only moved its troops away from two border posts, at Tel Abyad (Kurdish name: Gire Spi), and roughly 100 kilometres to the east, at Ras al-Ayn (Kurdish name: Serê Kaniyê).

    Depending on how far into Syria one is counting, aid workers estimate there are between 52,000 to 68,000 people in this 100-kilometre strip, including the towns of Tel Abyad and Ras al-Ayn themselves. The aid worker in northeast Syria told TNH that if there is an offensive, these people are more likely, at least initially, to stay with family or friends in nearby villages than to end up in camps.

    The aid worker added that while humanitarian operations from more than 70 NGOs are ongoing across the northeast, including in places like Tel Abyad, some locals are avoiding the town itself and, in general, people are “extremely worried”.
    What will happen to al-Hol camp?

    The fate of the rest of northeast Syria’s population may also be at risk.

    Trump tweeted on Monday that the Kurds “must, with Europe and others, watch over the captured ISIS fighters and families”.

    The SDF currently administers al-Hol, a tense camp of more than 68,000 people – mostly women and children – deep in Hassakeh province, where the World Health Organisation recently said people are living “in harsh and deplorable conditions, with limited access to quality basic services, sub-optimal environment and concerns of insecurity.”

    Many of the residents of al-Hol stayed with IS through its last days in Syria, and the camp holds both these supporters and people who fled the group earlier on.

    Last week, Médecins Sans Frontières said security forces shot at women protesting in a part of the camp known as “the annex”, which holds around 10,000 who are not Syrian or Iraqi.

    The SDF also holds more than 10,000 IS detainees in other prisons, and the possible release of these people – plus those at al-Hol – may become a useful bargaining chip for the Kurdish-led group.

    On Monday, an SDF commander said guarding the prisoners had become a “second priority” in the wake of a possible Turkish offensive.

    “All their families are located in the border area,” General Mazloum Kobani Abdi told NBC News of the SDF fighters who had been guarding the prisoners. “So they are forced to defend their families.”

    https://www.thenewhumanitarian.org/news/2019/10/08/syria-turkey-briefing-fallout-invasion-civilians
    #Syrie #Turquie #guerre #conflit #civiles #invasion #al-Hol #Kurdistan #Kurdes #camps #camps_de_réfugiés
    ping @isskein

    • Il faut stopper Erdogan

      Les Kurdes de Syrie ont commencé à payer le prix de la trahison de l’Occident. Une pluie de bombes s’est abattue mercredi après-midi sur les villes frontière, précédant de peu une offensive terrestre de l’armée turque et de ses alliés islamistes de Syrie. Le macabre décompte des victimes peut débuter. On imagine l’effroi qui a saisi les habitants du #Rojava déjà durement éprouvés par plusieurs années de guerre contre les djihadistes.

      Le tweet dominical de Donald Trump avait annoncé la trahison ultime des Etats-Unis. Mais l’offensive turque répond à une logique plus profonde. A force de voir l’Union européenne lui manger dans la main, à force de jouer sans trop de heurts la balance géopolitique entre Moscou et Washington au gré de l’opportunisme des deux grandes puissances, Recep Tayyip Erdogan a des raisons de se sentir intouchable. Lorsqu’en 2015 et 2016, il faisait massacrer sa propre population dans les villes kurdes de Cizre, Nusaybin, Silopi ou Sur, le silence était de plomb.

      L’offensive débutée hier, le sultan l’annonce de longue date, sans provoquer de réaction ferme des Européens. La girouette Trump a bon dos : en matière d’allégeance à Ankara, les Européens sont autrement plus constants.

      Il faudra pourtant stopper Erdogan. Laisser le #Kurdistan_syrien tomber aux mains des milices islamistes et de l’armée turque reviendrait à cautionner un crime impardonnable. A abandonner des centaines de milliers de civils, dont de très nombreux réfugiés, et des milliers de combattants de la liberté à leurs bourreaux. Ce serait également la certitude d’une guerre de longue durée entre la Turquie et sa propre minorité kurde, environ un cinquième de sa population.

      Plusieurs pays européens ont réclamé une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Le signe d’un sursaut ? L’espoir d’un cessez-le-feu rapide ? Ou des jérémiades d’arrière-garde, qui cesseront dès que la Turquie aura atteint ses objectifs ?

      Comme souvent, la superpuissance étasunienne détient les cartes maîtresses. Et Donald Trump n’en est pas à son premier virage intempestif. S’il a donné son feu vert à Erdogan, le républicain se retrouve coincé entre les interventionnistes et les isolationnistes de son propre parti. Hier, le premier camp s’indignait bruyamment. Exerçant une pression redoutable pour un président déjà affaibli par le dossier ukrainien.

      Il faudra qu’elle pèse aussi sur les dirigeants européens. La solidarité avec le Rojava doit devenir une priorité du mouvement social et des consciences.

      https://lecourrier.ch/2019/10/09/il-faut-stopper-erdogan

    • #Al-Hol detainees attack guards and start fires as Turkish assault begins

      Camp holding thousands of Islamic State suspects thrown into ’chaos’, says Kurdish official

      The Turkish assault on northeast Syria has prompted Islamic State group-affiliated women and youth in al-Hol’s camp to attack guards and start fires, a Kurdish official told Middle East Eye.

      Kurdish-held northeastern Syria has been on high alert since the United States announced on Sunday it would leave the area in anticipation of a Turkish offensive.

      Over the three days since the US announcement, chaos has broken out in the teeming al-Hol camp, Mahmoud Kro, an official that oversees internment camps in the Kurdish-run autonomous area, told MEE.

      Some 60,000 people suspected of being affiliated or linked to the Islamic State (IS) group, the majority women and children, are being held in the camp.

      “There are attacks on guards and camp management, in addition to burning tents and preparing explosive devices,” Kro told MEE from Qamishli.

      The status of al-Hol’s detainees has been a major concern since Turkey began making more threats to invade northeast Syria this year.

      In the phone call between Recep Tayyip Erdogan and Donald Trump on Sunday that precipitated the United States’ pullout, the US president pressed his Turkish counterpart on the fate of foreign IS suspects in Kurdish custody, MEE revealed.
      ‘Targeting our existence as Kurds’

      Turkey launched its assault on northeastern Syria on Wednesday alongside its Syrian rebel allies, aiming, it says, to push the Kurdish YPG militia at least 32km from the border.

      Ankara views the YPG as an extension of the outlawed PKK militant group.

      However, the YPG is a leading component of the Syrian Democratic Forces (SDF) militia, which has been Washington’s principal partner on the ground in the fight against IS.

      SDF fighters guard al-Hol, but Kro said the Turkish attack would draw them away to join the battle.

      “Any war in the region will force the present forces guarding the camp to go defend the border,” he said. “This will increase the chance of chaos in the camp.”

      Kro said that the administration in al-Hol has not made any preparations for a war with Turkey because the SDF’s priority is protecting northeast Syria and Kurds.

      “In terms of preparations, our first priority is protecting our region and existence,” he said. “The Turks are targeting our existence as Kurds to the first degree.”

      Some officials from the Syrian Democratic Council (SDC), the political wing of the SDF, agree with Kro’s assessment that the detainees in al-Hol could get out.

      “If fighting breaks out between the SDF and Turkey, security at prisons will relax and prisoners could escape,” Bassam Ishak, the co-chair of the SDC in the US, told MEE ahead of the offensive.

      Meanwhile, SDC spokesman Amjad Osman said, as other Syrian Kurdish officials have, that a Turkish attack on northeast Syria would negatively affect the continuing war on IS in the country.

      “We are committed to fighting terrorism,” he told MEE. “But now our priority is to, first of all, confront the Turkish threats. And this will have a negative effect on our battle against Daesh,” using the Arabic acronym for IS.

      However, Turkey has bristled at the suggestion that the camps and fight against IS will be endangered by Ankara’s offensive.

      “This blackmail reveals the true face of the YPG and demonstrates how it has no intent of fighting against IS,” a Turkish official told MEE.

      Some residents of northeast Syria are already starting to flee. Many fear yet another war in the country that is still dealing with the conflict between government and rebel forces, and lingering IS attacks.

      Osman stopped short of saying the SDF would pack up and leave al-Hol. However, it will be hard for the group to keep holding the Syrian, Iraqi and international detainees during such a war, he said.

      “We are trying as much as possible to continue protecting the camps,” Osman said. “But any attempt to drag us into a military battle with Turkey will have a dangerous impact.”

      https://www.middleeasteye.net/news/al-hol-detainees-attack-guards-and-start-fires-turkish-assault-begins
      #ISIS #Etat_islamique #EI