• Révélations sur Sainte-Soline : on a identifié le gendarme qui a failli tuer Serge Duteuil-Graziani
    https://www.liberation.fr/societe/police-justice/revelations-sur-sainte-soline-on-a-identifie-le-gendarme-qui-a-failli-tue

    150 heures de vidéo, trois mois d’investigation… Alors que la #justice a classé sans suite l’enquête sur le tir interdit qui a grièvement blessé un militant écologiste le 25 mars 2023 lors d’un rassemblement contre une mégabassine, « Libération » et « Mediapart » ont remonté les traces du projectile, parti d’un véhicule blindé.

    C’est une enquête qui, à la fin de l’année 2025, a été #classée_sans_suite, sans suspect, sans réponse. Quel gendarme a gravement blessé à la tête Serge Duteuil-Graziani, le 25 mars 2023, lors de la manifestation écologiste contre la #mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) ? En mettant fin aux investigations, le procureur de la République de Rennes estimait qu’un doute existait. Pour répondre à cette question, Libération et Mediapart ont plongé dans les milliers de vidéos captées par les gendarmes, les journalistes et les manifestants. Cette analyse visuelle et audio révèle que le seul tir compatible avec la blessure du militant a été effectué par la tourelle d’un véhicule blindé de la gendarmerie, à environ 60 mètres. Un tir tendu de grenade lacrymogène qui a percuté à pleine vitesse le crâne de Serge Duteuil-Graziani, guide de montagne de 32 ans. Par ailleurs, un fichier vidéo crucial pour voir les instants qui précèdent et suivent ce tir n’avait pas été récupéré par la justice avant que l’affaire soit classée.

    https://justpaste.it/lm9jm

    seul un extrait est disponible hors paywall
    https://www.youtube.com/shorts/0l9JhxT5-xE

    edit
    Sainte-Soline : révélations sur le tir tendu qui a failli tuer Serge Duteuil-Graziani
    https://www.mediapart.fr/journal/france/260526/sainte-soline-revelations-sur-le-tir-tendu-qui-failli-tuer-serge-duteuil-g

    Par l’intermédiaire de leur avocate, Chloé Chalot, les quatre blessé·es ont déposé plainte avec constitution de partie civile afin qu’un juge d’instruction soit désigné, ce qui n’avait jamais été fait les concernant. En parallèle, le procureur avait déjà ouvert une information judiciaire pour faire la lumière sur d’autres « tirs tendus » de gendarmes visibles sur des images révélées par Mediapart et Libération en novembre 2025, avec l’objectif de retrouver d’éventuelles victimes qui ne se seraient jamais fait connaître.

    #police #gendarmerie #violences_policières #MDO #parquet #ministère_de_l'intérieur

  • “Surveillance City”

    Directed by Harjant Gill and Pearl Sandhu and featuring Professor Inderpal Grewal, Surveillance City takes viewers on a journey through contemporary #Delhi, narrating a city marked by the extreme inequality resultant of decades of neoliberalism, and highlighting the insidious work of an authoritarian state deploying surveillance and securitisation measures to govern diverse populations and temper unrest. It’s a powerful meditation on masculinism and militarism, populism and patriarchy, the aesthetics and affects of security, nationalism and religion, policing and the law, discourses of terror, fear of the other, the role of the media, but also dissent, protest, and the prospects of democracy in a postcolonial state.

    https://vimeo.com/1149568432?fl=pl&fe=vl


    https://antipodeonline.org/2026/05/13/surveillance-city

    #film #film_documentaire #surveillance #Inde #inégalités #autoritarisme #néolibéralisme #New_Delhi #géographie_urbaine #ville #nationalisme_hindou #nationalisme #minorités #pauvreté #gentrification #enclaves #caméras_de_vidéosurveillance #sécurité #sentiment_de_sécurité #patriarcat #sécuritisation #espace_domestique #masculinité #religion #esthétique #Narendra_Modi #normalisation #émotions #peur #insécurité #lois #lois_coloniales #armée #militaires #policing #réseaux_sociaux #terrorisme #terreur #hindous #homogénéité #géographie #géographie_sociale #classes_sociales #castes #démocratie #Etats_post-coloniaux #colonialisme #répression #droits

    ping @cede

    via @reka

  • #IA au Kenya : derrière les entreprises de #sous-traitance, l’essor d’une nouvelle #classe #ouvrière - RFI
    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260509-ia-au-kenya-derri%C3%A8re-les-entreprises-de-sous-traitance-l-essor-d-u

    Au #Kenya, la société #Sama, sous-traitant de #Meta, a annoncé mi-avril 2026 le licenciement de plus d’un millier d’employés à #Nairobi après la rupture de son contrat avec le groupe #américain. Cette décision survient dans un contexte déjà tendu, renforcé en février par les révélations sur l’accès à des contenus intimes via les lunettes connectées de Meta. Sans lien officiel établi, ouvriers, chercheurs et ONG évoquent un récit qui tend à faire porter aux travailleurs la responsabilité de la rupture.

    #AI #intelligence_artificielle

  • Master Poulet : « Arrêtons de surveiller l’assiette des pauvres, réfléchissons à nos pratiques alimentaires » | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/politique/070526/master-poulet-arretons-de-surveiller-l-assiette-des-pauvres-reflechissons-

    Au départ, c’est un conflit picrocholin entre le maire d’une ville de banlieue parisienne et une enseigne de restauration à emporter pas chère, spécialisée dans le poulet rôti – halal, et cela n’est pas étranger à l’écho médiatique qu’il a reçu.
    À la fin, c’est devenu une affaire nationale qui dit beaucoup des tensions de la société. Elle a pour théâtre Saint-Ouen-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) et pour acteurs l’élu socialiste Karim Bouamrane et la chaîne Master Poulet. 
    Certains aspects politiques et médiatiques de cette bataille sont assez ridicules. Mais les enjeux, eux, sont passionnants : il est en effet question de bonne bouffe ou de « malbouffe », de santé alimentaire, de business et de pouvoir d’achat, de #gentrification urbaine, et de la façon dont les classes populaires et leurs usages culturels, réels ou supposés, alimentent tous les fantasmes d’une partie du pays. 
    Une émission présentée par Mathieu Magnaudeix, préparée avec Adèle Humbert.

    Nos invité·es : 
    Nora Bouazzouni, journaliste indépendante, autrice de Mangez les riches, la lutte des classes passe par l’assiette (Nouriturfu, 2023) ; 
    Anne Clerval, géographe à l’université Gustave-Eiffel, coautrice de Les Naufragés du Grand Paris Express (La Découverte, 2024) ; 
    Jeanne Demoulin, sociologue, coautrice d’Élus des #banlieues populaires (PUF, 2026).

    #alimentation #viande #classes_populaires #Grand_Paris #fast_food #restauration

  • « Classes de défense globale » : la crainte d’un embrigadement des collégiens et lycéens - Basta !
    https://basta.media/Avec-les-classes-defense-globale-la-crainte-embrigadement-collegiens-lyceen

    Des élèves dans la peau de gendarmes réprimant une manifestation, d’autres qui jouent les surveillants de prison... Les « classes défense » se multiplient, sur fond de tensions géopolitiques, mais alarment parents, syndicalistes et chercheurs.

    #école #armée #classes_défense

  • The Fuck, une carte postale de Brixton, Londres
    https://abasbruit.org/2026/05/06/the-fuck-une-carte-postale-de-brixton-londres

    Où il est question d’un film un peu oublié, Sammy and Rosie Get Laid, d’anéantissement des territoires des classes populaires, mais aussi de rencontres et de mélanges des classes et des cultures, de tissage souterrain et de présences affectives…

    #Lettres_du_monde #amour #émeutes #cinéma #classe_ouvrière #postcolonial

  • Die gekaufte Linke – wie eine Bewegung lernte, ungefährlich zu sein
    https://overton-magazin.de/hintergrund/politik/die-gekaufte-linke-wie-eine-bewegung-lernte-ungefaehrlich-zu-sein

    Linke CSD Fraktion DIE LINKE. im Bundestag, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

    L’idéologie américaniste a tromphé sur la gauche. Voici un aperçu des raisons et des méthodes employées pour désarmorcer la gauche anticapitaliste et efficace. L’auteur de l’article a oublié la déstruction de l’Allemagne socialiste et les méthodes pour y arriver. Ce qu’il décrit était impossible tant que la #RDA / #DDR investissaient d’importants moyens dans la recherche sur la société de classes. Le discours américaniste n’a gagné qu’une fois son adversaire principal éliminé.

    30.4.2026 von Julian Kairos - Sie nennt es Fortschritt – doch es war und ist Kapitulation. Während die Linke Identität und Sprache priorisierte, verschwand die Frage nach Besitz, Löhnen und Macht.

    Es gibt eine Geschichte, die die westliche Linke über sich selbst erzählt. Sie lautet: Wir haben uns weiterentwickelt. Wir haben verstanden, dass Unterdrückung viele Gesichter hat – nicht nur Klasse, sondern Geschlecht, Hautfarbe, sexuelle Identität. Wir sind komplexer geworden, sensibler, gerechter. Das ist Fortschritt.

    Diese Geschichte des angeblichen Fortschritts ist leider falsch. Nicht in jedem Detail, aber in ihrer Grundstruktur. Was als moderne Erweiterung erzählt wird, war in Wirklichkeit ein fataler Tausch: Die Linke hat die einzige Frage aufgegeben, die „Macht“ etwas kosten könnte – wem gehört was, und warum – und sich auf Fragen konzentriert, die „Macht“ nichts kosten. Das war kein Versehen. Es war ein Systemergebnis, das niemand planen musste, weil die Anreize es von selbst produzierten.

    Der Strukturbruch und seine Deutung

    Um zu verstehen, was passiert ist, muss man in die 1970er Jahre zurückgehen. Die Deindustrialisierung zerstört die materielle Basis klassischer Arbeiterpolitik. Gewerkschaften verlieren Mitglieder und politischen Einfluss. Thatcher und Reagan sind nicht Symptome dieses Wandels, sondern seine Architekten – die Zerschlagung der Bergarbeitergewerkschaft 1984 in Großbritannien, die Entlassung der Fluglotsen in den USA 1981 waren bewusste Klasseninterventionen, Signale, dass der Nachkriegskompromiss aufgekündigt war.

    Die Linke verlor ihre materielle Basis nicht einfach. Sie wurde enteignet. Die entscheidende Frage ist, wie sie darauf reagierte. Eine mögliche Reaktion wäre gewesen: neue Organisationsformen entwickeln, die veränderte Klassenstruktur analysieren, die wachsende Dienstleistungsklasse gewerkschaftlich erschließen. Das geschah punktuell. Aber die dominante Reaktion war eine andere: Der Begriff der Klasse selbst geriet unter Verdacht.

    Die akademische Umcodierung

    In den Geistes- und Sozialwissenschaften vollzog sich ab den 1980ern eine Verschiebung, die für die intellektuelle Linke konstitutiv werden sollte. Foucault, Derrida, Butler boten etwas, was eine materialistische Analyse nicht leicht bieten konnte: die Möglichkeit, Macht als allgegenwärtiges diskursives Phänomen zu begreifen, das sich nicht auf Eigentumsverhältnisse reduzieren ließ. Klassenpolitik wurde als “Reduktionismus” markiert, als “Ökonomismus”, als “blind für Intersektionalität”.

    Diese Kritiken sind nicht vollständig falsch. Tatsächlich hat ein enger, deterministischer Klassenmarxismus reale blinde Flecken. Aber die Konsequenz, die gezogen wurde, ist analytisch verheerend: Man warf nicht die simplen Versionen des Klassenbegriffs über Bord, sondern den Klassenbegriff als Ganzes. Das Ergebnis war eine Linke, die Unterdrückung in immer feinere Kategorien differenzieren konnte – aber den strukturellen Mechanismus der Umverteilung nach oben nicht mehr benennen wollte (oder konnte).

    Warum “kontaminiert”?

    Klassenpolitik wurde nicht nur als analytisch überholt markiert – sie wurde moralisch als „kontaminiert“ verdächtigt. Das geschah über eine rhetorische Verknüpfung, die so effektiv ist, weil sie empirisch nicht vollständig falsch ist: Die Arbeiterbewegung des 19. und frühen 20. Jahrhunderts war oft rassistisch, sexistisch, imperial. Diese reale Geschichte wurde nun aber nicht als Problem innerhalb der Klassenpolitik behandelt, das einer Lösung bedarf, sondern als strukturelles Merkmal – als ob Klassenpolitik wesenhaft diese Ausschlüsse produziere.

    Dazu kommt ein zweiter Mechanismus: In identitätspolitisch sozialisierten Milieus ist moralische Überlegenheit ein zentrales Gut. Wer Klasse priorisiert, muss sich vorhalten lassen, er vernachlässige Rassismus, Sexismus, Queerfeindlichkeit. Das ist eine soziale Kosten-Nutzen-Rechnung, die die meisten Akteure schnell lernen. In akademischen Kontexten, NGOs, Redaktionen, progressiven Parteistäben wird Klassenpolitik schlicht nicht gefördert. Wer sie betreibt, wirkt “retro”, im schlimmsten Fall verdächtig nah an populistischen Rechten.

    Die Elitenkompatibilität als Schlüssel

    Was diesen Prozess antrieb und stabilisierte, war ein Interesse, das im progressiven Milieu selbst selten benannt wird: Identitätspolitik ist für kapitalistische Eliten weitgehend kostenlos. Ein Unternehmen kann Diversity-Programme einführen, Genderbeauftragte einstellen, Queerflaggen hissen – und gleichzeitig Gewerkschaftsgründungen mit juristischen Mitteln bekämpfen, Löhne drücken, Steuervermeidung betreiben. Es gibt keinen strukturellen Widerspruch zwischen progressiver Identitätspolitik und kapitalistischer Akkumulation.

    Es gibt einen sehr deutlichen Widerspruch zwischen Klassenpolitik und kapitalistischer Akkumulation. Große Stiftungen haben identitätspolitische Programme großzügig gefördert. Das war kein konspirativer Masterplan, aber auch kein bloßer Zufall. Es war Klassenselbstbedienung von liberal-kapitalistischen Eliten, die eine Linke bevorzugen, die ihnen kulturell ähnlich ist und materiell nichts kostet. Man musste niemanden zwingen. Man musste nur fördern, was kompatibel war.

    Die institutionelle Selbstreproduktion

    Nach einer Weile braucht es keinen externen Förderer mehr. Universitätsstellen werden nach Kriterien vergeben, die Diskurskompatibilität belohnen. NGO-Karrieren hängen an Sprache und Framing. Progressive Medien selektieren Stimmen, die das Milieu ansprechen. Wer in diesen Strukturen sozialisiert wird, lernt – nicht durch Anweisung, sondern durch Beispiel – was sagbar ist und was nicht.

    Das Ergebnis ist eine Linke, die sich selbst für radikal hält, weil sie in Sprach- und Repräsentationsfragen kompromisslos ist – und die gleichzeitig die Verteilungsfrage systematisch vermeidet. Das ist kein Versagen im Sinne von Fehlern. Es ist ein Systemergebnis.

    Die pseudoreligiöse Struktur

    Was dabei entstand, ist keine säkulare politische Bewegung, sondern ein moraltheologisches System mit erkennbarer Struktur. Die Erbsündenlehre heißt jetzt “struktureller Rassismus” – Schuld ist kollektiv, unverdient, durch Geburt zugewiesen. Die Erweckung und das Bekenntnis heißen “privilege checking” – öffentliche Selbstkritik als Reinigungsritual. Der unfehlbare Text ist nicht mehr die Bibel, sondern ein akademischer Kanon, dessen Infragestellung als moralisches Versagen gilt, nicht als intellektuelle Herausforderung. Und die Exkommunikation funktioniert heute ohne Kirchengericht.

    Das ist keine Metapher. Das ist strukturelle Isomorphie mit dem puritanischen Protestantismus, gegen dessen Erbe diese Bewegung angeblich antritt. Die tiefste Ironie: Der lauteste Kampf gegen westlichen Kulturimperialismus wird mit den Mitteln seines dunkelsten Kapitels geführt – Kollektivschuld, Bekenntniszwang, Ketzerverfolgung. Was gerade weltweit als progressiver Universalismus exportiert wird, ist amerikanischer Moralprotestantismus in säkularem Gewand. Das ist kultureller Imperialismus der besonderen Art – durchgeführt von jenen, die am lautesten gegen Imperialismus rufen.

    Was das konkret bedeutet

    Die Konsequenzen sind nicht abstrakt. In öffentlichen Debatten über Jugendliche und soziale Medien etwa wird regelmäßig gefragt, welche Gruppen gefährdet oder problematisch sind – aber der Symmetrietest wird nicht angewendet. Strukturelle Fragen nach Bildungsarmut, Perspektivlosigkeit, sozialem Abstieg tauchen nicht auf. Das Problem wird als Diskursproblem behandelt, das eine Diskurslösung braucht. Dass es ein Strukturproblem sein könnte, liegt außerhalb des Analyserahmens – weil Strukturprobleme materielle Antworten verlangen, und materielle Antworten Macht kosten.

    Die, im materiellen Sinne, armen Schwarzen, arme Frauen, arme Migranten – genau jene, in deren Namen Identitätspolitik betrieben wird – profitieren am wenigsten von ihr. Was sie bräuchten, wären höhere Löhne, stabile Arbeit, bezahlbare Mieten. Was sie bekommen, sind sichtbarere Repräsentation in Vorständen und gendergerechte Sprache. Identitätspolitik hat die Emanzipation von ihrem materiellen Kern getrennt – ironischerweise ausgerechnet im Namen der materiell Benachteiligten.

    Europa: Chance und verpasste Gelegenheit

    Hier liegt eine historische Ironie besonderer Qualität. Europa hätte die intellektuellen Werkzeuge, um diesen Prozess zu benennen und ihm zu widerstehen. Die kontinentale Wissenschaftstradition ist epistemisch rigoroser: Theorien müssen sich selbst begrenzen, Übertreibung gilt als Warnsignal, Universalismen werden historisch kontextualisiert. Ein Argument, das jede Kritik als Beweis seiner eigenen Wahrheit umdeutet, wäre in dieser Tradition nicht als radikal, sondern als methodisch unseriös eingestuft worden.

    Bourdieu hat die Mechanismen der kulturellen Reproduktion präzise beschrieben. Habermas hat die Bedingungen rationaler Diskurse formuliert. Popper hat die Immunisierungsstrategie unfalsifizierbarer Theorien als wissenschaftliches Ausschlusskriterium definiert. Das europäische Denken des 20. Jahrhunderts hat – durch Religionskriege, totalitäre Erfahrungen, Aufklärung und Gegenaufklärung – gelernt, was geschlossene Systeme anrichten. Es hat Begriffe dafür entwickelt.

    Und dennoch: Europa importiert aktiv die amerikanische epistemische Schwäche, anstatt die eigene Stärke auszuspielen. Das geschieht nicht durch Zwang, sondern durch Statusimitation. Amerikanische Universitäten definieren akademisches Prestige. Wer in den richtigen Journals publiziert, welche Theorieschulen als fortschrittlich gelten, welche Sprache Fördergelder anzieht – das wird in einem transatlantischen Diskursraum bestimmt, in dem Amerika das Gravitationszentrum bildet. Das akademische Milieu, das die Werkzeuge zur Kritik besäße, ist gleichzeitig das Milieu, das dem amerikanischen Diskurs am stärksten folgt.

    Das ist strukturell gefährlicher als die amerikanische Situation selbst. Die USA puffern ihre epistemischen Schwächen durch institutionelle Plastizität, brutale Marktselektion und die strikte Trennung zwischen produktiven und symbolischen Wissensdomänen. Europa hat diese Puffer nicht in derselben Stärke. Es übernimmt den epistemischen Irrsinn ohne die kompensierenden Stärken.

    Die Chance wäre real: Europa könnte den aufklärerischen Universalismus nicht als historisches Erbe verwalten, sondern als lebendiges Argument einsetzen – gegen Kollektivschuld, gegen Bekenntniszwang, gegen die Ersetzung von Analyse durch Moral. Es könnte die Klassenfrage neu stellen, ohne in die Fehler eines dogmatischen Marxismus zurückzufallen. Es könnte zeigen, dass Universalismus nicht die Verleugnung von Unterschieden ist, sondern ihre einzige stabile politische Grundlage.

    Stattdessen wiederholt es den amerikanischen Fehler – mit Verzögerung, ohne die Reserven, und mit dem zusätzlichen Nachteil, ihn nicht einmal als eigenen zu erkennen.

    Das Paradox am Ende

    Heute werden Elemente klassischer Klassenpolitik – Industrieschutz, Lohnpolitik, Skepsis gegenüber der Globalisierung – gerade von jenen Kräften artikuliert, die das progressive Milieu am meisten verachtet. Und das progressive Milieu reagiert reflexhaft mit Delegitimierung. Was dabei verteidigt wird, sind nicht die Interessen der Arbeitenden. Es ist die eigene Diskurshoheit.

    Die Linke wurde nicht besiegt. Sie wurde umfunktioniert. Sie betreibt heute moralische Politik, die nichts kostet, und hält das für Fortschritt. Darum wirkt sie kaltgestellt und irrelevant in der Verteilungsfrage – und darum ist dieser Zustand für jene optimal, die von Verteilung am meisten profitieren.

    Klassenpolitik bedroht Macht. Identitätspolitik verwaltet Moral. Und Moral lässt sich kaufen.

    Julian Kairos

    Dr. Julian Kairos ist Arzt und Gesundheitsökonom mit klinischer und akademischer Erfahrung in der Hochschulmedizin. Er schreibt über Diskursasymmetrien, epistemische Standards und die Wechselwirkung zwischen institutionellen Anreizsystemen und technologischen Wissenssystemen. Seine Analysen stehen in der Tradition universalistischer Aufklärung und verantwortungsethischer Wissenschaftskritik. Er publiziert unter Pseudonym, um die Argumente von der Person zu trennen – ein Prinzip, das seine Texte einfordern und das er auf sich selbst anwendet.

    #idéologie #impérialisme #classes_sociales #rollback #sciences_sociales

    • 1. Mai in Berlin

      die Taz ergeht sich in Elogen:

      https://mastodon.social/@tazgetroete/116510825391281251

      vgl. hier: https://seenthis.net/messages/1170563

      oAnth:

      Diesen Leuten kannst Du alles erzählen, heute das Gegenteil von gestern, und morgen das Gegenteil von heute - wird alles keine Rolle spielen, da fehlt jegliches übergreifend analytisches Fundament: Jugendkultur übertüncht die fehlende inhaltlich präzisierende Zielsetzung, ein bisschen Feminismus hier, ein wenig Ökologie da, und das PR-consulting, zuständig für die Diskurssteuerung, besorgt bei Bedarf die entsprechende Nachjustierung, wie es gemäß der politischen Großwetterlage den Chefetagen, Parteigremien und Medienanstalten in den Kram passt.

      De facto handelt es sich um eine Strategie geistiger #Entmündigung, und die hier als Feindbild gemeinsam zu bekämpfen vorgegebene #AfD kann sich des Zustroms der Frustrierten und ökonomisch Abgehängten unseres Gesellschaftssystems mehr denn je gewiss sein.

  • Deux-Sèvres : l’enquête sur la mort d’un homme tué par un gendarme à Augé classée sans suite
    https://www.francebleu.fr/nouvelle-aquitaine/deux-sevres-79/auge/homme-tue-par-un-gendarme-a-auge-l-enquete-classee-sans-suite-7747723


    La mère de Gabriel, tué par un gendarme, s’exprimait sur ICI Poitou. © Radio France - Julien Morceli

    Les investigations réalisées "ont permis de conclure à un usage nécessaire et proportionné de son arme à feu par le gendarme" relate le parquet dans un communiqué. L’enquête menée par l’Inspection générale de la #gendarmerie nationale (#IGGN) "a permis de confirmer que la vie ou l’intégrité physique du militaire était menacée par Gabriel B., alors armé d’une matraque télescopique, arme par destination potentiellement létale, au moment du tir".

    La famille a l’intention de déposer plainte avec constitution de partie civile, s’appuyant sur une vidéo d’environ une heure, tournée par le portable de la victime au moment de l’intervention. "On conteste le mode d’intervention", a réagi auprès de l’AFP la mère de la victime, estimant que "les gendarmes ont créé des conditions pas bonnes, qui aboutissent au drame".

    #police #justice #violences_policières #impunité_policière

  • Marx va avoir raison (IA et lutte des classes) | Frédéric Lordon
    https://blog.mondediplo.net/marx-va-avoir-raison-ia-et-lutte-des-classes

    On croyait qu’il s’était trompé. Marx va avoir raison. Pas tout à fait comme il pensait dans le détail, mais dans l’idée générale quand même.

    L’idée générale : le développement des forces productives engendre une modification des rapports de production qui les accompagnent, jusqu’au point d’une mise en contradiction insoluble dans le cadre du mode de production en place. Annonce d’une crise terminale totalement endogène puisque le capitalisme produit lui-même les tensions internes, qu’il rattrape un temps à coup de remaniements historiques, mais qu’il finit, passé un certain seuil, par ne plus pouvoir accommoder. Dans le long terme, le capitalisme creuse sa propre tombe — on appelle ça « la dialectique ».

    Le détail : le passage par les stades successifs de la manufacture, de la fabrique et de la grande industrie conduit à d’énormes concentrations ouvrières dans les lieux de la production. On ne rassemble pas impunément de telles masses exploitées, opprimées, au lieu même de leur oppression. Les ouvriers se parlent, prennent conscience — des choses —, forment une conscience — de classe —, s’organisent. Une force énorme se constitue, qui surmonte la déréliction du travailleur seul sur le « marché du travail » — forcément défait dans le face-à-face inégal avec le capital. Dans le bagne usinier, le capital produit lui-même son ennemi mortel, ses jours sont comptés.

    À ceci près qu’un siècle et demi plus tard, on en est toujours à les compter. La première montée révolutionnaire, celle du début du XXe siècle, qui correspond à un degré critique d’organisation ouvrière, est réduite par la répression et le fascisme. La seconde, en sortie de 2e guerre, est anesthésiée par l’entrée dans la consommation de masse : diffusion large du niveau de développement matériel, sortie du prolétariat de l’état de misère — et l’on découvre de nouvelles armes du capitalisme qu’on n’avait pas soupçonnées : les salariés ne sont plus uniquement tenus par l’aiguillon de la faim mais par des voies sucrées autrement pernicieuses. Alors l’aliénation n’en finit plus de s’approfondir. Quelques décennies plus tard : avion, téléphone portable, réseaux sociaux, séries, dans le même temps où le capitalisme restructure en profondeur ses rapports de production après que le succès industriel du fordisme lui a fait entrevoir à nouveau le péril des masses ouvrières concentrées : automatisation, robotisation, délocalisation, précarisation, atomisation.

    On pouvait — on devait — continuer à être marxiste, mais pas à croire à cette première dialectique. Il a fallu regarder ailleurs pour discerner de nouvelles potentialités de renversement endogène. Par exemple du côté de l’écocide. Le capitalisme détruit les conditions de la vie humaine sur Terre. Le lien causal ne fait pas encore l’objet d’une conscience très largement partagée, mais ça viendra. Car les effets sont d’une ampleur croissante, impossibles à cacher, et rien ne stimule la production des idées comme l’aiguillon (cette fois) de l’angoisse — et le barrage du capitalisme vert, de la transition et des pistes cyclables aura du mal à l’endiguer.

    Mais ça va prendre du temps. Le temps des pistes cyclables donc, celui des intellectuels retardataires et retardateurs aussi, celui des renoncements enfin. Car il va falloir beaucoup renoncer : avion, téléphone portable, réseaux sociaux, séries, donc. Nous ne sommes pas prêts. Jean-Marc Jancovici explique à Léa Salamé qu’il faudra en venir à un quota de trois ou quatre vols long courrier pour toute la vie, Salamé répond que trois-quatre par an, c’est quasiment la dictature — son cerveau n’était pas prêt, n’a pas reçu l’information, ne pouvait pas la recevoir. Bien sûr, c’est Léa Salamé, c’est-à-dire comme un mètre-étalon de la bêtise journalistique, déposé à Radio-France plutôt qu’au Pavillon de Breteuil à Sèvres, mais l’idée est la même — et les conditions de conservation aussi satisfaisantes. Le problème étant ici que, pour l’heure, l’étalon donne assez bien la mesure en vigueur dans la plus grande partie de la population. Faire renoncer, mettre en rapport l’évitement de l’écocide, la nécessité vitale de renoncer et l’impératif de sortir du capitalisme : ce sera la grande tâche politique du futur (commence maintenant). Autant dire que l’issue de la course de vitesse est incertaine — il suffit de se demander ce que sont les vitesses comparées de l’écocide capitaliste et de l’idée renonçante dans les esprits. On a déjà vu des compétitions mieux engagées. Peu importe, on courra quand même, parce qu’on n’a pas le choix de ne pas courir...

    • Grande leçon matérialiste : les formes de la conscience sont données par les conditions de l’existence. Or voilà que les conditions d’existence de la bourgeoisie du Bien s’apprêtent à de grands bouleversements. Elle va savoir ce que c’est que de se retrouver du jour au lendemain renvoyée non seulement à l’inactivité mais au sentiment dissolvant de l’inutilité. Elle va connaître l’expérience qui lui indifférait au plus haut point, l’expérience des « autres » de l’intérieur, charrettes à plans sociaux, à délocalisation, à downsizing et « rationalisation » — l’expérience des dispensables. Par pans entiers, la « bourgeoisie créative », qui se croyait si importante, si centrale, et si peu concernée, est en train de devenir dispensable.

      Abandonné par ses maîtres (le bloc bourgeois dispensable)

      L’explosion des capacités de l’IA, l’ampleur du déclassement qui va s’en suivre, vont révolutionner le paysage de classes comme aucun marxisme arrêté sur « la classe ouvrière sujet de l’histoire » n’aurait pu l’imaginer. Pas davantage d’ailleurs qu’une sociologie politique du « peuple des réseaux » comme celle de la FI. Ça n’est ni dans l’exclusivisme ouvriériste, ni dans une nouvelle classe réticulaire que « ça » se passe — « ça » : la formation des forces de rupture. Non pas, du reste, que tout ne puisse se rejoindre dans la marmite car, oui, il reste des bastions ouvriers combatifs, et oui, il y a des ségrégés des réseaux — des forces potentielles. Mais l’essentiel est en train de se former ailleurs : dans la démolition méthodique par le capitalisme même de son propre bloc de soutien. Celui dont le caractère sociologiquement minoritaire a toujours été compensé par le caractère symboliquement majoritaire : professions « intellectuelles », ayant droit à la parole, ayant accès à l’expression publique, ayant assurance de la considération et de la sur-représentation dans l’espace des médias, tout autant celui du cinéma, qui n’a d’yeux que pour sa propre classe, n’a d’intérêt que pour ses propres vies.

      Or voilà que dans cette classe, sans doute composite, bientôt on ne comptera plus les jetés sur la grève. Cruauté des illusions perdues. Tous ces gens ne trouvaient rien à redire parce tout leur était aimable, tout leur semblait fait pour eux. Mieux, tout leur était promis. Promesse évidemment fausse pour bon nombre d’entre eux, cadres moyens-sup qui se vivaient en fantasme comme « en étant » — puisque telle est la vraie question de la sociologie politique : non pas « être ou ne pas être », mais « en être ou ne pas en être ». Et tant pis si « en être » est remis à un horizon tellement indéfini que la retraite sera venue avant — les fantasmes de grandeur sociale ne désarment pas, même devant les verdicts du réel, même devant les statistiques qui les vouaient dès le départ à l’échec. Force de la subjectivité individualiste : « je sais bien, mais moi j’y arriverai ». Raté mon vieux, tu n’y arriveras pas. À ceci près désormais que, là où tu pouvais couler une retraite paisible en imagination continuée, tu vas te retrouver éjecté par une machine, et tout l’environnement saura te faire éprouver très fort le sentiment de ta nullité — de ta nullité dispensable. Car il ne faut pas s’y tromper : des gisements de productivité et de cost-killing aussi colossaux, le capitalisme à dominante financière va s’y ruer comme jamais il ne s’est rué. Aveuglément, écume à la bouche.

      La voilà alors la nouvelle dialectique, celle à laquelle Marx ne pouvait pas penser, plus réelle et plus prometteuse que l’autre, la dialectique du développement des forces productives tordant endogènement les rapports de production jusqu’à un point critique, mais dans sa forme contemporaine : la dialectique du bloc bourgeois dispensable.

      La question reste entière de savoir qu’en faire. Bien sûr, il y a déjà tous les divergents, qui n’avaient pas attendu l’IA pour se mettre en chemin, cadres à la BPI clandestinement communistes (et pas au sens du PCF…), dégoûtés de l’entreprise, étudiants saboteurs de cérémonie de diplômes, jeunes embauchés décidés à partir, polytechniciens alternatifs, auteurices et artistes en rébellion contre les institutions de leur champ, réalisatrices antifascistes fauchées, producteurs indépendants pas plus riches mais qui tiennent la ligne. Eux savent déjà où ils sont, où ils vont, et ce qu’ils ont à faire. Mais il y a tout le reste — disons-le sans ambages : troupeau d’imbéciles politiques, bataillons du macronisme, du socialisme ou de l’écologie parisienne. Car évidemment, la plupart de ces gens n’avaient jamais éprouvé la moindre raison de réfléchir un peu puisque leur condition les en dispensait, par défaut robinets à poncifs hégémoniques caparaçonnés de certitude intellectuelle — dont le discours privé était déjà à la portée d’une IA débutante, simplement capable de compiler des grumeaux de presse mainstream. Il suffit d’avoir une conversation avec un banquier, un journaliste ou mieux encore un artiste contemporain pour éprouver le vertige du bathyscaphe dans la grande fosse des Mariannes.

      Mais il y a pire : leur individualisme sans rivage, qui les rend incapables d’action collective au-delà d’un « Team building » ou d’un « Happy hour » d’« After work ». La classe ouvrière de Marx avait pour elle son unité de lieu et sa concentration en masse. Rien de tout ça n’est disponible ici. L’atomisation, qui plus est vécue comme joyeusement concurrentielle, est la condition objective de cette classe — et le passage au « pour-soi » s’annonce laborieux. En fait il n’a aucune chance de se faire tout seul. Il va falloir leur parler — pas comme ça, sans doute. Mais il va falloir leur parler — pour les sortir de leur état de légumes politiques. Il paraît qu’il faut parler aux plantes, ça les aide à grandir – enfin, c’est ce qu’on dit.

      Prendre en charge un nouvel état du monde social, un affect collectif confus, mais promis à se répandre comme une marée noire, le prendre en charge pour le rendre réellement commun, puis pour le mettre en forme et le construire politiquement, c’est la tâche des organisations. On regarde le côté de l’offre, et le tour d’horizon est vite fait. Soit des partis communistes révolutionnaires, indispensables, mais à faible surface, souvent immobilisés dans une orientation, et surtout une langue, ouvriéristes, qui rendent difficile une rencontre de classe hétérogène. Soit la FI, mouvement d’importance, déjà bien ancré dans la bourgeoisie moyenne intellectuelle et culturelle, dont elle est en fait une émanation, dont elle a déjà l’habitus, dont elle partage les manières de parler. Ici une rencontre, une construction sont possibles. « Vous y avez cru ; vous vous êtes fait rouler ; ce système qui vous a fait marcher est impitoyable, nous savions que d’une manière ou d’une autre il vous viendrait dessus, voilà c’est fait ; abandonnez toute espérance – ou plutôt changez-en ! »

      Frédéric Lordon

    • Dialectique de l’IA

      Sauf que voilà du nouveau, du qu’on n’avait pas vu venir. L’IA, l’Intelligence artificielle. « Du lourd est en train d’arriver ». C’est Matt Shumer qui parle — créateur et patron de OthersideAI. De tous côtés, le papier est dit « viral » — il n’est pas sûr que ce soit un compliment, plutôt la suggestion qu’ayant séduit trop d’analphabètes, il perd beaucoup de sa distinction. En matière de distinction, on n’en remontrera pas aux petits marquis de Grand Continent. Qui diffusent à leur tour mais en faisant les entendus, et avec quelques commentaires d’une technicité blasée — ils en sont. Être blasé, règle n° 1 : ne pas céder aux alarmismes à grande audience, les moquer comme tels avec condescendance, laisser les paniques au vulgaire.

      Il faut bien avouer que dans le texte de Shumer, le vulgaire a de quoi se faire du mouron. Le vulgaire, s’entendre : du vulgaire déjà haut de gamme. Car Shumer annonce à une tranche considérable de cadres, et même des supérieurs, qu’ils vont bientôt avoir à faire leurs cartons : rendus dispensables. Il le dit de première main puisqu’il se voit lui-même déclassé par ses propres produits, en tout cas dans le registre de son activité proprement technique. C’est que désormais l’IA s’auto-engendre — s’auto-code. Gunther Teubner, un étonnant juriste et sociologue du droit allemand, avait trouvé un mot à coucher dehors pour désigner ce moment critique où un processus s’affranchit de ses conditions initiales, et notamment de ses créateurs originels, pour s’autonomiser, croître endogènement, et finir par dominer ses promoteurs mêmes : « take-off autopoïétique », dit-il. L’IA, semble-t-il, connait donc son take-off autopoïétique : elle s’écrit toute seule.

      Régis Portalez est un polytechnicien bizarre, qui a additionné l’X non pas des Mines ou des Ponts mais d’une certification de soudeur. Il s’est retiré à la campagne pour faire des tours de potier, mais continue de coder sur les bords parce qu’il faut bien vivre. Et lui aussi voit venir du lourd : « il y a six mois peut être, je croyais l’IA à peine capable de remplacer les tâches subalternes qu’un junior confie au stagiaire (…) Et puis il y a deux semaines, j’ai demandé à l’une d’entre elles d’écrire entièrement un programme que j’envisageais de mettre un jour et demi à écrire (…) Une tâche libre, donc entre guillemets créative, mais très contrainte par la technique. En une minute trente à peine, j’avais un code qui compile et qui s’exécute, testé, documenté et fonctionnel ».

      Grand Continent fait une moue chichiteuse : pas de généralisation hâtive, pas d’extrapolation linéaire, coder est une activité très spécifique, par nature disposée à la formalisation, donc à une prise en charge IA. Les codeurs font du foin parce que d’une certaine manière ils étaient voués à se trouver en première ligne quand débarquerait l’IA « créative » — et ces ballots n’y avaient pas pensé. Les voilà donc à écrire des textes tout « viraux » d’inquiétude.

      Shumer a beau coder, il n’en a pas moins un ersatz de vie sociale. Comprendre : il a des « connaissances » qui ne codent pas. Des avocats d’affaire par exemple — comme tout le monde. Or l’ami avocat d’affaire commence à mesurer l’ampleur des dégâts : « C’est comme avoir une armée de collaborateurs immédiatement disponible ». Et l’ami de s’aviser que « sous peu, l’IA sera capable de faire la plupart des choses qu’il fait ». Suit une liste des professions alignées : développeurs et conseil juridique, donc. Mais aussi : analystes financiers, diagnosticiens médicaux, services clients, consultants de toutes espèces. Et pour la bonne bouche : « writing and content » — rédacteurs de notices variées, de rapports en tout genre. Journalisme — délice. Et sans doute très bientôt : scénaristes, dialoguistes, paroliers, traducteurs (déjà inquiets), littérateurs de prix mondains. Auxquels il faudra sans doute ajouter : graphistes, musiciens, créateurs de vidéos et, pourquoi pas, réalisateurs, maintenant que Bytedance nous fait des clips de Kanye West ou des vidéos de Tom Cruise et Brad Pitt sans Tom Cruise ni Brad Pitt.

      Il y a trois décennies, Robert Reich, l’un des intellectuels en toc du clintonisme, s’extasiait au spectacle de la nouvelle « classe créative », les « manipulateurs de symboles », annonciateurs du grand mouvement de restructuration de la division internationale du travail porté par la mondialisation, qui laisserait le cambouis des fabriques aux « autres » et nous réserverait les joies du design et du blueprint. Soit le redéploiement à l’échelle mondiale de la division du travail princeps, tôt aperçue par Marx, entre travail de conception et travail d’exécution. Comment la « classe créative » n’aurait-elle pas battu des mains ? Toute sa sociologie, toutes les représentations avantageuses qu’elle se fait d’elle-même, l’y inclinaient. Et toutes les conséquences politiques s’en suivraient immanquablement. Car, sans surprise, cette classe — considérée en moyenne —, toute cette classe en ses organes, Libération, Le Monde, Télérama, France Inter/Culture, L’Obs nouveau ou pas, Arte, s’est admirée et célébrée autant qu’elle a été d’une indifférence de granit au sort des classes ouvrières, équarries, massacrées par les grandes transfusions de la mondialisation, subalternes résiduels à l’intérieur de la grande redivision du travail à l’extérieur. Dont la bourgeoisie « créative » conjurera les colères par tous les procédés du pharisaïsme et du racisme social réunis : ils sont obtus, n’ont pas compris que la mondialisation est bonne, ils sont contre l’Europe, ils sont complotistes, ils sont Gilets jaunes — ils sont sales et méchants.

    • Le billet de Régis Portalez :
      Démission subie – startdown nation II
      https://x-alternative.org/2026/02/05/demission-subie-startdown-nation-ii

      En mai 2022, j’écrivais “Startdown Nation”. J’y parlais de démission, de désertion, de comment s’engager dans les luttes sociales et environnementales quand on est cadre qualifié et diplômé. Je battais en brèche certaines idées, en proposais d’autres, notamment celle de s’engager à sa mesure et surtout d’avoir conscience de la mesure des actes qu’on peut fournir. Quand on est diplômé, écrivais-je, il est facile de partir car on peut toujours rebondir. Et tant qu’à partir, partir pour le meilleur et fonder à son échelle une société aussi proche que possible de l’idéal, car nous, nous le pouvons.

      Après 4 ans à avoir suivi mes propres recommandations à la lettre, il s’avère que c’est difficile et que nous sommes toujours plongés dans le capitalisme, qu’on le veuille ou non. J’ai créé une entreprise de fabrication de tours de potier. Celle-ci était, et est toujours malgré moi, grandement dépendante de mon activité d’extraction des liquidités des grandes entreprises parisiennes via mon ancienne activité d’ingénieur informatique.

      Pendant 4 ans, là-haut, j’ai facturé, ici bas, j’ai investi. Et travaillé sans compter mon temps ni ma rentabilité (au grand dam de mon comptable). J’ai investi dans du matériel, des formations, si bien qu’aujourd’hui je suis capable de produire des tours de potier de qualité équivalente, voire supérieure à ceux du marché, à des prix similaires. Mais il me manque quelque chose : le capital. Beaucoup de capital. Pour la publicité, le réseau de revendeurs, le SAV. Autant de choses qui ne peuvent être financées qu’à l’échelle.

      En effet les attentes des clients sont celles de personnes habituées au capitalisme. A ses désagréments, comme payer un loyer ou travailler trop et trop dur pour un salaire trop faible, mais aussi à ses avantages : la consommation instantanée et ses promesses.

      Certes, on paye les biens manufacturés trop cher et ils sont de qualités juste suffisante, le SAV est mauvais, mais la promesse est là. Et rien ne vaut une promesse. On achète le désir commun mais aussi la promesse d’un accomplissement social. Un tour de potier Shimpo est un excellent tour. S’il tombe en panne, personne ne viendra et on en sera pour 700 euros de réparations, mais on a un Shimpo, la « référence ».

      Dans les 1000 ou 2000 euros payés, 40 % iront au distributeur européen. Combien au producteur chinois (qui fait bien attention à garder l’identité « japonaise » de la marque) ? Zéro ou presque. Entre temps, plusieurs importateurs, des assureurs, bureau veritas, des publicitaires, facebook, d’autres importateurs, des transporteurs, chacun avec son travail, sa marge, son monopole pour certains. Un tour équivalent en Chine, c’est entre 50 et 100 euros, soit à peine le prix du moteur (importé) ici.

      Voilà face à quoi nous devons faire concurrence : certes la capacité de production chinoise, mais aussi le monopole de distribution des capitalistes et leur emprise sur le marché et la fabrication des prix.

      Pour mes camarades démissionnaires qui sont partis dans le maraîchage, la menuiserie ou la poterie, vous le savez aussi bien que moi : il nous reste trois options : le marché de niche, la survie ou la compromission.

      Le marché de niche c’est réussir à se trouver un petit segment local de production où l’on peut vendre pour en vivre. Marché par définition tout petit, les places y sont très chères. Ainsi pourrais-je vendre aux lycées pro ou aux producteurs « engagés ». Mais ils sont peu nombreux et cela nous force à osciller en permanence avec la deuxième option :

      La survie c’est vendre peu, produire peu, et ne gagner que peu. C’est possible. Mais. Mais les loyers. Mais le prix de l’électricité. Mais les loyers. Mais le prix des matières premières. Mais les loyers. Mais le prix des composants. Mais les loyers. Mais le prix des outils. Mais les loyers. Mais les délais de livraison. Mais les loyers. Mais le prix des transporteurs. Mais les loyers. Toutes choses ou presque dont les prix (et les profits) appartiennent à vous-savez-qui : les capitalistes.

      Je ne parlerai pas de la troisième option : vendre ce qui nous reste. Ce n’est pas honteux. Quand il faut nourrir ses enfants, il ne faut hésiter en rien. Personne ne vous en voudra de retourner chez Total si c’est pour cette raison. Fantine meurt sainte.

      Ainsi il paraît illusoire de suivre mes recommandations de mai 2022. Ce serait courir au suicide (au moins financier) et nous n’aurions plus qu’à déprimer dans nos bureaux, attendant l’écocide et la catastrophe +5 degrés.

      Pourtant il se passe quelque chose qui risque de changer les choses, voire de les renverser : l’IA. Celle-ci absorbe une immense quantité de capital, des centaines, voire des milliers de milliards par an. Pour le pire certes (générer des images de chat faisant du vélo – c’est rigolo mais ça ne vaut pas l’argent ni le sacrifice écologique) mais aussi pour le meilleur, et d’une façon que je n’attendais pas jusqu’il n’y a pas un mois.

      Tout ceci se comprend par une anecdote personnelle. Il y a à peine un an, six mois peut être, je croyais l’IA à peine capable de remplacer les tâches subalternes qu’un junior confie au stagiaire – scripts bash simples, correction d’e-mails, traduction simple… Et puis il y a deux semaines, j’ai demandé à l’une d’entre elles d’écrire entièrement un programme que j’envisageais de mettre un jour et demi à écrire :

      « Écris moi un exemple de code en C#, adapté pour tel produit propriétaire – dont la base de code n’est pas disponible – orienté IA, qui ne soit pas une simple convolution ni une simple multiplication matricielle. Fais en sorte que ce code mette en valeur le produit en question en montrant les gains de performances sur GPU, notamment en utilisant wmma (des instructions nvidia complexes). Teste le code vis-à-vis d’une librairie de référence de ton choix et affiche les résultats des tests et les gains de performance ».

      Ainsi une tâche libre (choisis l’exemple) donc entre guillemets créative, mais très contrainte par la technique. L’an dernier, toutes auraient écrit un truc insuffisant, mal testé, mal écrit, qui ne compile ni ne s’exécute. Cette année, en une minute trente à peine, j’avais un code qui compile et qui s’exécute, testé, documenté et fonctionnel.

      Entre temps : des centaines de milliards de capital investi.

      L’année prochaine : encore plus.

      Nul doute que mon travail va (à peu près) disparaître. Non je ne serai pas « prompt engineer, surtout que d’autres IA le sont déjà, et sont meilleures que moi dans ce domaine. Non le besoin d’ingénieurs informatique (en ETP), ne va pas être multiplié d’autant que la productivité va croître grâce à l’IA. Et ainsi en va-t-il dans tous les domaines similaires : conseil, finance, immobilier, publicité, organisation… L’IA va permettre des gains de productivités tels, dans un contexte de croissance structurellement faible, que la destruction d’emplois au profit de capital fixe va être fantastique (au sens : monstrueuse).

      Historiquement, le progrès technique et son corrélat : la transformation de capital circulant en capital fixe, amenait à une hausse globale des qualifications. Le porteur devenait charron qui devenait ouvrier en manufacture puis ajusteur puis fraiseur puis programmateur. Car les besoins suivaient, humains comme capitalistes. Il fallait des trains, des machines à laver, donc des gens pour les produire, de plus en plus qualifiés à mesure que ces machines devenaient complexes et produites en masse. Quand les gains étaient acquis ici, les capitalistes allaient chercher ailleurs : en europe de l’est, en Chine. Et ceux-ci profitaient (60 heures par semaine), de l’horizon capitaliste que nous perdions ici au profit de celui du remboursement de la dette et du chômage de masse. Tout ceci était « accompagné » par l’état et sa police à coup de matraque, mais globalement (très très globalement) les choses « progressaient » et les gens pouvaient croire que leurs enfants verraient un monde plus facile que le leur, permis par leurs propres sacrifices – reconversion capitaliste du mythe chrétien de la Jérusalem céleste : souffrance éternellement reconduite.

      Ce mouvement a commencé à s’inverser avec l’uberisation. Livreurs à vélo à la place d’ouvriers. Mais maintenant nous sommes dans un mouvement plus large : un besoin de décroissance, voire un désir de décroissance, en fait une nécessité de décroissance. Et l’IA ne permet pas de produire plus de biens utiles ni désirés mais plus vite des biens inutiles voire nuisibles. Pourtant le capital n’a pas d’autre choix face à sa propre gorafisation. L’accroissement de productivité étant fini, le monde étant rempli (de ce que peut lui offrir le capital), il faut inventer du besoin par-ci et de la productivité par là : là où on l’on n’avait jamais touché : la bourgeoisie culturelle.

      Ainsi nous arrive ce miracle que personne, de Lénine à Robespierre, n’a jamais pu imaginer voir venir : la destitution de la bourgeoisie culturelle.

      Programmeurs, assureurs, agents immobiliers, journalistes, personnel bancaire, une bonne partie de la médecine, de la pharmacie, tout ce qui constitue la classe moyenne va se faire laminer. Ils (nous) l’auront certainement bien mérité après avoir savouré le massacre ouvrier des délocalisations.

      Chose nouvelle : l’IA est un phénomène mondial car purement virtuel. Quand une machine à vapeur était installée en Auvergne, elle ne détruisait ni ne créait d’emploi en Prusse et il était impossible aux uns ou aux autres d’en bénéficier. Le temps de mise à l’équilibre, dans des marchés protégés et distants, se comptait en années. Une IA, à l’heure d’internet globalisé et concentré, « bénéficie » virtuellement à tous, quelle que soit la localisation.

      Ainsi vont périr ensemble les bourgeoisies culturelles françaises, américaines, brésiliennes, russes, et de tous les pays capitalistes du monde dans le plus grand mouvement de remplacement d’animaux par des machines depuis l’invention du moteur. Fini la rente de savoir écrire un programme en C, de savoir faire des mathématiques niveau master, de savoir organiser une équipe de vendeurs d’assurance, d’organiser une réunion « high stakes », … Et encore, il ne s’agit là que de conséquences relativement mineures, voire parfois souhaitables, en tout cas par rapport à ce qu’entrevoit Dario Amodei, fondateur d’Anthropic.

      Et donc, pour en revenir au titre, la démission/désertion dont il s’agissait il y a peu de convaincre les jeunes gens de sa nécessité, ne sera plus courageuse mais inévitable et subie.

      Ainsi le geste que je proposais en 2022 n’est plus un geste politique héroïque mais un geste logique de survie. Aujourd’hui il faut apprendre, et vite. Devenez zingueur, plombier, maçon, soudeur. Ce n’est pas demain qu’il sera rentable pour un grand groupe d’envoyer un robot remplacer un siphon ou souder un pot d’échappement.

      Pour moi ce sera l’usinage. La série est inaccessible depuis les machines à commande numérique. Avec l’IA, l’intensité en capital va encore augmenter dans tous les domaines, au détriment de l’intensité salariale. La pièce unitaire, le prototype, ça restera accessible à investissement limité.

      Vos compétences d’ingénieur, de consultant etc, y seront utiles, d’une façon que vous ne pouvez pas imaginer. Vous apprendrez des ouvriers (ce que je fais en étant aujourd’hui professeur d’usinage en CAP), ils apprendront de vous.

      De la sorte, l’essence de mon message de 2022 reste vraie : il y a pire que l’IA, il y a la destruction environnementale. Mais celle-ci pouvait encore rester quelque chose de lointain contre lequel s’offusquer depuis son salon (en y gagnant des galons de moralité). La perte de son emploi, comme les capgemini, c’est une autre affaire. C’est immédiat, c’est concret, bref c’est douloureux mais efficace.

      Quelque part, dans sa fuite en avant pour préserver ses marges, le capitalisme va peut être se couper de sa base fondamentale : ceux qui sont à l’aise sans avoir trop. Ceux qui peuvent (pouvaient) espérer avoir plus sans craindre d’avoir moins. Ceux qui croyaient encore à sa promesse de progrès, en recevaient assez sans en trop payer le prix. Ceux qui soutenaient les exploiteurs en espérant secrètement en faire partie un jour (mais on-ne-sera-jamais-comme-ça). Ceux qui pouvaient moquer l’ouvrier « beauf », trouver l’immigré « romantique », le rural « pittoresque ». Ceux-là vont goûter bientôt au « beauf », au « romantique » et au « pittoresque ».

      Alors peut-être rejoindront-ils ceux qui y ont goûté avant eux. Et pourvu que survienne la compréhension d’un devenir commun de condition, les choses pourraient changer.

  • Des élus représentatifs ?
    https://laviedesidees.fr/Des-elus-representatifs-6803

    Les élus municipaux sont-ils à l’image des populations qu’ils représentent ? Quelle place prennent les catégories populaires, les femmes et les personnes racisées ? À partir d’une enquête statistique en Seine-Saint-Denis, cet essai montre l’évolution du personnel #Politique local.

    #représentation_politique #élections #banlieue #classe_ouvrière

  • Le Canard Enchaîné confirme notre enquête avec une autre vidéo : les fascistes ont bien organisé un guet-apens armé
    https://contre-attaque.net/2026/02/17/le-canard-enchaine-confirme-notre-enquete-avec-une-autre-video-les-f

    Dans Médiapart, un autre témoignage corrobore aussi ce déroulé : « un étudiant engagé à gauche » qui allait à la conférence de Rima Hassan confirme que son groupe a emprunté le tunnel ferroviaire et serait alors tombé sur les militants identitaires qui leur auraient « sauté dessus ». « Il y avait beaucoup de désordre. Ils nous ont lancé une torche ou un fumigène qui est arrivé directement dans le visage d’un d’entre nous ». Tout se recoupe. Bien plus que les 15 versions contradictoires données par l’extrême droite depuis des jours.

    Il faut souligner une autre erreur : le groupe Némésis répète que Quentin et ses amis avaient été invités pour « protéger » les militantes. Cette version ne tient pas à l’épreuve des faits : pourquoi ce groupe de gros bras serait resté caché derrière un tunnel, à plusieurs centaines de mètres de la conférence et donc de l’action de Némésis ?

    En réalité, le groupe de Quentin n’était pas le « Service d’ordre » de Némésis, mais une bande armée rodant non loin d’un meeting de gauche, à la recherche de potentielles proies. Il se coordonnait peut-être avec Némésis mais n’était pas là pour elles. Le Canard Enchaîné le confirme, décrivant sur ces images « un groupe d’énervés d’extrême droite qui semble attendre les autres à la sortie du pont ferroviaire ». C’est une pratique courante de la part des groupes fascistes, à Lyon comme ailleurs, qui consiste à attaquer par surprise des personnes ou des groupes isolés en marge d’événements militants. Pour quiconque s’intéresse à l’extrême droite et connaît la situation lyonnaise, c’est une évidence. Si la justice n’était pas aux ordres, elle poursuivrait l’entourage de Quentin pour violences en réunion avec armes, voire même tentatives d’homicides.

    #extrême_droite #média #Police #justice #classe_politique

  • #Josep_Rafanell_i_Orra : « Hériter d’un monde complètement en #ruine »

    Contre la #dépossession de nos rapports au monde qu’accélère le libéral-fascisme contemporain, le psychologue et écrivain propose de retisser des formes communales par la pratique d’#enquêtes, et dans l’espoir de nourrir de futurs #soulèvements.

    Son livre Fragmenter le monde (Divergences) (https://www.editionsdivergences.com/livre/fragmenter-le-monde), sorti en 2017 après les grandes mobilisations contre la loi « travail », avait réussi à tenir en une même proposition la #colère contre le #contrôle des chômeuses et chômeurs, les occupations contre les projets d’infrastructures et l’éloge de véritables politiques de #soin.

    Depuis lors, le psychologue et écrivain Josep Rafanell i Orra n’a cessé de défendre une approche sensible et politique des #communs. À distance du sens mou et galvaudé que prend parfois ce mot, il voit dans leurs formes auto-organisées et émancipatrices la promesse d’une #résistance et d’une #protection contre les #violences du #capitalisme.

    Auteur de plusieurs ouvrages (En finir avec le capitalisme thérapeutique. Soin, politique et communauté aux éditions La Découverte ; Petit Traité de cosmo-anarchisme chez Divergences), il a aussi animé Les Communaux, collectif d’enquêtes autour des #hospitalités et des pratiques du soin. Il participe aujourd’hui à la création de la revue À bas bruit (https://abasbruit.org) qui veut donner à voir et à entendre « des formes d’#entraide, d’attention à la #vulnérabilité, du soin porté aux milieux de vie, des #luttes et des résistances contre l’#atomisation et ses fusions identitaires ».

    Dans cet entretien, il analyse certains traits du #libéral-fascisme contemporain et défend la pratique d’enquêtes comme manière de témoigner de formes d’#entraide mais aussi de contribuer à la création de nouveaux #liens et #alliances.

    Mediapart : Que vous apprennent les pratiques de soin envers les personnes vulnérables, migrant·es à la rue, mineur·es isolé·es, personnes souffrant de troubles psychiques, en situation de dépendance, etc. ?

    Josep Rafanel i Orra : Disons que le soin ne se résume pas à s’occuper des personnes vulnérables. C’est aussi prendre en compte la vulnérabilité de l’instauration de #mondes_relationnels. C’est-à-dire porter notre attention à la précarité des milieux à partir desquels peuvent avoir lieu des rencontres de soin.

    Lors d’une intervention dans un foyer d’aide médicalisée, j’ai été très ému de voir des personnes aux corps atteints par des maladies neurodégénératives ou par des formes d’autisme très chronicisées, qui semblaient imperméables à des modalités relationnelles. Des corps assignés à un statut d’anormalité dans des institutions, elles-mêmes invisibilisées, souvent à la lisière des villes.

    Face à ces personnes, vous devez aiguiser vos perceptions, vous mettre dans la disposition de presque anticiper des émergences relationnelles, de vous en saisir pour vous embarquer dans leurs modes d’existence si singuliers. C’est de la question de l’animation des rapports entre les êtres qu’il s’agit, en désertant des liens déjà déterminés, prescrits, dans lesquels nous enferment les institutions.

    Quels liens faites-vous entre ce que vous avez observé et la montée des discours identitaires et xénophobes ?

    Le #fascisme qui est déjà là n’est pas le fascisme historique qu’on a connu – cela a déjà été dit maintes fois –, avec les formes canoniques du rassemblement fusionnel autour du « grand leader », des foules au pas de l’oie sur le Reichstag. Il faut plutôt parler de « libéral-fascisme ».

    Celui-ci est lié à des dispositifs de pouvoir qui s’enracinent dans la tradition libérale, qui depuis longtemps conduisent à une expérience d’atomisation. En somme à une défaite de la #communauté. Songeons aux mondes paysans dont [l’écrivain et médecin italien – ndlr] Carlo Levi, par exemple, décrivait l’extermination culturelle juste après la Seconde Guerre mondiale dans son magnifique Le Christ s’est arrêté à Eboli. La disparition du monde paysan, c’est la fin d’un univers composé de rapports entre des humains mais aussi avec des êtres-autres. Il s’agit là de #cosmologies_génératives de la communauté loin des logiques de la reproduction sociale.

    Comment définissez-vous le libéral-fascisme ?

    La défaite des communautés qui étaient capables de composer des mondes disparates. Une sorte d’esseulement qui nous enferme dans un état de préoccupation, qui est aussi un emprisonnement dans nous-même et qui appelle à des #fusions_identitaires.

    Bien sûr, c’est là le terreau du Rassemblement national, mais pas seulement. Ces fusions identitaires se manifestent de façon chaotique. Si dans les années 1930, le fascisme avait capturé les classes sociales – en neutralisant leurs divisons –, aujourd’hui, on est dans de nouvelles coordonnées : dans le délitement et l’implosion du « sujet » de classe, de son identité. C’est la marchandise qui exerce son hypnotisme tyrannique sur les masses d’atomisés, y compris, et surtout, au travers de la #marchandisation_de_soi dans notre âge des réseaux : la #surexposition_de_soi comme condition d’existence.

    Le libéral-fascisme, qui se traduit par une atomisation qui fait masse, fabrique des individus qui ne peuvent se reconnaître que dans le semblable, pour lesquels tout ce qui est étranger devient une intrusion. D’où la #haine universelle du migrant, celui qui nous ramène toujours à la #différence.

    Donc atomisation et monde hyperconnecté ne sont en rien incompatibles : être présent au monde, c’est se soumettre à des #régimes_de_représentation qui absentent du monde. Il n’est pas étonnant que ça conduise à des formes insensées de #prédation : il faut détruire ce qui diffère, ce qui pourrait nous faire différer.

    Donc le libéral-fascisme naît de la défaite des #communautés. Celles-ci subsistaient même dans les #classes_sociales, et cela malgré la violence de leur formation. Avec des liens d’entraide, de #solidarités, de formes d’#hospitalité... Dans le chaos de la #désaffiliation_sociale, il ne semble rester que la fusion identitaire renforcée par les régimes universels des #connexions.

    Comment conjurer ces périls ?

    Dans les ruines où nous vivons – ruines du « social », de ses institutions, des scènes du politique, des anciens projets de l’émancipation – d’autres choses deviennent possibles qui ne sont pas de l’ordre de la répétition. Je suis malgré tout optimiste.

    Est-ce qu’il faut précipiter l’écroulement ? Ou est-ce qu’il faut trouver des manières d’hériter de ce monde ruiné ? Les deux en même temps. Malgré l’exaltation que l’on peut éprouver lors de processus insurrectionnels, que je partage, force est de constater qu’il y a trop de #souffrances. Nous pouvons nous demander comment hériter de ce qui amortissait la #brutalité_capitaliste.

    Je parle ici de ces institutions (hôpital, psychiatrie, école, travail social, etc.) qui nous permettent encore d’avoir prise sur la vulnérabilité des mondes ordinaires qui ont vécu la destruction d’un #contrat_social. Celui qui voulait que l’inscription de nos projets de vie dans l’économie (avec son lot d’exploitations, de destructions des milieux de vie donnant malgré tout lieu à des luttes et des résistances) avait comme contrepartie la garantie d’une appartenance au monde social.

    C’est-à-dire ?

    J’ai beaucoup travaillé en Seine-Saint-Denis, notamment dans des dispositifs médico-sociaux, psychiatriques, assistenciels... C’est là où les plus précaires, les plus vulnérables échouent. C’est là où des gens parfois survivent. C’est là où ils parviennent à refabriquer de nouveaux modes d’existence, malgré la déliquescence des institutions, et malgré les contraintes qu’elles imposent.

    J’en arrive alors à quelque chose d’essentiel : à une certaine conception de l’enquête. Elle est tout à la fois témoignage, intervention pour rendre visible l’invisible mais encore contribution à la création de nouveaux liens et à des alliances.

    Je pense à celles et ceux qui font exister des pratiques d’hospitalité avec des migrants à la rue, ou qui soignent et résistent aux pratiques de ségrégation dans un hôpital psychiatrique, ou qui tentent de réparer ou instaurer de nouveaux liens dans un service de protection de l’enfance parfaitement ignoré, ou qui font exister des mutualisations et des formes d’entraide dans une association de quartier. Je pense à toutes celles et ceux qui défont les frontières des institutions pour introduire un « dehors » imprévisible qui permet de sortir de l’asphyxie identitaire.

    L’enquête peut être alors définie ainsi : faire exister ce qui me fait à mon tour exister, autrement. D’où vient celui qui enquête ? Qu’est-ce qui l’autorise à aller voir ce que les autres font ? Aller dans un « ailleurs », c’est pouvoir faire retour, quelque part. Et pouvoir raconter. Tâche infinie de la traduction. Et alors on cesse d’être un « témoin modeste », neutre, nous met en garde #Donna_Haraway [philosophe états-unienne – ndlr]. On est un itinérant, un passeur. Et d’autres le sont pour nous. Et c’est alors qu’on retisse des formes communales, des arrière-paysages invisibilisés. Dans l’actuel régime de visibilité de la dystopie qui nous aveugle, ces arrière-paysages peuvent nourrir les futurs soulèvements.

    Pour finir, je voudrais ajouter quelque chose aussi qui est pour moi de la plus grande importance : c’est de ne pas se laisser tétaniser par la catégorie de la #domination. La domination entraîne fatalement la quête d’une reconnaissance : celle que vous accorderont vos maîtres, avec des hiérarchies entre les dominés. Je préfère parler plutôt de luttes contre la #dépossession de nos rapports au monde. La dépossession ouvre toujours à la possibilité de formes de #réappropriation qui dépendent, non pas de la nostalgie d’un monde perdu, mais de notre actualité. Bref, qui ouvre à de nouvelles créations.

    On pourrait conclure avec la belle idée de Tim Ingold [anthropologue britannique, à lire dans un prochain épisode – ndlr] : il nous faut pouvoir laisser en héritage le passé à venir.

    https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/291225/josep-rafanell-i-orra-heriter-d-un-monde-completement-en-ruine
    #ruines

  • Préjugés : « Les immigré·es profitent des aides sociales »

    Dans ce mini-podcast, #ritimo revient sur un préjugé courant : les personnes migrantes viendraient en France pour « profiter du système ». Pourtant, la plupart d’entre elles et eux ne bénéficient pas de ces aides, parce qu’elles sont conditionnées, parce qu’ils ne savent pas qu’ils y ont droit ou par découragement face à la complexité des démarches.

    Le guide pratique ritimo « Répondre aux préjugés sur les migrations » est un outil indispensable pour mieux comprendre la réalité des migrations et leur instrumentalisation, pour répondre aux discours racistes ou de repli sur soi et faire entendre d’autres voix sur le phénomène migratoire.

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    Transcription

    Ils sont pas fous les immigrés de s’installer ici : les soins sont gratuits, ils touchent les alloc’ et les aides au logement et j’en passe... Moi je comprends que le Français qui travaille dur et qui arrive pas à joindre les deux bouts, quand il voit ça, il vrille...

    C’est un préjugé très répandu : les personnes migrantes viendraient en France pour profiter du système. Or, justement, la plupart d’entre elles et eux ne bénéficient pas de ces aides, parce qu’elles sont conditionnées, parce qu’ils ne savent pas qu’ils y ont droit ou par découragement face à la complexité des démarches.

    La réalité des aides sociales en France
    Depuis les années 2000, environ 10 % des bénéficiaires des prestations sociales en France sont des étranger·ères (que ce soit le RSA, les APL, la prime d’activité, ou les allocations familiales...).
    Pour que les étranger·ères fraudent et profitent du système social français, il faudrait déjà qu’iels puissent y accéder.

    Pour bénéficier du Revenu de solidarité active (RSA), un·e étranger·ère doit avoir un titre de séjour et une carte de travail depuis au moins 5 ans. Pour toucher le minimum vieillesse, iel doit être en France depuis au moins 10 ans. Pour les étranger·ères en situation irrégulière c’est encore plus compliqué. La majorité des sans-papiers qui travaillent payent des impôts et des cotisations sociales mais ne bénéficient d’aucune prestation sociale. Iels n’ont pas l’assurance retraite, pas droit aux allocations chômage et ne peuvent pas faire de demande de logement social.

    Les demandeurs d’asile ne sont pas éligibles aux aides sociales et doivent se contenter d’une aide de l’État de 200 à 425 € mensuels. L’hébergement en CADA n’est pas non plus un « droit » puisqu’il n’y a que 25 000 places pour 80 000 demandes d’asile.
    Si le système social en France est menacé, ce n’est pas à cause des immigré·es mais plutôt des politiques néolibérales qui réduisent le budget des services publics !

    Les enfants, ça coûte énormément !
    L’idée que les migrant·es feraient beaucoup d’enfants pour vivre des allocations ne tient pas non plus la route. Tout d’abord, la fécondité des femmes immigrées (2,3 enfants par femme) n’est que légèrement supérieur à celle des non-immigrées (1,7 enfant par femme).
    Ensuite, toutes les familles immigrées n’ont pas droit aux allocations familiales : il faut que les enfants soient né·es en France ou qu’iels soient venu·es dans le cadre du regroupement familial, et avoir au moins un·e parent·e qui a un titre de séjour.

    Au delà de tout, quand on compare le montant des aides sociales et les dépenses familiales, il est évident qu’élever des enfants coûte bien plus que cela ne "rapporte" entre guillemet !!

    Dans nos HLM
    L’extrême droite dénonce une supposée préférence pour les étranger·ères dans l’accès au logement social. Selon les derniers chiffres, un logement social sur cinq accueille une famille immigrée et seulement 12% des locataires immigré·es sont de nationalité étrangère.
    Concrètement, les étranger·ères sont discriminé·es pour entrer en HLM. Une étude de la Fondation Abbé Pierre en 2023, a montré que seulement 24% des guichets d’enregistrement de la demande de logement social répondent de manière similaire aux candidatures présumées françaises et aux candidatures d’origine présumée d’Afrique de l’Ouest.

    Se soigner, c’est pas gagné !
    La plupart des étranger·ères qui vivent en France travaillent et cotisent pour la sécurité sociale. Pourtant, il est compliqué pour elleux d’accéder aux soins quand iels tombent malades. Par exemple, pour bénéficier de l’Aide médicale d’Etat (AME), il faut attendre trois mois après son arrivée en France avant de pouvoir déposer une demande. Dans la pratique, les caisses d’assurance maladie exigent des relevés d’identité bancaire, des justificatifs de domicile, des preuves d’arrivée... Par conséquent, de nombreuses personnes ne font jamais les démarches pour en bénéficier, soit parce qu’elles ont d’autres priorités (se loger et s’alimenter, par exemple), soit par découragement face aux démarches administratives complexes. Selon Médecins du monde, 87 % des étranger·ères rencontré·es dans leurs centres ne sont pas bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat.

    Dans la pratique, les patients AME sont également discriminé·es. Par exemple, selon une étude de l’Institut des politiques publiques, lorsqu’iels appellent un médecin généraliste ou un ophtalmologue, iels ont 25 % de chances en moins d’obtenir un rendez-vous qu’un autre.
    Certaines personnes très malades, qui n’ont pas accès aux soins dans leur pays, obtiennent la permission de venir se soigner en France. Depuis 1998, il existe un droit à un titre de séjour spécifique, mais il est accordé à de moins en moins de personnes, à peine 4000 personnes par an. C’est moins de 2 % des titres de séjour accordés.

    Ca coûte ou ça rapporte ? Les bons comptes de l’immigration
    Est-il réellement possible de mesurer l’impact budgétaire de l’immigration pour un État ? Aucune estimation ne fait l’unanimité. En 2021, des universitaires lillois affirment que le solde est négatif en moyenne : soit l’immigration ne coûte rien à la France, soit elle coûte 10 milliards d’euros maximum. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) affirme de son côté que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte et qu’elle a permis à la France de gagner au moins 10 milliards d’euros chaque année en moyenne, du fait des d’impôts et de cotisations que payent les immigré·es. A peu de choses près, donc, l’impact de l’immigration est globalement neutre.

    Ce qui est certain en revanche, c’est que les politiques répressives de nos gouvernements en matière d’immigration coûtent très cher au contribuable européen. Les pays de l’Union européenne ont fait exploser les budgets consacrés à l’éloignement des personnes en situation irrégulière, à la fermeture et la militarisation des frontières (avec la construction de murs, de clôtures, de barbelés et de miradors, le déploiement de dispositifs policiers et militaires, etc.).
    En France, la Cour des comptes estime le coût direct de la politique de lutte contre l’immigration irrégulière à 1,8 milliard d’euros par an - autant d’argent qui ne va pas à l’éducation nationale ou à la santé publique.

    Contrairement à ce que l’on entend souvent, les immigré·es ne coûtent pas cher à la France. Ils et elles bénéficient peu des aides sociales et contribuent au contraire au budget en payant des impôts et des cotisations, quand on les autorise à travailler. Les arguments économiques contre l’immigration ne tiennent donc pas la route, et cachent mal la xénophobie irrationnelle qui les sous-tend.

    https://videos.ritimo.org/w/92RRHiJqjmhrHJyyByUAz3
    #podcast

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    ajouté à la métaliste sur...
    #guerre_entre_pauvres #migrants #classes_sociales #migrations #pauvres #asile #réfugiés #inégalités #discrimination #économie #concurrence #pauvreté #redistribution #dessin_de_presse #caricature #dessin #bouc-émissaire #richesse #riches

  • Education nationale et Armées, alliés pour un conditionnement progressif des élèves français à la guerre
    https://www.liberation.fr/societe/education-nationale-et-armees-allies-pour-un-conditionnement-progressif-d

    Dans cette optique, l’#armée met le paquet sur la jeunesse. Lundi 12 janvier ont débuté les inscriptions pour le nouveau #Service_national_volontaire ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, annoncé par Emmanuel Macron fin novembre. Dans la même veine, la nouvelle #Journée_défense_et_citoyenneté (#JDC, bientôt rebaptisée « #journée_de_mobilisation ») est généralisée depuis la rentrée scolaire 2025. Au programme des ados désormais : une cérémonie des couleurs et la Marseillaise pour ouvrir la journée, un atelier de tir au laser et un repas sous forme de ration de combat, suivis d’un solennel « Au revoir républicain » avec remise du bleuet de France.

    [...] Un cap est franchi en novembre dernier, au moment où le ministère de l’Education nationale publie un guide baptisé « Acculturer les jeunes à la défense » à destination des établissements scolaires. « Tous ces éléments nous dirigent vers une société d’adaptation à la guerre. Pour avoir combattu la militarisation de l’école depuis les années 80, je note qu’on n’a jamais été aussi loin qu’aujourd’hui », analyse Olivier Vinay, professeur de SVT à la retraite et militant au sein du Collectif contre la militarisation de la jeunesse et de l’école.

    La majorité des activités assurées par des gradés dans le milieu scolaire s’inscrit dans le cadre des « classes de défense et de sécurité globale » (CDSG), créées en 2005 dans les collèges et les lycées. Elles peuvent être le fruit d’un partenariat avec la police, la sécurité civile, un service départemental d’incendie et de secours (Sdis) ou l’armée. Dans ce dernier cas, le programme tourne autour de l’éducation à la défense et du travail de mémoire. Selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, on dénombre environ 1 200 classes défense pour l’année scolaire 2025-2026, impliquant 32 000 élèves sur les 5,6 millions qui peuplent le second degré. Une dynamique à la hausse : en 2016, seuls 3 700 élèves étaient concentrés dans quelque 160 CDSG.

    L’instauration d’une classe défense peut venir de l’initiative du chef d’établissement ou d’un professeur volontaire. Elles peuvent être créées dans tout établissement scolaire mais elles sont implantées en priorité dans les zones rurales et dans les établissements relevant d’un réseau d’éducation prioritaire (REP et REP +). Un ciblage géographique et sociologique qui interroge : « On sait que c’est pas pour tous, c’est pour les classes populaires, les recalés de Parcoursup », commente Esther (tous les prénoms ont été modifiés), professeure de philosophie en Seine-Saint-Denis et membre de la tendance intersyndicale Emancipation.

    Dans la grande majorité des établissements scolaires, l’inscription dans une #classe_défense relève du choix de l’élève. Mais dans certains, elle revêt un caractère obligatoire. Quand elle apprend, le 19 septembre, que son fils sera inscrit dans la classe défense, Stéphanie, mère d’un élève de quatrième dans un collège de 200 élèves de l’académie de Dijon, se rebiffe. « Comment faire quand nos valeurs sont opposées à ce dispositif ? On m’a répondu que, de toute façon, ce n’était pas une option. Des voix dans la salle m’ont carrément dit que je pouvais toujours changer d’établissement. » D’après une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) sur les apports des classes défense, publiée en avril 2022, cette orientation avait à l’époque été imposée à 11 % des élèves. 49 % d’entre eux avaient affirmé que cela venait d’un choix personnel, quand 40 % disaient que cela s’était un peu fait par hasard.

    Côté programme, le flou règne. Quand certaines classes rencontrent des gradés lors de conférences, d’autres visitent des lieux mémoriels. Les établissements n’ont aucun volume horaire imposé. Interrogé par Libération, le ministère de l’Education nationale précise que « les modalités de contenus et mise en œuvre sont extrêmement souples et relèvent de l’initiative pédagogique locale ». Résultat : « Les partenariats peuvent parfois aller assez loin. On nous a par exemple déjà proposé de faire venir les militaires en conseil de classe, ce que nous avons refusé », se souvient Quentin Dauphiné, professeur d’histoire-géographie dans un lycée du Var et délégué syndical Snes-FSU.

    Jusqu’alors réservé aux #collèges et aux #lycées, le dispositif s’élargit. A Libourne (Gironde), l’#école élémentaire Marie-Marvingt a noué un partenariat avec la Marine nationale. Les premières classes défense à destination des plus petits pourraient ainsi fleurir à la rentrée 2027. « Une première inquiétante au niveau national, alertent l’union départementale de Force ouvrière (FO) de Gironde, le syndicat Force ouvrière des professeurs des écoles de la Gironde ainsi que l’Union locale de Libourne dans un communiqué commun. Nous demandons de cesser immédiatement ce projet dont l’unique objet est de pousser les jeunes élèves vers les rangs de l’armée et de les conditionner à “la défense de la patrie.” »

    [...]

    Depuis la rentrée scolaire, le fils de Stéphanie a assisté à deux conférences animées par un colonel. A l’issue de la seconde, un fascicule intitulé « Ma première cérémonie militaire » a été glissé dans son cartable. Au fil des 36 pages dessinées, on suit un petit garçon qui découvre la prise d’armes, les cérémonies du 11 Novembre et du 14 Juillet. « Les enfants de la classe s’avancent en rang ! Ils lisent les noms des soldats morts pour la patrie. Il y en a tant… C’est triste et émouvant de penser à chacun de ces braves » ; « Voilà, c’est la fin de cette belle cérémonie qui nous a rappelé que notre pays, la France, est une patrie riche et forte de son histoire, et respectueuse de ceux qui se sont battus jusqu’à la mort pour les valeurs de la République. Devant leur courage, nous nous inclinons », peut-on y lire.

    Parmi les mécènes présentés en dernière page de l’ouvrage, on retrouve les leaders européens de l’armement comme MBDA, Dassault, Airbus ou encore Safran. « Voir que les marchands d’armes financent les supports éducatifs utilisés dans l’éducation nationale, ça me choque. Pour moi, c’est de la propagande », peste Nathalie, elle aussi mère d’une élève de quatrième dans le collège de l’académie de Dijon. D’autres ont depuis investi dans l’ombre, à l’instar du milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, selon les informations du Canard enchaîné. Depuis la sortie du fascicule en 2020, près de 370 000 exemplaires auraient été gratuitement distribués aux établissements scolaires, aux mairies et aux associations, poursuit le journal.

    De son côté, la communauté enseignante est fracturée sur la question. Emilie Ros, professeure d’espagnol contractuelle dans le Tarn-et-Garonne, fait partie des détracteurs et « alerte depuis quatre ans ». La création des classes défense a été votée en conseil d’administration dès l’arrivée de la nouvelle cheffe d’établissement dans son collège rural de 300 élèves, en 2022. « Il n’y a pas eu de débat, elle a présenté ça comme quelque chose allant de soi, se remémore-t-elle. Les parents d’élèves ont commencé à se questionner. Il y a eu une manifestation devant le collège en début d’année scolaire et les rencontres parents-profs ont été assez houleuses. Et tout ça est passé comme une lettre à la poste chez les profs ! » Seule face à une équipe enseignante plutôt favorable, la professeure d’espagnol se syndique à la CGT.

    Peu à peu, elle prend la parole en conseil d’administration, interroge le professeur d’histoire-géographie qui pilote les classes défense, sonde ses collègues. Une prise de position assumée qui n’est pas du goût de sa cheffe d’établissement : après trois rentrées scolaires dans le même collège, la professeure d’espagnol obtient un avis défavorable à son formulaire de renouvellement de contrat en mai 2025. Sur le document, consulté par Libération, les raisons évoquées par la cheffe d’établissement reposent sur une « attitude clivante qui génère des tensions » et un « positionnement récurrent et affiché en décalage avec les prises de décision dans le cadre institutionnel ». Depuis, l’enseignante est au chômage.

    Si quelques situations semblent cristalliser les tensions, de l’avis des principaux concernés, la mise en place des classes défense se passe la majeure partie du temps sans accroc. « Si on n’a pas fouillé le sujet, on peut se dire que ça n’est pas si grave », observe Cassandre, enseignante dans le second degré dans le Val-de-Marne. Les raisons qui poussent les enseignants à se saisir du dispositif sont multiples et, souvent, c’est l’opportunité financière qui fait mouche. Avec un budget de l’Education nationale qui se réduit comme peau de chagrin, les partenariats avec les armées deviennent une solution pragmatique. Dans le collège de l’académie de Dijon, le partenariat a notamment permis d’organiser un voyage en Italie.

    Dans un lycée de la même académie, une convention de classes défense a été signée pour que les élèves en hôtellerie puissent réaliser leurs stages en milieu militaire, notamment au 511e régiment d’Auxonne. « Il est très difficile de s’opposer à des arguments aussi utilitaristes. Je suis une des rares, partage Camille, professeure de biochimie syndiquée au Snes-FSU et membre de la tendance révolutionnaire et anticapitaliste Emancipation. Alors qu’on ne devrait ni accepter l’aide ni l’argent de l’armée pour boucler notre propre budget. Ses valeurs sont opposées aux nôtres : elle repose sur l’obéissance sans réflexion, quand l’école veut susciter leur esprit critique. »

    Dans certaines académies, les élèves participent à ce qu’on appelle des #rallyes_citoyens. Présentées comme des compétitions ludiques et éducatives destinées à développer l’esprit citoyen des élèves, ces journées ont, selon les académies, parfois tourné au fiasco. Dans la présentation du programme annuel de la classe de son fils pour l’année scolaire 2025-2026, Stéphanie note une « activité décentralisée des classes défense du département », en avril 2026. Va-t-on mettre une arme factice dans les mains de son fils ? Ou le déguiser en surveillant pénitentiaire chargé de mater des détenus désobéissants ? « J’ai demandé si cela correspondait aux journées organisées à Dijon lors desquelles les enfants doivent nasser des manifestants. On m’a répondu “oui, sans doute”. Soit personne n’est au courant, soit ils ne veulent pas nous le dire. »

    Les classes défense et les rallyes citoyens sont les dispositifs les plus tape-à-l’œil de ces partenariats mais ils sont loin d’être les seuls. « On a travaillé sur plus d’une centaine de dispositifs, résume Irène. Ils sont tous liés entre eux, mis en place, actés et régis par des textes réglementaires. » La première pierre de ce long travail est posée en 1955, par la création de la commission armée jeunesse. Depuis plus de soixante-dix ans, ce groupe de travail qui réunit 70 associations, syndicats ou mouvements étudiants ainsi que 23 ministères ou délégations interministérielles, a pour objectif de potasser le lien entre l’armée et la jeunesse.

    Au sein de ce réseau tentaculaire, certaines initiatives sont plus « diluées et inoffensives », estime Irène, à l’instar des journées sport-armée-jeunesse ou des prix armée-jeunesse. Les Bulles de mémoire récompensent l’auteur d’une bande dessinée qui doit « impérativement » être liée aux conflits dans lesquels la France est ou a été engagée. « C’est pervers et à la fois très clair : ils veulent que nous, les profs, fassions le service après-vente », pose Esther, la professeure de philosophie en Seine-Saint-Denis. Dans son lycée, l’armée n’est plus invitée au carrefour des métiers en raison de l’intervention des personnels. « Avec la montée des tensions dans le monde, on ne peut plus faire comme si c’était un métier comme un autre. »

    • Pour rappel, la préparation militaire faisait partie intégrante de l’éducation des petits écoliers français entre la déculotté de la guerre franco-prussienne de 1870 et la boucherie de la première guerre mondiale. Ce fut succès retentissant qui permit d’envoyer des millions de soldats se faire trucider la fleur au fusil, et peut être même une des causes du conflit.

      Une recherche rapide me donne qqs articles sur le sujet :

      La préparation militaire en France : cheminement d’un concept 1871-1914

      https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1985_num_159_2_7415

      En effet, plus qu’à l’école peut-être, car il s’agissait de jeunes gens volontaires, l’instruction civique, patriotique, partie intégrante importante du programme lui-même, occupant une place appréciable dans les manuels, peut être dispensée à haute dose (46). L’appareil militaire, l’action persévérante des instructeurs, parmi lesquels figurent des milliers d’officiers de réserve (47), le culte de l’armée, la lutte plus ou moins explicite contre l’antimilitarisme, le développement d’un patriotisme proche du chauvinisme, ont contribué à forger ce « moral », facteur dont le rôle n’a pas à être souligné. C’est dans cette culture éminemment patriotique, vécue sur le terrain, qu’il faut chercher l’efficacité première de l’œuvre d’instruction militaire de la jeunesse, telle qu’elle se développe avant 1914. Si ce n’était que son mérite majeur, c’est déjà un résultat dont ses promoteurs peuvent s’enorgueillir. Même l’Allemagne militariste de cette époque ne put disposer d’un pareil instrument (48).

      Le gymnaste, soldat de demain : les sociétés de préparation militaire de la Belle Époque
      https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-gymnaste-soldat-de-demain-les-societes-de-preparation-milit

      La préparation militaire en France (années 1900-années 1930) : un héritage sportif oublié ?
      https://books.openedition.org/pulm/20742#bodyftn26

      « Bien s’instruire pour mieux servir » : la formation militaire au début du XXe siècle
      https://sourcesdelagrandeguerre.fr/?p=5358

  • La femme que Marx n’a jamais voulu rencontrer : #Flora_Tristán, l’autodidacte qui aurait pu changer l’histoire du socialisme

    Autodidacte et militante infatigable, Flora Tristán a observé la réalité sociale avec un regard de scientifique pour proposer un modèle alternatif de société et de travail.

    Pour Flora Tristán (Paris, 1803-Bordeaux, 1844), la #transformation_de_la_société devait être intégrale, et la communication avec les masses laborieuses était aussi importante que la diffusion littéraire de son modèle. C’est pourquoi elle ne se contenta pas d’écrire pour ceux qui pouvaient payer un livre et le lire, mais chercha à sensibiliser directement les classes travailleuses.

    Sa proposition novatrice impliquait un lien indissociable entre la #question_ouvrière et la #question_féminine : il n’y aurait pas de libération prolétarienne sans #libération_des_femmes. L’#émancipation était donc la condition nécessaire de la #justice_universelle. Flora Tristán anticipa ainsi des débats qui, bien des années plus tard, occuperaient une place centrale dans les discours féministes.

    Bien qu’elle soit née dans un milieu aristocratique, l’écrivaine, penseuse socialiste et féministe franco-péruvienne, considérée comme l’une des pionnières du #féminisme moderne et une précurseure du #mouvement_ouvrier_international, ne reçut pas l’éducation d’institutrices.

    À l’âge de quatre ans, le malheur frappa sa famille avec la mort de son père, Mariano Tristán y Moscoso, qui n’avait pas régularisé juridiquement son mariage avec sa mère, Thérèse Laisnay. Or, le droit français ne reconnaissait pas comme légitime un mariage uniquement religieux. La jeune veuve, enceinte d’un autre enfant et privée de patrimoine, partit donc vivre à la campagne avec Flora pendant plusieurs années, et la petite famille connut un vrai déclassement.

    Une vie de proscrite

    De retour à Paris, alors adolescente et ouvrière, Flora Tristán épousa en 1821 son jeune patron, André Chazal. Quatre ans plus tard, après de nombreuses dissensions conjugales et enceinte de son troisième enfant, elle s’enfuit du domicile conjugal en abandonnant son mari. Le divorce n’existait pas. La séparation des Chazal n’était pas légale. Pendant plusieurs années, Flora vécut comme une proscrite en France et en Angleterre. En 1833, elle traversa l’océan pour réclamer son héritage au Pérou auprès des Tristán. La famille l’accueillit plutôt favorablement et son oncle lui attribua certaines rentes, mais sans lui reconnaître de droit à l’héritage.

    Elle revint en Europe deux ans plus tard, ajoutant à son expérience personnelle un important travail de terrain. Elle avait développé une #méthodologie pionnière pour décrire et dénoncer les injustices de race, de classe et de genre : voyager, dialoguer, recueillir des données à l’aide du modèle de l’#enquête, et élaborer des analyses et des propositions.

    Ainsi, Flora Tristán, autodidacte, fit de la véritable #science_sociale à partir de l’#observation de la réalité, développant des travaux innovants qui fusionnaient réflexion théorique et expérience pratique.

    Dans des ouvrages tels que Pérégrinations d’une paria (1838) ou Promenades dans Londres (1840), elle dénonça la misère et le manque d’instruction des classes laborieuses, la pauvreté infantile, la prostitution et la discrimination dont étaient victimes les #femmes. Elle pointa les #inégalités_structurelles de la #société_capitaliste comme la racine de ces problèmes.

    Face à cette situation, elle proposa son modèle d’#organisation_sociale, dont l’élément central était un #prolétariat consolidé à travers l’#Union_ouvrière. Ce prolétariat devait être formé et bénéficier de #protection_sociale. Il ne s’agissait pas seulement de se constituer en force productive, mais aussi de transformer l’histoire.

    Militante d’un socialisme en devenir

    À partir de 1835, elle remporta un franc succès littéraire et s’attira l’estime des cercles intellectuels. C’est au sein de l’Union Ouvrière qu’elle choisit de s’engager comme militante d’un socialisme naissant, affirmant un style qui lui était propre et se faisant la porte-parole passionnée de ses idées, de ses modèles et de ses théories.

    Elle entama ainsi son tour de France, un exercice harassant de communication de masse. Ce mode de vie était inhabituel pour une femme de son époque. Mais Flora Tristán mit son talent intellectuel au service d’une mission rédemptrice en laquelle elle croyait profondément.

    Sa vision se caractérisait également par le rejet de la #violence_révolutionnaire comme unique voie de salut. Elle reconnaissait l’antagonisme entre #travail et #capital, mais ses stratégies réformatrices sociales reposaient sur la #fraternité. Son but était d’atteindre la #justice et l’#amour universel.

    Sa vocation de femme messie lui donna la force de diriger et d’échanger avec des milliers d’ouvriers et d’ouvrières lors de ses tournées à travers la France. Sa santé était fragile, avec un possible problème tumoral, et tous ces voyages la laissèrent exsangue. Des efforts incessants qui, combinés à un probable typhus, précipitèrent sa mort en 1844, quatre ans avant la publication du Manifeste du Parti communiste.

    Après sa mort, sa voix ne fut pas intégrée au socialisme de #Karl_Marx et #Friedrich_Engels, que ce dernier qualifiait de scientifique et qui plaçait la lutte des classes presque exclusivement au centre de sa réflexion. Engels qualifiait les approches antérieures d’« utopiques ».

    Et pourtant, il suffit de parcourir les biographies de Robert Owen, Charles Fourier, des saint-simoniens et de Tristán elle-même pour constater que le terme « #utopie » ne rend pas justice à la portée de leurs pensées et de leurs actions.

    À la fin de 1843 à Paris, le philosophe allemand Arnold Rüge conseilla au jeune Marx de rencontrer Flora Tristán, mais celui-ci ne le fit pas. Engels, quant à lui, mentionna avoir connaissance de son œuvre, mais sans se départir d’une certaine indifférence.

    Toujours en arrière-plan

    Tristán est restée en arrière-plan de l’histoire officielle du socialisme, alors qu’elle avait anticipé de nombreux débats qui allaient plus tard prendre de l’importance. Plus d’un siècle plus tard, la mise en valeur – importante et nécessaire – de la dimension féministe de son discours a éclipsé tous les autres aspects.

    Aujourd’hui, il est indispensable de reconnaître pleinement Flora Tristán, cette petite aristocrate déclassée qui n’eut pas de gouvernantes mais finit par apprendre auprès d’Owen et de Fourier.

    Il faut également la reconnaître comme une socialiste du romantisme, une #pionnière des #sciences_sociales, une communicante d’un talent extraordinaire et la créatrice d’un modèle alternatif de société, de production et de travail : l’Union Ouvrière.

    On peut se demander ce qui se serait passé si elle avait vécu plus longtemps. Elle n’aurait vraisemblablement jamais accepté que son modèle de socialisme soit qualifié d’« utopique ». Si elle avait atteint 1864, elle aurait très probablement participé à la Première Internationale et, malgré sa condition de femme, sa présence impressionnante aurait sans doute influencé d’une manière ou d’une autre le cours du socialisme.

    https://theconversation.com/la-femme-que-marx-na-jamais-voulu-rencontrer-flora-tristan-lautodid

    #socialisme #femmes #capitalisme #classes_sociales #SHS #précurseurs #révolution #violence

  • Éboueurs et balayeurs face aux paradoxes de leur condition
    https://metropolitiques.eu/Eboueurs-et-balayeurs-face-aux-paradoxes-de-leur-condition.html

    Qui sont les #éboueurs et balayeurs du secteur public et que pensent-ils de leur condition professionnelle et sociale ? Hugo Bret aborde l’évolution récente de ce métier dans une étude sociologique menée dans la région francilienne. Un groupe professionnel indispensable à la vie de la cité reste pourtant invisibilisé et méconnu : celui des éboueurs et des balayeurs du secteur public. Ces #ouvrier·es ont été fugitivement salués pour leur rôle joué en « seconde ligne » lors de la crise sanitaire. #Terrains

    / éboueurs, #classes_populaires, #déchets, #sale_boulot, ouvrier, #fonction_publique, #stratification_sociale, espace (...)

    #espace_public
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_bret.pdf

  • Que faire du #racisme en sociologie politique ?
    https://metropolitiques.eu/Que-faire-du-racisme-en-sociologie-politique.html

    Félicien Faury répond à la critique principale de David Gouard quant à son usage du concept de « racisme ». Il montre que la notion reste indispensable pour comprendre certains ressorts fondamentaux du #vote pour l’extrême droite. Je remercie tout d’abord David Gouard pour sa recension de mon ouvrage, qui m’offre l’occasion de clarifier un certain nombre de malentendus. Que sa critique du livre soit juste ou injuste n’est pas ici le problème, car mon intention est de nourrir une discussion #Débats

    / vote, racisme, #extrême_droite, #élections, #classes_sociales, #déclassement

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_faury2.pdf

  • La nuova geografia dei Comuni montani non può esser disegnata con criteri vecchi

    Secondo Mauro Varotto, geografo dell’Università di Padova, la riforma della classificazione voluta dal governo ha il solo scopo di ridurre la platea di possibili beneficiari di risorse scarse, senza tener conto di criteri in grado di rispondere in modo più oggettivo alla finalità della nuova legge sulla montagna, ovvero creare le condizioni perché più persone possano restare a vivere nelle terre alte.

    Il 17 dicembre, intervenendo alla Camera dei deputati, il ministro per gli Affari regionali e le autonomie Roberto Calderoli ha ribadito che la ridefinizione dell’elenco dei Comuni montani ha l’obiettivo di “ridurre l’attuale elenco di oltre quattromila Comuni, che contiene realtà quali Roma e Bologna che, con un’altimetria media rispettivamente di 67 e 82 metri, non hanno certo le caratteristiche geografiche della montagna”.

    Quando, nel mese di settembre, la Legge 131/2025 è stata approvata in via definitiva al Senato, il comunicato stampa del ministro ribadiva più volte la volontà di “valorizzare la vera montagna”, asciugando di fatto la platea di soggetti che possono aspirare ai circa 200 milioni di euro all’anno stanziati dallo Stato per promuovere lo sviluppo economico e tutelare l’accesso ai servizi essenziali nelle terre alte.

    La riduzione ha portato a qualificare come montani 2.844 Comuni (il 36% dei municipi italiani), che si sviluppano sul 40% della superficie del Paese e hanno una popolazione residente di 7,8 milioni di abitanti (il 13,2% della popolazione nazionale), con una netta riduzione rispetto alla classificazione precedente, che elencava 4.201 Comuni montani. Il decreto contenente i parametri per la riclassificazione avrebbe dovuto essere discusso il 18 dicembre dalla Conferenza Stato-Regioni, ma ciò non è avvenuto su pressione delle Regioni, che lunedì 22 dicembre incontreranno il ministro Calderoli per chiedere di rivedere un elenco che da un lato faceva uscire Roma e dall’altro, come ricorda una nota l’Unione nazionale dei Comuni, comunità ed enti montani (Uncem), vedeva “inserite Reggio Calabria o Varazze, Cuneo o Biella”, cosa che “ha veramente poco senso”.

    Il problema principale, forse, è che la Legge 131/2025, da cui discende il decreto, prevede la classificazione dei Comuni montani sulla base dei criteri altimetrico e della pendenza, una scelta contestata in un comunicato congiunto delle Associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i: Associazione dei geografi italiani (Agei), Associazione italiana di cartografia (Aic), Associazione italiana insegnanti di geografia (Aiig), Centro italiano per gli studi storico-geografici (Cisge), Società geografica italiana, Società di studi geografici.

    Altreconomia ha intervistato Mauro Varotto, docente di Geografia all’Università di Padova, membro del Comitato scientifico de L’AltraMontagna, già autore del libro “Montagne di mezzo. Una nuova geografia”.

    Professor Varotto, come geografi avete detto che “la novità di questa nuova classificazione è che rimane ancorata a criteri vecchi”. Che cosa significa?
    MV La retorica governativa fa leva sull’idea di una definizione di montagna “nuova” e più “vera” rispetto alla precedente, suggerendo implicitamente che la classificazione dei Comuni montani redatta in passato dall’Uncem annoverasse montagne “false”. Come geografi non possiamo avallare questo messaggio: i parametri utilizzati sono gli stessi di prima, ovvero altimetria e pendenza, cambiano semplicemente le soglie altimetriche e i valori percentuali oltre i quali si considerano “montani” i territori comunali, in modo da escludere la montagna più bassa e la platea dei Comuni che avranno diritto a fondi e agevolazioni previsti dalla legge. In altre parole: i soldi a disposizione sono pochi, tanto vale accorciare la coperta. Si tratta però di accorciarla sulla base di parametri “vecchi”, perché nel frattempo il dibattito ha messo in luce -in linea con il dettato costituzionale- l’importanza di considerare anche altri aspetti, che riguardano la perifericità (pensiamo al concetto di “area interna”), le condizioni di reddito o di marginalità e spopolamento. In questo modo le misure avrebbero potuto cadere più precisamente dove serve: si sarebbe insomma potuto usare il bisturi, per un’azione politica più aderente alla varietà di situazioni che caratterizza la montagna italiana; invece, si è continuato a usare l’accetta.

    Perché sarebbe opportuno distinguere tra “montuosità” fisica e “montanità”?
    MV Nella legge si separano montuosità fisica e montanità antropologica e si prende in considerazione solo la prima, come base di partenza. Da sempre i geografi sostengono che il concetto di “montagna” non può essere disgiunto dai caratteri della presenza umana, soprattutto in catene montuose come quelle alpina e appenninica che sono la risultante di percorsi millenari di civiltà, in altre parole sono tra le più vissute e addomesticate del Pianeta. La ratio dell’articolo 44 della Costituzione -che invoca provvedimenti a favore delle zone montane- non è la salvaguardia dell’ambiente naturale o del turismo, ma il vissuto umano che su di esse insiste, con una funzione di cura e controllo del territorio. Separare i due aspetti porta al rischio di concepire -come del resto è avvenuto nel corso del Novecento- una montagna senza uomo da un lato e una presenza umana disconnessa dalla montagna dall’altro.

    Tra gli esclusi, risultano tra gli altri alcuni dei Comuni romagnoli colpiti dalle alluvioni del 2023, con frane e smottamenti “tipicamente” montani, territori che toccano i mille metri sul livello del mare, una bassissima densità abitativa. Quali diversi criteri sarebbe stato opportuno prevedere o inserire?
    MV Partiamo dal presupposto che non esiste una visione “oggettiva” della montagna ma una definizione funzionale all’obiettivo politico che si intende perseguire. Per questo non ha senso imporre una sola classificazione di montagna e non necessariamente classificazioni diverse significano scarsa chiarezza o confusione. Se lo scopo è quello di favorire il reinsediamento nelle “terre alte”, come di fatto la legge 131/2025 dichiara, allora sarebbe stato opportuno, ad esempio, distinguere le aree soggette a spopolamento, oppure le aree più periferiche e marginali, oppure ancora quelle a reddito più basso o a economia primaria mista. Il legislatore demanda ad altri decreti attuativi questi aspetti, ma in questo modo si tengono comunque dentro “montagne ricche”, magari ad alta quota, o città come Cuneo e Reggio Calabria, che forse non hanno nemmeno bisogno di tali agevolazioni, lasciando fuori una montagna più in difficoltà, magari a bassa quota ma marginale, che invece andrebbe sostenuta e aiutata.

    È una legge “contro l’Appennino”?
    MV Sicuramente, per come è stata concepita, la legge taglia fuori in prevalenza la montagna a quote basse e dunque la montagna appenninica è più penalizzata di quella alpina (ma pure il Piemonte vede ridotti del 22% i Comuni montani). Con questa proposta Nord-Ovest e Nord-Est mantengono valori di superficie montana che superano il 40% del territorio, mentre al Centro e al Sud essi sono di poco superiori al 30%. Se andiamo invece a vedere la percentuale regionale di territorio italiano sopra i 600 metri di quota troviamo ai primi posti tre Regioni appenniniche: Abruzzo, Molise e Basilicata, con valori che oscillano tra il 43% e il 58% per la Regione abruzzese, la più montuosa d’Italia in termini statistici. La differenza con la nuova classificazione mi pare piuttosto evidente, anche senza contare indicatori di sviluppo economico o di marginalità, che a maggior ragione dovrebbero favorire la montagna appenninica, se si intende perseguire una qualche forma di perequazione territoriale. In questo senso è una montagna tagliata con l’accetta, che genera una classificazione grossolana che rischia di non fare nemmeno l’interesse che la legge stessa dichiara di perseguire.

    https://altreconomia.it/la-nuova-geografia-dei-comuni-montani-non-puo-esser-disegnata-con-crite
    #montagne #Italie #loi_montagne #classement #liste #loi #Legge_131/2025 #financement #décret #altitude #pente #critères #périphérie #montanité #géographie_physique #géographie_humaine #définition #terre_alte #marges #Apennins #Alpes #péréquation_territoriale

  • La randonnée est-elle un truc de bourgeois ? – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/55092

    Au tournant du XXᵉ siècle, les ouvriers et ouvrières de Berlin commencent à consacrer leurs rares jours de repos à la marche en forêt. En un peu plus d’un demi-siècle, la population berlinoise a été multipliée par cinquante et la promenade « au vert » devient un moyen d’échapper à la grande métropole, mais aussi de transformer le regard porté sur les espaces naturels.

    C’est ce qu’étudie l’historienne Claire Milon dans son article publié en 2023 dans la revue Mil neuf cent, « Trouver son chemin. Les premières randonnées de la population ouvrière berlinoise (1891-1914) ». En exploitant les archives des associations issues du mouvement des Naturfreunde, la presse socialiste, et une vaste enquête de l’époque auprès d’ouvriers, elle reconstitue ces sorties dominicales et montre comment elles façonnent une nouvelle manière, pour les classes populaires urbaines, d’habiter et de percevoir leur environnement.

    L’article met ainsi en lumière la construction sociale des espaces naturels et la diversité des manières de lire un même paysage. Les ouvriers socialistes et les bourgeois nationalistes ont en effet une interprétation radicalement différente d’un même environnement, révélant ainsi la construction sociale et culturelle de ce qu’on appelle « la nature ».

    https://www.youtube.com/watch?v=hVw6Wk-rm0E&t

    #randonnée #marche #loisirs #classes_sociales #nature #militantisme #ouvriers

  • « Si la gauche veut regagner les classes populaires, elle ne peut plus faire l’impasse sur l’immigration », Philippe Bernard, Editorialiste au « Monde »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/23/si-la-gauche-veut-regagner-les-classes-populaires-elle-ne-peut-plus-faire-l-


    Recueillement en souvenir des attentats, place de la République, à Paris, dans la nuit du 12 au 13 novembre 2025. CAMILLE GHARBI POUR « LE MONDE »

    Nombre de (...) responsables politiques [de gauche] tendent à considérer comme négligeable le fait que la part des #immigrés dans la population française, restée stable dans les années 1970 à 1990, est passée de 7,3 % en 1999 à 11,3 % en 2024, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212#:~:text=1.,ont%20acquis%20la%20nationalité%20française. que le nombre de premiers titres de séjour délivrés a doublé entre 2007 et 2024, et refusent d’admettre que cette évolution moyenne, bien plus marquée à certains endroits du pays, n’est pas sans conséquence sociale.

    Plutôt que de tirer parti de ces augmentations, qui reflètent les tensions du monde, le respect – imparfait – des droits humains et le besoin de main-d’œuvre dans certains métiers, pour appuyer la revendication de puissantes #politiques_d’intégration aujourd’hui au point mort, ils cherchent à les relativiser.

    [...]

    La gauche paraît globalement davantage préoccupée par les sondages et par la question des primaires que par la nécessité de répondre aux questions qui, outre le pouvoir d’achat, tout premier souci des Français, taraudent ces derniers : la #délinquance et l’immigration, deux sujets qui arrivent en deuxième place au classement des préoccupations de l’enquête du Monde « Fractures françaises », devançant cette année l’environnement.

    [...]

    Certes, la #gauche a raison de dénoncer les obsessions xénophobes et anti-musulmans de l’#extrême droite. Mais si elle veut regagner les #classes_populaires, elle ne peut plus faire l’impasse sur l’#immigration, une question sur laquelle elle a toujours oscillé entre internationalisme et défense des travailleurs nationaux et dont elle s’est longtemps emparée. Jean Jaurès n’écrivait-il pas, à la une de L’Humanité du 28 juin 1914, « il n’y a pas de plus grave problème que celui de la main-d’œuvre étrangère » ?

    La question ne saurait se limiter à du « racisme », elle mérite d’être prise au sérieux comme une question sociale et non identitaire. Encore faudrait-il opposer aux rugissements de l’extrême droite autre chose que des silences et des explications gênées qui ne font que la conforter. Aux Etats-Unis, l’étouffoir mis par l’administration Biden sur la question de l’immigration n’a-t-il pas contribué à nourrir l’obsession de l’opinion et à préparer le retour de flamme ultra-répressif de Donald Trump, qui vise à la fois les étrangers et la gauche ?

    https://justpaste.it/kyi1w

    Pas de revenu minimum sans un sas de plusieurs années de séjour régulier attesté, pas d’arabe à l’école, pas de logement social construit, des banlieues traitées à la dynamite, par la police et par la prison, de très rares régularisations, c’est sûr que ça pose un problème social, auquel la gauche est loin d’être... étrangère. Et qui supposerait effectivement "des politiques d’intégration"....

    edit cocasse de voir qu’y compris ce journal centriste cherche la gauche, sans admettre que les politiques menées par celle-ci ont été xénophobes, répressives, discriminatoires. Ça revient à proposer au PS de changer de politique comme si de rien n’était (LFI étant voué à la défaite, pauvre "voix des vaincus" moulinée au vocodeur par DJ Meluche).

    • Travaux pratiques  : analyse d’une énième polémique, que dis-je, d’un tollé autour de tous ces immigrés qui violent nos filles et mangent notre pain  :

      Le JDD  : Les viols commis par des étrangers, « de l’ordre de l’anecdotique » ? Les propos d’Ersilia Soudais suscitent un tollé
      https://www.lejdd.fr/politique/les-viols-commis-par-des-etrangers-de-lordre-de-lanecdotique-les-propos-dersil

      CNews  : « Quand Némésis impute la faute de ces viols aux étrangers, c’est de l’ordre de l’anecdotique en réalité » : la députée LFI Ersilia Soudais suscite la polémique
      https://www.cnews.fr/france/2025-11-23/quand-nemesis-impute-la-faute-de-ces-viols-aux-etrangers-cest-de-lordre-de

      VA : La députée LFI Ersilia Soudais qualifie les viols commis par des étrangers en France « d’anecdotiques »
      https://www.valeursactuelles.com/societe/la-deputee-lfi-ersilia-soudais-qualifie-les-viols-commis-par-des-e

      I24  : Les viols commis par des étrangers sont "de l’ordre de l’anecdotique", selon Ersilia Soudais
      https://www.i24news.tv/fr/actu/france/artc-les-viols-commis-par-des-etrangers-sont-de-l-ordre-de-l-anecdotique-sel

      Le Figaro  : Pour Ersilia Soudais, députée LFI, les viols commis par des étrangers seraient « de l’ordre de l’anecdotique »
      https://www.lefigaro.fr/actualite-france/pour-ersilia-soudais-deputee-lfi-les-viols-commis-par-des-etrangers-seraien

      Ou comment, après d’une déclaration sans grand intérêt, on va prétendre pointer du doigt une polémique qui n’existe que dans la tête des éditorialistes d’extrême droite... qui eux même reconnaissent pourtant à moitié le bien fondé de la déclaration ! («  Et de fait, les chiffres au global auraient plutôt tendance à lui donner raison. »). Le tout monté en épingle simultanément par toute la presse réac.

      Un bon gros matraquage de cerveaux auquel le Monde préfère donner raison plutôt que le dénoncer clairement. Mais dans la respectable bourgeoisie journalistique parisienne, ce genre de croc en jambe entre confrères serait du plus mauvais goût.

    • Cet article du Monde n’a pas pour objet la énième scandalisation raciste orchestrée par l’extrême droite mais les carences d’une gauche incapable de proposer une politique qui démarginalise (intègre, est-il dit) les étrangers vivant ici (cf. le dernier paragraphe cité ci-dessus, par lequel conclue Philippe Bernard).

    • Je lui reproche effectivement de ne pas dénoncer ces polémiques bidon, mais là où on ne semble pas d’accord, c’est qu’il n’est pas là pour réclamer plus d’humanité dans l’accueil des étrangers, il est là pour reprocher à la gauche de ne pas faire comme la droite alors que ça serait une stratégie gagnante.

      Il y a qq remarques généralistes et accusatrice sur la droite raciste pour faire bon genre, mais qui n’apporte aucun détail. Par contre, lorsque l’article aborde « l’islam, l’insécurité et l’immigration, » il vient très précisément citer les arguments de la droite avec le taux exact d’immigration ou les résultats précis du dernier sondage très polémique (avec des plaintes dans les deux directions autour de ce sondage que l’édito préfère passer sous silence).

      Il accuse par exemple Mélenchon de déni, alors que ce dernier est très clair dans une interview publiée il y a qq jours dans Politis :
      https://archive.is/20251118171631/https://www.politis.fr/articles/2025/11/entretien-jean-luc-melenchon-nous-sommes-les-plus-forts-a-gauche

      Avant d’expulser, nous devons nous préoccuper du reste. D’où viennent tous ces gens ? Notre premier but, c’est qu’ils n’aient pas besoin de partir de chez eux. Deuxièmement, nous ne pouvons pas considérer l’expulsion comme une politique d’immigration. Cette idée est un fantasme. La Grande-Bretagne a serré tous les écrous. Résultat : 660 000 personnes de plus. Il faut être raisonnable.
      D’abord, il faut rendre la vie moins inhumaine pour les gens qui sont arrivés sur notre territoire : nous devons faciliter les régularisations. Car l’État produit de l’illégalité en refusant de mettre à jour les papiers dans les délais, en infligeant des conditions d’obtention des renouvellements qui sont une honte et qui, en plus, n’aboutissent pas. Il faut que ce système cesse. Mais il faut surtout un renversement complet de notre compréhension du monde. Cette nouvelle lecture est délicate car le système politico-médiatique a chauffé à blanc l’opinion publique en martelant que l’immigration est un danger, qu’elle est la cause des homicides, des viols et de toutes ces choses abominables. Pour nous, l’immigration reste un atout.

      Mais non, ça ne compte pas parce que ça n’est pas la réponse attendue. Il fallait qu’il reconnaisse que, quand même, les viols et le pain des français, c’est ça le vrai débat.

      Et quant à la remarque de Jaurès, c’est pathétique  : alors que le sujet que l’édito rabâche, c’est les musulmans et la délinquance, il prétend nous faire un rapprochement avec Jaurès... qui en fait plaide pour améliorer la condition des travailleurs étrangers (à l’époque des européens).

    • L’article cite deux sondages sur lesquels il a déjà publié.

      « Fractures françaises » : la crise gouvernementale accroît la défiance des Français envers le personnel politique, 20 octobre 2025

      L’instabilité coûte cher, entre défiance renforcée et sentiment de dysfonctionnement de la démocratie, montre la treizième vague de l’enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée par Ipsos pour « Le Monde », la Fondation Jean Jaurès, le Cevipof et l’Institut Montaigne.

      [...]

      La perception négative de l’immigration suit des lignes partisanes claires : elle est minoritaire chez les sympathisants de gauche, majoritaire à droite. Ainsi, 95 % des sympathisants RN, 86 % des sympathisants LR et 57 % des sympathisants Renaissance acquiescent à l’idée qu’« il y a trop d’étrangers en France ». Le centre oscille, puisque en parallèle, 60 % des sympathisants Renaissance jugent que l’immigration est une nécessité pour l’économie française. Sur ce sujet comme sur d’autres, les trois blocs issus des législatives de 2024 sont à la fois clairement délimités mais pas toujours aussi homogènes que prévu. De quoi augurer, peut-être, de recompositions. A condition que les responsables politiques s’appliquent à réparer les fractures, plutôt qu’à les aggraver.

      https://justpaste.it/lxer6

      c’est la came du Monde : la république est menacée, les politiques devraient se montrer responsables.

      Un sondage de l’IFOP sur l’islam en France, qui met en lumière un rigorisme croissant, fait débat, 19 novembre 2025

      L’étude publiée mardi 18 novembre dresse un état des lieux inquiétant de la deuxième religion de France, en particulier chez les jeunes musulmans. Des critiques émergent toutefois sur cette enquête.

      [...]

      Au final, l’auteur de La question musulmane en France : un état des lieux sans concessions (Fayard, 2015), qui enseigne aujourd’hui la laïcité à la Grande Mosquée de Paris, se montre peu optimiste : « Entre, d’un côté, un islam conservateur traversé par ce regain de religiosité, et, de l’autre, les soupçons permanents d’islamisme, nous ne sommes pas sur la bonne voie. » Dans un contexte de surenchère généralisée, le « retournement du stigmate » – ce processus par lequel un groupe s’approprie une stigmatisation subie, en la revendiquant ouvertement dans une logique d’affirmation identitaire ou de contestation – semble déjà à l’œuvre.

      https://justpaste.it/kzvmp

      Les critiques (méthode, rédaction des question et du rapport/rendu, pédigrée des auteurs) sont citées en détail, des réponses à ce sondage qui desservent les attentes de ses commanditaires sont dument soulignées, c’est en guise d’équilibrage assaisonné d’une pincée de vallsisme (Leschi), et ça chute sur la came du Monde : soyons raisonnables.

      Quant au "Notre premier but, c’est qu’ils n’aient pas besoin de partir de chez eux", c’est le coup du vaste monde ("nous sommes présents sur les 5 continents", JLM). Mitterrand et les autres l’ont déjà joué, y compris en créant les CRA et en revenant en pratique sur l’attribution de la carte de 10 ans.. Parler de ce à quoi on ne peut pas grand chose (à moins d’externaliser la rétention, comme avait commencé à le faire la gauche ?), c’est une bonne manière de ne rien faire ici.
      Quand JLM dira explicitement qu’il faut ouvrir le droit au revenu minimum aux étrangers, y compris pour qu’ils ne soient pas contraints à diverses formes d’illégalité pas toujours délictuelles (travail), à l’inverse de ce que sa gauche a fait avec le RMI, en le conditionnant à une durée préalable de séjour légal, ce sera peut être moins par obligation et calcul défensif qu’il faudra renoncer un instant politiquement en votant pour lui.

      edit : les luttes pour la scolarisation des mineurs isolés, pour l’hébergement d’urgence, pour l’accès au logement social, pour la régularisation, contre les discriminations à l’embauche réclament de diverses manières qu’une place soit socialement faite aux étrangers. Quand Le Monde éduque les bourgeois qui le lisent de façon à l’admettre un tant soit peu ne me parait pas négatif.

    • j’insiste, le journal n’omet pas de citer et caractériser expressement les propriétaires du sondage effecttué par l’IFOP
      https://justpaste.it/kzvmp

      ... les intentions du sondage de l’IFOP sont (...) questionnées par ces spécialistes, d’autant que l’institut a réalisé ce travail pour Ecran de veille. Cette revue est l’émanation d’un site nébuleux, le Global Watch Analysis, fondé en 2019 par le journaliste français d’origine algérienne Atmane Tazaghart, qui a longtemps travaillé pour Marianne et pour Al Majalla, revue très proche du régime saoudien. Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’islamisme, coécrits avec des spécialistes controversés tels que l’essayiste Roland Jacquard ou Christian Malard, journaliste sur la chaîne israélienne i24News.

      et, je le soulignais, ils citent expressément - juste après l’entame de l’article qui soulignait d’autres limites de ce sondage - des résultats de ce sondage qui vont à l’encontre de ce qu’en attendait son acheteur (il utilisent sa corde pour le pendre, aurait dit Oulianov)

      https://justpaste.it/kzvmp

      Pour autant, l’enquête dissipe un certain nombre d’idées reçues, au premier rang desquelles la théorie du « grand remplacement » : seuls 7 % du panel global, mélangeant toutes les religions, se déclarent musulmans ; le port du voile reste une pratique minoritaire (31 % des musulmanes le portent, pas forcément de manière systématique).
      Loin du cliché d’une communauté fermée, 73 % des musulmans français sont en couple avec une personne de leur religion, contre 80 % en moyenne chez l’ensemble des Français. Surtout, 73 % (contre 44 % en 1989) pensent qu’un musulman est en droit de rompre avec l’islam – alors même que l’apostasie est considérée comme un crime particulièrement grave dans l’#islam traditionnel. En outre, la jeunesse musulmane n’est pas la seule à aller vers un regain de religiosité : la même tendance s’observe dans les autres religions – christianisme et judaïsme, notamment.

      L’argument central des articles, pédago, ne fait pas assez de place aux dimensions subjectives, de désir, ce qui aide ces articles à soutenir que l’hégémonie fasciste ne repose pas sur un sol ferme, qu’un travail de sape serait le bienvenu [pour le travail des âmes, management et industrie culturelle, ça fait très court]. Bernard ne compte pas attirer la mouche de gauche avec du vinaigre, il lui propose généreusement d’être autre que ce qu’elle a été, sans revenir sur le passé : d’être un tant soit peu sociale dans son abord de la question, plutôt que de rejouer un antiracisme moral (sos race, et depuis, le « sociétal » à toutes les sauces, sans Zidane, mais avec barbecue) qu’elle a par ailleurs laissé loin derrière elle (et dont nous sommes tous accusés à bon compte puisque wokisme c’est aussi tout dans la tête, sans guère d’effet sur le réel : où sont les réguls, les logements ?).

      MMS raisonnable, ce journal de milliardaire est... pluraliste. Ainsi, Foucart, Bernard, Roff ou Aubenas (aucun.e n’est exempt de critiques) ne sont pas des Michel Guerrin. Et fournissent plus de billes que les quelques journalistes à la bio estampillée gauchiste dont ce journal s’est démographiquement doté (Zappi, Barroux, Mestre, ...).

      #antiracisme_moral

    • Un journal n’est pas fait d’articles isolés. Et ce n’est pas par hasard qu’à propos de l’IFOP, ou de toute autre ven dure de sondages, ils n’omettent pas de publier (hier) une suite (faible ?) de Bourdieu Champagne, (La fabrique de l’opinion, etc.) par un type qui a fait de l’observation participante sur le travail des sondeurs (la fabrique des sondages)

      Hugo Touzet, sociologue : « Les sondages reflètent ce qui intéresse le média qui les commande » 24/11/2024
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/24/hugo-touzet-sociologue-les-sondages-refletent-ce-qui-interesse-le-media-qui-

      L’auteur de « Produire l’opinion », une enquête en immersion dans un institut de sondage, analyse, dans un entretien au « Monde », la façon dont les pressions économiques affectent la qualité des études d’opinion et leurs usages dans les médias.

      ... ils peuvent devenir des outils au service d’une ligne éditoriale. Et le problème, c’est que les propriétaires de certains médias, comme Vincent Bolloré, défendent ouvertement un projet idéologique. Si bien qu’on entend davantage parler des sondages sur l’immigration que de ceux sur la précarité.

      https://justpaste.it/k1u7c

      Le Monde défend sa peau (de supposé journal de référence), de plus, c’est l’organe d’une fraction de la bourgeoisie qui redoute l’avènement du RN (innombrables papiers contre, comme sur le basculement de divers patrons en sa faveur).

    • Je suis désolé, mais je ne trouve pas cela vraiment convaincant. Oui, on peut sans doute trouver des avis progressifs au sein du Monde et qui vont jouer dans la rédaction ou la sélection de certains articles... mais de là à dire que le journal, ou en particulier cet édito, a une position avancée dans la lutte contre le racisme et pour l’inclusion, c’est... audacieux  ! Le Monde a toujours été un soutien acharné de Macron, et indirectement de ministres comme Darmanin et Retailleau, et il ne me semble pas faire parti des têtes de turcs habituelles des réacs de service (cf le traitement réservé à Plenel et Médiaprt dans une certaine presse).

      Et je répète mes arguments cités plus haut  : sur tous ses arguments anti raciste il reste très vague, mais devient très précis quand il va dans le sens de la droite.

      Il nous met en avant leur poulain Glucksmann, comme si un nouveau clone de Hollande (voire Macron) allait prendre la moindre mesure courageuse. Et alors que les discours de Mélenchon comme de Ruffin d’ailleurs sont quand même très clairs et bien plus inclusifs que le discours ambiant, il les dénonce et les accusent d’être dans le déni. Parce que notre éditorialiste serait en fait un gros anarchiste qui milite pour des mesures bien plus à gauche comme la suppression des frontières ? Pas très crédible...

    • Ce n’est pas la Russie.

      Qui a commandé le sondage controversé sur les musulmans en France ?
      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/12/03/qui-a-commande-les-sondages-controverses-sur-les-musulmans-en-france_6655880

      Une revue confidentielle est à l’origine du sondage controversé de l’IFOP sur les musulmans de France, dont le second volet, centré sur les Frères musulmans, devait paraître prochainement. Les liens de son fondateur avec les Emirats arabes unis soulèvent des interrogations.


      Des fidèles musulmans se rassemblent pour célébrer l’Aïd, dans une mosquée de Béthune (Pas-de-Calais), le 6 juin 2025. SAMEER AL-DOUMY/AFP

      En publiant, le 18 novembre, une longue étude sur le rapport des #musulmans de France à leur religion, qui met en lumière la « tentation islamiste » de certains d’entre eux, l’IFOP a créé une vive polémique. Si la méthodologie de ce sondage a fait l’objet de critiques, l’identité de son commanditaire, elle, a moins attiré l’attention.

      L’étude a été commandée par Ecran de veille, une revue confidentielle appartenant au groupe Global Watch Analysis (GWA), qui se décline aussi en site Internet, en maison d’édition (GWA Editions) et en WebTV (Elmaniya). Dans la pratique, le groupe GWA, qui revendique « des publications consacrées à la résistance aux extrémismes et aux fanatismes, sous toutes leurs formes », se focalise très nettement sur l’islamisme, et en particulier sur les réseaux des Frères musulmans. De surcroît, il nourrit une hostilité manifeste envers le Qatar, principal partisan de la confrérie au niveau international.

      Selon les informations du Monde, le groupe GWA a d’ailleurs mandaté l’IFOP pour le second volet de son enquête, axé principalement, cette fois, sur le frérisme. L’étude élabore un « indice de l’implantation secrète » des Frères musulmans, sous la forme de sept questions censées débusquer, parmi les sondés, les « membres actifs des organisations fréristes [ayant] pour injonction de mentir s’ils sont interrogés sur leur appartenance à la confrérie ». Une méthode qui prétend évaluer à plus de 80 000 le nombre de « “membres opérationnels” des Frères musulmans » en France.


      Extrait du sommaire du dernier hors-série de la revue « Ecran de veille », intitulé « La France à l’épreuve de l’entrisme islamiste ».

      François Kraus, le directeur du pôle politique et actualités de l’IFOP, souligne que, contrairement au premier volet, « la rédaction et l’analyse » des questions ont été prises en charge par le commanditaire. « Dire que nous en avons conçu les questions sans l’IFOP est tout à fait faux », réplique le journaliste Atmane Tazaghart, rédacteur en chef et fondateur d’Ecran de veille.

      Un mystérieux « partenaire » britannique

      Depuis 2022, le groupe GWA a commandé sept sondages à l’IFOP, tous ayant trait à des questions de religion ou de laïcité. Pour financer ces études – facturées généralement « entre 6 000 et 18 000 euros », et même « le triple » pour la dernière – ainsi qu’une rédaction d’une dizaine de collaborateurs, M. Tazaghart dit s’appuyer sur un chiffre d’affaires d’« en moyenne 700 000 euros par an ».

      Cependant, des zones d’ombre planent sur le financement du groupe. Après avoir évoqué auprès du Monde des aides à la presse, M. Tazaghart s’est rétracté, affirmant n’avoir « jamais sollicité ou touché d’aides publiques de quelque nature qu’elles soient » et être le « seul bailleur de fonds » de GWA, dont il est coactionnaire avec son épouse.
      Le groupe a pourtant bénéficié, entre 2019 et 2023, d’un « partenariat » avec une mystérieuse structure britannique, qui lui versait autour de 46 000 euros par an, selon le média spécialisé La Lettre. Sans activité connue, Countries Reports Publishing Ltd a pour unique actionnaire Thomas Edmund Ashman, un Britannique à la tête d’une soixantaine de sociétés, comme c’est généralement le cas des prête-noms professionnels.

      En conséquence, il est plus difficile d’identifier l’origine réelle de ces flux financiers. GWA ne possède « aucun compte bancaire hors de France » et « aucun financement étranger » n’entre dans son capital, assure toutefois M. Tazaghart, dont le parcours a alimenté de nombreuses spéculations sur ses liens avec les Emirats arabes unis, qui, depuis plusieurs années, mènent une guerre systématique contre les Frères musulmans.

      « Matar », l’agent émirati

      Atmane Tazaghart, Français d’origine algérienne qui a dirigé jusqu’en 2016 la rédaction arabophone de la chaîne France 24, a écrit plusieurs ouvrages sur le terrorisme et supervisé la traduction de cinq autres sur les Frères musulmans ou le Qatar. En 2023, le site Mediapart avait mentionné ses contacts – ainsi que ceux d’un autre collaborateur de GWA – avec un agent émirati, par le truchement d’Alp Services, un cabinet d’influence suisse travaillant pour les Emirats arabes unis. Une accusation « sans fondement », affirme l’intéressé.

      Toutefois, un courriel qu’a pu consulter Le Monde confirme qu’Atmane Tazaghart a été en contact avec une boîte e-mail anonyme liée, selon les enquêtes de plusieurs médias internationaux, à « Matar », un ancien agent émirati. Le New Yorker l’a identifié comme Matar Humaid Al-Neyadi, un personnage ayant été l’un des principaux rouages des opérations d’influence orchestrées par Alp Services au profit des Emirats, avant de devenir ambassadeur du pays au Koweït.

      Dans ce message, daté de décembre 2019, quelques mois à peine après le lancement de GWA, M. Tazaghart fournit à l’espion émirati une note de travail en arabe sur les « liens financiers entre [l’ancien premier ministre François] Fillon et le Qatar », comprenant un long aparté sur l’ancien ambassadeur de France au Qatar (de 1998 à 2002), Bertrand Besancenot.

      Six mois plus tard, le journaliste est toujours en contact avec l’agent traitant et lui promet un « rapport plus détaillé ». Sollicité à propos de cette correspondance électronique, M. Tazaghart conteste l’identité du destinataire et assure que cet échange était destiné à un « centre de recherche (…) dans le but de juger de l’opportunité ou pas d’inviter M. Fillon à un forum » organisé aux Emirats.

      Des investissements à Dubaï

      Par ailleurs, les éléments mis au jour par Le Monde montrent que M. Tazaghart a développé des intérêts économiques aux Emirats arabes unis, en investissant sur place dans au moins trois sociétés. La première, Global Plus General Trading LLC, est spécialisée dans le recyclage et le négoce de « métaux de toutes sortes en Europe, en Afrique du Nord et en Asie », selon son site Internet. Cette société a été implantée à Dubaï « pour des raisons de flexibilité et [de] fluidité des échanges bancaires », explique M. Tazaghart.

      La seconde, Global Plus for Media Studies & Consultancies LLC, est tournée vers le conseil et l’influence, et fournit des « services d’audit et de conseil », notamment aux « acteurs gouvernementaux » dans le cadre de « campagnes de sensibilisation ». Au nom du « secret des affaires », M. Tazaghart refuse de révéler le nom des clients de ses sociétés, mais précise qu’elles génèrent conjointement l’équivalent de plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
      M. Tazaghart est également actionnaire à 40 % d’une société immobilière émiratie, Latar Real Estate LLC, qui possède notamment trois appartements dubaïotes qu’il a achetés sur plan pour l’équivalent de 1,1 million d’euros entre octobre 2022 et février 2023, selon des registres immobiliers consultés par Le Monde.

      Le journaliste-entrepreneur dit, en outre, percevoir des revenus salariaux « issus de [s]es activités de recherche, d’une moyenne de 10 000 euros par mois », versés sur un compte bancaire dubaïote, sans préciser l’identité de son employeur. Il y a deux ans, il expliquait à Mediapart se rendre plusieurs fois par an, contre rémunération, chez Trends Research and Advisory. Ce centre de recherche émirati est cité dans un rapport du ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans paru en mai comme l’un des instruments de la « stratégie de contre-influence » des Emirats contre le frérisme.
      Confronté au profil atypique de son commanditaire, l’IFOP, par la voix de François Kraus, considère ne pas avoir à « [s]e prononcer sur le contenu ou l’origine [dudit] commanditaire ». L’institut n’a toujours pas publié le second volet consacré aux Frères musulmans, dont les résultats figurent pourtant dans un hors-série d’Ecran de veille publié en version numérique il y a plus de dix jours.

      #Emirats_arabes_unis

  • #Javier_Milei et les #Classes_dominantes
    https://lvsl.fr/javier-milei-et-les-classes-dominantes

    Victoire du « libertarianisme », nouveau visage du « fascisme » : pour désigner l’expérience de Javier Milei en Argentine, les qualificatifs, même contradictoires, n’ont pas manqué. Une chose est certaine : les travailleurs argentins encourent une dégradation de leurs conditions de vie, au profit d’une minorité. Mais loin d’être le produit d’une adhésion de masse aux idées libertariennes, la présidence de Javier Milei résulte d’une reconfiguration des rapports de force au sein de la bourgeoisie argentine.

    #International #L'Amérique_latine_en_question #impérialisme #néolibéralisme #péronisme

  • Addio Paolo Virno
    https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti


    Paolo Virno diffusant le quotidien d’agitation Potere operaio. Fuori dalle linee à l’entrée de l’usine FIAT-Mirafiori en 1974 – Archives il manifesto

    Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.

    #Paolo_Virno

    • E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
      https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao

      8 Novembre 2025

      In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11

      Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.

      Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.

      Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
      Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.

      Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.

      L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.

      Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.

      Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.

    • Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
      https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html

      Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).

      Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.

      #politique #philosophie

    • Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
      http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf

      Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.

      La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.

      Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.

      #general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse

    • Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
      https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe

      Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.

      Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.

      Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.

      (...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)

      #classe_ouvrière #multitude #communisme

    • La vie militante

      Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione

      Souvenir

      Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.

      Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.

      Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.

      Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.

      L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.

      De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.

      Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.

      Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.

      Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.

      Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.

      Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.

      À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.

      La passion politique

      Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira


      Foto di Nora Parcu

      Plus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.

      Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.

      Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.

      Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.

      Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.

      Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.

      S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.

      Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.

      Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».

      Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :

      « Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).

      La recherche philosophique

      Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta

      Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.

      Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?

      De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.

      Dans Le souvenir du présent, il écrivait :

      « Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »

      En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.

      Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.

      Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.

      La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.

      L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.

      Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.

      D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.

      Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.

      Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
      https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi

      Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
      Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.

      Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.

      Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».

      Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.

      Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.

      Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.

      Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.

    • Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau

      1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
      Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo

      « Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
      « Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »


      1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico

      Le moment 1977

      « 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.

      « À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »

      Une anticipation de l’avenir

      Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?

      « 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.

      De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »

      La force de travail et ses facultés

      Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?

      « 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.

      La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »

      Nature humaine et production sociale

      Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?

      « Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :

      1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;

      2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;

      3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.

      1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »

      Le renversement néolibéral

      Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?

      « Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.

      Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.

      Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »

      Le blocage du conflit général

      Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?

      « C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »

      Les conditions d’une alternative

      Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?

      « Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.

      Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »

      La crise de la représentation

      Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?

      « La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.

      Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »

      Désobéissance et droit de résistance

      Comment ce refus s’est-il exprimé ?

      « Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.

      En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.

      Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »


      Les œuvres de l’amitié

      Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?

      « Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.

      En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.

      Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »

      Le premier pas

      Comment faire le premier pas ?

      « En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.

      Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».


      Un souvenir

      As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?

      « La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.

      Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”

      Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »

    • Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno

      ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’

      Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione


      Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De Luca

      C’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.

      DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.

      «Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».

      POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.

      CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».

      C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».

      Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno

      #centre_social #précaires

    • Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).

      https://www.lyber-eclat.net/auteurs/paolo-virno

      #livre #subjectivité #langage

    • LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
      https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN

      Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.

      La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.

      Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…

      Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)

    • Philosophie

      https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665

      Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
      R.M.

      https://www.lyber-eclat.net/livres/et-ainsi-de-suite

      #interrompre

    • Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA

      (plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)

    • Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
      https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-

      Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai­ interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire ­ sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».

      Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat

    • Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
      https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-

      En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».

      Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).

      Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique ­ devenu désormais un lieu commun ­ d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).

      Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »

      En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".

      Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.

    • Haute multitude
      https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333

      Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.

      #Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive ­ qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?

      Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.

      Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.

      Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »

      Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.

    • Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.

      On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)

      https://justpaste.it/gmrn4

      edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
      Figures libres. Seul l’humain sait dire non
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html

      https://justpaste.it/ghccw

      Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.

      Essai sur la négation. ­Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Philosophie imaginaire  », 190 p., 25  €.

      L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Poche  », 316 p., 8 €.

    • De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
      https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance

      Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».

    • Philosophie
      Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_

      Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
      https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
      Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)

      L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.

      Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».

      Une « anthropologie linguistique »

      C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.

      1966

      Gian Pieretti - Il vento dell’est
      https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0

      I Corvi «Ragazzo di Strada»
      https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA

      1967

      I Nomadi - Dio è morto
      https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc

      Patty Pravo «Ragazzo triste»
      https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I

      1968

      Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
      https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E

      La caccia alle streghe (La violenza)
      https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg

      1977
      GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
      https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g

    • Inno di Potere Operaio (1971)
      https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow

      La classe operaia, compagni, è all’attacco,
      Stato e padroni non la possono fermare,
      niente operai curvi più a lavorare
      ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
      No al lavoro salariato,
      unità di tutti gli operai
      Il comunismo è il nostro programma,
      con il Partito conquistiamo il potere.

      Stato e padroni, fate attenzione,
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      Potere operaio e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà.

      Nessuno o tutti, o tutto o niente,
      e solo insieme che dobbiamo lottare,
      i fucili o le catene:
      questa è la scelta che ci resta da fare.
      Compagni, avanti per il Partito,
      contro lo Stato lotta armata sarà;
      con la conquista di tutto il potere
      la dittatura operaia sarà.

      Stato e padroni...

      I proletari son pronti alla lotta,
      pane e lavoro non vogliono più,
      non c’è da perdere che le catene
      e c’è un intero mondo da guadagnare.
      Via dalle linee, prendiamo il fucile,
      forza compagni, alla guerra civile!
      Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
      non più parole, ma piogge di piombo!

      Stato e padroni...

      Stato e padroni, fate attenzione
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      viva il Partito e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà!

      #folklore

  • What Is Political Violence ?

    Pundits and politicians conceal the truth: it’s all around us, perpetrated by our political system itself.

    After Charlie Kirk was killed, commentators immediately condemned the act as “political violence.” Editorial boards and late-night shows wrung their hands about America’s overheated climate, warning that unless we “bring down the temperature,” democracy itself might begin to unravel—as if it has not already. The Trump administration and its allies condemned Kirk’s killing as an exceptional form of violence requiring an authoritarian crackdown on an amorphous “radical left” that they claim is responsible while conspicuously ignoring another near-simultaneous school shooting in Colorado. This joined over one hundred school shootings already perpetrated in the United States in 2025 alone, coming just months after Democratic lawmakers in Minnesota were targeted and shot by a far-right gunman—an event with which self-proclaimed “law and order president” Trump recently claimed to be unfamiliar.

    The selective and enforced outrage over Kirk’s murder reflects a fundamental truth: violence is never judged only on the basis of lives lost or individuals harmed. It is judged—and narrated—according to whether it sustains or threatens a particular social order. What counts as “violence,” and what counts as “order,” are always political determinations made by those in power. The fact that so many Democratic politicians and influential liberal commentators have rushed to parrot the Trump administration, without the slightest hesitation about the uses to which Kirk’s posthumous and state-sponsored sanctification is being put, underscores how little they grasp—or how insistently they deny—this most basic political truth. By uncritically accepting the Trump regime’s definition of “violence,” many Democrats are actively legitimizing and deepening the very authoritarian order they claim to oppose.

    Georges Sorel, writing in 1908, gave a very different account of violence in his classic, Reflections on Violence. Violence is not simply an act, he argued, but a myth: a story through which societies interpret force, project meaning onto it, and either mobilize or demobilize political communities around it. A strike is not just a withdrawal of labor; it is a myth of collective uprising. A riot is not just chaos in the streets; it is a myth of insubordination that terrifies elites and inspires the oppressed. Violence matters less for its immediate effects than for the imaginative horizons it opens or closes. “Myths are not a descriptions of things,” Sorel writes, “but expressions of a will to act.”

    For Sorel, the work of such myths was above all to enable the working class’s development of a story for its own emancipation. “Men who are participating in great social movements always picture their coming action in the form of images of battle in which their cause is certain to triumph,” he reflects, and that picture that in turn motivates action arises out of the myths that support it. But, as is particularly salient in our age of billionaire-controlled media that saturates nearly every aspect of our lives, political elites, too, make intensive use of myths around events like Kirk’s killing in order to shore up their authority and power. At stake is not only the working class’s capacity to articulate its own interests but also the ability of any subordinated group—immigrants, women, racial and sexual minorities, colonized people—to generate counter-myths that contest their subjection. Myths of violence compete against one another either to build or to fracture solidarities, to enable or short-circuit shared struggle against oppression and exploitation across social differences.

    Walter Benjamin sharpened this insight in his 1921 essay “Critique of Violence.” For Benjamin, a Jewish intellectual who would later take his own life as he anticipated deportation to a Nazi concentration camp, law itself is founded in violence—a primal conquest that inaugurates legal order. Once founded, law preserves itself through violence: police power, punishment, coercion. “Lawmaking is powermaking, assumption of power, and to that extent an immediate manifestation of violence,” Benjamin writes, while “law-preserving violence” maintains a given power structure. What liberal societies call “peace” or “law and order,” then, is not the absence of violence but its routinization. Whether or not one shares Benjamin’s implicit vision—that in an ethical social order, law itself might wither away—he makes a crucial observation. Violence does not disappear when order is established; it becomes diffuse or even invisible through its law-preserving functions, no matter how unjust, arbitrary, and cruel the law may be.

    If Sorel shows how violence becomes myth, and Benjamin shows how law conceals and perpetrates violence, Sigmund Freud helps explain why people cling so tightly to the most fundamental myth of every ruling order: that the operation of the law is always just. Psychoanalytically, the distinction between “order” and “violence” can function as a collective defense. It reassures us that our world—and the symbolic authority through which it coheres—is stable, that our aggression is justified, and that the cruelties carried out in the name of the law, in our name, are not really cruelties at all. In Freud’s terms, civilization builds and sustains itself through the repression and redirection of aggression. “Civilization . . . obtains mastery over the individual’s dangerous desire for aggression,” he writes, “by weakening it, disarming it, and setting up an agency within him to watch over it, like a garrison in a conquered city.” To identify as civilized requires that this aggressiveness be dissimulated or concealed.

    The most pervasive means for doing so is projection onto an excluded other. “It is always possible to bind together a considerable number of people in love,” Freud wrote just three years before Adolf Hitler became chancellor of Germany, “so long as there are other people left over to receive the manifestations of their aggressiveness.” The demonized other is marked for retribution through which one’s own mythical identity is stabilized and maintained. This is the elementary structure behind racisms, nationalisms, and xenophobias of all stripes, including the white Christian nationalism that Kirk represented and propagated so successfully. Aggression, in this form, is not repressed so much as dissimulated, conceived as the righteous reaction of civilization to an existential threat.

    But a similar process can be seen even among those who recoil from such cruel and explicit othering. Many people come to be deeply invested in condemning the disruptive act that threatens to upend order—whether it be Kirk’s killing or a protest in the streets—even as they eagerly accept the far greater violence that structures their daily lives. In this case, what is repressed is the violence of order itself; what is disavowed is our own entanglement with it and ethical responsibility to confront it. What cannot be acknowledged, because it is too incriminating or compromising to one’s identification with order, is projected outward onto the system itself. In this scheme, “political violence” can only be what threatens this system, not what the system itself does.

    Prominent reactions to Kirk’s killing appear to be operating in precisely this way, dwarfing the national reaction to the assassination of sitting Democratic lawmaker Melissa Hortman in June. From the White House to every single medium of mainstream media, it is Kirk’s death that has been narrated as singular proof that political rhetoric has gone “too far,” that democracy is collapsing under extremism, and that only “civility” can save us. The bipartisan vigils that followed—replete with solemn calls for unity, a unanimous Senate vote to make Kirk’s birthday a “National Day of Remembrance for Charlie Kirk,” and a bipartisan House vote to honor Kirk’s “life and legacy” as “a courageous American patriot”—were less acts of mourning than rituals of political stabilization, gestures designed to shore up the legitimacy of the current order. Melissa Hortman didn’t get an executive order from the president “honoring” her “memory,” a congressionally approved day of remembrance, or a New York Times column from Ezra Klein proclaiming that she was “doing politics the right way.” This across-the-aisle mythmaking turns Kirk into a martyr and the far right into a respectable vehicle of reasonable disagreement while erasing the virulence of their rhetoric and the far greater violence that Kirk himself championed.

    The flip side of this exceptionalizing is to further erase and excuse the slow and less spectacular violence of American political life itself. When ICE agents raid homes, when Medicaid is stripped from millions, and when unhoused populations are criminalized by Trump or Democrats like Gavin Newsom, both politicians and media speak of “policy,” not “violence.” The deportation bus, the eviction notice, the denied hospital bed, the forced pregnancy enforced by an abortion ban: all vanish into the myth of law and order. It is only when someone disrupts that order—whether through protest, resistance, or, in an extreme example, an attack on a public figure—that the act appears as “violence,” a breach of the civic peace and deserving of unequivocal condemnation and universal opposition. Sorel shows how such disruption becomes mythologized. Benjamin explains why the state insists on this distinction: its legitimacy depends on hiding the violence it does in its supposedly normal operation.

    As is evident throughout U.S. history, the state has always depended on myths of violence to secure order and delegitimize dissent. After Reconstruction, white elites across the South fashioned the figure of the violent Black man to justify the terrorism of the Ku Klux Klan, the stripping of Black voting rights, the imposition of Jim Crow, and the eventual development of our still-growing, intensely racist U.S. policing system. The issue at play has never been about actual violence committed by Black communities; it was and remains about rendering Black freedom itself a threat to “order.”

    The same logic animated the Red Scares of the twentieth century. Strikes, union drives, and antiracist organizing were routinely narrated as outbreaks of dangerous disorder requiring repression. COINTELPRO made this aim explicit, labeling groups from the Black Panthers to ministers like Martin Luther King Jr. as violent extremists whose mere organizing justified state surveillance, infiltration, and assassination. More recently, the bipartisan War on Terror inaugurated by George W. Bush, aggressively extended by Barack Obama, and now redoubled and repurposed under Trump, continues this tradition. The attacks of September 11 were turned into a narrative of perpetual looming threat that provided cover for torture, indefinite detention, mass surveillance, drone warfare with repeated mass murders of foreign civilians, and two decades of occupation abroad—all acts of overwhelming state violence that have never properly been counted as “violence” in official U.S. discourse.

    Instead, violence is projected onto fantasies of Muslims and Palestinians, Latino immigrants, antifascist protesters, drag queens, trans people, or anyone said to belong to the infinitely fungible category of the “terrorist”—the term of choice in J. D. Vance’s and Stephen Miller’s vows to exact vengeance in Kirk’s name. In each case, what is condemned as “violence” is not what kills or inflicts harm. It is what threatens oligarchic control or challenges national mythologies upon which established order depends. The Kirk episode belongs to this lineage, where righteous outrage secures authoritarian stability by allowing for the transfiguration of all resistance into violence and violence into order.

    King saw the same dynamic in his own time. In “Letter from Birmingham Jail,” he famously chastised white moderates who are “more devoted to order than to justice.” They prefer “a negative peace, which is the absence of tension, to a positive peace, which is the presence of justice,” he wrote. For King, as for Sorel and Benjamin, the problem was never simply violence’s existence. It was that social myths and legal categories transfigured the daily brutality of racial segregation and public abandonment of the poor into “order” while casting the struggle against them as disruptive violence. Unlike Sorel or Benjamin, King rooted his vision in nonviolence as a moral and strategic imperative. Simply suppressing conflict without addressing injustice, King argued, entrenches violence and makes future unrest inevitable.

    We can see this double standard as well in the case of the killing of UnitedHealthcare’s CEO last December. The act was instantly condemned as horrific, unacceptable violence, implicitly in contrast to the supposedly acceptable violence of the U.S. health care system. The official myth that crystallized around the event exhibited the same logic of all defenses of the liberal order in conditions of injustice: the executive became a symbol of violated order, while the industry he represented, which systematically denies lifesaving care to thousands of people every year to maximize profits, only briefly flickered into public view before vanishing again into our taken-for-granted national condition. The point is not that the killing was morally permissible. It is that one kind of violence gets portrayed as unequivocally wrong while another, far more frequent and banal kind gets condoned as simply a policy disagreement—not a form of “political violence” at all.

    The stakes of these myths are not abstract. In response to Kirk’s death, Trump announced that he would designate “antifa”—an amorphous label for loosely affiliated antifascist protesters—as a “major terrorist organization.” There is, of course, no centralized antifa to designate: no leaders, no offices, no membership lists, no budgets. The closest the administration ever comes to naming a specific target is when it refers to George Soros—an antisemitic trope evidently designed to distract from the far right’s vast network of funders, including Charles and David Koch, Richard Uihlein, and the late Bernard Marcus (the latter two among the donors to Turning Point USA, the organization that Kirk founded). The vagueness is precisely the point. By naming “antifa” as a terrorist threat, Trump invents a useful specter and authorizes the state to decide at will who counts as an enemy. Any protester, labor organizer, or anti-genocide activist can suddenly be branded a terrorist and criminalized accordingly.

    This is how the myth of political violence works: the far right elevates isolated, disruptive acts—whether Kirk’s killing or a protest that turns confrontational—into proof of radical chaos threatening the nation while simultaneously obscuring the far greater structural violence carried out daily through policy, policing, deportation, or war. To declare “antifa” a terrorist organization is not to name an entity that exists but to invent a mythological enemy whose supposed violence justifies the state’s own.

    This tactic has been especially salient during Trump’s second term. His administration has overseen massive Medicaid disenrollments, expanded ICE to unprecedented levels and authorized its agents to enact violence with near-total impunity, destroyed USAID, deployed troops against U.S. residents, ordered—in violation of international law—repeated bombings of Venezuelan boats in summary executions of supposed “narcoterrorists” without provision of evidence to even pretend to justify such acts, and—like Joe Biden before him—given a green light to Israeli genocide in Gaza and ethnic cleansing in the West Bank, where the label “terrorist” is deployed to license the systematic murder of children and the destruction of an entire people. These are acts of immense violence, with death counts almost certain to be in the hundreds of thousands, and likely millions globally.

    While competing mythologizations of violence are nothing new, those operating today are increasingly monopolized by politicians and journalists who—in their devotion to political balance, regardless of the fascist norms they accept along the way—are complicit with it. When Kirk was killed, only that act was held up as proof that “political violence” threatens democracy and that “violence has no place in this country.” For the right, Kirk becomes proof that conservatives are under siege and that the repression they are leading, styled as self-defense, must intensify. For many liberals, hostility toward the prevailing order becomes suspect, while civility and restraint are deemed the only respectable path to saving democracy. Both myths point in the same direction—back toward order, the acceptance and normalization of systemic violence as the price of stability.

    The stories we tell about violence matter immensely. When targeted, interpersonal attacks are the only acts identified as political violence, state and market violence vanish from view. The powerful kill with impunity while vulnerable populations are persecuted simply for speaking out against injustice. Political violence includes the lone gunman, yes. But it also includes the congressperson and bureaucrat who sign off on Medicaid cuts that will kill thousands. It includes the ICE officer who rips a child from her mother. It includes the president who deploys troops against civilians or signs off on yet another shipment of arms to enable genocide abroad. And it includes the corporate executive who designs insurance policies that deny lifesaving care working hand-in-hand with the politicians who allow such practices.

    In this regard, it is unsurprising that historians, social scientists, and independent journalists—and now even comedians—are high on the list of the Trump administration’s declared enemies: they all work to undermine the ruling class’s myths by exposing their hypocrisy and incoherence. When a virulent figure like Kirk is canonized as a truth-telling patriot and emblem of democratic virtue while his critics are denounced as violent extremists, we are gaslit on a massive scale; the field of political meaning-making narrows until only submission to an authoritarian order appears reasonable. Counter-myths work to widen that field, calling our attention not to the martyrs of white supremacist empire but to its victims, not to those who uphold an oppressive order but to those who are its targets. Every refusal of the dominant myth, however spectacular or mundane, tells a different story: neither law nor order are necessarily right; violence is not always what the state says it is; and justice is not reducible to the preservation of a false peace.

    If we want a democracy worth defending, we must insist upon identifying and opposing political violence everywhere it appears. To condemn it only selectively and conveniently is to align oneself with the far greater violence of our time. True peace will not come from denying where the high temperature of our political order is coming from. Nor will it come from specious appeals to civility or rational debate, as if support for fascism is built on reason and respect rather than resentment and rage. It instead requires identifying, confronting, and dismantling the ubiquitous political violence that our present order is designed to conceal. In other words, it will come from naming violence honestly and building the power—and the myths—that make justice imaginable and achievable.

    https://www.bostonreview.net/articles/what-is-political-violence
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