• Préjugés : « Les immigré·es profitent des aides sociales »

    Dans ce mini-podcast, #ritimo revient sur un préjugé courant : les personnes migrantes viendraient en France pour « profiter du système ». Pourtant, la plupart d’entre elles et eux ne bénéficient pas de ces aides, parce qu’elles sont conditionnées, parce qu’ils ne savent pas qu’ils y ont droit ou par découragement face à la complexité des démarches.

    Le guide pratique ritimo « Répondre aux préjugés sur les migrations » est un outil indispensable pour mieux comprendre la réalité des migrations et leur instrumentalisation, pour répondre aux discours racistes ou de repli sur soi et faire entendre d’autres voix sur le phénomène migratoire.

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    Transcription

    Ils sont pas fous les immigrés de s’installer ici : les soins sont gratuits, ils touchent les alloc’ et les aides au logement et j’en passe... Moi je comprends que le Français qui travaille dur et qui arrive pas à joindre les deux bouts, quand il voit ça, il vrille...

    C’est un préjugé très répandu : les personnes migrantes viendraient en France pour profiter du système. Or, justement, la plupart d’entre elles et eux ne bénéficient pas de ces aides, parce qu’elles sont conditionnées, parce qu’ils ne savent pas qu’ils y ont droit ou par découragement face à la complexité des démarches.

    La réalité des aides sociales en France
    Depuis les années 2000, environ 10 % des bénéficiaires des prestations sociales en France sont des étranger·ères (que ce soit le RSA, les APL, la prime d’activité, ou les allocations familiales...).
    Pour que les étranger·ères fraudent et profitent du système social français, il faudrait déjà qu’iels puissent y accéder.

    Pour bénéficier du Revenu de solidarité active (RSA), un·e étranger·ère doit avoir un titre de séjour et une carte de travail depuis au moins 5 ans. Pour toucher le minimum vieillesse, iel doit être en France depuis au moins 10 ans. Pour les étranger·ères en situation irrégulière c’est encore plus compliqué. La majorité des sans-papiers qui travaillent payent des impôts et des cotisations sociales mais ne bénéficient d’aucune prestation sociale. Iels n’ont pas l’assurance retraite, pas droit aux allocations chômage et ne peuvent pas faire de demande de logement social.

    Les demandeurs d’asile ne sont pas éligibles aux aides sociales et doivent se contenter d’une aide de l’État de 200 à 425 € mensuels. L’hébergement en CADA n’est pas non plus un « droit » puisqu’il n’y a que 25 000 places pour 80 000 demandes d’asile.
    Si le système social en France est menacé, ce n’est pas à cause des immigré·es mais plutôt des politiques néolibérales qui réduisent le budget des services publics !

    Les enfants, ça coûte énormément !
    L’idée que les migrant·es feraient beaucoup d’enfants pour vivre des allocations ne tient pas non plus la route. Tout d’abord, la fécondité des femmes immigrées (2,3 enfants par femme) n’est que légèrement supérieur à celle des non-immigrées (1,7 enfant par femme).
    Ensuite, toutes les familles immigrées n’ont pas droit aux allocations familiales : il faut que les enfants soient né·es en France ou qu’iels soient venu·es dans le cadre du regroupement familial, et avoir au moins un·e parent·e qui a un titre de séjour.

    Au delà de tout, quand on compare le montant des aides sociales et les dépenses familiales, il est évident qu’élever des enfants coûte bien plus que cela ne "rapporte" entre guillemet !!

    Dans nos HLM
    L’extrême droite dénonce une supposée préférence pour les étranger·ères dans l’accès au logement social. Selon les derniers chiffres, un logement social sur cinq accueille une famille immigrée et seulement 12% des locataires immigré·es sont de nationalité étrangère.
    Concrètement, les étranger·ères sont discriminé·es pour entrer en HLM. Une étude de la Fondation Abbé Pierre en 2023, a montré que seulement 24% des guichets d’enregistrement de la demande de logement social répondent de manière similaire aux candidatures présumées françaises et aux candidatures d’origine présumée d’Afrique de l’Ouest.

    Se soigner, c’est pas gagné !
    La plupart des étranger·ères qui vivent en France travaillent et cotisent pour la sécurité sociale. Pourtant, il est compliqué pour elleux d’accéder aux soins quand iels tombent malades. Par exemple, pour bénéficier de l’Aide médicale d’Etat (AME), il faut attendre trois mois après son arrivée en France avant de pouvoir déposer une demande. Dans la pratique, les caisses d’assurance maladie exigent des relevés d’identité bancaire, des justificatifs de domicile, des preuves d’arrivée... Par conséquent, de nombreuses personnes ne font jamais les démarches pour en bénéficier, soit parce qu’elles ont d’autres priorités (se loger et s’alimenter, par exemple), soit par découragement face aux démarches administratives complexes. Selon Médecins du monde, 87 % des étranger·ères rencontré·es dans leurs centres ne sont pas bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat.

    Dans la pratique, les patients AME sont également discriminé·es. Par exemple, selon une étude de l’Institut des politiques publiques, lorsqu’iels appellent un médecin généraliste ou un ophtalmologue, iels ont 25 % de chances en moins d’obtenir un rendez-vous qu’un autre.
    Certaines personnes très malades, qui n’ont pas accès aux soins dans leur pays, obtiennent la permission de venir se soigner en France. Depuis 1998, il existe un droit à un titre de séjour spécifique, mais il est accordé à de moins en moins de personnes, à peine 4000 personnes par an. C’est moins de 2 % des titres de séjour accordés.

    Ca coûte ou ça rapporte ? Les bons comptes de l’immigration
    Est-il réellement possible de mesurer l’impact budgétaire de l’immigration pour un État ? Aucune estimation ne fait l’unanimité. En 2021, des universitaires lillois affirment que le solde est négatif en moyenne : soit l’immigration ne coûte rien à la France, soit elle coûte 10 milliards d’euros maximum. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) affirme de son côté que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte et qu’elle a permis à la France de gagner au moins 10 milliards d’euros chaque année en moyenne, du fait des d’impôts et de cotisations que payent les immigré·es. A peu de choses près, donc, l’impact de l’immigration est globalement neutre.

    Ce qui est certain en revanche, c’est que les politiques répressives de nos gouvernements en matière d’immigration coûtent très cher au contribuable européen. Les pays de l’Union européenne ont fait exploser les budgets consacrés à l’éloignement des personnes en situation irrégulière, à la fermeture et la militarisation des frontières (avec la construction de murs, de clôtures, de barbelés et de miradors, le déploiement de dispositifs policiers et militaires, etc.).
    En France, la Cour des comptes estime le coût direct de la politique de lutte contre l’immigration irrégulière à 1,8 milliard d’euros par an - autant d’argent qui ne va pas à l’éducation nationale ou à la santé publique.

    Contrairement à ce que l’on entend souvent, les immigré·es ne coûtent pas cher à la France. Ils et elles bénéficient peu des aides sociales et contribuent au contraire au budget en payant des impôts et des cotisations, quand on les autorise à travailler. Les arguments économiques contre l’immigration ne tiennent donc pas la route, et cachent mal la xénophobie irrationnelle qui les sous-tend.

    https://videos.ritimo.org/w/92RRHiJqjmhrHJyyByUAz3
    #podcast

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    #guerre_entre_pauvres #migrants #classes_sociales #migrations #pauvres #asile #réfugiés #inégalités #discrimination #économie #concurrence #pauvreté #redistribution #dessin_de_presse #caricature #dessin #bouc-émissaire #richesse #riches

  • Education nationale et Armées, alliés pour un conditionnement progressif des élèves français à la guerre
    https://www.liberation.fr/societe/education-nationale-et-armees-allies-pour-un-conditionnement-progressif-d

    Dans cette optique, l’#armée met le paquet sur la jeunesse. Lundi 12 janvier ont débuté les inscriptions pour le nouveau #Service_national_volontaire ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans, annoncé par Emmanuel Macron fin novembre. Dans la même veine, la nouvelle #Journée_défense_et_citoyenneté (#JDC, bientôt rebaptisée « #journée_de_mobilisation ») est généralisée depuis la rentrée scolaire 2025. Au programme des ados désormais : une cérémonie des couleurs et la Marseillaise pour ouvrir la journée, un atelier de tir au laser et un repas sous forme de ration de combat, suivis d’un solennel « Au revoir républicain » avec remise du bleuet de France.

    [...] Un cap est franchi en novembre dernier, au moment où le ministère de l’Education nationale publie un guide baptisé « Acculturer les jeunes à la défense » à destination des établissements scolaires. « Tous ces éléments nous dirigent vers une société d’adaptation à la guerre. Pour avoir combattu la militarisation de l’école depuis les années 80, je note qu’on n’a jamais été aussi loin qu’aujourd’hui », analyse Olivier Vinay, professeur de SVT à la retraite et militant au sein du Collectif contre la militarisation de la jeunesse et de l’école.

    La majorité des activités assurées par des gradés dans le milieu scolaire s’inscrit dans le cadre des « classes de défense et de sécurité globale » (CDSG), créées en 2005 dans les collèges et les lycées. Elles peuvent être le fruit d’un partenariat avec la police, la sécurité civile, un service départemental d’incendie et de secours (Sdis) ou l’armée. Dans ce dernier cas, le programme tourne autour de l’éducation à la défense et du travail de mémoire. Selon les chiffres du ministère de l’Education nationale, on dénombre environ 1 200 classes défense pour l’année scolaire 2025-2026, impliquant 32 000 élèves sur les 5,6 millions qui peuplent le second degré. Une dynamique à la hausse : en 2016, seuls 3 700 élèves étaient concentrés dans quelque 160 CDSG.

    L’instauration d’une classe défense peut venir de l’initiative du chef d’établissement ou d’un professeur volontaire. Elles peuvent être créées dans tout établissement scolaire mais elles sont implantées en priorité dans les zones rurales et dans les établissements relevant d’un réseau d’éducation prioritaire (REP et REP +). Un ciblage géographique et sociologique qui interroge : « On sait que c’est pas pour tous, c’est pour les classes populaires, les recalés de Parcoursup », commente Esther (tous les prénoms ont été modifiés), professeure de philosophie en Seine-Saint-Denis et membre de la tendance intersyndicale Emancipation.

    Dans la grande majorité des établissements scolaires, l’inscription dans une #classe_défense relève du choix de l’élève. Mais dans certains, elle revêt un caractère obligatoire. Quand elle apprend, le 19 septembre, que son fils sera inscrit dans la classe défense, Stéphanie, mère d’un élève de quatrième dans un collège de 200 élèves de l’académie de Dijon, se rebiffe. « Comment faire quand nos valeurs sont opposées à ce dispositif ? On m’a répondu que, de toute façon, ce n’était pas une option. Des voix dans la salle m’ont carrément dit que je pouvais toujours changer d’établissement. » D’après une étude de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) sur les apports des classes défense, publiée en avril 2022, cette orientation avait à l’époque été imposée à 11 % des élèves. 49 % d’entre eux avaient affirmé que cela venait d’un choix personnel, quand 40 % disaient que cela s’était un peu fait par hasard.

    Côté programme, le flou règne. Quand certaines classes rencontrent des gradés lors de conférences, d’autres visitent des lieux mémoriels. Les établissements n’ont aucun volume horaire imposé. Interrogé par Libération, le ministère de l’Education nationale précise que « les modalités de contenus et mise en œuvre sont extrêmement souples et relèvent de l’initiative pédagogique locale ». Résultat : « Les partenariats peuvent parfois aller assez loin. On nous a par exemple déjà proposé de faire venir les militaires en conseil de classe, ce que nous avons refusé », se souvient Quentin Dauphiné, professeur d’histoire-géographie dans un lycée du Var et délégué syndical Snes-FSU.

    Jusqu’alors réservé aux #collèges et aux #lycées, le dispositif s’élargit. A Libourne (Gironde), l’#école élémentaire Marie-Marvingt a noué un partenariat avec la Marine nationale. Les premières classes défense à destination des plus petits pourraient ainsi fleurir à la rentrée 2027. « Une première inquiétante au niveau national, alertent l’union départementale de Force ouvrière (FO) de Gironde, le syndicat Force ouvrière des professeurs des écoles de la Gironde ainsi que l’Union locale de Libourne dans un communiqué commun. Nous demandons de cesser immédiatement ce projet dont l’unique objet est de pousser les jeunes élèves vers les rangs de l’armée et de les conditionner à “la défense de la patrie.” »

    [...]

    Depuis la rentrée scolaire, le fils de Stéphanie a assisté à deux conférences animées par un colonel. A l’issue de la seconde, un fascicule intitulé « Ma première cérémonie militaire » a été glissé dans son cartable. Au fil des 36 pages dessinées, on suit un petit garçon qui découvre la prise d’armes, les cérémonies du 11 Novembre et du 14 Juillet. « Les enfants de la classe s’avancent en rang ! Ils lisent les noms des soldats morts pour la patrie. Il y en a tant… C’est triste et émouvant de penser à chacun de ces braves » ; « Voilà, c’est la fin de cette belle cérémonie qui nous a rappelé que notre pays, la France, est une patrie riche et forte de son histoire, et respectueuse de ceux qui se sont battus jusqu’à la mort pour les valeurs de la République. Devant leur courage, nous nous inclinons », peut-on y lire.

    Parmi les mécènes présentés en dernière page de l’ouvrage, on retrouve les leaders européens de l’armement comme MBDA, Dassault, Airbus ou encore Safran. « Voir que les marchands d’armes financent les supports éducatifs utilisés dans l’éducation nationale, ça me choque. Pour moi, c’est de la propagande », peste Nathalie, elle aussi mère d’une élève de quatrième dans le collège de l’académie de Dijon. D’autres ont depuis investi dans l’ombre, à l’instar du milliardaire d’extrême droite Pierre-Edouard Stérin, selon les informations du Canard enchaîné. Depuis la sortie du fascicule en 2020, près de 370 000 exemplaires auraient été gratuitement distribués aux établissements scolaires, aux mairies et aux associations, poursuit le journal.

    De son côté, la communauté enseignante est fracturée sur la question. Emilie Ros, professeure d’espagnol contractuelle dans le Tarn-et-Garonne, fait partie des détracteurs et « alerte depuis quatre ans ». La création des classes défense a été votée en conseil d’administration dès l’arrivée de la nouvelle cheffe d’établissement dans son collège rural de 300 élèves, en 2022. « Il n’y a pas eu de débat, elle a présenté ça comme quelque chose allant de soi, se remémore-t-elle. Les parents d’élèves ont commencé à se questionner. Il y a eu une manifestation devant le collège en début d’année scolaire et les rencontres parents-profs ont été assez houleuses. Et tout ça est passé comme une lettre à la poste chez les profs ! » Seule face à une équipe enseignante plutôt favorable, la professeure d’espagnol se syndique à la CGT.

    Peu à peu, elle prend la parole en conseil d’administration, interroge le professeur d’histoire-géographie qui pilote les classes défense, sonde ses collègues. Une prise de position assumée qui n’est pas du goût de sa cheffe d’établissement : après trois rentrées scolaires dans le même collège, la professeure d’espagnol obtient un avis défavorable à son formulaire de renouvellement de contrat en mai 2025. Sur le document, consulté par Libération, les raisons évoquées par la cheffe d’établissement reposent sur une « attitude clivante qui génère des tensions » et un « positionnement récurrent et affiché en décalage avec les prises de décision dans le cadre institutionnel ». Depuis, l’enseignante est au chômage.

    Si quelques situations semblent cristalliser les tensions, de l’avis des principaux concernés, la mise en place des classes défense se passe la majeure partie du temps sans accroc. « Si on n’a pas fouillé le sujet, on peut se dire que ça n’est pas si grave », observe Cassandre, enseignante dans le second degré dans le Val-de-Marne. Les raisons qui poussent les enseignants à se saisir du dispositif sont multiples et, souvent, c’est l’opportunité financière qui fait mouche. Avec un budget de l’Education nationale qui se réduit comme peau de chagrin, les partenariats avec les armées deviennent une solution pragmatique. Dans le collège de l’académie de Dijon, le partenariat a notamment permis d’organiser un voyage en Italie.

    Dans un lycée de la même académie, une convention de classes défense a été signée pour que les élèves en hôtellerie puissent réaliser leurs stages en milieu militaire, notamment au 511e régiment d’Auxonne. « Il est très difficile de s’opposer à des arguments aussi utilitaristes. Je suis une des rares, partage Camille, professeure de biochimie syndiquée au Snes-FSU et membre de la tendance révolutionnaire et anticapitaliste Emancipation. Alors qu’on ne devrait ni accepter l’aide ni l’argent de l’armée pour boucler notre propre budget. Ses valeurs sont opposées aux nôtres : elle repose sur l’obéissance sans réflexion, quand l’école veut susciter leur esprit critique. »

    Dans certaines académies, les élèves participent à ce qu’on appelle des #rallyes_citoyens. Présentées comme des compétitions ludiques et éducatives destinées à développer l’esprit citoyen des élèves, ces journées ont, selon les académies, parfois tourné au fiasco. Dans la présentation du programme annuel de la classe de son fils pour l’année scolaire 2025-2026, Stéphanie note une « activité décentralisée des classes défense du département », en avril 2026. Va-t-on mettre une arme factice dans les mains de son fils ? Ou le déguiser en surveillant pénitentiaire chargé de mater des détenus désobéissants ? « J’ai demandé si cela correspondait aux journées organisées à Dijon lors desquelles les enfants doivent nasser des manifestants. On m’a répondu “oui, sans doute”. Soit personne n’est au courant, soit ils ne veulent pas nous le dire. »

    Les classes défense et les rallyes citoyens sont les dispositifs les plus tape-à-l’œil de ces partenariats mais ils sont loin d’être les seuls. « On a travaillé sur plus d’une centaine de dispositifs, résume Irène. Ils sont tous liés entre eux, mis en place, actés et régis par des textes réglementaires. » La première pierre de ce long travail est posée en 1955, par la création de la commission armée jeunesse. Depuis plus de soixante-dix ans, ce groupe de travail qui réunit 70 associations, syndicats ou mouvements étudiants ainsi que 23 ministères ou délégations interministérielles, a pour objectif de potasser le lien entre l’armée et la jeunesse.

    Au sein de ce réseau tentaculaire, certaines initiatives sont plus « diluées et inoffensives », estime Irène, à l’instar des journées sport-armée-jeunesse ou des prix armée-jeunesse. Les Bulles de mémoire récompensent l’auteur d’une bande dessinée qui doit « impérativement » être liée aux conflits dans lesquels la France est ou a été engagée. « C’est pervers et à la fois très clair : ils veulent que nous, les profs, fassions le service après-vente », pose Esther, la professeure de philosophie en Seine-Saint-Denis. Dans son lycée, l’armée n’est plus invitée au carrefour des métiers en raison de l’intervention des personnels. « Avec la montée des tensions dans le monde, on ne peut plus faire comme si c’était un métier comme un autre. »

    • Pour rappel, la préparation militaire faisait partie intégrante de l’éducation des petits écoliers français entre la déculotté de la guerre franco-prussienne de 1870 et la boucherie de la première guerre mondiale. Ce fut succès retentissant qui permit d’envoyer des millions de soldats se faire trucider la fleur au fusil, et peut être même une des causes du conflit.

      Une recherche rapide me donne qqs articles sur le sujet :

      La préparation militaire en France : cheminement d’un concept 1871-1914

      https://www.persee.fr/doc/rharm_0035-3299_1985_num_159_2_7415

      En effet, plus qu’à l’école peut-être, car il s’agissait de jeunes gens volontaires, l’instruction civique, patriotique, partie intégrante importante du programme lui-même, occupant une place appréciable dans les manuels, peut être dispensée à haute dose (46). L’appareil militaire, l’action persévérante des instructeurs, parmi lesquels figurent des milliers d’officiers de réserve (47), le culte de l’armée, la lutte plus ou moins explicite contre l’antimilitarisme, le développement d’un patriotisme proche du chauvinisme, ont contribué à forger ce « moral », facteur dont le rôle n’a pas à être souligné. C’est dans cette culture éminemment patriotique, vécue sur le terrain, qu’il faut chercher l’efficacité première de l’œuvre d’instruction militaire de la jeunesse, telle qu’elle se développe avant 1914. Si ce n’était que son mérite majeur, c’est déjà un résultat dont ses promoteurs peuvent s’enorgueillir. Même l’Allemagne militariste de cette époque ne put disposer d’un pareil instrument (48).

      Le gymnaste, soldat de demain : les sociétés de préparation militaire de la Belle Époque
      https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-gymnaste-soldat-de-demain-les-societes-de-preparation-milit

      La préparation militaire en France (années 1900-années 1930) : un héritage sportif oublié ?
      https://books.openedition.org/pulm/20742#bodyftn26

      « Bien s’instruire pour mieux servir » : la formation militaire au début du XXe siècle
      https://sourcesdelagrandeguerre.fr/?p=5358

  • La femme que Marx n’a jamais voulu rencontrer : #Flora_Tristán, l’autodidacte qui aurait pu changer l’histoire du socialisme

    Autodidacte et militante infatigable, Flora Tristán a observé la réalité sociale avec un regard de scientifique pour proposer un modèle alternatif de société et de travail.

    Pour Flora Tristán (Paris, 1803-Bordeaux, 1844), la #transformation_de_la_société devait être intégrale, et la communication avec les masses laborieuses était aussi importante que la diffusion littéraire de son modèle. C’est pourquoi elle ne se contenta pas d’écrire pour ceux qui pouvaient payer un livre et le lire, mais chercha à sensibiliser directement les classes travailleuses.

    Sa proposition novatrice impliquait un lien indissociable entre la #question_ouvrière et la #question_féminine : il n’y aurait pas de libération prolétarienne sans #libération_des_femmes. L’#émancipation était donc la condition nécessaire de la #justice_universelle. Flora Tristán anticipa ainsi des débats qui, bien des années plus tard, occuperaient une place centrale dans les discours féministes.

    Bien qu’elle soit née dans un milieu aristocratique, l’écrivaine, penseuse socialiste et féministe franco-péruvienne, considérée comme l’une des pionnières du #féminisme moderne et une précurseure du #mouvement_ouvrier_international, ne reçut pas l’éducation d’institutrices.

    À l’âge de quatre ans, le malheur frappa sa famille avec la mort de son père, Mariano Tristán y Moscoso, qui n’avait pas régularisé juridiquement son mariage avec sa mère, Thérèse Laisnay. Or, le droit français ne reconnaissait pas comme légitime un mariage uniquement religieux. La jeune veuve, enceinte d’un autre enfant et privée de patrimoine, partit donc vivre à la campagne avec Flora pendant plusieurs années, et la petite famille connut un vrai déclassement.

    Une vie de proscrite

    De retour à Paris, alors adolescente et ouvrière, Flora Tristán épousa en 1821 son jeune patron, André Chazal. Quatre ans plus tard, après de nombreuses dissensions conjugales et enceinte de son troisième enfant, elle s’enfuit du domicile conjugal en abandonnant son mari. Le divorce n’existait pas. La séparation des Chazal n’était pas légale. Pendant plusieurs années, Flora vécut comme une proscrite en France et en Angleterre. En 1833, elle traversa l’océan pour réclamer son héritage au Pérou auprès des Tristán. La famille l’accueillit plutôt favorablement et son oncle lui attribua certaines rentes, mais sans lui reconnaître de droit à l’héritage.

    Elle revint en Europe deux ans plus tard, ajoutant à son expérience personnelle un important travail de terrain. Elle avait développé une #méthodologie pionnière pour décrire et dénoncer les injustices de race, de classe et de genre : voyager, dialoguer, recueillir des données à l’aide du modèle de l’#enquête, et élaborer des analyses et des propositions.

    Ainsi, Flora Tristán, autodidacte, fit de la véritable #science_sociale à partir de l’#observation de la réalité, développant des travaux innovants qui fusionnaient réflexion théorique et expérience pratique.

    Dans des ouvrages tels que Pérégrinations d’une paria (1838) ou Promenades dans Londres (1840), elle dénonça la misère et le manque d’instruction des classes laborieuses, la pauvreté infantile, la prostitution et la discrimination dont étaient victimes les #femmes. Elle pointa les #inégalités_structurelles de la #société_capitaliste comme la racine de ces problèmes.

    Face à cette situation, elle proposa son modèle d’#organisation_sociale, dont l’élément central était un #prolétariat consolidé à travers l’#Union_ouvrière. Ce prolétariat devait être formé et bénéficier de #protection_sociale. Il ne s’agissait pas seulement de se constituer en force productive, mais aussi de transformer l’histoire.

    Militante d’un socialisme en devenir

    À partir de 1835, elle remporta un franc succès littéraire et s’attira l’estime des cercles intellectuels. C’est au sein de l’Union Ouvrière qu’elle choisit de s’engager comme militante d’un socialisme naissant, affirmant un style qui lui était propre et se faisant la porte-parole passionnée de ses idées, de ses modèles et de ses théories.

    Elle entama ainsi son tour de France, un exercice harassant de communication de masse. Ce mode de vie était inhabituel pour une femme de son époque. Mais Flora Tristán mit son talent intellectuel au service d’une mission rédemptrice en laquelle elle croyait profondément.

    Sa vision se caractérisait également par le rejet de la #violence_révolutionnaire comme unique voie de salut. Elle reconnaissait l’antagonisme entre #travail et #capital, mais ses stratégies réformatrices sociales reposaient sur la #fraternité. Son but était d’atteindre la #justice et l’#amour universel.

    Sa vocation de femme messie lui donna la force de diriger et d’échanger avec des milliers d’ouvriers et d’ouvrières lors de ses tournées à travers la France. Sa santé était fragile, avec un possible problème tumoral, et tous ces voyages la laissèrent exsangue. Des efforts incessants qui, combinés à un probable typhus, précipitèrent sa mort en 1844, quatre ans avant la publication du Manifeste du Parti communiste.

    Après sa mort, sa voix ne fut pas intégrée au socialisme de #Karl_Marx et #Friedrich_Engels, que ce dernier qualifiait de scientifique et qui plaçait la lutte des classes presque exclusivement au centre de sa réflexion. Engels qualifiait les approches antérieures d’« utopiques ».

    Et pourtant, il suffit de parcourir les biographies de Robert Owen, Charles Fourier, des saint-simoniens et de Tristán elle-même pour constater que le terme « #utopie » ne rend pas justice à la portée de leurs pensées et de leurs actions.

    À la fin de 1843 à Paris, le philosophe allemand Arnold Rüge conseilla au jeune Marx de rencontrer Flora Tristán, mais celui-ci ne le fit pas. Engels, quant à lui, mentionna avoir connaissance de son œuvre, mais sans se départir d’une certaine indifférence.

    Toujours en arrière-plan

    Tristán est restée en arrière-plan de l’histoire officielle du socialisme, alors qu’elle avait anticipé de nombreux débats qui allaient plus tard prendre de l’importance. Plus d’un siècle plus tard, la mise en valeur – importante et nécessaire – de la dimension féministe de son discours a éclipsé tous les autres aspects.

    Aujourd’hui, il est indispensable de reconnaître pleinement Flora Tristán, cette petite aristocrate déclassée qui n’eut pas de gouvernantes mais finit par apprendre auprès d’Owen et de Fourier.

    Il faut également la reconnaître comme une socialiste du romantisme, une #pionnière des #sciences_sociales, une communicante d’un talent extraordinaire et la créatrice d’un modèle alternatif de société, de production et de travail : l’Union Ouvrière.

    On peut se demander ce qui se serait passé si elle avait vécu plus longtemps. Elle n’aurait vraisemblablement jamais accepté que son modèle de socialisme soit qualifié d’« utopique ». Si elle avait atteint 1864, elle aurait très probablement participé à la Première Internationale et, malgré sa condition de femme, sa présence impressionnante aurait sans doute influencé d’une manière ou d’une autre le cours du socialisme.

    https://theconversation.com/la-femme-que-marx-na-jamais-voulu-rencontrer-flora-tristan-lautodid

    #socialisme #femmes #capitalisme #classes_sociales #SHS #précurseurs #révolution #violence

  • Éboueurs et balayeurs face aux paradoxes de leur condition
    https://metropolitiques.eu/Eboueurs-et-balayeurs-face-aux-paradoxes-de-leur-condition.html

    Qui sont les #éboueurs et balayeurs du secteur public et que pensent-ils de leur condition professionnelle et sociale ? Hugo Bret aborde l’évolution récente de ce métier dans une étude sociologique menée dans la région francilienne. Un groupe professionnel indispensable à la vie de la cité reste pourtant invisibilisé et méconnu : celui des éboueurs et des balayeurs du secteur public. Ces #ouvrier·es ont été fugitivement salués pour leur rôle joué en « seconde ligne » lors de la crise sanitaire. #Terrains

    / éboueurs, #classes_populaires, #déchets, #sale_boulot, ouvrier, #fonction_publique, #stratification_sociale, espace (...)

    #espace_public
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_bret.pdf

  • Que faire du #racisme en sociologie politique ?
    https://metropolitiques.eu/Que-faire-du-racisme-en-sociologie-politique.html

    Félicien Faury répond à la critique principale de David Gouard quant à son usage du concept de « racisme ». Il montre que la notion reste indispensable pour comprendre certains ressorts fondamentaux du #vote pour l’extrême droite. Je remercie tout d’abord David Gouard pour sa recension de mon ouvrage, qui m’offre l’occasion de clarifier un certain nombre de malentendus. Que sa critique du livre soit juste ou injuste n’est pas ici le problème, car mon intention est de nourrir une discussion #Débats

    / vote, racisme, #extrême_droite, #élections, #classes_sociales, #déclassement

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_faury2.pdf

  • La nuova geografia dei Comuni montani non può esser disegnata con criteri vecchi

    Secondo Mauro Varotto, geografo dell’Università di Padova, la riforma della classificazione voluta dal governo ha il solo scopo di ridurre la platea di possibili beneficiari di risorse scarse, senza tener conto di criteri in grado di rispondere in modo più oggettivo alla finalità della nuova legge sulla montagna, ovvero creare le condizioni perché più persone possano restare a vivere nelle terre alte.

    Il 17 dicembre, intervenendo alla Camera dei deputati, il ministro per gli Affari regionali e le autonomie Roberto Calderoli ha ribadito che la ridefinizione dell’elenco dei Comuni montani ha l’obiettivo di “ridurre l’attuale elenco di oltre quattromila Comuni, che contiene realtà quali Roma e Bologna che, con un’altimetria media rispettivamente di 67 e 82 metri, non hanno certo le caratteristiche geografiche della montagna”.

    Quando, nel mese di settembre, la Legge 131/2025 è stata approvata in via definitiva al Senato, il comunicato stampa del ministro ribadiva più volte la volontà di “valorizzare la vera montagna”, asciugando di fatto la platea di soggetti che possono aspirare ai circa 200 milioni di euro all’anno stanziati dallo Stato per promuovere lo sviluppo economico e tutelare l’accesso ai servizi essenziali nelle terre alte.

    La riduzione ha portato a qualificare come montani 2.844 Comuni (il 36% dei municipi italiani), che si sviluppano sul 40% della superficie del Paese e hanno una popolazione residente di 7,8 milioni di abitanti (il 13,2% della popolazione nazionale), con una netta riduzione rispetto alla classificazione precedente, che elencava 4.201 Comuni montani. Il decreto contenente i parametri per la riclassificazione avrebbe dovuto essere discusso il 18 dicembre dalla Conferenza Stato-Regioni, ma ciò non è avvenuto su pressione delle Regioni, che lunedì 22 dicembre incontreranno il ministro Calderoli per chiedere di rivedere un elenco che da un lato faceva uscire Roma e dall’altro, come ricorda una nota l’Unione nazionale dei Comuni, comunità ed enti montani (Uncem), vedeva “inserite Reggio Calabria o Varazze, Cuneo o Biella”, cosa che “ha veramente poco senso”.

    Il problema principale, forse, è che la Legge 131/2025, da cui discende il decreto, prevede la classificazione dei Comuni montani sulla base dei criteri altimetrico e della pendenza, una scelta contestata in un comunicato congiunto delle Associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i: Associazione dei geografi italiani (Agei), Associazione italiana di cartografia (Aic), Associazione italiana insegnanti di geografia (Aiig), Centro italiano per gli studi storico-geografici (Cisge), Società geografica italiana, Società di studi geografici.

    Altreconomia ha intervistato Mauro Varotto, docente di Geografia all’Università di Padova, membro del Comitato scientifico de L’AltraMontagna, già autore del libro “Montagne di mezzo. Una nuova geografia”.

    Professor Varotto, come geografi avete detto che “la novità di questa nuova classificazione è che rimane ancorata a criteri vecchi”. Che cosa significa?
    MV La retorica governativa fa leva sull’idea di una definizione di montagna “nuova” e più “vera” rispetto alla precedente, suggerendo implicitamente che la classificazione dei Comuni montani redatta in passato dall’Uncem annoverasse montagne “false”. Come geografi non possiamo avallare questo messaggio: i parametri utilizzati sono gli stessi di prima, ovvero altimetria e pendenza, cambiano semplicemente le soglie altimetriche e i valori percentuali oltre i quali si considerano “montani” i territori comunali, in modo da escludere la montagna più bassa e la platea dei Comuni che avranno diritto a fondi e agevolazioni previsti dalla legge. In altre parole: i soldi a disposizione sono pochi, tanto vale accorciare la coperta. Si tratta però di accorciarla sulla base di parametri “vecchi”, perché nel frattempo il dibattito ha messo in luce -in linea con il dettato costituzionale- l’importanza di considerare anche altri aspetti, che riguardano la perifericità (pensiamo al concetto di “area interna”), le condizioni di reddito o di marginalità e spopolamento. In questo modo le misure avrebbero potuto cadere più precisamente dove serve: si sarebbe insomma potuto usare il bisturi, per un’azione politica più aderente alla varietà di situazioni che caratterizza la montagna italiana; invece, si è continuato a usare l’accetta.

    Perché sarebbe opportuno distinguere tra “montuosità” fisica e “montanità”?
    MV Nella legge si separano montuosità fisica e montanità antropologica e si prende in considerazione solo la prima, come base di partenza. Da sempre i geografi sostengono che il concetto di “montagna” non può essere disgiunto dai caratteri della presenza umana, soprattutto in catene montuose come quelle alpina e appenninica che sono la risultante di percorsi millenari di civiltà, in altre parole sono tra le più vissute e addomesticate del Pianeta. La ratio dell’articolo 44 della Costituzione -che invoca provvedimenti a favore delle zone montane- non è la salvaguardia dell’ambiente naturale o del turismo, ma il vissuto umano che su di esse insiste, con una funzione di cura e controllo del territorio. Separare i due aspetti porta al rischio di concepire -come del resto è avvenuto nel corso del Novecento- una montagna senza uomo da un lato e una presenza umana disconnessa dalla montagna dall’altro.

    Tra gli esclusi, risultano tra gli altri alcuni dei Comuni romagnoli colpiti dalle alluvioni del 2023, con frane e smottamenti “tipicamente” montani, territori che toccano i mille metri sul livello del mare, una bassissima densità abitativa. Quali diversi criteri sarebbe stato opportuno prevedere o inserire?
    MV Partiamo dal presupposto che non esiste una visione “oggettiva” della montagna ma una definizione funzionale all’obiettivo politico che si intende perseguire. Per questo non ha senso imporre una sola classificazione di montagna e non necessariamente classificazioni diverse significano scarsa chiarezza o confusione. Se lo scopo è quello di favorire il reinsediamento nelle “terre alte”, come di fatto la legge 131/2025 dichiara, allora sarebbe stato opportuno, ad esempio, distinguere le aree soggette a spopolamento, oppure le aree più periferiche e marginali, oppure ancora quelle a reddito più basso o a economia primaria mista. Il legislatore demanda ad altri decreti attuativi questi aspetti, ma in questo modo si tengono comunque dentro “montagne ricche”, magari ad alta quota, o città come Cuneo e Reggio Calabria, che forse non hanno nemmeno bisogno di tali agevolazioni, lasciando fuori una montagna più in difficoltà, magari a bassa quota ma marginale, che invece andrebbe sostenuta e aiutata.

    È una legge “contro l’Appennino”?
    MV Sicuramente, per come è stata concepita, la legge taglia fuori in prevalenza la montagna a quote basse e dunque la montagna appenninica è più penalizzata di quella alpina (ma pure il Piemonte vede ridotti del 22% i Comuni montani). Con questa proposta Nord-Ovest e Nord-Est mantengono valori di superficie montana che superano il 40% del territorio, mentre al Centro e al Sud essi sono di poco superiori al 30%. Se andiamo invece a vedere la percentuale regionale di territorio italiano sopra i 600 metri di quota troviamo ai primi posti tre Regioni appenniniche: Abruzzo, Molise e Basilicata, con valori che oscillano tra il 43% e il 58% per la Regione abruzzese, la più montuosa d’Italia in termini statistici. La differenza con la nuova classificazione mi pare piuttosto evidente, anche senza contare indicatori di sviluppo economico o di marginalità, che a maggior ragione dovrebbero favorire la montagna appenninica, se si intende perseguire una qualche forma di perequazione territoriale. In questo senso è una montagna tagliata con l’accetta, che genera una classificazione grossolana che rischia di non fare nemmeno l’interesse che la legge stessa dichiara di perseguire.

    https://altreconomia.it/la-nuova-geografia-dei-comuni-montani-non-puo-esser-disegnata-con-crite
    #montagne #Italie #loi_montagne #classement #liste #loi #Legge_131/2025 #financement #décret #altitude #pente #critères #périphérie #montanité #géographie_physique #géographie_humaine #définition #terre_alte #marges #Apennins #Alpes #péréquation_territoriale

  • La randonnée est-elle un truc de bourgeois ? – Mondes Sociaux
    https://sms.hypotheses.org/55092

    Au tournant du XXᵉ siècle, les ouvriers et ouvrières de Berlin commencent à consacrer leurs rares jours de repos à la marche en forêt. En un peu plus d’un demi-siècle, la population berlinoise a été multipliée par cinquante et la promenade « au vert » devient un moyen d’échapper à la grande métropole, mais aussi de transformer le regard porté sur les espaces naturels.

    C’est ce qu’étudie l’historienne Claire Milon dans son article publié en 2023 dans la revue Mil neuf cent, « Trouver son chemin. Les premières randonnées de la population ouvrière berlinoise (1891-1914) ». En exploitant les archives des associations issues du mouvement des Naturfreunde, la presse socialiste, et une vaste enquête de l’époque auprès d’ouvriers, elle reconstitue ces sorties dominicales et montre comment elles façonnent une nouvelle manière, pour les classes populaires urbaines, d’habiter et de percevoir leur environnement.

    L’article met ainsi en lumière la construction sociale des espaces naturels et la diversité des manières de lire un même paysage. Les ouvriers socialistes et les bourgeois nationalistes ont en effet une interprétation radicalement différente d’un même environnement, révélant ainsi la construction sociale et culturelle de ce qu’on appelle « la nature ».

    https://www.youtube.com/watch?v=hVw6Wk-rm0E&t

    #randonnée #marche #loisirs #classes_sociales #nature #militantisme #ouvriers

  • « Si la gauche veut regagner les classes populaires, elle ne peut plus faire l’impasse sur l’immigration », Philippe Bernard, Editorialiste au « Monde »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/23/si-la-gauche-veut-regagner-les-classes-populaires-elle-ne-peut-plus-faire-l-


    Recueillement en souvenir des attentats, place de la République, à Paris, dans la nuit du 12 au 13 novembre 2025. CAMILLE GHARBI POUR « LE MONDE »

    Nombre de (...) responsables politiques [de gauche] tendent à considérer comme négligeable le fait que la part des #immigrés dans la population française, restée stable dans les années 1970 à 1990, est passée de 7,3 % en 1999 à 11,3 % en 2024, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3633212#:~:text=1.,ont%20acquis%20la%20nationalité%20française. que le nombre de premiers titres de séjour délivrés a doublé entre 2007 et 2024, et refusent d’admettre que cette évolution moyenne, bien plus marquée à certains endroits du pays, n’est pas sans conséquence sociale.

    Plutôt que de tirer parti de ces augmentations, qui reflètent les tensions du monde, le respect – imparfait – des droits humains et le besoin de main-d’œuvre dans certains métiers, pour appuyer la revendication de puissantes #politiques_d’intégration aujourd’hui au point mort, ils cherchent à les relativiser.

    [...]

    La gauche paraît globalement davantage préoccupée par les sondages et par la question des primaires que par la nécessité de répondre aux questions qui, outre le pouvoir d’achat, tout premier souci des Français, taraudent ces derniers : la #délinquance et l’immigration, deux sujets qui arrivent en deuxième place au classement des préoccupations de l’enquête du Monde « Fractures françaises », devançant cette année l’environnement.

    [...]

    Certes, la #gauche a raison de dénoncer les obsessions xénophobes et anti-musulmans de l’#extrême droite. Mais si elle veut regagner les #classes_populaires, elle ne peut plus faire l’impasse sur l’#immigration, une question sur laquelle elle a toujours oscillé entre internationalisme et défense des travailleurs nationaux et dont elle s’est longtemps emparée. Jean Jaurès n’écrivait-il pas, à la une de L’Humanité du 28 juin 1914, « il n’y a pas de plus grave problème que celui de la main-d’œuvre étrangère » ?

    La question ne saurait se limiter à du « racisme », elle mérite d’être prise au sérieux comme une question sociale et non identitaire. Encore faudrait-il opposer aux rugissements de l’extrême droite autre chose que des silences et des explications gênées qui ne font que la conforter. Aux Etats-Unis, l’étouffoir mis par l’administration Biden sur la question de l’immigration n’a-t-il pas contribué à nourrir l’obsession de l’opinion et à préparer le retour de flamme ultra-répressif de Donald Trump, qui vise à la fois les étrangers et la gauche ?

    https://justpaste.it/kyi1w

    Pas de revenu minimum sans un sas de plusieurs années de séjour régulier attesté, pas d’arabe à l’école, pas de logement social construit, des banlieues traitées à la dynamite, par la police et par la prison, de très rares régularisations, c’est sûr que ça pose un problème social, auquel la gauche est loin d’être... étrangère. Et qui supposerait effectivement "des politiques d’intégration"....

    edit cocasse de voir qu’y compris ce journal centriste cherche la gauche, sans admettre que les politiques menées par celle-ci ont été xénophobes, répressives, discriminatoires. Ça revient à proposer au PS de changer de politique comme si de rien n’était (LFI étant voué à la défaite, pauvre "voix des vaincus" moulinée au vocodeur par DJ Meluche).

    • Travaux pratiques  : analyse d’une énième polémique, que dis-je, d’un tollé autour de tous ces immigrés qui violent nos filles et mangent notre pain  :

      Le JDD  : Les viols commis par des étrangers, « de l’ordre de l’anecdotique » ? Les propos d’Ersilia Soudais suscitent un tollé
      https://www.lejdd.fr/politique/les-viols-commis-par-des-etrangers-de-lordre-de-lanecdotique-les-propos-dersil

      CNews  : « Quand Némésis impute la faute de ces viols aux étrangers, c’est de l’ordre de l’anecdotique en réalité » : la députée LFI Ersilia Soudais suscite la polémique
      https://www.cnews.fr/france/2025-11-23/quand-nemesis-impute-la-faute-de-ces-viols-aux-etrangers-cest-de-lordre-de

      VA : La députée LFI Ersilia Soudais qualifie les viols commis par des étrangers en France « d’anecdotiques »
      https://www.valeursactuelles.com/societe/la-deputee-lfi-ersilia-soudais-qualifie-les-viols-commis-par-des-e

      I24  : Les viols commis par des étrangers sont "de l’ordre de l’anecdotique", selon Ersilia Soudais
      https://www.i24news.tv/fr/actu/france/artc-les-viols-commis-par-des-etrangers-sont-de-l-ordre-de-l-anecdotique-sel

      Le Figaro  : Pour Ersilia Soudais, députée LFI, les viols commis par des étrangers seraient « de l’ordre de l’anecdotique »
      https://www.lefigaro.fr/actualite-france/pour-ersilia-soudais-deputee-lfi-les-viols-commis-par-des-etrangers-seraien

      Ou comment, après d’une déclaration sans grand intérêt, on va prétendre pointer du doigt une polémique qui n’existe que dans la tête des éditorialistes d’extrême droite... qui eux même reconnaissent pourtant à moitié le bien fondé de la déclaration ! («  Et de fait, les chiffres au global auraient plutôt tendance à lui donner raison. »). Le tout monté en épingle simultanément par toute la presse réac.

      Un bon gros matraquage de cerveaux auquel le Monde préfère donner raison plutôt que le dénoncer clairement. Mais dans la respectable bourgeoisie journalistique parisienne, ce genre de croc en jambe entre confrères serait du plus mauvais goût.

    • Cet article du Monde n’a pas pour objet la énième scandalisation raciste orchestrée par l’extrême droite mais les carences d’une gauche incapable de proposer une politique qui démarginalise (intègre, est-il dit) les étrangers vivant ici (cf. le dernier paragraphe cité ci-dessus, par lequel conclue Philippe Bernard).

    • Je lui reproche effectivement de ne pas dénoncer ces polémiques bidon, mais là où on ne semble pas d’accord, c’est qu’il n’est pas là pour réclamer plus d’humanité dans l’accueil des étrangers, il est là pour reprocher à la gauche de ne pas faire comme la droite alors que ça serait une stratégie gagnante.

      Il y a qq remarques généralistes et accusatrice sur la droite raciste pour faire bon genre, mais qui n’apporte aucun détail. Par contre, lorsque l’article aborde « l’islam, l’insécurité et l’immigration, » il vient très précisément citer les arguments de la droite avec le taux exact d’immigration ou les résultats précis du dernier sondage très polémique (avec des plaintes dans les deux directions autour de ce sondage que l’édito préfère passer sous silence).

      Il accuse par exemple Mélenchon de déni, alors que ce dernier est très clair dans une interview publiée il y a qq jours dans Politis :
      https://archive.is/20251118171631/https://www.politis.fr/articles/2025/11/entretien-jean-luc-melenchon-nous-sommes-les-plus-forts-a-gauche

      Avant d’expulser, nous devons nous préoccuper du reste. D’où viennent tous ces gens ? Notre premier but, c’est qu’ils n’aient pas besoin de partir de chez eux. Deuxièmement, nous ne pouvons pas considérer l’expulsion comme une politique d’immigration. Cette idée est un fantasme. La Grande-Bretagne a serré tous les écrous. Résultat : 660 000 personnes de plus. Il faut être raisonnable.
      D’abord, il faut rendre la vie moins inhumaine pour les gens qui sont arrivés sur notre territoire : nous devons faciliter les régularisations. Car l’État produit de l’illégalité en refusant de mettre à jour les papiers dans les délais, en infligeant des conditions d’obtention des renouvellements qui sont une honte et qui, en plus, n’aboutissent pas. Il faut que ce système cesse. Mais il faut surtout un renversement complet de notre compréhension du monde. Cette nouvelle lecture est délicate car le système politico-médiatique a chauffé à blanc l’opinion publique en martelant que l’immigration est un danger, qu’elle est la cause des homicides, des viols et de toutes ces choses abominables. Pour nous, l’immigration reste un atout.

      Mais non, ça ne compte pas parce que ça n’est pas la réponse attendue. Il fallait qu’il reconnaisse que, quand même, les viols et le pain des français, c’est ça le vrai débat.

      Et quant à la remarque de Jaurès, c’est pathétique  : alors que le sujet que l’édito rabâche, c’est les musulmans et la délinquance, il prétend nous faire un rapprochement avec Jaurès... qui en fait plaide pour améliorer la condition des travailleurs étrangers (à l’époque des européens).

    • L’article cite deux sondages sur lesquels il a déjà publié.

      « Fractures françaises » : la crise gouvernementale accroît la défiance des Français envers le personnel politique, 20 octobre 2025

      L’instabilité coûte cher, entre défiance renforcée et sentiment de dysfonctionnement de la démocratie, montre la treizième vague de l’enquête annuelle « Fractures françaises », réalisée par Ipsos pour « Le Monde », la Fondation Jean Jaurès, le Cevipof et l’Institut Montaigne.

      [...]

      La perception négative de l’immigration suit des lignes partisanes claires : elle est minoritaire chez les sympathisants de gauche, majoritaire à droite. Ainsi, 95 % des sympathisants RN, 86 % des sympathisants LR et 57 % des sympathisants Renaissance acquiescent à l’idée qu’« il y a trop d’étrangers en France ». Le centre oscille, puisque en parallèle, 60 % des sympathisants Renaissance jugent que l’immigration est une nécessité pour l’économie française. Sur ce sujet comme sur d’autres, les trois blocs issus des législatives de 2024 sont à la fois clairement délimités mais pas toujours aussi homogènes que prévu. De quoi augurer, peut-être, de recompositions. A condition que les responsables politiques s’appliquent à réparer les fractures, plutôt qu’à les aggraver.

      https://justpaste.it/lxer6

      c’est la came du Monde : la république est menacée, les politiques devraient se montrer responsables.

      Un sondage de l’IFOP sur l’islam en France, qui met en lumière un rigorisme croissant, fait débat, 19 novembre 2025

      L’étude publiée mardi 18 novembre dresse un état des lieux inquiétant de la deuxième religion de France, en particulier chez les jeunes musulmans. Des critiques émergent toutefois sur cette enquête.

      [...]

      Au final, l’auteur de La question musulmane en France : un état des lieux sans concessions (Fayard, 2015), qui enseigne aujourd’hui la laïcité à la Grande Mosquée de Paris, se montre peu optimiste : « Entre, d’un côté, un islam conservateur traversé par ce regain de religiosité, et, de l’autre, les soupçons permanents d’islamisme, nous ne sommes pas sur la bonne voie. » Dans un contexte de surenchère généralisée, le « retournement du stigmate » – ce processus par lequel un groupe s’approprie une stigmatisation subie, en la revendiquant ouvertement dans une logique d’affirmation identitaire ou de contestation – semble déjà à l’œuvre.

      https://justpaste.it/kzvmp

      Les critiques (méthode, rédaction des question et du rapport/rendu, pédigrée des auteurs) sont citées en détail, des réponses à ce sondage qui desservent les attentes de ses commanditaires sont dument soulignées, c’est en guise d’équilibrage assaisonné d’une pincée de vallsisme (Leschi), et ça chute sur la came du Monde : soyons raisonnables.

      Quant au "Notre premier but, c’est qu’ils n’aient pas besoin de partir de chez eux", c’est le coup du vaste monde ("nous sommes présents sur les 5 continents", JLM). Mitterrand et les autres l’ont déjà joué, y compris en créant les CRA et en revenant en pratique sur l’attribution de la carte de 10 ans.. Parler de ce à quoi on ne peut pas grand chose (à moins d’externaliser la rétention, comme avait commencé à le faire la gauche ?), c’est une bonne manière de ne rien faire ici.
      Quand JLM dira explicitement qu’il faut ouvrir le droit au revenu minimum aux étrangers, y compris pour qu’ils ne soient pas contraints à diverses formes d’illégalité pas toujours délictuelles (travail), à l’inverse de ce que sa gauche a fait avec le RMI, en le conditionnant à une durée préalable de séjour légal, ce sera peut être moins par obligation et calcul défensif qu’il faudra renoncer un instant politiquement en votant pour lui.

      edit : les luttes pour la scolarisation des mineurs isolés, pour l’hébergement d’urgence, pour l’accès au logement social, pour la régularisation, contre les discriminations à l’embauche réclament de diverses manières qu’une place soit socialement faite aux étrangers. Quand Le Monde éduque les bourgeois qui le lisent de façon à l’admettre un tant soit peu ne me parait pas négatif.

    • j’insiste, le journal n’omet pas de citer et caractériser expressement les propriétaires du sondage effecttué par l’IFOP
      https://justpaste.it/kzvmp

      ... les intentions du sondage de l’IFOP sont (...) questionnées par ces spécialistes, d’autant que l’institut a réalisé ce travail pour Ecran de veille. Cette revue est l’émanation d’un site nébuleux, le Global Watch Analysis, fondé en 2019 par le journaliste français d’origine algérienne Atmane Tazaghart, qui a longtemps travaillé pour Marianne et pour Al Majalla, revue très proche du régime saoudien. Il est l’auteur de plusieurs livres sur l’islamisme, coécrits avec des spécialistes controversés tels que l’essayiste Roland Jacquard ou Christian Malard, journaliste sur la chaîne israélienne i24News.

      et, je le soulignais, ils citent expressément - juste après l’entame de l’article qui soulignait d’autres limites de ce sondage - des résultats de ce sondage qui vont à l’encontre de ce qu’en attendait son acheteur (il utilisent sa corde pour le pendre, aurait dit Oulianov)

      https://justpaste.it/kzvmp

      Pour autant, l’enquête dissipe un certain nombre d’idées reçues, au premier rang desquelles la théorie du « grand remplacement » : seuls 7 % du panel global, mélangeant toutes les religions, se déclarent musulmans ; le port du voile reste une pratique minoritaire (31 % des musulmanes le portent, pas forcément de manière systématique).
      Loin du cliché d’une communauté fermée, 73 % des musulmans français sont en couple avec une personne de leur religion, contre 80 % en moyenne chez l’ensemble des Français. Surtout, 73 % (contre 44 % en 1989) pensent qu’un musulman est en droit de rompre avec l’islam – alors même que l’apostasie est considérée comme un crime particulièrement grave dans l’#islam traditionnel. En outre, la jeunesse musulmane n’est pas la seule à aller vers un regain de religiosité : la même tendance s’observe dans les autres religions – christianisme et judaïsme, notamment.

      L’argument central des articles, pédago, ne fait pas assez de place aux dimensions subjectives, de désir, ce qui aide ces articles à soutenir que l’hégémonie fasciste ne repose pas sur un sol ferme, qu’un travail de sape serait le bienvenu [pour le travail des âmes, management et industrie culturelle, ça fait très court]. Bernard ne compte pas attirer la mouche de gauche avec du vinaigre, il lui propose généreusement d’être autre que ce qu’elle a été, sans revenir sur le passé : d’être un tant soit peu sociale dans son abord de la question, plutôt que de rejouer un antiracisme moral (sos race, et depuis, le « sociétal » à toutes les sauces, sans Zidane, mais avec barbecue) qu’elle a par ailleurs laissé loin derrière elle (et dont nous sommes tous accusés à bon compte puisque wokisme c’est aussi tout dans la tête, sans guère d’effet sur le réel : où sont les réguls, les logements ?).

      MMS raisonnable, ce journal de milliardaire est... pluraliste. Ainsi, Foucart, Bernard, Roff ou Aubenas (aucun.e n’est exempt de critiques) ne sont pas des Michel Guerrin. Et fournissent plus de billes que les quelques journalistes à la bio estampillée gauchiste dont ce journal s’est démographiquement doté (Zappi, Barroux, Mestre, ...).

      #antiracisme_moral

    • Un journal n’est pas fait d’articles isolés. Et ce n’est pas par hasard qu’à propos de l’IFOP, ou de toute autre ven dure de sondages, ils n’omettent pas de publier (hier) une suite (faible ?) de Bourdieu Champagne, (La fabrique de l’opinion, etc.) par un type qui a fait de l’observation participante sur le travail des sondeurs (la fabrique des sondages)

      Hugo Touzet, sociologue : « Les sondages reflètent ce qui intéresse le média qui les commande » 24/11/2024
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/24/hugo-touzet-sociologue-les-sondages-refletent-ce-qui-interesse-le-media-qui-

      L’auteur de « Produire l’opinion », une enquête en immersion dans un institut de sondage, analyse, dans un entretien au « Monde », la façon dont les pressions économiques affectent la qualité des études d’opinion et leurs usages dans les médias.

      ... ils peuvent devenir des outils au service d’une ligne éditoriale. Et le problème, c’est que les propriétaires de certains médias, comme Vincent Bolloré, défendent ouvertement un projet idéologique. Si bien qu’on entend davantage parler des sondages sur l’immigration que de ceux sur la précarité.

      https://justpaste.it/k1u7c

      Le Monde défend sa peau (de supposé journal de référence), de plus, c’est l’organe d’une fraction de la bourgeoisie qui redoute l’avènement du RN (innombrables papiers contre, comme sur le basculement de divers patrons en sa faveur).

    • Je suis désolé, mais je ne trouve pas cela vraiment convaincant. Oui, on peut sans doute trouver des avis progressifs au sein du Monde et qui vont jouer dans la rédaction ou la sélection de certains articles... mais de là à dire que le journal, ou en particulier cet édito, a une position avancée dans la lutte contre le racisme et pour l’inclusion, c’est... audacieux  ! Le Monde a toujours été un soutien acharné de Macron, et indirectement de ministres comme Darmanin et Retailleau, et il ne me semble pas faire parti des têtes de turcs habituelles des réacs de service (cf le traitement réservé à Plenel et Médiaprt dans une certaine presse).

      Et je répète mes arguments cités plus haut  : sur tous ses arguments anti raciste il reste très vague, mais devient très précis quand il va dans le sens de la droite.

      Il nous met en avant leur poulain Glucksmann, comme si un nouveau clone de Hollande (voire Macron) allait prendre la moindre mesure courageuse. Et alors que les discours de Mélenchon comme de Ruffin d’ailleurs sont quand même très clairs et bien plus inclusifs que le discours ambiant, il les dénonce et les accusent d’être dans le déni. Parce que notre éditorialiste serait en fait un gros anarchiste qui milite pour des mesures bien plus à gauche comme la suppression des frontières ? Pas très crédible...

    • Ce n’est pas la Russie.

      Qui a commandé le sondage controversé sur les musulmans en France ?
      https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/12/03/qui-a-commande-les-sondages-controverses-sur-les-musulmans-en-france_6655880

      Une revue confidentielle est à l’origine du sondage controversé de l’IFOP sur les musulmans de France, dont le second volet, centré sur les Frères musulmans, devait paraître prochainement. Les liens de son fondateur avec les Emirats arabes unis soulèvent des interrogations.


      Des fidèles musulmans se rassemblent pour célébrer l’Aïd, dans une mosquée de Béthune (Pas-de-Calais), le 6 juin 2025. SAMEER AL-DOUMY/AFP

      En publiant, le 18 novembre, une longue étude sur le rapport des #musulmans de France à leur religion, qui met en lumière la « tentation islamiste » de certains d’entre eux, l’IFOP a créé une vive polémique. Si la méthodologie de ce sondage a fait l’objet de critiques, l’identité de son commanditaire, elle, a moins attiré l’attention.

      L’étude a été commandée par Ecran de veille, une revue confidentielle appartenant au groupe Global Watch Analysis (GWA), qui se décline aussi en site Internet, en maison d’édition (GWA Editions) et en WebTV (Elmaniya). Dans la pratique, le groupe GWA, qui revendique « des publications consacrées à la résistance aux extrémismes et aux fanatismes, sous toutes leurs formes », se focalise très nettement sur l’islamisme, et en particulier sur les réseaux des Frères musulmans. De surcroît, il nourrit une hostilité manifeste envers le Qatar, principal partisan de la confrérie au niveau international.

      Selon les informations du Monde, le groupe GWA a d’ailleurs mandaté l’IFOP pour le second volet de son enquête, axé principalement, cette fois, sur le frérisme. L’étude élabore un « indice de l’implantation secrète » des Frères musulmans, sous la forme de sept questions censées débusquer, parmi les sondés, les « membres actifs des organisations fréristes [ayant] pour injonction de mentir s’ils sont interrogés sur leur appartenance à la confrérie ». Une méthode qui prétend évaluer à plus de 80 000 le nombre de « “membres opérationnels” des Frères musulmans » en France.


      Extrait du sommaire du dernier hors-série de la revue « Ecran de veille », intitulé « La France à l’épreuve de l’entrisme islamiste ».

      François Kraus, le directeur du pôle politique et actualités de l’IFOP, souligne que, contrairement au premier volet, « la rédaction et l’analyse » des questions ont été prises en charge par le commanditaire. « Dire que nous en avons conçu les questions sans l’IFOP est tout à fait faux », réplique le journaliste Atmane Tazaghart, rédacteur en chef et fondateur d’Ecran de veille.

      Un mystérieux « partenaire » britannique

      Depuis 2022, le groupe GWA a commandé sept sondages à l’IFOP, tous ayant trait à des questions de religion ou de laïcité. Pour financer ces études – facturées généralement « entre 6 000 et 18 000 euros », et même « le triple » pour la dernière – ainsi qu’une rédaction d’une dizaine de collaborateurs, M. Tazaghart dit s’appuyer sur un chiffre d’affaires d’« en moyenne 700 000 euros par an ».

      Cependant, des zones d’ombre planent sur le financement du groupe. Après avoir évoqué auprès du Monde des aides à la presse, M. Tazaghart s’est rétracté, affirmant n’avoir « jamais sollicité ou touché d’aides publiques de quelque nature qu’elles soient » et être le « seul bailleur de fonds » de GWA, dont il est coactionnaire avec son épouse.
      Le groupe a pourtant bénéficié, entre 2019 et 2023, d’un « partenariat » avec une mystérieuse structure britannique, qui lui versait autour de 46 000 euros par an, selon le média spécialisé La Lettre. Sans activité connue, Countries Reports Publishing Ltd a pour unique actionnaire Thomas Edmund Ashman, un Britannique à la tête d’une soixantaine de sociétés, comme c’est généralement le cas des prête-noms professionnels.

      En conséquence, il est plus difficile d’identifier l’origine réelle de ces flux financiers. GWA ne possède « aucun compte bancaire hors de France » et « aucun financement étranger » n’entre dans son capital, assure toutefois M. Tazaghart, dont le parcours a alimenté de nombreuses spéculations sur ses liens avec les Emirats arabes unis, qui, depuis plusieurs années, mènent une guerre systématique contre les Frères musulmans.

      « Matar », l’agent émirati

      Atmane Tazaghart, Français d’origine algérienne qui a dirigé jusqu’en 2016 la rédaction arabophone de la chaîne France 24, a écrit plusieurs ouvrages sur le terrorisme et supervisé la traduction de cinq autres sur les Frères musulmans ou le Qatar. En 2023, le site Mediapart avait mentionné ses contacts – ainsi que ceux d’un autre collaborateur de GWA – avec un agent émirati, par le truchement d’Alp Services, un cabinet d’influence suisse travaillant pour les Emirats arabes unis. Une accusation « sans fondement », affirme l’intéressé.

      Toutefois, un courriel qu’a pu consulter Le Monde confirme qu’Atmane Tazaghart a été en contact avec une boîte e-mail anonyme liée, selon les enquêtes de plusieurs médias internationaux, à « Matar », un ancien agent émirati. Le New Yorker l’a identifié comme Matar Humaid Al-Neyadi, un personnage ayant été l’un des principaux rouages des opérations d’influence orchestrées par Alp Services au profit des Emirats, avant de devenir ambassadeur du pays au Koweït.

      Dans ce message, daté de décembre 2019, quelques mois à peine après le lancement de GWA, M. Tazaghart fournit à l’espion émirati une note de travail en arabe sur les « liens financiers entre [l’ancien premier ministre François] Fillon et le Qatar », comprenant un long aparté sur l’ancien ambassadeur de France au Qatar (de 1998 à 2002), Bertrand Besancenot.

      Six mois plus tard, le journaliste est toujours en contact avec l’agent traitant et lui promet un « rapport plus détaillé ». Sollicité à propos de cette correspondance électronique, M. Tazaghart conteste l’identité du destinataire et assure que cet échange était destiné à un « centre de recherche (…) dans le but de juger de l’opportunité ou pas d’inviter M. Fillon à un forum » organisé aux Emirats.

      Des investissements à Dubaï

      Par ailleurs, les éléments mis au jour par Le Monde montrent que M. Tazaghart a développé des intérêts économiques aux Emirats arabes unis, en investissant sur place dans au moins trois sociétés. La première, Global Plus General Trading LLC, est spécialisée dans le recyclage et le négoce de « métaux de toutes sortes en Europe, en Afrique du Nord et en Asie », selon son site Internet. Cette société a été implantée à Dubaï « pour des raisons de flexibilité et [de] fluidité des échanges bancaires », explique M. Tazaghart.

      La seconde, Global Plus for Media Studies & Consultancies LLC, est tournée vers le conseil et l’influence, et fournit des « services d’audit et de conseil », notamment aux « acteurs gouvernementaux » dans le cadre de « campagnes de sensibilisation ». Au nom du « secret des affaires », M. Tazaghart refuse de révéler le nom des clients de ses sociétés, mais précise qu’elles génèrent conjointement l’équivalent de plusieurs millions d’euros de chiffre d’affaires par an.
      M. Tazaghart est également actionnaire à 40 % d’une société immobilière émiratie, Latar Real Estate LLC, qui possède notamment trois appartements dubaïotes qu’il a achetés sur plan pour l’équivalent de 1,1 million d’euros entre octobre 2022 et février 2023, selon des registres immobiliers consultés par Le Monde.

      Le journaliste-entrepreneur dit, en outre, percevoir des revenus salariaux « issus de [s]es activités de recherche, d’une moyenne de 10 000 euros par mois », versés sur un compte bancaire dubaïote, sans préciser l’identité de son employeur. Il y a deux ans, il expliquait à Mediapart se rendre plusieurs fois par an, contre rémunération, chez Trends Research and Advisory. Ce centre de recherche émirati est cité dans un rapport du ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans paru en mai comme l’un des instruments de la « stratégie de contre-influence » des Emirats contre le frérisme.
      Confronté au profil atypique de son commanditaire, l’IFOP, par la voix de François Kraus, considère ne pas avoir à « [s]e prononcer sur le contenu ou l’origine [dudit] commanditaire ». L’institut n’a toujours pas publié le second volet consacré aux Frères musulmans, dont les résultats figurent pourtant dans un hors-série d’Ecran de veille publié en version numérique il y a plus de dix jours.

      #Emirats_arabes_unis

  • #Javier_Milei et les #Classes_dominantes
    https://lvsl.fr/javier-milei-et-les-classes-dominantes

    Victoire du « libertarianisme », nouveau visage du « fascisme » : pour désigner l’expérience de Javier Milei en Argentine, les qualificatifs, même contradictoires, n’ont pas manqué. Une chose est certaine : les travailleurs argentins encourent une dégradation de leurs conditions de vie, au profit d’une minorité. Mais loin d’être le produit d’une adhésion de masse aux idées libertariennes, la présidence de Javier Milei résulte d’une reconfiguration des rapports de force au sein de la bourgeoisie argentine.

    #International #L'Amérique_latine_en_question #impérialisme #néolibéralisme #péronisme

  • Addio Paolo Virno
    https://ilmanifesto.it/addio-paolo-virno-militante-rivoluzionario-senza-pentimenti


    Paolo Virno diffusant le quotidien d’agitation Potere operaio. Fuori dalle linee à l’entrée de l’usine FIAT-Mirafiori en 1974 – Archives il manifesto

    Filosofo comunista e pokerista, uomo colto anti intellettuale, militante rivoluzionario senza pentimenti, Paolo Virno ha avuto il suo esodo da una vita vissuta fino all’ultimo respiro e all’ultimo malinconico sorriso.

    #Paolo_Virno

    • E ci mancheranno «le parole per dirlo». Paolo, ciao, Francesco Raparelli
      https://www.dinamopress.it/news/e-ci-mancheranno-le-parole-per-dirlo-paolo-ciao

      8 Novembre 2025

      In memoria del compagno e grande filosofo Paolo Virno, scomparso il 7 novembre, per molti di noi Maestro di pensiero e di vita. Lo ricorderemo a Esc, via dei Volsci 159, lunedì 10, alle ore 11

      Succede, nella vita, che si impara a parlare una seconda, una terza volta, e ancora. A me, così è accaduto con Paolo Virno. Paolo Virno era un filosofo, quindi un artista delle parole. Uno che afferrava cristalli di pensiero, un’idea di mondo, nelle regole grammaticali. Uno che non aveva mai perso di vista ciò che conta, ovvero che pensiero e prassi sono tutt’uno con le preposizioni: “con”, “tra”, “fra”. Si agisce e si pensa con le altre e gli altri, tra le altre e gli altri, fra una cosa e l’altra. Nel mezzo – senza principio né fine.

      Aula 6 di Lettere, Sapienza, primavera del 1998. Per ricordare l’anno 1968, presentavamo il libro di Bifo dedicato a Potere Operaio. Comparve Paolo. Il corpo, senz’altro – così alto. Ma il corpo con la parola, con una parola che sapeva farsi corpo con i gesti delle mani, con la voce e il suo volume cangiante, imprevedibile. Filosofo del linguaggio, del linguaggio di Paolo mancava qualcosa senza vedere le mani, e la braccia, con quei movimenti ampi, quasi preparassero la scena dell’enunciato. «L’inserzione del linguaggio nel mondo», avrebbe detto lui.

      Certo Paolo era stato un militante sovversivo, un «marxista non pentito», un «comunista non di sinistra». E l’aveva pagata cara, la sua militanza, negli anni della controrivoluzione e della carcerazione preventiva senza sosta. Le parole di Paolo erano parole, ma c’era dietro pure la vita di una generazione che aveva tentato la rivoluzione. «Sconfitta», diceva. Vero, ma a che prezzo? La controrivoluzione italiana, per vincere, ha dovuto imporre, manovra finanziaria dopo manovra finanziaria, il declino del Paese.
      Se oggi l’Italia è fanalino di coda in Europa per quel che riguarda i salari, se l’economia sopravvive con il terziario low cost e l’edilizia che manda gli ultrasessantenni a crepare sui ponteggi, se duemila giovani formati al mese se ne vanno, è perché c’è voluta dedizione efferata per sconfiggere la rivoluzione.

      Con Paolo inventammo, a Esc, la Libera Università Metropolitana. Con Paolo, con Toni, con Franco, con Benedetto. E tante e tanti. Il primo seminario fu subito dopo l’occupazione di via dei Reti 15, primavera del 2005. Lo spazio era ancora disagevole, usavamo una stanzetta spoglia. Discutemmo di azione innovativa, secondo Paolo. Non riguarda il genio, l’eroe, il visionario l’azione innovativa, no. Ha a che fare con quel vivente che, per vivere, deve di volta in volta mettere in forma la propria vita, creare, in cooperazione con altre e altri, le condizioni della propria esistenza. Necessaria, l’azione innovativa, ogni qual volta si tratta di applicare la regola condivisa a un caso singolo; applicandola, tutto sommato, la regola la facciamo anche di nuovo. Differenza nella ripetizione. O anche: variazione storica della natura eterna che, per Paolo, sono le nostre facoltà specie-specifiche.

      L’accademia italiana, ovvero del Paese fallito per la controrivoluzione, ha accolto Paolo tardivamente. Non poteva che andare così. Con le sue opere tradotte in tutto il mondo, la pensione lo ha raggiunto presto – troppo. Ma gli studenti lo hanno amato, in Calabria e poi a Roma Tre. Piccoli e grandi, tutti imparavano a parlare di nuovo, con lui. Ogni corso, ogni lezione, imponeva di pensare in grande, di pensare sul serio. Nonostante l’ANVUR e la VQR, o altri acronimi che hanno per obiettivo l’umiliazione della vita associata.

      Paolo era alla ricerca del sindacato rivoluzionario del lavoro precario, sottopagato, migrante. Se – folli – abbiamo fondato le Camere del Lavoro Autonomo e Precario, lo dobbiamo anche a quel documento, con diversi discusso, ma da lui scritto più di vent’anni fa («Che te lo dico a fare?»). Non ha mai smesso di essere operaista, a costo di portare il broncio alle movimentazioni recenti. Non che non riconoscesse il ruolo della finanza, l’importanza della rendita immobiliare, la guerra e le sue politiche di bilancio: cercava l’estorsione di plusvalore, Paolo, sempre. A pensarci bene, era un modo per continuare a pensare il due, il «doppio potere», la «città divisa». Filosoficamente: il possibile del reale.

      Ora, senza Paolo, vicini a Raissa, si tratterà di cercare ancora «le parole per dirlo» – proprio quelle, non altre. E sarà impervio, ma occorre provarci.

    • Faire de la philosophie avec Paolo Virno - Entretien avec Michel Valensi, 2014
      https://www.lyber-eclat.net/lyber/virno5/virno-valensi.html

      Michel Valensi : Depuis ton premier livre, Convention et matérialisme (non traduit en français) qui date de 1986, et même depuis tes premiers écrits plus politiques des années 1970, jusqu’à ce dernier livre qui paraît aujourd’hui en français sous le titre Et ainsi de suite. La régression à l’infini et comment l’interrompre, consacré à la philosophie du langage, un long chemin a été parcouru. Pourrais-tu en rappeler les étapes principales ? (Ce qui revient à raconter ta vie d’une manière ou d’une autre…).

      Paolo Virno : J’ai commencé à m’occuper de philosophie de manière systématique à la suite d’une défaite politique. Je parle de la défaite des mouvements révolutionnaires qui ont occupé la sphère publique en Occident entre la mort de John Kennedy et celle de John Lennon, donc du début des années 1960 à la fin des années 1970. Ces mouvements, qui ont, d’emblée, éprouvé une véritable aversion pour le socialisme réel tel qu’il pouvait s’incarner dans l’Union soviétique, avaient utilisé Marx en dehors et contre la tradition marxiste, en la mettant en contact direct avec les luttes en usine et la vie quotidienne des sociétés développées. Un Marx lu en même temps que Nietzsche et Heidegger, et mis à l’épreuve de Weber et de Keynes.

      #politique #philosophie

    • Quelques notes à propos du general intellect, Paolo Virno, Futur Antérieur, 1992
      http://pinguet.free.fr/virno1992.pdf

      Pour en réactiver la puissance politique, il importe de mettre en oeuvre une critique de fond du « Fragment ». Ce sera celle-ci : Marx a identifié totalement le general intellect (ou encore le savoir en tant que principale force productive) au capital fixe, négligeant ainsi le côté sous lequel le même general intellect se présente au contraire comme travail vivant. Ce qui est précisément aujourd’hui l’aspect décisif.

      La connexion entre savoir et production, en effet, ne s’épuise pas dans le système des machines, mais s’articule nécessairement à travers des sujets concrets. Aujourd’hui, il n’est pas difficile d’élargir la notion de general intellect bien au-delà de la connaissance qui se matérialise dans le capital fixe, en y incluant aussi les formes de savoir qui structurent les communications sociales et innervent l’activité du travail intellectuel de masse. Le general intellect comprend les langages artificiels, les théories de l’information et des systèmes, toute la gamme des qualifications en manière de communication, les savoirs locaux, les « jeux linguistiques » informels et même certaines préoccupations éthiques. Dans les processus de travail contemporains, il y a des constellations entières de concepts qui fonctionnent par elles-mêmes en tant que « machines » productives, sans avoir besoin ni d’un corps mécanique, ni même d’une petite âme électronique.

      Nous appelons intellectualité de masse le travail vivant en tant qu’articulation déterminante du « general intellect ». L’intellectualité de masse – en son ensemble, en tant que corps social – est dépositaire des savoirs non divisibles des sujets vivants, de leur coopération linguistique. Ces savoirs ne constituent en aucune manière un résidu, mais une réalité produite justement par l’affirmation inconditionnée du « general intellect » abstrait. C’est précisément cette affirmation inconditionnée qui implique qu’une part importante des connaissances ne peut se déposer dans les machines, mais doit se manifester dans l’interaction directe de la force de travail. On se trouve face à une expropriation radicale, qui ne peut pourtant jamais se résoudre en une séparation complète et définitive.

      #general_intellect #travail_vivant #Intellectualité_de_masse

    • Paolo Virno, la métropole et l’organisation du conflit de classe (2005, pour la IVeme Internationale ah ah ah)
      https://www.revolutionpermanente.fr/Paolo-Virno-la-metropole-et-l-organisation-du-conflit-de-classe

      Sans la mobilisation du travail précaire, je crois que la situation de la lutte de classes italienne ne bougera pas.

      Le problème fondamental, c’est les formes d’organisation de ceux qui, par définition, sont ceux qui aujourd’hui ne semblent pas pouvoir être organisés, c’est-à-dire les travailleurs précaires. Pour organiser le travail précaire, il faut mobiliser la culture, les formes de vie, les goûts esthétiques, les inclinations éthiques, c’est-à-dire le monde de la vie comme le disent certains philosophes. Voilà le pari. Le travail précaire est semblable à une dimension complexive de l’existence.

      Alors je crois que le jeune ouvrier, et la jeune ouvrière surtout, de [Fiat] Melfi, montrent par leur condition et à travers leurs formes de lutte qu’ils viennent d’expérimenter une condition plus générale, commune aux travailleurs précaires. Ils sont la pointe d’un iceberg, même s’ils disposent d’un boulot relativement stable. Je crois que cette émergence, les autoferrotranvieri, les luttes de Melfi, sont comme une prémisse ou un symptôme de la mobilisation du travail social précaire. Et j’ajoute, précaire et également intellectuel. Par intellectuel je n’entends pas les gens qui ont fréquenté l’université, j’entends aussi ceux qui réalisent les tâches les plus humbles et mobilisent les capacités cognitives et linguistiques de notre espèce. Je n’entends pas par intellectuel une sorte de spécialisation, de qualification particulière, mais une expérience de travail qui comprend toujours, d’une manière fondamentale, l’utilisation des capacités linguistiques et cognitives de notre espèce. Alors je pense l’immigré ou le jeune précaire comme intellectualité de masse, à condition d’entendre intellectualité de masse par ce que je viens de définir.

      (...) pour nous, le « general intellect », le cerveau social, c’est la coopération du travail vivant (...)

      #classe_ouvrière #multitude #communisme

    • La vie militante

      Paolo Virno : la révolution, joyeuse ambition , Andrea Colombo, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-la-rivoluzione-allegra-ambizione

      Souvenir

      Intellectuel et anti-intellectuel, il a milité dans Potere Operaio, subi une incarcération injuste, travaillé au manifesto, enseigné la philosophie. Jamais résigné à la triste mission de rendre le monde un peu plus juste : il voulait le renverser.

      Paolo Virno fut un acteur essentiel de la gauche révolutionnaire italienne, et un rédacteur inoubliable de ce journal.

      Dans la fin des années 1980, Paolo sortait à peine d’une odyssée judiciaire kafkaïenne, passée à l’histoire sous le nom de « 7 avril ». On l’avait inculpé et emprisonné sous des accusations ridicules, auxquelles même les magistrats ne croyaient pas, mais pour une raison juste, quoique inavouable : celle d’être un révolutionnaire communiste décidé à renverser l’ordre existant, convaincu que vivre, c’est marcher sur la tête des rois. Sa méfiance envers la magistrature démocratique [les juges membres ou sympathisants du Parti communiste, NdT], jamais démentie jusqu’à son dernier jour, naquit de cette expérience.

      Paolo rejoignit ensuite le manifesto, dans la section culturelle — qui comprenait alors aussi les spectacles. Mais il ne voulait pas, et nous ne voulions pas, d’une section culturelle comme les autres, fût-elle très politisée. Nous visions un « contre-journal », capable de regarder ce que l’urgence de l’actualité reléguait hors des premières pages : non les acrobaties du CAF (le triumvirat Craxi, Andreotti, Forlani), ni les gloires lointaines des guerres de libération, mais les transformations radicales des forces productives encore à l’état naissant à la fin des années 1980.

      L’émergence d’un nouveau prolétariat intellectuel et inventif, remplaçant la répétition mécanique de la chaîne par l’usage de l’esprit. Le paradoxe d’une société du salariat rendue obsolète et parasitaire par le développement des forces productives , mais dont on ne sortait qu’en en conservant les règles — parce que la survie du commandement l’exigeait.

      De cette ambition naquit le périodique Luogo comune, et une grande part du combat se jouait déjà dans les pages du manifesto. Ceux qui voudraient comprendre peuvent lire la compilation Negli anni del nostro scontento (DeriveApprodi, 2023), qui rassemble ses articles : on y découvre une capacité unique à repérer les lignes de force du nouvel ordre social, mais aussi ses failles, jusque dans les films populaires, les émotions d’une époque ou le lexique des intellectuels.

      Cette ambition révolutionnaire totale fut la marque constante de l’action politique et de la réflexion philosophique de Virno. Tous ses livres, sans exception, visent à subvertir le présent, même quand ils s’attardent sur les jeux d’esprit ou les limites du langage.

      Jamais il ne s’est contenté de « rendre le monde un peu meilleur ». Il savait que sans une vision apte à ébranler l’ordre entier, on n’obtient même pas un meilleur salaire. Il allait toujours au bout du jeu.

      Il a vécu dans la conscience d’une défaite historique, sans jamais s’y résigner. Ancien militant et dirigeant de Potere Operaio, organisation dont l’influence allait bien au-delà de ses modestes effectifs, il avait su garder l’esprit de cette époque où la révolution semblait à portée de main.

      Mais sa pensée n’était pas nostalgique : il considérait l’arsenal du passé comme un fardeau, sauf la méthode héritée de l’opéraïsme, qu’il revisita jusqu’à la rendre méconnaissable. Il traquait les nouvelles subjectivités, les formes inédites de résistance, et affirmait qu’aujourd’hui, être communiste est incompatible avec appartenir à la gauche traditionnelle, nuisible plus qu’inutile.

      Pour beaucoup, Paolo fut un maître de pensée critique, un compagnon et un ami. Pour certains, comme moi, il l’était depuis le lycée romain et Potere Operaio.

      À ceux qui ne l’ont pas connu, il laisse des textes qui seront étudiés comme des armes de la lutte de classe moderne. Mais il leur manquera ce qu’aucun texte ne peut rendre : sa générosité proverbiale, son indifférence à l’argent, sa présence solide dans l’épreuve, son ironie et sa joie. L’avoir eu pour ami fut un privilège rare.

      La passion politique

      Un éclaireur de l’exode à la visée sûre, Marco Bascetta, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/un-apripista-dellesodo-dotato-di-ottima-mira


      Foto di Nora Parcu

      Plus les histoires sont longues et intenses, plus les expériences et les sensibilités sont entrelacées, moins on sait par où commencer.

      Pourquoi pas, alors, par une petite rubrique de la revue Luogo comune, qu’au début des années 1990 Paolo avait lancée avec un groupe de camarades et d’amis : « Citations face à l’ennemi », inspirée du cliché western — repris plus tard par Tarantino — où le tireur cite un verset biblique avant de dégainer.

      Eh bien, les articles de Paolo, ses essais courts, forment un catalogue extraordinaire de “citations face à l’ennemi” : extraites d’un vaste savoir, aiguisées par une passion politique et une précision de tir inégalées.

      Jamais son travail n’a été sans cible, même lorsqu’il distingua clairement militance politique et recherche philosophique. Non pour en nier le lien, mais pour en préserver le rigoureux équilibre. Deux tâches aussi décisives, disait-il, ne peuvent être menées à moitié.

      Beaucoup d’entre nous furent déconcertés : nous vivions justement dans cette zone grise où la pensée longue se mêle à l’urgence de l’action. Mais sa radicalité continuait d’alimenter les mouvements, et face à tout événement nouveau, nous revenions toujours à quelque éclair philosophique de Paolo.

      Ces dernières années, après avoir quitté l’enseignement, il voulait retrouver un rapport direct à la lutte politique. Nous en parlions souvent, sans trouver la voie à la hauteur de sa radicalité.

      S’il est un mot qu’il incarnait pleinement, c’est « compagno » [camarade] : amitié, affection, espérance, intelligence collective et liberté individuelle. Ce mot, sérieux et enjoué, fut celui par lequel il nous salua, Andrea Colombo et moi, jeudi matin encore.

      Car Paolo appelait son petit cercle de Luogo comune les « marxistes non de gauche » — une ironie dirigée contre les socialistes des années 1960 qui se disaient « gauche non marxiste ». Cela signifiait une critique marxiste non affadie par le compromis ni contaminée par le populisme, fidèle à la tradition matérialiste mais en attente d’un renouveau.

      Il choisit pour cela la voie exigeante de la philosophie du langage, un travail à plein temps. Et même dans ses ouvrages les plus techniques, on croise ses cibles politiques de toujours — l’État, le peuple, le salariat — et ses piquantes « citations face à l’ennemi ».

      Je ne sais pas écrire la mesure du vide qu’il laisse après 56 ans d’amitié née au lycée romain. Je me confie à une dernière citation de cinéma chère à Paolo, que nous aimions répéter :

      « Cher ami… che te lo dico a fa’ ? » (à quoi bon te le dire ?).

      La recherche philosophique

      Au-delà du capital, la partie reste ouverte, Massimo De Carolis, il manifesto, 9/11/2025
      https://ilmanifesto.it/oltre-il-capitale-la-partita-e-aperta

      Fidèle jusqu’au bout à l’idée marxienne que le déclin du capitalisme marque le commencement, et non la fin, de l’histoire humaine, Paolo Virno a su faire entrevoir la trace d’une autre histoire.

      Depuis les années 1970, il s’interrogeait : que se passe-t-il quand les conditions mêmes de la possibilité de l’histoire — langage, praxis, nature — cessent d’être un simple arrière-plan pour devenir la matière même des événements ?

      De cette question découle sa démarche : élargir les notions politiques de force de travail ou de multitude en concepts anthropologiques, et inversement, découvrir la charge politique des notions d’action innovatrice ou de faculté de langage.

      Dans Le souvenir du présent, il écrivait :

      « Le capitalisme historise la méta-histoire : il l’inclut dans le domaine prosaïque des événements, il s’en empare. »

      En transformant en marchandise non pas le travail accompli mais la force de travail comme puissance humaine générale, le capitalisme a replié l’histoire sur elle-même.

      Dès lors, ce qui enrichit le capital, ce n’est pas tant la propriété du produit que le pouvoir de décider, en amont, quelles potentialités humaines pourront se réaliser.

      Ce pouvoir est longtemps resté caché, mais il se révèle pleinement avec le postfordisme : grâce à la technologie, le travail salarié devient marginal, un « résidu misérable », et pourtant le dominion du capital s’intensifie, s’étendant à toute la vie.

      La biotechnologie se nourrit des potentialités de la nature, les plateformes exploitent nos facultés communicatives, la finance spécule même sur les crises.

      L’excès de possibilités se renverse en impuissance, menaçant de fin de l’histoire.

      Mais pour Virno, la partie reste ouverte : l’alternative existe dans les pratiques humaines ordinaires — langage, action commune, esprit, amitié — où se tisse une autre orientation de l’histoire.

      D’où son intransigeance envers une “gauche” nostalgique et inconsistante, et son attachement aux mouvements révolutionnaires des années 1970, qui avaient entrevu que l’enjeu politique n’est rien de moins que la dignité de l’humain.

      Et de cette dignité, Paolo Virno a donné la preuve vivante, dans sa militance, sa prison, sa pensée, et même dans la façon tranquille dont il a affronté la maladie. Une cohérence naturelle, signe du vrai maître.

      Creuser le langage : l’enseignement de Paolo Virno , Christian Marazzi, effimera, 9/11/2025
      https://effimera.org/scavare-il-linguaggio-linsegnamento-di-paolo-virno-di-christian-marazzi

      Nous devons creuser marxiennement le langage — mais le langage désormais intérieur aux processus productifs, le langage mis au travail après la crise du fordisme. C’est ainsi que nous parlait Paolo, définissant un programme collectif de travail au long cours pour construire les nouvelles armes de la lutte de la multitude.
      Convention et matérialisme date de 1986 ; c’est dans ce livre que, pour la première fois, il est question de l’ordinateur comme « machine linguistique », cette technologie qui a déterminé le tournant linguistique des processus de numérisation et de valorisation de l’économie, du monde, de la vie.

      Il en écrivit une partie en prison, dans la cellule où se trouvaient également Toni Negri et Luciano Ferrari Bravo. Luciano me décrivit un jour le cliquetis de la machine à écrire de Paolo lorsqu’il rédigeait ses textes : lent, avec de longues pauses entre un mot et l’autre, comme si Paolo caressait chaque lettre, comme si chaque mot était un corps en devenir. Il semblait les écouter, ces mots, descendant dans la profondeur de leur vérité, de leur corporéité.

      Parfois, il employait des mots archaïques, comme pour signifier une histoire commencée il y a longtemps : l’histoire de la lutte des classes. Pour Paolo, l’usage des mots était un entraînement à l’usage de la vie : une vie singulière, individualisée, précédée d’un je collectif, d’un social présocial, garantie de l’existence politique « des nombreux en tant que nombreux ».

      Le collectif de la multitude contre le peuple comme réduction à l’un, la fuite de la souveraineté vers une démocratie non représentative. La postface à L’individuation psychique et collective de Gilbert Simondon est magistrale : on la lit et la relit, et chaque fois on a l’impression de recommencer, de marcher avec les autres, de se libérer avec les nombreux en tant que nombreux.

      Et combien de textes Paolo a-t-il écrits pour dévoiler les pouvoirs et les limites du langage ! Du langage comme action — ce « faire des choses avec des mots » de John Austin (le titre seul suffisait, disait-il) — qui a permis d’entrer, armés, dans le temps de la linguisticité monétaire, dans l’illusion d’une fuite cryptée du centre des banques : le problème n’est pas le centre, le problème est la forme linguistique de la monnaie, sa domination sur nos vies, nos désirs, nos affects.

      Paolo fut un ami, un frère, un camarade, une personne splendide. Il nous a pris par la main avec discrétion et puissance théorique, avec élégance et passion politique.

      Paolo, nous t’avons aimé, nous t’aimerons toujours.

    • Paolo Virno : 1977, le début d’un temps nouveau

      1977 contre le présent. Le mouvement de 1977, quarante ans après
      Entretien avec Paolo Virno, Ilaria Bussoni, Roberto Ciccarelli, il manifesto, 5/4/2017
      https://ilmanifesto.it/paolo-virno-1977-lesordio-del-tempo-nuovo

      « Quarante ans plus tôt, c’est aujourd’hui. En Italie et ailleurs, a émergé une force de travail devenue ressort de la production et moteur des institutions. »
      « Les œuvres de l’amitié méritent d’être défendues : elles produisent des formes de vie et construisent des embryons d’institutions. »


      1977, Rome, université La Sapienza occupée. Photo Tano D’Amico

      Le moment 1977

      « 1977 » est une date conventionnelle : les sujets sociaux et les formes de lutte dont on se souvient ont surgi plus tôt, raconte Paolo Virno, l’un des plus importants philosophes italiens et figure centrale de la revue du mouvement Metropoli.

      « À Milan, il y avait les cercles du prolétariat juvénile, les manifestations pour les meurtres de Zibecchi et Varalli, les mobilisations contre le travail au noir. Ce ne furent pas seulement des sujets non ouvriers qui firent irruption sur la scène publique. 77 comprend aussi les dix mille nouvelles embauches de Fiat : pour la première fois, beaucoup de femmes et de jeunes diplômés. En juin 1979, ils bloquèrent Mirafiori avec la même détermination qu’en 1969 ou 1973. On vivait une accélération générale, extrême, qui traversait toute la force de travail. Cette année-là, tout éclata : une anticipation subjective, subversive, d’un nouvel ordre qui devait ensuite prendre les traits plombés de l’ordre productif du capitalisme néolibéral. »

      Une anticipation de l’avenir

      Qu’est-ce qui a anticipé le mouvement ?

      « 1977 a été un commencement. On y voit apparaître de nouvelles figures de la force de travail : fondées sur la production cognitive, la coopération linguistique, et une réorganisation du temps de travail qui avait alors une coloration subversive. Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement annonce l’avenir : dans les années 1910, les grandes luttes des ouvriers déqualifiés aux USA avaient précédé le fordisme. Plus tôt encore, dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, les vagabonds chassés des terres, non encore intégrés à la manufacture, incarnaient déjà une dangereuse potentialité sociale.

      De même, 1977 a un double visage : d’un côté, une matière première de comportements, d’affects et de désirs rebelles devenus force productive, état de choses actuel ; de l’autre, la voie sur laquelle circulent aujourd’hui pouvoir et conflit. »

      La force de travail et ses facultés

      Quelles caractéristiques de la force de travail se sont imposées alors et demeurent actuelles ?

      « 1977 a anticipé, à travers des luttes très dures, ce qui importe vraiment aujourd’hui. Marx parlait d’un intellect général qui n’est plus contenu dans le capital fixe mais dans les sujets vivants. Connaissance, affects et intelligence existent désormais comme interaction et coopération linguistique du travail vivant. Ce renversement dépasse même l’aveuglement de Marx, pour qui le temps de travail restait un résidu, tandis que la connaissance et l’intellect étaient incorporés aux machines.

      La reproduction de la vie, et les qualités productives de la force de travail, ne se développent plus seulement dans la sphère du travail. Pour produire de la plus-value, les entreprises ont besoin de personnes formées dans un milieu plus vaste que l’atelier ou le bureau — justement pour être plus productives une fois revenues à l’atelier ou au bureau. »

      Nature humaine et production sociale

      Quelles facultés humaines sont mobilisées dans ce processus ?

      « Je m’arrête sur trois éléments fondamentaux de la nature humaine :

      1. la néoténie, c’est-à-dire la persistance de traits infantiles tout au long de la vie ;

      2. l’absence d’une niche environnementale propre à l’espèce humaine, dans laquelle elle pourrait s’installer avec sécurité ;

      3. la faculté de langage, bien différente des langues particulières, plastique et indéterminée.

      1977 fut le premier mouvement mondain, néoténique et potentiel, qui fit de ces facultés une force au lieu de chercher à les contenir. Jusqu’alors, les institutions s’en défendaient ; depuis, elles les ont intégrées, en faisant des ressorts de la production sociale et du moteur des formes institutionnelles. La néoténie s’est muée en flexibilité et formation continue. L’absence de niche est devenue mobilité et polyvalence. »

      Le renversement néolibéral

      Comment la contre-révolution néolibérale a-t-elle transformé ces traits ?

      « Ces caractéristiques se sont répandues, mais avec un signe inversé. La prolifération de hiérarchies minutieuses et de barrières exprime la fin de la division du travail sous le capitalisme. Celle-ci est désormais dysfonctionnelle ; elle sert surtout à coloniser le caractère public des tensions éthiques, émotionnelles et affectives de la force de travail. Leur variabilité et leur imprévisibilité sont transformées en descriptions de poste.

      Pourtant, ces tensions font partie de la valeur d’usage de la force de travail et de son rapport au monde. Partager intellect et langage devient une condition vitale. Mais la segmentation du caractère trans-individuel du travail est aujourd’hui bien plus accentuée que ne l’exigeait jadis la division du travail. Le maximum de potentialité se renverse en impasse : un renversement disciplinaire rendu nécessaire par cette familiarité avec le potentiel, qui autrement ferait exploser l’ordre productif.

      Certaines luttes actuelles en sont le prolongement direct, un document vivant de 1977. Leur centralité dément l’idée que nous aurions alors représenté une “seconde société” des exclus : c’était au contraire la “première société”, celle qui s’inaugurait — et c’est celle que nous sommes encore aujourd’hui. »

      Le blocage du conflit général

      Pourquoi n’a-t-on pas su, depuis, construire une action sociale capable de renverser le nouvel ordre productif, affectif et politique ?

      « C’est la question décisive, posée dès les années 1990, quand on croyait “l’hiver de notre mécontentement” terminé et qu’allait commencer la phase civile, parce que rebelle, de la nouvelle réalité productive. Il n’en a rien été : Berlusconi est arrivé. Depuis 2007, la crise mondiale nous engluait, et la fermeture s’est accentuée. »

      Les conditions d’une alternative

      Que manque-t-il pour définir une alternative concrète ?

      « Le minimum syndical : le conflit sur les conditions matérielles — temps de travail, salaire, revenu. C’est le point de départ, devenu extrêmement difficile. Il est impensable aujourd’hui qu’une lutte de travailleuses de centres d’appel ne s’accompagne pas de la création d’un embryon de nouvelles institutions.

      Pour éviter un licenciement ou obtenir trente euros de plus, il faut désormais faire la Commune de Paris. Chaque pas de conflit contient déjà l’invention expérimentale d’institutions post-étatiques. »

      La crise de la représentation

      Pourquoi 1977 a-t-il rejeté les formes de représentation politique connues jusqu’alors ?

      « La crise de la représentation est irréversible. En Europe, et pas seulement, émergent des formes authentiques de fascisme : une terre de personne que peuvent occuper des pulsions opposées. 77 en fut une des manifestations, que le mouvement comprit en temps réel lorsque Lama [chef de la CGIL, le syndicat communiste, NdT]] et son service d’ordre furent chassés de La Sapienza.

      Ce processus de long terme a mis fin au monopole étatique de la décision politique. Mais croire que cette crise n’appartient qu’à un seul camp est une illusion : le populisme en est une autre expression. Il est devenu le liquide amniotique où croissent populismes et fascismes : les frères jumeaux, glaçants, des aspirations libératrices — la version monstrueuse de quelque chose qui nous appartient. »

      Désobéissance et droit de résistance

      Comment ce refus s’est-il exprimé ?

      « Par la désobéissance, notamment. Ce thème prit alors une valeur presque constitutionnelle. Il remit en cause ce que Hobbes appelait l’acceptation du commandement avant même celle des lois. Il ne peut exister de loi imposant de ne pas se rebeller.

      En 1977, la désobéissance a remis en question l’obéissance : cela précède tout dispositif législatif concret. Ce fut une année très violente, mais, une fois ôtés les fétiches de la violence construits ensuite, le mouvement affirma un droit de résistance face à la nouvelle configuration des institutions post-étatiques.

      Cette violence n’était pas opposée à celle de l’État ou de l’armée : c’était la défense de quelque chose que l’on avait déjà bâti. La photo de Paolo et Daddo prise par Tano D’Amico le 2 février le symbolise. »


      Les œuvres de l’amitié

      Qu’aviez-vous construit pour le défendre si ardemment ?

      « Le ius resistentiae défend ce qu’on a déjà créé : les œuvres de l’amitié — une amitié publique qui produit des formes de vie, faite de coopération, d’intellect général et de travail vivant.

      En 1977, l’amitié cesse d’être une catégorie secondaire : le couple ami/ennemi est renversé, et l’amitié devient coopération excédentaire, capable de construire des embryons d’institutions, des formes de vie qui méritent d’être défendues à tout prix.

      Le ius resistentiae n’est pas une violence plus modérée que celle des jeunes femmes de l’Institut Smolny, à Pétersbourg, qui marchèrent sur le palais d’Hiver. »

      Le premier pas

      Comment faire le premier pas ?

      « En cultivant son incomplétude, en la rendant réceptive et vertueuse. Il faut se tenir prêt à accueillir l’imprévu, et cela dépend de la capacité du travail précaire et intermittent à s’imposer sans ménagement.

      Face à un imprévu attendu, la philosophie politique doit s’arrêter et attendre. Pour moi, la limite — et le sommet — de la réflexion théorique équivaut, aujourd’hui, à ce qu’étaient les Industrial Workers of the World aux USA. Si je pense à quelque chose qui ressemble au post-77, et au 77 s’étant mis au travail, c’est à eux que je pense ».


      Un souvenir

      As-tu un souvenir particulier d’une journée de cette année-là ?

      « La manifestation la plus proche d’un caractère insurrectionnel fut celle de Rome, le 12 mars : un cortège sans slogans ni drapeaux, après le meurtre de Francesco Lorusso à Bologne la veille.

      Je me souviens d’un vieil homme marchant péniblement devant le ministère de la Justice, via Arenula : c’était Umberto Terracini, fondateur du PCI, antifasciste, président de l’Assemblée constituante. Au premier congrès de l’Internationale communiste, à Moscou, il avait parlé en français, et Lénine lui avait répliqué, le jugeant trop extrémiste : “Plus de souplesse, camarade Terracini.”

      Pour lui, il allait de soi de participer à cette manifestation. Ce fut un moment profondément émouvant. »

    • Il compagno, l’amico, il maestro. La vita condivisa di Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/il-compagno-lamico-il-maestro-la-vita-condivisa-di-paolo-virno

      ADDIO A PAOLO VIRNO L’amore per il mare di Capri e quello per la condivisione. Sempre con radicalità, ma con metodo, perché ’l’eccesso esige misura, se si vuole che sia tale’

      Paolo Virno: la rivoluzione, allegra ambizione


      Il saluto saluto a Paolo Virno ieri all’Esc atelier autogestito – Foto di Emanuele De Luca

      C’è una grande immagine degli scogli nelle acque di Capri con Paolo Virno che si tuffa. È il mare che ha amato e che, osservandolo dal finestrino mentre da Roma raggiungeva Cosenza e l’Università della Calabria, dove ha insegnato per qualche anno prima di tornare a Roma 3, rimpiangeva. «Se adesso non scendiamo da questo treno e non prendiamo un traghetto a Napoli, la giornata è persa», diceva Paolo a Marco Mazzeo, che è stato suo allievo. E che ieri, insieme a tanti e tante, ha partecipato al saluto collettivo a colui il quale è stato amico, compagno, maestro, vicino di cella, avversario a poker o sul campo da tennis del centrale di Rebibbia, che i detenuti avevano tracciato per trascorrere le ore d’aria.

      DUNQUE, IL MAESTRO. «Non c’è un centimetro di questo luogo che non sia stato pensato con Paolo» racconta Francesco Raparelli dando il benvenuto a Esc, l’atelier autogestito che fin dall’inizio ha ospitato la Liberà università metropolitana che Virno aveva concepito vent’anni fa assieme a una nuova generazione di militanti dei movimenti studenteschi e precari.

      «Per noi è stato un maestro antico – dice Francesco – Di quelli che non si limitano a insegnare concetti, ma insegnano anche a parlare, a muovere le mani, a intervenire in assemblea e ad alzare la voce quando serve». I «grandi filosofi», prosegue Francesco, «ti impongono le loro ossessioni e attraverso di esse creano attrito», tra le ossessioni di Virno c’era quella di «organizzare lo sciopero del lavoro precario: quando non lo trovava al centro delle nostre azioni, teneva il broncio ai movimenti».

      POI, L’AMICO. Paolo teorizzava l’amicizia, la considerava un modo per avvicinarsi alla propria essenza. Se l’amicizia per Aristotele è «condividere la vita», diceMassimo De Carolis, questa per lui aveva a che fare con le caratteristiche della nostra specie: «Gli esseri umani in quanto tali sono capaci di condividere la vita». Paolo, testimonia Andrea Colombo che è stato tra gli amici che lo hanno assistito fino alla fine, «era divertente persino nelle ultime giornate». E la sorella Luciana, che ricorda questo fratello che gli incuteva al tempo stesso «soggezione e tenerezza», conferma che «senza compagni e amici l’ultimo pezzo sarebbe stato difficile». Anche dedicandosi alla teoria linguistica, assicura ancora Colombo, Paolo «non ha mai scritto una riga senza pensare che andasse usata contro i padroni». Con questa capacità di condividere la vita e pensare il conflitto sempre, «restituiva valore, sostanza e spessore alla parola compagno». Per Andrea Fabozzi resta il «rimpianto» per le cose che si sarebbero potute fare.

      CON ALCUNI compagni e amici, raccontava Paolo, aveva passato «troppo tempo e poco spazio». Si riferiva alla carcerazione, prima negli speciali e poi nel braccio G8 di Rebibbia, dove si costituì l’area omogenea, ripartirono i seminari, si pensò a come uscire dalla sconfitta senza cedere alla delazione. A un certo punto qualcuno riuscì a far entrare dei barattoli di sugo alla marijuana. E quando tutto il braccio del 7 aprile mangiò la pasta col condimento speciale le risate a crepapelle si sprigionarono. In quel vortice psichedelico, Toni Negri teorizzò, tra risate dissacranti, che era ancora possibile vincere. «La sconfitta per lui era solo un episodio», riferisce il fratello Claudio. Un altro Claudio, D’Aguanno, compagno di detenzione, si esercita sul Virno uomo di sport. Da pokerista, non voleva solo partecipare: voleva vincere. E a calcio, «nel torneo di Rebibbia che chiamammo Insurrezione», accadde: «Almeno quella volta vincemmo l’insurrezione».

      C’È IL PAOLO COMPAGNO di vita e marito. «Se qualcuno mi avesse detto che io, russa, avrei sposato un comunista avrei pensato che era pazzo – dice la sua compagna Raissa Raskina – Volevo dare felicità a quest’uomo commovente nel privato. Paolo era estraneo a ogni comfort borghese, ho dovuto fare come Santippe che ricordava a Socrate che non poteva vivere in quel modo». Poi legge un messaggio ricevuto da una vicina di casa, che osservava Paolo dal terrazzo adiacente: «Per me era un maestro di vita: aveva saputo accettare gioie e dolore con semplicità di animo». Aveva, dicono in molti, un metodo anche nella radicalità. Perché, diceva, «l’eccesso esige qualche misura, se si vuole che sia tale». O invitava un compagno più giovane a «non abusare della potenza». La sua esistenza condivisa e generosa, rimanda ad un altro dei suoi consigli: «Non vivere mai al di sotto delle proprie possibilità».

      Gli articoli del manifesto di e su Paolo Virno
      https://ilmanifesto.it/collezioni/paolo-virno

      #centre_social #précaires

    • Paolo Virno (1952-2025) a enseigné la philosophie du langage à l’Université de Rome. Aux Éditions de l’éclat ont paru plusieurs de ses ouvrages depuis 1991 : Opportunisme, cynisme et peur (1991), Miracle, virtuosité et ‘déjà vu’ (1996), Le souvenir du présent (1999), Grammaire de la multitude (2002), Et ainsi de suite… La régression à l’infini et comment l’interrompre (2013), Essai sur la négation (2016) et L’usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (2016) qui reprend un ensemble d’articles parus entre 1980 et 2016, Avoir. Sur la nature de l’animal parlant (2021), De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2022).

      https://www.lyber-eclat.net/auteurs/paolo-virno

      #livre #subjectivité #langage

    • LE SPECTRE D’OUSSAMA BEN LADEN ET LE POUVOIR DESTITUANT - Entretien posthume avec Paolo Virno
      https://lundi.am/LE-SPECTRE-D-OUSSAMA-BEN-LADEN

      Quand peut-on parler de biopolitique ? Quand se réalise, dans une régime historique déterminé, le neuvième livre de la Métaphysique d’Aristote, celui qui s’occupe de la différence entre puissance et acte. Le moment décisif de la biopolitique est quand il y a un régime social qui met au centre de tout son fonctionnement la dynamis, la puissance en tant que puissance séparée, disjointe de l’acte.

      La puissance humaine de penser, bouger, éprouver du plaisir, celle qui est somatique et celle qui est intellective. Cette puissance est énucléée, en tant que puissance séparée de l’acte, à un moment précis. Ceux qui font remonter la biopolitique au droit romain archaïque ou à un quelconque mythologème ressuscité pour l’occasion ne nous montrent pas comment sont réellement les choses. Cette puissance est énucléée en sa qualité de puissance, à tel point qu’elle s’achète et se vend, uniquement en présence de la figure de la force-travail. C’est une puissance qui n’a rien à voir avec sa mise en application, c’est une potentia qui peut être vendue et achetée. On achète la puissance de penser, de parler.

      Il devient alors intéressant de voir comment est constitué le bios humain, ce qu’est cette puissance de penser, ce qu’est cette puissance de parler, outre, évidemment, la puissance musculaire et motrice. C’est alors que la vie prend tout son sens, car la puissance en est, par définition, l’élément essentiel, mais elle n’existe sous aucune forme de réalité autonome. La puissance de parler n’existe pas, je ne peux pas la toucher, ni l’acheter, ni l’échanger. Elle a pour enveloppe, par contre, un corps vivant. Le corps vivant n’est pas soigné et gouverné en tant que tel, c’est pourquoi on constate un intérêt abstrait pour les maladies, les enterrements, l’enfance…

      Ce n’est qu’à partir du moment où a eu lieu la matérialisation historique de l’autonomie de cette puissance qu’on gouverne les corps, ce n’est qu’à partir de là que la vie devient non pas la vie, parce que ce qui nous intéresse, au sujet de la vie, ce n’est pas la vie elle-même, mais sa capacité à porter ce qui n’aurait pas, autrement, de configuration propre et autonome. (...)

    • Philosophie

      https://www.liberation.fr/livres/2013/09/25/livres-vient-de-paraitre_934665

      Ce qui est proprement humain, c’est d’introduire un « non » dans n’importe quelle proposition, de pouvoir penser qu’il est « possible de », et enfin d’être devant la solution d’un problème qui ouvre à un autre problème, et ainsi de suite à l’infini. Ces trois modalités sont « le socle logique de la métaphysique ». Paolo Virno n’insiste ici que sur la troisième, à savoir la régression à l’infini, mais l’envisage surtout du point de vue d’une « anthropologie matérialiste », qui en déplace le champ vers celui, par exemple, des émotions et des affects : comment, à « et ainsi de suite », peut-on opposer un « maintenant, ça suffit », notamment dans la honte, l’espoir, l’orgueil, l’ennui, la transformation de la peur en angoisse, de la satisfaction en bonheur ?
      R.M.

      https://www.lyber-eclat.net/livres/et-ainsi-de-suite

      #interrompre

    • Comme Paolo Virno l’avait prévu, lorsque nous parlons, nous travaillons. Lorsque nous écrivons, nous codons la bête (Paul B. Preciado).

      https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/refusons-de-nourrir-la-bete-chatgpt-par-paul-b-preciado-20250523_NOO7UVBA

      (plus étroitement, une pensée tout droit issue de l’expérience militante. de celle qui fait aujourd’hui choisir de se taire lors des rassemblements publics, manifestations : tout ce qui est lâché sera utilisé par une ennemi qui a généralisé pour son compte la pratique de la reprise)

    • Souvenir du présent, Jean-Baptiste MARONGIU
      https://www.liberation.fr/livres/1996/07/11/souvenir-du-presentpaolo-virno-miracle-virtuosite-et-deja-vutrois-essais-

      Histoire, philosophie et politique : trois essais pour en faire un, trois approches concentriques d’un monde déboussolé, dont l’éclatement est comme signalé par l’écart creusé entre les régimes de discours mobilisés pour le saisir. Dans son essai politique, Paolo Virno (qui a déjà publié en français Opportunisme, cynisme et peur, L’Eclat, 1991) revient, pour s’en éloigner, sur certains aspects de l’œuvre de Hannah Arendt. L’essai philosophique met en résonance la catégorie de sublime de Kant avec celle d’émerveillement de Wittgenstein pour délimiter un monde non métaphysique. Enfin, le troisième essai­ interaction entre mémoire et philosophie de l’histoire ­ sert de cadre à ces deux tentatives. Paolo Virno sollicite, entre autres, Bergson, Nietzsche, Kojève, pour mettre à l’épreuve le concept de « fin de l’histoire ». Au centre de son dispositif, Virno place le « déjà vu », ce sentiment « typique de celui qui se regarde vivre ». Le déjà vu est donc une pathologie individuelle ayant pris aujourd’hui une dimension publique. Relevant de ce syndrome, la « fin de l’histoire » est un autre aspect de cet excès de mémoire, de cette domination du « souvenir du présent » qui caractérise la situation contemporaine. Cependant, toute fin d’histoire ouvre à des histoires possibles, mais il faudra alors apprendre à maîtriser ce souvenir du présent, si on ne veut pas devenir « le spectateur de soi-même » ou collectionner « sa propre vie, au fur et à mesure qu’elle s’écoule, au lieu de la vivre véritablement ».

      Paolo Virno, Miracle, virtuosité et « déjà vu ». Trois essais sur l’idée de « monde ». Traduit de l’italien par Michel Valensi. L’Eclat

    • Comme le temps passe. On se souvient de la mort, elle n’est pas devant nous.
      https://www.liberation.fr/livres/1999/07/08/comme-le-temps-passeon-se-souvient-de-la-mort-elle-n-est-pas-devant-nous-

      En partant du phénomène du « déjà vu », des rapports de la mémoire et du temps, Paolo Virno retourne l’idée de « fin de l’Histoire ».

      Pourquoi annonce-t-on la « fin de l’Histoire », au moment où, au contraire, semblent se déployer des conditions inouïes d’existence historique de l’être humain ? Ne serait-ce plutôt une philosophie de l’Esprit qui arrive à son terme, celle même qui a prétendu achever l’histoire ? Est-il possible, sur ces décombres, de bâtir un nouveau matérialisme qui, une fois jetés aux fameuses poubelles et la dialectique et le positivisme, recherche les fondements de son historicité dans la faculté la plus propre à l’homme, la mémoire ? C’est à ces questions que Paolo Virno consacre le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. D’ailleurs, le philosophe italien (né à Naples en 1952, il vit à Rome) avait déjà amorcé une partie de cette réflexion dans Miracle, virtuosité et « déjà vu » (L’Eclat, 1996).

      Pathologie spécifique de la mémoire, le symptôme du « déjà vu » sert à Paolo Virno pour éclairer d’une manière inattendue et fascinante le thème philosophique ­ devenu désormais un lieu commun ­ d’un arrêt de l’histoire voire de sa fin. Bergson a attiré le premier l’attention sur ce paradoxe : on croit avoir vécu (vu, entendu, fait, etc.) quelque chose qui au contraire est en train d’arriver pour la première fois. « Le sentiment lié au « du déjà vu, écrit Virno, est typique de celui qui se regarde vivre. ( ») On devient spectateur de ses propres actions, comme si elles appartenaient désormais à une vieille copie que l’on repasserait sans cesse. Spectateur hagard, quelque fois ironique, souvent enclin au cynisme, l’individu en proie « au déjà vu est l’épigone de lui-même. » Plus généralement, vu la prédominance objective qu’a pris le virtuel dans n’importe quel type de pratique, c’est toute la situation contemporaine qui est aux prises avec un inquiétant excès de la mémoire : « Le souvenir du présent, dont la fonction particulière est de représenter le possible, se manifeste sans retenue parce que l’expérience du possible a pris une très grande importance dans l’accomplissement des tâches vitales. » Le souvenir du présent a un côté maladif, mais, en même temps, il est la condition normale de la production de la mémoire. En effet, chaque présent est à la fois perçu et mémorisé, sans quoi aucun souvenir ne serait possible et, partant, aucune saisie temporelle du monde. Pour mieux comprendre ce rapport essentiel qu’entretiennent la mémoire et le temps, Paolo Virno est amené à revisiter l’un des plus anciens couples philosophiques, celui que forment puissance et acte, et interroger, pour ce faire, Aristote, Augustin, Kant, Hegel, Heidegger. L’acte est une réalisation de la puissance, mais il ne l’épuise pas. Le discours que je suis en train de faire, le plaisir que j’éprouve, le travail que j’exécute n’entament en rien ma faculté de parler, ma disposition au plaisir, ma force de travail. La puissance est un « pas-maintenant », alors que l’acte est un présent : entre les deux agit la mémoire. C’est pour cela que la mémoire peut être dite la faculté des facultés, car je ne pourrais pas parler, jouir, travailler si je n’avais mémorisé toutes ces facultés (et si je ne les consommais en les actualisant).

      Le passé est certes envahissant, mais il est aussi la charnière du temps historique. En accordant cette primauté au passé, Virno va à l’encontre d’une grande partie de la philosophie contemporaine qui tend à placer l’historicité de l’expérience humaine sous l’égide de l’avenir. Heidegger à lui tout seul résume cette position : c’est parce que l’homme est un « être-pour-la-mort », bref mortel, que nous existons historiquement et que l’histoire tire son origine du futur en tant que terme de notre expérience. Pour Virno, les choses vont plutôt dans l’autre sens. De la mort on se souvient, elle n’est pas devant nous : « Seul celui qui mène une existence historique peut se dire de plein droit mortel. »

      En devenir, le Souvenir du présent donne la mesure de l’ambition philosophique de son auteur. On peut trouver la clé de l’entreprise au détour d’une note. En transformant la faculté individuelle de la volonté en volonté générale, Rousseau en a fait le concept fondamental de sa philosophie politique. En passant de l’intellect individuel au general intellect, Marx a voulu signifier la puissance de la coopération productive dans la société capitaliste. Avec une méthode similaire, après les couples Volonté-politique et Intellect-lien social, Paolo Virno construit celui de Mémoire-historicité, une manière d’avancer que dans l’actualité de chaque moment historique, il y a toujours du passé mais aussi quelque chose de potentiel, et qui tient ouverte l’histoire. Loin d’être finie, celle-ci ne fait que commencer".

      Paolo Virno, Le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique. Traduit de l’italien par Michel Valensi, L’Eclat.

    • Haute multitude
      https://www.liberation.fr/livres/2002/11/21/haute-multitude_422333

      Le malaise est de mise face aux horreurs perpétrées, ailleurs, par les peuples au nom du droit de disposer d’eux-mêmes ou, ici, lorsque notre bon peuple à nous semble se déliter et manifester des opinions exécrables. Pour sauver l’idée, on s’en prend alors à ceux qui devraient l’incarner. Et si c’était plutôt le concept de peuple qu’il fallait mettre au placard ? Certes, ayant inauguré et supporté longtemps la modernité, il pourrait se prévaloir d’états de service intimidants, quoiqu’il ait pu être, un temps, secoué par la notion antagoniste de classe. Or, un philosophe italien hétérodoxe de 50 ans, Paolo Virno, pense qu’il faut passer à autre chose si l’on veut comprendre ce que promet le présent, et avance multitude, ancienne notion de la philosophie politique contre laquelle celle de peuple a été elle-même forgée. Mais sa Grammaire de la multitude n’a rien d’un exercice académique de généalogie des concepts. Bien au contraire, c’est « l’analyse des formes de vie contemporaines » qui intéresse Virno, ainsi que les nouvelles possibilités d’action politique qu’elles ouvrent. N’est-ce pas la multitude qui s’exprime dans certains mouvements no global ou altermondialistes ? En tout cas, Virno en esquisse la théorie et déploie une instrumentation conceptuelle des plus sophistiquées, où se croisent théorie politique, critique de l’économie, éthique, épistémologie et philosophie.

      #Spinoza fait de la multitude la clé de voûte des libertés civiles, définissant ainsi le Nombre ou la pluralité qui persiste en tant que telle sur la scène publique face aux tentatives de l’Etat moderne de l’homologuer, d’en faire une unité. Hobbes, lui, a horreur de la multitude et ne jure que par le peuple, dont le premier et dernier acte libre consiste pourtant à aliéner sa liberté au seul Souverain. Hobbes, assurément, a gagné contre Spinoza, et l’Etat moderne, par le biais du peuple, est devenu national. Pour Virno, cette histoire est aujourd’hui achevée : aussi entend-il donner une nouvelle possibilité à la notion vaincue de multitude, en la mettant en résonance avec la notion de force productive ­ qui a servi, à côté de celle d’Etat et de peuple, à expliquer l’autre aspect marquant de la modernité occidentale, le capitalisme. #Marx, on le sait, critique l’économie politique naissante mais il la suit quand elle fonde la production de la richesse sur le travail commandé par le capital, autant dire le salariat. Est-ce encore aujourd’hui le cas, à l’heure où la part qui revient au travail dans la production se réduit de plus en plus, sous la poussée de la technique et d’une coopération sociale démultipliée pour la communication ?

      Marx lui-même, dans les Grundrisse, ses notes restées inédites jusqu’à 1939, critiquant sa propre théorie, rappelle Virno, a la vision d’une fin du travail salarial non pas à la suite d’une révolution politique mais du développement du capitalisme lui-même. La cause et l’effet en seraient le general intellect, terme anglais qui définit l’intellectualité sociale au cœur du postfordisme actuel, dont l’activité même de la pensée est le ressort productif principal. Dans ce mouvement, le #travail est devenu une activité virtuose et les travailleurs, comme ceux qui ne travaillent pas, ont glissé hors des ornières de classe pour endosser, selon Virno, les habits de la multitude.

      Contrairement aux idées reçues sur l’individualisme contemporain, faire partie de la multitude donne toutes les chances au sujet : « C’est seulement dans le collectif, et sûrement pas dans le sujet isolé, que la perception, la langue, les forces productives peuvent se configurer comme une expérience individuée. » Le travail peut prendre les contours d’une « virtuosité servile » accompagnée souvent par une tonalité sentimentale qui oscille entre peur et opportunisme. Mais la virtuosité peut être non servile, l’opportunisme se muer en sens de l’opportunité. En cela Virno se place du côté de Benjamin quand, contre #Heidegger, il défendait le bavardage, non pas comme aliénation de l’être, mais comme curiosité diffuse et amour du partage.

      Quelle politique pour une multitude confrontée à la crise de la politique, bâtie sur la notion défaillante de peuple ? Paolo Virno est prudent : résistance civile et exode, c’est-à-dire affrontement et évitement à partir du constat que l’on est tous désormais des « sans chez soi » et que ni le peuple, ni la classe, ni le travail, ni le chômage ou le loisir ne peuvent nous contenir : « Etre étranger, c’est-à-dire ne-pas-se-sentir chez soi, et aujourd’hui la condition commune du Nombre, condition inéluctable et partagée. »

      Paolo Virno, Grammaire de la multitude. Pour une analyse des formes de vies contemporaines. Traduit de l’italien par Véronique Dassas, Editions l’éclat, 144 pp.

    • Comme les seenthissiens, Le Monde ne s’est jamais intéressé à Virno au point de consacrer une note de lecture à l’un de ses ouvrages.

      On ne trouve mention de Paolo Virno que dans la chronique d’un professeur à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, un capital-risqueur, qui cite, 12 ans après sa parution en français, un livre de Virno pour écrire, en 2018, lors du mouvement des Gilets jaunes : « La vision hobbésienne de l’unité du peuple est de plus en plus décalée par rapport à la réalité ». (Ils n’ont pas assez peur pour s’en remettre au souverain)

      https://justpaste.it/gmrn4

      edit fulminant contre l’obscène provincialisme anti-intellectuel franchouillard, j’ai oublié le tardif article de Le Monde par le stipendié philo yaourt Roger Plot Croche qui a pour ainsi dire comblé le vide par 3 minutes de lecture en 2016, avec un capitalisme uber alles qui n’ose pas se dire
      Figures libres. Seul l’humain sait dire non
      https://www.lemonde.fr/livres/article/2016/02/25/figures-libres-seul-l-humain-sait-dire-non_4871233_3260.html

      https://justpaste.it/ghccw

      Ce connard arrive encore à écrire en 2016 "soupçonné de liens avec les Brigades rouges." au lieu de "accusé de", comme il devrait le faire puisqu’il ne rentre pas une seconde dans l’analyse de ce que fut le mouvement révolutionnaire de cette époque en Italie. Tout le monde avait des liens avec les BR ! Virno n’était simplement pas de ceux des autonomes recrutés par d’une organisation clandestiniste, lottarmatiste, qui a aspiré une vague du reflux, sous le coup d’une répression féroce, qui furent nombreux, parmi les plus jeunes.

      Essai sur la négation. ­Pour une anthropologie linguistique (Saggio sulla negazione. Per una antropologia linguistica),de Paolo Virno, traduit de l’italien par Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Philosophie imaginaire  », 190 p., 25  €.

      L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude, de Paolo Virno, 22 textes traduits de l’italien par Lise Belperron, Véronique Dassas, Patricia Farazzi, Judith Revel, Michel Valensi, Jean-Christophe Weber, L’Eclat, «  Poche  », 316 p., 8 €.

    • De l’impuissance - La vie à l’époque de sa paralysie frénétique
      https://www.lyber-eclat.net/livres/de-limpuissance

      Les formes de vie contemporaines sont marquées par l’impuissance, hôte importun de nos journées infinies. Que ce soit en amour ou dans la lutte contre le travail précaire, l’amitié ou la politique, une paralysie frénétique saisit l’action ou le discours quand il s’agit de faire ou de dire ce qu’il conviendrait de dire et faire. Mais, paradoxalement, cette impuissance semble due non pas à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à l’accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de ses antichambres. Virno poursuit ici son étude systématique du langage contemporain où s’exprime toute la complexité de notre modernité et qui témoigne de cette inversion des sens qui attribue la puissance au renoncement, ou la détermination au fait de taire ce qu’il nous faudrait dire. Livre sur le langage, De l’impuissance indique de loin les formes possibles d’un antidote, d’une voie de salut, qui nous ferait « renoncer à renoncer », et « effacer l’effacement de notre propre dignité ».

    • Philosophie
      Mort de Paolo Virno : des années de plomb au «retrait de la langue»
      https://www.liberation.fr/culture/livres/mort-de-paolo-virno-des-annees-de-plomb-au-retrait-de-la-langue-20251114_

      Michel Valensi, écrivain et éditeur, rend hommage à celui qui participa au « moment révolutionnaire » de l’Italie des années 70 avant de « se retirer dans la langue ».
      https://www.liberation.fr/resizer/v2/VEQX7GZVDZBRZCHUPW3AKWJVCI.jpg?smart=true&auth=000725f0d67cdc6d5909356d32
      Paolo Virno est né à Naples en 1952. (DR)

      L’Italie a perdu, le 7 novembre, l’un de ses philosophes les plus importants et les plus discrets. Paolo Virno, né à Naples en 1952, est mort à Rome après une courte mais coriace maladie dont il n’avait parlé à personne, ne dévoilant jamais ses cartes en bon joueur de poker qu’il était. Acteur de premier plan du « moment authentiquement révolutionnaire » de l’Italie des années 70 – proche de l’opéraïsme de Mario Tronti et membre du groupe Potere Operaio, avec Antonio Negri et bien d’autres – il sera arrêté en 1979 sous le chef d’inculpation d’« association subversive » et de « constitution de bande armée ». Il passera quatre années en prison avant d’être pleinement acquitté en 1988, à la différence de plusieurs de ses co-inculpés qui s’exilèrent en France et bénéficièrent de l’asile politique.

      Après une thèse sur Adorno, il participe à la création de la revue Metropoli qui élargit la question du politique à toutes les sphères du social et où la théorie côtoie la bande dessinée. Ses premiers articles concernent la « chose » politique sous toutes ses formes, qui vont du general intellect de Marx aux flippers des bars romains, avec une attention particulière portée à la question du langage et un sens de l’ironie dont il ne se départira jamais. Son premier livre, Convention et matérialisme, paraît en 1986 chez Theoria. A son propos Giorgio Agamben écrira : Virno « s’affirme comme l’une des voix les plus lucides et originales de la pensée italienne contemporaine ». C’est, ensuite, en traduction que paraîtront, aux éditions de l’Eclat, Opportunisme, cynisme et peur suivi des Labyrinthes de la langue (1991), le Souvenir du présent. Essai sur le temps historique (1999), ou Grammaire de la multitude (2002) qui paraît en même temps que l’édition italienne, et dont les pages Livres de Libération rendront compte. Grammaire de la multitude, qui se présente comme une « analyse des formes de vie contemporaines », est considéré désormais comme un classique de la pensée politique. L’ouvrage marque un tournant dans l’œuvre et l’écriture de Virno. S’il inscrit la question du politique au cœur du langage, il s’en éloigne toutefois dans ses analyses pour privilégier son « expression » au cœur de la langue. C’est la « langue » qui véhicule les concepts et c’est en s’attachant à la langue que l’on peut les comprendre et les utiliser dans et pour l’action. Sans renoncer à l’agir, la prise de conscience de la « défaite d’une génération de militant qui était liée à la figure ouvrière » s’accompagnant « de la poursuite opiniâtre de l’erreur partagée », conduit Virno à « se retirer dans la langue » pour définir les contours d’une « morale provisoire ».

      Une « anthropologie linguistique »

      C’est à partir de cette date (fin des années 90) que commencent à paraître ses livres plus exclusivement consacrés à une « anthropologie linguistique », proche de la philosophie analytique, dont il partage probablement les prémisses, mais pas forcément les issues. Quand le verbe se fait chair (2003, non traduit), le Mot d’esprit et l’action innovante (2005, traduction à paraître), Et ainsi de suite (2010, traduit en 2014), Essai sur la négation (2013, traduit en 2016), Avoir (2020, traduit en 2021), ou son dernier ouvrage, au titre bouleversant à la lumière de sa biographie : De l’impuissance. La vie à l’époque de sa paralysie frénétique (2021, traduit en 2022), où il défend l’idée que les formes de vie contemporaines sont marquées par une impuissance qui n’est pas « due à un déficit de nos compétences, mais plutôt à un excès désordonné de puissance, à une accumulation oppressante de capacités que la société contemporaine arbore comme autant de trophées de chasse accrochés aux murs de son antichambre ». Prenant congé de l’idée de monde avec celle d’une impuissance à force de puissances pléthoriques, l’œuvre et la vie de Paolo Virno s’achèvent brutalement, comme une phrase tronquée, une parole empêchée, lui qui, avec son léger et émouvant bégaiement, s’était arrêté longuement sur la question de l’aphasie et du langage des enfants. Il préparait un livre sur l’inquiétante étrangeté qu’il se proposait de comprendre dans les termes d’une anthropologie du langage. L’Usage de la vie et autres sujets d’inquiétude (l’Eclat, 2016) propose un parcours assez complet de son œuvre exigeante qui reste à découvrir.

      1966

      Gian Pieretti - Il vento dell’est
      https://www.youtube.com/watch?v=kmYKHEksSn0

      I Corvi «Ragazzo di Strada»
      https://www.youtube.com/watch?v=5pwMPiSX6uA

      1967

      I Nomadi - Dio è morto
      https://www.youtube.com/watch?v=yqMvHD1gNxc

      Patty Pravo «Ragazzo triste»
      https://www.youtube.com/watch?v=oEL4vvNXV-I&list=RDoEL4vvNXV-I

      1968

      Valle Giulia · Paolo Pietrangeli
      https://www.youtube.com/watch?v=AKciJETn01E

      La caccia alle streghe (La violenza)
      https://www.youtube.com/watch?v=Eyrhzwwe1pg

      1977
      GIANFRANCO MANFREDI - UN TRANQUILLO FESTIVAL POP DI PAURA
      https://www.youtube.com/watch?v=Hh_dp3O_C3g

    • Inno di Potere Operaio (1971)
      https://www.youtube.com/watch?v=QzspcU3HJow

      La classe operaia, compagni, è all’attacco,
      Stato e padroni non la possono fermare,
      niente operai curvi più a lavorare
      ma tutti uniti siamo pronti a lottare.
      No al lavoro salariato,
      unità di tutti gli operai
      Il comunismo è il nostro programma,
      con il Partito conquistiamo il potere.

      Stato e padroni, fate attenzione,
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      Potere operaio e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà.

      Nessuno o tutti, o tutto o niente,
      e solo insieme che dobbiamo lottare,
      i fucili o le catene:
      questa è la scelta che ci resta da fare.
      Compagni, avanti per il Partito,
      contro lo Stato lotta armata sarà;
      con la conquista di tutto il potere
      la dittatura operaia sarà.

      Stato e padroni...

      I proletari son pronti alla lotta,
      pane e lavoro non vogliono più,
      non c’è da perdere che le catene
      e c’è un intero mondo da guadagnare.
      Via dalle linee, prendiamo il fucile,
      forza compagni, alla guerra civile!
      Agnelli, Pirelli, Restivo, Colombo,
      non più parole, ma piogge di piombo!

      Stato e padroni...

      Stato e padroni, fate attenzione
      nasce il Partito dell’insurrezione;
      viva il Partito e rivoluzione,
      bandiere rosse e comunismo sarà!

      #folklore

  • What Is Political Violence ?

    Pundits and politicians conceal the truth: it’s all around us, perpetrated by our political system itself.

    After Charlie Kirk was killed, commentators immediately condemned the act as “political violence.” Editorial boards and late-night shows wrung their hands about America’s overheated climate, warning that unless we “bring down the temperature,” democracy itself might begin to unravel—as if it has not already. The Trump administration and its allies condemned Kirk’s killing as an exceptional form of violence requiring an authoritarian crackdown on an amorphous “radical left” that they claim is responsible while conspicuously ignoring another near-simultaneous school shooting in Colorado. This joined over one hundred school shootings already perpetrated in the United States in 2025 alone, coming just months after Democratic lawmakers in Minnesota were targeted and shot by a far-right gunman—an event with which self-proclaimed “law and order president” Trump recently claimed to be unfamiliar.

    The selective and enforced outrage over Kirk’s murder reflects a fundamental truth: violence is never judged only on the basis of lives lost or individuals harmed. It is judged—and narrated—according to whether it sustains or threatens a particular social order. What counts as “violence,” and what counts as “order,” are always political determinations made by those in power. The fact that so many Democratic politicians and influential liberal commentators have rushed to parrot the Trump administration, without the slightest hesitation about the uses to which Kirk’s posthumous and state-sponsored sanctification is being put, underscores how little they grasp—or how insistently they deny—this most basic political truth. By uncritically accepting the Trump regime’s definition of “violence,” many Democrats are actively legitimizing and deepening the very authoritarian order they claim to oppose.

    Georges Sorel, writing in 1908, gave a very different account of violence in his classic, Reflections on Violence. Violence is not simply an act, he argued, but a myth: a story through which societies interpret force, project meaning onto it, and either mobilize or demobilize political communities around it. A strike is not just a withdrawal of labor; it is a myth of collective uprising. A riot is not just chaos in the streets; it is a myth of insubordination that terrifies elites and inspires the oppressed. Violence matters less for its immediate effects than for the imaginative horizons it opens or closes. “Myths are not a descriptions of things,” Sorel writes, “but expressions of a will to act.”

    For Sorel, the work of such myths was above all to enable the working class’s development of a story for its own emancipation. “Men who are participating in great social movements always picture their coming action in the form of images of battle in which their cause is certain to triumph,” he reflects, and that picture that in turn motivates action arises out of the myths that support it. But, as is particularly salient in our age of billionaire-controlled media that saturates nearly every aspect of our lives, political elites, too, make intensive use of myths around events like Kirk’s killing in order to shore up their authority and power. At stake is not only the working class’s capacity to articulate its own interests but also the ability of any subordinated group—immigrants, women, racial and sexual minorities, colonized people—to generate counter-myths that contest their subjection. Myths of violence compete against one another either to build or to fracture solidarities, to enable or short-circuit shared struggle against oppression and exploitation across social differences.

    Walter Benjamin sharpened this insight in his 1921 essay “Critique of Violence.” For Benjamin, a Jewish intellectual who would later take his own life as he anticipated deportation to a Nazi concentration camp, law itself is founded in violence—a primal conquest that inaugurates legal order. Once founded, law preserves itself through violence: police power, punishment, coercion. “Lawmaking is powermaking, assumption of power, and to that extent an immediate manifestation of violence,” Benjamin writes, while “law-preserving violence” maintains a given power structure. What liberal societies call “peace” or “law and order,” then, is not the absence of violence but its routinization. Whether or not one shares Benjamin’s implicit vision—that in an ethical social order, law itself might wither away—he makes a crucial observation. Violence does not disappear when order is established; it becomes diffuse or even invisible through its law-preserving functions, no matter how unjust, arbitrary, and cruel the law may be.

    If Sorel shows how violence becomes myth, and Benjamin shows how law conceals and perpetrates violence, Sigmund Freud helps explain why people cling so tightly to the most fundamental myth of every ruling order: that the operation of the law is always just. Psychoanalytically, the distinction between “order” and “violence” can function as a collective defense. It reassures us that our world—and the symbolic authority through which it coheres—is stable, that our aggression is justified, and that the cruelties carried out in the name of the law, in our name, are not really cruelties at all. In Freud’s terms, civilization builds and sustains itself through the repression and redirection of aggression. “Civilization . . . obtains mastery over the individual’s dangerous desire for aggression,” he writes, “by weakening it, disarming it, and setting up an agency within him to watch over it, like a garrison in a conquered city.” To identify as civilized requires that this aggressiveness be dissimulated or concealed.

    The most pervasive means for doing so is projection onto an excluded other. “It is always possible to bind together a considerable number of people in love,” Freud wrote just three years before Adolf Hitler became chancellor of Germany, “so long as there are other people left over to receive the manifestations of their aggressiveness.” The demonized other is marked for retribution through which one’s own mythical identity is stabilized and maintained. This is the elementary structure behind racisms, nationalisms, and xenophobias of all stripes, including the white Christian nationalism that Kirk represented and propagated so successfully. Aggression, in this form, is not repressed so much as dissimulated, conceived as the righteous reaction of civilization to an existential threat.

    But a similar process can be seen even among those who recoil from such cruel and explicit othering. Many people come to be deeply invested in condemning the disruptive act that threatens to upend order—whether it be Kirk’s killing or a protest in the streets—even as they eagerly accept the far greater violence that structures their daily lives. In this case, what is repressed is the violence of order itself; what is disavowed is our own entanglement with it and ethical responsibility to confront it. What cannot be acknowledged, because it is too incriminating or compromising to one’s identification with order, is projected outward onto the system itself. In this scheme, “political violence” can only be what threatens this system, not what the system itself does.

    Prominent reactions to Kirk’s killing appear to be operating in precisely this way, dwarfing the national reaction to the assassination of sitting Democratic lawmaker Melissa Hortman in June. From the White House to every single medium of mainstream media, it is Kirk’s death that has been narrated as singular proof that political rhetoric has gone “too far,” that democracy is collapsing under extremism, and that only “civility” can save us. The bipartisan vigils that followed—replete with solemn calls for unity, a unanimous Senate vote to make Kirk’s birthday a “National Day of Remembrance for Charlie Kirk,” and a bipartisan House vote to honor Kirk’s “life and legacy” as “a courageous American patriot”—were less acts of mourning than rituals of political stabilization, gestures designed to shore up the legitimacy of the current order. Melissa Hortman didn’t get an executive order from the president “honoring” her “memory,” a congressionally approved day of remembrance, or a New York Times column from Ezra Klein proclaiming that she was “doing politics the right way.” This across-the-aisle mythmaking turns Kirk into a martyr and the far right into a respectable vehicle of reasonable disagreement while erasing the virulence of their rhetoric and the far greater violence that Kirk himself championed.

    The flip side of this exceptionalizing is to further erase and excuse the slow and less spectacular violence of American political life itself. When ICE agents raid homes, when Medicaid is stripped from millions, and when unhoused populations are criminalized by Trump or Democrats like Gavin Newsom, both politicians and media speak of “policy,” not “violence.” The deportation bus, the eviction notice, the denied hospital bed, the forced pregnancy enforced by an abortion ban: all vanish into the myth of law and order. It is only when someone disrupts that order—whether through protest, resistance, or, in an extreme example, an attack on a public figure—that the act appears as “violence,” a breach of the civic peace and deserving of unequivocal condemnation and universal opposition. Sorel shows how such disruption becomes mythologized. Benjamin explains why the state insists on this distinction: its legitimacy depends on hiding the violence it does in its supposedly normal operation.

    As is evident throughout U.S. history, the state has always depended on myths of violence to secure order and delegitimize dissent. After Reconstruction, white elites across the South fashioned the figure of the violent Black man to justify the terrorism of the Ku Klux Klan, the stripping of Black voting rights, the imposition of Jim Crow, and the eventual development of our still-growing, intensely racist U.S. policing system. The issue at play has never been about actual violence committed by Black communities; it was and remains about rendering Black freedom itself a threat to “order.”

    The same logic animated the Red Scares of the twentieth century. Strikes, union drives, and antiracist organizing were routinely narrated as outbreaks of dangerous disorder requiring repression. COINTELPRO made this aim explicit, labeling groups from the Black Panthers to ministers like Martin Luther King Jr. as violent extremists whose mere organizing justified state surveillance, infiltration, and assassination. More recently, the bipartisan War on Terror inaugurated by George W. Bush, aggressively extended by Barack Obama, and now redoubled and repurposed under Trump, continues this tradition. The attacks of September 11 were turned into a narrative of perpetual looming threat that provided cover for torture, indefinite detention, mass surveillance, drone warfare with repeated mass murders of foreign civilians, and two decades of occupation abroad—all acts of overwhelming state violence that have never properly been counted as “violence” in official U.S. discourse.

    Instead, violence is projected onto fantasies of Muslims and Palestinians, Latino immigrants, antifascist protesters, drag queens, trans people, or anyone said to belong to the infinitely fungible category of the “terrorist”—the term of choice in J. D. Vance’s and Stephen Miller’s vows to exact vengeance in Kirk’s name. In each case, what is condemned as “violence” is not what kills or inflicts harm. It is what threatens oligarchic control or challenges national mythologies upon which established order depends. The Kirk episode belongs to this lineage, where righteous outrage secures authoritarian stability by allowing for the transfiguration of all resistance into violence and violence into order.

    King saw the same dynamic in his own time. In “Letter from Birmingham Jail,” he famously chastised white moderates who are “more devoted to order than to justice.” They prefer “a negative peace, which is the absence of tension, to a positive peace, which is the presence of justice,” he wrote. For King, as for Sorel and Benjamin, the problem was never simply violence’s existence. It was that social myths and legal categories transfigured the daily brutality of racial segregation and public abandonment of the poor into “order” while casting the struggle against them as disruptive violence. Unlike Sorel or Benjamin, King rooted his vision in nonviolence as a moral and strategic imperative. Simply suppressing conflict without addressing injustice, King argued, entrenches violence and makes future unrest inevitable.

    We can see this double standard as well in the case of the killing of UnitedHealthcare’s CEO last December. The act was instantly condemned as horrific, unacceptable violence, implicitly in contrast to the supposedly acceptable violence of the U.S. health care system. The official myth that crystallized around the event exhibited the same logic of all defenses of the liberal order in conditions of injustice: the executive became a symbol of violated order, while the industry he represented, which systematically denies lifesaving care to thousands of people every year to maximize profits, only briefly flickered into public view before vanishing again into our taken-for-granted national condition. The point is not that the killing was morally permissible. It is that one kind of violence gets portrayed as unequivocally wrong while another, far more frequent and banal kind gets condoned as simply a policy disagreement—not a form of “political violence” at all.

    The stakes of these myths are not abstract. In response to Kirk’s death, Trump announced that he would designate “antifa”—an amorphous label for loosely affiliated antifascist protesters—as a “major terrorist organization.” There is, of course, no centralized antifa to designate: no leaders, no offices, no membership lists, no budgets. The closest the administration ever comes to naming a specific target is when it refers to George Soros—an antisemitic trope evidently designed to distract from the far right’s vast network of funders, including Charles and David Koch, Richard Uihlein, and the late Bernard Marcus (the latter two among the donors to Turning Point USA, the organization that Kirk founded). The vagueness is precisely the point. By naming “antifa” as a terrorist threat, Trump invents a useful specter and authorizes the state to decide at will who counts as an enemy. Any protester, labor organizer, or anti-genocide activist can suddenly be branded a terrorist and criminalized accordingly.

    This is how the myth of political violence works: the far right elevates isolated, disruptive acts—whether Kirk’s killing or a protest that turns confrontational—into proof of radical chaos threatening the nation while simultaneously obscuring the far greater structural violence carried out daily through policy, policing, deportation, or war. To declare “antifa” a terrorist organization is not to name an entity that exists but to invent a mythological enemy whose supposed violence justifies the state’s own.

    This tactic has been especially salient during Trump’s second term. His administration has overseen massive Medicaid disenrollments, expanded ICE to unprecedented levels and authorized its agents to enact violence with near-total impunity, destroyed USAID, deployed troops against U.S. residents, ordered—in violation of international law—repeated bombings of Venezuelan boats in summary executions of supposed “narcoterrorists” without provision of evidence to even pretend to justify such acts, and—like Joe Biden before him—given a green light to Israeli genocide in Gaza and ethnic cleansing in the West Bank, where the label “terrorist” is deployed to license the systematic murder of children and the destruction of an entire people. These are acts of immense violence, with death counts almost certain to be in the hundreds of thousands, and likely millions globally.

    While competing mythologizations of violence are nothing new, those operating today are increasingly monopolized by politicians and journalists who—in their devotion to political balance, regardless of the fascist norms they accept along the way—are complicit with it. When Kirk was killed, only that act was held up as proof that “political violence” threatens democracy and that “violence has no place in this country.” For the right, Kirk becomes proof that conservatives are under siege and that the repression they are leading, styled as self-defense, must intensify. For many liberals, hostility toward the prevailing order becomes suspect, while civility and restraint are deemed the only respectable path to saving democracy. Both myths point in the same direction—back toward order, the acceptance and normalization of systemic violence as the price of stability.

    The stories we tell about violence matter immensely. When targeted, interpersonal attacks are the only acts identified as political violence, state and market violence vanish from view. The powerful kill with impunity while vulnerable populations are persecuted simply for speaking out against injustice. Political violence includes the lone gunman, yes. But it also includes the congressperson and bureaucrat who sign off on Medicaid cuts that will kill thousands. It includes the ICE officer who rips a child from her mother. It includes the president who deploys troops against civilians or signs off on yet another shipment of arms to enable genocide abroad. And it includes the corporate executive who designs insurance policies that deny lifesaving care working hand-in-hand with the politicians who allow such practices.

    In this regard, it is unsurprising that historians, social scientists, and independent journalists—and now even comedians—are high on the list of the Trump administration’s declared enemies: they all work to undermine the ruling class’s myths by exposing their hypocrisy and incoherence. When a virulent figure like Kirk is canonized as a truth-telling patriot and emblem of democratic virtue while his critics are denounced as violent extremists, we are gaslit on a massive scale; the field of political meaning-making narrows until only submission to an authoritarian order appears reasonable. Counter-myths work to widen that field, calling our attention not to the martyrs of white supremacist empire but to its victims, not to those who uphold an oppressive order but to those who are its targets. Every refusal of the dominant myth, however spectacular or mundane, tells a different story: neither law nor order are necessarily right; violence is not always what the state says it is; and justice is not reducible to the preservation of a false peace.

    If we want a democracy worth defending, we must insist upon identifying and opposing political violence everywhere it appears. To condemn it only selectively and conveniently is to align oneself with the far greater violence of our time. True peace will not come from denying where the high temperature of our political order is coming from. Nor will it come from specious appeals to civility or rational debate, as if support for fascism is built on reason and respect rather than resentment and rage. It instead requires identifying, confronting, and dismantling the ubiquitous political violence that our present order is designed to conceal. In other words, it will come from naming violence honestly and building the power—and the myths—that make justice imaginable and achievable.

    https://www.bostonreview.net/articles/what-is-political-violence
    #violence #violence_politique #Charlie_Kirk #ordre_social #ordre #Georges_Sorel #mythe #classe_ouvrière #mouvements_sociaux #Walter_Benjamin #loi #ordre_légal #pouvoir #paix #Sigmund_Freud #désordre #résistance #double_standard #injustice #ordre_libéral #antifa #extrême_droite #violence_structurelle
    #à_lire

    via @freakonometrics
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  • Why the world’s top universities are abandoning the ranking system

    Institutes are questioning the value and methods used by ranking companies, which can focus more on research output than other parameters.

    The Sorbonne University, founded in Paris in 1253 and known globally as a symbol of education, science and culture, has just announced that, starting in 2026, it will stop submitting data to Times Higher Education (THE) rankings. It is joining a growing movement of universities questioning the value and methodology of these controversial league tables.

    Rankings companies add together various indices that purport to measure quality. The indices include research outputs, the results of reputation surveys, the amount of money they receive in research grants and donations, and how many Nobel prize winners they have ever employed.

    Nathalie Drach-Temam, president of the Sorbonne, stated that: “the data used to assess each university’s performance is not open or transparent” and “the reproducibility of the results produced cannot be guaranteed”.

    This echoes wider concerns about the lack of scientific rigour of ranking systems that claim to measure complex institutional performance through simplified metrics.

    The problem is that the general public believe that the rankings offer an indication of quality. As a result rankings have enormous influence over the market. This includes the choice of where to study and where to invest funding.

    The university’s decision aligns with its commitment to the Agreement on Reforming Research Assessment, an agreement signed by over 700 research organisations, funders and professional societies, and the Barcelona Declaration, signed by about 200 universities and research institutes. Both advocate for open science practices to make scientific research, data, methods, and educational resources transparent, accessible and reusable by everyone without barriers. And both recommend “avoiding the use of rankings of research organisations in research assessment”.

    The Sorbonne joins a growing list of high-profile institutions abandoning rankings. Columbia University, Utrecht University and several Indian institutes have opted out of major ranking systems. In the United States, 17 medical and law schools, including Yale and Harvard, have withdrawn from discipline-specific rankings.

    There are five major rankings companies and at least 20 smaller ones. On top of these are a similar number of discipline specific and regional rankings. Together they make up a billion dollar industry. Yet the rankings are accessible without charge.

    The rankings industry has increasingly targeted African countries. It sees the continent as a new market at a time when it is losing traction among high profile institutions in the global north.

    There has been a rapid increase in snazzy events run by rankings organisations on the continent. These events are very expensive and often quite luxurious – attended by vice-chancellors, academics, consultants and others.

    As an academic involved in higher education teaching, I believe that chasing the rankings can harm Africa’s fragile higher education system. There are two main reasons for this.

    Firstly, the rankings metrics largely focus on research output, rather than on the potential for that research to address local problems. Secondly, the rankings fail to consider higher education’s role in nurturing critical citizens, or contributing to the public good.

    The Sorbonne’s decision reflects a growing body of opinion that the rankings industry is unscientific and a poor means of measuring quality.

    Nevertheless, many vice-chancellors are not willing to risk the cost of withdrawing. Rankings might do a poor job of indicating quality, in all its nuanced forms. Nevertheless, they are very good at shaping public opinion. And even if a university chooses to stay out of the ranking by refusing to hand over its data, the industry continues to include it, based only on limited publicly available data.
    The ranking industry

    Rankings themselves are available for free. The ranking industry derives most of its revenue from reselling the data that universities provide. Universities submit detailed institutional data to ranking companies without charge. That information is then repackaged and sold back to institutions, governments and corporations.

    This data includes institutional income. It often also includes contact details of staff and students. These are used for “reputation surveys”. In the case of QS University Rankings, “reputation” makes up more than 40% of the rankings.

    This business model has created what can be described as a sophisticated data harvesting operation disguised as academic assessment.
    Mounting criticism

    Academic research has extensively documented the problems with ranking methodologies. These include:

    - the use of proxy metrics that poorly represent institutional quality. For example, while many university rankings do not include a measurement of teaching quality at all, those that do, use measures such as income, staff to student ratio, and international academic reputation.

    - composite indexing that combines unrelated measurements. The metrics that are collected are simply added together, even though they have no bearing on each other. Our students are repeatedly warned of the dangers of using composite measurement in research, and yet this is at the heart of the rankings industry.

    - subjective weighting systems that can dramatically alter results based on arbitrary decisions. If the system decides to weight reputation at 20% and then make university income worth 10%, we have one order of institutions. Switch these weightings to make the former 10% and the latter 20% and the list rearranges itself. And yet, the quality of the institutions is unchanged.

    Rankings tend to favour research-intensive universities while ignoring teaching quality, community engagement and local relevance.

    Most ranking systems emphasise English-language publications. This reinforces existing academic hierarchies rather than providing meaningful assessment of quality.

    Where new rankings are being introduced, such as the Sub-Saharan Africa rankings, or the Emerging Economies rankings, or even the Impact rankings, they sadly still have the problem of proxy measures, and composite and subjective weightings.

    In addition, many of the ranking companies refuse to reveal precise methodological detail. This makes it impossible to verify their claims or understand on what basis institutions are actually assessed.

    Researchers argue that rankings have thrived because they align with the idea of higher education as a marketplace where institutions compete for market share. This has led universities to prioritise metrics that improve their ranking positions rather than activities that best serve their students and communities.

    The emphasis on quantifiable outputs has created what scholars call “coercive isomorphism” – pressure for all universities to adopt similar structures and priorities regardless of their specific missions or local contexts.

    Research shows that striving for a spot in the rankings limelight affects resource allocation, strategic planning and even which students apply to institutions. Some universities have shifted focus from teaching quality to research output specifically to improve rankings. Others have engaged in “gaming” – manipulating data to boost their positions.

    Looking forward

    Participation in methodologically flawed ranking systems presents a contradiction: universities built on principles of scientific research continue to support an industry whose methods would fail basic peer review standards.

    For universities still participating, Sorbonne’s move raises an uncomfortable question: what are their institutional priorities and commitments to scientific integrity?

    https://scroll.in/article/1087997/why-the-worlds-top-universities-are-abandoning-the-ranking-system
    #abandon #ranking #université #ESR #classement

    –-

    ajouté à ce fil de discussion :
    #Etats-Unis : #Harvard, #Yale et #Berkeley décident de se retirer du prestigieux #classement des facultés de droit
    https://seenthis.net/messages/1048595

    • University ranking systems are being rejected. African institutions should take note

      The Sorbonne University, founded in Paris in 1253 and known globally as a symbol of education, science and culture, has just announced that, starting in 2026, it will stop submitting data to Times Higher Education (THE) rankings. It is joining a growing movement of universities questioning the value and methodology of these controversial league tables.

      Rankings companies add together various indices that purport to measure quality. The indices include research outputs, the results of reputation surveys, the amount of money they receive in research grants and donations, and how many Nobel prize winners they have ever employed.

      Nathalie Drach-Temam, president of the Sorbonne, stated that

      the data used to assess each university’s performance is not open or transparent

      and

      the reproducibility of the results produced cannot be guaranteed.

      This echoes wider concerns about the lack of scientific rigour of ranking systems that claim to measure complex institutional performance through simplified metrics.

      The problem is that the general public believe that the rankings offer an indication of quality. As a result rankings have enormous influence over the market. This includes the choice of where to study and where to invest funding.

      The university’s decision aligns with its commitment to the Agreement on Reforming Research Assessment, an agreement signed by over 700 research organisations, funders and professional societies, and the Barcelona Declaration, signed by about 200 universities and research institutes. Both advocate for open science practices to make scientific research, data, methods, and educational resources transparent, accessible and reusable by everyone without barriers. And both recommend “avoiding the use of rankings of research organisations in research assessment”.

      The Sorbonne joins a growing list of high-profile institutions abandoning rankings. Columbia University, Utrecht University and several Indian institutes have opted out of major ranking systems. In the US, 17 medical and law schools, including Yale and Harvard, have withdrawn from discipline-specific rankings.

      There are five major rankings companies and at least 20 smaller ones. On top of these are a similar number of discipline specific and regional rankings. Together they make up a billion dollar industry. Yet the rankings are accessible without charge.

      The rankings industry has increasingly targeted African countries. It sees the continent as a new market at a time when it is losing traction among high profile institutions in the global north.

      There has been a rapid increase in snazzy events run by rankings organisations on the continent. These events are very expensive and often quite luxurious – attended by vice-chancellors, academics, consultants and others.

      As an academic involved in higher education teaching, I believe that chasing the rankings can harm Africa’s fragile higher education system. There are two main reasons for this.

      Firstly, the rankings metrics largely focus on research output, rather than on the potential for that research to address local problems. Secondly, the rankings fail to consider higher education’s role in nurturing critical citizens, or contributing to the public good.

      The Sorbonne’s decision reflects a growing body of opinion that the rankings industry is unscientific and a poor means of measuring quality.

      Nevertheless, many vice-chancellors are not willing to risk the cost of withdrawing. Rankings might do a poor job of indicating quality, in all its nuanced forms. Nevertheless, they are very good at shaping public opinion. And even if a university chooses to stay out of the ranking by refusing to hand over its data, the industry continues to include it, based only on limited publicly available data.
      The ranking industry

      Rankings themselves are available for free. The ranking industry derives most of its revenue from reselling the data that universities provide. Universities submit detailed institutional data to ranking companies without charge. That information is then repackaged and sold back to institutions, governments and corporations.

      This data includes institutional income. It often also includes contact details of staff and students. These are used for “reputation surveys”. In the case of QS University Rankings, “reputation” makes up more than 40% of the rankings.

      This business model has created what can be described as a sophisticated data harvesting operation disguised as academic assessment.
      Mounting criticism

      Academic research has extensively documented the problems with ranking methodologies. These include:

      - the use of proxy metrics that poorly represent institutional quality. For example, while many university rankings do not include a measurement of teaching quality at all, those that do, use measures such as income, staff to student ratio, and international academic reputation.

      – composite indexing that combines unrelated measurements. The metrics that are collected are simply added together, even though they have no bearing on each other. Our students are repeatedly warned of the dangers of using composite measurement in research, and yet this is at the heart of the rankings industry.

      – subjective weighting systems that can dramatically alter results based on arbitrary decisions. If the system decides to weight reputation at 20% and then make university income worth 10%, we have one order of institutions. Switch these weightings to make the former 10% and the latter 20% and the list rearranges itself. And yet, the quality of the institutions is unchanged.

      Rankings tend to favour research-intensive universities while ignoring teaching quality, community engagement and local relevance.

      Most ranking systems emphasise English-language publications. This reinforces existing academic hierarchies rather than providing meaningful assessment of quality.

      Where new rankings are being introduced, such as the Sub-Saharan Africa rankings, or the Emerging Economies rankings, or even the Impact rankings, they sadly still have the problem of proxy measures, and composite and subjective weightings.

      In addition, many of the ranking companies refuse to reveal precise methodological detail. This makes it impossible to verify their claims or understand on what basis institutions are actually assessed.

      Researchers argue that rankings have thrived because they align with the idea of higher education as a marketplace where institutions compete for market share. This has led universities to prioritise metrics that improve their ranking positions rather than activities that best serve their students and communities.

      The emphasis on quantifiable outputs has created what scholars call “coercive isomorphism” – pressure for all universities to adopt similar structures and priorities regardless of their specific missions or local contexts.

      Research shows that striving for a spot in the rankings limelight affects resource allocation, strategic planning and even which students apply to institutions. Some universities have shifted focus from teaching quality to research output specifically to improve rankings. Others have engaged in “gaming” – manipulating data to boost their positions.
      Looking forward

      Participation in methodologically flawed ranking systems presents a contradiction: universities built on principles of scientific research continue to support an industry whose methods would fail basic peer review standards.

      For universities still participating, Sorbonne’s move raises an uncomfortable question: what are their institutional priorities and commitments to scientific integrity?

      https://theconversation.com/university-ranking-systems-are-being-rejected-african-institutions-

    • Why the world’s top universities are abandoning the ranking system

      Institutes are questioning the value and methods used by ranking companies, which can focus more on research output than other parameters.

      The Sorbonne University, founded in Paris in 1253 and known globally as a symbol of education, science and culture, has just announced that, starting in 2026, it will stop submitting data to Times Higher Education (THE) rankings. It is joining a growing movement of universities questioning the value and methodology of these controversial league tables.

      Rankings companies add together various indices that purport to measure quality. The indices include research outputs, the results of reputation surveys, the amount of money they receive in research grants and donations, and how many Nobel prize winners they have ever employed.

      Nathalie Drach-Temam, president of the Sorbonne, stated that: “the data used to assess each university’s performance is not open or transparent” and “the reproducibility of the results produced cannot be guaranteed”.

      This echoes wider concerns about the lack of scientific rigour of ranking systems that claim to measure complex institutional performance through simplified metrics.

      The problem is that the general public believe that the rankings offer an indication of quality. As a result rankings have enormous influence over the market. This includes the choice of where to study and where to invest funding.

      The university’s decision aligns with its commitment to the Agreement on Reforming Research Assessment, an agreement signed by over 700 research organisations, funders and professional societies, and the Barcelona Declaration, signed by about 200 universities and research institutes. Both advocate for open science practices to make scientific research, data, methods, and educational resources transparent, accessible and reusable by everyone without barriers. And both recommend “avoiding the use of rankings of research organisations in research assessment”.

      The Sorbonne joins a growing list of high-profile institutions abandoning rankings. Columbia University, Utrecht University and several Indian institutes have opted out of major ranking systems. In the United States, 17 medical and law schools, including Yale and Harvard, have withdrawn from discipline-specific rankings.

      There are five major rankings companies and at least 20 smaller ones. On top of these are a similar number of discipline specific and regional rankings. Together they make up a billion dollar industry. Yet the rankings are accessible without charge.

      The rankings industry has increasingly targeted African countries. It sees the continent as a new market at a time when it is losing traction among high profile institutions in the global north.

      There has been a rapid increase in snazzy events run by rankings organisations on the continent. These events are very expensive and often quite luxurious – attended by vice-chancellors, academics, consultants and others.

      As an academic involved in higher education teaching, I believe that chasing the rankings can harm Africa’s fragile higher education system. There are two main reasons for this.

      Firstly, the rankings metrics largely focus on research output, rather than on the potential for that research to address local problems. Secondly, the rankings fail to consider higher education’s role in nurturing critical citizens, or contributing to the public good.

      The Sorbonne’s decision reflects a growing body of opinion that the rankings industry is unscientific and a poor means of measuring quality.

      Nevertheless, many vice-chancellors are not willing to risk the cost of withdrawing. Rankings might do a poor job of indicating quality, in all its nuanced forms. Nevertheless, they are very good at shaping public opinion. And even if a university chooses to stay out of the ranking by refusing to hand over its data, the industry continues to include it, based only on limited publicly available data.
      The ranking industry

      Rankings themselves are available for free. The ranking industry derives most of its revenue from reselling the data that universities provide. Universities submit detailed institutional data to ranking companies without charge. That information is then repackaged and sold back to institutions, governments and corporations.

      This data includes institutional income. It often also includes contact details of staff and students. These are used for “reputation surveys”. In the case of QS University Rankings, “reputation” makes up more than 40% of the rankings.

      This business model has created what can be described as a sophisticated data harvesting operation disguised as academic assessment.
      Mounting criticism

      Academic research has extensively documented the problems with ranking methodologies. These include:

      – the use of proxy metrics that poorly represent institutional quality. For example, while many university rankings do not include a measurement of teaching quality at all, those that do, use measures such as income, staff to student ratio, and international academic reputation.

      - composite indexing that combines unrelated measurements. The metrics that are collected are simply added together, even though they have no bearing on each other. Our students are repeatedly warned of the dangers of using composite measurement in research, and yet this is at the heart of the rankings industry.

      – subjective weighting systems that can dramatically alter results based on arbitrary decisions. If the system decides to weight reputation at 20% and then make university income worth 10%, we have one order of institutions. Switch these weightings to make the former 10% and the latter 20% and the list rearranges itself. And yet, the quality of the institutions is unchanged.

      Rankings tend to favour research-intensive universities while ignoring teaching quality, community engagement and local relevance.

      Most ranking systems emphasise English-language publications. This reinforces existing academic hierarchies rather than providing meaningful assessment of quality.

      Where new rankings are being introduced, such as the Sub-Saharan Africa rankings, or the Emerging Economies rankings, or even the Impact rankings, they sadly still have the problem of proxy measures, and composite and subjective weightings.

      In addition, many of the ranking companies refuse to reveal precise methodological detail. This makes it impossible to verify their claims or understand on what basis institutions are actually assessed.

      Researchers argue that rankings have thrived because they align with the idea of higher education as a marketplace where institutions compete for market share. This has led universities to prioritise metrics that improve their ranking positions rather than activities that best serve their students and communities.

      The emphasis on quantifiable outputs has created what scholars call “coercive isomorphism” – pressure for all universities to adopt similar structures and priorities regardless of their specific missions or local contexts.

      Research shows that striving for a spot in the rankings limelight affects resource allocation, strategic planning and even which students apply to institutions. Some universities have shifted focus from teaching quality to research output specifically to improve rankings. Others have engaged in “gaming” – manipulating data to boost their positions.
      Looking forward

      Participation in methodologically flawed ranking systems presents a contradiction: universities built on principles of scientific research continue to support an industry whose methods would fail basic peer review standards.

      For universities still participating, Sorbonne’s move raises an uncomfortable question: what are their institutional priorities and commitments to scientific integrity?

      https://scroll.in/article/1087997/why-the-worlds-top-universities-are-abandoning-the-ranking-system

  • #IA et #éducation (1/2) : plongée dans l’IApocalypse éducative

    L’#IA_générative est en train de transformer en profondeur le monde de l’éducation, où les élèves l’utilisent massivement pour faire leurs devoirs. Entre dénis et illusions, comment s’adapter ? Faut-il s’adapter ?

    A l’été 2023, Ethan Mollick, professeur de management à Wharton, co-directeur du Generative AI Labs et auteur de #Co-intelligence : vivre et travailler avec l’IA (qui vient de paraître en français chez First), décrivait dans son excellente newsletter, One useful thing, l’apocalypse des #devoirs. Cette apocalypse qu’il annonçait était qu’il ne serait plus possible pour les enseignants de donner des devoirs à leurs élèves à cause de l’IA, redoutant une triche généralisée.

    Pourtant, rappelait-il, la triche est là depuis longtemps. Une étude longitudinale de 2020 montrait déjà que de moins en moins d’élèves bénéficiaient des devoirs qu’ils avaient à faire. L’étude, menée par le professeur de psychologie cognitive, Arnold Glass du Learning and memory laboratory de Rutgers, montrait que lorsque les élèves faisaient leurs devoirs en 2008, cela améliorait leurs notes aux examens pour 86% d’entre eux, alors qu’en 2017, les devoirs ne permettaient plus d’améliorer les notes que de 45% des élèves. Pourquoi ? Parce que plus de la moitié des élèves copiaient-collaient les réponses à leurs devoirs sur internet en 2017, et n’en tiraient donc pas profit. Une autre étude soulignait même que 15% des élèves avaient payé quelqu’un pour faire leur devoir, généralement via des sites d’aides scolaires en ligne. Si #tricher s’annonce plus facile avec l’IA, il faut se rappeler que c’était déjà facile avant sa généralisation.

    Les #calculatrices n’ont pas tué les #mathématiques

    Mais la triche n’est pas la seule raison pour laquelle l’IA remet en question la notion même de devoirs. Mollick rappelle que l’introduction de la calculatrice a radicalement transformé l’enseignement des mathématiques. Dans un précédent article, il revenait d’ailleurs sur cette histoire. Lorsque la calculatrice a été introduite dans les écoles, les réactions ont été étonnamment proches des inquiétudes initiales que Mollick entend aujourd’hui concernant l’utilisation de l’IA par les élèves. En s’appuyant sur une thèse signée Sarah Banks, Mollick rappelle que dès les années 70, certains professeurs étaient impatients d’intégrer l’usage des calculatrices dans leurs classes, mais c’était loin d’être le cas de tous. La majorité regardait l’introduction de la calculatrice avec suspicion et les parents partagaient l’inquiétude que leurs enfants n’oublient les bases des maths. Au début des années 80, les craintes des enseignants s’étaient inversées, mais très peu d’écoles fournissaient de calculatrices à leurs élèves. Il faut attendre le milieu des années 1990, pour que les calculatrices intègrent les programmes scolaires. En fait, un consensus pratique sur leur usage a été atteint. Et l’enseignement des mathématiques ne s’est pas effondré (même si les tests Pisa montrent une baisse de performance, notamment dans les pays de l’OCDE, mais pour bien d’autres raisons que la généralisation des calculatrices) (https://stanford.edu/~cpiech/bio/papers/gptsurprise.pdf).

    Pour Mollick, l’intégration de l’IA à l’école suivra certainement un chemin similaire. « Certains devoirs nécessiteront l’assistance de l’IA, d’autres l’interdiront. Les devoirs d’écriture en classe sur des ordinateurs sans connexion Internet, combinés à des examens écrits, permettront aux élèves d’acquérir les #compétences_rédactionnelles de base. Nous trouverons un consensus pratique qui permettra d’intégrer l’IA au processus d’#apprentissage sans compromettre le développement des #compétences essentielles. Tout comme les calculatrices n’ont pas remplacé l’apprentissage des mathématiques, l’IA ne remplacera pas l’apprentissage de l’#écriture et de la #pensée_critique. Cela prendra peut-être du temps, mais nous y parviendrons », explique Mollick, toujours optimiste.

    Pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Mais l’impact de l’IA ne se limite pas à l’écriture, estime Mollick. Elle peut aussi être un vulgarisateur très efficace et #ChatGPT peut répondre à bien des questions. L’arrivée de l’IA remet en cause les méthodes d’enseignements traditionnelles que sont les #cours_magistraux, qui ne sont pas si efficaces et dont les alternatives, pour l’instant, n’ont pas connu le succès escompté. « Les cours magistraux ont tendance à reposer sur un #apprentissage_passif, où les étudiants se contentent d’écouter et de prendre des notes sans s’engager activement dans la résolution de problèmes ni la pensée critique. Dans ce format, les étudiants peuvent avoir du mal à retenir l’information, car leur attention peut facilement faiblir lors de longues présentations. De plus, l’approche universelle des cours magistraux ne tient pas compte des différences et des capacités individuelles, ce qui conduit certains étudiants à prendre du retard tandis que d’autres se désintéressent, faute de stimulation ». Mollick est plutôt partisan de l’#apprentissage_actif, qui supprime les cours magistraux et invite les étudiants à participer au processus d’apprentissage par le biais d’activités telles que la #résolution_de_problèmes, le #travail_de_groupe et les #exercices_pratiques. Dans cette approche, les étudiants collaborent entre eux et avec l’enseignant pour mettre en pratique leurs apprentissages. Une méthode que plusieurs études valorisent comme plus efficaces, même si les étudiants ont aussi besoin d’enseignements initiaux appropriés.

    La solution pour intégrer davantage d’apprentissage actif passe par les #classes_inversées, où les étudiants doivent apprendre de nouveaux concepts à la maison (via des vidéos ou des ressources numériques) pour les appliquer ensuite en classe par le biais d’activités, de discussions ou d’exercices. Afin de maximiser le temps consacré à l’apprentissage actif et à la pensée critique, tout en utilisant l’apprentissage à domicile pour la transmission du contenu.

    Pourtant, reconnaît Mollick, l’apprentissage actif peine à s’imposer, notamment parce que les professeurs manquent de ressources de qualité et de matériel pédagogique inversé de qualité. Des lacunes que l’IA pourrait bien combler. Mollick imagine alors une classe où des tuteurs IA personnalisés viendraient accompagner les élèves, adaptant leur enseignement aux besoins des élèves tout en ajustant les contenus en fonction des performances des élèves, à la manière du manuel électronique décrit dans L’âge de diamant de Neal Stephenson, emblème du rêve de l’apprentissage personnalisé. Face aux difficultés, Mollick à tendance à toujours se concentrer « sur une vision positive pour nous aider à traverser les temps incertains à venir ». Pas sûr que cela suffise.

    Dans son article d’août 2023, Mollick estime que les élèves vont bien sûr utiliser l’IA pour tricher et vont l’intégrer dans tout ce qu’ils font. Mais surtout, ils vont nous renvoyer une question à laquelle nous allons devoir répondre : ils vont vouloir comprendre pourquoi faire des devoirs quand l’IA les rend obsolètes ?

    Perturbation de l’écriture et de la #lecture

    Mollick rappelle que la dissertation est omniprésente dans l’enseignement. L’écriture remplit de nombreuses fonctions notamment en permettant d’évaluer la capacité à raisonner et à structurer son #raisonnement. Le problème, c’est que les dissertations sont très faciles à générer avec l’IA générative. Les détecteurs de leur utilisation fonctionnent très mal et il est de plus en plus facile de les contourner. A moins de faire tout travail scolaire en classe et sans écrans, nous n’avons plus de moyens pour détecter si un travail est réalisé par l’homme ou la machine. Le retour des dissertations sur table se profile, quitte à grignoter beaucoup de temps d’apprentissage.

    Mais pour Mollick, les écoles et les enseignants vont devoir réfléchir sérieusement à l’utilisation acceptable de l’IA. Est-ce de la triche de lui demander un plan ? De lui demander de réécrire ses phrases ? De lui demander des références ou des explications ? Qu’est-ce qui peut-être autorisé et comment les utiliser ?

    Pour les étudiants du supérieur auxquels il donne cours, Mollick a fait le choix de rendre l’usage de l’IA obligatoire dans ses cours et pour les devoirs, à condition que les modalités d’utilisation et les consignes données soient précisées. Pour lui, cela lui a permis d’exiger des devoirs plus ambitieux, mais a rendu la notation plus complexe.

    Mollick rappelle qu’une autre activité éducative primordiale reste la lecture. « Qu’il s’agisse de rédiger des comptes rendus de lecture, de résumer des chapitres ou de réagir à des articles, toutes ces tâches reposent sur l’attente que les élèves assimilent la lecture et engagent un dialogue avec elle ». Or, l’IA est là encore très performante pour lire et résumer. Mollick suggère de l’utiliser comme partenaire de lecture, en favorisant l’interaction avec l’IA, pour approfondir les synthèses… Pas sûr que la perspective apaise la panique morale qui se déverse dans la presse sur le fait que les étudiants ne lisent plus. Du New Yorker (« Les humanités survivront-elles à ChatGPT ? » ou « Est-ce que l’IA encourage vraiement les élèves à tricher ? ») à The Atlantic (« Les étudiants ne lisent plus de livres » ou « La génération Z voit la lecture comme une perte de temps ») en passant par les pages opinions du New York Times (qui explique par exemple que si les étudiants ne lisent plus c’est parce que les compétences ne sont plus valorisées nulles part), la perturbation que produit l’arrivée de ChatGPT dans les études se double d’une profonde chute de la lecture, qui semble être devenue d’autant plus inutile que les machines les rendent disponibles. Mêmes inquiétudes dans la presse de ce côté-ci de l’Atlantique, du Monde à Médiapart en passant par France Info…

    Mais l’IA ne menace pas que la lecture ou l’écriture. Elle sait aussi très bien résoudre les problèmes et exercices de math comme de science.

    Pour Mollick, comme pour bien des thuriféraires de l’IA, c’est à l’école et à l’enseignement de s’adapter aux perturbations générées par l’IA, qu’importe si la société n’a pas demandé le déploiement de ces outils. D’ailleurs, soulignait-il très récemment, nous sommes déjà dans une éducation postapocalyptique. Selon une enquête de mai 2024, aux Etats-Unis 82 % des étudiants de premier cycle universitaire et 72 % des élèves de la maternelle à la terminale ont déjà utilisé l’IA. Une adoption extrêmement rapide. Même si les élèves ont beau dos de ne pas considérer son utilisation comme de la triche. Pour Mollick, « la triche se produit parce que le travail scolaire est difficile et comporte des enjeux importants ». L’être humain est doué pour trouver comment se soustraire ce qu’il ne souhaite pas faire et éviter l’#effort_mental. Et plus les #tâches_mentales sont difficiles, plus nous avons tendance à les éviter. Le problème, reconnaît Mollick, c’est que dans l’éducation, faire un #effort reste primordial.

    Dénis et illusions

    Pourtant, tout le monde semble être dans le #déni et l’#illusion. Les enseignants croient pouvoir détecter facilement l’utilisation de l’IA et donc être en mesure de fixer les barrières. Ils se trompent très largement. Une écriture d’IA bien stimulée est même jugée plus humaine que l’écriture humaine par les lecteurs. Pour les professeurs, la seule option consiste à revenir à l’écriture en classe, ce qui nécessite du temps qu’ils n’ont pas nécessairement et de transformer leur façon de faire cours, ce qui n’est pas si simple.

    Mais les élèves aussi sont dans l’illusion. « Ils ne réalisent pas réellement que demander de l’aide pour leurs devoirs compromet leur #apprentissage ». Après tout, ils reçoivent des conseils et des réponses de l’IA qui les aident à résoudre des problèmes, qui semble rendre l’apprentissage plus fluide. Comme l’écrivent les auteurs de l’étude de Rutgers : « Rien ne permet de croire que les étudiants sont conscients que leur stratégie de devoirs diminue leur note à l’examen… ils en déduisent, de manière logique, que toute stratégie d’étude augmentant leur note à un devoir augmente également leur note à l’examen ». En fait, comme le montre une autre étude, en utilisant ChatGPT, les notes aux devoirs progressent, mais les notes aux #examens ont tendance à baisser de 17% en moyenne quand les élèves sont laissés seuls avec l’outil (https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=4895486). Par contre, quand ils sont accompagnés pour comprendre comment l’utiliser comme #coach plutôt qu’outil de réponse, alors l’outil les aide à la fois à améliorer leurs notes aux devoirs comme à l’examen. Une autre étude, dans un cours de programmation intensif à Stanford, a montré que l’usage des chatbots améliorait plus que ne diminuait les notes aux examens.

    Une majorité de professeurs estiment que l’usage de ChatGPT est un outil positif pour l’apprentissage. Pour Mollick, l’IA est une aide pour comprendre des sujets complexes, réfléchir à des idées, rafraîchir ses connaissances, obtenir un retour, des conseils… Mais c’est peut-être oublier de sa part, d’où il parle et combien son expertise lui permet d’avoir un usage très évolué de ces outils. Ce qui n’est pas le cas des élèves.
    Encourager la réflexion et non la remplacer

    Pour que les étudiants utilisent l’IA pour stimuler leur réflexion plutôt que la remplacer, il va falloir les accompagner, estime Mollick. Mais pour cela, peut-être va-t-il falloir nous intéresser aux professeurs, pour l’instant laissés bien dépourvus face à ces nouveaux outils.

    Enfin, pas tant que cela. Car eux aussi utilisent l’IA. Selon certains sondages américains, trois quart des enseignants utiliseraient désormais l’IA dans leur travail, mais nous connaissons encore trop peu les méthodes efficaces qu’ils doivent mobiliser. Une étude qualitative menée auprès d’eux a montré que ceux qui utilisaient l’IA pour aider leurs élèves à réfléchir, pour améliorer les explications obtenaient de meilleurs résultats. Pour Mollick, la force de l’IA est de pouvoir créer des expériences d’apprentissage personnalisées, adaptées aux élèves et largement accessibles, plus que les technologies éducatives précédentes ne l’ont jamais été. Cela n’empêche pas Mollick de conclure par le discours lénifiant habituel : l’éducation quoiqu’il en soit doit s’adapter !

    Cela ne veut pas dire que cette adaptation sera très facile ou accessible, pour les professeurs, comme pour les élèves. Dans l’éducation, rappellent les psychologues Andrew Wilson et Sabrina Golonka sur leur blog, « le processus compte bien plus que le résultat« . Or, l’IA fait à tous la promesse inverse. En matière d’éducation, cela risque d’être dramatique, surtout si nous continuons à valoriser le résultat (les notes donc) sur le processus. David Brooks ne nous disait pas autre chose quand il constatait les limites de notre méritocratie actuelle. C’est peut-être par là qu’il faudrait d’ailleurs commencer, pour résoudre l’IApocalypse éducative…

    Pour Mollick cette évolution « exige plus qu’une acceptation passive ou une résistance futile ». « Elle exige une refonte fondamentale de notre façon d’enseigner, d’apprendre et d’évaluer les connaissances. À mesure que l’IA devient partie intégrante du paysage éducatif, nos priorités doivent évoluer. L’objectif n’est pas de déjouer l’IA ou de faire comme si elle n’existait pas, mais d’exploiter son potentiel pour améliorer l’éducation tout en atténuant ses inconvénients. La question n’est plus de savoir si l’IA transformera l’éducation, mais comment nous allons façonner ce changement pour créer un environnement d’apprentissage plus efficace, plus équitable et plus stimulant pour tous ». Plus facile à dire qu’à faire. Expérimenter prend du temps, trouver de bons exercices, changer ses pratiques… pour nombre de professeurs, ce n’est pas si évident, d’autant qu’ils ont peu de temps disponible pour se faire ou se former. La proposition d’Anthropic de produire une IA dédiée à l’accompagnement des élèves (Claude for Education) qui ne cherche pas à fournir des réponses, mais produit des modalités pour accompagner les élèves à saisir les raisonnements qu’ils doivent échafauder, est certes stimulante, mais il n’est pas sûr qu’elle ne soit pas contournable.

    Dans les commentaires des billets de Mollick, tout le monde se dispute, entre ceux qui pensent plutôt comme Mollick et qui ont du temps pour s’occuper de leurs élèves, qui vont pouvoir faire des évaluations orales et individuelles, par exemple (ce que l’on constate aussi dans les cursus du supérieur en France, rapportait le Monde). Et les autres, plus circonspects sur les évolutions en cours, où de plus en plus souvent des élèves produisent des contenus avec de l’IA que leurs professeurs font juger par des IA… On voit bien en tout cas, que la question de l’IA générative et ses usages, ne pourra pas longtemps rester une question qu’on laisse dans les seules mains des professeurs et des élèves, à charge à eux de s’en débrouiller.

    https://danslesalgorithmes.net/2025/06/24/ia-et-education-1-2-plongee-dans-liapocalypse-educative
    #AI #intelligence_artificielle
    #à_lire

    • IA et éducation (2/2) : du #dilemme_moral au malaise social

      Encourager les élèves à un usage responsable de l’IA semble plus facile à dire qu’à faire. Notamment parce que l’IA place la déqualification au coeur même de l’apprentissage. Derrière la question morale de la triche, il faut surtout observer le malaise social à l’oeuvre. L’IA n’est certainement pas le grand égalisateur qu’on pense.

      La bataille éducative est-elle perdue ?

      Une grande enquête de 404 media montre qu’à l’arrivée de ChatGPT, les écoles publiques américaines étaient totalement démunies face à l’adoption généralisée de ChatGPT par les élèves. Le problème est d’ailleurs loin d’être résolu. Le New York Mag a récemment publié un article qui se désole de la triche généralisée qu’ont introduit les IA génératives à l’école. De partout, les élèves utilisent les chatbots pour prendre des notes pendant les cours, pour concevoir des tests, résumer des livres ou des articles, planifier et rédiger leurs essais, résoudre les exercices qui leurs sont demandés. Le plafond de la triche a été pulvérisé, explique un étudiant. “Un nombre considérable d’étudiants sortiront diplômés de l’université et entreront sur le marché du travail en étant essentiellement analphabètes”, se désole un professeur qui constate le court-circuitage du processus même d’apprentissage. La triche semblait pourtant déjà avoir atteint son apogée, avant l’arrivée de ChatGPT, notamment avec les plateformes d’aides au devoir en ligne comme Chegg et Course Hero. “Pour 15,95 $ par mois, Chegg promettait des réponses à toutes les questions de devoirs en seulement 30 minutes, 24h/24 et 7j/7, grâce aux 150 000 experts diplômés de l’enseignement supérieur qu’elle employait, principalement en Inde”.

      Chaque école a proposé sa politique face à ces nouveaux outils, certains prônant l’interdiction, d’autres non. Depuis, les politiques se sont plus souvent assouplies, qu’endurcies. Nombre de profs autorisent l’IA, à condition de la citer, ou ne l’autorisent que pour aide conceptuelle et en demandant aux élèves de détailler la manière dont ils l’ont utilisé. Mais cela ne dessine pas nécessairement de limites claires à leurs usages. L’article souligne que si les professeurs se croient doués pour détecter les écrits générés par l’IA, des études ont démontré qu’ils ne le sont pas. L’une d’elles, publiée en juin 2024, utilisait de faux profils d’étudiants pour glisser des travaux entièrement générés par l’IA dans les piles de correction des professeurs d’une université britannique. Les professeurs n’ont pas signalé 97 % des essais génératifs. En fait, souligne l’article, les professeurs ont plutôt abandonné l’idée de pouvoir détecter le fait que les devoirs soient rédigés par des IA. “De nombreux enseignants semblent désormais désespérés”. “Ce n’est pas ce pour quoi nous nous sommes engagés”, explique l’un d’entre eux. La prise de contrôle de l’enseignement par l’IA tient d’une crise existentielle de l’éducation. Désormais, les élèves ne tentent même plus de se battre contre eux-mêmes. Ils se replient sur la facilité. “Toute tentative de responsabilisation reste vaine”, constatent les professeurs.

      L’IA a mis à jour les défaillances du système éducatif. Bien sûr, l’idéal de l’université et de l’école comme lieu de développement intellectuel, où les étudiants abordent des idées profondes a disparu depuis longtemps. La perspective que les IA des professeurs évaluent désormais les travaux produits par les IA des élèves, finit de réduire l’absurdité de la situation, en laissant chacun sans plus rien à apprendre. Plusieurs études (comme celle de chercheurs de Microsoft) ont établi un lien entre l’utilisation de l’IA et une détérioration de l’esprit critique. Pour le psychologue, Robert Sternberg, l’IA générative compromet déjà la créativité et l’intelligence. “La bataille est perdue”, se désole un autre professeur.

      Reste à savoir si l’usage “raisonnable” de l’IA est possible. Dans une longue enquête pour le New Yorker, le journaliste Hua Hsu constate que tous les étudiants qu’il a interrogé pour comprendre leur usage de l’IA ont commencé par l’utiliser pour se donner des idées, en promettant de veiller à un usage responsable et ont très vite basculé vers des usages peu modérés, au détriment de leur réflexion. L’utilisation judicieuse de l’IA ne tient pas longtemps. Dans un rapport sur l’usage de Claude par des étudiants, Anthropic a montré que la moitié des interactions des étudiants avec son outil serait extractive, c’est-à-dire servent à produire des contenus. 404 media est allé discuter avec les participants de groupes de soutien en ligne de gens qui se déclarent comme “dépendants à l’IA”. Rien n’est plus simple que de devenir accro à un chatbot, confient des utilisateurs de tout âge. OpenAI en est conscient, comme le pointait une étude du MIT sur les utilisateurs les plus assidus, sans proposer pourtant de remèdes.

      Comment apprendre aux enfants à faire des choses difficiles ? Le journaliste Clay Shirky, devenu responsable de l’IA en éducation à la New York University, dans le Chronicle of Higher Education, s’interroge : l’IA améliore-t-elle l’éducation ou la remplace-t-elle ? “Chaque année, environ 15 millions d’étudiants de premier cycle aux États-Unis produisent des travaux et des examens de plusieurs milliards de mots. Si le résultat d’un cours est constitué de travaux d’étudiants (travaux, examens, projets de recherche, etc.), le produit de ce cours est l’expérience étudiante”. Un devoir n’a de valeur que ”pour stimuler l’effort et la réflexion de l’élève”. “L’utilité des devoirs écrits repose sur deux hypothèses : la première est que pour écrire sur un sujet, l’élève doit comprendre le sujet et organiser ses pensées. La seconde est que noter les écrits d’un élève revient à évaluer l’effort et la réflexion qui y ont été consacrés”. Avec l’IA générative, la logique de cette proposition, qui semblait pourtant à jamais inébranlable, s’est complètement effondrée.

      Pour Shirky, il ne fait pas de doute que l’IA générative peut être utile à l’apprentissage. “Ces outils sont efficaces pour expliquer des concepts complexes, proposer des quiz pratiques, des guides d’étude, etc. Les étudiants peuvent rédiger un devoir et demander des commentaires, voir à quoi ressemble une réécriture à différents niveaux de lecture, ou encore demander un résumé pour vérifier la clarté”… “Mais le fait que l’IA puisse aider les étudiants à apprendre ne garantit pas qu’elle le fera”. Pour le grand théoricien de l’éducation, Herbert Simon, “l’enseignant ne peut faire progresser l’apprentissage qu’en incitant l’étudiant à apprendre”. “Face à l’IA générative dans nos salles de classe, la réponse évidente est d’inciter les étudiants à adopter les utilisations utiles de l’IA tout en les persuadant d’éviter les utilisations néfastes. Notre problème est que nous ne savons pas comment y parvenir”, souligne pertinemment Shirky. Pour lui aussi, aujourd’hui, les professeurs sont en passe d’abandonner. Mettre l’accent sur le lien entre effort et apprentissage ne fonctionne pas, se désole-t-il. Les étudiants eux aussi sont déboussolés et finissent par se demander où l’utilisation de l’IA les mène. Shirky fait son mea culpa. L’utilisation engagée de l’IA conduit à son utilisation paresseuse. Nous ne savons pas composer avec les difficultés. Mais c’était déjà le cas avant ChatGPT. Les étudiants déclarent régulièrement apprendre davantage grâce à des cours magistraux bien présentés qu’avec un apprentissage plus actif, alors que de nombreuses études démontrent l’inverse. “Un outil qui améliore le rendement mais dégrade l’expérience est un mauvais compromis”.

      C’est le sens même de l’éducation qui est en train d’être perdu. Le New York Times revenait récemment sur le fait que certaines écoles interdisent aux élèves d’utiliser ces outils, alors que les professeurs, eux, les surutilisent. Selon une étude auprès de 1800 enseignants de l’enseignement supérieur, 18 % déclaraient utiliser fréquemment ces outils pour faire leur cours, l’année dernière – un chiffre qui aurait doublé depuis. Les étudiants ne lisent plus ce qu’ils écrivent et les professeurs non plus. Si les profs sont prompts à critiquer l’usage de l’IA par leurs élèves, nombre d’entre eux l’apprécient pour eux-mêmes, remarque un autre article du New York Times. A PhotoMath ou Google Lens qui viennent aider les élèves, répondent MagicSchool et Brisk Teaching qui proposent déjà des produits d’IA qui fournissent un retour instantané sur les écrits des élèves. L’Etat du Texas a signé un contrat de 5 ans avec l’entreprise Cambium Assessment pour fournir aux professeurs un outil de notation automatisée des écrits des élèves.

      Pour Jason Koebler de 404 media : “la société dans son ensemble n’a pas très bien résisté à l’IA générative, car les grandes entreprises technologiques s’obstinent à nous l’imposer. Il est donc très difficile pour un système scolaire public sous-financé de contrôler son utilisation”. Pourtant, peu après le lancement public de ChatGPT, certains districts scolaires locaux et d’État ont fait appel à des consultants pro-IA pour produire des formations et des présentations “encourageant largement les enseignants à utiliser l’IA générative en classe”, mais “aucun n’anticipait des situations aussi extrêmes que celles décrites dans l’article du New York Mag, ni aussi problématiques que celles que j’ai entendues de mes amis enseignants, qui affirment que certains élèves désormais sont totalement dépendants de ChatGPT”. Les documents rassemblés par 404media montrent surtout que les services d’éducation américains ont tardé à réagir et à proposer des perspectives aux enseignants sur le terrain.

      Dans un autre article de 404 media, Koebler a demandé à des professeurs américains d’expliquer ce que l’IA a changé à leur travail. Les innombrables témoignages recueillis montrent que les professeurs ne sont pas restés les bras ballants, même s’ils se sentent très dépourvus face à l’intrusion d’une technologie qu’ils n’ont pas voulu. Tous expliquent qu’ils passent des heures à corriger des devoirs que les élèves mettent quelques secondes à produire. Tous dressent un constat similaire fait d’incohérences, de confusions, de démoralisations, entre préoccupations et exaspérations. Quelles limites mettre en place ? Comment s’assurer qu’elles soient respectées ? “Je ne veux pas que les étudiants qui n’utilisent pas de LLM soient désavantagés. Et je ne veux pas donner de bonnes notes à des étudiants qui ne font pratiquement rien”, témoigne un prof. Beaucoup ont désormais recours à l’écriture en classe, au papier. Quelques-uns disent qu’ils sont passés de la curiosité au rejet catégorique de ces outils. Beaucoup pointent que leur métier est plus difficile que jamais. “ChatGPT n’est pas un problème isolé. C’est le symptôme d’un paradigme culturel totalitaire où la consommation passive et la régurgitation de contenu deviennent le statu quo.”
      L’IA place la déqualification au coeur de l’apprentissage

      Nicholas Carr, qui vient de faire paraître Superbloom : How Technologies of Connection Tear Us Apart (Norton, 2025, non traduit) rappelle dans sa newsletter que “la véritable menace que représente l’IA pour l’éducation n’est pas qu’elle encourage la triche, mais qu’elle décourage l’apprentissage”. Pour Carr, lorsque les gens utilisent une machine pour réaliser une tâche, soit leurs compétences augmentent, soit elles s’atrophient, soit elles ne se développent jamais. C’est la piste qu’il avait d’ailleurs exploré dans Remplacer l’humain (L’échapée, 2017, traduction de The Glass Cage) en montrant comment les logiciels transforment concrètement les métiers, des architectes aux pilotes d’avions). “Si un travailleur maîtrise déjà l’activité à automatiser, la machine peut l’aider à développer ses compétences” et relever des défis plus complexes. Dans les mains d’un mathématicien, une calculatrice devient un “amplificateur d’intelligence”. A l’inverse, si le maintien d’une compétence exige une pratique fréquente, combinant dextérité manuelle et mentale, alors l’automatisation peut menacer le talent même de l’expert. C’est le cas des pilotes d’avion confrontés aux systèmes de pilotage automatique qui connaissent un “affaissement des compétences” face aux situations difficiles. Mais l’automatisation est plus pernicieuse encore lorsqu’une machine prend les commandes d’une tâche avant que la personne qui l’utilise n’ait acquis l’expérience de la tâche en question. “C’est l’histoire du phénomène de « déqualification » du début de la révolution industrielle. Les artisans qualifiés ont été remplacés par des opérateurs de machines non qualifiés. Le travail s’est accéléré, mais la seule compétence acquise par ces opérateurs était celle de faire fonctionner la machine, ce qui, dans la plupart des cas, n’était quasiment pas une compétence. Supprimez la machine, et le travail s’arrête”.

      Bien évidemment que les élèves qui utilisent des chatbots pour faire leurs devoirs font moins d’effort mental que ceux qui ne les utilisent pas, comme le pointait une très épaisse étude du MIT (synthétisée par Le Grand Continent), tout comme ceux qui utilisent une calculatrice plutôt que le calcul mental vont moins se souvenir des opérations qu’ils ont effectuées. Mais le problème est surtout que ceux qui les utilisent sont moins méfiants de leurs résultats (comme le pointait l’étude des chercheurs de Microsoft), alors que contrairement à ceux d’une calculatrice, ils sont beaucoup moins fiables. Le problème de l’usage des LLM à l’école, c’est à la fois qu’il empêche d’apprendre à faire, mais plus encore que leur usage nécessite des compétences pour les évaluer.

      L’IA générative étant une technologie polyvalente permettant d’automatiser toutes sortes de tâches et d’emplois, nous verrons probablement de nombreux exemples de chacun des trois scénarios de compétences dans les années à venir, estime Carr. Mais l’utilisation de l’IA par les lycéens et les étudiants pour réaliser des travaux écrits, pour faciliter ou éviter le travail de lecture et d’écriture, constitue un cas particulier. “Elle place le processus de déqualification au cœur de l’éducation. Automatiser l’apprentissage revient à le subvertir”.

      En éducation, plus vous effectuez de recherches, plus vous vous améliorez en recherche, et plus vous rédigez d’articles, plus vous améliorez votre rédaction. “Cependant, la valeur pédagogique d’un devoir d’écriture ne réside pas dans le produit tangible du travail – le devoir rendu à la fin du devoir. Elle réside dans le travail lui-même : la lecture critique des sources, la synthèse des preuves et des idées, la formulation d’une thèse et d’un argument, et l’expression de la pensée dans un texte cohérent. Le devoir est un indicateur que l’enseignant utilise pour évaluer la réussite du travail de l’étudiant – le travail d’apprentissage. Une fois noté et rendu à l’étudiant, le devoir peut être jeté”.

      L’IA générative permet aux étudiants de produire le produit sans effectuer le travail. Le travail remis par un étudiant ne témoigne plus du travail d’apprentissage qu’il a nécessité. “Il s’y substitue ». Le travail d’apprentissage est ardu par nature : sans remise en question, l’esprit n’apprend rien. Les étudiants ont toujours cherché des raccourcis bien sûr, mais l’IA générative est différente, pas son ampleur, par sa nature. “Sa rapidité, sa simplicité d’utilisation, sa flexibilité et, surtout, sa large adoption dans la société rendent normal, voire nécessaire, l’automatisation de la lecture et de l’écriture, et l’évitement du travail d’apprentissage”. Grâce à l’IA générative, un élève médiocre peut produire un travail remarquable tout en se retrouvant en situation de faiblesse. Or, pointe très justement Carr, “la conséquence ironique de cette perte d’apprentissage est qu’elle empêche les élèves d’utiliser l’IA avec habileté. Rédiger une bonne consigne, un prompt efficace, nécessite une compréhension du sujet abordé. Le dispensateur doit connaître le contexte de la consigne. Le développement de cette compréhension est précisément ce que la dépendance à l’IA entrave”. “L’effet de déqualification de l’outil s’étend à son utilisation”. Pour Carr, “nous sommes obnubilés par la façon dont les étudiants utilisent l’IA pour tricher. Alors que ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est la façon dont l’IA trompe les étudiants”.

      Nous sommes d’accord. Mais cette conclusion n’aide pas pour autant à avancer !
      Passer du malaise moral au malaise social !

      Utiliser ou non l’IA semble surtout relever d’un malaise moral (qui en rappelle un autre), révélateur, comme le souligne l’obsession sur la « triche » des élèves. Mais plus qu’un dilemme moral, peut-être faut-il inverser notre regard, et le poser autrement : comme un malaise social. C’est la proposition que fait le sociologue Bilel Benbouzid dans un remarquable article pour AOC (première et seconde partie).

      Pour Benbouzid, l’IA générative à l’université ébranle les fondements de « l’auctorialité », c’est-à-dire qu’elle modifie la position d’auteur et ses repères normatifs et déontologiques. Dans le monde de l’enseignement supérieur, depuis le lancement de ChatGPT, tout le monde s’interroge pour savoir que faire de ces outils, souvent dans un choix un peu binaire, entre leur autorisation et leur interdiction. Or, pointe justement Benbouzid, l’usage de l’IA a été « perçu » très tôt comme une transgression morale. Très tôt, les utiliser a été associé à de la triche, d’autant qu’on ne peut pas les citer, contrairement à tout autre matériel écrit.

      Face à leur statut ambiguë, Benbouzid pose une question de fond : quelle est la nature de l’effort intellectuel légitime à fournir pour ses études ? Comment distinguer un usage « passif » de l’IA d’un usage « actif », comme l’évoquait Ethan Mollick dans la première partie de ce dossier ? Comment contrôler et s’assurer d’une utilisation active et éthique et non pas passive et moralement condamnable ?

      Pour Benbouzid, il se joue une réflexion éthique sur le rapport à soi qui nécessite d’être authentique. Mais peut-on être authentique lorsqu’on se construit, interroge le sociologue, en évoquant le fait que les étudiants doivent d’abord acquérir des compétences avant de s’individualiser. Or l’outil n’est pas qu’une machine pour résumer ou copier. Pour Benbouzid, comme pour Mollick, bien employée, elle peut-être un vecteur de stimulation intellectuelle, tout en exerçant une influence diffuse mais réelle. « Face aux influences tacites des IAG, il est difficile de discerner les lignes de partage entre l’expression authentique de soi et les effets normatifs induits par la machine. » L’enjeu ici est bien celui de la capacité de persuasion de ces machines sur ceux qui les utilisent.

      Pour les professeurs de philosophie et d’éthique Mark Coeckelbergh et David Gunkel, comme ils l’expliquent dans un article (qui a depuis donné lieu à un livre, Communicative AI, Polity, 2025), l’enjeu n’est pourtant plus de savoir qui est l’auteur d’un texte (même si, comme le remarque Antoine Compagnon, sans cette figure, la lecture devient indéchiffrable, puisque nul ne sait plus qui parle, ni depuis quels savoirs), mais bien plus de comprendre les effets que les textes produisent. Pourtant, ce déplacement, s’il est intéressant (et peut-être peu adapté à l’IA générative, tant les textes produits sont rarement pertinents), il ne permet pas de cadrer les usages des IA génératives qui bousculent le cadre ancien de régulation des textes académiques. Reste que l’auteur d’un texte doit toujours en répondre, rappelle Benbouzid, et c’est désormais bien plus le cas des étudiants qui utilisent l’IA que de ceux qui déploient ces systèmes d’IA. L’autonomie qu’on attend d’eux est à la fois un idéal éducatif et une obligation morale envers soi-même, permettant de développer ses propres capacités de réflexion. « L’acte d’écriture n’est pas un simple exercice technique ou une compétence instrumentale. Il devient un acte de formation éthique ». Le problème, estiment les professeurs de philosophie Timothy Aylsworth et Clinton Castro, dans un article qui s’interroge sur l’usage de ChatGPT, c’est que l’autonomie comme finalité morale de l’éducation n’est pas la même que celle qui permet à un étudiant de décider des moyens qu’il souhaite mobiliser pour atteindre son but. Pour Aylsworth et Castro, les étudiants ont donc obligation morale de ne pas utiliser ChatGPT, car écrire soi-même ses textes est essentiel à la construction de son autonomie. Pour eux, l’école doit imposer une morale de la responsabilité envers soi-même où écrire par soi-même n’est pas seulement une tâche scolaire, mais également un moyen d’assurer sa dignité morale. « Écrire, c’est penser. Penser, c’est se construire. Et se construire, c’est honorer l’humanité en soi. »

      Pour Benbouzid, les contradictions de ces deux dilemmes résument bien le choix cornélien des étudiants et des enseignants. Elle leur impose une liberté de ne pas utiliser. Mais cette liberté de ne pas utiliser, elle, ne relève-t-elle pas d’abord et avant tout d’un jugement social ?
      L’IA générative ne sera pas le grand égalisateur social !

      C’est la piste fructueuse qu’explore Bilel Benbouzid dans la seconde partie de son article. En explorant qui à recours à l’IA et pourquoi, le sociologue permet d’entrouvrir une autre réponse que la réponse morale. Ceux qui promeuvent l’usage de l’IA pour les étudiants, comme Ethan Mollick, estiment que l’IA pourrait agir comme une égaliseur de chances, permettant de réduire les différences cognitives entre les élèves. C’est là une référence aux travaux d’Erik Brynjolfsson, Generative AI at work, qui souligne que l’IA diminue le besoin d’expérience, permet la montée en compétence accélérée des travailleurs et réduit les écarts de compétence des travailleurs (une théorie qui a été en partie critiquée, notamment parce que ces avantages sont compensés par l’uniformisation des pratiques et leur surveillance – voir ce que nous en disions en mobilisant les travaux de David Autor). Mais sommes-nous confrontés à une homogénéisation des performances d’écritures ? N’assiste-t-on pas plutôt à un renforcement des inégalités entre les meilleurs qui sauront mieux que d’autres tirer partie de l’IA générative et les moins pourvus socialement ?

      Pour John Danaher, l’IA générative pourrait redéfinir pas moins que l’égalité, puisque les compétences traditionnelles (rédaction, programmation, analyses…) permettraient aux moins dotés d’égaler les meilleurs. Pour Danaher, le risque, c’est que l’égalité soit alors reléguée au second plan : « d’autres valeurs comme l’efficacité économique ou la liberté individuelle prendraient le dessus, entraînant une acceptation accrue des inégalités. L’efficacité économique pourrait être mise en avant si l’IA permet une forte augmentation de la productivité et de la richesse globale, même si cette richesse est inégalement répartie. Dans ce scénario, plutôt que de chercher à garantir une répartition équitable des ressources, la société pourrait accepter des écarts grandissants de richesse et de statut, tant que l’ensemble progresse. Ce serait une forme d’acceptation de l’inégalité sous prétexte que la technologie génère globalement des bénéfices pour tous, même si ces bénéfices ne sont pas partagés de manière égale. De la même manière, la liberté individuelle pourrait être privilégiée si l’IA permet à chacun d’accéder à des outils puissants qui augmentent ses capacités, mais sans garantir que tout le monde en bénéficie de manière équivalente. Certains pourraient considérer qu’il est plus important de laisser les individus utiliser ces technologies comme ils le souhaitent, même si cela crée de nouvelles hiérarchies basées sur l’usage différencié de l’IA ». Pour Danaher comme pour Benbouzid, l’intégration de l’IA dans l’enseignement doit poser la question de ses conséquences sociales !

      Les LLM ne produisent pas un langage neutre mais tendent à reproduire les « les normes linguistiques dominantes des groupes sociaux les plus favorisés », rappelle Bilel Benbouzid. Une étude comparant les lettres de motivation d’étudiants avec des textes produits par des IA génératives montre que ces dernières correspondent surtout à des productions de CSP+. Pour Benbouzid, le risque est que la délégation de l’écriture à ces machines renforce les hiérarchies existantes plus qu’elles ne les distribue. D’où l’enjeu d’une enquête en cours pour comprendre l’usage de l’IA générative des étudiants et leur rapport social au langage.

      Les premiers résultats de cette enquête montrent par exemple que les étudiants rechignent à copier-collé directement le texte créé par les IA, non seulement par peur de sanctions, mais plus encore parce qu’ils comprennent que le ton et le style ne leur correspondent pas. « Les étudiants comparent souvent ChatGPT à l’aide parentale. On comprend que la légitimité ne réside pas tant dans la nature de l’assistance que dans la relation sociale qui la sous-tend. Une aide humaine, surtout familiale, est investie d’une proximité culturelle qui la rend acceptable, voire valorisante, là où l’assistance algorithmique est perçue comme une rupture avec le niveau académique et leur propre maîtrise de la langue ». Et effectivement, la perception de l’apport des LLM dépend du capital culturel des étudiants. Pour les plus dotés, ChatGPT est un outil utilitaire, limité voire vulgaire, qui standardise le langage. Pour les moins dotés, il leur permet d’accéder à des éléments de langages valorisés et valorisants, tout en l’adaptant pour qu’elle leur corresponde socialement.

      Dans ce rapport aux outils de génération, pointe un rapport social à la langue, à l’écriture, à l’éducation. Pour Benbouzid, l’utilisation de l’IA devient alors moins un problème moral qu’un dilemme social. « Ces pratiques, loin d’être homogènes, traduisent une appropriation différenciée de l’outil en fonction des trajectoires sociales et des attentes symboliques qui structurent le rapport social à l’éducation. Ce qui est en jeu, finalement, c’est une remise en question de la manière dont les étudiants se positionnent socialement, lorsqu’ils utilisent les robots conversationnels, dans les hiérarchies culturelles et sociales de l’université. » En fait, les étudiants utilisent les outils non pas pour se dépasser, comme l’estime Mollick, mais pour produire un contenu socialement légitime. « En déléguant systématiquement leurs compétences de lecture, d’analyse et d’écriture à ces modèles, les étudiants peuvent contourner les processus essentiels d’intériorisation et d’adaptation aux normes discursives et épistémologiques propres à chaque domaine. En d’autres termes, l’étudiant pourrait perdre l’occasion de développer authentiquement son propre capital culturel académique, substitué par un habitus dominant produit artificiellement par l’IA. »

      L’apparence d’égalité instrumentale que permettent les LLM pourrait donc paradoxalement renforcer une inégalité structurelle accrue. Les outils creusant l’écart entre des étudiants qui ont déjà internalisé les normes dominantes et ceux qui les singent. Le fait que les textes générés manquent d’originalité et de profondeur critique, que les IA produisent des textes superficiels, ne rend pas tous les étudiants égaux face à ces outils. D’un côté, les grandes écoles renforcent les compétences orales et renforcent leurs exigences d’originalité face à ces outils. De l’autre, d’autres devront y avoir recours par nécessité. « Pour les mieux établis, l’IA représentera un outil optionnel d’optimisation ; pour les plus précaires, elle deviendra une condition de survie dans un univers concurrentiel. Par ailleurs, même si l’IA profitera relativement davantage aux moins qualifiés, cette amélioration pourrait simultanément accentuer une forme de dépendance technologique parmi les populations les plus défavorisées, creusant encore le fossé avec les élites, mieux armées pour exercer un discernement critique face aux contenus générés par les machines ».

      Bref, loin de l’égalisation culturelle que les outils permettraient, le risque est fort que tous n’en profitent pas d’une manière égale. On le constate très bien ailleurs. Le fait d’être capable de rédiger un courrier administratif est loin d’être partagé. Si ces outils améliorent les courriers des moins dotés socialement, ils ne renversent en rien les différences sociales. C’est le même constat qu’on peut faire entre ceux qui subliment ces outils parce qu’ils les maîtrisent finement, et tous les autres qui ne font que les utiliser, comme l’évoquait Gregory Chatonsky, en distinguant les utilisateurs mémétiques et les utilisateurs productifs. Ces outils, qui se présentent comme des outils qui seraient capables de dépasser les inégalités sociales, risquent avant tout de mieux les amplifier. Plus que de permettre de personnaliser l’apprentissage, pour s’adapter à chacun, il semble que l’IA donne des superpouvoirs d’apprentissage à ceux qui maîtrisent leurs apprentissages, plus qu’aux autres.
      L’IApocalypse scolaire, coincée dans le droit

      Les questions de l’usage de l’IA à l’école que nous avons tenté de dérouler dans ce dossier montrent l’enjeu à débattre d’une politique publique d’usage de l’IA générative à l’école, du primaire au supérieur. Mais, comme le montre notre enquête, toute la communauté éducative est en attente d’un cadre. En France, on attend les recommandations de la mission confiée à François Taddéi et Sarah Cohen-Boulakia sur les pratiques pédagogiques de l’IA dans l’enseignement supérieur, rapportait le Monde.

      Un premier cadre d’usage de l’IA à l’école vient pourtant d’être publié par le ministère de l’Education nationale. Autant dire que ce cadrage processuel n’est pas du tout à la hauteur des enjeux. Le document consiste surtout en un rappel des règles et, pour l’essentiel, elles expliquent d’abord que l’usage de l’IA générative est contraint si ce n’est impossible, de fait. « Aucun membre du personnel ne doit demander aux élèves d’utiliser des services d’IA grand public impliquant la création d’un compte personnel » rappelle le document. La note recommande également de ne pas utiliser l’IA générative avec les élèves avant la 4e et souligne que « l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour réaliser tout ou partie d’un devoir scolaire, sans autorisation explicite de l’enseignant et sans qu’elle soit suivie d’un travail personnel d’appropriation à partir des contenus produits, constitue une fraude ». Autant dire que ce cadre d’usage ne permet rien, sinon l’interdiction. Loin d’être un cadre de développement ouvert à l’envahissement de l’IA, comme s’en plaint le SNES-FSU, le document semble surtout continuer à produire du déni, tentant de rappeler des règles sur des usages qui les débordent déjà très largement.

      Sur Linked-in, Yann Houry, prof dans un Institut privé suisse, était très heureux de partager sa recette pour permettre aux profs de corriger des copies avec une IA en local, rappelant que pour des questions de légalité et de confidentialité, les professeurs ne devraient pas utiliser les services d’IA génératives en ligne pour corriger les copies. Dans les commentaires, nombreux sont pourtant venu lui signaler que cela ne suffit pas, rappelant qu’utiliser l’IA pour corriger les copies, donner des notes et classer les élèves peut-être classée comme un usage à haut-risque selon l’IA Act, ou encore qu’un formateur qui utiliserait l’IA en ce sens devrait en informer les apprenants afin qu’ils exercent un droit de recours en cas de désaccord sur une évaluation, sans compter que le professeur doit également être transparent sur ce qu’il utilise pour rester en conformité et l’inscrire au registre des traitements. Bref, d’un côté comme de l’autre, tant du côté des élèves qui sont renvoyé à la fraude quelque soit la façon dont ils l’utilisent, que des professeurs, qui ne doivent l’utiliser qu’en pleine transparence, on se rend vite compte que l’usage de l’IA dans l’éducation reste, formellement, très contraint, pour ne pas dire impossible.

      D’autres cadres et rapports ont été publiés. comme celui de l’inspection générale, du Sénat ou de la Commission européenne et de l’OCDE, mais qui se concentrent surtout sur ce qu’un enseignement à l’IA devrait être, plus que de donner un cadre aux débordements des usages actuels. Bref, pour l’instant, le cadrage de l’IApocalypse scolaire reste à construire, avec les professeurs… et avec les élèves.

      Hubert Guillaud

      MAJ du 02/09/2025 : Le rapport de François Taddei sur l’IA dans l’enseignement supérieur a été publié. Et, contrairement à ce qu’on aurait pu en attendre, il ne répond pas à la question des limites de l’usage de l’IA dans l’enseignement supérieur.

      Le rapport est pourtant disert. Il recommande de mutualiser les capacités de calculs, les contenus et les bonnes pratiques, notamment via une plateforme de mutualisation. Il recommande de développer la formation des étudiants comme des personnels et bien sûr de repenser les modalités d’évaluation, mais sans proposer de pistes concrètes. « L’IA doit notamment contribuer à rendre les établissements plus inclusifs, renforcer la démocratie universitaire, et développer un nouveau modèle d’enseignement qui redéfinisse le rôle de l’enseignant et des étudiants », rappelle l’auteur de Apprendre au XXIe siècle (Calmann-Levy, 2018) qui militait déjà pour transformer l’institution. Il recommande enfin de développer des data centers dédiés, orientés enseignement et des solutions techniques souveraines et invite le ministère de l’enseignement supérieur à se doter d’une politique nationale d’adoption de l’IA autour d’un Institut national IA, éducation et société.

      Le rapport embarque une enquête quantitative sur l’usage de l’IA par les étudiants, les professeurs et les personnels administratifs. Si le rapport estime que l’usage de l’IA doit être encouragé, il souligne néanmoins que son développement « doit être accompagné de réflexions collectives sur les usages et ses effets sur l’organisation du travail, les processus et l’évolution des compétences », mais sans vraiment faire de propositions spécifiques autres que citer certaines déjà mises en place nombre de professeurs. Ainsi, sur l’évolution des pratiques, le rapport recense les évolutions, notamment le développement d’examens oraux, mais en pointe les limites en termes de coûts et d’organisation, sans compter, bien sûr, qu’ils ne permettent pas d’évaluer les capacités d’écriture des élèves. « La mission considère que l’IA pourrait donner l’opportunité de redéfinir les modèles d’enseignement, en réinterrogeant le rôle de chacun. Plusieurs pistes sont possibles : associer les étudiants à la définition des objectifs des enseignements, responsabiliser les étudiants sur les apprentissages, mettre en situation professionnelle, développer davantage les modes projet, développer la résolution de problèmes complexes, associer les étudiants à l’organisation d’événements ou de travaux de recherche, etc. Le principal avantage de cette évolution est qu’elle peut permettre de renforcer l’engagement des étudiants dans les apprentissages car ils sont plus impliqués quand ils peuvent contribuer aux choix des sujets abordés. Ils prendront aussi conscience des enjeux pour leur vie professionnelle des matières enseignées. Une telle évolution pourrait renforcer de ce fait la qualité des apprentissages. Elle permettrait aussi de proposer davantage d’horizontalité dans les échanges, ce qui est attendu par les étudiants et qui reflète aussi davantage le fonctionnement par projet, mode d’organisation auquel ils seront fréquemment confrontés ». Pour répondre au défi de l’IA, la mission Taddeï propose donc de « sortir d’une transmission descendante » au profit d’un apprentissage plus collaboratif, comme François Taddéi l’a toujours proposé, mais sans proposer de norme pour structurer les rapports à l’IA.

      Le rapport recommande d’ailleurs de favoriser l’usage de l’IA dans l’administration scolaire et d’utiliser le « broad listening« , l’écoute et la consultation des jeunes pour améliorer la démocratie universitaire… Une proposition qui pourrait être stimulante si nous n’étions pas plutôt confronter à son exact inverse : le broad listening semble plutôt mobilisé pour réprimer les propos étudiants que le contraire… Enfin, le rapport insiste particulièrement sur l’usage de l’IA pour personnaliser l’orientation et être un tuteur d’études. La dernière partie du rapport constate les besoins de formation et les besoins d’outils mutualisés, libres et ouverts : deux aspects qui nécessiteront des financements et projets adaptés.

      Ce rapport très pro-IA ne répond pas vraiment à la difficulté de l’évaluation et de l’enseignement à l’heure où les élèves peuvent utiliser l’IA pour leurs écrits.

      Signalons qu’un autre rapport a été publié concomitamment, celui de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGERS) qui insiste également sur le besoin de coordination et de mutualisation.

      Pour l’instant, l’une des propositions la plus pratico-pratique que l’on a vu passer sont assurément les résultats de la convention « citoyenne » de Sciences-Po Aix sur l’usage de l’IA générative, formulant 7 propositions. La convention recommande que les étudiants déclarent l’usage de l’IA, pour préciser le niveau d’intervention qui a été fait, le modèle utilisé et les instructions données, sur le modèle de celles utilisées par l’université de Sherbrooke. L’avis recommande aussi la coordination des équipes pédagogiques afin d’harmoniser les pratiques, pour donner un cadre cohérent aux étudiants et bâtir une réflexion collective. La 3e proposition consiste à améliorer l’enquête sur les pratiques via des formulaires réguliers pour mieux saisir les niveaux d’usages des élèves. La 4e proposition propose de ne pas autoriser l’IA générative pour les étudiants en première et seconde année, afin de leur permettre d’acquérir un socle de connaissances. La 5e proposition propose que les enseignants indiquent clairement si l’usage est autorisé ou non et selon quelles modalités, sur le modèle que propose, là encore, l’université de Sherbrooke. La 6e proposition propose d’améliorer la formation aux outils d’IA. La 7e propose d’organiser des ateliers de sensibilisation aux dimensions environnementales et sociales des IA génératives, intégrés à la formation. Comme le montrent nombre de chartes de l’IA dans l’éducation, celle-ci propose surtout un plus fort cadrage des usages que le contraire.

      En tout cas, le sujet agite la réflexion. Dans une tribune pour le Monde, le sociologue Manuel Cervera-Marzal estime que plutôt que d’ériger des interdits inapplicables en matière d’intelligence artificielle, les enseignants doivent réinventer les manières d’enseigner et d’évaluer, explique-t-il en explicitant ses propres pratiques. Même constat dans une autre tribune pour le professeur et écrivain Maxime Abolgassemi.

      Dans une tribune pour le Club de Mediapart, Céline Cael et Laurent Reynaud, auteurs de Et si on imaginait l’école de demain ? (Retz, 2025) reviennent sur les annonces toutes récentes de la ministre de l’éducation, Elisabeth Borne, de mettre en place une IA pour les professeurs “pour les accompagner dans leurs métiers et les aider à préparer leurs cours” (un appel d’offres a d’ailleurs été publié en janvier 2025 pour sélectionner un candidat). Des modules de formation seront proposés aux élèves du secondaire et un chatbot sera mis en place pour répondre aux questions administratives et réglementaires des personnels de l’Éducation nationale, a-t-elle également annoncé. Pour les deux enseignants, “l’introduction massive du numérique, et de l’IA par extension, dans le quotidien du métier d’enseignant semble bien plus souvent conduire à un appauvrissement du métier d’enseignant plutôt qu’à son optimisation”. “L’IA ne saurait être la solution miracle à tous les défis de l’éducation”, rappellent-ils. Les urgences ne sont pas là.

      Selon le bulletin officiel de l’éducation nationale qui a publié en juillet un cadre pour un usage raisonné du numérique à l’école, la question de l’IA « doit être conduite au sein des instances de démocratie scolaire », afin de nourrir le projet d’établissement. Bref, la question du cadrage des pratiques est pour l’instant renvoyée à un nécessaire débat de société à mener.

      MAJ du 01/10/2025 : A la suite d’Anthropic, OpenAI vient de publier une version de son chatbot pour étudiants. Ce “mode étude” consiste à doter ChatGPT “d’un nouveau filtre de conversation qui régule simplement la manière dont il répond aux élèves, encourageant moins de réponses et plus d’explications”. Plutôt que de donner des réponses, le robot tente d’expliquer le sujet et de renvoyer les étudiants à leurs propres efforts. Pourtant, rappelle la Technology Review, cela ne signifie pas que le système ne produise pas d’erreurs, au contraire. Il peut finalement apprendre à aborder des problèmes de manière erronée et produire des explications totalement fausses. Enfin, il n’empêchera pas les étudiants d’exiger du moteur de produire des réponses plutôt que de simplement les accompagner dans leur compréhension. Le mode tutorat lancé par les grandes entreprises de l’IA vise surtout à décrocher des marchés avec le secteur éducatif et fait la promesse que le tutorat personnalisé serait finalement un secteur où l’on pourrait considérablement réduire le coût humain.

      https://danslesalgorithmes.net/2025/07/01/ia-et-education-2-2-du-dilemme-moral-au-malaise-social

  • Der Erfolg der Rechten ist das Versagen der Linken
    https://www.telepolis.de/features/Der-Erfolg-der-Rechten-ist-das-Versagen-der-Linken-10666854.html

    A propos de la distance croissante entre les milieux de gauche et et les classes travailleuses

    24.9.2025 von Andreas Wehr - Rechte Parteien feiern weltweit Erfolge. Verantwortlich dafür ist auch die Linke, die sich von den Sorgen der Bürger entfernt hat.

    Manchmal ist es der politische Gegner, der die Wahrheit über die Linke sagt. So geschehen im Leitkommentar der Frankfurter Allgemeinen Zeitung (FAZ) vom 5. September 2025, verfasst von Nikolas Busse, einem der führenden Redakteure des deutschen „Zentralorgans des Kapitals“.

    Schon der Titel „Die rechtspopulistische Revolution“ zeigt an, dass es dem Autor um nicht weniger als eine politische Zäsur geht:

    Die alte Erkenntnis, dass nichts so mächtig ist wie eine Idee, deren Zeit gekommen ist, gilt heute für den Rechtspopulismus. Sein Aufstieg vollzieht sich inzwischen in allen drei Weltgegenden, die man dem erweiterten Westen zurechnet und in denen sich lange etablierte Demokratien befinden: Nordamerika, Europa und jetzt auch Japan.

    In den Vereinigten Staaten und in Italien haben es Rechtspopulisten bekanntlich schon in die Regierung geschafft, Trump zum zweiten Mal. In Großbritannien und Frankreich liegen sie in Umfragen vorn, in Deutschland kommt die AfD der Union nahe.

    Das lässt sich nicht mehr mit Besonderheiten im jeweiligen Land erklären, noch nicht mal mit Protest oder Uninformiertheit der Wähler. Der Rechtspopulismus hat eine global verbreitbare Weltanschauung hervorgebracht, für die sich seine Anhänger bewusst entscheiden. Wir erleben eine Revolution.
    Nikolas Busse, FAZ

    Dieser Beschreibung eines Epochenwechsels kann kaum widersprochen werden, vollzieht sie sich doch vor aller Augen. Erst kürzlich wurde etwa eine Umfrage für die Landtagswahlen in Sachsen-Anhalt bekannt, wonach die AfD dort die Chance hat, die CDU deutlich zu überrunden. Der SPD wird ein Ergebnis von knapp über fünf, den Grünen von unter fünf Prozent vorausgesagt.

    Nikolas Busse geht es aber nicht allein um die Beschreibung dieses Phänomens. Er fragt nach den Gründen für den Aufstieg:

    Im Kern will der Rechtspopulismus die Politik wieder national eingrenzen, wobei nicht immer ganz eindeutig ist, wer oder was zur Nation gezählt wird. Aber die Stoßrichtung ist unverkennbar: Sie richtet sich gegen Migration (nicht nur irreguläre), gegen Freihandel, gegen Minderheitenrechte, gegen internationale Institutionen. Angestrebt wird letztlich die Rückkehr in eine Welt, wie sie in vielen westlichen Ländern vor der Globalisierung bestand.
    Nikolas Busse, FAZ

    Busse weist dabei „oberflächliche Vergleiche mit dem Faschismus“ zurück. Tatsächlich sind die heute so beliebten Analogien mit der Zeit vor 1933 hilflos, zeigen sie doch nur, dass heute kaum noch Kenntnisse über den wirklichen Faschismus vorhanden sind. Nach Busse liegt „der Bezugspunkt eher in den Fünfziger- bis Siebzigerjahren.“

    Und in der Tat waren dies zwar kulturell und politisch verstockte, konservative Zeiten, doch die Menschen erlebten zugleich eine stetige Verbesserung ihres Lebens: Ihre Löhne stiegen, die Arbeitszeit wurde verkürzt und bessere Bildungschancen für ihre Kinder gab ihnen die Gewissheit, dass es der nächsten Generation einmal besser gehen werde.

    Es war die Zeit des CDU-Slogans „Wohlstand für Alle“ und des „Modells Deutschland“ der SPD. Warum sollten heute nicht viele Sehnsucht nach diesen Zeiten haben? Mit den Errungenschaften der 68er-Generation, der sexuellen Befreiung und der Individualisierung, können sie hingegen wenig anfangen.

    Doch diese besseren Zeiten sind nicht einfach so vergangen. Verantwortlich dafür war die neoliberale Wende, die 1979 in Großbritannien unter Thatcher einsetzte und 1981 unter Reagan in den USA ihren Schwung erhielt. Und so lebt nach Busse heute „fast die gesamte westliche Welt (…) in einer Ordnung, die auf einer wirtschaftlichen und gesellschaftlichen Liberalisierung beruht, wie sie die Menschheit nie erlebt hat.

    Nichts kannte in den vergangenen Jahren Grenzen: der Handel nicht, die Wanderung nicht, die Emanzipation nicht. Die erstaunliche Allianz, die in den USA Wirtschaft und Wokeismus eingingen, war der Höhepunkt dieser Entwicklung, und sie schwappte natürlich nach Europa über. Es war die letzte Welle des linksliberalen Zeitgeistes, die nicht mal mehr vor der Biologie haltmachte.

    Dass die Politik irgendwann anfing, sich ständig mit Ansprüchen sexueller Kleingruppen zu beschäftigen, war einer der Momente, in dem sie auch Teile des Bürgertums verlor.“ Doch die Antwort der Mehrheit blieb nicht aus:

    In einer Demokratie kann man vieles machen, aber nicht Politik gegen große Gruppen oder Mehrheiten, zumindest nicht auf Dauer. Der Rechtspopulismus spricht potentiell die Teile der Gesellschaft an, die in westlichen Staaten in jüngerer Zeit vergessen oder gar bekämpft wurden: Arbeiter, Männer, traditionelle Familien und, besonders wirkmächtig, die Inländer.

    Das macht Wählerkoalitionen möglich, die nicht schnell verschwinden dürften, wie besonders die Erfolge des Rechtspopulismus bei jungen Leuten zeigen. Als Jugendbewegung könnte er Durchschlagskraft über ein, zwei Generationen erlangen.
    Nikolas Busse, FAZ

    Busse dürfte wohl die Haltung der FAZ-Redaktion wiedergeben, wenn er schreibt, dass gegen die „rechtspopulistische Revolution“ auf absehbare Zeit nichts zu machen sei, zumal dort, wo sie bereits erfolgreich war, etwa in den USA und in Italien: „Sie können darauf bauen, dass sie für ihre Wähler erst mal das kleinere Übel bleiben werden.“ Den unter Druck geratenen deutschen Christdemokraten hält der Kommentator den Rat bereit, sich für die Themen des Rechtspopulismus zu öffnen.

    Keinen Rat gibt Busse hingegen der Linken, worunter er die drei Parteien SPD, Grüne und Die Linke zusammenfasst. Warum sollte er das auch als FAZ-Redakteur tun? Die Linken müssen selbst Antworten auf Fragen finden, die schon lange im Raum stehen.

    Da ist zunächst die Globalisierungskritik. Sie war einst eine Domäne der Linken. Erinnert sei an die großen Demonstrationen aus Anlass von G7 bzw. G8-Gipfeln, etwa in Seattle und in Genua 1999 und 2001. Warum protestiert heute kaum noch einer gegen sie? Und wo sind die weltweiten Sozialforen geblieben?

    Angeklagt wurden seinerzeit die kapitalistischen Konzerne, dass sie ohne Rücksicht auf die Lebensinteressen der Arbeiter die Produktion und damit auch Steueraufkommen in die Länder des Globalen Südens verlagern, um so Lohnkosten zu sparen, Aufwendungen für die soziale Sicherung zu vermeiden und Auflagen zum Umwelt- und Klimaschutz zu umgehen. Heute ist es Trump, der diese Jobs zurückholen will.

    Verstummt ist auch die linke Kritik an der Verlagerung von Arbeitsplätzen innerhalb der EU nach Osteuropa, an der „Delokalisation“. Nur noch die AfD und der Ressemblement national von Le Pen verurteilen sie.

    Doch wo sind hier die europäischen Linken? Diese bekennen sich inzwischen alle zur EU, betrachten sie gar als großes zivilisatorisches Projekt, darauf gerichtet, den Nationalstaat zu überwinden. Den Austritt Großbritanniens, den Brexit, haben sie deshalb bedauert und als Weg in die falsche Richtung verurteilt.

    Auch Jeremy Corbyn hat ihn als Labour-Vorsitzender nicht gewollt. Heute ist es Nigel Farage, einstiger Anführer der Brexit-Befürworter, der mit seiner rechtspopulistischen Reform UK Party gute Chancen hat, nächster Premierminister zu werden. Auf die Unterstützung der Arbeiterklasse in Mittelengland, die bereits bei der Brexit-Entscheidung den Ausschlag gab, kann er sich jedenfalls verlassen.

    Was ist aus der linken Kritik am Euro-System geworden? Als Konsequenz der Griechenlandkrise hatten Oskar Lafontaine und Jean-Luc Mélenchon ein anderes, gerechteres Währungssystem in einem „Plan-B“ vorgeschlagen. Davon ist aber heute nichts mehr zu hören. So ist es nur noch die AfD, die die fatalen Konsequenzen der Einheitswährung anprangert.

    Kommen wir zum Problem der Migration, dem mit Abstand wichtigsten Antreiber des rechtspopulistischen Erfolgs. Mit der libertär-anarchistischen Parole „No Nations – No Borders“ hat die Linkspartei ihre ganze Verachtung für die Probleme und Ängste der sogenannten „kleinen Leute“ zum Ausdruck gebracht. Doch ganz anders als die Linken verbinden die Abgehängten mit der Nation die Hoffnung auf einen Schutz- und Rückzugsraum. Die Vorstellung, dass sich Deutschland in einer multikulturellen Welt auflösen könnte, weckt dort Ängste und Widerstand.

    Entspricht es nicht der Realität, wenn Nikolas Busse diesen Linken vorwirft, sich immer mehr mit den „Ansprüchen sexueller Kleingruppen zu beschäftigen“? Nichts gegen die Regenbogenfahne der LGBTQ-Bewegung auf öffentlichen Gebäuden am Christopher-Street-Day, schließlich sind Schwule, Lesben und transsexuelle Menschen täglichen Diskriminierungen und Beleidigungen ausgesetzt.

    Aber was ist mit den Frauen? Sind nicht auch sie von Zurücksetzungen und Gewalt betroffen? Warum weht daher am Internationalen Frauentag, am 8. März, nicht auch die violette Flagge auf den Amtsgebäuden? Und gehört nicht die rote Fahne am 1. Mai dorthin, so wie die blaue Friedensflagge am 1. September? Aber solche Forderungen traut sich eine libertär gewordene Linke nicht zu stellen.

    Dort hält man hingegen große Stücke auf den eigenen antirassistischen Kampf. Doch der beschränkt sich auf hohle Gesten, auf die Ächtung kompromittierender Begriffe oder die Umbenennung von Straßen. Ein wirklicher Kampf gegen Rassismus muss hingegen mit antikapitalistischem Kampf einhergehen.

    Angela Davis hat immer wieder darauf hingewiesen, dass im Zehnpunkteprogramm der US-amerikanischen Black-Panther-Party der 70er-Jahre, die als Ausgangsinitiative der heutigen Bewegung gegen Rassismus anzusehen ist, Forderungen nach Arbeitsplätzen, umfassender Wohnungsversorgung, Gesundheit und Bildung ganz oben standen.

    Eine wirkliche antirassistische Linke hat daher die Verbesserung der Lebensbedingungen aller Diskriminierten und Unterdrückten, ganz gleich, ob mit deutschem oder migrantischem Hintergrund, in den Blick zu nehmen.

    Nikolas Busse ist zuzustimmen, wenn er abschließend schreibt, dass man mit „Haltung“ oder dem Beschwören einer „demokratischen Mitte“ den Zug des Rechtspopulismus nicht mehr aufhalten kann. „Dies wird nur mit einer Politik möglich sein, die den Fragen nicht ausweicht, die die Wähler der Rechtspopulisten umtreibt.“

    Doch die heutige Linke weicht genau diesen Fragen aus, ist sie doch längst eine soziallibertäre Linke geworden, die die Globalisierung mit all ihren fatalen Folgen nicht mehr infrage stellt. Ihre Zustimmungswerte gehen denn auch von Wahl zu Wahl zurück. Daran ändert auch der Aufschwung der Partei Die Linke bei den letzten Bundestagswahlen nichts, ist er doch vor allem Ergebnis eines Wählerwechsels von anderen linken Parteien hin zu ihr.

    Gebraucht werden die linken Parteien heute nur noch für breite „Bündnisse der Demokraten“ zusammen mit CDU, CSU und der FDP zur Verhinderung von Wahlerfolgen der AfD. Als bloße Funktionsparteien haben sie aber keine Zukunft.

    #gauche #classe_ouvrière #politique #nationalisme

  • "La mobilisation massive contre la loi Duplomb est ainsi l’indice que les territoires sont de plus en plus travaillés par ces questions. A la dépolitisation nationale des grands enjeux environnementaux répond une prise de conscience des impacts locaux de la crise écologique."
    " l’opposition à la loi Duplomb n’est pas plus le fait de « bobos-écolos » des grands centres urbains que des habitants des bourgs ou des petites villes en région. Le rejet du texte y est du même ordre de grandeur, supérieur à 60 %. Et contrairement à une idée reçue, les populations les plus modestes sont, dans cette enquête, les plus opposées à la loi controversée."

    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/28/a-la-depolitisation-des-enjeux-environnementaux-repond-une-prise-de-conscien

    #écologie #duplomb #environnement #crise #prise_de_conscience #classes_sociales

    • « A la dépolitisation des enjeux environnementaux répond une prise de conscience des impacts locaux de la crise écologique »

      En France, les sondages se suivent et semblent tous pointer dans la même direction. Une enquête de l’IFOP, publiée fin août, ne place la « protection de l’environnement et la lutte contre le dérèglement climatique » qu’en 16e position des préoccupations des sondés. Mi-septembre, une autre étude d’Ipsos ne faisait apparaître l’enjeu environnemental qu’à la 7e place, sur les 10 thématiques proposées. Par rapport aux enquêtes comparables conduites dans le proche passé, la chute est abrupte.

      [...]

      « il ne se passe pas une semaine en France sans qu’un captage ferme, ou que des restrictions de consommation de l’#eau_potable ne soient édictées ». Ces événements passent sous le radar de la presse nationale, mais ils sont, au cœur des territoires, parmi les manifestations les plus tangibles des dégâts infligés à l’environnement. Depuis dix ans, le nombre de personnes visées par de fortes augmentations de leur #facture_d’eau, par des alertes sur sa qualité, voire par des restrictions de consommation, a considérablement augmenté. Entre 2012 et 2023, la proportion de Français ayant reçu une eau conforme aux critères de qualité (au regard des pesticides) est passée de 95,5 % à 74,7 %. Une dégringolade de plus de 20 points.

      https://justpaste.it/9riq0

      #pesticides #eau #santé #politisation #mobilisations_locales #mobilisations_écologistes #pétition #réchauffement_climatique #marches_pour_le_climat

    • Les luttes locales ont toujours été le point fort de l’écologie. Ce fut le cas pour le nucléaire, et c’est ce même constat qui a présidé à la création des Soulèvements de la terre début 2021 à la ZAD NNDL. La nouveauté tient aux atteintes immédiates à la santé, et aux enjeux liés à l’eau.

  • Il est temps d’atterrir

    Autour de la figure du penseur Bruno Latour, disparu en 2022, Vincent Gaullier et Raphaël Girardot tissent des fils de réflexion en hommage à ce pionnier de l’#écologie_politique, dans un essai documentaire stimulant.

    « Où atterrir ? », interrogeait dans l’un de ses derniers essais l’anthropologue et philosophe des sciences Bruno Latour (1947-2022). Face à la #dérégulation, à l’explosion des #inégalités et au déni persistant des conséquences de la mutation climatique, il y proposait un #guide d’#orientation_politique à la hauteur de ces enjeux : une réflexion de terrain, puissamment ancrée dans la « #zone_critique », ce mince territoire que nous partageons avec l’ensemble du monde vivant. Trois ans après sa disparition, sa pensée reste plus vivace que jamais : aux côtés de ses écrits, les leçons que Bruno Latour a diffusées sur le Web pendant le Covid-19 continuent de circuler et donnent lieu à l’émergence d’un véritable mouvement d’éducation populaire.

    « Classe écologique »
    Pour rendre hommage à ce père de l’écologie politique et explorer sa pensée à contre-courant de la marche du monde, les réalisateurs Vincent Gaullier et Raphaël Girardot composent un essai documentaire qui en déniche les mille et un échos, glanés auprès de citoyens engagés – apprentis maraîchers, hydrologues, pêcheurs, simples curieux de l’œuvre de Bruno Latour constitués en groupe de lecture… Autant de « #Terrestres » qui s’essaient, depuis un champ du Finistère, une cité en Wallonie, aux abords d’un port sénégalais ou au pied des Alpes, à décrire leur territoire, explorer leurs liens de dépendance, et à tenter de marier géologie, biologie et sociologie : une filiation joyeuse et fertile, riche en échanges et en débats d’idées. Chacun à leur manière, ils et elles participent de l’émergence de cette « #classe_écologique » que Bruno Latour appelait de ses vœux : la prise de conscience des #limites_planétaires, alliée à un désir de revenir à l’#essentiel, constitue un premier pas crucial dans la mise en place d’un rapport de force indispensable à la construction et à la défense d’un #monde_habitable.

    https://www.arte.tv/fr/videos/120477-000-A/il-est-temps-d-atterrir

    #documentaire #film #film_documentaire #où_atterrir #Bruno_Latour #habitabilité #hectares_fantômes #monde_dont_on_vit #monde_dans_lequel_on_vit #inquiétude #culpabilité #terrestres #univers #expérience_directe #décrire_à_l'endroit #décrire_à_l'envers #description #local #déconnexion #limites #subsistance #zone_critique #écologie #autonomie #libération #émancipation #habitabilité_de_la_terre #boussole #alliés #menaces #dépendance #auto-description #enracinement #identité #représentation #non-humains #classe_géo-sociale #engendrement #classe_écologique #doléances #politisation

  • L’#intersectionnalité, de quoi parle-t-on ?

    Le #concept d’« intersectionnalité » peut apporter un nouvel éclairage sur les multiples réalités étudiantes, en transformant les perceptions et la compréhension des enjeux actuels (Fauteux, 2017).

    Au sens littéral, l’inter-sectionnalité constitue le point d’intersection des #appartenances_identitaires d’un individu. Il ne s’agit pas d’une addition des identités, mais de l’#entrecroisement ou de l’#imbrication des #catégories_sociales comme le genre, l’appartenance à un groupe racisé ou la classe (Harper et Kurtzman, 2014 ; Hill Collins et Bilge, 2020).

    Une expérience indivisible

    Selon la perspective intersectionnelle, les différentes réalités ne sont pas hiérarchisées entre elles : l’expérience d’une personne étudiante qui vit du racisme est aussi valide que celle qui vit de l’homophobie. De plus, alors que les actions antidiscriminatoires se concentrent souvent sur une seule discrimination (le sexisme vécu par des étudiantes, par exemple), une perspective intersectionnelle tient compte du fait que plusieurs formes de #discriminations (comme l’homophobie, le racisme, le sexisme) peuvent être vécues au même moment dans la vie d’une personne (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    L’émergence d’une pensée intersectionnelle remonte au tournant du vingtième siècle, au moment où s’est révélée la complexité des systèmes d’oppression sur la population afro-américaine (Harper et Kurtzman, 2014). C’est toutefois au tournant des années 1990 que le terme « intersectionnalité » a été utilisé afin d’illustrer la situation des femmes afro-américaines et de mettre de l’avant le caractère indivisible de la personne et de son expérience, au fondement de l’interdépendance des catégories sociales (#genre, #classe, #handicap, etc.).

    Au Québec, vingt ans plus tard, la notion d’intersectionnalité a été reprise pour rendre compte des différentes #expériences_vécues par les femmes (Bilge, 2009 ; Juteau, 2010) : une femme blanche scolarisée ne vit pas la même réalité qu’une femme immigrante, par exemple.

    Un outil d’analyse des #inégalités

    En plus d’être une théorie interdisciplinaire, l’intersectionnalité est un outil d’analyse (Lépinard et Mazouz, 2021) qui permet de mieux comprendre comment les #identités — le genre, la classe sociale, l’âge, l’origine ethnoculturelle, le handicap, etc. — se chevauchent et interagissent de manière simultanée pour produire et maintenir des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    Une vision intersectionnelle envisage donc les inégalités comme étant le produit du #croisement de différentes situations sociales, de relations de pouvoir et d’expériences (ibid.).

    –—

    L’approche intersectionnelle opère à deux niveaux :

    - Microsocial : en interrogeant les effets des inégalités sur les vies individuelles, ainsi que les configurations uniques découlant de l’interaction des appartenances identitaires ;
    - Macrosocial : en s’intéressant aux manières dont les systèmes de pouvoir, tels que les institutions économiques, religieuses et gouvernementales, les lois, les politiques ou encore les médias participent à la (re)production des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    L’analyse intersectionnelle peut aller plus loin en prenant en compte quatre dimensions de la vie sociale :

    –Organisationnelle, qui renvoie aux organisations sociales, politiques et économiques ;

    –Intersubjective, qui fait référence aux relations interpersonnelles dans des situations formelles ou informelles ;

    –Expérientielle, qui désigne l’expérience subjective des personnes, la manière dont elles se perçoivent et leurs attitudes avec les autres ;

    –Représentationnelle, qui renvoie au cadre de référence à partir duquel les individus et les groupes se représentent eux-mêmes et le monde (ibid.).

    –—

    La notion de « #privilège » (voir la figure La #roue de l’intersectionnalité) réfère quant à elle à un avantage octroyé à une personne ou à un groupe de personnes en fonction de l’identité ou du statut dans la société et la valeur qu’on lui donne (l’orientation sexuelle, la présence ou l’absence de handicap, l’appartenance à un groupe majoritaire ou minoritaire, etc.) (Collège Ahuntsic, 2022).

    Une capacité d’agir

    L’approche intersectionnelle présente un intérêt pour les équipes professionnelles et d’intervention des établissements d’enseignement supérieur en rendant visible « la diversité de l’ensemble du public cible de l’éducation inclusive » (Bauer et Borri-Anadon, 2021).

    Sur le plan du sentiment d’appartenance, le partage des expériences contribue à relier et à tisser des solidarités (Fauteux, 2017). En effet, la perspective intersectionnelle inclut la capacité des personnes à se solidariser sur la base de leurs expériences identitaires et à développer des stratégies communes (Pagé, 2014). Cette capacité d’action mobilisatrice, malgré le poids des obstacles et des discriminations, est d’ailleurs au cœur des principes fondateurs de l’intersectionnalité : les femmes afro-américaines ont été des leaders de leurs communautés en créant des mouvements de reprise de pouvoir (Harper, 2013).

    Références

    Bauer, S. et Borri-Anadon, C. (2021). De la reconnaissance à l’invisibilisation  : une modélisation des enjeux conceptuels de la diversité en éducation inclusive. Alterstice  : revue internationale de la recherche interculturelle, 10(2), 45‑55.

    Bilge, S. (2009). Théorisations féministes de l’intersectionnalité. Diogène, 225(1), 70‑88.

    Collège Ahuntsic (2022). Portail (auto)éducatif EDI. Je te vois, je t’entends, je t’écoute.

    Duckworth, S. (2020). Wheel of Power/Privilege [image en ligne]. Instagram.

    Fauteux, J. (2017). Vers de nouvelles pratiques intersectionnelles  : quand parcours migratoire se conjugue avec situation de handicap [mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke]. Savoirs UdeS.

    Harper, E. (2013). Ancrages théoriques entre l’intersectionnalité et les pratiques narratives en travail social. Dans E. Harper et H. Dorvil (dir.), Le travail social. Théories, méthodologies et pratiques (p. 47‑78). Presses de l’Université du Québec.

    Harper, E. et Kurtzman, L. (2014). Intersectionnalité  : regards théoriques et usages en recherche et en intervention féministes  : présentation du dossier. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 15‑27.

    Hill Collins, P. et Bilge, S. (2020). Intersectionality (2e éd.). Wiley.

    Juteau, D. (2010). « Nous » les femmes : sur l’indissociable homogénéité et hétérogénéité de la catégorie. L’Homme & la Société, 176‑177(2‑3), 65‑81.

    Lépinard, É. et Mazouz, S. (2021). Pour l’intersectionnalité. Éditions Anamosa.

    Pagé, G. (2014). Sur l’indivisibilité de la justice sociale ou Pourquoi le mouvement féministe québécois ne peut faire l’économie d’une analyse intersectionnelle. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 200‑217.

    Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (2020). L’intersectionnalité [vidéo].

    https://oresquebec.ca/article-de-dossiers/notions-cles/lintersectionnalite-de-quoi-parle-t-on

    #infographie

  • #bell_hooks : Un nom en minuscules pour une vie en majuscules

    De #Gloria_Watkins à bell hooks, itinéraire d’une penseuse étatsunienne qui nous fait reconsidérer nos compromis avec les #dominations de #genre, de #race et de #classe.

    Elle est née Gloria Watkins, mais prend le nom de bell hooks pour signer ses livres et cela nous dit déjà beaucoup d’elle. Ce nom en minuscule, c’est en effet d’abord une volonté de rester au second plan derrière ses textes et ses idées. Une humilité paradoxale, car la méthode de bell hooks, c’est aussi placer ses expériences intimes au cœur de ses développements théoriques. Elle ne s’efface donc pas derrière ses textes, loin de là et nous la découvrons ainsi au détour de nombreux passages de ses ouvrages.

    Ce nom, c’est aussi un hommage à sa mère et à sa grand-mère, deux figures récurrentes auxquelles elle se réfère au fil de son œuvre, sans toutefois toujours les ménager, sa mère notamment. Car c’est ce qui frappe à la lecture de bell hooks, de son œuvre théorique comme autobiographique : une plume et une pensée exigeantes, vibrantes, parfois tranchantes qui nous obligent à considérer avec lucidité nos propres compromis avec les dominations de genre, de race et de classe. Une plume vivante aussi qui explore notre appartenance territoriale (son Kentucky natal), ainsi que notre vie intime, affective et sexuelle – sans fard.

    Mémoires d’une petite fille noire

    Dans Noir d’Os, bell hooks évoque sa découverte de L’Œil le plus bleu de Toni Morrison : une épiphanie littéraire pour l’adolescente qu’elle est alors, qui trouve enfin dans un texte de quoi pallier les « lacunes » d’une littérature au sein de laquelle elle peine à se reconnaître. L’autrice, à son tour, écrit ses mémoires dans Noir d’Os et Rouge Feu pour combler ces absences, d’où l’importance de la lire encore aujourd’hui, explique Axelle Jah Njiké : « On a un déficit en matière de textes illustrant l’intime des personnes noires, et particulièrement des femmes noires, et ô combien des petites filles noires. »

    Dans ces textes, bell hooks raconte notamment le rôle de la #lecture, mais aussi un contexte familial troublé où la #violence et la #maltraitance étaient choses communes.

    Quelle importance aujourd’hui ?

    Malgré la célébrité certaine de bell hooks aux États-Unis, l’autrice ne figure pas parmi les féministes noires que l’on rencontre le plus, raconte la sociologue Fania Noël : « Aux États-Unis, qui souffrent un peu moins de la rareté du marché sur les études noires que la France, bell hooks fait partie d’un panthéon d’autrices, d’intellectuels, d’artistes féministes noires qui sont nombreuses. »

    En France, bell hooks bénéficie d’une relative renommée : on fait d’elle l’une des papesses de la notion d’#intersectionnalité, terme créé par Kimberley Williams Crenshaw pour identifier les populations qui cumulent et subissent plusieurs formes de discriminations. Une popularité qui s’explique notamment par les multiples rééditions de ses ouvrages, bien plus présents sur la scène littéraire que ceux des afroféministes francophones. Y aurait-il une volonté de faire écran à ce qui se joue sur nos territoires ?

    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/avoir-raison-avec/episode-1-une-femme-majuscule-6096120
    #podcast #audio
    ping @reka @isskein @karine4 @_kg_

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

  • Triomphe du « beauf », par Élie Guéraut & Laélia Véron (Le Monde diplomatique, août 2025)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2025/08/GUERAUT/68622

    On pourrait croire que ce mot dessine un clivage entre la gauche (qui traiterait ses adversaires de « beaufs ») et la droite (dont certains représentants revendiqueraient le terme). Or deux livres récents, Beaufs et barbares, de Houria Bouteldja (La Fabrique, 2023), et Ascendant beauf (Seuil, 2025), de Rose Lamy, reviennent sur cette catégorie pour en interroger la charge méprisante et tenter, chacune à leur manière, de la réhabiliter afin de (re)construire des alliances de classe favorables à la gauche.

    L’article qui suit étant censé critiquer cette posture. Quelqu’un l’a vu quelque part ?

    #paywall #beauf #Laélia_Véron #Élie_Guéraut

    • (...) dès ses débuts, le « beauf » peut déborder le #populaire et appartenir à la (petite) bourgeoisie économique. Ce qui le caractérise, c’est une distance aux cultures scolaire et savante ainsi qu’aux mondes intellectuels qui les portent. Il se tourne au contraire vers un consumérisme de masse, voire étale sa richesse de manière ostentatoire. Ainsi, l’ancien président français Nicolas Sarkozy - lorsqu’il se moquait du « sadique ou de l’imbécile » qui a mis La Princesse de Clèves au programme d’un concours de la fonction publique ou quand il rencontrait le pape accompagné de l’humoriste Jean-Marie Bigard - a largement été qualifié de « beauf » par certains journalistes, par exemple dans les colonnes de L’Humanité (2). Aujourd’hui, on peut se demander si des figures politiques contemporaines de premier plan comme MM. Javier Milei ou Donald Trump ne correspondent pas, elles aussi, à cette vision du « beauf ». Incarnations idéal-typiques de la « fragilisation des liens entre culture savante et classes supérieures (3) », tous deux mettent en scène une distance maîtrisée à la culture légitime dans le cadre d’une communication politique populiste.

      [...]

      De manière plus générale, la réhabilitation de l’étiquette « beauf » fait l’impasse sur le problème politique suivant : que faire lorsque des personnes de classes populaires ont des comportements qui ne relèvent pas de simples pratiques culturelles, mais de rapports de domination, voire de violence, vis-à-vis d’autres groupes dominés, tels que des propos ou actes sexistes et racistes ? Faudrait-il ne pas les dénoncer par crainte d’être taxé de mépris de classe ? Autre difficulté : la représentation caricaturale des classes populaires en tant que « beaufs » tend à rétrécir leur univers culturel à des pratiques consuméristes normées par l’industrie culturelle de masse. Un tel raccourci tend à figer les classes populaires dans un imaginaire de désir uniquement orienté vers les standards du capitalisme marchand et à sanctuariser ainsi les rapports sociaux existants, tout en faisant fi des tentatives historiques de création de contre-cultures populaires liées à des projets de transformation sociale (telles qu’elles ont pu exister au sein de mouvements d’éducation populaire souvent liés à des institutions, comme le Parti communiste français).

      En définitive, les usages de la notion de « beauf » mêlent, le plus souvent, deux critiques, sociale et morale. S’il ne faut certes pas évacuer la question morale (il n’est ni juste, ni d’ailleurs politiquement efficace, de faire preuve d’un mépris culturel afin de disqualifier des groupes sociaux « ennemis » ou jugés comme tels), la seule condamnation du mépris culturel peut oblitérer la compréhension des conditions sociales de production de ce mépris. En outre, sur le plan politique, il faut être capable de reconnaître que les pratiques culturelles peuvent être critiquées et faire l’objet d’un travail d’appropriation et de transformation (qui se mène de fait dans le monde associatif, les médias, le champ artistique, etc.). La culture n’est pas seulement un espace de jeux de distinction sociale, mais aussi un terrain de luttes politiques.

      #classes_populaires #culture

    • Personnellement je ne me retrouve que moyennement dans ce texte, ou alors je le trouve maladroit, parce que justement je n’applique pas, personnellement, l’insulte « beauf » aux classes populaires (sinon : évidemment ce serait du mépris de classe assez transparent), mais aux personnes des classes aisées qui adoptent volontairement des comportements qu’ils supposent plaire aux classes populaires.

      La dernière fois que j’ai utilisé le terme « beauf réjoui » sur Seenthis, c’est pour Macron, en train de faire dans le populisme pro-bagnole et anti-écolo.

      L’article répète : « dans les représentations communes, la catégorie de “beauf” est bien liée au populaire, même si elle le déborde partiellement », mais les seuls « beaufs » explicitement nommés dans l’article sont :
      – Cyril Hanouna
      – Nicolas Sarkozy
      – Javier Milei et Donald Trump
      – François Bégaudeau.
      Des gens qui ne « débordent » pas que « partiellement » du « populaire »…

      D’où mon souci avec cet article : il me semble qu’il y a désormais une importante seconde (troisième ?) étape dans cette utilisation du terme beauf, justement basé sur le refus d’attribuer aux classes populaires, ni même aux petits bourgeois, le qualificatif de « beauf ». Le terme est alors utilisé pour dénoncer justement l’attitude des élites économiques, médiatiques, politiques, qui singent ce qu’ils pensent plaire au populaire. Les beaufs sont alors non pas les classes populaires, mais les riches qui croient que, pour plaire aux pauvres, il faut « faire beauf ».

      L’article dit bien que cette réduction ad beaufitude des classes populaires est méprisante et basée sur une idée fausse. Mais il faudrait alors expliciter que justement, ce qu’on qualifie alors de « beauf », c’est l’attitude des puissants à adopter ce qu’ils croient être une culture populaire qui serait beauf (ie : vaguement illétrée, raciste et sexiste). Le « beauf », alors, c’est justement celui qui, depuis une situation aisée, met en scène son propre mépris de classe. Le beauf, c’est Macron à deux doigts d’adopter l’accent parigot pour dire qu’« on aime la bagnole », histoire de plaire à ceux qui, toujours selon lui, « ne sont rien ».

      Par ailleurs, l’article continue à focaliser l’utilisation du qualificatif « beauf » sur le rapport à la culture (opposition entre « “beaufs” et goûts légitimes »). Avant tout de même de poser la question : « que faire lorsque des personnes de classes populaires ont des comportements qui ne relèvent pas de simples pratiques culturelles, mais de rapports de domination, voire de violence, vis-à-vis d’autres groupes dominés », débordant donc de la question culturelle, mais en restant focalisé sur les classes populaires. Or, justement, c’est bien là que se niche l’utilisation du terme « beauf » aux personnes citées plus haut (Hanouna, Sarkozy, Trump), qui ne surgit pas parce que ces gens afficheraient une vulgarité de goûts, mais bien parce que leur « faire beauf » est uniquement consacré à la promotion d’un agenda réactionnaire, et que si on les qualifie de « beauf », c’est parce qu’ils orientent leur populisme uniquement sur un axe raciste, sexiste, homophobe…

  • Vélos en ville : des tensions qui « résonnent comme des conflits de valeurs et de classes »
    https://reporterre.net/Velos-en-ville-des-tensions-qui-resonnent-comme-des-conflits-de-valeurs-

    Le développement du vélo n’échappe ni aux stéréotypes de genre ni aux conflits de classes, analyse l’urbaniste Claire Pelgrims. Pour elle, la cohabitation passe par une articulation entre modes de transports rapides et lents.

    La croissance du vélo en France est forte et rapide. Entre 2019 et 2023, le nombre de passages a augmenté de 37 % d’après les capteurs installés par la Plateforme nationale des fréquentations (PNF). Mais cette tendance masque une réalité contrastée : la pratique du vélo est encore davantage développée chez les hommes et les catégories sociales supérieures. Et le partage de la route est source de nombreux conflits.

    [...]

    Les discours de promotion de la marche ou du vélo ont aussi fortement évolué depuis les années 1970. Ils portaient à l’époque une critique radicale de la société, promouvant la décélération, la décroissance et une logique d’émancipation.

    Toute cette radicalité a été gommée pour faire entrer la « lenteur » dans les logiques économiques actuelles, comme un argument d’attractivité pour les centres-villes touristiques. Le vélo est perçu comme vecteur de productivité et d’efficacité pour les actifs urbains.

  • #DXOmark

    Leader international de l’évaluation de #qualité.

    Chez DXOMARK nous pensons qu’une bonne technologie n’est pas seulement innovante et performante, mais qu’elle doit correspondre aux besoins et anticiper les attentes de ceux qui l’utilisent.

    L’ambition de DXOMARK est de permettre aux utilisateurs de faire des choix éclairés en toute autonomie sur la base d’éléments de comparaison, de données et de classements objectifs.

    La mission de DXOMARK : encourager les fabricants à développer des produits électroniques grand public et professionnel toujours plus performants pour le bénéfice de l’utilisateur.

    https://www.dxomark.fr
    #smartphones #smartphone #téléphone_portable #tests #comparatif #comparaisons #classement #caméra #photographie

  • « En inscrivant durablement la classe dehors dans le système éducatif, il s’agit de rendre effectif le droit des enfants à grandir au contact de la nature »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/05/30/en-inscrivant-durablement-la-classe-dehors-dans-le-systeme-educatif-il-s-agi


    Des élèves et leurs professeurs en cours « dehors ». GRAHAM OLIVER/PANTHER MEDIA / GRAPHICOBSESSION

    Alors que des pays comme l’Allemagne, la Suisse ou les pays nordiques ont depuis longtemps intégré le plein air à leur pédagogie, les enfants français passent dix fois moins de temps dehors qu’il y a trente ans. Près de 40 % des enfants de 3 à 10 ans ne jouent jamais dehors en semaine. Ce déficit de nature engendre un isolement sensoriel, un appauvrissement de l’imaginaire, un mal-être croissant.

    Il est temps de franchir un cap. Si des milliers d’initiatives existent partout sur le territoire – portées par des enseignants, des élus locaux, des animateurs, des associations –, elles demeurent trop souvent isolées, fragiles, dépendantes de la bonne volonté ou de projets temporaires.

    Cette proposition de loi vise à rendre effectif le droit des enfants à grandir au contact de la nature, dans les structures de petite enfance, à l’école comme en dehors. Elle modifie plusieurs articles du code de l’#éducation pour faire du dehors une modalité d’apprentissage reconnue, intégrée dans les projets d’#école et les projets éducatifs territoriaux. Elle prévoit la création d’un réseau national de formateurs à la #classe_dehors, afin d’outiller les enseignants et les collectivités. Elle donne un cadre clair pour que l’école devienne un acteur majeur de la transition écologique et de la santé publique.

    https://archive.ph/HLeHY

    #enfance

  • kommunistische-organisation.de
    Die Russische Bourgeoisie : Kompradoren oder Monopolkapitalisten ?
    https://kommunistische-organisation.de/klaerung-imperialismus/die-russische-bourgeoisie-kompradoren-oder-monopolkapita

    Comprendre les mobiles et la stratégie russe dans la guerre en Ukraine n’est pas possible sans avoir analysé les relations de classe en Russie. Cet article est une introduction dans le sujet.

    On n’est pas forcément d’accord avec son « analyse » qui est marquée par quelques idées reçues et arguments peu concluants. Pourtant il contient des informations et pensées intéressantes qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

    Si ces communistes abandonnaient les dogmes et priviligiaient la méthode scientifique ils feraient augmenter leurs chances de pouvoir contribuer activement à la construction de la société communisre qu’ils souhaitent tant.

    Vertiefungsgruppe 2 von Martin Hilbig

    Redaktioneller Hinweis: Dieser Text ist im Rahmen unserer Auseinandersetzung mit dem Krieg in der Ukraine und der Imperialismusdiskussion entstanden. Wir haben 2022 beschlossen, uns kollektiv der Einschätzung des Charakter und der Vorgeschichte des Krieges zu widmen. Hierfür wurden verschiedene Arbeitsgruppen gebildet, die sich u.a. mit den Interessen und der Politik des westlichen imperialistischen Block, mit Russlands Entwicklung sowie mit den Erkenntnissen der sozialistischen Arbeiterbewegung zum Imperialismus und der Bedeutung der Nationalen Frage beschäftigen. Veröffentlicht wurden in diesem Rahmen bereits Beiträge zur Kriegsvorbereitung der NATO, zur Unterwerfung der Ukraine, zu Deutschlands Rolle im Ukraine-Krieg, zur Entwicklung der Volksrepubliken, zur Entwicklung des russischen Kapitalismus, zum Verhältnis von Nationaler Selbstbestimmung und sozialistischer Revolution und zur Imperialismusschrift Lenins. Rückmeldungen können gerne per Mail an uns (redaktion@kommunistische-organisation.de) oder direkt an den Autor (kontakt@spectrumofcommunism.de) geschickt werden.
    1. Einleitung

    In der Debatte um den Charakter des Krieges in der Ukraine prallen innerhalb der kommunistischen Bewegung zwei konträre Positionen aufeinander. Die eine besagt, dass der Imperialismus als Epoche den ganzen Erdball umfasst. Die besitzenden Klassen der einzelnen Länder seien lediglich mehr oder weniger siegreich eingebunden. Es sei daher unlauter, von antiimperialistischen Staaten zu sprechen, sondern allenfalls von antiimperialistischen Bewegungen, die sich gegen die herrschenden Klassen der jeweiligen Länder richteten. Dagegen stehen Auffassungen, welche eine solche Ansicht als Äquidistanz verwerfen. Eine qualitative Gleichsetzung der führenden imperialistischen Zentren mit den Ländern des globalen Südens verwische die strukturelle Ausbeutung und Abhängigkeitsverhältnisse, die unhintergehbare Grenzen für jede revolutionäre Bewegung aufstellten. Eine solche Position mahnt zur konkreten Analyse der jeweiligen Kapitalistenklassen und zu einer Charakterisierung, aus der eine konkrete politische Haltung überhaupt erwachsen kann.

    Eine Analyse der russischen Bourgeoisie1 setzt wie jede solche konkrete Charakteristik im Begriff ihres Gegenstandes bereits eine Einheit von Einheit und Differenz. Der Begriff der Bourgeoisie behauptet eine Einheit mit einer in jedem kapitalistischen Land vorhandenen und herrschenden Klasse, die mittels des Besitzes der Produktionsmittel anderen Klassen ihren Willen aufdrücken kann. Die Bestimmung des Russischen setzt wiederum die Differenz und ihre Besonderheit. Es macht nur Sinn, von einer explizit russischen Bourgeoisie auszugehen, wenn ihre soziale Formation sich strukturell von der anderer Länder unterscheidet. Bürgerlichen Wissenschaftler*innen fielen hier zuerst das historische Erbe oder besondere kulturelle Mentalitäten ein. Sie erklären aber nicht, warum sich ausgerechnet diese Mentalitäten durchgesetzt haben, oder warum ausgerechnet Peter I. als Vorbild genommen wird und kein Rurikidenzar oder Michael I.. Die Erklärung hierfür muss in den konkreten ökonomischen, sozialen und politischen Bedingungen Russlands gefunden werden und diese Besonderheiten müssen wiederum aus den gesellschaftlichen Entwicklungsgesetzen, wie sie von Marx und Engels gefunden wurden, ableitbar sein.

    Die russische Bourgeoisie hat auf der einen Seite ein absolutes Handlungsimperativ im Kampf um die höchstmögliche Ausbeutung der Arbeiter*innen und in der größtmöglichen Monopolisierung des Profits und der (Boden)renten. Auf der anderen Seite besitzen einzelne Kapitalistenfraktionen innerhalb dieser ökonomischen Gesetze Freiheitsgrade, um ihre Imperative bestmöglich umzusetzen. Um ein so determiniertes Akkumulationsregime dauerhaft verfestigen zu können, bedarf die Bourgeoisie der Institution des Staates. Der Staat schreibt in seiner Verfassung nicht nur die für den Kapitalismus notwendige doppelte Freiheit der Arbeiter*innen und die Rechtssicherheit des Besitzes fest, sondern erlässt einen institutionellen Rahmen, welcher Klassen- und Klassenfraktionskämpfe in einer Art und Weise organisiert, dass sie ein gesetztes Akkumulationsregime nicht gefährden bzw. dessen Änderung ohne Gefährdung der hegemonialen Stellungen der führenden Kapitalisten strukturieren. Revolutionen und Zeitenwenden, die rein bürgerlich verbleiben, ersetzen dann nur ein Akkumulationsregime durch ein anderes. Jedes Akkumulationsregime wiederum geht eigene Verhältnisse zu anderen Staaten und dem Weltmarkt ein.

    Aus dieser Betrachtung leitet sich das Wesen der Streitfrage der Internationalen Kommunistischen Bewegung ab, ob die russische Bourgeoisie bzw. ihre herrschenden, das gesamte Akkumulationsregime bestimmenden Fraktionen als Monopolbourgeoisie oder als Kompradorenbourgeoisie typologisiert werden können. Die Monopolbourgeoisie hat die fortgeschrittensten Produktionsmittel soweit zentralisiert, dass sie mit Finanzkapital und Staat verschmelzen und auf einem freien Weltmarkt ihre Konkurrenten durch Produktivitätsvorteile niederzuringen versuchen. Die Kompradorenbourgeoisie profitiert gegenteilig nicht von der Freiheit des Handels, sondern von einer politischen Kanalisierung des Handels, von der diese einen Handelsprofit generiert. Beide Typologien sind also durch eine ganz gegensätzliche Stellung zum Weltmarkt geprägt.

    Die Aufgabe der folgenden wissenschaftlichen Untersuchung ist es nun, ausgehend von den politischen Erscheinungsformen, wie sie empirisch vorliegen und aus der Summe der einzelnen Daten und historischen Ereignisse hervorgehen, das Akkumulationsregime als Ensemble der ökonomischen Tendenzen und Gegentendenzen der kapitalistischen Gesetzlichkeiten zu identifizieren. Nur wenn das Zusammenspiel der ökonomischen Gesetze, ihre Tendenzen und die Anleitung in historischen Erscheinungsformen verstanden sind, kann eine auf den gesellschaftlichen Gesetzen basierende Charakterisierung der kapitalistischen Dynamik Russlands und damit eine bedingte wissenschaftliche Prognose abgegeben werden. Modelle oder Typologien helfen uns dabei, die Mannigfaltigkeit der Erscheinung systematisch abzuklopfen, auch wenn die feststellbare Realität nie im Modell aufgehen kann (was in der Definition eines Modells an sich begründet liegt). Daher verfolgt die vorliegende Arbeit ein zweischrittiges Verfahren, indem sie zuerst begriffliche Klarheit über die Modelle Kompradorenbourgeoisie und Monopolkapitalismus2 herstellt und dann plausibilitätsgeleitet die russische Bourgeoisie in ihrem historischen Verlauf und in ihrer aktuellen Ausprägung hin auf diese Modelle hin untersucht.
    2. Begriffe
    2.1. Kompradoren

    Der Begriff der Kompradorenbourgeoisie hat im Laufe der letzten 100 Jahre sehr vielfältige Deutungen erfahren. Eine Definition dieser Klasse kann also nur sinnstiftend aus ihrer historischen Genese entwickelt werden, um den Vorzug der einen Bestimmung gegenüber einer anderen bewerten zu können.

    Infobox: Methodik der Klassenanalyse
    Der historische Materialismus geht davon aus, dass die Produktion der Lebensgrundlagen einer Gesellschaft, die Verteilung ihrer Produkte und die Macht über die Reproduktion die wesentlichen Triebfedern der Ausbildung der Klassen darstellen. Karl Marx ging in den drei Bänden des Kapitals in der Darstellung von der abstrakten Ebene der Produktion über die vermittelnde Ebene der Zirkulation zur konkreten Ebene der gesamtgesellschaftlichen Reproduktion des Kapitals über. Auf jeder dieser Ebenen erhalten die Klassen, in unserem Falle die Bourgeoisie, neue analytische Bestimmungen hinzu. Essentiell ist, dass ein konkreter Kapitalist (z.B. Khodorkowski oder Abramowitsch) je nach Darstellungsebene unterschiedliche und sogar widersprüchliche Stellungen einnehmen kann (Einheit von Einheit und Differenz, Widerspruch zwischen Wesen und Erscheinung). Allen Kapitalisten ist gemein, dass sie auf der Ebene der Produktion an der größtmöglichen Ausbeutung des Proletariats interessiert sind, unabhängig davon, wie sie auf konkreteren Formen erscheinen mögen. Auf der Ebene der gesamtgesellschaftlichen Reproduktion des Kapitals lässt sich die Bourgeoisie zum Beispiel an Hand der Revenue differenzieren. Während die produktiven Kapitalisten ihren Profit aus dem Mehrwert der Arbeitskraft ziehen, erhalten andere Teile der Bourgeoisie ihren Anteil an diesem Gesamtprofit. Wie hoch die jeweiligen Anteile sind, bestimmt sich zum einen durch die Kräfteverhältnisse der Fraktionen innerhalb der Bourgeoisie und zum anderen über die allgemeine Durchschnittsprofitrate. Darüber hinaus gab es auch andere wichtige Unterteilungen der Bourgeoisie. Rosa Luxemburg beispielsweise führte die Widersprüche zwischen Produktionsgüter- und Konsumgüterbourgeoisie im Rahmen der Marxschen Reproduktionsschemata zur Herleitung der imperialistischen Tendenzen des Kapitalismus zu Grunde. Auch die Beziehung zwischen produktiven und unproduktiven Kapitalisten ist in den letzten Jahrzehnten in die Diskussion gekommen. Grundlegend ist hier, dass die Steigerung der Arbeitsintensität und der sektorielle Mangel an Arbeitskraft dazu führen, dass die Arbeiter*innen immer weniger konkrete Arbeit der Reproduktion selbst übernehmen und diesen kommodifizieren müssen. Der reproduktive Sektor wächst und verschlingt einen immer größeren Anteil am produktiven Profit/Arbeitslohn. Eher in der bürgerlichen Ökonomie waren die Unterscheidungen zwischen einzelnen Erwerbszweigen, zwischen materieller und immaterieller Produktion oder zwischen Lenin unterteilte die Bourgeosie in mittlere und Großbourgeoisie, wobei die mittlere Bourgeoisie reaktionärer sei als die Großbourgeoisie.

    Die historische Klasse der Kompradoren, die ihren Höhepunkt im China des 19. Jahrhunderts hatte, war eine Übergangsklasse, die aus der alten Beamtenaristokratie entwachsen war und zwischen dem kapitalistischen Weltmarkt und der feudalen bis semifeudalen Welt Chinas vermittelte. Bis zum Vertrag von Nanking waren sie eingebettet in das konfuzianisch geprägte Cohong-System, in welchem das Handelsmonopol bei den Beamten und dem Adel lag. In der Gesellschaftshierarchie besetzten die Kaufleute die unterste Stufe unter den ehrbaren Professionen. Als die Monarchie Anfang des 19. Jahrhunderts unter dem Einfluss der sich weltweit bahnbrechenden ursprünglichen Akkumulation zunehmend an der Geldware Interesse fand, stellte sie eine Schicht der Handelsleute durch Beamtenposten oder Statusaufwertung in ihre Dienste (vgl. Hao 1970). Diese sollten den Warenhandel mit den europäischen frühkapitalistischen Mächten organisieren. Westliche Händler konnten nicht unmittelbar in China investieren oder Waren kaufen. Die Feudalstruktur, Sprachschwierigkeiten, das Fehlen eines funktionsfähigen Bankensystems und die Unkenntnis über politische Strukturen und Produktionsprozesse stellten unüberwindbare Hürden dar. Die Kompradoren waren das Bindeglied zwischen den europäischen Märkten und dem chinesischen Manufakturwesen, indem sie Waren beschafften, Gelder verwalteten, Erlaubnisse einholten, Kontakte verschafften und ihre Anteile sicherten. Vom reinen Personalverwalter bis zum fast eigenständigen Investor konnte die Rolle sehr vielgestaltig sein. Der Vertrag von Nanking (1842) als erster der Ungleichen Verträge führte zur Unabhängigkeit der Rolle der Kompradoren von der Staatsbürokratie. Formell öffnete der Vertrag den chinesischen Markt für europäisches Kapital bei damals einmalig niedrigen 5% Importzöllen. Rein praktisch jedoch dauerte es Jahrzehnte, bis die gesellschaftlichen Strukturen sich dergestalt gewandelt hatten, dass der Kapitalverkehr tatsächlich ohne Vermittlung der Kompradoren stattfinden konnte. Daher beschäftigte jeder westliche Unternehmer mindestens einen Komprador, der die traditionellen Hürden bewältigte. Dabei war neben den eher bescheidenen formellen Einkommen ein Squeeze aus Rentenbeteiligung, Zinsgeschäften, Unterschlagung und eigenem Unternehmertum die eigentliche Reichtumsquelle dieser Klasse.

    Soziologisch waren die Kompradoren als andere als einheitlich. Während die kantonesischen Kompradoren eher traditionell orientiert waren und sich in die konfuzianische Gesellschaftslehre einzugliedern versuchten, orientierten sich beispielsweise die Kompradoren Shanghais an Europa und studierten an westlichen Universitäten wie Yale. Allen gemeinsam war trotz der weitreichenden Unterschiede die Vermittlungsrolle zwischen dem Weltmarkt und dem chinesischen Binnenmarkt. Innerhalb der chinesischen Gesellschaft traten sie den wenigen Proletariern als fungierender Teil der Ausbeuterklasse gegenüber, die Masse der Bauern hatte zu ihnen jedoch zunächst kein Verhältnis. Es waren eher die Vertreter des alten Systems, welche in den Kompradoren die Wegbereiter des Untergangs des Kaisertums erblickten.

    Mit dem Vertrag von Nanking begann aber gleichfalls der Abstieg der Kompradoren. Natürlich hatten die westlichen Unternehmer keinesfalls ein Interesse daran, ewig die Extrarenten der Kompradoren von ihren Profiten abziehen zu müssen. Ständige Handelsvertretungen entstanden. Ein Bankenwesen, welches den Ansprüchen des Kapitals genügte, entwickelte sich. Und nicht zuletzt der Erste Weltkrieg trocknete die Kompradoren aus, als Investitionen in die Rüstung das Interesse Osthandel ablösten. Einige der Kompradoren wurden selbst „nationale“ Kapitalisten und wurden Parteigänger eines modernen bürgerlichen Staats. Ein anderer Teil nutzte seinen Reichtum und die bestehenden Kontakte, um informelle Herrscher einzelner Regionen zu werden, welche eigenständigen Handel mit den Kolonialmächten betrieben. Als Warlords bekämpften sie sowohl die bürgerlichen Nationalisten als auch die Kommunisten, weshalb diese in den ehemaligen Kompradoren einen gemeinsamen Feind erblickten. Was also Mao oder die Komintern in ihren Debatten als Kompradoren bezeichneten, war nicht eine ausgeprägte Klasse, sondern eines von mehreren Zerfallsprodukten einer Übergangsklasse, deren einst progressiver Charakter durch die schnelle Umwälzung der chinesischen Gesellschaft zwischen 1842 und 1912 in radikale Reaktion umschlug. In diesem Sinne hatte Mao vollkommen Recht, dass die Kompradoren gemeinsam mit den Grundbesitzern die reaktionärste und rückwärtsgewandteste Klasse der chinesischen Gesellschaft darstellten (Mao 1926). Ihr gesamte Existenz hing von der Monopolisierung des Handels mit den imperialistischen Ländern ab; ein Monopol, dass erst durch den Vertrag von Nanking und später durch die chinesische Nationalbewegung in Frage gestellt wurde. Die gewaltsame Aufrechterhaltung dieses Monopols entgegen den Ansprüchen eines modernen Nationalstaats stellte eine objektive Schranke der Produktivkraftentwicklung in China dar. Politisch legitimierte die Existenz der Kompradoren eine nationale Strategie der KPCh, die eine Zusammenarbeit mit den Guomindang einschloss.

    Nun sind die Kompradoren zwar historisch konkret ein chinesisches Phänomen des 19. und 20. Jahrhunderts. Da der Begriff in den Debatten der Komintern jedoch zeitgleich mit der aufkommenden antiimperialistischen Strategie Einzug fand, wurde er recht schnell auf die Charakterisierung von Fraktionen der Bourgeoisie in anderen Ländern angewandt.3 Obwohl er nie allgemein definiert worden ist, ist das Überdauern des Begriffs in der Bewegung Beweis dafür, dass er ein real wahrnehmbares Element kolonialer, halbkolonialer und postkolonialer Akkumulationsregime abzubilden scheint.4 Es macht jedoch keinen Sinn, jeden Strang in der Debatte nachzuvollziehen, sondern es bleibt zu schauen, welche Elemente des Begriffs als Allgemeines überlebt haben. Die systematischste Definition stammt vom französischen Marxisten Nicos Poulantzas (1975).5 Seine zentralen Charakteristika sind die Vermittlerrolle zwischen nationalem und Weltmarkt, sowie die daraus folgende politische, ökonomische und kulturelle Subordination unter die imperialistischen Nationen auf Grund einer fehlenden eigenen Akkumulationsgrundlage (siehe Abbildung 2). Keine eigene Grundlage für die Akkumulation zu besitzen, bedeutet hier, dass sich der Komprador auch nicht um den Absatz auf dem einheimischen Markt sorgen muss. Während die „nationale Bourgeoisie“ entweder das Proletariat weitgehend befähigen muss, produzierte Konsumgüter auch kaufen zu können oder auf die eigene Fähigkeit, Produktionsmittel in Erwartung zukünftiger Profite zu erwerben, angewiesen ist – was die Produktion entwickelt -, kann sich der Komprador auf Grund seiner Vermittlerrolle auf die Kaufkraft des Auslands verlassen. Ohne die Abhängigkeit von einheimischer Nachfrage und im Bestreben, die Exportpreise zur Steigerung der Konkurrenzfähigkeit zu minimieren, ist diese Klasse am interessiertesten an der Überausbeutung6 des Proletariats (vgl. Frank 1974, 1978).

    Wenn der Begriff der Kompradoren in kommunistischen und postkolonialen Diskursen einen so beträchtlichen Raum einnahm, kann man ihn nicht einfach beiseite schieben. Man muss das begriffliche Substrat des Begriffs herausarbeiten und untersuchen, ob sich dieses auf Fraktionen der heutigen Bourgeoisie anwenden lässt (siehe Abbildung 1). Mit der Anwendbarkeit entscheidet sich auch die Frage, ob es sich bei den Kompradoren um eine Klasse, eine Fraktion oder eine Erscheinung handelt.

    Auf der Ebene der Produktion treten die Kompradoren den Proletariern als Teil der Bourgeoisie entgegen. Auf der Ebene der Zirkulation kann zwar ein Teil der Kompradoren Handelsprofite erzielen; diese sind aber nicht das Charakteristikum dieser historischen Formation. Die Herausbildung einer Kompradorenstellung ist im Gegensatz zur Monopolbourgeoisie keine Folge der freien Konkurrenz, sondern politischer, historischer oder ideologischer Natur. Ihre Revenue auf der Ebene der Reproduktion des Gesamtkapitals ist die der Rente; genauer der Monopolrente anstatt des Monopolprofits. Als Rentiersklasse weisen rentierstypische Revenueformen auf eine Kompradorenbourgeoisie hin, insbesondere hohe Dividenden7. Sie entziehen dem nationalen Markt somit Kapital zu Erweiterung der Produktion und behindern so die Akkumulation. In der jüngeren Theorietradition wird sie besonders in den extraktiven Sektoren gesehen, da sich der Boden samt Bodenschätzen sehr leicht monopolisieren lässt und Primärgüter häufig die einzigen auf dem Weltmarkt nachgefragten Waren der kapitalistischen Peripherie sind.

    Politisch wirksam kann die Kompradorenbourgeoisie werden, wenn ihre Renten so hoch sind, dass sie eine innere Akkumulation eines Landes behindern. Dann tritt sie in Widerspruch zur nationalen/ inneren Bourgeoisie. Dieser Widerspruch kann durch hohe nationale Reinvestitionen der Kompradoren in den nationalen Markt geglättet werden. Die Kompradorenbourgeoisie erhält ihre Rente ja immerhin aus der globalen Wertschöpfung und ist daher an der größtmöglichen Ausbeutung des eigenen Landes interessiert (vgl. Artner 2023, S.8). bzw. resultiert ihre Rente aus den Extraprofiten über den ungleichen Tausch.
    Begriffsgenese
    Kompradorenmodell

    Indikatoren für das Vorherrschen einer Kompradorenbourgeoisie/-klasse wären hohe Dividenden, eine geringe Rekapitalisierung der Gewinne, der vorrangige Export von Primärgütern oder die Dominanz von Downstream-Exporten/ hohe Distanz zur Fertigware in den globalen Wertschöpfungsketten.
    2.2. Abgrenzung zur Monopolbourgeoisie

    Unabhängig davon, ob man dem dargestellten begrifflichen Substrat zustimmt oder es verwirft, werden die Kompradoren in der Praxis in erster Linie negativ bestimmt. Insbesondere in der Diskussion um den imperialistischen Charakter von Staaten kommt es weniger darauf an, den kompradorischen Charakter der dominanten Fraktionen der Bourgeoisie nachzuweisen als eher den nichtmonopolistischen Charakter der führenden Kapitalfraktionen in der Definition Lenins.

    Dem Modell des Monopolkapitalismus liegt die Annahme zu Grunde, dass Produktivität nicht frei skalierbar ist. Nur hinreichend große Unternehmen könnten die neuesten Produktionsmethoden umsetzen und damit gemäß dem Marxschen Preisbildungsmechanismus Surplusprofite generieren, welche die Fortsetzung und Festigung der Monopolstellung erlauben (vgl. Hilferding 1955 [1923], S.263ff.). Um diese Unternehmensgrößen zu erreichen, genügen Einzelkapitale nicht. Aktiengesellschaften gründen sich. Finanz- und Industriekapital verschmelzen. Die Surplusprofite bilden die Grundlage des national nicht mehr anlegbaren Kapitals, das exportiert werden muss, um realisiert werden zu können (siehe Abbildung 4). Damit kommt es zum politischen Kampf um Ressourcen, Marktzugänge und Monopolerhalt zwischen den imperialistischen Nationen, der sich militärisch erstmals im Ersten Weltkrieg und seinen Vorgängerkriegen entlud. Die Surplusprofitgewinnung reproduziert sich dabei auf dem Weltmarkt durch die Unterschiede in der technologischen Entwicklung zwischen den Kapitalistenverbänden der einzelnen Staaten, die zu einer direkten Umverteilung des produzierten Werts über den Weltmarkthandel führen (vgl. Carchedi & Roberts 2021, S.12ff.). Jeder Kapitalistenverband bedient sich dabei ideologischer Rechtfertigungen für eine Verschiebung der Monopolmacht zu seinen Gunsten bzw. zur Verteidigung vor der imperialistischen Umverteilung. Da die Monopole mehrerer Nationen Kapital exportieren, kommt es zur gegenseitigen Durchdringung der Kapitale und das Verschmelzen zum transnationalen Kapital, was eine direkte Zuordnung von nationalen und Kapitalinteressen unterläuft und eine gegenläufige Tendenz zur Verschmelzung des Monopolkapitals und des Staates bildet8.

    Begriffsgenese Monopolbourgeoisie

    Modell Monopolbourgeoisie

    Ein Indikator für die Dominanz des Monopolkapitals wäre eine signifikant höhere organische Zusammensetzung9 oder Produktivität in einem kleinen Teil führender Unternehmen. Zu beachten ist hierbei, dass in der Rohstoffextraktion keine eigentlichen Industrieprofite erzielt werden, sondern (hauptsächlich) Grundrenten, deren Höhe sich an der Durchschnittsprofitrate orientiert. Eine hohe organische Zusammensetzung in diesem Bereich weist also nicht im klassischen Sinne auf eine monopolkapitalistische Bourgeoisie hin. Weiterhin wären eine upstreamende Stellung in den globalen Wertschöpfungsketten, hohe Reinvestitionsraten und ein hoher Anteil von Banken an den Anteilseignern kennzeichnend.
    3. Die historische Genese der russischen Bourgeoisie

    Zur Genese der russischen Bourgeoisie sind sechs Prozesse von Bedeutung. Die Entstehung erster bedeutender Vermögensunterschiede im Rahmen der Reformen unter Gorbachev, die Überführung des sozialistischen Eigentums in kapitalistisches über das Voucher-System, die Privatisierungswelle durch das Loans-for-Shares-Programm, die Formierung der Bourgeoisie durch staatlichen Druck von oben in der ersten Amtszeit Putins in Folge der Wirtschaftskrise 1998, die Verstaatlichungswelle ab 2003 und die Neuausrichtung in Folge der Sanktionen seit 2014. Alle diese Prozesse hatten Auswirkungen auf die Gruppe der Bourgeoisie, die landläufig als Oligarchen gekennzeichnet werden.

    Die Oligarchen waren der Teil der Bourgeoisie, dem es gelang, die Unterschiede zwischen russischen und Weltmarktpreisen im Handel auszunutzen (vgl. Clarke 2007, S.58). Durch den – häufig illegalen – Erwerb von Lizenzen und Handelsrechten mit dem Weltkapital konnten diese Konkurrenten ausstechen und ganze Produktionszweige monopolisieren. Diese Fraktion entstammt dabei drei großen Quellen: der Partei-Nomenklatura, ehemaligen Schwarzmarkthändlern und den ehemaligen Fabrikdirektoren. Ruslan Dzarasov differenziert in Anlehnung an David Lane auch in die administrative Klasse und die Intelligentsia als Träger der sowjetischen Reformen (Dzarasov 2011, S.473).

    Die ehemaligen Komsomolzen akkumulierten dadurch Kapital, dass die Jugendorganisation der KPdSU als eine der ersten Organisationen selbstfinanzierte Geschäfte betreiben durften. Durch Arbeitseinsätze gewonnene Einblicke in die Fabriken nutzten umtriebige Junggenossen, um Bewertungsunterschiede zwischen konvertiblen Rubeln und inkonvertiblen Rubeln zu erkennen und auszunutzen. Sie knüpften politische Kontakte zur Legalisierung dieser Grauzonenaktivität und während des Zusammenbruchs der KPdSU waren sie die Gruppe, die über diese Kontakte Zugriff auf ihr Dollarvermögen bekam, welches bis heute als verschollen gilt.

    Die ehemaligen Fabrikdirektoren waren während der Sowjetzeit an den GOSPLAN gebunden, konnten aber durch diverse Mechanismen bereits in die eigene Tasche wirtschaften. Als die Verbindlichkeit des GOSPLAN gelockert wurde und die Direktoren mehr Eigenständigkeit bekamen, konnten sie diese Mechanismen ausbauen. Insbesondere im Rohstoffsektor, in dem bereits zu Sowjetzeiten Devisen zu erwirtschaften waren, versuchten die Fabrikdirektoren und die verbundenen Ministerialbeamten, die Konzerne in den eigenen Händen zu behalten. Das wohl eindrücklichste Beispiel ist Gazprom, bei dem sich das Gasministerium einfach die Form eines Konzerns gegeben hat, jedoch verstaatlichtes Land, Personal und gesellschaftliche Verpflichtungen aus der UdSSR übernahm (Rosner 2006, S.12f.).10

    Die dritte Gruppe bis heute reicher Oligarchen entstammte dem Schwarzmarkthandel. Während ihre Tätigkeit bis zur Gorbachev-Zeit gänzlich illegal war und viele in den 80er Jahren hohe Haftstrafen verbüßten, bot die Erlaubnis zur Bildung von Kooperativen ihnen die Möglichkeit, ihre Geschäfte zu legalisieren. Dieser Teil der Bourgeoisie entstammt dem Handelskapital, das einzelne Marktimbalancen nutzte, um massive Handelsprofite zu erzielen und mit diesen dann in die Produktion einzusteigen. Insbesondere im Textil- (Jeans), Medien- und Elektronikmarkt war dieses Phänomen verbreitet. Zu ihnen zählen Smolensky, Gusinsky, Fridman oder Ivanishvili.

    Fast alle russischen Oligarchen lassen sich auf eine dieser drei Gruppen zurückführen. Daneben gibt es noch ausländische Aktienanteile, die aber kaum am operativen Geschäft beteiligt sind, sowie kapitalistische Firmenneugründungen nach dem Zusammenbruch der Sowjetunion und bis heute bestehende Kooperativen, die sich formal in Besitz der Mitarbeiter*innen befinden. Diese Geschäfte sind jedoch alle zu klein, um maßgeblichen Einfluss auf die nationale Politik auszuüben und das Präsidialsystem der Russischen Föderation hat die Herausbildung einer politischen Sammlungsbewegung des Kleinkapitals verhindert. Der wesentliche Punkt, warum die Herkunft der Großbourgeoisie analytisch so bedeutsam ist, ist die Tatsache, dass sie nicht auf Grund der überlegenen Wettbewerbsfähigkeit ihre Bedeutung gewonnen haben, sondern durch die private Aneignung des während der Sowjetunion gesellschaftlich akkumulierten Reichtums, durch die Monopolisierung strategischer Handelspositionen und die Verflechtung von Beamten und Kapitalisten (vgl. Khanin 2013). Ihrer Position fehlt, was die Monopole im marxistisch-leninistischen Sinne in ihrer Genese hervorgebracht haben. Der wesentliche Unterschied der historischen Genese der Oligarchen im postsowjetischen Russland zur Monopolkapitalismustheorie ist, dass die Verschmelzung von Industrie- und Finanzkapital nicht Folge eines Akkumulationsprozesses war, sondern ein politisches Instrument zur Erlangung der Kontrolle über Exportindustrien.

    Dies formte alle Teile der russischen Ökonomie. Die Industrieproduktion der Sowjetunion war sehr energieintensiv, da die Rohstoffe leicht verfügbar waren. Mit der Privatisierung der extraktiven Industrie wurde das zirkulierende Kapital in Form der Rohstoffe und Energieträger um ein Vielfaches auf Weltmarktniveau angehoben. Unter Nutzung der bisherigen Produktionsmethoden stiegen daher auch die Preise um ein Vielfaches, die Löhne jedoch nicht. Kapital zur Erneuerung der Produktionsanlagen, um auf dem Weltmarkt konkurrenzfähig zu sein, besaßen die Unternehmen nicht, da sie bis 1991 überhaupt kein Kapital akkumulierten11. Kredite von Banken waren kaum zu bekommen, da diese lieber im renditeträchtigen extraktiven Sektor investierten. Die Folge war eine starke Inflation, die Löhne und Sparguthaben entwertete. Die Inflation wiederum veranlasste viele russische Werktätige dazu, ihre während der Privatisierung erhaltenen Unternehmensanteile (Voucher), mit denen sie selbst sehr wenig anfangen konnten, billig zu verkaufen. Die Gegenmaßnahmen des Staates zur Kontrolle der Inflation, die Begrenzung der Menge des umlaufenden Geldes, bedeutete, dass viele staatliche Betriebe, teilweise sechs Monate lang, und der Staat seine Renten nicht zahlen konnte.

    Das wiederum führte dazu, dass die staatlichen Institutionen wie Polizei, Armee, Betriebsführungen, Politiker oder Justiz so niedrige Löhne hatten, dass sie nicht nur anfällig für Korruption waren, sondern mitunter darauf angewiesen. Eigentum ist jedoch nur dort Eigentum, wo es geschützt werden kann. Mitunter trauten sich selbst die Gewinner der Privatisierung nicht, selbst bei rosigen Aussichten in ihre Betriebe zu investieren, da man jederzeit damit rechnete, das ergaunerte Vermögen schnell wieder zu verlieren. Kapital wurde im Ausland versteckt, statt investiert. Diese Rechtlosigkeit hinderte ausländische Investoren jedoch auch an direkten Übernahmen von Konzernen (vgl. Dzarasov 2011, S.478). Sie konnten zwar Geld investieren, um entsprechend Zinsen, Dividenden oder Firmenanteile an profitablen extraktiven Industrien zu sichern. Sie waren jedoch immer auf eine einheimische fungierende Klasse angewiesen, was klassisches Kompradorentum bedeutet. Diese Widersprüche kulminierten in der Wirtschaftskrise von 1998.

    Als Putin an die Macht kam, waren große Teile der kompradorischen Oligarchie bereits geschwächt. Die Krise von 1998 hatte viele der Bankenkonstrukte und Holdinggesellschaften, auf denen der Reichtum der Oligarchen fußte, vom Markt gefegt. Diese zeitweilige Schwächephase der russischen Großbourgeoisie konnte Putin nutzen, um bedeutende Schaltstellen im Staat mit Vertretern der Geheimdienste, sowie der militärischen und zivilen Bürokratie zu besetzen (vgl. Lebsky 2019, S.94). Das innenpolitische Programm Putins lässt sich mit folgender Charakterisierung am besten zusammenfassen:

    „Je größer die staatliche Autorität, desto größer die persönliche Freiheit. Demokratie ist die Diktatur des Rechts.“ (zit. nach Kotz & Weir 2007, S.274)

    In eine konkrete Politik gegenüber der Großbourgeoisie wurde diese Parole mit dem informellen „Pakt des 28. Juli“ gegossen. Die wichtigsten verbliebenen Oligarchen verpflichteten sich, nicht mehr über den Kauf einzelner Beamter oder extralegale Aktivitäten Einfluss auf die Politik zu nehmen, versprachen, ihre Steuern entsprechend den Gesetzen zu entrichten und schluckten hohe Steuern auf den Rohstoffexport. Im Gegenzug sah Putin von einer progressiven Einkommensteuer oder von einer Strafverfolgung gegenüber der bis dato meist illegalen Geschäftspraktiken ab und akzeptierte so den Status Quo. Der Großteil der Oligarchen stimmte zu, da das fehlende staatliche Gewaltmonopol die Monopolrenten und sogar die Verfügungsmacht über das erworbene Eigentum gefährdete (vgl. Volkov 2002, S.155ff.) und weniger aus Furcht vor den mächtigen Siloviki, der bürokratischen Schicht aus ehemaligen Geheimdienstoffizieren, Veteranen der Yeltsin-Zeit und putinnahen Kreisen, die mit Putin mit der Rückgewinnung der Staatsmacht betraute (vgl. Pirani 2010, S.62ff.). Mit der Rückgewinnung des staatlichen Gewaltmonopols wurde überhaupt erst die Keimzelle für eine monopolistische Entwicklung Russlands gelegt, was im Vergleich zu den imperialistischen Kernländern in historisch sehr kurzer Vergangenheit liegt.

    Putin beförderte dabei bis Mitte 2003 noch die privaten Konzentrationsprozesse, um im Anschluss viele der entstandenen konsolidierten Konzerne zu verstaatlichen oder in direkte Beteiligungen des Staates zu investieren. Die Nähe – sprich auch die Abhängigkeit – der Oligarchen zur Bürokratie wurde hierbei reziprok zur Privatisierung genutzt, was es mit Hilfe einer neu konsolidierten Staatsmacht Putin einfach machte, Druck auf die Oligarchen auszuüben. Exempel wurden an Berezovsky und Gusinsky statuiert, die beide ins Ausland emigrieren mussten. „Gaskönig“ Vyakhirev musste seinen Chefsessel bei Gazprom räumen und Khodorkovsky wurde der Prozess wegen Steuerhinterziehung gemacht. Die Verstaatlichung erfolgte entweder über den direkten Aufkauf von Unternehmensanteilen (in der Regel in profitablen Exportindustrien) oder über die Gründung von Gesellschaften des öffentlichen Rechts (in den Bereichen Forschung und Entwicklung). Damit beschnitt der Staat die relative Autonomie des Großkapitals massiv und subordinierte strategische Zweige unter die direkte Staatsmacht.

    Putin versuchte somit, das Klassenbewusstsein der Bourgeoisie gewaltsam zu einem nationalen zu formieren. Die besitzende Klasse sollte wenigstens mit einem Teil der Renten in die Akkumulation des produktiven Kapitals investieren und den Verkauf strategischer Infrastruktur an das Ausland unterlassen. Im Gegenzug sollte damit ein Klassenkompromiss finanziert werden, in dem Löhne und Renten sicher waren und die Arbeiter*innen und Kleinbürger ein Mindestmaß an sozialen und ökonomische Rechten zugesichert wurde. Dieses Programm stand im Widerspruch zu den individuellen Oligarchen, die auf die Rechtlosigkeit und Korruption angewiesen waren. Diese durch Putin und die günstigen Weltmarktbedingungen forcierte Formierung einer nationalen erzeugte also Gegentendenzen, neue kompradorische Schlupflöcher und ist noch nicht vollständig abgeschlossen. Es ist die wesentliche Stütze des Herrschaftssystems Putins, zwischen den sich widersprechenden Interessen zu vermitteln.
    4. Die russische Bourgeoisie
    4.1. Struktur

    Die absolute Größe der russischen Bourgeoisie lässt sich nur schwer abschätzen, da es keine kontinuierliche statistische Erhebung gibt, die Fluktuationen noch immer sehr stark sind und die Schwarzmarkt-Bourgeoisie mit eingerechnet werden müsste. Khanin gibt 2013 die Zahl der politisch einflussreichen Top-Oligarchen als abzählbar an, die Zahl der Einzelunternehmer (klassische Kleinbürger) mit zwei Millionen und die Zahl der Kapitalisten mit Arbeiter*innen auf 600.000. Der überwiegende Teil dieser 600.000 besitzt jedoch nicht ausreichend Arbeiter*innen, um alleine vom Mehrwert leben zu können (vgl. Khanin 2013, S.22ff.). Khanins Berechnungen zufolge machten allerdings die Unternehmer plus das fungierende Kapital (Manager, Werksleiter, Personalchefs, Einzelhändler, …) inklusive ihrer Angehörigen etwa 30% der russischen Bevölkerung aus, was in Umfragen dem Anteil der Menschen entspricht, die sich für liberale Reformen einsetzen.

    Das Großkapital hielt sich vor der Invasion in der Ukraine zweifelsfrei bevorzugt im extraktiven Sektor, in der anschließenden primären Verarbeitung, im Bankenwesen und in den staatlich kontrollierten strategisch wichtigen Produktionszweigen (Aeroflot, Militärindustrie) auf (vgl. Rakhmanov 2014, S.44). Die Anzahl der Großkonzerne, also jener mit einem Umsatz von mindestens 500 Millionen Dollar, wuchs zwischen 1997 und 2007 von 20 auf 200 an (Pappe und Galukhina, 2009, S. 95ff.). Auffällig ist, dass die Reihenfolge der reichsten Kapitalisten sehr stark schwankt, was auf strukturelle Veränderungsprozesse hindeutet. Zudem konzentrierte sich das Kapital zunehmend in Unternehmensgruppen anstatt in Einzelbetrieben mit angeschlossener Geschäftsbank. Diese Geschäftsbanken sind auch charakteristisch für das Bankkapital, das entweder unter staatlicher Kontrolle steht oder als Hausbank der großen Konzerne und somit nicht als verallgemeinertes Finanzkapital agiert. Die größte private Bank Alfa-Group besitzt zum Beispiel nur 10% des Umsatzes der größten russischen Bank Sberbank (vgl. Corell 2022).12 Die Buchhaltung wurde zunehmend westlichen Standards angeglichen und die Unternehmensstrukturen an neue Managementsysteme angepasst. Allerdings blieben die kompradorisch an ihre Unternehmen gekommenen Kapitalisten im Wesentlichen an der Macht.13 Für das Jahr 2010 berechnete G. Tsagolov, dass unter den 500 reichsten Russen 257 klassische Kapitalisten und 243 durch Aufkauf des Sowjetvermögens reich gewordene Kapitalisten existierten. Je reicher die untersuchten Kapitalisten waren, desto mehr nahm der Anteil der zweiten Gruppe zu. Unter den Top 100 waren es 75%, unter den Top 50 84% und unter den Top 20 100%. (Tsagolov 2012, S.324). Stand 2013 beschrieb Khanin die russische Großbourgeoisie und ihr Verhältnis zu den anderen Fraktionen wie folgt:

    „Die russische Bourgeoisie ist fragmentiert und heterogen, ihre einzelnen Teile vertrauen einander nicht und hassen sich sogar. Für einen erheblichen Teil des kleinen und mittleren Bürgertums sind die Oligarchen Diebe, die dem Staat riesiges Eigentum gestohlen haben. Auch die Oligarchen sind sich alles andere als einig: Sie zeichnen sich durch persönliche Feindseligkeiten, Herkunftsunterschiede, sowie politische und sektorale Widersprüche aus, die es ihnen zusammen mit der Illegitimität der meisten von ihnen erschweren, sich als unabhängige politische und soziale Akteure zu identifizieren. Auch die Versuche der Bourgeoisie, sich im Wahlkampf 2011 und 2012 politisch durchzusetzen, blieben so erfolglos, wie die Proteste im gleichen Zeitraum.“ (Khanin 2013, S.24)

    Sieben der zehn größten russischen Firmen sind in staatlicher Hand (Stand 2021, RBK 2023). Dazu gehören Öl- und Gasunternehmen (Gazprom und Rosneft), sowie kritische Infrastruktur (RZD, Rosatom) und Großbanken (Sberbank, VTB, Rostec). Zu den größten privaten Unternehmen zählen Lukoil und Surguneftegas, die Handelsketten X5, Magnit und das nun kriselnde Norilsk Nickel. Unter den größten 100 Unternehmen haben zwischen 25% und 30% keine private Anteilseignermehrheit. Unter öffentlicher Kontrolle stehen neben den Infrastrukturunternehmen wie der Post, Aeroflot oder Telekommunikationsunternehmen auch die größten Hersteller von Militärtechnik. Zwischen 2000 und 2020 stieg der Anteil des öffentlichen Sektors am Bruttoinlandsprodukt von 31,2% auf 51,1% (Radygin & Abramov 2023, S.122). Zum Vergleich: der Anteil betrug 1992 noch 75%. Es ist hierbei zu beachten, dass der Staat in den deprivatisierten Unternehmen in aller Regel nur strategische Mehrheiten an Aktien zurückgekauft hat. Gleichzeitig werden die staatlichen Unternehmen darauf verpflichtet, Dividenden auszuschütten (zwischen 2006 und 2020 stieg der Anteil staatlicher Unternehmen an allen Dividenden von 9,7% auf 60%), welche direkt in den Staatshaushalt fließen. Mit jeder Dividendenausschüttung werden daher auch die privaten Aktionäre reicher, ohne, dass dieses Kapital im Unternehmen selbst akkumuliert werden könnte. Das Großkapital stimmt seine Interessen im „Russischen Verband der Industriellen und Unternehmer“ ab, die deshalb auch „Gewerkschaft der Oligarchen“ genannt wird.

    Ein Grund, warum die politische Interessenvertretung der liberalen Bourgeoisie so unbedeutend ist, ist das fast vollständige Fehlen der mittleren Bourgeoisie. Denn es ist die mittlere Bourgeoisie, welche von der allgemeinen Freiheit des Marktes, dem flexiblen Zugriff auf Arbeit und geringen Einschränkungen bei der Vermarktung von neuen Waren profitiert, während weder eine kompradorische Bourgeoisie, noch das Monopolkapital eine generell freiheitliche Politik benötigt, sondern um die Wahrung ihrer Monopolstellungen auf Renten und Profite bemüht ist, für die man auch in Zöllen oder Restriktionen zeitweilig adäquate Mittel sehen kann. Die fast vollständige Auslöschung der mittelständischen Unternehmerlandschaft liegt historisch erstens im Einbruch der Binnennachfrage in den 90er Jahren und zweitens in der die anschließenden Marktöffnung für die produktiver arbeitende ausländische Konkurrenz begründet (vgl. Khanin 2013, S.17). Zwar konnte sich nach dem Verfall des Rubels ein Teil der mittelständischen Ökonomie retten, doch die wirtschaftliche Stabilisierung des Großkapitals in den 2000er Jahren ließ die mittlere Bourgeoisie erneut unter Druck geraten. 2006 wurden gerade einmal 7% des gesamten BIP durch mittelständische Unternehmen erwirtschaftet. Jeweils 21% wurden durch private Groß- und Kleinunternehmen beigetragen und 50% durch den „öffentlichen“ Sektor. Während die USA 2013 nur viermal mehr Milliardäre als Russland zählte, waren es über 52 mal mehr Kapitalisten mit einem Vermögen zwischen 30 Millionen und 999 Millionen Dollar (vgl. Rakhmanov 2014, S.53).

    Von 11 Millionen kleinen Unternehmen wird die Hälfte in vollkommener Selbstständigkeit betrieben (vgl. Rosstat 2022, S.12). Den größten Teil machen hier Immobilienhändler (23%), Elektro- und Fahrzeugreparaturen (23%), sowie ein riesiger sonstiger Dienstleistungssektor aus. Diese Gruppe ist durch die Lohnentwicklung im produzierenden Gewerbe seit dem Ukrainekrieg massiv unter Druck geraten und befindet sich im Prozess der Proletarisierung. Im Schnitt kommt auf einen Eigentümer ein Arbeiter (vgl. Rosstat 2022, S.23). Doch selbst die als mittlere Unternehmen geführten Unternehmen kommen mit im Schnitt knapp über hundert Arbeiter*innen lediglich auf insgesamt 1,6 Millionen Beschäftige. Das ist weit weniger als die Hälfte der absoluten Beschäftigtenzahl in Deutschland, welches ein wesentlich kleinere Bevölkerung hat. Das Kleingewerbe tätigte im Vergleich zu den mittleren Unternehmen dreimal so hohe Investitionen, erzielte dreimal soviel Gewinn und zeichnete fast 97% aller Patente. Dass die mittleren Unternehmen ihre Stellung dennoch wahren können, liegt darin begründet, dass es sich bei den mittleren Unternehmen zumeist um Zulieferer mit einem einzigen Großkonzern als Abnehmer handelt.

    Diese Struktur liegt im Wesen des Zerfalls der großen Kombinate begründet (vgl. Dzarasov 2011, S.479). Die Kombinate, die in der Planwirtschaft ihre Berechtigung hatten, konnten mit ihrer breiten Palette an Produkten und groß angelegten Ausstoßmengen auf dem freien Markt nicht bestehen. Zunächst wurden sie von den Oligarchen während der Privatisierungsphase in wilden Portfolien ohne gemeinsamen Bezug gesammelt und im Zuge der Wirtschaftskrise 1998 als Einzelbetriebe wieder ausgestoßen.14 So wurden die Kombinate und Firmenamalgame durch eine neue Generation mittelgroßer Betriebe ersetzt, die entstandene Nischen füllten. Diese brauchten weniger Kapital, um profitabel wirtschaften zu können. Ihre Kapitalisten entstammten der ehemaligen ökonomischen und technischen Intelligentsia der Sowjetunion. Sie kannten die produktivsten Unternehmensbereiche, besaßen Patente und waren mit den Belegschaften vertraut. Anstatt von extraktiven Renten zu leben, erwirtschafteten sie produktiven Profit. Diese Klasse trägt Putin wirklich, denn sie profitiert von der nationalen Entwicklungsstrategie Putins und braucht politische Schutzpatronen gegen Angriffe der finanzstärkeren extraktiven Bourgeoisie.15 Gleichzeitig sind nicht wenige dieser Unternehmen in Integrierte Business-Gruppen eingebunden, die strukturell die alten Kombinats-Beziehungen widerspiegeln und so an die großen Konzerne binden. Daher kann aus dieser Fraktion der Bourgeoisie keine eigenständige politische Kraft erwachsen, wie sie in vielen zentral-kapitalistischen Ländern in Form rechtspopulistischer Bewegungen an der Tagesordnung sind.

    Zusammenfassend zeichnet sich die russische Bourgeoisie durch sehr kleine und sehr reiche Elite, durch das fast vollständige Fehlen einer mittleren und einer großen Masse an kleiner und kleinster Bourgeoisie aus. Diese Struktur ermöglicht die Politik des Auspendelns der Rentiersinteressen des Großkapitals und der nationalistischen Sehnsüchte des kleinen Kapitals, die eines autokratischen Präsidenten als Richter bedarf.. Das liberale mittlere Kapital ist zu schwach, selbst die politische Führung zu übernehmen, auch wenn es Putin zögerlich herausfordert. Das Verhältnis der einzelnen Schichten und Fraktionen der Bourgeoisie untereinander ist dabei relativ komplex. Zum einen bringt der bevorzugte Zugriff auf das Bankkapital, sowie die politische Nähe zur Legislative und Exekutive die kleinen und mittleren Unternehmer gegen das Großkapital auf. Auf der anderen Seite haben beide Fraktionen Interesse an einer ausbalancierten Währungspolitik. Während ein Verfall der Währung zwar den Mittelstand für Importen schützt und Rohstoffexporte profitabler macht, sind die auf den russischen Markt angewiesenen Unternehmen auch von der Zahlungskraft des Proletariats abhängig, die nicht vollkommen von teuren Importen geschluckt werden darf. Daher ist politische Stabilität sowohl für das Großkapital als auch für das mittlere und kleinere Kapital ein wichtiges Pfand, dass keine trotz Differenzen mit der Regierungspolitik leichtfertig aufs Spiel setzen möchte.
    4.2. Analyse ökonomischer Indikatoren

    Investitionen

    Egal nach welchen Maßstäben man das Investitionsverhalten der russischen Bourgeoisie beurteilt; das russische Kapital erweitert sich kaum und erhält sich bestenfalls.16 Die Investitionsquote liegt mit 22,7% zwar nur knapp unter dem Weltdurchschnitt (vgl. Weltbank 2023). Hierzu muss jedoch gesagt werden, dass die in den vergangenen Jahrzehnten ins Ausland transferierten Gelder nicht mit in das Bruttoinlandsprodukt eingerechnet werden, wodurch dieser Wert erheblich gedrückt würde. Die Hälfte aller Investitionen in Russland erfolgen aus Eigenmitteln, 20% aus Mitteln des Staates gegenüber 10% aus Bankkrediten (vgl. ROSSTAT 2022). In drei Bereichen haben die Investitionen in den letzten Jahren massiv zugenommen: Erdgas/Erdöl, Fertigung und Transport/Lagerung. Nun könnte man meinen, dass die hohen Investitionen in den produktiven Bereich auf eine zunehmend eigenständige Kapitalakkumulation hinausliefe. Allerdings sind die Hälfte dieser Investitionen im Ausbau der Verarbeitung extraktiver – insbesondere Gas- und Metallweiterverarbeitung – Produkte angesiedelt. Damit schöpfen russische Unternehmen zwar einen größeren Teil der Wertschöpfungskette ab, sie bleiben dennoch von letztendlichen Export der Produkte abhängig.
    Infobox: zum marxistischen Investitionsbegriff

    Investitionen bedeuten aus marxistischer Sicht die „Rückverwandlung des Profits oder Mehrprodukts in Kapital“ (MEW 26.3, S.267.f.) Die einmal erhaltene Revenue des Kapitalisten darf nicht stillstehen, möchte er nicht den Rest seines Lebens als Schatzbildner von den Früchten der Vergangenheit zehren. Damit würde er die Kontrolle über die Ware Arbeitskraft und einen Teil seiner gesellschaftlichen Macht verlieren. Zu unterscheiden ist hierbei zwischen einfacher und erweiterter Reproduktion des Kapitals. Bei der einfachen Reproduktion wird nur der verbrauchte Anteil des Kapitals ersetzt und der komplette Mehrwert vom Kapitalisten durch Privatkonsum verzehrt. Bei der erweiterten Produktion wird das verbrauchte konstante und variable Kapital nicht nur ersetzt, sondern durch extensive oder intensive Ausweitung der Produktion erweitert. Das Gesetz der Konkurrenz zwingt Kapitalisten zur erweiterten Reproduktion, da die Modernisierung der Produktion durch die Konkurrenz die gesamtgesellschaftlich durchschnittliche Arbeitszeit und somit beständig die Profite des Kapitalisten senkt. Dieser Konkurrenzeffekt kann allerdings ausgehebelt werden, wenn die Revenue nicht aus einem produktiven Unternehmerprofit besteht, sondern aus einer Rente, die von diesem unabhängig ist. Eine dieser Formen ist die Monopolrente, die in der besonderen Beschaffenheit des Bodens begründet liegt, z.B. indem unter ihm Erdöl oder Erdgas gespeichert sind. Da diese Bodenqualität begrenzt ist und die Konkurrenz keine Möglichkeit zum Zugriff hat, kann das Produkt mit Durchschnittsprofitrate verkauft werden, obwohl kaum vergegenständlichte Arbeit in der Ware enthalten ist. Der Wert der Ware bemisst sich unter den Bedingungen einer Monopolrente nicht mehr am Wert der vergegenständlichten Arbeit, sondern am Äquivalent vergegenständlichter Arbeit, um diese Ware durch eine andere zu ersetzen (ein Kampf, den wir in Deutschland unmittelbar durch die Politik einer Ersetzung von russischem Gas durch amerikanisches und andere Energiequellen hautnah erleben). Da die Rente im Besitztitel über den Boden begründet liegt, ist sie politisch häufig vakant. Eine Regierung kann das Recht auf den Bodenbesitz leichter entziehen, als dass ein Konkurrent ein Patent selbst umsetzt. Die Verschmelzung von politischer und ökonomischer Herrschaft liegt damit nicht mehr in der Größe der Monopolkonzerne begründet, sondern in der Herrschaft über den Boden. Die selbe Beobachtung, die Verschmelzung von nationaler Politik und den Interessen führender Fraktionen der Bourgeoisie, kann somit für einen monopolkapitalistischen Ansatz, wie für einen kompradorischen gemacht werden. Selbst die Profitraten sind die gleichen. Doch nur eine durch Produktivitätsvorsprung begründete Monopolstellung begründet eine monopolistische Kapitalkonzentration im Leninschen und Marxschen (MEW 23, S.619) Sinne. Um beide Ansätze voneinander entscheiden zu können, bedarf es daher einer Analyse, ob und welche Investitionen im produktiven Bereich und welche im extraktiven Bereich getätigt werden. Es ist weiterhin zu untersuchen, ob Investitionen nur vorhandene Produktionsmittel ersetzen, als nur der einfachen Reproduktion des Kapitals genügen, oder ob sie das Kapital erweitern. Drittens kann untersucht werden, was mit der Revenue überhaupt passiert.

    Investitionen in die Infrastruktur – der Neubau von Handelswegen, Bürokratieabbau oder Digitalisierung – haben stattgefunden, sind jedoch nicht unproblematisch. Shirov verweist auf folgendes Problem: „Wenn dieser Prozess nicht durch den Prozess der erweiterten Reproduktion und Modernisierung der Basisbereiche von Wirtschaft und Industrie unterstützt wird, werden alle durch die Digitalisierung verursachten positiven Verschiebungen in der Kostenstruktur durch die negativen Auswirkungen des Wachstums importierter Waren und Dienstleistungen zunichte gemacht, da niedrigere Handels- und Transportkosten auch die Kosten für den Kauf importierter Produkte senken werden.“ (Shirov 2019, S.45) Das heißt, dass weder Investitionen in den Rohstoffsektor, noch in die Infrastruktur, die Erweiterung der Produktion in Russland unterstützen.

    Russische Großkonzerne sind in der Regel Aktiengesellschaften. Aktienanteile rentieren sich für ihre Besitzer auf zwei verschiedene Arten. Entweder, indem das akkumulierte Kapital in Form von Assets im Unternehmen bleibt und dadurch der Börsenwert der Aktie gesteigert wird. Ein Anteil von 1% am Unternehmen, dass in der vorangegangenen Produktionsperiode noch über Kapitel von 1 Mrd. Rubel verfügte und sich von einem Profit von 20% neue Produktionsanlagen baut, wird in der folgenden Periode 1,2 Mrd. Rubel wert sein und anteilig auch die Aktie. Durch den Verkauf der Aktie kann dieser Gewinn dann für den Aktionär in Form einer Wertsteigerung der 1% um 2 Mio. Rubel privat nutzbar gemacht werden. Der zweite Weg ist die Ausschüttung von Dividenden. Hier reinvestiert das Unternehmen den Profit von 20% nicht, sondern schüttet die 200 Mio. Rubel anteilig an seine Eigner aus. Das Unternehmen reproduziert sich einfach und der Anleger hat 2 Mio. Rubel gleich in der Tasche. Je höher also die Dividenden, desto weniger Kapital wird produktiv akkumuliert und je mehr eine Firmenpolitik auf Kurssteigerungen setzt, desto mehr.

    Relativer Dividendenweltmeister ist wenig überraschend seit Jahrzehnten unangefochten Russland. Die russische Sberbank war 2019 der drittgrößte und 2021 der viertgrößte absoluter Dividendenzahler der Welt (vgl. Janus Henderson Global Dividend Index 2021, S.14.) und hat erst 2023 eine neue Rekorddividende ausgeschüttet (vgl. Deutsche Wirtschaftsnachrichten 2023). Größter Nutznießer ist hierbei der russische Staat, der über 51% der Anteile verfügt. Doch nicht nur die absoluten Dividenden zeigen das Problem auf. Shirov schreibt: „Das Verhältnis von Dividenden und Investitionen für private russische Aktiengesellschaften unter den Bedingungen des normalen Funktionierens der Fortpflanzungsprozesse liegt immer auf dem Niveau von 20-30%. Nach den Ergebnissen von 2017 und 2018 hat sich diese Zahl in Russland an 65% angenähert.“ (vgl. Shirov 2019, S.43). Die Dividendenzahlungen waren in der Vergangenheit so hoch, dass der Kreml im September 2022 sogar ein Gesetz erlassen musste, das diese auf 50% des Profits begrenzt und Reinvestitionen behördlich vorschreibt. Diese Investitionen dürften nur dann in andere Unternehmen fließen, wenn ein minimaler Anteil russischer nicht unterschritten wird (vgl. Noerr 2023).17 Dieser Erlass 618 ist ein deutliches Indiz dafür, dass der kompradorische Charakter von Teilen der russischen Bourgeoisie noch nicht überwunden ist. Monopolkapitalisten müsste man nicht gesetzlich vorschreiben, ihr Kapital zu akkumulieren. Nach diesem Parameter haben wir es in Russland also noch nicht mit einer gefestigten nationalen oder Monopolbourgeoisie zu tun. Doch selbst, wenn die Dividendenzahlungen beschränkt wurden, verwenden viele Unternehmen ihre Gewinne lieber zum Abbau von Schulden, anstatt für Investitionen.18 Das zeigt sich zum Beispiel im Anteil an Abschreibungen an der Investitionsfinanzierung.
    Quelle: Shirov (2019). S.44

    Wenn ein Unternehmen eine Investition tätigt, z.B. in Form von Maschinen oder Gebäuden, wird der Kaufpreis nicht in einem Jahr als Kostenfaktor verbucht, sondern über die Nutzungsdauer des Wirtschaftsguts verteilt. Die Abschreibung erfolgt dabei in der Regel linear, d.h. der Wertverlust wird gleichmäßig auf die Jahre der Nutzung verteilt. 94% aller Investitionen im verarbeitenden Sektor waren nur solche formale Verrechnungen anstatt real getätigter Investitionen, die statistisch im Mittel 20 Jahre zurück liegen. Das deutet auch an, wie alt das konstante Kapital in Russland eigentlich ist und dass es sich nicht auf dem aktuellen Stand der Technik befindet. Nur in der chemischen Industrie wurde der deutlich mehr real investiert als in den Büchern steht.

    Das Geld, was nicht investiert wird, können die Kapitalisten natürlich nicht einfach verfressen. Es wird schon angelegt, aber nicht in Russland. Das wirft die Frage auf, ob es sich hier um einen Kapitalexport im imperialistischen Sinne oder Kapitalflucht handelt19. Beides lässt sich nur schwer trennen, da im modernen Kapitalismus mit Warenexport immer auch Kapitalexport verbunden ist, nämlich dann, wenn dem Importeur ein Kredit gewährt wird, was de facto immer der Fall ist (vgl. Götz 2011, S.84). Drei Theorien zur näheren Definition der Kapitalflucht haben sich daher herausgebildet: Erstens: das Kapital flieht, wenn es abnormal schnell aus einem Land abgezogen wird, da sich das Investitionsrisiko erhöht hat. Zweitens: Das Kapital nutzt illegale Wege aus einem Land. Drittens: Der Kapitalexport steht im Widerspruch zu einem normativen Anspruch des ideellen Gesamtkapitalisten.

    Ein Blick auf die Entwicklung der russischen Zahlungsbilanz weist zwei solcher Anomalien auf: erstens die längere Phase nach dem Amtsantritt Putins und zweitens ein steiler Anstieg in Folge des Ukrainekriegs.

    Zur genaueren Analyse schauen wir uns zunächst die Ziele russischer Investitionen im Ausland an. Nach den Daten der Bank of Russia (2021) führt Zypern die russischen Auslandsinvestitionen mit zwei Dritteln des Gesamtvolumens an. 47 Milliarden Dollar wanderten 2021 auf die kleine Insel, die nicht gerade für ihre hochproduktiven monopolkapitalistischen Unternehmen oder surplusausbeutbare Bodenschätze bekannt ist. Es folgen die Bermudas, Luxemburg und die Schweiz. Jedes dieser Länder erfuhr alleine mehr Kapitalimport als die gesamte GUS zusammen. 2009 lagen die Britischen Jungfraueninseln noch auf Platz 7 vor den USA (vgl. Dzarasov 2011, S.). Doch diese Statistiken sind nur ein Anhaltspunkt. Selbst die erfahrenen amerikanischen, britischen und EU-Inspekteure wissen nicht, wo ein Großteil der russischen Assets eigentlich liegt. Es ist sehr unwahrscheinlich, dass dieses Kapital ausgerechnet im Kontext der internationalen Verflechtung des Kapitals bei anderen monopolkapitalistischen Unternehmen liegt, also ein transnationales Kapital bildet. Ohne öffentliche Teilhaberschaft kann kein Stimmrecht geltend gemacht werden und wo wäre das Kapital sicherer vor Sanktionen als integriert in strategischen westlichen Unternehmen. Wenn das Geld jedoch weder in Russland produktiv, noch im Ausland produktiv verwendet wurde, dann wurde Kapital auch nicht im Leninschen Sinne exportiert, sondern vor dem Zugriff des Staates (und anderer Staaten) versteckt. Hinzu kommt, dass 2005 überhaupt das erste Jahr des modernen russischen Kapitalismus ist, in welchem netto mehr Kapital importiert wurde als exportiert. Es kann kaum im Sinne eines sinnvollen Leninschen Begriffs des Kapitalexports sein (vgl. Pappe 2009, S.100), den Kapitalabfluss in den 90er Jahren als einen solchen zu begreifen.

    Die Kapitalakkumulation hat weder unter hohen noch unter niedrigen Ölpreisen stattgefunden. Aber vielleicht ist gar nicht der Wille des Kapitals das Problem, sondern der Zugang zu Krediten. Hier lässt sich feststellen, dass sich in der russischen Bourgeoisie hinsichtlich des Zugriffs auf Bankkapital eine Zweiklassengesellschaft aufgetan. „Die gesamte russische Wirtschaft ist in zwei ungleiche Teile geteilt: den ersten (kleineren) Teil, der Geld hat, aber nicht investieren kann, weil bereits investiert wurde und die Kapazitäten nicht ausgelastet sind, und den zweiten (großen) Teil, der investieren könnte, aber nicht kann aus finanziellen Gründen tun.“ (ebd. S.45). Drei Viertel aller Unternehmen hätten keinen Zugang zu einer Bankenfinanzierung. Investitionen werden zusätzlich dadurch blockiert, dass Aktien künstlich niedrig bewertet werden, indem vorher Insiderrenten über die Holding Gesellschaften abgezogen werden. Das behindert einerseits die Kapitalaquisation über Aktienverkäufe und zweitens werden Kredite auf Grund der geringeren Sicherheit teurer. Zusammenfassend muss man feststellen, dass in Russland keine erweiterte Reproduktion des Kapitals stattfindet, der Drang nach Kapitalexport daher keinen Motor besitzt und von einem monopolkapitalistischen Charakter der Bourgeoisie unter diesem Gesichtspunkt nicht gesprochen werden kann.

    Produktivität

    Um es gleich voranzustellen. In der bürgerlichen Forschung und Publizistik besteht kein Zweifel an der geringen Produktivität der russischen Ökonomie.20 Es ist auch nur logisch in Anbetracht des bereits beschriebenen erheblichen Investitionsdefizits in den letzten 30 Jahren. Dennoch lohnt ein Blick in die einzelnen Produktivitätsindikatoren. Ein erster prinzipieller Maßstab wäre die durchschnittliche Arbeitsproduktivität, die sich mit Hilfe des Bruttosozialproduktes durch die Anzahl der erwerbstätigen Personen ergibt. Hier liegt Russland bei einem Fünftel der USA und einem Drittel Deutschlands (vgl. Russland.Capital 2023). Die Zahl ist schon mal eine Marke, wenn auch mit Unzulänglichkeiten behaftet. Die Bedeutung von Importen in den USA kommt hier genauso wenig zum Ausdruck, wie die Tatsache, dass die extraktiven Industrien einen großen Teil des BIP erwirtschaften, aber nur einen geringen Teil der Arbeiter*innen beschäftigen. Das Medianunternehmen wird also einige Größenordnungen unter dem Durchschnittswert liegen. Außerdem hat die geringere Kaufkraft des Rubels natürlich einen Einfluss. Bereinigt ist der Unterschied zwischen Russland und den westlichen Staaten jedoch immer noch erheblich:
    Quelle: Abdulov, Komolov & Dmitrijeva, S.89, Übersetzung der Ländernamen hinzugefüht, Kaufkraftbereinigtes Bruttosozialprodukt/ Arbeitsstunde im Jahr 2017

    Betrachtet man das erwirtschaftete BIP pro Arbeitsstunde liegt Russland mit knapp 25 Dollar auf Platz 39 aller 42 OECD-Länder (ebd.).

    Ein weiterer Aspekt der Entwicklung der modernen Produktivkraft ist die Robotisierung.
    vgl. Atkinson 2018

    Hier lag Russland mit 4 Robotern pro 100.000 Arbeiter*innen mit Indien gemeinsam auf dem letzten Platz von 27 untersuchten Ländern, abgeschlagen hinter Mexiko, Brasilien oder Thailand.
    Infobox: Zum marxistischen Begriff der Produktivität

    Der Begriff der Produktivität taucht zwar im Kapital häufig auf, wird jedoch nie richtig definiert. Dies hängt unter anderem damit zusammen, dass er einmal sowohl in der Sphäre der unmittelbaren Produktion gebraucht wird und im dritten Band auf der Ebene der Reproduktion des Gesamtkapitals. In der Produktion wird sie häufig als Maß der Produktivkraft bezeichnet. Die Produktivkraft wiederum gibt an, in welcher Arbeitszeit ein Gebrauchswert geschaffen werden kann. Nun geht es den Besitzern der Produktionsmittel jedoch nicht um eine Maximierung des Gebrauchswertes, sondern um eine Maximierung des Profits. Und dazu taugt die Erhöhung der Produktivkraft nur unter bestimmten Bedingungen. Wird in einem ganzen Produktionszweig die Produktivkraft erhöht, zum Beispiel mit gleicher Maschinerie zwölf statt sechs paar Schuhe pro Arbeiter*in produziert, dann halbiert sich auch der Wert der Schuhe, da der Wert nur die durchschnittlich notwendige menschliche Arbeitszeit ausdrückt. Sinkt diese um die Hälfte pro Paar Schuhe, halbiert sich auch der Wert der Ware. Nur, wenn es dem Einzelkapitalisten gelingt, eine Ware in weniger Zeit als die Konkurrenz zu produzieren, kann er durch den Verkauf der Ware zum bisherigen Preis einen Extramehrwert erhalten. Ökonometrisch stellt sich hier das Problem, dass Datenbanken selten Angaben über Gütermengen, Qualitäten und Herstellungszeiten erhalten. Da die Produktivität in der Regel durch eine Erneuerung der Maschinerie erzielt wird, müsste die darin vergegenständlichte Arbeit mit berücksichtigt werden.
    Für Planwirtschaft ist diese Problem relevant und lösbar, aber nicht für Marktwirtschaften. Zudem wird die Produktivität im ersten Kapitalband auch in Zusammenhang mit der Arbeitsintensität genannt, wobei diese die Dichte der konkreten Arbeit pro Gebrauchswert angibt und von der Produktivität als Gebrauchswert pro Zeit unterschieden ist. Auf der Ebene der Reproduktion des Gesamtkapitals spielt die Produktivität im Zusammenspiel der beiden Größen zur Berechnung der Profitrate – Mehrwertrate und organische Zusammensetzung eine Rolle:

    Die Profitrate steigt, wenn die Ausbeutung zunimmt und sie sinkt, wenn die tote, vergegenständlichte Arbeit im Vergleich zur lebendigen, wertbildenden Arbeit zunimmt. Da jeder Kapitalist jedoch bestrebt ist, die neueste Technologie zu nutzen, in der in der Regel sehr viel Arbeit vergegenständlicht ist, um sich durch Unterbietung der gesellschaftlich notwendigen Arbeitszeit einen Extramehrwert respektive Extraprofit zur sichern (vgl. MEW 25, S.60), nimmt tendenziell das konstante Kapital zu und die durchschnittliche Profitrate fällt in der Tendenz. Die Bedeutung der organischen Zusammensetzung als Maß der Produktivität hat Marx selbst hervorgehoben: „In der Tat drückt die Wertzusammensetzung des in einem Industriezweig angelegten Kapitals, also ein bestimmtes Verhältnis des variablen zum konstanten Kapital, jedesmal einen bestimmten Grad der Produktivität der Arbeit aus. Sobald also dies Verhältnis anders als durch bloße Wertänderung der stofflichen Bestandteile des konstanten Kapitals, oder durch Änderung des Arbeitslohns, eine Veränderung erfährt, muß auch die Produktivität der Arbeit eine Änderung erlitten haben, und wir werden daher oft genug finden, daß die mit den Faktoren c, v und m vorgehenden Veränderungen ebenfalls Änderungen in der Produktivität der Arbeit einschließen.“ (MEW 25, S.61) Die organische Zusammensetzung hat als Maß auch den Vorteil, dass sie das Transformationsproblem umgeht, da variables und konstantes Kapital beide vor der Realisierung der Warenwerts verausgabt werden.

    Das letztendlich relevante Maß ist jedoch die Profitrate. Diese ist sozusagen die Produktivität des Kapitals. Kein Kapitalist unterlässt und tut etwas, wenn es nicht der Steigerung des Profits dient. Doch die Profitrate als Maß der Produktivität ist tückisch. Erstens berücksichtigen die bürgerlichen Statistiken nur die Preise und nicht die Arbeitswerte, wodurch es Verzerrungen bei großen intersektoralen Unterschieden kommen kann. Werte müssen erst realisiert werden und das Transformationsproblem wird relevant. Noch wichtiger ist das Problem, dass die Monopolrenten im Verkaufspreis verschwinden und somit von den Monopolprofiten im Preis nicht mehr zu trennen sind. Kausal wirken beide zwar anders, produktive Profite – monopolistische wie nichtmonopolistische – definieren die Durchschnittsprofitrate, während Monopolrenten diese sich nur an diesen orientieren oder durch politische Schutzmechanismen von der Marktpreisbildung entkoppelt sind. Und während die Monopolprofite jedoch durch einen tatsächlichen Produktivitätsvorsprung im Summe einer stärkeren Produktivkraft begründet werden, resultieren Monopolrenten aus der Verteilung der Bodenqualitäten und dem politischen Zugriff darauf. Die Profitrate alleine gibt also hier noch wenig Auskunft und muss durch zusätzliche Indikatoren der Produktivität interpretiert werden.

    Die bürgerliche Ökonomie definiert die Produktivität ähnlich wie die Profitratengleichung von Marx als Output pro Input. Die Maßeinheiten können jedoch variieren. Rechnet man Produktivität als Summe aller Preise für Arbeit und Produktionsmittel und teilt diese durch die Summe als Verkaufspreise, erhält man das gleiche Ergebnis wie Marxens Profitrate unter der Bedingung das Preise und Werte übereinstimmen. Werden Stückzahlen, Arbeitsstunden, Kapazitäten oder ähnliches verrechnet, dann führt die wiederum auf Marxens Produktivkraftdefinition zurück. Im Folgenden sollen sowohl die marxistischen, als auch bürgerliche Produktivitätsindikatoren untersucht werden. Die marxistische Betrachtung der Produktivität über die Profitratenrechnung erweist sich als äußerst komplex, insbesondere in einem Land wie Russland. Innerhalb der Monopolrententheorie müsste Russland – abgesehen von den Sanktionen – über den IWF soweit in den Weltmarkt integriert sein, dass die globale Durchschnittsprofitrate auch maßgeblich für das russische Kapital ist. Nun haben wir es mit zwei Befunden zu tun. Die organische Zusammensetzung scheint in Russland eher unterdurchschnittlich zu sein. Eine Studie von Rumjanzew (2020) stellte organische Zusammensetzungen in Höhe von 400% bis 500% für den produktiven Sektor fest. Dieser Wert hinkt der durchschnittlichen organischen Zusammensetzung in den kapitalistischen Zentren um um 100% bis 200% hinterher (vgl. Carchedi & Roberts et al. 2021). Die Mehrwertrate liegt nach Berechnungen der World Labour Value Database mit durchschnittlich 120% wiederum weit über den Werten aus Westeuropa und den USA. Nach Berechnungen der Arbeiterpartei Russlands (ohne Jahr) liegt die Mehrwertrate in vielen extraktiven Unternehmen bei astronomischen 500-700%. Das Kapital selbst müsste also unheimlich produktiv sein. Die Profitrate müsste also weit über der globalen Durchschnittsprofitrate liegen und das internationale Kapital selbst bei hohen Risiken anziehen. Russland hätte schon lange den chinesischen Weg gehen können und mit Hilfe ausländischer Direktinvestitionen die Produktivkräfte steigern können.
    Doch warum ist das nicht so? Weil die Mehrwertraten noch nicht die Monopolrenten berücksichtigen. Die hohen Mehrwerte resultieren eben nicht aus einer hohen industriellen Produktivität, was die geringe organische Zusammensetzung andeutet, sondern weil die Schätze des Bodens nur die hohen Kosten des Auslands zur Ersetzung der russischen Rohstoffe widerspiegeln. Das Mittel der Bereicherung der Bourgeoisie ist die Marktbeschränkung, nicht die Marktöffnung, wie sie das Monopolkapital anstrebt. Man muss berücksichtigen, dass die stark aggregierten Daten nur bedingt aussagekräftig sind. Je nachdem, welche theoretischen Annahmen oder Datensätze zu Grunde gelegt werden, unterscheiden sich die berechneten organischen Zusammensetzungen und Mehrwertraten erheblich. Und selbst wenn sie tendenziell übereinstimmen, dann sind sie noch kein vollständiger Beleg für die angeführte Interpretation. Man muss also in den bürgerlichen Analyse der Produktivität Russland nach Indizien suchen, um die Theorie der Monopolrenten zu stützen oder zu verwerfen.

    Ein weiteres wichtiges Maß für die Produktivität ist die Anzahl an Zweitjobs, die das russische Proletariat annehmen muss, um die Kosten für die Reproduktion ihrer Arbeit zu decken. Würde man diesen Aspekt vernachlässigen, dann würde die organische Zusammensetzung c/v wenig aussagekräftig sein, da v als der volle Wert der Ware Arbeitskraft definiert ist. Die bürgerliche Statistik würde immer so tun, als ob der volle Wert der Ware Arbeitskraft gekauft würde, obwohl dies nicht der Fall sein muss, z.B. wenn ein anderer Teil des Lohns an einer zweiten Arbeitsstelle verdient wird (vgl. MEW 25, S.67). Nach einer aktuellen Umfrage der VZIOM (2023) vom 7. Februar gaben 24% aller Russen an, neben ihrer Haupterwerbsquelle einer Nebentätigkeit nachzugehen, wobei der Wert für Männer sogar bei 31% liegt. 36% dieser Nebentätigkeiten werden auf dem Schwarzmarkt durchgeführt. Zusätzlich bauen 22% aller Russ*innen Lebensmittel im eigenen Garten an (30% der Frauen gegen 15% der Männer). In Deutschland gehen im Vergleich nur 9,6% einer Nebentätigkeit nach und nur 4,9% aller Vollbeschäftigten. Diese Werte verdeutlichen, dass in einem großen Teil der russischen Ökonomie die Ware Arbeitskraft nicht zu ihrem vollen Wert bezahlt wird und die Kosten für die Mittel der Reproduktion anderweitig gedeckt werden müssen. Da das variable Kapital somit nicht voll bezahlt wird, erscheint die organische Zusammensetzung als Maß der Produktivität statistisch höher als sie real ist. Da der Großteil der zusätzlichen Arbeit irregulär durchgeführt wird, taucht er auch nicht anderweitig in den ökonomischen Statistiken auf. Zudem ist anzunehmen, dass die Möglichkeiten der Steigerung der Arbeitsintensität unter diesen Bedingungen sehr begrenzt sind.

    Die geringe Produktivität im Vergleich zu anderen Ländern lässt sich auch über Wertströme innerhalb des Theorierahmens des ungleichen Tauschs empirisch aufzeigen. Die für die Herausbildung des Monopolkapitals wichtigen Extraprofite resultieren aus der Differenz zwischen Wert und Preis im Marxschen Preisbildungsmechanismus. Die Schule des ungleichen Tausches hat dieses Modell auf den Weltmarkt angewandt und argumentiert, dass zwischen imperialistischen und peripheren Ländern ähnliche Wertströme vorhanden wären, wie zwischen nichtmonopolistischem und Monopolkapital. Andrea Ricci (2021) untersuchte diese Wertströme, indem er den Wert der Ware Arbeitskraft über Kaufkraftparitäten bestimmte.
    Eigene Darstellung auf Grundlage der Daten Riccis

    Riccis Studie zufolge gehört Russland zu den Exporteuren solcher Extraprofite auf Grund der niedrigen organischen Zusammensetzung der Ökonomie. Die 30%, die Russland 2019 an erarbeitetem Wert in die kapitalistischen Zentren transferiert hat, fehlen zur Akkumulation des Kapitals. Wenngleich natürlich anderweitig Kapital da wäre und es erstrangig am mangelnden Willen der Bourgeoisie liegt, dieses auch produktiv zu investieren, zeigt Riccis Studie, dass es einen qualitativen Unterschied zwischen Russland und den USA/ Europa auf der Ebene des Welthandels gibt.

    Es ist dabei nicht so, dass die russische Regierung nicht tätig würde, um die Produktivität zu steigern. Es gibt zahlreiche ambitionierte nationale Projekte, wie das Forschungszentrum in Skolkovo, mit denen der industrielle Rückstand aufgeholt werden soll. Der russische Staat stellt billige Kredite und Infrastruktur bereit. Er steht jedoch vor einem gewaltigen Dilemma. Für ausländisches Kapital ist Russland auf Grund der vergleichsweise hohen Lohnkosten zu unattraktiv, um Kapital in einem außen- und innenpolitisch relativ unsicheren Investitionsumfeld anzuziehen. Man müsste dort beginnen, wo China vor 30 Jahren begann, jedoch ohne, dass die Regierung so gefestigt wäre wie die KPCh. Das ist der Grund, warum die einfache liberale Erzählung, man brauche nur Rechtssicherheit für Investoren, weniger Staat und offene Märkte, nicht fruchtet. In China waren die selben „Missstände“ auch kein Problem, solange die Lohnkosten gering genug waren. Eine Deregulierung der Ökonomie wiederum begrenzt die Möglichkeiten einer konzentrierten Entwicklung und verschafft womöglichen Kompradoren wieder die Macht der Yeltsin-Zeit. Und wie dargestellt, ist das russische Kapital chronisch investitionsträge. Es ist bezeichnend, „dass nur 8 Prozent der russischen Unternehmen an Innovationen beteiligt waren, verglichen mit 41 Prozent in China, 51 Prozent in der Türkei und 64 Prozent in Indien.“ (Russland.Capital 2023). Obwohl die Bevölkerung gut ausgebildet ist und der russische Staat für das einheimische Kapital ein fast mustergültiges Investitionsklima für das einheimische Kapital schafft, gibt es für das russische Kapital offensichtlich keine Motivation, ihre Produktivität zu steigern. Der Öl-Analyst Stephen O’Sullivan begründete die Zurückhaltung langfristiger Investitionen, mit dem Unglauben der neuen Besitzer, ihre Unternehmen lange zu halten. (vgl. Wall Street Journal 2001). Jeder der Oligarchen hatte gegen das Gesetz verstoßen und die Angst vor einer entsprechenden Überprüfung der Oligarchen bestimmte die Investitionstätigkeit.

    Auch die Kapitalverflechtung mit ausländischen Monopolisten konnte die Produktivität nicht steigern, da sie größtenteils in der Konsumgüterindustrie stattfand (Tabakindustrie, Lebensmittel wie Nestle und Kraft, Brauereien und Zellstoffe; vgl. Pappe 2019, S.118f.). Hier geht es nicht um die Produktionsmittel- oder High-Tech-Industrie, sondern um recht einfache qualitätssichernde Verfahren und Markeneinfluss. Es trägt daher wenig Wunder, dass die Tabakindustrie bis heute ihre Kontakte nach Russland nicht gekappt hat und die sanktionsbedingt abgewanderten Lebensmittelketten und Markenprodukte leicht durch russische Ersatzprodukte substituiert werden konnte. Zwar haben ausländische Konzerne auch in anderen Sektoren Aktienanteile russischer Firmen erhalten, etwa BP bei TNK oder e.on bei OGK-4, aber hier handelte es sich zumeist um stumme Teilhabe ohne Einfluss auf die Produktion. Russische Investitionen im Ausland wiederum rankten sich um symbolische Ressourcen, um die Rohstoffgeschäfte mit ausländischen Regierungen über bestehende Geschäftskontakte zu erleichtern.

    Daher kommt dem Staat als Motor der Produktivitätsentwicklung eine entscheidende Rolle zu. Das wiederum bringt eine Reihe anderer Probleme mit sich. Die Investitionsmöglichkeiten des Staates sind letztendlich doch begrenzt. Es geht nicht um Milliarden, sondern um Billionen, die wahrscheinlich über die Jahre für eine globale Wettbewerbsfähigkeit benötigt würden. Um die nationalen Programme umzusetzen, ist man allerdings auf die Expertise der führenden Wirtschaftskreise angewiesen. Und genau die haben ja offensichtlich kein Interesse an Investitionen. Staatliche Gelder werden durch diese dann zwar abgegriffen, ohne aber tatsächlich eine Perspektive für globale Wettbewerbsfähigkeit anzustreben (vgl. Epstein 2019, S.114). Dieser Widerspruch zwischen der Unfähigkeit zur inneren und Unwilligkeit zur äußeren Entwicklung der Produktivkräfte kennzeichnet die Bourgeoisie unter der zweiten Amtsperiode Putins. Dieser Widerspruch wird sich auflösen müssen. Die Richtung ist jedoch noch unbestimmt.

    Produktivität und Investitionen sind die beiden wichtigsten Indikatoren zur Klärung des nichtmopolistischen Charakters der dominanten russischen Bourgeoisie. Sie sprechen eine so eindeutige Sprache, das weitere Indikatoren wie die Einbindung in die globalen Wertschöpfungsketten später als Ergänzung hinzugefügt werden können, ohne dass sie am Resultat etwas änderten.21
    5. Fallbeispiele

    Allgemeine und historische Voraussetzungen, Tendenzen, Triebkräfte, Prozesse und Abhängigkeiten, wie bisher dargestellt, sind natürlich vordergründig wichtig. Das Salz in der Suppe ist jedoch der Nachvollzug der Genese all dieser Aspekte in den Biographien der russischen Großbourgeoisie. Die folgenden Fallbeispiele dienen daher der Plausibilisierung des bisher dargestellten. Auch wenn die Zahl der russischen Bourgeoisie abzählbar ist und eine Gesamtdarstellung aller relevanten Figuren durchaus leistbar wäre, überstiege eine solche den Umfang und die Leseerwartung des hier vorliegenden Textes. Jedoch wurden hier zwei Skizzen herausgesucht, die als prototypisch für die einzelnen Unternehmertypen angesehen werden können und deren Wesen als pars per toto nach dem Lesen der systematischen Darstellung ins Auge springen sollte.
    5.1. Vladimir Potanin

    Vladimir Potanin, Eigentümer von Norilsk Nickel, ist heute der reichste Russe der Welt. Obwohl er als putinnah gilt und demnach den Krieg in der Ukraine unterstützte, wurde er von Sanktionsmaßnahmen bis Dezember 2022 ausgenommen. Erst ab 2024 hatte das Norilsk mit geschäftlichen Problemen zu kämpfen. Potanin gehört hier zu der Fraktion der Oligarchen, die aus der Parteinomenklatura der KPdSU entstammt (vgl. Hoffman 2011, S.298ff.). In der Sowjetunion arbeitete er wie schon sein Vater im Außenhandelsministerium und genoss Privilegien, wie ein gehobenes Wohnviertel mit reichem Warenangebot im Wohnviertel und Auslandsreisen. In Schule und Studium wurde er mit dem kapitalistischen Wirtschaftssystem früh vertraut gemacht, um auf seine Laufbahn vorbereitet zu werden. Während seiner Tätigkeit als Handelsmann für Phosphatdünger verschlug es ihn unter anderem auf die Halbinsel Kola, auf der das Norilsk-Bergbaukombinat angesiedelt war, dass 98% des sowjetischen Platins und 90% des Nickels förderte. Dieses Unternehmen sollte das Fundament des Aufstiegs Potanins als Oligarch werden. Im März 1990 gründete er mit dem Kapital von 20 Kleinanlegern das private Handelsunternehmen INTERROS. Zu etwa gleicher Zeit geriet die staatliche Handelsbank der Sowjetunion INTERNATIONALE BANK FÜR WIRTSCHAFTLICHE ZUSAMMENARBEIT in finanzielle Schwierigkeiten, da der Rat für gegenseitige Wirtschaftshilfe, zu deren Unterstützung die IBWZ eigentlich gegründet worden war, wegbrach und sich Vertragspartner nicht mehr an ihre Zahlungsverpflichtungen gebunden fühlten. In einem Brief, dessen genaue Herkunft bis heute ungeklärt ist, wurde Kund*innen geraten, ihr Geld lieber bei Potanins neu gegründeter UNEXIM-Bank anzulegen. Potanins neue Bank wurde in unerwarteter Geschwindigkeit von den Behörden genehmigt und gemeinsam mit Mikhail Prokhorov, der ein ehemaliges Führungsmitglied der IBWZ war, baute er eine der führenden Finanzinstitutionen der frühen russischen Föderation auf. Ihnen gelang es, 40 führende Exporteure – unter anderem von Erdöl und chemischen Produkten – als Kunden zu gewinnen. UNEXIM wurde professionell geführt und verband angemessene Korruptionstechniken mit moderner Logistik, wie dem Einsatz von Computern. Anders als andere Banken, die sich von Beginn an einfach nur bereicherten, berücksichtige UNEXIM die staatlichen Interessen Russlands und gewann so das Vertrauen der Kreise um Yeltsin.

    Als der russische Staat Ende 1994 in finanzielle Schwierigkeiten geriet, Löhne und Renten nicht mehr gezahlt werden konnten und Boris Yeltsins Zustimmungswerte im niedrigen einstelligen Prozentbereich lagen, interessierte sich dieser für einen Plan Potanins: das Loan-for-Shares-Programm. Der Plan entstammte eigentlich den beiden amerikanischen Investoren Boris Jordan und Steven Jennings, die in der ersten Hälfte der 90er Jahren zur Vermittlung für den Ausverkauf des fixen Kapitals von Betrieb zu Betrieb zogen. Diese schlugen vor, dem Staat Geld gegen die staatlichen Unternehmensanteile als Sicherheit zu verleihen und bei Nichtbegleichung diese einzubehalten. Die beiden witterten fette Beute, aber hatten die Rechnung ohne den Wirt gemacht. Potanin übernahm die Idee, kolportierte sie in den angesehenen Finanzkreisen Moskaus und präsentierte sie Ende März 1995 Yeltsin. Ein russisches Bankenkonsortium bot der Regierung 1,8 Milliarden Dollar an, fast genau die Summe, die auch die Regierung sich durch Privatisierungen erhoffte, um das Programm umzusetzen. Unterstützt wurde Potanin von Khodorkovsky und Smolensky. Unter den 40 zu privatisierenden Firmen waren daher auch NORILSK und YUKOS. Allerdings sollten ausländische Investoren anders als im ursprünglichen Plan ausgeschlossen werden. Geleitet wurden die Auktionen unter anderem von Potanins UNEXIM-Bank. Yeltsin wurde die Idee damit schmackhaft gemacht, dass er den Kredit bereits vor der Wahl bekam, die Versteigerungen aber erst nach der Wahl stattfinden sollten. So sicherte sich Yeltsin die Unterstützung des Finanzkapitals gegen seinen Kontrahenten Zyuganov von der KPRF, der sich gegen den Ausverkauf des Staates wandte.

    Für nur 170 Millionen Dollar und damit nur 100.000 Dollar über dem Startpreis der Auktion sicherte er sich 38% des Nickelproduzenten NORILSK. Ein Angebot von Rossiisky Kredit über 355 Millionen US-Dollar wurde auf Grund technischer Einwände von Potanins Bank nicht zugelassen. Dieser Konzern sollte Potanins wichtigstes Standbein werden. Für 130 Millionen Dollar kaufte sich Potanin auch 51% des fünftgrößten russischen Ölkonzerns SIDANCO (wenn die Rede davon ist, dass Potanin es gekauft habe, dann bedeutet das genauer, dass seine Holding-Company INTERROS dies gekauft hat), wovon er 10% unmittelbar nach Ablauf des staatlichen Rückkaufrechts (und nach dem Erwerb weiterer 34% für 20 Millionen Dollar) für 484 Millionen US-Dollar an BP verkaufte. Ein solches Geschäft hat kein Kapital akkumuliert, sondern sich ungleicher Zugänge zum Unternehmen genutzt, um es unter dem tatsächlichen Wert des fixen Kapitals zu kaufen und dieses dann zu seinem regulären Marktpreis wieder zu verkaufen. Dies ist damit keinesfalls ein typisch monopolkapitalistischer Vorgang, sondern ein kompradorischer. SIDANCO ist auch ein hervorragendes Beispiel dafür, warum eine monopolkapitalistische Expansion im Russland der 90er Jahre scheiterte. Der Konzern versuchte unter der Führung von INTERROSS tatsächlich zu expanideren und kaufte zahlreiche petrochemische Betriebe, Pipelines und Raffinerien auf. Dazu verschuldete sich das Unternehmen massiv, wollte aber das hohe Zinsvolumen aus den hohen Grundrenten des Ölverkaufs bezahlen. Gleichzeitig hielt Potanin sich nicht an die Abmachung mit dem russischen Staat, 220 Millionen Dollar in in die Erneuerung des fixen Kapitals zu investieren (vgl. The Wall Street Journal 2001). Als der Ölpreis Ende der 90er Jahre drastisch einbrach, war SIDANCO nicht mehr in der Lage, seine Schulden zu begleichen und ging in Insolvenz. Während die großen ausländischen Investoren staatlich geschützt wurden, sanierte sich das Unternehmen auf Kosten der kleineren Gläubiger und des Verkaufs der Ölfelder, bevor SIDANCO 2001 komplett für 1,1 Milliarden Dollar an das russisch-britische Joint-Venture TNK-BP des Multimilliardärs Viktor Wekselberg verkauft wurde. Innerhalb von sechs Jahren konnte Potanin also alleine mit dem SIDANCO-Deal seine ursprünglich investierten 150 Millionen Dollar fast verzehnfachen. Potanin hat mit SIDANCO nichts weiter getan, als sich durch die Monopolstellung seiner UNEXIM-Bank die Anteile billig vom Staat zu kaufen und so teuer wie möglich zu verkaufen.

    Völlig anders gelagert ist der Fall des eigentlichen Kerninvestments NORILSK. Das Unternehmen ist heute der größte Buntmetallproduzent Russlands und eines der zehn größten Privatunternehmen Russlands. Bereits wenige Jahre nach der Einführung der Marktwirtschaft machte das Unternehmen Profite und expandierte zum Beispiel durch die Übernahme des Goldproduzenten POLYUS. Nach dem Machtantritt Putins war NORILSK zusammen mit LUKOIL eines der ersten Ziele der Steuerfahndung und der Überprüfung der Rechtmäßigkeit der Privatisierung. Potanin drohte als erster die Inhaftierung. Die genauen Hintergründe, warum Potanin dieser entging, sind unklar, aber womöglich konnte er mit Putin einen Deal aushandeln, welcher den Konzern als wesentliches Element einer nationalen Industriestrategie betrachtete. NORILSK war verantwortlich für mehrere Umweltkatastrophen und tödliche Industrieunfälle. Putin drängte Potanin daher zu massiven Investitionen, was den Konzern mittlerweile zu einem besten Industriearbeitgeber und zu einem WWF-ausgezeichneten Unternehmen macht. Anders als andere Oligarchen finanzierte Potanin mit seinen Geldern wohltätige Stiftungen und leistete einen erheblichen Beitrag zur Winterolympiade in Sochi.

    Möchte man Potanins Biografie zusammenfassen, zeigt sich, dass Potanin zeitlich und kontextabhängig mal als Komprador, mal als Monopolist auftritt. Während die Vorgänge, die zur Übernahme von NORILSK und SIDANCO führten, eindeutig kompradorischen Charakter tragen, verkörpert Potanin nach 2000 einen Prototypen des nationalen Monopolisten bis hin zur Imagepflege über wohltätige Institutionen.
    5.2. Mikhail Khodorkovsky

    Mikhail Khodorkovsky kann als das Gegenstück zur Biographie Potanins angesehen werden. Anders als Potanin ordnete sich Khodorkovsky nicht der nationalen Strategie unter und wurde als Oligarch von Putin abgesägt.

    Khodorkovskys Karriere begann im Komsomol, den er an seiner Universität leitete. In dieser Funktion knüpfte er Kontakte mit mächtigen Reformern der KPdSU, die ihn in den ersten kapitalistischen Jahren Russlands protegieren sollten. Der Komsomol war auch eine der ersten Einrichtungen, die ausgiebigen Gebrauch von den Reformen Gorbachevs machten und den einzelnen Basisgruppen das Wirtschaften auf eigene Rechnung gestatteten. Es entstanden kommerzielle Diskotheken, Bars, Klubs, Cafes, Reisebüros und Verlagshäuser. Durch die Arbeitseinsätze hatte der Komsomol Kontakte in die Fabriken und übernahm die Spielzeugindustrie. Der Komsomol war auch die erste Organisation, die Aktien austeilte und Dividenden zahlte.

    Aus diesem Kreis stammte Khodorkovsky und die ersten Projekte, in denen er die „Selbstfinanzierung“ wissenschaftlicher Projekte, die ersten marktwirtschaftlichen Keimzellen in der untergehenden Sowjetunion, managte. Hierbei lernte er, wie man über solche Geschäfte nicht-konvertible Rubel in die wesentlich wertvolleren konvertiblen Rubel „waschen“ konnte, um somit hohe Profite zu erzielen. Andere Komsomolzen machten es Khodorkovsky gleich, wodurch viele spätere Kapitalisten diesen Kreisen entstammten. Manche der Jungkommunisten bedienten sich hierfür an den Dollarvermögen der Partei, als diese zusammenbrach und später verboten wurde. In dieser Zeit war die Art, mit der Khodorkovsky seine Gewinne erzielte, mit keinerlei wertbildender Arbeit verbunden, sondern nur mit der unterschiedlichen Bewertung der beiden Währungen der Sowjetunion. Auf diese Weise verdienten junge Wissenschaftler für die gleiche Arbeit ein Vielfaches ihres regulären Gehalts, was zur Basis für seine späteren Kontakte wurde. Und er sammelte einen riesigen Bestand an nicht-konvertiblen Rubeln, die er auf dem Schwarzmarkt streute. Er nutzte verschiedenste Marktimbalancen für Produkte, die im Ausland billig zu erwerben und in der späten Sowjetunion teuer zu verkaufen waren, darunter auch viele Fälschungen. Mit seinem bisher ertauschtem Geld gründete er eine Bank, die nach mehreren Umbenennungen die MENATEP-Bank werden sollte. Das Geschäftsmodell war zunächst, sich billiges Geld vom Staat zu leihen, dieses gegen höhere Zinsen an (in der Regel staatliche) Firmen weiterzuverleihen. Mit diesem Geld und den staatlichen Genehmigungen wiederum wurde sie attraktiv für ausländische Investoren. Nach der ersten Privatisierungswelle des Staatseigentums über das Voucher-System wurde MENATEP zu einem der wichtigsten Käufer für die Unternehmensanteile. Anteile von über hundert Firmen aus allen Sektoren wanderten so in Khodorkovskys Besitz. Erst im Nachhinein ließ er sich von Beratern erklären, wie man unter solchen Bedingungen überhaupt Industrieunternehmen leiten könne. Khodorkovsky war der Ansicht, dass dies in Russland nicht funktionieren könne und fokussierte sich auf Öl. Kodorkovsky gewann Einfluss auf die Kreise um Yeltsin und seine MENATEP-Bank wurde hinter der UNEXIM-Bank Potanins zweitgrößter Auktionsbetreiber des Loans-for-Shares-Programms. Khodorkovsky hatte es wie viele andere auf den Ölkonzern YUKOS abgesehen und seine Bank hinderte die Konkurrenten daran, zu bieten. Khodorkovsky erwarb zunächst 45% für 159 Millionen Dollar und später 33% für Investitionszusicherungen in Höhe von 150 Millionen Dollar. Das Geld dabei kam von YUKOS selbst, zu dessen Präsidenten Murawlenko der neue Oligarch gute Kontakte besaß.

    YUKOS war ein ganz klassisches kompradorisches Unternehmen, an dem nicht nur Khodorkovsky reich wurde. Die Produktionsfirmen des Konsortiums verkauften die Produktion zu niedrigen russischen Preisen an Vertriebsfirmen, die diese zu hohen Preisen auf dem Weltmarkt absetzten. Die Gewinne wanderten direkt auf ausländische Konten. Die ausländischen Banken und Unternehmen, die an diesem Geflecht beteiligt waren, halfen MENATEP mit günstigen Krediten und Insiderverkäufen durch die russische Finanzkrise 1998. Da ein Großteil dieser Aktivitäten ungesetzlich war, musste sich Khodorkovsky zudem auf einen Netzwerk an korrupten Beamten und Politikern stützen.

    Nach dem Machtantritt Putins verweigerte sich Khodorkovsky der neuen Industriestrategie Putins. Er torpedierte 2002 eine abgestimmte Ölpreispolitik mit der OPEC durch eine Erhöhung der Produktion. Er sprach sich gegen westliche Investitionsbeschränkungen und für den Irak-Krieg aus. Und er fädelte einen Deal ein, mit dem 40% von YUKOS an EXXON übergegangen wären. Dies hätte den größten Devisenbringer Russlands unter direkte Kontrolle eines amerikanischen Unternehmens geführt. Den Deal, den Putin den Oligarchen vorgeschlagen hatte, Absehung von Strafverfolgung für politische Loyalität, wurde von Khodorkovsky ausgeschlagen und die russische Staatsanwaltschaft ermittelte gegen zahlreiche Firmen Khodorkovskys. Der Prozess an sich war fair. Die Vorwürfe waren berechtigt. Politisch brisant war lediglich die Nichtverfolgung anderer Oligarchen. YUKOS wurde mit Steuernachforderungen in den Ruin getrieben und als Treppenwitz der ganzen Geschichte von einer Strohfirma einer Strohfirma von Gazprom geschluckt. Khodorkovsky wurde zu acht Jahren Haft verurteilt. Die Verbindung zu zahlreichen Morden im direkten geschäftlichen Umfeld des Oligarchen wurden ihm dabei nicht nachgewiesen und zur Last gelegt. Erst 2015 ermittelte die russische Staatsanwaltschaft wegen eines Mordes an einem Bürgermeister gegen seinen Sohn. Im Dezember 2013 wurde er überraschend vorzeitig aus dem Gefängnis entlassen und lebt von ca. 1,7 Milliarden Dollar, die er im Ausland gesichert hatte. Khodorkovsky geht in Fragen des Ukraine-Kriegs über die Forderungen der ukrainischen Regierungen zur Beendigung des Krieges hinaus und fordert neben einem Regime Change, und einer Sanktionierung der kompletten russischen Ökonomie auch hohe Reparationen von russischer Seite.

    Khodorkovsky ist der Prototyp des russischen Kompradoren, der sich selbst als Teil einer transnationalen Bourgeoisie ohne Bindung an staatliche Industriepolitik sieht. Er kann bereits auf Grund dieser mangelnden Verschmelzung mit der Staatsmacht in Fragen der Industriepolitik nicht als Monopolkapitalist angesehen werden. Der gesamte Reichtum Khdorkovskys entstammt – abgesehen von der minimalen im Ölförderprozess vergegenständlichten Arbeit – nicht äquivalentem Tausch. Er hat sich real vollkommen unter das ausländische Kapital subsummiert, worauf der versuchte Verkauf von Exxon hinweist.
    5.3. Die Oligarchen und der Krieg

    Wenn die russische Invasion in der Ukraine als ein imperialistischer Krieg anzusehen wäre, dann müsste man annehmen, dass auch die dominanten Teile der Bourgeoisie hinter diesem Krieg stehen. Um einen Eindruck von der Stimmung des oligarchischen Teils der Bourgeoisie zu bekommen, kann man die Äußerungen der Kapitalisten betrachten, welche in der Notation der Moskauer Minchenko Consulting als Mitglieder des „Zentralkomitees 2.0“ geführt werden (vgl. Minchenko 2019, S.17). Unter dieser polemischen Bezeichnung werden Oligarchen verstanden, die eng mit Putin vernetzt sind und auf die das Consulting-Büro Putins Macht gestützt sieht. Insgesamt führt sie 17 Unternehmer aus dem extraktiven, produktiven und IT-Sektor auf. Man mag über die Gewichtung streiten, aber offensichtlich werden sie vom liberalen Bürgertum als besonders putintreu wahrgenommen.

    Stahlmilliardär Vladimir Lisin, dessen Holding-Gesellschaft in Zypern sitzt, nannte die Invasion eine „unmöglich zu rechtfertigende große Tragödie“ (Business Insider 2023). Lisin war gerade erst dabei, neben der Primärgüterproduktion weitere Verarbeitungsschritte wie den Rohrhersteller John Maneely Company in sein Portfolio zu integrieren, war aber noch vom Ausland abhängig. Der als besonders putinnah geltende Oligarch (Gründer der USM-Holdung) Alisher Usmanov sagte, der Krieg werde niemandem nützen, er sei aber kein Politiker (KUN 2023). Oleg Deripaska rief über Telegram regelmäßig zum Frieden auf (Moscow Times 2022). Alexey Mordashov sagte: „Es ist schrecklich, dass Ukrainer und Russen sterben, Menschen Not leiden und die Wirtschaft zusammenbricht.“ (ebd.) Mikhail Fridman positionierte sich aus dem Ausland in einem Brief an seine Mitarbeiter gegen den Krieg und scheute sich in der Folge vor einer Rückkehr nach Russland. Der Eigentümer des größten russischen privaten Gasunternehmens Novatek Leonid Mikhelson forderte, „alle diplomatischen Maßnahmen zur Wiederherstellung des Friedens zu unterstützen“ (ebd.). Aus Russland floh auch der größte LUKOIL-Aktionär Alekperov, um per Brief eine schnelle diplomatische Lösung zu fordern (Lenta 2022). Bereits 2014 sagte er, dass eine stabile Ukraine wichtiger sei als die Krim. Roman Abramovich wird gar eine aktive Rolle im Gefangeneaustausch zugeschrieben, da er das Vertrauen beider Seiten genieße (Strana 2022). Iskandar Makhmudov und Andrey Bokarev gelang es, ihre Geschäftskontakte nach Lettland aufrechtzuerhalten, was kaum mit einer kriegsstützenden Haltung zu vereinbaren wäre (Meduza 2022). Yandex-Gründer Arkady Vorozh war einer der Hauptleidtragenden von der Emigration russischer Programmierer. Über die Sanierungspläne auf Grund des Fachkräftemangels und der Sanktionen geriet er in Konflikt mit dem Kreml, der die größte russische Suchmaschine mit angeschlossenem sozialen Netzwerk in russischen Händen behalten wollte (The Bell 2022). Ebenfalls problematisch ist der Fall Vladimir Yevtushenkovs. Der russische Staatsbürger war eng mit der ukrainischen Führung unter Yanukovich vernetzt und wurde für seine anhaltenden Kontakte mit der Maidan-Regierung in Moskau sogar unter Hausarrest gestellt. Die EU setzte ihn lange nicht auf die Sanktionsliste, obwohl er eine Firma zum Bau russischer Militärdrohnen besaß. Nur die Ukraine beschlagnahmte sein Vermögen im Land, von dem er behauptete, keines mehr zu besitzen. Eine Befürwortung des Krieges ist von ihm nicht bekannt.

    Vladimir Bogdanov (Surgutneftegas) und Suleiman Karimov (vielfältiger Investor und Senator in Dagestan) äußerten sich überhaupt nicht. Selbst der ideologisch als Musterpatriot und von Putin persönlich ausgezeichnet Stahlmagnat Viktor Rashnikov konnte sich nicht zu einer öffentlichen Stellungnahme zur Unterstützung der Militärintervention hinreißen lassen. Maximal Vladimir Potanins mantraartige Wiederholung, dass getan werden muss, was getan werden müsse, kann mit gutem Willen als Unterstützung gewertet werden (RBK 2023a). Potanin profitierte von einem Kauf von 35% der Tinkov-Gruppe, kurz nachdem dessen Besitzer Oleg Tinkov sehr scharf gegen den Krieg geäußert hatte und dennoch auf der EU-Sanktionsliste verblieb. Der gebürtige Ukrainer Viktor Vekselberg wies immerhin Beschuldigungen zurück, dass Russland im Krieg eskaliere und stellte den Krieg in den Kontext der hitlerfaschistischen Diktatur, unter der seine Vorfahren gelitten hätten. (News.ru 2022).

    Von 17 besonders systemtragenden Oligarchen haben sich also sieben dezidiert gegen die Militäroperation ausgesprochen; bei drei weiteren verrät die politische Rolle die Ablehnung. Fünf äußerten sich gar nicht in den Medien zum Konflikt und nur zwei Oligarchen gaben öffentlich zu Protokoll, dass sie nicht gegen Putins Vorgehen sind. Wenn der Imperialismus zu einer gewissen Interessenkonvergenz zwischen Staat und Großkapital führen sollte, ist diese in Russland nicht zu finden. Nun mag man die Angst vor Sanktionen als Beweggrund der Oligarchen anführen. Aber erstens würde dies nichts anderes bedeuten, dass der bedeutendste Teil der russischen Bourgeoisie politisch und ökonomisch – und damit auch ideologisch – unter das ausländische Kapital subordiniert wäre. Und zweitens hat das Sanktionsregime Kriegskritik nicht durch Verschonung belohnt. 16 der 17 genannten Oligarchen wurden unabhängig von ihrer öffentlichen Haltung sanktioniert, solange sie an Assets, die mit dem Krieg in Verbindung standen, profitierten. Die Motivation für verlogene Kritik sollte also eher gering sein.

    Welche Kapitalisten haben sich denn in der Umkehrprobe wirklich für den Krieg ausgesprochen bzw. Putins Narrative gestützt. Am blumigsten hat wohl der Leiter von Rosatom die Invasion begrüßt. Er stellte die Spezialoperation in eine Reihe mit den polnischen Invasionen des 17. Jahrhunderts, dem Napoleonischen Feldzug und dem Großen Vaterländischen Krieg (Strana Rosatom 2022). Rosatom ist hierbei ein Konzern, der tatsächlich fast die vollständige Wertschöpfungskette kontrolliert und Kapital ins Ausland exportiert, in dem beispielsweise in Ägypten, Bangladesch oder Indien mit Hilfe billiger Arbeitskraft moderne Anlagen gebaut werden.22 Dass dieser Konzern immer vollständig in Staatshand geblieben ist, zeigt erneut, dass die Bürokratie und nicht das private Kapital Treiber der Monopolisierung sind. Ansonsten kommen die Befürworter der Spezialoperation aus den Reihen des Teils der Staatsbürokratie, die – obgleich manche Anteilspakete besitzen – nicht als Kapitalisten fungieren.
    6. Die Entwicklung der russischen Bourgeoisie seit 2022

    Man wird bei einer Analyse der russischen Bourgeoisie auf der Höhe der Zeit nicht um die Frage herumkommen, welchen Einfluss die Spezialoperation und der anschließende Krieg in der Ukraine auf die Formierung der russischen Bourgeoisie bisher gespielt hat. Dieses Kapitel unterscheidet sich dabei ganz grundlegend von den vorangegangenen. Der Grund hierfür ist, dass alles bisher dargestellte geronnene Vergangenheit ist. Die Fakten stehen im Wesentlichen fest und die Entwicklung der russischen Ökonomie bis vor drei-vier Jahren ist weitestgehend evident. Es mögen Unterschiede in der Bewertung oder in der Einbettung in verschiedene Modelle vorliegen, aber über die heuristische Substanz herrscht weitestgehend Einigkeit. Das ist bei der Betrachtung der aktuellen Entwicklungen der russischen Bourgeoisie anders. Hier können wir die Entwicklung nur in Tendenzen und Gegentendenzen nachzeichnen, da es sich um unabgeschlossene Prozesse handelt. Um das klarzustellen. Es geht hier nicht nur um den Mangel und die Unsicherheit an Fakten oder Deutungen, auch wenn es hier bereits ausreichend Hürden gäbe. Die Wissenschaftskommunikation mit dem Westen ist weitestgehend abgeschnitten, sodass die Rosstat-Daten nicht extern evaluiert werden können. Marxistische Theoretiker sitzen in Russland in Haft oder sind von Haft bedroht, wenn sie kritisch zu den mit dem Krieg verbundenen ökonomischen Fragen Stellung nehmen. Westliche Darstellungen wiederum sind stark vom Vorurteil geprägt, die russische Ökonomie als weniger resilient zu schätzen, als sie sich bisher immer gezeigt hat. Und durch die notwendigen Schwarzmarktgeschäfte, sowie der Geheimhaltung der konkreten Ausgestaltung des russisch-chinesischen Technologietransfers und der militärischen Entwicklung fehlen entscheidende Einflussgrößen zur Bewertung der industriellen Entwicklung Russlands.

    All das wäre schon genug, um den tendenziellen Charakter der folgenden Darstellungen zu begründen. Aber die russische Ökonomie wird dialektisch durch die Entwicklungen in den USA, China, Europa und Indien ganz maßgeblich bestimmt. Dominante Tendenzen können im Sande verlaufen, wenn die EU plötzlich wieder Gas importieren sollte oder die USA einen Technologietransfer nach Russland zulassen sollten. Eine Tatsache kommt uns bei der Betrachtung jedoch zur Hilfe. Die Prozesse haben noch keine revolutionäre Geschwindigkeit angenommen. Die meisten prägenden Entwicklungen haben bereits zwischen 2014 und 2017 begonnen und allenfalls an Geschwindigkeit zugelegt. Zum Beispiel war digitale Souveränität spätestens seit März 2017 ein Thema, um die digitale Bewegungsfreiheit der Opposition von Regierungswegen her einzuschränken (vgl. Ustyuzhantseva & Popova 2025). Russland hatte hier weniger Probleme mit dem Aufbau einer resilienten Struktur als mit der Abwanderung von IT-Spezialisten.

    In der bürgerlichen Erzählung über den jüngsten russischen Kapitalismus gibt es drei wesentliche Stränge. Der erste ist der Einfluss der Sanktionen und die Debatte um den Erfolg oder Misserfolg eines russischen Militärkeynesianismus. Der zweite ist die globale Umorientierung Russlands vom Westen hin zu China, die unter anderem in der Belieferung mit kritischen Gütern deutlich wird:
    Quelle: Astrov, Feodora; Scheckenhofer & Semelet. S.17.

    Der dritte ist das Dilemma zwischen der rigorosen Zinspolitik und der Inflation, das sich in der Person der Zentralbankchefin Elwira Nabiullina personalisiert, die auf der einen Seite als erfolgreiche Managerin der russischen Ökonomie und Mutter der Resilienz gilt, deren straffe Zinspolitik jedoch zunehmend als Entwicklungshemmnis angesehen wird (Nievelstein 2025). Alle diese Motive werden intensiv diskutiert, wobei die Meinungen stark divergieren. Es ist hingegen übergreifender Konsens, dass sich die russische Ökonomie gegenüber den Sanktionen als robuster herausgestellt hat als noch 2022 erwartet, wobei die Nachhaltigkeit dieser Robustheit sehr unterschiedlich bewertet wird.

    Wenn man man vom Konzept einer nationalen Bourgeoisie sprechen möchte, dann ist der Krieg mit geringen Zweifeln bisher ein Katalysator des Wandels der alten auf private Schatzbildung fokussierten Oligarchenfraktion zu einer nationalen geworden. Eine Trennung zwischen privaten Oligarchen, die von Putin nach seinem Machtantritt eingehegt wurden und Staatsoligarchen, die unter Putin die Kommandogewalt über die größten staatlichen Unternehmen übertragen bekamen, existiert so heute nicht mehr (Petrov 2024). Durch die Sanktionen ist insbesondere jener Teil der Bourgeoisie unter Druck geraten, der zuvor als Komprador tätig war und die Geschäftskontakte nach Russland kanalisiert hat. Durch das Einfrieren der Vermögen und dem Wegfall der Gasexporte in den Westen wurden diese nicht nur auf Druck aus Moskau, sondern aus Eigennutz an die Regierung geschmiedet (Yakovlev 2025). Die vom Westen mit den individuellen Sanktionen adressierten alten Oligarchen, die man gegen Putin wegen der Nichtverfügbarkeit von Ferrari und Gucci in Stellung bringen wollte, haben das Land mittlerweile verlassen. Assests der gegangenen ausländischen Kapitalisten wurden an Staats- oder Privatoligarchen aus dem näheren informellen Zirkel um Putin vergeben. Das Yandex-Imperium etwa wurde 2024 vom nach Israel ausgewanderten Arkady Volozh an ein Konsortium verkauft, das unter anderem LUKOIL besitzt und dem Potanin angehört. Der Aufbau einer mit den Staatsinteressen verschmolzenen Monopolbourgeoisie wurde durch den Krieg nochmals beschleunigt. Hier unterscheiden sich Fälle wie Kuchuksulfat oder FESCO (Mingazov 2022), wo auf Grund der nachträglichen Feststellung des unrechtmäßigen Erwerbs des Konzerns die Anteile nationalisiert wurden und Fälle, wie Roskhim als Holdinggigant in der chemischen Industrie, bei dem die putinnahen Brüder Rotenberg als Erstbieter bei Auktionen große Unternehmen konzentrieren konnten, die von ausländischen oder geflohenen Kapitalisten enteignet wurden (Business Vektor 2024). Letztes Jahr erklärte Putin vor dem Industriellen Verband, dass Verstaatlichungen nach individueller Prüfung erfolgen sollten, was so verstanden wird, dass niemand etwas zu befürchten hat, der Steuern zahlt und sich der nationalen Entwicklungsstrategie unterordnet. (Republic.ru 2024). Damit wird letztendlich der Großbesitz nicht mehr juristisch gesichert, sondern politisch.23 Vielleicht ist hier noch interessant, dass die Konglomerate, zu denen die meisten Großkapitale zusammengefasst sind, großenteils quasi-staatliche Aufgaben übernommen haben, wie den Aufbau von Forschungszentren (Zvezda), die Ausfüllung einer Nationalkultur (Gazprom), ökologische Dienstleistungen (Rosatom) oder gar Lobbyismus im Ausland (Rosneft). Damit setzt sich die oligarchische Kultur Potanins durch, die nicht mehr der individuellen Bereicherung allein dient, sondern der Verschmelzung ökonomischer und politischer Macht. Der Begriff der Siluviki als oligarchische Fraktion wird angesichts dieser Entwicklung zunehmend gegenstandslos, da sich diese fast ausschließlich auf Staatsposten zurückgezogen haben, während das Großkapital auf Grund ökonomischer, politischer und persönlicher Durchmischung langsam den Charakter eines entstehenden Monopolkapitals gewinnt. Die wesentliche Vermittlungsinstanz zwischen den Interessen des Großkapitals und der nationalen Strategie ist eine technokratische Elite geworden, deren Besetzung sich nach Maßgaben der Effizienz und nicht mehr nach persönlichen Beziehungen bestimmt. Die offene Frage ist, ob wir hier eher eine Umschichtung innerhalb der oligarchischen Fraktion der Bourgeoisie sehen oder tatsächlich eine nachhaltige Entwicklung hin zu einer Monopolbourgeoisie.

    Wenn es tatsächlich bereits eine wesentliche Veränderung des Kräfteverhältnisses der Bourgeoisie gibt, dann ist diese unterhalb der Oligarchen im mittleren Kapital zu suchen. Durch die Sanktionen, die zwischen 2014 und 2024 in zunehmendem Umfang und zunehmender Konsequenz verhängt wurden, wurde Russland vom westlichen Hightech-Sektor abgeschnitten, was insbesondere den Leichtbau und die Softwareentwicklung und -betreuung schwer getroffen hat. Dass sich Russland angesichts dieser harten Einschnitte als resilient erwiesen hat, kann entweder durch eine verstärkte nachgeholte importsubstituierende Industrialisierung erklärt werden oder durch neue Abhängigkeiten von China, vom Schwarzmarkt und dem Verschleiß der industriellen Grundsubstanz. Einige Indizien legen Tendenzen nahe.

    So ist insbesondere die urbane Kleinkapitalistenklasse, die schmale Arbeiteraristokratie und die Intelligentsia – bisher die der Kern der Opposition – in den letzten beiden Jahren erstaunlich ruhig gegenüber der russischen Kriegspolitik geworden. Dies lässt sich nicht allein durch die Repression erklären, da diese auch 2022 schon massiv ausgeprägt war. Vielmehr deutet sich an, dass ausgerechnet sie auf der Seite der Gewinner der Kriegsökonomie stehen (vgl. Zvonovsky 2025), da es genau diese Teile der Gesellschaft sind, die westliche Handelsketten ersetzen, mit ihrer Expertise die vom Staat hofierten Start-Ups gründen und am stärksten an der Nachfrage nach Programmierern und hochgebildeten Industriearbeiter*innen verdienen.

    Das kleine und mittlere Kapital profitiert dabei von den Krediten des Industriellen Entwicklungsfonds, der Kredite auf Grundlage von Experteneinschätzungen und der Kompatibilität mit nationalen Entwicklungszielen vergibt, anstatt personalisierter Patronagebeziehungen. Sektoriell gesehen sind die Metallverarbeitung und die Elektronik/Elektrik die großen Gewinner der Spezialoperation, während die Produktion von Haushaltsgeräten und der Automobil(teile)sektor zusammengebrochen sind (Simola 2023). Auffallend hoch sind die öffentlichen Investitionen im Bereich geistiges Eigentum, da insbesondere Software und Patente, die auf Grund der Sanktionen nicht mehr verfügbar waren, durch eigene Entwicklung ersetzt werden mussten (Simola 2024).
    Quelle: Simola (2024). S.5.

    Die so geförderten Kleinkapitalisten schneiden durchschnittlich auch wesentlich besser ab als andere Start Ups (vgl. Yakovlev, Freinkman, Ershova & Ahalian 2025). Das deutet auf eine Modernisierung der Förderungsstrukturen hin, während sich die Nachfrage nach dem Industriellen Entwicklungsfonds seit 2022 verdoppelt hat. Für die Dominanz technokratischer, statt personeller Lösungen spricht, dass der russische Staat verstärkt dazu übergegangen ist, nur das Risiko für Kredite zu übernehmen, während die eigentliche Finanzierung durch private Banken erfolgt (RBK 2025c). Viele Neugründungen, insbesondere bei Überschreiten einer gewissen Größe, stehen aber auch in finanzieller Kooperation mit den extraktiven oligarchischen Unternehmen, was erstmals zu Interessenkonvergenzen innerhalb breiterer Schichten der russischen Bourgeoisie führt. Dies kann durchaus als Tendenz verstanden werden, dass Russland in einen bürgerlich-liberalen Staat hinüberwächst, wie er in den USA und Westeuropa vorherrscht.

    Gestützt wird diese These dadurch, dass die Forderung nach Abschaffung der Sanktionen mittlerweile selbst zu einem Interessenkonflikt innerhalb der russischen Bourgeoisie geworden ist. Es sind neben den extraktiven oligarchischen Unternehmen ausgerechnet die etablierten modernen Konzerne, die weltmarktfähig konkurrieren könnten, die unter den Sanktionen leiden. So schreibt Norilsk Nickel, einst Primus der russischen Ökonomie und einer der wenigen konkurrenzfähigen Unternehmen, seit dem Krieg rote Zahlen (Sorokina 2025). Chef Vladimir Potanin erbittet staatliche Hilfen, droht mit Abwanderung nach China und versuchte das Bild des russischen Unternehmers als Drehbuchautor eines Spielfilmes „Minute of Silence“ zu verbessern (Men Today 2025). Allerdings sehen nicht alle die allseitige Rückkehr Russlands auf den Weltmarkt unkritisch. Sanktionen wirken schließlich erst einmal nicht anders als unfreiwilliger Protektionismus (Libman 2025). Putin jedenfalls möchte den Marktzugang für ausländische Unternehmen selbst im Falle einer Aufhebung der Sanktionen nicht verschenken und kündigte strenge Regeln an. Der Verband der russischen Elektronikentwickler, die einen sich neu konstituierenden Mittelstand vertreten, schickte sogar ein Memorandum an den Regierungsvorsitzenden Mischustin, um das durch Sanktionen günstige Klima auch nach einer Lockerung zu erhalten (Pravo 2025) und die Abwerbung von Facharbeiter*innen für auf den russischen Markt zurückkehrende Unternehmen zu unterbinden. Angenommen, dass unter dem Druck der Sanktionen, die Importsubstitution tatsächlich kostspielig, nonlinear, aber doch erfolgreicher als alle Versuche seit Beginn der Putin-Ära ist, könnte eine frühzeitige Lockerung der Sanktionen sich allein als Rettungsanker für das alte Extraktionsregime als Basis der Herrschaft des Einigen Russlands erweisen. Doch vielleicht zwingt die Not. Kritische Stimmen verweisen darauf, dass in den letzten Jahren die importsubstituierende Substitution im Wesentlichen mit dem Staatsschatz finanziert wurde, der allmählich aufgebraucht sei. Aus dem laufenden Haushalt ließe sich in Zukunft nur Rüstung oder zivile Entwicklung finanzieren, nicht beides, wie bisher (Yakovlev 2025). Und dass die fehlenden Importe noch lange nicht voll substituiert werden können, deutet die Tatsache an, dass trotz einer strengen Geldpolitik (Ende Februar betrug der Leitzins 21%) die Inflation kaum eingedämmt wird. Den gestiegenen Löhnen steht nicht eine gleichsam gewachsene Menge an Waren und Dienstleistungen gegenüber. Die hohen Zinsen wirken sich wiederum negativ auf die Produktionskosten aus und dämpfen Investitionen in die sich entwickelnden neuen Industrien. Es ist hier eine offene Frage, ob die Tendenz zur Entwicklung einer loyalen breiteren Kapitalistenklasse oder das Absterben des kurzfristig entstandenen Unterbaus der Oligarchie dominierend ist (RBK 2025a).

    Zu einer besseren Einordnung müssen wir uns aber auch den dialektisch mit der Bourgeoisie im Verhältnis stehenden Klassenantagonisten anschauen: das Proletariat. Hier könnte sich auf Grund des Arbeitskräftemangels der Trend hin zu einer besser organisierten Arbeiterschaft durchsetzen. Die Drohung, im Falle des Arbeitskampfes entlassen zu werden, ist nicht mehr so wirksam wie zu Zeiten hoher Arbeitslosigkeit. Insbesondere mit der Jugend wächst das erste Mal in der postsowjetischen Geschichte eine gesellschaftliche Gruppe heran, die von Armee, Rüstungsproduktion, aber auch den vielen Start Ups heiß umworben ist. Anders als die älteren Generationen haben sie keine lebendige Erinnerung an die Staatskrise der 90er mehr, was auf der einen Seite zu einer gewissen Anspruchshaltung führt, die sich liberal-sozialdemokratisch artikulieren lässt, bei denen die Überwindung der Krise unter Putin der Staatspartei aber auch keinen Kredit mehr bringt.

    Auch die Einflüsse der Migration auf die Klassenformation des Proletariats sind äußerst eigentümlich. Migrant*innen sind vergleichsweise gut in den russischen Arbeitsmarkt integriert sind und weisen teils höhere Beschäftigungsquoten und Löhne auf als russische Arbeiter*innen (vgl. Privalko 2025). Der Großteil der migrierten Arbeiter*innen kommt dabei aus den ehemaligen Staaten der Sowjetunion und hat demnach nur geringe Integrationsprobleme. Dazu bietet Russland attraktive Stellen in Sektoren an, wo Russland diese nicht selbst füllen kann und wo es in den GUS-Staaten kaum Angebote gibt. Damit entfallen Reibungspunkte. Mehr oder weniger verschmilzt die Arbeiter*innenklasse der ehemaligen Sowjetunion wieder etwas miteinander. Hinzu kommen migrantische Arbeiter*innen, etwa aus Indien, die unmittelbare Klassenkampfformen in den Alltag der Arbeiter*innen zurückbringen, während viele russische Arbeiter*innen sich bisher von den Gewerkschaften eher haben verwalten lassen haben. Eine offene Frage ist hier die nach der Binnenmigration in Russland. Zvonovsky (2025) etwa zeigte, dass es entgegen der westlichen Darstellungen keinen nachweisbaren Zusammenhang zwischen Verschuldung und Kriegsdienst gibt. Vielmehr sei in Regionen, aus denen viele Soldat*innen kommen, signifikant viele neue Konten eröffnet worden. Das deutet an, dass prekäre Lumpenproletarier aus dem informellen Sektor durch das Geld der Armee die Voraussetzungen geschaffen haben, in den formellen Arbeitsmarkt einzutreten, aber auch Bildung und Ausbildung nachzuholen.

    Zwei weitere Trends verdienen näherer Beachtung. Zum einen motiviert die Nachfrage nach Arbeiter*innen zunehmend auch Frauen zum Eintritt in die Fabriken. Das bedeutet aber auch, dass sie der nationale Konservatismus, die ideologische Grundlage des seit 25 Jahren regierenden Einigen Russlands, kein Zukunftsmodell mehr ist. Wenn die Frauen in den Schichtbetrieb gehen, braucht es Seniorenheime und Kindergärten. Woher das Geld für die Umstrukturierung kommen soll, ist fraglich. Der zweite Trend zeigt auf, dass das Wachstum an Industriearbeitsplätzen auf die Nachfrage nach Arbeitskraft im Handel drückt. Trotz finanzieller Anreize zur Selbstständigkeit, die 2017 geschaffen wurden, um Alternativen zur Arbeitslosigkeit zu bieten – ein Instrument, das mittlerweile kontraproduktiv geworden ist – sank die Zahl der formellen Kleinbürger in den letzten beiden Jahren, da die Durchschnittslöhne weit über den durchschnittlichen Erträgen aus der Selbstständigkeit liegen (RBK 2025b). Sollte die Tendenz auch hier länger anhalten, stehen die Zeichen ganz auf moderner Industriegesellschaft, in der Millionen von Klein- und Zwischenhändlern, deren prekarisierte Lebensweise immer wieder die populäre Basis autokratischer Regime wie im Iran bildet, absterben. Insgesamt zeichnet sich zwar keine revolutionäre Entwicklung ab, aber zumindest könnte sich hier eine starke Sozialdemokratie neu etablieren, die neben dem liberalen Bürgertum die zweite Säule eines institutionalisierten Parlamentarismus bildet.

    Die Formation des Proletariats als Klasse für sich wird aber keinesfalls einfach sein. Ein den Klassenkampf prägender Aspekt ist, dass Russland einen enorm geringen Grad an Automatisierung besitzt. Sollte sich die Robotertechnik durch Lockerung der Sanktionen, Importe aus China und eigenen Forschungsergebnissen mittelfristig verbessern, kann zunehmende Automatisierung den Arbeitsmarkt auch wieder entlasten, sprich Lohndruck auf die Arbeiter*innenklasse ausüben (vgl. Foster 2024). Zur Wahrheit gehört weiterhin: selbst wenn die These von der Herausbildung einer nationalen Bourgeoisie stimmt; sie entsteht im Wesentlichen auf dem Rücken des Proletariats. Die Importbeschränkungen und der Rückgang der Produktion von Haushaltsgeräten, sowie einheimischen zivilen Kraftfahrzeugen, hat dazu geführt, dass immer mehr Menschen Konsumkredite aufnehmen. Die Quote verschuldeter Russ*innen hat im letzten Jahr um 45% zugenommen, die Summe der Schulden nur um 20%, was darauf schließen lässt, dass es eher die kleinen Ausgaben sind, die trotz enorm hoher Zinsen nicht mehr aus den Ersparnissen oder von den laufenden Löhnen bezahlt werden können (vgl. Dialectic 2025). Hinzu kommt, dass die Renten nicht annähernd Schritt mit der Preisentwicklung halten, sodass immer mehr Familien aus der eigenen Tasche ihre Großeltern unterstützen müssen.

    Unter der in Zeiten beschleunigter globaler Umbrüche natürlich gewagten Prämisse, dass die beobachtenden Tendenzen stabil sind, können also folgende Entwicklungen der russischen Klassengesellschaft seit der Invasion in der Ukraine beobachtet werden. Die Oligarchenfraktion entwickelt sich immer stärker zu einer mit den Staatsinteressen verschmolzenen nationalen Bourgeoisie, die auch staatliche Aufgaben wahrnimmt. Es entwickelt sich langsam ein industrieller Mittelstand, der technokratisch verwaltet wird anstatt auf Patronagebeziehungen angewiesen zu sein. Die Schicht des unproduktiven Kleinbürgertums schmilzt durch den Arbeitskräftemangel in der Industrie zusehends. Die Gestalt des Proletariats in Russland wird zwar heterogener, die ökonomischen Interessen aber immer homogener, wodurch die materielle Basis für eine Renaissance eines wenigstens ökonomischen Klassenbewusstseins gelegt ist.
    7. Diskussion in der Internationalen Kommunistischen Bewegung

    Der kompradorische Charakter der russischen Bourgeoisie und ihre Verlaufsform seit dem Machtantritt Putins ist in der internationalen kommunistischen Bewegung kontrovers diskutiert worden. Im Programm der Kommunistischen Partei der Russischen Föderation heißt es etwa:

    „Das eine Extrem bildete die sogenannte Klasse der strategischen Eigentümer, deren Basis zunächst Bank-, Spekulations- und Rohstoffexportkapital bildete. Wirtschaftlich ist es eng mit dem Westen verbunden und weist einen ausgeprägten Kompradorencharakter auf. Obwohl das nationale Kapital auf die Entwicklung der heimischen Wirtschaft ausgerichtet ist, verliert es seinen Klassencharakter nicht.“ (KPRF 2023)

    In dieser Analyse erscheinen zwei Aspekte als bedeutsam. Zum einen betont die KPRF, dass es sich um einen kompradorischen Charakter der „strategischen Eigentümer“ handele, diese Klasse also nicht im Begriff der Kompradoren vollständig aufgehe. Zum anderen wird die kontrastierte nationale Bourgeoisie nicht als Bündnispartner, sondern als Bestandteil der feindlichen Klasse angesehen. In einem 2023 in der jungen Welt bzw. im Rotfuchs erschienen Text zum Standpunkt der Partei zum Ukraine-Krieg wird die Kompradoren-Bürokratie von den Oligarchen unterschieden. In einer Erklärung von 2006 wiederum wird die Kompradorenbourgeoisie ganz direkt für den Diebstahl von hunderten Milliarden an Volksvermögen verantwortlich gemacht, dass die Zerstörung der Armee, der Bildung und des Gesundheitswesens zur Folge gehabt habe. (vgl. KPRF 2006). Wesentlich radikaler in ihrem Urteil ist die Russische Kommunistische Arbeiterpartei (2010):

    „Heute ist Russland ein bereits gebildetes bürgerliches Land halbkolonialen Typs, in dem die Kompradoren-Bourgeoisie dominiert und zur Aufrechterhaltung der Macht ein Regime nutzt, das den Weg der Faschisierung beschreitet. Ein charakteristisches Merkmal der neugeborenen Eigentümerschicht in Russland ist ihr krimineller Charakter und die deutlich erkennbaren Verbindungen zur alten Partei- und Staatswirtschaftsnomenklatura. Dies wird durch die Hauptmethode der Eigentums- und Kapitalbildung erklärt – die erzwungene Ausplünderung eines einzigen landesweiten Wirtschaftskomplexes unter dem Deckmantel der Privatisierung unter Verwendung von Positionen, Verbindungen, rechtlichen Formalitäten, Tricks und direkten Verstößen gegen bestehende Gesetze.“

    Die Kompradorenbourgeoisie wird als die dominierende Fraktion der russischen Bourgeoisie dargestellt. Der kompradorische Charakter wird mit der Verbindung zur Verwaltung, der Bedeutung persönlicher Verbindungen und kriminellen Komponenten bei der Aneignung von Eigentum begründet. Den Übergangscharakter hin zu einer Monopolbourgeoisie bzw. zu einem imperialistischen Staat wird von der RKAP (ebd.) ebenso herausgestellt:

    „Heute ist Russland zwar vom Westen abhängig, aber bereits weitgehend etabliert und befindet sich in der Phase der Weiterentwicklung zu einem imperialistischen Staat (zweiten Ranges) mit einem deutlich wachsenden Kapitalexport, obwohl der Import sehr groß ist. Die Bourgeoisie Russlands ist in vielerlei Hinsicht immer noch Komprador, aber das Wachstum des nationalen Kapitals (hauptsächlich Rohstoffe) und die Entstehung eigener (anders als die des Westens) Interessen führen zu einer widersprüchlichen Kombination von Komprador- und nationalen Merkmalen durch die russische Bourgeoisie , die es erlauben, in bestimmten Bereichen mit westlichen Ländern zu konkurrieren und gleichzeitig in partnerschaftlichen Beziehungen mit ihnen verbunden zu sein.“

    Insbesondere linke Autoren zur russischen Bourgeoisie referenzieren häufig Ruslan Dzarasov und sein Konzept der Insiderrente. Dieser Begriff versucht das Phänomen zu beschreiben, dass der Zugriff auf die extraktiven Bodenrenten über enge Kontakte zur Bürokratie zustande kam und mit diesen fortbesteht oder fällt. Dass Dzarasovs Insiderrente stark mit der kompradorischen Monopolrente korrespondiert, bzw. nur eine Spezifizierung auf die russischen Verhältnisse darstellt, wurde von Dzarasov selbst expliziert.

    „Es wurde gezeigt, dass die Businesselite Russland nur als Quelle ihres Reichtums betrachtet, während sie es vorzieht, im Westen zu leben. Dies korrespondiert mit Andre Gunder Franks Begriff der Lumpenbourgeoisie in Lateinamerika, die unfähig ist Entwicklung ihrer Länder in Gang zu setzen. Der Begriff der Insiderrente reflektiert die Stellung gegenwärtigen Russlands in der Peripherie des kapitalistischen Weltsystems […] Die kompradorische Natur unseres Großkapitals, welches typisch für Länder der kapitalistischen Peripherie ist, manifestiert sich im systematischen Export von Kapital in Form von festverzinsten Anlagen.“ (Dzarasov 2013, S.156)

    Eine der lautesten Stimmen, welche das Kompradorentum als Charakteristikum der dominanten russischen Bourgeoisie sowie als analytische Kategorie ablehnt, ist die KKE. Dabei wendet sie weniger inhaltliche Kritik am Begriff an, sondern befürchtet, dass aus der Unterscheidung zwischen nationaler und Kompradorenbourgeoisie ein Bündnis zwischen Kommunist*innen und nationaler Bourgeoisie im Kampf um die nationale Souveränität begründbar sei (KKE 2023).24 Die KKE hat hier etwa die Theorien der noch bewaffneten FARC im Blick, die genau eine solche anti-imperialistische Strategie explizit verfolgten (vgl. Villar 2012). Schaut man sich jedoch die programmatischen Aussagen der KPRF und der RKAP zur Kompradorenbourgeoisie an, so versuchen sie lediglich die Besonderheit der russischen Klassenzusammensetzung mit allgemeineren Begriffen erklären zu wollen und heben den Klassencharakter der nationalen Bourgeoisien Russlands hervor.
    8. Zusammenfassung

    Die russische Bourgeoisie ist nicht nur besonders in dem Sinne, wie jede nationale Bourgeoisie durch ganz konkrete nationale Entwicklungsbedingungen gekennzeichnet ist. Sie ist einzigartig in ihrer Genese, die auf der unproduktiven Aneignung, Konzentration und Monopolisierung des produktiven Volksvermögens der Sowjetunion beruhte. Anders als andere Kapitalistenklassen der postsozialistischen Staaten wurde sie jedoch nicht durch einen Pol (wie die EU oder Russland) angezogen, der ihre Entwicklung formte, sondern sie stellte selbst diesen Pol dar. Innerhalb dieses besonderen Weges konnte sich erneut eine dominante Kapitalfraktion bilden, die den Charakteristika der Kompradoren sehr weitgehend entspricht, auch wenn Russland weder Kolonie noch Halbkolonie ist.

    Die russische Bourgeoisie ist zwar durch Kapitalkonzentrationsprozesse gekennzeichnet und das Banken- ist mit dem Industriekapital stark verschmolzen. Diese Konzentration beruht aber auf der rein rechtlichen Aneignung bereits in staatlicher Hand akkumulierten Vermögens und nicht auf Produktivitätsvorsprüngen, wie sie eine Monopolbourgeoisie kennzeichnet. Diese Aneignungsprozesse beruhten auf der Verschmelzung von Handelskapital und Staatsbürokratie, wie sie für Kompradoren geradezu idealtypisch sind. Diese investierten kaum in Produktivkraftsteigerungen oder akkumulierten Kapital in Unternehmen, sondern wirtschafteten anders als moderne Monopolkapitalisten vorrangig in die Privattasche. Wenn wirklich nach monopolkapitalistischen Unternehmen suchen möchte, dann würde man wahrscheinlich nur bei LUKOIL, Rosatom und Norilsk Nickel fündig.

    Wie die Kompradoren Chinas sind die Kompradoren Russlands jedoch nur eine Übergangsklasse. Der prägnanteste Ausdruck dieses Übergangscharakters ist unbestreitbar die Herrschaft Putins. Denn als Übergangsklasse ist die dominante Fraktion der russischen Bourgeoisie nicht in der Lage, ihre Werte ideologisch zu universalisieren und das eigene mit dem nationalen Interesse zu verschmelzen, sondern musste sich in Aushandlungsprozesse mit einer bürokratisch geprägten Staatsmacht begeben (vgl. Buzgalin et al. 2012, S.12). Putin versprach, den zumeist illegal erworbenen Reichtum der Oligarchen zu legalisieren, wenn diese ihn in einer nationalen Entwicklungsstrategie unterstützten. Diese bestand zunächst aus der Wiederherstellung des staatlichen Gewaltmonopols, der Steuersouveränität des Staates und der Konsolidierung der Sozialsysteme. In einem zweiten Schritt wurde der Staatsanteil in den Unternehmen – nicht zuletzt befördert durch die Finanzkrise 2008 – ausgebaut, jedoch in erster Linie, um durch hohe Dividenden zusätzlich den Staatshaushalt zu subventionieren und nicht Akkumulationsprozesse zu subventionieren. In der Folge ist der produktive Sektor der russischen Ökonomie international kaum wettbewerbsfähig und in der Lage, um Märkte zu kämpfen. Im Gegenteil hat sich eine ungeheure Importabhängigkeit für Produktionsmittel und technischen Konsumgütern ausgebildet, die erst mit den verschärften Sanktionen langsam rückläufig ist. Die nationale Strategie Putins hat sich somit ganz ohne Krieg ebenfalls als Hinderungsgrund für die ökonomische Entwicklung dargestellt.

    In der Summe aller Indizien lässt sich daher feststellen, dass der kompradorische Charakter der Bourgeoisie Russlands sehr weitgehend erhalten geblieben ist und im Zuge des Krieges wirklich eine Tendenz zur langsamen Ausbildung einer Monopolbourgeoisie erkennbar werden. Nun wäre es aber, und darauf wollen die Vertreter der monopolkapitalistischen Entwicklung Russlands meist hinaus, ein Fehlschluss, dies in Analogie zum China der 20er Jahre des letzten Jahrhunderts als Grund für ein nationales Bündnis aus Proletariat und innerer Bourgeoisie anzuführen. Diese Strategie wäre für Kommunist*innen obsolet, da sie bereits durch Einiges Russland bzw. ihren politischen Satelliten Gerechtes Russland vertreten wird. Dass Russland im marxistisch-leninistischen Sinne nicht imperialistisch ist, ist auch noch kein Urteil darüber, ob es sich bei dem Krieg in der Ukraine um einen anti-imperialistischen Verteidigungskrieg im engeren Sinne handelt oder ob der Krieg der Formierung einer angehenden imperialistischen Kapitalistenklasse dient. Dies wäre in den internationalen Beziehungen zwischen den direkten und indirekten Kriegsparteien zu bestimmen.

    Nun ist alle Theorie grau und die Praxis ein grüner Garten. Können sich aus der Darstellung Ableitungen auf eine konkrete Politik zum Ukraine-Krieg oder zur Haltung gegenüber Russland anstellen? Eine solche Ableitung, die nur auf der hier vorgetragenen Darstellung fußt, muss zwangsläufig schief sein, da sie nur den Charakter der russischen Bourgeoisie nachgezeichnet hat, während Kleinbürger und das Proletariat nur angerissen wurden. Nur ein vollständiges Bild der Klassenverhältnisse in Russland könnte auch zu programmatischen Aussagen führen, die das Prädikat „wissenschaftlich“ auch verdienen. Die Darstellung hier leistet nicht nichts, aber ist doch nur einen Teil. Es sei aber daran erinnert: Die allererste Aufgabe aller Kommunist*innen, insbesondere in den imperialistischen Zentren, ist es, mit der eigenen Bourgeoisie fertigzuwerden. Die Kriegsbemühungen des deutschen Imperialismus müssen genauso aufgedeckt werden, wie dessen vorbereitetende Interventionen in der Ukraine spätestens seit der Orangenen Revolution. Die Beziehungen mit Verteter*innen des russischen Proletariats sind solidarisch zu führen und die Beweggründe der KPRF zur Unterstützung der Invasion in der Ukraine sollten zumindest bewusst gemacht werden, sowohl was die konkrete Situation im Donbass angeht als auch die Besonderheiten, denen eine kommunistische Partei unter den Bedingungen des Übergangsgesellschaft ausgesetzt ist.
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    Zvonovsky, V. (2025): The Same as It Was? How Russians’ Perceived Financial Being Has Changed amid the Russia- Ukraine Conflict. In: Russia Post. Ausgabe vom 20.2.2025. [online] https://russiapost.info/society/same_as_it_was [05.04.2025, 18:55 Uhr].
    Anmerkungen

    1Dieses Dossier ist im Wesentlichen 2022/23 im Rahmen der Arbeit einer Dissenzgruppe in der Kommunistischen Organisation zum Charakter der russischen Bourgeoisie entstanden, wobei es im Wesentlichen von einem Autor verfasst wurde. Nach einem Peer Review wurde das Dokument 2025 überarbeitet und um die Einschätzung der Entwicklung der russischen Bourgeoisie seit 2022 erweitert, allerdings nicht mehr im Rahmen der Gruppenarbeit.

    2Man kann sich natürlich die Frage stellen, ob es überhaupt sinnvoll ist, Modelle wie Kompradoren oder Monopolbourgeoisie zu entwickeln, anstatt sich die russische Bourgeoisie, „wie sie ist“, anzuschauen. Dem ist aus drei Gründen zu widersprechen. Erstens besagt der historische Materialismus, dass sich grundsetzlich gesellschaftliche Gesetzlichkeiten feststellen lassen. Gesetzlichkeit kann ein gesellschaftliches Phänomen jedoch nur durch Wiederholbarkeit erlangen. Dabei ist es offensichtlich, dass eine jede konkrete Gesellschaft ihre historischen Besonderheiten aufweist, die zu Unterschieden zwischen konkreter Klasse und Modell führen. Das geht den Naturwissenschaften nicht anders. Daher sind Kategorien, Begriffe und Modelle, von denen auf Differenzen und Gemeinsamkeiten mit einer vorliegenden Realität geschlossen werden kann wichtige heuristische Werkzeuge, um Aussagen über Gesellschaften zu erlauben und auch Prognosen zu tätigen. Zweitens bieten Modelle einen Anker, nach was man überhaupt bei der Analyse einer Klasse suchen muss, um wesentliche Aussagen über sie zu treffen. Ein Darstellung aller Eigenschaften einer Klasse würde Wesentliches vom Unwesentlichen nicht trennen können. Und drittens wäre die Behauptung der Nichtanwendbarkeit eines Begriffs oder eines Modells ohne konkrete Untersuchung auch nur ein unbewiesenes Postulat. Der Anspruch dieser Untersuchung ist ein bescheidener. Durch Vergleich des konkreten Gegenstandes des Kapitalismus mit bereits in der Praxis relevanten Begriffen, können qualitative Aussagen über Potentiale der politischen Ökonomie Russlands getroffen werden. Ob der Begriff der Kompradorenbourgeoisie oder der Monopolbourgeoisie auf die russische Bourgeoisie oder Teile davon anwendbar ist und in welchem Ausprägungsgrad, soll erst festgestellt werden. Erst wenn die Analyse zeigt, dass die Begriffe, entweder die Begriffe an sich oder ein Verhältnis der Begriffe, nicht anwendbar sind, entsteht die Notwendigkeit eines neuen Begriffs.

    3Während der Begriff der Kompradoren in den „Leitsätzen über die Nationalitäten- und Kolonialfrage“ und den „Ergänzungsthesen über die Nationalitäten- und Kolonialfrage“ von M.N. Roy auf dem II. Weltkongress 1920 noch nicht auftaucht, so wird hier doch bereits zwischen einer vom Ausland abhängigen und einer in nationale Befreiungskämpfen integrierten Bourgeoisie unterschieden. 1924 und 1926 bezeichnet der Begriff in den Resolutionen des EKKI noch eine ganz konkrete merkantile Fraktion der Bourgeoisie. 1928 wurde er dann das erste Mal in den Thesen zur revolutionären Bewegung in den kolonialen und semikolonialen Ländern dazu gebraucht, um eine historische Klassenformation zu beschreiben, allerdings als Teil der nationalen Bourgeoisie. Begrifflich wurde ihr eine „beheimatete Bourgeoisie“ gegenübergestellt (Degras 1971, S.538). In den 30er Jahren wurde die Unterscheidung aus taktischen Gründen verworfen, da man alle Teile der nationalen Bourgeoisien im Rahmen antifaschistischer oder antiinterventionistischer Bündnisse zu gewinnen suchte.

    4 Sowohl die FARC in Kolumbien als auch die kubanischen Revolutionäre beschrieben Teile der Bourgeoisie als Kompradoren. In den politischen Einschätzungen über den Charakter Algeriens, der Türkei, der Philippinen, vieler arabischer Länder, Kenyas oder Mozambiques. Die Spaltung der Kommunistischen Partei Indiens und die Bewertung des Naxalitenaufstands verlief größtenteils entlang der Bewertung der indischen Bourgeoisie als Kompradoren (vgl. Basu 2021, S.1997).

    5 „Was traditionell unter Kompradorenbourgeoisie verstanden wird, ist auf der einen Seite der Teil der Bourgeoisie, der keine eigene Grundlage für die Kapitalakkumulation besitzt, sodass er auf dem einen oder dem anderen Wege als einfacher Vermittler für das ausländische imperialistische Kapital fungiert (weshalb er auch häufig mit der „bürokratischen Bourgeoisie“ in Verbindung gebracht wird und welcher dreifach – ökonomisch, politisch und ideologisch – dem ausländischem Kapital untergeordnet ist.“ (Poulantzas 1975, S.71)

    6„Die Kompradorenbourgeoisie produziert nicht, sondern konsumiert, was sie importiert und unterminiert damit ernsthaft die Kraft der öffentlichen Daseinsfürsorge wie Gesundheit oder Bildung, welche sich Jahr für Jahr verschlechtern. Die mafiös organisierte Oligarchie ist religiös neoliberal und hat keine Ambitionen in der Zukunft des Landes und seiner Bevölkerung. Sie ist räuberisch und parasitär, indem seine Ökonomie auf endemischer Korruption beruht (viele verursachte Korruptionsskandale betreffen wichtige strategische Sektoren der Wirtschaft, einschließlich des wichtigsten: dem Energiesektor). Sie ist vollständig dem internationalen System ökonomischer, politischer und militärischer Beherrschung untergeordnet, und präsentiert sich daher als wahrer Vermittler und nützlicher Türöffner des Imperialismus.“ (Hamouchene 2021, S.103).

    7Während Marx den Grundherren noch sehr wesentlich vom Finanzkapitalisten unterschied, hat sich in der moderneren marxistischen Diskussion, insbesondere in der englischsprachigen, eine Gleichbehandlung von Zins und Rente eingebürgert. Dies ist auf der Ebene der Erscheinungen immerhin soweit berechtigt, als dass Marx die Grundrente in der Höhe des Zinsfußes erwartete. Da im Folgenden auf einige Werke der modernen marxistischen Literatur stark Bezug genommen wird, wurde trotz des bekannten Problems die Zins-Renten-Äquivalenz übernommen.

    8Ob die Verschmelzung des globalen Kapitals zum transnationalen oder die Konkurrenz der nationalen Kapitalfraktionen untereinander die dominierende Tendenz ist, ist Inhalt der momentan geführten Diskussion in der kommunistischen Weltbewegung. Davon unterscheiden sich Auffassungen, nach welcher der Monopolbourgeoisie eine nichtmonopolistische Bourgeoisie entgegen, die in einer antimonopolistischen Strategie als Bündnispartner betrachtet wird, während die Strömungen, welche die transnationale Verflechtung der Kapitale hervorheben, die Herausbildung einer Weltbourgeoisie als Voraussetzung der Entstehung ihres revolutionären Counterparts, dem revolutionären Weltproletariat betrachten.

    9Die organische Zusammensetzung kann durch den Anteil des konstanten Kapitals (Maschinen, Fabrikgebäude, Rohstoffe, etc.) am gesamten vorgeschossenen Kapital bestimmt werden, wobei darauf zu achten ist, dass die technische Zusammensetzung des Kapitals, der technische Entwicklungsstand des konstanten Kapitals, zwischen verglichenen Kapitalen ähnlich ist. Es macht natürlich wenig Sinn aus besonders niedrigen Löhnen oder einem verschwenderischen Umgang mit dem konstanten Kapital auf eine Monopolstellung zu schließen.

    10Ebenso beruhte die weitestgehend unproblematische Zusammenlegung der russischen Atomindustrie, welche im heute 13. größten Konzern Russlands Rosatom mündete, auf der Kooperation und der Fachwissen der führenden Kader (vgl. Pappe 2009, S.173). Auch Surgutneftegas-Öl, Rosneft-Öl, sowie der Awtowas-Autokonzern und der Gaz-Autokonzern gehören zu diesen Unternehmen.

    11 Vom fixen Kapital abgesehen und das wurde deutlich unter dem Markt bewertet. Während der Privatisierung wurden 29 russische Großkonzerne Schätzungen zu Folge zu 3% bis 5% ihres realen Marktpreises verkauft (vgl. Dzarasov 2011, S.475).

    12Von einer unabhängigen Finanzoligarchie im Leninschen Sinne kann also nicht gesprochen werden.

    13 Zu der Generation an Oligarchen, welche erst unter Putin in die Top-Führungskreise aufstieg, gehören z.B. Lisin (im Forbes-Rating 2012 belegte er den ersten Platz), Deripaska, Usmanov, Mordashev. R. Abramovich (vgl. Khanin 2013, S.23)).

    14 So stieß Norilsk Nickel die Fluggesellschaft „Taymir“ ab.

    15Da Russland durch seine Industrie nicht durch scharfe Zolle schützen kann, die gegenseitig mit Zöllen auf den ökonomisch wichtigen Export von Rohstoffen beantwortet würden, musste Putin auf eine innere Entwicklung der Industrie in Konkurrenz mit den westlichen High-Tech-Produkten setzen. Hierzu wurde ein Förderungsinfrastruktur, mit Risikoübernahmen für Start Ups, Banken für den KMU-Sektor, Forschungszentren wie in Skolkovo und Sonderwirtschaftszonen geschaffen. Insbesondere die Senkung der Einkommenssteuer auf progressionsfreie 13% im Jahr 2001, welche durch die Exportgewinne gegenfinanziert wurde und damit die extraktive Oligarchie belastete, sollte strukturell den Wirtschaftsstandort Russland stärken. Seit 2014 ist die nationale Entwicklungsstrategie auf Grund der Sanktionen, welche die Funktion der Schutzzölle übernahm, durch eine Politik der Importsubstitution ersetzt wurden, die aktuell in der Lage ist, auf einem mittleren Produktionsniveau das Land selbst zu versorgen, welches jedoch im High-Tech-Sektor immer noch nicht anschlussfähig an den Weltstandard ist.

    16Eine ausführlichere Diskussion des Investitionsbegriffs bei Marx, siehe Anhang 3

    17Man hätte auch die mit 15% niedrigen Steuern auf Dividenden (vgl. Deutschland 25-30%, Frankreich 30%, Ukraine 9% ;-)) anheben können, aber offensichtlich hielt man dieses Mittel für nicht hart genug, um die Bourgeoisie zu Investitionen zu bewegen.

    18Ohne den Zinsdruck von Schulden fehlt der Bourgeoisie ein weiterer Anreiz, ihre Produktion auszudehnen. Auch den Banken hilft das größere verfügbare Barguthaben nichts, da sie den Schuldtitel genauso handeln könnten, wie den Bargeldbestand.

    19Häufig werden bei der Definition des Kapitalexports im Sinne von Lenins Imperialismus-Theorie einige wichtige Faktoren vergessen. So sagt Lenin ganz, dass der „Kapitalexport […] in den Ländern, in die er sich ergießt, die kapitalistische Entwicklung [beeinflusst], die er außerordentlich beschleunigt.“ (LW 22, S.247). Lenin führt weiterhin aus, dass sich für das exportierende Land Vorteile aus diesem Export haben müsse. Zudem sei der Kapitalexport ein „Mittel, den Warenexport zu fördern.“ (LW 22, S.248)

    20Zur Diskussion des marxistischen Begriffs der Produktivität, siehe Anhang 4

    21Bereits der Fakt, dass Russland 2009 ein Verhältnis von 6:1 zwischen Vorwärts- und Rückwärtspartizipation hatte, lässt darauf schließen, dass eine GVC-Analyse nicht viel neues zu Tage fördert (vgl. OECD 2009, S.1)

    22Dass Rosatom zu einem Global Player der Branche werden konnte liegt darin begründet, dass auf Grund der sicherheitspolitischen Relevanz nie für eine Privatisierung oder Entflechtung in Frage kam. Dass ausgerechnet der Konzern vom Tiefpunkt der Tschernobylkrise sehr schnell zu einem global führenden Unternehmen entwickelte, deutet das Potential der sowjetischen Konzernstrukturen an, kapitalistische Transformationen überstehen zu können und widerlegt die Notwendigkeit der Privatisierungen.

    23Als die wichtigsten Oligarchen gelten nunmehr Lisin, Deripaska, Rotenberg, Timchenko, Kantor, Prokhorov, Usmanov, Vekselberg, Deripaska, Yevtushenkov, Mikhelson, Mordashov, Pumpyansky, Melnichenko, Potanin und Khan.

    24Während die USA fälschlicherweise als immer noch koloniale Macht fehlinterpretiert würden, verkenne z.B. die World Anti-Imperialist Platform den monopolkapitalistischen Charakter Russlands und Chinas, die bei den damaligen G20 noch am Tisch gesessen hätten.

    #Russie #classes_sociales #politique #guerre