• Pourquoi #Ceuta est au cœur d’une crise migratoire permanente

    L’ESSENTIEL

    - Plus de 40 000 personnes sont entrées en 24 heures à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte marocaine.

    - Cette crise mêle enjeux migratoires, tensions diplomatiques et rivalités géopolitiques.

    - La réponse doit concilier contrôle des frontières, État de droit et protection des #droits_humains.

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    Depuis le 31 juillet 2026, Ceuta est confrontée à une crise frontalière d’une ampleur sans précédent. Selon les premières estimations des forces de sécurité, plus de 40 000 personnes seraient entrées dans l’enclave espagnole en l’espace de 24 heures. Certaines sources ont avancé provisoirement le chiffre de 49 000, mais aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, et cette estimation a été retirée sans explication publique du site du Département de la sécurité nationale.

    Au moment où nous écrivons ces lignes, au moins 41 personnes ont trouvé la mort, noyées en tentant de contourner à la nage la digue frontalière.

    Le nombre d’arrivées est particulièrement difficile à absorber pour une ville qui compte environ 83 600 habitants. Les capacités d’accueil de Ceuta étaient déjà saturées avant cette nouvelle vague d’entrées. Après l’arrivée d’environ 1 500 personnes au cours de la semaine précédente, les structures destinées aux mineurs non accompagnés fonctionnaient, selon le président de la ville autonome, à 2 400 % de leur capacité. Il a qualifié la situation d’« urgence humanitaire et sociale absolue ».

    Ceuta n’est pas seulement confrontée à une crise migratoire, mais à une crise multifactorielle où se conjuguent inégalités structurelles, tensions diplomatiques, dépendance de l’Europe à l’égard du Maroc, capacités d’accueil limitées et polarisation politique. Son analyse nécessite de croiser une perspective internationale — centrée sur l’externalisation du contrôle des frontières et les alliances géopolitiques — avec une approche interne, attentive aux conséquences sur l’État de droit, les services publics, la cohésion sociale ainsi que les discours politiques et médiatiques.

    Facteurs externes : la dimension internationale de la crise

    L’utilisation des mouvements migratoires comme instrument de pression politique ne relève pas d’une simple hypothèse. La politologue américaine Kelly M. Greenhill désigne par l’expression #coercive_engineered_migration (« migration coercitive orchestrée ») l’utilisation délibérée, ou la menace, de flux migratoires afin d’obtenir des concessions de la part d’autres États.

    À Ceuta, cette dynamique doit être replacée dans une succession de crises frontalières observées depuis 2005, et ne pas être considérée comme un épisode isolé. En mai 2021, plus de 5 000 personnes étaient entrées dans la ville après un assouplissement des contrôles marocains, en pleine crise diplomatique provoquée par l’accueil en Espagne de Brahim Ghali, chef du Front Polisario.

    Cette capacité de pression est renforcée par l’#externalisation de la politique migratoire européenne, qui a transféré une partie du contrôle des frontières à des pays tiers comme le Maroc. Dans le même temps, la présentation de ces arrivées comme une menace pour la sécurité alimente le processus de « #sécurisation », qui tend à privilégier la protection de l’État au détriment de la sécurité et des droits des personnes migrantes elles-mêmes (2017).

    Le Parlement européen a d’ailleurs condamné explicitement en juin 2021 l’utilisation par le Maroc du contrôle des frontières, de la migration et, en particulier, des mineurs non accompagnés comme moyen de pression politique contre l’Espagne. Le Barcelona Centre for International Affairs (CIDOB) a qualifié cet épisode de cas emblématique de weaponisation of migration (« instrumentalisation de la migration »), c’est-à-dire l’utilisation de personnes migrantes comme instruments de coercition entre États.

    Si, en 2021, la pression exercée par le Maroc avait été expliquée par l’accueil du chef du #Front_Polisario, #Brahim_Ghali, dans un hôpital de Logroño, il ne faut pas oublier que la rupture des relations diplomatiques entre le Maroc et l’Algérie cette même année avait entraîné la fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, privant le royaume chérifien d’une source de revenus et d’un levier d’influence.

    En 2026, le contexte immédiat est différent, même si plusieurs développements diplomatiques récents sont susceptibles d’avoir contrarié Rabat. Le 20 juillet, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a ainsi effectué une visite officielle en #Algérie et annoncé la tenue d’une réunion bilatérale de haut niveau à l’automne. Le gouvernement espagnol a de nouveau qualifié l’Algérie, principal rival régional du Maroc, de « partenaire stratégique » et de « nation amie ».

    Le 23 juillet, la commission de la Justice du Congrès des députés a approuvé le texte d’une proposition de loi visant à faciliter l’accès à la nationalité espagnole pour les Sahraouis nés sous administration espagnole. Le texte doit encore être adopté par le Parlement.

    La concomitance de cette initiative avec le rapprochement diplomatique entre l’Espagne et l’Algérie, ainsi qu’avec la crise frontalière, a alimenté l’hypothèse selon laquelle Rabat chercherait à rappeler le coût que pourrait avoir, à ses yeux, toute décision espagnole contraire à ses intérêts concernant le #Sahara_occidental.

    Dépendance au Maroc

    L’externalisation du contrôle migratoire a fait du Maroc un partenaire indispensable, mais aussi une source de dépendance. En 2023, la Commission européenne a consacré 152 millions d’euros au renforcement de la gestion des frontières marocaines. Cette délégation de compétences confère à Rabat une capacité d’influence sur la coopération migratoire.

    Cette dépendance est d’autant plus problématique que la capacité à contenir les départs ne garantit pas la fiabilité démocratique du partenaire. L’ONG américaine Freedom House, dont la mission est de promouvoir la démocratie et les droits humains dans le monde, classe le Maroc parmi les pays « partiellement libres », avec un score de 37 sur 100, et souligne la prédominance politique et économique de la monarchie.

    L’ONG internationale indépendante Human Rights Watch, qui enquête sur les atteintes aux droits humains dans plus de 90 pays, relève dans son rapport 2026 une intensification de la répression contre les journalistes, les militants et les défenseurs des droits humains, ainsi que des poursuites visant les personnes qui défendent l’indépendance du Sahara occidental. Les autorités ont notamment recours à des accusations de diffamation, de diffusion de fausses informations, d’offense aux institutions ou d’atteinte à la monarchie pour restreindre l’espace de la critique politique.

    Ce contexte conduit à poser une question délicate : jusqu’à quel point l’Europe peut-elle présenter comme un garant fiable de ses frontières un régime qui restreint durablement la liberté de la presse, réprime la dissidence et utilise sa coopération internationale pour renforcer sa position sur le Sahara occidental ?

    L’alignement Maroc–Israël–États-Unis

    L’axe Maroc–Israël–États-Unis s’est consolidé en 2020 avec la normalisation des relations entre Rabat et Tel-Aviv et la reconnaissance par les États-Unis de la souveraineté revendiquée par le Maroc sur le Sahara occidental. Il s’est encore renforcé en 2021 avec la signature d’un mémorandum de coopération militaire. Cet alignement contraste avec la dégradation des relations entre l’Espagne et Israël, ainsi qu’avec les tensions croissantes entre Madrid et Washington.

    La crise de Ceuta a mis ces tensions en lumière. L’ambassadeur israélien auprès des Nations unies a remis en cause la souveraineté espagnole sur la ville, tandis que la Maison-Blanche a imputé la responsabilité de la crise aux politiques « mondialistes » et « d’extrême gauche » du gouvernement espagnol.

    Ces déclarations témoignent d’une #instrumentalisation diplomatique de la crise et d’une convergence rhétorique à l’égard de l’Espagne, mais elles ne constituent pas une preuve de l’existence d’une action coordonnée visant à faciliter l’ouverture de la frontière.

    Facteurs internes : droit, capacités institutionnelles et fabrique de la peur

    L’arrêt rendu par la Cour suprême le 8 juillet n’interdit pas à proprement parler les « #refoulements_à_chaud » des migrants tentant d’entrer à la nage à Ceuta et Melilla. Il écarte en revanche le recours à la procédure exceptionnelle de « #rejet_à_la_frontière » pour les personnes interceptées en mer, au motif qu’elles n’ont pas franchi un dispositif matériel de contrôle, comme la clôture frontalière.

    Cette décision a toutefois fait l’objet d’une interprétation simplifiée largement relayée au Maroc, ce qui a pu encourager les traversées en faisant naître l’idée que les personnes arrivant à la nage ne seraient pas renvoyées.

    Pour le président du gouvernement espagnol, les réseaux de passeurs ont instrumentalisé cette décision de justice. L’arrêt a ainsi pu jouer un rôle de facteur facilitateur, sans pour autant expliquer à lui seul l’ampleur de la crise ni la réduction simultanée des contrôles frontaliers côté marocain.

    La construction du récit de « l’invasion »

    Les crises frontalières créent un contexte propice à la radicalisation du débat public. Une étude met en évidence un durcissement de la rhétorique politique et une banalisation des discours racistes. Lors de la crise de 2021, le parti d’extrême droite Vox a consacré plus de 70 % de ses publications à Ceuta et à la migration.

    Une autre étude a montré que 80 % des messages haineux analysés portaient sur la confrontation politique, et non sur les causes ou les solutions aux enjeux migratoires.

    Dans la crise actuelle, des expressions comme « invasion », « hommes en âge de combattre » ou « sicaires » participent à cette représentation des personnes migrantes comme une menace collective. Les #médias ne sont pas nécessairement à l’origine de ces discours, mais ils peuvent contribuer à les banaliser lorsqu’ils reprennent des cadrages alarmistes sans les contextualiser ni les mettre en perspective.

    Les droits humains comme limite et comme réponse

    Dans une crise de cette nature, les droits humains ne constituent pas un obstacle à la gestion des frontières, mais en fixent les limites juridiques et éthiques. La découverte de plus de 40 corps dans les eaux de Ceuta met en évidence le coût humain d’une politique qui fait de la frontière un espace de danger extrême.

    L’Espagne a l’obligation de protéger les vies humaines, de garantir les opérations de sauvetage et d’examiner individuellement chaque situation, en portant une attention particulière aux mineurs, aux demandeurs d’asile et aux victimes de la traite des êtres humains.

    Mais les principales victimes restent toujours les personnes migrantes elles-mêmes. Le Maroc peut les utiliser comme moyen de pression, les partis politiques comme argument électoral, et certains discours les réduire à une menace anonyme.

    Tandis que les États se disputent influence et responsabilités, ces personnes risquent leur vie et s’exposent à l’absence de protection, aux #refoulements arbitraires et à leur #déshumanisation dans le débat public. La réponse ne devrait pas opposer les droits des habitants de Ceuta à ceux des personnes qui arrivent, mais veiller à ce que ces deux populations — et en particulier les plus vulnérables — ne continuent pas de payer le prix de stratégies politiques sur lesquelles elles n’ont aucune prise.

    https://theconversation.com/pourquoi-ceuta-est-au-coeur-dune-crise-migratoire-permanente-288888
    #migrations #réfugiés #Maroc #Espagne #assaut #frontières

    • Les migrants marocains de Ceuta, victimes des politiques migratoires européennes

      Plusieurs dizaines de milliers de personnes seraient parvenues à entrer dans l’enclave espagnole au cours des derniers jours, et une trentaine d’entre elles ont déjà perdu la vie. Un nouvel épisode qui illustre toute la perversité de l’#externalisation de la gestion des frontières.

      Une fois de plus, les frontières tuent. Une trentaine de personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta, une petite enclave espagnole située sur la côte nord de l’Afrique, depuis le Maroc. « Neuf corps ont été repêchés », a d’abord indiqué, jeudi 30 juillet, une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire à l’Agence France-Presse (AFP), avant que le bilan ne soit revu à la hausse le matin du vendredi 31 juillet.

      Les autorités espagnoles ont d’abord compté près de 1 500 personnes qui ont réussi à gagner Ceuta au cours des derniers jours. Mais Madrid affirmait vendredi matin que 49 000 personnes seraient entrées, selon de premières estimations. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas Lara (Parti populaire, droite), a affirmé, lors d’une conférence de presse vendredi 31 juillet, que ce nombre s’élevait même à 60 000.

      La différence de chiffres surprend et requiert pour l’heure de la prudence : « Il faut être très précautionneux. On nous parle de 1 500 personnes un jour et le lendemain de 50 000 personnes. C’est forcément très inédit et impressionnant, mais il y a toujours une exagération des chiffres sur les tentatives de passages et les passages [effectifs] », tempère Elsa Tyszler, enseignante-chercheuse à l’université Paris-8, qui suit de près l’enclave et les mouvements migratoires dans cette région.

      Elle ajoute : « Il faut se méfier des chiffres, qui sont toujours manipulés à des fins politiques, de l’ordre de “l’invasion migratoire”, dans un îlot occidental qui serait “assiégé” par des migrants racialisés. C’est toute la rhétorique d’extrême droite qui accompagne les tentatives de passage à cet endroit depuis trente ans. »
      Des drames humains qui se répètent

      Les images qui circulent depuis le jeudi 30 juillet montrent de jeunes hommes et adolescents (en majorité), certains arrivant à la nage et grimpant sur les rochers pour se hisser à terre, parfois équipés de palmes et de bouées de sauvetage ; d’autres, tout sourire une fois leur destination atteinte, laissant échapper leur joie dans des cris non dissimulés ou des accolades.

      La garde civile aurait rapidement été dépassée. Jeudi dans la soirée, le ministère de l’intérieur espagnol a annoncé l’envoi de l’armée pour « renforcer la garde civile » et « assurer la sécurité » à Ceuta, alors que plusieurs centaines d’autres personnes ont gagné le territoire en une journée. Quelques centaines de Marocains auraient aussi rejoint Melilla, une autre enclave espagnole.

      « Le gouvernement d’Espagne est entièrement mobilisé pour donner une réponse immédiate à la situation à Ceuta, a fait savoir jeudi après-midi, sur le réseau social X, Pedro Sánchez, le premier ministre espagnol. Nous mobilisons toutes les ressources nécessaires, en travaillant avec les autorités marocaines et internationales. […] Je viens de transmettre [le message] au président [de l’enclave] Juan Jesús Vivas Lara. C’est le moment de construire des solutions, avec responsabilité et coopération. »

      En visite sur place vendredi 31 juillet, le premier ministre a dénoncé « une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Le président de Ceuta, qui a mis en avant une « crise migratoire extrêmement grave », a appelé à une « réponse immédiate, ferme et coordonnée », demandant au gouvernement de déclarer l’état d’urgence nationale.

      « Il est temps de passer à l’action. Ceuta a besoin de plus de moyens, d’infrastructures, de coordination et de limites objectives à sa capacité d’accueil. Nous ne demandons pas de privilèges, mais une réponse juste, responsable et conforme à notre condition de frontière de l’Europe en Afrique », a-t-il écrit sur X jeudi 30 juillet après-midi. Selon lui, les personnes sont arrivées à un rythme de deux cents par jour en moyenne cette semaine. « Une urgence humanitaire et sociale absolue », a-t-il déploré.

      Pour Ceuta comme pour Melilla, une telle situation de chaos, menant à de véritables drames humains, n’est pas nouvelle. En 2021, à Ceuta, près de 8 000 personnes étaient parvenues à rejoindre l’enclave – un chiffre alors inédit, et largement dépassé aujourd’hui. Le Maroc avait été accusé d’avoir fait pression sur l’Espagne dans le dossier sensible du Sahara occidental, en instrumentalisant les personnes migrantes et leur détresse.

      En 2022, à Melilla cette fois, vingt-sept exilés subsahariens avaient perdu la vie (soixante-dix autres ont été portés disparus) alors qu’ils tentaient de gagner l’Espagne, toujours depuis le Maroc, dans un mouvement de foule provoqué alors que des centaines, voire des milliers de personnes tentaient le passage.
      Le bal des instrumentalisations est ouvert

      De manière très prévisible, les images ont vite été reprises sur les réseaux sociaux, par la droite et l’extrême droite, pour laisser croire à une « invasion migratoire ». Chacun et chacune y va de sa petite déclaration : la leader du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, parle d’« entrées massives et coordonnées de migrants en Espagne, encouragées par le gouvernement espagnol ».

      Le patron du parti Les Républicains (LR), Bruno Retailleau, évoque quant à lui une « vague migratoire massive à Ceuta » et une « politique irresponsable du gouvernement socialiste espagnol », en référence à la campagne de régularisation des sans-papiers mise en œuvre en début d’année 2026 en Espagne.

      En résumé, ce serait parce que Madrid régulariserait (sous de nombreux critères restrictifs, notamment la durée de séjour dans le pays) que plus d’un millier de migrants marocains auraient tenté de rejoindre Ceuta (plusieurs mois après l’annonce de ladite régularisation).

      Le ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, a annoncé sur X « renforcer sans attendre les contrôles à la frontière espagnole », répondant indirectement à une demande formulée par Marine Le Pen une heure plus tôt. « Par ailleurs, j’active la Force frontière d’intervention rapide pour des contrôles en profondeur », a-t-il ajouté, comme si la France était sous la menace de dangereux envahisseurs.

      Côté italien, Giorgia Meloni n’a pas manqué de pointer une « immigration clandestine hors de contrôle [qui] représente une menace concrète pour la sécurité des frontières européennes », suggérant la suspension de l’espace Schengen avec l’Espagne ; alors même que Ceuta, comme Melilla, fonctionne comme une exception de la zone européenne de libre circulation et que des contrôles d’identité sont effectués pour les personnes qui entrent ou sortent du territoire…

      Dans un autre style, Danny Danon, ambassadeur d’Israël aux Nations unies, a cherché à tacler l’Espagne, osant le parallèle entre la politique de colonisation d’Israël en Palestine et la guerre génocidaire menée à Gaza avec la situation de cette enclave.

      « L’Espagne, qui ne manque jamais une occasion de faire la leçon à Israël, a déclaré l’état d’urgence à Ceuta à la suite de la crise liée à sa politique d’immigration. Peut-être qu’avant de continuer à nous faire la leçon, il serait temps qu’elle explique au monde pourquoi elle maintient encore des enclaves coloniales en Afrique », cingle-t-il.

      Si l’on peut interroger le passé colonial espagnol, la comparaison est pour le moins osée. Une journaliste hispano-marocaine, Leyla Hamed, lui a répondu : « Je suis de Ceuta, et l’Espagne ne nous a jamais opprimés. Vous, maniaques génocidaires, n’avez pas le droit d’instrumentaliser notre identité ou de parler en notre nom. »
      L’effet boomerang de l’externalisation

      Dans ce flot de réactions, le Maroc semble avoir gardé le silence. Plusieurs observateurs et observatrices accusent le pays, en pleine célébration du vingt-septième anniversaire de l’intronisation du roi Mohammed VI, d’avoir sciemment réduit les effectifs au niveau de la frontière avec Ceuta en réponse à la visite de Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet.

      Mais tout le monde ou presque oublie de préciser la nature du « problème ». La crise n’est pas « migratoire », mais politique et humanitaire : dès lors que l’Union européenne choisit de donner les pleins pouvoirs à des États tiers pour gérer ses frontières contre rémunération, ces mêmes États n’ont parfois aucun scrupule à jouer avec des vies humaines pour servir leurs intérêts.

      Par le biais de l’externalisation des politiques migratoires, « le Maroc a été le premier pays à accepter d’aider l’Espagne et l’UE à défendre ses frontières, à collaborer dans la lutte dite contre l’immigration irrégulière vers l’Europe » dès le début des années 1990, rappelle Elsa Tyszler.

      Cela donne lieu à des « patrouilles de la marine marocaine dans les eaux du détroit de Gibraltar, pour protéger des frontières que, par ailleurs, le Maroc conteste », souligne-t-elle, expliquant que l’occupation de ces territoires par l’Espagne revient régulièrement dans le débat public. C’est tout le paradoxe. « Il y a toujours un jeu de vérité entre les deux pays. Les frontières de Ceuta et Melilla sont un théâtre de luttes diplomatiques. »

      Beaucoup d’exemples viennent l’illustrer et « montrent que dès qu’il y a un différend entre le Maroc et l’Espagne, comme ce fut le cas pour le Sahara occidental en 2021, cela se concrétise par la métaphore du robinet », poursuit la chercheuse. Ici, « on peut penser que la visite de Pedro Sánchez en Algérie » a conduit à ce pic d’entrées exceptionnel à Ceuta. « Lorsque le pouvoir marocain n’est pas satisfait de ce que fait l’Espagne, il y a un mécanisme de vengeance », ajoute-t-elle.

      Officiellement, les autorités des deux pays ne le diront pas et salueront leur collaboration commune. Si le Maroc ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la situation à l’heure où nous écrivons ces lignes, le premier ministre espagnol s’est arrangé pour déclarer que le Maroc était un « allié » malgré le contexte.

      « Le Maroc agit en sous-traitant de la gestion des frontières européennes et opère le contrôle migratoire, il manie donc la question migratoire en fonction de ses propres intérêts » lorsque bon lui semble, nuance Elsa Tyszler. C’est le retour de bâton d’une politique régulièrement dénoncée par les chercheurs et chercheuses ainsi que par les ONG internationales.
      Une situation économique et sociale compliquée

      Enfin, d’autres facteurs doivent être pris en compte, tels que l’enjeu racial et le racisme présent à cette frontière à la fois « très militarisée et sophistiquée », qui ont fait des migrants – les musulmans ou perçus comme tels et les personnes noires venues d’Afrique subsaharienne – la « figure de l’ennemi », en réaction aux différentes arrivées observées ces dernières décennies. Il y a aussi la colère de la jeunesse marocaine et le désespoir d’une partie de la population qui cherche à fuir son pays.

      À ce propos, Khadija Anani, membre de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et d’EuroMed Droits au Maroc, souligne la situation « très compliquée » au niveau économique et social : « La jeunesse est en détresse et ne voit pas de perspectives au Maroc. Près de 1 million et demi de jeunes âgés entre 14 et 24 ans ne font rien – ni études, ni formation, ni travail. »

      Plus de 2 millions de Marocain·es vivent en dessous du seuil de pauvreté, poursuit-elle, regrettant que la priorité soit donnée à l’organisation de grands événements internationaux plutôt qu’à l’éducation, au travail, à la santé, au logement ou à la lutte contre la corruption. « Toutes ces thématiques sont négligées, c’est d’ailleurs pour ça que la “GenZ” est sortie dans la rue [en septembre 2025] et a revendiqué ses droits », explique Khadija Anani.

      Dans le même temps, la liberté d’expression des citoyen·nes est régulièrement entravée. Le rappeur El Mahdi Lyoubi a été arrêté et se voit imposer un procès vendredi 31 juillet. Tout cela explique, selon la représentante associative, qu’autant de personnes aient tenté le passage de la frontière à Ceuta ces jours-ci.

      Mais selon El País, des milliers de personnes rebroussent chemin vers le Maroc, faute de pouvoir être accueillies correctement dans l’enclave. Selon le ministère de l’intérieur espagnol, 25 000 personnes seraient déjà rentrées. Dans toute cette histoire, conclut Khadija Anani, « gardons en tête les dégâts humains, car le bilan des morts risque encore de s’alourdir ».

      https://www.mediapart.fr/journal/international/310726/les-migrants-marocains-de-ceuta-victimes-des-politiques-migratoires-europe
      #mourir_aux_frontières #morts_aux_frontières #chiffres #statistiques #afflux #invasion #Melilla #instrumentalisation #extrême_droite #racisme #jeunesse #jeunesse_marocaine

    • Drame de Ceuta : jusqu’où ira l’#indignité ?

      Plus de 70 personnes officiellement décédées, sans doute plus de 130 selon les associations. De ce qui s’est passé à Ceuta ces derniers jours, on aimerait d’abord que l’on retienne cela : ces vies brisées, ces histoires, ces noms et ces visages. Mais comme bien souvent, la plupart des réactions et des polémiques effaceront cette dimension humaine. Alors il faut le redire, sans relâche, contre l’indifférence et la banalisation.

      Au-delà de la situation historique et géographique spécifique de l’enclave espagnole de Ceuta sur le continent africain, au-delà de la crise sociale et des inégalités particulièrement prégnantes au Maroc, les événements de la semaine dernière sont venus une nouvelle fois rappeler comment les personnes migrantes peuvent être aujourd’hui l’objet de bien des instrumentalisations géopolitiques, une dimension renforcée par les logiques d’externalisation des politiques migratoires européennes ; et comment l’obsession de ces politiques pour la fermeture aux « indésirables » ne peut que conduire à de telles situations de tensions, de marchandage, tant rien ne peut faire complétement obstacle à l’espoir d’une autre vie pour celles et ceux qui sont prêts à tout pour partir.

      Mais ce à quoi nous assistons autour du drame de Ceuta est surtout sidérant d’escalade dans l’indignité.

      Escalade dans le degré de #mensonges et de #contre-vérités véhiculés par des responsables politiques, bien au-delà des rangs de l’extrême droite, par divers influenceurs et relais médiatiques : alimentation irraisonnée de l’existence d’un risque « d’arrivée massive » de personnes migrantes sur le continent européen, alors que l’enclave n’est pas dans l’espace Schengen et qu’il n’est pas possible de rejoindre l’Espagne sans contrôle ; prétendu lien avec la politique de régularisation conduite par le gouvernement espagnol, procédure qui n’est pourtant plus ouverte aujourd’hui, dont les critères ne pouvaient en aucun cas concerner les personnes arrivées à Ceuta ces derniers jours.

      Escalade dans la mécanique, désormais si bien rodée, d’instrumentalisation au service de l’agenda politique de celles et ceux qui entretiennent les peurs pour vanter leurs propositions autoritaires et xénophobes : alimentation du fantasme de la « submersion », à coup d’images et de commentaires haineux ressassés jusqu’à la nausée, précipitation sur le terrain pour alimenter les paniques identitaires, dénonciation d’une « menace existentielle » … Un retournement d’analyse bien pathétique quand on pense aux vraies menaces existentielles (drames climatiques, conflits armés…) que nous vivons en cet été 2026…

      Escalade enfin dans la surenchère répressive et sécuritaire qui a été la réponse de la plupart des pays européens : priorité au renforcement du contrôle des frontières, alors qu’il était bien impossible aux personnes migrantes arrivées à Ceuta de gagner facilement le continent européen ; aucune considération pour les questions humanitaires et le respect des droits fondamentaux. Et lundi 3 août, la lettre des 22 pays amenés par l’Italie et le Danemark, demandant de nouvelles mesures de contrôle et de fermeture, dénonçant la politique espagnole de régularisation, a été un nouveau signe plus qu’alarmant d’une dérive sans fin de l’Union européenne, sous l’impulsion d’une alliance droite et extrême droite qui la guide désormais sur les questions migratoires.

      Jusqu’où cela va-t-il aller ? Après le pacte asile et migration en application depuis juin dernier, après le règlement retour et ses « hubs de retour » en dehors de l’UE, renforçant encore les logiques d’enfermement, d’expulsion, d’externalisation et d’atteintes aux droits, quelle va être la prochaine étape ?

      La réunion des ministres de l’Intérieur tenue ce mardi 4 aout, si elle n’a fait l’objet d’aucune véritable annonce nouvelle, tant les dispositifs de contrôle et de répression sont déjà présents, a néanmoins confirmé le registre de la menace et de l’obsession, notamment via les technologies de surveillance, du contrôle et de la fermeture.

      Alors qu’en France comme dans d’autres pays européens s’ouvrent de cruciales séquences électorales risquant d’être autant de prétextes à de nouvelles instrumentalisations et surenchères, il y a urgence, sous peine de basculer demain dans un avenir encore plus cauchemardesque, à dénoncer sans faillir ces mécaniques toxiques. Et à opposer à l’incapacité aujourd’hui dramatique de l’Union européenne et de ses Etats à concevoir des politiques migratoires, hors du paradigme de la répression et de la logique de « la forteresse assiégée » servant principalement ses intérêts ; des politiques fondées sur le respect des droits humains, l’égalité de traitement, les coopérations d’égal à égal et les solidarités internationales. Les seules à même de pouvoir garantir notre avenir collectif, dans un monde où, plus que jamais, les migrations en seront demain le cœur battant.

      https://www.lacimade.org/drame-de-ceuta-jusquou-ira-lindignite

    • Ceuta ou la consécration des politiques migratoires racistes et sécuritaires

      Contrairement aux discours qui ont majoritairement circulé dans les médias ces dernières semaines, les événements survenus à Ceuta à partir du 30 juillet 2026 ne doivent pas être considérés comme une « crise migratoire » exceptionnelle, mais plutôt comme la conséquence prévisible d’un modèle de « gestion » des mouvements migratoires fondé sur la dissuasion, l’externalisation des frontières, la normalisation progressive de la #violence, et l’instrumentalisation des questions migratoires. La militarisation des frontières, la cruauté envers les personnes en migration, la violation du droit international, et l’#impunité institutionnelle organisée sont autant d’éléments qui démontrent chaque jour l’impasse des politiques et stratégies migratoires actuelles.

      Entre le 30 et le 31 juillet, entre 40 000 personnes [1] (selon le Maroc) et 70 000 [2] (selon l’Espagne) auraient franchi depuis le Maroc, principalement par la mer, la frontière de Ceuta - résidu colonial européen sous contrôle espagnol situé sur le territoire marocain -, arrachant ainsi leur liberté de circulation. Entre 83 personnes (chiffre officiel) et 141 (chiffre des associations) seraient décédées ce faisant, et presque la majorité des personnes arrivées ont été renvoyées au Maroc en 48h, en violation du droit international (principe de non-refoulement), du droit européen (Pacte européen asile et migration), et de la législation espagnole (arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026).

      La fabrique de la « crise migratoire », stratégie récurrente des politiques européennes
      Face à ce qui a été présenté comme une énième « crise migratoire », il convient de relativiser les chiffres. Les chiffres annoncés des arrivées dans l’enclave semblent conséquents au regard du confetti de 20 km2 (85 000 habitants) que constitue l’enclave de Ceuta. Mais ils sont en réalité dérisoires au regard de la population des 27 États membres de l’UE, qui compte plus de 450 millions d’habitant·es. Il y a en l’espèce un effet de zoom, amplifié dans ce cas précis par le fait que Ceuta, l’une des deux seules frontières terrestres entre le Maroc et l’Espagne (l’autre étant Melilla), se trouve sur le continent africain et ne fasse pas partie de l’espace Schengen.
      A chaque fois que l’Europe a connu des épisodes d’arrivées importantes sur des territoires insulaires ou enclavés, a été utilisée la rhétorique de la « crise migratoire ». Cette formule permet de rejeter la responsabilité sur les personnes migrantes et de détourner l’attention des enjeux politiques et du système imposé par les anciennes puissances coloniales. Ce procédé a été utilisé régulièrement, à Lampedusa (Italie) en 2011 pendant les révolutions arabes et en 2023 lorsqu’entre 6000 et 13 000 personnes sont arrivées en quelques jours sur l’île, à Ceuta en 2021 lorsqu’environ 10 000 personnes sont entrées en deux jours dans l’enclave après un relâchement du contrôle frontalier marocain, ou encore à Melilla en 2005 ou 2022 lors de tentatives de franchissement de la barrière-frontière.
      Lors de tous ces précédents, les personnes en quête de protection ou d’opportunités – et contraintes d’emprunter des voies alternatives en raison de la fermeture des frontières et des régimes de visa imposés - ont été brutalement réprimées par les forces de l’ordre, avant d’être sommairement renvoyées, en violation de leurs droits. Nombre d’entre elles ont de plus péri en Méditerranée, laissant des familles entières en deuil.

      La même répression brutale a été déployée à Ceuta après le 30 juillet. Face à ce mouvement migratoire, le discours de l’Espagne a consisté à dénoncer une « violation de [son] intégrité territoriale par des réseaux criminels », pointant du doigt une instrumentalisation par des « mafias », qui auraient partagé des informations mensongères sur les réseaux sociaux - notamment une « interprétation extensive » de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [3] ou une ouverture de la frontière maroco-espagnole. En réponse à cette situation, l’Espagne a immédiatement déployé l’armée sur place pour venir en appui à la Guardia Civil, tandis que l’UE offrait le soutien de l’agence Frontex pour « reprendre le contrôle » des frontières européennes dites « menacées ».

      Récupération politique tous azimuts
      La récupération politique a été immédiate à l’échelle de l’UE. Les images des arrivées d’exilé·es à Ceuta diffusées en boucle ont immédiatement été exploitées et instrumentalisées par les droites européennes et les extrêmes droites, y compris au-delà de l’espace Schengen, pour construire un récit de « l’invasion ». Décrites comme un problème de sécurité publique, ces arrivées ont déclenché discours décomplexés de haine et protestations indignées, ainsi qu’une crise diplomatique qui a eu tôt fait d’éclipser la crise humanitaire.
      Le prétendu « laxisme » du gouvernement espagnol a ainsi été pointé du doigt, du fait du processus de régularisation extraordinaire mis en place sur son territoire entre avril et juin 2026 [4]. Or, ce programme, qui répondait à des critères stricts – notamment celui d’être arrivé en Espagne avant le 1er janvier 2026 - est clos depuis le 30 juin 2026.
      Qu’à cela ne tienne, l’Espagne est accusé d’avoir envoyé « un mauvais message » aux ressortissant·es des pays tiers, et d’avoir créé un « appel d’air » – mythe fantasmé largement relayé par l’extrême droite [5]. Cet argument fallacieux ne fut cependant pas retenu contre l’Italie un an plus tôt, lorsqu’en besoin de main d’œuvre, ce pays a lui-même émis un décret pour régulariser 500 000 personnes étrangères sur son territoire entre 2025 et 2028 [6]. Dans l’épisode Ceuta, il y a sans nul doute la volonté d’isoler et de décrédibiliser la politique migratoire de l’Espagne – rare pays européen qui dans certaines de ses pratiques et propos tenus à l’échelle nationale va à rebours des discours et politiques uniquement sécuritaires en matière migratoire. L’objectif est de contrer au plus vite la possibilité d’élargissement d’un narratif positif et inclusif sur les migrations face au discours anti-immigration qui prend de l’ampleur au niveau européen.
      Nul ne peut cependant ignorer qu’en parallèle l’Espagne a mené ces dernières années une politique d’externalisation en Afrique de l’Ouest, bien loin de chercher à attirer les immigré-es : construction de centres de détention offshore, déploiement de la police espagnole et de la Guardia civil, et soutien de plusieurs millions d’euros aux forces de sécurité ouest-africaines pour le contrôle des migrations. Ces politiques d’externalisation ont notamment eu pour conséquence de faire de la route atlantique vers les îles Canaries l’une des plus meurtrières ces dernières années (avec 1300 décès à la mi-2026 [7]).

      Les États membres voisins n’ont pas manqué d’appeler au renforcement des contrôles aux frontières externes de l’Union. Certains pays (Italie, Danemark) ont dans la foulée appelé à suspendre de l’espace Schengen une Espagne qui soi-disant ne jouerait pas le jeu du tout-sécuritaire et qui ne contrôlerait pas efficacement ses frontières. D’une part, cette suspension n’est pas prévue par les textes européens en vigueur, et d’autre part il est de notoriété publique que les enclaves de Ceuta et Melilla disposent d’un régime dérogatoire dans l’espace Schengen qui ne permet pas la libre circulation vers la péninsule espagnole du fait d’un double contrôle à l’entrée et à la sortie de l’enclave, qui fonctionne comme un sas fermé. Les pays européens voisins de l’Espagne se sont également empressés d’indiquer qu’ils allaient renforcer les contrôles aux frontières internes de l’Union... Alors même que huit États membres, dont la France et l’Italie, ont de fait rétabli totalement ou partiellement ces contrôles depuis 2015 [8]. .
      Quant au Maroc, qui célébrait le 30 juillet les 27 ans de règne de Mohamed VI, il s’est tu pendant quatre jours avant de finalement renvoyer la balle vers l’Espagne, l’accusant de ne pas avoir anticipé les conséquences de l’arrêt de la Cour suprême espagnole du 8 juillet 2026 [9]…

      L’instrumentalisation des exilé·es au profit d’enjeux géopolitiques, effet boomerang de l’externalisation
      Malgré cela, l’Espagne s’est empressée de rappeler que le Maroc est avant tout un allié, tant il est un collaborateur zélé de la politique migratoire sécuritaire européenne. En effet, l’Espagne, pour entraver les mouvements migratoires à sa frontière, a besoin du Maroc qui sait le lui rappeler en différentes occasions. Ce dernier n’a jamais hésité à utiliser les exilé·es comme monnaie d’échange pour servir ses intérêts économiques ou politiques, peser dans le débat géopolitique, ou exprimer ses mécontentements, notamment face au rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie [10], comme il l’a déjà fait par le passé (2021, 2023). Les pays partenaires de la politique d’externalisation de l’UE utilisent ainsi les mêmes armes que l’UE, à savoir le marchandage, pour se retourner occasionnellement contre elle. Cela a été le cas pour la Turquie avec la Grèce en mars 2020, le Maroc avec l’Espagne en mai 2021, et la Biélorussie avec la Pologne dès août 2021. Les exilé·es deviennent alors une monnaie d’échange : le marchandage se fait sur leur dos – voire sur leurs vies – dans tous les cas en violation de leurs droits. Car en déléguant la gestion des migrations à des pays tiers, souvent autoritaires, l’UE se défausse des conséquences de cette sous-traitance, et transforme les personnes qui souhaitent rejoindre son territoire en pions entre les mains de gouvernements qui disposent d’un levier de pression politique face à une Europe gangrenée par un racisme croissant, prête à tout pour maintenir les exilé·es loin de ses frontières.

      Des violations massives des droits au nom de la protection des frontières européennes
      Comme lors de précédents impliquant des arrivées dites « massives » dans l’Union, l’Espagne a procédé très rapidement (48h) au renvoi des personnes arrivées à Ceuta. Et ce en violation de leurs droits fondamentaux. En effet, les personnes interceptées à Ceuta auraient en principe dû faire l’objet du filtrage - prévu par le règlement éponyme du Pacte européen asile et migration entré en application en juin 2026 -, avant toute orientation vers une procédure d’asile ou de retour. Situation qui souligne que cet instrument est mort-né un mois et demi après son entrée en application... De plus, les personnes arrivées par la mer auraient dû - avant « remise » (refoulement) au Maroc - faire l’objet d’un examen individuel de leur situation en vertu de la récente jurisprudence de la Cour Suprême espagnole. Or, Pedro Sanchez a clairement indiqué que celle-ci ne s’appliquerait pas au cas d’espèce. Faut-il pourtant rappeler que nul ne peut faire l’objet d’un renvoi forcé sans avoir vu sa situation individuelle examinée, ou avoir pu déposer le cas échéant une demande de protection internationale en vertu du principe international de non-refoulement ?
      Dans une surenchère sécuritaire, le ministère de l’Intérieur espagnol a par ailleurs annoncé le 1er août la mise en place d’une barrière pneumatique de 500 mètres de long en cours d’installation dans la mer pour empêcher les migrant·es de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta. Dans la volonté a priori de se « conformer » à la jurisprudence de la Cour Suprême espagnole évoquant la nécessité d’un « élément physique de contention » en mer pour pouvoir procéder à des « refus d’admission à la frontière ».

      Les événements de Ceuta auront donc uniquement permis de justifier la doctrine ultra-sécuritaire de l’UE en matière migratoire, et de réaffirmer qu’elle est la seule politique possible.
      A l’issue de cinq jours de crise diplomatique, après avoir été vilipendé par ses voisins européens, le président du gouvernement espagnol aura finalement reçu leur soutien pour sa gestion rapide de la crise politique et diplomatique [11], qui sera vite oubliée. Tout comme les personnes décédées pour avoir voulu exercer leur droit à la mobilité et braver les politiques migratoires européennes répressives, racistes et mortifères.

      La #nécropolitique assumée de l’UE
      Les évènements de Ceuta nous montrent, s’il le fallait encore, que les politiques migratoires répressives tuent. Et que l’externalisation des frontières, quel qu’en soit le coût humain et financier, est un pilier de ces politiques migratoires. La preuve en est les partenariats toujours en vigueur entre l’UE et des pays comme le Maroc, la Libye, la Tunisie, l’Égypte ou la Mauritanie, qui bafouent notoirement les droits de leurs citoyen·nes et des personnes exilées sur leur territoire.
      Le renforcement des dispositifs de contrôle et de sécurité tout au long du parcours migratoire comme la complicité des pays d’origine ou de transit dans ce tout sécuritaire ont de lourdes conséquences. Du fait de la multiplication et de la technologisation des obstacles, la route pour l’Europe est devenue un véritable cimetière, et les morts et les blessés se comptent par milliers [12].
      S’il n’existe pas encore de bilan en ce qui concerne l’épisode Ceuta, l’association marocaine des droits humains fait état d’au moins 140 décès. A ce jour, l’UE et les États partenaires qui endossent le rôle de gendarmes de l’Europe n’ont jamais assumé leur part de responsabilité dans ces tragédies, considérées comme des « dommages collatéraux » d’une stratégie de dissuasion dans laquelle la violence, en tant que moyen corrélé à l’objectif de non-accueil et de mise à distance, est érigée en norme [13]. Quid de l’identification de ces personnes ? Quid des enquêtes qui devront être menées pour établir vérité, justice et réparation pour les familles de ces victimes des politiques migratoires européennes ? Jusqu’à quand les autorités européennes éluderont ainsi leur part de responsabilité alors que ce sont elles qui ont coupé tout accès légal à l’Europe aux personnes en migration, et qui ont par conséquent failli à leur devoir de secours et de solidarité ? [14]

      La militarisation des frontières n’empêche pas les mouvements migratoires
      Ceuta nous montre également que si les entraves sur le parcours migratoire contraignent les exilé·es à utiliser des voies alternatives plus dangereuses, elles ne les dissuadent pas de franchir les frontières. Aucune barrière ne pourra étancher la soif d’émancipation et de liberté de circulation des populations, notamment du Sud global, injustement assignées à résidence dans un monde inégalitaire et ultra-connecté.
      Au Maroc, la situation précaire (37 % de chômage chez les jeunes, pauvreté rampante, manque de perspectives), les refus de visas à répétition, et le fossé socio-économique qui sépare ce pays d’une Espagne située à 14km révoltent la jeune génération, qui clame que la liberté de circulation ne peut plus être réservée aux seul·es privilégié·es. Pour en finir avec la rupture de l’égalité des chances, au nom du principe d’égalité entre tou·te·s, et du principe d’émancipation, les personnes exilées se saisissent du droit à la mobilité qui leur est nié, rappelant que toute personne a le droit de quitter tout pays y compris le sien, et que ce droit est internationalement reconnu [15]. Et internationalement bafoué.

      Loin de constituer un échec politique, les morts aux frontières, les renvois sommaires et les violations répétées des #droits_fondamentaux observés aux frontières de l’Europe sont devenus des caractéristiques structurelles d’un système dans lequel la migration est avant tout perçue comme une menace pour la sécurité plutôt que comme une réalité humaine. Le coût humain n’est pas fortuit : il est intrinsèque à un modèle qui privilégie l’exclusion plutôt que la protection, et la dissuasion plutôt que la solidarité.
      Tant que la mobilité restera largement inaccessible, les personnes continueront de risquer leur vie à la recherche de sécurité, de dignité et d’opportunités. Aucun degré de militarisation des frontières ne peut éliminer la migration ; ces politiques ne peuvent que la rendre plus dangereuse. Une approche fondamentalement différente est donc nécessaire — une approche qui place les droits humains, l’égalité, la responsabilité internationale et la liberté de circulation au cœur des politiques migratoires.

      https://migreurop.org/article3609.html
      #racisme #militarisation_des_frontières

    • Ceuta, la frontiera coloniale che l’Europa usa per alimentare la paura

      Oltre cinquantamila persone hanno tentato di raggiungere l’enclave spagnola in Marocco. Dietro la narrazione dell’«invasione» ci sono disoccupazione, crisi sociale, ricatti geopolitici e un sistema di esternalizzazione delle frontiere che produce morti, autoritarismo e propaganda. La destra europea, guidata da Meloni, ha scelto ancora una volta di rispondere con la militarizzazione e la chiusura.

      Le immagini arrivate da Ceuta hanno fatto il giro del mondo. Migliaia di persone che nuotano attorno ai frangiflutti, giovani che attraversano il mare con una bottiglia di plastica come unico galleggiante, famiglie intere che tentano di raggiungere pochi metri di costa europea separati da una barriera di filo spinato, pattuglie della Guardia Civil, militari dispiegati nelle strade e decine di corpi recuperati in mare. Almeno cinquantasette persone sono morte annegate. Secondo il governo spagnolo, in poche ore oltre 50 mila persone avrebbero tentato di raggiungere l’enclave di Ceuta, mentre il ministero dell’Interno ha sostenuto che la quasi totalità sarebbe poi rientrata spontaneamente in Marocco, circostanza che molti osservatori ritengono difficilmente verificabile.

      Come sempre accade quando le frontiere europee vengono attraversate da grandi movimenti di persone, il dibattito pubblico si è concentrato quasi esclusivamente sulla sicurezza. Le immagini sono state immediatamente trasformate nella rappresentazione plastica dell’ennesima «invasione». Le destre europee hanno parlato di assedio, di difesa della civiltà occidentale, di emergenza senza precedenti. Giorgia Meloni ha sospeso Schengen nei confronti della Spagna per i cittadini extraeuropei provenienti dal territorio spagnolo, Matteo Piantedosi ha convocato il Comitato Immigrazione e Frontiere, Antonio Tajani ha aperto uno scontro diplomatico con Madrid, mentre da Berlino Friedrich Merz, Alice Weidel, Manfred Weber e gran parte della destra continentale hanno chiesto respingimenti immediati, rafforzamento di Frontex e chiusura delle frontiere.

      Ancora una volta, però, la politica ha preferito discutere di muri piuttosto che interrogarsi sulle ragioni che spingono decine di migliaia di persone a mettere in gioco la propria vita.

      Per comprendere quanto accaduto bisogna anzitutto ricordare che Ceuta non è una qualunque città di frontiera. È una enclave spagnola di appena diciotto chilometri quadrati incastonata sulla costa marocchina. Insieme a Melilla rappresenta uno degli ultimi residui del colonialismo europeo nel continente africano. La Spagna considera entrambe parte integrante del proprio territorio nazionale; il Marocco continua invece a rivendicarle come territori da decolonizzare. Questa contraddizione storica non è un dettaglio geografico: è il cuore stesso della vicenda. Mentre in Europa si parla di difesa dei confini, si dimentica sistematicamente che quei confini sono stati tracciati dalla storia coloniale e che due città europee continuano a trovarsi sulla costa africana.

      È difficile comprendere perché migliaia di giovani marocchini rischino la morte per raggiungere Ceuta se non si parte da questo dato. La domanda corretta non è perché vogliano entrare in Europa, ma perché un pezzo d’Europa continui a trovarsi in Africa e quale eredità abbia lasciato quella storia.

      Le persone che hanno tentato l’attraversamento non sono mosse da una misteriosa pulsione migratoria. Arrivano soprattutto da Casablanca, Kenitra, El Jadida, Sétif e dalla stessa Fnideq, città frontaliera precipitata in una profonda crisi economica dopo la chiusura nel 2019 del cosiddetto «contrabbando di sussistenza», il commercio transfrontaliero che garantiva il reddito a migliaia di piccoli commercianti, lavoratori e famiglie. A questo si aggiungono un tasso di disoccupazione giovanile che supera il 29%, quasi tre milioni di giovani che non studiano e non lavorano e una diffusa sensazione di assenza di futuro che attraversa un’intera generazione marocchina.

      È in questo contesto che sui social si è diffusa la falsa convinzione che la frontiera fosse stata aperta dopo una sentenza della Corte Suprema spagnola che aveva dichiarato illegittimi alcuni respingimenti immediati praticati negli anni precedenti. Migliaia di ragazzi si sono dati appuntamento a Fnideq e hanno tentato insieme l’attraversamento. Molti raccontano di essere stati convinti che una volta arrivati a Ceuta sarebbero stati accolti. Hanno trovato invece una città militarizzata, strutture di accoglienza già sature e una pressione crescente delle forze di polizia affinché tornassero indietro.

      Ridurre tutto questo all’azione dei trafficanti di esseri umani significa ignorare la dimensione sociale e politica dell’esodo. Come ricorda la Croce Rossa, le persone non attraversano il mare perché sia facile farlo, ma perché la prospettiva di rimanere nel proprio paese appare ancora più insostenibile.

      Naturalmente la crisi di Ceuta non può essere letta soltanto attraverso la condizione sociale del Marocco. Da anni Rabat utilizza il controllo delle frontiere come leva negoziale nei rapporti con l’Unione Europea. Era già accaduto nel 2021, quando la Spagna accolse per cure mediche Brahim Ghali, leader del Fronte Polisario, provocando un improvviso allentamento dei controlli marocchini e l’arrivo di migliaia di persone a Ceuta. Anche questa volta diversi osservatori collegano quanto accaduto al riavvicinamento diplomatico tra Madrid e Algeri e alle tensioni regionali sul Sahara Occidentale. Le stesse fonti della Guardia Civil hanno riferito che nelle prime ore le autorità marocchine avrebbero sostanzialmente lasciato aperta la frontiera, salvo poi intervenire con lacrimogeni, idranti e arresti quando la situazione è sfuggita di mano.

      È il paradosso dell’esternalizzazione delle frontiere. Da oltre vent’anni l’Unione Europea delega il controllo migratorio a paesi come Marocco, Libia, Tunisia o Turchia, finanziandone gli apparati di sicurezza affinché blocchino le partenze. In questo modo Bruxelles ha rafforzato il potere negoziale di governi autoritari, che possono utilizzare i movimenti migratori come strumento di pressione diplomatica ogni volta che ritengono opportuno farlo. Più l’Europa esternalizza il controllo delle frontiere, più diventa ricattabile dai paesi cui affida questo compito.

      Le riflessioni dello psicologo tunisino Wael Garnaoui aiutano a comprendere la profondità di questo processo. Secondo Garnaoui, la nascita dello spazio Schengen ha inaugurato una nuova forma di controllo postcoloniale della mobilità. Se il colonialismo governava direttamente i territori, la «Schengenizzazione» governa le persone attraverso la limitazione della libertà di movimento. Si produce così quello che definisce il «trauma dell’immobilità»: milioni di giovani crescono sapendo che il loro passaporto li condanna a non poter circolare liberamente, interiorizzando un senso di esclusione, umiliazione e impotenza che alimenta il desiderio di partire a qualsiasi costo. La mobilità diventa così non soltanto un progetto economico, ma una forma di liberazione individuale.

      L’Europa continua invece a leggere tutto questo esclusivamente attraverso la lente dell’ordine pubblico. Le persone che aspirano alla libertà di movimento diventano masse indistinte da contenere. Le loro storie vengono cancellate e sostituite dalla categoria dell’«invasione».

      È esattamente su questo terreno che la destra europea ha costruito la propria offensiva politica.

      Le immagini di Ceuta sono diventate il pretesto per rilanciare la richiesta di sospendere Schengen, rafforzare Frontex, aumentare i respingimenti e irrigidire ulteriormente il nuovo Patto europeo su migrazione e asilo. Meloni ha colto immediatamente l’occasione per proporsi come punto di riferimento della destra continentale, trovando piena sintonia con l’AfD tedesca, con Vox in Spagna, con il governo danese e con gran parte del Partito Popolare Europeo. Perfino Donald Trump, Nigel Farage e il ministro israeliano Itamar Ben-Gvir sono intervenuti alimentando la medesima narrazione sull’«assedio» dell’Europa.

      La crisi di Ceuta dimostra così come la questione migratoria sia ormai diventata uno dei principali terreni di competizione politica internazionale. Non importa se i numeri siano controversi o se gran parte delle persone sia già rientrata in Marocco. Non importa che molti dei migranti siano giovani senza lavoro, famiglie o minorenni. Ciò che conta è alimentare la percezione di una minaccia permanente.

      La realtà è molto diversa.

      Quelle migliaia di persone raccontano il fallimento di un modello economico incapace di offrire prospettive ai giovani del Nord Africa, ma raccontano anche il fallimento di un’Europa che continua a investire miliardi nella militarizzazione delle frontiere senza affrontare le cause profonde delle migrazioni. Guerre, diseguaglianze, rapporti economici neocoloniali, cambiamenti climatici e compressione delle opportunità di vita restano fuori dal dibattito pubblico.

      Ceuta, allora, non è l’inizio di un’invasione. È il sintomo di una crisi molto più profonda.

      Per quanto alte possano diventare le recinzioni, per quanto sofisticati siano i sistemi di sorveglianza, per quanto si rafforzino Frontex, gli accordi con i paesi terzi e i dispositivi di respingimento, milioni di persone continueranno a cercare una via d’uscita da condizioni di vita che percepiscono come senza futuro.

      La libertà di movimento non nasce da un decreto, né può essere cancellata da una barriera di filo spinato. È una tensione storica che attraversa il nostro tempo. Ed è destinata a entrare sempre più in conflitto con una Fortezza Europa che continua a difendere privilegi costruiti anche attraverso secoli di dominio coloniale.

      Ceuta ci pone dunque una domanda che nessuna propaganda securitaria può cancellare: non perché migliaia di marocchini abbiano cercato di raggiungere un’enclave europea in Africa, ma perché, dopo secoli di colonialismo, continuiamo a considerare scandaloso il movimento delle persone e naturale quello delle frontiere che il colonialismo ha lasciato in eredità.

      https://www.osservatoriorepressione.info/ceuta-la-frontiera-coloniale-che-leuropa-usa-per-alimentar
      #colonialisme #frontière_coloniale

    • A Ceuta, l’Europe a encouragé la violation des droits des migrants par l’Espagne

      On pouvait croire qu’en adoptant le pacte de l’Union européenne (UE) sur la migration et l’asile, entré en application en juin 2026, les pays membres avaient enfin réussi à surmonter leurs dissensions en matière de gestion des mouvements migratoires. Rappelons que ce pacte était censé apaiser les tensions révélées par la crise migratoire de 2015, lorsqu’un million d’exilés, parmi lesquels un grand nombre fuyait la Syrie en guerre, ont afflué en Europe par l’Italie et la Grèce, déstabilisant fortement la coopération entre les Etats membres.

      Après quatre ans d’âpres négociations, la présidente de la Commission européenne n’avait-elle pas salué « un énorme pas en avant pour l’Europe » ? Parmi les mesures adoptées, le pacte prévoit notamment un nouveau régime de réponse aux situations de crise, permettant, en cas d’afflux massif et exceptionnel de migrants dans un Etat de l’UE, le déclenchement d’un mécanisme de solidarité en faveur du pays concerné.

      Pourtant, les réactions ayant, fin juillet, accueilli l’arrivée à la nage depuis les côtes marocaines de 72 000 personnes dans l’enclave espagnole de Ceuta – seul territoire européen, avec la ville de Melilla, sur le continent africain – ont pris l’exact contrepied des engagements contenus dans le pacte.

      Si ceux-ci avaient été respectés, tous les Etats membres auraient dû s’organiser pour aider l’Espagne à traiter le cas des personnes qui venaient de franchir la frontière dans le respect des droits prévus par les lois européennes, et le cas échéant à se répartir l’accueil de celles qui pouvaient être éligibles à rester en Europe.

      A contrepied de la « solidarité » européenne

      C’est tout le contraire qui s’est passé : d’abord, la première ministre italienne d’extrême droite Giorgia Meloni s’est dite « prête à agir » pour empêcher une (improbable) vague migratoire en Italie, au besoin en excluant l’Espagne du système Schengen (ce qui est juridiquement impossible). Plusieurs responsables politiques, dont son homologue sociale-démocrate danoise, lui ont emboîté le pas en dénonçant l’incapacité de l’Espagne à protéger ses frontières.

      La France, de son côté, a fait savoir qu’elle renforçait les contrôles à ses frontières avec l’Espagne – un affichage inutile puisque les étrangers qui se trouvent à Ceuta étant soumis à un régime spécifique qui les empêche de rejoindre l’Espagne continentale, il n’y avait aucun risque d’afflux aux frontières françaises.

      Une réunion extraordinaire a été organisée le 4 août entre les ministres de l’intérieur des 27, pour conclure que « la migration nécessite une réponse européenne unie ». Mais cette réponse n’a été envisagée que sous l’angle d’un nécessaire renforcement des frontières. Et si les participants ont témoigné de leur solidarité avec l’Espagne, c’est pour saluer ses efforts rapides pour régler le problème à Ceuta et se féliciter que la plupart des personnes ayant franchi illégalement la frontière aient été renvoyées, sans conséquences pour les autres Etats membres.

      Une réaction résumée par l’ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve dans Libération le 4 août pour qui « cette crise migratoire n’était pas une crise en Europe, mais une crise contenue au sein de l’enclave espagnole de Ceuta », qui a pu être résolue grâce à « l’attitude ferme, courageuse et déterminée des autorités espagnoles ». Circulez, il n’y a plus rien à voir à Ceuta…

      Bilan tragique

      Il y aurait pourtant à dire à propos de cet épisode. On a beaucoup parlé des possibles causes de ces arrivées, spectaculaires par leur mode opératoire et leur nombre : chantage exercé par les autorités marocaines accusées d’avoir sciemment laissé passer les exilés, « appel d’air » créé par la récente opération de régularisation des sans-papiers en Espagne, exploitation par des réseaux de passeurs d’une information erronée sur l’ouverture de la frontière à Ceuta… Mais quelle que soit l’origine de ces événements, il est nécessaire d’en faire le bilan, tragique à bien des égards.

      Car il y a un bilan humain, d’abord : à ce jour, les autorités espagnoles dénombrent 72 personnes décédées, la plupart par noyade, quand les ONG, qui réclament une enquête, parlent de plus de 100 morts.

      Pendant plusieurs jours, des milliers de personnes ont erré dans les rues de Ceuta, privées d’eau, de nourriture, de soins et d’accès à l’hygiène, alors que les dispositifs d’accueil étaient saturés et les associations d’aide aux migrants débordées. Deux semaines après la crise, plusieurs centaines de mineurs isolés étaient encore abandonnés à eux-mêmes, faute de place dans les structures supposées les prendre en charge. N’y avait-il pas là matière à ce que les partenaires de l’Espagne, au nom de la « solidarité », dépêchent en urgence des moyens logistiques et humains pour faire face à cette urgence humanitaire ?

      Chasse à l’homme

      Il faut aussi parler des conditions de « départ » des personnes qui sont retournées au Maroc, en très grand nombre, quelques jours après leur arrivée à Ceuta. Ceux qui se réjouissent de ce rapide règlement du problème ne disent rien de la façon dont les migrants ont été « accompagnés » jusqu’à la frontière par les militaires et les quelque 400 agents supplémentaires de la garde civile et de la police nationale envoyés en renfort par le gouvernement espagnol, ni de la chasse à l’homme qui a eu lieu dans l’enclave pour les contraindre à prendre le chemin du retour.

      Pour effectuer ces renvois, les autorités espagnoles s’appuient sur des accords migratoires passés avec le Maroc, et sur une loi d’exception qui permet les « refoulements à chaud » depuis les enclaves de Ceuta et Melilla, sans examen individuel de situation ni prise en compte des éventuels besoins de protection. Des refoulements qui s’apparentent aux pushback prohibés par le droit européen. Les maigres garanties que cette loi contestable prévoit pour garder une apparence de conformité avec le respect du droit international et du droit d’asile – comme l’attention aux personnes vulnérables – ne semblent même pas, à Ceuta, avoir été respectées.

      Il y a donc tout lieu de penser que de nombreuses violations des droits ont été commises à Ceuta, au mépris des règles européennes prévues pour faire face aux situations de crise. En laissant l’Espagne gérer seule les frontières de ses enclaves au Maroc, comme s’il s’agissait d’un enjeu national et non d’un symbole de la politique d’externalisation de l’UE, les gouvernements européens encouragent sciemment la perpétuation de ces violations.

      https://www.alternatives-economiques.fr/a-ceuta-l-europe-a-encourage-la-violation-des-droits-des-mi

  • Un an après l’assassinat d’Awdah, Umm Al-Khair lutte pour sa survie
    Par Basel Adra, le 29 juillet 2026

    La communauté est confrontée à l’expansion violente des colons et à la menace imminente de démolition, tandis que l’Israélien qui a abattu cette militante très appréciée reste en liberté.

    https://www.972mag.com/awdah-killing-umm-al-khair-survival

    Une fresque murale représentant Awdah Hathaleen dans le centre communautaire, agrémentée de messages écrits par ses amis et sa famille. (Omri Eran Vardi)

    Des dizaines de membres de la famille, d’amis, de militants solidaires et de journalistes se sont rassemblés mardi dans le village d’Umm Al-Khair pour commémorer le premier anniversaire de l’assassinat d’Awdah Hathaleen. Ce militant et enseignant palestinien, qui a collaboré pendant plusieurs années au magazine +972, a été abattu par un colon israélien qui avait fait irruption dans son village en compagnie d’un conducteur de pelleteuse. Un an plus tard, l’assassin d’Awdah est toujours en liberté.

    Awdah était connu dans le monde entier pour avoir rallié des militants locaux et internationaux à la lutte non violente contre l’occupation israélienne de la Cisjordanie, et en particulier contre le nettoyage ethnique des communautés palestiniennes dans la région de Masafer Yatta. La cérémonie commémorative a réuni les députés de la Knesset Ayman Odeh et Ofer Cassif, du parti de gauche Hadash, qui se sont engagés à poursuivre la lutte à laquelle Awdah avait consacré sa vie et ont réaffirmé leur soutien à Umm Al-Khair, qui est sous la menace constante d’une démolition massive.

    Mais la commémoration a été perturbée à plusieurs reprises par les forces israéliennes, qui ont plaqué Cassif au sol, agressé plusieurs militants et menacé de disperser le rassemblement par la force et d’expulser tout le monde du site. Des véhicules militaires ont passé à plusieurs reprises à toute vitesse devant la foule, faisant un grand bruit pour tenter de couvrir la cérémonie.

    Malgré ces intimidations, les participants sont restés jusqu’à la fin de la cérémonie. « Aujourd’hui, nous ne sommes pas simplement ici pour pleurer ; nous sommes ici pour honorer [Awdah] avec une loyauté inébranlable », a déclaré son frère Aziz Hathaleen. « Depuis ce rassemblement, nous élevons nos voix pour réclamer justice et demander des comptes à l’auteur des faits, tout en réaffirmant notre engagement inébranlable à rester dans notre village et à le défendre contre toutes les épreuves. La justice n’est pas seulement une revendication — c’est la véritable voie vers une paix durable. »

    Yinon Levi, le colon visé par des sanctions internationales dont la balle a transpercé le poumon d’Awdah sous les yeux de ses jeunes enfants, a comparu lors d’une audience préliminaire concernant une éventuelle accusation d’homicide par négligence et a été brièvement placé en résidence surveillée au lendemain de la fusillade. Mais un tribunal israélien a rapidement ordonné sa libération — avant même que l’armée n’ait remis le corps d’Awdah à sa famille.

    Des soldats israéliens postés à l’entrée du centre communautaire d’Umm Al-Khair pendant le déroulement de la cérémonie. (Omri Eran Vardi)

    Un an plus tard, les procureurs israéliens n’ont toujours pas décidé s’ils allaient inculper Levi ; une décision est attendue dans les prochains jours. L’avocat de la famille Hathaleen, Eitan Peleg, a déclaré à +972 que cette affaire était inhabituelle à cet égard. « Les poursuites judiciaires à l’encontre des colons en Cisjordanie sont extrêmement rares — voire quasi inexistantes », a-t-il expliqué. « Dans cette affaire, cependant, nous avons réalisé quelques progrès.

    « Le parquet m’a promis qu’une décision quant à l’inculpation de Levi serait prise d’ici la fin du mois, ou au plus tard au début de la semaine prochaine », a-t-il poursuivi. « Nous espérons que la décision sera favorable et qu’une mise en accusation sera bel et bien prononcée. »

    Une enquête médico-légale menée par l’organisation palestinienne de défense des droits de l’homme Al-Haq, publiée le 28 juillet à l’occasion de l’anniversaire de la mort d’Awdah, a conclu que Levi avait tiré illégalement sur Hathaleen alors que celui-ci ne représentait aucune menace et qu’aucun des Palestiniens présents sur les lieux n’était armé.

    S’appuyant sur des témoignages oculaires, des dossiers judiciaires, une analyse vidéo médico-légale, des recherches issues de sources ouvertes, une cartographie géospatiale, une reconstitution des lieux et une modélisation en trois dimensions, l’enquête a mis en évidence des preuves indiquant que Levi avait fait preuve d’une intention criminelle avant même toute interaction avec les habitants. Elle a également conclu que les soldats et les policiers israéliens présents sur les lieux avaient protégé les colons et n’avaient pas pris de mesures coercitives à leur encontre.

    La naissance d’un avant-poste
    Pour les habitants d’Umm Al-Khair, l’année qui a suivi le meurtre d’Awdah a été marquée par une violence quasi constante et la crainte constante d’être déplacés. Quelques semaines après la mort d’Awdah, des colons israéliens ont établi un nouvel avant-poste surplombant le village — une extension de la colonie de Carmel qui empiétait déjà sur Umm Al-Khair depuis sa création en 1980.

    En l’espace de quelques mois, les autorités israéliennes ont raccordé l’avant-poste au réseau électrique, à l’eau courante, à des routes goudronnées et à un réseau d’assainissement. À quelques dizaines de mètres de là, les Palestiniens d’Umm Al-Khair ne reçoivent de l’eau courante que quelques heures par semaine et doivent stocker leurs réserves dans des réservoirs en plastique.

    Mais les habitants affirment que les disparités en matière d’infrastructures et le manque de services de base ne constituent pas leur plus grand fardeau. Ils décrivent plutôt une escalade constante de la violence des colons, soutenue par l’armée israélienne : agressions quotidiennes, harcèlement des femmes et des enfants, incursions répétées dans le village et tentatives de s’emparer de terres privées. Selon les habitants, ces attaques s’inscrivent dans un processus plus large par lequel les colons prennent progressivement le contrôle de leurs terres, de leurs déplacements et de leur vie quotidienne.

    L’avant-poste, qui compte aujourd’hui 13 caravanes, est situé à côté du centre communautaire du village. Il jouxte également la maison du frère d’Awdah, Salem Hathaleen, un agriculteur et berger de 52 ans qui a déclaré à +972 que les moyens de subsistance de sa famille avaient été anéantis depuis le début de la guerre à Gaza.

    « Avant le 7 octobre, je possédais environ 150 moutons et chèvres », a-t-il expliqué. « Nous vivions du pâturage de nos animaux et de l’exploitation de nos terres. Une fois que l’accès à ces zones nous a été refusé, je n’ai eu d’autre choix que de vendre la quasi-totalité de mes animaux. Aujourd’hui, il ne me reste plus que quelques moutons, juste assez pour fournir du lait à mes enfants. »

    Le meurtre d’Awdah a renforcé ce sentiment d’insécurité. « Après la mort de mon frère, j’étais terrifié à l’idée qu’un autre membre de ma famille puisse être le prochain », a déclaré Salem. « J’ai vendu encore plus de bétail car je ne voyais plus d’avenir pour nous ici. »

    Selon Salem, la pression s’est intensifiée après que des colons ont établi un avant-poste près de chez lui en septembre dernier, sous la protection de soldats israéliens. En l’espace de trois mois, environ cinq familles avaient quitté Carmel pour s’y installer.

    L’une des premières extensions de l’avant-poste s’est étendue jusqu’à un petit cimetière situé à côté de la maison de Salem, où sont enterrés 18 nourrissons de la communauté. « Les colons sont devenus tellement effrontés qu’ils ont même déterré les pierres marquant les tombes de nos enfants », a déclaré Khalil Hathaleen, président du conseil du village. « Ils ont retiré la clôture en fil barbelé qui entourait le cimetière et déplacé les pierres tombales sans aucune retenue religieuse, morale ou juridique. »

    La campagne d’empiétement des colons s’est depuis étendue vers la maison et l’enclos à moutons de Salem.

    Début juin, un colon de la nouvelle colonie de peuplement a interpellé l’épouse de Salem alors qu’elle arrosait les oliviers de la famille. « Il a coupé une partie de notre clôture et l’a empêchée d’atteindre les arbres », a-t-il expliqué. « Nous avons appelé la police israélienne et l’Administration civile [la branche de l’armée israélienne chargée de gérer l’occupation], mais ils nous ont répondu que le terrain était considéré comme “terrain d’État” et que le colon pouvait rester. »

    Les colons ont rapidement commencé à pénétrer dans Umm Al-Khair pour accrocher des drapeaux israéliens sur les maisons et les clôtures palestiniennes. « Chaque fois que nous retirions les drapeaux, ils revenaient et les remettaient en place », a déclaré Salem.

    La confrontation s’est encore aggravée le 3 juillet, lorsque une trentaine de colons se sont rassemblés près de la maison de Salem pour les prières du shabbat avant de tenter de déplacer une clôture plus profondément à l’intérieur de son enclos à moutons.

    « Ma famille et moi avons essayé de remettre la clôture à sa position initiale », se souvient-il. « Lorsque les soldats sont arrivés, ils n’ont pas arrêté les colons. Au contraire, les colons ont apporté des chaises, une table et une balançoire, les ont placées à l’entrée de notre propriété et sont restés là pendant des heures. »

    Vers minuit, a-t-il ajouté, les soldats israéliens ont déclaré la zone autour de l’enclos à moutons de Salem « zone militaire interdite ». Plusieurs habitants palestiniens et militants internationaux avaient été légèrement blessés après avoir été agressés par des colons, mais les soldats ont arrêté trois militants, qui se sont ensuite vu interdire l’accès à Umm Al-Khair pendant cinq jours.

    Une fois la fermeture militaire levée, les colons sont revenus avec des rouleaux de fil barbelé. « Ils ont de nouveau tenté de clôturer une partie de mon enclos à moutons et le terrain situé à côté de ma maison », a poursuivi Salem. « Ils nous prennent nos terres petit à petit. » Depuis lors, l’ordre de zone militaire fermée est toujours en vigueur et renouvelé tous les quelques jours.

    Khalil a déclaré que, dans la pratique, la fermeture n’avait été appliquée qu’à l’encontre des Palestiniens. « Les Palestiniens n’ont pas le droit d’entrer dans la zone ni d’accéder à leurs biens, tandis que les colons continuent d’y entrer et d’y travailler tous les jours. Nous avons recensé plus de 30 violations commises par des colons à l’intérieur de la zone militaire fermée depuis la publication de l’ordre. Nous avons filmé chaque incident et déposé une plainte auprès de la police, en fournissant des images indiquant la date de l’incident et l’identité des responsables. »

    Les incursions des colons se sont de plus en plus concentrées sur la maison de Salem. Ils ont d’abord placé des drapeaux israéliens sur le toit, puis installé une balançoire devant les toilettes extérieures de la famille, avant de tenter à plusieurs reprises de démanteler l’enclos à moutons et d’étendre l’avant-poste sur les terres de la famille.

    Tenter de les en empêcher a un prix. Le 1er juillet, Ezz Hathaleen, 19 ans, a répondu à une alerte WhatsApp du village vers 23 heures, avertissant que des colons s’approchaient d’Umm Al-Khair. « Quand je suis arrivé, j’ai vu trois colons hisser des drapeaux israéliens à l’entrée du village et dans le parc public », a-t-il déclaré. « J’en ai reconnu deux. Ils étaient accompagnés de trois soldats israéliens dont les visages étaient dissimulés. »

    Ezz a déclaré que les soldats lui avaient ordonné de s’arrêter. « L’un d’eux m’a frappé à la nuque et à la jambe, me faisant tomber à terre. Ils m’ont interpellé sur place, ont refusé mes demandes répétées d’eau et m’ont empêché de prendre une veste que ma famille m’avait apportée, malgré le froid. »

    Les soldats lui ont ensuite bandé les yeux et lui ont passé les menottes avant de le transporter dans une jeep militaire vers une zone proche de la colonie de Carmel. « Ils m’ont laissé par terre pendant environ une heure avant de me ramener en voiture et de me relâcher au poste de contrôle militaire que l’armée avait installé à l’entrée d’Umm Al-Khair plusieurs mois auparavant. »

    Sous l’étau
    Aujourd’hui, Umm Al-Khair est presque entièrement encerclé par la colonie de Carmel d’un côté et le nouvel avant-poste de l’autre, tandis qu’un élevage industriel de volailles occupe les terres situées en face du village.

    L’avant-poste surplombe également la route d’accès principale du village, seule voie desservant plusieurs communautés bédouines dans cette partie de Masafer Yatta. Des centaines de Palestiniens l’empruntent chaque jour, et les habitants estiment que l’avant-poste a été délibérément positionné à proximité afin d’étouffer toute circulation dans la région.

    Depuis la création de l’avant-poste, les colons ont à plusieurs reprises bloqué la route en y empilant des pierres, en traînant des fûts métalliques sur la chaussée ou simplement en s’asseyant sur des chaises pour empêcher le passage des véhicules. Les soldats et les policiers se tiennent souvent à proximité sans intervenir.

    En février, l’armée a officialisé ces restrictions en installant un portail métallique permanent en travers de la route. Ce portail est désormais souvent verrouillé la nuit et reste fréquemment fermé pendant des heures en journée. Bien que ce soient généralement des soldats qui s’en chargent, les habitants ont indiqué que des colons s’en chargeaient également eux-mêmes.

    Lorsque le portail est fermé, il n’existe aucun itinéraire alternatif. Les familles attendent pendant des heures dans leurs véhicules ; les malades ou les blessés sont contraints de poursuivre leur chemin à pied ; et les camions transportant des aliments pour animaux doivent décharger leur cargaison au niveau de la barrière afin que les provisions puissent être acheminées par tracteur vers les communautés situées de l’autre côté.

    Les habitants affirment que la barrière est également devenue un signe de mauvais augure : à plusieurs reprises, elle a été fermée peu avant que des colons ne pénètrent dans le village pour l’attaquer. Au fil du temps, expliquent-ils, sa fermeture en est venue à signifier qu’une nouvelle attaque pourrait être imminente.

    Au-delà de ces restrictions immédiates, le village lui-même est confronté à la menace permanente de démolition, chaque maison et chaque bâtiment du village faisant l’objet d’un arrêté de démolition. L’équipe juridique des habitants a déposé un plan d’aménagement global visant à obtenir la reconnaissance officielle du village et tente d’obtenir un gel des arrêtés de démolition en cours pendant l’examen de ce dossier.

    La première audience a eu lieu le 18 mars, bien que les habitants eux-mêmes aient été empêchés d’y assister pour des raisons de « sécurité ». L’affaire a ensuite été reportée à trois reprises — d’abord au 18 juin, puis au 18 juillet, et plus récemment au 8 septembre.

    Les habitants affirment avoir présenté des titres de propriété foncière ainsi qu’une proposition d’aménagement globale démontrant qu’Umm Al-Khair n’est pas un campement temporaire ou informel, mais un village établi de longue date, doté de maisons, de routes, d’équipements publics et de terres agricoles, qui devrait être officiellement reconnu.

    Si les ordres de démolition sont exécutés, environ 300 Palestiniens perdraient leur logement. Les habitants craignent également qu’on les empêche d’ériger des tentes ou des abris d’urgence après une démolition, rappelant la confiscation ou la destruction de structures temporaires dans d’autres communautés palestiniennes.

    Pourtant, alors même qu’ils sont confrontés à la possibilité de perdre leur village, les habitants sont déterminés à préserver la mémoire d’Awdah.

    La cérémonie d’anniversaire comprenait le lancement d’un livre intitulé « Que ta mémoire soit une révolution », contenant des messages d’amis et de collègues, la projection d’un documentaire de 30 minutes sur sa vie, ainsi que le dévoilement d’un mémorial à l’endroit où il a été abattu, présentant des œuvres d’art, des photographies et des écrits sur sa vie. Plusieurs projets communautaires portant le nom d’Awdah sont également en cours, notamment une bibliothèque, un dispensaire et une fontaine commémorative sur le lieu de la fusillade.

    « Nous mettons en place un centre de premiers secours et lui donnons le nom d’Awdah », a déclaré Khalil. « Lorsqu’il a été abattu, il n’y avait pas de centre de soins dans le village. Nous ne voulons pas qu’une autre famille se retrouve dans la même situation, sans assistance médicale immédiate. »

    Pour la veuve d’Awdah, Hanadi Hathaleen, cet anniversaire a toutefois été l’occasion de se rappeler une absence qui continue de marquer chaque aspect de sa vie.

    « Cette année marque l’anniversaire de la pire expérience de ma vie », a-t-elle déclaré. « Il me manque plus que les mots ne peuvent l’exprimer. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment nous l’avons perdu. Quand on perd quelqu’un qu’on aime, on a l’impression de perdre une partie de soi-même. »

    #Colonialisme_de_peuplement #Colonialisme_de_remplacement #No_Other_land_la_suite #Masafer_Yatta

  • Gaza : le génocide continue de manière lente et moins visible
    https://ricochets.cc/Gaza-le-genocide-continue-de-maniere-lente-et-moins-visible-9359.html

    A Gaza, pendant l’été, génocide et colonisation ne s’arrêtent pas, déshumanisation et humiliation non plus. Des milliers de colons marchent jusqu’à Gaza pour occuper les terres palestiniennes Pendant ce temps, le président israélien prétend être le descendant du roi David, il y a 3000 ans Dimanche 19 juillet, des milliers d’israéliens d’extrême droite, dont 28 ministres et membres de la Knesset, ont marché vers les grilles militarisées qui encerclent Gaza pour exiger la colonisation (...) #Les_Articles

    / #Guerres, #Colonialisme_-_luttes_décoloniales

    https://contre-attaque.net/2026/07/19/des-crocodiles-pour-encercler-les-detenus-palestiniens

  • Babys auf dem internationalen Markt
    https://www.nd-aktuell.de/artikel/1198749.leihmutterschaft-babys-auf-dem-internationalen-markt.html

    La vision de l’avenir d’une certaine Ayn Rand est en train de devenir une prophétie autoréalisatrice.

    1943, Schwester in einem Lebensbornheim

    La pollution et l’aliénation dans les sociétés industrialisées appelée « conditions de vie » font baisser d’une manière radicale la fertilité des couples en age de procréer. A la fin seulement les vrais riches et leur cour auront les moyens nécessaires pour acheter un enfant mis au monde par une mère porteuse dans un pays africain. Ces enfants de la race de Übermensch seront des blancs soigneusement sélectionnés parmi des millier d’œufs fécondés

    On fabrique des bébés riches dès la prise en mains par leurs parents acheteurs. L’élite contourne ainsi le vieux problème de la noblesse dégénérée par mariages répétés entre cousins. Au contraire, la nouvelle classe dominante élargira soigneusement soon pool génétique avec chaque nouvelle génération.

    Les superflus moins fortunés seront jetés dans l’abîme de l’idiotie, de la consommation et de la dégénération biologique. On les euthanasiera suivant l’exemple de Soylent Green .

    Le cas de l’ancien ministre de la santé allemand, un homme qui est en relation avec Peter Thiel et fait objet du scandale du jour à cause de l’achat d’un enfant, n’est qu’un signe précurseur d’un développement général plausible.

    Jusqu’ici ce sont des spéculations et extrapolations.

    Nous constatons par contre le fait qu’aujourd’hui un organisme du type Lebensborn n’a pas besoin d’idéologie nazie ni de centres de procréation nordique. L’empoissonnement des corps humains et le marché capitaliste l’ont reproduit sous forme de chaîne de production mondialisée. L’imaginaire dystopique et la réalité sous l’impérialisme états-unien se sont fondus dans une activité économiques spécifique et rentable.

    Soyez rassurés, pour le moment ce n’est pas grave. Le monstre capitaliste en fera naître d’autres horreurs. Préparez-vous à les faire tomber.

    2.4.2026 von Irina Herb - Um den Kinderwunsch hat sich eine globale Ökonomie entsponnen, viele Leihmütter kommen momentan aus Ghana. Wie kann eine linke Kritik daran aussehen?

    Bestellen Sie online, von überall und von jedem Gerät«. – »Sichern Sie sich 10 000 Dollar Rabatt«. Bei diesen Werbungen von zwei internationalen Unternehmen geht es nicht um das neueste iPad oder Auto, sondern um menschliche Eizellen und um Babys. Eizellen können von einer dänischen Eizellbank bestellt, in der Ukraine befruchtet und genetischen Tests unterzogen werden. Wenn gewünscht, werden sie nach Geschlecht selektiert und nach Ghana geschifft, wo sie von einer sogenannten Leihmutter ausgetragen werden. Nach etwa zehn Monaten, so das Versprechen, kann das Baby für einen Preis von etwa 36 000 bis 60 000 US-Dollar von deutschen Wunscheltern abgeholt werden.

    Dieses Beispiel ist nur eine von mittlerweile unzähligen Möglichkeiten, auf kommerziellem Wege und mit Rückgriff auf die Körper Dritter, ein »eigenes« Kind zu bekommen. Ob Eizellen von Frauen aus der Ukraine, die groß, blauäugig, intelligent oder »musikalisch« sein sollen, Selektion von Embryonen durch Künstliche Intelligenz in San Diego (USA), genetische Tests durch ein indisches Unternehmen oder Leihmutterschaft in Georgien, Armenien, Mexiko, Kolumbien, Argentinien, Ghana oder der Ukraine – all diese Möglichkeiten stehen mittlerweile für zahlungsfähige Kundschaft zur Verfügung und wurden am Wochenende des 8. März 2026 auf der Messe »Wish for a Baby« in Berlin beworben – obwohl Leihmutterschaft und Eizell-»Spende« in Deutschland illegal sind.

    In konservativen bis rechten Kreisen wird Kritik an Leihmutterschaft geübt, zuletzt, wie im »nd« analysiert, bei dem am gleichen Wochenende stattfindenden Kongress »Kinder und Kommerz« der »Aktion Lebensrecht für Alle« – also Gegnern von Schwangerschaftsabbrüchen. Mit dabei: CDU- und AfD-Mitglieder sowie rechte Influencer*innen wie Birgit Kelle. Durchzogen von Trans*feindlichkeit und konservativen Ideen einer vermeintlich »natürlichen« Familie, wurde dort die Kommerzialisierung des Kinderkriegens skandalisiert.

    Die industrienahe Lobby und liberale Gruppen, inklusive der FDP, sehen im Markt von Eizellen und Schwangerschaft hingegen oftmals die Emanzipation von Frauen, technologischen Fortschritt und Gleichstellung von LGBTQI+, die von der Industrie als kaufkräftige Zielgruppe entdeckt wurden.

    Eine konsistente Antwort auf Leihmutterschaft und Eizell-»Spende« von links bleibt hingegen bisher aus. Vor diesem Hintergrund lohnt ein Blick auf den Leihmutter-Markt unter macht- und kolonialismussensiblen Gesichtspunkten.
    Von globalen Fertilitätsketten

    Leihmutterschaft – also das freiwillige oder erzwungene Austragen eines Kindes für eine andere Person – gab es vermutlich schon immer. Neu ist die sogenannte gestationale Leihmutterschaft, bei der Embryos aus Eizellen und Spermien außerhalb des Körpers erzeugt und einer dritten Person eingesetzt werden. Die Schwangere ist dementsprechend genetisch nicht mit dem Baby verwandt. Diese Form boomte nach technischen Fortschritten ab den 80er Jahren zuerst in den USA.

    Der hohe Preis (100 000 bis 180 000 Dollar für ein Kind) bewegte die Industrie, neue Standorte mit niedrigeren Preisen und vorteilhafteren Regulierungen zu suchen. So entstanden ab den 2000er Jahren in Indien und Thailand Hotspots, die aufgrund strikter werdender Regulierung durch solche in weiteren Ländern wie Georgien, der Ukraine und Mexiko ersetzt oder komplementiert wurden.

    Eine eher neue Entwicklung ist die Erschließung afrikanischer Leihmütter-Märkte wie in Ghana und Kenia für Wunscheltern aus dem Globalen Norden. Durch aggressives Marketing und »Low Budget«-Optionen werden neben der afrikanischen Diaspora dezidiert weiße Europäer*innen und US-Amerikaner*innen angesprochen. So zeigte eine ghanaische Agentur auf der Messe »Wish for a Baby« Bilder von weißen Babys und versicherte, dass die Embryonen mit genetischem Material aus Europa in Zypern hergestellt werden können – diese würden persönlich mit dem Flugzeug dort abholt.

    Ghana steht exemplarisch dafür, wie Fertilität und Schwangerschaft schon immer in kapitalistische und damit auch (neo)koloniale Strukturen eingebettet waren. Wer dort Leihmutterschaft erforscht – wie ich es Anfang dieses Jahres zusammen mit Sabina Appiah-Boateng an der University of Cape Coast tun durfte – kommt nicht um die (neo)koloniale Vergangenheit und Gegenwart herum.

    Ghanas Küste ist gesprenkelt von kolonialen Schlössern, die den Schweden, Dänen, Portugiesen und Briten – und im Osten auch den Deutschen – zu Gräueltaten, inklusive der Vergewaltigung und des Handels mit versklavten Menschen, dienten. Versklavte Menschen wurden nicht nur zur Arbeit auf Plantagen gezwungen, sondern auch zur Schwangerschaftsarbeit: Die biologische Vermehrung – systematisch durch Vergewaltigungen vorangetrieben – der versklavten Menschen war ein zentraler Bestandteil der Ökonomie in den siedlerkolonialistischen Amerikas. In dieser, so rekonstruiert die US-amerikanische Philosophin und Bürgerrechtlerin Angela Davis, wurden Frauen dazu gezwungen, bis zu 18 Kinder zu bekommen, die ihnen nicht selbst »gehörten«. Davis sieht vor diesem Hintergrund in heutiger Leihmutterschaft ein Echo versklavter Frauen.
    Die »doppelt freie« Schwangere

    Heutzutage treten Frauen aus Ghana und den umliegenden Ländern durch eine sogenannte freie Entscheidung in ein Leihmutterschaftsarrangement ein – so frei, wie frau eben entscheiden kann, wenn sie Geld zum (Über)Leben für sich und ihre Kinder braucht. Dieser Zusammenhang erinnert an den Marx’schen Begriff des »doppelt freien Arbeiters«. Aufgrund der globalen Asymmetrie lässt sich diese Ausbeutung mit dem in Ghana entstandenen Konzept des Neokolonialismus verbinden: Kwame Nkrumah, Ghanas sozialistischer und erster Präsident, kritisierte in den 60er Jahren, dass ehemalige Kolonien zwar erfolgreich formale Unabhängigkeit erkämpften, aber innerhalb des kapitalistischen Weltsystems weiterhin von außen kontrolliert würden. Dies, so seine Diagnose, zwinge die ehemaligen Kolonien weiter zu unterbezahlter und gefährlicher Arbeit sowie ungleichem Handel.

    Eine ghanaische Agentur zeigt Bilder von weißen Babys und versichert, dass die Embryonen mit genetischem Material aus Europa hergestellt werden können.

    Diese Asymmetrie, die durch ein liberales Verständnis von Vertragsfreiheit verdeckt wird, drückt sich unter anderem dadurch aus, dass das Leihmutterschafts-Verhältnis durch einen Vertrag geregelt wird, den die Leihmutter aufgrund mangelnder Mittel in den meisten Fällen nicht gerichtlich durchsetzen könnte. Dagegen verpflichtet sie sich den Agenturen und Kliniken gegenüber nicht nur dazu, das Kind nach der Geburt abzugeben, sondern auch dazu, weitreichende Rechte und Selbstbestimmung aufzugeben.

    In den von uns beforschten Fällen wohnen Leihmütter in Sammelunterkünften, die sie nicht verlassen dürfen – wenn sie ins Krankenhaus müssen, werden sie von einem Taxi hin- und zurückgebracht. Ihre Handys werden ihnen teilweise entzogen, und in mehreren Fällen dürfen sie ihre Kinder und Familienangehörige gar nicht oder nur unter Aufsicht sehen. Sie müssen auch unterschreiben, dass sie keinen Sex haben und die vorgeschriebene Nahrung und Medizin zu sich nehmen werden.

    Wie mehrere der interviewten Vermittler betonten, sollen die Leihmütter gar nichts machen, um das »Outcome« des »Programms«, wie es mitunter genannt wurde, nicht zu gefährden: »Sie üben keinerlei Aktivitäten aus. Ihre Aufgabe besteht darin, zu essen, ihre regelmäßigen Dehnübungen zu machen und sich viel auszuruhen. Hygiene ist entscheidend.« Auch über die Art der Geburt – vaginal oder durch Kaiserschnitt – dürfen sie nicht mitentscheiden. Wie ein Arzt sagte: »Die Entscheidung über die Geburt liegt bei mir.« Hingegen können die »Wunscheltern« – so werben mehrere Agenturen explizit – teilweise darüber befinden, ob sie bei der Geburt dabei sein wollen.

    Solche Mechanismen zur Optimierung von Schwangerschaften erinnern an Taylorismus, also an die Versuche Frederick Winslow Taylors im 19. Jahrhundert, die Stahlindustrie durch Standardisierungen, minutiöses Management fragmentierter Arbeitsschritte und Arbeitsteilung effizienter zu strukturieren.
    Ware Baby: In der rechten Kritik an Leihmutterschaft ist das Motiv vom zusammengebauten, künstlichen Baby beliebt, um die »natürliche« Familie zu propagieren.

    In diesem Zusammenhang scheint es auch auffällig – ohne dass gesicherte Zahlen vorliegen –, wie häufig es zu Zwillings- und sogar Drillingsgeburten kommt. Es ist eine so häufige Erscheinung, dass es unterschiedliche Preise gibt: Zwei Kinder gibt es zwar nicht zum Preis von einem, aber billiger als zwei separate Schwangerschaften. Eine mögliche Erklärung dafür ist, dass mehrere Embryonen eingesetzt werden, um Kosten zu drücken und die Erfolgschancen auf eine erfolgreiche Einpflanzung eines Embryos auf Kosten der Leihmutter zu erhöhen. Für all das bekommt die Leihmutter bei einem einzelnen Kind etwa 2000 bis 5000 Dollar – wohl in etwa so viel wie ein deutsches Wunschelternteil in einem Monat verdient.

    Babys: Eine vulnerable Ware

    Klar wurde auf der Messe, insbesondere in Kombination mit den Einsichten aus Ghana: Heute kann sich jede*r, die oder der die Mittel hat, durch Leihmutterschaft ein Baby kaufen. Selbst die sonstige Unberechenbarkeit von Schwangerschaft wird durch »Liefergarantien« (»guaranteed baby-take home packages«) aus dem Weg geräumt – zumindest für die Wunscheltern.

    Dabei ist nicht nur bedenklich, dass Wunscheltern dazu motiviert werden, ihre Babys zu ›optimieren‹, indem sie dazu ermutigt werden, nicht nur das genetische Material nach ihren Präferenzen auszusuchen, sondern auch genetisch zu ›screenen‹ und auszusortieren – ein Trend, der momentan insbesondere im Silicon Valley im Kontext einer »selektiv pronatalistischen« Ideologie propagiert und finanziell unterfüttert wird. Auch der mangelnde Schutz von Kindern gibt zu denken. In vielen Fällen, darunter in Ghana, existiert keine konsistente Regulierung oder Informationen darüber, was mit Babys aus Leihmutterschaftsarrangements passiert. Wie mir ein ghanaischer Anwalt sagte: »Wenn ich das Geld habe, kann ich eine Frau dazu bringen, als Leihmutter zu fungieren, und zack – ich bezahle die Anwälte und werde Elternteil. Es wird so einfach, dass solche Dinge geschehen, und das grenzt schon an Kinderhandel.«

    Das »Wall Street Journal« berichtete beispielsweise von einem superreichen Unternehmer, der bis zu 100 Kinder via Leihmutterschaft gezeugt haben soll. Außerdem tauschen sich Männer in Internetforen darüber aus, wie sie durch Leihmutterschaft an Kinder kommen können. So schreibt ein Forenmitglied, dass in Ghana viele Single-Väter unterwegs seien; die meisten von ihnen hätten das Sorgerecht für ihre biologischen Kinder entweder durch ihre »Ex-Frauen« oder das Jugendamt verloren. Um dieses »Trauma«, wie er es nennt, nicht wiederholt erleben zu müssen, biete es sich an, in Ghana ein »eigenes« Kind per Leihmutter zu »bekommen«. Die Vereinten Nationen schlugen bereits 2018 Alarm.
    Unerfüllte Kinderwünsche

    Kritik an kommerzialisierten internationalen Leihmütter-Märkten greift zu kurz, wenn sie nicht auch den unerfüllten Kinderwunsch politisiert. Im Jahr 2020 waren über 40 Prozent der 25- bis 34-Jährigen in Deutschland ungewollt kinderlos, ein Anstieg von zehn Prozent in weniger als zehn Jahren. Diese Zahlen sind politisch und werden mitunter von rechts vereinnahmt. Dabei weisen diese Zahlen auf wichtige politische Schieflagen hin. Denn steigende biologische Infertilität hängt erwiesenermaßen mit Umweltverschmutzung – darunter Pestizidbelastung, Mikroplastik, hochprozessierte Ernährung und Lärmbelastung – und einem Mangel an guter Gesundheitsversorgung zusammen. Beispielsweise warten Menschen, die unter Endometriose leiden, momentan etwa sechs bis zehn Jahre auf eine Diagnose. Diese Zeit kann einen erheblichen Einfluss auf die Kinderplanung haben.

    Zur steigenden biologischen Infertilität kommt die sogenannte soziale Infertilität, die ebenso politisch ist: Menschen entscheiden sich aufgrund äußerer Umstände, den Kinderwunsch zu verschieben oder aufzugeben. Dazu gehören unter anderem ökonomische Unsicherheiten, die Weltlage und die Wohnungskrise. Eine Studie zum Zusammenhang von Wohnraumverfügbarkeit und Rückgang der Geburtenrate in den USA zeigt: Menschen in überteuerten Mietverhältnissen schieben ihren Kinderwunsch stärker auf als jene in bezahlbarem oder gekauftem Wohnraum. Und mit steigendem Alter wird das Schwangerwerden schwieriger. Die Autor*innen der Studie, Irakli Japaridze und Nagham Sayour, schlussfolgern: Sogar temporäre Wohnungskrisen können langfristige Auswirkungen auf die »Alterspyramide« haben.

    Hier schließt sich der Kreis von global ungleich verteilter Fertilität, Schwangerschaft und dem Recht auf Leben im Kontext globaler Leihmutterschafts-Märkte. Es ist nämlich diese sich wandelnde Demografie und sogenannte Überalterung im Globalen Norden, die momentan im Kontext sinkender Geburtenraten zu Warnrufen von Eliten wie Trump und kapitalnahen Institutionen wie McKinsey oder der OECD führt. Und tatsächlich lässt sich sagen: In kapitalistischen Gesellschaften sind sinkende Geburtenraten und steigende Lebenserwartung eine Herausforderung, da diese das Hauptaugenmerk auf die Generierung von Profit legen, statt auf Sorgearbeit und Bedürfnisbefriedigung.

    Das Rentensystem und die Versorgung Pflegebedürftiger drohen deshalb bei der Alterung einer Gesellschaft zusammenzubrechen. Vor diesem Hintergrund versuchen viele der reichen Staaten momentan nicht nur, das Recht auf Rente und Teilzeit anzugreifen, sondern auch, Teile der eigenen Bevölkerung dazu zu ermutigen, mehr Kinder zu bekommen – während sie andere junge Menschen im Mittelmeer ertrinken oder mit deutschen Waffen und Geldern zerbomben lassen.

    So finden sich diejenigen, die sich erfolglos ein »eigenes« Kind wünschen, in einem System wieder, das die Konditionen für das Kinderkriegen unterminiert und gleichzeitig nach mehr Kindern ruft – idealerweise aus den »richtigen« Schichten, mit der »richtigen« Hautfarbe und ohne Behinderung. Statt sozialer Lösungen für die Care- und Wohnkrise werden technologische »Fixes« und Outsourcing angeboten: Fertilitätsbehandlungen verheirateter heterosexueller Paare werden in Deutschland subventioniert, und bei der Bewerbung illegaler Praktiken wie Leihmutterschaft und Eizellspende wird ein Auge zugedrückt – während es bis vor Kurzem zu Anklagen führte, wenn Ärzt*innen Informationen zu Schwangerschaftsabbrüchen bereitstellten.

    #sélection #eugénisme #impérialisme #iatrocratie #dystopie #enfants #esclavage #colonialisme

  • La reconnaissance d’Israël par les pays arabes récompense son vol incessant de terres
    Joseph Massad, 20 juillet 2026. – Middle East Eye / Traduction MR - ISM-France
    https://ismfrance.org/index.php/2026/07/21/la-reconnaissance-disrael-par-les-pays-arabes-recompense-son-vol-incessan

    L’un des aspects les plus intimidants des relations actuelles des États-Unis avec le monde arabe et musulman est l’insistance de Washington pour que tous les pays arabes et à majorité musulmane normalisent leurs relations avec l’État d’Israël, en guise de récompense pour le génocide qu’il perpètre contre le peuple palestinien.

    Ces exigences se sont intensifiées depuis que les États-Unis et Israël ont lancé leur guerre d’agression contre l’Iran en février. La pression exercée de longue date par Washington pour obtenir une normalisation avec l’Arabie saoudite ne faiblit pas, tout comme celle exercée sur le Qatar, l’Irak, la Libye, la Tunisie, la Syrie et l’Indonésie, entre autres, pour qu’ils emboîtent le pas.

    Plus récemment, les États-Unis ont réussi à porter au pouvoir un nouveau gouvernement libanais qui est allé jusqu’à soutenir l’occupation du territoire libanais par Israël, en signant le mois dernier un accord reconnaissant la « souveraineté » de cet État génocidaire.

    Mais bien avant qu’Israël ne commence son génocide, la question des frontières israéliennes a toujours été au cœur de la reconnaissance d’Israël par les régimes arabes.

    Quel Israël, et quelles frontières, ces pays arabes et à majorité musulmane sont-ils tenus de reconnaître ?

    Quelles frontières d’Israël l’Égypte et la Jordanie – sans parler de l’Organisation de libération de la Palestine – ont-elles reconnues lorsqu’elles ont normalisé leurs relations, respectivement en 1978-1979 et en 1993-1994 ? Qu’en est-il des pays arabes qui ont signé les Accords d’Abraham en 2020-2021 ?

    Il s’agit de questions géopolitiques essentielles lorsqu’on a affaire à une superpuissance coloniale de peuplement qui exige que des pays décolonisés et des peuples colonisés reconnaissent l’État mandataire colonial de peuplement qu’elle a établi au Moyen-Orient et normalisent leurs relations avec lui. (...)

    #Colonialisme_de_peuplement #colonialisme_de_remplacement

  • Le grand Israël, de Gaza au Liban
    https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4746

    Il n’y a qu’une vague allusion à l’expression « Du Nil à l’Euphrate » dans la Bible hébraïque. Il n’y a donc pas vraiment de prétexte religieux à tout ce qui est à l’œuvre au Proche-Orient : l’enfermement de deux millions de Gazaouis dans une zone de plus en plus resserrée, le rouleau compresseur colonial en Cisjordanie, la domestication de la plupart des pays arabes et l’attaque massive contre l’Iran et le Liban avec l’assassinat des dirigeants de ces pays. 362 été 2026

    / Colonialisme, Racisme , géopolitique , Palestine

    #362_été_2026
    #Colonialisme,_Racisme
    #géopolitique
    #Palestine

  • Il colonialismo del carbonio vissuto dalle comunità indigene dell’Amazzonia colombiana

    I programmi di conservazione forestale che permettono di emettere crediti di carbonio sui mercati internazionali si mostrano inefficaci ma soprattutto ingiusti. Reportage dalla fitta foresta del #Guaviare, casa dei #Nükak, stretti tra i “#carbon_cowboy” che puntano alla mercificazione del loro territorio, le disidencias delle Farc e attori esterni che ne minano la coesione sociale.

    “Dove si mette l’anidride carbonica? Porteranno delle bottiglie?”, chiede un membro dei Nükak, comunità indigena dell’Amazzonia colombiana. Si rivolge a un dipendente di #CorpoGreen, azienda che ha proposto alla comunità un progetto #REDD+ (acronimo di #Reducing_emissions_from_deforestation_and_forest_degradation), programma di conservazione forestale che permette di emettere crediti di carbonio sui mercati internazionali.

    Chi acquista questi crediti, ovunque si trovi, può così compensare le proprie emissioni di gas a effetto serra, invece di ridurle. Il giornalista britannico George Monbiot le ha definite “indulgenze climatiche”.

    La domanda che si sentono rivolgere molti sviluppatori di progetti REDD+ cela un nodo fondamentale: come funziona la compensazione del carbonio? Come si va dalla spunta alla casella “compensa le emissioni del tuo volo” all’immagazzinamento di tonnellate equivalenti di anidride carbonica?

    Provando ad aprire questa “scatola nera”, ricercatori e giornalisti d’inchiesta hanno dimostrato l’inefficacia biogeochimica di queste iniziative e ne stanno facendo venire a galla i tangibili impatti sociali, dall’accaparramento di terre alle violazioni dei diritti umani.

    Prerequisito fondamentale per la compensazione “basata sulla natura” è infatti una vasta estensione di foresta “incontaminata”, modo occidentale di definire ecosistemi che, come dimostra la ricerca in campo biologico e paleoantropologico, sono in realtà stati “coltivati” nel corso dei millenni dalle popolazioni indigene. Di terra -in teoria- i Nükak ne hanno a volontà: quasi un milione di ettari, in gran parte coperti da foresta tropicale. Modificando alcuni loro comportamenti che -sempre in teoria- causerebbero deforestazione, l’azienda sviluppatrice può sostenere di avere evitato delle emissioni future, e così giustificare l’emissione dei crediti.

    Ma chi sono i Nükak? Comunità semi-nomade di cacciatori e raccoglitori, fino al 1988 ha vissuto in isolamento volontario nella fitta foresta del Guaviare, dipartimento dell’Amazzonia colombiana noto -tra le altre cose- per la capillare presenza delle Forze armate rivoluzionarie della Colombia (Farc). Nei quasi 40 anni trascorsi dal primo contatto, l’inevitabile processo di integrazione nella comunità nazionale colombiana si è rivelato colmo di ostacoli e i problemi sociali, dalla povertà al consumo di sostanze stupefacenti fino alla prostituzione infantile, abbondano. Per i Nükak la foresta è tutto: ambiente di vita, cantiere, parco giochi, supermercato, teatro e cimitero. Non per niente, la parola che usano per foresta è la stessa che usano per indicare il mondo: #ye.

    Con una certa lungimiranza, negli anni Novanta il governo colombiano ha riconosciuto loro la proprietà collettiva di un ampio territorio al fine di garantirne la sussistenza nomadica. In tempi di crisi climatica, però, questo ha destato l’interesse degli sviluppatori REDD+, detti anche “carbon cowboy” per la spregiudicatezza nell’aprire nuove frontiere di accumulazione di capitale sull’onda della decarbonizzazione. Ci hanno provato a più riprese anche nel Guaviare, da ultimo l’enigmatica azienda di “servizi ambientali” CorpoGreen, ma sono progetti destinati a fallire. Non solo queste aziende sono “empresas de garaje” sorte dall’oggi al domani senza particolari competenze -come ci confida un leader indigeno colombiano- ma le premesse teoriche stesse dell’iniziativa di conservazione non reggono: i Nükak hanno un impatto minimo sull’ecosistema amazzonico e, in ogni caso, non hanno una presenza capillare nel proprio territorio, in buona parte controllato dalle disidencias delle Farc (i gruppi che non hanno sottoscritto l’accordo di pace del 2016 e imperversano ancora, a macchia di leopardo, in varie zone del Paese).

    Spesso, una volta bruciatisi, gli stessi carbon cowboy ricompaiono con una ragione sociale diversa o mediante prestanome. A un certo punto, CorpoGreen è stata affiancata da una sorta di agenzia di consulenza (#Mantis) rappresentata dalle stesse persone: “Mantis è apparsa dal nulla. Non hanno incarichi precedenti degni di nota né esperienza con i Nükak. È un sistema di scatole cinesi”, ci rivela un informatore locale. Un sistema oliato che poggia anche su entrature istituzionali: “La cosa viene dal profondo del ministero dell’Interno, per questo qui nessuno oserà contrastarli”.

    In Paesi come la Colombia, segnati da decenni di violenza e militarizzazione, la contiguità tra istituzioni, criminalità organizzata e gruppi guerriglieri o paramilitari comporta rischi che vanno ben oltre le vie giudiziarie: “Sono una persona coraggiosa, se vedo un serpente in mezzo alla strada non scappo. Ma questa faccenda mi spaventa”, ci confessa una cooperante locale. Un’altra rincara la dose: “Preferirei sedermi a parlare con i guerriglieri piuttosto che con questa gente (gli sviluppatori, ndr). La corruzione uccide più delle Farc”.

    Con le #Farc, però, pare essersi già seduta CorpoGreen. Anzi, fonti riferiscono che i suoi manager avrebbero legami diretti con le disidencias. Forse non è un caso che, per promuovere il progetto, si muovano con gran disinvoltura in territori che sono off-limits per molti enti pubblici e Ong. In questi territori rientra il perimetro, formalmente di proprietà dei Nükak, del progetto REDD+. Per molti le disidencias sono ormai assimilabili a un puro racket del narcotraffico, avendo abbandonato gli ideali marxisti che caratterizzavano le Farc della prima ora: “Dicono di credere in Karl Marx ma penso che credano di più in Pablo Escobar”, ha ironizzato tempo fa l’ormai ex presidente Gustavo Petro (il 21 giugno di quest’anno il suo erede designato Iván Cepeda ha perso al ballottaggio contro l’ultradestra populista di Abelardo de la Espriella). Gli alti e bassi della coca, però, uniti alla repressione governativa e alla perdita di legittimità presso la popolazione, hanno indotto le guerriglie a diversificare le fonti di introiti: l’ultima frontiera è proprio quella dei progetti REDD+.

    A lanciare l’allarme per la prima volta in forma ufficiale è stata la Defensoría del Pueblo (l’ombudsman colombiano) nel 2024, segnalando pagamenti forzati (una sorta di pizzo chiamato vacuna, “vaccinazione”) imposti dalle disidencias agli sviluppatori di iniziative ambientali. In Guaviare è il segreto di Pulcinella: “Qui pagano tutti. Pagano i negozianti, paga chiunque porti avanti un progetto”, afferma un funzionario locale. Un ex guerrigliero ne illustra le modalità: “Le Farc impongono un dazio di accesso al territorio e una sorta di tassa sul fatturato. Stando alla legge Farc 002 del 2000, si applicherebbe una percentuale del 10% sul valore presunto del progetto”. Considerando che un credito di carbonio può valere 5-10 dollari e che CorpoGreen in questo caso ne millanta una produzione potenziale nell’ordine dei quattro milioni, se ne può desumere un pizzo multimilionario.

    Al di là dei tratti locali assunti dal fenomeno, i progetti di compensazione si inseriscono in un quadro più ampio di colonialismo “verde”: come ricostruito in un recente studio scientifico (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13563467.2025.2572047) condotto da chi scrive in collaborazione con Torsten Krause (Università di Lund, Svezia), i mercati del carbonio sono veicolo di uno scambio diseguale che sfrutta il lavoro e le risorse delle popolazioni del Sud del mondo per allargare la forbice di ricchezza tra Paesi ricchi ed ex colonie mantenendole in una condizione di dipendenza economica e tecnologica. Tra il 2020 e il 2023, i mercati del carbonio volontari avrebbero drenato oltre 200 milioni di dollari dalla sola Colombia. Quella della compensazione, dunque, sarebbe non tanto una soluzione climatica “falsa” (ossia inefficace) quanto “ingiusta” da una prospettiva socio-ambientale.

    Eppure la politica sembra andare in direzione opposta: la COP30 di Belém ha infatti rilanciato i mercati del carbonio con il convinto contributo dell’Ue (che permetterà ai Paesi membri di coprire il 5% degli obiettivi di mitigazione con crediti extra-UE); in Italia, intanto, è stato lanciato il registro nazionale dei crediti di carbonio forestali per “contrastare il fenomeno del greenwashing (sic)”.

    A dispetto di quanto si potrebbe pensare, la soluzione a queste ingiustizie non passa necessariamente dall’abolizione dei mercati del carbonio. Come spesso accade quando si parla di equilibri socio-ambientali, la realtà è contraddittoria: alcune comunità indigene, intravedendo un’opportunità di emancipazione economica meno distruttiva rispetto all’estrattivismo convenzionale, intendono governare il fenomeno a proprio vantaggio. L’Organizzazione dei popoli indigeni dell’Amazzonia colombiana (Opiac), ad esempio, sta sviluppando corsi ad hoc per formare i leader indigeni sulla gestione di questi progetti. Al di là della scarsa praticabilità politica dell’abolizione di un programma attorno al quale ruotano corposi interessi economici, sussiste dunque il rischio che lo smantellamento dall’alto del carbon forestry diventi a sua volta un’imposizione coloniale.

    I Nükak, loro malgrado, si trovano tra l’incudine e il martello, costretti ad accettare la mercificazione del proprio territorio per poter intravedere vie d’uscita dall’indigenza ma al contempo esponendosi alla manipolazione di attori esterni che ne minano la coesione sociale. Sballottati a destra e a manca da chi ne vuole sfruttare la condizione di vulnerabilità (intercettando i relativi stanziamenti pubblici), faticano a vedere la luce in fondo al tunnel: “Non stiamo camminando bene insieme -dice sconfortato un esperto mediatore Nükak, sul retro di una camionetta che ci porta verso alcuni insediamenti lungo il fiume Inírida-. Non siamo ancora riusciti a capire la vostra civiltà. Voi kawene (stranieri, ndr) vi capite, ma noi non vi capiamo. I nostri anziani non hanno ancora deciso che cosa fare”.

    https://altreconomia.it/il-colonialismo-del-carbonio-vissuto-dalle-comunita-indigene-dellamazzo
    #carbone #colonialisme_du_carbone #crédit-carbone #Amazonie #forêt #peuples_autochtones #injustice #inefficacité #Colombie #marchandisation #compensation #émissions_de_CO2 #accaparemment_de_terres #colonialisme_vert #green-washing #carbon_forestry

    • The unequal exchange of carbon: calculating value appropriation and atmospheric colonisation through carbon offsetting

      Despite a flurry of critical analyses discussing its controversial track record in terms of effectiveness and social feasibility, carbon offsetting remains one of the key mechanisms within global climate governance. We address an understudied dimension of the offsetting paradigm, with a focus on the voluntary carbon market and nature-based ‘solutions’, to inquire whether carbon trading constitutes a form of unequal ecological and economic exchange. We quantify the global unequal exchange through carbon credits. To ground our hypotheses, we analyse the carbon trading landscape of Colombia and offer a country-specific quantification of value plunder through carbon commodity chains. We find that, only through voluntary carbon markets, wealthy countries appropriated 4 billion USD in 4 years from the Global South, whereas the value drain from Colombia is estimated at 200 million USD. We also highlight further value leakage through both formal and informal carbon brokers.

      https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13563467.2025.2572047

  • Maddaloni, il restauro del monumento a Carlo Scalera e il colonialismo fascista
    https://informareonline.com/maddaloni-il-restauro-del-monumento-a-carlo-scalera-e-il-colonialis

    Riportiamo la riflessione dell’artista locale e cittadina maddalonese Maria Cammarota sul restauro del monumento di epoca fascista dedicato a Carlo Scalera. La riflessione Lasciando da parte la colata di cemento che ha trasformato uno dei pochi spazi verdi del centro cittadino, vale la pena soffermarsi su ciò che si cela dietro queste impalcature. Al centro […] L’articolo Maddaloni, il restauro del monumento a Carlo Scalera e il colonialismo fascista proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Comunicati_Stampa

  • Con “#Revolutionary_stories” i giovani imparano in un’ottica decoloniale

    I libri della Ong Oew raccontano ai più piccoli i protagonisti dell’opposizione al colonialismo. L’ultimo è dedicato a #Omar_Al-Mukhtar, leader della lotta libica contro l’occupazione italiana. Un passo per decostruire la narrativa dominante.

    Far conoscere a bambini e ragazzi storie e personaggi della resistenza al colonialismo europeo del Novecento. È questo l’obiettivo di “Revolutionary stories”, collana di libri illustrati dell’Organizzazione per un mondo solidale di Bressanone, cittadina in provincia di Bolzano.

    L’iniziativa editoriale della Ong altoatesina si inserisce all’interno di “Decolonising minds”, un progetto che affronta il tema del colonialismo da prospettive diverse, attraversate però da un filo conduttore comune: il coinvolgimento delle giovani generazioni.

    “Confrontarsi con questo tema è complicato perché ci si trova inevitabilmente a fare i conti con una parte della propria eredità storica e culturale -spiega Adrian Luncke, collaboratore dell’Oew e coordinatore dell’iniziativa-. Se la prima emozione evocata nello spettatore è il senso di colpa, un sentimento che su questa questione è presente in molti di noi del Nord globale, la reazione sarà con ogni probabilità una chiusura”.

    Per questo ciascun capitolo di “Decolonising minds” è stato declinato attraverso strumenti divulgativi differenti pensati per innescare innanzitutto una riflessione, come il reading performativo “Tsinstiya”, il podcast “Ascoltare le migrazioni” e il gioco di ruolo “Processo del tribunale popolare” in cui gli studenti di una scuola superiore di Bolzano hanno giudicato un caso semi-fittizio di un combattente sudtirolese in Abissinia, in Etiopia.

    In questo percorso si inserisce “Revolutionary stories”. Dopo aver raccontato Saad Zaghloul e Djamila Bouhired, figure centrali della resistenza egiziana e algerina, il terzo volume della serie, “Omar Al-Mukhtar. Quando la fede diventa resistenza al colonialismo”, volge lo sguardo alla Libia. Omar Al-Mukhtar è nato il 20 agosto 1858 a Zawiyat Zanzur, in Cirenaica (regione storico-geografica situata nella parte Nord orientale della Libia, ndr). A 12 anni ha intrapreso gli studi coranici a Giarabub, centro spirituale della confraternita sufi dei Senussi. È diventato imam ed è stato una figura molto rispettata come insegnante religioso, mediatore e guida della comunità, ricoprendo incarichi per l’ordine tra cui la gestione di un centro religioso.

    Con l’invasione italiana del 1911 Al-Mukhtar ha guidato per oltre vent’anni la resistenza libica, forte della sua conoscenza del territorio e dell’appoggio dei diversi gruppi familiari locali, sotto la guida politica e spirituale di Idris Al-Senussi, diventato re di Libia all’indipendenza. Nei primi anni il controllo italiano del Paese è rimasto fragile e limitato alle città, mentre nell’entroterra si era sviluppata una forte resistenza.

    A partire dagli anni Venti, con l’avvento del fascismo, però, la repressione si è fatta dura: sotto il regime di Benito Mussolini e con l’azione militare di Rodolfo Graziani sono state avviate campagne di “riconquista” caratterizzate da deportazioni di massa, campi di concentramento e violenze diffuse contro la popolazione civile. Al-Mukhtar è stato catturato l’11 settembre 1931 dopo uno scontro nella Valle del Grib. Sottoposto a un processo sommario a Bengasi, è stato impiccato. L’esecuzione è avvenuta nel piazzale del campo di concentramento di Soluch, in Cirenaica, davanti a circa 20mila cittadini libici costretti ad assistere. Ancora oggi è sepolto a Bengasi, davanti all’ex palazzo Littorio.

    “In Libia la figura di Al-Mukhtar è tra le più importanti a livello storico -spiega ad Altreconomia Radwa Ghashut, autrice del libro-. Il suo volto compare sulle banconote da 20 dinari, le sue gesta vengono ricostruite nei libri di scuola e il Giorno dei martiri -ricorrenza nella quale si ricordano le vittime del colonialismo italiano- cade proprio il 16 settembre, data della sua esecuzione”.

    Nata e cresciuta in Libia, Ghashut vive a Bolzano da 12 anni, dove lavora come mediatrice culturale e traduttrice. Nel volume la sua biografia si intreccia con quella di Al-Mukhtar, dando vita a due piani narrativi che scorrono paralleli: “Per sviluppare il racconto mi sono immersa nel passato, ripercorrendo i miei ‘incontri’ con l’eroe libico e ricostruendo, attraverso le mie parole e le illustrazioni di Lucia Zamolo, le scene che compongono la narrazione”.

    Dalle prime lezioni di storia tra i banchi di scuola ai racconti familiari emergono così le tappe principali della resistenza libica, legate ai ricordi personali dell’autrice. Particolarmente significative sono le storie condivise dalla nonna Ftema e le conversazioni con il padre -grande appassionato di storia e per anni guida turistica-, che ripercorre per la piccola Radwa la cattura di Al-Mukhtar dopo un’imboscata delle forze italiane.

    A questi elementi si aggiungono i frammenti di un immaginario collettivo alimentato soprattutto dal cinema. In Libia, infatti, il film “Il leone del deserto” del regista Moustapha Akkad, uscito nel 1981 e dedicato alla figura del combattente libico interpretato da Anthony Quinn, viene tradizionalmente trasmesso ogni anno in occasione del Giorno dei martiri. E dunque ritroviamo Radwa adolescente in salotto mentre in tv scorrono le immagini della pellicola, censurata in Italia fino al 2009 perché ritenuta “lesiva dell’onore dell’esercito italiano” per il modo critico in cui rappresentava l’occupazione in Libia.

    Nella fase di ricerca Ghashut ha potuto consultare diverse fonti in lingua araba, oltre a documenti ufficiali del tempo. Tra questi spicca il verbale del processo sommario a cui fu sottoposto Al-Mukhtar, raccolto nei “Quaderni di Cirene” del collettivo bolognese Resistenze in Cirenaica. Proprio il ricorso a fonti eterogenee e spesso marginalizzate rispetto alla storiografia dominante diventa parte integrante del progetto, che non si limita a una mera ricostruzione degli eventi ma invita lettori e lettrici a interrogarsi sulle modalità attraverso cui la storia viene raccontata.

    “Il progetto intende mostrare che il modo in cui apprendiamo la storia è guidato dalla nostra prospettiva particolare -conclude l’autrice-. Il nostro libro in questo senso è un invito ai giovani a provare ad allargare almeno un po’ lo sguardo per approfondire poi il tema con l’insegnante a scuola o, perché no, a casa con i propri genitori”.

    Uno sguardo, quello delle “Revolutionary stories”, che permette a ciascun libro della collana di diventare così uno strumento educativo in senso lato e, soprattutto, un primo passo per decolonizzare la conoscenza.

    https://altreconomia.it/con-revolutionary-stories-i-giovani-imparano-in-unottica-decoloniale
    #décolonial #Italie_coloniale #Italie #livre #résistance #récit #contre-récit #occupation #colonialisme #Saad_Zaghloul #Djamila_Bouhired #Libye #Idris_Al-Senussi #fascisme #Rodolfo_Graziani #histoire #Soluch #camp_de_concentration #Radwa_Ghashut

    –-
    ajouté à la métaliste sur le #colonialisme_italien:
    https://seenthis.net/messages/871953

  • #Colonialité toxique : dans les paysages radioactifs du #Sahara

    De 1960 à 1966, avant et après l’indépendance de l’#Algérie, l’État français a expérimenté au Sahara dit algérien dix-sept bombes atomiques et autres essais chimiques. Ce sujet a longtemps été #tabou en France, dans la presse, dans les discours politiques aussi bien que dans le cadre académique où enquêtes, témoignages, littérature et recherches sur ce thème ont été invisibilisés. Seul le réseau associatif et militant a soutenu les travaux abordant ce domaine – comme par exemple le livre de Raphaël Granvaud, Areva en Afrique, Une face cachée du nucléaire français3. Brisant frontalement la confidentialité de ces faits – presque trois décennies après l’ouvrage de Gabriele Hecht sur l’histoire nucléaire de la France, Le rayonnement de la France4, plusieurs publications récentes issues du monde anglo-saxon abordent la violence coloniale française illustrée dans ses modalités extrêmes par les expérimentations atomiques.

    C’est le cas du nouveau livre de Samia Henni, Toxicité coloniale. Documenter le paysage radioactif dans le Sahara. Paru d’abord en anglais5, il est associé à une exposition6 qui réverbère d’une autre manière les éléments de preuve de l’usage violent d’un territoire colonisé. L’autrice, architecte, historienne et théoricienne de l’architecture, enseigne actuellement à l’Université McGill de Montréal. Elle donne à penser la colonisation et ses effets dévastateurs sur le très long terme. Son point de départ est l’espace et sa gestion en période de guerre, sa réorganisation ou ce que le langage colonial a souvent appelé sa « mise en valeur ». Sensible aux narrations « cosmétiques » qui masquent les réalités de la domination coloniale, Samia Henni évoque en ce sens les euphémismes utilisés pour dire les faits qui ne sont pas seulement des « essais » nucléaires ou de la « radioactivité », mais bien des bombes atomiques à part entière et une toxicité sans limite produite par la colonisation.

    « Saharanisme »

    Faisant écho à cette question, Brahim El Guabli, professeur de pensée et littérature comparées à l’Université Johns Hopkins (USA), explore dans son dernier ouvrage, Desert Imaginations, la représentation des « déserts » à travers une variété de sources littéraires et historiques plurilingues (amazigh, arabe, français, anglais)7. Il montre que dans les productions culturelles majoritaires, les déserts apparaissent comme terra nullius, inhabitée, improductive, inutile et menaçante. La fiction mondialisée d’un désert vide et sans vie a permis de légitimer des projets d’exploitation brutaux et destructifs8. Brahim El Guabli propose d’appeler « saharanisme » ou encore « désertisme » cet imaginaire dominant dont il retrace les origines lointaines et la construction, en particulier dans les écrits politiques et littéraires français du XIXe siècle à aujourd’hui. Il fait de ces notions un outil conceptuel permettant d’approcher à plusieurs niveaux les usages et mésusages du désert, quelles que soient les parties du monde concernées. L’auteur distingue divers secteurs – spirituel, extractif, instrumental, sexuel – où s’exerce le saharanisme. En contrepoint de cette idéologie inhérente aux intérêts coloniaux, Brahim El Guabli montre le rapport intime que des écrivains et artistes autochtones manifestent dans leurs œuvres envers leur environnement, tangible et intangible, humain et non humain, une posture écologique sensible qu’il appelle ecocare ou encore éthique autochtone de la conscience environnementale. Cette attitude m’évoque une maxime touarègue Amaḍal amadal, « la terre est ce qui protège », mise en relation au Sahara avec la nécessité d’être nomade pour ne pas « peser sur le dos de la terre ». Comment une terre confisquée pour être mutilée, blessée, amputée, pourrait-elle continuer à protéger ses enfants ? Telle est la question que se posaient les Touaregs après les interventions violentes menées sur leur sol telles que les explosions atomiques, le creusement des puits de pétrole et des mines d’uranium, ou le réaménagement étrange de l’Afrique saharo-sahélienne en petits territoires enclos sur eux-mêmes, bardés de fils de fer barbelés9.
    La notion de saharanisme parait très utile pour approcher au présent divers types de faits, des plus anodins aux plus dommageables, tous fondés sur une hiérarchisation implicite des savoirs. Par exemple, l’obsession – a priori bienveillante – des organismes de développement ou d’aide qui interviennent en pays nomade pour creuser des puits, comme si le problème en zone aride était l’eau et non la gestion de l’eau. Pourtant, le piétinement animal intense autour des points d’eau, comme le disent bien les intéressés, détruit tous les pâturages alentour. Avec la multiplication des puits, aucune des stratégies nomades pour régénérer la flore ou conserver les plantes fourragères résistant au vent et permettant d’étager la consommation des pâturages ne peut plus s’exercer. Mais rien n’arrête ces politiques sédentaires du territoire couplées à la restriction de la mobilité qui ont finalement conduit à l’incapacité croissante de faire face aux sécheresses – pire, elles les ont aggravées.

    Au sujet des essais nucléaires français au Sahara, les approches des deux ouvrages cités se croisent et se complètent. Comment sortir du secret ? Comment rendre compte de la nuisance impalpable et occultée de ces explosions ? Comment documenter ce programme secret et ses lourdes conséquences, alors que la majorité des archives les concernant sont jusqu’à présent classées « secret-défense » ? Comment rendre audibles les voix des habitants sur la violence mortifère infligée à leurs vies et à leur terre par les gouvernements français et algérien qui ne les ont ni consultés ni avertis ?

    Trouver des voies et des voix pour répondre à ces interrogations fait partie des objectifs clairement énoncés par Samia Henni. Contestant « l’obsession coloniale et néolibérale de la “nouveauté”, la volonté d’être “le premier” à dire ou faire quelque-chose » (p. 37), l’autrice met à la disposition de ses lecteurs et lectrices les informations et les sources dont elle dispose, c’est-à-dire une centaine de documents d’archives (photos, textes) et la reproduction des témoignages de victimes (travailleurs et population d’Algérie, vétérans français) pour servir de socle à de futures recherches.

    Ce livre généreux et militant est fondé sur le partage des documents assemblés en étroite collaboration avec l’Observatoire des armements à Lyon. Il est destiné à « donner corps au silence des archives institutionnelles » et appelle à continuer le travail de mémoire et d’investigation permettant une autre narration des faits et un examen des responsabilités pour, à terme, exiger la décontamination des sites, l’ouverture totale des archives et la perspective de réparations.

    Car ces déflagrations nucléaires, décidées depuis Paris et prolongées en 1962 par les Accords d’Evian avec le gouvernement provisoire d’Algérie, ont eu de multiples répercussions sur les corps, sur l’environnement, sur le bâti, sur les paysages, sur les sols. Le matériel contaminé a été enseveli dans l’urgence au départ du personnel français en 1967, puis déterré par les puissants vents sahariens.

    Temps et espace du désastre atomique

    À partir de documents visuels et d’archives arrachées au secret, Samia Henni retrace les caractéristiques techniques et humaines des deux sites où les explosions ont été menées : d’un côté, Reggane, où furent lancées quatre bombes atmosphériques et de l’autre, In Ekker, émetteur de treize bombes souterraines, certaines échappant au confinement, et cinq expériences supplémentaires de dispersion atmosphérique de plutonium. Elle propose ensuite un corpus visuel composé d’extraits de documentaires et de reportages télévisés, et la reproduction de témoignages des victimes françaises.

    Dans le procédé éditorial choisi, les images impactent efficacement le regard en anticipant le texte. Ainsi, au début de l’introduction, onze photos aux tons jaune-sépia nous plongent dans la matérialité du secret, avec en première page un panneau d’interdiction de prise de vue et de menaces de sanctions contre tout contrevenant, planté sur l’un des sites d’expérimentation. Les images suivantes élargissent la focale, de la localisation des sites à l’emplacement des zones de tirs, du croquis topographique des infrastructures à une manifestation à Accra au Ghana contre ces expériences. Jusqu’à la photo de la « gerboisite », un terme qui conceptualise la matière radioactive anthropogénique produite par les explosions atmosphériques baptisées Gerboises par le pouvoir colonial. Enfin, une image satellite captant les mouvements intercontinentaux de la poussière radioactive du Sahara met immédiatement en évidence la nécessité d’un changement d’échelle pour l’analyse de ces faits.

    L’ouvrage restitue la situation géographique précise des deux sites d’expérimentation : Reggane dans la plaine de la Tanezrouft et In Ekker sur le mont Taourirt tan Afalla (littéralement en langue locale « Colline du haut » ou du « nord ») et aussi Taourirt tan Ataram (« Colline de l’ouest ») dans le massif de l’Ahaggar (nom utilisé dans l’ouvrage sous sa forme arabisée, Hoggar). Remarquons que les toponymes mentionnés sont tous amazighs. Ce qui donne une résonance particulière au choix de ces lieux situés à plus de 1000 km d’Alger et révèle une autre invisibilité qui n’est pas manifeste dans l’ouvrage, celle des habitants ancestraux de ces terres, les Imuhagh10, appelés « Touaregs » par les étrangers. L’invention de l’Algérie comme État colonial puis postcolonial les fera dénommer ensuite « Algériens » (comme dans la légende du 3e cahier photo où ils sont appelés « habitants algériens ») ou encore, selon les recensements sur leurs terres d’ancrage à la saison sèche, les assignera à d’autres identités nationales et territoriales : « Libyens », « Maliens », « Nigériens », « Burkinabè ». Les pouvoirs coloniaux ont en effet redessiné la carte de l’Afrique selon leurs intérêts, divisant le pays touareg par cinq frontières et transformant en peuple sans terre les nomades dont les parcours réguliers ont rendu le désert nourricier en préservant ses ressources végétales et hydriques.

    Samia Henni situe son propos dans le cadre national de l’Algérie. Elle montre cependant que le temps et l’espace de la toxicité nucléaire ne sont pas à l’échelle de la géopolitique humaine. Des témoins évoquent la violence monstrueuse des explosions ressentie non seulement à proximité, à Tamanrasset, mais aussi à 600 km à l’est à Djanet et à plus de 1 000 kilomètres au sud-ouest à Gao (p. 42), ou encore au sud-est dans l’Aïr11, englobant l’espace de référence de la mobilité nomade des Touaregs. Et bien au-delà encore.

    La toxicité invisible, impérissable, inquantifiable, irréversible, circule et s’infiltre partout où la diffusent les vents du globe. Elle contamine non seulement les lieux décrétés vides et sans importance par les autorités coloniales puis postcoloniales – notamment les territoires nomades –, mais également les pays et les continents des décideurs de la mise à feu des bombes atomiques. Elle s’étend à la terre entière et restitue, au-delà de l’approche spatialement fragmentée des événements, la perception géographique nomade qui au Sahara relie directement l’Ahaggar (actuelle Algérie), l’Ajjer (entre l’Algérie et la Libye), l’Aïr (actuel Niger), la Tademekkat (entre le Mali et le Burkina Faso) et la Tagaraygarayt (actuel Niger).

    Je rajouterai une information donnée par les Touaregs qui circulent entre l’Ahaggar et l’Aïr. Selon eux, l’abandon en 1967 des sites nucléaires français du côté algérien aurait été suivi par le transfert entre l’Ahaggar et l’Aïr d’une partie des anciens engins de chantier ainsi que du personnel pour mener des opérations de prospection à Madawela dans la vallée de Tin Marsoy. Cette partie du territoire touareg se trouvait rattachée depuis 1960 à l’État du Niger. Les nomades se souviennent des déplacements incessants et extrêmement dérangeants de camions énormes équipés de sondes qui sillonnaient les terres pastorales et creusaient le sol, faisant parfois jaillir de l’eau sans reboucher leurs forages en quittant les lieux.

    Ces travaux de prospection terrestres mais aussi aériens ont abouti à la mise en œuvre de l’exploitation d’un immense gisement d’uranium à Arlit, à environ 15 kilomètres de Madawela, ce dernier site étant laissé inactif, mais gardé par l’armée nigérienne. Comme ce fut le cas du côté algérien dans les années 1950 en pleine période coloniale, deux décennies plus tard, dans un État indépendant, les autorités françaises s’accaparèrent brutalement des terres touarègues de l’Aïr pour créer les infrastructures géantes d’une première mine à ciel ouvert (Arlit), puis d’une mine souterraine (Akokan), et d’une ville qui compte à présent plus de 100 000 habitants, détruisant toutes les ressources pastorales locales et interdisant aux nomades de poursuivre leur vie sur leurs propres terres. C’est à cette période que les contrôles et les détentions arbitraires de civils touaregs s’intensifièrent au nord du Niger, au point de transformer le seul fait d’être enturbanné en délit menant automatiquement à l’arrestation et à la confiscation des marchandises pour les caravaniers.

    Des vies qui ne comptent pas ?

    Comme l’écrit Samia Henni, après les explosions nucléaires des années 1960, les nomades, les oasiens et les citadins de la région de Reggane et de la vallée du Touat ont été directement affectés. Entre 1960 et 2008, la démographie chuta de moitié, passant de 40 000 à quelque 20 000 habitants (p. 93). La description détaillée des chantiers menés pour les opérations nucléaires et l’accueil du personnel à Reggane, Hamoudia et au point zéro des expérimentations – 82 000 m2 de bâtiments, 7000 m2 d’ouvrages souterrains, 100 km de routes, 3 centrales électriques, etc. (p. 96) – donne une idée du gigantisme de ces infrastructures (laboratoires, appareils de mesures, base avancée, ville nouvelle), au prix d’un labeur humain démesuré, diurne autant que nocturne. La recension des constructions techniques du second site dégage la même impression de démesure et de captation sans merci des terres (170 570 hectares) et des ressources locales. Non seulement l’eau et l’air de l’oued Amguel, mais la main d’œuvre autochtone, à laquelle s’ajoutaient sur le site la main d’œuvre importée d’autres régions de l’Ouest africain, ainsi que les militaires, appelés, techniciens et ingénieurs français, soit environ 9000 personnes sur le site au moment des explosions.

    Dans les années 1960, les procédés de décontamination des corps humains et des engins au jet d’eau (p. 114) paraissent dérisoires, irresponsables et même cyniques dans la mesure où l’eau n’a vraisemblablement pas échappé à la pollution. Pas plus les multiples échecs du confinement des bombes dans les galeries souterraines que l’indépendance de l’Algérie en 1962 n’ont empêché la continuation des essais par la France qui a également poursuivi de 1964 à 1966 ses expériences de dispersion du plutonium (nom de code Pollen) en bafouant le Traité d’interdiction des essais nucléaires atmosphériques signé en 1963. Pire, les expériences biologiques conduites lors de la bombe Gerboise blanche auraient concerné non seulement des animaux (dont des cages et cadavres ont été retrouvés abandonnés sur le site), mais aussi des corps humains, morts ou vivants, ou des « cobayes humains » comme le formule Bruno Barillot dans son ouvrage, Essais nucléaires français : l’héritage empoisonné12, cité par Samia Henni (pp. 107-108).

    Un travailleur local, interrogé trois décennies plus tard, rapporte qu’après les déflagrations, « la plupart des gens qui sont tombés malades sont ceux des campements qui habitent la montagne » (p. 156), autrement dit les habitants invisibilisés d’un désert décrété « vide » par les autorités françaises et algériennes. Le photographe et sociologue Bruno Hadjih a documenté le ravage sanitaire et létal (17 décès survenus immédiatement) des habitants du village de Mertoutek et la destruction durable de leur environnement après la bombe non maîtrisée de Béryl en 1962.

    Le gouvernement français est resté inactif sans mener d’étude de suivi après l’explosion, pas plus qu’il n’a proposé de réparation. Par ailleurs, il n’a fourni aucun descriptif technique des décharges toxiques qu’il a laissées au Sahara et qui continuent d’affecter la santé des êtres vivants. Comme si finalement, tout cela n’avait jamais existé et n’avait eu aucune conséquence pour personne. Jusqu’à quand ?

    ’avance à travers les entrailles de la fournaise
    Je les entends
    sécheresse de leur cœur
    Et ils me roulent dans le nuage
    champignon nuée
    brouhaha atomique
    Et ils aboient
    Toi, tu n’existes pas,
    tu n’as jamais existé

    Hawad, Irradiés13

    L’investigation sans fin

    Au final, on comprend à quel point le projet nécessaire de « documenter le paysage radioactif dans le Sahara » comme le propose Samia Henni est un programme collaboratif à long terme. La constitution de « contre-archives » dans ce domaine est une tâche ardue et ouverte qui appelle à d’autres enquêtes pour sortir le désert de l’oubli. Par exemple, comment faire résonner la mémoire et le présent de ceux qui sont effacés de la carte ? Quelles constellations d’expériences et de géographies peuvent être retracées en dehors des cadres restrictifs de la cartographie coloniale ? Comment mettre en dialogue les expériences vécues par les habitants des différents territoires sacrifiés lors des mises à feu nucléaires réalisées par la France, mais aussi par les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la Chine entre 1945 et 1980 ? Quels sont les formes de survie et de résistance qui ont émergé face à la catastrophe ? Comment faire entendre la voix des écrivains et des artistes qui mobilisent un imaginaire créatif capable de submerger le saharanisme, alors même qu’eux et leurs peuples subissent jusqu’à aujourd’hui la confiscation, la dévastation et la pollution nucléaire ou minière de leurs terres ? Le « Saharanisme expérimental » va en effet de pair avec le « Saharanisme extractif » pour reprendre les concepts de Brahim El Guabli. Quelles relations établir entre d’un côté la manne minérale concentrée au Sahara central sur les territoires nomades (pétrole et gaz en Algérie et Libye, uranium, charbon, or au Niger, or au Mali) et, de l’autre côté, la répression brutale qui touche leurs habitants, privés de leurs droits fonciers, jusqu’à nier et éradiquer leur nom, leur langue, leur mode de vie, leur société et leur histoire ? Le travail d’investigation à venir est immense, il réservera probablement des surprises, autant que l’étude des conséquences, impensées et impensables, de la radioactivité.

    https://www.terrestres.org/2026/06/08/colonialite-toxique-dans-les-paysages-radioactifs-du-sahara
    #radioactivité #colonialisme #pollution #violence_coloniale #territoire_colonialisé #colonisation #euphémismes #radioactivité #vocabulaire #mots #bombes_atomiques #désert #géographie_du_vide #vide #terra_nullius #saharanisme #désertisme #imaginaire #ecocare #conscience_environnementale #Touaregs #nomadisme #aide_au_développement #puits #développement #secret-défense #Accords_d’Evian #paysage #environnement #Reggane #In_Ekker #plutonium #images #secret #gerboisite #Gerboises #France_coloniale #mont_Taourirt_tan_Afalla #Taourirt_tan_Ataram #toponymie #invisibilisation #Imuhagh #violence #Tamanrasset #Ahaggar #Aïr #Madawela #Niger #vallée_de_Tin_Marsoy #Arlit #uranium #mines #Akokan #Arlit #pâturages #vallée_du_Touat #eau #sols #air #décontamination #montagne #destruction #Mertoutek #Béryl #réparation #santé #paysage_radioactif #mémoire #contre-archive #contre-récit #expérience_vécue #territoires_sacrifiés #Saharanisme_expérimental #Saharanisme_extractif #extractivisme

    ping @reka

    –—

    A mettre en lien avec le #film_documentaire #At(h)ome (#athome) :
    https://seenthis.net/messages/819398

    • #Areva en Afrique. Une face cachée du nucléaire français

      L’indépendance énergétique de la France grâce au nucléaire est un mythe : l’uranium qui alimente le nucléaire civil et militaire provient pour une large part du sous-sol africain. Raphaël Granvaud détaille les conditions dans lesquelles la France et Areva se le procurent au meilleur coût, au prix d’ingérences politiques et de conséquences environnementales, sanitaires et sociales catastrophiques pour les populations locales.
      Comme au Niger, fournisseur historique, pourtant en dernière position du classement des pays selon leur indice de développement humain. Dans un contexte international d’intensification de la concurrence sur le continent africain, mondialisation capitaliste oblige, Areva a toujours pu compter sur l’aide active des représentants officiels de l’État français et des réseaux les moins ragoûtants de la Françafrique pour sauvegarder son droit de pillage. L’auteur dévoile enfin les efforts considérables d’Areva pour que les différents éléments de cette réalité et de sa stratégie de dissémination nucléaire ne ternissent pas une image de marque qu’elle voudrait immaculée.

      https://agone.org/livre/arevaenafrique
      #livre

    • TOXICITÉ COLONIALE. DOCUMENTER LE PAYSAGE RADIOACTIF DANS LE SAHARA

      Toxicité coloniale revient sur les programmes nucléaires français menés entre 1960 et 1966 dans le Sahara algérien. Ce programme secret, qui s’est déroulé pendant et après la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), a permis au régime colonial français de mettre à feu quatre bombes atomiques atmosphériques, treize souterraines et de mener d’autres expériences nucléaires dans le désert. Alors que la grande majorité des documents d’archives sont toujours classés secret aujourd’hui, Toxicité coloniale rassemble une variété de sources permettant de documenter l’histoire violente des activités de la France en Algérie. Le livre constitue un corpus de choix à l’intersection de la justice spatiale, sociale et environnementale pour ceux et celles qui s’intéressent à l’architecture, au paysage et aux pratiques d’archivage dans une démarche décoloniale.
      Alors que ces bombes ont eu des conséquences durables pour les populations et les environnements locaux ainsi que pour les vétérans français, le manque de contrôle des explosions, les lacunes de sécurité et l’utilisation des Algériens comme main- d’œuvre sur des chantiers particulièrement dangereux apparaissent comme des faits coloniaux d’une importance majeure.

      https://editions-b42.com/produit/toxicite-coloniale

    • Deserts Are Not Empty

      Colonial and imperial powers have often portrayed arid lands as “empty” spaces ready to be occupied, exploited, extracted, and polluted. Despite the undeniable presence of human and nonhuman lives and forces in desert territories, the “regime of emptiness” has thus inhabited, and is still inhabiting, many imaginaries. Deserts Are Not Empty challenges this colonial tendency, questions its roots and ramifications, and remaps the representations, theories, histories, and stories of arid lands—which comprise approximately one-third of the Earth’s land surface. The volume brings together poems in original languages, conversations with collectives, and essays by scholars and professionals from the fields of architecture, architectural history and theory, curatorial studies, comparative literature, film studies, landscape architecture, and photography. These different approaches and diverse voices draw on a framework of decoloniality to unsettle and unlearn the desert, opening up possibilities to see, think, imagine it otherwise.

      https://www.arch.columbia.edu/books/catalog/998-deserts-are-not-empty

  • Lettre ouverte pour déprogrammer Barbara Butch et le pinkwashing israélien
    https://ricochets.cc/Lettre-ouverte-pour-deprogrammer-Barbara-Butch-et-le-pinkwashing-israelien

    Lettre ouverte à destination du festival Plein Champ et de la mairie du Mans qui invitent la sioniste Barbara Butch. Pour la faire déprogrammer de ce festival, ainsi que de celui du Cabaret Frappé à Grenoble, et qu’elle ne soit plus invitée ailleurs. De sorte d’agir solidairement avec les palestinien.ne.s contre le sionisme, l’instrumentalisation de la judéophobie et le pinkwashing. Notamment en vue de dissuader de potentiel.le.s futur.e.s soutiens au projet de loi qui remplacera probablement celui de Yadan. #Les_Articles

    / #Colonialisme_-_luttes_décoloniales

  • LIRE : De la conquête à l’insurrection de l’Algérie (1830-1954) de Benjamin Péret
    https://oclibertaire.lautre.net/spip.php?article4736

    Il s’agit d’un inédit de Benjamin Péret postfacé par Nedjib Sidi Moussa, un livre essentiel pour comprendre que la violence de la colonisation qui se déroule sur plus d’un siècle est un élément majeur pour appréhender les difficultés actuelles des rapports entre la France et l’Algérie. 361 juin 2026

    / Colonialisme, Racisme , Notre Histoire

    #361_juin_2026
    #Colonialisme,_Racisme
    #Notre_Histoire

  • L’Alsace et le colonialisme (Avant-propos et Introduction)

    Avant-propos
    Ce guide est d’abord l’inventaire (probablement incomplet) de toutes les inscriptions dans l’espace public strasbourgeois d’éléments — nom des rues et places, statues, musées – qui renvoient à la mémoire du colonialisme.

    C’est une invitation à découvrir la ville au prisme de ce qu’elle raconte de l’histoire coloniale. Dans certains cas la référence au colonial est explicite ou transparente –c’est le cas par exemple de Kléber ou de Schœlcher -, dans d’autres, les personnages honorés par une rue ou une avenue à leur nom ne l’ont pas été en raison d’un lien avec leur passé colonial, pourtant ce lien existe et l’objectif du guide est aussi de le mettre au jour, c’est le cas de certains écrivains ou hommes politiques dont le nom a été retenu pour d’autres motifs. Nombre de militaires sont honorés par la ville de Strasbourg pour leur participation aux combats en 1918 et 1944-1945 pour le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la France mais pour l’histoire ils ont surtout été les chefs d’une armée tournée vers la conquête coloniale à partir de 1871 pour faire oublier l’annexion de l’Alsace-Lorraine au Reich à cette date, traumatisme inscrit dans d’innombrables villes de France dans les noms de rues « de Strasbourg » ou « d’Alsace-Lorraine ». Le guide fait place également aux combats pour l’émancipation de ces colonies en évoquant des personnages, beaucoup plus rares, qui ont contribué aux luttes anticoloniales. La critique du colonialisme accompagne en effet tout au long de l’histoire le colonialisme.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/06/24/lalsace-et-le-colonialisme-avant-propos-et-int

    #colonialisme

  • 4-5 Juillet 2026 MOIS DU MUJAWARA - sud grésivaudan
    https://ricochets.cc/4-5-Juillet-2026-MOIS-DU-MUJAWARA-sud-gresivaudan-9295.html

    Bienvenue à toutes et tous pour 2 journée de discussions, de repas, de rencontres et de partage autour de l’internationalisme par le bas afin d’affirmer ensemble notre solidarité avec les peuples en lutte. Le Mujawara (voisinage en arabe), initié par le réseau des Peuples Veulent, c’est l’idée de chercher comment construire une forme de voisinage révolutionnaire, de solidarité et d’entraide entre lieux et territoires de lutte dans le monde qui partagent des valeurs d’égalité, de liberté et (...) #Les_Articles

    / #Colonialisme_-_luttes_décoloniales

  • L’éclipse - ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/002734-000-A/l-eclipse

    L’amour bourgeois et l’amour prolétaire - dans son film L’eclisse Antonioni dessine une image nuancée des relations bourgeoises au début de l’ére postcoloniale. Un reportage de télévison raconte l’amour sous le socialisme allemand de 1960. Observations dans les deux pays qui sont passés par de longues et intenses années de fascisme.

    À Rome, au début des années 1960, la renaissance d’une jeune femme fragile assoiffée d’amour. Avec Monica Vitti et Alain Delon, une merveille visuelle signée Michelangelo Antonioni, dénonçant une société de plus en plus individualiste.

    L’amour prolétaire sous le socialisme est moins raffiné et davantage orienté vers le partage des tâches ménagères, la vie d’entreprise et les enfants.

    Verliebt 1960 - Verwirrung der Liebe
    https://hrardmediathek-a.akamaihd.net/video/as/dra/reportagen/2022_05/220531123551_Verliebt1960-Verliebt1960-Teil2_134659_29914

    Reportagen und Berichte des Fernsehfunks

    Künstler und Passanten sprechen über die Liebe im Alltag und dem Verliebtsein. (teilw. ohne Ton)

    #Allemagne #Italie #femmes #fascisme #colonialisme

    • oAnth :
      Cela montre comme quoi rien n’a changé : l’ anti #communisme n’était déjà, pendant la Guerre froide, qu’un prétexte, et aujourd’hui, nous sommes même confrontés à une guerre en Europe qui résulte de cette confrontation géopolitique, dont les racines remontent au début du XIXe siècle, à la fin des guerres napoléoniennes : À l’époque déjà, la Russie était considérée comme une proie coloniale potentielle d’un Occident insatiable, et l’Allemagne comme un partenaire de la Russie qu’il fallait, selon les Anglais, dissocier.

  • Au Mali, la France désormais dans le même camp que les djihadistes - Élucid
    https://elucid.media/politique/au-mali-la-france-desormais-dans-le-meme-camp-que-les-djihadistes

    Alors que la situation s’aggrave de jour en jour pour la junte au pouvoir au Mali et ses alliés russes, les djihadistes et les rebelles touaregs auxquels elle fait face bénéficient de l’assistance directe de soldats ukrainiens discrètement soutenus par la France.

    #lol #opportunisme #colonialisme

  • Une histoire globale de la #vanille

    D’abord consommée dans des boissons chocolatées par les #Aztèques puis par les missionnaires espagnols en #Amérique_centrale, la vanille parvient à #La_Réunion, à #Madagascar, puis en #Polynésie_française au XIXe siècle. Les empires coloniaux rivalisent d’ingéniosité afin de l’acclimater là où ses pollinisateurs naturels sont absents.
    Éric Jennings analyse les circulations commerciales, scientifiques et humaines qui ont permis à la vanille de devenir l’une des #épices les plus chères et les plus appréciées au monde. Il retrace la découverte de sa fécondation artificielle par le botaniste belge #Charles_Morren puis par le tout jeune #Edmond_Albius, alors esclave sur l’#île_Bourbon, à la fin des années 1830 et au début des années 1840. Si cette méthode permet à la vanille d’être produite sur différents continents, elle reste très délicate à mettre en œuvre. Les «  marieuses  » doivent féconder à la main l’#orchidée avant que ne commencent la cueillette et le processus minutieux qui permettra à la gousse de dégager son goût subtil.
    L’auteur examine également le progressif remplacement de la vanille naturelle par des #arômes_artificiels et la transformation des représentations dont elle fait l’objet, de saveur raffinée parfois associée à la sexualité, à un ingrédient synonyme de fadeur pour certains.
    Cette histoire mêle concurrences des empires, piraterie et espionnage botanique, questions environnementales, techniques de production, habitudes de consommation, tout en reliant les mondes de l’Atlantique, de l’océan Indien et de l’océan Pacifique.

    https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/une-histoire-globale-de-la-vanille
    #livre #histoire #impérialisme #colonialisme #histoire_globale

  • William Brydon, un héro
    https://en.wikipedia.org/wiki/William_Brydon

    Remnants of an Army’ (1879) by Elizabeth Butler portraying William Brydon arriving at the gates of Jalalabad as the only survivor of a 16,500 strong evacuation from Kabul in January 1842.

    Dans l’empire du Royaume Uni le Raj britannique fut surtout une entreprise privée, de la British East India Company avec le soutien de la couronne . Elle recruta ses propres armées privées. En transformant l’économie des pays conquis suivant ses intérêts l’ East India Company causa de grandes famiines et des rébellions quelles maîtrisa par des sanglantes campagnes militaires. Le médecin William Brydon (1811 – 1873, mort à 61 ans) passa sa vie dans les batailles des guerre totales contre les peuples colonisés.

    L’age d’or du colonialisme

    The Last Stand, by William Barnes Wollen (1898)

    He studied medicine at University College London and at the University of Edinburgh] In 1835, he subsequently was appointed as an assistant surgeon in the Bengal Army of the British East India Company .

    Retreat from Kabul

    In 1841 William Brydon was posted to Afghanistan as the assistant surgeon of Shah Shuja’s Contingent—a British officered infantry force recruited in India to provide protection for the British-backed ruler in Kabul. This mercenary unit formed part of a combined British and Indian army which occupied the city in August 1839.

    In January 1842, following the killing of the two British representatives there, it was decided to withdraw the British force in Kabul. The nearest British garrison was in Jalalabad, 90 miles (140 km) away, and the army would need to go through mountain passes with the January snow hindering them.

    Under the command of Major-General William George Keith Elphinstone, 4,500 British and Indian soldiers plus 12,000 civilian camp followers, including wives and children, set out for Jalalabad on 6 January 1842, on the understanding that they had been offered safe passage. Afghan tribesmen intercepted them and proceeded to attack them during the next seven days. Brydon recorded in his diary that as early as the first night of the retreat many of his sepoys were crippled by frostbite and had to be abandoned in the snow.

    THE SOLE SURVIVOR OF AN ARMY DR. BRYDON REACHES JELLALABAD ALONE, Allan Stewart, 1911

    Dr Brydon only survivor of Cabul Army’, photograph by John McCosh, 1850
    After recovering from the wounds sustained during the retreat from Kabul, Brydon took part in the 2nd Anglo-Burmese War of 1852, when Rangoon was captured. Later he was serving as a regimental doctor at Lucknow when the Indian Mutiny (1857-1859) started and, along with his wife and children, survived the subsequent siege of the residency, being badly wounded in the thigh. He was appointed a Companion of the Order of the Bath (CB) in November 1858
    .
    La photo montre l’homme à 38 ans.

    Photograph of Dr. William Brydon, 2 January 1864 (à 52 ans)

    Notons que les armées occidentales y compris celles de la British East India Company n’ont jamais eu raison des peuples d’Afghanistan.

    #Royaume_Uni #Afghanistan #histoire #guerre #colonialisme #Empire_des_ Indes #impérialisme #iatrocratie #chirurgie

  • Colon ne s’écrit pas au féminin

    Au milieu du XIXe siècle, des banquiers genevois fondent une #entreprise_coloniale, la #Compagnie_genevoise_des_colonies_suisses de Sétif. La France veut alors peupler l’Algérie de colons européens et, du côté de l’arc lémanique, on décide d’en tirer profit. Lolvé Tillmanns s’empare de la fiction pour revisiter cette histoire méconnue à travers le regard de trois femmes : une épouse de banquier genevois, une paysanne vaudoise devenue colon et une adolescente algérienne qui voit les Souissis s’approprier ses terres. Elles disent les espoirs, les violences et les exactions de la Suisse coloniale.

    https://www.cousumouche.com/?p=7328
    #roman #livre #Suisse #colonisation #colonialisme #Algérie #Sétif #Suisse_coloniale

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    ajouté à la métaliste sur le colonialisme suisse :
    https://seenthis.net/messages/868109

  • TECHNOFASCISMES
    https://ricochets.cc/TECHNOFASCISMES-9226.html

    Dans LA MAISON BRÛLE #2, l’émission de radio antifasciste, décoloniale, transféministe et anticapitaliste sur RSF, on s’intéresse aux liens entre le fascisme et les nouvelles technologies. On discute de l’IA, de critique envers la technologie, des technofascistes comme Palantir, de l’extractivisme mais aussi de résistances réelles et imaginaires. #Les_Articles

    / #Audio, #Féminisme, #Mouvements_et_courants_autoritaires,_néofascistes_et_autres, #Colonialisme_-_luttes_décoloniales, #Antifascisme

    https://www.radiosaintfe.com/emissions/details/view/lamaisonbrule-2-technofacismes

  • Collezioni fotografiche del colonialismo italiano (1861-1960)

    La «#Fototeca_IsIAO» si trova presso la «Biblioteca #IsIAO» - Sala delle Collezioni Africane e Orientali della Biblioteca Nazionale Centrale di Roma. Essa custodisce la più vasta raccolta di fotografie relative al colonialismo italiano, avendo ereditato il materiale dal #Museo_delle_Colonie di Roma, un’istituzione di propaganda che all’epoca faceva parte del Ministero delle Colonie, nonché da varie istituzioni coloniali esistite nel corso del XX secolo.

    Una fotografia non parla da sé, specialmente se ha un passato conteso e controverso. Non è sempre e/o solo un documento d’archivio inoppugnabile. Non è solo una «fredda» prova del reale. La maggior parte delle immagini coloniali conservate nella fototeca IsIAO sono oggetti complessi, che hanno mutato pelle più volte nel corso della loro lunga vita istituzionale. Possono scatenare ricordi, produrre nuove analisi, generare scoperte, (ri)connettere idee, persone, eventi. Queste fotografie furono raccolte da entità coloniali, ordinate e classificate in categorie funzionali all’interno della propaganda coloniale, tanto che molto spesso le (rare) didascalie che le accompagnano risultano razziste, offensive, capziose.

    Il progetto presentato oggi su Zooniverse intende rendere accessibili le collezioni fotografiche dell’IsIAO a un pubblico più ampio, invitando a partecipare alla descrizione delle immagini in modo più equo e inclusivo. Ma il nostro obiettivo va oltre la semplice descrizione: intendiamo anche raccogliere dati fondamentali su persone, luoghi ed eventi, aprendo al contempo uno spazio per un confronto critico con questa documentazione.

    https://www.zooniverse.org/projects/it/chiararoma/photographic-collections-of-italian-colonialism-1861-1960
    #photographies #colonialisme_italien #Italie_coloniale #colonialisme #archive #collection_photographie #crowdsourcing

  • “Surveillance City”

    Directed by Harjant Gill and Pearl Sandhu and featuring Professor Inderpal Grewal, Surveillance City takes viewers on a journey through contemporary #Delhi, narrating a city marked by the extreme inequality resultant of decades of neoliberalism, and highlighting the insidious work of an authoritarian state deploying surveillance and securitisation measures to govern diverse populations and temper unrest. It’s a powerful meditation on masculinism and militarism, populism and patriarchy, the aesthetics and affects of security, nationalism and religion, policing and the law, discourses of terror, fear of the other, the role of the media, but also dissent, protest, and the prospects of democracy in a postcolonial state.

    https://vimeo.com/1149568432?fl=pl&fe=vl


    https://antipodeonline.org/2026/05/13/surveillance-city

    #film #film_documentaire #surveillance #Inde #inégalités #autoritarisme #néolibéralisme #New_Delhi #géographie_urbaine #ville #nationalisme_hindou #nationalisme #minorités #pauvreté #gentrification #enclaves #caméras_de_vidéosurveillance #sécurité #sentiment_de_sécurité #patriarcat #sécuritisation #espace_domestique #masculinité #religion #esthétique #Narendra_Modi #normalisation #émotions #peur #insécurité #lois #lois_coloniales #armée #militaires #policing #réseaux_sociaux #terrorisme #terreur #hindous #homogénéité #géographie #géographie_sociale #classes_sociales #castes #démocratie #Etats_post-coloniaux #colonialisme #répression #droits

    ping @cede

    via @reka

  • « PILLAGE » – #Abécédaire_de_l’Écologie_Sociale
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2026/05/16/pillage-abecedaire-de-lecologie-sociale

    Très peu d’économistes reconnaîtront que leur pseudo-science, ce que l’on désigne généralement comme l’Économie politique, c’est à dire la dynamique structurelle du capitalisme, est basée prioritairement sur le pillage et la rapine à grande échelle. Pirates et flibustiers ne furent jamais à coté que de simples amateurs, voulant prendre exemple sur les pratiques que mettaient […] L’article « PILLAGE » – Abécédaire de l’Écologie Sociale est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Colonialisme #Critique_du_capitalisme_et_de_l'Etat #Exploitation #Mégamachine #Michel_Le_Bris #Saccage

  • Reggae : si l’Apocalypse m’était contée.
    https://lhistgeobox.blogspot.com/2026/05/reggae-si-lapocalypse-metait-contee.html

    « Les rastas fustigent le système corrompu et oppressif occidental, identifié à Babylone, la ville de l’exil forcé des Hébreux après la destruction du premier Temple par le roi Nabuchodonosor. Ils assimilent leur sort aux tribus perdues d’Israël. Desmond Dekker enregistre "Israelites", Horace Andy "Children of Israel". Ainsi, les références bibliques, à l’Egypte et la Palestine antique abondent dans les paroles des titres de reggae. Sugar Minott chante ainsi "River Jordan". "Rivière Jourdain, roule rivière Jourdain / Elle nous appelle à la maison / Nous devons retourner à la maison, retourner en Afrique / le Mont Sion, là où nous voulons aller / Si longtemps nous sommes restés en esclavage / Et bien, maintenant, ils ne nous restent plus qu’à être libres / Oui, nous voulons être libres." Max Romeo décrit le jugement dernier en train de se produire dans la "Valley of Josaphat". Bob Marley implore "Exode ! Envoie nous un autre frère Moïse ! Depuis l’autre bout de la mer rouge". »