Depuis, lʼidée de commune ressurgit constamment, partout dans le monde. On la voit apparaître dans des moments insurrectionnels, plutôt isolée, ou se présenter comme un symbole de lutte dans de forts moments politiques. Souvent, elle est un nom pour des épisodes de révolte où des pouvoirs populaires émergent au sein de la vie quotidienne du soulèvement : cantines, bases de soin, autodéfense juridique, etc. Tel fut le cas à Oakland en 2011 ou sur la place Taksim à Istanbul en 2013.
Surtout, elle a pu devenir un modèle pour des systèmes plus élaborés, essentiellement hérités de lʼanarchisme, à lʼéchelle dʼune région ou dʼun pays. En Russie et en Ukraine, le mouvement des Kommunas a été important dans les débuts de la Révolution russe en 1917, puis cʼest surtout lors de la guerre civile espagnole en 1936 et 1937 que le principe de collectivités autogérées fédérées a été mis en application sur une large région, au sein des villes et villages libérées par les anarchistes communistes libertaires face aux franquistes.
Depuis 1994, le mouvement zapatiste assure lʼautonomie des peuples indigènes du Chiapas mexicain, sur la base de communes auto- gouvernées. Enfin, au milieu de la guerre en Syrie a émergé le Rojava, pays établi par le peuple kurde sur les principes du confédéralisme démocratique, cʼest-à-dire dʼune confédération dʼassemblées démocratiques locales.
Ces deux derniers exemples, contemporains et toujours existants, sont certainement les plus inspirants aujourdʼhui. Ils sont deux tentatives fonctionnelles de sociétés égalitaristes et sans État, construites sur un fervent anticapitalisme et essayant de restreindre toute logique de pouvoir et de domination. Mieux encore, ils placent les enjeux féministes, coloniaux, écologiques au cœur de leur action.