• The Elusive Peril of Space Junk | The New Yorker
    https://www.newyorker.com/magazine/2020/09/28/the-elusive-peril-of-space-junk

    In the fourteen billion years between the big bang and the autumn of 1957, space was pristine. Then came Objects No. 1 and 2 in the NORAD catalogue: Sputnik 1—a polished orb of aluminum alloy with four long prongs—and the rocket that the Soviet Union had used to launch it, ushering in the space age. Sputnik circled the planet in an elliptical orbit, but at an altitude so low that atmospheric drag brought it down within three months. The following year, NASA launched Object No. 4, Vanguard 1, farther out into space, but then lost contact with it. Adrift since 1964, it still circles the planet. At the apex of the Cold War, Sputnik and Vanguard were triumphant emblems of a bold future. Today, they are emblems of junk.

    Since 1957, humanity has placed nearly ten thousand satellites into the sky. All but twenty-seven hundred are now defunct or destroyed. Collectively, they cost billions of dollars, but they were launched with the understanding that they were cheaper to abandon than to sustain. Some, like Sputnik, have burned up. Thousands, like Vanguard, will stay in orbit for decades or centuries, careering around the planet as ballistic garbage: a hazard to astronauts and unmanned spacecraft alike.

    These satellites are joined by thousands of spent rocket bodies and countless smaller items—space flotsam created by wear or collision or explosions: things like bolts and other bits of metal. There are odder specimens, too. Object No. 43205 is a functional Tesla Roadster (with a mannequin driver) that Elon Musk launched in 2018. A company called Celestis fires capsules loaded with human remains into orbit, where they will stay for nearly two and a half centuries. (The ashes of Gene Roddenberry, the creator of “Star Trek,” were sent aloft in Object No. 24779.) For years, Space Shuttles emptied their septic systems during missions: astronaut urine, instantly transformed into glimmering snowflake clouds, is reputed to be among the more beautiful visions in space. In 2007, a shuttle jettisoned a fourteen-thousand-pound tank of ammonia. (It later burned up over the South Pacific.) Astronauts, too, have accidentally let objects fall into orbit during space walks: a camera, a spatula, a glove, a mirror, a bag filled with a hundred thousand dollars’ worth of tools.

    Small or large, personal or industrial—retrieving anything from space is immensely difficult, and has been done on just a handful of occasions. The military tracks about twenty-six thousand artifacts orbiting Earth, but its catalogue recognizes only objects larger than ten centimetres; the total number is much greater. By one estimate, there are a hundred million bits of debris that are a millimetre in size, a hundred trillion as small as a micron. We live in a corona of trash.

    #Espace #Débris_spatiaux #Pollution #Communs

  • Routes nationales : « La privatisation d’une partie de l’espace public constitue une régression politique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/21/routes-nationales-la-privatisation-d-une-partie-de-l-espace-public-constitue

    Tribune. Ça s’est passé au creux de l’été. Le 14 août, a été publié au Journal officiel, un décret du premier ministre, « relatif au classement de certaines sections de routes dans la catégorie des autoroutes », comme nous l’apprend Le Monde du 19 septembre dans l’article « La loi autorise la privatisation de kilomètres de nationales ».

    De quoi s’agit-il ? Tout simplement, de privatiser des parties de routes nationales. Il s’agit, somme toute, d’étendre à des routes nationales le régime de concession des autoroutes au secteur privé, à des entreprises, ce qui contribue à réduire encore un peu l’emprise de l’Etat sur la circulation dans notre pays. Sans doute importe-t-il de s’interroger sur la signification de cette mesure nouvelle concernant la circulation dans notre pays.

    D’abord, ne nous trompons pas : il s’agit d’une forme nouvelle de régression sociale. Tout se passe ainsi comme si nous revenions, une fois de plus, aux institutions de l’Ancien Régime, aux logiques d’aménagement de l’espace qui dominaient notre pays avant la Révolution de 1789. En privatisant certaines sections de routes nationales, l’exécutif fait revenir notre pays au régime de circulation qui prévalait avant l’émergence des idées et des projets révolutionnaires du XVIIIe siècle, en quelque sorte, finalement avant l’apparition de ce que l’on a appelé la philosophie des Lumières.

    L’espace public est une figure qui a deux significations.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Qui est Meridiam, l’allié de Veolia dans la bataille de Suez ?

    La première, celle que l’on connaît bien depuis que Jürgen Habermas a publié L’Espace public en 1962, où le philosophe désigne ainsi l’espace du débat public, l’espace dans lequel les idées et les engagements sont librement formulés, débattus, confrontés les uns aux autres, dans l’éveil d’une vie politique réelle.
    Au final également, une régression économique

    Mais il existe une autre signification de l’espace public, celle que l’on pourrait désigner comme ce qui le fonde : sa dimension proprement spatiale. Ce que l’on appelle l’espace public désigne l’espace du peuple, l’espace dans lequel le peuple se retrouve. Ce que les Romains désignaient comme l’ager publicus était un espace qui n’appartenait à personne, et où tout le monde pouvait travailler la terre, en particulier un espace qui était dévolu aux cultures destinées à la population pour les éventuelles périodes de famine.

    #Espace_public #Routes_nationales #Automobile #Privatisation #Communs

  • Une Histoire du logiciel libre - Polémix et la voix off
    https://polemixetlavoixoff.com/emission-une-histoire-du-logiciel-libre

    Alors comme ça, Big Brother veut nous coller de la 5G partout ?

    Une Histoire du logiciel libre. Une heure avec Philippe Rivière, spécialiste d’internet et journaliste au Monde Diplomatique.

    Où l’on verra le rapport que l’on peut faire entre le chanteur et militant politique Woody Guthrie … et internet…

    Première diffusion : Novembre 2012.

    http://polemix.dooz.org/HistoireDuLogicielLibre.mp3

    #internet #libre #communs #logiciel #informatique #libertés #audio

  • L’espace proche subit une « pollution » par les trop nombreux déchets générés par une multitude d’objets en orbite autour de la Terre. Devenu très tôt un enjeu militaire mais aussi commercial, il convient désormais de « dépolluer » cet espace de tous ses déchets.
    Serait-ce une nouvelle illustration de la Tragédie des #communs ?

    Quatre scénarios pour endiguer le problème des débris spatiaux
    https://theconversation.com/quatre-scenarios-pour-endiguer-le-probleme-des-debris-spatiaux-1458

    « Clear sky with a chance of satellite debris… », déclare le Dr. Ryan Stone dans le film Gravity. Quelques minutes plus tard, sa navette spatiale est heurtée de plein fouet par un nuage de débris spatiaux généré par un tir de missile antisatellite.

    Le scénario catastrophe du blockbuster américain s’inspire d’un problème bien réel qui préoccupe la communauté spatiale : celui des débris spatiaux, qui a été identifié dès les années 1960, avec l’analyse des capsules des premières expéditions. Il faut néanmoins attendre les années 1980 pour prouver scientifiquement la menace qu’ils font peser sur l’écosystème spatial.

    #espace #méta-problème #débris_spatiaux

  • Pour une fiducie de données à la RAMQ | Le Devoir
    https://www.ledevoir.com/opinion/idees/585113/pour-une-fiducie-de-donnees-a-la-ramq

    Anne-Sophie Hulin et Antoine Cossé

    Respectivement docteure en droit, chercheuse sur les fiducies de données, Centre Paul-André-Crépeau de droit privé et comparé (Université McGill) et directeur d’investissement en intelligence artificielle
    1 septembre 2020
    Idées

    Idées

    Alors que le ministre Fitzgibbon faisait allusion il y a plusieurs jours à la « mine d’or » que pourraient représenter les données RAMQ, Québec solidaire, par la voix de Vincent Marrissal, redoute plutôt le coup de grisou en lui reprochant de « jouer aux allumettes dans la poudrière des renseignements personnels ». Et pour les citoyennes et les citoyens, versés ou non dans les allégories minières, y a-t-il à espérer ou à craindre ? Mais, surtout, existe-t-il des avenues pour réconcilier ces oppositions quand vient le sujet des données personnelles et de leur utilisation par des tiers ?

    Le débat sur l’utilisation des données RAMQ bat son plein à l’Assemblée nationale et l’opposition prévoit de faire monter au créneau tous les experts de cybersécurité et d’éthique, la Protectrice du citoyen, la Commission d’accès à l’information et d’autres experts de la RAMQ.

    Exploitation commerciale

    Le devenir des données personnelles occupe de nouveau les devants de la scène, cette fois sur un autre volet délicat qui touche l’individu : la description détaillée de sa situation de santé. Si les données personnelles n’ont pas été spoliées, à l’instar des affaires récentes liées à Desjardins ou à Capital One, c’est l’admissibilité de leur cession à des fins d’exploitation commerciale qui attire tous les regards aujourd’hui.

    Car, une fois les données vendues, la question de leur devenir et de la maîtrise sur leur exploitation future se pose. Si les perspectives économiques et le bénéfice pour la recherche médicale (et le patient, en fin de compte) ont pu être avancés, la garantie d’un usage encadré et approprié par les entreprises pharmaceutiques et leurs partenaires est-elle possible ? Quels principes de gouvernance et d’administration communs seront appliqués dans l’exploitation, la modélisation, voire peut-être la vente ultérieure de ces données ? Quels mécanismes de contrôle auront alors le gouvernement et, surtout, les citoyennes et les citoyens sur leurs usages multiples ?

    Ces différentes craintes sont bien réelles au regard des nombreuses voix qui s’élèvent sur le sujet et qui, pour certaines, pointent vers les carences du droit. En effet, les principaux outils en place pour la gouvernance et l’administration des données se résument au consentement de l’utilisateur, que l’on sait limité, et aux politiques internes des compagnies privées, inspirées de cadres de référence éthiques.

    Le Québec comme le Canada planchent actuellement, il est vrai, sur une révision du cadre juridique relatif à la protection des données personnelles (le projet de loi 64, notamment) afin de rénover la règle du consentement éclairé, devenue obsolète dans un monde gouverné par l’échange de données massives. Quant à l’éthique, elle nous offre également des pistes de solutions intéressantes. Toutefois, son manque de juridicité et l’éclectisme de son contenu en limitent tant la portée que l’efficacité.

    Il importe de rappeler que les données personnelles ne sauraient être des biens ordinaires circulant librement sur le marché, compte tenu des informations délicates sur les personnes qu’elles sont à même de révéler. C’est pourquoi l’éventualité d’une cession des données personnelles, même anonymes, fait l’objet de tant de critiques si elle est sans gage de protection pour les individus. Nous vivons une époque de nouveaux paradigmes technologiques qui doit nécessairement s’accompagner de réflexions innovantes et audacieuses pour faire avancer le débat. Dans ce contexte, la recherche d’une solution juridique qui allie protection et circulation maîtrisée des données personnelles s’impose donc.

    De ce point de vue, la fiducie de données est une alternative à considérer sérieusement. En effet, cet outil juridique, traditionnellement plus connu des gestionnaires de patrimoine, permet une gestion finalisée de certains biens. Au titre de la fiducie, des biens (ou des données) sont administrés dans un but précis, mission dont le fiduciaire doit rendre compte. La détention et l’utilisation des données correspondraient donc à une finalité précise et seraient surtout sujettes à surveillance.

    L’usage par des tiers

    Par l’instauration d’une fiducie de données, il deviendrait alors aisé de définir les modalités selon lesquelles les données personnelles relatives à la santé des patients pourront être collectées, utilisées, cédées ou encore détruites. Cet outil permettrait également de délimiter, mais aussi de contraindre l’usage fait des données personnelles par des tiers, ici, les groupes pharmaceutiques. En d’autres termes, dans cette affaire RAMQ, pour remettre en avant l’intérêt du patient, tout n’est donc qu’une question de finalité… et des outils pour l’encadrer !

    Si la fiducie de données est un outil juridique émergent qu’il convient d’étudier davantage, celle-ci offre véritablement la perspective d’une gestion des données personnelles pour laquelle toutes et tous y trouveraient leur compte.

    Vie_privée #Donnéeq_santé #Communs

  • Je ne comprends pas la « critique de la valeur »
    Retour sur la critique du travail

    Louis de Colmar

    https://lavoiedujaguar.net/Je-ne-comprends-pas-la-critique-de-la-valeur-Retour-sur-la-critique-

    Le mouvement de la critique de la valeur, à partir d’une perception qui me semble pertinente et stimulante de la réalité immédiate (le travail et le capital ne peuvent pas être dissociés dans la définition historique du capitalisme, et sa critique doit englober au même titre le travail et le capital), comporte cependant, à mon avis, un biais de perspective : il postule une définition ontologique du capitalisme, en passe d’être entièrement réalisée sous nos yeux, et dont les prémices auraient dès le départ été présentes. L’essentiel de ses travaux peut ainsi se lire comme une tentative de reconstruire à travers une « archéologie régressive » la mise au jour de cette ontologie : c’est tout le sens de l’exhumation d’un Marx « ésotérique » dans l’œuvre « exotérique » de Marx. C’est la même tentative que l’on retrouve dans le livre de Jappe (La Société autophage) ou dans celui de Hemmens (Ne travaillez jamais).

    Dans le cas de Hemmens, on se trouve face à une tentative de comprendre les critiques du travail formulées par Fourier, Lafargue, les surréalistes ou les situationnistes, à travers les limites spécifiques dans leurs approches face à cette ontologie originelle du capitalisme, qu’ils n’étaient pas en mesure de percevoir « correctement ». Dans le cas de Jappe, son travail était plus ambitieux, puisqu’il souhaitait fonder cette ontologie dans une confrontation critique avec les philosophes de la modernité, mais avec la même optique inversée.

    Or, ce qu’il s’agit à mon sens de mettre en avant, ce ne sont pas des insuffisances voire des erreurs de ces critiques ou philosophes par rapport à un référentiel présent, mais se servir de ce décalage perceptible entre ces auteurs d’hier et la réalité actuelle pour comprendre la transformation « qualitative » qui a eu lieu (« qualitative » au sens de non linéaire, non cumulative). La compréhension du présent devient ainsi un moment de la compréhension et de l’intelligibilité éventuelle de ce décalage (« éventuelle » car elle n’est pas aboutie, ni définitive). (...)

    #critique_du_travail #Anselm_Jappe #capitalisme #Marx #communs

  • Cravirola - Jérémie Lefranc / Une expérimentation politique alliant vie et travail / Jérémie Lefranc - Éditions du commun
    https://www.editionsducommun.org/collections/all/products/cravirola-jeremie-lefranc

    La coopérative Cravirola a marqué toutes les personnes qui l’ont côtoyée et plus largement les milieux militants du début des années 2000. Ses membres se sont posé comme enjeu politique de vivre et travailler autrement et ont choisi comme moyen la coopérative, la paysannerie et la ruralité. Jérémie Lefranc nous livre ici son expérience au sein de cette communauté de vie et de travail. Nous suivons sur dix années la vie quotidienne d’un collectif, rythmée par les activités, les chantiers, les relations en interne comme au voisinage en passant par les questions financières et les choix stratégiques. L’auteur nous embarque dans un récit ancré dans une réalité qui nous est tout autant familière que singulière.

    Ayant été en contact avec ce collectif plusieurs années de suite avec toujours autant de bonheur que de questions, je relaie. Témoignage précieux d’une expérience non moins précieuse.

    #collectif #autogestion #scop #coopérative #travail #communs #commune

  • « Construire une santé en commun devient un impératif moral, éthique et démocratique »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/07/29/construire-une-sante-en-commun-devient-un-imperatif-moral-ethique-et-democra

    « Construire une santé en commun devient un impératif moral, éthique et démocratique »
    Tribune

    Jean-Francois Alesandrini - ancien directeur des affaires publiques à DNDi

    Benjamin Coriat - professeur émérite de sciences économiques

    Stéphanie Leyronas - chargée de recherche à l’Agence française de développement

    Le coronavirus oblige à repenser les problématiques de la marchandisation de la santé. Et à permettre ainsi aux plus démunis d’accéder aux traitements et à un futur vaccin, soulignent trois chercheurs.

    Publié le 29 juillet 2020 à 02h51 -
    Une volontaire reçoit une injection contre le Covid-19 produite par la société chinoise Sinovac Biotech, à Sao Paulo (Brésil), le 21 juillet.
    Une volontaire reçoit une injection contre le Covid-19 produite par la société chinoise Sinovac Biotech, à Sao Paulo (Brésil), le 21 juillet. HANDOUT / AFP

    Tribune. La crise sanitaire mondiale a révélé, fin janvier, les défaillances du système de l’innovation médicale et de l’accès aux produits de santé pour tous : ni vaccins développés, ni traitements validés, ni diagnostics disponibles pour lutter contre une pandémie dont les scénarios les plus sombres annonçaient plusieurs millions de morts. Devant des opinions inquiètes, la plupart des gouvernements européens et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont fixé un nouveau cap : un accès équitable aux futurs traitements.

    Bien que désordonnée, la discussion actuelle revitalise des idées débattues par quelques experts depuis des années sur tout un ensemble de problématiques liées à l’accès aux produits de santé : la marchandisation du domaine de la santé, les brevets, les prix pratiqués, l’opacité des coûts de la recherche, la générosité de l’industrie pharmaceutique auprès de ses actionnaires, ou encore les capacités limitées d’innovation et l’accès restreint aux produits de la science des pays à bas revenus.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi Coronavirus : contre le « bien commun », Sanofi oppose la nécessité de financer ses nouveaux vaccins

    L’idée sur laquelle reposent les déclarations universalistes et progressistes, faites depuis le début de la crise, est celle de prix abordables des produits développés, voire de leur gratuité pour les plus vulnérables. Assistons-nous ainsi à une révolution dans le domaine de la santé, tirée par les milliards d’argent public, mais aussi philanthropique, mobilisés en urgence pour la recherche et le développement ? Le lancement de la Garantie de marché Gavi, lors du sommet mondial sur la vaccination, le 4 juin 2020, et les 3,8 milliards de dollars (3,3 milliards d’euros) levés en quelques jours pour la recherche sur les vaccins contre le Covid-19 (AMC Covax) pourraient le laisser croire.

    Fortes divergences

    La concrétisation de ces intentions révèle toutefois de fortes divergences. Dans leur communiqué en date du 26 mars, les dirigeants du G20 évoquent des « prix abordables » pour les médicaments, les vaccins et les diagnostics développés.

    Les dirigeants d’Unitaid précisent que les entreprises doivent renoncer à leurs licences en faveur d’une structure qui garantirait la production de traitements à des prix abordables. Les organisations non gouvernementales en général, comme Médecins sans frontières (MSF), plaident pour qu’aucun brevet ne soit déposé ni qu’aucun profit ne soit réalisé par les industriels. D’autres exigent, à l’instar de Wellcome Trust, aujourd’hui un financeur incontournable en faveur de la santé publique mondiale, que le vaccin soit considéré comme un bien public mondial et mis à disposition gratuitement.
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    Ainsi, à situation exceptionnelle, mesures extraordinaires. Mais derrière les intentions affichées, il est à craindre des lendemains moins solidaires et décevants pour les tenants d’un monde sans brevets et de l’accès aux produits de santé pour tous. Les industriels restent réticents à faire des concessions sur les droits que leur confèrent leurs brevets, qu’ils considèrent comme « un puissant incitatif au développement de la recherche », et les gouvernements ne semblent guère enclins à définir de nouvelles règles du jeu.

    L’Europe et les Etats-Unis ont déjà préempté des volumes conséquents de vaccins avec les industriels, faisant poindre l’émergence d’un « nationalisme vaccinal »

    Prenons l’initiative Covax : elle offre des caractéristiques intéressantes sur les questions de distribution et d’accès. Le dispositif prévoit, en 2021, une production de 2,5 milliards de doses à travers un système s’apparentant à une centrale d’achat auquel les pays contribueront. Toutefois, si des quotas de vaccins seront réservés pour le personnel soignant, pouvant aller jusqu’à 20 % de couverture vaccinale pour les pays contributeurs, les petits Etats risquent de passer à la trappe. Avec la garantie d’achat d’un certain volume de nouveaux vaccins avant même leur homologation, les fabricants sont ainsi incités à investir sans tarder dans leurs capacités de production.

    Cette incitation est nécessaire, car si un médicament possède en général une durée de vie longue du fait de consommations répétées dans le temps, le vaccin n’est administré qu’un nombre de fois limité. Dès lors, le coût de la recherche ne peut être couvert que sur l’administration d’un très grand nombre de doses.

    On peut penser que cette économie particulière offre la garantie d’un accès plus équitable aux vaccins développés. Mais l’Europe et les Etats-Unis ont déjà préempté des volumes conséquents pour leur marché à travers des accords bilatéraux avec les industriels, faisant poindre l’émergence d’un « nationalisme vaccinal ». Si un ou des produits venaient sur le marché dans quelques mois, il sera important de regarder, dans les faits, la réalité des promesses faites.
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    Le statu quo qui banalise le médicament et le vaccin comme des marchandises ordinaires ne peut plus être de mise. La crise du Covid-19 a certes ouvert des brèches mais, pour l’heure, le débat se cristallise entre les défenseurs de la propriété intellectuelle et ceux qui plaident en faveur d’une économie de la santé sans brevets. Entre ces deux pôles, des initiatives diverses nous montrent un autre chemin.
    Propriété intellectuelle

    Portées directement par des scientifiques, des médecins ou des experts de la santé publique, elles innovent sur le champ de la propriété intellectuelle, qui n’est plus traitée comme « absolue » et « exclusive », mais comme partagée et inclusive. Elles s’inscrivent dans la lignée des travaux sur les communs dont la politiste américaine Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009, a formulé les fondamentaux. La propriété est conçue comme un « faisceau de droits » dont les attributs peuvent être distribués et partagés. Dans cette conception, le titulaire du droit d’aliéner un bien ou d’en faire commerce peut être contraint par le respect des droits d’accès et d’usage définis et protégés.

    Ce principe transposé au cas des médicaments – et notamment ceux qui ont trait aux traitements des épidémies et pandémies – bouleverse la donne en permettant de dépasser une forme binaire de la pensée et de l’action (pour ou contre le brevet).

    La question qui se pose alors est celle des droits à protéger et des accords à passer en ce sens entre les acteurs, du patient au producteur, en passant par les médecins prescripteurs. Sans le revendiquer, plusieurs pratiques dans le champ de la santé amorcent des approches tournées vers l’accès et pourraient, sous certaines conditions, être renforcées dans une logique de communs.
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    Il s’agit par exemple du recours à la licence obligatoire, principe qui s’impose aux signataires de l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (Adpic). Voie encore sous-utilisée, elle installe un droit d’accès aux traitements, par-delà les droits conférés au détenteur du brevet. Le 17 mars, le Chili a déclaré que la pandémie de Covid-19 justifiait l’application d’une telle mesure. D’autres pays ont suivi : Israël (19 mars), l’Equateur (20 mars), le Canada (25 mars) et l’Allemagne (27 mars).

    Un système plus vertueux

    La pratique de prix différenciés, voire de commercialisation à prix coûtants, est une autre piste. Dans les années 2000, la stratégie « no profit, no loss » (« aucun profit, aucune perte ») de Sanofi a ainsi permis la mise sur le marché d’un antipaludéen à moins de 1 dollar pour les adultes. Autre exemple : le laboratoire Abbott fait varier les prix du Liponavir/Ritonavir, médicament contre le VIH-sida et aujourd’hui testé dans les essais cliniques contre le Covid-19, d’une échelle de 1 à 10 selon plusieurs critères tels que la pression des Etats et de la société civile, l’existence de centrales d’achat ou la présence de compétiteurs potentiels.

    Si, dans l’état actuel des choses, les laboratoires restent « maîtres des rabais » qu’ils proposent et qu’ils utilisent finalement comme des armes marketing, un système plus vertueux pourrait objectiver et codifier ces différenciations de prix sur la base des besoins des patients et des systèmes de santé en place.
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    C’est ce que permettent, par exemple, des accords de licences conclus par des organisations comme la fondation Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDi) avec les grands laboratoires pharmaceutiques. Aux termes de ces accords, l’industriel détenteur d’une molécule potentiellement intéressante contre telle ou telle maladie accorde des droits non exclusifs sur une molécule à DNDi pour toutes les applications qui résulteraient de la recherche conduite pour cette maladie.

    Ces modèles reposent sur le partage des connaissances, la diminution des coûts de la recherche et la mise sur le marché de produits sans brevet, accessibles à tous. Ils restent expérimentaux et fragiles mais, après quinze ans d’existence, ces initiatives ne peuvent plus être ignorées. C’est fort de cette expérience que DNDi a impulsé, le 3 avril, la formation d’une Coalition pour la recherche clinique sur le Covid-19 en vue de développer une recherche sur le virus dédiée aux pays du Sud.

    Revoir les règles

    On pourrait citer aussi les plates-formes de brevets, qui offrent la possibilité aux industriels de partager, sur une base volontaire, tout ou partie de la propriété intellectuelle : en témoigne la mise en place récente par l’OMS de l’accélérateur technologique Covid- Technology Access Pool (C-TAP), plate-forme pour laquelle huit produits pour le traitement du Covid-19 sont sous essais cliniques.

    Révélatrice des inégalités sociales à travers le monde et des insuffisances des structures publiques de soins, le Covid-19 bouscule l’ordonnancement de la recherche en matière de santé publique. Elle appelle à des outils appropriés, au bénéfice du plus grand nombre, et d’abord des plus fragiles.

    Revoir les règles du jeu pour construire une santé en commun devient un impératif moral, éthique, et même démocratique. En sortant du diktat de la propriété intellectuelle exclusive, des initiatives nous montrent la voie.

    Jean-Francois Alesandrini, ancien directeur des affaires publiques à DNDi (Initiative médicaments pour les maladies négligées). Benjamin Coriat, professeur émérite de sciences économiques à l’université Sorbonne Paris-Nord. Stéphanie Leyronas, chargée de recherche à l’Agence française de développement

    #Communs #Médicament #Santé_publique

    PS : Tiens, tiens, Jean-François Alessandrini était un des auteurs du premier livre publié par C&F éditions ( Pouvoir savoir , en 2005) et Benjamin Coriat dans une des dernières publications ( Discours de Stockholm par Elinor Ostrom, 2020, dont il a rédigé la préface).

  • Droit à l’eau : 10 ans après, où en est-on ? - France Libertés - Fondation Danielle Mitterrand
    https://www.france-libertes.org/fr/droit-a-leau-10-ans-apres-ou-en-est-on

    Retour sur cette victoire en demi-teinte

    Le 28 juillet 2010, l’Assemblée Générale des Nations Unies reconnaissait le droit à l’eau et à l’assainissement comme un droit humain. C’est le résultat d’une longue bataille à laquelle la Fondation a pris part dès la fin des années 1990. L’ONU reconnait ainsi la centralité de l’eau dans la réalisation d’autres droits. Depuis, ce droit est régulièrement invoqué par des citoyens et collectifs pour exiger un accès à l’eau adéquat.

    Toutefois, dix ans après sa proclamation, ce droit est loin d’être garanti pour tous. Un tiers de la population mondiale ne jouit pas d’un accès digne à l’eau. En France le droit à l’eau n’est pas une réalité pour tous, notamment pour les populations migrantes, sans abris ou encore en Outre-mer. Accaparement, pollution, surexploitation ou encore privatisation de l’eau sont au cœur de nombreuses luttes des mouvements sociaux dans le monde. On le comprend, la question de l’eau est, comme le dit Sylvie Paquerot, membre du Conseil d’Administration de la Fondation Danielle Mitterrand « illustrative de la bataille politique fondamentale qui lie droits humains et enjeux écologiques ». La gestion actuelle de l’eau, fondée sur une approche économique, utilitariste et extractiviste provoque la destruction du vivant et créé des inégalités d’accès fortes.

    Face à cette situation alarmante, le droit à l’eau tel que reconnu par l’ONU en 2010 reste un outil fragile pour faire changer les choses. En effet, la définition du droit à l’eau travaillée par les experts onusiens ces dernières années ne permet pas la sortie de la logique économique et prédatrice de l’eau alors même que c’était la demande sous-jacente forte des acteurs investis dans cette bataille. Comme l’explique Sylvie Paquerot dans la vidéo ci-dessous « On a gagné la reconnaissance du droit à l’eau dans les termes acceptables par le système existant ».

    Les facteurs bloquant le droit à l’eau : de la nécessité d’une approche systémique et radicale

    La perception de l’eau appréhendée uniquement comme ressource à gérer par la logique marchande est le cœur du problème de la non-effectivité du droit à l’eau. Dans cette logique, le marché fixe la limite d’utilisation à la capacité de payer et au retour sur investissement attendu et pas à la capacité de l’eau à se régénérer. Cette logique conduit à un épuisement de l’eau de bonne qualité, à des personnes privées d’eau du fait de la priorité des usages industriels et agricoles sur les usages vitaux ou encore à une négation du droit à l’eau pour les personnes qui n’ont pas les moyens de payer. La logique économique de rentabilité sur le court terme est incompatible avec la protection sur le long terme. Les projets extractifs et de marchandisation, basés sur une vision utilitariste du vivant bouleversent durablement le cycle hydrologique.

    De cette façon, mettre l’accent sur le seul problème de l’accès à l’eau potable pour la consommation humaine ne suffit pas. L’enjeu est situé dans la globalité, l’eau, par sa centralité, lie des éléments environnementaux, sociaux, politiques, culturels et nécessite une vision décloisonnée. Une approche systémique et radicale est nécessaire pour penser les problématiques de l’eau. Depuis l’eau des glaciers, en passant par l’évaporation des végétaux, l’environnement local des usages, cette approche implique de nous questionner sur nos façons d’habiter la Terre et de “faire société. Le droit à l’eau nécessite de se poser la question du statut de l’eau, de la gouvernance mais aussi des droits de l’eau.

    #Eau #Communs #Biens_communs #Droit_à_l_eau #France_Libertés

  • « Citoyens, citoyennes, résistons, semons des graines » : une révolution potagère à Tours
    https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2020/07/24/citoyens-citoyennes-resistons-semons-des-graines-une-revolution-potagere-a-t

    PortraitJardins secrets (1/5). Un collectif de jardiniers tourangeaux réinvestit les parcelles délaissées de la ville pour y faire du maraîchage sauvage et solidaire. Portrait de Pauline Jallais, l’une de ses militantes pro-autonomie alimentaire.

    Elle arrive au lieu de rendez-vous sur son vélo hollandais équipé de deux porte-bébés, yeux verts et large sourire. La « jardinière masquée » circule donc à visage découvert. A 34 ans, la Tourangelle Pauline Jallais est l’un des membres de ce collectif de maraîchers improvisés qui, chaque semaine, se retrouvent pour planter et entretenir des fruits et légumes dans les espaces délaissés de la ville de Tours.

    L’idée est née pendant le confinement. Mélanie Bresson, une couturière professionnelle de la région, s’est lancée dans la fabrication de protections en tissu. Très vite, une armée de petites mains la rejoint pour coudre et distribuer gratuitement plus de 60 000 exemplaires en Touraine. « A cette occasion, on a vu qu’il y avait aussi une urgence alimentaire car beaucoup de bénévoles rencontraient des difficultés pour se nourrir », explique Pauline Jallais, proche des « couturières masquées du Centre-Val de Loire ».

    Grâce aux réseaux sociaux, et au relais de militants, comme l’aventurier écolo tourangeau Baptiste Dubanchet (qui s’est fait connaître en traversant l’Atlantique en pédalo en se nourrissant de restes et d’invendus), un petit groupe de jardiniers décide sans autorisation municipale d’investir un bout de parcelle en friche dans le quartier Lakanal-Strasbourg, à proximité du centre de Tours. « Planter des comestibles dans la ville était une façon de faire prendre conscience de la nécessité de se réapproprier notre alimentation en produisant là où les gens vivent. » Le masque est l’accessoire de l’époque : après les couturières, va pour les jardinières ainsi nommées.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Des potagers bio et solidaires pour ceux que la crise ne manquera pas de toucher »
    Néophytes et passionnés

    Quelques semis de radis plus tard, le mouvement a essaimé dans cinq quartiers de la ville et plus d’une soixantaine de femmes et d’hommes se retrouvent régulièrement pour manier la bêche et le râteau.

    « Tout le monde peut participer. Il y a des gens qui se connaissent et d’autres qui viennent par hasard ou par curiosité. Cela crée du lien », assure Pauline Jallais. Les plants et graines proviennent de dons de maraîchers ou de particuliers. « Nous savons bien que l’on ne va pas nourrir une ville avec nos plantations, mais c’est une manière de montrer que l’on peut faire différemment, en mettant à disposition de tous une nourriture plus locale. »

    #Communs #Jardins_partagés #Agriculture_urbaine #Tours

    • @hlc, il commence à y avoir une petite littérature sociologique sur la lutte des classes au jardin, des études sur les usages différenciés que les gens font des jardins partagés selon leur statut économique (et leur accès à de la bouffe bio), dans lesquelles on apprend que oui, la petite bourgeoisie s’amuse. D’autre part, l’engouement des classes dirigeantes pour l’agriculture urbaine permet de jeter un voile pudique sur l’artificialisation des sols en cours dans les périphéries des métropoles. Comme tu dis, c’est compliqué.

      Les jardins partagés franciliens
      https://journals.openedition.org/gc/4916

      Alors que la plupart des travaux s’appuient sur l’idée que les lieux d’agri­culture urbaine contribuent à la justice sociale en tant qu’espaces d’éman­­cipation et de remise en cause des rapports de domination (Eizenberg, 2012 ; Purcell & Tyman, 2015), d’aucuns les analysent comme vecteurs d’injustices sociales prenant part à ce titre au modèle néolibéral de la fabrique urbaine (Allen & Guthman, 2006 ; Ernwein, 2015, Reynolds, 2015).

      Le terme de « justice environne­mentale » est d’ail­leurs absent des discours politi­ques français. Certains auteurs évoquent à ce propos la volonté d’une dépolitisation de l’environ­nement, envisagé comme forcément positif et donc consensuel (Blanchon, Moreau & Veyret, 2009). Si l’on s’intéresse ensuite à la diversité des participants ; les collectifs d’usagers des jardins partagés franciliens appa­rais­sent relativement mixtes malgré la domi­nation des classes moyennes et supérieures ainsi que la surrepré­sentation de la tranche d’âge 40-59 ans, des femmes et des blancs (Demailly, 2014a). Les dimensions ethnico-culturelles n’ont toutefois pas fait l’objet d’investi­gations approfondies en France. Le dernier point est relatif à la participation au processus politique, que Marion Young qualifie de « justice inclusive » (Young, 1990). Si les usagers participent à la gestion au quoti­dien des jardins partagés, ce qui favorise une autonomie certaine des associations, leur rôle en termes de décision reste modeste ; les municipalités en tant que propriétaires du foncier en conservent l’attribut (Demailly, 2014b). Au vu de ces constats, compte tenu de la faible mobilisation de ce terme et du fait que certaines dimensions aient fait l’objet de travaux anté­rieurs, nous avons choisi d’interroger dans cet article les jardins partagés comme de potentiels éléments d’une transition environne­men­tale plutôt que comme des compo­sants d’une justice environnementale.

  • L’agricoltura civica funziona. E batte coronavirus e modello intensivo

    L’approccio «alternativo» risolve molti limiti delle coltivazioni industriali ed è più resiliente nelle crisi. L’università di Firenze rivela: dove si pratica, i contagi calano del 60%

    Cosa ci vuole per uscire dalla crisi economica e sociale che l’emergenza sanitaria da coronavirus (Covid-19 o SARS-CoV-2, se preferite) ci sta imponendo? Una buona agricoltura multifunzionale, che si basa su legami di prossimità, solidarietà e sostenibilità, per esempio. Un’agricoltura lontana dal modello intensivo, industrializzato e standardizzato prediletto dalla grande distribuzione organizzata (la rete dei supermercati, per intenderci).

    La notizia positiva è che questa agricoltura esiste già. Potremmo chiamarla complessivamente agricoltura civica, anche se la formula – come ogni definizione – non riesce a essere esaustiva di un fenomeno articolato. Anche perché stiamo parlando di ciò che sembra un sistema di agricolture, a cui concorrono strumenti di supporto reciproco tra agricoltori e consumatori, e stili di consumo consapevole, abbracciando tante anime della cosiddetta economia civile. A vario titolo vi rientrano, infatti, le cooperative agricole e i soggetti dell’agricoltura sociale o le esperienze di CSA (community-supported agricolture); ne sono un pilastro i gruppi di acquisto solidale (i GAS) e le reti che li alimentano. Ma possono contribuirvi anche le poco note associazioni fondiarie.

    La notizia migliore ad ogni modo è un’altra. Guardando alla resistenza dell’agricoltura civica dimostrata durante le restrizioni imposte dalla pandemia, pensando alla fantomatica fase 2 e a un ipotetico rilancio economico territoriale, auspicando infine l’affermarsi di un modello di sviluppo sostenibile, questa agricoltura offre ottime garanzie – anche sanitarie e ambientali – e soluzioni replicabili.
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    Coronavirus: più contagi dove prevale l’agricoltura intensiva

    Ad oggi, ovviamente, l’aspetto che preoccupa di più è quello della diffusione dell”epidemia. Ecco perché risulta ancora più interessante un studio recente della Scuola di agraria dell’Università di Firenze che, in proposito, ha preso in esame quattro tipologie di aree coltivate. Il risultato? Una minor incidenza media di contagi all’area dove si pratica un modello di agricoltura tradizionale, quindi assai distante da quella industriale, ad esempio.

    «Considerato il dato medio nazionale della diffusione del coronavirus, pari a 47 casi ogni 100 kmq, nelle aree ad agricoltura intensiva l’intensità del contagio sale a 94 casi ogni 100 kmq, mentre nelle aree ad agricoltura non intensiva il dato scende a 32 casi ogni 100 kmq» spiega Mauro Agnoletti, coordinatore del gruppo di ricerca dell’ateneo toscano.

    La rilevazione punta particolarmente l’obiettivo sulla Pianura Padana, dove si concentra il 61% delle aree ad agricoltura intensiva del Paese, con il 70% dei casi di Covid-19: «nelle aree della Pianura Padana ad agricoltura intensiva si registrano 138 casi ogni 100 kmq, mentre in quelle ad agricoltura non intensiva la media scende a 90 casi ogni 100 kmq». Insomma “balla” un 53% in più di contagi a sfavore delle prime.

    Lo studio non indaga le cause specifiche di questa dinamica. Registra tuttavia che «le aree a media e bassa intensità energetica, dove sono concentrate il 68% delle superfici protette italiane, risultano invece meno colpite dal coronavirus SARS-CoV-2. Queste aree sono distribuite soprattutto nelle zone medio collinari, montane alpine ed appenniniche, caratterizzate da risorse paesaggistiche, naturalistiche ma anche culturali, storiche e produzioni tipiche legate a criteri qualitativi più che quantitativi». Tutte informazioni che potrebbero rivelarsi utili per la ricostruzione che ci aspetta.
    Gas e reti dell’economia solidale: resilienti e vicini

    Di fronte al rischio contagio, insomma, i territori segnati dalla piccola agricoltura tradizionale, e talvolta marginale, si comportano bene. E forse questo ha qualcosa a che fare con le intenzioni di consumo che, dai tempi del Covid-19, potrebbero confermarsi per il futuro.

    Del resto, Michele Russo del consorzio siciliano Le galline felici, realtà storica di quella che è oggi la Rete italiana dell’economia solidale (Ries), sostiene che «questa distanza forzata sta avvicinando le persone».

    Mentre l’economia solidale ragiona sulla pandemia pensando al futuro, rafforza le proprie peculiarità (rapidità di adattamento, relazione con l’utenza) sviluppando servizi, qualcosa accade anche a livello individuale. Si consolida, infatti, la consapevolezza che rifornirsi localmente e direttamente dai produttori garantisce un minore passaggio di mani della merce, confortando sul piano della salute. Questo pensiero, superando i limiti consueti della comunità che frequenta storicamente gli incontri della RIES e alimenta i GAS, spinge «anche quelli meno interessati all’etica» a puntare su produzione e distribuzione di prossimità dei beni alimentari.

    Stando ai produttori, insomma, un numero maggiore di persone riconosce il vantaggio di un sistema che promuove da sempre biologico, coltivazione rispettosa di clima e paesaggio, legalità nei rapporti di lavoro. Un sistema che unisce contadini e consumatori in una forma di sostegno sempre più reciproco, producendo impatti economici di rilievo sul territorio.

    Il consorzio Le Galline felici, per esempio, dà lavoro a 45 dipendenti e raduna 40 aziende agricole per un giro d’affari di circa 3 milioni e mezzo di euro l’anno. E di ciò traggono beneficio circa 500 persone direttamente, oltre alle piccole botteghe che vi si riforniscono, e le migliaia di famiglie che, in Italia e all’estero (soprattutto in Francia, Belgio e Lussemburgo), utilizzano i GAS affiliati per acquistare cibo.

    L’economia civile passa per cooperative e agricoltura sociale

    E se i soggetti dell’economia solidale, sostenitori di uno sviluppo sostenibile e perciò meno compromesso con la pandemia, sono parte di quell’agricoltura civica multifunzionale di cui stiamo trattando, di certo lo sono anche le cooperative del settore agroalimentare. Lo stesso vale per chi fa agricoltura sociale, che spesso rientra anche formalmente nella cooperazione, e affianca la produzione agricola (30% minimo del fatturato) con attività di welfare (inserimento lavorativo di soggetti svantaggiati, assistenza e cura delle persone, servizi educativi).

    Mondi ricchi di professionalità e di peso economico e occupazionale, che in questa fase non sono immuni dai contraccolpi delle restrizioni anti-coronavirus, ma si dimostrano, come già dopo il crollo del 2008, resilienti. «Il vantaggio competitivo di una parte del Terzo settore, cioè della cooperazione, è fatto che vive di stipendio» osserva Giuliano Ciano, portavoce del Forum nazionale dell’agricoltura sociale. «Questo si evidenzia specialmente nei momenti di crisi. Il secondo vantaggio è che il Terzo settoree chi fa assistenza alle persone, inclusa l’agricoltura sociale, in un momento di crisi è capace di mutare, e riesce a trovare sbocchi di natura differente dal punto di vista economico ma anche a modificare le proprie attività».

    Associando agricoltura e servizi socio-educativi, pur tra centinaia di persone oggi in cassa integrazione, le oltre 700 realtà economiche riconosciute per legge nell’agricoltura sociale, per ora, si reinventano e reggono. Ed è fondamentale anche pensando alla cooperazione agricola in generale, dal momento che, stando al Rapporto 2017 dell’Osservatorio della cooperazione agricola italiana, le circa 4700 cooperative agricole italiane registravano 35 miliardi di euro di fatturato (8,9 miliardi per il solo comparto ortofrutta).
    CSA e associazioni fondiarie: l’agricoltura si fa più civile

    Ma le modalità dell’agricoltura “alternativa” non sono finite qui. Ce ne sono almeno un altro paio. Innanzitutto le associazioni fondiarie, riconosciute nel 2016 dal Piemonte, prima tra le regioni italiane. Ancora poco diffuse, a causa della giovane età, le associazioni fondiarie consentono a gruppi di cittadini di acquisire “in prestito” dai proprietari micro-appezzamenti e terreni agricoli incolti o abbandonati, lavorarli e ripristinarli nel rispetto di obblighi paesaggistici, col vantaggio non secondario di prevenire i rischi idrogeologici e gli incendi.

    Ci sono poi le CSA, ovvero le comunità di agricoltori supportate dai cittadini, altra forma di sostegno biunivoco tra chi coltiva e chi consuma. Si tratta di un fenomeno di rilievo internazionale ma non sono ancora molte le community-supported agriculture italiane. Tra le principali ci sono senz’altro Arvaia, a Bologna, la romana Semi di comunità e Cumpanatico Sud in Campania.

    In generale si tratta di cooperative agricole nelle quali soci lavoratori e fruitori partecipano alle attività in campo e fuori, prefinanziando le produzioni orticole. Tuttavia, tra le CSA possiamo incontrare iniziative guidate dai contadini e altre in cui l’impresa è gestita direttamente dalla comunità attraverso la cooperazione. Troviamo accordi tra produttori e comunità, dove quest’ultima garantisce un approvvigionamento a lungo termine, e vere imprese agricole di comunità, che vendono i loro prodotti anche a chi socio non è.

    https://valori.it/agricoltura-civica-coronavirus

    #agriculture_civique #agriculture #crise #crise #résilience #coronavirus #agriculture_intensive #alternative #agriculture_multifonctionnelle #agriculture_biologique #économie_civile #crise_sanitaire #crise_économique #crise_sociale #confinement #contagions #amap #plaine #montagne #galline_felici

    • Définition de #agriculture_civique sur wiki :

      Con il termine agricoltura civica (o civile) si fa riferimento ad un modello economico che pur mantenendo come finalità dell’attività la coltivazione di piante e l’allevamento di animali a fini alimentari, contestualmente persegue il bene comune che, secondo i principi dell’economia civile[1], è il risultato di tutti i livelli di benessere dei singoli individui di una collettività. Per questa ragione, l’agricoltura civica si fonda sul coinvolgimento delle comunità locali e dei cittadini, abbraccia sistemi di produzione e di commercializzazione innovativi, e rappresenta una visione della società fondata su pratiche sociali, economiche e ambientali sostenibili, sull’etica, sul senso di responsabilità, sulla reciprocità. Per tali caratteristiche gli impatti dell’agricoltura civica devono essere valutati attraverso moltiplicatori di tipo ambientale e sociale, oltre che economico.
      L’agricoltura civica fa riferimento a modelli di produzione agricola di piccola/media scala fortemente integrati nel sistema locale, alle comunità di persone ed alle risorse naturali della località. Le pratiche di agricoltura civica consentono di assicurare ai cittadini, oltre al cibo, infrastrutture vitali indispensabili per la vita quotidiana, siano esse di tipo naturale (paesaggi, gestione delle risorse naturali, biodiversità) o sociale (conoscenza del mondo agricolo e rurale, identità e vitalità delle comunità, benessere delle persone, servizi socio-educativi ed assistenziali).
      Le forme di agricoltura civica trovano traduzione concreta nelle pratiche di #community-supported_agriculture #CSA (in italiano, agricoltura sostenuta dalla comunità), dei gruppi di acquisto solidale (#GAS), nelle forme di agricoltura sociale[2][3][4] praticate dalle aziende agricole e dal mondo della cooperazione sociale, nei community gardens (in italiano, giardini condivisi), nella didattica aziendale e nella produzione di servizi alla persona, nelle forme di vendita diretta, in quelle pratiche di qualità economica, ambientale e sociale, che non si esauriscono in uno scambio mercantile, bensì, mantengono al loro interno valori di relazione durevoli e continuativi[5][6].
      Le pratiche di agricoltura civica coesistono con quelle proprie dell’agricoltura convenzionale ed assicurano risorse indispensabili per qualità della vita nei sistemi locali. Anche per questo la pianificazione territoriale guarda con progressivo interesse al modo in cui leggere le pratiche di agricoltura civica ed inserirle negli strumenti di piano.
      Il termine “#civic_agriculture” venne utilizzato per la prima volta da T.A. Lyson nel 1999 durante il Meeting Annuale della Rural Sociology Society[7].

      https://it.wikipedia.org/wiki/Agricoltura_civica
      #agriculture_sociale #commons #biens_communs #communs

    • Coronavirus, agricoltura tradizionale come modello per ripartire Lo studio dell’Università di Firenze

      Nel contesto della attuale emergenza, anche le componenti scientifiche e gli organi di governo del territorio rurale cercano di dare il loro rapporto alla migliore comprensione del fenomeno COVID-19 e alla definizione degli indirizzi post emergenza. In questo contesto, è nata l’idea di svolgere un’indagine congiunta fra l’Osservatorio Nazionale del Paesaggio Rurale (ONPR) del Ministero delle Politiche Agricole e il laboratorio CULTAB, della Scuola di Agraria dell’Università di Firenze riguardo la diffusione dei contagi del Covid-19. L’indagine aveva l’intenzione di valutare la diffusione del virus nelle diverse zone rurali italiane, classificate in base alla intensità delle attività agricole, cercando di individuare la possibile correlazione fra i contagi e il diverso livello di sviluppo socioeconomico e il tipo di agricoltura praticata. Si intendeva usare un approccio diverso rispetto alla classificazione dei dati sui contagi per regione, valutando il numero dei contagi in base al modello di sviluppo rurale. L’analisi si colloca in un periodo particolarmente importante anche perché la discussione sul nuovo budget della UE ha contribuito a rimandare la partenza della nuova politica agricola comunitaria (PAC), offrendo la possibilità di reindirizzare le strategie e le azioni finanziate dalla PAC in vista della fase post emergenza.


      https://www.landscapeunifi.it/2020/04/15/coronavirus-agricoltura-tradizionale-come-modello-per-ripartire-lo-st
      #cartographie #visualisation

  • Un décret scélérat autorise la destruction des moulins, canaux, étangs et plans d’eau sur simple formalité, sans étude d’impact ni enquête publique ! hydrauxois.org
    http://www.hydrauxois.org/2020/07/un-decret-scelerat-autorise-la.html

    Détruire une chaussée de moulin, assécher un bief, un canal ou un étang, effacer un plan d’eau, changer le lit de la rivière : tout cela est désormais possible sur simple déclaration et non autorisation comme avant. C’est-à-dire sans étude d’impact environnemental et social, sans enquête publique, sans information des citoyens. Par un décret et un arrêté venant de paraître au journal officiel, la technostructure de l’eau met bas les masques : en guise de "continuité apaisée" à laquelle ont pu croire quelques naïfs, c’est le blanc-seing à la destruction facilitée et accélérée des héritages de nos rivières. Provocation pour les amoureux du petit patrimoine des bassins, mais aussi erreur majeure sur le rôle écologique de ces milieux en eau d’origine anthropique, lesquels méritent une protection accrue et non une facilitation de leur destruction par des apprentis-sorciers obéissant à des modes sous-informées. Hydrauxois a demandé à ses conseils de travailler à une double riposte : requête en annulation de ces textes et formulaire simplifié de plainte pénale de terrain, qui permettra à tout citoyen ou association d’attaquer les chantiers qui détruisent la ressource et les milieux en eau.

    Le décret n°2020-828 du 30 juin 2020 modifiant la nomenclature et la procédure en matière de police de l’eau vient de paraître au journal officiel. https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2020/6/30/TREL1910642D/jo/texte

    Il est complété par un arrêté du 30 juin 2020 définissant les travaux de restauration des fonctionnalités naturelles des milieux aquatiques relevant de la rubrique 3.3.5.0 de la nomenclature annexée à l’article R. 214-1 du code de l’environnement, aussi paru au journal officiel. https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2020/6/30/TREL2011759A/jo/texte

    Le premier texte crée un nouveau type de travaux en rivière, tenant à la _ "restauration des fonctionnalités naturelles des milieux aquatiques".
    « 3.3.5.0. Travaux , définis par un arrêté du ministre chargé de l’environnement, ayant uniquement pour objet la restauration des fonctionnalités naturelles des milieux aquatiques , y compris les ouvrages nécessaires à cet objectif (D).« Cette rubrique est exclusive de l’application des autres rubriques de la présente nomenclature.« Ne sont pas soumis à cette rubrique les travaux n’atteignant pas les seuils des autres rubriques de la présente nomenclature. » _
    En clair, tous les travaux de restauration morphologique et de continuité écologique entrent désormais dans la catégorie des simples déclarations (D) et non des autorisations. Cela sans limite d’impact même si des milliers de mètres linéaires de rivière et canaux ou des milliers de mètres carrés de plans d’eau sont affectés.

    L’arrêté donne la mesure de tout ce qui est concerné :
    Arasement ou dérasement d’ouvrage en lit mineur  ;
    2° Désendiguement ;
    Déplacement du lit mineur pour améliorer la fonctionnalité du cours d’eau ou rétablissement du cours d’eau dans son lit d’origine  ;
    4° Restauration de zones humides ;
    5° Mise en dérivation ou suppression d’étangs existants  ;
    6° Remodelage fonctionnel ou revégétalisation de berges ;
    7° Reméandrage ou remodelage hydromorphologique ;
    8° Recharge sédimentaire du lit mineur ;
    9° Remise à ciel ouvert de cours d’eau couverts ;
    10° Restauration de zones naturelles d’expansion des crues ;
    11° Opération de restauration des fonctionnalités naturelles des milieux aquatiques prévue dans l’un des documents de gestion suivants, approuvés par l’autorité administrative  :
    a) Un schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) visé à l’article L. 212-1 du code de l’environnement ;
    b) Un schéma d’aménagement et de gestion des eaux (SAGE) visé à l’article L. 212-3 du code de l’environnement ;
    c) Un document d’objectifs de site Natura 2000 (DOCOB) visé à l’article L. 414-2 du code de l’environnement ;
    d) Une charte de parc naturel régional visée à l’article L. 333-1 du code de l’environnement ;
    e) Une charte de parc national visée à l’article L. 331-3 du code de l’environnement ;
    f) Un plan de gestion de réserve naturelle nationale, régionale ou de Corse, visé respectivement aux articles R. 332-22, R. 332-43, R. 332-60 du code de l’environnement ;
    g) Un plan d’action quinquennal d’un conservatoire d’espace naturel, visé aux articles D. 414-30 et D. 414-31 du code de l’environnement ;
    h) Un plan de gestion des risques d’inondation (PGRI) visé à l’article L. 566-7 du code de l’environnement ;
    i) Une stratégie locale de gestion des risques d’inondation (SLGRI) visée à l’article L. 566-8 du code de l’environnement ;
    12° Opération de restauration des fonctionnalités naturelles des milieux aquatiques prévue dans un plan de gestion de site du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres dans le cadre de sa mission de politique foncière ayant pour objets la sauvegarde du littoral, le respect des équilibres écologiques et la préservation des sites naturels tels qu’énoncés à l’article L. 322-1 susvisé.

    C’est donc une machine de guerre pour tuer la démocratie des rivières et des bassins versants, faciliter la destruction de tous les milieux aquatiques façonnés par l’humain au cours de l’histoire (biefs, canaux, étangs, plans d’eau), destruction qui sera réduite à une simple formalité interne aux administrations, sans lien au public.

    Nous avions mis en garde voici un an ( http://www.hydrauxois.org/2019/05/alerte-ladministration-veut-desormais.html- , lors de la courte enquête publique sur ce projet de décret. Mais rien n’y a fait, malgré les nombreuses oppositions exprimées lors de cette enquête.

    La fin du régime d’autorisation sous prétexte de "restauration de fonctionnalités naturelles" signifie ainsi pour les collectifs et associations impliqués sur la continuité écologique, et pour les citoyens en général :

    quasi-impossibilité d’être informés des projets (la déclaration est un simple courrier sans publicité à la DDT-M), 
    absence d’étude des impacts riverains / usages / environnement, 
    fin de l’enquête publique qui permettait aux citoyens de s’exprimer (en général, contre les casses) et aux associations de préparer des recours contentieux éventuels contre l’arrêté d’autorisation
    possibilité de casser "à la chaîne" pour les maîtres d’ouvrage de type syndicats de rivière ou fédérations de pêche.
    Face à ce danger majeur de régression du droit des riverains et du droit de l’environnement, l’association Hydrauxois :
    • a immédiatement mandaté son conseil juridique pour une analyse du texte en vue d’une requête en annulation,
    • demande aux parties prenantes du processus dit de "continuité écologique apaisée" de tirer les conséquences de cette provocation sur des soi-disant "concertations" dont le résultat est une déclaration de guerre aux ouvrages et aux milieux que ces parties prenantes sont censées défendre,
    • appelle l’ensemble des associations, collectifs et syndicats à non seulement exprimer leur indignation aux parlementaires et à la ministre de l’écologie, mais aussi à organiser sur chaque terrain la réponse militante et judiciaire que méritent les dérives des fonctionnaires de l’eau.

    Alors que le processus d’autorisation et d’enquête publique est justement une procédure d’organisation de la démocratie consultative et délibérative, leur suppression aura pour conséquence une insécurité pour tout le monde  : les plaintes seront des démarches individuelles et imprévisibles, les services publics à l’origine de ces troubles dans la vie des riverains ne seront évidemment pas tranquillisés dans l’exercice de leurs fonctions. Quant à la continuité des rivières, elle sera plus que jamais synonyme de violence institutionnelle, de dogme sans preuve de bénéfices, d’absurdité anti-écologique et anti-sociale.

    Nous allons travailler à un guide simplifié de dépôt de plainte pénale pour destruction de milieux et mise en danger des tiers par changement d’écoulement, qui permettra d’ouvrir rapidement des instructions contre tous les projets refusant de faire des études complètes d’impacts sur les milieux et les tiers.

    #destruction #EnMarche #émmanuel_macron #décret #Bâtiments_de_France #éolien #patrimoine #moulins #environnements #communs #biotopes #eau #agriculture #france #environnement #écologie #privatisation #catastrophe

    • Case reports study of the first five patients COVID-19 treated with remdesivir in France. Physicians weekly, Jul 6, 2020
      The severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (SARS-CoV-2) has been identified as responsible for the #COVID-19 outbreak worldwide.

      Data on treatment are scare and parallels are made between SARS-CoV-2 and other coronavirus.

      Remdesivir is a broad spectrum antiviral with efficient in vitro activity against SARS-CoV-2 and controversial evidence of clinical improvement in severe COVID-19 patients.

      We aimed to describe the clinical outcome and virological monitoring of the first five COVID-19 patients admitted in ICU for severe pneumonia related to SARS-CoV-2 and treated with remdesivir in the University hospital of Bichat, Paris, France.

      SARS-CoV-2 RT-qPCR in blood plasma, lower and upper respiratory tract were monitored. Among the five treated patients, two needed mechanical ventilation and one high flow cannula oxygen .

      A significant decrease in SARS-CoV-2 viral load from upper respiratory tract was observed in most cases but two died with active SARS-CoV-2 replication in the lower respiratory tract.

      Plasma samples were positive for SARS-CoV-2 in only one patient.

      #Remdesivir was interrupted for side effects among four patients, including 2 ALT elevations (3 to 5 N) and 2 renal failures requiring renal replacement.

      This case series of five COVID-19 patients requiring ICU for a respiratory distress and treated with remdesivir, highlights the complexity of remdesivir use in such critically ill patients.
      Copyright © 2020. Published by Elsevier Ltd.

  • Les Etats-Unis posent leurs règles pour l’exploitation de la Lune
    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/07/07/les-etats-unis-posent-leurs-regles-pour-l-exploitation-de-la-lune_6045417_16

    Excellent article de Pierre barthélémy qui mntre bien la lente marche pour l’enclosure de l’espace. C’est-à-dire empêcher l’espace de rester un commun de toute l’humanité et y imposer les règles de propriété, d’’extraction et même de délimitations territoriales sources de risques guerriers qui ont cours sur Terre. L’expansion de la « civilisation marchande, spectaculaire et guerrière » en route.

    EnquêteDonald Trump a donné le coup d’envoi de la « ruée vers l’or lunaire » au printemps, bousculant le statu quo international du droit spatial en arguant vouloir le moderniser.

    Apparue au plus fort de la pandémie de Covid-19, l’affaire est passée au second plan, voire inaperçue. Pourtant, au printemps, les Etats-Unis ont, en deux temps, bousculé le vieux consensus international sur l’exploitation et l’appropriation des ressources « extraterrestres », celles que l’on pourra tirer de la Lune et, à plus long terme, des astéroïdes.

    Premier temps, le 6 avril. Ce jour-là, Donald Trump signe un décret présidentiel visant à « encourager le soutien international pour la récupération et l’utilisation des ressources spatiales ». Qu’y a-t-il derrière cette formulation abstraite ? Le texte commence par dresser le constat que « l’incertitude concernant le droit de récupérer et d’utiliser les ressources spatiales, y compris l’extension du droit à la récupération et à l’utilisation commerciales des ressources lunaires, a découragé certaines entités commerciales de participer à cette entreprise ».

    Donald Trump décide donc de clarifier les choses en affirmant que « les Américains devraient avoir le droit de s’engager dans l’exploration commerciale, la récupération et l’utilisation des ressources dans l’espace extra-atmosphérique, conformément au droit applicable. L’espace extra-atmosphérique est un domaine de l’activité humaine unique sur le plan juridique et physique, et les Etats-Unis ne le considèrent pas comme un bien commun mondial ».
    Lire aussi La NASA rappelle ses objectifs : des astronautes sur la Lune en 2024, puis sur Mars en 2033

    Pour dire les choses de manière triviale, le locataire de la Maison Blanche donne, du haut de son poste de numéro un de la première puissance mondiale, le coup d’envoi de la ruée vers « l’or lunaire » – sachant que, dans un premier temps au moins, la plus importante des ressources de notre satellite sera l’eau, pour en extraire de l’hydrogène et de l’oxygène, fort utiles pour le Lunar Orbital Platform-Gateway (LOP-G), la station spatiale que les Etats-Unis veulent mettre en orbite autour de la Lune d’ici à quelques années. A condition de pouvoir faire le voyage, tout un chacun aurait donc le droit de s’accaparer les ressources de Séléné.
    Primauté aux accords bilatéraux ?

    Le deuxième étage de cette « fusée » sur l’exploitation de la Lune est mis à feu quelques semaines plus tard par Jim Bridenstine, l’administrateur de la NASA. Le 15 mai, ce dernier présente une liste de dix grands principes pour un avenir dans l’espace « sûr, pacifique et prospère », qui doivent sous-tendre une série d’accords bilatéraux que l’agence spatiale américaine est chargée de négocier avec ses partenaires internationaux.

    La plupart de ces principes ne sont pas nouveaux : ils font déjà partie de la pratique et découlent du traité de l’espace de 1967, un texte élaboré sous l’égide de l’ONU, qui a posé les fondements juridiques de l’exploration spatiale. On retrouve ainsi l’idée que l’espace est un lieu de paix et de coopération entre nations et que les pays se doivent mutuelle assistance en cas de danger pour les astronautes.
    Donald Trump assistant au décollage de la fusée SpaceX vers la Station spatiale internationale, le 30 mai, à Cap Canaveral, en Floride.
    Donald Trump assistant au décollage de la fusée SpaceX vers la Station spatiale internationale, le 30 mai, à Cap Canaveral, en Floride. ALEX BRANDON / AP

    Certaines déclarations de vertu ont une coloration plus technique. Le texte de la NASA met ainsi en avant la notion d’« interopérabilité », c’est-à-dire l’idée que les matériels utilisés par les uns et les autres soient compatibles entre eux et répondent à des standards. Il est aussi demandé à ceux qui signeraient ces accords dits Artemis (du nom du programme lunaire américain de retour sur la Lune) d’enregistrer tous les objets envoyés dans l’espace, de renforcer l’action contre la prolifération des débris spatiaux en orbite autour de la Terre et de partager les données recueillies par les sondes scientifiques.

    Tout cela est bel et bon, mais deux des principes énoncés par Jim Bridenstine viennent bousculer le statu quo du droit spatial en voulant le moderniser.

    Le traité de l’espace a en effet été rédigé à une époque où aucun humain n’avait encore posé le pied sur un autre corps du Système solaire. Comme le fait remarquer Xavier Pasco, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et spécialiste des questions spatiales, « depuis plusieurs années, le département d’Etat américain fait passer l’idée générale selon laquelle le droit doit s’adapter aux nouvelles technologies », maintenant qu’Homo sapiens s’apprête à retourner sur la Lune et envisage notre satellite comme un avant-poste pour le voyage vers Mars.
    Premier pas vers la « propriété des terrains »

    Premier point abordé, l’appropriation des ressources lunaires par ceux qui les exploiteront. Le traité de 1967 étant relativement vague à ce sujet, les choses ont été précisées dans un second texte signé à l’ONU en 1979, l’accord régissant les activités des Etats sur la Lune et les autres corps célestes, plus connu sous le nom de traité sur la Lune.

    Son article 11 prévoit notamment que « la Lune et ses ressources naturelles constituent le patrimoine commun de l’humanité » et que « la surface et le sous-sol de la Lune ne peuvent être la propriété d’Etats, d’organisations internationales intergouvernementales ou non gouvernementales, d’organisations nationales, qu’elles aient ou non la personnalité morale, ou de personnes physiques ». Le texte va plus loin, en disant qu’en cas d’exploitation il faut « ménager une répartition équitable entre tous les Etats parties des avantages qui en résulteront, une attention spéciale étant accordée aux intérêts et aux besoins des pays en développement, ainsi qu’aux efforts des pays qui ont contribué, soit directement, soit indirectement, à l’exploration de la Lune ». Bref, partager.
    La trace du premier pas de Buzz Aldrin sur la Lune, lors de la mission d’Apollo-11, le 20 juillet 1969.
    La trace du premier pas de Buzz Aldrin sur la Lune, lors de la mission d’Apollo-11, le 20 juillet 1969. NASA

    La France a signé cet accord mais ne l’a jamais ratifié, pas plus qu’aucune grande puissance spatiale actuelle. Chef du service juridique de l’Agence spatiale européenne, Marco Ferrazzani constate que « le traité sur la Lune est de moins en moins pris en compte. Le président américain le dit clairement dans son décret du 6 avril. L’idée d’instaurer un régime partagé et multilatéral de la Lune comme cela existe pour l’Antarctique est rejetée ». Pour ce qui est des futures ressources extraites de notre satellite, « certains juristes américains établissent l’analogie avec le droit de la mer, explique Xavier Pasco : dans les eaux internationales, la mer n’est à personne, mais le poisson appartient à celui qui le pêche ».

    « Aller dans l’espace de façon plus routinière conduit à s’y projeter dans une logique presque territoriale », souligne Xavier Pasco

    Le second point sensible des accords Artemis est de nature territoriale. Dans la présentation de Jim Bridenstine, il est fait état de « zones de sécurité » entourant les installations lunaires des uns et des autres, zones qui seraient établies pour « prévenir des interférences nuisibles ». « En clair, cela signifie qu’on est installé, qu’on a ses investissements sur la surface de la Lune et qu’on veut être tranquille dans son périmètre, traduit, sous couvert d’anonymat, un spécialiste des politiques spatiales. C’est avant tout un positionnement géopolitique des Etats-Unis vis-à-vis de certaines puissances, mais cela peut aussi être vu comme un premier pas vers la propriété des terrains. » Un droit de propriété qui est fermement exclu en théorie. Pour sa part, Marco Ferrazzani reste prudent : « Ma méthode de juriste, c’est de lire les textes. Pour l’instant, on n’a qu’une annonce de la NASA avec des principes généraux sans plus de détails. Il faudra décliner ces principes dans de vraies dispositions juridiques pour savoir ce que la notion de zone de sécurité recouvre. »

    « On voit émerger aux Etats-Unis une vision de l’espace qui est presque géographique, analyse Xavier Pasco. Aller dans l’espace de façon plus routinière fait gonfler la surface et l’environnement terrestres. Cela conduit à s’y projeter dans une logique presque territoriale et on y a besoin d’une protection parce que le spatial est considéré comme une infrastructure d’intérêt vital. » Cette vision est déjà clairement à l’œuvre pour les satellites artificiels, ajoute le directeur de la FRS : « Les Américains estiment que si quelqu’un s’approche trop de leurs satellites, il est hostile. Cette idée pourrait d’ailleurs devenir la règle pour les grands pays spatiaux. Le projet d’établir des zones de sécurité sur la Lune semble prolonger cette logique. »
    Combinaison et vêtements conçus pour les cosmonautes soviétiques sur le projet USA/URSS Apollo-Soyouz, au centre de formation de la Cité de l’Espace, près de Moscou, en 2017.
    Combinaison et vêtements conçus pour les cosmonautes soviétiques sur le projet USA/URSS Apollo-Soyouz, au centre de formation de la Cité de l’Espace, près de Moscou, en 2017. NASA

    Il en est un qui n’a pas du tout apprécié le concept de zone de sécurité : Dmitri Rogozine, le directeur général de Roscosmos (l’agence spatiale russe), pas spécialement réputé pour faire dans la dentelle. Dans un Tweet publié une semaine avant que ne soit dévoilée officiellement la philosophie des accords Artemis, il comparait les plans lunaires des Etats-Unis à « une invasion », évoquant les interventions militaires américaines des années 2000 en Afghanistan et en Irak… Le 25 mai, à peine plus calme, il déclarait à l’agence de presse russe TASS : « Nous n’accepterons en aucun cas les tentatives de privatisation de la Lune. C’est illégal, c’est contraire au droit international. »
    La Chine exclue des accords

    Contrairement au traité de l’espace de 1967, élaboré sous l’ombrelle onusienne, les futurs accords Artemis ne seront pas empreints de multilatéralisme, lequel n’est pas du tout en odeur de sainteté à la Maison Blanche.

    « Alors que les Russes et les Chinois veulent promouvoir des traités internationaux juridiquement contraignants, les Américains préfèrent des arrangements politiques mettant en place une espèce de club dont les membres adhèrent à leur vision », explique Xavier Pasco. En signant toute une série d’accords bilatéraux avec des « like-minded countries » (des pays qui ont des vues similaires), ils envisagent une structure en roue de vélo dont ils constitueraient le moyeu et leurs alliés les rayons.

    La Chine sera de facto exclue de ces accords Artemis. En effet, depuis 2011, pour prévenir tout transfert de technologie avec l’empire du Milieu, le Congrès américain a interdit à la NASA « d’élaborer, de concevoir, de planifier, de promulguer, de mettre en œuvre ou d’exécuter une politique, un programme, un ordre ou un contrat bilatéral de quelque nature que ce soit » avec la Chine, à moins d’y être expressément autorisée par une loi.

    La situation est plus floue pour la Russie : celle-ci est partenaire des Etats-Unis depuis une vingtaine d’années dans la Station spatiale internationale (ISS) et elle est a priori désireuse de poursuivre la collaboration en participant à la construction du Lunar Orbital Platform-Gateway. Moscou pourrait donc en théorie se voir proposer de signer les accords Artemis, bien que les déclarations récentes de Dmitri Rogozine ne soient guère encourageantes sur le résultat d’éventuelles négociations.

    « Les États-Unis sont les chefs d’orchestre de toute l’activité d’exploration du Système solaire »

    Quid de l’Europe ? S’alignera-t-elle sur cette nouvelle vision du droit spatial ? « Les Etats-Unis conduisent vraiment le jeu dans l’approche intellectuelle et juridique de ce que doit être l’occupation de l’espace, souligne Xavier Pasco. Ils donnent le “la”, ils sont les chefs d’orchestre de toute l’activité d’exploration du Système solaire. Pour eux, les choses doivent se faire à leur manière et, pour l’instant, je ne note pas de réaction particulière de la part des Européens. » Ceux-ci sont d’ailleurs déjà bien engagés, via l’Agence spatiale européenne, dans le LOP-G.

    Directeur de la programmation, de l’international et de la qualité au Centre national d’études spatiales (CNES), Jean-Pascal Le Franc rappelle que « l’objectif à terme est de poser un Européen ou une Européenne sur le sol lunaire, et cela ne se fera qu’avec les Etats-Unis. Les Américains sont clairement leaders dans cette nouvelle aventure et nous avons intérêt à en être partie prenante, avec les Canadiens et les Japonais. Nous suivrons le mouvement, sauf si cela heurte des principes auxquels nous ne voulons pas déroger… » La France a été officiellement contactée par les Etats-Unis au sujet des accords Artemis. Les discussions juridiques vont pouvoir commencer.

    Pierre Barthélémy

    #Espace #Communs #Enclosure

  • Les communs à l’école - Pratiques pédagogiques et postures : de l’impossible aux possibles | À l’école du partage
    https://ecole-partage.fr/blogposts/communs-impossible-aux-possibles

    Nous avons souhaité un webinaire ouvert sous forme de discussion sur la base de questions préalablement identifiées. En effet, nous avons été amenées à préparer cet échange dans un temps fort d’incertitude sur nos fonctions alors que nous sortions tout juste du confinement et que nos établissements respectifs commençaient tout juste à ouvrir leurs portes. Il nous paraissait intéressant de questionner ce qui nous animait avant cette crise sanitaire et voir ce qui restait fondamental à nos yeux. Le format discussion offrait ainsi, plutôt que des réponses toutes faites, la possibilité de poser des questions nouvelles que la crise aurait fait émerger. A la fin du mois de mai, la vision du CDI ou de nos classes était complètement floue. Que serait notre métier dans les prochains mois/prochaines années ? Le CDI était fermé, la classe d’ULIS ne pouvait pas rouvrir… Les conditions mêmes de notre métier d’enseignantes étaient remises en question. Tout, ou presque, nous semblait impossible. Mais plus les jours passaient plus des “possibles” émergeaient. Et c’est cette posture-là d’accueil, de contact retrouvé avec les élèves que nous souhaitions partager lors de cette session en ligne. Nous nous sommes dit que plutôt que de chercher une vision et d’être créatives dans un contexte dont nous ne voulions pas, nous gagnerions à repérer ce qui manquait le plus. Nous avons eu à cœur de reprendre le contact avec les classes, les élèves pour nous projeter et réactiver un imaginaire possible de ce qu’allaient être nos espaces de classes et nos CDI.

    Les fondamentaux sur lesquels nous ancrons notre enseignement ont été empêchés et malmenés par le protocole sanitaire et le confinement, tout au moins dans l’espace commun qui est l’école. Le travail à distance a mis en lumière tous les implicites de nos postures : observer, expliquer, aider, verbaliser, encourager ...Nous nous sommes retrouvées dans une situation d’enseignement dégradée qui nous a mené à de grandes frustrations. Nous voulons retrouver le cœur de notre métier d’enseignante : comment faire pour que les élèves apprennent et s’émancipent dans une école où le « faire société » est essentiel. Une école qui porte des savoirs et des dispositifs qui articulent la formation individuelle et la perspective collective. Nous interrogeons les pratiques sociales du vivre et faire ensemble, socle selon nous d’une école des communs.

    Comment faire groupe, et par conséquent faire société, quand élèves et enseignants sont séparés physiquement, ou quand le corps de l’élève est assigné à une table, à une place, à un point sur la cours “Je me sens comme un i sur ce point “ nous dit Elias en ce lundi matin de reprise.

    La question de l’inclusion a été elle aussi profondément mise à mal et a semblé disparaître au profit des gestes barrières. L’inclusion des élèves en situation de handicap bénéficiant du dispositif ULIS dans un groupe-classe n’est plus envisageable puisque le protocole sanitaire empêche tout mélange des groupes. Nous vivons un temps de suspension de l’inclusion. En prendre conscience, c’est déjà agir pour redonner du mouvement.

    La richesse de ce qui a été partagé reflète combien les élèves ont appris de ces temps informels hors les murs du collège : aide au devoir d’un petit frère ou petite sœur, pâtisserie et cuisine, apprentissage d’un instrument de musique, d’une nouvelle langue, s’occuper à plein temps de son animal favori, répertorier les plantes de sa rue ou de son jardin, partager de nouvelles musiques, fabriquer des objets, réparer sa trottinette.

    Comment ne pas en tenir compte lorsqu’ils retournent à l’école ? Nous défendons une posture pédagogique qui sait tout à la fois prendre en compte les savoirs émergents et numériques, prendre en compte les savoirs non formels et s’appuyer sur les savoirs fondamentaux.

    La continuité pédagogique offerte pendant le confinement n’a été en ce sens que partielle. De fait elle a privé les enfants de tout ce qui permettait de renforcer ces dimensions collectives. Quelques initiatives de travail coopératif ont sans doute pu porter leur fruit et être bénéfiques, en renforçant l’autonomie de chacun, mais selon nous rien n’est venu remplacer le sens premier de l’école qui est de faire société. Des élèves soulignent combien l’entraide a pu leur manquer pendant ces longues semaines “ça m’a manqué de pouvoir aider les autres” nous dit Chanelle. L’école reste un lieu fort de sociabilité et les élèves eu même ont été renforcés dans ce sentiment : “on me vole mes années collège” nous dit cette élève de 3e.

    #Education #Communs #Hélène_Mulot #Corinne_Laval #Pédagogie #Confinement

  • « La crise du Covid-19 a remis au premier plan les obligations du commun »
    https://www.marianne.net/economie/la-crise-du-covid-19-remis-au-premier-plan-les-obligations-du-commun

    Patrick Pharo est chercheur en sociologie morale. Il vient de publier « Eloge des communs », un essai où il cherche à renouer avec les idéaux émancipateurs du libéralisme et du socialisme.

    D’après Patrick Pharo, « l’érosion, depuis un demi-siècle, des obligations qui découlent de l’appartenance à une communauté humaine, dont le maintien en particulier de l’intégrité des biens naturels et de l’accès aux bien indispensables à l’existence libre de n’importe quel individu » est préjudiciable, tant socialement qu’écologiquement. C’est pour cela qu’il entend renouer avec les aspects émancipateurs du socialisme et du libéralisme, en prônant la communauté de certains biens. Rencontre.

    Marianne : Que sont « les communs » ?

    Patrick Pharo : Les communs sont une vieille notion du droit romain qui désignait les choses communes (res communes) telles que l’air, l’océan, les rivières..., utilisables à volonté mais « indisponibles », c’est-à-dire soustraites au commerce et à l’appropriation privée. Elles s’opposaient aux choses qu’on avait le droit de s’approprier lorsqu’elles n’appartiennent encore à personne (res nullius) comme l’eau des puits ou des lacs, la terre, les fruits sauvages, le gibier ou les ressources naturelles. Sous l’ancien régime, les communs renvoyaient plutôt à des droits d’usage sur des biens communs tels que les terres communales, mais aussi sur certains biens privés, par exemple les pâtures d’après moisson, le bois de chauffage ou de construction, le glanage...

    Cette nouvelle vision des communs a suscité au contraire un véritable engouement chez des chercheurs de toute obédience

    La notion a resurgi il y a un demi-siècle, sous la plume d’un écologiste malthusien, Garrett Hardin, qui montrait que l’usage intensif d’une ressource limitée comme par exemple un pâturage par un nombre croissant d’éleveurs, aboutit inévitablement à l’épuisement de la ressource et à la ruine des exploitants. La conclusion qu’il tirait de cette « tragédie des communs », c’est qu’il fallait soit étatiser, soit privatiser les communs, avec néanmoins chez lui une préférence pour la privatisation. Ce à quoi l’économiste libérale Elinor Ostrom, une des rares femmes à avoir obtenu un prix Nobel, répondit un peu plus tard, en s’appuyant sur de multiples études relatives à la gestion des pêches, des forêts, des moyens d’irrigation... partout dans le monde, que les communs n’étaient jamais mieux gérés que par les utilisateurs de la ressource commune, qu’ils soient ou non propriétaires. Son idée d’"auto-gouvernance" permettait de dépasser les visions étroites de la propriété privée ou de l’étatisation, tout en redonnant aux communs leur véritable sens de ressources à utiliser collectivement dans les conditions les plus équitables.

    A une époque où les idées communistes, voire socialistes, ont perdu toute attractivité auprès des électeurs des pays démocratiques, cette nouvelle vision des communs a suscité au contraire un véritable engouement chez des chercheurs de toute obédience en économie et en sciences politiques, ainsi qu’auprès de tous ceux qui cherchent désespérément une alternative pratique à la catastrophe écologique annoncée et au pillage des ressources naturelles et humaines par les formes les plus gloutonnes du capitalisme tardif.

    Les services publics sont une partie constitutive des communs qui, malheureusement, n’a cessé d’être grignotée depuis un demi-siècle par ce qu’on appelle le « néo-libéralisme » et, plus précisément, par le tournant néo-conservateur des années 80, dont je rappelle dans mon livre la philosophie profonde. Les théories du juste marché (Hayek...) et les philosophies libertariennes (Nozick...) apparues en réaction aux plans keynésiens et à la poussée des idées socialistes d’après-guerre, ont rejeté catégoriquement les obligations du commun, inhérentes au sens étymologique de dette commune (cum munus). Le commun fut ainsi évacué au profit d’une conception étroite et sacralisée du marché régulateur et de la propriété privée comme propriété de soi-même, de son corps et de son travail. Ce qui excluait, en-dehors de la police et de la justice, toute participation contributive à la communauté humaine et assimilait à un travail forcé le devoir de payer des impôts à des fins redistributives.

    La crise du Covid-19 a remis au premier plan les obligations du commun, par rapport à la santé mais aussi au climat et à l’environnement, qui sont des biens communs par excellence.

    Les conditions du confinement, avec l’essor du télétravail ou la multiplication des groupes Whatsapp pour maintenir le lien social, n’ont fait qu’accentuer la dépendance collective à des outils numériques qui, par le confort et les récompenses qu’ils apportent, poussent toujours plus loin l’intrusion dans la vie intime en exploitant des profils personnels établis par des logiciels d’Intelligence artificielle. De plus en plus surveillée et influencée par des intérêts privés, la vie intime pourrait d’ailleurs l’être aussi par des puissances publiques tentées de s’inspirer du système chinois de « crédit social » de récompense et de punition des citoyens suivant la note attribuée à partir de multiples capteurs. Les traceurs numériques à des fins antiterroristes ou sanitaires pourraient, s’y on n’y prend garde, en être un avant-goût.

    Ce que la philosophie des communs oppose aux dérives addictives et inquisitrices du capitalisme, ce n’est ni l’étatisation, ni même la propriété commune de tous les biens, et encore moins l’abolition de la propriété privée, qui est un droit explicitement reconnu par la Déclaration de 1789. C’est avant tout la protection et l’extension de la part des biens qui devraient échapper à l’appropriation et l’exploitation privée : éducation, recherche, santé, eau, énergie, réseaux numériques, territoires, voies de circulation, patrimoine, revenu d’existence..., et faire l’objet d’une gestion commune par des instances cogérées, c’est-à-dire au fond démocratiques. Certains biens, comme par exemple les entreprises ou les réseaux numériques, sont des biens privés, et néanmoins ils engagent une participation commune significative qui requiert un droit de regard des parties prenantes sur leur fonctionnement et leur évolution.

    C’est seulement la crise écologique contemporaine qui a mis une limite à cette croyance, en révélant le caractère épuisable des ressources naturelles, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle approche des ressources communes, conçues comme biens à ménager et à protéger, mais aussi à partager et à redistribuer. C’est là que se situe l’une des voies les plus prometteuses de développement du commun, avec aujourd’hui l’engouffrement d’un nombre toujours plus grand d’habitants dans la recherche de nouvelles pratiques de consommation, de production ou de voisinage. On est proche ici du modèle de rétablissement (recovery) des Narcotiques et Alcooliques Anonymes qui savent que, pour sortir d’une dépendance addictive, il faut d’abord reconnaître la part de son propre désir dans la situation et faire confiance à la communauté locale de ceux qui subissent la même pathologie.

    C’est le même genre d’approche qui devrait prévaloir face aux nouvelles « enclosures numériques », c’est-à-dire l’appropriation marchande ou à des fins de contrôle politique des nouvelles technologies numériques. Celles-ci sont en train de fabriquer une nouvelle société « scopique », qui voit tout et à qui rien n’échappe, en rupture non seulement avec les anciennes sociétés d’interconnaissance dans l’espace public, mais aussi avec les sociétés modernes où les publicités ne s’affichaient que sur les murs des villes ou dans les émissions radios. Ce sont désormais les murs de chaque vie intime qui sont occupés par des dispositifs numériques personnalisés, dont les ciblages, actualités, intrusions et harcèlements sont de plus en plus envahissants. La réappropriation des communs numériques pour échapper à des finalités toujours plus opaques est une des urgences du retour au commun.

    #Communs #Politique_des_communs

  • [RÉSOLU] Un pas de plus dans #Contributopia
    https://framablog.org/2020/06/27/resolu-un-pas-de-plus-dans-contributopia

    Pour accompagner vers le Libre les organisations qui agissent pour l’Économie Sociale et Solidaire, il fallait davantage qu’un guide. Il fallait un outil évolutif, un outil que ces organisations puissent modifier, tronquer, bidouiller, bref s’approprier les contenus pour mieux les … Lire la suite­­

    #Communs #Dégooglisons_Internet #Libertés_Numériques #Migration #Association #associations #cemea #Fiches #Framabook #logiciel_libre

  • Pas de communs sans communauté

    Maria Mies

    https://lavoiedujaguar.net/Pas-de-communs-sans-communaute

    L’intérêt actuel pour les nouveaux communaux est bienvenu. Cela montre que de plus en plus de gens comprennent que notre système mondial capitaliste actuel ne peut résoudre aucun des problèmes qu’il a lui-même créés. La plupart des gens qui veulent créer de nouveaux communaux recherchent un nouveau paradigme économique et social. Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de porter un regard plus critique sur les principaux concepts et arguments utilisés dans le discours contemporain sur « les biens communs ». Aujourd’hui, les « nouveaux biens communs » font l’objet d’un battage médiatique, notamment le mythe d’Internet comme bien commun et source de nouvelles communautés. Dans cet article, je pose plusieurs questions : Que voulons-nous dire lorsque nous parlons de « nouveaux biens communs » ? Que pouvons-nous apprendre des anciens communaux ? Qu’est-ce qui doit être changé aujourd’hui ? Y a-t-il une perspective réaliste pour les nouveaux biens communs ?

    Tout d’abord, je tiens à souligner qu’aucun bien commun ne peut exister sans une communauté. Les anciens biens communs étaient entretenus par une communauté clairement définie dont les membres s’engageaient à accomplir un travail communautaire pour subvenir à leurs besoins. (...)

    #Maria_Mies #communs #communauté #Allemagne #_enclosures_ #arbre #autonomie #écoféminisme #brevet #technocritique #Internet #Papouasie #Inde #Vandana_Shiva #développement #numérique

  • Peut-on abolir la police ? La question fait débat aux États-Unis
    https://theconversation.com/peut-on-abolir-la-police-la-question-fait-debat-aux-etats-unis-1404

    La stratégie proposée par les mouvements états-uniens pour l’abolition de la police comporte trois étapes, que résume le mot d’ordre « Disempower, disarm, disband » (affaiblir, désarmer, dissoudre).

    L’affaiblissement de la police consiste à réduire son budget, ses effectifs et son influence sociale. La diminution de ses activités passe par le renforcement des liens sociaux pour que les personnes puissent gérer collectivement l’essentiel des situations problématiques (comme les violences interpersonnelles), grâce à des pratiques comme la justice transformatrice.

    Le désarmement consiste à s’opposer à la militarisation des forces de l’ordre qui s’est accélérée ces vingt dernières années et à réduire progressivement les armes dont elles disposent – y compris celles qui sont prétendument non létales, comme les tasers. Cette étape amène naturellement à la suivante : le démantèlement pur et simple des forces de l’ordre.

    Lors des manifestations de ces dernières semaines, le slogan « Defund the police » (« Cessez de financer la police ») a prospéré et fédéré au-delà des seuls mouvements abolitionnistes. Il suggère que les budgets alloués à la police soient affectés à d’autres secteurs et à des programmes qui renforcent les liens sociaux (santé, éducation, transports, logement, etc.) et donc contribuent à réduire la criminalité.

    En effet, l’abolitionnisme reproche aux institutions pénales de renforcer et d’entretenir les oppressions de classe, de race et de genre. C’est à ce titre que les abolitionnistes ne conçoivent pas qu’on puisse lutter contre ces oppressions sans lutter contre le système pénal.

    Ce mouvement invite à repenser radicalement les modes de contrôle social. À la logique de la justice pénale, il entend substituer la justice sociale et des modes non punitifs de résolution des conflits, basés sur un idéal de participation, de réparation et d’émancipation des individus et des communautés.

    Beaucoup pensent que l’existence de la police garantit la sécurité de tout·e·s. Comme le montrent les travaux sur l’histoire de la police et du système pénal, notamment ceux de Michel Foucault, la police n’a pas été créée pour répondre au phénomène du crime, mais elle participe, avec l’« industrie de la punition », à son organisation.

    Comme le souligne Foucault, cette organisation de la délinquance par le système pénal passe notamment par la gestion différentielle des illégalismes : la désignation des crimes et de leur plus ou moins sévère répression tendent à criminaliser davantage, et plus durement, certaines catégories de personnes. L’objectif de ce système est, selon le philosophe, non pas de protéger des criminels mais de désigner l’ennemi intérieur.

    #Police #Abolition #Communs #Justice

  • TRIBUNE #Covid-19 : l’impératif coopératif et solidaire

    Nous, acteurs, chercheurs, élus, territoires et réseaux de l’ESS des Hauts-de-France appelons à un #engagement véritablement coopératif et solidaire pour sortir par le haut de cette #crise sans précédent.

    Les crises se succèdent à un rythme effréné

    En un temps court, nos sociétés ont été amenées à faire face à une succession de crises majeures que l’on songe à la crise financière internationale de 2008, à la crise sociale et démocratique des gilets jaunes depuis 2018, à la crise écologique qu’incarnent le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité. L’arrivée et la diffusion mondiale du coronavirus fin 2019 et les réponses qui ont été fournies ont cette fois provoqué une crise multidimensionnelle sans précédent.

    À chaque crise, l’État est appelé à la rescousse : il retrouve de sa superbe, n’est plus conspué ni par ceux qui d’habitude idolâtrent la privatisation des gains ni par ceux qui vantent les bienfaits de l’austérité. À chaque crise, qui provoque un accroissement effroyable des inégalités (sociales, territoriales, de logement etc.), des appels solennels à la solidarité et à la coopération sont lancés. Quelques actes philanthropiques trouvent un large écho dans la presse : tel grand groupe décide de réorienter une ligne de production vers des produits de première nécessité sanitaire ; tel autre achète « à ses frais » des équipements en Chine ou ailleurs ; tel autre encore réduit la part des dividendes qui seront versés à ses actionnaires, tandis qu’il profite par ailleurs du filet de protection sociale du chômage partiel assuré par l’État. Telle grande fortune appelle aussi à une redistribution ponctuelle des revenus (souvent financiers) engrangés.

    L’économie sociale et solidaire, un acteur discret de réponse à ces crises

    Une partie de l’économie pourtant, fait de ces appels, là-bas ponctuels, le cœur structurel de son organisation et de son activité du quotidien. Crise ou pas crise, les initiatives solidaires, l’économie sociale et solidaire, les communs interrogent le sens de ce qu’ils réalisent, orientent leurs productions vers des activités d’utilité sociale, qui répondent à des besoins écologiques et sociaux, fondent leurs décisions sur des principes égalitaires, font de la solidarité et de la coopération la grammaire de leur dynamique.

    De nombreuses initiatives citoyennes, comme autant de solidarités auto-organisées, ont été réactives pour répondre à la crise. Souvent à bas bruit, elles ont abattu, et abattent, un travail considérable pour pallier les défaillances industrielles, et assurer, par exemple, la fabrication de masques via de simples machines à coudre, et parfois via des FabLabs et tiers lieux. Des acteurs de l’économie sociale et solidaire jouent un rôle de proximité dans le déploiement des circuits courts alimentaires, proposent des paniers de fruits et légumes en zones urbaines. Des actions autour de l’alimentaire sont démultipliées grâce à des acteurs de tiers lieux en lien avec des métropoles, ou proposent des solutions de plateformes type « open food network ». Des associations maintiennent une continuité des services publics dans le sanitaire et social malgré les risques de non distanciation physique, qu’on songe à l’aide à domicile, aux Ehpad gérés de manière associative, aux IME, aux maisons d’accueil spécialisées, dont beaucoup ont décidé de rester ouverts. Des associations continuent de défendre les sans-abris et les réfugiés, d’autres encore structurent l’entraide de proximité au quotidien. Tous les secteurs économiques sont durement touchés. Les activités culturelles et artistiques sont parmi les plus affectées. Seuls les réseaux de coopération et de solidarité leur permettent de ne pas disparaître de l’espace public. Dans l’urgence de leur survie, et conscientes de leur forte utilité sociale, certains de ses acteurs nouent des appuis politique et économique avec l’économie sociale et solidaire.

    L’État et les collectivités locales et territoriales savent bien d’ailleurs, en temps de crise, qu’ils peuvent compter sur cette économie solidaire de proximité, et plus largement sur ce tissu socioéconomique territorial, pour en amortir les effets, tandis que les mêmes ont parfois déployé une énergie non dissimulée pour réduire, avant la crise, leurs moyens d’agir et l’ont parfois instrumentalisée ici ou là comptant sur elle pour maintenir une paix sociale à moindres coûts.

    Quelles alternatives ?

    Dans quelques semaines ou quelques mois, chacun des grands acteurs économiques multinationaux espérera la reprise du « monde d’avant », un business as usual qui nous a pourtant conduits dans cette situation. Las. Les crises multiples traversées, et celles qui se succéderont certainement dans les années à venir, rendent urgent de repenser l’économie autrement. Mais vraiment autrement. Il est urgent de remplacer les dogmes du vieux monde par de nouvelles manières de penser et de pratiquer l’économie et par de nouvelles manières de vivre la démocratie. Cela est possible. L’économie sociale et solidaire en est un témoin en actes et un acteur décisif de cet après crise. Le logiciel de l’économie « conventionnelle » est suranné : logiciel de la croissance, logiciel du tout marché, logiciel techno-optimiste : non ce n’est pas dans la croissance pour la croissance, dans le marché et dans le lucre qu’on trouvera le salut de tous nos maux. Cette crise en est le plus spectaculaire contre-exemple.

    Il faut donc réhabiliter l’économie soutenable comme organisation sociale qui se donne les moyens de répondre aux besoins sociaux tout en prenant soin de ses patrimoines, écologique, social, démocratique.

    Faire toute sa place aux « corps intermédiaires »

    Les différentes crises révèlent aussi les faiblesses de nos pratiques de la démocratie. En se privant des expertises et des expériences sociotechniques et politiques des acteurs de terrains, des réseaux, des corps intermédiaires, l’État finit par produire des politiques publiques hors sol ou à rebours des urgences. Les associations écologistes alertent depuis de nombreuses années sur l’urgence climatique ; les acteurs du médico-social ne cessent d’exprimer, et bien avant le Covid-19, le manque de moyens pour faire un vrai travail de soin et de care ; les acteurs de la recherche et de la médiation scientifique en lien étroit avec l’économie sociale et solidaire contribuent à éclairer le débat et à redonner à la science sa juste place dans la société : celle qui permet le maintien d’un esprit critique ; les acteurs de proximité de l’économie sociale et solidaire, alertent depuis longtemps sur la fracture sociale (et numérique) à l’origine du mouvement des Gilets Jaunes.

    L’expertise, le regard et l’avis de tous ces corps intermédiaires, constitués de citoyens organisés et structurés, devront être pris en compte dans les choix de politiques publiques de demain.

    Démocratiser et relocaliser l’économie

    Par-dessus tout, il faut démocratiser les économies : ouvrir des espaces de délibération sur l’identification des activités essentielles, sur le pilotage des politiques publiques, en particulier locales ou sur l’impact environnemental et social des entreprises. Il faut repenser la hiérarchie des priorités économiques. Cette idée n’est pas nouvelle : au Québec, dès 1997 un collectif de l’éducation populaire, le « Collectif pour un Québec sans pauvreté » propose au ministre des Finances de l’époque l’élaboration d’un « produit intérieur doux » : il s’agissait, par la délibération démocratique, de trier les activités utiles socialement des activités nuisibles pour les sociétés. Il s’agissait aussi d’appeler à identifier des activités contributrices au bien-être social et qui étaient ignorées des comptes. De nouvelles initiatives vont dans ce sens aujourd’hui et réclament des délibérations collectives pour définir l’utilité sociale des activités.

    La démocratie ne doit plus non plus rester aux portes de l’entreprise. Il est temps de valoriser les gouvernements d’entreprise qui s’appuient sur un véritable équilibre des pouvoirs, qui rénovent les pratiques managériales et qui réinterrogent le sens du travail humain. L’expérience d’une partie des coopératives, des SCIC, CAE etc., qui sont autant de démarches coopératives et de fabriques sociales démocratiques, permet de construire les capacités socio-économiques locales dont les territoires et leurs écosystèmes ont besoin.

    La relocalisation de la production ne doit pas être synonyme de repli sur soi. L’impératif coopératif et solidaire implique un soutien massif porté, notamment, aux systèmes de santé des pays du Sud. Grands perdants de la mondialisation ils seront les plus durement touchés, à terme, par cette crise sanitaire, comme ils le sont et le seront par la crise écologique. Face aux tentations identitaires et autoritaires, ces valeurs et pratiques de solidarité internationale sont une urgence.

    Les activités du care

    Les activités de service de care et de soin, d’intérêt général ne doivent plus être mises entre les mains du marché. Il n’est pas besoin d’épiloguer, la fuite en avant du tout marché pour les activités sociales montre toutes ses failles. Il faut appeler à des partenariats durables État, collectivités locales et territoriales et ESS pour la création et le financement d’un service public du grand âge et de la perte d’autonomie : il doit être financé publiquement et géré par des organismes publics ou à but non lucratif. Il doit permettre une revalorisation structurelle des métiers dont la crise a montré de manière éclatante toute la nécessité, alors qu’ils sont souvent les moins bien considérés et les moins bien rémunérés.

    Coopérer et être solidaire

    Il faut appeler à une coopération et une solidarité plutôt qu’une concurrence et une compétitivité qui loin d’amener le bien-être s’avèrent mortifères. La crise écologique rend d’autant plus urgente et nécessaire la remise en cause de ce modèle. Les initiatives types pôles territoriaux de coopération économiques (PTCE) devront être consolidées, étendues, enrichies. Lorsqu’ils jouent vraiment la carte de la coopération, ils deviennent de véritables projets d’avenir. Ils pourront s’appuyer sur les initiatives solidaires et les communs qui s’expérimentent en continu partout sur les territoires. Les monnaies locales complémentaires pourront aussi en être un vecteur innovant, un repère utile pour orienter production et consommation vers des biens et services soutenables.

    Bien sûr il faut faire tout cela sans angélisme. Si l’économie sociale et solidaire est souvent exemplaire, elle n’est pas toujours exempte de critiques. Des financements, devenus scandaleusement exsangues, ont conduit certains acteurs à l’oubli du projet associatif, à la soumission volontaire à la concurrence, à l’acceptation de la précarisation de l’emploi. Tout cela a parfois pris le pas sur l’affirmation du projet politique et sur la coopération et la solidarité.

    C’est la raison pour laquelle il faut en appeler à des coopérations avec l’État, les collectivités locales et les entreprises locales reconnaissant véritablement les fondements et pratiques de l’économie sociale et solidaire. L’ESS doit aussi se mobiliser, avec d’autres forces sociales, pour éviter un retour au vieux monde et impulser sur une large échelle les dynamiques et les initiatives dont elle est porteuse. La mobilisation doit s’opposer au détricotage de la protection sociale, des solidarités locales, des droits démocratiques. En bref. Elle doit être un appel à prendre soin et développer les communs sociaux des territoires.

    Les crises qui ne manqueront pas d’arriver rendent cette mobilisation impérative.

    Les réseaux, acteurs, personnes signataires du présent texte sont conscients de l’immensité de la tâche, et sont convaincus que seule une coopération de tous les acteurs permettra d’infléchir le mouvement, et d’obtenir des décisions utiles à tous les niveaux politiques, institutionnels et sociaux nécessaires.

    Ils s’emploient à en concrétiser les engagements au sein de leurs réseaux par leurs initiatives respectives.

    https://chairess.org/tribune-covid-19-limperatif-cooperatif-et-solidaire
    #recherche #le_monde_d'après #solidarité #ESS #philanthropie #redistribution #alternative #business_as_usual #démocratie #économie #croissance #économie_soutenable #corps_intermédiaires #expertise #relocalisation #relocalisation_de_l'économie #éducation_populaire #produit_intérieur_doux #bien-être_social #utilité_sociale #care #soin #coopération #concurrence #compétitivité #monnaies_locales #communs #commons

  • #Claire_Revol - #Attachements, #Partages, #Communs

    Troisième épisode de notre journée d’études, Occuper le #paysage entre enjeux politiques et esthétiques, proposé par la maîtresse de conférences en philosophie Claire Revol. Cette émission termine notre premier axe d’études qui s’articule autour de la manière dont les habitants s’approprient et s’attachent à un paysage. Occuper un lieu induit de s’y attacher matériellement mais aussi émotionnellement. Le lien sensible qui nous relie à un paysage influence notre façon de l’habiter individuellement ainsi que collectivement. Cet espace partagé devient alors le support d’enjeux politiques et poétiques. Pierre-Yves Racine et Claire Revol questionnent les rapports artistiques et esthétiques qu’entretiennent les habitant.e.s avec le paysage urbain.

    Spécialiste du philosophe Henri Lefebvre, Claire Revol nous propose une réflexion autour de la notion d’appropriation : comment se définit-elle ? Quelle différence pouvons-nous établir entre la propriété et l’appropriation ?
    A partir du film de Marie Voignier, Le Terrain était déjà occupé (le futur) Claire Revol développe, dans cette émission, une réflexion sur l’attachement de l’homme à l’espace, dans sa dimension sensible et poétique. S’appuyant notamment sur les écrits d’Henri Lefebvre, Claire Revol questionne les différentes temporalités de « l’habiter », en interrogeant la notion d’aménagement urbain en tant qu’acte culturel.

    Cette journée d’études est organisée par le pôle programmation culturel et médiation du master Métiers et Arts de l’Exposition de l’université Rennes 2 : Lole Justome, Lizon Fourrage, Justine Forest, Clémence Troussier, Pauline Furon et assistées par Ronan Bonjour, ingénieur du son.

    Cette journée d’études est organisée dans le cadre de l’exposition Il n’est pas question d’explication consacrée au travail de la cinéaste Marie Voignier, pensée par la promotion 2019-2020 du master Métiers et Art de l’Exposition de Rennes 2.

    Les archives utilisées dans le cadre de ce podcast proviennent de l’émission URBANOSE, Chapitre 15, réalisée par Michel Régnier, ©L’Office National du Film du Canada, 1972 : www.youtube.com/watch ?v=0kyLooKv6mU&t=686s

    https://soundcloud.com/user-538961586/episode-3-claire-revol-attachements-partages-communs


    #appropriation #attachement #audio #podcast #conférence #lien_sensible #sensible #habité #habiter #paysage_urbain #villes #urban_matter #propriété #espace #aménagement_urbain

  • Ne laissons pas s’installer le monde sans contact | Terrestres
    https://www.terrestres.org/2020/04/27/ne-laissons-pas-sinstaller-le-monde-sans-contact

    Tant de gens parlent du « jour d’après », de tout ce qu’il faudra accomplir et obtenir après le coronavirus. Initié par le collectif Ecran total et Ecologistas en accion, ce texte soulève le risque que les bonnes résolutions pour le jour d’après soient déjà neutralisées par l’accélération en cours de l’informatisation du monde. Il propose un boycott massif de l’application Stop-COVID19 qui sera mise en place au mois de mai.

    Par contre, ce que nous sentons très clairement, c’est que la crise sanitaire a des chances importantes de précipiter l’avènement d’un nouveau régime social : un régime basé sur une peur et une séparation accrues, encore plus inégalitaire et étouffant pour la liberté. Si nous prenons la peine de lancer cet appel, c’est que nous pensons que cela n’est pas joué d’avance et que des possibilités vont se présenter, pour les populations, de l’empêcher. Mais alors que nous, simples citoyens, ressentons violemment la fragilité de nos existences face à la menace du virus et d’un confinement long, l’ordre politique et économique en vigueur semble, lui, à la fois ébranlé et renforcé par la secousse en cours. Il paraît en même temps fragile, et très solide sur ses bases les plus « modernes », c’est-à-dire les plus destructrices socialement.

    La possibilité que nous soyons en train de basculer vers un nouveau régime social, sans contact humain, ou avec le moins de contacts possibles et régulés par la bureaucratie, est notamment décelable dans deux évolutions précipitées par la crise sanitaire : l’aggravation effrayante de l’emprise des Technologies de l’information et de la communication (TIC) sur nos vies ; et son corollaire, les projets de traçage électronique des populations au nom de la nécessité de limiter la contagion du COVID-19.

    Le président Macron, quant à lui, se permet de faire des allusions répétées au programme du Conseil national de la Résistance et à son esprit de compromis social ; mais dans les faits, le projet de conversion de la France en start-up nation n’est nullement en pause, au contraire il connaît un grand bond en avant. Cette nouvelle ère de travail sans contact permet de compléter l’offensive contre les salariés entamée bien avant le coronavirus : suppression massive de postes au profit d’applications, de plateformes et de robots ; réduction du travail relationnel au profit de réponses automatisées pilotées par algorithmes ; perte de sens du travail supplanté par d’absurdes routines bureautiques ; exploitation accrue, et affaiblissement des capacités de résistance des salariés, de plus en plus isolés les uns des autres.

    « La numérisation de tout ce qui peut l’être est le moyen pour le capitalisme du XXIème siècle d’obtenir de nouvelles baisses de coût (…) Cette crise sanitaire apparaîtra peut-être rétrospectivement comme un moment d’accélération de cette virtualisation du monde. Comme le point d’inflexion du passage du capitalisme industriel au capitalisme numérique, et de son corollaire, l’effondrement des promesses humanistes de la société [de services] »2. Cette analyse de bon sens n’est pas le fait d’un contempteur du néolibéralisme, en colère contre les choix politiques faits depuis quarante ans sous la pression des milieux d’affaires. Elle est d’un économiste de centre-gauche, participant au Conseil de surveillance du journal Le Monde. Elle suffit à comprendre que si « stratégie du choc »3 il y a, dans le contexte actuel, elle se trouve en bonne partie sous nos yeux, dans ce surcroît de numérisation de la vie domestique et économique.

    Prenons la mesure de l’imposture : dans un contexte de pénurie grave des moyens ordinaires pour lutter contre la contagion (trop peu de masques et de blouses à l’hôpital, manque de soignants et de lits à l’hôpital et en dehors, peu de tests), on nous propose à la place un gadget de science-fiction, les applications de détection électronique de la transmission du coronavirus. Aucune annonce claire n’est faite dans le sens d’un soutien financier massif et structurel aux hôpitaux publics pour faire face à une crise qui va durer ; par contre, on s’apprête à franchir un nouveau cap dans la traçabilité systématique des déplacements et des relations sociales – au moins, dans un premier temps, pour ceux qui l’acceptent. Les résultats sanitaires sont plus qu’incertains ; les conséquences politiques, elles, ne font pas de doute.

    En tous cas, cet épisode est marqué par l’idée que l’efficacité, en matière de lutte contre les coronavirus, serait à chercher du côté de l’Asie en général et de la Chine en particulier. En France, médias et politiques portent plutôt leur regard vers la Corée du Sud, Taïwan ou Singapour, dont l’hyper-modernité technologique n’est pas associée (à tort ou à raison) au despotisme politique. En Espagne, par contre, le début de la crise sanitaire a vu la presse dominante se demander ouvertement si la « démocratie » n’est pas un fardeau qui condamne à l’inefficacité, tandis que de vieux politiciens « libéraux » faisaient part de leur admiration pour l’autoritarisme chinois high tech : géolocalisation des téléphones mobiles, systèmes de notation sociale alimentée par les données recueillies en permanence sur les citoyens avec Internet, reconnaissance faciale, usage de drones pour surveiller et sanctionner la population. C’est un des éléments du tournant que nous vivons peut-être : nous avons été habitués depuis des décennies à lire notre avenir dans les évolutions de la société nord-américaine, et tout à coup, c’est la Chine post-maoïste qui semble devenir notre horizon – elle qui fait un usage véritablement décomplexé des innovations de la Silicon Valley.

    Des dispositifs comme la géolocalisation électronique servent en fait à assurer le maintien d’une organisation sociale pathologique, tout en prétendant limiter l’impact de l’épidémie que nous connaissons aujourd’hui. Le traçage du coronavirus vise à sauver (momentanément) un type de monde où l’on se déplace beaucoup trop, pour notre santé et celle de la Terre ; où l’on travaille de plus en plus loin de chez soi, en côtoyant au passage des milliers de gens qu’on ne connaît pas ; où l’on consomme les produits d’un commerce mondial dont l’échelle exclut toute régulation morale. Ce que les promoteurs de la géolocalisation cherchent à préserver, ce n’est donc pas d’abord notre santé, ni notre « système de santé » : c’est la société de masse. C’est même une société de masse renforcée, au sens où les individus qui la composent seront encore plus esseulés et renfermés sur eux-mêmes, par la peur et par la technologie.


    Bref, les technocrates du monde entier prétendent nous préserver du coronavirus aujourd’hui, en accélérant un système de production qui compromet déjà notre survie demain matin. C’est absurde, en plus d’être voué à l’échec.

    Nous n’avons pas besoin de technologies qui nous déresponsabilisent, en disant et décidant à notre place où nous pouvons aller. Ce dont nous avons besoin, c’est d’exercer notre responsabilité personnelle, pour pallier les défaillances et le cynisme des dirigeants. Nous avons besoin de construire par le bas, avec l’aide des soignants, des règles de prudence collective raisonnables et tenables sur la longue durée. Et pour que les inévitables contraintes fassent sens, nous n’avons pas seulement besoin de savoir en temps réel quelle est la situation dans les services d’urgence. Nous avons besoin d’une réflexion collective et conséquente sur notre santé, sur les moyens de nous protéger des multiples pathologies que génère notre mode de vie : les futurs virus, autant que leurs divers facteurs de « co-morbidité », tels que l’asthme, l’obésité, les maladies cardiovasculaires, le diabète et bien sûr le cancer11.

    Cette crise met une fois de plus en évidence le problème de la dépendance des peuples envers un système d’approvisionnement industriel qui saccage le monde et affaiblit notre capacité à nous opposer concrètement aux injustices sociales.

    #Stopcovid #Géolocalisation #Manifeste #Communs

  • Vers des jours heureux... | Le Club de Mediapart

    https://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/280420/vers-des-jours-heureux

    Un virus inconnu circule autour de la planète depuis le début de l’année. Péril mortel et invisible, nous obligeant à nous écarter les uns des autres comme si nous étions dangereux les uns pour les autres, il a retourné les tréfonds des sociétés comme on retourne un gant et il a mis au grand jour ce que l’on tentait jusqu’ici de masquer. Sans doute provoque-t-il un nombre important de morts et met-il sous une lumière crue les limites des systèmes de santé des pays développés, y compris les plus riches d’entre eux. Sans doute, ailleurs, expose-t-il les populations de pays plus pauvres à un extrême danger, les contraignant pour se protéger à accomplir une obligation impossible, le confinement. Mais ceci n’est que la surface des choses.

    Le gant retourné donne à voir la voie périlleuse dans laquelle le monde se trouve engagé depuis des décennies. En mettant les services hospitaliers sous contrainte budgétaire, là où ils étaient développés, et en les négligeant là où ils sont insuffisants, les responsables politiques affolés se sont trouvés pris de court devant l’arrivée de la pandémie. En France, l’impréparation criante à ce type d’évènements, la liquidation coupable de la réserve de masques, la délocalisation de l’industrie pharmaceutique avec pour seule raison la recherche de profits plus grands, la faiblesse des moyens de la recherche scientifique, mettent le gouvernement en situation d’improvisation. En prenant le chemin du confinement dont il ne sait comment sortir, il s’est engagé dans la voie d’une mise en cause radicale des libertés publiques. S’étant privé des autres moyens de protection de la population, il bénéficie d’un acquiescement forcé de cette dernière. Pour le cas où cet acquiescement manquerait, un discours moralisateur et culpabilisant se déploie. Et pourtant, partout, d’innombrables initiatives contredisent l’individualisme entretenu par le modèle économique et social et témoignent de la permanence de la fraternité entre les humains.

    Mais le gant retourné fait apparaître aussi, au moins aux yeux les plus lucides, que la réponse aux enjeux auxquels l’humanité dans son ensemble est en ce moment confrontée, ne saurait être une addition de politiques nationales, encore moins si ces politiques tentent de se mener en vase clos. Il y manquera toujours une part, celle de la communauté des humains qui ne peut refuser plus longtemps de se voir pour ce qu’elle est : une communauté de destin, ce qu’Hannah Arendt nommait une association politique d’hommes libres.

    Ainsi, derrière la crise sanitaire qui est au premier plan, avec la crise économique qui s’amorce et la catastrophe écologique en cours, c’est une crise de civilisation qui émerge enfin. Le monde entièrement dominé par le système capitaliste qui ne cesse de creuser les inégalités et de détruire la nature, est aujourd’hui un bateau ivre qui n’a d’autre horizon que son naufrage à travers des violences insoupçonnées.

    S’il est encore temps de reprendre les commandes, alors ce séisme inédit est l’occasion que le monde doit saisir pour rompre enfin avec sa destruction largement amorcée et inventer une société entièrement différente. Ainsi, ayant conjuré la terreur de l’inconnu, les peuples danseront de joie sur les décombres du vieux monde qui menaçait de les emporter.

    Pour cela, il faut :

    – ne pas tricher avec les constats qu’il y a lieu de faire ;
    – mesurer les risques d’une sortie de crise orientée à un retour à la situation antérieure ou à d’autres dérives ;
    – saisir cette opportunité pour poser les fondements radicalement différents d’une société mondiale juste et viable.

    #covid-19 #le_monde_d_après

  • OneWeb : Mort ou vif ?
    https://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/aeronautique-defense/oneweb-mort-ou-vif-845429.html

    SpaceX sera-t-il le vautour de OneWeb ?

    Qui peut reprendre OneWeb, qui a annoncé vouloir se vendre au plus offrant ? Quel investisseur ou consortium d’investisseurs aura les reins solides pour poursuivre les lourds investissements lancés par les précédents actionnaires ? Et qui a intérêt à rependre OneWeb ? Au premier rang, il y a Elon Musk et SpaceX, qui verrait plutôt d’un bon œil la faillite pure et simple de son principal concurrent dans la fourniture de services internet à haut débit grâce à une couverture globale. SpaceX ne peut pas en tout cas se désintéresser du dossier OneWeb s’il suscitait réellement un intérêt de la part de nouveaux investisseurs. D’autant que son concurrent a obtenu les droits de fréquences contrairement à SpaceX avec la constellation Starlink, qui pourrait être composée de plus de 40.000 satellites (soit une constellation initiale de 12.000 satellites, complétée par 30.000 unités supplémentaires).

    OneWeb et SpaceX s’étaient livrés jusqu’ici à une féroce compétition pour attirer les investisseurs dans leur projet respectif. C’était d’ailleurs le nerf de la guerre pour ces deux constellations. Car, tout comme OneWeb, SpaceX semble aussi avoir quelques difficultés à financer son projet Starlink, bien masquées pour l’heure par ses activités de lancement financée par la dépense publique américaine (civile et militaire).

    #Espace #Privatisation #Enclosure #Communs

  • « La biodiversité en ville n’est pas le problème mais une des solutions »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/14/la-biodiversite-en-ville-n-est-pas-le-probleme-mais-une-des-solutions_603657

    Paradoxalement, en ville aussi, la biodiversité s’avère indispensable à nos sociétés. La nature insérée dans le milieu urbain est source de bénéfices en termes de santé psychologique et physique pour les citadins. Les villes les plus minérales font le lit de nombreuses maladies allergies, anxiétés, affections respiratoires et cardiovasculaires…
    Epuration et régulation

    Or, les plantes participent à l’épuration de l’air, de l’eau et du sol. Les arbres, notamment, fixent d’importantes quantités de polluants atmosphériques. Ils jouent un rôle non négligeable dans le cycle du carbone et réduisent les îlots de chaleur urbains, abaissant de plusieurs degrés lors des fortes canicules la température de quartiers entiers.

    Les écosystèmes urbains fonctionnels, riches en espèces animales et végétales spontanées, permettent la régulation d’espèces qui auraient sinon tendance à proliférer dans nos milieux grandement artificialisés.
    Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Les acteurs de la santé publique doivent être davantage associés à l’urbanisme »

    L’agriculture urbaine se renouvelle dans nos villes. Ce contact avec le vivant non humain, qu’il vise à une autoconsommation ou à des moments et des lieux de convivialité, est à la base du retour des potagers urbains et jardins partagés. Or, la production de fruits, de légumes, d’aromates, de fleurs nécessite des sols et de l’eau de qualité autant que des insectes pollinisateurs ou des régulateurs des espèces défavorables aux cultures. Ces conditions ne peuvent être remplies sans trop de complications techniques qu’avec l’aide d’une nature urbaine riche et de politiques publiques soucieuses de maintenir ou d’accroître la qualité environnementale des villes.

    Au-delà de ses propriétés régulatrices, la biodiversité urbaine se pare également de vertus culturelles et pédagogiques. Elle fournit l’opportunité de sensibiliser un large public, à commencer par les enfants, aux problématiques environnementales. Une large part des citadins n’a que très peu de contact avec la nature. La consommation ou l’envie d’espèces exotiques chez les urbains, qui aboutit à des comportements absurdes et risqués d’un point de vue sanitaire et écologique, serait plutôt la résultante de cette déconnexion à la nature.

    #Biodiversité #Communs_urbains