company:pib

  • La #science pour le plus grand nombre, pas pour l’argent

    Partout dans le monde, l’Enseignement Supérieur et la Recherche sont actuellement soumis à la doctrine de choc du néolibéralisme, où la #connaissance est perçue comme un simple moyen d’améliorer la #compétitivité de l’économie, comme une source possible de bénéfices et comme un outil de contrôle pour les gouvernements. Ce programme néolibéral pour la science est mis en œuvre par un nouveau mode de gestion publique dans lequel les étudiants, les enseignants et les chercheurs doivent devenir des entrepreneurs de leur capital cognitif et de leur réputation. Loin des idéaux coopératifs de la science et de l’enseignement, les universités et les institutions de recherche sont gérées comme des entreprises, en concurrence les unes avec les autres pour attirer les « meilleurs » étudiants et chercheurs. Les groupes de recherche et les collectifs de travail sont presque systématiquement écrasés. Les gestionnaires scientifiques sont censés chercher des #fonds et des #subventions pour employer une masse toujours plus grande de personnel précaire, dont les bas salaires contrastent avec les revenus de plus en plus élevés d’une nouvelle élite de gestion incarnée par les présidents et les vice-présidents d’université. La souffrance au travail affecte la plupart de ces nouveaux #prolétaires_intellectuels. D’un autre côté, la folie de l’#évaluation, la pression pour « #publier_ou_périr » et la #privatisation de l’#édition_scientifique conduisent à un nombre croissant de publications, ce qui menace à la fois la qualité de la #recherche et la transmission ouverte du savoir. Cette guerre matérielle dans laquelle l’#austérité va de pair avec la privatisation s’accompagne d’une guerre idéologique orwellienne où les mots, écrits dans un langage pauvre et mensonger, perdent leur sens. Le désir de reconnaissance de chacun conduisant à la servitude de tous, les valeurs de #compétition et d’#utilitarisme gagnent du terrain dans nos communautés scientifiques, où les individus sont de plus en plus isolés et craignent d’être exclus du jeu.

    Heureusement, des #résistances sont apparues, tant dans les pays où l’application de ces politiques était la plus développée (Grande-Bretagne ou Chili) que dans les pays où elles sont encore moins avancées (France, Allemagne ou Canada, notamment la région du Québec). Partout, les #mobilisations proposent des #alternatives à ces politiques néolibérales, très proches les unes des autres tant en termes de valeurs que de mesures concrètes. Plus important encore, nous sommes tous d’avis que le savoir fait partie du patrimoine commun de l’humanité et que sa valeur dépend de son #partage avec le plus grand nombre. Les autres composantes de l’alternative à la science néolibérale découlent de ce principe.

    Premièrement, l’université doit être libre. Mais la lutte pour l’abolition effective des #frais_d'inscription exige aussi que l’on reconnaisse aux étudiants le droit à une allocation financière substantielle qui garantirait leur autonomie en leur donnant les moyens de faire face à la nourriture, au logement et d’avoir du temps pour étudier.

    Deuxièmement, les universitaires et les chercheurs doivent non seulement avoir des salaires et des retraites décents, mais aussi se voir accorder des postes à part entière avec de solides garanties d’#indépendance. C’est une condition nécessaire si nous voulons éviter les #conflits_d'intérêts entre l’éducation, la science et les pouvoirs de l’argent et de la politique.

    Ils doivent également bénéficier de crédits à long terme, sans passer une grande partie de leur temps à demander un nombre croissant de subventions et de #projets par le biais de procédures bureaucratiques épouvantables ou à justifier constamment l’utilisation scientifique des fonds qui leur sont alloués. Ce n’est qu’à ce prix qu’ils pourront revendiquer leur droit au temps, sans lequel aucun progrès intellectuel réel, aucune science libre et aucune éducation libre, solide et cohérente n’est possible.

    Enfin, la #démocratie doit être au cœur des universités et des institutions de recherche. Le débat critique avec les citoyens et la collégialité des décisions doivent remplacer la gestion de haut en bas venant de bureaucrates zélés et incompétents qui ne s’intéressent qu’à stimuler la concurrence et la soi-disant « excellence ».

    L’urgence sociale et écologique à laquelle le monde entier est actuellement confronté représente un intérêt général commun qui devrait nous pousser à nous unir si nous voulons relever tous ces défis. Un développement massif des connaissances scientifiques est aujourd’hui nécessaire pour assurer la #transition_écologique de nos sociétés et échapper à la catastrophe imminente. Les investissements publics représentant 3% du PIB des nations doivent être consacrés aux services publics de la recherche et de l’enseignement supérieur. Nous devons également riposter de manière organisée  : il est temps de construire une alternative mondiale dans laquelle les universitaires et les scientifiques, les étudiants et les citoyens défendent les trois piliers de l’enseignement supérieur et de la recherche  : l’indépendance de la production scientifique et intellectuelle, la libre critique et la gratuité de la #transmission_des_connaissances.

    Nous, signataires de cet appel, membres de la communauté académique et de la recherche ou du mouvement social dans son ensemble, nous venons du monde entier. Nous nous engageons ensemble à promouvoir les valeurs de la critique, de la collégialité et de la #coopération dans le domaine scientifique et universitaire. Nous défendons des universités et des institutions de recherche bien dotées et libres d’intérêts privés. Nous luttons contre les #conditions_de_travail précaires et nous promouvons un système alternatif de publication scientifique dans lequel la connaissance est libre et ouverte. Nous appelons à la constitution d’un réseau de #solidarité_internationale et au développement du #savoir_pour_tous.

    https://www.linternationaledessavoirspourtous.org/p/la-science-pour-le-plus-grand-nombre.html?lang=en
    #université #critique #résistance #néo-libéralisme #précarisation #publish_or_perish #tribune #pétition

    • Academic-Led Publishing Panel: Why Academic-Led and Why Now?

      This panel serves as an introduction to Academic-Led Publishing Day, focusing on the “what” and “why” behind the event. Panelists briefly share how they are involved in academic-led publishing and answer the questions: “Why do you believe more academic-led publishing initiatives are needed? And why is now the time for both scholarly institutions and individual scholars to get involved in academic publishing?” Moderated by Cheryl Ball, editor of Kairos, this roundtable included Rebecca Kennison, Open Access Network Co-Founder Virginia “Ginny” Steel, Norman and Armena Powell University Librarian, UCLA Library Brian Cody, Co-Founder and CEO of Scholastica Max Mosterd, Head of Operations and Analytics for Knowledge Unlatched Mike Taylor, open-access advocate and paleontologist with the University of Bristol Hugh Thomas, Editor-in-Chief for Algebraic Combinatorics

      https://www.youtube.com/watch?v=O4D6OVD4QoE&feature=youtu.be

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      Academic-Led Publishing Day

      Academic-Led Publishing Day is a global digital event to foster discussions about how members of the scholarly community can develop and support academic-led publishing initiatives. Academic-Led publishing refers to scholarly publishing initiatives wherein one or more academic organizations control decisions pertaining to copyright, distribution, and publishing infrastructure. The goal of Academic-Led Publishing Day is to create an open dialogue about academic-led publishing programs and funding models - both current and potential - and to raise awareness about the roles and capabilities of different stakeholders in this space. The day will consist of virtual and in-person events, social media discussions, and a collection of blog posts and relevant resources.

      https://academicledpublishingday.com
      #alternative


  • Luxembourg : Les transports gratuits au premier trimestre 2020

    La gratuité des Transports doit entrer en vigueur entre janvier et mars 2020, a annoncé ce jeudi, le ministre en charge du dossier, François Bausch.

    Les passagers du tram, des bus et des trains cesseront de payer un titre de transport à compter du premier trimestre de l’année prochaine. C’est ce qu’a indiqué aux députés le ministre de la Mobilité, François Bausch (Déi Gréng) ce jeudi en commission parlementaire. Quant à la date précise d’entrée en vigueur de cette mesure qui figure dans l’accord de coalition DP-LSAP-Déi Gréng, elle sera annoncée dans une dizaine de jours.

    Le ministre a précisé aux députés que des discussions étaient en cours avec le Syvicol, qui représente les communes, et le ministère de l’Intérieur, pour déterminer le mode de financement de la mesure. La gratuité des transports publics pourrait coûter autour de 30 millions d’euros par an à l’État luxembourgeois.

    n outre, les contrôleurs de trains ne se retrouveront pas au chômage, sans billets à contrôler. Ils seront toujours présents dans les trains, mais avec de nouvelles missions qui sont en train d’être déterminées en concertation avec les CFL. Ils devraient notamment assurer une présence, pour des raisons de sécurité. D’ailleurs, les mauvais comportements des passagers à bord des trains pourraient être sanctionnés financièrement à l’avenir, a expliqué François Bausch. Une réflexion en ce sens est en cours.

    #transport #transports #gratuité #gratuits #transports_publics #transports_en_commun


  • Les dépenses de protection sociale gagnent du terrain en France
    https://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/les-depenses-de-protection-sociale-gagnent-du-terrain-en-france-800810.htm

    Les dépenses de protection sociale en France s’élèvent à 34,3% du PIB, soit un record en Europe. Le plus grand poste de dépense est consacré aux prestations vieillesses.

    Alors que le mouvement des « Gilets jaunes » a remis le rôle de la fiscalité au centre des débats, les derniers chiffres d’Eurostat, publiés ce mercredi 12 décembre, indiquent que les dépenses de protection sociale en France ont légèrement progressé entre 2015 et 2016, passant de 34,2% à 34,3% du produit intérieur brut (PIB). Ce qui place la France en tête des pays de l’Union européenne.

    Si une partie des Français dénoncent régulièrement un ras-le-bol fiscal en raison notamment d’un fort taux de prélèvement obligatoire, ils sont à 61% a juger normal le niveau de dépenses de protection sociale. 21% des répondants le considèrent comme insuffisant et 19% le jugent excessif selon un sondage réalisé par BVA pour le ministère de la Santé au printemps dernier.

    Les débats sur la dépense publique en France font parfois l’impasse sur le niveau de dépense de protection sociale. Or, les discussions sur les niveaux de dépense publique ne peuvent pas être dissociées du modèle social français comme l’a récemment souligné l’économiste de Xerfi Olivier Passet[…]

    La diminution de la CSG promise par Emmanuel Macron pour les retraités qui avaient un revenu inférieur à 2.000 euros pourrait notamment affaiblir le financement des budgets de protection sociale si elle n’est pas financée. En effet, la contribution sociale généralisée est avant tout destinée à financer la protection sociale.

    En moyenne, les dépenses de protection sociale ont atteint 28,2% du PIB sur le Vieux continent. Ce chiffre marque une légère baisse par rapport à 2015 (28,4%). Par ailleurs, il existe de véritables disparités à l’échelle de l’Union européenne avec plusieurs groupes.


  • https://www.mediapart.fr/journal/international/221018/bresil-une-economie-en-panne-minee-par-les-inegalites

    Une copine m’envoie voir cet article qu’elle juge important sur la montée du fascisme au #Brésil.

    L’économie brésilienne peine à se remettre de la crise de 2015. Malgré les années Lula, les inégalités restent immenses et repartent à la hausse. Un carburant pour Jair Bolsonaro, qui promeut un programme néolibéral démagogique.

    À la différence des scrutins précédents, l’économie n’a guère été au centre de la campagne présidentielle brésilienne. La sécurité et la corruption ont été beaucoup plus déterminantes. Et de fait, les deux candidats qui s’affrontent au second tour le 28 octobre, Jair Bolsonaro, du Parti social-libéral (PSL, extrême droite), et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT, gauche), sont restés très flous sur leurs programmes économiques. Pourtant, la situation du Brésil est loin d’être réjouissante et le pays demeure perclus par de très fortes inégalités, qui se creusent à nouveau. Souvent négligée, la cause économique de la crise politique n’est pourtant pas inexistante.

    Un modèle en crise depuis 2015

    Durant les présidences de Lula (2003-2011) et le premier mandat de Dilma Rousseff (2011-2014), le Brésil a connu une forte croissance, avec une moyenne annuelle de 3 %, et même de 5 % en 2011. Cette croissance a permis, sous l’impulsion du PT, de réduire fortement la pauvreté monétaire (qui avait cependant commencé à décroître une décennie auparavant). Selon la Banque mondiale, la part de la population vivant sous le taux de pauvreté est ainsi passée de 11,1 % en 2003 à 2,8 % en 2014. Le Brésil faisait alors partie des BRICS et faisait rêver les investisseurs internationaux. Lors de la crise de 2007-2009, il a montré une résistance remarquable, avec un recul du PIB de 0,13 % en 2008 et un rebond de 7,54 % en 2009.

    À cette époque, le modèle économique brésilien relevait d’un modèle classique pour le pays et les grands pays d’Amérique latine. La croissance s’appuyait principalement sur les exportations de produits agricoles et de matières premières, puis sur le réinvestissement par l’État de ces ressources pour développer la demande intérieure. Entre 2000 et 2015, ce modèle a été rendu possible par la forte demande de produits brésiliens venant principalement des autres pays émergents et en particulier de Chine. Entre 2003 et 2014, les exportations de biens brésiliens sont passées de 73,2 à 225,1 milliards de dollars, soit trois fois plus. La Chine comptait alors pour près de 20 % de ce total et 87 % des livraisons à l’empire du Milieu étaient constituées de matières premières. Parallèlement, l’investissement public a bondi de près de 11 % par an. Le PT a cependant mis l’accent sur la lutte contre la pauvreté et la précarité, notamment par la hausse continue du salaire minimum de près de 5 % par an.

    Composition des exportations vers la Chine du Brésil © OEC

    À partir de 2011, la demande de matières premières commence à reculer, notamment parce que la Chine, qui a sauvé l’économie mondiale en 2008-2009 par un vaste plan de relance, se retrouve dans une situation de surproduction industrielle. L’empire du Milieu entame alors un rééquilibrage stratégique vers la demande et la production intérieures. En 2012, les livraisons de minerais et de pétrole reculent. Parallèlement, les prix des produits agricoles chutent brutalement. Le boisseau de soja, dont le Brésil est le premier producteur mondial, passe de 17,37 dollars en septembre 2012 à 9,05 dollars trois ans plus tard. Un recul qui s’accompagne d’une nouvelle phase d’aversion au risque des investisseurs internationaux, échaudés par la crise européenne et le resserrement monétaire aux États-Unis.

    Fin 2013, la croissance brésilienne commence à ralentir. En 2015, le Brésil entre dans une récession qui durera deux ans, avec un recul des exportations de 15,2 %, suivi l’année suivante d’une baisse de 11,2 %. En deux ans, le PIB en volume a perdu plus de 7 % de sa valeur. Pour éviter une crise des changes et continuer à attirer les flux internationaux de capitaux, la Banque centrale du Brésil (BCB) a brutalement relevé son taux directeur, le Selic, de 10 à 14,25 %, déprimant la demande intérieure. La crise s’accompagne d’une forte détérioration des finances publiques, en raison de la baisse des recettes fiscales et d’une hausse des dépenses sociales, mais aussi et surtout de celles liées au crédit.

    Au Brésil, en effet, comme le souligne une note récente de BSI Economics, les banques commerciales jouent un rôle réduit dans le financement de l’économie : les crédits privés ne représentent que 26 % du PIB, contre 72 % dans l’OCDE. Dans un secteur faiblement concurrentiel, les instituts financiers préfèrent leurs marges aux volumes et pratiquent des taux prohibitifs. Avec la hausse des taux de la BCB, les entreprises se sont tournées vers la Banque nationale pour le développement économique et social (BNDES), qui propose des taux bonifiés inférieurs au taux de la banque centrale. Sa part dans le financement a doublé en quelques années pour représenter la moitié des encours. Mais le coût de ces taux revient au budget fédéral, qui doit donc s’endetter pour payer la différence à des taux élevés auprès... des banques commerciales. Ce cercle vicieux a plombé le budget de l’État. Le déficit est passé de 3 % du PIB en 2014 à 10,32 % en 2016, avec un coût de la dette qui s’élevait à 8,4 % du PIB. Cela a amené le deuxième gouvernement de Dilma Rousseff, puis de son successeur Michel Temer, à contracter les dépenses, notamment les investissements publics et les transferts sociaux.

    Une croissance durablement en panne

    La récession s’est terminée en 2017 grâce à la reprise de la demande internationale, mais le pays n’en est pas sorti indemne. Le rythme de croissance n’est plus le même. Il a été de 1 % en 2017 et sera, selon le FMI, de seulement 1,4 % cette année, un chiffre encore révisé à la baisse récemment. À moyen terme, le FMI prévoit une croissance de 2,2 %, plus de moitié moins que dans les années 2000. Le ressort est brisé : l’investissement public et les transferts sociaux ne permettent plus d’irriguer la demande intérieure.

    Parallèlement, la BCB a certes fortement baissé son taux directeur, jusqu’à 6,5 % en mars dernier. Mais avec une inflation de 3,67 % en moyenne prévue par le FMI cette année, les taux réels restent élevés, proches de 3 %. La BCB a continué à augmenter des réserves en devises déjà excédentaires par rapport aux recommandations du FMI, alors que le flux des investissements directs étrangers continuait à baisser dans la foulée de la remontée des taux de la Fed. Cette politique monétaire s’est assouplie, mais elle demeure encore restrictive. Certes, elle a en partie permis d’éviter une crise du type de celle de la Turquie et de l’Argentine, alors que, comme ces pays, le Brésil affiche un déficit courant. Le réal a bien baissé de 30 % en janvier et septembre, mais c’est deux fois moins que l’effondrement du peso argentin, alors que la BCB a baissé ses taux en mars. Ces réserves (et la faiblesse de l’endettement en dollars) permettent donc de maintenir la confiance.

    Evolution du PIB par habitant, en parité de pouvoir d’achat © Banque Mondiale

    Mais cette sécurité a plusieurs coûts, très lourds. La croissance est plus faible et le budget est moins mobilisable pour la relancer, puisque le financement des entreprises dépend des prêts bonifiés de la BNDES. En 2018, le déficit budgétaire brésilien devrait encore atteindre 8,6 % du PIB. La dette publique a bondi à 88 % du PIB, contre 61 % en 2010. Certes, la dette externe est faible – 26 % du PIB –, mais le poids du service de la dette contraint les autorités à réduire le déficit primaire, donc à abaisser encore l’investissement public et les transferts sociaux directement ou indirectement (par exemple par des incitations à l’emploi faiblement rémunéré). En début d’année, deux agences de notation, Moody’s et S&P, ont dégradé la note brésilienne, renchérissant le coût de la dette brésilienne, qui est passé de 10 % à 12 %. Or l’investissement privé ne prend pas le relais. Pire, le crédit privé recule, alors que l’État n’a plus de marge de manœuvre pour financer le crédit bonifié. Résultat : la productivité reste atone et le Brésil en est réduit à dépendre de ses seules exportations, de faible niveau de gamme ou de matières premières. La croissance risque donc de rester structurellement faible.

    Les inégalités, creuset de la poussée de l’extrême droite

    Le modèle sur lequel le PT a organisé l’économie brésilienne entre 2003 et 2013 ne fonctionne donc plus. Deux de ses principaux moteurs sont à l’arrêt. La conséquence est que le Brésil s’est appauvri. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat est, selon le FMI, encore sous son niveau de 2009 et, d’ici à 2023, il ne devrait pas revenir à son point haut de 2013. Même constat au niveau du taux de chômage. En août 2018, il était à 12,1 % de la population active. En 2014, il était à 6,8 %. Et le FMI estime que dans cinq ans, ce taux sera encore à 9,5 %... Autrement dit, la croissance brésilienne fonctionne désormais à un régime trop faible au regard de la situation démographique. Ce qui induit une capacité de redistribution faible dans un pays déjà miné par les inégalités.

    Car, de ce point de vue, le Brésil demeure un cas d’école. Malgré la baisse de l’extrême pauvreté durant la domination du PT, les inégalités sont toujours élevées. Selon la Banque mondiale, le Brésil est 148e sur 158 pays concernant l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus. Selon le rapport World Inequality Report (WID), les 0,1 % les plus riches (140 000 personnes) captent 14,4 % de l’ensemble des revenus, soit plus que les 50 % les moins riches (70 millions de personnes), qui obtiendront un peu plus de 12 % des revenus. Mais le plus frappant est que, grosso modo, l’évolution de ces deux classes a été la même depuis le début des années 2000, puisqu’en 2001, elles captaient la même proportion des revenus, autour de 11 %.

    Évolution de la part des revenus des 0,1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres au Brésil de 2001 à 2015 © WID Évolution de la part des revenus des 0,1 % les plus riches et des 50 % les plus pauvres au Brésil de 2001 à 2015 © WID

    La politique du PT a certes amélioré le sort des plus pauvres, mais aussi celui des plus riches. Les 1 % comme les 0,1 % les plus riches ont vu leur part du revenu global progresser. Le rapport du WID souligne ainsi qu’entre 2001 et 2015, les 10 % les plus riches ont obtenu 58 % de la richesse créée, contre 16 % pour les 50 % les moins riches. Les vrais perdants ont cependant été les classes moyennes. Les 40 % qui sont autour du revenu moyen ont vu, sur la même période, leur part dans le revenu passer de 34 % à 30 %. Un sentiment de déclassement qui, dans une société déjà très inégalitaire, est une bombe politique et favorise souvent l’extrême droite.

    À cela se sont ajoutées les conséquences de la crise et de la politique menée depuis 2016. La hausse du chômage et la reprise uniquement tirée par les exportations ont creusé encore les inégalités. Selon une autre note sur le sujet de BSI Economics qui cite une étude de la Fondation brésilienne Getulio-Vargas, le revenu moyen mensuel des 20 % les plus pauvres a reculé de 5 % en termes réels, alors que celui des 20 % les plus riches progressait de 10,8 % réellement. L’extrême pauvreté est repartie à la hausse et touchait, en 2017, 7,2 % de la population, contre 6,5 % en 2016.

    Evolution du marché du travail au Brésil © BSI Economics Evolution du marché du travail au Brésil © BSI Economics

    Plusieurs facteurs ont concouru à cette situation, notamment la politique de réduction des dépenses menée par Michel Temer, mais aussi, comme le signale BSI Economics, la progression du travail informel peu qualifié, qui concentre l’essentiel des créations d’emploi et qui induit des revenus et des protections plus faibles. Également en cause, la réforme du marché du travail du président sortant de juillet 2017, qui ressemble à s’y méprendre aux ordonnances françaises de la même époque : inversion de la hiérarchie des normes, réduction du rôle des syndicats, rupture conventionnelle favorisée, développement de l’intermittence et réduction des possibilités de recours aux prud’hommes. Cela a conduit à des licenciements de travailleurs peu qualifiés, qui n’ont d’autres recours, lorsqu’ils le peuvent, que d’accepter des emplois informels.

    Mais ces inégalités extrêmes freinent aussi l’économie brésilienne en la maintenant dans ses structures traditionnelles et en décourageant l’innovation, ainsi que toute hausse de la productivité. L’économie du pays est donc enfermée dans un cercle vicieux où les inégalités et le vieux modèle exportateur de matières premières s’auto-entretiennent.

    Le Parti des travailleurs n’a donc pas été en capacité de réellement réduire fortement les inégalités du pays. Le régime fiscal demeure très inégalitaire et le système éducatif peu performant. La crise économique et politique de 2015-2016 a fait repartir les inégalités et la pauvreté. À la crainte de déclassement des classes moyennes s’est ajoutée la crainte des classes les plus modestes de retourner dans la pauvreté extrême, deux moteurs classiques du succès de l’extrême droite. Jair Bolsonaro a pu jouer sur ces ressentiments pour fustiger les actions du PT pour les plus pauvres comme la « Bolsa Família » (« Bourse familiale ») vis-à-vis des classes moyennes, qui risquent le déclassement, mais aussi vis-à-vis des classes populaires, qui craignent de retourner dans la pauvreté.

    La situation économique et sociale peut donc expliquer aussi en partie le succès de Jair Bolsonaro. Si Lula pouvait encore rassembler les bénéficiaires de l’âge d’or de sa politique, Fernando Haddad n’a pas cette capacité. Mal à l’aise sur l’héritage du PT qui a initié la politique d’austérité, il est resté flou sur sa politique économique. Il a donc créé un vide dans lequel s’est engouffré le candidat du PSL, déjà porté par une classe moyenne qui ne veut plus de la droite traditionnelle, discréditée par la politique désastreuse de Michel Temer. Un sondage de Datafolha du 2 octobre, cité par le chercheur britannique Matthew Richmond, confirme cette alchimie : la classe moyenne, gagnant entre deux et cinq salaires minimums et entre cinq et dix salaires minimums, vote massivement pour Jair Bolsonaro, mais les classes populaires ont aussi placé le candidat d’extrême droite en tête.

    Quel projet économique pour l’extrême droite ?

    Reste une question centrale : que veut Jair Bolsonaro pour l’économie ? Lui-même reconnaît « ne rien y connaître ». Son opposition réflexe à la gauche lui fait rejeter la politique de redistribution du PT et sa culture politique issue de la dictature militaire le ferait pencher vers une protection douanière du marché intérieur ménageant les marchés exportateurs du pays. Sa campagne a pu prendre parfois des accents proches de ceux de Donald Trump : se protéger des appétits chinois et se méfier des accords de libre-échange en cours, comme le Mercorsur, le marché commun établi avec les voisins argentins, uruguayens et paraguayens.

    Mais rien ne semble certain, car Jair Bolsonaro a un mentor en économie, Paulo Guedes, qui devrait être son ministre des finances. Cet homme de 69 ans a été formé à l’université de Chicago dans les années 1970, au moment où elle était le creuset des idées néolibérales et monétaristes. Il a ensuite été professeur d’université à Santiago du Chili pendant la dictature du général Pinochet, dont la politique économique a été influencée par Friedrich Hayek et Milton Friedman. Intellectuel influent par la suite au Brésil, il défend des positions néolibérales classiques : impôt à taux unique de 15 % (comme la Lega italienne), réduction drastique du rôle de l’État, réforme radicale des retraites.

    Jair Bolsonaro et son gourou économique Paulo Guedes. © Reuters Jair Bolsonaro et son gourou économique Paulo Guedes. © Reuters

    Sont-ce des positions incompatibles avec le « trumpisme » de Jair Bolsonaro ? Nullement. Comme Donald Trump, le nouveau président brésilien pourrait favoriser des accords de libre-échange avantageux au cas par cas. Concernant le Mercorsur, le conseiller du candidat du PSL, Luiz Philippe de Orleans e Bragança, par ailleurs descendant de la famille impériale brésilienne, a indiqué qu’il s’agissait de « réévaluer la valeur du Mercosur » pour s’assurer qu’il n’est pas « comme aujourd’hui, un obstacle au libre-échange ». Ce que vise le Brésil, c’est sa capacité à retrouver sa liberté de négocier des accords bilatéraux de libre-échange et de taxer les importations.

    Jair Bolsonaro et Paulo Guedes proposent donc une alternative au modèle brésilien traditionnel, alternative fondée sur une forte déréglementation interne pour relancer la productivité et dynamiser la demande intérieure, et accompagnée d’une politique commerciale ciblée. C’est l’anticipation de cette politique qui a été saluée par l’envolée de la bourse de São Paulo au lendemain du premier tour. Paulo Guedes a permis de rallier à Jair Bolsonaro la finance internationale : le real a gagné 10 % en un mois et le Wall Street Journal a soutenu le candidat d’extrême-droite dans un éditorial. Il est vrai que les investisseurs internationaux voient dans les projets de Paulo Guedes d’immenses opportunités, par les baisses d’impôts, l’ouverture des marchés et les privatisations. Même les banques, a priori visées par la déréglementation et le développement de la concurrence, ne peuvent que se réjouir d’une politique qui donnera, par la réforme des retraites, la priorité au remboursement de la dette publique qu’elles détiennent massivement.

    Cette politique s’annonce néanmoins périlleuse. D’abord parce que le premier client du Brésil est la Chine et le deuxième les États-Unis. Le pays est donc au centre de la confrontation commerciale en cours. Or Jair Bolsonaro semble tenté de donner l’avantage à Washington. En août, il a fustigé la Chine, qui « n’achète pas au Brésil, mais achète le Brésil ». Le pays peut-il cependant se passer des marchés chinois et des investissements chinois, alors que son épargne intérieure est faible ? Rien n’est moins sûr.

    Surtout, mener une politique néolibérale dans un Brésil déjà perclus d’inégalités immenses semble suicidaire va encore précariser et fragiliser les plus modestes. De cette façon, il est peu probable que la productivité s’améliore. Surtout, les tensions sociales et la criminalité ne sauraient être endiguées par ce type de politique. L’expérience chilienne, qui est une référence de Paulo Guedes, montre une explosion des inégalités. Une étude datant d’avril 2015 et signée par Javier Rodríguez Weber, de l’université de la République d’Uruguay, a montré que durant le régime Pinochet, les inégalités se sont creusées d’un tiers au Chili. Seule la répression a permis de soutenir une telle situation. On voit mal comment une telle politique peut développer et soutenir la demande intérieure. Les études les plus récentes montrent que les inégalités sont une source de réduction de la croissance de la productivité. La compétition et les inégalités ne débouchent que sur la formation d’une nouvelle oligarchie ou le renforcement de l’ancienne.

    Il y a là de la naïveté propre à l’idéologie néolibérale de croire que la baisse des impôts et la dérégulation peuvent apporter la prospérité pour tous. Mais dans un Brésil traumatisé par la crise, miné par les inégalités et orphelin de son modèle économique, ce discours simpliste pouvait prospérer. Il est cependant peu probable qu’il donne des résultats.


  • 10 reasons why borders should be opened | #François_Gemenne | TEDxLiège
    https://www.youtube.com/embed/RRcZUzZwZIw
    #frontières #ouverture_des_frontières #migrations #asile #réfugiés #libre_circulation

    Les raisons :
    1. raisons humanitaires
    2. raison pragmatique pour combattre les passeurs et les trafiquants
    3. car les fermer, c’est inutile et inefficace
    4. raison économique
    5. pour contrer la migration illégale
    6. raison sociale : moins de travailleurs travaillant en dessous du minimum salarial
    7. raison financière : les frontières fermées sont un gaspillage d’argent
    8. raison #éthique : déclaration universellle des droits de l’homme (art. 13) —>jamais implementé à cause des frontières fermées... c’est quoi le point de quitter un pays si on ne peut pas entrer dans un autre ? En ouvrant les frontières, on reconnaîtrait que la migration est un droit humain —> c’est un projet de #liberté
    9. raison éthique : #injustice dans le fait que le destin d’une personne est déterminée par l’endroit où elle est née —> ouverture des frontières = projet d’#égalité
    10. raison éthique : nous sommes coincés par un « paradigme d’immobilité » (migration est un phénomène structurel et fondamental dans un monde globalisé). On continue à penser aux frontières comme à un manière de séparer « nous » de « eux » comme si ils n’étaient pas une humanité, mais seulement une addition de « nous » et « eux » #cosmopolitisme #fraternité

    • zibarre cte article !

      Exemple : moins de travailleurs travaillant en dessous du minimum salarial  ? ? ? ? ? ?
      L’exemple des travailleurs détachés, travaillant en dessous du minimum salarial, en France c’est bien la conséquence de l’ouverture des frontières ! Non ?

      L’importation d’#esclaves étrangers n’était pas suffisante pour l’#union_européenne.

      Je suppose que pour #François_Gemenne la fraude fiscale internationale est une bonne chose. L’importation des #OGM, des médicaments frelatés, et autres #glyphosates, aussi.

    • Ouvrir les frontières aux humains, une évidence. Comparer ça aux effets de la directive Bolkestein est scandaleux et amoral. #seenthis permet l’effacement des messages, n’hésitez pas.

    • Sur cette question d’ouverture de frontières, il y a aussi un livre d’éthique que je recommande :


      http://www.ppur.org/produit/810/9782889151769

      Dont voici un extrait en lien avec la discussion ci-dessus :

      « La discussion sur les bienfaits économiques de l’immigration est souvent tronquée par le piège du gâteau. Si vous invitez plus de gens à votre anniversaire, la part moyenne du gâteau va rétrécir. De même, on a tendance à penser que si plus de participants accèdent au marché du travail, il en découlera forcément une baisse des salaires et une réduction du nombre d’emplois disponible.
      Cette vision repose sur une erreur fondamentale quant au type de gâteau que représente l’économie, puisque, loin d’être de taille fixe, celui-ci augmente en fonction du nombre de participants. Les immigrants trouvant un travail ne osnt en effet pas seulement des travailleurs, ils sont également des consommateurs. Ils doivent se loger, manger, consommer et, à ce titre, leur présence stimule la croissance et crée de nouvelles opportunités économiques. Dans le même temps, cette prospérité économique provoque de nouvelles demandes en termes de logement, mobilité et infrastructure.
      L’immigration n’est donc pas comparable à une fête d’anniversaire où la part de gâteau diminuerait sans cesse. La bonne image serait plutôt celle d’un repas canadien : chacun apporte sa contribution personnelle, avant de se lancer à la découverte de divers plats et d’échanger avec les autres convives. Assis à cette table, nous sommes à la fois contributeurs et consommateurs.
      Cette analogie du repas canadien nous permet d’expliquer pourquoi un petit pays comme la Suisse n’a pas sombré dans la pauvreté la plus totale suite à l’arrivée de milliers d’Européens. Ces immigrants n’ont pas fait diminuer la taille du gâteau, ils ont contribué à la prospérité et au festin commun. L’augmentation du nombre de personnes actives sur le marché du travail a ainsi conduit à une forte augmentation du nombre d’emplois à disposition, tout en conservant des salaires élevés et un taux de chômage faible.
      Collectivement, la Suisse ressort clairement gagnante de cette mobilité internationale. Ce bénéfice collectif ’national’ ne doit cependant pas faire oublier les situations difficiles. Les changements induits par l’immigration profitent en effet à certains, tandis que d’autres se retrouvent sous pression. C’est notamment le cas des travailleurs résidents dont l’activité ou les compétences sont directement en compétition avec les nouveaux immigrés. Cela concerne tout aussi bien des secteurs peu qualifiés (par exemple les anciens migrants actifs dans l’hôtellerie) que dans les domaines hautement qualifiés (comme le management ou la recherche).
      Sur le plan éthique, ce constat est essentiel car il fait clairement apparaître deux questions distinctes. D’une part, si l’immigration profite au pays en général, l’exigence d’une répartition équitable des effets positifs et négatifs de cette immigration se pose de manière aiguë. Au final, la question ne relève plus de la politique migratoire, mais de la redistribution des richesses produites. Le douanier imaginaire ne peut donc se justifier sous couvert d’une ’protection’ générale de l’économie.
      D’autre part, si l’immigration met sous pression certains travailleurs résidents, la question de leur éventuelle protection doit être posée. Dans le débat public, cette question est souvent présentée comme un choix entre la défense de ’nos pauvres’ ou de ’nos chômeurs’ face aux ’immigrés’. Même si l’immigration est positive pour la collectivité, certains estiment que la protection de certains résidents justifierait la mise en œuvre de politiques migratoires restrictives. »

    • « Bart De Wever a raison : il faut discuter de l’ouverture des frontières », pour François Gemenne

      La tribune publiée ce mercredi dans De Morgen par le président de la N-VA est intéressante – stimulante, oserais-je dire – à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’elle fait de l’ouverture des frontières une option politique crédible. Jusqu’ici, cette option était gentiment remisée au rayon des utopies libérales, des droits de l’Homme laissés en jachère. En l’opposant brutalement et frontalement à la préservation de la sécurité sociale, Bart De Wever donne une crédibilité nouvelle à l’ouverture des frontières comme projet politique. Surtout, elle place la question de la politique migratoire sur le terrain idéologique, celui d’un projet de société articulé autour de la frontière.

      La tribune publiée ce mercredi dans De Morgen par le président de la N-VA est intéressante – stimulante, oserais-je dire – à plus d’un titre. En premier lieu parce qu’elle fait de l’ouverture des frontières une option politique crédible. Jusqu’ici, cette option était gentiment remisée au rayon des utopies libérales, des droits de l’Homme laissés en jachère. En l’opposant brutalement et frontalement à la préservation de la sécurité sociale, Bart De Wever donne une crédibilité nouvelle à l’ouverture des frontières comme projet politique. Surtout, elle place la question de la politique migratoire sur le terrain idéologique, celui d’un projet de société articulé autour de la frontière.
      L’ouverture des frontières menace-t-elle la sécurité sociale ?

      Bart De Wever n’a pas choisi De Morgen, un quotidien de gauche, par hasard : pour une partie de la gauche, les migrations restent perçues comme des chevaux de Troie de la mondialisation, qui annonceraient le démantèlement des droits et acquis sociaux. Et l’ouverture des frontières est dès lors vue comme un projet néo-libéral, au seul bénéfice d’un patronat cupide à la recherche de main-d’œuvre bon marché. En cela, Bart De Wever, au fond, ne dit pas autre chose que Michel Rocard, qui affirmait, le 3 décembre 1989 dans l’émission Sept sur Sept, que « nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde » (1). Ce raisonnement, qui semble a priori frappé du sceau du bon sens, s’appuie en réalité sur deux erreurs, qui le rendent profondément caduc.

      Tout d’abord, les migrants ne représentent pas une charge pour la sécurité sociale. Dans une étude de 2013 (2) qui fait référence, l’OCDE estimait ainsi que chaque ménage immigré rapportait 5560 euros par an au budget de l’Etat. Dans la plupart des pays de l’OCDE, les migrants rapportent plus qu’ils ne coûtent : en Belgique, leur apport net représente 0.76 % du PIB. Et il pourrait être encore bien supérieur si leur taux d’emploi se rapprochait de celui des travailleurs nationaux : le PIB belge bondirait alors de 0.9 %, selon l’OCDE. Si l’immigration rapporte davantage qu’elle ne coûte, c’est avant tout parce que les migrants sont généralement beaucoup plus jeunes que la population qui les accueille. Il ne s’agit pas de nier ici le coût immédiat qu’a pu représenter, ces dernières années, l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile, qui constituent une catégorie de particulière de migrants. Mais ce coût doit être vu comme un investissement : à terme, une vraie menace pour la sécurité sociale, ce serait une baisse drastique de l’immigration.
      Lien entre migration et frontière

      La deuxième erreur du raisonnement de Bart De Wever est hélas plus répandue : il postule que les frontières sont un instrument efficace de contrôle des migrations, et que l’ouverture des frontières amènerait donc un afflux massif de migrants. Le problème, c’est que les migrations ne dépendent pas du tout du degré d’ouverture ou de fermeture des frontières : croire cela, c’est méconnaître profondément les ressorts de la migration. Jamais une frontière fermée n’empêchera la migration, et jamais une frontière ouverte ne la déclenchera. Mais le fantasme politique est tenace, et beaucoup continuent à voir dans la frontière l’instrument qui permet de réguler les migrations internationales. C’est un leurre absolu, qui a été démonté par de nombreux travaux de recherche, à la fois sociologiques, historiques et prospectifs (3). L’Europe en a sous les yeux la démonstration éclatante : jamais ses frontières extérieures n’ont été aussi fermées, et cela n’a pas empêché l’afflux de migrants qu’elle a connu ces dernières années. Et à l’inverse, quand les accords de Schengen ont ouvert ses frontières intérieures, elle n’a pas connu un afflux massif de migrants du Sud vers le Nord, ni de l’Est vers l’Ouest, malgré des différences économiques considérables. L’ouverture des frontières n’amènerait pas un afflux massif de migrations, ni un chaos généralisé. Et à l’inverse, la fermeture des frontières n’empêche pas les migrations : elle les rend plus coûteuses, plus dangereuses et plus meurtrières. L’an dernier, ils ont été 3 116 à périr en Méditerranée, aux portes de l’Europe. Ceux qui sont arrivés en vie étaient 184 170 : cela veut dire que presque 2 migrants sur 100 ne sont jamais arrivés à destination.
      La frontière comme projet

      Ce qui est à la fois plus inquiétant et plus intéressant dans le propos de Bart De Wever, c’est lorsqu’il définit la frontière comme une « communauté de responsabilité », le socle de solidarité dans une société. En cela, il rejoint plusieurs figures de la gauche, comme Hubert Védrine ou Régis Debray, qui fut le compagnon de route de Che Guevara.

      Nous ne sommes plus ici dans la logique managériale « entre humanité et fermeté » qui a longtemps prévalu en matière de gestion des migrations, et dont le seul horizon était la fermeture des frontières. Ici, c’est la frontière elle-même qui définit le contour du projet de société.

      En cela, le propos de Bart De Wever épouse une fracture fondamentale qui traverse nos sociétés, qui divise ceux pour qui les frontières représentent les scories d’un monde passé, et ceux pour qui elles constituent une ultime protection face à une menace extérieure. Cette fracture, c’est la fracture entre souverainisme et cosmopolitisme, qu’a parfaitement incarnée la dernière élection présidentielle française, et dont la frontière est devenue le totem. Ce clivage entre souverainisme et cosmopolitisme dépasse le clivage traditionnel entre gauche et droite, et doit aujourd’hui constituer, à l’évidence, un axe de lecture complémentaire des idéologies politiques.

      La question des migrations est un marqueur idéologique fondamental, parce qu’elle interroge notre rapport à l’autre : celui qui se trouve de l’autre côté de la frontière est-il un étranger, ou est-il l’un des nôtres ?

      La vision du monde proposée par le leader nationaliste flamand est celle d’un monde où les frontières sépareraient les nations, et où les migrations seraient une anomalie politique et un danger identitaire. Cette vision est le moteur du nationalisme, où les frontières des territoires correspondraient à celles des nations.

      En face, il reste un cosmopolitisme à inventer. Cela nécessitera d’entendre les peurs et les angoisses que nourrit une partie de la population à l’égard des migrations, et de ne pas y opposer simplement des chiffres et des faits, mais un projet de société. Un projet de société qui reconnaisse le caractère structurel des migrations dans un 21ème siècle globalisé, et qui reconnaisse l’universalisme comme valeur qui puisse rassembler la gauche et la droite, de Louis Michel à Alexis Deswaef.

      Et on revient ici à l’ouverture des frontières, qui constitue à mon sens l’horizon possible d’un tel projet. Loin d’être une utopie naïve, c’est le moyen le plus pragmatique et rationnel de répondre aux défis des migrations contemporaines, de les organiser au bénéfice de tous, et de mettre un terme à la fois aux tragédies de la Méditerranée et au commerce sordide des passeurs.

      Mais aussi, et surtout, c’est un projet de liberté, qui matérialise un droit fondamental, la liberté de circulation. C’est aussi un projet d’égalité, qui permet de réduire (un peu) l’injustice fondamentale du lieu de naissance. Et c’est enfin un projet de fraternité, qui reconnaît l’autre comme une partie intégrante de nous-mêmes.

      (1) La citation n’est pas apocryphe : la suite de la phrase a été ajoutée bien plus tard. (2) « The fiscal impact of immigration in OECD countries », International Migration Outlook 2013, OCDE.

      (3) Voir notamment le projet de recherche MOBGLOB : http://www.sciencespo.fr/mobglob

      http://plus.lesoir.be/136106/article/2018-01-25/bart-de-wever-raison-il-faut-discuter-de-louverture-des-frontieres-pour-
      #sécurité_sociale #frontières

    • "Fermer les frontières ne sert à rien"

      Est-il possible de fermer les frontières ? Dans certains discours politiques, ce serait la seule solution pour mettre à l’immigration illégale. Mais dans les faits, est-ce réellement envisageable, et surtout, efficace ? Soir Première a posé la question à François Gemenne, chercheur et enseignant à l’ULG et à Science Po Paris, ainsi qu’à Pierre d’Argent, professeur de droit international à l’UCL.

      Pour François Gemenne, fermer les frontières serait un leurre, et ne servirait à rien : « Sauf à tirer sur les gens à la frontière, dit-il, ce n’est pas ça qui ralentirait les migrations. Les gens ne vont pas renoncer à leur projet de migration parce qu’une frontière est fermée. On en a l’illustration sous nos yeux. Il y a des centaines de personnes à Calais qui attendent de passer vers l’Angleterre alors que la frontière est fermée. L’effet de la fermeture des frontières, ça rend seulement les migrations plus coûteuses, plus dangereuses, plus meurtrières. Et ça crée le chaos et la crise politique qu’on connait actuellement ».

      Pour lui, c’est au contraire l’inverse qu’il faudrait envisager, c’est-à-dire les ouvrir. « C’est une question qu’on n’ose même plus aborder dans nos démocraties sous peine de passer pour un illuminé, et pourtant il faut la poser ! L’ouverture des frontières permettrait à beaucoup de personnes qui sont en situation administrative irrégulière, c’est-à-dire les sans-papiers, de rentrer chez eux. Ca permettrait beaucoup plus d’aller-retour, mais aussi, paradoxalement, de beaucoup mieux contrôler qui entre et qui sort sur le territoire ». Il explique également que cela neutraliserait le business des passeurs : « C’est parce que les gens sont prêts à tout pour franchir les frontières que le business des passeurs prospère. Donc, il y a une grande hypocrisie quand on dit qu’on veut lutter contre les passeurs, et qu’en même temps on veut fermer les frontières ».
      Des frontières pour rassurer ceux qui vivent à l’intérieur de celles-ci

      Pierre d’Argent rejoint François Gemenne dans son analyse. Mais sur la notion de frontière, il insiste un point : « Les frontières servent aussi, qu’on le veuille ou non, à rassurer des identités collectives au niveau interne. La frontière définit un corps collectif qui s’auto-détermine politiquement, et dire cela, ce n’est pas nécessairement rechercher une identité raciale ou autre. Dès lors, la suppression des frontières permettrait d’éliminer certains problèmes, mais en créerait peut-être d’autres. Reconnaissons que la vie en société n’est pas une chose évidente. Nous sommes dans des sociétés post-modernes qui sont très fragmentés. Il y a des sous-identités, et on ne peut manquer de voir que ces soucis qu’on appelle identitaires, et qui sont exprimés malheureusement dans les urnes, sont assez naturels à l’être humain. La manière dont on vit ensemble en société dépend des personnes avec qui on vit. Et si, dans une société démocratique comme la nôtre, il y a une forme d’auto-détermination collective, il faut pouvoir poser ces questions ».
      Ouvrir les frontières : quel impact sur les migrations ?

      François Gemenne en est persuadé : si l’on ouvrait les frontières, il n’y aurait pas forcément un flux migratoire énorme : « Toutes les études, qu’elles soient historiques, sociologiques ou prospectives, montrent que le degré d’ouverture d’une frontière ne joue pas un rôle dans le degré de la migration. Par exemple, quand on a établi l’espace Schengen, on n’a pas observé de migration massive de la population espagnole ou d’autres pays du sud de l’Europe vers le nord de l’Europe ».

      Pour Pierre d’Argent, il est cependant difficile de comparer l’ouverture de frontières en Europe avec l’ouverture des frontières entre l’Afrique et l’Europe, par exemple. Pour lui, il est très difficile de savoir ce qui pourrait arriver.

      https://www.rtbf.be/info/dossier/la-prem1ere-soir-prem1ere/detail_fermer-les-frontieres-ne-sert-a-rien?id=9951419

    • Migrants : l’#irrationnel au pouvoir ?

      Très loin du renouveau proclamé depuis l’élection du président Macron, la politique migratoire du gouvernement Philippe se place dans une triste #continuité avec celles qui l’ont précédée tout en franchissant de nouvelles lignes rouges qui auraient relevé de l’inimaginable il y a encore quelques années. Si, en 1996, la France s’émouvait de l’irruption de policiers dans une église pour déloger les grévistes migrant.e.s, que de pas franchis depuis : accès à l’#eau et distributions de #nourriture empêchés, tentes tailladées, familles traquées jusque dans les centres d’hébergement d’urgence en violation du principe fondamental de l’#inconditionnalité_du_secours.

      La #loi_sur_l’immigration que le gouvernement prépare marque l’emballement de ce processus répressif en proposant d’allonger les délais de #rétention administrative, de généraliser les #assignations_à_résidence, d’augmenter les #expulsions et de durcir l’application du règlement de #Dublin, de restreindre les conditions d’accès à certains titres de séjour, ou de supprimer la garantie d’un recours suspensif pour certain.e.s demandeur.e.s d’asile. Au-delà de leur apparente diversité, ces mesures reposent sur une seule et même idée de la migration comme « #problème ».

      Cela fait pourtant plusieurs décennies que les chercheurs spécialisés sur les migrations, toutes disciplines scientifiques confondues, montrent que cette vision est largement erronée. Contrairement aux idées reçues, il n’y a pas eu d’augmentation drastique des migrations durant les dernières décennies. Les flux en valeur absolue ont augmenté mais le nombre relatif de migrant.e.s par rapport à la population mondiale stagne à 3 % et est le même qu’au début du XXe siècle. Dans l’Union européenne, après le pic de 2015, qui n’a par ailleurs pas concerné la France, le nombre des arrivées à déjà chuté. Sans compter les « sorties » jamais intégrées aux analyses statistiques et pourtant loin d’être négligeables. Et si la demande d’asile a connu, en France, une augmentation récente, elle est loin d’être démesurée au regard d’autres périodes historiques. Au final, la mal nommée « #crise_migratoire » européenne est bien plus une crise institutionnelle, une crise de la solidarité et de l’hospitalité, qu’une crise des flux. Car ce qui est inédit dans la période actuelle c’est bien plus l’accentuation des dispositifs répressifs que l’augmentation de la proportion des arrivées.

      La menace que représenteraient les migrant.e.s pour le #marché_du_travail est tout autant exagérée. Une abondance de travaux montre depuis longtemps que la migration constitue un apport à la fois économique et démographique dans le contexte des sociétés européennes vieillissantes, où de nombreux emplois sont délaissés par les nationaux. Les économistes répètent qu’il n’y a pas de corrélation avérée entre #immigration et #chômage car le marché du travail n’est pas un gâteau à taille fixe et indépendante du nombre de convives. En Europe, les migrant.e.s ne coûtent pas plus qu’ils/elles ne contribuent aux finances publiques, auxquelles ils/elles participent davantage que les nationaux, du fait de la structure par âge de leur population.

      Imaginons un instant une France sans migrant.e.s. L’image est vertigineuse tant leur place est importante dans nos existences et les secteurs vitaux de nos économies : auprès de nos familles, dans les domaines de la santé, de la recherche, de l’industrie, de la construction, des services aux personnes, etc. Et parce qu’en fait, les migrant.e.s, c’est nous : un.e Français.e sur quatre a au moins un.e parent.e ou un.e grand-parent immigré.e.

      En tant que chercheur.e.s, nous sommes stupéfait.e.s de voir les responsables politiques successifs asséner des contre-vérités, puis jeter de l’huile sur le feu. Car loin de résoudre des problèmes fantasmés, les mesures, que chaque nouvelle majorité s’est empressée de prendre, n’ont cessé d’en fabriquer de plus aigus. Les situations d’irrégularité et de #précarité qui feraient des migrant.e.s des « fardeaux » sont précisément produites par nos politiques migratoires : la quasi-absence de canaux légaux de migration (pourtant préconisés par les organismes internationaux les plus consensuels) oblige les migrant.e.s à dépenser des sommes considérables pour emprunter des voies illégales. La #vulnérabilité financière mais aussi physique et psychique produite par notre choix de verrouiller les frontières est ensuite redoublée par d’autres pièces de nos réglementations : en obligeant les migrant.e.s à demeurer dans le premier pays d’entrée de l’UE, le règlement de Dublin les prive de leurs réseaux familiaux et communautaires, souvent situés dans d’autres pays européens et si précieux à leur insertion. A l’arrivée, nos lois sur l’accès au séjour et au travail les maintiennent, ou les font basculer, dans des situations de clandestinité et de dépendance. Enfin, ces lois contribuent paradoxalement à rendre les migrations irréversibles : la précarité administrative des migrant.e.s les pousse souvent à renoncer à leurs projets de retour au pays par peur qu’ils ne soient définitifs. Les enquêtes montrent que c’est l’absence de « papiers » qui empêche ces retours. Nos politiques migratoires fabriquent bien ce contre quoi elles prétendent lutter.

      Les migrant.e.s ne sont pas « la misère du monde ». Comme ses prédécesseurs, le gouvernement signe aujourd’hui les conditions d’un échec programmé, autant en termes de pertes sociales, économiques et humaines, que d’inefficacité au regard de ses propres objectifs.

      Imaginons une autre politique migratoire. Une politique migratoire enfin réaliste. Elle est possible, même sans les millions utilisés pour la rétention et l’expulsion des migrant.e.s, le verrouillage hautement technologique des frontières, le financement de patrouilles de police et de CRS, les sommes versées aux régimes autoritaires de tous bords pour qu’ils retiennent, reprennent ou enferment leurs migrant.e.s. Une politique d’#accueil digne de ce nom, fondée sur l’enrichissement mutuel et le respect de la #dignité de l’autre, coûterait certainement moins cher que la politique restrictive et destructrice que le gouvernement a choisi de renforcer encore un peu plus aujourd’hui. Quelle est donc sa rationalité : ignorance ou électoralisme ?

      http://www.liberation.fr/debats/2018/01/18/migrants-l-irrationnel-au-pouvoir_1623475
      #Karen_Akoka #Camille_Schmoll #France #répression #asile #migrations #réfugiés #détention_administrative #renvois #Règlement_Dublin #3_pourcent #crise_Des_réfugiés #invasion #afflux #économie #travail #fermeture_des_frontières #migrations_circulaires #réalisme #rationalité

    • Karine et Camille reviennent sur l’idée de l’économie qui ne serait pas un gâteau...
      #Johan_Rochel a très bien expliqué cela dans son livre
      Repenser l’immigration. Une boussole éthique
      http://www.ppur.org/produit/810/9782889151769

      Il a appelé cela le #piège_du_gâteau (#gâteau -vs- #repas_canadien) :

      « La discussion sur les bienfaits économiques de l’immigration est souvent tronquée par le piège du gâteau. Si vous invitez plus de gens à votre anniversaire, la part moyenne du gâteau va rétrécir. De même, on a tendance à penser que si plus de participants accèdent au marché du travail, il en découlera forcément une baisse des salaires et une réduction du nombre d’emplois disponible.
      Cette vision repose sur une erreur fondamentale quant au type de gâteau que représente l’économie, puisque, loin d’être de taille fixe, celui-ci augmente en fonction du nombre de participants. Les immigrants trouvant un travail ne osnt en effet pas seulement des travailleurs, ils sont également des consommateurs. Ils doivent se loger, manger, consommer et, à ce titre, leur présence stimule la croissance et crée de nouvelles opportunités économiques. Dans le même temps, cette prospérité économique provoque de nouvelles demandes en termes de logement, mobilité et infrastructure.
      L’immigration n’est donc pas comparable à une fête d’anniversaire où la part de gâteau diminuerait sans cesse. La bonne image serait plutôt celle d’un repas canadien : chacun apporte sa contribution personnelle, avant de se lancer à la découverte de divers plats et d’échanger avec les autres convives. Assis à cette table, nous sommes à la fois contributeurs et consommateurs.
      Cette analogie du repas canadien nous permet d’expliquer pourquoi un petit pays comme la Suisse n’a pas sombré dans la pauvreté la plus totale suite à l’arrivée de milliers d’Européens. Ces immigrants n’ont pas fait diminuer la taille du gâteau, ils ont contribué à la prospérité et au festin commun. L’augmentation du nombre de personnes actives sur le marché du travail a ainsi conduit à une forte augmentation du nombre d’emplois à disposition, tout en conservant des salaires élevés et un taux de chômage faible.
      Collectivement, la Suisse ressort clairement gagnante de cette mobilité internationale. Ce bénéfice collectif ’national’ ne doit cependant pas faire oublier les situations difficiles. Les changements induits par l’immigration profitent en effet à certains, tandis que d’autres se retrouvent sous pression. C’est notamment le cas des travailleurs résidents dont l’activité ou les compétences sont directement en compétition avec les nouveaux immigrés. Cela concerne tout aussi bien des secteurs peu qualifiés (par exemple les anciens migrants actifs dans l’hôtellerie) que dans les domaines hautement qualifiés (comme le management ou la recherche).
      Sur le plan éthique, ce constat est essentiel car il fait clairement apparaître deux questions distinctes. D’une part, si l’immigration profite au pays en général, l’exigence d’une répartition équitable des effets positifs et négatifs de cette immigration se pose de manière aiguë. Au final, la question ne relève plus de la politique migratoire, mais de la redistribution des richesses produites. Le douanier imaginaire ne peut donc se justifier sous couvert d’une ’protection’ générale de l’économie.
      D’autre part, si l’immigration met sous pression certains travailleurs résidents, la question de leur éventuelle protection doit être posée. Dans le débat public, cette question est souvent présentée comme un choix entre la défense de ’nos pauvres’ ou de ’nos chômeurs’ face aux ’immigrés’. Même si l’immigration est positive pour la collectivité, certains estiment que la protection de certains résidents justifierait la mise en œuvre de politiques migratoires restrictives » (Rochel 2016 : 31-33)

    • Migrants : « Ouvrir les frontières accroît à la fois la liberté et la sécurité »

      Alors que s’est achevé vendredi 29 juin au matin un sommet européen sur la question des migrations, le chercheur François Gemenne revient sur quelques idées reçues. Plutôt que de « résister » en fermant les frontières, mieux vaut « accompagner » les migrants par plus d’ouverture et de coopération.

      Le nombre de migrations va-t-il augmenter du fait des changements climatiques ?

      Non seulement elles vont augmenter, mais elles vont changer de nature, notamment devenir de plus en plus contraintes. De plus en plus de gens vont être forcés de migrer. Et de plus en plus de gens, les populations rurales les plus vulnérables, vont être incapables de migrer, parce que l’émigration demande beaucoup de ressources.

      Les gens vont se déplacer davantage, car les facteurs qui les poussent à migrer s’aggravent sous l’effet du changement climatique. Les inégalités sont le moteur premier des migrations, qu’elles soient réelles ou perçues, politiques, économiques ou environnementales.

      On est face à un phénomène structurel, mais on refuse de le considérer comme tel. On préfère parler de crise, où la migration est vue comme un problème à résoudre.

      Pourquoi les inégalités sont-elles le moteur des migrations ?

      Les gens migrent parce qu’ils sont confrontés chez eux à des inégalités politiques, économiques, environnementales. Ils vont quitter un endroit où ils sont en position de faiblesse vers un endroit qu’ils considèrent, ou qu’ils espèrent meilleur.

      Une réduction des inégalités de niveau de vie entre les pays du Nord et les pays du Sud serait-elle de nature à réduire l’immigration ?

      À long terme, oui. Pas à court terme. La propension à migrer diminue à partir du moment où le revenu moyen des personnes au départ atteint environ 15.000 $ annuels.

      Dans un premier temps, plus le niveau de la personne qui est en bas de l’échelle sociale augmente, plus la personne va avoir de ressources à consacrer à la migration. Et, tant qu’il demeure une inégalité, les gens vont vouloir migrer. Si on augmente massivement l’aide au développement des pays du Sud, et donc le niveau de revenus des gens, cela va les conduire à migrer davantage. Du moins, jusqu’à ce qu’on arrive au point d’égalité.

      L’essentiel des migrations aujourd’hui proviennent de pays un peu plus « développés ». Les migrants arrivent peu de Centrafrique ou de la Sierra Leone, les pays les plus pauvres d’Afrique. Ceux qui peuvent embarquer et payer des passeurs sont des gens qui ont économisé pendant plusieurs années.

      D’un point de vue cynique, pour éviter les migrations, il faut donc soit que les gens restent très pauvres, soit qu’ils parviennent à un niveau de richesse proche du nôtre.

      Non seulement à un niveau de richesse, mais à un niveau de droit, de sécurité, de protection environnementale proches du nôtre. Ce qui est encore très loin d’arriver, même si cela peut constituer un horizon lointain. Il faut donc accepter que, le temps qu’on y arrive, il y ait de façon structurelle davantage de migrations. On entre dans un siècle de migrations.

      Mais plutôt que de se dire « essayons de faire face à cette réalité, de l’accompagner et de l’organiser au mieux », on reste dans une logique de repli. Alors que vouloir « résister » à ce phénomène, à travers des camps au bord de l’Europe, au bord de nos villes, est une bataille perdue d’avance.

      Quand j’étais lycéen, au milieu des années 1990, nos professeurs tenaient le même discours vis-à-vis d’Internet. On organisait des grands débats au lycée — « Est-ce qu’Internet est une bonne ou une mauvaise chose ? Internet une opportunité ou un danger ? » Ce sont exactement les mêmes débats que ceux qui nous animent aujourd’hui sur les migrations !

      Et Internet s’est imposé, sans qu’on puisse l’empêcher.

      Nous avons tous accepté qu’Internet transforme tous les aspects de notre vie et de l’organisation de la société. Personne ou presque n’aurait l’idée de brider Internet. On tente d’en maximiser les opportunités et d’en limiter les dangers. Mais pour les migrations, on n’est pas encore dans cet état d’esprit.

      À très long terme, il faut donc équilibrer les niveaux de vie. À court terme que peut-on faire ?

      Il faut essayer d’organiser les choses, pour que cela se passe le mieux possible dans l’intérêt des migrants, dans l’intérêt des sociétés de destination et dans celui des sociétés d’origine.

      Parce qu’aujourd’hui, notre posture de résistance et de fermeture des frontières crée le chaos, crée cette impression de crise, crée ces tensions dans nos sociétés, du racisme, du rejet et potentiellement des violences.

      Il faut permettre des voies d’accès sûres et légales vers l’Europe, y compris pour les migrants économiques, pour mettre fin aux naufrages des bateaux et aux réseaux des passeurs. Il faut également mutualiser les moyens et l’organisation : la compétence de l’immigration doit être transférée à un niveau supranational, par exemple à une agence européenne de l’asile et de l’immigration. Et il faut davantage de coopération au niveau international, qui ne soit pas de la sous-traitance avec des pays de transit ou d’origine, comme on le conçoit volontiers dans les instances européennes.

      Paradoxalement, cette question qui, par essence, demande une coopération internationale est celle sur laquelle il y en a le moins. Les États sont convaincus qu’ils gèreront mieux la question dans le strict cadre de leurs frontières.

      À plus long terme, la plus rationnelle et la plus pragmatique des solutions, c’est simplement d’ouvrir les frontières. On en est loin. Les gouvernements et une grande partie des médias véhiculent l’idée que la frontière est l’instrument du contrôle des migrations. Si vous fermez une frontière, les gens s’arrêteraient de venir. Et si vous ouvrez la frontière, tout le monde viendrait.

      Or, toutes les recherches montrent que le degré d’ouverture ou de fermeture d’une frontière joue un rôle marginal dans la décision de migrer. Les gens ne vont pas se décider à abandonner leur famille et leur pays juste parce qu’une frontière, là-bas, en Allemagne, est ouverte. Et, des gens qui sont persécutés par les bombes qui leur tombent dessus en Syrie ne vont pas y rester parce que la frontière est fermée. À Calais, même si la frontière est complètement fermée avec le Royaume-Uni, les migrants tenteront cent fois, mille fois de la franchir.

      Par contre, le degré d’ouverture de la frontière va déterminer les conditions de la migration, son coût, son danger. Ouvrir les frontières ne veut pas dire les faire disparaître. Les États restent là. On ne supprime pas les passeports, on supprime simplement les visas. Cela permet aussi de mieux contrôler les entrées et les sorties, car les États savent exactement qui entre sur le territoire et qui en sort. Cette solution accroit à la fois la liberté et la sécurité.

      Est-ce qu’il y a des régions où cela se passe bien ?

      Il y a plein d’endroits en France où cela se passe très bien, au niveau local. Les fers de lance de l’accueil des migrants sont souvent les maires : Juppé à Bordeaux, Piolle à Grenoble, Hidalgo à Paris, Carême à Grande-Synthe.

      Au niveau d’un pays, la Nouvelle-Zélande développe une politique d’accueil relativement ouverte, qui fonctionne bien. Il y a des pays paradoxaux, comme l’Inde, qui a une frontière complètement ouverte avec le Népal, bouddhiste, et une frontière complètement fermée avec le Bangladesh, musulman. Ce cas illustre le caractère raciste de nos politiques migratoires. Ce qui nous dérange en Europe, ce ne sont pas les Belges comme moi qui émigrent. La plupart des gens sont convaincus que les Africains partent directement de leur pays pour traverser la Méditerranée et pour arriver en Europe. Or, 55 % des migrations internationales depuis l’Afrique de l’Ouest vont vers l’Afrique de l’Ouest.

      Les migrants qui arrivent de Libye vers l’Europe sont généralement classés comme des migrants économiques parce qu’ils sont noirs. Or, ils migrent avant tout parce qu’ils sont persécutés en Libye, violentés et vendus en esclaves sur les marchés. Par contre, les Syriens sont classés comme des réfugiés politiques parce que nous voyons les images de la guerre en Syrie, mais pour la plupart, ils migrent avant tout pour des raisons économiques. Ils n’étaient pas persécutés en Turquie, au Liban ou en Jordanie, mais ils vivaient dans des conditions de vie misérables. Ils migrent en Europe pour reprendre leur carrière ou pour leurs études.

      Quel rôle joue le facteur démographique dans les migrations ? Car la transition démographique ne se fait pas en Afrique, le continent va passer de 1 milliard d’habitants à 3 milliards d’ici 2050.

      Le meilleur moyen de contrôler la natalité d’Afrique serait de faire venir toute l’Afrique en Europe (rires) ! Toutes les études montrent que, dès la deuxième génération, le taux de natalité des Africaines s’aligne strictement sur celui de la population du pays d’accueil.

      Ces taux de natalité créent une peur chez nous, on craint le péril démographique en Afrique, qui va se déplacer vers l’Europe. Les gens restent dans une identité relativement figée, où l’on conçoit l’Europe comme blanche. La réalité est que nous sommes un pays métissé.

      La France black, blanche, beur, c’était il y a vingt ans ! Maintenant, le Rassemblement national et aussi la droite mettent en avant les racines et la tradition chrétienne de la France.

      Ils veulent rester catholiques, blancs. Le problème est qu’aucun autre parti n’assume la position inverse.

      Parce que cela semble inassumable politiquement, ainsi que les solutions que vous proposez. Pour le moment, l’inverse se produit : des gouvernements de plus en plus réactionnaires, de plus en plus xénophobes. Cela fait un peu peur pour l’avenir.

      C’est encore très optimiste d’avoir peur. J’ai acté que l’Europe serait bientôt gouvernée par l’extrême droite. Je suis déjà à l’étape d’après, où s’organisent des petites poches de résistance qui accueillent clandestinement des migrants.

      En Belgique, malgré un gouvernement d’extrême droite, dans un parc au nord de Bruxelles, il y a un grand mouvement de solidarité et d’accueil des migrants pour éviter qu’ils passent la nuit dehors. Près de 45.000 personnes sont organisées avec un compte Facebook pour se relayer. Ce mouvement de solidarité devient de plus en plus un mouvement politique de résistance face à un régime autoritaire.

      Les démocraties, celles pour qui la question des droits humains compte encore un peu, sont en train de devenir minoritaires en Europe ! Il nous faut organiser d’autres formes de résistance. C’est une vision de l’avenir assez pessimiste. J’espère me tromper, et que l’attitude du gouvernement espagnol va ouvrir une nouvelle voie en Europe, que les électeurs vont sanctionner positivement cette attitude d’accueil des migrants.

      https://reporterre.net/Migrants-Ouvrir-les-frontieres-accroit-a-la-fois-la-liberte-et-la-securi

    • There’s Nothing Wrong With Open Borders

      Why a brave Democrat should make the case for vastly expanding immigration.

      The internet expands the bounds of acceptable discourse, so ideas considered out of bounds not long ago now rocket toward widespread acceptability. See: cannabis legalization, government-run health care, white nationalism and, of course, the flat-earthers.

      Yet there’s one political shore that remains stubbornly beyond the horizon. It’s an idea almost nobody in mainstream politics will address, other than to hurl the label as a bloody cudgel.

      I’m talking about opening up America’s borders to everyone who wants to move here.

      Imagine not just opposing President Trump’s wall but also opposing the nation’s cruel and expensive immigration and border-security apparatus in its entirety. Imagine radically shifting our stance toward outsiders from one of suspicion to one of warm embrace. Imagine that if you passed a minimal background check, you’d be free to live, work, pay taxes and die in the United States. Imagine moving from Nigeria to Nebraska as freely as one might move from Massachusetts to Maine.

      https://www.nytimes.com/2019/01/16/opinion/open-borders-immigration.html?smid=tw-nytopinion&smtyp=cur


  • Nicolas #Hulot : « Un #ministre n’est pas un électron libre »
    https://reporterre.net/Nicolas-Hulot-Un-ministre-n-est-pas-un-electron-libre

    Pourtant, dans un autre cas où une décision de justice était défavorable à un projet, celui de la centrale à biomasse de #Gardanne, vous avez fait appel de cette décision.
    L’interdire du jour au lendemain, c’était mettre des personnes au chômage (80 emplois, NDLR). Il faut laisser un peu de temps à l’entreprise pour chercher une alternative crédible qui évite la déforestation. La seule décision que j’ai prise, c’est de lui donner la possibilité de trouver une solution. Si elle ne la trouve pas, il faudra en tirer les conséquences.
    Mais pourquoi avoir fait appel de la décision du tribunal administratif ?
    A notre sens il y avait des erreurs dans cette décision. Les chiffres utilisés par le tribunal étaient erronés. Accepter cette décision du tribunal aurait validé l’idée que notre administration avait mal accompagné ce dossier. Le droit, il doit prendre en compte les bons arguments, les bons chiffres. .

    Comment tout remettre à l’après quinquennat qd on est ministre #réflexe :

    "Je ne dis pas que l’objectif d’atteindre 0,7 % du PIB pour l’#aide_au_développement est irréalisable. Mais il faut déjà faire ce qu’on dit. J’ai acté cet engagement du Président que l’aide au développement atteindra 0,55 % du PIB en 2022 et c’est cela qui m’intéresse dans un premier temps. Nous sommes en train de le mettre en œuvre."

    "Nous avons parlé de la #centrale du Havre, il faut qu’elle trouve une solution qui émette beaucoup moins de #carbone. Si ce n’est pas possible, il faudra la fermer en 2022."

    "Je dis la vérité sur 2025, c’est difficile à tenir sans émettre plus de gaz à effet de serre. Est-ce pour autant un abandon ? Absolument pas. Je dis ce que je pense sur ce point, je suis tout aussi sûr de moi en disant : on va réduire la part du nucléaire, des #réacteurs vont fermer, il faut y aller à fond sur les renouvelables, l’efficacité énergétique."


  • Le syndrome séparatiste - RipouxBlique des CumulardsVentrusGrosQ
    http://slisel.over-blog.com/2017/10/le-syndrome-separatiste.html

    Carles Puigdemont vient de proclamer “le droit de la Catalogne à l’indépendance” sous les applaudissements des élus régionaux. L’expérience historique enseigne pourtant que ce genre d’aventure se termine rarement dans l’allégresse. Arraché à la Serbie à coups de B52, le Kosovo a proclamé son indépendance en 2009. Sous perfusion de l’UE et de l’OTAN, cet Etat-fantoche a été livré par l’émissaire onusien Bernard Kouchner à une clique mafieuse, l’UCK, qui doit son impunité à cette rente géopolitique. En attendant, la Serbie a été bombardée et dépecée. Quant à la population du Kosovo, elle ne tire aucun avantage d’une indépendance qui a fait de nombreuses victimes.

    Voilà pour l’Europe. Mais en Afrique, c’est pire. La sécession du Sud-Soudan parrainée par Washington a provoqué un désastre sans précédent. D’une pauvreté inouïe, dévasté par la guerre civile, ce nouvel Etat n’a plus que ses yeux pour pleurer. Les multinationales convoitaient ses richesses minières et pétrolières, le Département d’Etat voulait affaiblir le gouvernement de Khartoum, les dirigeants des ethnies méridionales rêvaient d’indépendance, c’était l’équation gagnante ! Hélas le rêve est devenu cauchemar, et les morts se comptent par dizaines de milliers. Kosovo, Sud-Soudan : décidément le séparatisme, lorsqu’il parvient à ses fins, peine à offrir des lendemains qui chantent.

    On répliquera sans doute que l’indépendance du Kurdistan irakien pourrait faire la démonstration inverse. Ce peuple sans Etat, floué par l’inique traité de Lausanne (1923), prendrait alors une revanche historique ! C’est bien le projet du PDK dirigé par le clan Barzani, mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Ni l’Irak, ni l’Iran, ni la Turquie n’accepteront ce démembrement d’un Etat souverain, fût-il appuyé en sous-main par le puissant protecteur US. Quant à l’alliance avec Israël, on se demande si les Kurdes réalisent que Tel Aviv les soutient comme la corde soutient le pendu. Prudents, les Kurdes syriens dialoguent de leur côté avec Damas, qui s’est dit prêt à négocier une fois scellé le sort de Daech.

    Véritable cas d’école, la situation des Kurdes syriens illustre l’impasse du séparatisme. Car si d’aventure ils décidaient de proclamer leur indépendance, ils ouvriraient les portes de l’enfer. Pris en tenailles entre les forces turques et syriennes, cet Etat non viable d’1,5 million de Kurdes serait rapidement rayé de la carte. Sans doute ont-ils fini par comprendre que l’autonomie kurde n’est négociable qu’à condition de renoncer au séparatisme et que leur avenir est d’appartenir à une Syrie souveraine et réconciliée. Mais comme au Kosovo et au Sud-Soudan, les velléités séparatistes sont manipulées par des puissances qui ont intérêt à déstabiliser les Etats souverains. Le sort des Kurdes dans la région est entre leurs mains, et ils auraient tort de le confier à leurs faux amis impérialistes.

    Le séparatisme, au fond, est un syndrome qui atteint des populations blessées par l’histoire à qui de faux médecins inoculent de faux remèdes. Les Catalans qui rêvent d’indépendance ont sans doute de bonnes raisons d’en vouloir au gouvernement central espagnol. Ils ont légitimement conservé la mémoire des années noires de la répression franquiste. Mais l’Espagne de 2017 n’est pas franquiste, et la sécession de la Catalogne la déstabiliserait, la blesserait. Violer la loi de l’Etat espagnol, qui est un Etat souverain, n’est pas un acte anodin. Le séparatisme catalan porterait un coup redoutable à la souveraineté nationale en Europe du Sud, et ce sont les “peuples d’Espagne” qui en feraient indistinctement les frais.

    Région développée qui pèse 19% du PIB espagnol, la Catalogne n’est pas le Kosovo. Nourri par la mémoire historique et l’irrédentisme culturel, son séparatisme ne manque pas de panache. Mais il ne faut pas se raconter d’histoires, c’est aussi un égoïsme de riches. Les dirigeants de la Catalogne s’imaginent que sa puissance économique irriguera sa souveraineté politique. Une fois libéré du fardeau espagnol, soulagé du poids de la solidarité nationale, le dynamisme catalan fera des prodiges ! C’est un secret de polichinelle, que même l’extrême-gauche ne peut ignorer : la bourgeoisie locale entend tirer profit de l’indépendance pour instaurer un modèle néo-libéral. Il n’est pas sûr que les jeunes et les ouvriers partagent ce projet, et on compte sans doute sur l’illusion lyrique du 10 octobre pour résoudre toutes ces contradictions.

    Mais ce n’est pas tout. Les dirigeants de Barcelone veulent quitter l’Espagne sans quitter l’UE, ils veulent fonder une “nouvelle nation en Europe”, mais ce projet n’a aucun sens. Car si l’UE acceptait l’adhésion d’un Etat sécessionniste, elle signerait son arrêt de mort. Il est vrai que les européistes ont plus d’un tour dans leur sac, et que certains rêvent d’un démembrement des Etats-nations au profit des Euro-régions. Mais ce serait faire l’aveu que l’UE est une machine à broyer les Etats souverains, tandis qu’elle survit péniblement en accréditant la fiction inverse. Le jour où une région sécessionniste est admise dans l’UE, qui pourra encore nier que l’UE sert à évider la souveraineté nationale par le haut tout en la faisant imploser par le bas ? Le syndrome séparatiste, en frappant l’Europe, aura-t-il pour vertu de faire tomber les masques ?

    Bruno Guigue

    Illustration : Rodrigo Acevedo Musto

    Source : infobae.com

    La source originale de cet article est Mondialisation.ca
    Copyright © Bruno Guigue, Mondialisation.ca, 2017


  • La fortune des 500 Français les plus riches multipliée par sept en 20 ans Le Parisien - Aubin Laratte - 27 juin 2017
    http://www.leparisien.fr/economie/la-fortune-des-500-francais-les-plus-riches-multipliee-par-sept-en-20-ans

    En 22 ans de classement « Challenges », le produit intérieur brut (PIB) français a à peine doublé, passant de 1259 milliards d’euros en 1996 à 2222 en 2017. Dans le même temps, la fortune des 500 personnes les plus riches de France du classement Challenges a été multipliée par sept, passant de 80 à 571 milliards d’euros de 1996 à 2017. La fortune cumulée des 10 Français les plus riches a été multipliée par 12.

    « Le nombre de milliardaires en France est passé d’une dizaine au début de notre classement, en 1996, à maintenant plus de 90 », expose au « Parisien » Eric Tréguier, journaliste de « Challenges » qui consacre trois mois chaque année au classement des 500 Français les plus fortunés.

    Depuis le premier classement, la fortune de Serge Dassault a été multipliée par 20, celle de Bernard Arnault (propriétaire du « Parisien »-« Aujourd’hui en France ») - qui reprend la première place à l’héritière de L’Oréal Liliane Bettencourt - et de la famille Hermès par 17. La famille d’industriels Wertheimer a vu sa fortune multipliée par 12. « Certains sont rentrés récemment dans le tableau, explique Eric Tréguier. Patrick Drahi est arrivé dans le classement en 2008, Xavier Niel en 2002 et les Werthmeimer en 2001. »

    Bernard Arnault est à la tête d’une fortune de 46,9 milliards d’euros, devant Liliane Bettencourt et la famille Meyer, propriétaires du groupe L’Oréal (fortune de 35,8 milliards d’euros). En troisième position, Axel Dumas et sa famille, à la tête du groupe Hermès, jouissent d’une fortune de 30,85 milliards d’euros.

    Cette progression est surtout due au cours de la bourse. L’action du groupe de luxe LVMH, propriété de Bernard Arnault, a ainsi pris 56 % en un an. La famille Hermès et Axel Dumas bénéficient eux aussi de la hausse de 36 % sur un an de l’action d’Hermès. « Ce n’est que de la monnaie virtuelle, nuance Eric Tréguier. Si demain la bourse dégringole, la fortune de Bernard Arnault dégringolera aussi. » Entre 2007 et 2008, la fortune du patron de LVMH était passée de 23 à 17 milliards d’euros à cause du krach boursier.

    En 2017, la fortune cumulée des Français les plus riches représente 25,7 % du PIB français. Elle ne représentait que 6,4 % du PIB en 1996.

    Autre constat de ce nouveau classement : les riches sont de plus en plus riches. Il suffisait d’avoir 14 millions d’euros en 1996 pour entrer dans le classement des 500 Français les plus fortunés. Un chiffre qui a augmenté au fil des années pour atteindre, cette année, 130 millions d’euros.

    #France #Richesse #Ruissellement #fortune En Marche vers plus d’#enrichissement pour quelques uns.


  • OFCE - ÉVALUATION DU PROGRAMME PRÉSIDENTIEL POUR
    LE QUINQUENNAT 2017-2022

    http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/pbrief/2017/pbrief25.pdf

    À partir d’un scénario macroéconomique, nous analysons chacune
    des mesures proposées dans le programme présidentiel et amendées par le Premier ministre lors de son discours de
    politique générale. Nous complétons cette analyse macroéconomique par une étude statique de premier degré
    des effets redistributifs des mesures, c’est-à-dire à comportements inchangés.

    Les principaux résultats de notre analyse macroéconomique sont :

    À la fin du quinquennat, les prélèvement obligatoires baisseraient de 16 milliards d’euros, soit 0,7 point de PIB ;

    Sur la base d’un taux de croissance du PIB potentiel évalué à 1,2 % par an en moyenne sur le quinquennat, l’économie structurelle
    sur la dépense publique atteindrait 1,6 point de PIB sur le quinquennat. Cela correspond à une économie structurelle de 41 milliards d’euros à l’horizon 2022, hors plan d’investissement.

    L’ensemble des mesures fiscales et budgétaires du quinquennat conduirait à réduire le PIB par rapport à sa tendance de 0,2 point de PIB en 2018 et 2019, de 0,1 point en 2020, de 0,3 point en 2021 et de 0,4 point en 2022.

    La croissance française serait attendue à 1,6 % en moyenne sur le quinquennat. Elle évoluerait dans une fourchette
    comprise entre 1,5 % et 1,8 % avec une accélération sur la période 2019-2020 en lien avec la montée en charge des mesures fiscales et du plan d’investissement. La croissance ralentirait en
    2021-2022 sous l’effet de l’intensification de la consolidation budgétaire au-delà de 2020.

    Cette dynamique de croissance permettrait une lente décrue du taux de chômage qui passerait de 9,2 % en 2017 à 7,6 % en 2022.

    Le déficit public passerait de 3 % du PIB en 2017 à 1,4 % en 2022, avec une année 2019 où le déficit refranchirait la
    barre des 3 % pour une année, atteignant 3,5 % du PIB en
    raison de la transformation du CICE en baisse de cotisations.

    La dette publique resterait aux alentours
    de 96 % du PIB jusqu’en 2019, avant de
    commencer à décroître à partir de 2020, pour atteindre 92 % en 2022.

    Les dépenses publiques se réduiraient de 2,3 points de PIB sur la période 2017-2022.
    L’analyse statique de premier degré des effets redistributifs des
    mesures indique que :

    Le 9e décile de niveau de vie est celui qui gagne le moins. Alors que les mesures de fiscalité indirecte pèsent sur ce décile, il profite moins de la mesure de réduction de la taxe d’habi-
    tation ainsi que de l’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires ;

    Le dernier décile (les 10 % les plus riches) est celui qui gagne le plus sous l’effet de la refonte de la fiscalité des revenus et du patrimoine mobilier. Au final, ce décile concentre
    46 % des gains des mesures fiscales à destination des ménages ;

    Ces mesures ont un coût net agrégé de 9,1 milliards d’euros. Un financement au travers d’une baisse de la dépense publique accentuerait de façon significative la hausse des
    inégalités engendrée par la mise en place de ces mesures.


  • Les aventuriers du développement - CQFD, mensuel de critique et d’expérimentation sociales
    http://cqfd-journal.org/Les-aventuriers-du-developpement

    Au sud de la Guyane, au cœur de la forêt amazonienne, la multinationale canadienne Colombus Gold salive sur le site de la Montagne d’or. Jusqu’ici, l’État français tempérait les ardeurs des lobbies miniers, mais face à la crise… Et avec un prés’ de la Rép’ business-friendly… Faut voir.

    Caché derrière ses lunettes noires, le téléphone à portée de main, un représentant du secteur aurifère exprime avec enthousiasme sa vision d’avenir : « Aujourd’hui on représente 4% du PIB guyanais. Avant l’arrivée de Colombus, on avait calculé qu’avec une centaine d’artisans, quatre ou cinq PME et une multinationale, on montait à 16%. C’est pour ça que nous voulons faire de la mine le premier secteur économique de Guyane. On peut y arriver en moins de dix ans. Et avec deux multinationales, aujourd’hui, c’est encore mieux ! »

    #extractivisme #or (fièvre de l’) #business-friendly_president

    Un vrai projet de #développement_écocidaire pour la #Guyane avec un casting de choix : #groupe_Bolloré #Jacques_Attali #Colombus_Gold

    http://www.columbusgoldcorp.com/fr/MontagnedOr.asp

    Le projet Paul Isnard est composé de huit concessions minières couvrant une superficie de 190 km2. Il est accessible en toute saison à partir de Saint-Laurent-du-Maroni par une piste de 120 kilomètres, et en petits avions jusqu’au camp du projet grâce à une piste d’atterrissage située sur le campement. Plusieurs routes sillonnent les concessions minières et fournissent l’accès aux camions. Columbus Gold détient un intérêt de 100% dans le projet Paul Isnard.


  • Montrer la dette, pour cacher les dividendes. Le Grand Soir - Fabrice AUBERT - 2 Mars 2017
    https://www.legrandsoir.info/montrer-la-dette-pour-cacher-les-dividendes.html
    . . . . . . . .

    REVENONS A LA DETTE : Une fois analysée les raisons de la dette, il nous faut aborder son remboursement et ses modalités.

    La dette d’un ménage ? Quand un ménage s’endette pour acheter une maison, pensez-vous que le banquier calcule le ratio d’endettement, en prenant le montant total emprunté et en le rapportant au revenu annuel ??? Dans ces conditions, il n’y aurait aucun prêt accordé…Non le calcul fait est de prendre le montant emprunté, de le diviser par le nombre d’annuités prévu, et là de le rapporter au revenu annuel.

    La dette de l’Etat : Et alors que l’Etat a ce pouvoir extraordinaire de lever l’impôt, pour éventuellement augmenter les ressources, pouvoir que n’a pas le salarié isolé (« d’augmenter son salaire ») , les marchés financiers imposent, via les agences de notation, un ratio de Dette sur P.I.B annuel, et ce alors que de plus, la durée de remboursement de nos titres de dettes est environ de 7 ans.

    Jean-Luc MELENCHON a donc raison de rapporter la dette dite publique, non à une seule année mais calculée sur 7 ans et dans ces conditions, le ratio n’est plus de 90 % d’endettement, mais d’environ 12 %... évidemment ça change la donne…


    UN ENFANT NAITRAIT AVEC UNE DETTE SUR LA TETE ? C’est d’une « niaiserie absolue » …, pire c’est de l’idéologie pure. La thèse libérale consiste à dire qu’avec le niveau d’endettement public, un enfant naitrait aujourd’hui, avec une dette de 20.000 euros… Une fois de plus, si l’on prend l’exemple du ménage, une banque, pour effectivement calculer le risque pris de vous « prêter » de l’argent, prendra en effet en compte votre niveau d’endettement, mais elle regardera aussi votre patrimoine, et sa valeur estimée, qu’elle traitera comme un actif et défalquera de l’endettement. Il s’agit ici d’une simple règle comptable classique. Hors si l’Etat a des dettes, il a aussi un Patrimoine… que nous célébrons chaque année d’ailleurs (« Journée du patrimoine »  : 17 et 18 Septembre 1016), qu’il faut donc défalquer de notre Dette….

    Appliqué à l’Etat, ce calcul arithmétique simple montre qu’en définitive, loin de naitre avec une dette de 20.000 euros sur sa tête, notre bébé Français, nait avec un crédit de 12.000 euros…Je vous livre ici, les détails de l’analyse effectué par l’O.F.C.E : « Chaque nouveau-né français a une dette de 20.000 euros sur les épaules, s’est inquiété Nicolas Sarkozy jeudi soir. Mais ce calcul ne tient aucun compte des actifs détenus par l’Etat. Au contraire, un bébé français hérite en réalité d’une richesse nette à sa naissance. En cause, le déficit chronique de la France, ininterrompu depuis 1974, « dernier budget en équilibre », a rappelé Nicolas Sarkozy. Tant et si bien que la dette au sens de Maastricht (passif de l’Etat, des collectivités locales et des régimes de sécurité sociale) a atteint 64,2% du PIB en 2007. Soit 1.209.497 milliards d’euros. Selon les chiffres Eurostat, la dette moyenne de la zone euro est en effet de 66,2% du PIB en 2007. Celle de l’Allemagne de 65%. La Belgique affiche une dette de 84,9%, la Grèce, 94,5%, l’Italie, 104%. Et c’est encore loin de la dette du Japon, qui atteignait 159% en 2006. « Il n’y a donc pas de singularité française sur ce point », commente Mathieu Plane. Gare au fétichisme des chiffres. Car comme tout compte de patrimoine, celui de l’Etat comporte un passif, la dette, mais il inclut également les actifs qu’il détient. Et en l’occurrence, l’Etat n’est pas nu. D’abord, l’Etat possède des actifs financiers, 742 milliards d’euros en 2006. De l’or, des dépôts ou encore des parts dans des entreprises publiques cotées. Car l’Etat français est un actionnaire, et un gros. Selon l’Agence des participations d’Etat, leur valorisation dépassait 162 milliards d’euros au 24 avril. Dont 100 milliards rien que pour EDF.

    Aussi, la dette financière nette de la France n’était en réalité que de 38,2% du PIB en 2006 (dernier chiffre connu). Soit un niveau proche de 1995, alors que la dette au sens de Maastricht, elle, a augmenté. Mais entre-temps, la valeur du portefeuille boursier de l’Etat a profité de l’euphorie boursière. « On peut à bon droit s’interroger sur la priorité donnée à la réduction de la dette », estime Mathieu Plane. « Car compte tenu des actifs financiers, elle n’est pas si grande que ça. Tout au moins, la France n’est pas du tout le mauvais élève de l’Europe en la matière. Alors qu’elle l’est clairement en matière de chômage », observe l’économiste. Plus encore, l’Etat détient des actifs physiques ou immobiliers. Des terrains, des bâtiments, des infrastructures, dont la valeur est tenue à jour par l’Insee. « Si on comptabilise l’ensemble de ces actifs, les administrations publiques ne présentent plus une dette mais une richesse nette », calcule Mathieu Plane. Elle représentait 37,8% du PIB en 2006. Cette richesse a d’ailleurs augmenté de plus de 22 points de PIB entre 1995 et 2006. Les administrations publiques se sont enrichies dés lors que, boom de l’immobilier aidant, la valeur des terrains détenus par l’Etat a explosé : de plus de 200% en 10 ans ! Autrement dit, « le bébé français ne récupère pas à la naissance une dette publique de 18.700 euros mais il hérite au contraire d’un actif net de 11.000 euros », corrige Mathieu Plane. 

    ET LES DIVIDENDES ? C’est sur ce plan qu’évidemment les libéraux sont les plus discrets. La théorie libérale stipule qu’en fait les dividendes, sont la rémunération du capital et que dans une * « économie de marché », plus les dividendes sont élevés, plus cela signifie que le Capital est efficace. C’est ce qui est appelé la « juste rétribution des facteurs ». _ Si dans un Pays on assiste à une baisse salariale et à une hausse des dividendes, cela signifie simplement, si l’on applique la théorie, que le facteur travail a une mauvaise productivité et qu’au contraire le capital a une bonne productivité. Hors, selon les informations disponibles, la France serait championne d’Europe de la distribution de dividendes. Le problème, c’est que dans la réalité, le capital est inefficace et c’est notre productivité du travail qui, étant l’une des plus élevée au monde sauve le système de la déroute…

    . . . . . .
    #Dette #Calcul #dividendes #finance #économie_de_marché #PIB #Etat #Calcul #richesse #Déficit #Eurostat #France #Mathieu_Plane #Fabrice_Aubert #O.F.C.E


  • Macron, le Nord et la tête de noeuds Les chiffres

    Monsieur Emmanuel Macron, ancien ministre de l’économie, se promenait dans le Nord de la France. Il y fit, le vendredi 13 janvier cette déclaration dont la presse s’est faite l’écho : « l’alcoolisme et le tabagisme se sont peu à peu installé dans le bassin minier » . Bien sûr, comme c’est facile. Ces ex-ouvriers, devenus chômeurs et leurs enfants, tous des alcooliques, et d’ailleurs ils votent pour le Front National. Le mépris de classe que révèle cette déclaration est sidérant, mais nullement étonnant. Emmanuel Macron fut à bonne école pendant plus de 4 ans, aux côtés – comme conseiller et comme ministre – de celui qui parlait des « sans dents », notre Président François Hollande. La violence de cette déclaration passe cependant les bornes. Non seulement par le mépris qu’elle exprime, mais aussi par la méconnaissance de la situation qu’elle révèle.
     
    Le Nord et l’alcool
    Oui, il y a bien un problème d’alcoolisme dans le Nord de la France, mais ni plus (ni moins) grave que celui que l’on connaît en Normandie, en Bretagne, ou dans la région Champagne-Ardenne. Regardons les statistiques de santé que soit celles fournies par l’INPES ou celles de l’enquête ESCAPAD.

    La seule qui mette le Nord en tête est celle des décès liés à des cirrhoses et autres maladies, que l’on considère liées à l’alcool.

    Graphique 1


    Mais, les cirrhoses ne sont pas un bon indicateur car elles sont aussi associées à d’autres pathologies qu’une simple dépendance à l’alcool. D’autres indicateurs existent, fournis par l’Enquête Baromètre Santé de l’INPES. Le premier est celui du pourcentage des ivresses alcooliques dans l’année, sur la population de 15 à 75 ans. Et là, surprise, le Nord apparaît largement sous la moyenne nationale.

    Graphique 2


    La proportion remonte largement au-dessus de la moyenne, mais pas en première place, pour les interpellations pour ivresse sur la voie publique, chiffre qui mesure, en fait, la (relative) tolérance des forces de l’ordre à ce type de désordre, mais aussi la pratique sociale de l’ivresse, dans et hors du domicile. En fait, on compte 22,5 interpellations pour 10000 habitants, chiffre inférieur cependant à celui de la Réunion et de la région Champagne-Ardenne.

    Graphique 3

    Graphique 4


    Il en va de même si l’on observe l’usage mensuel de l’alcool pour la tranche d’âge de 17 ans, toujours dans l’enquête ESCAPAD de 2014. La fréquence moyenne est de 12% en France, et elle n’est que de 10% dans le Nord contre 22% dans les pays de la Loire et 17% en Bretagne et en Basse-Normandie.

    Graphique 5


    Le premier constat est donc que M. Emmanuel Macron, ancien Ministre, et ci-devant candidat à la Présidence de la République, a bien raconté n’importe quoi. Il a maintenu ses propos et même attaqué sur Facebook avec une certaine violence ceux qui étaient légitimement scandalisés par ses propos[1]. Ce faisant il ne fait qu’étaler ce qui est désormais évident pour tous ceux qui ont suivi cette triste affaire : il suinte de ce personnage un mépris envers les travailleurs et envers les victimes de notre société, un mépris de classe, qui n’est pas piqué des vers.
     
    Les causes de crise sanitaire dans le bassin minier
    Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un véritable problème de santé publique dans le bassin minier du Nord. Dans l’arrondissement de Lens, la surmortalité est de 67% supérieure à ce qu’elle est dans le reste de la France. Mais, ce problème n’est nullement la traduction de comportements spécifiques de la population, comportements qui par ailleurs trouveraient dans l’abandon dans laquelle elle fut laissée d’amples justifications. Ce problème résulte pour une large part par la pollution de l’air et de l’eau induites par des activités qui ont été pendant laissées sans contrôle (que l’on se souvienne des patrons-voyous de MetalEurop qui ont disparu sans laisser de traces après avoir largement pollué le site de leur usine, par les maladies professionnelles sur lesquelles on est devant une véritable absence de données. Rappelons qu’en ce qui concerne le stress au travail , des pays comme la Suisse et la Suède avaient réalisé des enquêtes épidémiologiques générales, qui avaient montré que les maladies stress-induites avaient un coût pour la société dépassant les 3% du PIB. Rappelons qu’en France, et en dépit d’études pionnières réalisées à l’initiative de la CGT au début des années 1960, il n’y a jamais eu d’enquête équivalente. Que faisiez vous donc vous, oui vous, Monsieur Emmanuel Macron ainsi que votre collègue, Madame Marisol Touraine, quand vous étiez respectivement Ministre de l’Economie et Ministre de la Santé ?

    C’est qui devrait provoquer une immense colère contre vous et votre candidature à la Présidence de la République, citoyen Macron. De prétendre « stigmatiser » comme l’on dit aujourd’hui une population alors que vous n’avez rien fait pour permettre une juste mesure des causes de la crise sanitaire qu’elle vit. De prétendre résoudre ses problèmes par l’ubérisation du travail et de la société, alors que l’on sait pertinemment que ceci va encore renforcer le stress au travail , et engendrer par là de nouvelles pathologies.

    Monsieur Macron, votre prétendu « humanisme » dont vous faites étalage à l’étranger, en Allemagne en particulier, n’est qu’une immense et scandaleuse fraude.

    Vous vous moquez complètement de ce que vivent les gens, de ce qu’ils endurent. Mais nous, nous savons qu’à Noeux-les-Mines, là où vous avez fait votre déclaration, il y avait, en votre personne, une véritable tête de nœuds !

    _ Jacques Sapir _
    Source : http://russeurope.hypotheses.org/5593
    [1] Voir https://www.facebook.com/EnMarche/Posts/719648718213333

    #Cartes #France #Alcoolisme #Nord #Haur_de_France #Macron_l_alcoolique #PS #cirrhoses #Noeux-les-Mines #tête_de_nœuds #Marisol_Touraine #enquêtes_épidémiologiques #mépris #stress_au_travail #méconnaissance #guerre_aux_pauvres #fraude


  • Les migrants font 10% du PIB mondial et assurent l’émergence économique
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article2985

    Le sujet des migrants est très prenant actuellement dans les médias. C’est le poignant sort des réfugiés, dont on parle plus densément quand débuta avec la seconde décennie du nouveau millénaire éclatèrent des révoltes contre certaines dictatures dans les pays arabes, qui priorise ce débat sur les travailleurs transfrontaliers. Mais des analyses tentent de répondre à l’affolement en terres d’accueil par les bienfaits d’un rajeunissement de la main-d’œuvre… De ces pérégrinations, il y a des intérêts (...)

    Actualité, événement, opinion, intérêt général, information, scoop, primauté

    / #diplomatie,_sécurité,_commerce,_économie_mondiale, Terrorisme , islamisme , Al-Qaeda , politique , , #crise,_capitalisme,_économie,_justice,_Bourse, #économie,_politique,_arts,_corruption,_opposition,_démocratie, beurs, (...)

    #Actualité,événement,_opinion,_intérêt_général,_information,_scoop,_primauté #Terrorisme_,_islamisme,Al-Qaeda,politique, #beurs,_discrimination,_racisme,_intégration #immigration,_High-Tech,_recrutement,_Web,_Internet #fait_divers,_société,_fléau,_délinquance,_religion,_perdition #Chine,_réforme,_développement,_environnement,_Asie, #chômeurs,_emploi,_social,_syndicat,_revendication,_jeunesse,_travailleurs,_chômage


  • Endettement excessif et montée du populisme, un cocktail explosif Le Devoir - 20 décembre 2016 - Gérard Bérubé
    http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/487454/etudes-endettement-excessif-et-montee-du-populisme-un-cocktail-explosif

    L’endettement mondial dépasse aujourd’hui son niveau d’avant-crise alors que les banques centrales ont, en définitive, poussé leur assouplissement monétaire à la limite de leur capacité d‘intervention. La montée du populisme et du repli sur soi augmente le risque d’un choc de plus forte ampleur que la Grande Récession.
     
    Deux études mises ensembles créent un dangereux cocktail. En se demandant si la prochaine crise mondiale sera (encore) liée à l’endettement, Hendrix Vachon, économiste senior au Mouvement Desjardins, mesure que l’endettement mondial avoisine désormais les 250 % du PIB. Cet endettement, qui combine celui des ménages, des entreprises non financières et des gouvernements, atteignait 215 % du PIB mondial au début de 2008. Ce problème ne s’est donc pas résorbé depuis la fin de la Grande Récession. Il s’est plutôt déplacé selon les pays entre ménages, gouvernements et entreprises.
     
    Pays avancés les plus endettés
    « Sans surprise, les pays avancés demeurent les plus endettés, à environ 280 % du PIB en moyenne. Les pays émergents se démarquent néanmoins par une tendance haussière nettement plus prononcée », ajoute l’économiste, les récentes données montrant un ratio moyen de 190 % pour eux. La problématique demeure entière à l’échelle mondiale « et constitue un risque important pour la croissance économique future. Ce risque est d’autant plus élevé que la récente tendance haussière des taux d’intérêt pourrait mettre de la pression sur les emprunteurs. »
     
    Hendrix Vachon conclut donc à la capacité plutôt limitée de nombre de gouvernements à répondre à une nouvelle crise. « Le même constat d’impuissance menacerait plusieurs banques centrales, ce qui exposerait l’économie à une plus forte contraction. Peu de banques centrales disposent actuellement d’une marge de manoeuvre significative pour abaisser leurs taux directeurs. Le recours à des politiques d’achat massif d’actifs pourrait encore être envisagé, mais la marge de manoeuvre a aussi fondu de ce côté. Cela est sans compter qu’il est très difficile de stimuler l’économie via le crédit lorsque l’endettement est déjà très élevé. »
     
    Repli sur soi
    Sept ans après la fin de la Grande Récession, l’économie mondiale se retrouve donc devant un risque accru d’une récession de grande ampleur advenant un choc. Et Hendrix Vachon d’évoquer qu’une possible montée du protectionnisme aux États-Unis et dans son sillon pourrait être l’élément déclencheur.
     
    Une deuxième étude, celle cosignée par Benoit Durocher, vice-président directeur et chef stratégie économique chez Addenda Capital, et Richard Beaulieu, vice-président et économiste principal, associe la montée du protectionnisme à un repli sur soi des économies nationales. « Les programmes de politique populistes comporteront souvent des mesures protectionnistes qui entravent non seulement la liberté de circulation des biens et services mais aussi de la population, de la main-d’oeuvre. »
     
    Les auteurs retiennent que l’intégration de l’économie mondiale dans l’après-guerre a contribué à l’augmentation du niveau de vie moyen. Qu’elle a également soutenu une diminution des inégalités entre les pays industrialisés et les économies émergentes. Mais qu’au sein de chacun de ces pays, la redistribution s’est faite de façon inégale. « Surtout au cours des 30 dernières années […] La distribution inégale des gains de niveau de vie a suscité la désaffection d’une partie plus importante de la population, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres, dans le contexte de ralentissement de la croissance économique tendancielle. »
     
    Programmes populistes inefficaces 
 
    Y voyant une problématique de redistribution, la réponse ne peut venir des programmes populistes. Au contraire, les économistes du cabinet spécialisé soutiennent qu’ « après un effet initial favorable, les inefficacités que de telles politiques engendreront pourraient diminuer le niveau de vie global et creuser à nouveau l’écart de richesse séparant les pays riches et pauvres ». Aussi, « les entraves au commerce résulteront en une augmentation des prix. Les gains d’emplois qui découleraient initialement des mesures protectionnistes pourraient bien disparaître en raison de la baisse du pouvoir d’achat ».
     
    Sur la mobilité de la main-d’oeuvre, « l’arrivée d’immigrants, souvent plus jeunes, permet de soutenir le fardeau dû au vieillissement de la population lié notamment aux régimes de retraite publics et aux coûts des soins de santé. Restreindre l’arrivée de nouveaux concitoyens pourrait forcer les gouvernements à revoir l’ampleur de certains programmes sociaux. »

    #économistes_néo_libéraux #journaliste_néo_libéral #pensée #économique #officielle #dogme #populistes_financiers #version_officielle


  • LE PACTE D’INSTABILITÉ A VÉCU, MAIS C’EST UN SECRET ! par François Leclerc Blog de Paul Jorion
    http://www.pauljorion.com/blog/2016/09/15/le-pacte-dinstabilite-a-vecu-mais-cest-un-secret-par-francois-leclerc
    Les échéances électorales allemande et française de l’année prochaine arrivent à point nommé. Les sortants n’auront plus la responsabilité d’une situation de moins en moins tenable – ne pouvant ni appliquer, ni amender une politique qui ne fonctionne pas et suscite le rejet – et les arrivants pourront se prévaloir de la nouveauté. Ce qui ne leur donnera pas pour autant de marges de manœuvre. Mais d’ici là, il va falloir tenir.

    Des rumeurs insistantes font état de l’intention d’Angela Merkel de ne pas se représenter afin de partir avant que cela ne se gâte davantage, tandis que les sondages confirment que François Hollande ne sera pas en mesure d’accéder au second tour s’il se représente. Mais comment ne pas se retrouver dans cette attente avec une ou nouvelle Grèce sur les bras, dans un contexte qui a changé ? L’Italie, l’Espagne et le Portugal sont tous sur le fil du rasoir, il y a l’embarras du choix. Et pendant ce temps-là, les négociations sur le Brexit vont trainer en longueur, les dirigeants britanniques ayant intérêt à jouer les divisions au sein de l’Union européenne pour négocier au mieux de leurs intérêts.

    En Italie, la crise bancaire devrait être contenue, mais à quel prix ! Aveugle soutenant le paralytique, le système bancaire italien est faute de mieux destiné à soutenir les établissements les plus mal en point, puis condamné à se consumer comme une mèche lente, banque après banque s’il ne s’effondre pas. Mais une autre échéance va entretemps se présenter, Matteo Renzi étant arrivé en bout de course des marges possibles de flexibilité des règles du Pacte de stabilité qui lui ont été accordées à plusieurs reprises par la Commission. Une rencontre avec Angela Merkel – qui sur cette question se défausse désormais sur la Commission – ne lui a pas procuré le mou qu’il demandait, et il est aux taquets, mettant en cause le gouvernement allemand pour ne pas respecter ces mêmes règles, en raison de ses excédents commerciaux qui dépassent 6% du PIB.

    Le référendum de novembre sur le réforme du Sénat s’approche, avec sa démission à la clé s’il le perd, ce qu’il a réaffirmé dans le cadre de sa stratégie de pression sur la Commission, mais qu’il peut mettre à exécution. Les chantages ne fonctionnent que si celui qui en est l’objet est convaincu que celui qui l’exerce ira jusqu’au bout. Après trois années de récession, puis une année 2015 de croissance à un petit 0,8%, le pays a connu une croissance nulle au deuxième trimestre par rapport au premier, ce qui menace par ricochet la réalisation de son projet de budget 2017 qui prévoit une légère diminution du ratio dette/PIB. Le Pacte de stabilité ne résisterait pas à l’arrivée au pouvoir du Mouvement des 5 étoiles, celle de Podemos en Espagne écartée. Il faut donc sauver le soldat Renzi à tout prix, mais comment ?

    Faute d’un gouvernement de plein exercice, l’Espagne n’a pas d’autre perspective que de reconduire son budget 2016 en 2017. Les recettes fiscales en provenance des entreprises ne sont pas au niveau prévu, a admis le ministre de l’économie du gouvernement provisoire Luis de Guindos, ce qui va empêcher de réduire à 4,6% le déficit budgétaire et imposer à nouveau de négocier avec Bruxelles. Le problème sera renvoyé au prochain gouvernement espagnol, si les élections qui vont pour la troisième fois avoir lieu aboutissent cette fois-ci à une investiture gouvernementale. Mais Mariano Rajoy, qui se maintient envers et contre tout, devra revenir sur ses promesses électorales, à la tête d’un gouvernement Parti populaire/Ciudadanos bénéficiant finalement de l’abstention par défaut du PSOE. Une telle hypothèse demande toutefois à se vérifier et présagera des lendemains tumultueux.

    De son côté, le gouvernement socialiste portugais s’est engagé auprès de Bruxelles à diminuer son déficit de budgétaire de 0,6% pour l’année à venir, mais il peine à la tâche. Le soutien du parti communiste et du Bloc de gauche (extrême-gauche) lui étant acquis à condition qu’il ne touche pas aux salaires et aux retraites et qu’il remplisse ses engagements, le ministre de l’économie Mario Centeno cherche un milliard d’euros. L’exercice doit se réaliser sur fond de rumeurs mal intentionnées d’origine spéculative faisant état d’un nouveau plan de sauvetage, une perspective niée par le premier ministre Antonio Costa.
    L’absence de courage politique, qui n’est pas une découverte, empêche de revenir sur les règles du Pacte de stabilité, que les hautes autorités auraient été bien inspirées de ne pas inclure dans des traités. Le mal fait, il va pourtant falloir le défaire… Avis aux amateurs !


  • Chile’s privatized social security system, beloved by U.S. conservatives, is falling apart - LA Times
    http://www.latimes.com/business/hiltzik/la-fi-hiltzik-chile-social-security-20160812-snap-story.html

    Promoters of privatizing the U.S. Social Security system have never tired of holding up Chile’s privatized program as an example of how this can make workers rich. The trick is that they never ask ordinary Chilean workers and retirees how they feel about it.

    Au #Chili forte mobilisation contre le système de #retraites privées
    http://www.lesechos.fr/monde/ameriques/0211199767831-au-chili-forte-mobilisation-contre-le-systeme-de-retraites-pr

    Santiago, Antofagasta, Valparaiso... C’est dans plusieurs grandes villes du Chili que se sont rassemblés, mercredi soir, des milliers de personnes pour dénoncer le système privé de retraite de leur pays. Tambourinant sur des poêles et des casseroles - un type de manifestation appelé « cacerolazo », assez répandu en Amérique du Sud - les Chiliens ont demandé, une fois de plus, la suppression des AFP, les « Administratrices de #fonds_de_pension ». Ce système, hérité de la dictature de Pinochet (1974-1990) fonctionne sur le principe de la capitalisation individuelle. Six grands fonds d’investissement gèrent ainsi les pensions des Chiliens.

    « Quelque 90 % des retraités touchent moins de 156.000 pesos (215 euros) par mois, leur situation est très précaire », explique Recaredo Galvez, chercheur à la Fundación Sol, un institut d’études en sciences sociales. Les entreprises qui gèrent ces fonds , de leur côté, font partie des plus riches du Chili, leur rentabilité atteint selon lui en moyenne 26 % chaque année. Au total, les fonds de pension gèrent 150 milliards d’euros, ce qui représente 70 % du PIB du pays. « Il y a un certain ras-le-bol au sein de la population devant tant d’inégalités », poursuit le chercheur.

    Le mouvement social, qui a pris pour nom « No más AFP » (nous ne voulons plus des AFP), a été au départ assez peu relayé par la #presse chilienne. C’est à travers les réseaux sociaux qu’il a gagné en ampleur.

    Le mois dernier, près de 1 million de personnes a défilé à travers tout le pays pour réclamer un changement de système. Le Chili n’avait pas connu de mobilisation aussi importante depuis les grandes manifestations étudiantes de 2011.


  • #CICE : un coût exorbitant sans création d’emploi
    https://www.mediapart.fr/journal/france/190716/cice-un-cout-exorbitant-sans-creation-d-emploi

    Trois ans après son entrée en vigueur, un rapport sénatorial tente d’établir le premier bilan du crédit impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Le constat est accablant : le dispositif coûte 1% du PIB de la #France chaque année, sans qu’il soit possible d’en mesurer les effets tangibles. Un gaspillage d’argent public.

    #Economie #Aide #emploi #entreprises #finances_publiques #Medef


  • La réforme de la PAC n’a pas créé d’emploi
    http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/04/26/20002-20160426ARTFIG00348-la-reforme-de-la-pac-n-a-pas-cree-d-emploi.php

    La Politique agricole commune (PAC), qui fête ses 54 ans cette année, n’a pas favorisé la création d’emplois, à en croire un rapport présenté ce mardi 26 avril à Bruxelles par l’eurodéputé socialiste, Éric Andrieu. Au mieux, elle a permis de maintenir les 22 millions de postes de travail de l’#agriculture en #Europe. Avec l’industrie #agroalimentaire, l’ensemble du secteur représentent 6% du PIB de l’Union Européenne, soit 15 millions d’entreprises et 46 millions d’emplois.

    Selon l’eurodéputé, « les réformes successives adoptées depuis 1992 ont laissé libre cours au marché et ont fragilisé l’agriculture familiale, à l’avantage des modèles d’exploitations intensifs orientés vers les marchés à l’export ». En effet, désormais, 80% des dépenses de la #PAC, le 1er budget européen, portent sur des aides directes qui sont liées à la surface des exploitations, et non aux productions qu’elles dégagent ou aux personnes qu’elles emploient. « Ces aides sont dénuées de tous sens de la réalité et favorisent la #concentration des exploitations agricoles avec un impact négatif sur l’emploi en milieu rural » , dénonce au Figaro le politique de l’Aude.


  • La révélation de Franz-Olivier
    https://www.youtube.com/watch?v=dDuOHW8aXok

    Pendant ce temps, un autre Franz-Olivier, pourchassé par la pensée unique anticapitaliste islamo-gauchiste, réclame une dictature libérale (« Le Point », 21 avril 2016) http://www.lepoint.fr/editos-du-point/franz-olivier-giesbert/fog-2017-pour-une-presidence-a-la-hussarde-22-04-2016-2034185_70.php

    2017 : une présidence à la hussarde

    Notre cher et vieux pays a longtemps été craint ou admiré. Aujourd’hui, il fait pitié. Même si le printemps bat son plein dans les champs et les forêts, nous ne sommes toujours pas sortis d’un hiver crépusculaire qui n’en finit pas. Brrr...

    La France serait-elle en train d’agoniser, comme le disent tant de prophètes de malheur ? Bien sûr que non. Observez comme elle reste très dégourdie quand il s’agit de dire (ou de faire) des bêtises : sur ce plan, c’est même tous les jours festival.

    Enthousiastes, nos bons confrères ont fait tout ce qu’ils ont pu pour transformer le phénomène de Nuit debout en un grand mouvement qui allait submerger le pays, sinon le monde entier. Ont-ils de quoi être fiers de leurs créatures ? A en juger par le flot d’injures qui, samedi soir, tomba sur le philosophe Alain Finkielkraut, venu écouter les manifestants de la place de la République, ceux-ci ne sont que les avatars des idéologues haineux qui, depuis la Révolution française, prétendent faire l’Histoire.

    Quand ils ne versent pas dans l’islamo-gauchisme, nos médias bien-pensants, pardonnez le pléonasme, ressemblent de plus en plus à une secte apocalyptique agenouillée devant Nuit debout, grattant sans cesse des allumettes pour mettre le feu à la maison et attribuant tous nos malheurs au libéralisme, un comble dans un pays qui, avec 57 % des dépenses publiques par rapport au PIB, relève bien plus du communisme mou que du thatchérisme débridé. Passons.

    Dans ce climat d’infantilisme et de confusionnisme général, sera-t-il possible de lancer, après l’élection présidentielle de 2017, les grandes réformes dont le pays a besoin ? Il est permis de s’interroger, tant les murs du statu quo semblent inébranlables : qui s’y frotte s’y pique, la preuve par Myriam El Khomri et tant d’autres, fracassés par l’ultraconservatisme de la France en général et de la gauche archaïque en particulier.

    La France ne recouvrera pas le moral ni le tonus économique tant que ne seront pas prises au moins trois mesures qui devraient être les priorités du prochain président. D’abord, la suppression des 35 heures, fléau social qui détruit la valeur travail. Elles étaient censées créer des emplois ; il suffit d’observer les chiffres du chômage pour comprendre qu’il n’en a rien été. En plus, contrairement à la désinformation distillée par des économistes stipendiés, cette réforme de Mme Aubry, Attila de l’économie, a fait de nous l’un des pays du monde où l’on travaille le moins en heures annuelles. Avec l’Allemagne, il est vrai, mais nos voisins ont une tradition du travail partiel que nous n’avons pas. Comment s’étonner, alors, que nous ne cessions de descendre les marches du podium ?

    La baisse des dépenses publiques est une autre priorité. Alors que notre dette publique s’élève à 2 200 milliards et représente 95,7 % du PIB, c’est même devenu une urgence nationale. Certes, les taux d’intérêt, exceptionnellement bas, nous masquent la gravité de la situation. Mais, à force de dépenser plus que nous produisons, donc de vivre au-dessus de nos moyens, nous nous endettons toujours davantage, ce qui, en cas de nouvelle crise financière mondiale, nous mettra en danger, voire, un jour, en situation de faillite.

    Enfin, le chômage restera massif en France tant que ne sera pas desserré l’étau du droit du travail et des dispositifs antilicenciement qui, avec la bonne intention de protéger l’emploi, finissent par le tuer. Au lieu de nous crisper sur notre modèle social de chômage de masse qui fabrique malheur et pessimisme, nous n’avons pas d’autre solution que de nous inspirer de ce qui marche chez nos partenaires : c’est une honte historique que de laisser 2 millions de jeunes végéter hors sol, sans emploi ni formation ; il faut les sortir de là. Telle était la raison d’être de la loi El Khomri première version qui s’imposait et qu’ont récusée... les militants petits-bourgeois de Nuit debout !

    Il faut leur pardonner, ils ne savent pas ce qu’ils disent. Pour s’en convaincre, il suffit de les écouter. Mais ce n’est pas grave, il faut que jeunesse se passe. Un jour, ils seront à leur tour grands patrons ou élus socialistes comme leurs ancêtres trotskistes. En attendant, l’emploi des sans-grade de leur génération est le dernier de leur souci.

    La morale de cette histoire, c’est que, pour faire passer ces trois réformes et quelques autres, le prochain président devra avoir la main sûre et prompte, quitte à faire donner le 49-3, afin de ne pas se laisser embourber dans le statu quo. L’Histoire l’a démontré : tout nouveau pouvoir n’a guère plus de trois mois pour imposer son changement. Pour ne l’avoir pas compris, Jacques Chirac a raté le début de son quinquennat en 2002, tout comme Nicolas Sarkozy en 2007 ou François Hollande en 2012. Moyennant quoi on sera en droit de considérer comme un menteur ou un imposteur tout candidat qui prétendra changer le pays sur cinq ans, en prenant son temps et en recherchant un consensus.


  • Ce n’est pas assez ! Une blague de mauvais goût !
    Le casino veut l’argent des retraites des grecs

    Selon les créanciers, l’État grec est encore trop généreux avec ses retraités. Selon le FMI, les retraites représentent 17 % du PIB du pays. 

    Le peuple grec est esquinté par tout ce que M Tsipras a accepté comme « réformes » imposées par le Casino de la Finance.

    Les « réformes » ont permis aux conglomérats financiers de mettre la main sur les infrastructures du pays, les ressources naturelles et autres services publics pour une bouchée de pain.

    Mais ce n’est pas assez.

    Cette « hyper-classe » d’un nouveau genre méprise tous les jours un peu plus les humains et vénère tous les jours un peu plus l’argent.

    Ils on tout l’argent du monde ? Ils ont tout le pouvoir du monde ? Ils ont tous les emplois du monde ? Ils ont tout le pétrole du monde ? Ils ont tout l’or du monde ?

    Oui. Mais ce n’est pas assez.

    Pourquoi le vieillard dispose-t-il encore d’une pension ? Pourquoi ?

    Alors qu’il est inutile pour la société…

    Les robots eux sont tellement mieux. Ils ne rouspètent pas. Travaillent 24 heures sur 24. L’amortissement est rapide et quand on n’en veut plus, on le jette. On en prend un autre plus performant et plus rentable.

    L’humain lui vieillit. Consomme. Tombe malade. Bref, il a un coût même et surtout quand ses performances régressent…

    Du GASPILLAGE !

    Bon donc il faut récupérer coûte que coûte ces milliards des caisses de pension aujourd’hui en Grèce, demain en France ou en Suisse.

    Le Casino et ses génies de la finance veulent TOUT.

    La perversité va loin puisque l’on vous confisque vos services publics, patrimoines nationaux et autres impôts (y c TVA) puis on vous
    reproche de ne pas être en croissance.

    Une blague de mauvais goût !

    Le Casino et ses génies ont juste oublié que c’est par Dieu sait quels mécanismes inavouables, ils se sont retrouvés avec le droit d’inonder la planète avec une monnaie qu’ils créent sans qu’ils n’aient la moindre contrepartie à offrir. Une monnaie qu’ils créent grâce aux dettes des pauvres clients, pigeons pour l’occasion. Une création monétaire ex nihilo servie par des gouvernants sur un plateau d’argent.

    Le Casino et ses génies ont eu aussi par un autre miracle l’exclusivité de créer les colossales dettes publiques en partant du NEANT ! Là aussi certains gouvernants des démocraties ont piégé leurs propres électeurs…

    Enfin, le Casino et ses génies ont eu un autre privilège seigneuriale qui est de faire payer leurs déboires par des citoyens tellement trahis par leur entourage qu’ils ont consenti à les financer…

    Ces 3 privilèges totalement indus mettent les Grecs dans une situation de détresse financière, économique, politique et psychologique indescriptible. Et ce n’est pas fini parce que le plan de « réformes » d’ores et déjà admis est une spirale qui ne peut rétablir une quelconque santé économique. Tout le monde le sait mais…

    Ces 3 privilèges ont en revanche rendu le casino et ses génies immensément riches, infiniment riches mais… aussi immensément despotiques et infiniment inhumains.

    #casino_financier, #FMI, #Grece, #Hyper_Classe, #Liliane_Held-Khawam #BFM_econoclastes #retraite #escroquerie #banque #finance #bfm_econoclastes #casino

    Source : http://leseconoclastes.fr/2016/01/le-casino-veut-largent-des-retraites-des-grecs


  • L’agriculture en Algérie favorisée par le climat, l’équilibre des précipitations...
    https://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article2719

    L’embellie dans l’agriculture algérienne, l’une des régions de la méditerranée qui fait des envieux pour son climat, a été amorcée dès la fin de la 1ère décennie du 3ème millénaire. Selon le quotidien El-Watan, du 20 janvier 2016, le pays compte se départir de l’importation du blé et des viandes rouges, avec cette saison dont la pluviométrie est des plus équilibrées. Djelfa aux portes du Sahara en Algérie par Populi-S Et le ministère algérien de l’agriculture, son secteur qui représente 10 % du PIB du pays, (...)

    développement durable, préservation, richesse nationale, population, activité, synergie, perspective.

    / #crise,_capitalisme,_économie,_justice,_Bourse, #économie,_politique,_arts,_corruption,_opposition,_démocratie, Afrique, Monde Arabe, islam, Maghreb, Proche-Orient,, Maghreb, Algérie, Tunisie, (...)

    #développement_durable,préservation,_richesse_nationale,_population,_activité,_synergie,_perspective. #Afrique,_Monde_Arabe,_islam,_Maghreb,_Proche-Orient, #Maghreb,_Algérie,_Tunisie,_Maroc,_Libye,_Africa,_population,_société


  • L’agriculture en Algérie favorisée par le climat, l’équilibre des précipitations...
    http://www.argotheme.com/organecyberpresse/spip.php?article2719

    L’embellie dans l’agriculture algérienne, l’une des régions de la méditerranée qui fait des envieux pour son climat, a été amorcée dès la fin de la 1ère décennie du 3ème millénaire. Selon le quotidien El-Watan, du 20 janvier 2016, le pays compte se départir de l’importation du blé et des viandes rouges, avec cette saison dont la pluviométrie est des plus équilibrées. Djelfa aux portes du Sahara en Algérie par Populi-S Et le ministère algérien de l’agriculture, son secteur qui représente 10 % du PIB du pays, (...)

    développement durable, préservation, richesse nationale, population, activité, synergie, perspective.

    / #crise,_capitalisme,_économie,_justice,_Bourse, #économie,_politique,_arts,_corruption,_opposition,_démocratie, Afrique, Monde Arabe, islam, Maghreb, Proche-Orient,, Maghreb, Algérie, Tunisie, (...)

    #développement_durable,préservation,_richesse_nationale,_population,_activité,_synergie,_perspective. #Afrique,_Monde_Arabe,_islam,_Maghreb,_Proche-Orient, #Maghreb,_Algérie,_Tunisie,_Maroc,_Libye,_Africa,_population,_société


  • 2016 s’ouvre sur une tempête boursière

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/01/16/2016-s-ouvre-sur-une-tempete-boursiere_4848496_3234.html

    On prévoyait 2016 volatile, instable, incertaine. Pas à ce point. Deux semaines à peine après le début de l’année, on peut dire qu’elle est, pour l’heure, catastrophique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le CAC 40 est en recul de 9,21 % depuis le 1er janvier, alors qu’il avait progressé de 8,5 % en 2015. Le DAX allemand s’effondre de 11,15 % et le Footsie britannique, de 7,02 %…

    Chaque nouvel événement témoigne de la très grande nervosité des investisseurs. Ainsi de la mésaventure de Renault, dont le titre a dévissé de 10,2 % en Bourse, jeudi 14 janvier, sur fond de craintes de scandale à la Volkswagen.

    Aucune région du monde n’est épargnée. L’affaissement est le même outre-Atlantique, où le Dow Jones glisse de 8,25 %, tandis que le Nasdaq perd 10,36 %. « Les indices américains ont complètement craqué », indiquaient les analystes d’Aurel BGC après une nouvelle dégringolade, mercredi.

    Même scénario pour les places boursières des pays émergents, du Brésil à la Russie en passant par la Chine. Si l’on regarde depuis 2000, les oscillations des courbes font penser à un « encéphalogramme qui se serait emballé, s’agitant de plus en plus vite à la hausse ou à la baisse », soulignait, mardi, Agustin Carstens, le gouverneur de la Banque du Mexique.

    Quant au VIX, le fameux « indice de la peur », qui mesure la volatilité à venir du marché à travers les options d’achat ou de vente placées sur le S&P 500, il a connu un nouvel accès de fièvre cette semaine, à plus de 25 points, (...).

    Les milliards très instables des banques centrales

    Elles tiennent l’économie à bout de bras depuis des mois et, pourtant, les banques centrales sont aujourd’hui en partie responsables des turbulences enregistrées sur les Bourses. Et cela, en raison de l’incroyable quantité de liquidités que la Réserve fédérale (Fed) aux Etats-Unis, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon ou encore la Banque centrale européenne ont injectée sur les marchés depuis 2009, notamment en rachetant des dettes publiques ou privées. Leur objectif ? Eviter le effondrement des marchés, au départ, puis tenter de relancer la machine économique.

    Aujourd’hui, ces liquidités représentent 30 % du PIB mondial, contre 6 % à la fin des années 1990. Une augmentation phénoménale qui a deux conséquences. La première est que les marchés sont devenus accros à cet argent facile. L’idée de voir le robinet se tarir les angoisse. La remontée des taux directeurs de la Fed, amorcée en décembre 2015, qui sera suivie, dans quelques années, de l’épongement des liquidités injectées par l’institution, les rend donc terriblement nerveux.

    Mais il y a pire. Car ces liquidités, naturellement, se placent là où les rendements sont les plus élevés. C’est-à-dire sur les Bourses émergentes, les actions des nouvelles technologies, ou encore les obligations d’entreprises... « A la moindre alerte, les milliards se déplacent sans crier gare, dans un sens ou dans l’autre, sans discernement », explique Patrick Artus, chef économiste chez Natixis, dans La Folie des banques centrales (Fayard, 168 pages, 15 euros, coécrit avec la journaliste Marie-Paule Virard). « Les instituts monétaires jouent les pousse-au-crime. »

    Les sommes en jeu sont si énormes que chaque départ provoque des mini-krachs, en particulier sur les Bourses ou, ces derniers mois, sur les monnaies des pays émergents, comme le rouble ou le real brésilien. A l’inverse, elles contribuent à la formation de bulles spéculatives là où elles s’investissent en masse... Autant dire que l’extrême volatilité observée sur les marchés ces derniers jours n’est probablement qu’un avant-goût de ce qui nous attend en 2016.

    Le baril à moins de 30 dollars

    Rappelons cependant que la prévision est un art difficile. En témoigne le pétrole. En 2015, le baril pourrait coûter 380 dollars (348 euros), avaient avancé les économistes Patrick Artus et Moncef Kaabi en 2005 dans une étude de la banque Ixis-CIB. Compte tenu de la hausse de la consommation mondiale et du manque de réserves, ils jugeaient alors « totalement déraisonnables » les hypothèses selon lesquelles le baril pourrait retomber entre 30 et 40 dollars à l’horizon de dix ans.

    Raté. Le baril de WTI, le pétrole américain qui sert de référence mondiale, s’est échangé à seulement 49 dollars en moyenne en 2015. Et sa baisse ne cesse de s’accentuer. Il est tombé à 29,73 dollars, vendredi 15 janvier, à New York. Le baril de brent de la mer du Nord chutait au même moment à 29,30 dollars, son plus bas cours depuis février 2004.

    Aucun rebond spectaculaire n’est attendu à court terme. La situation pèse sur la Bourse : si ce contre-choc donne de l’oxygène aux consommateurs d’or noir, il pénalise violemment les pays producteurs, et toute l’importante filière pétrolière. En France, il soumet Total, Vallourec, Technip, CGG à rude épreuve.

    Autre défi : la révolution du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis a provoqué une surabondance d’hydrocarbures. Aujourd’hui, le marché croule sous le pétrole, qu’il vienne des Etats- Unis, de Russie, de l’Arabie saoudite, qui laisse ses vannes grandes ouvertes, ou encore d’Iran. Avec la levée imminente des sanctions occidentales contre Téhéran, le pays va pouvoir relever son offre pour exporter. La demande, elle, reste freinée par le manque de tonus de nombreuses économies, dont la Chine.

    Le scénario noir d’un yuan en chute libre

    Bien qu’elle soit créancière nette du reste du monde, la Chine a un problème financier sérieux, manifeste dans la dégradation de ses comptes extérieurs. Après avoir vu affluer pendant des années une partie des liquidités alimentées par les banques centrales des pays industrialisés, Fed en tête, elle se trouve confrontée depuis un an à des sorties massives de capitaux, de l’ordre de 100 milliards de dollars par mois.

    Cette inversion des flux de capitaux complique la gestion de ses réserves de change. Celles-ci, en baisse de 10 %, s’élevaient encore, en décembre 2015, à 3 300 milliards de dollars, ce qui représente vingt mois d’importation. Ce matelas n’est confortable qu’en apparence : car, pour soutenir le cours de sa monnaie qui se déprécie, la banque centrale puise dans ses réserves. Cette situation ne peut pas s’éterniser.

    Le manque de transparence de la politique de l’institution et les hésitations chinoises en matière de change ont accentué la volatilité mondiale. Les marchés craignent désormais que, pour avancer sur le terrain de la libéralisation financière en ouvrant ses marchés de capitaux, et pour éviter un atterrissage brutal de l’économie, Pékin n’opte pour une baisse de sa monnaie.

    Les réserves de change chinoises fondent

    Elles ne cessent de baisser. Fin novembre, les réserves de change chinoises sont tombées à 3 438 milliards de dollars, à leur plus bas niveau depuis trois ans. Et pour cause : ces derniers mois, la banque centrale de Chine (PBOC) est massivement intervenue pour soutenir sa monnaie, le yuan.

    Pour éviter que celui-ci ne se déprécie trop rapidement, notamment face au billet vert, elle a massivement acheté des dollars sur les marchés de change, puisant ainsi dans ses réserves. En abaissant régulièrement, depuis l’été dernier, le cours pivot autour duquel le yuan peut évoluer de 2 %, la PBOC tente d’accompagner la baisse de sa devise en limitant le recours à ses réserves. Mais les experts y ont également vu une façon d’amadouer le Fonds monétaire international, afin qu’il intègre le yuan au panier de devises constituant son unité de compte.

    Jusqu’alors, les autorités chinoises ont dépensé des fortunes pour éviter une forte dépréciation du change. « Le problème, analyse M. Artus, est que cet ajustement lent de la devise amplifie les sorties de capitaux. » D’où la crainte des marchés d’un changement de pied. « Ils se disent que les autorités chinoises pourraient de façon plausible s’engager dans une dépréciation importante, et cela serait un choc dont n’ont absolument pas besoin les économiques occidentales », a déclaré, vendredi à l’AFP, Didier Saint-Georges, de la société de gestion Carmignac.

    « Le scénario catastrophe serait de laisser flotter le renminbi. Car il ferait une chute libre de 15 % à 20 %, et ce serait un choc colossal pour l’économie mondiale », confirme M. Artus. Compte tenu du poids de la Chine dans l’économie mondiale (18 % du PIB et 14 % de ses exportations), une telle crise aurait des répercussions planétaires et aggraverait les difficultés des pays émergents exportateurs de matières premières.

    Les toussotements de la machine américaine

    Et si le vent tournait aussi aux Etats-Unis ? Deux indicateurs économiques sont venus renforcer, vendredi 15 janvier, le sentiment que l’économie américaine ne pourrait peut-être pas rester immunisée très longtemps contre le ralentissement mondial.

    La consommation des ménages, qui représente 70 % de l’activité économique aux Etats-Unis, commence à montrer des signes d’essoufflement. Jusqu’à présent, elle représentait une sorte de rempart aux vents contraires que constituent la force du dollar et le ralentissement de la demande extérieure. Mais, en décembre 2015, les ventes de détail ont baissé de 0,1 % par rapport à novembre, selon les chiffres du Département du commerce. Sur un an, la progression n’est que de 2,1 %, la plus fragile depuis le début de la reprise, il y a six ans. Malgré les gains de pouvoir d’achat dus à la faiblesse des prix de l’essence, les Américains achètent moins d’appareils électroniques (–0,2 %), de produits alimentaires et de boissons (– 0,3 %) ou encore de vêtements (– 0,9 %).

    L’annonce, le même jour, par Wal-Mart, le plus gros employeur du pays, de la fermeture de 154 magasins aux Etats-Unis et de la suppression de 10 000 emplois n’a guère rassuré. Par ailleurs, les ventes de Macy’s ont baissé de 4,7 % sur les deux derniers mois de 2015 et celles de Gap, de 5 %. Les deux enseignes ont également prévu des fermetures de magasins. Même tendance chez Best Buy, le leader des produits électroniques, avec un recul de 1,2 %.

    L’autre voyant qui vire au rouge, c’est l’industrie. La production a décliné en décembre de 0,4 %. Il s’agit du troisième mois consécutif de baisse. Sur un an, l’activité dans le secteur industriel s’est contractée de 1,8 %, un chiffre qui n’avait plus été enregistré depuis 2009.
    Le président de la Réserve fédérale de New York, William Dudley, a déclaré vendredi qu’il s’attendait à « un quatrième trimestre [2015] faible du côté de la croissance ». La première estimation sera publiée le 29 janvier.