company:verso

  • Penser « la nature et la société » face à la catastrophe climatique (ou : le procès de Bruno Latour)
    https://www.cairn.info/revue-zilsel-2019-1-page-367.htm
    À propos d’#Andreas_Malm, The Progress of This Storm : Nature and Society in a Warming World, Londres, Verso, 2018, 248 pages

    L’une des tares de l’« hybridisme » est de brouiller ces pistes. C’est pourtant une bannière sous laquelle une bonne partie de la théorie sociale actuelle est produite, déplore Malm. Et, selon lui, #Bruno_Latour est « la source d’inspiration principale de cette façon de penser », de ce « dissolutionnisme » qui « proclame que la société et la #nature sont devenues impossibles à distinguer parce qu’elles sont en fait une seule et même chose » (p. 44-46). Avec cette incrimination commence le procès de Latour dans The Progress of This Storm, en tête de la cohorte de ces théoriciens pour lesquels, semble-t-il, « il n’y a pas d’extase plus élevée que la dissolution des dualismes » (p. 185). Cette tendance s’exprime notamment sous la forme d’un anti-cartésianisme. Mais en réalité, ce rejet est superficiel, car Malm décèle dans l’hybridisme les traces fatales d’« une forme extrême de dualisme » de la substance – puisque c’est la conception d’une radicale différence de la nature et de la société qui interdit à Latour et consorts d’envisager leur coexistence. Ergo, « l’hybridisme est au cartésianisme ce que les cigarettes électroniques sont aux cigarettes » (p. 51).

    Il faut donc l’abandonner, au profit d’un « monisme de la substance » et d’un « dualisme des propriétés » permettant de penser les relations de dépendance et les différences entre des entités présentant une certaine communauté de substance, mais des propriétés différentes. Le fait que l’arbre se nourrit de la terre et dépérit sans elle n’oblige pas à les confondre ; de même, le fait que la société ne peut se déployer hors de la nature n’empêche pas de reconnaître qu’« elle s’est ramifiée dans d’innombrables directions dans le cours de ce que nous appelons l’histoire » (p. 52-59). Car si « les propriétés sociales dépendent, en dernière instance des propriétés naturelles », leur caractère émergent implique qu’elles ne peuvent être réduites aux propriétés naturelles des entités qui les supportent. Face à une marée noire ou au « trou » dans la couche d’ozone, la pensée véritablement écologique implique ainsi de reconnaître que « tout est connecté », mais aussi que les relations de production à leur origine « sont matérielles et sociales et non naturelles » (p. 63-70). Ainsi, « le changement climatique n’est pas construit mais provoqué [not built but triggered]. Le climat n’est pas créé mais changé, débloqué, perturbé, déstabilisé [changed, unhinged, disrupted, destabilised]. » Le choix des mots importe ici, et Malm appelle à oublier le lexique de l’hybridisme, qui conduit à considérer « qu’il n’y a rien de qualitativement différent entre le processus de la photosynthèse et celui de négociations climatiques à l’ONU », au profit de celui de l’articulation : il est important en effet de pouvoir considérer la façon dont les configurations sociales, par exemple celles qui sont au principe de l’économie fossile, s’articulent (« combine ») avec des processus naturels qu’elles ne peuvent pas modifier (p. 73-74).

    Pour Malm, l’aspect intentionnel des activités humaines les différencie de façon essentielle des processus (simplement) naturels. Il y a donc un risque important à succomber au charme des sirènes du « nouveau matérialisme », qui met en valeur l’« agentivité » de la matière inanimée (par exemple celle des fleuves, des espèces chimiques ou des forces géophysiques). Cette focalisation a en effet entraîné certains auteurs à se passer de la distinction entre une action intentionnelle et « la [simple] production d’une différence dans un état de fait » – pour reprendre la définition donnée par Latour de cette « agentivité ». Cette option analytique n’est pas seulement à contre-courant du sens pratique commun, elle est aussi invalidée par un vaste corpus de philosophie de l’action, auquel Malm consacre quelques pages. Pour ce qui concerne le changement climatique, notamment, il importe de distinguer les choix effectués par certains collectifs humains au cours de leur histoire (et les intentions à leur origine) des processus constitutifs du système climatique : en l’occurrence, ce qui est en cause dans le réchauffement actuel, ce sont bien les activités humaines, « le reste n’est que conséquences [physico-chimiques] » (p. 108). L’autre problème, crucial dans la perspective activiste de Malm, est que la dissolution de l’intentionnalité humaine fond dans la masse (celle des « agents ») les responsables aux manettes de l’économie fossile : pour lui, la dissertation sur l’agentivité du charbon, par exemple, produit un écran de fumée coupable, car nuisant à l’analyse des décisions politiques, économiques, industrielles, etc. que l’on peut estimer aujourd’hui à l’origine du changement climatique (p. 98-99, 111-112). Pour Malm, c’est d’autant plus incompréhensible que certains acteurs clés de cette histoire ne cachent pas du tout les intentions qui les animent. L’exemple de Rex Tillerson, 41 ans de service dans l’industrie pétrolière, à la Maison-Blanche auprès de Donald Trump (jusqu’à son limogeage en mars 2018), est édifiant : « ma philosophie [sic] c’est de faire de l’argent. Si je peux me faire de l’argent en forant, c’est ce que j’ai envie de faire » (cité p. 106).

    Malm souligne aussi que face à ce type d’acteurs (et à leurs réseaux), responsables de la « violence irrationnelle » consistant à persister dans l’exploitation du charbon, ou dans l’extension des infrastructures au service des automobiles ou de l’aviation, l’abandon de toute référence à l’idéal de vérité scientifique, au profit d’une analyse de la « robustesse » dérivée de la puissance intéressée d’acteurs (et d’actants) alliés, constitue une expérience heuristique politiquement néfaste. Il est difficile, remarque l’historien, d’établir aujourd’hui que l’accumulation, la solidification et la diffusion des données climatologiques ont affaibli les climatosceptiques. Dans ces conditions, nier la spécificité du discours scientifique aurait plutôt tendance à faciliter encore la propagande de ces derniers. Autrement dit, l’aplanissement relativiste du champ de bataille est un handicap qui rend très incertaine l’issue de la confrontation plus directe à laquelle appelle Latour, en exhortant les climatologues (et leurs alliés) à assumer davantage la robustesse et la puissance de leurs assemblages scientifico-politiques. À son relativisme, Malm oppose un « réalisme épistémologique du climat », qu’il présente à travers dix thèses soulignant la déconnexion analytique du couple puissance-vérité (« might/right »), l’indépendance des objets du savoir vis-à-vis des moyens de la connaissance humaine, mais aussi l’importance politique des discours sur la nature (p. 126-133)

    Aux yeux de Malm, l’inconséquence politique des options théoriques prônées par Latour – son relativisme, son fétichisme, son hobbésianisme augmenté (« hobbesianism-plus-things »), etc. – est énorme. Ces options trouvent en outre un écho suspect dans certaines de ses déclarations (e. g. « don’t focus on capitalism ») et certains de ses compagnonnages (par exemple avec le Breakthrough Institute). L’animosité envers « ce bienveillant centriste français » est clairement exprimée, et il n’est pas exclu qu’elle ait été motrice pour la réflexion de Malm. Mais, s’il est souvent très personnalisé, le procès intenté à Latour lui permet surtout de passer en revue un certain nombre de travers de la théorie contemporaine, qu’il estime incompatible (au mieux) avec la critique de l’économie fossile et l’identification des foyers du pouvoir capitaliste qui la soutiennent.


  • Critique de la critique critique du livre ’Conversations entre Adultes’ de Yanis Varoufakis
    http://www.cadtm.org/Critique-de-la-critique-critique-du-livre-Conversations-entre-Adultes-de-Yani

    Dans le monde anglo-saxon de gauche, le livre Conversations entre Adultes [1] (Adults in the Room) de Yanis Varoufakis a suscité des critiques tout à fait intéressantes de la part d’Adam Tooze dans The New York Review of Books (« A Modern Greek Tragedy »), de J.W. Mason dans Boston Review (« Austerity by Design »), de Pavlos Roufos dans The Brooklyn Rail (« Inside the Disenchanted World of Left Keynesianism »), de Helena Sheehan dans Jacobin (« Closed Rooms and Class War »), notamment. De mon côté j’ai également rédigé une critique de ce livre important sous la forme d’une série qui a été publiée sur le blog de la maison d’édition anglophone Verso. Adam Tooze s’y est référé dans sa synthèse critique des critiques (« Europe’s Political Economy : Reading Reviews of Varoufakis’s Adults in the Room ») et Yanis Varoufakis a répondu sur son blog à une série de critiques dont la mienne. Ces échanges ont mis en avant une série d’arguments qui méritent d’être discutés. Voilà pourquoi j’ai rédigé cet article « Critique de la critique critique du livre Conversations entre Adultes de Yanis Varoufakis ». Il faut également dire que j’ai été fortement encouragé par Sebastian Budgen de la maison d’édition Verso qui a souhaité que je contribue à la discussion en cours. Je l’en remercie.

    Comme l’écrit Adam Tooze dans son indispensable synthèse des critiques, le débat autour du livre témoignage de Yanis Varoufakis renvoie à l’économie politique de l’Europe et notamment aux questions : comment sortir des politiques néolibérales qui dominent l’histoire du « vieux continent » depuis des décennies ? Quelle stratégie adopter ?

    Article repris par : https://www.les-crises.fr/critique-de-la-critique-critique-du-livre-conversations-entre-adultes-de-

    #dette #Grèce #Syriza #troïka #Union_Européenne



  • Double U.S. Book Launch of Duty Free Art and Supercommunity
    https://www.guggenheim.org/event/double-u-s-book-launch-of-duty-free-art-and-supercommunity

    C’est @fil qui me transmet une référence empreinte d’un gran mystère... Mais quand on voit Duty Free dans le titre, nous, on dégaine !

    Double U.S. Book Launch of Duty Free Art and Supercommunity
    January 24, 2018, 6:30 pm
    Solomon R. Guggenheim Museum

    In collaboration with e-flux and Verso Books, the Guggenheim presents the U.S. launch of two recent Verso publications: Hito Steyerl’s Duty Free Art: Art in the Age of Planetary Civil War, a new volume of essays by the writer, filmmaker, and artist; and Supercommunity: Diabolical Togetherness Beyond Contemporary Art, a collection of essays, poems, short stories, and plays by artists and theorists selected from the eponymous 88-text issue of e-flux journal commissioned for the 56th Venice Biennale. The evening will feature Steyerl in conversation with media theorist Wendy Hui Kyong Chun, a presentation by artist and Supercommunity contributing author Liam Gillick, and a one-act play by co-editors Julieta Aranda and Brian Kuan Wood.

    #art #duty_free #dfs



  • NYC Artists Endorse Cultural Boycott of Israel at Brooklyn Event
    http://blog.palestine-studies.org/2015/12/01/artists-endorse-cultural-boycott-of-israel-at-brooklyn-event

    On a chilly New York City night, roughly 400 mostly young people crowded into the offices of the progressive publishing house, Verso Books, in the Brooklyn neighborhood of Dumbo. With its avant-garde vibe, the space was the perfect site for Adalah-NY’s “Palestine Calling,” billed as a launch party "to amplify the cultural boycott of Israel… Source: Palestine Square