• #Canicule : la #charge_écologique pèse lourdement sur les #femmes

    Alors que la France traverse une canicule historique, les appels à adapter nos modes de vie s’intensifient. Mais les #écogestes reposent de manière disproportionnée sur les épaules des femmes rappelle une étude de la Fondation Jean-Jaurès, jusqu’au #risque_de_décrochage.

    Avec la canicule, impossible d’accueillir les enfants dans près de 2000 #écoles en France… Et ce sont majoritairement les femmes qui vont les garder à la maison sous des températures éprouvantes. Un #poids de plus sur leurs épaules.

    Depuis que les températures record rappellent l’urgence climatique, les appels à « #faire_des_efforts » pour la planète se multiplient. Mais derrière ces #injonctions, une réalité invisibilisée : ces efforts reposent encore très majoritairement sur les femmes. C’est ce que met en lumière une étude de la Fondation Jean-Jaurès, menée avec L’ObSoCo et Citeo, publiée le 25 juin 2026.

    #Argent, #temps, #équipement : ce sont généralement les obstacles invoqués avant d’entreprendre des efforts d’#adaptation. Pourtant, l’analyse menée par Diane Blanchard, Marie Gariazzo (L’ObSoCo) et Rozenn Nardin (Citeo) lève le voile sur un angle mort majeur de cette transition : l’#éco-citoyenneté se traduit trop souvent par un surcroît de #travail_domestique invisible majoritairement pris en charge par les femmes.

    #Fatigue

    Faire ses produits ménagers, acheter en vrac, cuisiner davantage ou encore gérer le tri et le compost demandent une #organisation complexe et chronophage. Résultat : une #fatigue_écologique s’installe. Certaines femmes interrogées évoquent un sentiment d’#épuisement, voire de #décrochage.

    « C’est très bien le #do-it-yourself, mais qui prend l’initiative de cela ? […] La question environnementale, c’est une #charge supplémentaire dans la besace de la #charge_mentale et dans les #tâches_domestiques pour les femmes. » note Amandine Clavaud, directrice de l’Observatoire égalité femmes-hommes à la Fondation Jean-Jaurès.

    Injonctions et #culpabilité

    L’étude décortique les #conditions_psychologiques dans lesquelles s’implantent ces nouvelles pratiques : « les hommes et les femmes rencontrés évoluent dans un univers saturé d’attentes, d’exigences et de rôles à tenir ». Les femmes sont face à une accumulation d’#injonctions : être une bonne mère, une professionnelle investie, et désormais une consommatrice exemplaire sur le plan environnemental

    Beaucoup des participantes décrivent un sentiment de fatigue, voire d’épuisement. Elles disent avoir l’impression que leurs #efforts ne sont jamais suffisants. Cette culpabilité est renforcée par une #inquiétude réelle face au dérèglement climatique, particulièrement chez les #mères qui associent directement la dégradation de l’environnement à l’avenir de leurs enfants.

    Répartition inégale

    L’étude montre que les écogestes sont loin d’être répartis équitablement au sein des couples. Les femmes réalisent encore majoritairement les #courses alimentaires, choisissent les produits, surveillent les emballages, organisent les repas et gèrent le tri des déchets. Elles sont aussi les premières à initier de nouvelles pratiques plus durables : achats en vrac, fabrication de produits ménagers, réduction des déchets ou compostage.

    Selon les données citées, 72 % des femmes déclarent s’occuper principalement des courses alimentaires, contre seulement 42 % des hommes.

    Travail invisible des femmes

    Et cette implication reste largement invisible. Les familles disent volontiers « on » « on trie », « on mange bio ». Les autrices analysent que « ce « on » ne révèle rien du « qui fait quoi ? » et agit comme un facteur de minimisation du rôle de chacun ». Derrière cette illusion de partage, elles tranchent : « derrière le « on est écolo », c’est souvent le #travail_invisible des femmes qui en est à l’origine. Les entretiens montrent que beaucoup de femmes minimisent elles-mêmes cette différence avant de reconnaître qu’elles sont celles qui pensent au compost, surveillent le tri ou rappellent les consignes au reste de la famille.

    Politique des écogestes

    L’étude insiste sur un point clé : la #transition_écologique ne pourra pas reposer uniquement sur les efforts individuels, et encore moins sur ceux des femmes.

    Le développement du #réemploi, par exemple, suppose une réorganisation complète du quotidien -stocker, rapporter, laver les contenants. Cette #réorganisation nécessite une réflexion sur le partage des tâches au sein des familles mais aussi et surtout sur les infrastructures avec des points de collecte accessibles, des services adaptés. Faute de quoi, ces nouvelles pratiques risquent d’aggraver les déséquilibres existants et d’être impossibles à faire tenir sur la durée.

    https://www.lesnouvellesnews.fr/canicule-la-charge-ecologique-pese-lourdement-sur-les-femmes
    #genre

    • L’#écologie du #quotidien : les femmes en première ligne

      Alors que la France connaît une canicule historique, force est de constater que l’écologie du quotidien se heurte à un triptyque structurant : argent, temps, équipement. Mais à ces marqueurs sociaux et économiques s’ajoute un angle mort : celui du genre. À partir d’entretiens qualitatifs, Diane Blanchard, cheffe de projet à L’ObSoCo, Marie Gariazzo, directrice à L’ObSoCo, et Rozenn Nardin, directrice innovation et anticipation à Citeo, montrent que la charge écologique repose principalement sur les femmes dans les ménages, accentuant les inégalités femmes-hommes, la fatigue, voire le décrochage.

      https://www.jean-jaures.org/publication/lecologie-du-quotidien-les-femmes-en-premiere-ligne
      #rapport

  • In Calabria c’è anche chi aiuta i lavoratori migranti

    Nella stessa zona in cui quattro braccianti sono stati bruciati vivi, alcune aziende e associazioni hanno trovato un modo per togliere potere ai caporali

    Sulla costa jonica nel nord della Calabria, dove il primo giugno quattro braccianti migranti sono stati bruciati vivi in un minivan, ci sono anche aziende agricole che assumono i lavoratori con contratti regolari e condizioni di lavoro dignitose. Provvedono alla casa e al trasporto, in modo da evitare che si rivolgano a caporali, cioè persone che fanno da intermediari per ingaggiare i braccianti, sfruttarli e trattenere parte della loro paga. Li assumono andandoli a cercare soprattutto nella baraccopoli di San Ferdinando, nella piana calabrese di Gioia Tauro, o in quelle pugliesi di Borgo Mezzanone e di Rignano.

    Queste aziende riescono a lavorare nella legalità grazie a un progetto che si chiama #Spartacus, ideato dall’associazione #Giuste_Terre e finanziato da alcune fondazioni e dai soldi dell’#8_per_mille versati alla #Chiesa_valdese. «Cerchiamo di far assumere il più possibile le persone legalmente e di garantire ai braccianti la possibilità di avere un alloggio, perché se continuano a vivere nei ghetti o alle dipendenze dei caporali è tutto inutile», dice il responsabile del progetto Gianantonio Ricci.

    Ricci dice che in un anno sono riusciti a far assumere 180 persone che vivevano a Borgo Mezzanone o a #San_Ferdinando, tirandole fuori dai ghetti e sottraendole al caporalato.

    Secondo uno studio del CNR (Consiglio nazionale delle ricerche, il più importante ente pubblico che si occupa di ricerca), nelle campagne calabresi 12mila migranti sono «impiegati in condizioni di irregolarità». I caporali riescono a tenere sotto controllo i braccianti perché si occupano di tutto al posto loro, offrendo insieme al lavoro una casa e il trasporto: i lavoratori migranti spesso non hanno alternative.

    Gli ideatori del progetto Spartacus allora hanno pensato che per contrastare il caporalato avrebbero dovuto fare lo stesso, ma in maniera legale e offrendo un servizio migliore. «La prima cosa che facciamo è costruire un ponte tra i braccianti e le aziende virtuose, garantendo contratti regolari», dice Ricci. Poi «cerchiamo gli alloggi: poiché quasi nessuno affitta agli africani, prendiamo noi le case in locazione e le paghiamo». Infine, «gestiamo i trasporti al posto dei caporali: abbiamo dei pulmini con autisti scelti tra gli stessi lavoratori, che collegano le abitazioni ai campi».

    Gli attivisti forniscono anche assistenza legale ai migranti, aiutandoli a ottenere permessi di soggiorno e altri documenti, e ad aprire conti bancari dove possono farsi accreditare lo stipendio. «Finché non ricevono il primo pagamento e possono fare la spesa da soli, gli portiamo pure da mangiare», spiega Maria Teresa Sita, un’attivista di Giuste Terre.

    L’azienda più grande che ha aderito al progetto Spartacus si trova a #San_Marco_Argentano, un piccolo comune dell’entroterra. Si chiama #Gias e ha più di tre chilometri quadrati di terreni, 20mila piante di melograno, alcune migliaia di piante di nocciole che coltiva per la Ferrero, piantagioni di ortaggi, e un impianto di trasformazione dei prodotti e di produzione di surgelati. Nei picchi di raccolta impiega fino a un migliaio di lavoratori stagionali. Ha reclutato alcune decine di braccianti nei ghetti calabresi e pugliesi, affiancati nel lavoro da altri dipendenti dell’azienda che insegnano loro il mestiere.

    «Vogliamo non solo dare loro un lavoro dignitoso e in regola, ma anche spiegare le tecniche di potatura e formare degli operai specializzati», spiega Angelo Eliseo, l’agronomo che gestisce i terreni.

    Hanno sistemato sette braccianti in una piccola abitazione su un piano all’ingresso dei campi, che hanno ristrutturato: ci sono una cucina attrezzata, un bagno e due camere spaziose. Gli altri sono alloggiati in un’altra casa, più distante. Molti di loro provengono dall’Africa subsahariana.

    Frank Williams ha 26 anni, dice di essere arrivato in Italia dal Camerun «con la barca», nel 2023. Fino a tre mesi fa viveva nel Centro di accoglienza per richiedenti asilo (CARA) di Borgo Mezzanone, in provincia di Foggia. Walid (non ha detto il cognome) invece è arrivato un mese fa dalla baraccopoli di #Rignano, sempre nel foggiano. È scappato dal Mali nel 2024 e, prima di venire in Italia, ha lavorato per un periodo in Spagna. Entrambi dicono che rispetto ai precedenti lavori che hanno fatto in Italia gli sembra «un paradiso», perché finalmente sono in regola, stanno imparando il mestiere, hanno una casa e del tempo libero.

    Iniziano a lavorare alle 5 del mattino e finiscono a mezzogiorno, perché poi fa troppo caldo. Alla fine del turno di lavoro vanno nella casetta ai margini del campo, fanno una doccia, si cambiano, cucinano qualcosa e poi si riposano. Se hanno voglia, nel pomeriggio vanno a fare un giro a Corigliano Calabro, che è a 40 minuti di bus. Williams dice che vuole comprare «una bici per andare a San Marco Argentano», un paese a pochi chilometri di distanza, su una collina.

    A #Cassano_all’Ionio, un comune di 17mila abitanti che si trova una quarantina di chilometri più a nord, i migranti possono andare a cercare lavoro in un centro che si chiama #Kosmopolis e possono chiedere assistenza legale a uno degli sportelli dell’associazione #Cidis. «I caporali gestiscono la vita dei migranti sostituendosi al welfare dello Stato, approfittando del fatto che chi è appena arrivato non conosce la lingua e non sa come muoversi, e noi cerchiamo di portarglieli via fornendo loro proprio quel tipo di assistenza», dice Debora La Rocca, responsabile di Cidis.

    L’associazione gestisce una casa dove vengono ospitati i braccianti che sono messi sotto protezione per avere denunciato lo sfruttamento. I volontari li assistono anche legalmente e li aiutano a trovare un altro lavoro. «Spesso i migranti non denunciano i caporali non solo perché sono intimiditi, ma anche perché temono di perdere il lavoro, la casa e il sostegno degli sfruttatori», spiega ancora La Rocca.

    I migranti che vivono nelle case del centro storico di Cassano all’Jonio possono anche andare al lavoro con una navetta del comune, che li porta gratis nelle aziende agricole della zona e a fine turno li riporta in paese. «All’inizio non saliva nessuno, i braccianti passavano dritti con lo sguardo abbassato e salivano sui mezzi dei caporali. Poi abbiamo cominciato a fermarli quando li vedevamo da soli per spiegare che il servizio è gratuito, e così pian piano hanno cominciato ad avvicinarsi. Ora sono le stesse aziende agricole a chiamarci per chiederci di passare anche da loro», racconta l’autista Danilo Mignogna.

    Il bus, che ha 23 posti a sedere, è sempre pieno e deve fare diverse corse al giorno, sia all’andata che al ritorno. Se non riescono a salire perché è troppo pieno, molti migranti attendono il passaggio successivo invece di pagare i 5 euro per il trasporto ai caporali. Il comune sta pensando di comprare un secondo pulmino per rafforzare il servizio.

    https://www.ilpost.it/2026/06/10/aziende-che-aiutano-migranti-braccianti-calabria-puglia-caporalato-sfruttamen
    #Calabre #solidarité #aide #migrations #agriculture #Italie #conditions_de_travail #dignité #logement

  • Le stratificazioni criminali e la “signoria territoriale” dietro la strage di #Amendolara

    Il primo giugno in provincia di Cosenza quattro uomini sono stati bruciati vivi dai loro presunti caporali dentro il minivan con cui stavano andando a lavorare. Protestavano per avere un contratto. Di loro si sa ancora poco, così come della vicenda specifica, ma con Anna Sergi, docente esperta di criminalità organizzata, tracciamo i contorni e il contesto. Tra ‘ndrangheta, gruppi criminali locali, aziende che restano sempre sullo sfondo e la totale assenza dello Stato.

    Il più giovane era #Ullah_Ismat_Qiemi, 19 anni, il più grande #Waseem_Khan, 29. E poi #Amin_Fazal_Khogjani, 28, e #Safi_Iayjad, 27. Sono i nomi delle vittime della strage di Amendolara, in provincia di Cosenza. Bruciati vivi all’interno del minivan con cui si stavano dirigendo nei campi di frutta dove lavoravano per pochi euro al giorno, puniti da due “caporali” perché chiedevano un contratto. Di loro si sa ancora poco così come dei contorni specifici della vicenda che ha visto il fermo di due uomini che, stando ai sistemi di videosorveglianza della stazione di servizio della statale 106 jonica-cosentina, hanno gettato un accendino nell’abitacolo dopo aver chiuso tutte le portiere. Quello di cui invece è già possibile tracciare un contorno è il contesto in cui si è verificata la strage.

    Il caporalato è sistemico. Per garantire i servizi alle aziende committenti, i caporali si occupano di tutto: dal trasporto alle abitazioni, spesso fatiscenti e insalubri, fino allo sfruttamento nei campi. Il tutto “garantito” dalla vulnerabilità dei lavoratori -tra gli 11 e i 12mila quelli senza un permesso di soggiorno in Calabria- che vengono controllati con la violenza e le minacce. Ma poi, soprattutto, il “terzo livello” che sta sopra ai “caporali”. Per Anna Sergi, professoressa di Sociologia del diritto e della devianza presso l’Università di Bologna e una delle massime esperte di criminalità organizzata, è necessario evitare semplificazioni.

    “La #piana_di_Sibari è una delle aree più fertili della Calabria su cui però troviamo delle ‘locali bastarde’ della ‘ndrangheta -spiega-. Diversi piccoli gruppi, diverse ‘ndrine, che però è difficile associare a un gruppo di appartenenza primario. Questa strage ce lo racconta indirettamente”. Per Sergi, infatti, fenomeni di violenza così gravi sono in qualche modo la dimostrazione che in quel territorio non c’è una gerarchia chiara quanto piuttosto una lotta intestina tra cosche che cercano di accaparrarsi il controllo e un’influenza maggiore possibile. “Negli ultimi anni tra #Rossano e #Corigliano si sono registrati tantissimi casi di cronaca, anche gravi, così come ci sono state diverse operazioni della Direzione nazionale antimafia”.

    Differenziare la tipologia di criminalità presente sul territorio non è una questione di lana caprina ma è importante per capire a chi rispondono i “caporali” e in quale contesto operano. La ‘ndrangheta non gestisce direttamente lo sfruttamento perché è troppo rischioso. “Semplicemente la risoluzione dei conflitti o il caporalato ‘diretto’ non portano abbastanza soldi; quello che conta è la signoria territoriale e il legame con lo ‘sfruttatore’, spesso un bracciante che ha fatto ‘carriera’ e conosce quelle dinamiche, nasce sotto questo aspetto”. Per Sergi, ormai, raramente il caporale paga una quota al clan ma è l’azienda che fa da “tramite”. O in maniera diretta -attraverso un ruolo societario di un affiliato- o indirettamente, perché l’organizzazione criminale fa da intermediario facendo sì che una società che ha un debito da saldare incontri il caporale.

    A prescindere dalle modalità, l’obiettivo è sempre mantenere un profilo basso. “Tutto ciò che è eclatante e attira l’attenzione mediatica e giudiziaria va evitato, tanto che quando più di 15 anni fa scoppiarono le rivolte nella piana di Gioia Tauro, dopo i fatti di Rosarno, le famiglie locali di ‘ndrangheta erano preoccupate di quanto stava accadendo”, sottolinea la professoressa che da quel 7 gennaio 2010 traccia una linea senza soluzione di continuità.

    Perché se ci sono delle differenze territoriali e di “tipologia” di organizzazione e stratificazione criminale, quello che non cambia è l’assenza dello Stato. “Il controllo dei clan avviene innanzitutto rendendo impossibile qualsiasi via di fuga: non sempre quindi c’è un rapporto di ‘vassallaggio’ diretto. Il mio obiettivo, come clan, è far sì che non ci sia tutela legale possibile, non ovviamente per i ‘braccianti’ ma neanche per i caporali. Questa è la signoria territoriale. Ed è questo lo scandalo che continua”.

    Uno scandalo su cui, il giorno successivo alla morte dei quattro giovani di origine pakistana, ha richiamato l’attenzione di monsignor Francesco Savino, vescovo di Cassano All’Ionio e vicepresidente della Conferenza episcopale italiana. “Il caporalato non è una deviazione marginale, non è un residuo antico dimenticato nei campi. È un sistema. È una struttura di dominio -ha detto-. Basta con il silenzio sporco delle convenienze. Occorre una mobilitazione civile che non può essere il semplice rito, le semplici passerelle o l’emozione del momento e poi dopo qualche giorno si spegne. Invoco una rivolta delle coscienze, una sollevazione morale dei cittadini e delle cittadine, credenti e non credenti, qui veramente è in gioco la dignità della persona”.

    https://altreconomia.it/le-stratificazioni-criminali-e-la-signoria-territoriale-dietro-la-strag
    #tuerie #ndrangheta #mafia #caporalato #criminalité_organisée #Italie #Calabre #brûlés_vifs #résistance #exploitation #conditions_de_travail

    • Strage di caporalato in Calabria: non chiamiamola tragedia

      I quattro braccianti bruciati vivi ad Amendolara volevano ribellarsi allo sfruttamento. Non un caso isolato: da anni, associazioni e attivisti sul territorio denunciano un sistema capillare che lucra sulla manodopera straniera, mentre le risposte politiche si limitano a interventi emergenziali.

      Waseem Khan, 29 anni, Amin Fazal Khogjani, 28 anni, Safi Iayjad, 27 anni e il più giovane Ullah Ismat Qiemi, di appena 19. Ora conosciamo i nomi delle vittime di quella che sindacati e giornali hanno definito la «strage di caporalato» di Amendolara, cittadina calabrese al confine Nord della provincia di Cosenza, avvenuta lunedì 1° giugno. Non conosciamo ancora le loro storie, il percorso che li aveva portati su quel territorio e che li aveva resi vittime di un sistema di sfruttamento. Conosciamo però i dettagli della loro morte. Di quello che gli inquirenti della Procura di Castrovillari hanno definito «omicidio plurimo e pluriaggravato», che presenta i tratti tipici della premeditazione, ripreso in tutta la sua ferocia dalle telecamere di servizio del distributore di carburante dov’è stata ritrovata la carcassa carbonizzata del minivan con all’interno i corpi dei quattro braccianti – in parte pachistani, in parte di origine afghana, stando al racconto dell’unico sopravvissuto. Un copione già visto, scritto dalle dinamiche del caporalato e dello sfruttamento degli invisibili delle campagne di raccolta tra la Piana di Gioia Tauro, la Sibaritide e il Metapontino. Una “metastasi” del tessuto sociale declassata a fatalità in quel lembo di Calabria dove la vita non fa notizia e raccontata «sempre dopo che il male ha lasciato i suoi morti sull’asfalto», per usare le parole consegnate ad Avvenire del vicepresidente Cei e vescovo di Cassano all’Ionio Francesco Savino.

      Il racconto del superstite: «Uccisi perché chiedevamo un contratto regolare»

      La dinamica del fatto è apparsa chiara dopo la diffusione del primo filmato di videosorveglianza. Nel video si vedono due persone bloccare con forza la portiera di un minivan parcheggiato vicino al distributore di carburante in una piazzola della statale 106 jonica-cosentina. Dentro ci sono cinque persone, che cercano, invano, di uscire con tutte le loro forze dal veicolo cosparso di benzina. Stando alle indagini della squadra mobile di Cosenza, i due “caporali”, entrambi 32enni di origine pachistana, avrebbero gettato un accendino nell’abitacolo dandosi alla fuga subito dopo la prima fiammata. Taj Mohammad Alamyar riesce a mettersi in salvo fuggendo dal bagagliaio nonostante le ustioni. «Mi sono spinto all’indietro, ho superato lo schienale, sono caduto nel vano dove si mettono le valigie e con le braccia che bruciavano mi sono buttato sull’asfalto», ha raccontato al Tgr Calabria il bracciante agricolo, di origine afghana come «almeno tre delle altre persone a bordo». Come le altre vittime, sfruttato nei campi da un sistema che definisce mafioso. Non parla della ‘ndrangheta, ma di una «grande mafia» che coinvolgerebbe diverse persone di origine pachistana.

      Oltre che sullo sfruttamento dei braccianti agricoli, il sistema lucrerebbe anche sullo spaccio di grandi quantità di stupefacenti. Aspetti tutt’ora al vaglio della procura diretta da Alessandro D’Alessio, che durante la conferenza stampa del pomeriggio del 3 giugno, data la fase ancora embrionale delle indagini, non si è voluto sbilanciare pubblicamente sul movente e sul contesto nel quale è maturato il fatto. «I soldi non ce li davano, da mangiare sì. La casa sì, ma i soldi no» da oltre un mese. Giovanni Mininni, segretario generale della Flai Cgil, afferma che questo fatto apre uno squarcio su un problema capillare e su una «rete ampia di caporali» strutturati in un «sistema organizzato e centralizzato» che controlla l’intero territorio. Una dinamica che aveva portato quel gruppo di persone a ribellarsi ai loro aguzzini, rifiutandosi di lavorare senza un regolare contratto, e ricevendo in cambio prima delle minacce con coltelli e pistole e, in seguito, quella spedizione punitiva culminata con la spietata esecuzione. Gli autori del crimine si sarebbero fermati al distributore per «regolare i conti». La loro identificazione è stata possibile anche grazie al racconto del sopravvissuto.

      In quella zona a cavallo tra la Calabria e la Basilicata, concluso il periodo di raccolta agrumicola – come raccontatoci dai braccianti stanziati in autunno negli insediamenti della Piana di Gioia Tauro – in questo periodo dell’anno ci si sposta per la raccolta delle fragole. Il salario, per così dire, sarebbe di 50 euro al giorno, dai quali detrarre il 10 per cento da consegnare ai “caporali” per il trasporto nei campi. I braccianti vivono in alcuni alloggi dislocati in diverse zone della provincia. Non insediamenti che aggregano grandi quantità di persone: gli appartamenti sono sparsi sul territorio a macchia di leopardo per saltare meno all’occhio. Alamyar mostra ai giornalisti quello di Villapiana dove viveva con altre dieci persone, comprese le vittime. Mostra le condizioni della loro abitazione da 500 euro mensili e una busta paga fittizia che reca in calce la somma di 350 euro. Sono queste le condizioni alle quali i braccianti hanno voluto ribellarsi, pagandone caro il prezzo.

      I racconti di sfruttamento tra la Sibaritide e il Metapontino

      Negli ultimi anni, diverse inchieste giudiziarie hanno fatto luce su questo fenomeno. A marzo 2022 è stata chiusa un’indagine durata circa tre anni che ha portato alla luce un rodato sistema di sfruttamento dei braccianti agricoli proprio in quella zona tra le province di Cosenza e Crotone. Alla base del sistema c’era un «reclutatore» originario di Mirto Crosia, altro paese della jonica-cosentina, che svolgeva un’attività di intermediazione illecita di manodopera con diverse aziende locali finite sotto la lente della procura. Sui braccianti, assieme ad altri sodali, svolgeva un controllo asfissiante: «Compilava un piccolo libricino col numero delle cassette riempite da ogni operaio per calcolarne la paga», ha raccontato una delle vittime nel 2020. «Quando si accorgeva che avevamo raccolto poche cassette di pomodori iniziava a maltrattarci, offendendoci e minacciandoci. Diceva con tono di voce alto: ’Testa di ca**o, testa di min**ia! Domani non ti porto a lavorare!’. Io restavo zitto e continuavo a lavorare. La mia giornata lavorativa veniva retribuita con 30 euro, in contanti, ogni lunedì. […] Ho lavorato anche di domenica. Non ho mai ricevuto alcun compenso straordinario».

      I racconti sono tanti, si sovrappongono tra loro. «Mi facevo trovare alle tre del mattino», dice un’altra vittima. Era quello l’orario in cui il furgone rosso passava per condurli nel campo di raccolta. «Ho lavorato quasi tutti i giorni di agosto. Arrivavamo [sui campi di Strongoli, in provincia di Crotone] alle 6 del mattino e lavoravo fino alle 16 del pomeriggio, con una pausa che si aggirava dai 10 ai 30 minuti, dove mangiavo un panino portato da casa. Mi veniva dato incarico di raccogliere i pomodori dalla pianta e di metterli in delle cassette di legno per poi sistemarli nei cassoni del camion». Chi si ribella al sistema rischia di pagare con la vita. Il Fatto Quotidiano ha riportato l’arresto, avvenuto alla fine del 2025, di altri quattro cittadini pachistani all’esito di un’indagine partita da un incidente stradale che aveva coinvolto alcuni braccianti nella zona di Scanzano Jonico. Anche in quel caso, quella che di primo impatto sembrava una tragedia aveva portato alla luce un sistema di sfruttamento nei campi agricoli della Basilicata.

      Non sfugge inoltre la ricorrenza, in quella porzione di Calabria, di un modus operandi, quello degli incendi di veicoli, spesso letto, anche nelle cronache, in maniera frammentaria e decontestualizzata. Sul territorio di Corigliano Rossano sono decine e decine i casi di rogo doloso di autoveicoli. Nel 2021 i casi censiti erano oltre cinquanta, almeno raddoppiati negli anni successivi. Dopo il rogo di alcuni mezzi appartenenti a cittadini di origine rumena, alcune testate locali avevano scritto della possibile «ombra del caporalato» dietro a fatti tanto ricorrenti da non poter pensare a semplici ritorsioni o attività “microcriminali” ma ad un sistema radicato. L’Osservatorio Placido Rizzotto della Flai Cgil aveva scritto di 36 inchieste in regione che avevano fatto luce su un giro di affari illecito nel settore pari a circa 2,5 miliardi di euro. Dinamiche rispetto alle quali la ‘ndrangheta è spettatrice interessata com’era stato evidenziato anche in altre inchieste, tra cui “Rasoterra”. L’indagine risale al 2021 ed aveva fatto luce sugli interessi di alcuni soggetti riconducibili alla cosca “Piromalli-Molè”, egemone sul territorio di Gioia Tauro, negli insediamenti della zona industriale popolati dai braccianti migranti.
      I «ghetti» e l’approccio emergenziale: solo la morte fa notizia

      Tra la Piana di Sibari e Crotone corrono circa 150 chilometri della statale 106. Percorrendo quel tratto, a qualsiasi ora del giorno e della notte, ci si imbatte spesso in diverse biciclette al bordo della carreggiata che trasportano cassette di agrumi, pomodori o finocchi. Una via crucis ricorrente che si sceglie di non vedere. La dinamica che alimenta il caporalato sta tutta qui. Una pratica diffusa, soprattutto a certe latitudini, anche grazie alla connivenza di tutte le parti sociali. Non a caso, monsignor Savino ha parlato di «zona grigia che vede, sa e lascia fare». Nel suo appello, il vescovo di Cassano – una delle cittadine più grandi della Sibaridite, nota per la presenza di alcuni tra più pericolosi gruppi criminali della zona e per alcuni fatti di sangue come l’esecuzione del piccolo “Cocò” Campolongo nel 2014 – chiede «allo Stato di esserci con tutta la sua forza, non soltanto dopo il sangue, ma prima: nelle campagne, nelle filiere agricole, nei luoghi di reclutamento della manodopera, negli alloggi indegni, nei trasporti opachi, nei rapporti di lavoro irregolari, nelle sacche di vulnerabilità dove il caporalato mette radici». Queste parole ricordano molto le invocazioni di associazioni e attivisti che si susseguono dal 2010, anno della cosìddetta rivolta dei braccianti di Rosarno.

      L’attenzione sugli insediamenti dei braccianti in Calabria viene richiamata dopo incidenti o tragiche morti come quella di Soumaila Sacko, sindacalista e bracciante ucciso a colpi di arma da fuoco nei campi del Vibonese. Ad aprile 2026, Emergency aveva manifestato preoccupazione per l’ennesima presa di posizione di carattere emergenziale nella zona della tendopoli di San Ferdinando. La autorità avrebbero disposto un nuovo sgombero dell’area popolata dai braccianti, dopo quello del 2019 a lungo decantato dall’allora capo del Viminale Matteo Salvini. La notizia del nuovo intervento è contenuta nel decreto n. 238/2026, inserito nel “Decreto Caivano” come azione di contrasto alla criminalità nelle periferie. Qui si legge dello smantellamento dell’insediamento informale «ai fini della tutela pubblica e privata incolumità» con l’autorizzazione allo spostamento delle persone presenti in tendopoli nella zona di contrada Russo con un «intervento rifunzionalizzante» del suo borgo sociale – leggasi foresteria – di proprietà del Comune di Taurianova. Secondo l’associazione, dietro questa misura si cela l’ennesimo sgombero «senza soluzioni abitative dignitose e percorsi di integrazione», quindi l’ennesimo intervento emergenziale che produrrebbe «solo nuove forme di marginalità e ghettizzazione, senza affrontare strutturalmente il problema».

      Il dramma nei numeri: 11mila irregolari nella sola provincia di Crotone

      Tali interventi alimentano la vulnerabilità dei braccianti migranti che diventano vittime dello sfruttamento. Testimonianza che per debellare la piaga del “caporalato”, non bastano interventi in emergenza o di carattere repressivo. Un aspetto reso evidente – ma già rimosso – durante la pandemia. Le regolarizzazioni a tempo volute dall’allora ministro Teresa Bellanova misero in luce il bisogno di manodopera migrante in determinati settori, ma anche i limiti dello Stato nel riconoscere i giusti diritti a queste persone. Secondo il report finale del Ministero dell’Interno, nella provincia di Crotone le istanze presentate ai fini dell’emersione di rapporti di lavoro subordinato irregolare furono solo 109 (non tutte riferibili a braccianti agricoli). Un dato irrisorio se si considera il numero di braccianti presenti nella zona.

      I numeri reali, ancora oggi, dicono tutt’altro. Nel settimo rapporto Agromafie e caporalato, l’Osservatorio Placido Rizzotto, sulla base di dati Istat aggiornati al 2023, ha stimato che nel settore agricolo in Italia vengono impiegati oltre 872mila lavoratori (dipendenti e indipendenti). Il tasso di irregolarità ammonterebbe al 30 per cento contandosi oltre 200mila irregolari (impiegati in modo non standard, ovvero a “nero” o “grigio”), 11-12mila solo nella provincia di Crotone. La cifra ricomprende anche tra i 4 e i 5mila lavoratori e lavoratrici straniere così detti “stagionali”, che ogni anno giungono sul territorio «in occasione di fasi di lavorazione che richiedono picchi di forza lavoro».

      Sulla vicenda è intervenuta anche Libera, che ha parlato di «tragedia annunciata»: «Ancora una volta i braccianti sono vittime di un sistema che umilia, sfrutta e uccide. In tutto questo hanno facile gioco le mafie: quelle internazionali che gestiscono la tratta e quelle locali che controllano il caporalato o assoldano manodopera criminale a basso costo fra i disperati. Alla commozione di queste ore bisogna far seguire azioni vere e concrete per fare in modo che questo ennesimo sacrificio non sia stato vano. Quei quattro corpi carbonizzati devono gridare forte alle nostre coscienze, devono inchiodare alle nostre responsabilità».

      https://lavialibera.it/it-schede-2710-strage_di_caporalato_in_calabria_non_chiamiamola_tragedia

      #agriculture #fraises #travailleurs_agricoles #saisonniers

    • L’#esclavage_moderne en Italie : quatre travailleurs agricoles migrants brûlés vifs dans un véhicule utilitaire

      Le 1er juin 2026, quatre ouvriers agricoles ont péri brûlés vifs dans le sud de l’Italie, victimes d’un acte de violence sauvage et prémédité. Les victimes – Waseem Khan, 29 ans, de nationalité pakistanaise ; et trois Afghans, Amin Fazal Khogjani, 28 ans, Ullah Ismat Qiemi, 19 ans, et Safi Iayjad, 27 ans – étaient enfermés dans une fourgonette sur le parking d’une station-service de la route nationale 106 à Amendolara, petite commune de la côte ionienne de Calabre, et ont été brûlés vifs par deux chefs de gangs auprès desquels ils avaient osé réclamer leurs salaires volés.

      Le crime a été filmé par une caméra de vidéosurveillance. Deux ouvriers agricoles, identifiés et arrêtés quelques heures plus tard comme étant Safeer Ahmed et Ali Raza, tous deux de nationalité pakistanaise et désormais inculpés d’homicides aggravés multiples, auraient versé un liquide inflammable dans l’habitacle, bloqué les portes de l’extérieur pour empêcher toute fuite, jeté un briquet à l’intérieur et pris la fuite alors que la camionnette s’embrasait. Les pompiers ont retrouvé quatre corps carbonisés.

      Un cinquième passager, Taj Mohammad Alamyar, un Afghan de 35 ans, a survécu de justesse en brisant la vitre arrière et en s’extirpant du véhicule. Il a subi de graves brûlures aux mains et au bras droit. Un sixième ouvrier pu échapper à la mort uniquement parce qu’il était malade et contraint de rester chez lui ce jour-là.

      Selon le témoignage d’Alamyar, les travailleurs s’étaient vu promettre 45 € par jour pour huit heures de cueillette de fraises dans les zones d’agriculture intensive de la région. Ils n’avaient rien reçu depuis le 20 avril. Survivant avec le strict minimum et entassés à dix dans une pièce d’un logement contrôlé par leurs recruteurs, ils avaient commis le délit de réclamer leurs arriérés de salaire.

      Les enquêteurs ont également constaté que 14 autres véhicules transportant des migrants pakistanais en Calabre avaient été incendiés au cours des mois précédents, preuve d’une violente guerre criminelle pour le contrôle de la ressource la plus lucrative de l’économie agricole du sud de l’Italie : le travail forcé.

      Le système de caporalato utilise des intermédiaires criminels pour recruter des migrants vulnérables, monopoliser leurs transports et leurs logements, et les louer à des employeurs agricoles à des tarifs exorbitants. Il constitue l’épine dorsale de la filière fruits et légumes italienne. Il sert les impératifs de profit de la Grande Distribuzione Organizzata (les consortiums de grande distribution qui dominent les chaînes de supermarchés italiennes), qui compriment les prix à la production au point que le maintien d’un emploi légal devient financièrement impossible pour les exploitants agricoles.

      Le syndicat agricole FLAI-CGIL et l’Osservatorio Placido Rizzotto estiment qu’en Italie entre 400 000 et 430 000 travailleurs agricoles sont soumis au recrutement irrégulier de travail, ce qui fait d’eux des victimes potentielles ou actives du système caporalato.

      Plusieurs chercheurs de renom, parmi lesquels Letizia Palumbo, Francesco Carchedi et Jean-René Bilongo, ont largement documenté les conditions de travail forcé, de traite des êtres humains et d’esclavage moderne en Italie. Selon les données les plus récentes de l’Indice mondial de l’esclavage (2023), environ 197 000 personnes vivaient en situation d’esclavage moderne en Italie en 2021. Les syndicats et les organisations de défense des droits humains estiment que le nombre réel pourrait être bien plus élevé.

      Alamyar a témoigné que les truands-recruteurs menaçaient les travailleurs avec des armes à feu et des couteaux pour les contraindre à travailler dans les champs. Le détournement des salaires est si bien organisé que les caporali accompagnent systématiquement les travailleurs directement aux distributeurs automatiques pour récupérer physiquement l’argent versé sur les bulletins de paie officiels, ne laissant aucune trace écrite tout en leur soutirant jusqu’au dernier euro de leur labeur.

      Les quatre victimes décédées, ainsi que le survivant, étaient titulaires de permis de séjour italiens en règle et résidaient dans le pays depuis des années sans casier judiciaire. Ils étaient employés au noir, exploités jusqu’à l’usure et furent brûlés vifs lorsqu’ils ont réclamé ce qui leur était dû.

      La Première ministre Giorgia Meloni, la politicienne fasciste à la tête du gouvernement italien depuis trois ans et demi, qui a systématiquement ciblé les immigrés et fait grimper le taux d’extrême pauvreté au niveau record de 9,8 pour cent, a publié un communiqué condamnant ce « meurtre horrible » et promis que justice soit faite. La ministre du Travail, Marina Calderone, a qualifié cet épisode d’« inacceptable ».

      Mais c’est Meloni qui a considérablement aggravé les conditions dans lesquelles ce travail forcé s’exerce. Elle a fortement restreint les procédures d’asile, renforcé les contrôles aux frontières et réduit les dispositifs de protection sociale.

      Son décret Cutro de 2023 a aboli les permis de protection spéciale, supprimé les programmes d’intégration et créé de toutes pièces une classe de travailleurs isolés et juridiquement précaires, précisément ceux qui finissent par tomber entre les mains des caporali. La menace de perdre son statut légal constitue le piège disciplinaire du système : dénoncer le vol de salaire ou l’abus entraîne la perte de l’emploi, l’irrégularité administrative et l’expulsion.

      De l’autre côté de l’hémicycle parlementaire, Elly Schlein, du Parti démocrate, a annoncé sa participation à une manifestation organisée par FLAI-CGIL sur le lieu des meurtres. La porte-parole du PD, Camilla Laureti, a déclaré que cette tragédie avait « profondément marqué la République démocratique tout entière ».

      Le Parti démocrate a sa part de responsabilité dans le cadre juridique qui engendre ces conditions. Le décret Minniti-Orlando de 2017 a supprimé les recours en deuxième instance pour les demandeurs d’asile et a été le premier à criminaliser les ONG de sauvetage en Méditerranée. La loi Bossi-Fini de 2002, qui lie directement les permis de séjour aux contrats de travail valides, n’a jamais été abrogée par aucun gouvernement italien, qu’il soit de centre-gauche ou de droite.

      Le massacre d’Amendolara s’est produit quelques jours avant un tournant décisif dans la politique migratoire européenne. Le 12 juin, le nouveau régime d’asile européen commun et le règlement de l’UE sur le retour, sont entrés en vigueur simultanément. Ce règlement a été élaboré en étroite collaboration entre le Parti populaire européen (PPE), parti conservateur, et trois groupes parlementaires d’extrême droites néofascistes, marquant ainsi l’effondrement effectif de la prétendue barrière séparant le conservatisme traditionnel de l’extrême droite.

      Les refus d’asile prononcés par tout État membre de l’UE, y compris par des gouvernements très restrictifs comme la Pologne ou la Hongrie, seront automatiquement reconnus dans tout l’espace Schengen, sans possibilité de recours interne. Les migrants, y compris les familles avec enfants, peuvent être détenus jusqu’à 30 mois. La création de centres de rétention extraterritoriaux dans des pays comme le Rwanda, la Libye et la Mauritanie est envisagée, ainsi que le renforcement des pouvoirs de police et la baisse des aides sociales afin de forcer les migrants à accepter leur expulsion.

      Le modèle de cette offensive n’est pas nouveau. Aux États-Unis, l’administration Trump a mis en place un système de détention et d’expulsion massives, véritable goulag intérieur, ciblant, comme en Italie, des travailleurs entrés en situation régulière, et déployant des agents de l’ICE (police de l’immigration) lourdement armés et non masqués, qui mènent des descentes sans mandat sur les lieux de travail.

      À l’instar de l’UE, Washington offre aux employeurs un moyen efficace d’imposer la discipline au travail et de réprimer toute résistance collective en maintenant des millions de migrants dans une situation d’incertitude juridique permanente. Le Parti démocrate, qui a largement contribué à la mise en place de l’infrastructure d’expulsion dont Trump dispose aujourd’hui, joue un rôle similaire à celui du Parti démocrate italien, versant parfois des larmes hypocrites sur les conséquences qu’il a lui-même engendrées.

      Ces mesures aggravent et institutionnalisent la vulnérabilité des travailleurs migrants déjà pris au piège du système de caporalato. Lorsque l’État capitaliste traite les migrants en hors-la-loi passibles de détention et d’expulsion arbitraires, il adresse un message clair aux organisations criminelles et aux patrons-exploiteurs qui dépendent de leur travail : ces travailleurs peuvent être maltraités, volés et tués en toute impunité. L’horrifiant assassinat de ces quatre travailleurs s’inscrit dans la violence structurelle du régime frontalier de l’UE, comme la guerre contre les migrants menée outre-Atlantique.

      Dès lors qu’une partie de la société est privée de ses droits démocratiques, ce précédent s’étend à d’autres : les jeunes qui s’opposent au militarisme, les travailleurs qui résistent aux licenciements et aux baisses de salaires, les locataires qui luttent contre la flambée des loyers. La privation des droits civiques des migrants sert de terrain d’expérimentation pour des attaques plus larges contre toute la classe ouvrière, tandis que les élites dirigeantes européennes se préparent à une intensification des conflits sociaux.

      Les meurtres d’Amendolara sont l’aboutissement logique d’une économie politique qui a systématiquement transformé des êtres humains en objets jetables, produit non seulement de la brutalité individuelle, mais aussi de décennies de législation bipartite à Rome, Bruxelles et Washington, conçue pour maximiser au service des profits la vulnérabilité et le caractère jetable de la main-d’œuvre immigrée.

      La classe ouvrière ne peut se tourner vers un pouvoir politique qui s’indigne de tels crimes tout en créant les conditions qui les rendent possibles, de même que la guerre, le génocide et l’attaque des droits démocratiques. Ce qu’il faut c’est développer un mouvement socialiste international unissant travailleurs migrants et travailleurs autochtones dans une lutte commune. Ce mouvement doit défendre les pleins droits politiques et sociaux pour tous, sans distinction de statut migratoire. Il doit remettre en cause le système capitaliste même, dont les frontières, les régimes de travail et l’exploitation motivée par le profit sont la source de ces abus.

      https://www.wsws.org/fr/articles/2026/06/10/kapl-j10.html

  • Le condizioni dei cpr sono pessime. Lo dicono anche le carte del ministero
    https://lavialibera.it/it-schede-2676-cpr_centri_rimpatrio_condizioni_pessime_documenti_ministe

    Infiltrazioni e umidità, sistemi antincendio mancanti, impianti di riscaldamento da sostituire, niente spazi ricreativi, trattenuti che dormono sui tavoli della mensa: le condizioni nei centri di permanenza per il rimpatrio (cpr) italiani sono pessime e a dirlo, questa volta, non sono le associazioni o i garanti dei detenuti, ma lo stesso ministero dell’Interno. Cosa sono i cpr e tutti i nostri articoli sul tema A fine aprile, sul sito di Invitalia, l’agenzia pubblica che gestisce gli appalti pubblici, è comparso un bando per la "manutenzione straordinaria delle strutture e degli impianti a servizio dei centri di permanenza per il rimpatrio": spesa totale 14,7 milioni di euro, di cui 13,2 per lavori e 1,4 per servizi tecnici, ripartiti tra tutti i dieci centri attivi (…)

    #MIGRAZIONI_●_GENERAZIONI

  • Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du #milieu_carcéral »

    Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et que les conditions se dégradent.

    Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville (Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine à purger pour une affaire de « recel de choses volées », dit-il. Cet Algérien de 35 ans, déjà condamné pour « des trucs comme de la détention de stupéfiants », a été placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.

    Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération et faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention administrative (CRA) 2 de #Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus qui a exercé son droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai.

    Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, « tous ont des profils #TOP [#trouble_à_l’ordre_public]. Ils sortent soit de prison, soit de garde à vue ».

    « La menace à l’ordre public l’emporte sur tout »

    Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une #interdiction_du_territoire_français depuis sa condamnation, en 2024, « à cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau ». Ramzy (toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur anonymat), un Algérien de 38 ans – et « neuf condamnations au casier pour stupéfiants, vols ou violences » – faisait, lui, l’objet d’un arrêté d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.

    Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre commis par une personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en octobre 2017.

    Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que « la rétention doit être prioritairement destinée aux [étrangers en situation irrégulière] auteurs de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’#éloignabilité ne paraît pas acquise ». Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en rétention relèvent désormais de profils « TOP ».

    Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025, seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024, soit « un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé pendant la période de crise sanitaire ». Certains étrangers sont placés en rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce Elodie Jallais, de Forum réfugiés. La #menace_à_l’ordre_public l’emporte sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de plus en plus comme une extension du milieu carcéral, observe également Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Unité. Et l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion quotidienne des centres. »

    #Violences

    Au CRA de #Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai, en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, « de plus en plus de problèmes psy », tandis qu’un infirmier du service médical aborde des transferts vers les urgences psychiatriques « plusieurs fois par mois » de retenus « qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont schizophrènes ». Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également de ce contexte lourd.

    Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui, des « jeunes de 20 ans » qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un co-retenu, survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures au nez et à l’orbite. Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été volé et agressé.

    Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS Solidarités ont accompagné, en 2025, « le dépôt de 81 plaintes auprès du procureur de la République ». Parmi elles, « 26 visaient directement les fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical corroborant les violences ».

    La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée à quatre-vingt-dix jours) mais aussi des profils des retenus, plus difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens, alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger fait que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).

    « Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate ainsi Justine Girard, de La Cimade. Les expulsions ont principalement lieu les premiers jours d’enfermement. » Mercredi 20 mai, le Sénat devait pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance, Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des actes de terrorisme et ceux qui ont été « définitivement condamnés pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement ».

    « La prison, c’est mieux »

    « C’est de la pure #démagogie car on mettra moins de personnes en CRA donc on fera moins d’éloignements », prédit un cadre de la police, sous le couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, « en plaçant des personnes pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ». « Le travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner rapidement, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale, mais pour exécuter une procédure administrative. »

    « Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. Ils s’usent vite, subissent des dégradations. » En avril, l’élue a visité le centre de rétention administrative de #Coquelles (Pas-de-Calais) et dans un courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment l’« #indignité totale » des douches et l’« #infestation » de chambres par des #punaises_de_lit.

    Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des #préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite, une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes. Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale.

    Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé, en 2023, des #conditions_indignes. Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi par semaine, une association organise ici des jeux de société et des activités artistiques. « On regarde pour [faire venir] un intervenant pour des activités physiques », explique la cheffe de l’établissement, alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours.

    « La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. « En prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule », ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. « Les gens s’ennuient et surtout, l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse », prolonge Elodie Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement. Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA de Lyon.

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/19/comment-les-centres-de-retention-administrative-sont-devenus-une-extension-d

    #migrations #sans-papiers #détention_administrative #rétention #CRA #France #enfermement #violence #inefficacité #efficacité #renvois #expulsions #ennui #santé_mentale

    ping @_kg_ @karine4

  • Una fattoria solidale al posto della tendopoli di San Ferdinando, il sindaco: «I migranti lì stanno male, entro l’anno sparirà»

    Alcune organizzazioni del terzo settore e sindacati nutrono dubbi sull’attuazione: «Servono scelte condivise». Papà Africa: «Lì è un inferno. Sarei felice, ma solo se venissero accolti tutti»

    Resta al centro dell’attenzione il tema critico riguardante l’emergenza abitativa dei braccianti migranti che vivono in condizioni drammatiche nella tendopoli di San Ferdinando. Nel tempo, diversi tentativi di migliorare l’insediamento in provincia di Reggio Calabria non hanno avuto successo. La situazione è diventata cronica, con l’ormai usuale presenza di tende, baracche e diverse strutture abusive che continuano ad aumentare, così come il degrado con cui convivono i suoi occupanti.

    La riqualificazione della tendopoli

    L’amministrazione comunale, guidata dal sindaco Luca Gaetano, si sta prodigando per risolvere le problematiche. Si è ideata la realizzazione di un insediamento abitativo capace di creare reddito: la fattoria solidale, un luogo in cui oltre a vivere si potrà lavorare. Dopo una fase di elaborazione progettuale, attraverso 4 milioni di euro di fondi del decreto Caivano-bis, si sono acquistati 3 ettari di terreni coltivabili sul territorio comunale, in cui si realizzeranno alloggi e altri edifici di pertinenza capaci di ospitare i migranti. Il sito, inserito nel tessuto sociale, sarà gestito da una cooperativa sociale agricola con comprovata esperienza e, secondo gli auspici, sarà anche sede di un mercato a Km zero.
    I dubbi del terzo settore

    Il sistema adottato, nonostante le buone intenzioni, non convince del tutto, però, alcune organizzazioni del terzo settore e sigle sindacali, che chiedono una regia condivisa, sollecitano soluzioni abitative alternative e un piano più appropriato. Si teme per le modalità di attuazione e il rischio di riproporre, in sostanza, in un altro posto dinamiche di isolamento sociale.

    «Stiamo lavorando per il definitivo superamento della tendopoli – afferma ai nostri microfoni il sindaco di San Ferdinando, Luca Gaetano -. Sono trapelate alcune notizie che parlano di un trasferimento a Taurianova nell’insediamento di Contrada Russo, ma sono vere in parte. Siamo consapevoli delle criticità che riguardano un trasferimento dei migranti, al superamento della tendopoli, che avverrà in maniera virtuosa con la fattoria solidale, ma finché questa soluzione non è pronta è chiaro che suscita alcuni timori nel terzo settore. Non c’è nulla di cui preoccuparsi, perché il piano è stato studiato in maniera scrupolosa, con le risorse finanziarie adatte, per garantire un’ottimale soluzione delle problematiche esistenti. La tendopoli entro l’anno dovrebbe sparire e a San Ferdinando nascerà questa nuova realtà. I migranti nella tendopoli stanno male, sempre peggio, proprio per questo dobbiamo tirarli via da lì».
    Papà Africa: «Sarebbe bellissimo»

    Per avere una panoramica più ampia sulla questione abbiamo chiesto il parere di “Papà Africa”, Bartolo Mercuri, che da anni aiuta i lavoratori migranti della tendopoli e per diverso tempo l’ha anche gestita: «Secondo me, se tutti i ragazzi venissero trasferiti e accolti nella nuova realtà sarebbe bellissimo, sarei la persona più felice del mondo, e mi offro per aiutare, ma non so in quanti potranno essere trasferiti lì. E quelli che non avranno la possibilità di rientrare nel progetto cosa faranno? Attualmente ci sono 400 ragazzi, ma fino a qualche mese fa ce n’erano oltre 1000. Quando ritorneranno qui per il lavoro stagionale dove li sposteranno? Noi abbiamo bisogno di loro, perché altrimenti tutti gli agrumi resteranno sugli alberi. Nella tendopoli, dove hanno vissuto tutti questi anni, abbiamo calpestato la loro dignità. L’inverno l’hanno passato morti di freddo e senza corrente. È un inferno. Per molti sono invisibili. Lì c’è la sofferenza di Cristo».

    https://www.lacnews24.it/attualita/una-fattoria-solidale-al-posto-della-tendopoli-di-san-ferdinando-il-sindac
    #tendopoli #San_Ferdinando #migrations #travail #conditions_de_travail #campement #logement #hébergement #Calabre #Italie #Luca_Gaetano #ferme_sociale #saisonniers

  • Une étude expérimentale menée sur 10 ans montre le potentiel de systèmes de production agricoles sans #pesticides

    Cultiver sans pesticides est faisable techniquement et économiquement, sous certaines conditions. La mise en œuvre de ces systèmes de production suppose notamment une diversification des successions culturales, des filières de commercialisation adaptées, et une valorisation économique des produits issus de ces systèmes. Ce sont les résultats d’une étude menée durant 10 ans sur 9 systèmes de cultures (grande culture et polyculture-élevage) conçus en lien avec des conseillers agricoles et des agriculteurs au sein d’unités expérimentales. Coordonnée par #INRAE et impliquant l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad, cette étude est publiée dans Plant Disease.

    L’utilisation généralisée et répétée des pesticides a des impacts importants sur la contamination des milieux (sol, eau, atmosphère), la #santé_humaine et la #biodiversité, et présente un #coût_économique non négligeable pour la société, y compris les agriculteurs. Peut-on se passer de pesticides en #grandes_cultures, avec quels niveaux de #rendement et avec quelle #viabilité_économique ? Après 10 années de recherche, le réseau expérimental #Rés0Pest, coordonné par INRAE, et impliquant l’école d’ingénieurs de Purpan et le Cirad, présente ses résultats.

    Rés0pest, mis en place en 2012 dans le cadre d’un appel à projets Ecophyto Dephy Expe, s’est appuyé sur 9 systèmes de culture originaux sans utilisation de pesticides, mais avec un recours possible au travail du sol et aux #engrais_de_synthèse. Ceux-ci ont été imaginés lors d’ateliers de co-conception associant des conseillers agricoles, des agriculteurs et des scientifiques, sur 9 sites localisés dans l’Hexagone et couvrant une large gamme de conditions pédoclimatiques et de contextes socio-économiques (5 systèmes de grande culture et 4 systèmes en polyculture-élevage incluant des prairies temporaires), au sein du réseau d’unités expérimentales d’INRAE, des laboratoires à ciel ouvert gérés par des ingénieurs et techniciens de l’institut.

    L’objectif ? N’utiliser aucun pesticide, tout en diminuant au maximum les #stress_biotiques (causés par des ravageurs, champignons et des plantes adventices), avec des rotations plus ou moins longues sur 5 à 9 ans. La réussite des systèmes testés repose sur les principes de la protection agroécologique des cultures qui s’articule autour de 3 piliers :

    – la #prophylaxie (gestion des résidus infectés ; utilisation de semences saines ; nettoyage du matériel agricole par exemple)
    – la valorisation de la #biodiversité_végétale (successions culturales longues et diversifiées avec des familles de cultures et des périodes de semis diversifiées ; cultures associées, mélanges variétaux, notamment)
    – l’amélioration ou la préservation de la santé du sol (arrêt des pesticides, implantation de cultures intermédiaires, limitation du travail du sol sans toutefois interdire le labour par exemple).

    À noter que l’usage des engrais minéraux est resté possible dans ces systèmes de culture.

    Le rendement des différents systèmes de culture a été mesuré. La comparaison de ces résultats avec des données Agreste1, à l’échelle de contextes régionaux comparables, indique que les systèmes conventionnels sans pesticides enregistrent des #rendements le plus souvent en deçà des systèmes conventionnels avec protection chimique, tout en pouvant, dans certaines situations, atteindre des niveaux équivalents, voire supérieurs. Les dommages aux cultures causés par les #maladies et les #ravageurs au sein du réseau n’ont pas augmenté de manière significative au fil du temps. Cependant, la gestion des plantes adventices reste un défi majeur dans certaines situations, notamment la gestion des rumex2 dans les prairies temporaires. Il est important de souligner que la maîtrise technique des adventices s’est améliorée au cours du temps au sein du réseau, ce qui est essentiel compte tenu des conséquences que peut avoir une mauvaise gestion ponctuelle des adventices sur le long-terme, en contribuant à l’enrichissement du stock semencier des parcelles. La gestion des adventices a nécessité dans certains cas le recours au labour, une pratique non conforme aux principes de l’agriculture de conservation des sols.

    Sur les 10 années étudiées, les 4 systèmes de grande culture en agriculture conventionnelle (Auzeville, Bretenière, Estrées-Mons et Grignon) pour lesquels les #performances :économiques ont pu être quantifiées ont généré une marge nette satisfaisante, qui pourrait conduire dans 20 % des cas à un revenu entre 1 et 2 SMIC, dans 45 % des cas entre 2 et 3 SMIC et dans 35 % des cas plus de 3 SMIC mensuels.

    Ces résultats montrent que des systèmes de grande culture conventionnels sans pesticides peuvent être productifs, techniquement et économiquement réalisables. Leur mise en œuvre suppose toutefois une diversification des #successions_culturales, des filières de #commercialisation adaptées et une #valorisation_économique des produits issus de ces systèmes. Pour cela, des #politiques_publiques adaptées sont nécessaires pour soutenir la massification de leur adoption. Ces résultats permettent également d’alimenter les réflexions européennes3 pour accélérer la #transition_agroécologique.

    Ces analyses de performances agronomiques, économiques, environnementales et sociales se poursuivent avec le projet 0phyto, lancé en 2025, qui s’appuie sur les avancées de Rés0pest et s’ouvre à l’#agriculture_biologique, en intégrant des données de l’Itab sur des systèmes de culture en agriculture biologique.

    –-

    1. Statistique publique de l’agriculture, de l’alimentation, de la forêt et de la pêche.
    2. Adventices vivaces particulièrement problématiques pour les systèmes cultivés.
    3. Les résultats de Rés0pest alimenteront les réflexions dans le cadre de l’alliance européenne « Towards a Chemical Pesticide-Free Agriculture » qui implique 34 instituts de recherche provenant de 20 pays européens.

    https://www.inrae.fr/actualites/etude-experimentale-menee-10-ans-montre-potentiel-systemes-production-agricole
    #alternative

    • Pesticide-free agriculture: Is a third way possible besides organic and conventional agriculture?

      Pesticides are widely used in agriculture to protect crops from animal pests, diseases, and weeds, helping to maintain yields under diverse production conditions. However, their widespread and repeated use has led to environmental contamination, biodiversity loss, and growing concerns about human health. While Integrated Pest Management (IPM) and organic farming have sought to reduce pesticide dependency, both approaches still permit pesticide use, and their adoption remains limited due to technical and economic constraints. In this context, we explore the feasibility of a third way: pesticide-free agriculture based on agroecological crop protection (ACP) principles. Drawing from the Rés0Pest experimental network launched in France in 2012, we present ten years of results from nine sites covering a range of pedo-climatic conditions and socio-economic contexts. Rés0Pest implemented cropping systems that excluded all pesticide use, including seed treatments, while maintaining synthetic fertilizer inputs. The systems were co-designed through participatory methods, following a system experiment approach that evaluates the effects of a combination of cropping practices and their interactions on cropping system performance over the long term. Results showed that in pesticide-free systems, it is possible to achieve yields comparable to conventional and higher than organic systems and, in some cases, generate higher net farm income. Pest and pathogen crop damage did not significantly increase over time, although weed management remained a key challenge. These findings suggest that technically and economically viable pesticide-free arable systems are possible under certain conditions, and that new solutions are needed to support their adoption across a wider range of contexts. We discuss implications for research, farming, and policy, and emphasize the need for adaptive experimentation and systemic performance assessment to support agroecological transitions.

      https://doi.org/10.1094/PDIS-09-25-1839-FE

    • Produire de grandes cultures en #agroécologie de manière rentable, c’est possible

      Depuis vingt-cinq ans, l’Inrae teste en #conditions_réelles des alternatives à l’agriculture conventionnelle sur huit hectares à #Versailles, dans les Yvelines. Une expérience riche en enseignements.

      Peut-on nourrir la France en réduisant notre utilisation de pesticides et d’#engrais_azotés ? Pour répondre à cette question, les chercheurs peuvent utiliser plusieurs méthodes. L’une d’entre elles consiste à tester différentes #techniques_agricoles en conditions réelles sur de grandes cultures et à étudier leurs évolutions sur le temps long.

      C’est ce qu’il se passe dans l’une des stations expérimentales de l’Inrae depuis vingt-cinq ans, et les résultats agronomiques et économiques de cette #expérimentation donnent de nombreuses raisons de se réjouir.

      Un essai système d’une durée de vingt-cinq ans

      Le dispositif expérimental #La_Cage, mis en place en 1998 à Versailles (Yvelines) sur une parcelle de huit hectares, compare ainsi sur le long terme quatre systèmes de culture cohérents et représentatifs des grandes cultures sans élevage :

      - un système productif conduit en agriculture conventionnelle ;

      - un système à bas niveau d’intrants (faible utilisation de produits phytosanitaires et d’engrais azotés) ;

      - un système en agriculture biologique ;

      – un système sous couvert végétal.

      Dans ce dernier cas de figure, des plantes sont semées entre deux cultures afin de protéger le sol lorsqu’il resterait nu. Ces couverts végétaux sont utilisés pour tâcher de limiter l’érosion, d’améliorer la fertilité et la structure des sols, de favoriser la biodiversité et de réduire le développement des mauvaises herbes.

      Cette façon de faire de l’agriculture implique une réduction du travail du sol notamment des opérations mécaniques réalisées pour préparer la terre avant les cultures. Cette réduction permettrait notamment de préserver la structure et la biodiversité des sols, de limiter l’érosion, de diminuer les émissions liées à l’usage des machines agricoles et de favoriser la séquestration du carbone dans les sols.

      Conçu pour anticiper des enjeux comme la réduction des pesticides ou l’amélioration du bilan carbone, ce dispositif de La Cage permet de tester et d’ajuster des pratiques innovantes en fonction des objectifs et de l’évolution des connaissances.

      Chaque système combine différents leviers techniques (rotation des cultures, travail du sol, fertilisation, etc.) qui interagissent entre eux : par exemple, la stratégie de fertilisation dépend de la densité de semis choisie, car une densité plus élevée entraîne une compétition accrue entre plantes et modifie leurs besoins en nutriments.

      L’agriculture biologique mise, elle, sur les légumineuses pour compenser l’absence d’engrais azotés, car celles-ci (pois, trèfle, luzerne, féverole, etc.) fixent naturellement l’azote de l’air ce qui permet d’enrichir les sols en azote pour les cultures suivantes.
      Quelles performances agronomiques des systèmes expérimentaux de La Cage ?

      Les rendements des principales espèces cultivées, notamment blé, maïs, colza et pois, ont ainsi été mesurés chaque année, offrant une série temporelle robuste pour comparer la productivité des systèmes contrastés.

      Dans les systèmes avec bas niveau d’intrants, sous couvert végétal et en agriculture biologique, les séries de rendements montrent généralement une variabilité plus élevée et des niveaux moyens de rendement inférieurs au système productif (Cf. Figure 1). Par contre, les marges peuvent être importantes et surpasser nettement le système productif. C’est notamment le cas avec l’agriculture biologique, car le prix de vente du blé bio est en règle générale nettement plus élevé que le conventionnel.

      Dans le système sous couvert végétal, la restitution au sol des résidus de culture (tiges, feuilles mortes, racines) (https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/26395940.2021.1948354) et des couverts végétaux contribue à la fertilité des sols. Cependant, ces restitutions influencent également la disponibilité des éléments nutritifs pour les cultures suivantes, ce qui peut entraîner des variations interannuelles des rendements.

      Dans les systèmes biologiques et sous couvert végétal, l’introduction de légumineuses permet de capter l’azote atmosphérique, un élément essentiel à la croissance des plantes, modérant ainsi partiellement les déficits d’apport d’engrais azotés (https://www.frontiersin.org/journals/plant-science/articles/10.3389/fpls.2016.01700/full).

      Par ailleurs, les systèmes sous couvert permanent sans travail du sol montrent des effets positifs sur la structure du sol, notamment par l’amélioration de la stabilité des agrégats et l’augmentation de la porosité, favorisant ainsi l’infiltration de l’eau et l’activité biologique du sol. Ces bénéfices doivent être mis en balance avec des défis techniques comme la gestion des couverts, qui sont en compétition pour l’eau et les nutriments avec les cultures principales et le défaut de maîtrise des mauvaises herbes (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S037842900900166X).

      Globalement, l’analyse agronomique et économique de La Cage confirme que certains systèmes de culture diversifiés peuvent atteindre des niveaux de rentabilité équivalents au système productif, sur la culture du blé et à l’échelle de la rotation, tout en améliorant certains aspects de durabilité. Ces résultats illustrent aussi l’importance de considérer des séries longues de données pour intégrer la variabilité climatique et les effets cumulatifs des pratiques de gestion, la restitution des résidus de culture au sol et la dynamique des cultures successives.

      Mais qu’en est-il de ces maladies qui peuvent ravager les cultures et qui restent encore souvent les bêtes noires des agriculteurs ? Considérant, par exemple, la septoriose du blé, nos résultats montrent les limites des systèmes productifs très vulnérables dès que l’on n’utilise plus de pesticides.

      La gestion des maladies

      La septoriose du blé est une maladie fréquente qui dépend fortement du climat. Sa gestion repose sur différents leviers (choix variétal, pratiques culturales, fongicides). Les systèmes productifs très dépendants des traitements sont les plus touchés lorsque l’on retire l’usage des pesticides. Des systèmes, comme le semis sous couvert, limitent mieux la maladie, car il permet aux microorganismes (bactéries, champignons, faune du sol) de rentrer en compétition avec les agents pathogènes ou de limiter leur développement. Ainsi, réduire les pesticides n’entraîne pas forcément plus de maladies, à condition d’adapter les pratiques. Globalement, c’est la cohérence du système agricole dans son ensemble qui permet une gestion durable des maladies.

      Notre étude confirme également d’autres bénéfices aux pratiques agroécologiques. Le premier concerne le carbone qui est stocké dans les sols agricoles et qui représente aujourd’hui un enjeu majeur pour l’atténuation du changement climatique.
      Quel bilan carbone ?

      De fait, une partie non négligeable du carbone séquestré par les plantes lors de la photosynthèse finit dans le sol par l’intermédiaire des racines. Les résidus de culture aériens (tiges, feuilles mortes…) constituent un autre apport en carbone dans les sols. Mais selon les techniques agricoles utilisées, la pérennité de ce stock de carbone peut fluctuer.

      Le carbone stocké dans le sol est un des déterminants majeurs de sa fertilité, qu’elle soit physique (maintien de la structure), chimique (fourniture de nutriments) ou biologique (ressource pour les organismes vivants).

      En l’absence d’apports d’effluents organiques issus de l’élevage, le bilan carbone d’un système de culture découle seulement du niveau des entrées et des pertes à l’échelle de la parcelle. Les entrées correspondent donc aux résidus (aériens et souterrains) des cultures et des couverts végétaux. Les pertes correspondent à la minéralisation des matières organiques du sol sous l’action des microorganismes qui peuplent la terre, la décomposent et la transforment en éléments minéraux.

      Les systèmes de culture de La Cage présentent des dynamiques contrastées d’apports de carbone au sol (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0167880916303760), étroitement liées à la productivité des cultures, à la place des légumineuses et des couverts végétaux.

      Plus les rendements sont élevés, plus il y a des résidus de culture restitués au sol. C’est donc le système productif qui produit le plus de résidus riches en carbone. Toutefois, cette réalité est compensée dans les systèmes ayant des couverts végétaux. Dans le système sous couvert, les apports totaux de carbone sont au final estimés à un niveau supérieur à celui des autres systèmes, grâce à l’apport de ces couverts. Au final, le stock de carbone augmente dans le temps dans le système en agriculture biologique et encore plus dans le système sous couvert végétal, alors qu’il reste stable dans les deux autres systèmes.
      Quels effets sur la biodiversité du sol ?

      Au-delà de la gestion des maladies et de l’apport en carbone des sols, notre étude met également en évidence un autre bénéfice majeur des pratiques agroécologiques : leur effet positif sur la biodiversité du sol.

      La biodiversité du sol comprend une multitude de taxons de taille extrêmement variable et qui remplisse des fonctions diverses. Les vers de terre qui constituent l’essentiel de la macrofaune du sol sont les plus souvent étudiés et sont considérés comme des acteurs majeurs du fonctionnement du sol compte tenu de leur rôle de fouisseur et transformateur de la matière organique. Les pratiques agricoles, en particulier le travail du sol, l’apport de matière organique et l’usage de pesticides, sont de longue date reconnues comme ayant un impact majeur dans le maintien de ces populations.

      Le système sous couvert végétal, sans travail du sol, se distingue par des abondances et biomasses nettement plus élevées de vers de terre anéciques et épigés (https://link.springer.com/article/10.1051/agro/2008069), de trois à sept fois supérieures à celles observées dans les systèmes productif et biologique avec du travail du sol, et ce, seulement une dizaine d’années après l’implantation de l’essai. Cette augmentation s’accompagne également d’une diversité en espèces de vers de terre.

      En agriculture biologique, l’augmentation des populations de vers de terre est plus lente. Mais après plus de quinze ans de conduite, ce système peut héberger entre 1,5 et 2,3 fois plus de vers de terre que le système productif (https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0929139314003473), selon les variations interannuelles liées au climat.

      Par ailleurs, les changements de pratiques agricoles mettent souvent plusieurs années à se traduire par des modifications significatives des communautés de vers de terre. Ces résultats soulignent l’importance des dispositifs expérimentaux de long terme pour évaluer de manière robuste l’impact des systèmes de culture sur la biodiversité des sols.
      Que retenir ?

      Les essais systèmes sont des outils clés pour tester et évaluer des solutions agroécologiques. Sur le long terme, ils montrent qu’il est possible de produire avec moins de pesticides, d’azote et d’énergie, tout en assurant une marge économique pour l’agriculteur, un stockage de carbone et l’accroissement de la biodiversité dans les sols.

      Le dispositif évolue pour répondre à ces enjeux qui se posent aujourd’hui à l’agriculture et en lien avec la demande sociétale : produire sans apport d’azote, sans travail du sol, aller vers une agriculture sans pesticides, concilier production et biodiversité. Des nouveaux systèmes abordant ces thématiques sont en cours de conception avec la profession agricole.

      https://theconversation.com/produire-de-grandes-cultures-en-agroecologie-de-maniere-rentable-ce

    • La Cage (UMR Agronomie)

      Observatoire d’évaluation des performances et des impacts de quatre systèmes de culture (conventionnel, bas niveau d’intrants, biologique et sans travail du sol). Suivi des niveaux de production, des performances économiques, des émissions de GES, de la dynamique des organismes du sol...

      https://www.pluginlabs-universiteparissaclay.fr/fiche/la-cage-umr-agronomie
      #agronomie

  • Derrière l’IA, les sacrifiés du smartphone

    Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Autrice de La Ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (Seuil, 2024), elle a participé à l’élaboration du programme de «  désescalade numérique  » en amont des municipales 2026. Pour Socialter elle a choisi d’analyser le #film Les Sacrifiés du smartphone projeté lors de Numérique en lumière, le festival de films documentaires consacré aux droits humains bafoués dans l’industrie du numérique.

    Le #capitalisme a inventé les #pollutions_invisibles. Des perturbations imperceptibles par nos sens et qui pourtant sont des menaces existentielles  : la #radioactivité, la #pollution_chimique, le #réchauffement_climatique. Cette #invisibilité est la clé de son #impunité  : pas vu pas pris, comme on dit. Capitalisant sur ces pollutions invisibles, l’#économie_numérique, elle, a fait un pas de plus en inventant les #pollutions_inimaginables.

    J’appelle pollutions inimaginables ces impacts qui sont non seulement imperceptibles aux sens, mais aussi à l’#imagination. Prenez par exemple ces petites étoiles féériques qui dansent devant mes yeux quand j’ouvre mon navigateur  : l’intelligence artificielle générative (IAG). Si je clique, mon courrier va s’écrire, mon texte va se traduire, mon image va s’animer. Qui peut se représenter le concentré de #ressources_naturelles, de #souffrances et d’#exploitation humaines, de #produits_chimiques, d’#énergie qu’il y a derrière ces petites étoiles  ?

    Pour le saisir, il faudrait pouvoir faire apparaître, dans une seule pensée, ce qui rend possible l’IA. Il faudrait faire surgir dans l’imagination les #mines gagnées sur la forêt tropicale birmane, indienne ou congolaise, les usines métallurgiques crachant le feu, les étendues grises de #résidus_toxiques, les galettes de #silicium issues du #travail_forcé du #Xinjiang, les entrepôts de #data_centers carburant au charbon, à l’#eau de nappes presque épuisées, etc. C’est long d’expliquer tout ça, de le rendre présent à l’esprit – à l’esprit qui justement est tenté d’économiser sa pensée, là, d’un clic, pour gagner du temps.

    D’où vient la #puissance_de_calcul instantanée d’une appli d’IA  ? D’entrepôts de données où s’empilent des millions de #serveurs où sont concentrés des milliards de #circuits_électroniques, contenant eux-mêmes des centaines de milliers de #cartes_graphiques qui concentrent à leur tour des dizaines de milliards de #transistors.

    Le principal fabricant de serveurs informatiques destinés aux data centers est l’entreprise taïwanaise #Foxconn, alias #Hon_Hai_Precision_Industry, qui emploie plus d’un million de personnes en #Chine. C’est le sous-traitant historique d’#Apple, de #Microsoft, de #HP, de #Sony – le fabricant d’à peu près tous les #objets_électroniques que nous avons tenus entre nos mains depuis les années 2000. Aujourd’hui, Foxconn fournit toute la galaxie de l’IA en serveurs, de #Nvidia à #OpenAI, en passant par les data centers d’#Amazon.

    En 2010, Foxconn s’est fait connaître au monde par une épidémie de #suicides  : 17 ouvriers de sa méga-usine d’iPhone de Shenzhen se sont jetés par les fenêtres, 14 sont morts. Depuis ce temps, les balcons des dortoirs ont été condamnés. Mais les jeunes continuent d’arriver de leurs campagnes pour se retrouver coincés dans ses chaînes de production. Le désespoir de ces vies gâchées est le sujet du film Les Sacrifiés du smartphone [titre original Complicit] (2017), qui a été projeté récemment à Paris à l’occasion du festival de cinéma «  Numérique en lumière  : une autre réalité  ».

    Les réalisatrices Heather White et Lynn Zang ont filmé pendant trois ans la vie d’#ouvrières de Foxconn. Arrivées à 18 ans, Xiao, Ya et Fan ont travaillé plusieurs années pendant douze à seize heures par jour. Puis tout s’est arrêté – littéralement. Elles ont contracté des troubles neurologiques, des paralysies, à force d’astiquer les cartes graphiques, les led, les écrans, avec des solvants et des détergents  : benzène, méthanol, xylènes, trichloroéthylène...

    Selon la Global Electronics Association, un objet électronique peut nécessiter 1 000 produits chimiques différents. Foxconn nie toute #responsabilité. Comme les milliers d’ouvrières et d’ouvriers malades des toxiques utilisés dans l’électronique, Xiao, Ya et Fan n’osent pas rentrer chez elles, pour ne pas faire de peine à leurs parents, qui avaient tout misé sur elles.

    Sur mon écran, les petites étoiles de fée se remettent à clignoter.

    https://www.socialter.fr/article/les-sacrifies-du-smartphone-documentaire-intelligence-artificielle-ouvrier
    #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #conditions_de_travail

  • Comment Macron a exposé la jeunesse à la mort au #Travail
    https://frustrationmagazine.fr/jeunesse-travail

    Vendredi 17 avril, un adolescent de 15 ans est mort durant son stage d’observation qui se déroulait dans une entreprise de BTP. Scolarisé en lycée professionnel, il avait été mis au volant d’un chariot élévateur dont il a perdu le contrôle. Quelques jours plus tard, un jeune homme de 22 ans trouvait la mort dans […]

  • Nei campi della #Piana_del_Sele si continua a morire di sfruttamento e indifferenza

    A metà aprile un uomo di 36 anni di nazionalità indiana sarebbe stato abbandonato davanti all’ospedale Ruggi di Salerno con le gambe in cancrena e l’infezione agli organi interni. Un orrore che ricorda i fatti di #Satnam_Singh, il giovane lavoratore morto nell’Agro Pontino nell’estate 2024. La risposta della istituzioni è ancora oggi stentata, l’#omertà domina, in una delle aree agricole più produttive del Paese, regno della cosiddetta “#quarta_gamma

    Venerdì 17 aprile alcuni articoli della stampa locale diffondono la notizia che un uomo di 36 anni di nazionalità indiana sarebbe stato abbandonato davanti al Pronto soccorso dell’ospedale #Ruggi_di_Salerno con le gambe in avanzato stato di cancrena e l’infezione che avrebbe toccato gli organi interni. L’ennesima tragedia dello sfruttamento nei campi d’Italia.

    Sembra un fulmine a ciel sereno che scatena un piccolo terremoto, portando ad un’interrogazione parlamentare ai ministri del Lavoro e dell’Agricoltura da parte del deputato di Avs Franco Mari, a un appello della responsabile Lavoro nella segreteria nazionale del Partito democratico Maria Cecilia Guerra che richiede un solido programma di contrasto che parta dall’abolizione della Bossi-Fini e promuova controlli sistematici sul lavoro irregolare, e a uno della Cgil. Risposte ai quesiti posti non ne sono ancora arrivate.

    Le indagini della Squadra mobile di #Salerno sono in corso e secondo fonti della questura l’uomo sarebbe stato accompagnato al Ps nella notte tra il 10 e l’11 aprile da persone che lo conoscevano. Sarebbe in possesso di documenti ma non è possibile conoscere né l’identità della persona né chi l’abbia accompagnato. Secondo le notizie più recenti, che filtrano a fatica, le condizioni di questa persona sarebbero in leggero miglioramento. Ogni ipotesi è ancora sul tavolo degli inquirenti, compresa quella di un incidente sul lavoro non denunciato, e di un trasporto in ospedale tardivo dopo qualche tentativo di curare le ferite.

    A provocare un quadro clinico di tale gravità potrebbe essere stato il contatto non protetto e prolungato con diserbanti o altre sostanze chimiche utilizzate in agricoltura o in zootecnia.

    “Dobbiamo avere risposte da istituzioni e organismi inquirenti. Non possiamo abbandonare e dimenticare questa persona e i motivi per cui si trova in questo stato. Sfruttamento, caporalato, povertà? Non sappiamo, ma dobbiamo sapere e con certezza”, spiega il sociologo Gennaro Avallone, docente dell’Università di Salerno da anni impegnato a studiare le condizioni di vita e di lavoro dei lavoratori migranti della piana.

    “Voci e ipotesi aiutano all’inizio ma, poi, se non si trasformano in certezza, possono diventare un motivo per abbassare l’attenzione pubblica e politica. Abbiamo bisogno di sapere, ne abbiamo bisogno tutti, a partire dalla popolazione immigrata e da chi vive di lavoro. Mi aspetto, pertanto, risposte istituzionali a breve, a partire dagli esiti delle indagini di polizia”.

    Sono parole forti che spiegano anche come mai quello che sembrava un terremoto non sembra aver scosso più di tanto l’ambiente istituzionale. Aleggia un’ombra di omertà, un muro di gomma che attutisce ogni episodio riguardante i lavoratori migranti della zona rendendolo un piccolo sommovimento. E facendo cadere nel dimenticatoio questa terra in cui i fratelli di Satnam Singh muoiono da anni nel silenzio, lontano dai riflettori, ed insieme a loro tanti altri lavoratori migranti.

    La Piana del Sele, così poco conosciuta, con i suoi circa 450 chilometri di estensione, è una delle aree agricole più produttive d’Italia. Non è l’oceano di plastica che sommerge Almeria, in Spagna, ma un mare relativamente più piccolo di estensione, oltre seimila ettari di serre a costellare lo spazio che va da #Pontecagnano a #Capaccio dall’altra lungo il mare, spingendosi all’interno fino a #Montecorvino e #Battipaglia. Regno della cosiddetta “quarta gamma” italiana, rappresenta un avamposto dell’agro-industria nazionale che per quote di esportazione primeggia sui mercati europei, oltre ad essere uno dei centri della zootecnia di qualità.

    Un mare che dietro a onde apparentemente più tranquille sommerge tra sfruttamento ed indifferenza centinaia di lavoratori migranti.
    Quanti? È difficile da capire, con una comunità indiana di oltre tremila persone e quasi duemila lavoratori migranti di altre nazionalità che vivono nel solo territorio di #Eboli. Tanti vivono all’interno delle aziende, in catapecchie disseminate nel territorio tra le strade strette che portano da una serra all’altra e quelle che si inerpicano tra campagna, allevamenti e caseifici. O in luoghi come #Campolongo, nella periferia di Eboli, dove i lavoratori migranti trovano un alloggio, per quanto precario, tra case abusive e baracche. Tanti sono morti nei campi o per cause non ancora accertate ma strettamente legate alle condizioni di vita. Almeno sei solo in questo anno e mezzo ma le organizzazioni del territorio ne segnalano un numero maggiore, anche se difficilmente verificabile senza l’aiuto delle autorità locali.

    Tra questi #Manjinder_Singh_Rimpa, lavoratore indiano morto schiacciato da un trattore l’8 novembre 2024 in un’azienda della zona. Era originario del villaggio di Tashpur, nel Punjab e da tempo viveva in Italia insieme alla sua famiglia. Le reali circostanze della morte sono ancora oggi da chiarire. Come quelle se possibile ancora più inquietanti che riguardano un altro lavoratore indiano, il cui corpo è stato ritrovato all’interno di una vasca di raccolta del letame l’8 luglio scorso, in un’azienda bufalina in località Borgo San Lazzaro a Serre, poco distante da Eboli. Secondo le ricostruzioni, il corpo ormai in avanzato stato di decomposizione è stato ritrovato quando alcuni lavoratori hanno attivato un macchinario per svuotare la vasca allagata dall’abbondante acqua piovana caduta nelle ore precedenti.

    Tra questi due episodi, almeno altre due morti, una il 13 maggio 2025 a Positano che ha riguardato un lavoratore di origine indiana di 54 anni, e quella del venticinquenne #Sandhu_Gurmeet_Singh, lavoratore sempre indiano che abitava e lavorava in un’azienda agricola ad #Altavilla_Silentina, paese confinante con Serre, ritrovato senza vita lungo le rive del fiume Calore, nascosto tra i rami. Attivisti e realtà del territorio sono impegnate da tempo alla ricerca di risposte ma fino ad ora non hanno ricevuto nulla, mentre la piana del Sele sta diventando un buco nero che inghiotte al suo interno vite, diritti e verità.

    E non bisogna neanche andare così indietro nel tempo per rendersi conto della drammaticità della situazione. Il 14 aprile, mentre il lavoratore indiano portato al Ruggi stava lottando tra la vita e la morte, in una catapecchia nei pressi di Campolongo veniva infatti ritrovato il corpo di un giovane cittadino straniero, in avanzato stato di decomposizione. Quando sono arrivate le forze dell’ordine hanno potuto constatare come il corpo si trovasse lì da almeno un paio di settimane ma al momento le autorità non hanno ancora reso note le generalità ufficiali del giovane. Secondo fonti locali si tratterebbe di #Adama_Coulibaly, un ragazzo di origine maliana, costretto a nascondersi perché privo di regolare titolo di soggiorno e a lavorare accontentandosi di qualche impiego in nero nelle aziende della zona. Mary Coulibaly, cugino del ragazzo, lui sì fortunato possessore di titolo di soggiorno, racconta che negli ultimi tempi non si vedeva molto in giro, aveva detto che sarebbe partito altrove in cerca di qualche altro lavoro. Lo shock è stato forte, e forse appellandosi a questo motivo si rifiuta di riconoscere quel corpo come quello di Adama.

    Resta il dramma e la sensazione che si poteva fare qualcosa per aiutarlo, come sicuramente si poteva fare qualcosa per aiutare #Badhan_Sameer, un ragazzo indiano che viveva per strada, trovato morto in piazza della Repubblica ad Eboli il 2 marzo scorso. Aveva da poco compiuto 40 anni, le prime valutazioni del medico legale e degli inquirenti parlano di cause naturali, aggravate dalle precarie condizioni di vita all’aperto e dal freddo del periodo. Anche in questo caso, ci vorrà tempo per chiarire le cause materiali di queste morti, non è difficile però legarle alla disumana realtà con cui i lavoratori migranti sono costretti a confrontarsi in Italia. Ma tutte, sono storie che ci parlano di condizioni di lavoro precarie, emarginazione, sofferenza, sfruttamento, mancate risposte da parte delle istituzioni.

    Fino ad ora, malgrado alcuni progetti siano in fase di definizione, non ci sono strutture in grado di fornire soluzioni a chi vive queste condizioni di marginalità estrema. Fonti del’amministrazione comunale ebolitana indicano come almeno il progetto legato ai fondi Pnrr della misura dedicata alla fuoriuscita dagli insediamenti abusivi si stia avviando verso la sua definizione, ma anche su questo ci sono poche certezze. L’unica cosa certa è che i fondi sono stati autorizzati dalla struttura commissariale ma che il Comune non ha mai ritenuto necessario rispondere alle richieste di accesso civico generalizzaato presentategli nel corso dell’ultimo anno.

    https://altreconomia.it/nei-campi-della-piana-del-sele-si-continua-a-morire-di-sfruttamento-e-i

    #exploitation #agriculture #Italie #décès #industrie_agro-alimentaire #travailleurs_immigrés #conditions_de_travail #conditions_de_vie

  • Les sauveteurs roumains au secours des fugitifs ukrainiens dans les montagnes du #Maramureș

    Depuis le déclenchement de l’invasion russe en février 2022, la #Roumanie a vu affluer des millions de #réfugiés_ukrainiens. Si beaucoup n’ont fait que transiter vers l’Ouest, d’autres, souvent de jeunes hommes fuyant la conscription, ont tenté de franchir illégalement la frontière montagneuse par les monts Maramureș, dans le nord de la Roumanie.

    Une traversée périlleuse, marquée par la #peur, l’#épuisement et les #conditions_météorologiques extrêmes. Des dizaines y ont laissé leur vie. D’autres, près de 300, doivent leur salut à une poignée d’hommes déterminés : les #sauveteurs de montagne roumains.

    Un engagement total à tous les niveaux

    Dan Benga, chef du service de secours en montagne du Maramureș, se souvient de la première alerte, en avril 2022 :

    « Grâce au numéro 112, nous avons été informés que quelque part dans les montagnes, dans la région du pic Pop Ivan, il y a des ressortissants ukrainiens qui ont besoin de notre aide et qui sont dans un état assez précaire, ayant un équipement de printemps-été, pas d’hiver. Il neigeait assez fort là-haut, deux d’entre eux avaient même des problèmes médicaux assez graves, l’un était inconscient et l’alerte a été donnée, comme jamais auparavant, le soir, ce qui nous a donné du fil à retordre, d’autant plus qu’ils étaient dispersés sur tout le terrain et que nous n’avions pas les coordonnées de tout le monde. C’était une action extrêmement difficile, parce que tout se faisait contre la montre, et le problème était que la zone était extrêmement dangereuse, avec des ravins de 400-500 mètres, avec des falaises d’où deux d’entre eux étaient tombés, avec une avalanche qui s’est déclenchée quand l’un d’entre eux s’est levé et a voulu traverser la zone… C’était donc le début d’un voyage, pour ainsi dire, de trois ans et deux mois, jusqu’à aujourd’hui, qui a mis à l’épreuve nos capacités, notre entraînement physique, notre entraînement mental, notre empathie… absolument tout ce qui est lié à notre travail. »

    Les opérations s’enchaînent, souvent longues, risquées, exténuantes. Certaines durent huit, douze, seize heures… D’autres atteignent des records : 133 heures d’intervention autour de Noël 2022 pour sauver cinq jeunes hommes et récupérer deux corps. Tous les moyens disponibles sont mobilisés : avions #Frontex, hélicoptères Smurd avec ou sans treuil, équipes de terrain. Dan Benga se souvient avec intensité d’un #sauvetage en pleine tempête :

    « J’ai réussi à évacuer un Ukrainien qui avait de graves problèmes médicaux et qui ne pouvait pas arriver jusqu’au matin. Je suis resté sur la falaise en attendant que l’hélicoptère vienne nous chercher, moi et le deuxième Ukrainien, mais en raison des conditions météorologiques extrêmement difficiles et défavorables, avec un brouillard qu’on ne pouvait pas voir à 2 mètres, avec une tempête de neige venue de nulle part, mes collègues ont dû me laisser sur la falaise et m’ont dit qu’ils ne pourraient pas venir me chercher avant 32-34 heures, parce que le temps avait radicalement changé et qu’il fallait que je redescende. J’ai alors pris la décision de dire à l’homme que s’il voulait vivre, il devait venir avec moi, parce que je voulais vivre, et que s’il voulait mourir, il pouvait rester là, mais que je ne voulais pas le laisser mourir et que j’allais l’attacher à moi et l’entraîner avec moi dans ma chute. Et dire que pour quelqu’un qui va se promener, 1,3-1,4 kilomètre, ce n’est rien. Eh bien, j’ai fait ce kilomètre et ces 400 mètres en 16 heures environ. »

    Fuir la guerre, affronter la mort

    L’histoire qui a ému le monde entier est celle de ce jeune journaliste ukrainien de 29 ans, retrouvé vivant au fond d’un ravin glacé, avec un chat recroquevillé contre sa poitrine nue pour lui tenir chaud :

    « Un garçon est tombé dans un ravin, il était allongé dans ce ravin, l’eau lui arrivait dans la nuque et traversait son pantalon jusqu’aux jambes, il ne pouvait plus bouger. Nous ne pouvions pas travailler avec l’hélicoptère, car celui-ci ne pouvait pas s’approcher à moins de 200 mètres de lui. Une équipe s’est occupée du sauvetage au sol. Ils l’ont examiné, il était en hypothermie, il faisait moins 16 degrés et lorsque nous l’avons déshabillé, nous avons trouvé un chat sur sa poitrine, sur sa peau nue, qui était resté là, affamé, le pauvre, pendant environ quatre jours. Mes garçons ont grimpé 412 mètres dans le ravin en sept heures et demie. Quatre terrains de football, c’est 400 mètres. Parcourir 400 mètres en sept heures et demie, même en tirant la civière avec les dents, parce que vous n’aviez nulle part où vous attacher, l’attache étant un point d’assurance… Eh bien, je l’ai descendu, il est allé à l’hôpital, le garçon s’est rétabli, il est en Autriche maintenant. Chaque fois qu’il voit une autre action de sauvetage, étant amis sur Instagram, il nous remercie parce que nous avons sauvé sa vie et plus encore, il a je ne sais pas combien de dizaines de milliers de followers, au lieu de cela il suit une seule structure – Salvamont Maramureș – et cela dit tout. »

    Jusqu’à présent, les sauveteurs de Maramureș ont conduit plus de 200 opérations de sauvetage de réfugiés ukrainiens. Tous sont traités selon des protocoles identiques à ceux des touristes en détresse. Mais la portée humaine et psychologique de ces interventions est immense : ces jeunes fuient non pas pour un avenir meilleur, mais pour sauver leur vie.

    « Ces gens ne viennent pas pour s’amuser. Ils viennent pour survivre, et vous mangez des brindilles, vous mangez tout ce que vous pouvez trouver sur le sol, vous mangez des insectes, vous buvez de l’eau que vous n’iriez probablement pas boire dans la vie ordinaire, une flaque d’eau éventée… Bien sûr, en Ukraine, il y a un état de guerre, et l’une des règles est de ne pas s’approcher à moins de 5 kilomètres de la frontière. Ces garçons qui ont l’âge d’être conscrits ne peuvent pas aller dans les montagnes avec un équipement de montagne ou d’hiver, parce qu’il serait honteux de traverser une ville où il y a la police militaire ou les forces armées et de vous voir avec un sac à dos, des bottes et des crocs. Ils vous demanderaient clairement ʹman, il fait 7-8 degrés, 10 degrés dehors, qu’est-ce que vous faites avec cet équipement, où allez-vous ?ʹ Et puis, ils arrivent habillés pour la rue, avec des chaussures de toile, des jeans, des pantalons de quai, il y en a qui vont travailler et qui ont des bottes en caoutchouc aux pieds…. à moins 26 degrés, c’est la recette parfaite pour une hypothermie sévère en moins de 24 heures, des engelures et l’amputation des jambes. Et j’ai connu des situations comme celle-là ! Et pas une seule ! »

    Sur les 120 kilomètres de frontière montagneuse entre la Roumanie et l’Ukraine, le service de secours en montagne de Maramureș couvre une zone de 5 000 km². Pourtant, il ne compte que 18 sauveteurs professionnels et 32 volontaires. À titre de comparaison, le Tyrol en Autriche, pour une surface équivalente, en mobilise plus de 1 100. Ce déséquilibre, Dan Benga le résume d’un trait : « Cela signifie que les sauveteurs en montagne roumains sont à la fois très bien formés, fous et passionnés. »

    https://www.rri.ro/fr/chroniques-hebdomadaires/societe/les-sauveteurs-roumains-au-secours-des-fugitifs-ukrainiens-dans-les-montagnes-du
    #montagnes #montagne #Carpates #réfugiés #migrations #frontières #réfugiés_ukrainiens

    • Dans les montagnes roumaines, la périlleuse traversée de déserteurs ukrainiens

      L’un appelle à l’aide frigorifié, deux autres ont péri dans leur fuite : dans les montagnes du nord de la Roumanie, de plus en plus de jeunes Ukrainiens risquent leur vie pour échapper aux nouvelles règles de mobilisation.

      « Beaucoup disent qu’ils préfèrent mourir ici qu’aux combats », confie à l’AFP Dan Benga, responsable des secours dans cette région isolée des monts du Maramures qui borde l’Ukraine. « Ce sont des gamins qui ne savent pas tenir un fusil et ont peur d’aller au front ».

      A 1.600 mètres d’altitude, il vient récupérer les corps de deux hommes retrouvés par la police des frontières 300 mètres plus haut.

      Dans la nuit noire, ils arrivent sur des brancards, enveloppés dans des sacs noirs, au bout de plusieurs heures de marche pour l’équipe.

      Ce même soir, crépite sur la ligne d’urgence le message de détresse d’un Ukrainien de 21 ans bloqué dans ce massif sauvage des Carpates. « J’ai si froid », l’entend-on dire d’une voix tremblante en anglais. Trois jours qu’il arpente ces terres hostiles encore enneigées.

      Dan Benga le localise et envoie trois de ses hommes à sa recherche. Il sera secouru le lendemain, le 37e à l’être dans cette zone cette année.

      Pas un jour ou presque ne se passe sans de macabres découvertes ou un appel à l’aide.

      « C’est une tragédie », souffle le secouriste barbu de 55 ans, craignant que la fonte des neiges ne révèle d’autres cadavres. « Ils ne sont pas correctement équipés, ils n’ont ni habits de rechange ni provisions ».

      – 23 morts -

      Confrontée à une pénurie d’armes et d’hommes au moment où la Russie a l’initiative et multiplie les assauts sur le front, l’Ukraine a récemment pris des mesures pour faciliter l’enrôlement et davantage sanctionner les réfractaires. Elle a aussi abaissé de 27 à 25 ans l’âge minimal des recrues.

      De quoi pousser sur les routes des milliers d’Ukrainiens vers les pays voisins.

      La seule Roumanie a vu doubler le nombre d’arrivées illégales au cours des quatre premiers mois de 2024 comparé à la même période un an plus tôt : près de 2.500 hommes ukrainiens ont été recensés, pour un total de 12.000 depuis le début de la guerre.

      Officiellement, ceux âgés de 18 à 60 ans n’ont pas le droit de quitter le territoire, sauf autorisation spéciale, en vertu de la loi martiale qui prévoit des peines allant jusqu’à douze ans de prison.

      Vingt-trois de ces déserteurs sont morts dans leur traversée, de froid dans les montagnes ou de noyade dans la rivière Tisza (Tyssa en ukrainien) en contrebas, qui sépare les deux pays.

      Les forts courants et l’eau glaciale emportent souvent des vies. Pourtant chaque jour, les gardes-frontières y rencontrent de 50 à 60 hommes en fuite.

      Parmi eux, un gaillard d’une quarantaine d’années originaire d’Odessa explique avoir déserté après un an sur le front. Sa main parcourue de cicatrices porte les stigmates des combats.

      Aucun des Ukrainiens rencontrés par l’AFP à la frontière n’a accepté de témoigner à visage découvert, par crainte de représailles.

      – « Cité de l’amour » -

      « Allez-vous nous renvoyer ? » : la demande revient souvent dans les services d’immigration mais une fois sur le sol roumain, ils sont en sécurité.

      Malgré la législation instaurée par Kiev, on ne leur pose pas de questions et ils reçoivent un titre de protection temporaire à l’instar des autres réfugiés ukrainiens accueillis dans l’Union européenne, leur donnant le droit de rester sur place et de travailler.

      Dans le centre qui gère les demandes de la zone, « la procédure prend environ cinq minutes », explique sa directrice Simona Chioran, alors qu’un homme de 29 ans portant sa fillette assoupie dans les bras effectue les démarches.

      Une fois munis de leurs papiers, nombreux sont ceux qui partent vers d’autres pays, raconte l’un de leurs compatriotes, croisé dans une pizzeria près du poste-frontière de Sighetu Marmatiei.

      Lui a fui juste avant le lancement de l’offensive russe et donne parfois un coup de main aux nouveaux venus.

      Le week-end, les femmes restées en Ukraine rendent visite à leurs maris et leur apportent des choux farcis faits maison.

      « On se croirait alors à Paris, dans la cité de l’amour », s’amuse-t-il.

      https://www.larepubliquedespyrenees.fr/societe/afp/dans-les-montagnes-roumaines-la-perilleuse-traversee-de-dese
      #désertion #déserteurs

    • Soldats ukrainiens : la grande évasion

      Plus de 250 000 soldats ukrainiens auraient quitté le front depuis 2022, épuisés, traumatisés. Parmi eux, certains fuient vers la Roumanie à travers les montagnes des Carpates. « Envoyé spécial » a suivi d’anciens militaires dans leur quête d’évasion.

      Clandestinement, des centaines de milliers de soldats ukrainiens quittent le front, épuisés, traumatisés par cette guerre qui s’enlise depuis quatre ans. Déserteurs ou en absences non autorisées, ils seraient plus de 250 000 à s’être éclipsés du front depuis 2022 (soit près d’un soldat sur cinq sur le nombre de soldats engagés aujourd’hui dans la guerre).

      Pour ces évadés, il y a peu d’options : vivre cachés ou quitter le pays illégalement. Ils sont nombreux à choisir la fuite par un chemin inédit, celui de la montagne et des Carpates, direction la Roumanie. A pied, au péril de leur vie, ils traversent dans la neige ces monts escarpés à la recherche d’une liberté retrouvée loin de la guerre. Certains ne finissent jamais le voyage – on compte déjà 23 morts en quatre ans dans ces montagnes –, d’autres trouvent refuge en Roumanie et en Europe.
      Pénuries d’hommes, de moyens, d’armes... une guerre d’usure

      Pour la première fois à la télévision et en exclusivité dans « Envoyé spécial », des journalistes ont suivi deux anciens soldats dans cette quête d’évasion. D’abord clandestinement en Ukraine dans la préparation de cette traversée jusqu’au bout du parcours. Le long de ce chemin jalonné d’obstacles, les journalistes décryptent les rouages de cette route de sortie déjà bien connue des anciens militaires et de ceux qui veulent éviter la mobilisation forcée.

      Au gré des rencontres, une autre guerre se raconte : celle de la pénurie d’hommes, de moyens, d’armes, une guerre d’usure sans relève pour ceux qui s’y engagent, avec un commandement parfois corrompu ou sans compétences militaires. Des témoignages exceptionnels.

      https://www.franceinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/video-soldats-ukrainiens-la-grande-evasion_7910933.html#xtor=RSS-3-%5Bles
      #vidéo #reportage

    • Vidéos sur YouTube, groupes sur Telegram... En Ukraine, la fuite des hommes en âge de combattre s’organise en ligne

      https://www.franceinfo.fr/monde/europe/manifestations-en-ukraine/videos-sur-youtube-groupes-sur-telegram-en-ukraine-comment-la-fuite-des-h

      Sur YouTube, la cueillette de champignons semble être devenue la nouvelle passion d’Ukrainiens, avec une préférence pour les espèces trouvées sur le chemin de la Roumanie. De nombreuses vidéos aux titres énigmatiques circulent sur la plateforme, comme « Nous apprenons à cueillir des champignons en Roumanie », « J’ai décidé d’aller en Roumanie pour cueillir des champignons » ou encore « Comment récolter des champignons en Ukraine pour les vendre en Roumanie ». D’autres racontent les aventures de randonneurs ukrainiens qui traversent la frontière roumaine sans s’en rendre compte : « En randonnée dans les Carpates... Nous nous sommes retrouvés par hasard en Roumanie » mais aussi « Comment j’ai quitté l’Ukraine par accident pour la Roumanie »...

  • Le travail au temps de l’IA

    L’IA redéfinit les contours du travail, en radicalisant encore la #parcellisation des #tâches. Mais elle n’est pas une fatalité, qu’il faudrait accepter sans aucune critique. Il faut au contraire en appeler à des formes, renouvelées, de #résistance.

    Depuis quelques années, le sociologue du travail #Juan_Sebastián_Carbonell construit une réflexion originale sur les transformations technologiques du travail et les débats qu’elles suscitent. Auteur en 2018 d’une thèse en sociologie des relations professionnelles sur les accords de compétitivité dans l’industrie automobile française, il s’intéresse à l’origine aux effets sur les conditions de travail des nouveaux accords collectifs (dits « de compétitivité ») qui ont suivi la crise économique de 2008 [1], à partir d’une enquête de terrain auprès des ouvriers de l’usine PSA de Mulhouse.

    Dans la continuité de cette enquête classique de sociologie du travail, et à propos d’une branche d’activité qui n’a cessé d’être scrutée depuis 80 ans, l’auteur construit depuis une réflexion originale sur le travail, ses transformations technologiques, et les discours qui accompagnent sa supposée crise incessante, depuis qu’une série de prophètes et de futurologues comme Jérémy Rifkin ont commencé à annoncer sa « fin » dans les années 1990 !

    Engluée dans le mirage de la « société de la connaissance » et de l’explosion informatique, la fin du XXe siècle était traversée de débats et d’annonces tonitruantes sur la fin supposée du travail, et l’appel à sa réduction et son partage. Face à ces promesses relancées par l’essor en cours de l’IA, l’auteur appelle à la résistance, et à se défaire des mythologies technologiques, en cessant d’y voir un processus inéluctable pour en faire un sujet de débat politique.
    L’obscure « fin du travail »

    Depuis la fin du XXe siècle, la question du travail ne cesse d’être au centre de l’arène politique et médiatique, par la multiplication des annonces tonitruantes sur sa disparition ou sa transformation. Prenant à bras le corps ces débats, Juan Sebastián Carbonell s’est intéressé au changement technologique et à ce qu’il fait au travail. L’industrie automobile constitue le terrain parfait pour ce type d’enquête, dans la mesure où cette industrie très intensive en capital englobe également certains secteurs encore très intensifs en travail (assemblage, peinture).

    Dans Le Futur du travail, il explorait déjà en 2022 les innombrables fantasmes qui entourent depuis longtemps les débats sur le travail, autour de sa fin, de sa crise supposée alors même que les bouleversements technologiques ne cessent de réinventer le travail plutôt que de le faire disparaître [2]. Au-delà d’une « crise du travail », floue et incertaine, l’auteur montre qu’on n’assiste ni à une disparition ni à une crise du travail entretenue par les mirages technologiques, mais bien à sa réinvention sous l’impact des transformations capitalistes avec l’essor d’un nouveau prolétariat du numérique et de la logistique.

    Dans la continuité de plusieurs enquêtes de sociologie du travail, l’auteur s’attache aujourd’hui à montrer combien le numérique puis l’IA, loin de faire disparaître les travailleurs, tendent plutôt à redéfinir leur activité et leurs tâches en multipliant les formes de prolétarisation. Il prolonge ainsi les réflexions d’Antonio Casilli notamment, qui avait montré que l’externalisation du travail et sa fragmentation permise par l’automation numérique n’aboutissent pas au grand remplacement des humains par des machines, mais plutôt à un déplacement du travail vers ceux qu’il nomme les « tâcherons du clic [3] », ces travailleurs sous-payés, généralement situés dans les pays du sud et chargés de nourrir la machine en « taguant » des images ou en modérant les contenus. Pour comprendre les effets de l’IA sur le travail et l’emploi, Juan Sebastián Carbonell suggère de s’écarter du débat sur la fin du travail et la disparition des emplois en explorant d’abord comment le changement technologique dégrade le travail et les tâches réalisées. Comme le rappelle en effet l’auteur : « Le fonctionnement de l’IA générative, comme celui des autres IA, dépend très fortement du travail humain » (p. 111) à commencer par celui des artistes, des écrivains, des journalistes et des scientifiques dont les œuvres, même protégées par des droits d’auteurs, sont captées par les acteurs du secteur pour développer leur modèle.
    Prophètes et experts

    Dans son essai, Juan Sebastián Carbonell s’attaque de front à la question de l’IA, désormais au centre de tous les discours et de l’attention publique. Si l’intelligence artificielle existe depuis les années 1950 et la fameuse conférence de Dartmouth au cours de laquelle l’expression a été forgée, elle a connu une série d’hivers et de printemps successifs. Depuis 2022, et la mise à disposition d’interfaces comme ChatGPT qui se sont rapidement démocratisées, nous sommes entrés dans un moment d’essor considérable de ses usages. Si l’IA au sens strict n’existe pas et renvoie à plusieurs trajectoires techniques concurrentes – distinguant notamment « l’IA symbolique » vs « l’IA connexionniste » – on peut du moins, pour ses exemples actuels, reprendre la définition synthétique donnée par le ministère de l’Éducation :
    « tout service numérique fondé sur des algorithmes probabilistes, s’appuyant sur le traitement statistique de vastes ensembles de données sur lesquels ils sont entraînés et capables de produire des résultats comparables à ceux obtenus par une activité cognitive humaine [4]. »

    L’impact de l’IA sur les mondes du travail fait désormais l’objet d’une production éditoriale particulièrement importante, émanant de journalistes, de militants, de sociologues ou d’essayistes. Le sujet devient même un genre en soi auquel de plus en plus d’auteurs cèdent, chacun écrivant son essai sur l’IA, notamment pour chanter ses vertus, louer ses bienfaits, sa capacité à accroître la compétitivité et à améliorer la productivité. Des économistes spécialistes de « l’innovation », comme le récent « Nobel » d’économie Philippe Aghion, ne cessent de légitimer ce processus en appelant à lever tous les freins, en encourageant l’usage de l’IA au nom du vieil imaginaire du progrès et de la compétitivité internationale, laissant de côté les enjeux environnementaux et politiques soulevés par cette nouvelle trajectoire. Les habituels prophètes du numérique louent également les bienfaits de l’IA, et appellent à éviter toute frilosité pour ne pas prendre de retard dans la compétitivité globale [5].

    Un véritable fatalisme s’installe progressivement dans les discours et les pratiques des organisations, dans les grandes entreprises, dans l’éducation nationale, comme dans l’administration, sans qu’aucune objection ou doute ne soit permis. Soucieux de s’opposer à ce fatalisme technologique, et à mille lieues de ces approches, l’auteur mobilise les ressources de la sociologie pour questionner l’impact de l’IA sur l’organisation du travail, sur l’activité concrète des salariés, mais aussi sur les hiérarchies et formes de pouvoir qui encadrent leur activité. Après un retour particulièrement clair et synthétique sur la genèse de l’IA et son déploiement depuis les années 1950, il montre aussi comment s’opère la fabrique du rêve de l’IA porté par des entrepreneurs et des experts à la fois juges et partis, qui célèbrent la « révolution technologique » tout en en tirant profit pour faire carrière et obtenir des financements.
    Critique du « taylorisme numérique »

    Au sein de l’abondante production éditoriale sur l’IA, l’un des intérêts majeurs de l’essai de Juan Sebastian Carbonell est de replacer le déferlement en cours dans l’histoire longue de l’automatisation du travail. L’auteur défend la thèse que l’IA « n’est ni un outil de qualification, ni un instrument de polarisation, mais un outil de dégradation du travail entre les mains des entreprises, sous la forme d’un taylorisme augmenté » (p. 72). Pour l’auteur, l’IA représente d’abord une nouvelle frontière du taylorisme et de la rationalisation croissante, moins une rupture qu’une radicalisation du vieux projet de contrôle social qui a accompagné l’essor de l’industrialisation à partir de la fin du XIXe siècle. S’inscrivant dans les pas de la sociologie critique du travail inaugurée au XXe siècle par Georges Friedmann ou, référence majeure pour l’auteur, Harry Braverman, il s’efforce de penser ce que l’IA fait au travail, au-delà des promesses et des discours médiatiques hors sol.

    Au fil de l’ouvrage, il montre comment ce qu’on nomme l’intelligence artificielle tend à « simplifi[er], standardis[er] ou parcellis[er] » des métiers, indépendamment du niveau de qualification exigé pour les exercer. Pour cela il s’appuie sur l’étude de plusieurs univers socioprofessionnels qualifiés comme ceux des journalistes, des oncologues ou des traducteurs. Le cas des traductions automatiques, devenues emblématiques et objets d’une attention particulièrement poussée, montre combien l’IA aboutit moins à supprimer des emplois qu’à déqualifier et précariser le travail en transformant une activité créative en tâche de plus en plus pénible, consistant par exemple à corriger après coup les erreurs et approximations de la machine. Pour les journalistes ou les traducteurs, l’IA favorise ainsi « une perte de contrôle du geste créatif » (p. 124), en prétendant faciliter les tâches et les rendre plus productives, elle ne cesse de les dégrader en transformant le travailleur en simple vérificateur. Dans la lignée de la sociologie critique, Carbonell qualifie ce processus de « dépossession machinique ». Il conteste la promesse selon laquelle la machine doit alléger les tâches du travailleur, ou le libérer des besognes monotones ou peu intéressantes. L’IA, comme les autres processus automatiques avant elle, conduit plutôt à transformer les travailleurs en « appendices » de la machine. Contestant ainsi la thèse classique et sans cesse répétée de la neutralité des outils, il montre que le numérique et l’IA ne sont pas là pour améliorer le travail ou le rendre plus efficace, mais qu’ils visent d’abord à « organiser et contrôler le procès de travail » et les environnements professionnels, dans la continuité des rapports des pouvoirs technologiques étudiés par David Noble à propos de l’expansion des dispositifs de commandes numériques dans l’industrie nord-américaine [6].

    Ce bref essai associe les qualités de l’étude engagée, synthétique, prenant parti, et l’analyse empirique des situations de travail concrètes, souvent oubliées dans les travaux émanant des philosophes ou ceux des économistes centrés sur l’emploi et sur des données macro-économiques. Ici il s’agit de pénétrer dans l’usine et l’atelier, et de suivre le travail concret et ses évolutions, tout en prêtant une attention particulière à l’histoire. Même si chaque époque est évidemment singulière et unique, l’auteur constate en effet que « les mêmes débats sur les conséquences du changement technologique au travail (…) reviennent sans cesse, et toujours comme pour la première fois ». Face à l’amnésie, et s’appuyant sur l’historiographie qui s’est efforcée de reconstituer et historiciser les débats et conflits de longue durée autour des changements technologiques au travail, il replace la séquence actuelle autour de l’IA dans la longue histoire des débats, querelles et prophéties sur le travail et l’impact du changement technologique [7].
    L’appel au luddisme

    Passant d’une approche principalement sociologique des situations de travail contemporaines à une réflexion inscrite dans la longue durée, l’auteur conclut son essai par un appel à la résistance et à l’organisation collective. Il invite à réouvrir la possibilité d’une reprise de contrôle démocratique sur la production, sur l’organisation du travail et sur l’innovation. Sa conclusion a pour titre : « Pour le renouveau luddite », du nom de ces ouvriers briseurs de machines qui s’insurgèrent il y a plus de deux siècles au début de l’ère industrielle. Le terme luddisme, devenu progressivement une désignation insultante, synonyme de refus et de peur de la technologie, voire du progrès en général, ne cesse de ressurgir depuis 40 ans à la faveur des controverses sociotechniques. Le terme fait l’objet de multiples instrumentalisations, comme spectre et repoussoir pour les promoteurs des « révolutions technologiques » ou, à l’inverse, comme modèle à imiter. L’environnementaliste états-unien Kirckpatrick Sale en appelait ainsi à l’essor d’un mouvement « néoluddite » dans les années 1990 pour s’opposer à l’informatisation du monde, le groupe contestataire PMO organisait des cafés luddites à Grenoble au début du XXIe siècle pour s’opposer à l’expansion de la technopole. Plus récemment, l’historien britannique David Edgerton publiait une tribune dans la célèbre revue scientifique Nature, intitulée « Éloge du luddisme » dans lequel il appelait les scientifiques à cesser les recherches inutiles et à rejeter « l’impératif technologique » qui nous enferme dans des trajectoires périmées [8].

    L’appel final au luddisme est significatif du débat en cours autour de l’IA, entre invitation à l’accueillir et appel au refus et à la résistance. Un autre sociologue invitait au contraire récemment à repousser la tentation du luddisme qu’il voyait comme une menace, suggérant au contraire d’accueillir l’IA au nom d’arguments étranges, et particulièrement abstraits et hors-sol, comme le fait que la critique de l’IA relèverait d’une forme d’anthropocentrisme à la limite du racisme [9]. Carbonell se situe à mille lieues de cette perspective et inscrit son approche au plus près des pratiques et d’une attention aux formes d’organisation du travail. Avec d’autres, son essai participe d’une réflexion critique plus que jamais indispensable alors que s’impose partout un nouveau fatalisme [10].

    Mais comment organiser la résistance à ces trajectoires présentées comme inéluctables ? Diverses initiatives se développent déjà en ce sens : ainsi des associations en appellent à la désescalade numérique et au refus de l’IA en vue des prochaines élections municipales. Aux Pays-Bas, un collectif d’universitaires publie une lettre ouverte appelant à « mettre fin à l’adoption aveugle des technologies d’IA dans le milieu académique ». Il est dommage que l’auteur n’ait pas enquêté plus précisément sur les résistances en cours dans les mondes du travail, dans le quotidien des bureaux, des usines et des écoles, au sein des syndicats, ni exploré plus précisément le monde des prophètes de l’IA qui cherchent à l’installer dans les organisations. L’enquête continue et doit se poursuivre plus que jamais.

    https://laviedesidees.fr/Juan-Sebastian-Carbonell-Un-taylorisme-augmente
    #travail #conditions_de_travail #AI #IA #intelligence_artificielle #taylorisme #taylorisme_numérique #luddisme #sociologie_du_travail #prolétarisation

    voir aussi : https://seenthis.net/messages/1144998

  • État de santé des livreurs des plateformes : une étude inédite révèle des chiffres alarmants

    Cette étude SANTÉ-COURSE est la première à documenter à grande échelle l’état de santé et les conditions de vie et de travail des livreurs en France. Elle révèle un état de santé largement dégradé par des conditions d’exercices indignes. Médecins du Monde, la Maison des Livreurs de Bordeaux et la Maison des Coursiers de Paris réclament que les pouvoirs publics prennent des mesures pour contrer les effets de l’ubérisation sur les conditions de travail et la santé des livreurs.


    L’enquête, réalisée auprès de plus de 1 000 livreurs à Paris et à Bordeaux, est le fruit d’un partenariat entre des acteurs associatifs (l’Association de mobilisation et d’accompagnement des livreurs, le Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs, la Maison des livreurs de Bordeaux, la Maison des coursiers de Paris et Médecins du Monde), une équipe de recherche interdisciplinaire (l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques) et des livreurs.

    L’étude dévoile une situation médico-sociale alarmante, étroitement liée à une mise en #précarité_administrative et socio-économique des livreurs et au dévoiement du statut d’#auto-entrepreneur.

    Près de la moitié des livreurs estime que leur état de santé global s’est dégradé depuis le début de leur activité.

    Cette détérioration, résultant de conditions de travail délétères, a de nombreuses conséquences :

    Une #santé_mentale fortement fragilisée : 45 % des livreurs enquêtés sont en situation de # détresse_psychologique (caractérisée par des #troubles_anxio-dépressifs modérés à sévères) ; 
    Une prévalence très élevée des troubles musculo-squelettiques, génito-urinaires et psychosomatiques. 36 % des livreurs sont sujets à des #douleurs intenses et régulières au bas du dos, 32 % rapportent des #troubles_urinaires récurrents et 85 % expriment une #fatigue_chronique.

    L’étude SANTE-COURSE révèle également un recours aux #soins limité par plusieurs facteurs, dont l’absence totale de #couverture_santé pour 32 % des livreurs. Sont également cités comme obstacles le manque de #temps, alors que le #rythme de travail moyen s’élève à 63 heures par semaine, et le manque de moyens, le #revenu moyen étant inférieur à 6 euros bruts par heure.

    https://www.medecinsdumonde.org/actualite/enquete-livreurs
    #uber_eats #livreurs #santé #France #rapport #Médecins_du_monde #conditions_de_vie #conditions_de_travail #travail

  • PIANA DI GIOIA TAURO: GLI INSEDIAMENTI DELL’ESCLUSIONE. Non solo precarietà abitativa, ma il punto di approdo di chi resta fuori dai diritti

    Per il tredicesimo anno consecutivo, Medici per i Diritti Umani (MEDU) è intervenuta nella Piana di Gioia Tauro, garantendo nei mesi di gennaio e febbraio 2026 supporto socio-legale e orientamento sanitario ai braccianti che vivono nel campo container di Contrada Russo e nella Tendopoli di San Ferdinando.

    Sono state prese in carico 40 persone regolarmente soggiornanti, provenienti da diversi Paesi dell’Africa occidentale. Il 70% vive stabilmente in Italia da oltre tre anni e si sposta stagionalmente seguendo i cicli agricoli. Trenta erano già state supportate negli anni precedenti: un dato che conferma la cronicizzazione della marginalità abitativa e lavorativa.

    La paga media dichiarata è di circa 50 euro al giorno. Si registra un maggiore ricorso a contratti formali, ma restano diffusi contratti brevi e giornate non registrate. Le giornate in busta paga (12–20 al mese) raramente coincidono con quelle effettivamente lavorate. La stagione agrumicola è stata inoltre più breve e meno favorevole, anche a causa della ridotta resa produttiva legata alla siccità dell’anno precedente.

    La Tendopoli ha ospitato quest’anno in media circa 500 persone, mentre in passato è arrivata a ospitarne fino a 1.200. Una soluzione nata come temporanea è divenuta uno spazio di marginalità permanente. Servizi igienici deteriorati, assenza di illuminazione, accumulo e combustione di rifiuti, tende usurate e mancanza di misure di sicurezza rendono le condizioni di vita gravemente inadeguate.

    Nella giornata di martedi ancora un campanello di allarme: un incendio ha coinvolto due tende e si è reso necessario il trasporto in ospedale di un giovane residente. Negli anni scorsi, roghi analoghi hanno già provocato vittime all’interno dell’insediamento. Non si tratta di fatalità, ma dell’esito prevedibile di condizioni strutturalmente insicure.

    Si registra inoltre un aumento della presenza di persone con dipendenze, di cittadini stranieri con disagio psichico e di lavoratori segnati dal fallimento del Decreto Flussi: persone entrate regolarmente in Italia ma rimaste escluse dalla procedura di assunzione e dalla regolarizzazione, precipitate in una condizione di invisibilità istituzionale.

    Gli insediamenti della Piana non sono soltanto spazi di precarietà abitativa: rappresentano il punto di approdo di chi resta fuori dai meccanismi formali di accesso ai diritti.

    MEDU torna a chiedere alle istituzioni interventi essenziali e non più rinviabili: il superamento dell’approccio emergenziale con un piano strutturale di accoglienza diffusa; la garanzia effettiva dell’accesso a residenza, codice fiscale e assistenza sanitaria; controlli efficaci lungo tutta la filiera agricola; una revisione profonda del Decreto Flussi per evitare che produca nuova esclusione.

    Finché la risposta resterà temporanea, la marginalità continuerà a riprodursi, lasciando centinaia di lavoratori intrappolati tra precarietà abitativa e ricattabilità lavorativa.

    https://mediciperidirittiumani.org/piana-di-gioia-tauro-gli-insediamenti-dellesclusione
    #Gioia_Tauro #Piana_di_Gioia_Tauro #rapport #Medu #logement #baraccopoli #containers #travailleurs_étrangers #conditions_de_vie #encampement #tendopoli #San_Ferdinando #marginalisation #travailleurs_saisonniers #agriculture #Italie #Calabre

  • De l’enthousiasme au burnout, l’IA ne réduit pas la charge de travail, mais l’intensifie - Next
    https://next.ink/223961/de-lenthousiasme-au-burnout-lia-ne-reduit-pas-la-charge-de-travail-mais-linten

    Les chercheuses ont identifié trois formes principales d’intensification : l’élargissement du périmètre des tâches effectuées, le flou qui s’instaure entre travail et vie privée, la banalisation du multitâches.

    Nous avons constaté que les employés travaillaient à un rythme plus soutenu, assumaient un éventail de tâches plus large et prolongeaient leur journée de travail, souvent sans qu’on leur demande de le faire. De leur propre initiative, les employés en faisaient plus parce que l’IA leur donnait le sentiment que « faire plus » était possible, accessible et, dans de nombreux cas, intrinsèquement gratifiant.

    #ia #travail #charge

    • Les informaticiens découvrent le capitalisme et les conséquences de la hausse de productivité sur un métier donné… c’est mignon.

      C’est le principe même au cœur du capitalisme et de faire le double puis le quadruplé puis etc pour le même temps de travail à chaque changement techno qui augmente la productivité, d’où la croissance infini, la destruction écologique etc.

      Rien de nouveau à part que de nouveaux métiers intellectuels qui n’en avaient pas autant l’habitude découvrent la lune.

    • Je « plussoie » @rastapopoulos ; les développeurs viennent de se prendre le concept de #productivité en pleine face.

      Comme « procès de travail », le travail est tout d’abord activité productive. Du point de vue de la domination, la question est alors de savoir si le travailleur se sent maître de sa propre activité ou bien, au contraire, comme dans la grande industrie, si son activité est dominée par le rythme du travail collectif, par les machines et par un savoir technique dont il a perdu la possession et la compréhension [34]. La distinction du « procès de travail » et du « procès de valorisation » a précisément pour fonction de décrire ce renversement. Du point de vue du procès de travail, c’est-à-dire du travail réel, les objets et les moyens de travail n’apparaissent que comme des moyens de l’activité, mais, du point de vue du procès de valorisation, l’activité n’est qu’un moyen au service de la production de la valeur des marchandises. En étant réorganisé en fonction de la logique sociale de la production de survaleur, le travailleur se voit progressivement dépossédé de son activité [35] en même temps que la domination qui porte sur elle lui apparaît sous une forme mystifiée et naturalisée. C’est la question de la domination dans le travail (au sens d’une domination interne à l’activité de travail, ou d’une domination par les conditions de travail) qui est ainsi posée.

      https://shs.cairn.info/revue-actuel-marx-2011-1-page-15?lang=fr

  • #Lettre_ouverte d’#Anne_Fraïsse Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry au Président de la république

    Monsieur le Président,

    On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. Malgré nos alertes, le ministre de l’Enseignement Supérieur minimise la situation : « ce n’est pas Zola ».

    Dans mon université, en 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1003 titulaires (576 enseignants et 427 administratifs) pour 23000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables.

    Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50 %, voire 40 % d’encadrement en enseignants titulaires). À toujours entendre parler de déficit ou de sous-dotation, on perd sans doute la conscience de ce que travailler dans une université sous-encadrée veut dire réellement au quotidien. « Recrutez des ATER et des contractuels, c’est moins cher que des titulaires pour un même travail » nous dit-on. Non, pas pour un même travail. Dans un département sous-encadré, les titulaires enseignants doivent recruter des vacataires, organiser leurs emplois du temps, les encadrer ; c’est 10 000, 12 000 heures à distribuer à des personnes qui en font en moyenne 40 ou 50 dans l’année, qui ne connaissent que tardivement les horaires où elles sont disponibles, qui ne peuvent assurer aucune tâche non financée (encadrement des thèses, des mémoires, des stages, organisation des services et des emplois du temps …). Que se passe-t-il quand, à la rentrée, 20 TD de 45 étudiants n’ont pas d’enseignant dans un même département ? Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, ce sont les professeurs et les maîtres de conférences qui assurent ces groupes en plus de leur service, quels que soient le nombre d’heures et le travail supplémentaire, quelles que soient l’amplitude horaire ou l’accumulation des heures dans une même journée. Dans ces départements, la totalité des enseignants titulaires font plus du double de leur service, sans parler de leur temps de recherche. À Montpellier Paul-Valéry, cela représente plus de 16500 heures pour 75 collègues quasiment en double service ou plus. Et cela dure depuis plus de 10 ans. Ce n’est pas « un ressenti », comme le dit Monsieur le Ministre, mais une réalité dure et désespérante pour ceux qui aiment leur travail et le service public. Les tâches administratives sont confiées à des contractuels qu’il faut former et qui s’en vont dès qu’ils trouvent mieux (jusqu’à 1600 euros de prime annuelle en moins qu’ailleurs n’incite pas à s’attarder).

    Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent.

    Mais non, il n’y aura pas de nouveau modèle, répète Monsieur le Ministre qui « n’y croit pas ». Nous restons donc depuis 15 ans le seul pays d’Europe où l’argent de l’État est distribué aux universités sans critères connus, dans la plus totale opacité et injustice. Pour un étudiant de même discipline une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ; seulement des arguments imparables : pas d’argent, pas de postes ; pas de postes, trop d’étudiants ; trop d’étudiants, déficit ; déficit, pas d’argent ; et on reprend la boucle comme des hamsters qui tournent dans leur roue.

    C’est historique, pourquoi changer ? Parce que, Monsieur le Président, les conséquences de ce refus sont funestes. Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, pour ne pas négliger leurs recherches, nos collègues perdent leur santé et parfois leur vie. Et cette année, ils perdent aussi l’espoir de voir s’améliorer leur situation. Aucune création de postes pour cette campagne d’emplois, pas de recrutement de fonctionnaires, qu’importe votre taux d’encadrement, votre nombre d’étudiants ; pas de discussion, pas de négociation, qu’importe l’injustice. Tant pis si les plus pauvres payent pour les plus riches ; c’est le sens de l’histoire. Enfin, le chantage pour ceux qui résistent : si vous laissez des créations dans la campagne d’emplois, vous ne les aurez pas et vous n’aurez pas non plus le renouvellement des postes vacants, libérés par retraite, mutation ou mort. On meurt dans mon université et je me refuse à choisir dans quels départements seront les prochains morts. Notre demande est légitime, nous ne voulons pas y renoncer. Aveuglement, indifférence, mépris, volonté de soumettre sans écouter, c’est ce que vit aujourd’hui ma communauté. Zola dénonçait les injustices d’une société qui pour ménager les plus riches écrasait les plus pauvres. La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le Président.

    Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. Pouvoir agir et ne rien faire c’est être coupable, vous savez maintenant ce que zéro création de postes veut dire pour une université comme la mienne.

    Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous saluer comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : « Morituri te salutant ».

    Anne Fraïsse
    Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry

    https://www.univ-montp3.fr/fr/communiques/lettre-ouverte-danne-fra%C3%AFsse-pr%C3%A9sidente-de-luniversit%C3%A9-de
    #université #France #ESR #facs #conditions_de_travail #décès #suicide #usure #désespoir #indifférence #déficit #sous-dotation #service_public #santé #taux_d'encadrement

  • #Intoxication durable : comment les cultivateurs de cacao de #Lindt & #Sprüngli sont exposés à des #pesticides hautement toxiques

    Dans le cadre du programme de durabilité de Lindt & Sprüngli, des cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s utilisent des pesticides interdits dans l’UE et en Suisse, mettant ainsi leur #santé en danger. Pendant des années, l’intermédiaire suisse #Ecom a même activement distribué des pesticides dangereux lors de formations aux agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour #Lindt_&_Sprüngli.

    « Cela me rend triste de voir ma ferme dans cet état », déplore Osei Kwame Williams. Nous avons rendez-vous avec le cultivateur de cacao sur sa ferme à Mfanibu. Le petit village se trouve dans la région d’Ashanti, au Ghana, connue pour son cacao. Des milliers de petit·e·s agricultrices et agriculteurs en cultivent ici sur de petites parcelles, qui ressemblent à des forêts basses avec une seule espèce d’arbre. Le cacao n’est pas une espèce indigène du Ghana et il est principalement cultivé en monocultures. Pour ce faire, la forêt tropicale est souvent déboisée. Les arbres de Williams sont grands et ramifiés ; on voit qu’ils n’ont plus été taillés depuis longtemps. L’élagage est essentiel pour la santé des cacaoyers et une bonne récolte. « Mais c’est trop tard maintenant », indique Williams. L’herbe et les mauvaises herbes sont également hautes sous les arbres. Elles puisent l’eau du sol, laquelle serait nécessaire aux arbres, étant donné qu’il n’a pas assez plu ces derniers mois. La crise climatique affecte de plus en plus les agricultrices et agriculteurs. Les périodes où les températures maximales quotidiennes dépassent les 32 °C se sont allongées de trois semaines par année lors de la dernière décennie. Il fait trop chaud pour les cacaoyers.

    Williams montre un petit insecte sur une jeune cabosse (fruit du cacaoyer) encore verte poussant sur le tronc d’un cacaoyer. C’est une espèce de #punaise, appelée « #Akate » au Ghana. « Elles détruisent tout ici », relève-t-il. Sous l’un des arbres gisent deux récipients en plastique vides d’un #insecticide nommé « #Akate_Star ». Il semble ne pas avoir fait effet. Les punaises ne sont pas le seul fléau contre lequel se bat l’agriculteur : la pourriture brune des #cabosses du #cacaoyer lui pose aussi problème. Dans l’herbe, il y a des cabosses noires, qu’on dirait brûlées. Elles sont infectées par un #champignon. De plus, des #termites se sont installées dans certains troncs d’arbres et les creusent depuis l’intérieur. Au Ghana, le secteur du cacao traverse une crise sans précédent. Les personnes qui en souffrent le plus sont les petit·e·s cultivatrices et cultivateurs, comme Osei Kwame Williams. La plupart vivent dans la #pauvreté, car ils n’arrivent pas à vendre leurs #fèves à des #prix leur permettant de couvrir leurs besoins vitaux.

    Sur le site Internet, des cultivatrices de cacao qui dansent

    Sur le papier, la ferme de Williams est une « demo plot », une ferme de démonstration de la #multinationale suisse du chocolat Lindt & Sprüngli. Aux abords de la ferme, vers la route, un panneau métallique caché dans les hautes herbes met en évidence cette collaboration. La pluie a effacé le logo du « Lindt & Sprüngli Farming Program », qu’on ne reconnaît presque plus. La multinationale suisse se procure la plupart de ses fèves de cacao au Ghana, lesquelles sont ensuite transformées à Kilchberg (ZH) et dans d’autres usines dans le monde entier en plaques de chocolat, lapins de Pâques et pralinés. Selon ses propres informations, la multinationale travaille avec 61 000 cultivatrices et cultivateurs de cacao ghanéen·ne·s. C’est plus que dans n’importe quel autre pays d’où Lindt & Sprüngli importe du cacao.

    Tous font partie du « Farming Program ». « Le Farming Program vise à créer des conditions de vie décentes et durables pour les producteurs de cacao et leurs familles, mais aussi à promouvoir des pratiques agricoles plus durables », écrit à notre demande une porte-parole de Lindt & Sprüngli. Le logo du programme, une cabosse jaune sur fond brun, figure sur la plupart des produits de Lindt & Sprüngli. Il est censé garantir aux consommatrices et consommateurs, surtout en Europe et aux États-Unis, que le cacao est issu d’une production durable et équitable. Sur le site Internet du programme, on voit des photos de cultivatrices de cacao qui sourient et dansent. Tout est très coloré et positif. Si l’on croit le fabricant de chocolat de Kilchberg, la ferme aux apparences abandonnées d’Osei Kwame Williams serait le reflet d’une collaboration fructueuse.

    « Par le passé, Lindt était le plus grand acheteur de cacao de la région », raconte Williams. En 2014, il a été contacté par des agronomes d’Ecom. Cette multinationale #suisse de matières premières est le principal partenaire de Lindt & Sprüngli au Ghana et met en œuvre son programme de durabilité . Les agronomes cherchaient une ferme de cacao facilement accessible en voiture, à proximité de la route. L’agriculteur leur a loué une partie de son terrain. En échange, il a reçu 250 cedis ghanéens par mois, soit environ 20 dollars américains. Il a aussi reçu gratuitement des engrais synthétiques et des insecticides. Lindt & Sprüngli a financé une petite école dans le village et a promis aussi, selon Williams, de construire un puits. Mais celui-ci n’existerait pas encore à ce jour. Les agronomes d’Ecom ont pris des échantillons du sol, ont taillé les arbres et ont apporté des pulvérisateurs pour traiter les arbres avec des insecticides. L’agriculteur se souvient des produits utilisés : « Confidor » et « Akate Master ». « Ils ont sprayé les arbres chaque mois, d’avril à novembre, à un rythme que je n’aurais jamais pu me permettre. » Les récoltes sur la « demo plot » étaient bonnes, bien meilleures que sur le reste du terrain. Ecom a utilisé la ferme de Williams pour donner des formations à des agricultrices et agriculteurs de la région. Ils y apprenaient non seulement la théorie d’une lutte durable contre les nuisibles, mais aussi comment utiliser des engrais synthétiques et des pesticides pour maximiser les rendements. À l’époque, il récoltait dix sacs de cacao sur un peu moins d’un demi-hectare, raconte Williams. « Aujourd’hui, j’arrive tout juste à quatre sacs. »

    Risque pour le système nerveux et la capacité de développement

    Les insecticides « #Confidor » et « #Akate_Master », que les agronomes d’Ecom ont apportés sur la ferme de Williams, contiennent des substances interdites dans l’UE et en Suisse en raison de leur dangerosité pour la santé humaine et l’environnement. Le « Pesticide Action Network » (PAN), réseau international d’action contre les pesticides, dont les recommandations sont suivies par de nombreux scientifiques et ONG, classe ces produits dans la catégorie des « #highly_hazardous_pesticides » (#HHP), soit des pesticides hautement dangereux. « Certains HHP sont connus pour provoquer des dommages à la santé sévères et chroniques », affirme Joey Salmon de la section britannique du PAN. « Ils peuvent nuire aux fonctions du système nerveux et à la capacité de reproduction et de développement. » Le recours généralisé à ces pesticides dans la production ghanéenne de cacao est alarmant, surtout en ce qui concerne la santé des communautés cultivant cette plante. « Elles doivent d’urgence passer à des méthodes moins nocives pour la santé, basées sur des principes agroécologiques. »

    À cela s’ajoute encore le fait que le produit Confidor contient de l’#imidaclopride. Ce principe actif fait partie de la catégorie des #néonicotinoïdes, connus pour tuer les abeilles. Ils attaquent le système nerveux central des insectes, ce qui a pour conséquence de les faire mourir. En 2018, l’imidaclopride a été interdit dans l’UE en raison des risques « inacceptables » pour les abeilles.

    Dans le cadre de la présente enquête, nous avons interviewé dix-sept cultivatrices et cultivateurs de cacao autour de #Tepa et de #Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale #Kumasi. Sept d’entre eux vendent leurs fèves à Ecom, le plus important partenaire local et acheteur de Lindt & Sprüngli au Ghana. Et quatre d’entre eux, dont Osei Kwame Williams, faisaient ou font partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Toutes les personnes interrogées nous ont raconté avoir régulièrement utilisé des pesticides, certes autorisés au Ghana, mais classés comme hautement dangereux par le réseau PAN et interdits dans l’UE et en Suisse.

    Des substances toxiques dans la chaîne d’approvisionnement

    Sur son site Internet, Lindt & Sprüngli cite cinq principes pour un approvisionnement responsable en cacao, notamment « les partenariats sur le long terme » avec les fournisseurs, un « programme d’approvisionnement responsable » et « la traçabilité et la transparence des chaînes d’approvisionnement ». Nous avons demandé à Lindt & Sprüngli dans quelle mesure l’utilisation de pesticides hautement toxiques dans le cadre de son programme de durabilité était compatible avec le principe d’un « programme d’approvisionnement responsable ». « Un contrôle du respect de la liste des pesticides est une exigence importante qui doit être garantie par les fournisseurs (y compris Ecom) », écrit la porte-parole. Toutefois, cette « liste des pesticides » n’est ni accessible au public, ni fournie sur demande par Lindt & Sprüngli. « Ceci n’est pas possible en raison d’obligations contractuelles », précise la porte-parole. Nous aurions aussi voulu savoir où se trouvent les 1060 « demo plots » au Ghana qui, selon Lindt, accueillent des formations sur le développement durable et promeuvent « la production et l’utilisation de produits et engrais organiques ». Sur cette question aussi, la multinationale fait blocage. La liste des fermes de démonstration ne peut pas être rendue publique « pour des raisons de protection des données », affirme la porte-parole.

    Lindt & Sprüngli a entièrement externalisé la mise en œuvre de son « Farming Program ». Au Ghana, ce sont plusieurs entreprises de matières premières actives dans le pays qui s’en chargent, notamment « #Olam_International_Limited », « #Touton_SA » et « #Ecom_Agrotrade Ltd. ». D’une part, elles organisent sur place les formations avec les agricultrices et agriculteurs ; d’autre part, elles leur achètent les #fèves_de_cacao sur mandat de Lindt & Sprüngli. La multinationale du chocolat, quant à elle, emploie au Ghana un seul et unique collaborateur, qui surveille la mise en œuvre du programme. Le contact direct avec les agricultrices et agriculteurs est assuré par 360 employé·e·s des trois entreprises de négoce précitées, qui sont entièrement payé·e·s par Lindt & Sprüngli. Le partenaire le plus important au Ghana est Ecom. Multinationale de matières premières active dans le monde entier et dont le siège principal se trouve à Pully, dans le canton de Vaud, Ecom s’est spécialisée dans le négoce de cacao, de café et de coton. Sa valeur se chiffre en milliards.

    Selon ses propres informations, Lindt & Sprüngli travaille avec 2400 agricultrices et agriculteurs à Tepa et à Goaso, deux districts au nord-ouest de la capitale provinciale Kumasi. Toutefois, il est difficile de déceler sur place des signes de la présence de Lindt. Nous trouvons le logo du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli seulement dans les dépôts d’Ecom à Tepa, là où les fèves sont emballées dans des sacs en vue de leur exportation. Pratiquement toutes les agricultrices et tous les agriculteurs à Tepa et à Goaso à qui nous avons montré le logo sur notre smartphone nous ont dit ne l’avoir jamais vu ni avoir entendu parler de ce programme.

    Nous ne trouvons sur place aucune trace de la collaboration étroite avec les producteurs que l’entreprise aime suggérer dans sa communication. La plupart des agricultrices et agriculteurs n’ont aucune idée de ce qu’il advient de leurs fèves. Ils les vendent à un acheteur local (local buying clerk), qui reçoit de l’argent d’une société d’achat agréée par l’État (licenced buying company), par exemple Ecom, pour se procurer des fèves de cacao auprès des agricultrices et agriculteurs. Cependant, Ecom ne peut pas exporter les fèves directement en Suisse, mais les vend tout d’abord à l’entreprise étatique « #Ghana_Cocoa_Board » (#Cocobod), qui règle l’ensemble des exportations. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao connaissent le nom de la société agréée par l’État à qui ils vendent leurs fèves. Mais seule une minorité connaît la multinationale qui produit du chocolat à partir de leur matière première. La chaîne d’approvisionnement du cacao manque notoirement de #transparence. Malgré cela, Lindt & Sprüngli vante son approche « #Bean_to_Bar » (de l’achat des fèves à la production des tablettes de chocolat). Sur le site Internet de la multinationale, on peut lire : « Ce n’est qu’en sachant où nos fèves de cacao sont cultivées que nous pouvons avoir une influence sur les conditions de vie des familles d’agriculteurs dans les pays producteurs de cacao. »

    Des #primes bienvenues, mais pas de #prix_équitable

    Joseph, dont le vrai nom nous est connu, mais que nous ne mentionnerons pas ici pour sa sécurité, fait partie de ceux qui connaissent Lindt & Sprüngli. Il vit à #Akwaiase, qui se trouve à quelques kilomètres de Tepa. Lorsque nous arrivons chez lui, il est assis sur une chaise en plastique sous un manguier. Devant lui, un grand tas de cabosses noires, pourries. Derrière lui, un puits, une moto, une remise et une maison simple faite en briques brutes avec un toit de tôle. Il y vit avec sa femme et ses huit enfants. Il porte des sandales noires, un pantalon en toile beige et un t-shirt sale. Au-dessus de sa barbe noire sourient deux yeux fatigués.

    Il a participé à plusieurs formations organisées par Ecom dans le cadre du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. En contrepartie, il a reçu en automne dernier une prime d’environ 150 dollars américains, versés sur son téléphone portable, pour 18 sacs de cacao livrés à Ecom. Il était très heureux de recevoir cette prime et il espère qu’elle sera encore un peu plus élevée cette année. Car il ne parvient pas encore à atteindre un prix équitable pour son cacao, raconte Joseph. Le prix par sac s’élevait en juin 2025 à 3100 cedis ghanéens (environ 250 dollars américains). Ce prix est établi par l’entreprise étatique Ghana Cocoa Board (Cocobod). Pour Joseph, un prix équitable serait d’environ 7000 cedis ghanéens (570 dollars américains). La « prime de durabilité » d’environ 8 dollars américains par sac versée par Lindt ne comble que peu cet écart.

    Outre les prix bas, ce sont surtout les nuisibles qui préoccupent Joseph. « Nous pulvérisons les arbres presque chaque mois, et si les produits n’étaient pas aussi chers, nous le ferions même deux fois par mois. » Il nous conduit dans une remise en bois devant la maison. Une femme y prépare à manger sur un foyer ouvert. Dans la remise, Joseph stocke ses produits agrochimiques et une combinaison qu’il porte lorsqu’il traite ses arbres. Il va chercher un sac en jute et nous montre son contenu : des récipients en plastique contenant les insecticides « #Acati_Power », « #Konmidor » et « #Akate_King ». Ces trois produits ont comme principes actifs de la #thiaméthoxame, de l’imidaclopride et de la #bifenthrine, trois substances qui ne sont plus autorisées dans l’UE ni en Suisse car elles sont dangereuses pour la santé et l’environnement.

    Et aussi du paraquat pour cultiver le cacao

    « Aujourd’hui, la plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao au Ghana ne voient plus d’alternative à l’utilisation de pesticides », affirme Issifu Issake, président de la « Ghana Cooperative Cocoa Farmers Association », une organisation faîtière représentant 75 associations et des milliers de cultivatrices et cultivateurs de cacao dans neuf régions. Parmi ces cultivateurs, certains vendent leurs fèves à Ecom et Lindt & Sprüngli. « Mais seule une minorité utilise un équipement de protection pour pulvériser les arbres, ce qui met fortement leur santé en danger », relève-t-il. Pour sortir de cette spirale négative, il a quant à lui commencé à produire de manière biologique et a renoncé aux pesticides chimiques, raconte Issake. Au début, cela demandait plus de travail et coûtait plus cher, mais sur le long terme c’est mieux pour la santé, les sols et la résilience vis-à-vis de la crise climatique. Son organisation essaie de sensibiliser les agricultrices et agriculteurs aux dangers liés à l’utilisation de pesticides sans équipement de protection. « Mais la plupart des agriculteurs sont désespérés. Ils utilisent dans leurs champs tout ce qu’ils trouvent dans les magasins agricoles. »

    Pour cette enquête, nous nous sommes rendus dans cinq magasins agricoles de la région d’#Ashanti, dont l’un collabore avec le « Ghana Cocoa Board » (Cocobod). Cette autorité publique fait des recherches et donne des recommandations sur les produits agrochimiques à utiliser pour la culture du cacao. La plupart des cultivatrices et cultivateurs de cacao s’y réfèrent. Tous les magasins visités vendent de nombreux pesticides dont les principes actifs ne sont plus autorisés dans l’UE ni en Suisse. Les produits s’appellent « Akate Star », « #Akate_Rock_Star » ou « #Aceta_Star » (contenant de la bifenthrine), « #Galil_300_SC » (contenant de l’imidaclopride) ou encore « #Actara_240_SC » et « #Acati_Power » (contenant du #thiaméthoxame). Ce qui est frappant dans les magasins et dans les champs, c’est la forte présence de pesticides de la marque « #Adama ». La multinationale israélienne de l’agrochimie appartient depuis 2017 à #Syngenta Group, dont le siège principal est à Bâle.

    Dans les magasins, on trouve aussi une série de produits à base de #paraquat avec des noms tels que « #Gramostrong », « #ParaeForce » et « #Haouquat ». Ce sont des copies du produit original de Syngenta « #Gramoxone », principalement fabriquées par des producteurs chinois ou indiens. Le Paraquat est aujourd’hui interdit dans plus de 70 pays ; en Suisse, l’interdiction date de 1989 et dans l’UE, de 2007. La raison principale de cette décision : la haute #toxicité du produit. Il suffit d’une petite gorgée de paraquat pour que les organes humains cessent de fonctionner. Le paraquat est connu pour être utilisé par des petits agriculteurs désespérés dans les pays du Sud pour se suicider. Ce produit est surtout utilisé dans la culture maraîchère, mais plusieurs cultivateurs nous ont raconté avoir utilisé le paraquat contre les mauvaises herbes poussant sous les cacaoyers.

    Irritation de la peau, yeux qui brûlent et difficultés respiratoires

    Au Ghana, le recours aux pesticides a fortement augmenté ces dernières années. Selon un rapport de la FAO datant de 2023, 9700 tonnes de pesticides sont utilisées par année au Ghana ; c’est environ sept fois plus qu’en 2010. En 2020, 246 insecticides et 272 herbicides étaient autorisés au Ghana. Parmi les pesticides, on trouve de nombreux néonicotinoïdes, tenus pour responsables de la mortalité massive des abeilles en Europe. Au Ghana, la population de moustiques qui pollinisent les fleurs du cacaoyer a été à tel point décimée par l’utilisation des néonicotinoïdes que le gouvernement a décidé en 2017 de lancer un programme national de pollinisation manuelle des cacaoyers. Environ 30 000 jeunes ont été engagé·e·s à cette fin. Des enquêtes récentes montrent qu’aujourd’hui 70 à 85% des agricultrices et agriculteurs ghanéen·e·s utilisent des produits agrochimiques. Un grand nombre de cultivatrices et cultivateurs de cacao nous ont raconté consacrer environ un tiers de leurs recettes à l’achat de produits agrochimiques. Beaucoup doivent contracter des crédits et s’endettent pour pouvoir acheter ces produits.

    Raymond Owusu-Achiaw est expert en matière de pesticides et de lutte intégrée contre les nuisibles auprès de l’ONG ghanéenne « Conservation Alliance International ». Depuis des années, son organisation essaie, en collaboration avec des partenaires internationaux, de rendre le secteur du cacao plus équitable et moins nocif pour l’environnement. Nous avons rendez-vous avec lui pour un entretien au siège principal de l’ONG à Accra, la capitale du Ghana. « Les conséquences sanitaires liées à l’utilisation de pesticides dans la culture du cacao sont visibles », affirme-t-il. « Les agriculteurs me parlent d’irritations cutanées, de sensation de brûlure aux yeux et de difficultés respiratoires après la pulvérisation. » La grande majorité sait maintenant que l’utilisation de pesticides hautement dangereux sans protection met leur santé en danger. « Mais la plupart des agriculteurs luttent pour leur survie et veulent pouvoir récolter à tout prix. C’est pourquoi les dommages causés à la santé sur le long terme passent souvent au second plan. »

    Les acheteurs internationaux de cacao, comme Lindt & Sprüngli, ont certes élaboré des politiques qui présentent bien sur le papier, relève Owusu-Achiaw, mais ils n’ont la plupart du temps aucun contrôle sur ce qui se passe vraiment sur place. « Ce qui compte, c’est ce qui se passe sur les fermes des cultivatrices et cultivateurs de cacao, et non pas de ce qui est écrit dans les rapports de durabilité des producteurs de chocolat. » Il critique le fait que la responsabilité soit reportée sur les intermédiaires, les entreprises appelées « Licensed Buying Companies », telles qu’Ecom au Ghana. « Les entreprises en Europe réalisent les plus grands bénéfices dans la chaîne d’approvisionnement du cacao ; elles ont par conséquent une responsabilité vis-à-vis des agriculteurs et des communautés qui cultivent le cacao. »

    Le recours aux pesticides dans la chaîne d’approvisionnement manque de transparence

    Selon l’ONG allemande « Inkota », qui travaille depuis des années sur la question de l’utilisation des pesticides en Afrique, aucun grand fabricant de chocolat n’a jusqu’à présent publié de documentation systématique sur les pesticides présents dans sa propre chaîne d’approvisionnement. « La plupart des entreprises ne savent pas quels pesticides sont utilisés par leurs agricultrices et agriculteurs et à quelle fréquence », relève Juliane Bing, chargée jusqu’en été 2025 de la question du cacao au sein d’Inkota. « Les effets sur la santé restent méconnus, car il n’y a pas de collecte systématique de données sur les problèmes de santé chroniques dus à l’exposition aux pesticides. »

    Dans le rapport de durabilité de Lindt & Sprüngli pour l’année 2024, les pesticides ne sont pas une seule fois mentionnés. En revanche, le terme de « durabilité » apparaît sur 61 pages et jusqu’à 35 fois par page. Sur le site Internet du « Farming Program », on trouve une rubrique « Foire aux questions » (FAQ), où figure notamment la question suivante : « Des pesticides sont-ils utilisés dans la chaîne d’approvisionnement de Lindt & Sprüngli ? ». On apprend notamment que les partenaires locaux de Lindt proposent des formations promouvant des techniques agricoles plus durables afin de réduire le besoin en pesticides dans la production de cacao. Plus loin, il est écrit : « Dans le cadre de nos investissements dans l’approvisionnement responsable en cacao, les agriculteurs reçoivent exclusivement des produits biologiques (« organic inputs ») pour leurs plantations de cacao. » En creusant un peu plus, on trouve dans le « Verification Guidance Document » du « Farming Program » une série de critères relatifs à l’utilisation de pesticides. Lindt & Sprüngli exige d’Ecom et des autres fournisseurs de sa chaîne d’approvisionnement de :

    – réduire au maximum l’utilisation de substances dangereuses et veiller à ce qu’elles soient utilisées en toute sécurité ;
    - garantir que les agricultrices et agriculteurs n’utilisent des « produits phytosanitaires chimiques » qu’en dernier recours (« last resort ») et qu’ils privilégient d’autres méthodes manuelles pour lutter contre les nuisibles ;
    - réduire au maximum les effets négatifs sur les ressources naturelles via un « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » (« chemical and waste management »), notamment en éliminant correctement les contenants des pesticides ;
    – faire en sorte que tous les produits chimiques soient stockés dans des endroits bien aérés, hors de la portée des enfants et loin de la nourriture ;
    - faire en sorte que les personnes qui pulvérisent les pesticides portent un équipement de protection en bon état.

    Comme le montre notre enquête à Tepa et à Goaso, ces lignes directrices ne sont pas suivies sur le terrain. L’utilisation de pesticides hautement dangereux n’est pas réduite, mais ne cesse au contraire d’augmenter. Les pesticides ne sont pas utilisés « en dernier recours », mais constituent souvent le premier choix dans la crise actuelle. Il n’y a aucun « système d’élimination des produits chimiques et des déchets » à proprement parler. Sur les fermes visitées, des contenants vides de pesticides gisent dans l’herbe entre les arbres. Il n’y a pas de points de collecte dans les magasins agricoles. Comme le racontent les agricultrices et agriculteurs, ils ramassent de temps à autre les contenants et les brûlent. Et aucun·e des cultivatrices et cultivateurs de cacao avec qui nous avons discuté n’utilise un équipement complet de protection « en bon état » pour sprayer les arbres.

    En pleine nébuleuse toxique

    Fin juin, au cours d’un après-midi ensoleillé, Kuma Enoch nous montre comment il traite ses champs contre les punaises. Il fait environ 30° et l’humidité est tropicale. Enoch n’est pas seulement cultivateur de cacao, mais il pulvérise aussi contre rémunération les fermes d’amis agriculteurs. Il est également acheteur au niveau local : avec l’argent qu’il reçoit de son « Do », un gestionnaire de dépôt d’Ecom, il se procure des fèves séchées auprès d’agriculteurs de la région. Il ne sait pas si Ecom revend ensuite ces fèves à Lindt & Sprüngli. Il sait seulement que plusieurs des 42 agriculteurs à qui il achète des fèves ont suivi des formations de Lindt.

    Enoch va chercher dans sa maison une bouteille de « Galil 300 SC », un insecticide d’Adama contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. Selon le réseau PAN, les deux produits sont hautement dangereux. Ils sont interdits dans l’UE et en Suisse. Enoch mélange le liquide clair avec un engrais d’un vert criard puis mélange le tout à main nue. Ensuite, il verse la solution dans le réservoir de son pulvérisateur fonctionnant au diesel et pouvant contenir jusqu’à 11 litres de solution aux pesticides. Il ajoute de l’eau et soulève l’engin lourd d’environ 20 kilos pour le mettre sur son dos. Puis il allume le moteur en tirant sur le cordon prévu à cet effet. Dans un bruit assourdissant, il se rend dans le champ de cacao. Quand il appuie sur le levier du pulvérisateur, une fine pluie de gouttelettes est projetée sur la cime des arbres. Il se tient là, en plein nuage toxique, vêtu d’un short gris et d’un polo rouge, pieds nus dans des bottes en caoutchouc vertes. Chargé de son lourd sac à dos et le front perlant de sueur, il va d’un cacaoyer à l’autre et respire l’air humide, imprégné de pesticides et d’engrais. En cinq minutes, le réservoir est vide.

    Lorsque les gouttelettes de la solution pulvérisée lui arrivent parfois dans les yeux, ils brûlent ensuite toute la nuit, raconte-t-il. Surtout lorsqu’il utilise du « Ridomil », un fongicide produit par Syngenta, l’un des plus grands fabricants mondiaux de pesticides, dont le siège est à Bâle. Ce fongicide contient du mancozèbe, un perturbateur endocrinien qui peut nuire non seulement à la fertilité, mais aussi au fœtus. Cette substance est interdite dans l’UE depuis 2020 et en Suisse, depuis 2021. Enoch sait qu’il devrait porter une combinaison, des gants fabriqués à partir d’un caoutchouc spécial, des lunettes pour protéger les yeux et un masque pour que les produits chimiques n’atteignent pas ses poumons. C’est ce qu’expliquent des pictogrammes et des lettres en anglais sur les emballages de « Galil 300 SC » et de « Ridomil ». Mais porter un équipement de protection sous cette chaleur serait une torture, sans compter que ces équipements sont chers et pratiquement introuvables dans les magasins agricoles de la région.

    Des tissus en coton et du beurre de karité pour se protéger

    Dans les cinq magasins agricoles que nous avons visités à Tepa et dans les environs, nous n’avons trouvé aucun équipement de protection complet conforme aux recommandations de l’OMS. Deux magasins ne vendaient même aucun vêtement de protection, et deux autres n’avaient que des bottes en caoutchouc et des combinaisons. Seul un magasin proposait aussi des masques de protection dans son assortiment, « mais nous n’en vendons presque jamais », affirmait le vendeur. De toute façon, les équipements de protection sont rarement demandés. Les agricultrices et agriculteurs seraient plus enclins à acheter une bouteille supplémentaire de pesticide afin de garantir leur récolte plutôt qu’un masque visant à protéger leur santé. Comme nous l’avons vu à Tepa, certains cultivateurs et cultivatrices – on observe aussi des femmes qui pulvérisent les champs – se protègent la bouche et le nez avec un tissu en coton et portent une casquette en toile pour se protéger comme ils le peuvent des gouttelettes de pesticides. Certains se frottent également la peau avec du beurre de karité, graisse extraite des noyaux du fruit de karité. Selon eux, la graisse apaiserait un peu les irritations cutanées.

    Lindt connaît le problème du manque d’équipements de protection et de l’exposition aux pesticides qui en résulte. Dans un entretien, une responsable de la durabilité raconte le dernier voyage d’affaires qu’elle a effectué il y a trois ans au Ghana. Lors de son séjour, elle a vu des agriculteurs sprayer les arbres en tongs. Malgré cela, la multinationale ne met aucun équipement de protection à disposition dans le cadre du « Farming Program ». À la question de savoir pourquoi, une porte-parole écrit : « Nous avons arrêté de distribuer des équipements de protection dans le cadre du programme mis en œuvre par Ecom lorsque nous sommes passés, il y a quelques années, des primes en nature à des primes en espèces, pour que les cultivatrices et cultivateurs puissent choisir librement dans quels outils ils souhaitent investir. » Ainsi, Lindt & Sprüngli considère les équipements de protection comme faisant partie de la « prime », et non pas comme un équipement de base mis à disposition de tous les agricultrices et agriculteurs cultivant du cacao pour la multinationale. Lindt écrit ensuite : « Distribuer du matériel gratuitement peut conduire à une dépendance, à la non-utilisation ou à la revente si les bénéficiaires n’accordent pas de valeur aux articles. » Lindt & Sprüngli met l’accent sur la sensibilisation à la nécessité des équipements de protection et « informe continuellement sur les dangers de certains pesticides ». Mais pour cela, la multinationale suisse du cacao mise au Ghana sur Ecom, un partenaire discutable.

    Utiliser la proximité avec les agriculteurs

    Le groupe Ecom au Ghana compte différentes filiales. Parallèlement au secteur des services de gestion durable (« Ecom Sustainable Management Services »), qui met en œuvre le « Farming Program » pour Lindt & Sprüngli, il y a aussi la filiale « Crop Doctor », spécialisée dans la vente de produits agrochimiques et de machines agricoles. Dans son assortiment, on trouve ses propres marques telles que « Commander » (contenant de l’imidaclopride), « Rockstar » (contenant de la bifenthrine) et « Skope 370 WP » (contenant du mancozèbe). Tous ces principes actifs sont hautement dangereux.

    Jessica a travaillé de 2013 à 2019 pour Ecom au Ghana et a occupé différents postes dans le domaine de la durabilité. Elle ne souhaite pas dévoiler son vrai nom. Elle raconte avoir toujours été dérangée par les affaires d’Ecom dans le domaine des pesticides. « Ecom voulait profiter de sa bonne position dans la chaîne d’approvisionnement du cacao. Et grâce aux marges importantes dans le commerce des pesticides, ils faisaient de grands bénéfices. » La direction d’Ecom a donné pour instruction à ses agronomes d’utiliser consciemment leur proximité avec les cultivatrices et cultivateurs de cacao dans le cadre du programme de Lindt pour leur vendre des produits Crop Doctor. Lors des formations, Ecom a certes enseigné aux agriculteurs la lutte intégrée contre les nuisibles, qui repose principalement sur des mesures biologiques et dans laquelle les pesticides synthétiques ne sont utilisés qu’en dernier recours. « Mais en même temps, ils vendaient aux agriculteurs les pesticides Crop Doctor en tant que produits de choix », raconte l’ex-collaboratrice d’Ecom. « C’est quand même très contradictoire. » Deux autres personnes ayant travaillé pour Ecom nous ont confirmé que, pendant des années, la multinationale a vendu des pesticides dans le cadre de ses programmes de durabilité.
    Les enfants sont eux aussi exposés aux pesticides

    Sampson ne souhaite pas non plus voir figurer son vrai nom dans cette enquête, car il craint des représailles. Il est agronome de formation et a travaillé chez Ecom de 2014 à 2019 comme agent de terrain. Dans cette fonction, il était chargé de la mise en œuvre du « Farming Program » dans le Ghana occidental. « Ecom fait partie des premières entreprises au Ghana à avoir distribué des pesticides dans le cadre de ses formations », affirme-t-il. « Ce qui de l’extérieur pouvait ressembler à une aide aux agriculteurs était en réalité une manière de faire encore plus de profits à leurs frais. » Pendant les formations pour Lindt, il était censé vendre par année pour 15 000 dollars américains de pesticides et d’engrais aux agriculteurs. « Cela faisait partie des objectifs selon lesquels mes résultats étaient évalués. » Quand il a commencé à travailler pour Ecom, seule une minorité de cultivatrices et cultivateurs de cacao pulvérisaient régulièrement leurs champs avec des pesticides, raconte Sampson. « Ils avaient leurs propres méthodes traditionnelles pour lutter contre les nuisibles. » Malgré ses objectifs de vente, il leur expliquait que les pesticides chimiques ne détruisaient pas que les nuisibles, mais aussi les espèces utiles et la microbiologie des sols. Ce qui le dérangeait en particulier, c’était de tomber régulièrement sur des enfants qui étaient exposés aux pesticides sur les fermes de cacao où il organisait les formations. « Leurs yeux coulaient, et ils disaient que leur peau brûlait. »

    Selon une étude de l’Université de Chicago, le nombre d’enfants exposés à des pesticides nocifs au Ghana et en Côte d’Ivoire a fortement augmenté ces dernières années. En 2014, 10% des travailleurs mineurs y étaient exposés ; cinq ans plus tard, le pourcentage était de 27%. Il est pour le moins plausible que parmi ces fermes, il y en a aussi qui produisent pour Lindt & Sprüngli. En 2023, des journalistes de l’émission de la SRF Rundschau ont visité différentes fermes de cacao au Ghana, qui faisaient partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Sur de nombreuses fermes, les journalistes ont constaté des cas de travail abusif des enfants.

    Confrontée aux déclarations de son ancien employé, Ecom répond par écrit que la distribution directe et la « facilitation de la vente » par les agents de terrain ont été « formellement » suspendues en 2020. Ecom confirme avoir entre autres distribué des pesticides contenant de l’imidaclopride et de la bifenthrine. En même temps, la multinationale souligne le fait que tous les pesticides commercialisés étaient parfaitement autorisés pour une utilisation dans la culture de cacao par les autorités de contrôle ghanéennes compétentes. D’ancien·ne·s employé·e·s racontent qu’Ecom n’a suspendu la distribution directe qu’en 2023. Cette décision était surtout due au fait qu’un grand nombre d’agricultrices et agriculteurs ne pouvaient plus rembourser les crédits qu’Ecom leur avait accordé pour l’achat de ses propres produits. Une situation qui n’était pas bonne pour les affaires.

    « Officiellement, Ecom et Lindt disent protéger les agricultrices et agriculteurs », relève Sampson. « Mais en visitant régulièrement les fermes, on remarque très vite que cela n’est pas le cas. » La seule chose qui comptait réellement pour Lindt & Sprüngli selon Sampson, c’était que lui et ses collègues d’Ecom s’assurent que les cultivatrices et cultivateurs fassent de grandes récoltes et qu’il y ait toujours assez de cacao à disposition. En 2022, Sampson en a eu assez des multinationales de commerce de matières premières dans son pays. Il a fondé sa propre ONG qui veut renforcer la position des femmes dans le secteur du cacao. Il leur apprend la culture biologique du cacao et comment elles peuvent tenir les nuisibles éloignés des champs grâce à des solutions faites maison à base de graines de margousier et de parties du fruit du cacaoyer. « C’est moins cher pour les agricultrices et plus sain, et les récoltes sont aussi meilleures sur le moyen terme », affirme-t-il.
    Abandonner la ferme aux nuisibles

    Osei Kwame Williams, le propriétaire de la ferme de démonstration, a depuis abandonné la culture du cacao. Il travaille maintenant cinq jours par semaine comme chauffeur de minibus. Il dit gagner ainsi plus qu’avec le cacao. Cela suffit néanmoins tout juste à nourrir sa famille de cinq enfants et à payer les frais scolaires. « Mais au moins j’ai un revenu quotidien sûr. » Maintenant, en juin, ce serait justement le moment de pulvériser les jeunes cabosses, relève-t-il, comme il l’a toujours fait par le passé. « Mais celui qui n’a pas d’argent pour s’acheter des pesticides abandonne les arbres aux nuisibles. »

    Il ne sait pas s’il fait encore partie du « Farming Program » de Lindt & Sprüngli. Mais aucune formation ne se serait tenue sur sa ferme depuis des années. Après 2017, les agronomes d’Ecom et les délégations occasionnelles de Lindt & Sprüngli venant de Suisse ne lui auraient plus rendu visite. Il ne sait pas pourquoi. « Je me sens trahi », affirme-t-il. Pour Lindt & Sprüngli, en revanche, Mfanibu fait toujours partie des « demo plots » actives. À notre demande, une porte-parole écrit qu’actuellement treize « demo plots » seraient actives à Tepa et 37 à Goaso, « dont une à Mfanibu ».

    https://responsabilite-multinationales.ch/etudes-de-cas/lindt-pesticides-culture-cacao
    #chocolat #cacao #Ghana #agriculture #travail #conditions_de_travail

  • En #Afrique, des « #petites_mains » du numérique toujours aussi précaires à l’heure du boom de l’#IA

    Il y a quelques années, les « #travailleurs_du_clic » africains sortaient de l’ombre, révélant l’envers du décor des entreprises du numérique. Depuis, l’#IA_générative a explosé, rendant ces travailleurs d’autant plus indispensables et le secteur encore plus attractif. Mais la réalité de ce travail reste marquée par la #précarité.

    Ce n’était pas la panacée, mais Joyce (les personnes désignées par un prénom ont souhaité rester anonymes) se souvient presque avec nostalgie de ses débuts sur #Remotasks, en 2018. « Il suffisait de créer un compte pour commencer à gagner de l’argent immédiatement, sans aucune restriction ni processus de vérification. » Depuis son ordinateur, elle enchaîne alors les #microtâches d’#annotation de #données : vérifier des images, organiser des informations destinées à entraîner des systèmes d’intelligence artificielle. De quoi s’assurer un #revenu d’appoint pour la jeune Kényane fraîchement diplômée.

    Mais les choses se sont compliquées. En 2024, de nombreux travailleurs kényans, comme Joyce, ont vu leur accès à Remotasks soudainement coupé, explique-t-elle. La maison mère #Scale_AI évoque, elle, des fermetures de comptes pour non-respect de ses règles internes. Surtout, selon la jeune femme, le volume de travail n’a plus rien à voir. « Avant, nous pouvions gagner un revenu décent car le boulot était continu. Aujourd’hui, les tâches sont moins nombreuses, à court terme et peu durables », constate Joyce. Faute de missions, elle se forme à la transcription pour diversifier ses sources de revenus.

    Ces deux dernières années, Oluwaseun, au Nigeria, a travaillé pour plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels #Appen et #Mindrift. Elle participe à l’#entraînement des modèles d’IA, du #contrôle_qualité des réponses générées par les #LLM à l’annotation de données texte, image ou audio. Si la jeune femme ne se plaint pas de sa situation, elle concède que « la #rémunération n’est jamais assez élevée pour dépendre d’une seule plateforme. En Afrique, il faut plusieurs jobs », d’autant que « la concurrence s’est clairement intensifiée sur ces plateformes ».

    Doit-on y voir le signe d’un remplacement rapide de ces petites mains du numérique par des systèmes automatisés, alors qu’elles opèrent pour le compte d’entreprises comme #Meta, #OpenAI, #Microsoft ou #Google ? Le sociologue Antonio Casilli balaie immédiatement cette idée. Depuis bientôt dix ans, il dirige le groupe de recherche DIPLab (Digital Platform Labor), qui a enquêté sur les travailleurs du clic dans une trentaine de pays. Pour lui, l’idée d’un « remplacement » du travail humain par les machines est un « mensonge idéologique », utilisé pour faire accepter une dégradation des #conditions_de_travail.

    D’après les données collectées par son équipe, le volume de microtâches ne diminue pas : au contraire, « plus le marché de l’intelligence artificielle générative grandit, plus on a besoin de réentraîner les #modèles », donc plus il faut de #travail_humain. Le boom de l’IA ne signe donc en rien la fin de ces travailleurs de l’ombre... pas plus qu’il ne signifie une amélioration de leurs conditions de travail.

    « Une forme d’#esclavage_moderne joliment emballée »

    L’histoire du « #digital_labor africain » s’inscrit dans celle, plus globale, du « digital labor », concept désignant des formes de #travail_numérique largement invisibilisées et caractérisées par une forte précarité.

    Dès les années 2000, et surtout au cours des années 2010, des pays comme l’Égypte, le Kenya, le Nigeria ou l’Afrique du Sud deviennent des hubs de #sous-traitance pour les grandes compagnies du numérique. Ce modèle repose sur des tâches fragmentées, rémunérées à la pièce et distribuées via des plateformes de microtravail comme Remotasks, #Amazon_Mechanical_Turk ou #Clickworker, ainsi que par des entreprises sous-traitantes comme #Appen ou #Samasource. Bien que précaire, cette économie facile d’accès – une connexion internet suffit – attire des milliers de jeunes hautement diplômés dans des pays du Sud où le chômage est élevé.

    Mais ce modèle, loin d’être inédit, a déjà largement montré ses limites, parfois de façon retentissante. Au Kenya, à partir de 2023, des employés de la société #Sama (anciennement Samasource), prestataire notamment de Meta et d’OpenAI, ont intenté une action collective pour dénoncer des conditions de travail indignes, des #salaires faibles et irréguliers et l’insuffisance de soutien psychologique. Chargés de « nettoyer » #Facebook, certains avaient développé des #troubles_psychologiques après avoir été exposés quotidiennement à des contenus extrêmes. « Nous traitions des vidéos de corps mutilés, de suicides en direct, d’abus sur des enfants, de discours haineux », rapporte Sonia Kgomo, ancienne modératrice chez Sama.

    Embauchée en pleine pandémie de Covid-19, la Sud-Africaine avait cru avoir décroché une opportunité en or, « un job à l’étranger pour un grand nom de la tech ». « Mais une fois sur place, j’ai compris que ce n’était pas le rêve américain : c’était une forme d’esclavage moderne joliment emballée », explique celle qui a été licenciée en 2023 comme près de 200 autres, après avoir, selon elle, tenté de s’organiser collectivement avec ses collègues. L’entreprise parle elle de restructuration.

    Aujourd’hui, Sama indique avoir mis fin à la #modération_de_contenus pour Meta et s’est recentrée sur les #annotateurs de données, chargés d’entraîner des systèmes d’IA. Edward, qui travaille toujours sur le site de Nairobi, décrit un « travail très caché ». « On étiquette des images de rues, des vidéos, mais aussi des photos médicales avec des plaies ouvertes… Certaines tâches restent éprouvantes, explique-t-il. On nous répète que nous sommes payés au-dessus du marché, mais ce n’est pas un salaire qui permet de vivre : même en travaillant huit heures par jour, il faut avoir un deuxième boulot. »

    À la précarité des salaires s’ajoute celle des contrats. « Un ami a eu un contrat de cinq jours. D’autres signent pour un mois, juste le temps d’absorber le pic d’activité du #Black_Friday ou des #fêtes de fin d’année », poursuit Edward. Il décrit aussi une pression constante avec des tâches qui arrivent « en continu », et des objectifs de performances : « Si vous n’atteignez pas les objectifs fixés, vous n’avez pas les #primes et votre salaire est raboté. Il faut travailler comme un fou pour espérer toucher le montant annoncé. » Quant au #soutien_psychologique, il confirme qu’il y a davantage de « coachs bien-être », mais la méfiance semble de mise à l’égard de ces employés, plutôt vus comme « les oreilles de l’entreprise ». Contactée, la société Sama n’a pas répondu à nos questions.

    [Actualisation du 09/12/2025 : Sama conteste ce tableau. L’entreprise, qui affirme ne plus réaliser de travail lié à des contenus violents, met en avant un dispositif de soutien aux salariés comprenant une assurance santé incluant la prise en charge de la #santé_mentale, l’accès à des séances de conseil individuel 24 h/24, ainsi que des espaces de bien-être dans ses bureaux (espaces d’allaitement, salles de méditation et de prière).

    Sama souligne également que ses annotateurs de données sont employés à temps plein, avec des « #salaires_vitaux » (#living_wages) calculés selon une méthodologie internationale « en fonction des régions ». La société assure que, contrairement à certains concurrents recourant à des travailleurs de plateforme, son modèle repose sur des contrats de travail à temps plein avec un salaire de base garanti et des avantages sociaux. Enfin, selon l’entreprise, « plus de 90% » des employés atteignent leurs objectifs de #performance dans les horaires de travail, et, quoi qu’il en soit, tous bénéficient d’un salaire de base garanti.]

    Plus de tâches, plus de #concurrence

    Et malgré les scandales, le secteur séduit toujours plus. Si les chiffres précis manquent, certaines recherches ont avancé des estimations allant jusqu’à 160 millions de microtravailleurs numériques dans le monde. Ce qui est certain, selon Antonio Casilli, c’est que les effectifs augmentent à chaque nouvelle estimation. « Il y a plus de tâches, mais pas pour tout le monde et pas tout le temps », résume le chercheur, qui décrit un mécanisme structurel : les entreprises attirent volontairement plus de travailleurs que nécessaire afin de maintenir une forte concurrence pour chaque microtâche, ce qui tire les rémunérations vers le bas. Elles entretiennent ainsi une alternance de périodes creuses et de pics d’activité.

    Une enquête d’Africa Uncensored, réalisée dans le cadre d’un projet du Pulitzer Center, évoque des campagnes massives de recrutement trompeuses, avec les mêmes offres publiées des dizaines de fois, sans réelle assurance de travail derrière. Objectif : gonfler artificiellement le vivier de travailleurs pour montrer leur potentiel d’évolution et ainsi remporter des contrats avec les grosses entreprises de la tech. Une tactique connue sous le nom de « #labour_hedging ».

    « Au Kenya, il y a des cohortes de jeunes diplômés sans emploi. Les entreprises le savent très bien, observe Edward. Si vous ne voulez pas accepter les conditions, quelqu’un d’autre le fera. »

    Avec l’essor effréné de l’IA générative, un nouveau vocabulaire s’est imposé. Les annonces pour des postes d’« #AI_trainer », « #AI_evaluator » ou d’« #AI_tutor » se multiplient. Le signe d’une montée en gamme dans un marché particulièrement dynamique ? Pas vraiment, selon Antonio Casilli : « Même si certains projets sont plus complexes, pour les harmoniser et les faire réaliser à des masses de personnes, il faut les standardiser, les fragmenter. »

    Oluwaseun, qui se présente comme « AI trainer », s’est tournée vers Mindrift, qui lui semblait plus attractive au niveau des tarifs. Après un flux de tâches relativement régulier, la manne s’est pourtant soudain tarie. « J’ai été écartée du projet pour lequel j’avais initialement postulé, alors que la qualité de mon travail était bonne, témoigne la Nigériane. J’ai abordé ce sujet lors d’un appel avec eux, mais j’ai finalement été remerciée et, depuis, je n’ai été affectée à aucun nouveau projet. »

    Certaines pratiques la heurtent particulièrement : « Parfois, une seule tâche peut prendre sept à huit heures à accomplir, et vous n’êtes rémunéré que si le travail est accepté. Si la moindre petite erreur est détectée, la tâche entière peut être rejetée, ce qui signifie que vous ne recevez aucune #rémunération pour toutes ces heures de travail. » Sollicitée, Mindrift n’a pas répondu à nos questions.

    Comme d’autres personnes interrogées, elle souligne que les travailleurs africains sont souvent moins payés que leurs homologues en Europe ou en Amérique du Nord pour des tâches comparables. Des enquêtes récentes sur des #plateformes_d’annotation mettent effectivement en évidence des écarts de rémunération liés au pays de résidence, tandis que d’autres travaux, consacrés cette fois à des « #data_workers » basés aux États-Unis, montrent que la précarité ne s’arrête pas aux frontières du Sud global : une partie des travailleurs de l’IA dans les pays du Nord cumulent eux aussi bas salaires, contrats instables et protections sociales limitées.

    Les métiers créatifs pris dans l’orbite de l’IA

    Dans des segments plus « créatifs » du numérique, comme le #graphisme ou la #rédaction_de_contenu, la concurrence dopée par l’IA se fait également sentir. Au Togo, Smiley Graphic – c’est son nom professionnel – passe quelques heures par semaine sur la plateforme de microtâches #Upwork où il propose de petits services de graphiste : logos, retouches, déclinaisons graphiques facturées 5 ou 10 euros. Il n’en tire pas plus de 50 euros par mois, mais complète ainsi ses revenus issus d’un emploi stable et de missions freelance plus exigeantes.

    Chaque jour, il constate combien l’IA bouleverse le marché : « Les prix ont baissé. Des gens qui n’y connaissent rien se forment avec des vidéos YouTube et cassent les tarifs sur les plateformes. » Des prestations autrefois facturées l’équivalent de 7 000 à 10 000 francs CFA sont désormais proposées à 2 000 ou 3 000 francs CFA, avance-t-il. Une partie des demandes qu’il reçoit consiste d’ailleurs à reprendre des logos générés par l’IA mais pas forcément à la hauteur. « Je refuse, c’est plus propre et plus simple de repartir de zéro. » Pour tenter de se démarquer, il se forme depuis six mois au motion design, qu’il juge « moins concurrencé par l’IA » pour le moment.

    Un phénomène qui n’a rien d’étonnant, pour Antonio Casilli : « Comme les grands modèles de langage génératifs se nourrissent de productions créatives, eux aussi ont été aspirés dans l’orbite de l’intelligence artificielle et désormais travaillent pour elle. » Autrement dit, les #designers, #illustrateurs ou #rédacteurs ne sont plus seulement concurrencés par l’IA : leur travail alimente directement les modèles qui, ensuite, renforcent cette concurrence.

    Des travailleurs qui commencent à faire entendre leur voix

    « Les grandes entreprises technologiques ne peuvent pas construire l’avenir sur une main-d’œuvre jetable, souligne dans un communiqué Christy Hoffman, secrétaire générale d’UNI Global Union, qui a publié fin septembre une étude sur les travailleurs de l’ombre de l’IA. Il est temps de tenir les titans de la Silicon Valley responsables des conditions dans leurs chaînes d’approvisionnement en IA. Les travailleurs de l’approvisionnement en données doivent être libres de s’organiser et de négocier pour rendre ces systèmes plus sûrs et plus équitables pour tout le monde. »

    Après son licenciement, Sonia Kgomo a choisi de se consacrer à plein temps à l’organisation des salariés de la tech, au sein d’#African_Tech_Workers_Rising, un projet soutenu par le syndicat kényan Communications Workers Union of Kenya et par la fédération internationale Uni Global Union. « En 2021, quand je suis arrivée, les travailleurs des plateformes ne parlaient pas du tout. Il y avait énormément de peur. On signait des accords de confidentialité qu’on ne comprenait pas vraiment, présentés comme des menaces. Alors on intégrait le fait que c’était normal de se taire comme on travaillait pour un service de renseignement, se souvient-elle. Aujourd’hui, on commence à avoir des travailleurs qui peuvent parler, certains rejoignent des #syndicats, et quelques sous-traitants – pas tous – acceptent la présence syndicale. Donc on est encore loin du compte, mais il y a des avancées. »

    Face au défaut d’encadrement juridique, la #Data_Labelers_Association, basée à Nairobi, doit dévoiler prochainement un #code_de_conduite à destination des plateformes d’annotation de données pour améliorer les conditions de travail.

    Pour le sociologue Antonio Casilli, le modèle des #sweatshops_numériques, ces ateliers de misère où les ordinateurs ont juste remplacé les machines à coudre, a encore de beaux jours devant lui. « Ces entreprises sont constamment en train de chercher des pays dans lesquels elles peuvent continuer à exploiter les travailleurs et à les payer très peu cher. Quand la situation s’est compliquée pour certaines d’entre elles au Kenya, elles sont parties en Ouganda ou au Ghana, ou encore au Bangladesh. » Une analyse partagée par Sonia Kgomo, qui appelle à « un mouvement de travailleurs du numérique à l’échelle du continent ».

    En attendant, ces travailleurs de l’ombre continuent de s’adapter. Malgré ses mésaventures récentes, Oluwaseun suit des cours d’annotation de données dans le but d’obtenir un emploi stable et mieux rémunéré auprès d’un grand acteur du secteur, comme « #xAI, l’entreprise d’Elon Musk », glisse-t-elle.

    https://www.rfi.fr/fr/afrique/20251206-en-afrique-des-petites-mains-du-num%C3%A9rique-toujours-aussi-pr%C3%A9c
    #AI #intelligence_artificielle #travail

  • Reggio di Calabria, une province qui tente d’améliorer le sort des travailleurs migrants agricoles (1/4)

    Chaque année des centaines de migrants s’établissent dans la province de Reggio di Calabria (dans le Sud de l’Italie) pour travailler dans les champs d’agrumes le temps de la saison des récoltes. Autrefois largement exploités, ces travailleurs migrants saisonniers voient leurs conditions de travail s’améliorer sensiblement ces dernières années grâce à des initiatives associatives et un engagement politique renouvelé. Malgré tout, l’extrême précarité, le mal logement et l’exploitation de ces populations persistent.

    Depuis le début du mois de novembre, des cyclistes peu communs ont fait leur apparition sur les routes de Rosarno et San Ferdinando, deux communes de Calabre (à l’extrême sud de l’Italie). Chaussés de bottes maculées de boue, sac au dos ou petit baluchon accroché au guidon, chasuble réfléchissant sur les épaules, ces hommes sur leur bicyclette sont des travailleurs migrants agricoles saisonniers, venus en Calabre pour travailler dans les champs d’agrumes pour la haute saison des récoltes. Chaque matin, à l’aube, ils rejoignent sur leur deux roues les champs dans lesquels ils travaillent avant d’en repartir en fin de journée une fois leurs heures terminées.

    Certains de ces travailleurs saisonniers viennent tenter leur chance pour la première fois comme Abdoulaziz, Sénégalais de 22 ans. "Je travaillais dans un hôtel à Milan qui est fermé actuellement. On m’a dit qu’il y avait du travail ici et qu’on pouvait gagner plus d’argent" , raconte-t-il au lendemain de son arrivée à San Ferdinando, plein d’espoir. D’autres sont des habitués revenant tous les ans pour la saison, le plus souvent avant de repartir pour la récolte de différents fruits ou légumes dans d’autres régions du pays. "Avant de venir j’ai récolté les tomates pendant cinq mois dans les Pouilles", explique Youri, Malien de 31 ans, de retour en Calabre pour la deuxième année consécutive.

    Terre agricole, la Calabre fournit un quart de la production nationale d’agrumes. Clémentines, mandarines, oranges et bergamotes sont cultivées dans les nombreux champs de la région et nécessitent une importante main-d’œuvre. Dans la province de Reggio di Calabria, la récolte des agrumes a employé plus de 3 000 immigrés non-européens en 2022 selon les chiffres de l’Observatoire sur l’agromafia sur un total de près de 10 000 travailleurs migrants agricoles pour toute la région de Calabre. La majorité sont originaires d’Afrique de l’Ouest (Mali, Gambie, Guinée, Sénégal, Nigéria, Burkina Faso).

    Si la présence de ces travailleurs est essentielle dans l’agriculture, ces migrants ont longtemps été les victimes d’une chaîne d’exploitation dont ils constituent le dernier maillon. Les émeutes des travailleurs - après des attaques racistes - qui ont éclaté à Rosarno en 2010 ont permis de braquer les projecteurs sur cette forme d’esclavage moderne : recrutement informel, salaires impayés, conditions de travail éreintantes. Quinze ans plus tard, grâce aux volontés d’acteurs locaux et associatifs, ainsi qu’aux tentatives des pouvoirs publics pour lutter contre le travail informel et mettre en place des projets communaux destinés aux migrants, la situation a évolué sensiblement.

    "Il n’y a presque plus de sans-papiers"

    "Il n’y a presque plus de sans-papiers parmi les travailleurs migrants saisonniers", assure Gianluca Gaetano, maire de San Ferdinando. "Avec les changements de politiques, ces personnes ont pu obtenir des permis de séjour".

    En effet, la quasi-totalité des migrants rencontrés pendant le reportage détenaient un "permisso di seggiorno" (titre de séjour). Ces permis, d’une durée de six mois à deux ans, sont faciles à obtenir, assurent les travailleurs, il suffit de présenter un contrat de travail pour en bénéficier. Mais ils restent précaires et leur durée constitue un obstacle pour une intégration sur le long terme dans le pays.

    Cette ouverture sur le marché de l’emploi s’inscrit dans une vision plus globale en Italie : la cheffe du gouvernement d’extrême droite, Giorgia Meloni, a annoncé en juillet la délivrance d’environ 500 000 visas de travail aux ressortissants de pays hors Union européenne entre 2026 et 2028 dont plus de 260 000 pour le travail saisonnier dans l’agriculture et le tourisme.

    En 2016, une autre loi appelée anti-caporalato, du nom du système de recrutement illicite de main-d’œuvre à travers des recruteurs informels (les caporali), avait également joué un rôle important dans la lutte contre l’exploitation des travailleurs et la protection des migrants. Elle ainsi renforçait les sanctions contre les employeurs malhonnêtes. La loi a aussi permis la délivrance d’un permis de séjour spécial pour les travailleurs dénonçant un cas d’exploitation.

    "Ces avancées législatives ont été appuyées depuis cinq ans environ par l’augmentation des contrôles de l’inspection du travail auprès des entreprises et producteurs agricoles notamment", assure aussi Gianluca Gaetano.

    Reste que le travail dans les champs est particulièrement pénible. "C’est difficile : les cagettes remplies sont lourdes à porter. Certains agriculteurs ont des tracteurs mais pas mon patron actuel. C’est très dur pour le dos mais on n’a pas le choix" indique Bamba, Sénégalais en Italie depuis 23 ans, sans cesser de couper les clémentines avec son sécateur. La saison de la récolte se fait durant l’hiver, les travailleurs doivent donc composer avec le froid et l’humidité. Les accidents d’échelle et autres blessures ne sont pas rares.

    "Il y a toujours autant besoin de main-d’œuvre chez les agriculteurs mais moins de travailleurs migrants à cause de la dureté du travail", détaille Giuseppe Pugliese, le cofondateur de la coopérative Mani & Terra, une initiative née suite aux émeutes de Rosarno qui regroupe une centaine de producteurs et qui offre des conditions justes et dignes de travail aux migrants employés.

    Il faut dire aussi que les salaires en Calabre sont moins élevés que dans d’autres régions italiennes : dans le nord de l’Italie, la journée de récolte peut être rémunérée 80 euros, contre environ 47 euros en Calabre.
    "Les gens ne veulent pas loger des Noirs"

    Malgré ces améliorations juridiques et sociales, des problématiques majeurs persistent dans la région, comme le mal logement des travailleurs migrants saisonniers. L’immense majorité vit dans un campement insalubre, aux portes de San Ferdinando : le tendopoli, littéralement "le village de tentes". "C’est très difficile de vivre ici, l’environnement n’est pas sain : il y a beaucoup de mouches, de rats à cause de la saleté. Je suis ici car je n’ai nulle part où aller", rapporte Bakary, Gambien de 36 ans qui revient faire la saison pour la quatrième fois en Calabre.

    Érigé en 2019 par le ministère de l’Intérieur comme solution temporaire, ce "village de tentes" est devenu au fil des ans un camp durable informel, laissé totalement à l’abandon. Selon l’ONG Caritas qui intervient dans ce bidonville isolé, environ 500 migrants y survivent actuellement dans des conditions insalubres et très précaires. Un chiffre qui peut atteindre jusqu’à 1 000 personnes au pic de la haute saison. Les tentes sont depuis longtemps devenues des cabanes de fortune, recouvertes de bâches en plastique pour tenter de faire barrage à la pluie. Les incendies, souvent dus à des courts-circuits, y sont fréquents et responsables de plusieurs décès chaque année.

    Impossible pour les travailleurs des champs de trouver des alternatives décentes. Depuis le décret-loi Salvini de 2018, ils ne peuvent plus bénéficier de places en centre d’accueil, désormais réservés aux réfugiés statutaires, ni bénéficier d’aide au logement.

    Plusieurs migrants interrogés rapportent avoir tenté de louer des appartements, sans succès. "Les gens ne veulent pas de Noirs comme locataires.. Je ne peux pas comprendre” se désole Abdoul, Sénégalais, qui n’a eu d’autre choix que de se rabattre sur le Tendopoli. Le refus de louer illustre la tension persistante entre les populations et les migrants. Un rejet qui s’exprime aussi par des violences et attaques racistes à l’encontre de ceux-ci. "Des jeunes ont déjà frappé des travailleurs circulant à vélo ou bien ont fait exprès d’ouvrir leur portière de voiture pour les faire tomber sur la route", relate Ibrahim Diabate, cofondateur du foyer social Dambe So (maison de la dignité en bambara) qui accueille des travailleurs migrants durant la saison des récoltes.
    "La migration est une richesse"

    Cette crise du logement préoccupent les édiles des mairies de la région. "Nous tentons d’améliorer les choses", assure le maire de Rosarno, Pasquale Cutri, qui dit avoir besoin de ces travailleurs dans sa commune. “La migration est une richesse. Ces personnes travaillent dans les champs : sans eux, les terres seraient abandonnées". Il souligne aussi l’intérêt démographique pour sa commune, qui subit un important exode de sa jeunesse.

    Plusieurs projets, portés par les pouvoirs politiques locaux sont en effet sortis de terre récemment à l’image du "village de la solidarité", à Rosarno. Ce village financé à hauteur de près de trois millions d’euros par le ministère de l’Intérieur italien, et sorti de terre en 2024, peut accueillir jusqu’à 100 travailleurs disposant d’un titre de séjour en échange d’un loyer mensuel de 80 euros. “Nous essayons de trouver des solutions pour proposer un logement digne à ces personnes” argumente le maire de Rosarno qui reconnaît que les émeutes de 2010 ont agit comme une alerte pour mettre en lumière la question du logement.

    Du côté de San Ferdinando aussi les initiatives fleurissent. Le maire Gianluca Gaetano travaille sur un projet combinant ferme, marché solidaire et logements. Le tout sur une superficie de trois hectares, des terrains confisqués à la mafia. "Il s’agit de donner une maison et un travail à ces migrants, qu’ils puissent passer de la condition de ’simples bras’ à celle de ’personne à part entière’. Un lieu pour sortir de la charité et qui soit rentable économiquement", détaille l’édile qui veut valoriser l’intégration pour éviter qu’un nouveau ghetto ne se créé. "L’intégration se fait par le partage du quotidien et des ressources publiques. La distance entretient l’exclusion", appuie-t-il.

    À Taurianova, au sud de Rosarno, un village de containers a été ouvert depuis mai 2024 pour répondre à l’urgence de l’accueil des travailleurs migrants. Les baraquements colorés et nommés d’après les capitales internationales peuvent accueillir jusqu’à 100 personnes en situation régulière. "J’ai pris la place d’un ami parti au Mali pour quelques mois. Lorsque j’ai vécu dans le tendopoli deux mois en 2015, j’ai beaucoup souffert, j’étais fatigué. Ici c’est mieux" raconte Seydou, un Ivorien de 46 ans, sur le territoire italien depuis 2014.

    Enfin, l’ONG Mediterranean Hope a fondé le foyer "Dambe So" qui accueille plus de 60 migrants lors de la saison des récoltes. En plus des appartements qui sont gérés par les migrants, la structure propose des consultations médicales, un soutien juridique ou encore des cours d’italien. Pour les résidents, ce cadre de vie représente une chance, dans un parcours vers l’intégration semé d’embûches.

    https://www.infomigrants.net/fr/post/68469/reggio-di-calabria-une-province-qui-tente-dameliorer-le-sort-des-trava
    #Rosarno #San_Ferdinando #Reggio_di_Calabria #agriculture #travail #conditions_de_travail #précarité #mal_logement #logement #exploitation #saisonniers #travailleurs_étrangers #agrumes #oranges #Gianluca_Gaetano #sans-papiers #permis_de_séjour #caporalato #loi #mani_e_terra #tendopoli #campement #attaques_racistes #Dambe_So #Pasquale_Cutri #Taurianova #Italie #Calabre

    • DAMBE SO : UNA CASA DELLA DIGNITÀ PER I BRACCIANTI

      Dambe So è l’ostello sociale aperto nella Piana di #Gioia_Tauro per ospitare i braccianti. Un progetto di Mediterranean Hope (FCEI) che può finalmente smontare i ghetti. E che è replicabile

      Dambe So significa casa della dignità, in lingua Bambarà, una delle più diffuse in Africa occidentale. È il nome, carico di significati, che è stato scelto per l’ostello sociale che, nel febbraio del 2022, ha aperto nella Piana di Gioia Tauro per ospitare i braccianti durante il periodo della raccolta agrumicola. Si tratta di un’idea potenzialmente rivoluzionaria che punta a cambiare finalmente le condizioni di vita dei braccianti, e che può essere un modello da replicare. L’ostello sociale Dambe So è parte dei progetti di Mediterranean Hope, il programma rifugiati e migranti della Federazione delle chiese evangeliche in Italia (FCEI). Ne abbiamo parlato con Francesco Piobbichi, operatore di Mediterranean Hope, noto anche per la sua attività di disegnatore, che per lui è un tutt’uno con quella di operatore. Non si definisce un’artista, ma un “disegnatore sociale” che racconta la sofferenza dei migranti, avendola condivisa in prima persona, nella vita prima che nei disegni. È lui l’autore di quelle immagini con il “mare spinato”, un mare che uccide, degrada e che, anche una volta superato, rimane addosso come una maledizione a chi lo ha attraversato. L’inizio della sua attività di disegnatore è molto toccante, e ve la racconteremo presto. Intanto abbiamo chiesto a #Francesco_Piobbichi, che è stato tra i protagonisti della Settimana del Rifugiato a Rieti con uno spettacolo teatrale, di raccontarci la storia dell’ostello sociale.

      La chiave di tutto è il tempo

      Quella di Dambe So è un’idea che arriva da lontano. È nata una decina di anni fa, a Nardò, nel Salento. «Conobbi un’associazione di base, di mutualità, Brigate di Solidarietà Attiva, con cui abbiamo fatto uno sciopero» ricorda Francesco Piobbichi. «Lì ho capito che uno dei punti principali per queste persone è il tempo. Il problema del lavoratore bracciante è che non ha potere, perché ci sono leggi sulle frontiere che gli impediscono di avere una stabilità. E perché il sistema della fabbrica verde concentra la forza lavoro in condizioni in cui il salario indiretto non c’è, cioè non ci sono politiche d’accoglienza degne, ma solo il campo, che affronta sempre l’accoglienza in una dinamica di tipo poliziesco». Così non è mai possibile che si stabilizzino le condizioni per cui questi lavoratori possano avere una dignità di salario e di vita. Un bracciante, infatti, è sempre costretto a rincorrere. «Pensiamo alla sua vita» riflette Piobbichi. «Lavora da mattina a sera, torna a casa e magari piove. Arriva alla tendopoli, dove non c’è l’acqua. Deve cucinare. Deve andare a letto, mentre c’è gente che urla. Come fai a organizzarti in termini di assemblea collettiva?». E così è nata la riflessione sulla chiave di tutto, il tempo. E partire da un luogo dove potersi fermare, riposare, vivere una vita dignitosa, era il punto di partenza.

      Dambe So non è uno spazio gratuito: i lavoratori contribuiscono alle spese

      È nato così l’ostello sociale, un’alternativa alla logica dei campi d’accoglienza. Non è uno spazio gratuito: i lavoratori contribuiscono alle spese con una piccola quota. Un’altra parte dei costi è sostenuta dalla quota sociale proveniente dalla vendita delle arance della filiera di Etika. «Il lavoratore contribuisce per 90 euro al mese alla spesa del mantenimento della struttura» ci spiega Piobbichi. «Non è che paghi l’affitto, ma non è neanche la carità. Si chiama casa della dignità: io sono un lavoratore, io posso pagare, e pago per quello che posso». «Dall’altra parte abbiamo aperto un ragionamento con Mani e terra, abbiamo costruito Etika, e con le chiese italiane e tedesche abbiamo venduto centinaia di migliaia di arance, riflettendo sull’utilizzo sociale della terra».

      La quota sociale è un’idea politica

      La riflessione sull’utilizzo sociale della terra è uno dei temi legati a questo progetto. «Vuol dire che la solidarietà non va fatta solo sul tema del biologico e del rispetto del lavoro, questo non basta più» ci spiega Piobbichi. «L’altro tema è costruire reti che, attraverso gruppi d’acquisto, contribuiscano a questa quota sociale». Ma a questo proposito si apre una grande discussione. «Se le piccole cooperative riescono a dare una quota consistente del proprio guadagno per sostenere Dambe So, perché la grande distribuzione non lo fa?» si chiede l’operatore di Mediterranean Hope. «E perché continuiamo sempre a far pagare allo Stato, cioè alla fiscalità generale, le politiche dell’accoglienza, quando in realtà chi dovrebbe pagare le politiche dell’accoglienza dei lavoratori braccianti dovrebbe essere la grande distribuzione? L’idea della quota sociale è un’idea politica che dice che serve il prezzo equo dei prodotti, che bisogna riflettere seriamente sul rapporto tra la terra e l’umanità, che apre tantissimi scenari. E che dice anche che non si può andare avanti su una politica in cui si continua a finanziare con risorse pubbliche i produttori e poi la grande distribuzione fa dei prezzi che li fanno saltare per aria. Nel giro di venti, trent’anni hanno chiuso tantissime aziende».

      La Calabria, un luogo dove si parla di riscatto

      L’ostello non sarà solo a disposizione dei braccianti. L’idea è che, nei mesi estivi, in cui gli appartamenti dovrebbero essere più vuoti, le associazioni non profit del territorio possano usare la struttura per il turismo solidale. «Ci stiamo lavorando» ci racconta Piobbichi. «Tutti gli appartamenti che avevamo sono pieni adesso. Ne stiamo aprendo dei nuovi per accogliere dei turisti solidali, e uno lo lasceremo per chi vuole venire qui a fare la filiera partecipata». Il discorso, infatti, è molto più ampio. Questo progetto non riguarda solo la dimensione del rapporto con i migranti, ma il rapporto con la società. «Per questo abbiamo costruito il Giardino della Memoria, gli interventi di rigenerazione eco-sociale, il Rosarno Film Festival, stiamo aprendo un gruppo d’acquisto che vuole aiutare i produttori locali ad avere uno sbocco alternativo» ci spiega Piobbichi. «Stiamo cercando di costruire un ragionamento sul riscatto. Non solo sul tema dei migranti, ma anche del riscatto della terra, di una popolazione e dei luoghi che per tanti anni sono stati incasellati da una forma di comunicazione che li ha sempre messi dentro un meccanismo. In realtà la Calabria è un luogo dove si parla di riscatto. È un territorio che vive le migrazioni dei giovani, un luogo di contraddizione. Ma io ho trovato molta facilità ad aprire un luogo come questo: non ho trovato gente che faceva la manifestazione davanti come in altre parti d’Italia, ma tranquillità. Lo dico sapendo che a Rosarno è successo quello che è successo. Ma se uno la gestisce in una certa maniera, lavorando sul tema dei diritti del territorio, la terra, la produzione, l’accoglienza, di un welfare senza la mediazione dello stato, si può fare». Dambe So è un progetto che è nato con il sostegno delle chiese evangeliche, ma l’idea è che si possa anche andare verso un meccanismo di sostenibilità economica. «Se riusciamo a fare un ragionamento sul tema di chi paga l’accoglienza, già ammontando a valle di un centesimo tutte le arance, mandarini e kiwi prodotti nella Piana, avremmo qualche milione d’euro» ragiona Piobbichi. «Che passerebbe alla filiera. E si potrebbe passare a una contrattazione di filiera. Ma chi dovrebbe farla? Una chiesa o qualcun altro?»

      Dall’ospitalità al subaffitto e all’affitto autonomo

      Dambe So nasce per ospitare i braccianti in modo temporaneo, ma la Federazione si occuperà anche di quei braccianti che decideranno di risiedere in modo stabile nella piana, aiutandoli con progetti personalizzati a trovare case in affitto. «I piani sono tutti occupati, perché ci sono braccianti che rimangono qua» ci racconta Piobbichi. «Alcuni vanno via un mese o due e poi tornano. Stiamo cercando di aprire una fase due, di passare dall’ospitalità al subaffitto, e poi all’affitto autonomo. Quattro persone, a 100 euro l’una, ce la possono fare. Il problema è che qui la maggior parte delle case non hanno l’agibilità, e quindi loro non possono rinnovare il permesso di soggiorno». Oggi l’ostello ospita circa 20 persone, ma in vista della prossima stagione si sta ampliando (grazie a un FAMI, con la Prefettura di Reggio Calabria e con finanziamenti di Fondazione Sud e di chiese estere) in modo da arrivare fino a circa 40 posti totali.

      Questo modello è replicabile

      A quasi un anno dall’apertura dell’ostello, chiediamo a Francesco Piobbichi di fare un primo bilancio. «È andata bene» ci risponde. «Quando abbiamo aperto lo abbiamo fatto quasi come una scommessa. Le cose semplici sono le più difficili da fare. Ma al tempo stesso, una volta che si parte, riesci a far capire che questo modello è replicabile. Noi non possiamo fare venti ostelli, ma se nei luoghi dove ci sono forze lavoro di questo tipo si sviluppano interventi di questo tipo, noi siamo a disposizione per far vedere come si fa. È importante l’esempio. Abbiamo avuto la fortuna di aver finanziamenti, ma questa cosa non l’abbiamo fatta per far vedere quanto siamo bravi, quanto piuttosto per far capire che si può fare, che possiamo smontare i ghetti». «La cosa che si dovrebbe fare», conclude, «è capire e paragonare quanto spende lo Stato per i ghetti, i campi container, e quante persone, invece, si potrebbero accogliere in dignità con un progetto come il nostro ».

      https://www.retisolidali.it/piobbichi-dambe-so-una-casa-della-dignita-per-i-braccianti

    • "Avant, les patrons ne faisaient pas de contrat" : une coopérative calabraise s’engage contre l’exploitation des travailleurs agricoles saisonniers (2/4)

      L’association SOS Rosarno, à travers un réseau de coopératives agricoles situées dans la province de #Reggio_di_Calabria (sud de l’Italie), milite depuis une dizaine d’années pour un modèle d’économie solidaire et plus juste. En fournissant des contrats réguliers, des salaires équitables et des conditions de travail dignes à ses employés, elle entend lutter contre l’exploitation des travailleurs migrants saisonniers.

      Perdus au milieu des champs d’agrumes de la province de Reggio di Calabria, au cœur de la Calabre (sud de l’Italie), les locaux de l’association SOS Rosarno se nichent entre deux virages d’une route sinueuse. Dans la cour, au milieu des serres et parcelles d’arbres fruitiers, des colonnes de cagettes vides sont empilées telles des Lego. Dans le hangar, une dizaine d’employés s’activent autour d’imposantes machines afin de trier et emballer les fruits récoltés récemment. Le rythme ne faiblit pas et les cagettes s’accumulent par centaines, débordantes d’agrumes attendant d’être livrées. Dans son bureau surplombant l’espace, #Giuseppe_Pugliese, alias « Peppe », l’un des cofondateurs de SOS Rosarno, enchaîne les appels téléphoniques.

      Entre deux sonneries, il répond à nos questions. « Ici, on rémunère correctement les ouvriers agricoles avec un contrat dans les règles ». Si Peppe le précise, c’est que pendant longtemps, et encore aujourd’hui, les migrants ont été exploités par des employeurs malhonnêtes profitant de leur extrême précarité. « Avant, les patrons ne faisaient pas de contrat, le salaire était petit et même parfois on était carrément pas payé lorsque l’on n’avait pas de papier » rapporte Sedou, un migrant originaire du Mali, qui travaille avec SOS Rosarno aujourd’hui.

      C’est suite aux émeutes qui ont secoué la plaine calabraise de Gioia Tauro en 2010 - après des #attaques_racistes contre des travailleurs migrants agricoles - que le projet SOS Rosarno est né. Les engagements défendus par les activistes et les petits producteurs agricoles qui y ont adhéré sont clairs : respecter les droits des travailleurs tout en respectant la terre et en produisant bio.

      Depuis 2015, SOS Rosarno chapeaute ainsi la coopérative agricole Mani e Terra qui rassemble une centaine de producteurs biologiques, 70 employés étrangers - principalement originaires d’Afrique de l’Ouest, du Maghreb ou encore d’Europe de l’Est - et quelques 200 hectares de champs où sont cultivés des agrumes (clémentines, oranges, mandarines) mais aussi des kiwi, des olives ou depuis peu des avocats.

      C’est sur ces terres que travaille Aboubacar, un Guinéen de 25 ans. « C’est un ami qui m’a parlé de SOS Rosarno. Ici, on débute à 7h30 et on fini vers 15h30/16h avec une heure de pause », détaille le jeune homme sans s’arrêter de travailler. « On a un contrat de travail et un jour de repos par semaine ».

      « Pour le respect des droits des travailleurs »

      Tous les travailleurs de SOS Rosarno - et de la coopérative - ont signé un contrat de travail en règle, des CDD d’une durée d’an, ce qui aide à obtenir ou renouveler leur titre de séjour. Les journées de travail s’étalent sur 6h40, le minimum syndical en Italie - avec une heure de pause - et la rémunération dépasse légèrement les 47 euros net, le tarif minimum en vigueur. Les salaires en Calabre sont en effet moins élevés que dans d’autres régions italiennes : dans le nord de l’Italie, la journée de récolte peut ainsi être rémunérée 80 euros.

      Les avis ne sont pas toujours dithyrambiques. « Avant la Calabre, j’étais à Trente (nord-est de l’Italie) pour récolter les pommes. J’étais payé 80 euros environ la journée, j’étais aussi logé et nourri. Ici, je dois payer un loyer de 90 euros [le producteur a loué pour ses employés des appartement, nldr] et gérer la nourriture », expose Bamba, un Sénégalais de 55 ans dont c’est la première année avec la coopérative. En gagnant entre 1 100 et 1 200 euros par mois, il confie qu’il ne lui reste pas grand chose pour vivre après avoir envoyé « entre 500 et 600 euros à sa femme et ses trois enfants au Sénégal » et payé près de 200 euros pour ses loyers de Calabre et Sicile où il réside le reste de l’année.

      « Parfois il est difficile de faire comprendre et accepter des obligations légales. Certains ne voudraient pas faire de pause, ou bien être payés à l’heure ou au poids car ils pensent pouvoir gagner plus. Les travailleurs saisonniers n’ont pas toujours une bonne compréhension de leurs droits et des répercussions sur le long terme », note #Peppe_Pugliese, qui déplore notamment le #travail_au_gris - déclaration d’une partie seulement des journées travaillées -, pratique courante de nombreux employeurs.

      Lutter contre l’#exploitation

      Si SOS Rosarno se bat au quotidien contre le travail au noir, l’exploitation des travailleurs saisonniers persiste toujours. Selon une étude du syndicat Cgil-Flai, quelque 200 000 à 300 000 #travailleurs_agricoles sont exposés en Italie à un risque de travail irrégulier et d’exploitation, particulièrement les plus précaires. « On peut parler d’#esclavage » dénonce Jean-René Bilongo, directeur de l’Observatoire Placido Rissotto, qui étudie les abus et l’exploitation dans la filière agroalimentaire.

      Sur le terrain, cela s’opère notamment via le « #caporalato », un système de recrutement illicite de main-d’œuvre très fréquent dans l’agriculture, même s’il ne se limite pas à ce secteur. « Les caporali, des intermédiaires informels, recrutent des travailleurs en situation de vulnérabilité [titres de séjour expirés ou sans-papiers, ndlr], pour des entreprises agricoles qui les emploient », argumente de son côté Massimo Ferraro, directeur de l’Observatoire de l’Agromafia.

      Autre réalité calabraise, l’"#agromafia", qui désigne l’infiltration du #crime_organisé dans la chaîne agroalimentaire - aussi bien par la mafia locale, la ’Ndranhgheta, que par d’autres réseaux criminels ou corrompus - contribue également à cette traite des travailleurs migrants agricoles.

      Dans sa lutte contre le secteur informel, « Peppe » n’hésite pas à égratigner un autre responsable de la crise agricole du moment : la #grande_distribution. Il fustige les prix d’achats minimisés qui sont imposés aux petits producteurs et « finissent par les étrangler ». En 2024, au lieu des 0,30 centimes d’euro le kilo de clémentines proposés par la grande distribution, Mani e Terra fixait un prix de 0,90 centimes/kilo avec la prise en charge du transport, en plus d’équiper en matériel les ouvriers agricoles.

      https://www.youtube.com/watch?v=lDuzNGK2OAs

      « Une goutte d’eau face aux injustices »

      En plus d’un modèle économique alternatif et éthique, SOS Rosarno se bat aussi pour l’inclusion de ses travailleurs, en soutenant le projet d’hébergement social Dambe So.

      Autrefois résidence de tourisme, cette « maison de la dignité » (en bambara) sur deux niveaux, a été rénovée et financée au départ par SOS Rosarno. Depuis fin 2020, les appartements accueillent jusqu’ à 70 travailleurs migrants durant la haute saison, dont un certain nombre travaillent avec Mani e Terra, contre le paiement d’un petit loyer. Mani e Terra contribue annuellement à hauteur de 10 000 euros pour le fonctionnement du foyer.

      « C’est une petite dynamique, on aide 70 personnes à être dignes mais il en reste plus de 2 000 qui vivent de façon indigne », soulève Peppe Pugliese. Chaque année, les demandes pour obtenir une place sont en effet très nombreuses. Le cofondateur espère pouvoir agrandir bientôt la coopérative pour embaucher plus.

      Cette goutte d’eau face aux injustices offre cependant une alternative à l’absence de solution pour se loger. Les travailleurs migrants saisonniers se retrouvent souvent contraints de vivre dans le « tendopoli » (village de tentes) de San Ferdinando, un bidonville isolé où règne l’insalubrité et qui contribue un peu plus à les invisibiliser.

      https://www.infomigrants.net/fr/post/68488/avant-les-patrons-ne-faisaient-pas-de-contrat--une-cooperative-calabra

    • Calabre : le bidonville de #San_Ferdinando, symbole du mal logement des travailleurs migrants agricoles (3/4)

      Par manque de solutions d’#hébergement et à cause du refus fréquent des locaux de leur louer des appartements, les travailleurs migrants agricoles saisonniers se retrouvent majoritairement contraints à vivre dans le “tendopoli” (village de tentes) de San Ferdinando, en Calabre, dans le sud de l’Italie. Ce #bidonville insalubre, solution d’urgence proposée par l’Etat devenue permanente, illustre la problématique persistante du #mal_logement de ces populations.

      En arrivant dans une des zones industrielles de San Ferdinando, une petite ville de Calabre du sud de l’Italie, le regard est happé par un grand campement de bric et de broc, implanté à quelques mètres de l’autoroute. De plus près, c’est une véritable ville qui apparaît : de la musique aux sonorités africaines s’échappe, une tente laisse entrevoir un homme cuisinant sur une plaque de cuisson bricolée. Un peu plus loin, une mosquée a été bâtie avec des planches de tôles, tandis qu’au détour d’une allée, un petit stand bricolé propose à la vente des vêtements et chaussures... Le quotidien s’organise dans ce "tendopoli", littéralement village de tentes, un bidonville d’une centaines de #baraquements et #tentes.

      C’est ici que vivent la majorité des travailleurs migrants agricoles venus en Calabre pour la saison des récoltes des agrumes, entre novembre et mars. Selon l’ONG Caritas qui y intervient, ils sont environ 500 - tous Africains - à y survivre actuellement dans l’extrême #précarité. Un chiffre qui peut grimper jusqu’à 1 000 personnes au pic de la haute saison.

      "Je suis ici car je n’ai nulle part où aller"

      "C’est très dur de vivre ici, l’environnement n’est pas sain : il y a beaucoup de mouches et de rats à cause de la saleté et des ordures. Je suis ici car je n’ai nulle part où aller", rapporte Bakary, Gambien de 36 ans, qui revient pour la quatrième fois faire la saison en Calabre. Les chats et les chiens errants sont nombreux dans le lieu, attirés par les ordures délaissées à proximité des baraquements.

      Érigé en 2019 par le ministère de l’Intérieur comme solution temporaire après le démantèlement d’un camp de fortune, ce "village de tentes" prévu comme solution d’#urgence est depuis "devenu un #camp_informel permanent" abandonné des pouvoirs publics, reconnaît le maire de San Ferdinando, Gianluca Gaetano, interrogé par InfoMigrants. Le logo du ministère de l’intérieur floqué sur les tentes a depuis disparu sous les bâches en plastique et avec l’usure du temps.

      "Les tentes sont toutes abîmées, on les a recouvertes pour se protéger de la pluie. Mais l’eau rentre quand même", explique Joseph, un migrant Sud-Soudanais, en montrant les trous dans la toile. Malgré les couvertures achetées, il indique "souffrir du froid durant la nuit".

      L’#insalubrité règne et les installations pour assurer l’hygiène de base sont dans un état déplorable. "Je ne peux pas vivre ici, c’est le bordel ! Les douches sont tellement sales, je préfère aller dans la forêt que de les utiliser !", se plaint Abdoulaziz, Sénégalais de 22 ans, débarqué de Milan la veille de notre échange. Alors qu’il espérait pouvoir gagner rapidement de l’argent et trouver facilement un logement, le jeune homme déchante déjà face à la dure réalité du terrain.

      Les manquements génèrent des petits business de la débrouille. Plus d’eau chaude pour se doucher ? Des migrants vendent pour 0.50 centimes d’euros des seaux d’eau chauffée. En recherche d’une place pour s’installer ? "Les anciens louent des lits aux nouveaux venus. J’ai payé le mien 150 euros pour la saison", explique Abdoul, Sénégalais de 47 ans venu faire la récolte en Calabre pour la première année.

      Dans le bidonville, les #incendies sont fréquents, à cause des courts-circuits ou des bonbonnes de gaz utilisées pour cuisiner. Alors qu’autrefois les pompiers, et la police, étaient présents à l’entrée du camp, ils ont déserté les lieux après le Covid. "Avec l’étroitesse des allées, les camions de pompiers ne peuvent pas passer à l’intérieur", remarque Ferdinando, qui intervient pour Caritas dans le "tendopoli". Deux incendies ont causé le décès de deux migrants la semaine précédant notre venue.

      L’hébergement, une problématique persistante

      L’absence d’alternatives décentes pour héberger ces populations dans cette province calabraise contraints les migrants à échouer dans ce lieu insalubre. Plusieurs d’entre eux rapportent avoir tenté de louer des appartements, sans succès. "Les gens ne veulent pas de Noirs comme locataires...Je ne peux pas comprendre”, se désole Abdoul, qui n’a eu d’autre choix que de se rabattre sur le Tendopoli comme de nombreux autres travailleurs.

      Une situation particulièrement aberrante pour Mauro Destefano, coordinateur du projet Calabre pour l’ONG Emergency. "Il est d’autant plus paradoxal que les conditions minimales de dignité humaine ne soient pas garanties alors que ces populations sont en règle", s’indigne-t-il. Selon Caritas, 80% des habitants ont des permis de séjour.

      Le décret-loi Salvini de 2018, qui réserve désormais les places en centre d’accueil aux seuls réfugiés statutaires, a encore accentué la problématique du mal logement de ces populations précaires. Selon une enquête menée par le ministère du Travail et des Politiques sociales et l’Association nationale des municipalités italiennes, ils étaient au moins 10 000 employés migrants travaillant dans l’agriculture à vivre dans des bidonvilles sur le territoire italien en 2022.

      Pour tenter de juguler cette crise du logement, plusieurs projets menés par les mairies de la province sont déjà sortis de terre, d’autres sont en prévision. La ville de Rosarno, à quelques kilomètres de San Ferdinando a bâti un "village de la solidarité". Une centaine de places sont disponibles - toutes occupées pendant la haute saison des récoltes. #Taurianova, plus au sud, a installé un "village de #containers" de 100 places également - toutes pourvues. Le maire de San Ferdinando, de son côté, mise beaucoup sur une "#ferme_solidaire", qui devrait voir le jour en 2027 pour 150 à 200 travailleurs africains.

      Trop peu, selon les associations. Pour Mauro Destefano, de l’ONG Emergency, il est étrange de ne pas pouvoir faire plus "dans l’une des régions où le taux d’émigration des jeunes est parmi le plus élevé avec un pourcentage important de logements inhabités".

      Rôle essentiel des associations

      A l’entrée du "tendopoli", plusieurs Algeco servent de bureaux pour les structures associatives et syndicales intervenant dans le lieu. Leur appui est crucial pour les migrants. "Il n’y a aucune implication de la mairie pour améliorer les lieux", met en cause Ferdinando. Avec Caritas, le Calabrais s’implique au quotidien dans le soutien aux migrants du bidonville. Il les renseigne notamment dans les démarches administratives mais aussi les conseille et leur apporte de l’attention.

      Depuis un an, une blanchisserie gérée par l’ONG a été installée dans un de ces containers. Les migrants viennent déposer leur sac de vêtements à un bénévole qui se charge ensuite de lancer les programmes. Ouverte tous les jours, les machines et séchoirs fonctionnent à plein régime.

      Deux fois par semaine, l’ONG distribue aussi environ 400 repas, cuisinés par des volontaires des paroisses voisines, aux habitants du "village de tentes". Au menu lors de notre venue, pâtes au thon. Les migrants font la queue, certains en peignoir et claquettes, pour venir récupérer leur repas. Pour certains cette aide est vitale. "A cause d’un problème d’orthographe dans mes papiers, je ne peux plus travailler actuellement. C’est difficile car je n’ai plus que 25 euros et rien à manger", confesse Ismaël, Burkinabé de 23 ans.

      Un médecin vient également une fois par semaine pour des consultations médicales. Durant la haute saison, les coupures, chutes et membres cassés sont récurrents. Dans la région, l’#accès_aux_soins est compliqué. Et plus encore pour les migrants du fait de la barrière de la langue, des distances pour accéder aux structures de santé, de la méconnaissance et de la peur du rejet.

      "Il y a aussi un nombre croissant de migrants souffrant de détresse psychologique, tels que la #dépression, la #dépendance ou le #stress_post-traumatique. Ils souffrent de l’#isolement_social et du labyrinthe administratif qui les rendent fous" détaille le coordinateur. Dans ces conditions, une minorité tombe dans la #dépendance (#alcool, #drogue et 3médicaments). "Il est important de résoudre le problème de ce #ghetto, sinon il sera difficile de traiter ces pathologies efficacement et cela deviendra ingérable" alerte-t-il.

      #Ghettoïsation et #invisibilisation

      Dans le bidonville excentré du centre-ville de San Ferdinando, les nombreux #vélos déposés le long des tentes illustrent l’isolement dont sont victimes les migrants. Les lacunes dans le système de transport public dans la province de Reggio di Calabria obligent de nombreux travailleurs à se déplacer à vélo, parfois à pied, sur des routes mal éclairées et cabossées. Ils sont ainsi souvent victimes d’accidents de la route, parfois résultats d’attaques racistes délibérées.

      "Des jeunes ont déjà frappé des travailleurs circulant à vélo ou bien ont fait exprès d’ouvrir leur portière de voiture pour les faire tomber sur la route", relate Ibrahim Diabate, cofondateur du foyer social Dambe So (maison de la dignité en bambara) qui accueille des travailleurs migrants durant la saison des récoltes. D’autres témoignages rapportent des migrants percutés, laissés sans assistance en bord de route.

      L’abandon des pouvoirs publics et l’#isolement général contribuent à la ghettoïsation du "tendopoli", ce qui accroit un peu plus encore l’invisibilisation dont les migrants sont victimes.

      En janvier, une dizaine d’associations et d’ONG -dont Caritas et Emergency- ont dans une lettre adressée au préfet de Reggio Calabria réclamé des solutions rapides face à l’aggravation des conditions de vie à l’intérieur du "village de tentes" déplorant un " climat de #tension_sociale qui atteint un niveau de plus en plus critique".

      https://www.infomigrants.net/fr/post/68516/calabre--le-bidonville-de-san-ferdinando-symbole-du-mal-logement-des-t

  • La colère noire des salariés en grève d’Amazon Brétigny pour le Black Friday
    https://www.streetpress.com/sujet/1764351422-colere-noire-salaries-greve-amazon-bretigny-black-friday-cad

    En ce jour dédié à la consommation et alors qu’#Amazon France a généré 1,34 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2024, les grévistes souhaitent mettre la lumière sur leurs #conditions_de_travail éreintantes, leur cadence effrénée, la #surveillance accrue et le climat de peur qui règne au sein de leur usine. Ils dénoncent aussi une véritable « répression syndicale ».

    Pour l’entreprise, il serait hors de question de perdre une miette sur le planning. Au point d’imposer des #cadences intenables à ces salariés, dénoncent les grévistes. « Chaque jour, on a un quota à atteindre, on doit déballer et trier 52 cartons par heure. Et ce pendant huit heures de travail », explique Rita Taha, salariée chargée de la réception des marchandises livrées par camion et représentante SUD.

    À ses côtés, ses collègues énumèrent : « En stockage, c’est jusqu’à 320 colis par heure qu’il faut ranger sur les étagères, tantôt en haut, tantôt en bas, selon les ordres de l’ordinateur, soit une marchandise à ranger toutes les trois secondes », renchérit Bruce, salarié de l’entreprise depuis quatre ans. Des gestes physiques et répétitifs, qui lui provoqueraient des douleurs « aux poignets, aux épaules et aux genoux ». « Et au dos », soupire Lisa dans son cas. « Depuis que je travaille ici, j’ai une reconnaissance de ma qualité de travailleur handicapé », précise-t-elle.

    Les employés racontent également subir une pression des managers pour respecter le rythme. « On n’a que 30 minutes de pause. Mais regardez comment l’entrepôt est immense ! », lance Clément, un salarié gréviste, en montrant le bâtiment gris où les rangs des camions s’alignent. Avec ses 142.000 m2 de superficie, l’entrepôt de Brétigny-sur-Orge est le plus grand que possède Amazon en France. Il dénonce : « Il faut parfois compter jusqu’à dix minutes de trajet pour faire l’aller-retour jusqu’au réfectoire. Ajoutez l’attente et il ne reste à peine dix minutes pour manger. » Idem pour aller aux toilettes, selon Enzo : « Lorsque l’on revient, il faut doubler la cadence pour rattraper le retard. »

    Dans ce contexte, les #accidents_du_travail seraient récurrents. Sur son téléphone, Rita Taha montre une vidéo d’un salarié secouru par les pompiers après avoir eu un malaise à la sortie de l’entrepôt le 17 novembre. « C’est devenu habituel : les secours connaissent le chemin pour venir », dit-elle, inquiète. Clément et Enzo évoquent le cas d’un de leurs collègues en arrêt depuis plus d’un an : « Son tendon du bras s’est cassé en actionnant la manette qui immobilise les camions. A priori, il ne retrouvera plus jamais sa mobilité du bras. Et le pire, c’est qu’un accident similaire s’est déjà produit le mois d’avant ! », disent-ils. Malgré les alertes concernant ces accidents, ils assurent : rien ne change.

    La dizaine de salariés présents sous le barnum assurent qu’ils étaient bien plus nombreux le 10 septembre, lors du mouvement Bloquons Tout. Si certains manquent à l’appel ce 28 novembre, c’est par peur, assurent-ils. « On assiste à une véritable répression syndicale », s’indigne Joseph Mukoko en prenant le micro. Il y a dix jours, Mediapart révélait le cas de deux salariées bannies du site pour s’être liées d’amitié avec une déléguée syndicale CGT, relation étroitement surveillée par l’entreprise. Une plainte a été déposée.

    Une dizaine de camions de CRS encerclent désormais le groupe de 30 manifestants. Même un #drone les survole.

    #grève #logistique #travail #commerce #répression_anti-syndicale

  • #vaseline #code_du_travail

    Un salarié peut travailler jusqu’à douze jours d’affilée, estime la Cour de cassation
    https://www.franceinfo.fr/economie/emploi/carriere/vie-professionnelle/un-salarie-peut-travailler-jusqu-a-douze-jours-d-affilee_7632938.html

    « Il est interdit de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine. » Ce principe du Code du travail(Nouvelle fenêtre) laissait libre cours à plusieurs interprétations : le terme de « semaine » signifie-t-il sept jours de suite ou se réfère-t-il à une semaine civile, du lundi au dimanche ? La Cour de cassation a définitivement clarifié ce point, en assouplissant la possibilité de travailler plus de six jours consécutifs, dans sa décision(Nouvelle fenêtre) rendue le 13 novembre.

    Elle s’est prononcée sur le cas d’un salarié qui avait travaillé onze jours consécutifs, puis douze jours consécutifs quelques mois plus tard, à l’occasion de salons professionnels organisés le week-end. Il avait fait valoir son droit au repos hebdomadaire aux prud’hommes. Mais la Cour de cassation a décidé que ce repos s’entend par semaine civile.

    En clair, un salarié peut bel et bien travailler jusqu’à douze jours d’affilée, par exemple du mardi au samedi de la semaine suivante, puisqu’il a bien eu un jour de repos dans chaque semaine civile (le lundi de la première semaine et le dimanche de la seconde). Ce sujet avait causé de nombreux litiges entre salariés et employeurs : désormais, la réponse ne souffre plus d’aucune forme d’ambiguïté.

    • La semaine de travail peut compter douze jours, Francis Kessler, Maître de conférences émérite à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne
      https://www.lemonde.fr/emploi/article/2025/12/09/la-semaine-de-travail-peut-compter-douze-jours_6656574_1698637.html

      Un arrêt de la Cour de cassation du 13 novembre précise la place du repos hebdomadaire et redéfinit ainsi la notion de semaine de travail, explique le juriste Francis Kessler dans sa chronique.

      Qu’est-ce qu’une semaine ? Banalité ? Pas si sûr. Les dictionnaires proposent entre autres : « Une période de sept jours consécutifs du lundi au dimanche inclus », « Une période de sept jours sans considération du jour du départ » ou « Suite de cinq ou de six jours ouvrables, par opposition au week-end ou au dimanche ». L’article L. 3132-1 du code du travail dispose qu’« il est interdit de faire travailler un même salarié plus de six jours par semaine ».

      La semaine est donc une notion qui ouvre au salarié un droit à un « repos hebdomadaire [qui] a une durée minimale de vingt-quatre heures consécutives, auxquelles s’ajoutent les heures consécutives de repos quotidien [11 heures] », soit un total de 35 heures.

      Ces règles ne posent pas de problème pour un travail régulier de cinq jours, hors les fins de semaine, ou de six jours, hors les dimanches. Elles sont nécessairement respectées. Pour des plannings plus complexes, non régis par une convention collective comme dans la restauration, les services des ressources humaines naviguent souvent à vue.

      La situation juridique était d’autant plus confuse que le droit français n’est pas rédigé exactement dans les mêmes termes que la directive européenne 2003/88 : « Les Etats membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie, au cours de chaque période de sept jours, d’une période minimale de repos », indique l’article 5 de celle-ci.

      Adaptation aux règles

      Dans un arrêt interprétatif du 9 novembre 2017 (aff. C-306/16), la Cour de justice de l’Union européenne (#CJUE) est venue préciser qu’au sens de ce texte, le repos hebdomadaire des travailleurs ne doit pas nécessairement être accordé au lendemain de six jours de travail consécutifs, mais « peut être accordé n’importe quel jour au cours de chaque période de sept jours ».

      Ce n’est qu’à l’occasion d’un litige opposant un salarié qui avait travaillé 11 jours, puis 12 jours consécutifs à l’occasion de salons professionnels auxquels il devait assister, que la Cour de cassation s’est prononcée, par l’arrêt du 13 novembre (no 24-10.733). Elle a considéré que le #repos_hebdomadaire doit être accordé dans le cadre de la semaine civile (du lundi minuit au dimanche minuit) et non dans celui de la semaine glissante. Elle énonce également, en phase avec la CJUE, que l’article L. 3132-1 du code du travail ne commande pas « que cette période minimale de repos hebdomadaire soit accordée au plus tard le jour qui suit une période de six jours de travail consécutifs ».

      Résultat : il n’est pas interdit de demander à un salarié d’enchaîner jusqu’à 12 jours consécutifs.
      Mais d’autres conditions n’ont pas disparu pour autant. D’abord, un repos hebdomadaire complet doit avoir été posé dans chaque semaine civile. Par exemple, il est possible de faire travailler un salarié du mercredi d’une première semaine jusqu’au dimanche de la semaine suivante, s’il est prévu un jour de repos (de 35 heures consécutives) pour chacune des deux semaines civiles : tel le mardi de la semaine 1 puis le mercredi de la semaine 2.
      Ensuite, restent applicables la durée maximale de 10 heures de travail journalier, le repos quotidien de 11 heures, la durée maximale hebdomadaire de travail de 48 heures (avec une moyenne de 44 heures sur douze semaines), tout comme les règles des conventions collectives, qui devront toutefois, éventuellement, être adaptées à la nouvelle donne par la négociation collective. Enfin, l’employeur reste responsable devant la loi de la santé et de la sécurité des salariés de son entreprise.

  • Il mio nome è Balbir

    Almeno sedici ore al giorno, sette giorni alla settimana, 365 giorni all’anno, il tutto moltiplicato per sei anni. A soli ottanta chilometri da Roma, nell’#Agro_Pontino, Balbir ha lavorato in condizioni di schiavitù per una retribuzione che variava tra i 50 e 150 euro al mese. Per mangiare, rubava il cibo che il padrone italiano gettava alle galline e ai maiali. Un inferno vissuto in un Paese democratico che afferma di essere fondato sul lavoro. Balbir ha però deciso di non rassegnarsi e di ribellarsi, di combattere per la sua e la nostra libertà e dignità, rischiando la vita più volte. Un uomo in rivolta, come direbbe Camus, la cui lotta ed esempio sono il più grande antidoto contro ogni forma di razzismo, fascismo, violenza, sfruttamento e schiavismo. Lui è Balbir Singh, un bracciante indiano, e questa è la sua storia.

    https://www.peoplepub.it/pagina-prodotto/il-mio-nome-%C3%A8-balbir
    #livre #immigration #migrations #travail #travailleurs_étrangers #conditions_de_travail #Italie #néo-esclavagisme #esclavage #exploitation #caporalato

  • « On manipulait des #produits_toxiques comme si c’était de l’eau » : sur un site de #TotalEnergies, des #fuites à gogo

    Au sud de l’Italie, TotalEnergies exploite le champ pétrolier #Tempa_Rossa. Les fuites d’#hydrocarbures s’y multiplient depuis son ouverture en 2020. Des salariés s’estiment mis en danger par le fleuron français. Une enquête exclusive.

    Arrivé au bout d’un chemin rocailleux, perdu au milieu des champs et des bois, Luciano coupe le moteur de sa voiture. Ici, il est sûr de ne pas être vu. Chaîne autour du cou et cigarette à la bouche, il fait défiler sur son téléphone des photos prises un an plus tôt dans le centre pétrolier Tempa Rossa, qu’on aperçoit au loin.

    Ces images montrent de grands réservoirs en acier maculés de traînées de pétrole. Par endroits, c’est comme si une bombe de peinture noire avait explosé sur les pompes et les tuyaux. Au sol, des couches de granulés blancs ont été dispersées sur de vastes flaques d’hydrocarbures. Reporterre a obtenu une vingtaine de photos et vidéos comme celles-ci, témoignant de fuites récurrentes en 2024 dans ce champ pétrolier exploité depuis 2020 par TotalEnergies, dans le sud de l’Italie.

    Étendu sur 290 km², dans la région de Basilicate, ce gisement d’hydrocarbures est aux mains du fleuron français, qui détient 50 % de la concession aux côtés de l’Américain Shell (25 %) et du Japonais Mitsui (25 %). Dans ce site industriel à haut risque, certains travailleurs craignent pour leur sécurité.
    Témoignages sous couvert d’anonymat

    Reporterre a recueilli les récits de cinq salariés de TotalEnergies et d’entreprises sous-traitantes, qui ont exercé ou exercent encore à Tempa Rossa. Tous témoignent sous couvert d’anonymat, dans des lieux cachés, redoutant des conséquences sur leur emploi.

    Sollicitée sur chaque aspect de cette enquête, TotalEnergies a choisi de ne répondre qu’à 2 de nos 11 questions. Le pétrolier français affirme cependant : « La sécurité est une valeur fondamentale et non négociable pour notre compagnie. TotalEnergies est pleinement engagée à protéger la santé des travailleurs dans toutes ses activités. »

    Le 29 septembre, le centre de stockage de GPL de Tempa Rossa a néanmoins été inspecté par la brigade des carabiniers (les gendarmes) de Potenza pour la protection de l’environnement. Le substitut du procureur de cette ville en charge de ces sujets a refusé de confirmer ou de récuser l’existence d’une instruction judiciaire. Dans un e-mail envoyé à Reporterre, son secrétariat écrit : « Le sujet qui vous intéresse est couvert par le secret de l’instruction. »
    Les travailleurs exposés à des fuites récurrentes

    Exploité depuis 2020, le champ de Tempa Rossa, qui produit près de 30 000 barils de pétrole et 1 700 barils de GPL (gaz de pétrole liquéfié) par jour, est classé Seveso seuil haut. Cela signifie qu’il présente un risque élevé d’incident et est soumis à une réglementation stricte visant à protéger l’environnement et les travailleuses et travailleurs.

    Malgré cela, sur le site dédié au traitement des hydrocarbures sortis des puits — où des centaines de tuyaux enchevêtrés transportent du pétrole brut, des eaux usées, des boues et des produits chimiques —, les fuites s’accumulent. « Sur la plateforme 3 [où confluent toutes les canalisations qui transportent les hydrocarbures depuis les puits, et celles qui distribuent les produits finis], il y en avait tout le temps ! » résume amèrement Luciano, qui a pris des photos en cachette pour garder des preuves.

    Il n’est pas le seul. L’appréhension a gagné les opérateurs, qui ont fait le lien avec leurs conditions de travail. « On voyait qu’on nous faisait manipuler des produits toxiques comme si c’était de l’eau », se souvient Antonio.

    Les photos recueillies par Reporterre, authentifiées par un ancien salarié de TotalEnergies qui connaît le site, montrent des tuyaux et des pompes entièrement noircis par le pétrole. Sur l’une d’elles, une flaque noire coule sous les pieds d’un ouvrier. « Parfois, ça jaillissait vers le haut et on en avait plein sur nos vêtements », raconte Antonio, en affichant sur son téléphone la photo d’un opérateur de production dans une combinaison tachée de pétrole.

    Des clichés montrent également des appareils prévus pour les échantillonnages couverts de noir, laissant imaginer que le liquide a giclé au moment d’ouvrir les vannes. Un autre illustre un prélèvement d’hydrocarbures dans des conditions de sécurité précaires : un robinet posé sur des morceaux de bois, au-dessus d’un seau à terre, et une couche d’huile noire au sol.

    Des produits toxiques manipulés sans le matériel de protection adéquat

    En cas de fuite, le risque pour les travailleurs est d’être exposés à « un cocktail de produits toxiques, soit par contact cutané, soit par inhalation », explique Giuliano Pesel, médecin du travail spécialisé dans le secteur pétrochimique, interrogé par Reporterre. Une exposition chronique aux hydrocarbures — c’est-à-dire en quantité moindre mais de manière répétée — augmente le risque de cancer, précise-t-il. Certains hydrocarbures, dont le benzène, sont notamment « associés à des tumeurs du sang, de la vessie ou encore de la peau », reprend le médecin.

    Le danger se réduit si l’exposition se produit en extérieur. Néanmoins, « plus le travailleur est proche des substances, plus il a de contacts, plus c’est probable qu’il développe des problèmes de santé dans le temps », continue-t-il. Giuliano Pesel l’affirme : « Les sites neufs ne devraient pas avoir de perte pendant l’activité productive. »

    Toutefois, si une entreprise ne peut pas les empêcher, elle doit fournir du matériel de protection individuel (masque, gants, combinaison) à ses travailleurs, insiste-t-il. Or, à Tempa Rossa, deux témoins assurent que les opérateurs ont parfois dû nettoyer les fuites sans masque.

    https://www.youtube.com/watch?v=hbfKXRK10Hg&t=3s

    Des travailleurs s’inquiètent aussi de devoir procéder manuellement aux mélanges de produits chimiques, à l’aide de pompe, sans avoir toujours les masques et les gants adéquats. « Sachant qu’à chaque fois qu’on sortait les pompes des cuves, le liquide coulait partout », raconte Antonio. Ainsi, l’une des photos montre un réservoir sur lequel est indiquée la formule de l’acide chlorhydrique et, par-dessus, la main d’un opérateur qui tient un tube avec un gant en cuir.

    Un matériel inadapté à cette substance corrosive car il « se détériore facilement », assurent Marco Caldiroli, technicien de la prévention des risques au sein de l’agence publique de santé de Milan, et Gino Carpentiero, ancien médecin du travail à Florence. Ils sont tous deux membres de l’association pour la santé au travail Medicina Democratica.

    Aussi, plusieurs cuves contenant des produits chimiques sont déposées à même le sol, sans bac de rétention, comme l’illustrent plusieurs images. Une pratique « dangereuse », car une perte de liquide peut entrainer des risques pour l’environnement et la sécurité du personnel, tel un incendie, expliquent-ils.
    TotalEnergies sécurise ses installations après une visite des autorités

    À une dizaine de kilomètres de là, dans le centre de stockage GPL, le scénario se répète. Dès l’ouverture du site en 2020, les opérateurs de production constatent des fuites lors du chargement du gaz dans les camions-citernes.

    Certains ont filmé ces scènes. Des vidéos que Reporterre a visionnées. Selon la branche locale du syndicat CGIL et les travailleurs interrogés, le problème vient des tuyaux flexibles raccordés aux véhicules, qui se fissurent régulièrement. À chaque fois, le chargement est interrompu et des ouvriers doivent remplacer le conduit endommagé par un autre neuf, jusqu’à la prochaine fuite. « Cela pouvait arriver n’importe quand », se souvient Davide.

    Selon un relevé effectué par les travailleurs eux-mêmes, que Reporterre a consulté, cette situation s’est produite en moyenne deux fois par mois entre 2022 et 2023.

    « L’exposition des travailleurs au GPL en extérieur n’est pas vraiment dangereuse pour la santé. Toutefois, il s’agit d’un gaz inflammable et explosif. Une simple étincelle peut provoquer une explosion », explique Giuliano Pesel.

    En janvier 2024, les autorités de contrôle, dont l’Institut italien de protection et recherche pour l’environnement (Ispra), ont inspecté le site. Le rapport final évoque de « possibles pertes de GPL » et émet des recommandations, mais ne stipule aucune situation d’urgence. De son côté, TotalEnergies assure que la sécurité des travailleurs est garantie.

    Pourtant, l’été suivant, l’entreprise a décidé de ne plus utiliser les tuyaux incriminés et de les remplacer par des tronçons rigides. La multinationale française affirme que « les modifications techniques font partie d’un processus d’amélioration continue » et « peuvent être mises en œuvre sans qu’un risque pour la sécurité du personnel ou des installations ne les déclenche ».

    Un « Texas italien » riche en pétrole mais en proie à la pauvreté

    TotalEnergies l’assure : étant un site classé Seveso haut seuil, Tempa Rossa fait l’objet d’inspections régulières par des autorités publiques de contrôle. Alors, comment expliquer tant de négligence ? Impossible de le savoir. L’entreprise ne commente pas les cas de fuite d’hydrocarbures. En revanche, elle affirme que « des équipements de protection individuelle conformes aux activités sont toujours disponibles pour tout le personnel et toutes les opérations » et que les opérateurs sont formés et sensibilisés pour pouvoir les utiliser correctement.

    Derrière ce discours rassurant, il y a pourtant des travailleurs inquiets pour leur sécurité. Ces derniers sont peu nombreux à parler, par peur de perdre leur emploi. Un risque d’autant plus pesant que, dans cette région, le pétrole règne en maître. Abritant deux des plus gros gisements terrestres d’or noir d’Europe, la Basilicate, rebaptisée « le Texas d’Italie », a fourni 84,8 % du pétrole italien en 2024.

    Malgré cela, cette petite région de 530 000 âmes est l’une des plus pauvres du pays : 24,5 % des habitants sont à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Elle est aussi la plus en proie au dépeuplement.

    Perché dans la montagne en face de Tempa Rossa, le village reculé de Corleto Perticara ne fait pas exception. « Ici on produit du pétrole, de l’énergie éolienne, mais ce n’est pas pour autant que les habitants sont devenus plus riches », déplore Giorgio Santoriello, dont l’association Cova Contro (https://covacontro.org) surveille les conséquences environnementales de l’extraction de pétrole dans la région. À Corleto, on vit d’agriculture et d’industrie. Pas un hôtel à l’horizon, mais quelques chambres d’hôtes qui accueillent les employés de la multinationale de passage.

    Parmi les 2 300 villageois, nombreux sont ceux à compter sur « la » Total, comme ils l’appellent. « Si je ne travaille pas là, je travaille où ? Il n’y a pas d’alternative... Et avec des enfants, c’est compliqué », dit Fabio. Pour Giorgio Santoriello, « les gens d’ici se sont fait berner par l’argent facile, sans penser au coût social, environnemental, sanitaire et même politique. Cela bouleverse la réalité locale, et nous ne sommes plus maîtres de notre territoire ».

    https://reporterre.net/Revelations-sur-TotalEnergies-On-manipulait-des-produits-toxiques-comme-

    #Apennins #pétrole #Italie #montagne #industrie_pétrochimique #champ_pétrolier #Basilicate #Mitsui #Shell #industrie_pétrolière #santé #travail #conditions_de_travail #benzène #cancer #santé_publique #GPL #gisements #Cova_Contro

  • Comme c’est la journée des ouin-ouin pour l’incarcération de Sarkozy. Faudrait pas oublier l’essentiel de la population carcérale qui elle n’a pas les moyens de se payer une cantine de luxe comme celle de l’ancien locataire de la villa Montmorency au cœur du très chic 16ᵉ arrondissement de Paris et qui dormira ce soir dans une cellule à la Santé dans l’arrondissement voisin, le 14e.
    Au Journal officiel du 15 octobre 2025, le Contrôleur général a publié un avis relatif à là vétusté des établissements pénitentiaires.
    https://www.cglpl.fr/publications/avis-relatif-a-la-vetuste-des-etablissements-penitentiaires
    La justice peut-elle (vraiment) faire respecter les droits des détenu⋅es ?
    https://lasellette.org/la-justice-peut-elle-vraiment-faire-respecter-les-droits-des-detenu%e2%8

    En juillet 2025, l’Observatoire international des prisons (#OIP) a une nouvelle fois saisi la justice administrative pour qu’elle mette fin à l’indignité des #conditions_de_détention à la prison de Toulouse-Seysses. L’OIP exigeait que soit prise une trentaine de mesures concernant, par exemple, les cafards qui pullulent, la difficulté d’accéder à des soins psychiatriques ou les violences subies par les #personnes_détenues.

    Dans cette émission, on discute des demandes de l’OIP, de la mauvaise exécution des mesures ordonnées précédemment, de la manière dont s’est défendue l’administration pénitentiaire, des résultats obtenus et, plus généralement, de ce qu’on peut attendre (ou pas) de la justice administrative pour lutter contre les atteintes aux droits fondamentaux en #prison.

    Chambre des comparutions immédiates à Toulouse avec @la_sellette

    • Sarkozy en prison, ce crime de lèse-majesté | Fabrice Arfi
      https://www.mediapart.fr/journal/france/211025/sarkozy-en-prison-ce-crime-de-lese-majeste

      Emmanuel Macron et Gérald Darmanin au chevet du condamné, les groupes Accor et Lagardère en soutien, des télévisions qui occultent largement la gravité des faits : l’incarcération de Nicolas Sarkozy révèle, comme jamais, la panique d’un petit monde puissant qui désire ni plus ni moins que le retour des privilèges.

      L’incarcération de Nicolas Sarkozy offre à la France une expérience politique, médiatique et sociale fascinante. Alors que l’ancien président de la République, condamné à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs dans l’affaire libyenne, doit passer sa première nuit en détention mardi 21 octobre, une partie du pays semble se fracturer sur le sens à donner à cet événement historique.

      Nicolas Sarkozy : Auteuil, Neuilly, Passy, se mobilisent ! | Reflets.info
      https://reflets.info/articles/nicolas-sarkozy-auteuil-neuilly-passy-se-mobilisent

      Le quartier est bouclé. On avait rarement vu telle animation policière à Auteuil depuis... Depuis toujours ? Des dizaines de cars de police ont littéralement fermé l’accès à tout un pâté de maisons et d’immeubles. Les barrières métalliques empêchent l’accès à la rue de la Source où attendent sagement plusieurs voitures munies de gyrophares. #Nicolas_Sarkozy, accompagné par Carla Bruni, a fini par émerger de la Villa Montmorency et, après avoir salué la foule des soutiens du matin, ils se sont engouffrés dans une voiture qui, accompagnée de nombreux motards, est partie vers la prison de la Santé où l’ancien président a été incarcéré.

      Il y avait là environ 200 ou 300 personnes, 200.000 selon Véronique Waché. La foule a entonné quelques marseillaises.

      https://www.youtube.com/watch?v=L1N3WXZ_1LM


      Auteuil Neuilly Passy c’est pas du gâteau
      Auteuil Neuilly Passy tel est notre ghetto

    • Quand ça veut pas, ça veut pas.
      https://rfi.my/C7aC

      En France, c’est la fin d’un feuilleton judiciaire qui avait plombé la campagne présidentielle en 2017. #François_Fillon est débouté par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le dernier recours possible pour l’ancien Premier ministre, condamné dans une affaire d’emplois fictifs. La CEDH a jugé irrecevables les arguments de François Fillon.

      Il s’agit de l’affaire dite du « #Penelopegate », du nom de la femme de François Fillon, #Pénélope_Fillon, qui avait bénéficié d’emplois fictifs à l’Assemblée nationale. L’ancien Premier ministre et son épouse estimaient ne pas avoir eu droit à un procès équitable, affirmant que les magistrats qui ont requis contre eux avaient manqué d’indépendance.

      Ces arguments sont rejetés par Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), qui a relu toute cette affaire à la lumière de la convention européenne des droits de l’homme, qui s’applique dans 46 pays membres. Leur requête est rejetée pour « défaut manifeste de fondement », peut-on lire dans la décision de la Cour, pour qui la procédure, « prise dans son ensemble, a revêtu un caractère équitable ».

      Le scandale du « Penelopegate » éclate en 2017, en pleine campagne présidentielle. L’ancien chef de gouvernement de Nicolas Sarkozy partait favori. Il sera finalement éliminé dès le premier tour de cette élection. En juin dernier, François Fillon est définitivement condamné par la cour d’appel de Paris à quatre ans de prison avec sursis, 375 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité.

      Il comptait, depuis, sur l’intervention de la CEDH, qu’il a pourtant largement critiquée durant sa campagne de 2017. Il reprochait à la Cour européenne des droits de l’homme de trop se mêler des questions de société françaises et promettait d’en retirer le pays s’il était élu.

      Ce dernier paragraphe est révélateur de l’image que ces cols-blancs
      ont de la justice.

    • « Le malheur d’un puissant, sa chute et son humiliation donnent du piment à une existence que la médiocrité habite. » P. Prout
      https://www.tf1info.fr/justice-faits-divers/en-direct-l-ancien-president-nicolas-sarkozy-incarcere-ce-mardi-a-la-prison-

      Sarkozy en prison : 3 détenus en garde à vue après des vidéos menaçantes envers l’ancien président

      le post-choc carcéral du conte Monte-Sarko par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts - @lesjours

      AAAAAAAAHHHHHH ! encore. Car, a-t-on appris mardi soir de la bouche de LCI, en détention, Nicolas Sarkozy est flanqué de deux de ses officiers de sécurité. Oui, oui, ils logent dans une cellule voisine et deux équipes se relaient toutes les douze heures. Comprenons-nous bien : il a été demandé à ces fonctionnaires d’entrer eux aussi en prison. Déclenchant évidemment la colère des surveillants, pris pour des branle-panneaux. Et des gardes du corps armés de surcroît, quand les matons ne le sont pas pour d’évidentes raisons de sécurité. Le dispositif de protection de l’ancien Président « a été maintenu en détention, […] une décision visant à assurer sa sécurité », a expliqué le nouveau ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez sur CNews et Europe 1 – of course.

      Les bras nous en seraient tombés si nous n’en avions hélas, plus tôt dans la journée, déjà perdu l’usage à l’annonce d’une autre nouvelle : avec l’incarcération de Nicolas Sarkozy, son cuisinier va rejoindre son corps d’origine, le ministère de l’Intérieur, qui le mettait jusqu’alors à sa disposition. Nan mais sans déconner. Qu’on s’acquitte collectivement de quelques deniers prélevés sur nos impôts pour éviter que Nicolas Sarkozy ou François Hollande se fassent zigouiller dans la rue par le premier venu, ça peut s’entendre. Qu’on leur paye secrétariat et locaux parce que leurs fonctions précédentes à l’Élysée occasionnent quelques frais, déjà on tique. Mais un cuisinier ? Comme nous sommes plus pingres que Mediapart qui, sur la foi d’un procès verbal issu de l’instruction sur l’affaire libyenne, évalue à 19,7 millions d’euros les revenus de Nicolas Sarkozy entre 2013 et 2019, nous nous contenterons de sa rémunération en tant qu’administrateur des groupes Lagardère et Accor – qui, tous deux, n’ont pas souhaité interrompre son mandat, manifestant là un soutien touchant à la condition carcérale. Du premier, que détient son ami Vincent Bolloré, Nicolas Sarkozy a touché en 2025 88 760,59 euros et 82 582 euros du second – et on est gentils, on ne compte pas son indemnité mensuelle d’ancien chef de l’État qui s’élève à 6 000 euros (six-mille euros). Soit de quoi s’acquitter de la modique somme de 150 euros pour chacun de ses trois repas de la journée pendant un an mais non, le gars a un cuistot payé par l’État, c’est-à-dire vous et nous.

    • Visite à Nicolas Sarkozy en prison : Gérald Darmanin visé par une plainte pour « prise illégale d’intérêts »
      https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/visite-a-nicolas-sarkozy-en-prison-gerald-darmanin-vise-par-une-plainte-p

      Dans sa plainte pour « prise illégale d’intérêt » déposée ce jeudi, ce collectif de 28 avocats, parmi lesquels les avocats au barreau de Paris Jérôme Karsenti, Jérôme Giusti ou Isabelle Dahan, estime que cette visite est susceptible de « mettre à mal la confiance que les justiciables ont dans la justice et leurs auxiliaires et donc la confiance des clients pour le compte desquels ils agissent chaque jour en tant qu’avocat ». « Les agissements de monsieur Gérald Darmanin leur causent ainsi un préjudice d’exercice et d’image qui rend nécessaire le dépôt de cette plainte auprès de la Commission des requêtes », ajoutent-ils.

      « Impliqués quotidiennement dans la lutte contre les atteintes à la probité et ayant déjà représenté en justice de nombreuses associations combattant de tels agissements, ils sont nécessairement fondés à agir pour dénoncer une infraction de prise illégale d’intérêts commise par le ministre de la Justice dans l’exercice de ses fonctions », poursuivent les avocats. « En tant que ministre de la Justice, Gérald Darmanin est dépositaire de l’autorité publique. A ce titre, le premier élément matériel de l’infraction de prise illégale d’intérêts est caractérisé ».

    • Comme l’exige son rôle, Gérald Darmanin ira chaque soir lire une histoire à Nicolas Sarkozy
      https://www.legorafi.fr/2025/10/30/comme-lexige-son-role-gerald-darmanin-ira-chaque-soir-lire-une-histoire-a-n

      Après avoir déjà annoncé qu’il irait voir l’ancien Président de la République en prison, #Gérald_Darmanin a précisé la nature de ces visites. “J’irai chaque soir à 20h30, à la prison de la santé, afin de lire une histoire à Monsieur Sarkozy, jusqu’à ce qu’il s’endorme profondément”. Il semblerait que ce soit l’ancien président qui puisse choisir lui-même son histoire. D’après nos informations, il aimerait particulièrement Ali Baba et les 40 voleurs, mais aussi les bandes-dessinées mettant en scène l’Oncle Picsou.

      Ce que certains considèrent comme un traitement de faveur, est pour le garde des sceaux une simple obligation liée à son rôle. “Il est écrit dans ma fiche de poste que je devrai rendre visite à tout ancien président de droite en prison. Il est d’ailleurs précisé que je devrai lui lire des histoires, lui amener des boissons chaudes, et lui masser les pieds.” D’après des sources haut placées, il semblerait que ce soit Nicolas Sarkozy lui-même, qui a intégré ces différents éléments dans la fiche du poste du ministre de la justice, lorsqu’il était lui-même Président de la République. Concernant le massage des pieds, il avait été suggéré par Georges Tron, autre ancien élu et ancien détenu.

      D’autres visites prévues pour Nicolas Sarkozy ?

      Si les visites de Gérald Darmanin peuvent surprendre, il faut savoir que ce ne sera pas le seul homme politique à pouvoir se rendre dans la cellule de l’ancien président. En effet, Patrick Balkany, l’ancien maire de Levallois devrait également s’y rendre. “Je vais passer voir Nicolas bien sûr ! J’ai toujours mon badge pour aller à la Santé quand bon me chante, c’est un badge VIP ! Il fonctionne même pour la prison de Fleury. Avec mon expérience, je suis d’ailleurs en train d’écrire un livre : Le guide du Mitard, pour tous les politiciens qui iront en prison. Et, entre nous, j’ai l’intuition qu’il va bien se vendre !”

      #Le_Gorafi

    • Affaire des sondages de l’Élysée : Claude Guéant condamné à un an de prison avec sursis
      https://www.la-croix.com/politique/affaire-des-sondages-de-l-elysee-claude-gueant-condamne-a-un-an-de-prison-

      L’ancien secrétaire général de l’Élysée, #Claude_Guéant, a été condamné en appel, mardi 4 novembre, à un an de prison avec sursis dans l’affaire des sondages commandés par l’Élysée sous Nicolas Sarkozy. Une peine revue à la baisse : en première instance, il avait écopé d’un an de prison, dont huit mois ferme.

      #Patrick_Buisson #Bygmalion

  • Accord Rome-Tirana : au total, 132 migrants envoyés en Albanie, un « #échec », selon les ONG italiennes

    Un an après l’ouverture en Albanie de deux camps - à #Shengjin et #Gjader - censés accueillir les migrants arrêtés dans les eaux italiennes, les lieux sont presque vides. Selon des ONG italiennes, 132 migrants y ont été envoyés en un an. « Un échec déconcertant », assurent-elles.

    Il y a un an, jour pour jour, le 16 octobre 2024, un premier groupe de 16 migrants devaient être transférés en Albanie depuis l’Italie en vertu d’un accord signé entre les deux pays. Sous les caméras du monde entier, ces 16 personnes, originaires d’Égypte et du Bangladesh, rejoignaient le centre du port de Shengjin, dans le nord du pays. Un autre centre, ouvert sur une ancienne base militaire à Gjader, avait également vu le jour.

    Au total, et selon l’accord signé entre Rome et Tirana, jusqu’à 36 000 migrants, interceptés dans les eaux italiennes, pouvaient être envoyés chaque année dans ce pays des Balkans. Le but de l’Italie : externaliser une partie du processus d’asile pour soulager son pays de l’afflux migratoire. Depuis ces deux centres, les migrants peuvent effectuer une demande d’asile et en attendre la réponse.

    Un an plus tard, l’accord a fait chou blanc. Selon le juriste Gianfranco Schiavone, se fondant sur un rapport d’ONG italiennes, intitulé « Blessures aux frontières » (https://www.amnesty.it/rapporto-tai-ferite-di-confine-la-nuova-fase-del-modello-albania), 132 personnes ont été emmenées dans les centres albanais, dont 32 ont été rapatriées après des décisions de la justice italienne. « Comme on peut le constater, l’échec est déconcertant », assène-t-il à l’AFP.

    Transformés en #centres_de_rétention (#CPR)

    Rapidement, en effet, l’accord s’était heurté à des #obstacles_juridiques, qui ont mis en lumière la contradiction entre cette politique migratoire et le respect des #droits_fondamentaux. Sur les 16 premiers migrants envoyés, quatre ont été identifiés comme « vulnérables » et renvoyés en Italie. Deux jours plus tard, la #justice italienne a invalidé la rétention des 12 hommes restants, invoquant un désaccord entre l’Union européenne (UE) et l’Italie au sujet d’un liste de pays d’origine « sûrs ». L’Italie a établi une liste de pays dits « sûrs » : les hommes seuls originaires des pays figurant sur cette liste peuvent être envoyés en Albanie.

    Mais certains pays ne peuvent être considérés comme « sûrs » au regard du droit européen. Les 12 migrants sont donc repartis eux aussi vers l’Italie.

    En novembre 2004, nouveau camouflet : un tribunal de Rome suspend la détention de sept migrants envoyés en Albanie. Idem en février 2025. Une quarantaine de migrants sont rapatriés en Italie après que la justice italienne a annulé leur transfert.

    Face à ces échecs successifs, l’Italie a changé son fusil d’épaule. En mars 2025, le Conseil des ministres a adopté un décret-loi permettant de recycler ces structures en… centres de rapatriement pour migrants en situation irrégulière – des centres de rétention (CPR), en somme.

    « Ces centres sont vides, coûtent beaucoup d’argent et ne servent à rien », avait déclaré à cette époque Me Guido Savio, avocat spécialiste du droit de l’immigration, interrogé par l’AFP. La « logique » du gouvernement, avec sa décision [de transformer ces centres albanais en CPR], c’est, [de montrer] que ces centres, en fin de compte, on les fait fonctionner d’une manière ou d’une autre".

    En juin 2025, maigre victoire pour Rome : la presse italienne révèle que cinq migrants égyptiens ont été renvoyés depuis le centre albanais de Gjader vers leur pays d’origine.

    Deux mois plus tard, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a invalidé le 1er août la base juridique même de l’accord controversé. Au cœur du problème : la fameuse liste de pays dits sûrs. La Cour a aussi rappelé qu’un pays ne peut être considéré comme « sûr » s’il n’offre pas une « protection suffisante » à toutes les personnes se trouvant sur l’ensemble de son territoire.

    Mutisme des autorités albanaises sur les #conditions_de_vie des migrants

    Et quid des #conditions_de_détention dans les centres albanais ? Savoir ce qui se passe précisément derrière les grilles est presque impossible : les autorités de Tirana se refusent à tout commentaire, renvoyant vers les Italiens. Interrogé par l’AFP pour savoir quelles sont leurs conditions de vie et quel est l’avenir de ces installations, le ministère italien de l’Intérieur a expliqué que le ministre avait « répondu à plusieurs reprises sur ces points ».

    Selon le rapport « Blessures aux frontières », l’#accès_aux_soins est limité et discriminatoire [...] Le #droit_à_la_défense est sévèrement limité, voire compromis", détaille le journal italien Il Manifesto.

    « L’échec du protocole signé avec l’Albanie a poussé le gouvernement [italien] à le transformer en autre chose qui - comme l’a déjà réaffirmé la magistrature italienne - contredit la directive européenne sur les retours : à savoir qu’il n’est en aucun cas prévu que la détention administrative d’étrangers en attente d’expulsion en Italie puisse être effectuée sans un pays non membre de l’Union européenne », explique encore le juriste Gianfranco Schiavone.

    Révision de la « #Directive_retour »

    Pour l’heure, il est vrai, l’UE n’autorise pas l’externalisation des centres de rétention hors de son sol. Mais la Commission européenne veut réviser la directive « retour » de 2008, qui régit les #expulsions des personnes en situation irrégulière. L’un des points les plus controversés ? La possibilité de transférer des migrants vers des centres situés hors d’Europe. Cette mesure actuellement en débat au Parlement européen, pourrait être adopté : elle ouvrirait alors la voie à la création de centres pour migrants en dehors des frontières de l’UE.

    Arrivée au pouvoir en 2022, la Première ministre italienne Giorgia Meloni, cheffe du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia (FDI) a fait de la lutte contre l’immigration l’un des piliers de sa politique. Elle espère « obtenir [via la directive retour] ce qu’elle n’a pas obtenu du pacte [avec l’Albanie] en particulier la possibilité de recourir à des expulsions expéditives », analyse Filippo Furri, de l’ONG ARCI.

    En visite en Albanie au printemps, le Premier ministre britannique Keir Starmer n’a pas caché son souhait de créer lui aussi des « #hubs_de_retour ». Edi Rama, son homologue albanais, avait alors été très clair : « Le modèle que nous avons apporté en Albanie en coopération avec l’Italie (...) est un #modèle qui prend du temps pour être testé. S’il fonctionne, il pourra être reproduit. Mais pas en Albanie, dans d’autres pays de la région ».

    https://www.infomigrants.net/fr/post/67548/accord-rometirana--au-total-132-migrants-envoyes-en-albanie-un-echec-s

    #Italie #Albanie #externalisation #migrations #réfugiés #détention_administrative #rétention #modèle_albanais #return_hubs

    –-
    ajouté à la métaliste sur l’accord Italie-Albanie :
    https://seenthis.net/messages/1043873