• L’UE alloue 276 millions d’euros à la Grèce et appelle la Turquie à reprendre les migrants déboutés

    La commissaire européenne Ylva Johansson a appelé lundi, de l’île grecque de #Lesbos, la « Turquie à réadmettre d’urgence les migrants » renvoyés de Grèce, assurant par ailleurs que l’Union européenne allait allouer 276 millions d’euros à la construction de nouveaux camps d’accueil en #mer_Egée.

    La commissaire européenne aux Affaires intérieures chargée des migrations s’est rendue sur place pour pousser le gouvernement grec à agir plus rapidement en vue de l’ouverture avant l’hiver prochain de tels camps sur cette île, ainsi que sur celles de #Samos, #Chios, #Leros et #Kos, et à améliorer les #conditions_d'hébergement des quelque 14.000 demandeurs d’asile qui s’y trouvent.

    Ylva Johansson a par ailleurs exhorté la Turquie « à réadmettre d’urgence les migrants » renvoyés de Grèce, tandis que les présidents de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et du Conseil européen Charles Michel se rendront à Ankara le 6 avril pour rencontrer le président Recep Tayyip Erdogan.

    Le ministre grec des Migrations Notis Mitarachi a rappelé lundi que la Grèce avait demandé à la Turquie de reprendre sur son territoire 1.450 personnes qui avaient été déboutées du droit d’asile sur les #îles grecques.

    La commissaire européenne a en outre souligné que « la question migratoire devait être européanisée » et qu’il ne fallait pas laisser les Etats membres aux #frontières_extérieures de l’UE seuls face à la gestion de cette crise. Elle a jugé « impératif » de trouver « de nouvelles #solutions_politiques » pour partager le #fardeau entre les pays européens, estimant que « depuis trois ans, il n’y a pas eu de progrès » en ce sens. Elle a dit « comprendre » que « la patience a ses limites » et qu’à Lesbos, notamment, "la limite était « proche ».

    Illustration de la #colère des insulaires, Ylva Johansson a été confrontée à la fronde de 300 habitants de Lesbos qui ont manifesté devant le bâtiment où se déroulait sa conférence de presse pour s’opposer à la mise en place d’un nouveau camp.

    « Non aux structures sur l’île », pouvait-on lire sur une banderole déployée avant l’arrivée de la commissaire européenne et du ministre grec des Migrations. Lors de la même conférence de presse, Notis Mitarachi a annoncé que les camps de Samos, Kos et Leros ouvriraient d’ici trois mois. Les autres avant décembre 2021, a-t-il dit à l’AFP.

    Le gouvernement avait promis il y a longtemps un nouveau camp pour remplacer celui de #Moria, détruit en septembre dans un incendie, mais sa construction s’était heurtée à l’opposition de la population et des autorités locales, lassées par la présence des demandeurs d’asile sur leur île depuis la crise migratoire de 2015. Le nouveau camp de Lesbos doit voir le jour dans la localité de #Pali, à une demi-heure de route de la capitale de cette île, Mytilène. Depuis l’incendie de Moria, quelque 8.000 migrants sont toujours regroupés dans des installations provisoires où leurs #conditions_de_vie ont été extrêmement difficiles cet hiver.

    La Grèce doit enquêter

    Interrogée sur les accusations de refoulements de migrants par les garde-côtes grecs en mer Egée, Ylva Johansson a estimé que « la Grèce peut faire plus en matière d’investigations ».

    « Il y a des cas particuliers qui, je le pense vraiment, doivent être examinés de près », a-t-elle exhorté, se disant « très préoccupée » par les rapports établis par le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU.
    « Nous devons protéger nos frontières extérieures et nous devons protéger les droits fondamentaux, cela va de pair, ce n’est pas une contradiction », a-t-elle poursuivi.

    Les autorités grecques ont été accusées ces derniers mois par des ONG et dans des enquêtes parues dans de nombreux médias d’avoir forcé des migrants présents en mer Egée à retourner dans les eaux territoriales turques sans déposer de demandes d’asile en Grèce, en violation du droit international. « Nous n’avons pas renvoyé de bateaux. Nous avons empêché des bateaux d’entrer sur le territoire grec et européen, ce qui est permis », avait récemment assuré dans un entretien avec l’AFP Notis Mitarachi.

    Lundi, il a de nouveau apporté un démenti à ce sujet, insistant sur le fait que des enquêtes menées par l’Union européenne et l’agence Frontex n’avaient conclu à « aucune infraction à des droits fondamentaux dans les cas qui ont été examinés ».

    https://www.lorientlejour.com/article/1256960/lue-va-allouer-276-millions-deuros-pour-la-construction-de-camps-de-m

    #asile #migrations #réfugiés #Grèce #UE #EU #aide_financière #déboutés #Turquie #réadmission #camps_de_réfugiés #nouveaux_camps #encampement #européanisation

    ping @isskein @karine4

  • La crise sanitaire aggrave les troubles psy des jeunes migrants

    Les « migrants » sont une population composite recouvrant des #statuts_administratifs (demandeurs d’asile, réfugiés, primo-arrivants…) et des situations sociales disparates. Certains appartiennent à des milieux sociaux plutôt aisés et éduqués avec des carrières professionnelles déjà bien entamées, d’autres, issus de milieux sociaux défavorisés ou de minorités persécutées, n’ont pas eu accès à l’éducation dans leur pays d’origine.

    Et pourtant, une caractéristique traverse ce groupe : sa #jeunesse.

    Ainsi, selon les chiffres d’Eurostat, au premier janvier 2019, la moitié des personnes migrantes en Europe avait moins de 29 ans ; l’âge médian de cette population se situant à 29,2 ans, contre 43,7 pour l’ensemble de la population européenne. Cette particularité est essentielle pour comprendre l’état de santé de cette population.

    En effet, on constate que, du fait de sa jeunesse, la population migrante en Europe est globalement en #bonne_santé physique et parfois même en meilleure #santé que la population du pays d’accueil. En revanche, sa santé mentale pose souvent problème.

    Des #troubles graves liés aux #parcours_migratoires

    Beaucoup de jeunes migrants – 38 % de la population totale des migrants selon une recherche récente – souffrent de #troubles_psychiques (#psycho-traumatismes, #dépressions, #idées_suicidaires, #perte_de_mémoire, #syndrome_d’Ulysse désignant le #stress de ceux qui vont vivre ailleurs que là où ils sont nés), alors que la #psychiatrie nous apprend que le fait migratoire ne génère pas de #pathologie spécifique.

    Les troubles dont souffrent les jeunes migrants peuvent résulter des #conditions_de_vie dans les pays d’origine (pauvreté, conflits armés, persécution…) ou des #conditions_du_voyage migratoire (durée, insécurité, absence de suivi médical, en particulier pour les migrants illégaux, parfois torture et violences) ; ils peuvent également être liés aux #conditions_d’accueil dans le pays d’arrivée.

    De multiples facteurs peuvent renforcer une situation de santé mentale déjà précaire ou engendrer de nouveaux troubles : les incertitudes liées au #statut_administratif des personnes, les difficultés d’#accès_aux_droits (#logement, #éducation ou #travail), les #violences_institutionnelles (la #répression_policière ou les #discriminations) sont autant d’éléments qui provoquent un important sentiment d’#insécurité et du #stress chez les jeunes migrants.

    Ceci est d’autant plus vrai pour les #jeunes_hommes qui sont jugés comme peu prioritaires, notamment dans leurs démarches d’accès au logement, contrairement aux #familles avec enfants ou aux #jeunes_femmes.

    Il en résulte des périodes d’#errance, de #dénuement, d’#isolement qui détériorent notablement les conditions de santé psychique.

    De nombreuses difficultés de #prise_en_charge

    Or, ainsi que le soulignent Joséphine Vuillard et ses collègues, malgré l’engagement de nombreux professionnels de santé, les difficultés de prise en charge des troubles psychiques des jeunes migrants sont nombreuses et réelles, qu’il s’agisse du secteur hospitalier ou de la médecine ambulatoire.

    Parmi ces dernières on note l’insuffisance des capacités d’accueil dans les #permanences_d’accès_aux_soins_de_santé (#PASS), l’incompréhension des #procédures_administratives, le besoin d’#interprétariat, des syndromes psychotraumatiques auxquels les professionnels de santé n’ont pas toujours été formés.

    Les jeunes migrants sont par ailleurs habituellement très peu informés des possibilités de prise en charge et ne recourent pas aux soins, tandis que les dispositifs alternatifs pour « aller vers eux » (comme les #maraudes) reposent essentiellement sur le #bénévolat.
    https://www.youtube.com/watch?v=Pn29oSxVMxQ&feature=emb_logo

    Dans ce contexte, le secteur associatif (subventionné ou non) tente de répondre spécifiquement aux problèmes de santé mentale des jeunes migrants, souvent dans le cadre d’un accompagnement global : soutien aux démarches administratives, logement solidaire, apprentissage du français, accès à la culture.

    Organisateurs de solidarités, les acteurs associatifs apportent un peu de #stabilité et luttent contre l’isolement des personnes, sans nécessairement avoir pour mission institutionnelle la prise en charge de leur santé mentale.

    Ces #associations s’organisent parfois en collectifs inter-associatifs pour bénéficier des expertises réciproques. Malgré leur implantation inégale dans les territoires, ces initiatives pallient pour partie les insuffisances de la prise en charge institutionnelle.

    Des situations dramatiques dans les #CRA

    Dans un contexte aussi fragile, la #crise_sanitaire liée à la #Covid-19 a révélé au grand jour les carences du système : si, à la suite de la fermeture de nombreux #squats et #foyers, beaucoup de jeunes migrants ont été logés dans des #hôtels ou des #auberges_de_jeunesse à l’occasion des #confinements, nombreux sont ceux qui ont été livrés à eux-mêmes.

    Leur prise en charge sociale et sanitaire n’a pas été pensée dans ces lieux d’accueil précaires et beaucoup ont vu leur situation de santé mentale se détériorer encore depuis mars 2020.

    Les situations les plus critiques en matière de santé mentale sont sans doute dans les #Centres_de_rétention_administrative (CRA). Selon le rapport 2019 de l’ONG Terre d’Asile, sont enfermés dans ces lieux de confinement, en vue d’une #expulsion du sol national, des dizaines de milliers de migrants (54 000 en 2019, dont 29 000 en outremer), y compris de nombreux jeunes non reconnus comme mineurs, parfois en cours de #scolarisation.

    La difficulté d’accès aux soins, notamment psychiatriques, dans les CRA a été dénoncée avec véhémence dans un rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en février 2019, suivi, à quelques mois d’écart, d’un rapport tout aussi alarmant du Défenseur des droits.

    La #rupture de la #continuité des #soins au cours de leur rétention administrative est particulièrement délétère pour les jeunes migrants souffrant de pathologies mentales graves. Pour les autres, non seulement la prise en charge médicale est quasi-inexistante mais la pratique de l’isolement à des fins répressives aggrave souvent un état déjà à risque.

    La déclaration d’#état_d’urgence n’a pas amélioré le sort des jeunes migrants en rétention. En effet, les CRA ont été maintenus ouverts pendant les périodes de #confinement et sont devenus de facto le lieu de placement d’un grand nombre d’étrangers en situation irrégulière sortant de prison, alors que la fermeture des frontières rendait improbables la reconduite et les expulsions.

    Un tel choix a eu pour conséquence l’augmentation de la pression démographique (+23 % en un an) sur ces lieux qui ne n’ont pas été conçus pour accueillir des personnes psychologiquement aussi vulnérables et pour des périodes aussi prolongées.

    Des espaces anxiogènes

    De par leur nature de lieu de #privation_de_liberté et leur vocation de transition vers la reconduction aux frontières, les CRA sont de toute évidence des #espaces_anxiogènes où il n’est pas simple de distinguer les logiques de #soins de celles de #contrôle et de #répression, et où la consultation psychiatrique revêt bien d’autres enjeux que des enjeux thérapeutiques. Car le médecin qui apporte un soin et prend en charge psychologiquement peut aussi, en rédigeant un #certificat_médical circonstancié, contribuer à engager une levée de rétention, en cas de #péril_imminent.

    Les placements en CRA de personnes atteintes de pathologies psychologiques et/ou psychiatriques sont en constante hausse, tout comme les actes de #détresse (#automutilations et tentatives de #suicide) qui ont conduit, depuis 2017, cinq personnes à la mort en rétention.

    La prise en charge effective de la santé mentale des jeunes migrants se heurte aujourd’hui en France aux contradictions internes au système. Si les dispositifs sanitaires existent et sont en théorie ouverts à tous, sans condition de nationalité ni de régularité administrative, l’état d’incertitude et de #précarité des jeunes migrants, en situation irrégulière ou non, en fait un population spécialement vulnérable et exposée.

    Sans doute une plus forte articulation entre la stratégie nationale de prévention et lutte contre la pauvreté et des actions ciblées visant à favoriser l’intégration et la stabilité via le logement, l’éducation et l’emploi serait-elle à même de créer les conditions pour une véritable prévention des risques psychologiques et une meilleure santé mentale.

    https://theconversation.com/la-crise-sanitaire-aggrave-les-troubles-psy-des-jeunes-migrants-152

    #crise_sanitaire #asile #migrations #réfugiés #jeunes_migrants #santé_mentale #troubles_psychologiques #genre #vulnérabilité #bénévolat #rétention #détention_administrative #sans-papiers

    ping @isskein @karine4

  • New #Malakasa : Inhuman subsistence, nine months on

    Introduction

    Nine months after their arrival in Greece, refugees who arrived in March 2020, were deprived of the right to seek international protection due to the suspension of the asylum procedure by way of emergency decree and were automatically placed in arbitrary detention, remain exposed to inhuman living conditions in a newly established facility in Malakasa in the midst of winter and a pandemic.

    The so-called “#new_Malakasa” centre, along with Kleidi, Serres, were initially set up as detention centres in March to accommodate new arrivals held in informal detention sites on Eastern Aegean islands before being detained on board the “Rhodes” Navy vessel. Yet, since the end of March, the two facilities have been incorporated into the state reception system as Temporary Reception Facilities for third-country nationals or stateless persons, managed by the Reception and Identification Service (RIS).

    New Malakasa is Ministry of Migration and Asylum a pilot project in independent establishment of reception facilities, contrary to the collaborative approach followed with international actors and organisations for other centres. This #camp, along with Kleidi, Serres and the prospective new centres on Samos, Leros and Kos,[2] is covered by the #METOIKOS programme funded by the European Union (EU) through #Asylum_Migration_and_Integration_Fund (#AMIF) emergency assistance.

    The Ministry awarded on 10 April 2020 a €4.4m construction and maintenance contract to company #VITAEL via direct award. Following the approval on 9 October 2020 of €4.9m in EU funding for construction and maintenance of the facility, the aforementioned project was brought under the METOIKOS programme on 3 December 2020.

    The date of delivery to the Greek authorities was set for 4 October 2020 following an extension of works. A subsequent extension moved the delivery date to 4 January 2021. Site management support in the camp has been delegated to the International Organisation for Migration (#IOM).[3]

    The camp plan raises serious safety concerns, given that no provision has been made for the necessary emergency exits. Among other works approved in October with a view to completion by 4 January 2021, the Ministry has approved activities to bring the camp in line with fire safety standards.

    https://www.youtube.com/watch?v=QLI1yDEpsz8&feature=emb_logo


    https://rsaegean.org/en/new-malakasa-inhuman-subsistence-nine-months-on
    #asile #migrations #réfugiés #Grèce #camp_de_réfugiés #EU #UE #aide_financière #OIM #logement #hébergement #violence #insécurité #isolement #conditions_de_vie #soins #accès_aux_soins #éducation

    • En 2004, dans Vivre Ensemble, on parlait déjà de ORS...
      Abri PC du #Jaun Pass :

      La logique de la dissuasion

      Le régime d’aide d’urgence imposé aux personnes frappées de non-entrée en matière (NEM) vise à déshumaniser l’individu. Tout est fait pour leur rendre le séjour invivable et les pousser à disparaître dans la clandestinité, comme le montrent les exemples ci-dessous relevés en Suisse allemande, où les personnes frappées de NEM et les requérants déboutés de la procédure d’asile sont placés dans des « centres d’urgence » ou « centres minimaux » (Minimalzentren). Petit tour des lieux dans les cantons de Berne et Soleure.

      Le canton de Berne, pionnier en la matière, avait déjà concrétisé le principe d’assignation à un territoire (art. 13e LSEE) bien avant l’entrée en vigueur de la loi au 1er janvier 2007, en ouvrant deux centres d’urgence, l’un sur le col du Jaun en juin 2004 et l’autre qui lui a succédé en 2005, sur l’alpage du Stafelalp : « Si notre choix s’est porté sur le Col du Jaun », expliquait la Cheffe de l’Office de la population lors d’une conférence de presse le 7 juin 2004, c’est notamment parce que cette solution « (…) n’incite pas à s’attarder en Suisse. » Et que : « D’autres personnes vont l’utiliser également. Il s’agit de personnes qui ont activement empêché leur renvoi ou qui dissimulent leur identité et qui n’ont pas encore fait l’objet d’une décision de refus d’entrer en matière… ».

      L’abri PC du Jaun

      Un des journalistes présents le décrit ainsi dans le Journal du Jura du 8 juin 2004 :

      « A l’extérieur, des grillages ont été installés afin que le lieu soit un peu isolé, et pour protéger les requérants d’éventuels importuns. (…) Les gens sont répartis dans des chambres de quatre à douze personnes (…) les requérants ne touchent pas d’argent liquide, mais des prestations en nature. Ce sont des bons qu’ils peuvent échanger contre de la marchandise au kiosque tenu par l’ORS (Organisation pour mandats spéciaux et en régie SA) qui gère le centre (…) ».

      Très peu de requérants s’y rendirent ; d’autres s’enfuirent, telle une mère avec une petite fille de deux ans qui vint chercher de l’aide à… Soleure ! Une jeune femme fut hospitalisée, suite à une grève de la faim.

      Sur l’alpage

      A l’abri de protection civile du col du Jaun fermé en novembre 2004, succéda le centre d’urgence du Stafelalp. En 2005, les NEM et d’autres personnes désignées comme des « NIKOS », abréviation de « Nichtkooperativ », ont été logés dans une ancienne colonie de vacances isolée, située sur l’alpage de Stafelalp. Dans ce centre, comme auparavant dans celui du Jaun, les requérants ont été cantonnés dans un périmètre de 2 km autour du centre, avec interdiction formelle de franchir ces « frontières ». Le centre de Stafelalp plus fréquenté que celui du Jaun était considéré comme « trop attractif » pour les autorités, et la durée moyenne de séjour des NEM (52 jours) trop longue. Il fallait trouver autre chose.

      En janvier 2006, le centre fut fermé et les NEM ont été réintégrés dans un centre de transit. Ils ne touchent pas d’argent mais ont droit à trois repas par jour. Ils s’y déplacent plus librement, du moins à pied. Mais le fait qu’ils ne disposent d’aucun pécule pour payer les transports publics restreint leur liberté de mouvement aux alentours et dans la commune de Lyss où est situé le centre.

      Soleure ne fait pas mieux

      Depuis mai 2006 (auparavant ils bénéficiaient d’aide en espèce et aucun hébergement n’avait été mis à leur disposition), les « NEM » soleurois sont logés dans le centre d’accueil pour requérants d’asile situé sur la montagne du Balmberg, mais ils n’y sont pas nourris. Ils y touchent 8 fr. par jour pour leur entretien, versés sur place tous les jeudis par le responsable du centre. Le contrôle de présence est journalier et ceux qui s’absentent perdent leur pécule pour les jours d’absence, voire leur droit à l’hébergement en cas de récidive. Les occupants n’ont pas le droit d’y accueillir des amis pour la nuit. Le visiteur externe doit demander une autorisation au responsable (qui lui est parfois refusée sous divers prétexte) pour y entrer.

      Là-haut sur la montagne !

      Le lieu est isolé. On y trouve trois téléskis et un restaurant, mais aucun magasin, si bien que les requérants frappés de NEM sont obligés d’utiliser l’autobus circulant de Soleure au Balmberg (prix du billet aller et retour : 11 fr.!) pour faire leurs achats et se procurer le nécessaire. Si les requérants d’asile encore en procédure, également logés dans ce centre, bénéficient de tickets de bus gratuits, ce n’est pas le cas des personnes frappées d’une NEM. Ils n’ont le droit de consulter un médecin qu’en cas d’urgence et c’est un des responsables du centre, sans formation médicale, qui prend la décision. Depuis quelques mois, les NEM doivent débourser quelques centimes pour des comprimés : antidouleurs, aspirine etc. (obtenus gratuitement auparavant) distribués sur place par le préposé à la pharmacie.

      Une stratégie efficace

      Le régime drastique, l’isolement et le nombre de descentes de police qui les terrorisent fait qu’au bout de quelques semaines, les NEM soleurois « disparaissent » dans la clandestinité. La méthode, il faut le reconnaître, est efficace et la stratégie de découragement sur laquelle l’Office des réfugiés (actuellement l’Office fédéral des migrations) avait misé dans un rapport de mars 2000 pour se débarrasser des indésirables, a l’air de se réaliser. Les six NEM qui sont encore au Balmberg ne pèsent pas lourd, en regard des centaines de ces « disparus volontaires », soumis dans les centres d’urgence « à une pression psychique insupportable » au point qu’ils ont préféré la clandestinité. Beau résultat pour un pays qui se vante d’être un Etat de droit.

      https://asile.ch/2007/02/05/suisse-allemandecentres-d%e2%80%99urgence-pour-nemla-logique-de-la-dissuasion

    • RTS | Des voix s’élèvent contre la prise en charge des migrants par des entreprises privées

      Amnesty International dénonce la situation dans le centre de migrants de Traiskirchen en #Autriche. L’organisation pointe du doigt la surpopulation et les conditions d’hygiène déplorables qui y règnent. Or ce centre est géré par la filiale autrichienne de l’entreprise privée zurichoise ORS. Une nouvelle qui relance le débat sur l’encadrement des requérants par des privés.

      https://seenthis.net/messages/402089

    • The Corporate Greed of Strangers
      –-> ORS Service AG in Austria and Switzerland

      Other international players like the Swiss company ORS Service AG are also expanding into Germany. ORS in 2015 had five reception centres in Munich.

      ORS Service is based in Zurich in Switzerland and was set up as a private company to work with the Swiss federal government from 1991 to house asylum seekers. For twenty years, through to 2011, although the contract should have been retendered every five years the Swiss government did not put the contract out to tender.

      In 2011 ORS Service outbid European Homecare for the federal contract in Austria for reception centres under the responsibility of the ministry of interior. By the end of 2014, they were providing twelve reception centres including tent camps in Salzburg and Linz and being paid around 22 million euros by the federal government. ORS runs Austria’s main initial reception centre in the town of Traiskirchen, near Vienna, which was designed for around 1700 refugees. By the summer of 2015 over 3,000 refugees were living there, Amnesty International called the ORS camp ‘shameful’, with 1,500 people forced to sleep outside on lawns and nearby roads.

      On its home territory ORS Service works in partnership with the Swiss Securitas private security company in delivering a very controversial reception and accommodation policy which has included remote locations and housing asylum seekers underground in wartime military bunkers. Reception and detention policies have been influenced by Swiss politics which over the past few years have been dominated by the anti-immigrant Swiss People’s Party (UDC) which has become the largest party at the federal level. Currently refugees arriving in Switzerland have to turn over to the state any assets worth more than 1,000 Swiss francs (£690) to help pay for their upkeep, a practice that has drawn sharp rebukes for Denmark.

      https://seenthis.net/messages/465487

    • Quand l’accueil des personnes en exil devient un bizness

      A l’origine, il s’agit d’une agence d’intérim lausannoise créée en 1977 nommée ORS Services SA. En 1992, la société devient ORS Service AG et déménage à Zurich. En 2005, le fondateur de l’entreprise la revend à #Argos_Soditic qui la revend à #Invision en 2009, qui finalement la revend à #Equistone en 2013. Equistone Partners Europe est un fond d’investissement international avec des antennes dans 4 pays européens. ORS déclare un chiffre d’affaires de 65 millions de francs suisses pour 2014, essentiellement en provenance de fonds publics. Selon plusieurs médias, celui-ci atteint 85 millions en 2015 mais son bénéfice n’a jamais été divulgué. Alors quand Claude Gumy, directeur opérationnel à Fribourg dit dans le journal Le Temps « Notre but n’est pas de gagner de l’argent pour le compte d’investisseurs. Nous nous occupons avant tout d’êtres humains », de qui se moque-t-il ? Pour faire des économies l’État suisse délègue la gestion de « l’accueil » a des investisseurs qui après avoir spéculé sur les marchandises et dépouillé les pays pauvres spéculent sur les flux migratoires qu’ils ont ainsi engendrés. Leur entreprise est d’ailleurs réputée pour sa collaboration inconditionnelle avec les services étatique et la police dont les pratiques répressives ne font aucun doute.

      https://seenthis.net/messages/573420

    • Gestion de l’asile | ORS Fribourg : Quand l’État fait la sourde oreille. Business is Business ?

      Pour faire la lumière sur les agissements d’ORS, le mouvement solidaritéS et le collectif Droit de rester ont rédigé un rapport d’une trentaine de pages. Il recense les témoignages de quelques dizaines de personnes : usagèr.e.s d’ORS, bénévoles et travailleurs/euse sociaux/ales. Le groupe s’est confronté à la réticence de certain.e.s témoins potentiels. ORS interdit à ses employé.e.s de parler de l’entreprise à des personnes externes, sous peine de sanctions, même après la fin du contrat.

      https://seenthis.net/messages/786789
      #rapport

    • ODAE-romand | L’envers du décor dans les centres fédéraux

      Une demandeuse d’asile a passé près de six mois dans les CFA de #Zurich, #Boudry et de #Giffers. Dans le bulletin d’Augenauf de novembre 2020, elle raconte les #conditions_de_vie, les #brimades, #vexations et #violences quotidiennes qu’elle y a vécues. L’ODAE romand en publie quelques extraits.

      https://seenthis.net/messages/893672

      Texte original publié par Augenauf (en allemand) :
      https://www.augenauf.ch/images/BulletinProv/Bulletin_106_Nov2020.pdf

    • Lettre ouverte au SEM - Droits humains gravement violés au Centre Fédéral d’Asile de #Boudry : peut-on encore parler d’un centre “d’asile” ?

      Chères et chers journalistes et sympathisant·es,

      Vous trouverez ci-dessous une lettre ouverte que nous avons adressée ce jour au Secrétariat d’Etat aux Migrations, à travers Messieurs Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat, et Pierre-Alain Ruffieux, responsable asile pour la Suisse romande. Elle a également été envoyée à Monsieur Jean-Nathanaël Karakash, conseiller d’Etat neuchâtelois en charge du Département de l’Economie et de l’Action Sociale.
      Droits humains gravement violés au Centre Fédéral d’Asile de Boudry : peut-on encore parler d’un centre “d’asile” ?

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      Nous dénonçons depuis longtemps des situations inhumaines au Centre Fédéral d’Asile (CFA) de Boudry (NE)[1], mais les cas de réfugié·es subissant de #mauvais_traitements - le mot est faible - s’accroît de façon préoccupante. Ce qui se passe depuis plusieurs mois maintenant est intolérable et ne peut rester sans réaction de notre part.

      Selon nos informations et observations, nous ne sommes pas face à des cas isolés, mais devant un véritable #système_punitif, qui va au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. #Abus_de_pouvoir de certain·es agent·es de sécurité de l’entreprise #Protectas, #mépris et #comportements_racistes qui créent un climat de #peur et poussent à bout certain·es habitant·es du Centre. Visites impromptues du personnel de sécurité dans les chambres, sans frapper, ni dire bonjour, gestion catastrophique des #conflits, sans souci de calmer le jeu, ni d’écouter. "Ils ne savent pas parler, ils répriment”, raconte un habitant du Centre. Des requérant·es jugé·es arbitrairement et hâtivement comme récalcitrant·es sont enfermé·es pendant des heures dans des containers insalubres et sous-chauffés. Plusieurs témoignages attestent d’une salle sans aucun mobilier, avec des taches de sang et des odeurs de vomi et d’urine. Beaucoup en ressortent traumatisés. Une personne s’est récemment retrouvée en état d’#hypothermie [2].

      Les témoignages vont tous dans le même sens : peur de porter #plainte par #crainte des conséquences pour sa procédure d’asile ou par crainte de recroiser les mêmes agent·es de sécurité. Mais les faits sont là : utilisation abusive du #spray_au_poivre, #plaquages_au_sol, #insultes_homophobes, #harcèlement envers des personnes vulnérables et #hospitalisations suite à l’#enfermement dans des cellules. Plusieurs #tentatives_de_suicide sont attestées et il y a eu #mort d’homme : le 23 décembre, un requérant d’asile est décédé aux abords du Centre de Boudry. Il s’agissait d’une personne vulnérable, suivie en psychiatrie et qui avait déjà tenté de se suicider. Alors que cette personne avait besoin d’aide, à plusieurs reprises, le personnel de sécurité de Protectas lui a refusé l’accès au Centre, du fait de son état d’ivresse.

      A Boudry, la #violence est banalisée. Au lieu d’apaiser les conflits, les agent·es de Protectas les attisent. Des membres du personnel de sécurité abusent de leur pouvoir en faisant régner leurs propres lois. Ainsi, alors que les #cellules_d’isolement ne sont prévues que pour protéger les requérant·es d’asile et le personnel du CFA de personnes ayant un comportement violent et pour une durée n’excédant pas deux heures[3], on constate que la réalité est tout autre. Le moindre dérangement est réprimé par un #enfermement_abusif et qui dépasse souvent le temps réglementaire, allant jusqu’à un #isolement d’une nuit entière. Nous avons eu connaissance d’un mineur qui a été enfermé alors que le règlement l’interdit. De telles #privations_de_liberté sont illégales. Pour échapper à ces mauvais traitements, beaucoup quittent la procédure d’asile en cours de route.

      Les droits humains sont violés dans les CFA, en toute impunité, dans un #silence de plomb que nous voulons briser. Ce qui se passe à Boudry se passe aussi ailleurs[4] et c’est la conséquence d’une logique de camps. C’est tout un système que nous dénonçons et non pas des dysfonctionnements ponctuels.

      ***

      Face à cette gestion désastreuse et les drames humains qu’elle entraîne, nous demandons qu’une enquête indépendante soit ouverte établissant les faits en toute objectivité. En accord avec les personnes qui ont pris contact avec Droit de Rester, nous sommes prêt·es à témoigner.

      Nous demandons que des mesures concrètes soient prises pour mettre fin à ce système défaillant, qui transforme les CFA en prisons. Il n’est pas normal que le budget alloué à l’encadrement sécuritaire par le SEM soit plus important que celui consacré à l’encadrement social et sanitaire dans les CFA. Il est nécessaire de renverser la vapeur en engageant des professionnel·les du travail social et de la santé en nombre suffisant et ayant pour mission de soutenir, d’écouter, de soigner et de répondre aux besoins spécifiques des requérant·es d’asile. Ceci dans l’optique de créer un climat de bienveillance, réparateur des traumatismes vécus sur la route de l’exil par les personnes dont ils-elles ont la charge. Actuellement, les agent·es de sécurité ont des prérogatives immenses qui ne devraient absolument pas leur être confiées en raison d’un manque de formation flagrant.

      Nous demandons la suppression immédiate de ces cellules-containers et la refonte complète du régime de sanctions.

      Nous exigeons la fin de la privatisation du domaine de l’asile ; l’arrêt de toute collaboration avec des entreprises de sécurité ou d’encadrement privées de surcroit cotées en bourse (telles que Protectas, Securitas ou ORS) dans le cadre des CFA et autres lieux d’hébergement. L’asile n’est pas un business. L’argent attribué à ces tâches par l’Etat doit revenir à des structures sociales et de soins publiques.

      Nous exigeons transparence et respect du droit suisse et international. Actuellement les CFA sont des boîtes noires : les règlements internes sont inaccessibles, les requérant·es d’asile n’obtiennent pas les rapports des sanctions prononcées à leur encontre, rapports rédigés par Protectas dont le contenu varie à leur guise afin de justifier les sanctions aux yeux du SEM. Toute sanction devrait être prononcée par du personnel cadre du SEM.

      Nous demandons l’introduction d’un organe de médiation indépendant de gestion des plaintes vers qui les requérant·es d’asile lésé·es pourraient se tourner. Finalement, il est nécessaire d’ouvrir les portes des CFA aux organisations et personnes de la société civile – comme c’est notamment le cas en Hollande, pays dont la Suisse s’est inspirée pour mettre en œuvre le système actuel – afin de rompre l’isolement et de cesser avec ces zones de non-droit.

      Nous demandons aussi la fermeture du Centre spécifique des Verrières, restreignant la liberté de mouvement de ses occupants de par son emplacement-même et conçu comme un centre punitif. C’est de soutien psychologique et de soins dont les requérant·es d’asile, y compris celles et ceux qui sont jugés récalcitrant·es, ont besoin à leur arrivée. L’équité des soins par rapport à ceux offerts à la population résidente doit être effective. Ce sont l’isolement, l’exclusion, la promiscuité et l’armada d’interdits qui accentuent les traumatismes, les addictions, le stress et les tensions. Stop à la logique de camp !

      C’est une alerte que nous lançons. Nous espérons qu’elle sera entendue et attendons qu’elle soit suivie d’effets dans les meilleurs délais.

      Contact médias :
      Denise Graf, 076 523 59 36
      Louise Wehrli, 076 616 10 85
      Caterina Cascio, 077 928 81 82

      [1] Voir par exemple ici : https://rester.ch/wp-content/uploads/2020/05/2020.05.28_Communiqu%C3%A9_de_presse_camp_nous_d%C3%A9non%C3%A7ons-1.pdf ou là : https://www.canalalpha.ch/play/minimag/episode/3819/risque-de-suicide-quel-soutien-psy-pour-les-migrants-a-boudry

      [2] Le 17 février, la radio RTN révèle un cas d’hypothermie survenue au centre de Boudry 2 jours plus tôt : https://www.rtn.ch/rtn/Actualite/Region/20210215-Etat-d-hypothermie-au-Centre-de-Perreux.html

      [3] Voir à ce sujet les p. 51-52 du Plan d’exploitation Hébergement : https://www.plattform-ziab.ch/wp-content/uploads/2020/10/SEM_PLEX_2020.pdf

      [4] A ce sujet, sur les violences au Centre de Giffers : https://asile.ch/2020/06/23/le-courrier-violences-a-chevrilles, sur celles au centre de Bâle : https://3rgg.ch/securitas-gewalt-im-lager-basel , témoignages récoltés par Migrant Solidarity Network (1 et 2), ici le rapport de la Commission Nationale de Prévention de la Torture : https://asile.ch/wp-content/uploads/2021/01/CNPT_CFA_DEC_2020-fr-1.pdf et là le communiqué de humanrights.ch : https://www.humanrights.ch/fr/qui-sommes-nous/commentaire-violences-cfa

      Lettre reçu via la mailing-list Droit de rester, le 12.03.2021

  • Refugees Cannot Access Food, Education, Healthcare in Turkey During Pandemic- Bianet English RAPPORT
    The Association for Solidarity with Asylum Seekers and Migrants (SGDD-ASAM) has conducted a research into how the novel coronavirus (COVID-19) pandemic has affected the lives of refugees in Turkey.

    As part of this research, the Association conducted surveys with 1,162 refugees, including 609 women, in the 18-70 age group in 48 provinces. While 906 participants were from Syria, 131 were from Afghanistan, 49 from Iraq, 20 from Iran, one from Palestine and one from Somalia.

    ’Difficulties in meeting food and hygiene needs’ : According to survey results, 52.84 percent of refugees cannot access necessary hygiene conditions while these conditions have been completely eliminated for 10.15 percent. 31.84 percent said that they had difficulties in paying their rent while 25.71 percent said that they could hardly meet their basic needs and 33.05 percent could hardly pay their bills.

    ’The cannot benefit from distance education: Over half of the families of the children who cannot benefit from distance education said that their children were unable to follow the lessons on television or online because they did not have the necessary technological devices such as television, computers, etc.

    #Covid-19#Turquie#UE#Réfugiés#conditions_de_vie#santé#éducation#Quarantaine#Camp#Aide#Économie#migrant#migration

    http://bianet.org/english/migration/224757-refugees-cannot-access-food-education-healthcare-in-turkey-during-pan

  • #Confinement : enquête sur les #conditions_de_vie et d’études

    Dès le 26 mars, l’université a ouvert une enquête anonyme en ligne sur les conditions de vie et d’étude de ses étudiant·e·s. Synthèse des 1ers résultats, grâce aux 3400 contributions recueillies.

    Panorama global de l’ensemble des réponses

    La consultation étudiante a été organisée avec 2 objectifs : cerner les conditions dans lesquelles se trouvent nos étudiant·e·s en cette période de confinement et identifier au mieux les difficultés rencontrées (financières, pédagogiques, pratiques, psychologiques…).

    Une majorité d’ étudiant·e·s déclarent ne pas être isolé·e·s, se sentir plutôt bien, mais une part importante déclare également rencontrer des difficultés. Une proportion non négligeable d’étudiant.e.s se trouve dans des situations problématiques, voire préoccupantes (entre 10 et 20% des étudiant·e·s selon les indicateurs retenus).


    Un peu plus de 10% des étudiant·e·s ont déclaré être seul·e.s pendant cette période de confinement. Les ⅔ sont avec leur famille et un peu moins d’⅕ est confiné·e avec d’autres personnes. Si une petite majorité se confine sur Rennes ou Saint-Brieuc ou à moins d’une heure de leur campus, 45% sont plus éloigné·e·s, à plus d’une heure, dans les Dom-Tom ou à l’étranger.
    L’équipement informatique et la connexion : ¼ en difficulté

    Parmi les étudiants qui ont pu répondre à cette enquête, disposant donc d’un minimum de moyen de connexion, 80% des étudiant·e·s disposent d’un ordinateur à usage personnel mais 7% doivent le partager et 1,4% n’en disposent pas du tout. L’accès au réseau Internet est un problème pour 15% d’étudiant·e·s, qui déclarent un accès limité, souvent compris dans les forfaits téléphoniques.

    Plus de la moitié des étudiant·e·s (58%) disent se sentir bien ou plutôt bien à l’issue de 10 jours de confinement. Mais un quart se reconnaît hésitant, affirmant ne pas vraiment savoir s’ils se sentent bien ou pas et plus de 10% déclarent se sentir mal ou plutôt mal.

    Plus de la moitié déclare des difficultés, pas toujours dues au confinement mais à tout le moins aggravées par le confinement.

    Les difficultés « scolaires », liées à la continuité pédagogique, sont les plus fréquentes puisque qu’elles concernent plus d’⅓ des étudiant·e·s. Elles sont suivies par des difficultés psychologiques (plus d’¼), financières et pratiques (⅙ dans les deux cas). Mais ces difficultés se cumulent… et l’on recense environ 10% d’étudiant·e·s qui déclarent 3 types de difficulté ou plus.
    Les points d’alerte sur la continuité pédagogique, les finances, le stress

    Les difficultés scolaires, pratiques, financières signalées sont probablement à mettre en lien avec la proportion importante d’étudiant·e·s (plus d’¼) mentionnant des difficultés psychologiques. Concrètement, les réponses font état de stress, voire de situations d’épuisement (en particulier pour les étudiant·e·s travailleu.r.se.s et parents). Au-delà de l’anxiété liée à l’épidémie (peur pour soi et pour ses proches), la vie se trouve bouleversée et certain·e·s étudiant·e·s se disent débordé·e·s, perdu·e·s et inquiet·e·s. Et l’absence de visibilité sur les conditions de déroulement des examens a un effet amplificateur.
    La continuité pédagogique satisfaisante pour ⅔ des étudiants mais des aménagements à faire

    ⅔ des étudiant·e·s considèrent les solutions proposées par les équipes pédagogiques comme (plutôt) appropriées dans ces circonstances exceptionnelles. Les étudiant·e·s sont néanmoins nombreux·ses à signaler des difficultés liées à l’enseignement à distance : augmentation de la charge de travail, difficultés à s’organiser, interactions avec les autres étudiant·e·s difficiles…

    L’inégal aménagement des conditions d’étude et de travail

    Pour certain·e·s, les difficultés pratiques semblent lourdes et pèsent sur les conditions d’étude à distance : accès aux outils numériques (absence ou nécessité de partage), au réseau Internet, présence d’enfants ou de frères et sœurs dont il faut s’occuper, conciliation avec un emploi voire avec une réquisition (hôpitaux, commerces d’alimentation).
    Les difficultés financières

    Elles sont souvent décrites, principalement en lien avec une perte d’emploi (projet de vacations, d’intérim, pas de relais par pôle emploi, etc.). Ces situations critiques peuvent concerner des couples qui traversent cette même situation. Les inquiétudes relatives au paiement du loyer et des factures sont fréquentes.
    Face aux difficultés exprimées, que faire dans l’immédiat ?

    Pour ce qui concerne les difficultés liées à la continuité pédagogique, l’ensemble des équipes pédagogiques a été informée des difficultés rencontrées par des étudiant·e·s.
    Le nouveau calendrier des examens terminaux, en cours de validation devant les instances de l’université, sera diffusé en milieu de semaine prochaine.

    Pour les difficultés d’ordre psychologique, financier, de santé, les équipes de l’université travaillent à renforcer, diversifier et coordonner les différentes aides pour répondre au plus vite. Des aides d’urgence se mettent en place avec le Service de santé des étudiant·e·s (SSE) et le CROUS. Enfin les établissements d’enseignement supérieur poursuivent la mobilisation de fonds afin de renforcer et diversifier les aides exceptionnelles au plus vite.
    Détail des répondants
    Qui sont les répondant·e·s ?

    L’analyse porte sur 3468 répondant·e·s. ayant répondu entre le 26 et le 27 mars 2020.

    Les graphiques ci-dessus indiquent la répartition par niveau et par site géographique. Le taux de retour par rapport à l’effectif total d’étudiant·e·s accueilli·e·s à Rennes 2 est d’environ 16%, respectant la répartition des étudiant·e·s sur les différents campus.

    Les retours en fonction des années d’études sont assez proches de la structure observée sur la population totale d’étudiant·e·s à Rennes 2 même si on constate une légère surreprésentation des étudiant·e·s de L2 et L3 parmi les répondant·e·s.

    Référent·e·s Université Rennes 2 de l’enquête :

    Céline Piquée, Vice-présidente chargée de la vie étudiante et de la vie des campus
    Patricia Legris, Vice-Présidente, Santé, Solidarité et Accompagnement social des étudiants
    Fabien Caillé et Clément Gautier, Vice-Présidents étudiants

    https://www.univ-rennes2.fr/article/confinement-enquete-sur-conditions-vie-detudes
    #conditions_d'études #étudiants #ESR #enseignement_supérieur #statistiques #chiffres #université #facs #coronavirus #France #enquête #inégalités #fracture_numérique #Rennes #Rennes_2

    ... et toujours cette maudite #continuité_pédagogique :
    https://seenthis.net/messages/831759

    • Confinement et suivi des cours à distance durant l’épidémie de COVID-19. Premiers résultats d’un questionnaire envoyé aux étudiant·e·s de la Licence sciences sanitaires et sociales (SSS), des Masters de santé publique, mention « Santé, Populations et Territoires » (SPT) et mention « Santé, sécurité au travail »(SST)de l’Université Sorbonne Paris Nord (USPN)

      https://onedrive.live.com/?authkey=%21AC%2DVYtA9hLcfPFk&cid=A27E9A0DA6A579D7&id=A27E9A0DA6A579D

    • La continuité pédagogique, vraiment ?

      Plutôt que supposer que tout cela était possible, nous avons alors choisi, avec mon collègue Olivier Zerbib qui co-anime avec moi ces travaux dirigés, de réaliser un sondage auprès de nos étudiant.es pour essayer d’évaluer leur capacité à suivre des cours à distance. Ce sont les résultats de ce sondage, que nous avons finalement étendu à la totalité des étudiant.es de licence de sociologie de l’Université Grenoble Alpes ainsi qu’aux quelques étudiants du master (SIRS) “Sociologie de l’innovation et recompositions sociales”, que je voudrais vous présenter rapidement dans ce billet.

      https://seenthis.net/messages/835290
      #sondage #Grenoble

    • Continuité pédagogique, ruptures sociales. Comprendre nos étudiant·es en temps de confinement

      Notre texte se base sur la démarche d’enseignant·es chercheur·es de la Licence Sciences sanitaires et sociales et de Masters de Santé publique de l’Université Sorbonne Paris Nord (ex-Université Paris 13).

      Ayant le sentiment de ne pas bien cerner les difficultés vécues par les étudiant·es durant cette période de confinement, nous avons décidé d’aller vers elles et eux pour essayer de comprendre leur quotidien. Nous avons à cet effet construit un petit questionnaire en ligne qui nous a permis de recueillir de précieux renseignements.

      Il ne s’agit pas de présenter ici ce questionnaire dans son ensemble1, mais de discuter certains aspects de ce qu’il permet de saisir de l’expérience du confinement parmi nos étudiant·e·s, et de ce que cela implique dans leur rapport à l’université. Ces remarques permettent aussi d’avancer quelques pistes quant à la relation à développer vis-à-vis de nos étudiant·e·s, dans une période si singulière : ne faudrait-il pas, dans ces temps particuliers, revoir nos priorités et faire vivre, en lieu et place d’une illusoire « continuité pédagogique », une « continuité critique » basée sur le maintien du lien et le refus de l’évaluation à tout prix ?
      Au départ de la réflexion : des signaux faibles de difficultés sociales et d’inégalités face à la poursuite de l’enseignement à distance

      Le 16 mars 2020 les universités se sont « arrêtées » – elles étaient toutefois déjà en partie « à l’arrêt » du fait de la contestation des réformes envisagées par le gouvernement, et nos cours étaient en partie « alternatifs ». Mais cet arrêt-là n’était pas préparé : annoncé brutalement, il a été mis en œuvre comme la plupart les décisions récentes du gouvernement, c’est-à-dire sans concertation, sans préparation, sans cohérence. Le 17 mars, c’est finalement la population dans son ensemble qui était confinée — hormis bien sûr celles et ceux qui continuaient de faire vivre les services de santé, le secteur de l’alimentation, etc. S’en est suivie une forme de silence au sein de la communauté académique. Silence entre collègues, du fait des multiples difficultés à organiser sa vie personnelle en temps de confinement, mais aussi silence dans notre relation à toute une partie de nos étudiant·es. Bien sûr, rapidement, nos échanges ont repris et quelques cours à distance ont remplacé nos cours d’amphi et nos TD : envois de documents, tchats, cours enregistrés, parfois cours en direct… Mais personne ne croyait réellement que ces cours de substitution allaient toucher l’ensemble nos étudiant·es. Nous en avons rapidement eu la confirmation.

      Plusieurs constats se sont ainsi imposés à nous. Une poignée d’étudiant·es seulement interagissait avec nous et nous recevions des mails inquiets faisant état de difficultés de compréhension. Surtout, nous recevions des signaux inquiétants sur leurs conditions de vie : certain·e·s étudiant·es disant être sans accès à internet, d’autres relatant leur travail d’aide-soignante ou de caissière (emplois devenu beaucoup plus fatigants depuis le confinement), ou encore signalant qu’elles et eux-mêmes ou leurs proches étaient malades, parfois jusqu’à l’hospitalisation. Mais il ne s’agissait encore que de quelques messages, dont nous partagions le contenu général entre collègues régulièrement. Le confinement se prolongeant, l’inquiétude grandissait de notre côté concernant la situation de nos étudiant·es, d’autant que s’annonçait la question de l’évaluation des connaissances de fin de semestre…

      Nous avons donc lancé, le 6 avril, un questionnaire en ligne, envoyé via les mails personnels récupérés dans différents cours par les enseignant·es, et avons reçu en deux jours 411 réponses, soit un taux de réponse de plus de 80% pour nos trois années de licence et deux de nos masters.
      Des étudiant·es aidant·es à l’intérieur, exposé·es à l’extérieur

      Tout d’abord, il est important de préciser que nos formations sont très largement féminisées : il y a, sans grande variation dans les dernières années, environ 5% d’hommes seulement dans nos promotions (6,6% dans le présent questionnaire). Une part importante de nos étudiant·es est par ailleurs issue des classes populaires, et plus de la moitié résident en Seine-Saint-Denis, où est localisée l’université. Pour les autres, les temps de trajet pour rejoindre l’université sont parfois très longs, dépassant fréquemment une heure pour venir sur le campus2. Nos étudiant·es vivent fréquemment, cela ressort du questionnaire, dans des logements partagés, déclarant par exemple vivre avec, en moyenne, 3,8 autres personnes dans leur logement.

      Surtout, nous l’avons compris à la lecture des réponses à une question ouverte en fin de questionnaire, les conditions de confinement sont très diverses. Certes, une partie importante de nos étudiant·es parvient à se ménager un « espace à soi » (70,6% disposent d’un espace dans lequel ils ou elles peuvent s’isoler pour travailler) mais nombre d’entre elles et eux passent une partie de leur temps à s’occuper de membres de leur foyer ou ont continué à occuper un emploi salarié durant cette période (en télétravail pour une part, mais surtout dans des emplois exposés, aux caisses des grandes surfaces, à l’hôpital ou en EPHAD…).

      Une étudiante explique ainsi vivre à cinq personnes dans un appartement de trois pièces. Elle explique qu’il est, chez elle, impossible de se concentrer et précise :

      “Il faudrait se lever à 5h du matin pour pouvoir étudier dans le calme mais vous comprenez que c’est compliqué. Pour ma part, j’allais toujours à la bibliothèque pour pouvoir étudier dans le calme et lire des ouvrages. Cela fait deux semaines que j’essaye de lire un livre mais en vain. C’est vraiment démotivant. J’en arrive à faire des crises d’angoisses, j’ai une éruption de boutons qui sont apparus dû à ce stress. Enfin voilà c’était juste pour que vous compreniez bien ma situation qui est sans aucun doute la situation de beaucoup d’autres étudiants”.

      Pour une autre étudiante, elle aussi confinée, la difficulté à se concentrer sur le travail universitaire se double de la nécessité d’assurer la « continuité pédagogique » pour des frères et sœurs :

      « Durant le confinement, c’est très difficile de se concentrer sur le travail universitaire car je dois m’occuper du travail scolaire de mes petits frères et sœurs et m’occuper du foyer (la cuisine, le ménage, etc.)”.

      Une autre souligne :

      “Avec le confinement, les crèches sont fermées, ma fille est donc exclusivement gardée par moi. J’ai du mal à trouver le temps pour me consacrer à mes études. Je dois aussi m’occuper de ma mère qui est actuellement hospitalisée”.

      De fait, 64% des répondant·es estiment que le temps consacré à d’autres personnes (frères, sœurs, parents, personnes âgées, enfants, etc.) a augmenté depuis le début du confinement.

      Parmi les étudiant·es ayant continué à occuper une activité salariée, évoquons cette étudiante qui, vivant seule dans son logement, parle de son travail aux caisses d’un supermarché :

      « Étant donné que je suis caissière dans un supermarché mes horaires, en cette période de confinement, ont énormément changé, je travaille beaucoup plus ce qui fait que je suis moins chez moi et lorsque je rentre je suis fatiguée de mes journées de travail qui ne cessent d’être plus chargées de jour en jour (…) De mon côté, dans le supermarché dans lequel je travaille, je ne peux me permettre d’être absente puisque vu la situation de nombreux collègues sont absents, ce qui rend la charge de travail plus conséquente« .

      Pour d’autres, la “double-journée” travail salarié / travail domestique, prend actuellement un poids particulier, comme pour cette étudiante qui écrit :

      “Je suis salariée dans le domaine médical en plus de cela j’ai quatre enfants dont deux en primaire où il m’a fallu m’improviser professeur !! Avec en plus tous mes cours à revoir, c’est vraiment compliqué ”.

      Malgré le maintien d’une activité salariée chez certain·es, les difficultés financières provoquées par le confinement semblent importantes, puisque 31,4% des répondant·e·s disent éprouver des difficultés financières nouvelles depuis le début du confinement. Quelques réponses évoquent d’ailleurs une inquiétude quant au prolongement éventuel de l’année universitaire, qui les empêcherait de commencer rapidement un « job d’été ».

      De façon générale, certain·es étudiant·es évoquent la “charge émotionnelle” qui pèse sur eux (et surtout elles) durant cette période. On ressent cette charge dans cette réponse par exemple :

      “Aide-soignante, j’ai dû, grâce à mon diplôme, aider les hôpitaux. Je suis également maman. Malheureusement mon conjoint a contracté le virus il est actuellement sous surveillance nous sommes séparés de notre fille qui est actuellement chez ma mère pour éviter toute contamination. Le moral n’y est pas du tout, je tente tant bien que mal de prendre les cours, les récupérer ce n’est pas facile”.

      Ou encore ici :

      “C’est une situation très difficile moralement, je me sens perdue avec tous ces mails, même si je sais bien que les enseignants essayent de faire de leur mieux ! Et même si je sais que je dois consacrer du temps pour mes tâches universitaires, je ne peux laisser mes parents s’occuper à eux seuls du foyer et se fatiguer physiquement sachant que c’est assez dur pour eux aussi, nous avons tant de responsabilités dans cette maison !”.

      D’autres types de difficultés sont encore évoquées telles que les tensions provoquées par la promiscuité dans une colocation.

      Rares sont finalement les étudiant·es qui affirment pouvoir “profiter” de cette période, au contraire ils et elles sont près de 65% à affirmer vivre cette période avec difficulté. Ceci nous rappelle à quel point la romantisation du confinement est un privilège de classe, parfois relayé par des universitaires sur les réseaux sociaux, appelant leurs étudiant·es à « relire » tel ou tel auteur ou à « prendre le temps de faire le point sur leur orientation »3.
      L’illusion d’une continuité pédagogique à distance et les effets amplifiés d’un recours massif aux vacations

      Faut-il pour autant en conclure que nous (enseignant·es, enseignant·es-chercheur·es) ne pouvons rien face à cette situation, et qu’il nous faut simplement attendre la fin du confinement pour reprendre une activité « normale » ?

      Avant de répondre, il convient d’abord de revenir sur la notion de« continuité pédagogique » d’abord élaborée pour le primaire et le secondaire, avec le succès mitigé que l’on sait. Reprise à la fois dans le discours ministériel et dans l’expression de certain·es collègues du supérieur, en particulier sur les réseaux sociaux, il s’agit d’expliquer qu’au fond, tout peut se passer à distance comme si de rien n’était. Il faut dire que le distanciel est par ailleurs déjà encouragé dans nos universités, où les amphis pleins à craquer semblent voués à se transformer en cours à distance. Une absurdité, en particulier dans une filière qui accueille nombre de lycéen·nes des filières technologiques, parfois en difficulté scolaire au lycée. Non préparée, dotée de moyens techniques aléatoires, la tenue de cours à distance semble encore plus illusoire actuellement qu’en temps « normal » : nos étudiant·es ne sont ainsi que 53% à posséder un ordinateur personnel pour travailler à distance, et 65% estiment avoir une connexion « moyenne » ou « mauvaise » qui ne leur permet pas de suivre parfaitement une visioconférence. Voilà qui ne manque pas de questionner lorsque certain·es enseignant·es choisissent de dispenser des cours en temps réel via des plateformes qui ne permettent pas l’archivage de la séance, ou lorsque certaines universités envisagent même des examens de fin d’année en temps limité. Mais au-delà des difficultés « normale », la grande faiblesse des cours dématérialisés semble être… la dématérialisation ! Parmi tous les motifs expliquant les difficultés de celles et ceux qui affirment avoir du mal à suivre les cours, la difficulté à comprendre« sans la présence physique de l’enseignant·e » arrive en tête, juste avant« la difficulté à se concentrer » et loin devant « les difficultés à accéder aux contenus ».Indice que la relation étudiant·e/enseignant·e en présentiel a peut-être quelque chose à faire avec l’efficacité de l’apprentissage…

      Par ailleurs, signe que l’éloignement pédagogique n’est pas seulement le fait des étudiant·e·s, 65,9% d’entre elles et eux disent avoir été mal informé·es depuis le début du confinement ou avoir perdu le contact avec leurs enseignant·es. La difficulté du contact avec les enseignant·es de TD, qui sont, pour la plupart, vacataires, ressort nettement des réponses au questionnaire. Les hypothèses sur les causes de cette situation ne sont pas difficiles à formuler. Nos collègues vacataires sont, pour une part, doctorant·es : elles et eux aussi peuvent être concerné·es par des conditions de confinement difficiles, et l’injonction à finir sa thèse dans les temps malgré le confinement. Une autre part de ces collègues sont des professionnel·les ayant une activité hors de l’université (avocat·es, formateurs et formatrices en travail social, enseignant·es du secondaire, etc.) : pour elles et eux, il est probable que cette période ait nécessité beaucoup d’adaptations familiales et/ou professionnelles. On ne peut dès lors leur tenir rigueur d’avoir priorisé leur activité principale sur leur activité secondaire, payée en deçà du SMIC4 dans nos universités… Cette diversité de statuts est d’ailleurs bien saisie par des étudiant·es qui en notent les effets dans leurs réponses au questionnaire, à l’instar de ces étudiantes :

      “La difficulté réside principalement dans le manque de réponse de la part de certains enseignants – je comprends parfaitement que certains ne soient pas titulaires et qu’ils ont d’autres emplois en parallèle, mais ceci nous pénalise et des zones d’ombres persistent par rapport à certains cours” ; “ certains enseignants de TD nous délaissent. (…) Je veux bien comprendre que certains d’entre eux ont une activité autre que celle d’enseignant, mais tout de même.” ; “il reste difficile de contacter certains enseignants et notamment ceux qui ont une autre activité professionnelle en parallèle de l’enseignement« .

      Là encore, il faut souligner que ces critiques sont d’autant plus entendables que les étudiant·es n’hésitent pas en même temps à souligner l’investissement de certain·es collègues5. Les personnes nommément désignées pour leur investissement sont le plus souvent titulaires ou contractuelles, c’est-à-dire qu’il s’agit de personnes pour lesquelles enseigner est à la fois le métier et l’activité principale… Ici encore il ne s’agit absolument pas de dire que les enseignant·es vacataires seraient de mauvais·es pédagogues ou ne s’investiraient pas dans leur mission : il s’agit simplement de souligner que leur statut ne les met pas toujours dans la situation de pouvoir assurer le meilleur enseignement possible, en particulier lorsqu’une crise survient.

      Les quelques titulaires de nos formations (une quinzaine pour cinq cents étudiant·es) continuent globalement à répondre aux mails, à assurer une forme de continuité numérique en envoyant des supports, en relayant ceux des vacataires qui n’ont pas accès aux plateformes en ligne, etc. Mais cela ne peut pas suffire ! Une reconfiguration totale, dans l’urgence, de tout le parcours pédagogique, nécessiterait une réactivité considérable de chacun·e et une parfaite coordination de l’équipe enseignante pour clarifier les consignes, répartir la charge de travail des étudiant·es, mutualiser ce qui peut l’être. Déjà difficile à construire entre titulaires, comment atteindre une telle configuration lorsque des équipes de TD composées de vacataires sont parfois sous la responsabilité… d’enseignant·es de CM également vacataires ?

      La période que nous vivons accroît donc manifestement les effets de la précarisation de l’enseignement supérieur dénoncée depuis plusieurs années… et qui l’étaient encore bien plus ces derniers mois depuis l’annonce du projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) !

      Le questionnaire ne laisse d’ailleurs aucun doute sur les limites de la “continuité pédagogique”. À la question “Depuis la fermeture de l’université, avez-vous réussi à suivre les enseignements proposés à distance ?”, 80% des étudiant·es répondent par la négative. Une étudiante parle ainsi de sa difficulté à “accrocher aux cours à distance”, une autre nous dit : “j’ai peur de ne pas valider mon deuxième semestre car dans les cours envoyés il y a plein de choses que je ne comprends pas”. Un dernier enfin affirme : “je suis clairement en train de lâcher prise”.
      Savoir réviser ses priorités, faire vivre une continuité critique

      Il est bien difficile d’affirmer de manière définitive ce qu’il aurait fallu mettre en place pour que les choses se passent mieux, pour que nos étudiant·es (ou du moins une partie d’entre elles et eux) ne perdent pas pied durant le confinement. D’autant que les réponses recueillies ne se réduisent en rien à des questions organisationnelles : ce n’est pas d’un meilleur environnement numérique de travail (ENT) que nous avons vraisemblablement le plus besoin (celui de notre université n’est d’ailleurs pas si mal…), ni (même si cela est bienvenu…) d’une distribution d’ordinateurs ou de clefs 4G ! Nous avons besoin d’universités qui recrutent davantage de titulaires et qui leur permettent de construire un vrai lien de confiance avec leurs étudiants·es, c’est-à-dire qui leur donnent du temps en classe, des amphis qui ne soient pas surchargés, des bureaux pour recevoir les étudiant·es, car la confiance paie dans la relation pédagogique. On voit par exemple dans les réponses ouvertes que nous avons recueillies que même lorsqu’il était fait état de grandes difficultés, nombre de nos étudiant·es nous remercient d’avoir conçu ce questionnaire, de nous intéresser à elles et eux, de leur demander leur avis sur la tenue des examens.

      Si l’on élargit encore le champ des réponses possibles à cette crise, il est clair nous avons besoin d’une société qui réduit enfin les inégalités qui font que dans notre université de Seine-Saint-Denis, seul·es 53% des étudiant·es possèdent un ordinateur personnel quand ils et elles sont 92,1% dans une licence de l’Université Paris Dauphine6 !

      Mais quant aux actions à mener dans l’urgence, la réflexion doit sans doute porter sur le type de lien que l’on souhaite maintenir avec nos étudiant·es. Nous sommes quelques un·es à considérer que ne pouvons pas faire comme si de rien n’était, comme si la population n’était pas massivement confinée, inquiète, exposée à une précarité économique actuelle ou future. Nous avons continué à envoyer des documents à nos étudiant·es en lien avec nos cours, mais surtout parce qu’une grande partie d’entre eux sont utiles à la compréhension de ce qui se passe (droit de la santé, sociologie des politiques sociales, histoire de la santé publique…) et non dans la perspective de « finir un programme » en vue d’examens à venir. Nous avons surtout fait le choix de proposer de répondre aux questions individuelles de nos étudiant·es, par tchat, par mails, et avons initié une revue de presse hebdomadaire envoyée tous les mardis à nos 500 étudiant·es7 : il s’agissait alors de leur proposer une sélection de sources pour s’informer et réfléchir à la crise en cours… mais aussi de découvrir des films, podcasts, sites internet pour penser à autre chose !

      Enfin, puisque cette question est devenue inévitable, nous avons dû réfléchir aux examens. Le consensus n’est malheureusement pas au rendez-vous de ce côté-là dans les universités, et la perspective d’une neutralisation du semestre ne s’est pas imposée dans la plupart des formations8. Les examens en présentiel étant exclus du fait de la situation sanitaire, des examens en distanciel s’organisent, sous la forme de « devoirs maison », avec un délai permettant aux étudiant·es de s’organiser. De notre côté, le questionnaire dont nous avons fait état dans cet article a été important pour choisir cette solution d’entre-deux : il montrait trop de difficultés dans les conditions de travail de nos étudiant·es pour permettre d’envisager des partiels « en temps réel ». Cependant, nous restons insatisfait·es. L’évaluation, au regard de la situation des étudiant·es évoquée ci-dessus, n’a plus grand sens : s’y accrocher à tout prix, n’est-ce pas faire le jeu du “tout va bien” ? N’est-ce pas nous complaire dans ce rôle de dispensateur de diplôme auquel on cherche à nous assigner ?


      *

      En dépit ou grâce à l’ensemble des difficultés que nous avons repérées pour les étudiant·es ou les enseignant·es durant le confinement, nous espérons que cette crise sanitaire et sociale sera l’occasion de prendre conscience de la nécessité, dans le secteur éducatif et de la recherche comme à l’hôpital, d’un service public préparé à affronter au mieux ce type de situation. Un service public doté en personnel stable et à même de remplir sa mission : répondre aux besoins fondamentaux de quiconque, sans distinction de fortune, partout, tout le temps.

      Nous remercions vivement nos étudiant·e·s de la Licence Sciences sanitaires et sociales et des Masters de Santé publique (Santé, population et territoires et Santé et sécurité au travail), qui ont pris le temps de répondre au questionnaire et se sont parfois livrés à nous par mail sur leurs conditions de vie durant le confinement.

      https://academia.hypotheses.org/22921

      Etude complète :
      https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/793/files/2020/04/P13_Carayon_Vuattoux_Synthe%CC%80seResultats_versionpublique.pdf

  • La #santé_mentale des immigré.e.s se détériore après leur arrivée

    Les recherches récentes mettent en évidence le poids des inégalités sociales, de l’exil et des difficultés d’accueil sur la santé des immigré.e.s. Alors que l’Institut Convergences Migrations (ICM) présentait sa première journée scientifique « Santé et Immigration », le 12 juin, De facto s’intéresse ce mois-ci à la santé mentale des immigré.e.s. qui se détériore particulièrement après leur arrivée. Ce thème a également été l’occasion de la 2e Rencontre Presse-Recherche de l’ICM qui réunissait journalistes et chercheurs le 6 juin à la faculté Saint-Antoine (Paris).

    Dans ce numéro de De facto, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, anthropologue et psychologue clinicienne, présente les conditions nécessaires au surgissement de la parole des exilés confrontés à des violences extrêmes. Andrea Tortelli, épidémiologiste et psychiatre, constate que la majorité des troubles psychiatriques sont liés aux conditions de vie dans le pays d’accueil. La démographe Julie Pannetier, qui a participé à l’étude Parcours sur les immigré.e.s d’Afrique subsaharienne atteints par le VIH ou l’hépatite B, montre que la maladie n’est pas la première cause d’anxiété et de dépression mais le difficile accès aux droits. La migration a également des répercussions psychologiques sur plusieurs générations, selon Maria Melchior, épidémiologiste et directrice du département HEALTH de l’ICM. Elle nous présente les premiers résultats de l’étude ELFE qui suit 18 000 mères et leurs enfants nés en France en 2011. Le thème du mois se décline aussi dans la rubrique « En Images » avec une discussion sur les Sept œuvres de miséricorde du Caravage entre Giovanni Careri, historien et théoricien de l’art, et Francesco Zucconi, spécialiste du cinéma et de la culture visuelle. Une sélection d’articles sur la santé des immigré.e.s est également proposée dans la revue de presse mensuelle.

    http://icmigrations.fr/defacto-008
    #santé #migrations #asile #réfugiés #France #violence #conditions_de_vie #accueil #troubles_psychiatriques

    • Centre Primo Levi : La souffrance psychique des exilés, une urgence de santé publique

      Le Centre Primo Levi et Médecins du Monde, tous deux engagés dans l’accueil et le soin des personnes exilées, signe ce rapport d’une trentaine de pages (https://www.primolevi.org/wp-content/themes/primo-levi/La%20souffrance%20psychique%20des%20exil%C3%A9s_Rapport%20pages.pdf), accompagné de recommandations « afin que soit enfin élaborée, au niveau national, une réponse adaptée à l’enjeu majeur que représente la santé mentale de ces personnes ». « La santé mentale est un état de bien-être dans lequel une personne peut se réaliser, surmonter les tensions normales de la vie, accomplir un travail productif et contribuer à la vie de sa communauté », rappelle l’Organisation Mondiale de la Santé, citée en préambule de ce rapport publié en 2018.

      Une pétition adressée à la Ministre de la Santé Agnès Buzyn a été publiée dans Le Monde le 13 mars 2019 à l’initiative de la psychiatre Sarah Iribarnegaray et de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, professeur d’anthropologie et psychologue clinicienne. Intitulée « Les troubles psychiques des migrants niés par nos institutions publiques », elle est signée à ce jour par 2500 personnes ,dont trois-quarts de soignants, psychiatres et psychologues, sur le site du Centre Primo Levi.

      http://icmigrations.fr/2019/06/13/defacto-8-006
      #rapport

    • –-> la #pétition suite au rapport :

      Reconnaître le trauma psychique des réfugiés

      La violence des lois de l’asile dans les pays européens et leur impact désastreux sur la santé et la précarité des migrants ont été maintes fois dénoncés. En revanche, on connaît moins les limites de la situation en France où l’Etat de droit se retrouve le premier compromis par des mesures qui sont autant d’entorses au respect de la personne, et dont les effets pervers viennent anéantir toute politique d’accueil cohérente. Dans le domaine de la santé, les contradictions sont multiples et elles nuisent à tous les acteurs : mise en danger des exilés, inefficacité de l’action étatique, mépris des associations et malaise durable d’une partie des soignants confrontés à ces difficultés.
      Les contradictions se cristallisent particulièrement autour de la question du trauma psychique.
      Les demandeurs d’asile qui ont vécu dans leurs pays d’origine des menaces, incarcérations, viols ou tortures souffrent fréquemment d’état de stress post-traumatique compliqué d’épisodes dépressifs sévères. Ces maux font également écho à la violence du périple jusqu’à l’arrivée en Europe, lors par exemple du passage par la Lybie ou de la traversée de la Méditerranée. Ces individus aux capacités cognitives et mémorielles perturbées ne parviennent pas à effacer la violence des images qui occupent leur esprit, n’arrivent plus à dormir, sont rivés à une angoisse envahissante, sont anxieux pour leurs proches restés au pays.
      Pour eux qui sont en grande détresse psychique, la procédure d’asile a des conséquences terribles. En effet, les patients souffrant de tels troubles, qui précisément devraient attester des violences subies et faire pencher le juge du côté de la protection française, ne peuvent parler avec « cohérence » et « spontanéité » des horreurs vécues, comme le souhaiterait une procédure tout entière fondée sur le récit. Un patient ayant subi un traumatisme grave peut se présenter perplexe ou détaché, son discours parfois peu cohérent, voire contradictoire, sa mémoire troublée rendant les éléments biographiques (parcours de vie et de migration, évènements traumatiques) difficiles voire impossibles à verbaliser, du fait même de ses troubles et de leur gravité. La situation est paradoxale : les patients les plus gravement blessés par les expériences d’horreur qu’ils ont traversées sont ceux qui sont le plus souvent considérés comme menteurs et qui sont rejetés. Ces troubles post-traumatiques sont du reste invisibles et variables dans leur présentation selon les individus, donc faciles à ignorer ou à mettre en doute. La suspicion généralisée qui entoure l’exilé achève de mépriser un peu plus ses difficultés.

      Titres de séjour pour les étrangers malades : le déni du trauma psychique

      Parmi les récentes mesures de la loi asile et immigration du 10 septembre 2018, l’une limite considérablement la prise en charge pour soins des demandeurs d’asile. La loi sur le droit des étrangers de mars 2016 avait transféré l’évaluation médicale des étrangers malades des médecins des Agences régionales de santé (ARS) dépendant du Ministère de la Santé aux médecins de l’Office Français de l’Immigration et Intégration (OFII), autrement dit au Ministère de l’intérieur. La dernière loi exige d’une part que le demandeur d’asile fasse conjointement la demande d’asile pour raisons politiques et la demande de séjour pour soins d’une part, elle empêche d’autre part les déboutés faisant l’objet d’une mesure d’éloignement de solliciter un tel titre d’autre part. Or il est avéré que la plupart des exilés ne peuvent préciser leurs maladies et troubles qu’après recours à une prise en charge qui évalue leur état de santé, donc une fois leur accès aux soins effectif, cela bien après le dépôt de la demande d’asile. Cet accès est très complexe en raison des difficultés d’information, de compréhension et du manque de traduction (absence d’interprète).
      Ainsi, l’octroi d’un titre de séjour pour soins a baissé de 39% en 2017. Le taux d’avis défavorables (47%) est en augmentation par rapport aux années précédentes.
      Plus précisément, comme en témoigne le rapport de l’OFII au Parlement sur la procédure d’admission au séjour pour soins de 2017, le rejet des demandes est inversement proportionnel au classement de la pathologie invoquée. Les troubles de la santé mentale et du comportement, qui constituent le premier motif des demandes, avec plus d’un cinquième de celles-ci, sont aussi celui ceux qui font l’objet du refus le plus massif, avec plus de 75% de taux de rejet. Les maladies organiques, par exemple les maladies du sang, sont acceptées à plus de 85%, les maladies infectieuses et parasitaires à 76%, etc. L’OFII semble se féliciter de ces taux, garantissant ainsi « la lutte contre les fraudes », même si celles-ci ne représentent pourtant que des pourcentages dérisoires des demandes lorsqu’elles sont « avérées ». Pourquoi tant de suspicion à l’égard des pathologies mentales et plus précisément des états de stress post-traumatiques ? Pourquoi un tel déni de la souffrance psychique ?
      Contrairement à beaucoup de maladies non psychiatriques, les troubles mentaux ne sont souvent pas objectivables ni quantifiables par des examens paracliniques ; seule l’analyse du tableau clinique permet de poser le diagnostic.
      L’OFII dans son rapport n’hésite pas à avancer que le « problème de la réalité de l’affection se pose », s’étonnant des similitudes dans les récits des demandeurs ou mettant en doute l’efficacité de certaines prises en charge proposées.
      On aurait pu penser que, face aux certificats de suivi et ordonnances des psychiatres et psychologues inclus dans les dossiers, les médecins de l’OFII reconnaissent cette pathologie. Ce n’est pas le cas, et la mise en doute systématique de celle-ci a des conséquences graves. Au niveau professionnel, elle met directement en cause la bonne foi et l’expertise des soignants qui suivent les demandeurs d’asile pour des prises en charge complexes.
      Si une catégorie de maladie, en l’occurrence les maladies mentales, est quasi systématiquement refusée par les collègues de l’OFII, la décision médicale ne perd-elle pas de sa valeur au profit d’un biais politique ? Est-il question de protection et de prise en charge médicale de ces individus ou de faire des titres de séjour pour soins un instrument de gestion des flux migratoires ?
      Selon la nouvelle procédure, un dossier est examiné successivement par quatre médecins de l’OFII, un médecin rapporteur puis par trois médecins composant un collège. Les délais de traitement des demandes sont longs -plusieurs mois- et laissent l’individu victime de traumatisme psychique dans un temps suspendu, celui de l’attente et du doute. Du reste, les « collèges » médicaux de l’OFII qui examinent les demandes de titre sont-ils composés de manière systématique d’au moins un psychiatre, lui-même formé à la clinique du psycho-traumatisme ? Car il n’est pas rare que dans une journée, le même médecin évalue un patient diabétique et un patient souffrant d’un état de stress post-traumatique. Pourtant la pathologie n’a rien à voir et la rencontre avec le patient est bien différente. De plus, au vu du nombre de patients à évaluer, le temps imparti lors de la consultation médicale est souvent minimaliste et peut se faire sans la présence systématique d’un interprète pour des patients non francophones.
      D’autant que, puisqu’il s’agit de protéger des personnes qui n’ont pas accès à ces soins au pays, on peut sans risque formuler que la prise en charge médicale des psycho-traumas et dépressions n’existe pas dans les pays dont sont issues ces personnes : renvoyer un ressortissant de Kinshasa ou de Kaboul en lui conseillant de se faire soigner sur place relève au mieux de l’ignorance, au pire du cynisme. Rappelons la stigmatisation des malades souffrant de troubles mentaux, la pénurie aiguë de personnels qualifiés et de structures sanitaires adaptées, la difficulté d’accès aux soins, les coûts élevés et le manque de médicaments dans les pays dont viennent nos patients. Pour mémoire, un rapport d’une ONG suisse datant de 2013 faisait état d’un seul établissement public psychiatrique à Kinshasa (50 lits) pour toute la République Démocratique du Congo.
      L’un des critères majeurs d’appréciation des dossiers par les médecins de l’OFII est celui des « conséquences d’une exceptionnelle gravité en l’absence de soins pour les demandeurs ». Il semble que l’acception de la notion « des conséquences d’une exceptionnelle gravité » fasse l’objet d’une appréciation variable selon les médecins et que le caractère « tangible » des pathologies organiques soit plus convaincant pour certains. Concernant cette dite gravité, faut-il systématiquement mettre en avant l’éventualité d’un risque suicidaire pour attester de la gravité de la souffrance psychique ?
      Enfin, suspecter la fraude a ses limites déontologiques : vraiment les psychiatres et psychologues soigneraient-ils des milliers de personnes qui feindraient cauchemars, reviviscences et dissociations, juste pour un certificat ? L’insinuation est grave.
      Cela a surtout des conséquences lourdes pour des exilés déboutés du droit d’asile, sans papiers, et qui ont besoin d’être soignés. Présents sur le territoire français, ils n’en partiront pas. Ils sont alors confinés dans l’illégitimité, sans parvenir psychiquement à se saisir des possibilités d’insertion occasionnelles, car rivés à leur angoisse psychique. C’est une condamnation à l’errance et en contradiction brutale avec la politique d’intégration de la France, pays de l’excellence médicale et au principe d’accès universel aux soins.

      Sarah Iribarnegaray, psychiatre
      Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky, Professeur d’anthropologie, psychologue clinicienne

      Dr. Philippe de Botton, Président de Médecins du Monde

      Claire Mestre, Psychiatre, anthropologue, CHU Bordeaux
      Salim Mehallel, psychiatre
      Pauline Lefebvre, pédopsychiatre
      Raphaël Allali, psychiatre
      Héloïse Marichez, psychologue clinicienne
      Carla de Stefano, psychologue clinicienne et psychothérapeute
      Tahar Abbal, psychologue
      Nathalie Lambert, psychiatre
      Mathilde Laroche-Joubert, psychologue clinicienne
      Raphaël Delage, psychiatre
      Nina Franzoni, interne en psychiatrie et doctorante en philosophie
      Raphaël Jeannin, psychiatre
      Evelyne Vaysse, Psychiatre, PASS hôpital Saint Louis, Paris
      Laëtitia Bouche-Florin, psychologue clinicienne
      Judith Bessis, psychiatre
      Anaelle Klein, psychiatre
      Marie Audier-Bourgain, psychiatre
      Dalila Rezzoug, psychiatre
      Celina Heleno, psychologue en formation
      Alessandra Mapelli psychologue clinicienne
      Olivier Taïeb, psychiatre
      Julia Dussaux, psychiatre
      Francis Remark, Médecin psychiatre, Périgueux
      Mathilde Zerr, psychiatre
      Mariam Adamjy, psychiatre
      Aymeric Reyre, psychiatre
      Elise Pestre, psychanalyste, psychologue et Maître de conférences à Paris Diderot
      Nicolas Velut, psychiatre, Unité de la Souffrance Psycho-Sociale, CHU Toulouse
      François Roussel, psychiatre
      Leïla Férault, psychologue en formation
      Jean-Pierre Geeraert, médecin généraliste

      https://www.change.org/p/madame-agn%C3%A8s-buzyn-ministre-des-solidarit%C3%A9s-et-de-la-sant%C3%A9-re

  • Le suicide d’un jeune réfugié à Genève attriste et interpelle
    https://asile.ch/2019/04/08/le-suicide-dun-jeune-refugie-a-geneve-attriste-et-interpelle

    Mercredi 27 mars 2019, un jeune homme originaire d’Afghanistan qui était venu chercher protection en Suisse a voulu mettre fin à sa vie. Il est décédé deux jours plus tard à l’hôpital malgré les soins intensifs qui lui ont été prodigués. Ce suicide, au sein d’une structure qui accueille des personnes mineures et devenues majeures, […]

    • Mineurs non accompagnés : « Personne ne nous écoute ! »

      Les amis du jeune requérant décédé au foyer de l’Etoile font part de leur #désespoir et dénoncent leurs conditions d’accueil.

      Le suicide d’un jeune Afghan, Ali, fin mars au foyer de l’Etoile, a une nouvelle fois mis en lumière le désarroi des requérants d’asile arrivés en Suisse mineurs et sans parents (RMNA). Depuis plusieurs années, des manquements dans l’encadrement et l’accompagnement de cette population doublement vulnérable est pointé du doigt. Sept amis de Ali ont convoqué des médias ce week-end, par l’intermédiaire de l’association Solidarité Tattes, pour faire entendre leur voix.

      « On est perdus. On est seuls. On ne peut pas parler de nos problèmes. On ne sait pas à qui. Aujourd’hui nous avons perdu Ali. Ce sera qui demain ? », lance d’emblée Anthony*, ami du jeune Afghan. « On ne veut pas d’autres Ali. C’est pour ça que nous sommes là. Nous voulons parler avec des journalistes, parce que personne ne nous écoute. Rien ne change au foyer de l’Etoile. »

      Le désespoir de ces jeunes est palpable. Leur douleur aussi. « Ali était notre ami, notre famille. Il était venu en Suisse pour construire une nouvelle vie, avoir un avenir », raconte Arash*. « Mais au foyer de l’Etoile, ce n’était pas possible de penser y arriver. La situation le tirait vers le bas. Il allait beaucoup mieux quand il était à l’hôpital, ou à Malatavie1. Dès qu’il rentrait au foyer, il replongeait. »

      #Agents_de_sécurité violents

      « Il y a beaucoup de #violence à l’Etoile », insistent-ils. « Les agents de sécurité devraient nous protéger, mais au contraire ils nous frappent », affirme Matin*. Les jeunes parlent de #brutalité récurrente, mais insistent sur un événement en particulier, qui a eu lieu en 2016, et qui a été filmé. « Cinq #Protectas ont frappé Ali, après avoir déjà mis K.O. un autre mineur. Tout ça, parce qu’ils ne voulaient pas qu’ils se coupent les cheveux dans le salon. »

      Les images sont fortes. On voit en effet un jeune étendu au sol, immobile. Puis des actes de violence, partiellement hors cadre. Si ce document ne donne pas d’indication sur l’origine du conflit, on voit bien des agents de sécurité donner des coups violents à destination d’un jeune que ses amis identifient comme Ali. « Celui qu’on voit au sol inconscient sur la vidéo n’a plus pu dormir au foyer pendant des mois. Il n’y arrivait plus. Il passait ses nuits au bord du lac », raconte Anthony.

      Plus globalement, les #conditions_de_vie au foyer de l’Etoile sont dénoncées par les jeunes. « Il y a toujours du bruit. L’hiver il fait hyper froid, l’été super chaud, explique Matin. On doit se faire à manger nous-même. Moi ça va, j’aime bien ça. Mais d’autres ne savent pas cuisiner. Les agents entrent sans demander dans nos chambres… Dans les autres foyers, plus petits, mieux encadrés, on peut bien vivre. Mais pas à l’Etoile. »

      « Quant on dit que ça ne va pas, on nous répond que ce sont les politiques qui doivent faire changer les choses. Mais nous, comment on parle aux politiques ? », interroge Anthony. Et Matin de suggérer : « Il faudrait que les responsables envoient un de leur proche qui a notre âge passer une semaine à l’Etoile, pour qu’ils se rendent compte des conditions. Parce que nous, on ne nous voit pas comme des êtres humains. »
      Plainte déposée

      Ariane Daniel Merkelbach, directrice de l’aide aux migrants à l’Hospice général, confirme l’existence d’un « incident grave » survenu en 2016 avec des agents de sécurité. « Quoi qu’il se soit passé avant, il est inacceptable qu’un agent frappe un jeune. Le Service de la protection des mineurs a d’ailleurs porté plainte contre l’agent, qui a lui aussi déposé une plainte. Il a reçu une petite sanction de la justice et son entreprise l’a retiré du site de l’Etoile. »

      La responsable de l’Hospice affirme cependant qu’il s’agit d’un acte isolé. « Nous avons alors engagé huit intervenants de nuit, pour faire les rondes du soir avec une attitude de médiation, portée sur l’éducatif. Ils sont là en complément de la vingtaine d’éducateurs présents de 6h à 22h. Nous avons aussi organisé des cours de gestion des conflits pour les agents de sécurité. Depuis, ça se passe beaucoup mieux. Il peut bien sûr y avoir des frictions entre les jeunes et les agents, notamment à l’entrée. Mais si c’est le cas, les éducateurs interviennent. »

      Ariane Daniel Merkelbach explique également qu’il y a tout un appareil d’écoute pour les jeunes. Que les interlocuteurs existent, et qu’ils sont entendus. « Mais c’est dur pour eux. Ils ne reçoivent pas forcément les réponses qu’ils attendent. Ils sont dans une situation très difficile. Ils font face à une montagne d’écueils, leurs rêves s’effondrent. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons demandé une concertation entre tous les acteurs de l’accueil. Pour clarifier les rôles, mieux les accompagner après leur majorité, pour réellement intégrer ces jeunes. »

      *Prénoms d’emprunt

      https://lecourrier.ch/2019/04/14/mineurs-non-accompagnes-personne-ne-nous-ecoute

    • Des éducateurs du #Foyer_de_l'Étoile alertent les autorités

      Des collaborateurs dénoncent l’échec de la prise en charge des jeunes migrants dans une lettre aux députés.

      Cinq mois après le suicide du jeune Ali, 18 ans, les éducateurs du Foyer de l’Étoile sortent du bois. Dans une lettre de quatre pages adressée à la fin du mois d’août à Jocelyne Haller, la présidente de la Commission des affaires sociales du Grand Conseil, 21 collaborateurs – sur 36 – de ce centre d’hébergement destiné aux requérants d’asile mineurs non accompagnés (RMNA) alertent les autorités sur une série de dysfonctionnements. Ils dénoncent l’échec de la prise en charge de ces jeunes migrants et le silence de l’Hospice général malgré leurs nombreuses mises en garde.

      « Le suicide d’un jeune est l’événement redouté, mais pas incompréhensible, qui suit quatre années d’épuisement et d’instabilité », notent les éducateurs dans leur courrier. La liste des griefs à l’égard de leur hiérarchie est longue. De manière générale, les collaborateurs du foyer lui reprochent de sous-estimer « gravement » l’accompagnement socio-éducatif des RMNA, des adolescents aux parcours chaotiques et traumatismes importants. Le manque de moyens alloués au centre génère selon eux une souffrance au travail, un épuisement et une démotivation au sein de l’équipe.

      Les éducateurs dénoncent en outre la « taille inhumaine du foyer », un mandat peu clair de l’Hospice général ainsi qu’une « vision institutionnelle inadéquate » et « éloignée des principes censés inspirer notre institution ». Ils regrettent que l’empathie et le lien soient souvent considérés comme un obstacle à l’autonomie des jeunes, que le parcours personnel des RMNA ne soit pas pris en compte et qu’une « logique d’uniformisation de l’intervention » leur soit imposée.

      « Nous avons pris acte »

      Que répondent l’Hospice général et le Canton à ces critiques ? « Nous avons pris acte de la prise de position d’une partie des collaborateurs de l’Étoile », déclare Bernard Manguin, au nom de l’institution. Le porte-parole relève cependant qu’un certain nombre de mesures ont déjà été mises en place. Il cite la création d’un comité de gestion regroupant les différents métiers relatifs à la prise en charge des RMNA et ex-RMNA à la fin d’avril ainsi qu’un projet de collaboration avec des professionnels de la Fondation officielle de la jeunesse (FOJ) et la Fondation genevoise pour l’animation socioculturelle.

      De son côté, Thierry Apothéloz, magistrat de tutelle de l’Hospice général, rappelle que le centre de l’Étoile n’a pas été construit à l’origine pour accueillir des mineurs et constituait donc une mesure d’urgence. « Le Conseil d’État est conscient de certaines améliorations possibles dans la prise en charge des RMNA et a, à ce titre, accepté les recommandations du rapport de la Cour des comptes », assure-t-il.

      Trois motions en cours

      Trois motions ont été déposées ce printemps au Grand Conseil concernant l’encadrement des jeunes migrants. Les textes demandent un accompagnement socio-éducatif des ex-RMNA jusqu’à 25 ans, une prise en charge de ces jeunes par la FOJ et une autorisation exceptionnelle octroyée aux personnes déboutées de l’asile dont le renvoi n’est pas réalisable de pouvoir terminer leur formation. Acceptées par une large majorité des membres de la Commission des affaires sociales, les motions doivent être débattues en plénière lors de la prochaine session du Grand Conseil.

      Hasard du calendrier, cette même commission est actuellement en train d’étudier le rapport de gestion de l’Hospice général. À la suite à la lettre reçue des collaborateurs du Foyer de l’Étoile, elle pourrait formuler certaines remarques à l’égard du Grand Conseil. La Haute École de travail social a d’autre part rédigé un rapport sur les besoins des RMNA et ex-RMNA. Attendues cet été, ses conclusions devraient être communiquées dans les semaines à venir, annonce le Département de l’instruction publique.

      https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Des-educateurs-du-Foyer-de-l-Etoile-alertent-les-autorites/story/28325473

    • Ali, le suicide d’un jeune réfugié qui bouscule les institutions

      Ali est un jeune réfugié afghan. Il a vécu pendant 3 ans en Suisse, à Genève, avant de se suicider dans sa chambre au #foyer_de_l’Étoile, le plus grand dispositif d’accueil pour requérants d’asile mineurs en Suisse. Un drame qui remet en question la gestion de ces enfants particulièrement vulnérables. Une histoire à découvrir dans ce troisième épisode de notre série Les enfants de l’exil.

      https://www.rts.ch/play/tv/nouvo-news/video/ali-le-suicide-dun-jeune-refugie-qui-bouscule-les-institutions?id=11351064

    • Ali, le suicide d’un jeune réfugié qui bouscule les institutions

      Ali Reza était un jeune réfugié afghan. Il a vécu pendant 3 ans en Suisse, à Genève, avant de se suicider dans sa chambre au foyer de l’Étoile, le plus grand dispositif d’accueil pour requérants d’asile mineurs en Suisse. Un drame qui remet en question la gestion de ces enfants particulièrement vulnérables. Une histoire à découvrir dans ce troisième épisode de la série “Les enfants de l’exil” sur la chaîne RTS Nouvo, avec le journaliste Marc Gagliardone.

      https://www.youtube.com/watch?v=_N2xeZoUFaQ&feature=emb_logo


      https://asile.ch/2020/06/08/nouvo-ali-le-suicide-dun-jeune-refugie-qui-bouscule-les-institutions
      #foyer

  • « Les “gilets jaunes” veulent rompre avec le sentiment de dépossession », Ivan Bruneau et Julian Mischi
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/01/03/les-gilets-jaunes-veulent-rompre-avec-le-sentiment-de-depossession_5404581_3

    Pour les chercheurs Ivan Bruneau et Julian Mischi, le mouvement de contestation sociale traduit le malaise des populations établies dans les communes rurales en rupture avec tout, notamment les organisations politiques absentes de ces zones.

    Tribune. Le mouvement des « #gilets_jaunes » a donné lieu à de nombreuses analyses à chaud, parfois très survolantes, comme celles ayant mis l’accent sur « les frustrations des classes moyennes » ou « l’individualisation des inégalités ». Il nous semble préférable de revenir aux conditions qui rendent possibles la contestation, lesquelles peuvent être en partie communes aux zones urbaines et rurales, comme le sentiment d’injustice fiscale, mais le mouvement est aussi révélateur de la transformation des #conditions_de_vie et de travail des populations rurales et périurbaines. Certains observateurs ont déjà souligné avec justesse l’enjeu de la mobilité et le rôle central de l’automobile dans le monde rural. Au-delà, l’irruption politique des « gilets jaunes » dans l’espace public des petites communes apparaît comme une réaction collective aux multiples formes de #dépossession qu’ils subissent depuis de nombreuses années.

    Les campagnes françaises sont bien sûr diverses mais elles se caractérisent en général par la surreprésentation en leur sein des catégories populaires relevant du salariat (#ouvriers et #employés) ou du #travail_indépendant (petits artisans, commerçants et agriculteurs). La part considérable des actifs faiblement diplômés contraste avec la faible présence des classes supérieures et des professions intellectuelles, qui résident surtout dans les métropoles. Cette #ségrégation_sociospatiale s’explique par la pression du marché immobilier, mais aussi par le fait que les emplois intellectuels et de direction se concentrent dans les grandes villes alors que les activités de fabrication ou de logistique se déploient désormais essentiellement dans les périphéries rurales et périurbaines. Une telle distance spatiale entre classes sociales, sur fond de séparation entre « travail intellectuel » et « travail manuel », nourrit la mobilisation des « gilets jaunes », qui insistent sur le mépris dont ils se sentent victimes. C’est leur vécu et leur rapport au #travail qui alimentent le rejet de ce qu’ils perçoivent comme l’arrogance d’élites nationales et régionales ne connaissant pas leur quotidien, leurs pratiques, leurs savoirs.

    La distance spatiale entre classes sociales s’est renforcée

    Ainsi, au sein même des territoires ruraux, la distance spatiale entre classes sociales s’est renforcée dans la dernière période. Les dirigeants des entreprises résident de moins en moins sur place. Auparavant les cadres des usines ou des entreprises publiques étaient fréquemment des individus issus de familles « du coin » qui avaient connu une promotion interne et s’engageaient dans la #vie_locale. Rarement d’origine populaire, les nouveaux responsables, davantage mobiles, sont désormais seulement de passage à la tête des établissements en proie à des réorganisations managériales. Plus diplômés, ils connaissent peu le travail réalisé concrètement dans les ateliers et services, travail qu’ils n’ont jamais exercé directement. Vivant le plus souvent dans les #métropoles régionales ou à Paris, ils s’investissent peu dans la vie des communes contrairement à leurs prédécesseurs. Ils ne vont pas prendre part aux activités sportives avec les autres salariés ou fréquenter les mêmes commerces. Leurs enfants ne vont pas à l’école du bourg avec ceux des familles populaires. Ce sont en quelque sorte des citadins de passage, leur distance avec les #classes_populaires_locales est indissociablement sociale et spatiale.

    Le phénomène est général, il s’observe tant dans les usines que dans les établissements bancaires, hospitaliers ou encore scolaires. Symbole de ces mutations favorisant l’éloignement des figures intellectuelles du quotidien des classes populaires rurales : les enseignants des nouvelles générations s’insèrent de plus en plus rarement dans les petites communes où ils sont nommés. Tout comme les médecins ou cadres administratifs des collectivités locales, ils sont nombreux à venir chaque jour des zones urbaines pour exercer sur place. Pour les administrés, il en résulte un sentiment de dépossession à l’aune duquel on peut comprendre leur sensibilité à la violence du discours expert et à la #domination_culturelle des élites politiques nationales.

    Ce sentiment de dépossession est renforcé par l’évolution de la structuration politique des territoires. Les processus récents de fusion des communautés de communes constituent la dernière étape d’une évolution de plus longue durée marquée par l’éloignement du pouvoir décisionnel. Depuis une vingtaine d’années, le développement des structures intercommunales, de leurs budgets et de leurs compétences a accentué à la fois l’influence des « communes-centres » et le rôle des élus dirigeant ces assemblées, présidents et vice-présidents en particulier. La #distance_sociale entre la population et ces « grands élus » nourrit le sentiment de ne pas avoir d’emprise sur les décisions affectant la vie quotidienne, et ce d’autant plus que les enjeux communautaires sont peu discutés au niveau communal.

    Délitement des partis politiques, notamment de gauche

    La raréfaction des débats publics liés à l’élaboration des politiques locales prend place dans un affaiblissement plus général des mécanismes représentatifs. Les campagnes pour les élections municipales se font parfois sans réunion publique, et aujourd’hui les projets de « commune nouvelle » (regroupement de communes) peuvent être réalisés sans consultation de la population. La participation des habitants est peu sollicitée dans l’ensemble, et cette fragilisation de « la démocratie locale » n’est pas compensée par la présence de relais partisans.

    En effet, le délitement des partis politiques, et notamment des organisations de gauche (PCF, PS, PRG), est plus accentué dans ces zones rurales. Si les classes populaires peuvent encore s’appuyer sur des réseaux syndicaux, même fragilisés, elles ne disposent plus de relais proprement politiques. Certes le Front national a connu une forte progression électorale ces dernières années dans les campagnes mais le soutien dans les urnes ne se traduit quasiment jamais par un développement militant de l’organisation, qui a, par exemple, de grandes difficultés à constituer des listes pour les élections municipales. Cette crise des #sociabilités_militantes explique aussi probablement le rôle que jouent les barrages des « gilets jaunes », lieux de rencontres et de discussions, interclassistes et politiquement divers.

    Ivan Bruneau et Julian Mischi ont codirigé avec Gilles Laferté et Nicolas Renahy « Mondes ruraux et classes sociales » (EHESS, 2018)

  • Les « travailleuses pauvres » sont de plus en plus nombreuses - La Croix
    https://www.la-croix.com/Economie/Social/travailleuses-pauvres-sont-nombreuses-2018-12-17-1200990100
    https://img.aws.la-

    [...]« La France compte plus de deux millions de #travailleurs_pauvres et traverse une crise sans précédent de son modèle social. La situation est préoccupante pour les #femmes », souligne Pauline Leclère, responsable de campagne « justice fiscale et inégalités » chez Oxfam France, à l’initiative du rapport Travailler et être pauvre : les femmes en première ligne, publié lundi 17 décembre, et qui présente notamment le cas de Daphné.

    La limite de l’exercice est que le rapport s’appuie sur des données issues de sources multiples, voire contradictoires… « Sur un sujet aussi important, il faudrait pouvoir disposer d’indicateurs #statistiques permettant d’évaluer avec précision l’ampleur des #inégalités », reconnaît Pauline Leclère.

    78 % des #emplois_à_temps_partiel occupés par des femmes

    Selon Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne, la part de femmes en activité professionnelle et pauvres dans l’hexagone est passée de 5,6 % à 7,3 % entre 2006 et 2017 (1). Les femmes se retrouvent principalement dans des secteurs qui proposent de nombreux emplois à temps partiel, correspondant aux métiers les moins valorisés et rémunérés. Par exemple les métiers du #nettoyage, du #commerce et du #service_à_la_personne. Parmi les employés non qualifiés, 49 % des femmes sont à temps partiel, contre 21 % des hommes.

    En 2017, les femmes occupaient 70 % des #CDD et des emplois intérimaires et 78 % des emplois à temps partiel. Ce type d’emplois « provoque une insertion discontinue sur le marché du travail et une dégradation des #conditions_de_vie des femmes (#horaires_atypiques, #emplois_pénibles …). Cela entrave la consolidation de l’expérience professionnelle ou conduit même à une dépréciation des compétences », souligne le rapport.

    Difficulté à combiner vie professionnelle et vie de famille

    Les emplois précaires affectent l’articulation entre vie professionnelle et vie familiale. Dans les métiers peu qualifiés comme l’aide à la personne ou la #garde_d’enfants, les #travailleuses ont souvent des horaires courts et combinent plusieurs employeurs. Ainsi, 85 % des salariés ayant plus d’un employeur sont des femmes.

    « Pourtant, parmi les actifs souhaitant travailler plus, 75 % sont des travailleuses, souligne Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde France. Il y a beaucoup d’idées reçues sur ces mères de famille vivant des #aides_sociales. La réalité est toute autre, puisqu’elles préfèrent exercer un #emploi même s’il ne leur permet pas de subvenir à leurs besoins. »

    Un million de travailleuses à la tête d’une famille monoparentale vit sous le seuil de pauvreté

    « À la faiblesse du #revenu du travail peut s’ajouter un facteur démographique, car pour mesurer les niveaux de vie, on tient compte des revenus de l’ensemble du ménage. Ainsi, une femme qui doit faire vivre une famille avec un seul smic se situe largement en dessous du seuil de pauvreté », constate l’Observatoire des inégalités.

    En France, les femmes à la tête d’une famille monoparentale sont particulièrement touchées par ce phénomène : parmi celles qui travaillent, près d’un quart vit sous le seuil de pauvreté, soit un million de femmes.

    Romane Ganneval


    (1) Eurostat fixe le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian, soit 1 026 € en 2016. En France, le seuil de pauvreté est fixé par l’Insee à la moitié du revenu médian, soit 855 € par mois pour une personne seule.

    #travail #intérim #précarité #droit_au_chômage #chômeurs_en_activité_à_temps_réduit #prime_d'activité

  • Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir | Samuel Hayat -
    https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir

    (...)Difficile de ne pas être saisi par le mouvement en cours. Tout y est déconcertant, y compris pour qui se fait profession de chercher et d’enseigner la science politique : ses acteurs et actrices, ses modes d’action, ses revendications. Certaines de nos croyances les mieux établies sont mises en cause, notamment celles qui tiennent aux conditions de possibilité et de félicité des #mouvements_sociaux. D’où sinon la nécessité, du moins l’envie, de mettre à plat quelques réflexions issues de la libre comparaison entre ce que l’on peut voir du mouvement et des connaissances portant sur de tout autres sujets. A côté des recherches sur le mouvement en cours, espérons que l’éclairage indirect que donne la confrontation à d’autres terrains pourra dire quelque chose de différent sur ce qui a lieu.

    La situation

    Les images rapportées par les médias comme les déambulations personnelles pendant les événements du 1er décembre ont donné à voir un Paris jamais vu, ni en 1995, ni en 2006, ni 2016, trois moments pourtant où l’espace-temps habituel des mobilisations parisiennes s’était trouvé profondément déformé. Certains ont pu parler d’émeutes ou de situation insurrectionnelle. C’est possible, et pourtant rien ne ressemble à ce qui a pu avoir lieu durant les insurrections de 1830, 1832, 1848 ou 1871. Toutes ces insurrections avaient lieu au quartier, mettant en jeu des sociabilités locales, un tissu relationnel dense permettant aux solidarités populaires de se déployer. Mais le 1er décembre, le feu a pris au cœur du Paris bourgeois, dans ce nord-ouest parisien qui n’avait jusqu’ici jamais été vraiment le théâtre de telles opérations. Loin d’être menées par des forces locales, érigeant des barricades pour délimiter un espace d’autonomie, ces actions ont été le fait de petits groupes mobiles, habitant souvent ailleurs.

    Évidemment, les sociabilités locales jouent dans la formation de ces groupes. Il suffit de regarder ailleurs qu’à Paris pour voir la réappropriation collective d’un territoire, la formation de liens durables… Mais le 1er décembre, ces solidarités se sont déplacées dans un espace de manifestation lui-même plutôt habituel : les lieux du pouvoir national. On est là dans un registre tout à fait moderne, n’en déplaise à ceux qui parlent de jacqueries : c’est bien d’un mouvement national et autonome dont il s’agit, pour reprendre les catégories clés par lesquelles Charles Tilly qualifie le répertoire d’action typique de la modernité. Mais les règles de la manifestation, fixées de longue date (on situe généralement leur formalisation en 1909[3]), sont ignorées : pas de cortège, pas de responsables légaux, pas de parcours négocié, pas de service d’ordre, pas de tracts, de banderoles, d’autocollants, mais des myriades de slogans personnels inscrits au dos d’un gilet jaune.

    Toute la pratique du #maintien_de_l’ordre en est bouleversée, et on a pu voir combien les professionnels de la répression, malgré leur nombre, leur armement, leur entraînement, s’étaient trouvés débordés, incapables d’assurer même leur propre sécurité, sans parler de celle des biens et des personnes. On peut penser que les forces de l’ordre ne vont pas accepter longtemps de se faire ainsi malmener, et les violences policières, déjà très nombreuses, risquent d’encore s’amplifier [comme le confirme déjà des lynchages policiers le 1/12 et les innombrables tirs #policiers qui ont mutilés au moins quatre #lycéens ce derniers jours, ndc] , comme les appels à l’extension de l’usage de la force, voire à l’état d’urgence. Cet échec du maintien de l’ordre physique est allé de pair avec un échec encore plus complet du maintien de l’ordre symbolique : un président en déplacement pour un sommet international, un gouvernement inaudible (la rançon à payer pour un pouvoir personnel s’étant entouré de courtisans médiocres pour qu’aucune ombre n’en affaiblisse l’éclat), le pseudo-parti au pouvoir (LREM) occupé le même jour à élire un nouveau délégué général, comme si de rien n’était. (...)

    Les #revendications, justement, méritent qu’on s’y attarde. On en sait peu sur la manière dont elle a été composée, mais une liste de 42 revendications a été diffusée et largement reprise, tant dans les groupes que par les médias. Ces revendications possèdent quelques traits remarquables qui ont déjà été relevés : elles sont majoritairement centrées sur les #conditions_de_vie, bien au-delà de la seule question du prix de l’essence ; elles contiennent des prises de position contre la libre circulation des #migrants ; elles proposent des changements institutionnels qui renforcent le contrôle citoyen sur les élu.e.s, dont la rémunération se trouverait d’ailleurs ramenée au #salaire_médian. Cette liste a été qualifiée de « magma de revendications hétéroclite ». Il me semble au contraire qu’elle est profondément cohérente, et que ce qui lui donne sa cohérence est aussi ce qui a permis à la mobilisation des gilets jaunes de prendre et de durer : elle s’ancre dans ce que l’on peut appeler l’#économie_morale des #classes_populaires.

    L’économie morale des #Gilets_Jaunes

    Le concept d’économie morale est bien connu des chercheur.e.s en sciences sociales. Il a été développé par l’historien E. P. Thompson pour désigner un phénomène fondamental dans les mobilisations populaires au XVIIIe siècle : celles-ci faisaient appel à des conceptions largement partagées sur ce que devait être un bon fonctionnement, au sens moral, de l’économie. Tout se passait comme s’il allait de soi que certaines règles devaient être respectées : le prix des marchandises ne devait pas être excessif par rapport à leur coût de production, des normes de réciprocité plutôt que le jeu du marché devaient régler les échanges, etc. Et lorsque ces normes non écrites se trouvaient bafouées ou menacées par l’extension des règles du marché, le peuple se sentait tout à fait dans son droit en se révoltant, souvent à l’initiative de #femmes, d’ailleurs. Leur mobile était bien économique, mais pas au sens habituel : ils n’étaient pas mus par des intérêts matériels au sens strict, mais par des revendications morales sur le fonctionnement de l’économie.

  • Gilet ou gilet pas ? Il faut de l’essence pour tout cramer - 19h17.info
    http://www.19h17.info/2018/11/23/gilet-ou-gilet-pas-il-faut-de-lessence-pour-tout-cramer

    L’objectif de cette adresse est d’offrir un autre point de vue sur les évènements et de comprendre en quoi, si le mouvement prend le tour de la critique de la #vie_chère, la présence des partisans de la révolution y est logique.

    Apparition

    La pétition à l’origine de la mobilisation date de mai 2018. Elle n’a donc pas tout de suite fait le buzz. C’est à la suite d’une nouvelle hausse du prix du carburant que cette pétition prend une ampleur considérable et se transforme en point de départ d’une mobilisation réelle, dans les rues et sur les routes contre la hausse du prix du carburant. Il faut dire qu’en un an, le gazole a pris 24 % d’augmentation, et l’essence 14 %. C’est bien sûr les prolétaires qui sentent le plus clairement cette hausse et voient leur reste à vivre se réduire comme peau de chagrin. Face à la fatalité des fluctuations du cours du pétrole, la principale cible évoquée pour agir sur le prix du carburant a été l’État, lequel a la main sur les différentes taxes qu’il ajoute au prix de marché des carburants, en particulier le gazole.

    Une lutte contre une nouvelle taxe offre deux déterminants initiaux majeurs : on s’adresse à l’État et on s’y adresse de la façon la plus légitime possible aux yeux de cet État : le citoyen. C’est sur ce terrain que va se développer toute la logorrhée autour de la France, des Français, du Peuple, de Notre Police, des taxes de l’État, de ceux qui paient tout et qui n’ont le droit à rien, de ceux qui ont le droit à tout alors qu’ils ne font rien. C’est typiquement le terrain que les militants d’extrême droite peuvent investir parce qu’il leur permet d’afficher haut et fort leur volonté d’accéder au pouvoir politique, seule issue de leur logiciel. Au même titre que la France Insoumise. C’est d’ailleurs eux qui insistent sur la personne de Macron. Ils veulent tuer le Roi, mais pas les Rois. Nous ne pouvions donc qu’être méfiant d’un tel cocktail, mêlant poujadisme, nationalisme, populisme dans une vague d’expression virtuelle peu ragoûtante, et évidemment inter-classiste à la Bonnet Rouge. D’autant que le traitement policier, gouvernemental et médiatique était d’une bienveillance à toute épreuve. Mais nous ne pouvions pas rejeter en bloc quelque chose qui n’avait ni finitude, ni unité. Il fallait attendre de voir. Nous devions prendre le prix de l’essence comme un thermomètre de l’étranglement quotidien des prolétaires, là où d’autres ne voyaient que la grossière démonstration de force des lobbys automobilistes. Déjà nous avions des indices qui pouvaient nous laisser penser que le mouvement des gilets jaunes ouvrait une brèche autour d’une complainte simple : ici on crève. De la dénonciation d’une taxe, on passait surtout aux causes de la dénonciation : la dégradation de nos #conditions_de_vie. C’est à partir de toutes ces lacunes et ces grands absents que nous avons observé la journée du 17.

    « GILETS JAUNES », ACTE 2 / ET MAINTENANT, C’EST QUI LES CASSEURS ? LA MEUTE·
    https://www.facebook.com/notes/lameute/-gilets-jaunes-acte-2-et-maintenant-cest-qui-les-casseurs-/464981860572814

    Premièrement, il y avait finalement très peu de Parisien·nes, voire de Francilien·nes lorsque l’on compare à la journée du 17. Et la catégorie sociale de celleux-ci a fini de confirmer ce que nous avancions déjà la semaine dernière. Celles et ceux de Région Parisienne qui sont venu·es sur les Champs étaient essentiellement des travailleur·euses #précaires, des gens des quartiers populaires périphériques, smicard·es ou chômeur·euses. Beaucoup de personnes racisé·es, ayant répondu à l’appel à former un « Front Antiraciste des Gilets Jaunes ». Sur toutes les lèvres, un refus catégorique d’être assimilé·es à « l’ultradroite » que Castaner venait d’instrumentaliser sur BFMTV. Pour ces personnes-là, la question de la violence n’était absolument pas problématique, elle se posait légitimement, et s’exécutait en toute logique.

    Le deuxième élément observé est lié à la très majoritaire présence de personnes venant d’autres régions. LaMeute a pu discuter avec des salarié·es de Lorraine, une infirmière de Lens, un agriculteur de Haute-Savoie, des salarié·es Breton·nes, des étudiant·es Bordelais·es… Nous avons donc eu un échantillon de la colère qui s’est exprimée au niveau national durant plus d’une semaine, et donc de la matière à commenter, pour tailler définitivement en pièces quelques a priori. Toutefois, il convient de ne pas oublier que tout le monde n’a pas eu les moyens de monter sur la capitale pour manifester sur les Champs, et donc que toute une frange plus précaire encore a échappé à nos observations. Pour ces « Gilets Jaunes » donc, c’est du 50/50. Quand c’est la première mobilisation pour celui-ci, celle-là est rompue à la contestation sociale depuis des années. On valorise souvent, à raison, la présence de personnes plus âgées pour mesurer la capacité fédératrice d’une mobilisation, vis-à-vis des différentes catégories sociales engagées dans celle-ci. Comment ne pas évoquer cette Normande de 68 ans au micro de Franceinfo pour illustrer ce propos ? Il demeure en tout cas qu’il s’agit toujours de personnes des catégories socio-professionnelles précarisées, vivant avec l’angoisse du licenciement, ou la pression du découvert bancaire.

    Troisième point d’observation : la présence de l’extrême-droite. Soyons clair·es d’emblée, il ne s’agit pas pour nous de la minimiser, bien au contraire, mais l’honnêteté que nous devons à travers notre travail nous pousse à certains constats. Ce n’est pas, comme l’a affirmé Castaner à BFM, l’extrême-droite qui est à l’origine des #barricades et des affrontements sur les Champs. Point à la ligne. Si elle était présente, et parfois organisée, il faut commencer par dire qu’elle n’avait pas, ou presque pas d’emprise sur le reste de la foule. Tout au plus pouvait-elle faire entonner massivement la Marseillaise. Mais, non, personne ne reprenait les « On est chez nous ». Personne, à part eux-mêmes. La plupart de l’extrême-droite observée s’amassait autour des caméras de télévision, cherchant à s’exprimer au nom du mouvement. Il y avait également des petits groupes clairement identifiés, mais qui ne participaient pas au gros de la #révolte sur l’Avenue des Champs-Élysées, mais restaient en retrait dans les rues parallèles. Au contraire, il faut se rendre à l’évidence que les éléments plus apparentés « gauchistes » ont eu bien plus de facilités à s’assumer tel quel et à l’afficher (drapeaux anarchistes, guévaristes, références à mai 68 qui n’est certainement pas le domaine de l’extrême-droite, tags anticapitalistes etc…).

    #gilets_jaunes

  • ‘Boys for Sale’ : le monde obscur de la #prostitution #gay au #Japon.
    ‘Boys for Sale’ : the dark world of gay prostitution in #Japan.

    Cet article de Julian Riall traite du documentaire « Boys For Sale » produit par Ian Thomas Ash.
    http://www.scmp.com/week-asia/society/article/2127079/boys-sale-dark-world-japans-gay-prostitution
    Publié le 07/01/2018
    Vu le 03/06/2018

    C’est à “#Tokyo #2-chome gay district” que se localisent ces activités #occultes et plus précisément dans les clubs de danse, les #sex shops, les #bars gays et les « salon d’#urisen » (l’équivalent gay des « #hostess-clubs » japonais.) Certains hommes politiques fréquentent ces lieux qui sont ainsi à la fois reconnus et inscrits dans la ville tout en étant #tabous. De plus, la loi du pays à propos de la #prostitution ne prend en compte que les relations hétérosexuelles ce qui ne rend pas ces affaires #illégales, malgré l’âge de certains des hommes de moins de 20 ans. La plupart d’entre eux proviennent de régions japonaises frappées de catastrophes naturelles (tsunami ; tremblement de terre ; accident de Fukushima en 2011).

    When we think about vulnerable communities affected by war or natural disaster, we tend to think about young women being forced to work in this sector but it never previously occurred to me that this would be happening in Japan after Fukushima.

    https://melmagazine.com/the-straight-male-sex-workers-of-japan-who-sell-their-services-to-gay-m
    _Publié le 19/07/2017
    Vu le 03/06/2018

    L’article de C. Brian Smith à propos du même sujet nous apporte des précisons. En premier lieu, même s’il est difficile de recenser un nombre de prostitués car la plupart procèdent par Internet, on estime le nombre de bars à #Shinjuku 2-chome comportant des garçons "à la carte" de 10 ou 12. D’autre part, les bars sont pour eux un lieu de vie avec des dortoirs où ils dorment à huit, ce qui fait vraiment de ces lieux un univers hors de la société japonaise et qu’elle préfère ignorer malgré les #conditions_de_vie #inacceptables de la « #communauté » de jeunes hommes.

    So we took him to a cheap family restaurant. He looked at the menu and said, “I can have anything I want? Oh, they have ice cream!” After dinner, he got an ice cream cone and was eating it like a 5-year-old kid in heaven. The whole time I was thinking, Now I’m going to bring him back to the bar so some 70- or 80-year old guy can try to rape him. That was as horrible as it was memorable.

    • Mon père était gamin dans les années 1930 dans un village en bordure de la forêt de Chaux dans le Jura. Il avait quelques images (moins des doigts d’une main) d’interaction avec les charbonniers. Il en ressortait surtout l’image d’hommes des bois, voire de véritables sauvages, complètement en marge de la société rurale. Au sens plein du terme, profondément étrangers.

    • Dans la montagne de Lure (04), c’était les immigrants piémontais qui étaient charbonniers. Ici la marge est un petit peu moins évidente, le patois de la région mélange provençal et patois du piémont.

  • Vivre en terre occupée de José Pablo Garcia
    (La Boîte à Bulles), une BD sincère sur une situation compliquée
    https://publikart.net/vivre-terre-occupee-boite-a-bulles-bd-sincere-situation-compliquee

    L’organisation #Action_contre_la_Faim et les éditions #La_Boîte_à_Bulles s’associent pour proposer une bande dessinée décrivant le quotidien des populations vivant dans les #territoires_occupés entre la #Cisjordanie et #Gaza. Le propos se veut avant tout focalisé sur l’humain et les #vexations vécues par des populations aux existences précaires. Le récit cherche l’ultra réalisme et décrit des #conditions_de_vie difficiles héritées d’une situation #géopolitique à la fois tendue et complexe, ce qui n’empêche pas des populations harassées de garder espoir et de chercher à vivre malgré tout. Le trait du dessinateur espagnol #José_Pablo_Garcia allie descriptions précises et humour pince-sans-rires, ce qui donne à la lecture des attraits ludiques autant que hautement informatifs.

  • France/Italy: harsh living conditions for migrants in Ventimiglia

    As a consequence of the ever-stricter border policies in place in Europe since the sharp increase in migration in 2015, the Italian town of Ventimiglia, near the French border, has turned into the main transit point for migrants trying to reach other EU countries from Italy. Since the end of 2016, Médécins Sans Frontières (MSF) has started providing maternal care and mental health support to migrants in transit to France, who are stuck at the border with no access to basic health care. With the arrival of summer, more people have reached the border city, and have been unable to find shelter in the existing facilities.


    http://www.msf.org/en/article/franceitaly-harsh-living-conditions-migrants-ventimiglia
    #Vintimille #frontières #asile #migrations #réfugiés #fermeture_des_frontières #Italie #France #conditions_de_vie #frontière_sud-alpine

  • La fin de l’#enfant unique en #Chine ? - Population et Sociétés - Ined - Institut national d’études démographiques
    http://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/fin-enfant-unique-chine

    En 2015, le gouvernement chinois a annoncé la fin de la politique de l’enfant unique, fortement controversée en Chine depuis que la fécondité y est devenue l’une des plus faibles au monde. La nouvelle « politique de deux enfants » permettra-t-elle une remontée de la fécondité ? Isabelle Attané explique que ce ne sera sans doute pas le cas, en raison notamment des difficultés que les Chinoises rencontrent actuellement pour concilier vie familiale et vie professionnelle.

  • L’Etat devra améliorer les conditions de vie dans les campements de fortune
    http://www.lemonde.fr/immigration-et-diversite/article/2015/11/23/l-etat-devra-ameliorer-les-conditions-de-vie-dans-les-campements-de-fortune_

    Fini l’#insalubrité dans tous les camps de fortune ? L’Etat, qui a été condamné lundi 23 novembre par le Conseil d’Etat à rendre les #conditions_de_vie plus dignes dans la « jungle » de Calais (Pas-de-Calais), devra aussi rendre salubres tous les #campements que compte le pays. « En tout cas si les conditions de vie y sont telles que les personnes peuvent être soumises à des traitements inhumains ou dégradants », rappelle Me Patrice Spinosi, avocat des associations et des migrants requérants.

    En décidant que la « jungle » de Calais doit avoir plus de points d’#eau et de #toilettes, qu’un dispositif de collectes d’ordures doit être mis en place et que des voies carrossables doivent être aménagées, permettant l’accès des services d’urgence, le juge des référés du Conseil d’Etat améliorera certes la vie des 4 500 à 6 000 migrants qui campent là.

    Mais sa décision changera aussi le quotidien de gens du voyage ou de Roms qui sont soumis à la même incurie que les réfugiés calaisiens. Le 23 novembre, les magistrats du Conseil d’Etat ont rendu définitive la condamnation de l’Etat prononcée par le tribunal administratif de Lille le 2 novembre. L’Etat, qui avait fait appel de cette décision, se voit donc définitivement condamné, et obligé de commencer les travaux dans les huit jours.

    #et_toc #justice #bidonville #vie

  • Resettled refugees say they are desperate and living ’like animals in the jungle’ on Nauru

    More than 50 refugees resettled by Australia on #Nauru say they have been “abandoned to live like animals in the jungle”.

    http://www.smh.com.au/federal-politics/political-news/resettled-refugees-say-they-are-desperate-and-living-like-animals-in-the-jun

    #Australie #réfugiés #asile #migration #conditions_de_vie #jungle

  • A #Rome, l’enfer des centres de détention pour #clandestins
    http://fr.myeurop.info/2014/06/10/rome-enfer-des-centres-de-detention-clandestins-13988

    Ariel Dumont

    Bienvenue à #Ponte_Galeria. L’un des centres de rétention les plus durs et les plus insalubres de Rome. Si le gouvernement Renzi promet quelques avancées, notamment sur l’accès à la nationalité italienne, le quotidien de ces clandestins demeure terrifiant.

    La campagne. Le pépiements des oiseaux et ce soleil qui brûle la grande route goudronnée et les façades blanches des immeubles de banlieue, au loin. lire la (...)

    #INFO #Social #Italie #centre_de_détention #centre_de_rétention #conditions_de_vie #Dublin_II #immigrants #immigrés #Matteo_Renzi #réfugiés

  • A #Rome, l’enfer des centres de détention pour #clandestins
    http://fr.myeurop.info/2014/06/10/a-rome-l-enfer-des-centres-de-d-tention-pour-clandestins-13988

    Ariel Dumont

    Bienvenue à #Ponte_Galeria. L’un des centres de rétention les plus durs et les plus insalubres de Rome. Si le gouvernement Renzi promet quelques avancées, notamment sur l’accès à la nationalité italienne, le quotidien de ces clandestins demeure terrifiant.

    La campagne. Le pépiements des oiseaux et ce soleil qui brûle la grande route goudronnée et les façades blanches des immeubles de banlieue, au loin. lire la (...)

    #INFO #Social #Italie #centre_de_détention #centre_de_rétention #conditions_de_vie #Dublin_II #immigrants #immigrés #Matteo_Renzi #réfugiés

  • Home Office criticised for holding child asylum seekers in ’stuffy and overcrowded’ conditions at #Heathrow

    Child asylum seekers are being held in “disgraceful” conditions at Heathrow Airport, where they are often forced to sleep overnight in cramped rooms, a report published today warns.

    http://www.independent.co.uk/news/uk/politics/home-office-criticised-for-holding-child-asylum-seekers-in-stuffy-and

    #asile #réfugiés #migration #enfants #enfances #conditions_de_vie #UK #Angleterre #aéroport

  • Hong Kong Apartments from Above

    L’organisation Society for Community a imaginé avec l’agence Publicis HK cette campagne baptisée « Hong Kong Apartment From Above » pour dénoncer des conditions de logement inacceptables dans la ville de Hong-Kong. Une sensibilisation aidée par les clichés du photographe Benny Lam à découvrir dans la suite.

    http://www.fubiz.net/2013/03/06/hong-kong-apartments-from-above

    #photo #Hong-Kong #conditions_de_vie #appartement #Benny_Lam