• Le Covid-19 frappe plus durement les pauvres
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/07/20/le-covid-19-frappe-plus-durement-les-pauvres_6046774_3244.html

    Une étude française met en évidence un excès de mortalité particulièrement important dans les communes les plus modestes. En cause, le surpeuplement des logements et la nature des emplois occupés.

    Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade : la phrase de Francis Blanche, même prononcée avec le sourire, a pris des allures de dicton. Le comédien aurait-il pu imaginer que quelques décennies plus tard, un vilain virus donnerait à sa boutade le sérieux d’un résultat scientifique ? Quatre économistes français viennent en effet de montrer que le Covid-19 tue d’abord, et de façon particulièrement importante, les plus modestes. En croisant les données de mortalité, le revenu des communes et les zones de déconfinement, ils mettent en évidence, pour la première fois, par une étude systématique, l’excès de mortalité provoqué par l’épidémie dans les municipalités aux revenus les plus bas. Leur travail vient d’être rendu public, en prépublication, sur le site d’archives ouvertes HAL.

    Pour les quatre économistes, le travail n’était pourtant réalisé qu’à moitié. « Ce qui nous intéressait peut-être le plus, c’était les vecteurs de diffusion », admet Simon Briole. Autrement dit, comprendre les mécanismes qui faisaient des pauvres une cible privilégiée du virus. La littérature leur offrait deux « canaux potentiels » d’exposition : la surpopulation des logements et la nature des emplois occupés. Cette fois, outre les données de recensement, qui permettent de connaître la nature des habitations, ils ont profité de la déclaration annuelle de données sociales réalisée auprès des services fiscaux pour mesurer le poids des différents types d’emploi dans chaque commune.
    Grande promiscuité

    L’indice qu’ils ont ensuite construit laisse apparaître, là encore, des résultats indiscutables. Ces deux canaux expliqueraient jusqu’à 60 % de la surmortalité. L’économiste Eric Maurin, professeur à PSE et directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), y voit d’ailleurs un des « points forts » de l’étude :

    « Ce n’est pas simplement que les personnes pauvres sont plus souvent en mauvaise santé qui les a exposées à la surmortalité due au Covid, c’est aussi et surtout leurs conditions de logement et leur métier. »

    Article sur HAL :
    https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-02895908/document

    #COVID-19 #Inégalités #Conditions_travail

  • Après l’incendie de Notre-Dame, une plainte contre la pollution au plomb
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/07/29/pollution-au-plomb-autour-de-notre-dame-plainte-contre-x-pour-mise-en-danger

    Trois mois après l’incendie de Notre-Dame, l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, la préfecture de police et la Mairie de Paris avaient convié la presse le 19 juillet à un « point de situation » visant à rassurer les Parisiens sur les risques liés à la pollution au plomb. « Toutes les données que nous avons pu collecter jusqu’ici montrent que la santé de la population a été préservée », avait répété le directeur de l’ARS, Aurélien Rousseau. Il n’a pas convaincu tout le monde.

    Selon les informations du Monde, l’association Robin des Bois a déposé une plainte contre X pour « mise en danger de la personne d’autrui », vendredi 26 juillet, devant le tribunal de grande instance de Paris. En pointe sur les dossiers de pollution, l’association avait, la première, alerté sur les risques sanitaires après la catastrophe. Entre la toiture et la flèche, près de 400 tonnes de plomb ont pris feu le 15 avril et sont retombées sous forme de poussières sur le site et aux alentours, sur un périmètre indéterminé.

    Jusqu’à 500 000 microgrammes par mètre carré sur le parvis de Notre-Dame (toujours fermé au public) ou encore 20 000 µg/m2 autour de la très fréquentée fontaine de la place Saint-Michel (jamais fermée au public). Très au-dessus de la « valeur environnementale » de 5 000 µg/m2 retenue par l’ARS pour caractériser le « bruit de fond » parisien ; une valeur qui ne constitue pas une « référence sanitaire », précise l’Agence.

    « Ça me fait bondir d’entendre ça d’une institution de santé », réagit Annie Thébaud-Monny, directrice de recherches honoraire à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale.

    « Les taux retrouvés sont gigantesques. Ils correspondent à ce qu’on peut voir sur des chantiers de dépollution de sites de recyclage de batteries ou de traitement de déchets électroménagers. Ils sont la marque d’une contamination massive qui fera forcément des victimes. »

    Les deux lanceurs d’alerte sont également « très inquiets pour les travailleurs ». Sur le chantier de Notre-Dame, il y a encore quelques semaines, certains ouvriers ne portaient pas de masque de protection. Le préfet d’Ile-de-France, Michel Cadot, a suspendu jeudi les travaux à la suite d’un rapport de l’inspection du travail pointant des failles béantes dans les règles de précaution sanitaires.

    Celles-ci n’étaient « pas suffisamment » ni « systématiquement appliquées » et « les installations de décontamination [étaient] sous-dimensionnées », a indiqué le préfet. « La minimisation qui a été faite est catastrophique. Les précautions qui s’imposaient n’ont pas été prises. Un suivi médical doit être mis en œuvre, et à vie car comme pour l’amiante, les cancers peuvent apparaître dix, vingt ou trente ans plus tard », met en garde la chercheuse.

    Jacky Bonnemains est également préocuppé par la situation des agents de la Ville de Paris qui balaient sans protection les rues autour de la cathédrale, des commerçants ou des bouquinistes. L’inquiétude gagne aussi les rangs des pompiers. Le collectif fédéral CGT des services départementaux d’incendie et de secours a écrit au commandement de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Intitulé « Incendie de Notre-Dame, une opération plombée », le courrier vise à « connaître les mesures prises pour les agents engagés ». La CGT attend toujours la réponse.

    « Les autorités jouent la montre car elles savent que l’empreinte de l’incendie va petit à petit diminuer et se déplacer », estime Jacky Bonnemains. Le 19 juin, la SNCF a dû fermer la station Saint-Michel du RER C et la nettoyer après avoir constaté des niveaux élevés de plomb sur une passerelle. Selon la SNCF, les poussières auraient été « apportées par les semelles des chaussures » des usagers.
    Niveaux « très atypiques »

    Les particules de plomb se sont également déplacées dans l’air. Airparif, l’organisme chargé de la surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, n’a pas constaté d’augmentation de la concentration en plomb à Paris après l’incendie. Mais sa seule station urbaine mesurant encore le plomb (depuis son interdiction dans l’essence en 2000) est située dans le 18e arrondissement, au nord de la capitale. Or, lorsque la cathédrale a pris feu, le vent venait de l’est, poussant le panache de fumée vers l’ouest, le long de la Seine.

    « Je ne serais pas surpris si on retrouvait dans quelques mois la signature de Notre-Dame jusque dans les coquilles Saint-Jacques en baie de Seine », Jacky Bonnemains, président de Robin des Bois

    Airparif a, en revanche, constaté des niveaux « très atypiques » sur son site de surveillance de Limay dans les Yvelines, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Paris, situé dans la direction des vents pendant l’incendie. Dans la semaine du 15 au 22 avril, la concentration en plomb y a atteint 0,108 µg/m3 (contre seulement 0,003 µg/m3 à la station du 18e arrondissement). Des niveaux qu’Airparif avait jusqu’ici seulement retrouvés ponctuellement, par exemple sur le site industriel de Bagneaux-sur-Loing, en Seine-et-Marne (0,091 µg/m3 en 2017). « Ces éléments tendent à indiquer qu’il y aurait un impact de l’incendie dans la zone de retombée du panache, et que cette zone serait relativement éloignée de Paris », en déduit Airparif. Pour autant, l’ARS n’y a pas diligenté de prélèvements sur le terrain.
    Lire aussi Pollution au plomb autour de Notre-Dame : la Mairie de Paris lance un « nettoyage renforcé » des écoles

    Le président de Robin des Bois s’inquiète enfin pour la Seine, réceptacle des poussières de plomb drainées par les eaux de pluie ou celles utilisées par les agents municipaux pour nettoyer les rues. D’autant que la station d’épuration d’Achères (Yvelines), qui traite 60 % des eaux usées de l’agglomération parisienne, tourne au ralenti depuis un incendie (le troisième en dix-huit mois) début juillet. Plusieurs tonnes de poissons morts ont été repêchées dans le fleuve après ce nouvel incident. « Je ne serais pas surpris si on retrouvait dans quelques mois la signature de Notre-Dame jusque dans les coquilles Saint-Jacques en baie de Seine. »

    #Plomb #Environnement #Silence #Conditions_travail

  • It’s Time for Video Game Makers to Unionize | Alternet
    https://www.alternet.org/its-time-video-game-makers-unionize?src=newsletter1097088

    The tech sector generally has a reputation for being fairly libertarian culturally — in other words, not particularly ripe for a labor movement. Yet the spectacular rise and crash of a once-renowned studio, Telltale Games, has shed a light on the plight of abused developers in a difficult industry. And the fate of Telltale and its workers has a shot at catalyzing unionization across the entire industry.

    The digital canary in the coalmine

    If you’ve never met someone who works in the game industry, their lifestyles are not glamorous. Well-being of employees is a huge issue: video game makers routinely suffer, terrible working conditions, long work-weeks, sudden layoffs with no severance. Mattias Lehman, a former developer, wrote an essay documenting the situation he witnessed in his four years in the industry: “If you work in the industry, I probably don’t need to explain how we workers are exploited by companies, only to turn around and be abused by the very communities we want to make games for,” he writes. Lehman describes witnessing rampant sexism, a horrible lack of diversity, constant overwork and “abuse of contractors” as norms in the industry.

    In November of 2017, Telltale announced it was laying off 90 developers. Employees at the time were reported to be working under intense conditions, tight deadlines and long hours — something known, in the video game industry, as “crunch”, meaning a time period in which the game is in its final stages of production and employees are rushing to finish a game. Jason Schreier, news editor at the video game website Kotaku and author of “Blood Sweat, and Pixels,” a study of the video game industry, explains that crunch is seen as a necessary evil by some and is the “big ugly side of working in the video game industry.” “It’s safe to say that a large percentage of studios incorporate some sort of crunch in their work, which is essentially overtime periods that are very long nights and weekends,” Schreier told Salon. “It could be weeks. It could be months. It could, in some very rare but horrible occasions, be entire years.”

    In a cutthroat industry, in the absence of employees advocating and organizing for better conditions,labor will continue to be taken advantage of by large corporations. As games continue to become larger and more expansive, the human cost rises. Kinema agrees:

    “How many people burned out? How many people had mental breakdowns? How many people ran out of money? How many people didn’t go home to see their kids that night while making something like ‘Assassins Creed,’ right? The latest game is so massive, right? You look at a trailer for ‘Red Dead Redemption 2’ and you’re just like, ‘How could you have made this if you didn’t just overwork your developers?’”

    #Jeux_video #Syndicats #Conditions_travail

  • Chez Amazon, on pisse dans une bouteille pour éviter des sanctions
    https://www.actualitte.com/article/monde-edition/chez-amazon-on-pisse-dans-une-bouteille-pour-eviter-des-sanctions/88400

    Selon les données avancées, Amazon détiendrait la moitié du marché du livre papier aux États-Unis. Mais la domination sur la vente en ligne déborde largement du cadre de cette industrie, outre-Atlantique. Et finalement, partout dans le monde. Sauf qu’une récente série de témoignages met une fois de plus en cause les méthodes de management de l’entreprise.

    Citant Jeff Bezos, les auteurs d’un rapport d’évaluation présenté à l’Assemblée nationale rappelaient que « les gens font plus facilement ce qui est commode et ne demande pas le moindre effort ». Et c’est précisément ce pari qu’Amazon a fait depuis le début de son activité : faciliter les transactions, les réceptions, en maintenant une offre la moins chère possible.

    Mais tout cela, comme le signifiait le rapport, découle avant tout des solutions fiscales trouvées par l’entreprise pour minimiser le paiement d’impôts. Le rapport des parlementaires indique que la société profite « des écarts de législations fiscales entre États membres de l’Union européenne – comme elle le fait d’ailleurs entre les États américains –, a choisi de faire converger les chiffres d’affaires réalisés dans les pays européens vers une filiale basée au Luxembourg, où le régime de l’impôt sur les sociétés est beaucoup plus avantageux ».

    Certes, TVA et charges sur les salariés sont acquittées dans le pays, mais, pour le reste, cette habileté à trouver les méthodes les plus efficaces a mis la firme à l’abri.

    D’un côté, la fiscalité, donc, et de l’autre, les employés qui œuvrent dans les centres logistiques, souffrant de toute évidence de conditions de travail parfois déplorables. C’est ainsi qu’au fil du temps, les récits se sont multipliés, montrant toute l’ampleur tant de la surveillance que du régime salarial éprouvant.

    La pause pipi sacrifiée

    Dans un récent billet, The Sun fait ainsi état d’une situation délirante, dans les entrepôts britanniques. Les travailleurs auraient – le conditionnel est presque nécessaire pour ne pas se décrocher la mâchoire – à uriner dans des bouteilles. Pas par plaisir : simplement, leur pause pipi pourrait être décomptée de leur salaire, si elle est trop longue.

    Pire : Amazon UK pourrait les sanctionner pour une trop longue période d’inactivité – entre le moment où ils/elles quittent leur poste pour se rendre aux toilettes, et le retour à l’activité. L’entrepôt en question mesure plus de 65.000 mètres carrés, et parvenir aux toilettes peut ainsi prendre près de dix minutes. Une durée qui les contraint à une absence que l’entreprise pourrait alors sanctionner.

    Infiltré dans un entrepôt du Staffordshire, James Bloodworth raconte cette délirante situation : « Pour ceux d’entre nous qui travaillaient à l’étage supérieur, les toilettes les plus proches sont à quatre étages. Les gens faisaient pipi dans des bouteilles, parce qu’ils vivaient dans la peur d’être sanctionnés pour le temps perdu, et de perdre leur emploi, parce qu’ils avaient besoin d’aller aux w.c.. »

    Bilan “en demi-teinte” de la loi anti-Amazon 2014
    sur les frais de port

    On sait que la firme trace les moindres faits et gestes de ses employés, cherchant toutes les méthodes pour optimiser le moindre déplacement, et s’assurer que toute seconde est employée pour le bénéfice de l’entreprise. Une enquête présentée ce 16 avril indique même que les trois quarts des personnels redoutent la pause pipi.

    L’un d’entre affirme ne pas boire d’eau pour ne pas avoir à se poser la question. Et de toute manière, « vous devez emballer deux produits par minute : vous n’avez pas le temps de boire de l’eau parce que vous allez aux toilettes après ». Un déplacement qui fait perdre de précieuses secondes sur les délais d’acheminement et donc de livraison – et une petite machine rappelle alors à l’ordre le contrevenant à l’impératif de rentabilité.

    Une autre employée affirme que, durant sa grossesse, elle fut malade, et celui lui valut des avertissements de la part de la hiérarchie.
    Chez Amazon, on ne coupe pas encore
    la main des voleurs – pas encore...

    Voilà près de deux ans, la firme avait déjà été pointée du doigt pour les conditions de travail de ses employés, cette fois en Écosse. En effet : les salariés dormaient sous une tente près de l’entrepôt, pour être plus proches de leur lieu de travail. C’était en plein mois de décembre, avec des températures se rapprochant de 0...

    Or, le personnel n’avait pas les moyens de prendre les transports pour se rendre au travail – la navette affétée par la boîte coûte 10 £ par jour, alors que la plupart des employés perçoivent un revenu de 7,35 £ journalier.

    « Amazon devrait avoir honte de payer si peu ses employés, qu’ils aient à camper en plein milieu de l’hiver, pour joindre les deux bouts. Amazon devrait se reprendre et corriger le tir », annonçait un salarié, resté anonyme. On n’aura jamais su comment cette histoire s’est réglée.

    #Amazon #Conditions_travail #Précariat #Neurocapitalisme