• Champigny-sur-Marne : après l’attaque du commissariat, le désarroi des habitants
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/10/13/champigny-sur-marne-apres-l-attaque-du-commissariat-le-desarroi-des-habitant

    C’est l’attaque « de trop », l’image « de trop », la goutte « de trop ». Pour les policiers, les représentants politiques, et les habitants. Mais pas forcément pour les mêmes raisons.

    La tentative d’intrusion d’une quarantaine d’individus armés de barres de fer au sein du commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), planté au cœur du quartier populaire du Bois-l’Abbé, dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 octobre, a provoqué une onde de choc dans les rangs des forces de l’ordre, d’une partie de la classe politique, mais aussi parmi les Campinois, qui se disent « dévastés » par cet événement qui ternit une fois encore l’image de leur ville et compromet encore davantage l’avenir de leurs enfants.

    La vidéo du bâtiment ciblé par une pluie de tirs de mortiers d’artifice a été vue des milliers de fois sur Twitter. « Oh la la, tout ça ne va rien arranger à la réputation épouvantable du quartier , bougonne Micheline Coutelan, 77 ans, emmitouflée dans sa parka marron ceinturée, bonnet-béret vissé sur la tête. Je viens faire mes courses ici depuis des décennies et tout se passe bien pourtant. »

    Lundi, ils étaient une petite dizaine – acteurs associatifs, entrepreneurs et citoyens – rassemblés devant un magasin de téléphonie situé dans une galerie commerciale à ciel ouvert pour défendre leur quartier et se défendre contre le « lynchage médiatique et politique » dont ils ont le sentiment de faire injustement l’objet, déplore Mamadou Sy, associatif et conseiller municipal d’opposition.

    « Ces images ne reflètent pas la réalité de nos vies ici » , souligne-t-il. Comme s’ils étaient tous à mettre dans le même panier. « Racailles », « voyous », « petits caïds », « drogue », « zone de non-droit », « scènes de guerre » … Sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision, les commentaires fusent et « caricaturent chaque jour davantage notre territoire et ses habitants autour d’un fait isolé » , regrette M. Sy.

    « Arrêter de souffler sur les braises »

    Le matin même de l’attaque, le maire (divers droite) Laurent Jeanne s’était installé autour d’une petite table au marché afin de recueillir la parole et les doléances des résidents. Bilan : « Seulement une personne sur trente m’a parlé de problèmes de sécurité » , fait savoir l’élu, qui prévoit de créer une police municipale armée de vingt-deux agents d’ici dix-huit à vingt-quatre mois. Les sujets de préoccupation du quotidien portent davantage sur l’emploi et l’économie. « Une petite minorité, dont nous condamnons fermement les actes de violence, nuit à la grande majorité des habitants qui vivent tranquillement dans un quartier qu’ils aiment , affirme M. Sy. Les institutions doivent elles aussi jouer l’apaisement et arrêter de souffler sur les braises avec des mots très durs et souvent excessifs à notre encontre. »

    Durant quarante-huit heures, les responsables politiques de droite et d’extrême droite ont multiplié les déclarations d’indignation et de condamnation, tandis que le gouvernement sortait le grand jeu : le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, doit rencontrer les syndicats de police ce mardi 13 octobre, le chef de l’Etat les recevra jeudi.

    « Les petits caïds n’impressionnent personne et ne décourageront pas notre travail de lutte contre les stupéfiants » , a réagi dimanche Gérald Darmanin sur son compte Twitter. « Le sujet, ce n’est pas la drogue, affirme Ismaël Baya, 25 ans, intérimaire dans la préparation de commandes. Ce n’est même pas vraiment l’histoire de l’accident de scooter, pas seulement en tout cas [une semaine plus tôt, la tentative d’interpellation d’un jeune homme à scooter qui faisait du rodéo sans casque s’est soldée par une chute et une fracture du fémur, certains accusant les forces de l’ordre d’être à l’origine de la chute]. Le problème, ce sont nos relations avec la police et les contrôles d’identité permanents. »

    Impossible de sortir fumer une cigarette en bas de son immeuble sans avoir droit à une fouille, affirment Ismaël et ses amis en chœur. « Les policiers croient qu’avec leur statut, ils peuvent tout se permettre avec nous, peste Mohamed, 20 ans, en BTS de comptabilité-gestion. On ne cautionne pas ce qu’il s’est passé samedi, mais c’est le seul moyen qu’ont certains jeunes pour s’exprimer et répondre. »

    « Le camp d’en face »

    C’est la même partie qui n’en finit pas. Policiers et jeunes des quartiers se renvoient la balle, chacun accuse l’autre de violences, chacun estime que « le camp d’en face » bénéficie d’un régime d’impunité intolérable, « et au final, personne ne gagne » , souffle un habitant, qui dit avoir la sensation d’être pris en otage entre quelques dizaines de jeunes qui attaquent un bâtiment public et des politiques qui sont dans l’urgence et la démonstration de force, « mais jamais dans le dialogue avec nous » .
    Lundi, à la mi-journée, plusieurs dizaines de fonctionnaires de police s’étaient donné rendez-vous devant le commissariat de la ville – où il reste peu de traces de l’attaque – afin d’exprimer leur « ras-le-bol » , portant haut leurs banderoles sur lesquelles ils apparaissaient telles des cibles : « Notre sécurité a un prix », « Ils ont attaqué un sanctuaire, c’est quoi la prochaine étape ? »

    Des rassemblements identiques se sont déroulés à Paris, Clermont-Ferrand, Brest (Finistère), Nancy, Tours, Bayonne (Pyrénées-Atlantique), Dijon… A l’appel des syndicats de police, ils ont dénoncé les agressions dont ils sont la cible et soutenu les deux agents grièvement blessés par balles à Herblay, dans le Val-d’Oise, trois jours avant l’attaque du commissariat de Champigny-sur-Marne.

    Les syndicats réclament des sanctions pénales exemplaires, mais aussi du matériel (gilets, véhicules…), le doublement de la prime accordée aux « nuiteux » (les agents qui travaillent la nuit), une revalorisation de la prime d’officier de police judiciaire et le règlement des heures supplémentaires.

    « Quand on voit un commissariat attaqué comme récemment à Champigny-sur-Marne, quand on voit deux policiers comme dans le Val-d’Oise la semaine dernière sauvagement agressés, on se dit que c’est l’Etat et la République qui sont pris pour cible » , a déclaré le premier ministre, Jean Castex, lundi matin, au micro de Franceinfo, promettant d’être « intraitable » .

    « Ce n’est pas la guerre ici, ce n’est pas Bagdad »

    Il a annoncé le recrutement de 10 000 policiers supplémentaires d’ici à la fin du quinquennat, le renforcement de la réponse pénale avec l’augmentation de 8 % du budget de la justice prévue dans le projet de loi de finances pour 2021 ainsi qu’une réflexion sur les prérogatives des polices municipales, en soutien de la police nationale.
    De son côté, Gérald Darmanin a évoqué le renforcement de la législation sur la vente des mortiers d’artifice et la présentation du Livre blanc de la sécurité intérieure – que plus personne n’attendait – pour le mois de novembre.

    « Non, ce n’est pas la guerre ici, ce n’est pas Bagdad , lance Mahamadou Coulibaly, un “enfant du quartier”, acteur et entrepreneur, qui a ouvert il y a un peu plus d’un an Smart Accessory, mélange d’atelier de réparation d’ordinateurs et de téléphones, de commerce et d’espace de coworking. Nous aussi nous aimerions être conviés autour de la table, mais personne ne nous invite. Tout le monde se précipite quand un commissariat est attaqué mais personne ne vient rencontrer nos talents, et je ne parle pas de sport ni de rap, je parle de nos projets culturels et intellectuels, je parle de nos diplômés qui ne trouvent pas d’emploi. »

    Samir Rekab, fondateur de l’association Champigny Citoyens, en sait quelque chose. « J’ai moi-même été victime de la mauvaise image du quartier » , raconte-t-il. Il se souvient encore de cet entretien d’embauche pour un poste de chargé de clientèle à la Société générale et de la mine défaite du recruteur lorsqu’il a vu son lieu de résidence sur son CV. Il n’a pas eu le job. Son engagement associatif est né de ces rejets professionnels successifs.

    #police #contrôles_d'identité #pyrotechnie

  • « Tu as bien pris son nom ? » lance le douanier à son collègue qui fouille minutieusement mon sac, lit mes RDV ds mon agenda et mes notes. Ils sont remontés, tendus. Je viens de les interroger sur le contrôle au faciès qui s’est déroulé sous mes yeux dans le train vers l’Italie.

    https://twitter.com/msmontfort/status/1315018028724125697

    #contrôles_au_faciès #Italie #frontières #France #gardes-frontière #douaniers #contrôles_d'identité

  • Violences policières en France : production de connaissances et mise en évidence d’un problème public | AOC media - Analyse Opinion Critique
    https://aoc.media/analyse/2020/06/09/violences-policieres-en-france-production-de-connaissances-et-mise-en-evidenc

    À partir de 2007, une collaboration d’un genre nouveau a été mise en place, entre l’organisation Open Society Justice Initiative et des chercheurs du CNRS, pour quantifier les inégalités alléguées depuis longtemps aux contrôles d’identité. Il faut d’ailleurs noter que le prisme choisi n’était pas celui de la violence policière, mais de la discrimination opérée dans les opérations de contrôle. Le projet de recherche, mené en 2009, s’est basé sur l’observation de 525 contrôles d’identité dans cinq lieux publics parisiens, où les chercheurs relevaient les caractéristiques de toutes les personnes présentes, ainsi que celles des personnes contrôlées[2].

    Cette enquête, dont le protocole méthodologique a permis de contourner les obstacles relatifs à la collecte de données raciales ou ethniques en France, a révélé que les personnes perçues comme noires et arabes ont, en moyenne, 6 et 8 plus de chances d’être contrôlées que les blancs, et les personnes habillées avec un style associé à celui des jeunes des quartiers populaires ont 11 fois plus de chances d’être contrôlées. Depuis, d’autres recherches ont montré que les inégalités raciales et sociales aux contrôles d’identité continuent de se creuser, y compris une enquête du Défenseur des droits publiée en 2017, qui montre que les jeunes hommes perçus comme noirs ou maghrébins ont 20 fois plus de risques d’être contrôlés que les blancs[3].

    Ces chiffres, et la légitimité scientifique qui les entourent, ont imposé le contrôle au faciès comme une « réalité » dans le débat politique.

    Un deuxième type d’actions a été mené par les familles de victimes de personnes tuées par la police, qui ont œuvré, avec le soutien de militants, à rendre visible l’ampleur de ces décès, et la tendance de la justice à en dédouaner les auteurs. Des collectifs de familles ont contribué au recensement des interventions policières mortelles, un travail de longue haleine initié dans les années 1960 par le journaliste et militant Maurice Rajsfus, et poursuivi aujourd’hui par la publication d’une base de données par la revue Basta ! qui documente 676 morts en 43 ans.

    Ces recensements, constitués sur la base d’archives de presse et de recoupements auprès de certaines familles, avocats, et chercheurs, ont mis en évidence la fréquence des décès imputables aux forces de l’ordre, avec une moyenne de 15 personnes tuées chaque année, et une augmentation notable dans les trois dernières années (avec 36 décès liés aux forces de l’ordre en 2017). Parmi les victimes, 57 % n’étaient pas armées et seules 10 % d’entre elles avaient préalablement attaqué les forces de l’ordre.

    Avec le soutien d’éducateurs spécialisés, d’associations locales, et d’avocats dont ceux qui avaient déjà joué un rôle central dans l’affaire de discrimination « au faciès », Slim Ben Achour et Felix de Belloy, les victimes ont réussi à donner de la visibilité médiatique à leur plainte. L’IGPN (Inspection Générale de la Police Nationale) a été dès lors contrainte de mener une enquête approfondie sur les pratiques de ce commissariat, fait rare dans les affaires où des policiers sont mis en cause. L’enquête a rassemblé non seulement les auditions des victimes et des policiers, mais également les registres du commissariat, trois ans de procès-verbaux et mains courantes écrites par les policiers suite à leurs interventions, les rapports annuels, les communications entre le commissariat et la mairie, etc.

    C’est l’accès à ces documents, qui ne sont généralement pas accessibles, même aux chercheurs, qui a permis aux acteurs de cette mobilisation de démontrer que les faits dénoncés étaient loin d’être des exceptions, mais s’inscrivaient dans des politiques institutionnelles. En effet, le dossier a révélé que les supérieurs hiérarchiques ordonnaient aux policiers de procéder à des « contrôles d’éviction des indésirables » de manière quasi-quotidienne, sans jamais définir le terme « indésirable » qui en pratique désignait les jeunes hommes noirs et arabes et les SDF présents dans l’espace public. Les policiers recevaient également pour instruction de conduire systématiquement au poste les jeunes dépourvus de pièces d’identité, même lorsqu’aucune infraction ne le justifiait et que l’identité était déjà connue des policiers. Le dossier a également révélé que malgré plusieurs plaintes déposées contre cette brigade, et des lanceurs d’alerte en interne, la hiérarchie a toujours couvert les agissements de ces policiers.

    Sur la base de ces documents inédits, les avocats des plaignants ont assigné l’État en justice pour discrimination institutionnelle et systémique. C’est dans le cadre d’une intervention dans cette affaire que le Défenseur des droits a décrit les pratiques de cette brigade comme constitutives de « discrimination systémique » qu’il définit comme relevant d’un système, d’un « ordre établi provenant de pratiques, volontaires ou non, neutres en apparence » mais qui résultent en un « cumul des pratiques et stéréotypes qui visent des groupes de personnes dans leur globalité » et qui « ne pourraient être identifiées par le seul traitement des situations individuelles ».

    #Violences_policières #Racisme

  • Le Défenseur des droits appelle à une « traçabilité des contrôles d’identité »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/06/04/le-defenseur-des-droits-appelle-a-une-tracabilite-des-controles-d-identite_6

    Face aux manifestations contre les violences policières en France, le Défenseur des droits, Jacques Toubon, appelle dans un entretien à l’Agence France-Presse à « arrêter la polémique » et restaurer la confiance entre police et population grâce à une « traçabilité des contrôles d’identité » , dont la faisabilité a été démontrée pendant le confinement.

    « Les comparaisons entre la France et les Etats-Unis sont difficiles. (…) Il faut arrêter de tout mélanger » , a déclaré Jacques Toubon, jeudi 4 juin, au moment où la mort de George Floyd et les rebondissements de l’affaire Adama Traoré poussent une partie de la jeunesse à descendre dans la rue.

    [...] « Construire de la confiance, c’est notamment lorsqu’une faute a été commise, le reconnaître » , abonde M. Toubon. Pour cela, il « appelle à un arrêt de la polémique » et relance l’idée d’une « vraie discussion sur la traçabilité des contrôles d’identité ».

    Promis en 2012 par l’ancien président François Hollande pour lutter contre les contrôles au faciès, le système d’un « récépissé » remis par les forces de l’ordre n’a jamais été concrétisé et « n’est pas la panacée » , selon le Défenseur des droits. Il recommande plutôt « une forme de traçabilité » , et rappelle que les contrôles au faciès sont une « réalité sociologique » en France. En 2017, l’institution avait montré dans une étude que les jeunes hommes « perçus comme noirs ou arabes » ont 20 fois plus de chance d’être contrôlés que les autres.

    « La transparence est possible et elle est à la fois au bénéfice de ceux qui sont contrôlés et des policiers » , plaide M. Toubon. Pendant le confinement décidé pour endiguer la pandémie due au nouveau coronavirus, le ministère de l’intérieur a d’ailleurs « publié les statistiques des contrôles des attestations de sortie » et quantifié combien « ont fait l’objet de difficultés, de contestations, etc. » , note le Défenseur des droits.

    « C’était possible, ça n’a posé aucun problème à la police et à la gendarmerie. (…) Donc je pense qu’on peut le faire pour tous les contrôles d’identité. » Cela nécessite « simplement une modification du code de procédure pénale » , pour préciser « que le contrôle ne peut pas être discriminatoire, en application de la jurisprudence de la Cour de cassation » .

    #police #contrôles_de_police #contrôles_d'identité #contrôles_au_faciès #racisme

  • Contrôles d’identité illégaux : l’Etat attaqué pour faute lourde
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030719/controles-d-identite-illegaux-l-etat-attaque-pour-faute-lourde

    Dix-sept adolescents parisiens victimes de contrôles d’identité discriminatoires et systématiques viennent d’assigner l’État pour faute lourde. Ils avaient déjà obtenu la condamnation de trois policiers pour violences aggravées en avril 2018.

    #POLICE #contrôles_d'identité,_racisme,_paris,_discriminations,_contrôles_au_faciès,_Justice,_Police,_Abus_de_pouvoir,_libertés_fondamentales,_violences_policières,_GSQ,_XIIe_arrondissement

  • C’était 1993... et #Jacques_Rancière écrivait ce texte...
    L’immigré et la loi du consensus

    Il faut bien constater que le dispositif des #lois_Pasqua-Méhaignerie sur le #code_de_la_nationalité, la #maîtrise_de_l'immigration et l’extension des #contrôles_d'identité a rencontré dans l’opinion qui fut de gauche un assez large assentiment. Celui-ci repose essentiellement sur deux arguments. Premièrement, il y a un #problème objectif de l’immigration qu’il faut avoir le courage de regarder en face. Et déjà les socialistes avaient compris avec #Michel_Rocard l’impossibilité d’accueillir « toute la misère du monde ».

    Deuxièmement, puisque des décisions « courageuses » s’imposent, autant vaut que la droite les prenne et aussi que l’ablation, chirurgicalement nécessaire, s’opère par les moyens du #droit et de la #loi. Charles #Pasqua l’a d’ailleurs dit : il ne s’agit que de donner cohérence et force de loi à des mesures disparates imposées par l’urgence de solutions ponctuelles à des problèmes particuliers. En un sens, donc, il n’y aurait rien de nouveau, sinon cet avantage, bien fait pour plaire aux amoureux de l’« État de droit », que l’universel de la loi se substitue au hasard des mesures réglementaires.

    L’argument de l’#objectivité courageusement abordée séduit aisément ceux qui n’en finissent pas de se repentir, généralement sur le dos des autres, de leurs errements d’antan mais oublient seulement que le premier principe de ces errements était précisément l’adhésion aveugle à l’« objectivité » de la « #nécessité_historique ». L’espérance déçue ne fait pas une réalité ni le reniement une pensée. S’il y a une leçon à tirer des déceptions de l’histoire contemporaine, c’est bien plutôt celle-ci : il n’y a pas en politique de #nécessité objective ni de problèmes objectifs. On a les #problèmes_politiques qu’on choisit d’avoir, généralement parce qu’on a déjà les réponses. C’est un #choix_politique que de déclarer que l’entrée de travailleurs clandestins, les problèmes des collèges de banlieue, les phénomènes de délinquance impliquant des jeunes nés en France de parents nés français, les mariages blancs ou supposés tels et les déficits des comptes sociaux relèvent d’un même #problème_immigré.

    A qui conteste cette identification, on vient dire qu’il ferait mieux de quitter les beaux quartiers où il étale ses bons sentiments pour aller voir ce qui se passe dans les #banlieues. Allez donc voir à la chaîne la situation faite aux #travailleurs_immigrés, disait-on naguère. Allez donc voir dans les banlieues la situation que les immigrés font à la population travailleuse, dit-on aujourd’hui. L’argument culpabilisant est toujours sûr de son effet. Mais il faut justement s’interroger sur ce passage de la chaîne à la #banlieue et sur la logique de ces « #problèmes_de_société » dont nos politiques se font les diagnosticiens réalistes et les chirurgiens courageux. Socialistes ou libéraux, nos gouvernements ont adopté le même credo : la politique, à notre époque, est le seul règne de la #nécessité, laquelle s’identifie aux exigences capricieuses et incontournables du #marché mondial. Ils fondent leur #légitimité même sur la #démonstration qu’ils ne peuvent rien faire d’autre que ce qu’ils font : enregistrer, mois après mois, les caprices de cette divinité et gérer aux moindres frais leurs conséquences pour les populations dont ils ont la charge. Ils ont pris pour politique de renoncer à toute #politique autre que de gestion des « conséquences ». Ils ont organisé la déstructuration du monde du #travail pas seulement pour obéir à la nécessité mais aussi parce que ce monde portait en lui la visibilité même de la politique, celle d’une #société_divisée et vivant du #conflit. Dans toute fermeture d’usine, on a fini par saluer avec satisfaction la fin d’un « #mythe » et la preuve que, puisqu’on détruisait les mythes, on faisait de la bonne politique réaliste.

    Le problème est que, en détruisant ces « mythes », on ne met pas seulement en crise les systèmes de #régulation_sociale liés au monde du travail comme la #sécurité_sociale et l’#éducation. On supprime les capacités d’une société fondée sur le conflit à accueillir les altérités. Nous n’avons pas numériquement beaucoup plus d’immigrés qu’il y a vingt ans. Mais ces #étrangers, il y a vingt ans, avaient un autre nom et une autre identité : ils s’appelaient #ouvriers. Aujourd’hui, ils ne sont plus que des immigrés, des gens de peau et de moeurs différentes. La scène est alors créée pour que, sur la ruine des #identités et des altérités politiques, apparaissent d’une part les « problèmes de société » créés un peu partout, dans les rues et les cités, les collèges, les organismes de sécurité sociale etc., par les groupes les plus fortement précarisés et les classes d’âge les plus sensibles à cette précarisation, d’autre part la figure immédiatement identifiable du facteur de problèmes : cet autre qui n’est plus rien qu’un autre. Nos politiques se font alors dire par l’opinion publique que les problèmes sont devenus critiques et qu’il faut « courageusement » les résoudre.

    Car les problèmes de société se laissent toujours ramener à un seul et unique problème : l’existence dans une société de gens « problèmes », de gens qui ne devraient pas y être et ne doivent plus y être. La réponse est toujours là avant la question. Il ne s’agit que de constituer la figure de cet autre et de prendre les mesures nécessaires à son encontre.

    C’est ici que la loi intervient. Et c’est en cela que consiste le « progrès » qui fait passer des mesures de circonstance à la généralité de la loi. Là où elle est censée régler un problème, la loi en fait le constitue. Elle dessine la figure unitaire de l’autre en unifiant les objets d’articles de loi ou de règlement séparés. Elle nous dit que c’est le même (mauvais) sujet qui s’introduit clandestinement pour chercher du travail et qui s’introduit légalement comme conjoint d’un mariage blanc. Elle fait un même étranger indésirable du jeune Français d’origine maghrébine, du travailleur sri-lankais sans papiers, de la femme algérienne qui vient accoucher à Marseille et du père de famille malien qui demande le regroupement familial. Elle unifie tous les cas en faisant circuler entre eux quelques notions, en faisant par exemple de « clandestin » le moyen terme entre « étranger » et « délinquant ».

    La loi, dit-on, permettra de séparer les « bons » étrangers des indésirables, donc de combattre le racisme qui repose sur les amalgames. C’est tout le contraire. Et le juge Marsaud a vendu la mèche. Il s’agit d’identifier « étranger » et « suspect » en ramenant toute altérité à la figure d’une clandestinité coupable. La loi objective le contenu de ce sentiment diffus, dit d’insécurité, lequel convertit lui-même en seul objet de peur une multitude de cas et de groupes qui causent à divers titres trouble ou désagrément à telle ou telle partie de la population. A partir de là, elle construit la figure une de l’objet à rejeter pour que la société soit sans problème : cet autre qui prolifère cancéreusement sur son corps. En liant les « mariages blancs » et le regroupement familial sous la représentation insistante de la polygamie musulmane, elle impose l’image de l’objet de peur et de rejet : la multitude proliférant sans loi. Et, face à cet autre, elle institue l’identité du peuple souverain avec la multitude de ceux qui ressentent la même peur.

    C¹est cela que veut dire consensus : non pas la niaise idylle des partenaires responsables discutant en commun des données et des solutions des problèmes objectifs, mais l’identifications immédiate du sujet qui a peur. Ce n’est pas sur l’opinion « raisonnable » que le consensus politique a coutume de s’instaurer mais sur la passion déraisonnable. Ce n’est pas d’abord entre soi que l’on consent mais contre l’autre. Consentir, c’est d’abord sentir ensemble ce qu’on ne peut pas sentir.

    Tel est le double cercle du consensus. C’est d’abord la complémentarité d’une politique niée, abdiquée devant la seule nécessité et les « problèmes de société » qui en sont le revers. Qui imagine sérieusement qu’un monde du travail déréglementé et déstructuré à outrance par ce consentement ne produise pas des phénomènes comme le travail clandestin, le déséquilibre des systèmes de protection sociale et la délinquance diffuse ? La conséquence en est, bien sûr, que cet État qui affiche sa modestie dans la gestion à la petite semaine des conséquences locales de la nécessité mondiale reprend allègrement du service dans la répression.

    Mais le consensus, c’est aussi la complémentarité de la position « raisonnable » des problèmes « objectifs » et de leur solution passionnelle. La transformation des choix et les conflits politiques en problèmes de société, c’est aussi la transformation de l’objet de problème en objet de haine. Un certain nombre de gens de gauche, désireux de marquer une réticence mais soucieux de manifester leur réalisme, se sont tirés d’embarras en prédisant que la loi ne serait pas « efficace ». Assurément, une loi contre ceux qui entrent illégalement sur le territoire est condamnée à l¹efficacité réduite de toute loi visant à atteindre ceux qui enfreignent la loi. Mais elle a toutes chances d’être efficace sur un autre terrain : pour entretenir le sentiment commun à l’égard des indésirables et la résolution des bons citoyens désireux de voler au-devant de la loi et d’aider concrètement à la réalisation de son objectif : l’« immigration zéro ».

    Le racisme n’est pas la conséquence malheureuse de problèmes de société que l’objectivité d’une politique consensuelle devrait régler. « Problèmes de société », réalisme consensuel et déchaînements racistes sont les éléments d’une seule et même configuration. Une décennie a emprisonné l’opinion de gauche dans cette logique. Le ressentiment des intellectuels à l’égard de leurs amours d’antan a fait le reste. Il est de bon ton de considérer que l’opposition au système insensé qui se met en place est réservé aux nostalgiques des vieilles lunes tiers-mondistes et à des jeunes sympathiques et un peu débiles qui confondraient la politique avec les réunions festives entre potes. Il faut en finir avec ce « réalisme » de quatre sous. Les réalistes sont toujours en retard d’un réel. S’opposer absolument au dispositif des trois lois scélérates, ce n’est pas manifester des bons sentiments démodés et ignorants des dures réalités de la politique. C’est au contraire restaurer, face aux illusions du réalisme gestionnaire et à ses conséquences criminelles, la dimension d’une action politique capable de supporter les divisions de la société et de prendre en charge les altérités. Le réalisme consensuel n’est pas la médecine douce qui guérira la société de ses monstres. C’est la nouvelle folie qui les entretient. C’est au contraire le dissentiment qui rend une société vivable. Et la politique, si on ne la réduit pas à la gestion et à la police d’État, est précisément l’organisation de ce dissentiment.

    http://www.bok.net/pajol/debat/presse/libe/ranciere0.html
    #migrations #histoire #gauche #droite #France #la_migration_comme_problème #migration_comme_problème #altérité #Rancière #altérisation

    On l’a évoqué hier soir autour de la table avec Sarah Mekdjian, @isskein et @karine4
    Je le mets ici pour archivage...

  • Le stazioni si stanno trasformando in fortezze contro i poveri

    Faccio e rifaccio il conto, ma non riesco a credere al risultato. Eppure è sempre lo stesso: nella mia vita, tra anni di pendolarismo e stagioni di viaggi frequenti, ho attraversato la stazione centrale di Bologna almeno diecimila volte. E non una di queste mi sono sentito in pericolo. Un forte disagio, invece, l’ho provato davanti alla campagna di stampa dell’estate 2017 che la dipingeva come un luogo da cui scappare a gambe levate, dove i viaggiatori sono vessati dalle pretese dei mendicanti e circondati da “una folla di disperati”. Cosa che, semplicemente, non è vera. I poveri che gravitano attorno alla stazione lo fanno per cercare risposta a semplici necessità, come quella di trovare un bagno per lavarsi o un riparo tranquillo per la notte. E, ancora, la stazione è un luogo dove chiedere l’elemosina o proporsi come facchini.

    https://www.internazionale.it/reportage/wolf-bukowski/2017/10/30/stazioni-poveri
    #gare #anti-pauvres #pauvreté #exclusion #Italie #sécurité #militarisation #contrôles_d'identité #surveillance #tri #migrations #asile #réfugiés #SDF #sans-abris

    signalé par @albertocampiphoto

  • #violences_policières sur mineurs à #paris : les familles demandent d’autres poursuites
    https://www.mediapart.fr/journal/france/120717/violences-policieres-sur-mineurs-paris-les-familles-demandent-d-autres-pou

    Malgré le renvoi en correctionnelle de quatre policiers, les conclusions du parquet et de l’IGPN ne satisfont pas les familles et les avocats des 18 adolescents qui avaient porté plainte pour une longue série de violences policières commises dans le #XIIe_arrondissement.

    #France #bavures #contrôles_au_faciès #contrôles_d'identité #discriminations #GSQ #IGPN #Justice #Libertés #Open_Society #Police

  • #violences sur #mineurs : quatre policiers parisiens renvoyés en correctionnelle
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030717/violences-sur-mineurs-quatre-policiers-parisiens-renvoyes-en-correctionnel

    18 adolescents avaient porté plainte en décembre 2015 contre un groupe de policiers violents du #XIIe_arrondissement de #paris. Quatre de ces fonctionnaires viennent d’être renvoyés en correctionnelle par le parquet de Paris, où ils seront jugés pour « violences par personnes dépositaires de l’autorité publique ».

    #France #bavures #contrôles_au_faciès #contrôles_d'identité #GSQ #IGPN #Justice #Police #violences_policières

  • Contrôles au faciès : six Français saisissent la Cour européenne des droits de l’homme
    https://www.mediapart.fr/journal/france/240517/controles-au-facies-six-francais-saisissent-la-cour-europeenne-des-droits-

    Cinq ans après leur action collective auprès de la #Justice française, six citoyens ont attaqué le 8 mai 2017 l’État français devant la Cour européenne des droits de l’homme, pour des contrôles d’identité jugés discriminatoires et attentatoires à leurs libertés fondamentales.

    #France #CEDH #contrôles_d'identité #discriminations

  • Revenir à l’#esprit_de_Schengen : La Commission recommande la suppression progressive des contrôles temporaires aux frontières au cours des six prochains mois.

    La Commission recommande aujourd’hui que l’#Allemagne, l’#Autriche, le #Danemark, la #Suède et la #Norvège, suppriment progressivement, au cours des six prochains mois, les contrôles temporaires actuellement en place à certaines de leurs frontières intérieures de l’espace Schengen.

    http://europa.eu/rapid/press-release_IP-17-1146_fr.htm
    #Schengen #frontières #ouverture_des_frontières #fermeture_des_frontières #contrôles_frontaliers #asile #migrations #réfugiés #UE #EU #Europe

  • Contrôles d’identité : le Conseil constitutionnel valide la loi avec des réserves
    https://www.mediapart.fr/journal/france/250117/controles-didentite-le-conseil-constitutionnel-valide-la-loi-avec-des-rese

    Le Conseil constitutionnel a validé les dispositions encadrant les contrôles d’identité sur réquisition du procureur, en les assortissant toutefois de fortes réserves pour limiter les contrôles discriminatoires. Une enquête du Défenseur des droits montre que les jeunes hommes perçus comme noirs ou arabes avaient une probabilité vingt fois plus élevée d’être contrôlés en #France.

    #Fil_d'actualités #contrôles_d'identité #Libertés

  • Un adolescent placé en garde à vue après avoir été électrocuté
    https://www.mediapart.fr/journal/france/100616/un-adolescent-place-en-garde-vue-apres-avoir-ete-electrocute

    Une plainte pour #violences aggravées et non-assistance à personne en danger a été déposée contre des policiers parisiens, après une course-poursuite dans le #métro qui a failli coûter la vie à un lycéen de 16 ans.

    #France #bavures #contrôles_au_faciès #contrôles_d'identité #discrimination #IGPN #Justice #Libertés #mineurs #paris #Police #violences_policières

  • #violences sur #mineurs : des témoignages accablent un groupe de policiers parisiens
    https://www.mediapart.fr/journal/france/160416/violences-sur-mineurs-des-temoignages-accablent-un-groupe-de-policiers-par

    Commissariat du XII ème arrondissement © structurae.info De nombreux témoignages dont Mediapart a pris connaissance viennent étayer la plainte déposée au mois de décembre par 18 adolescents contre des policiers du #XIIe_arrondissement de #paris. Les accusations sont très graves, mais les policiers ont été maintenus à leur poste.

    #France #bavures #contrôles_au_faciès #contrôles_d'identité #GSQ #IGPN #Justice #Police #violences_policières

  • Des adolescents parisiens dénoncent de graves abus lors de contrôles à répétition
    https://www.mediapart.fr/journal/france/181215/des-adolescents-parisiens-denoncent-de-graves-abus-lors-de-controles-repet

    Papiers jetés au sol, propos racistes, #palpations abusives visant les parties génitales voire « doigts dans les fesses », téléphones portables fouillés ou détruits, coups et visages aspergés de gaz lacrymogène : plusieurs jeunes du XIIe arrondissement de #paris disent subir un harcèlement policier. Dix-huit d’entre eux ont déposé plainte contre X jeudi 17 décembre 2015.

    #France #BSQ #contrôles_aux_faciès #contrôles_d'identité #Justice #Police #violences_policières

  • Contrôle au faciès : une ONG donne la parole aux victimes
    http://fr.myeurop.info/2013/09/26/contr-le-au-faci-s-une-ong-donne-la-parole-aux-victimes-12298

    Ludovic Clerima

    Injuste et humiliant : le rapport d’une ONG condamne le contrôle au faciès en #France et donne la parole aux victimes. Une manière d’attirer l’attention de l’opinion sur ce problème. Ailleurs en Europe, des solutions existent.

    « L’égalité trahie ». C’est le nom du rapport dressé (...)

    #Société #INFO #Allemagne #Espagne #Italie #contrôles_au_faciès #contrôles_d'identité #discrimination #police

  • Un magazine sur les rapports entre les #jeunes et la #police
    http://fr.myeurop.info/2013/06/13/un-magazine-sur-les-rapports-entre-les-jeunes-et-la-police-9913

    myeurop

    En partenariat avec Myeurop, l’association Multikulti Media édite un magazine de 20 pages consacré au rapport des jeunes avec la police. Des contrôles au faciès au face à face brutal, une réalité française et européenne qui suscite de nombreuses interrogations et commande des approches nouvelles.

    Créée en (...)

    #Société #Espagne #France #Hongrie #Irlande #Pays-Bas #Royaume-Uni #Suède #contrôles_d'identité #diversité #quartiers