• Aux #Etats-Unis, Trump et Musk déciment à coups de #licenciements la #NOAA, vigie de la #météo et du #climat

    En une semaine, l’Agence d’observation océanique et atmosphérique a perdu 10 % de ses 12 000 employés, licenciés sur fond de croisade antiscience du gouvernement américain. Une manifestation mondiale de chercheurs est prévue le 7 mars.

    Moins de deux mois après le retour de Donald Trump au pouvoir, la liste des atteintes à la science ne cesse de s’allonger aux Etats-Unis. La plus récente est une vague de licenciements sans précédent dans un des temples mondiaux de la connaissance, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, souvent appelée la NOAA, son acronyme anglais. « Des centaines de scientifiques et d’experts de la NOAA viennent de recevoir la nouvelle que tout travailleur fédéral redoute » , a alerté, jeudi 27 février, le démocrate Jared Huffman, élu de Californie à la chambre des représentants. Les employés visés ont reçu un mail leur intimant de faire leurs cartons avant le soir même. Une annonce brutale, que beaucoup redoutaient depuis plusieurs semaines.

    Cette #purge de scientifiques de haut niveau, chargés notamment des prévisions météo, de la modélisation du climat et de la surveillance des océans , s’inscrit dans le cadre de la cure d’amaigrissement du nombre de fonctionnaires voulu par le nouveau locataire de la Maison Blanche. Début février, selon le Guardian, les équipes des « #cost_killers » autoproclamés du Département de l’efficacité gouvernementale, le #Doge, dirigé par le milliardaire Elon Musk , avaient déjà pénétré de force dans les locaux de la NOAA, en quête d’un accès aux systèmes informatiques. Déjà sous le premier mandat de Trump, l’agence fondée en 1970 par le président républicain Richard Nixon avait dû résister à de multiples pressions, refusant notamment de supprimer le mot « climat » du site Web de l’institution. Mais cette fois-ci, Donald Trump est revenu avec « un marteau-pilon pour détruire les programmes et essayer de se débarrasser des gens », comme l’a confié au site spécialisé « Inside Climate News » Craig McClean, ancien directeur scientifique par intérim de l’agence.

    Une victime idéologique

    Sous prétexte de #coupes_budgétaires, la NOAA est surtout une victime idéologique. La structure se trouvait dans le viseur du « Projet 2025 » rédigé par la fondation Heritage , un cercle de réflexion ultraconservateur très influent outre-Atlantique. Ce plan de gouvernance de 900 pages, que la nouvelle administration climatosceptique semble suivre, décrivait la vigie du climat comme l’un des principaux moteurs de « l’industrie de l’alarmisme climatique » et appelait à son démantèlement.

    L’agence sort de cette purge éclair fortement affaiblie. Lors d’une conférence de presse vendredi 28 février, un de ses anciens administrateurs, Rick Spinrad, a révélé que près de 650 employés avaient été remerciés sans préavis la veille. « Tous les bureaux ont été touchés par ces licenciements aveugles, malavisés et mal informés », a-t-il regretté. Selon le New York Times, les agents concernés étaient en période d’essai. Parmi eux, Sarah Cooley, directrice du programme sur l’acidification des océans, ou encore Zachary Labe, spécialiste de l’atmosphère. « Les personnes à côté desquelles j’étais assis et qui ont été touchées [par les licenciements] travaillent à l’élaboration de certains des modèles les plus haute résolution au monde pour mieux comprendre des phénomènes comme les conditions météorologiques extrêmes », a détaillé l’ancien administrateur à Inside Climate News.

    Si les licenciements concernent essentiellement de jeunes scientifiques, ils n’épargnent pas la catégorie des cadres. Le quotidien américain précise que 500 démissions se sont également ajoutées à ces départs en fin de semaine dernière. Au total, l’agence aurait perdu environ 10 % de ses 12 000 employés.

    « C’est évidemment un tournant, ne serait-ce qu’en raison de l’incroyable violence exercée contre nos collègues qui, jusqu’à présent, considéraient leur travail comme un engagement pour le bien du peuple américain et même de la planète entière », se désole en écho l’écologue Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS à Aix-en-Provence et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Celui qui s’implique aussi, en France, dans le combat du groupe Scientifiques en rébellion, ajoute : « Je ne trouve pas les mots pour exprimer l’ampleur de mes émotions et mes inquiétudes. Même si d’autres pays que les Etats-Unis redoublent d’efforts dans la recherche, l’amputation des ressources intellectuelles et techniques de la recherche américaine nous fera prendre un retard considérable. »

    Le démantèlement partiel de la NOAA aura des conséquences dangereuses et pourrait se retourner contre population américaine et son économie. Ses services chargés d’étudier les ouragans, les tornades, les tsunamis ou les vagues de chaleur ont été amputés, alors que les événements extrêmes se multiplient sous l’effet du changement climatique. Pêcheurs et agriculteurs, par exemple, dépendent de ses précieuses prévisions. L’agence est aussi indispensable à la surveillance et la protection des coraux ou encore à la prévention de la surpêche sur les côtes américaines. Sollicité par l’AFP, un des porte-parole de la NOAA, Theo Stein, a tenté de rassurer : « Nous continuons à fournir des informations météorologiques, des prévisions et des alertes conformément à notre mission de sécurité publique. »

    « La mission factice de Musk met un frein brutal à des programmes vitaux. Les gens à travers le pays dépendent de la NOAA pour des prévisions gratuites et précises, des alertes météorologiques graves et des informations d’urgence », s’est au contraire inquiété l’élu californien Jared Huffman, numéro deux de la commission des ressources naturelles à la Chambre des représentants. Et l’onde de choc menace toute la planète puisque l’institution était jusqu’ici la référence pour la production et l’analyse de données climatiques, utilisées par de nombreux chercheurs étrangers.

    Mais tout n’est peut-être pas perdu. William Alsup, juge d’un tribunal de district américain, a estimé que les ordres ayant déclenché des licenciements massifs de fonctionnaires étaient probablement illégaux et a formé un recours, a rapporté le Washington Post. De son côté, Craig McClean, le directeur scientifique par intérim de la NOAA sous la première administration Trump, a rappelé que les mandats de l’agence pour l’étude du climat provenaient du Congrès et ne pouvaient pas être simplement supprimés sans son aval.

    La résistance s’organise

    Malgré la sidération, des universitaires organisent la résistance. Mi-février, des scientifiques américains ont lancé le mouvement « Stand up for science » pour « défendre la science en tant que bien public et pilier central du progrès social ». La nouvelle administration avait alors déjà commencé son travail de sape dans le domaine de l’environnement en annonçant son retrait de l’accord de Paris sur le climat, en ordonnant aux scientifiques de la NOAA de couper tout contact avec les experts étrangers , en supprimant des pages consacrées au changement climatique et à la biodiversité sur les sites des agences fédérales, en coupant les financements de projets et de bourses mentionnant le mot « climat » ou encore en retirant la délégation américaine du Giec. La recherche dans domaines de la santé , de l’éducation et les programmes promouvant la diversité et l’inclusion ont également subi de lourdes coupes humaines et financières.

    Avec les licenciements de masse à la NOAA, la mobilisation s’est renforcée et aboutit, ce vendredi 7 mars, à une manifestation mondiale de scientifiques. Un fait rare, voire inédit. « A ma connaissance, il n’y a jamais eu d’attaque globale de ce type de la part d’une grande puissance scientifique,souligne Wolfgang Cramer. Il n’est donc pas surprenant que la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, fasse entendre sa voix de cette manière et explique les dangers liés à cette attaque. »

    En France , près de 1 700 personnes ont déjà fait savoir leur intention de participer aux actions prévues, telles que des marches, rassemblements et débats. « Les institutions de recherche, les agences de régulation, les droits civiques et les fondements mêmes de la démocratie sont mis à mal par l’administration Trump », écrivent les organisateurs (l’astrophysicien Olivier Berné, le biologiste Patrick Lemaire et l’historienne Emmanuelle Perez-Tisserant), dans leur appel à la mobilisation. Le danger guette de ce côté-ci de l’Atlantique. « Il est évident que les forces antiscientifiques qui se rassemblent depuis des années autour des partis de droite et d’extrême droite et aussi des médias qui leur sont proches – en France et en Europe – sentent le vent tourner en leur faveur », note Wolfgang Cramer, qui invite à « nous opposer encore plus fermement aux tentatives à peine dissimulées de démanteler nos institutions publiques de recherche et d’enseignement ».

    https://www.liberation.fr/environnement/aux-etats-unis-trump-et-musk-deciment-a-coups-de-licenciements-la-noaa-vi
    #recherche #science #trumpisme #USA

    • NOAA firings hit the birthplace of weather and climate forecasting

      When news of his firing came late last week, Kai-Yuan Cheng, an atmospheric scientist at one of the crown jewels of the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), had one thought in mind: He had 1 hour to tie up his research on severe storm forecasting. “I worked to the last minute of my federal employment,” he says. “I tried my best to wrap up my work before I lost access.”

      Cheng was one of 10 federal workers fired from the Geophysical Fluid Dynamics Laboratory (GFDL), a small but influential research center in Princeton, New Jersey, as part of broader NOAA layoffs announced on 27 February. GFDL, which dates to 1955, produces some of the world’s most highly regarded weather and climate models, relied on for U.S. weather forecasting and projections of global warming. Because several of the fired workers led critical projects, it is now likely that several of the lab’s projects, including its next-generation atmospheric model, will be delayed, along with more accurate predictions of climate at regional scales.

      President Donald Trump’s administration last week fired somewhere between 600 and 900 NOAA staff, targeting “probationary” workers who were new in their jobs or recently promoted. Earlier this week, the American Meteorological Society warned the firings will “cause irreparable harm and have far-reaching consequences for public safety, economic well-being, and the United States’s global leadership.” The firings have been felt all across the agency’s labs, which study everything from pollution in the high upper atmosphere to the traces of global warming now detectable in the deep abyssal ocean.

      At GFDL, a particular concern is the future of its atmospheric model, which chops the atmosphere into thousands of boxes and uses the equations of fluid dynamics to move mass and energy through them, allowing its future to be forecast. The next version, dubbed AM5, has been designed to run at higher resolutions—more boxes—with more frequency, allowing same code developed for long-term climate change to be used for seasonal forecasting of weather as well. These improvements required reworking how the model simulated clouds, rainfall, stratospheric ozone, and gravity waves, among other factors.

      AM5 was scheduled to be finished this year, and was expected to provide the basis for GFDL’s future global climate modeling efforts, which are used worldwide, from insurance companies to United Nations’s reports on climate change. But two scientists core to AM5, including one lead, were both fired last week, sources told Science. Both had worked for many years as contractors before finally being hired. One also had to wait for the long application process for U.S. citizenship to go through. “I gave up my citizenship for this job,” the scientist said, asking not to be named for fear of drawing scrutiny.

      The researcher will likely still do some work for the lab as a volunteer, and they are still hopeful AM5 will be finished, though it is likely to be delayed now. The researcher left their birth country partly because of its authoritarian politics, they added, saying it’s sad and ironic to see similar dynamics taking hold in the U.S.. “I feel somewhat helpless. I want to push back. I want to do something.” For now, they are starting to look at jobs in Europe.

      Cheng also started as a contractor, joining GFDL in 2018 and becoming a mainstay of its experimental SHiELD forecast system, which simulates the globe at resolutions high enough to re-create convection, the updrafts that cause hurricanes, storms, and tornadoes. Knowing that federal employees should, in theory, have better job protections, Cheng hoped to join on a more permanent basis. Finally, 2 months ago, he got his dream job. “My U.S. government journey was quite short,” he says. Cheng is hopeful he did enough that someone can pick his work up—even as he now thinks about embarking on a new job hunt to help support his wife and child.

      Not all of GFDL’s fired scientists had long tenures. One, who declined to be named, was recently hired to help validate the lab’s models using satellite data. Another, Zachary Labe, has been using explainable artificial intelligence, methods that probe the black box of traditional AI models to divine their reasoning, to improve forecasts of heat waves and heavy rainfall. “Improving these forecasts is crucial for public safety,” he says.

      The NOAA firings have also drawn concern from the many private sector institutions that rely on data and forecasts provided by the agency. GFDL, for instance, collaborates with Ai2, the nonprofit founded by Paul Allen, which uses the high-resolution GFDL model to train an AI-powered forecast system that can be run at much lower computing power. But the work is now at risk, says Chris Bretherton, the atmospheric scientist who leads Ai2’s climate modeling. “With the unfettered intentions and actions of the current administration, this tragedy will come quickly and be hard to reverse.”

      Legal challenges could reverse some of the firings, as has now happened at the National Science Foundation, and the Trump administration could backtrack. Just today, it issued new guidelines stating that agencies, not the White House’s Office of Personnel Management, had ultimate say on whether to go through with these firings.

      But Bretherton says it’s dispiriting to see the future leaders of climate research at institutions like GFDL fired indiscriminately, while countries in Asia and Europe are matching or surpassing the U.S. in weather and climate modeling. No amount of clever technology can cover the gap that is forming. “Artificial intelligence,” he says, “cannot compensate for a lack of human intelligence.”

      https://www.science.org/content/article/noaa-firings-hit-birthplace-weather-and-climate-forecasting