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  • Affaire Félix Croft : relaxe totale pour un Français ayant aidé des migrants

    La justice italienne a relaxé ce jeudi 27 avril #Félix_Croft ce jeune bénévole français de 28 ans arrêté l’été dernier au péage italien de Vintimille avec une famille de migrants soudanais. L’homme était poursuivi pour « aide à l’immigration clandestine ».

    http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/sites/regions_france3/files/styles/top_big_2x/public/assets/images/2017/04/27/img_0599-3023917.jpg?itok=hKZwPfwm#.jpg
    http://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/alpes-maritimes/menton/affaire-felix-croft-relaxe-totale-francais-ayant-aide-m
    #désobéissance_civile #solidarité #délit_de_solidarité #asile #migrations #réfugiés #frontières #Italie


  • Elections, piège à ’on | Megacombi
    http://audioblog.arteradio.com/post/3078171/elections__piege_a__on

    Prise dans le spectacle politique, la Mégacombi raconte son week-end électoral avec mille et un free sons, reportages, cartes postales, billets, blagues :

    Les résultats (Mix de début)

    Mon répondeur au retour des vacances (Message badant)

    Une petite pièce pour le jongle (rencontre)

    To vote or not to vote (Billet)

    Mon voyage en Italie (carnet)

    Nouvelles de l’entre deux tours magiques (journal)

    Pétage de plomb post électoral (burn out)

    A la recherhe des électeurs de Macron (reportage)

    La nouvelle gauche (Chronique)

    En rando à la montagne (carte postale) - Gribish regarde la France du haut de l’Europe (exil bruxellois) Durée : 1h01. Source : Radio (...)

    http://sons.audioblog.arteradio.com/audioblogs/sons/3012947/3080445_MegaCombi316-PT208-26042017_elction_piege_a___on.m


  • Aux États-Unis, les amis américains de Marine Le Pen préparent le terrain - France 24
    http://www.france24.com/fr/20170425-etats-unis-marine-le-pen-amis-americains-preparent-terrain-trump-
    http://scd.france24.com/fr/files_fr/imagecache/home_1024/article/image/guido_lombardi.jpg

    Au fil des années, Marine Le Pen s’est tissé un embryon de réseau de l’autre côté de l’Atlantique, et notamment à New York. "Bienvenue à la Trump Tower !", lance ainsi Guido George Lombardi, dit Guido, en ouvrant la porte de son appartement au 63e étage avec un large sourire. Cet Italo-Américain de 66 ans a fait fortune dans l’immobilier. Il habite trois étages en dessous du penthouse du président américain, où vivent encore sa femme Melania Trump et leur fils Baron, et partage avec eux la même vue époustouflante sur Central Park.

    "On veut la rencontrer, l’aider"

    C’est grâce à sa seconde femme, Gianna Lahainer, que Guido entre dans le cercle du milliardaire devenu président. Proche de la Ligue du Nord en Italie, il devient au fil des années l’intermédiaire de Donald Trump avec les partis populistes européens. Aujourd’hui, il compte parmi ses fréquentations Geert Wilders aux Pays-Bas (PVV), Beppe Grillo en Italie (M5S), Frauke Petry en Allemagne (AfD) et Marine Le Pen en France (FN). Il a rencontré la candidate du Front national il y a un peu plus de 20 ans, à Bruxelles. "J’ai tout de suite remarqué qu’elle n’était pas une figure politique traditionnelle. J’ai été impressionné", se rappelle-t-il.

    C’est lui que l’on a vu attablé à côté de la présidente du Front national dans le café de la Trump Tower, en janvier dernier. Malgré les rumeurs sur un éventuel entretien avec Donald Trump, Guido assure que la candidate était là pour rencontrer de potentiels donateurs. "Des gens qui connaissent mon amitié pour elle m’ont dit : ’On veut la rencontrer, l’aider’, rapporte-t-il aujourd’hui. Ce sont des personnes avec beaucoup de moyens, des gens de Wall Street ou des hommes d’affaires."

    Parmi les invités au cocktail en l’honneur de Marine Le Pen dans l’appartement très kitsch de Guido, des Américains, des Israéliens, des Indiens et des Russes, soit 35 personnes au portefeuille bien garni. D’habitude si bavard, l’hôte de cette petite sauterie ne s’étend pas sur le résultat de ces rencontres. Mais il laisse entendre que la candidate est repartie satisfaite : “J’ai fait les présentations, je n’ai pas assisté à des signatures de chèques. Mais il y a eu d’autres réunions par la suite, en privé, auxquelles je n’étais pas présent. Donc beaucoup de choses ont pu se passer” laisse-t-il entendre.

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  • Tour de passe-passe | Où sont passés les 54’000 “relocalisés” de Hongrie ?
    https://asile.ch/2017/04/24/tour-de-passe-passe-passes-54000-relocalises-de-hongrie

    https://asile.ch/wp/wp-content/uploads/2017/04/vincent.jpg

    A l’été 2015, le Conseil européen lance un programme de relocalisation en signe de solidarité avec la Grèce et l’Italie, Etats aux avant-postes de l’accueil des réfugiés en Europe. Initialement, 40’000 places d’accueil auraient dû être mises à disposition par les Etats membres dans le cadre du projet. Quelques mois plus tard, le 22 septembre […]


  • Selon des documents internes, Frontex laisse délibérément les réfugiés se noyer Solidaire - Max Vancauwenberge - 18 Avril 2017
    http://solidaire.org/articles/selon-des-documents-internes-frontex-laisse-deliberement-les-refugies-se-
    http://solidaire.org/sites/default/files/styles/solidair_news_main/public/images/2017/04/18/1.jpg?itok=HUAj0Jtz

    Frontex, l’agence européenne des garde-frontières et garde-côtes européens, laisse délibérément les réfugiés se noyer. C’est ce que nous apprennent des documents internes ayant « fuités ». Depuis le début de l’année, 7 personnes meurent chaque jour en tentant la traversée de la Méditerranée…

    Zach Campbell, journaliste d’investigation, a pu mettre la main sur des documents internes de Frontex indiquant que les navires de l’agence européenne naviguent délibérément loin des zones maritimes où ont lieu la grande majorité des naufrages. Ses articles1 ont été publiés sur The Intercept, le magazine en ligne créé par le journaliste Glenn Greenwald qui y a notamment révélé l’affaire Snowden.

    « En ce moment même, nous sommes occupés sur une dizaine de sauvetages dans les eaux internationales. Un millier de personnes ont été sauvées par nos moyens depuis ce matin. Alors, on se pose une question : où est l’Union européenne ? Où sont les pays membres ? » demande Stefano Argenziano, coordinateur des opérations de Médecins Sans Frontières (MSF).2 En réalité, les navires de Frontex sont délibérément absent des zones maritimes où ont lieu la grande majorité des noyades. C’est ce que nous apprennent des documents internes de Frontex ayant fuité.

    En octobre 2013, suite aux naufrages qui avaient coûté la vie à plus de 500 hommes, femmes et enfants au large des côtes italiennes de Lampedusa, l’Italie avait lancé l’opération Mare Nostrum. Avec un budget de 9.5 millions d’euros et des moyens considérables, cette opération a permis de sauver la vie à plus de 155.000 personnes en mer. Mais, devant le trop faible soutien reçu par l’Union européenne et ses États membres, l’Italie a mis fin à l’opération en novembre 2014.3

    La Commission européenne a alors mis en place l’opération Triton, une opération européenne à laquelle participent 21 États membres et pays associés à l’Espace Schengen. Cette opération n’a cependant jamais eu l’ambition de remplacer l’opération Mare Nostrum. Elle a plutôt pour rôle de surveiller les frontières, même si elle est légalement obligée de porter secours aux navires en détresse. Son budget est d’ailleurs à l’époque nettement moins élevé – 2.9 millions d’euros contre 9.5 pour l’opération Mare Nostrum – et elle ne se rend pas dans les eaux internationales où ont lieu la majorité des naufrages. Une lettre interne4 envoyée par Frontex aux autorités italiennes en novembre 2014 nous apprend par ailleurs que le directeur de l’époque indiquait que ses navires ne devaient pas être appelés pour des opérations de sauvetage en mer en dehors des zones maritimes italiennes, alors même qu’il s’agit d’une obligation légale en droit maritime de venir en aide à d’autres navires en détresse. L’opération Triton a depuis été renforcée en termes de budget et de moyens d’interventions, mais celle-ci ne se rend toujours pas dans les zones maritimes où ont lieu le plus de noyades.

    Une seule mission européenne – la mission EUNavFor/Sophia – navigue près des eaux libyennes. Cette mission a pour objectif de casser le business des passeurs et est composée de plusieurs navires militaires ainsi que de plusieurs hélicoptères et de drones. Cet équipement leur permet de savoir en permanence et en temps réel si des personnes tentent la traversée de la Méditerranée, et également si leur embarcation est capable de résister à un tel voyage. Ces informations ne sont cependant pas transmises ni aux autorités italiennes ni aux ONG.
    Rien que cette année, 663 personnes5 se sont ainsi déjà noyées en tentant la traversée, soit 7 par jour.

    Les ONG prises pour cible
    Si Frontex ne navigue pas dans les eaux où ont lieu le plus de noyades, les ONG comme Médecins Sans Frontières le font. Ces dernières sont cependant prises pour cible par Frontex. Dans une récente interview donnée au quotidien allemand Die Welt6, le directeur actuel de Frontex, Fabrice Leggeri, affirmait qu’il « fallait éviter de renforcer le business de réseaux criminels et des passeurs en Libye en repêchant les migrants trop près des côtes libyennes ».

    Le 21 mars dernier, notre secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration Theo Francken reprenait également cette idée en accusant Médecins Sans Frontières de faire du « trafic d’êtres humains ». Face aux nombreuses réactions choquées et à la demande du Premier ministre Charles Michel, Theo Francken a accepté de « nuancer » ses propos. « Comment nuancer ce genre de propos ? Il demande à MSF de les laisser dans la mer. Comment fait-on pour se noyer "un peu" ? Ces propos sont intolérables ! » affirmera Raoul Hedebouw, parlementaire du PTB au Parlement jeudi 23 mars.

    Le secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration n’a en effet pas changer de position sur le fond. Dans une interview donnée à De Morgen, Francken confirmait une nouvelle fois que la présence d’ONG menant des opérations de sauvetage constituait un « appel d’air » pour les réfugiés. « Cet appel d’air est incontestable. Pourquoi ces gens partent-ils ? Si on achète un ticket pour un tel bateau, tu achètes aussi un ticket d’accès à l’Europe », affirme-t-il.7 Une étude réalisée par deux chercheurs d’Oxford démontre cependant que cet appel d’air est un mythe.

    Réduire les opérations de sauvetage ne fera qu’augmenter les noyades
    En effet, une étude réalisée par les chercheurs Elias Steinhilper et Rob Gruijters de l’université d’Oxford8 nous apprend que cet appel d’air est un mythe. Les deux chercheurs ont comparé les périodes comptant de nombreuses missions de sauvetage et celles où elles étaient faibles. Leur conclusion est que les missions de sauvetage n’ont aucune influence sur le nombre de personnes tentant la traversée. Réduire les opérations de sauvetage n’aurait que comme conséquence d’augmenter le nombre de noyades expliquent les deux chercheurs.

    Francken préfère cependant se ranger derrière l’avis de Frontex, qu’il considère comme « une voix importante. Celle des gens se trouvant sur le terrain. Qui est tout aussi importante que les recherches d’un professeur d’université ? »9.

    La seule manière véritable d’arrêter les noyades est d’améliorer les conditions d’accueil dans la région et d’ouvrir des procédures d’accès légales et sûres, basées sur des critères clairs, pour pouvoir se rendre en Europe afin d’y recevoir une protection internationale. Il faut en effet des corridors humanitaires. De sorte que les gens qui veulent demander asile et protection en Europe ne doivent plus recourir à des passeurs au risque de leur vie.

    1.https://theintercept.com/2017/04/01/europe-keeps-its-rescue-ships-far-from-the-coast-of-libya-where-thousa
    2. La Dernière Heure, 18 avril 2017
    3. Myria (Centre fédéral Migration), La migration en chiffres et en droits, 2015, p.54
    4. Le lien de cette lettre se trouve dans l’article de Zach Campbell https://theintercept.com/2017/04/01/europe-keeps-its-rescue-ships-far-from-the-coast-of-libya-where-thousa
    5. Organisation Internationale pour les Migrations (IOM), à la date du 4 avril
    6. Die Welt, 27 février 2017
    7. De Morgen, 2 avril 2017
    8. https://www.law.ox.ac.uk/research-subject-groups/centre-criminology/centreborder-criminologies/blog/2017/03/border-deaths
    9. De Morgen, 2 avril 2017

    #frontex #Zach_Campbell #union_européenne #commission_européenne #Triton #schengen #Mare_Nostrum #Belgique #theo_francken


  • L’Italie met un coup d’arrêt à l’offensive de Bolloré
    https://www.mediapart.fr/journal/economie/200417/litalie-met-un-coup-darret-loffensive-de-bollore

    Accusé d’enfreindre la loi sur les concentrations par l’autorité de régulation des #médias et des télécoms italiens, l’homme d’affaires est obligé de choisir entre les #télécommunications et les médias. Au nom de la #Liberté_de_la_presse.

    #Economie #concentration #Mediaset #Silvio_Berlusconi #Telecom_italia #Vincent_Bolloré #Vivendi_Universal



  • Comment la France décourage les demandes d’asile

    https://www.lemonde.fr/societe/article/2017/04/11/paris-calais-menton-trois-strategies-pour-limiter-les-demandes-d-asile-en-fr

    Des techniques de dissuasion silencieuses sont mises en place par l’Etat pour limiter les dépôts de demandes d’asile, comme si le gouvernement voulait à tout prix éviter d’atteindre la barre des 100 000 demandes annuelles.

    http://s1.lemde.fr/image/2017/04/11/644x322/5109137_3_a8c6_des-migrants-assis-sur-le-cote-italien-de-la-f_4b6d88521b950544d12fe19da1c5bb06.jpg

    Comment empêcher les demandes d’asile en France ? Au pays de la Déclaration des droits de l’homme, la question est taboue. Et cela bafouerait la Convention de Genève, qui régit la protection internationale des réfugiés et n’est officiellement remise en cause par aucun candidat, ni de droite ni de gauche. Pourtant, à Paris, Menton ou Calais, des stratégies de dissuasion silencieuses sont mises en place par l’Etat pour limiter les dépôts de demandes d’asile, comme si le gouvernement voulait à tout prix éviter d’atteindre la barre des 100 000 demandes annuelles.

    A Calais, l’Etat a fermé le guichet de demande d’asile de la préfecture depuis le démantèlement de la jungle en octobre 2016. Le ministère de l’intérieur répond qu’il suffit d’aller à Lille. C’est théoriquement vrai, mais pratiquement impossible dans les conditions actuelles de chasse au migrant dans le Pas-de-Calais.

    Un jeune Soudanais de 26 ans, Mohamed, vient, parmi d’autres, d’en faire l’expérience. « D’abord il a attendu, à la rue, un rendez-vous fixé à plusieurs semaines. Le 28 mars, jour J, il a tenté de prendre le train de 8 h 33 à Calais mais a été arrêté par la police sur le trajet vers la gare. Ressorti à 10 h 15 des bureaux de police, son billet de train confisqué, il a dû prendre un nouveau rendez-vous fixé entre trois et cinq semaines plus tard », raconte le Secours catholique qui lui avait pourtant signé une attestation assurant qu’il se rendait bien en préfecture pour une demande d’asile.

    Politique « manifestement illégale »

    A l’entrée sud de la France, entre Vintimille et Menton (Alpes-Maritimes), une autre stratégie est à l’œuvre. Là, les forces de l’ordre renvoient directement les demandeurs d’asile de l’autre côté de la frontière, en s’abritant derrière des accords bilatéraux. En 2016, 35 000 migrants ont été interpellés et la plupart réexpédiés en Italie.

    Dans une ordonnance du 31 mars, le tribunal administratif de Nice a qualifié cette politique mise en œuvre par le préfet de « manifestement illégale ». Le tribunal statuait sur le renvoi en Italie d’un couple d’Erythréens qui avait déclaré aux gendarmes à la frontière vouloir demander l’asile en France. La loi prévoit qu’un service de police ou de gendarmerie saisi d’un tel souhait doit orienter le migrant vers l’autorité compétente pour enregistrer sa demande. Or ce jour-là, les gendarmes ont remis le couple et leur enfant de 4 ans à la police aux frontières (PAF), qui les a longuement interrogés puis refoulés en Italie.

    Les militants de l’association Roya citoyenne, avec à leur tête l’emblématique Cédric Herrou, dénoncent depuis des mois cette pratique quotidienne, mais il a fallu qu’un avocat niçois soit témoin de la procédure et la porte en justice pour que le préfet soit condamné.

    Etat hors la loi

    A Paris, pour les nombreux demandeurs d’asile qui ne parviennent pas à être hébergés au centre humanitaire de transit, le défi consiste à se faire enregistrer avant d’être interpellés par la police… C’est compliqué, car l’entrée dans les bureaux de France terre d’asile, l’association habilitée à donner un rendez-vous en préfecture, est contingentée. « Même en dormant sur le trottoir pour entrer à l’ouverture, il faut compter deux semaines avant d’y entrer, et s’ajoutent ensuite les 40 jours d’attente pour le rendez-vous en préfecture », observe une juriste du Gisti, l’association qui a mesuré ce délai moyen. Durant ces deux mois, l’exilé court le risque d’être arrêté, envoyé en rétention et expulsé. Sans compter que l’Etat est hors la loi puisque cette attente ne devrait en principe pas excéder dix jours…

    Mais un système bien plus sophistiqué vise les « dublinés », ces migrants qui ont laissé des empreintes ailleurs en Europe avant d’entrer en France et souhaitent être hébergés par le centre humanitaire de Paris. Au nom du règlement de Dublin, la France peut demander au premier pays où les migrants ont laissé des traces de les reprendre et d’étudier leur demande d’asile. Cette procédure n’exempte en principe pas la France de les enregistrer comme demandeurs d’asile en attendant, afin qu’ils soient en règle au regard de la police et qu’ils perçoivent l’allocation de demandeur d’asile (ADA) et bénéficient d’une couverture médicale.

    Or, lors de l’ouverture du camp humanitaire de Paris, en novembre 2016, l’Etat a imposé le passage par un point administratif, le Centre d’examen de situation administrative (CESA), qui se referme comme un piège sur cette catégorie de migrants dont Moussa fait partie. « Je suis arrivé en janvier à Paris, explique le jeune Ivoirien hébergé dans un hôtel du 18e arrondissement. Après deux nuits dehors, je suis entré dans le centre humanitaire pour être hébergé et suis allé au CESA comme il se doit. Là, on m’a dit qu’on demandait mon transfert pour l’Italie, où j’avais laissé mes empreintes et on m’a envoyé dans l’hôtel où je suis encore. » « J’ai demandé à être enregistré comme demandeur d’asile en France, mais on m’a dit que l’OFII [Office français de l’immigration et de l’intégration] le ferait plus tard », ajoute le jeune homme.

    Privés de leurs droits

    Moussa insiste alors pour qu’on enregistre sa demande, sachant le récépissé nécessaire pour faire valoir ses droits. « Mais quand l’OFII venait à l’hôtel, c’était uniquement pour proposer des retours volontaires au pays, continue le jeune homme. Toujours ils éludaient ma demande. » De guerre lasse, l’Ivoirien a fait de son propre chef la file d’attente nocturne devant la plate-forme d’enregistrement de France terre d’asile, boulevard de la Villette, qui délivre les rendez-vous en préfecture. « J’ai obtenu un rendez-vous pour le 21 avril. Mais entre-temps, j’ai été convoqué par la préfecture de Paris qui m’a enjoint de quitter le territoire et m’a précisé que mon rendez-vous de demande d’asile d’avril était annulé », insiste Moussa qui a mis son dossier entre les mains de la Cimade, une des principales associations d’aide aux migrants.

    Depuis l’ouverture du centre humanitaire, des milliers de migrants à Paris sont privés de leurs droits à des papiers provisoires et à une allocation, estiment quatre associations d’aide aux migrants. La Cimade, le Groupe accueil et solidarité, le Gisti et Dom’Asile viennent de déposer une plainte qui doit être instruite le 12 avril. Sans cet enregistrement, ces demandeurs d’asile sont considérés comme des sans-papiers, l’Etat économise les quelques euros quotidiens de l’allocation (6,80 euros pour une personne) et veut envoyer un signal aux 450 000 déboutés de l’asile en Allemagne, qui pourraient être tentés par la France.

    Dans un des centres d’hébergement d’urgence des Hauts-de-Seine, une vingtaine de demandeurs d’asile sont dans le cas de Moussa, privés de droit après être passés par le centre humanitaire. A leurs côtés, 70 migrants sont des « dublinés » classiques. Parce qu’ils ne sont pas passés par le centre humanitaire, ils ont pu enregistrer leur demande d’asile devant le guichet de la préfecture, comme la loi les y autorise. « Mais impossible d’envoyer en préfecture la vingtaine de demandeurs non enregistrés, elle les refuse au prétexte qu’ils sont passés par le CESA… », explique un soutien des migrants.

    Interrogé sur le sujet, le ministère de l’intérieur répond que « le CESA est un dispositif de vérification de la situation administrative » et assure que « l’enregistrement s’effectue dans l’un des huit guichets uniques franciliens ». Une affirmation que les faits démentent chaque jour.


  • INTERACTIF. Quand la France transfère ses demandeurs d’asile vers d’autres pays

    Si l’Hexagone a été plus accueillant l’an dernier envers les ressortissants de pays en crise, les préfets ont sollicité comme jamais les autres Etats européens pour qu’ils étudient eux-mêmes les dossiers.

    http://s1.lprs1.fr/images/2017/04/07/6834543_asile_1000x625.jpg
    http://www.leparisien.fr/societe/demandeurs-d-asile-la-carte-de-france-des-transferts-vers-d-autres-pays-0
    #France #Dublin #règlement_dublin #renvois #renvois_dublin #asile #migrations #réfugiés #statistiques #suisse #cartographie #visualisation



  • cath.ch | Sant’Egidio veut offrir une alternative aux “voyages de la mort” en Méditerranée
    https://asile.ch/2017/04/09/cath-ch-santegidio-veut-offrir-alternative-aux-voyages-de-mort-mediterranee

    https://asile.ch/wp/wp-content/uploads/2017/04/logo_cathch.jpeg

    A l’instar des “couloirs humanitaires” pour un accueil des réfugiés les plus vulnérables venant de Syrie et d’Irak, lancés en Italie en décembre 2015 et en mars dernier en France, la Communauté Sant’Egidio, à Lausanne, promeut l’idée d’un avion des Eglises suisses pour les réfugiés syriens. Il s’agit d’offrir une alternative aux “voyages de la […]


  • Emmanuel Todd : « Les élites sont affligeantes, mais le peuple est décevant » - leJDD.fr
    http://www.lejdd.fr/Politique/Emmanuel-Todd-Les-elites-sont-affligeantes-mais-le-peuple-est-decevant-857735

    Vous renvoyez dos à dos Benoît Hamon et François Fillon ?
    J’ai une détestation particulière pour Benoît Hamon à cause de son discours sur une quantité de travail limitée qui devrait nous amener à accepter 10% de chômage et faire des Français des assistés. Mais ce taux de 10% est dû à l’appartenance à la zone euro. Benoît Hamon légitime l’idée qu’il n’y a pas de problème avec l’euro. C’est un sous-marin de l’Inspection des finances et du delorisme. C’est aussi un apparatchik archétypal, qui n’a jamais travaillé et produit. Il est normal qu’il ne croie pas au travail, ça ne lui est jamais arrivé. Je ressens le discours de Benoît Hamon comme un facteur de passivité et de corruption morale. Dans le cas de François Fillon, il y a tout ce que l’on sait déjà : il vit dans son monde, il aime l’argent, il est sorti de la réalité… Mais ce qui reste scandaleux, c’est la manière dont la droite n’a pas été capable de s’en débarrasser. Nous nous plaignons de l’incivilité dans les banlieues, mais nous posons-nous la question de l’effet moral sur la jeunesse d’une droite, dite républicaine, qui soutient un candidat mis en examen pour détournement de fonds publics et escroquerie ?

    • Dans ce contexte, Marine Le Pen avance une vérité : il faut sortir de l’euro et pratiquer le protectionnisme. Mais la condition première du succès, pour mener à bien un changement aussi drastique, ce serait la solidarité nationale et la fraternité. L’épreuve est à aborder en commun, par tous les Français. Or, parmi les Français, il y a ceux qui sont d’origine arabe ou musulmane. Avant même l’épreuve, le Front national divise la société. A quelle condition pourrions-nous le prendre au sérieux ? Soyons réalistes, laissons-lui son fond de commerce anti-immigrés ; il ne faut pas rêver. On pourrait toutefois prendre Marine Le Pen au sérieux si, à la suite d’une crise spirituelle, elle traçait une ligne claire entre les Français d’origine maghrébine, qui sont des Français pleins et entiers, et l’immigration actuelle et à venir. Le FN ne serait toujours pas gentil, mais il révélerait au moins une envie sérieuse de gouverner.

    • Comment avez-vous vécu la violence des attaques ? [à propos du livre « Je suis Charlie »]
      Au-delà de la polémique, je prends acte que j’appartiens au camp des vaincus. Le livre n’a pas redressé la situation. On continue dans l’obsession de l’islam. Les gens que je critique dans le livre, comme Finkielkraut et Zemmour, représentent maintenant l’idéologie dominante. La dernière fois que j’avais vu Alain Finkielkraut, lors d’un déjeuner que vous aviez organisé, nous étions dans deux camps opposés mais de force égale. A l’époque, il souffrait d’un lumbago ; aujourd’hui, il siège à l’Académie française. Et je suis une sorte de paria. Mais je suis fier d’avoir écrit ce livre. Si j’étais croyant, je dirais que je me sens, en tant qu’être humain, justifié par ce bouquin. Quatre millions de personnes ont défilé dans la rue et j’ai écrit : « Non, vous n’êtes pas des gentils. » On m’a beaucoup dit, à l’époque, que j’étais un mauvais Français. Je suis tombé récemment sur un exemplaire de Pour l’Italie (1958), de Jean-François Revel. Il y rappelle que les gens qui représentent la France dans les manuels scolaires ont été souvent de leur temps des parias. La force de la France, c’est de produire des individus qui sont capables de critiquer la France. Face à la violence des réactions, qui m’a rendu malade, je me suis posé des questions. Allais-je devoir être breton, ou redevenir juif ? Finalement, je me suis dit « je vais être vieux » : c’est plus simple et plus réaliste comme identité. Mais le texte de Jean-François Revel, qui fut l’un de mes maîtres, m’a rappelé que j’ai fait mon devoir d’intellectuel. J’ai fait face à mon pays.

    • Pour ce qui concerne la compréhension de la dynamique historique générale, j’ai plutôt assuré : j’ai prédit, entre autres, l’effondrement du système soviétique, l’affaiblissement du système américain, les révolutions du monde arabe, le dysfonctionnement de l’euro. Mais s’il y a un domaine dans lequel j’ai montré ma totale incompétence, c’est bien la perception des individus. Comme psychologue, je suis nul. Je suis un chercheur en chambre et un introverti contrarié. Je ne sens vraiment bien les êtres humains qu’à travers des agrégats statistiques. Ainsi, toute ma vie, j’aurai surestimé le niveau de moralité des politiques et le sens de l’humour des Français. Comprendre les individus, c’est le principal, et c’est pour ça que sur ma pierre tombale, j’aimerais comme épitaphe : « Je n’ai rien compris, mais c’était génial. »


  • Une multinationale pétrolière poursuit l’Italie pour avoir protégé son littoral
    http://multinationales.org/Une-multinationale-petroliere-poursuit-l-Italie-pour-avoir-protege-

    C’est au tour de l’Italie d’être trainé en justice par une multinationale pétrolière. Son crime : vouloir protéger son littoral des risques d’une marée noire. L’Italie est poursuivie devant un tribunal d’arbitrage international par Rockhopper Exploration, une compagnie britannique pétrolière et gazière qui lui réclame des dommages et intérêts « substantiels » pour les profits futurs non réalisés. À l’origine de cette affaire : l’interdiction votée par le Parlement italien en janvier 2016 de toute nouvelle (...)

    Actualités

    / #Italie, #Industries_extractives, #Accords_de_commerce_et_d'investissement, #impact_sur_l'environnement, #industries_extractives, accords de commerce et (...)

    #accords_de_commerce_et_d'investissement
    « http://www.bastamag.net/Conditions-generales-d-utilisation »
    « http://www.bastamag.net/Plateformes-petrolieres-d-autres »
    « http://www.offshore-mag.com/articles/2016/01/italy-reintroduces-near-shore-e-p-ban.html »
    « http://www.thetimes.co.uk/article/explorer-seeks-redress-over-lost-oilfield-zjnptj5pw »


  • Une multinationale pétrolière poursuit l’Italie pour avoir protégé son littoral
    http://www.bastamag.net/Une-multinationale-petroliere-poursuit-l-Italie-pour-avoir-protege-son-lit

    C’est au tour de l’Italie d’être trainé en justice par une multinationale pétrolière. Son crime : vouloir protéger son littoral des risques d’une marée noire. L’Italie est poursuivie devant un tribunal d’arbitrage international par Rockhopper Exploration, une compagnie britannique pétrolière et gazière qui lui réclame des dommages et intérêts. En cause : l’interdiction votée par le Parlement italien en janvier 2016 de toute nouvelle activité d’exploration et de production à moins de 12 mille marins de la côte, (...)

    En bref

    / #Europe, Traités de libre-échange : les #Multinationales contre la démocratie ?, Multinationales, Démocratie !, (...)

    #Traités_de_libre-échange_:les_multinationales_contre_la_démocratie ? #Démocratie_ ! #Pollutions_

    • C’est complètement aberrant. C’est quoi ce tribunal d’arbitrage international ? ah oui la commission européenne.

      En Europe, le géant suédois de l’énergie Vattenfall réclame plus de 3,7 milliards d’euros à l’Allemagne en compensation de sa décision de sortir du nucléaire. La compagnie canadienne Lone Pine Ressources réclame également 250 millions de dollars au Canada, suite au moratoire sur la fracturation hydraulique mis en œuvre par le Québec dans la vallée du Saint-Laurent.

      En fait si ces entreprises ont les moyens de faire des recours aussî honteux l’europe devrait leur rajouter une belle contravention pour abus justice histoire de les calmer.

    • Ce type de demandes de compensation de la part de multinationales se multiplient, en particulier sur le pétrole, le gaz ou l’exploitation minière, des secteurs que tentent d’encadrer les législations environnementales et de protection des travailleurs. En Europe, le géant suédois de l’énergie Vattenfall réclame plus de 3,7 milliards d’euros à l’Allemagne en compensation de sa décision de sortir du nucléaire. La compagnie canadienne Lone Pine Ressources réclame également 250 millions de dollars au Canada, suite au moratoire sur la fracturation hydraulique mis en œuvre par le Québec dans la vallée du Saint-Laurent. La société civile s’inquiète de voir le Ceta, l’accord de libre échange entre le Canada et l’Union européenne soutenu par François Hollande, occasionner de nouvelles mises en cause des règlementations environnementales dans les années à venir.


  • Soutenu par la Confédération, le #gazoduc #TAP joue son avenir

    Le projet de #pipeline trans-adriatique, ou TAP, avance en terrain miné. Ce gazoduc reliant l’#Azerbaïdjan à l’#Italie, en passant par la #Grèce et l’#Albanie, est conçu pour approvisionner l’Europe en #gaz naturel dès 2020. Face à l’opposition, virulente, qui grossit en Italie, et à l’incertitude pesant sur le financement, ce délai risque de ne pas être tenu et les excédents de dépense de plomber ce chantier stratégique, sur lequel Bruxelles mise pour s’affranchir de la dépendance énergétique à la Russie. La #Suisse, qui s’est singulièrement investie dans ce projet, se veut, elle, rassurante.

    https://static1.squarespace.com/static/55b0a2c5e4b07fa072ccba33/t/58e1180037c5814ef8222c42/1491146773931/?format=1500w#.jpg
    https://www.lacite.info/economietxt/gazoduc-tap-joue-son-avenir
    #énergie


  • GRETA | Rapport sur la lutte contre la traite des êtres humains par l’Italie
    https://asile.ch/2017/04/01/greta-rapport-lutte-contre-traite-etres-humains-litalie

    https://asile.ch/wp/wp-content/uploads/2017/04/GRETA-Traite-italie.png

    Le Groupe d’experts du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains (GRETA) a publié le 30 janvier 2017 un rapport sur la mise en œuvre de la Convention du Conseil de l’Europe sur la lutte contre la traite des êtres humains par l’Italie. Le rapport évalue la situation spécifique relative […]


  • POLITIQUE DE CRISE
    Mars 2017

    I – Misère des élections présidentielles

    « L’administration pénitentiaire du camp de travail national change régulièrement, puisque nous pouvons depuis un certain temps et occasionnellement élire une partie (seulement) de nos administrateurs pénitenciers. Ils proposent chacun une gestion un peu différente de notre prison : certains proposent d’expulser des prisonniers « étrangers » au profit des prisonniers « nationaux », d’autres qu’il y ait davantage de « sécurité », d’aucuns une libéralisation des échanges de prisonniers, de marchandises et de capitaux entre camps de travail nationaux, et même certains de rendre notre prison nationale « plus juste », « plus humaine » et/ou plus écologique ! Et ce, même si leur pratique est relativement identique (austérité, répression, réformes) puisqu’il s’agit de gérer une même prison en fonction des mêmes objectifs : faire en sorte qu’il n’y ait pas de révoltes des prisonniers, aux moyens d’une dose variable de répression et de misère matériellement augmentée (médias, « loisirs », consommation), faire en sorte qu’il n’y ait pas trop de déficit du budget pénitencier – et donc, si nécessaire, dépenser moins au service des prisonniers–, et surtout faire en sorte qu’il y ait une croissance et une profitabilité maximum du camp de travail national – au détriment des prisonniers évidemment. » (Comité érotique révolutionnaire, Libérons-nous du travail. En partant du Printemps 2016, Paris, 2017).

    On peut l’affirmer sans aucun doute : rarement une campagne présidentielle n’aura été menée avec autant de cynisme et de démagogie, de mépris et de mensonge, avec des candidats se présentant unanimement « anti-système » alors qu’ils en sont des défenseurs patentés. Combien votent, à cette élection présidentielle comme à chaque élection, pour tenter d’éviter qu’un pire encore pire n’arrive ? L’indécision, fait significatif, ne porte plus seulement sur le choix d’un candidat parmi d’autres mais également sur le fait même de choisir l’un d’entre eux, et l’abstention reste une candidate sûre pour une moitié des votant potentiels. Il apparaît en effet comme de plus en plus évident que tous et toutes sont portés par une commune vision du monde. Des libéraux de gauche, du centre et de droite à leurs adversaires keynésiens-étatistes de gauche « radicale » comme d’extrême-droite, on partage l’amour du travail, de la croissance économique et du capital national. Il faut dire qu’en vertu de leur aspiration commune au gouvernement du capitalisme national, ils ne peuvent qu’y adhérer, unanimes dans leur répression des mouvements sociaux, en se disputant seulement sur certaines modalités de gestion du camp de travail national.

    On cherche malgré tout à nous vendre un candidat comme marchandise performante, dans un mauvais spectacle déprimant de vacuité se répétant à chaque campagne présidentielle. La politique, ainsi, a aussi ses marchandises, ses consommateurs et ses publicités – et ses producteurs, puisqu’il faut travailler, produire des marchandises et de l’argent pour financer cette misérable politique qui est en même temps une politique de la misère. Pourtant, aucun changement réellement positif ne peut venir des urnes : c’était déjà vrai aux époques antérieures du capitalisme, c’est encore plus vrai dans une situation de crise profonde du capitalisme où le gouvernement n’a qu’une faible marge de manœuvre et ne peut utiliser celle-ci qu’au profit du pire, c’est-à-dire du durcissement sécuritaire, identitaire, budgétaire, impérialiste, raciste, classiste, sexiste, ne constituant pas des obstacles à une poursuite du capitalisme. Le gouvernement n’a d’autre choix pour continuer de se financer que de soutenir l’économie, et donc ses ravages écologiques comme sociaux. Le vote individuel n’a pratiquement aucune signification et ne changera rien – ou si peu de chose qu’il ne faut rien en espérer, sinon peut-être un moindre pire dans l’immédiat.

    Quelles options se proposent à nous à chaque élection, et notamment celle-ci ? Un libéralisme social-démocrate dégoulinant de renoncements, de mensonges et de sang. Des prophètes de l’apocalypse du capitalisme libéral-sécuritaire du centre et de droite. Un étatisme-keynésien proposant une version 21e siècle des deux premières années du gouvernement Mitterrand (relance étatiste du capitalisme national, laquelle avait lamentablement échouée, et permis au néo-libéralisme de se présenter comme sauveur), assortie d’un « anti-impérialisme » pro-Poutine et pro-Bachar et d’un attachement indécent aux frontières. Un étatisme-keynésien (auparavant libéral) d’extrême-droite avec son « État stratège », c’est-à-dire en faveur du capital national, du patriarcat franchouillard et des forces de répression aux pratiques vichystes, avec un discours subliminal de haine des musulmans et des étrangers. Sans compter des candidats conspirationnistes, confusionnistes, étatico-nationalistes, des restes en décomposition de l’extrême-gauche marxiste-léniniste, et quelques autres perles…

    Enfin, dans un climat de dénonciation des élus corrompus, nombre sont ceux espérant encore un « candidat intègre ». La corruption des gestionnaires de l’État capitaliste est pourtant structurelle : comment des individus privés poursuivant leur intérêt capitaliste, une fois élus, pourraient-ils se transmuer pour devenir d’intègres élus n’ayant que le bien commun pour objectif ? Il y a là une contradiction insoluble. Toute autre contestation de cette corruption n’est qu’un fantasme moraliste et une pure « indignation ». Mais cette contestation vaine nous révèle quelque chose. La politique réellement existante produit idéologiquement son double permettant de la justifier in fine, la politique « pure », « vraie » et « bonne », même si celle-ci ne peut tendanciellement exister – et ne serait de toute façon guère souhaitable.

    Un retour non-exhaustif sur l’histoire du réformisme anti-libéral de gauche – celui d’extrême-droite ayant montré en Allemagne en 1933-45 ce qu’il faisait au pouvoir une fois élu avec un programme « anticapitaliste » – devrait suffire à achever de nous convaincre que non, vraiment, il n’y a rien à chercher de ce côté-là :
    En 1918-19, la social-démocratie allemande au pouvoir écrase avec l’aide de l’extrême-droite et de l’armée une révolution populaire (République des conseils de Bavière, insurrection spartakiste de Berlin, conseils ouvriers dans l’ensemble du pays), tandis qu’en Italie, sa consœur du Parti Socialiste Italien contient l’explosion du prolétariat et ses grèves monumentales, et prépare donc indirectement l’avènement du fascisme en 1922 ;
    En 1936, le Front Populaire de Léon Blum, notamment composé des staliniens du PCF souhaitant une alliance avec l’URSS et son « capitalisme d’État » (Lénine), des socialistes abandonnant définitivement l’idée de révolution au profit d’une gestion réformiste de l’État bourgeois et des radicaux défenseurs d’un compromis avec Hitler comme avec Mussolini, fait tout pour mettre fin à une grève générale inédite dans l’histoire de France et au fort potentiel insurrectionnel, offrant en pâture deux semaines de congé payés et la semaine de 40 heures, mesures contre-révolutionnaires finalement abandonnées deux ans plus tard, et aboutissant au désarmement du prolétariat français face aux évènements de 1939-1940 ; Les bureaucrates du grand syndicat anarcho-syndicaliste espagnol CNT, en 1936-1939, sabordent leur propre programme de révolution sociale et de communisme libertaire au nom de l’alliance « anti-fasciste » avec Staline et une République bourgeoise ultra-répressive, mettent leurs militants au travail dans des usines capitalistes « autogérées » ou au front dans une armée classique au lieu d’entamer une guerre sociale de guérilla contre l’ordre répugnant du travail, livrent leurs militants révoltés en Mai 1937 à une terrible répression stalinino-républicaine, abandonnent leurs camarades des communes d’Aragon aux colonnes staliniennes en Août 1937, et rentrent dans un gouvernement stalino-socialiste au mépris de leurs principes libertaires ;
    De 1971 jusqu’au coup d’État de Pinochet du 11 septembre 1973, Allende, socialiste élu grâce au vote massif du prolétariat chilien, désarme celui-ci, incite au calme plutôt qu’à une révolution préventive, ne prend aucune mesure contre l’armée, créant ainsi un contexte favorable au coup d’État ;
    De 1968 jusqu’en 1977, un mouvement de grèves, de révolte et de refus du travail balaye l’Italie, pendant qu’un Parti Communiste Italien aux aguets dénonce cette révolte, sabote ces grèves, incite à une négociation salariale sous l’égide de syndicats réformistes, négocie avec une bourgeoisie italienne aux aguets un « compromis historique » qui n’aboutira pas, et accepte l’envoi des chars pour reconquérir Bologne insurgée en mars 1977 ;
    En 1981, l’élection de François Mitterrand met définitivement fin aux années 68, avec une mystification électoraliste annonçant un changement radical, et finalement un programme de relance keynésienne aboutissant deux ans plus tard (du fait de leur échec) au tournant néo-libéral de 1983, annonçant ainsi 15 ans d’apathie du mouvement social ;
    Le « socialisme du 21e siècle » d’Amérique latine, enfin, n’a guère donné de meilleurs résultats : en-dehors de mesures électoralistes d’aide aux plus pauvres et de quelques réformettes, ce sont des capitalismes nationaux avec un État fort, dépendants des hydrocarbures et des ressources minières, alliés aux Russes et autres « anti-impérialistes », avec à leur tête une bureaucratie corrompue, une armée forte et une nouvelle bourgeoisie, et réprimant au nom du « peuple » tout mouvement social indépendant du pouvoir.

    Bref, si certains veulent voter pour un moindre mal, qu’ils votent sans aucune illusion et se préparent à une lutte sociale sans merci contre leur propre candidat.

    II – La politique comme l’autre face du capitalisme

    « La démocratie même est l’autre face du capital, non son contraire » (Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise, Paris, 2003)
    Le véritable enjeu n’est pas là.
    Pour le saisir, il nous faut commencer par rompre avec le discours dominant, celui des médias et des politiciens, des universitaires et des flics, des profs et des experts en tout genre, chantres de la conservation de l’ordre actuel. À parler leur langage nous nous rendons impuissants. Impuissants car incapables de penser la spécificité de ce monde avec lequel nous cherchons à rompre de tous nos vœux. Impuissants car muets face à la rhétorique trop bien huilée d’une société qui ne se pense qu’en vase clos. Impuissants car condamnés à la répétition du même.

    Naturaliser, ontologiser, déshistoriciser... autant de gros mots pour désigner ce mécanisme central de la pensée bourgeoise qui consiste à donner une dimension éternelle à un phénomène spécifique au monde qu’elle a contribué à faire naître. Ainsi en est-il de l’ « économie » comme il en est de la « politique ». La polarisation entre sphère économique et sphère politique, au lieu d’être saisie comme entièrement spécifique au capitalisme, se retrouve naturalisée et ainsi pensée comme constitutive de l’ensemble des formations sociales humaines, au même titre qu’un certain nombre de structures sociales propres à la modernité capitaliste. Historiens, philosophes politiques et économistes s’évertuent ainsi à fouiller dans l’histoire pour déterminer à quoi ressemblaient « politique » et « économie » au sein des sociétés pré-capitalistes. Le discours dominant dans la pensée contemporaine se refuse donc à saisir la spécificité de notre époque, fille d’une série de ruptures majeures qui en font toute la particularité. Le nier revient à faire de notre modernité capitaliste l’aboutissement logique et naturel de l’Histoire alors qu’elle ne s’est imposée qu’à coup de guerres, d’asservissement et de d’anéantissement des différentes modalités d’être-au-monde qui lui préexistaient.

    Les sociétés pré-capitalistes bien sûr satisfaisaient leurs besoins sociaux et avaient des formes d’organisation du collectif, pourtant elles ne connaissaient ni « économie » ni « politique » au sens actuel. Il n’y a pas de « politique » en-dehors de l’organisation du quotidien au sein des sociétés précapitalistes. Les sociétés gréco-romaines étaient « politiques », au sens antique de structuration sociale autour d’une polis (cité), mais étaient complètement « politiques », sans qu’il s’agisse d’un système séparé comme aujourd’hui. Les autres sociétés étaient étrangères à cette catégorie de « politique » puisqu’elles n’étaient pas fondées autour d’une polis (cité) et ne connaissaient pas de séparation entre « politique », « économie » et « religion », catégories spécifiquement modernes.
    L’apparition d’une « sphère économique » distincte et dominante est intimement liée à l’émergence du système capitaliste et de ses structures élémentaires. S’il est vrai que l’on peut trouver des ancêtres de ces différentes structures à divers moments de l’histoire, la cristallisation de celles-ci au sein d’une « sphère économique » séparée est propre à l’économie de marché totalitaire dans laquelle nous vivons. Il n’y a que lorsqu’émerge un Marché unifié, totalisant, de concurrence sans entraves et de vente contrainte généralisée de l’activité humaine, qu’advient l’économie comme sphère constitutive du capitalisme avec ses structures élémentaires de travail, de marchandise, d’argent, de valeur et de capital.

    Et sans cette sphère de l’économie, pas de politique, puisque celle-ci est en complète dépendance financière vis-à-vis d’elle. Réciproquement, pas d’économie sans politique, puisque celle-ci est un garant nécessaire de l’économie, de ses contrats et de ses propriétés, un agent nécessaire de fluidification, de gestion et de protection de l’économie avec ses infrastructures nationales, ses politiques macro-économiques, son armée, sa police et ses tribunaux. Ainsi, ce n’est que lorsqu’émerge parallèlement au Marché l’État unifié, bureaucratique, totalisant, que la « politique » fait son entrée fracassante dans l’histoire. La « politique » comme sphère centrale du capitalisme naît en initiant une guerre européenne de 28 ans causant des millions de morts, en massacrant des milliers de sans-culottes radicaux – dont certains aspiraient à une société de communes – et de gens ordinaires, en établissant un droit bourgeois, patriarcal, raciste, et en lançant une industrialisation broyeuse de vies. Et celle-ci n’est pas née de rien, mais de son ancêtre, la monarchie, et de siècles d’extorsion fiscale, de guerres, de répression des mouvements sociaux et de montée en puissance de l’administration, quatre phénomènes au fondement même de l’État moderne, c’est-à-dire de ses impôts, de son armée, de sa police et de sa justice, et enfin de sa bureaucratie.

    La politique, au sens moderne, désigne ainsi une sphère du capitalisme distincte de, mais tendanciellement subordonnée à, sa jumelle l’économie. Le capitalisme est, ainsi, une société (au moins) duale, avec ses structures élémentaires (travail, valeur, marchandise, argent, capital) d’un côté et des structures non-rentables mais nécessaires au fonctionnement et à une reproduction dynamique du capitalisme (droit, justice, police, armée, administration, gouvernement) de l’autre.

    En dehors d’un certain nombre de concessions temporaires, limitées et liées à un rapport de force mouvant, l’État vise avant tout à une optimisation du processus de valorisation capitaliste. La politique est ainsi, très largement, politique de l’économie, et ce au travers de moyens allant des politiques de libéralisation aux guerres colonialistes-impérialistes. Les politiques de l’État visent avant tout à une stimulation de l’économie, et celui-ci prend en charge l’ensemble des investissements nécessaires au fonctionnement optimal du Marché mais néanmoins non-rentables et/ou trop importants pour être réalisés par des capitalistes individuels (infrastructures, maintien de l’ordre, défense militaire, etc.) en contrepartie des impôts et aux autres ponctions de l’État. L’État ainsi développe des infrastructures de circulation (comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) et de communication permettant au processus de valorisation nationale de se réaliser toujours plus vite et donc de rester compétitif au niveau mondial, visant ainsi une « circulation sans temps de circulation » (Marx).
    Si la théorie ne suffit pas à nous en convaincre, l’histoire s’en charge à merveille et il faut le répéter : il ne peut y avoir d’utilisation de l’État comme simple « moyen » en vue de se libérer du capitalisme – et de l’État, comme l’avait cru Lénine et son fameux « dépérissement de l’État » qui n’est jamais arrivé. Cette histoire n’est, on l’a déjà dit, qu’une succession d’échecs aux conséquences toujours plus désastreuses.
    III. État de crise, État d’exception
    « L’espace “juridiquement vide” de l’état d’exception […] tend désormais à coïncider partout avec l’ordre normal » (Giorgio Agamben, Homo sacer, Paris, Seuil, 2016)

    On aurait presque envie, à côté des conservateurs et autres défenseurs de l’ordre établi, de crier au principe de réalité tant les vaines illusions des restes de la social-démocratie de voir resurgir un État social semblent relever de l’aveuglement. Réalité historique autant que systémique, il n’y a rien à espérer, rien à attendre d’une situation dont il serait grand temps de prendre acte. On assiste depuis quelques dizaines d’années à un recentrement de l’État sur ses fonctions de gouvernement de crise de l’économie en crise, laquelle crise de l’économie et du travail s’est approfondie depuis 2008 au point de menacer jusqu’aux classes moyennes des centres capitalistes. Geste s’accompagnant inévitablement d’un renforcement de sa fonction de répression militaro-policière, dévoilant de nouveau par-là même son vrai visage, celui de ses origines, qu’il avait masqué au cours des dites « Trente Glorieuses » et auquel s’accroche désespérément l’altercapitalisme ambiant. Il n’y a plus de croissance, donc plus de droits sociaux, peut-il proclamer tranquillement. Le mensonge n’est pas celui, superficiel, qu’il n’y a plus d’argent, mais celui, fondamental, qu’il faut s’en remettre au dieu économie une fois de plus – et être offerts en sacrifice. Dans une situation économique de crise, on voit l’État se délester progressivement de ses fonctions « sociales » pour se recentrer sur l’essentiel : relancer l’économie, et gérer ses conséquences socialement désastreuses au travers d’une gestion répressive des masses précarisées ou devenues inutiles d’un point de vue économique. L’État-Providence se démasque en État de punition divine des infidèles de l’économie.

    Si la dynamique du capitalisme conduit intrinsèquement à une éviction progressive du travail du procès capitaliste de production, le phénomène a pris une nouvelle ampleur ces dernières décennies. Depuis 40 ans de « troisième révolution industrielle », avec l’introduction de l’informatique, de l’automatisation et de la robotique au sein du processus productif, cette substitution structurelle et tendancielle du travail par des machines-robots a pris une nouvelle dimension. La possibilité d’une substitution complète de certains pans du travail par des machines-robots (caisses automatiques, robots-ouvriers, chaînes de montage entièrement automatisées...) provoque l’explosion du chômage technologique au sein des centres capitalistes, et une stagnation des faibles salaires aux périphéries. La crise économique qui en résulte touche des masses toujours plus grandes d’individus, jusqu’aux métropoles occidentales désormais entourées de zones de concentration des individus exclus du travail, surexploités et/ou particulièrement précarisés.

    C’est dans ce cadre que l’État peut se déployer dans ce qu’il a de plus élémentaire : sa dimension « sécuritaire ». Sécurité de l’État lui-même, sécurité des entreprises et de leur extorsion de plus-value, sécurité des classes bourgeoises et de leurs propriétés, et sécurité-spectacle des citoyens ordinaires aux moyens de patrouilles militaires, et tout cela au détriment des classes populaires et des exclus du capitalisme. La « sécurité » devient une véritable technique de gouvernement sur fond de « guerre au terrorisme », laquelle justifie aux yeux de beaucoup une gestion oppressive des habitants racisés (ou non) des quartiers populaires et des migrants.
    Relancer l’économie, voilà l’idée fixe de ce monde où l’on marche sur la tête tout en se persuadant que c’est la seule façon de marcher. Mais quand l’air devient proprement irrespirable, que l’on se rend compte qu’on ne relancera jamais rien, alors c’est l’État sécuritaire, militaro-policier, répressif, cet État resserré autour de ses fonctions « minimales » de maintien de l’ordre capitaliste, qui s’impose, révélant ce qu’il a toujours été, un monstre froid, une monstrueuse organisation bureaucratique et militaire, un Léviathan.

    La crise du capitalisme, désastreuse au sein des centres capitalistes, est encore pire à ses périphéries : elle se fait d’autant plus sentir qu’un État est situé en bas de la hiérarchie du système-monde capitaliste. Elle est en grande partie responsable de l’échec des modernisations de rattrapage d’une majorité des anciennes colonies, couplée à un maintien global des hiérarchies du système-monde capitaliste, et donc d’un échange inégal et d’une division inégale du processus international de production. Et cet échec des modernisations de rattrapage, générant une forte crise d’endettement et donc des politiques d’ajustement structurel, a entraîné un délitement des périphéries sous forme de paupérisation générale de leurs populations et/ou d’une multiplication des situations de guerre civile. En conséquence, des contingents toujours plus importants de ces populations se sont enfuis vers des centres en moins piètre état. Face à cette arrivée massive de réfugiés de crise, l’ensemble des États des centres capitalistes ont choisi une politique d’exclusion des non-rentables (en-dehors donc des migrants exploitables d’une manière profitable), une sorte d’ « impérialisme d’exclusion » corolaire d’un « impérialisme de crise ». Les États des centres capitalistes refusent d’une part d’assumer leur responsabilité dans l’effondrement des sociétés des périphéries capitalistes, alors qu’ils sont responsables de l’instauration du capitalisme dans ces sociétés qu’ils ont asservies, pillées, exploitées, racisées, endettées et enfin libéralisées, laissant ainsi des milliers de réfugiés du système-monde capitaliste en crise mourir chaque année à leurs portes. D’autre part, elles se contentent d’interventions militaires dans des périphéries en voie d’effondrement avec un objectif (souvent raté) de maintien de l’ordre mondial et de pillage de ce qu’il reste, aggravant souvent une situation déjà catastrophique. Les États des centres capitalistes se replient ainsi dans leur « forteresse », n’en sortant que pour ces opérations : ils sont des États d’exclusion, d’exclusion des réfugiés de l’économie en crise et de crise, des réfugiés du dérèglement climatique d’origine capitaliste, des réfugiés des guerres internes aux périphéries en voie d’effondrement, des réfugiés des guerres de maintien de l’ordre mondial ou encore des réfugiés du développement. Après avoir imposé au monde entier un mode d’organisation social aux effets dévastateurs, l’impérialisme des centres capitalistes s’en retire très progressivement en laissant derrière lui un désastre économique, social et politique qu’il refuse d’assumer.


    Les évolutions contemporaines de l’État capitaliste de crise, et notamment son recentrement sur sa fonction policière et son durcissement en tant qu’organe répressif, loin de relever d’un changement de nature de ce dernier, sont plutôt l’affirmation même de ce qui fait sa nature : la violence constitutive du droit et de son maintien. Aux fondements de la souveraineté, qu’elle soit dite démocratique ou non, se trouve celui qui décide de l’état d’exception. L’état d’exception n’est pas une anomalie, ou encore l’opposé de l’État de droit : il est au fondement même de l’État et de son droit. L’État est cette structure capable de suspendre juridiquement son ordre juridique – comme il l’a fait en Allemagne en 1933 –, c’est-à-dire qu’il peut entreprendre des actions extra-constitutionnelles de manière constitutionnelle. Il y a donc, au fondement même de l’État « de droit », sa possible transformation en un « État d’exception » extraordinaire, de crise. Celui de l’état d’urgence depuis 2015 et ses fichés S, ses interdictions de manifestations, ses assignations à résidence, sa police toujours plus violente et sa justice fonctionnant comme machine à enfermer. Celui qui a fait de l’anti-terrorisme un procédé même de gouvernement, celui de l’affaire Tarnac.

    État d’urgence qu’on retrouve aujourd’hui en Turquie, hier dans l’Allemagne pré-hitlérienne de 1930, aux États-Unis à partir de 1941 – permettant l’enfermement dans des camps au milieu du désert de dizaines de milliers de Japonais –, dans l’Italie des années 1970-1980 pour réprimer l’Autonomie italienne, en Syrie depuis 1963… État d’urgence, hier encore, en France et en Algérie coloniale en 1955, 1958 et 1960-1963 – aboutissant aux massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 –, en Nouvelle-Calédonie en 1984-85 dans l’optique d’une répression du mouvement indépendantiste, en 2005 en Île-de-France dans l’optique de l’écrasement des banlieues insurgées. État de siège (version militarisée de l’État d’urgence), avant-hier, celui de l’écrasement sanglant des ouvriers parisiens en juin 1848, des communards en 1871 ou des Kabyles insurgés cette même année. Demain, après-demain, l’article 16 autorisant une dictature présidentielle temporaire, l’état de siège dans l’optique de réprimer une insurrection populaire ? La frontière entre l’État de droit et celui d’exception est donc relative, poreuse, mystifiante, l’État de droit justifiant l’État d’exception au nom de son maintien. C’est ce que révèle la normalisation de l’État d’urgence, dispositif d’exception dont le prolongement indéfini ne semble en aucun cas perturber l’État de droit. Progressivement, les frontières entre démocratie parlementaire et dictature temporaire se font toujours plus poreuses, l’état d’exception se fondant toujours mieux dans l’état démocratique. Si le cadre constitutionnel nous fournit une vaste prison sociale dans laquelle l’on bénéficie encore d’une relative liberté de mouvement, qu’un état d’exception vienne suspendre cet ordre des choses et voilà les murs de la cage se rapprocher dangereusement. Disons-le, l’État d’exception commence à nous coller à la peau.


    Mais cet État d’exception extraordinaire, propre aux crises économiques, sociales ou encore politiques du capitalisme, se double d’un état d’exception ordinaire, tout aussi constitutif de l’État moderne mais permanent, et simplement exacerbé en temps de crise. Constitutif de l’État moderne, non comme possibilité souveraine de suspendre légalement son ordre légal, mais comme monopole de la violence sur un territoire et une population donnée. « Le souverain […] se pose légalement en-dehors de la loi » (Agamben) : il faut comprendre cette sentence non comme l’exception de l’État, mais comme règle fondatrice de son appareil policier, militaire et judiciaire, révélant l’État comme une structure de domination arbitraire basé en dernière instance sur ces appareils répressifs. Arrestations, abus, suspension des droits civiques traversent de part en part l’état normal du droit sans pour autant nécessiter de suspension de l’ordre démocratique, révélant ainsi sa nature intrinsèquement répressive. La police illustre parfaitement cet État d’exception ordinaire dont elle est une pièce maîtresse : elle est fondée légalement à entreprendre des actions non-légales lorsqu’elles sont exécutées par des simples citoyens. Les policiers peuvent légalement fouiller, frapper ou encore séquestrer (dans un commissariat) des individus, contrairement aux autres citoyens. La police peut même de facto tuer (300 morts depuis 30 ans pour presque aucune condamnation judiciaire), stade suprême de l’État d’exception légalement fondé, et manifestation du « droit de vie et de mort » constitutif de l’État souverain. La justice n’est pas en reste. Elle est fondée légalement à entreprendre une action illégale lorsqu’elle est exécutée par des simples citoyens : enfermer (dans un établissement carcéral) et extorquer (sous forme d’une amende) des individus. L’État est bien cette coïncidence entre violence et droit dont parlait Agamben. Et cet État d’exception ordinaire s’acharne avant tout sur ceux susceptibles de menacer son ordre stato-capitaliste : militants politiques, participants aux luttes sociales, mais surtout prolétaires racisés de quartiers populaires constitués en zones d’exception permanentes. La hiérarchie raciste et de classe, dont l’État est un défenseur ultime, est ainsi violemment réaffirmée. L’État d’exception ordinaire règne, enfin, au sujet des violences domestiques faites aux femmes, en excluant ces violences de facto du droit, en renvoyant celles-ci au « privé », aboutissant finalement à un laisser-faire des viols et des violences patriarcales au sein du cadre domestique.

    Précisons-le, il ne s’agit pas de revendiquer, on ne saurait comment d’ailleurs, plus de droit et moins d’exception. L’État capitaliste est obligé d’être en partie « de droit » puisqu’il n’y a pas de capitalisme sans droit, sans garantie du respect des contrats, des dettes, des propriétés et des propriétaires. Mais en même temps, et au nom même de cette garantie de l’ordre capitaliste, l’État s’extrait du cadre légal qu’il a de toute façon lui-même créé. L’État d’exception ordinaire est donc un simple défenseur du droit capitaliste, c’est-à-dire de l’État de droit. Il ne faudrait donc pas opposer ces deux formes de l’État : il s’agit d’une seule et même structure se dédoublant de manière complémentaire, de deux faces d’une même pièce, d’un continuum au service de l’ordre capitaliste. L’État de droit en réalité justifie l’État d’exception ordinaire comme son garant nécessaire, de même qu’il justifie l’état d’exception extraordinaire comme son garant en dernier ressort– comme son cas limite.
    Pour en finir avec l’État de crise, l’État d’exclusion, l’État d’urgence, il faut en finir avec l’État d’exception ordinaire comme avec l’État de droit, donc en finir avec l’État, sa politique et son monde capitaliste.

    Comité érotique révolutionnaire
    https://lundi.am//Politique-de-crise


  • POLITIQUE DE CRISE
    Mars 2017

    I– Misère des élections présidentielles

    « L’administration pénitentiaire du camp de travail national change régulièrement, puisque nous pouvons depuis un certain temps et occasionnellement élire une partie (seulement) de nos administrateurs pénitenciers. Ils proposent chacun une gestion un peu différente de notre prison : certains proposent d’expulser des prisonniers « étrangers » au profit des prisonniers « nationaux », d’autres qu’il y ait davantage de « sécurité », d’aucuns une libéralisation des échanges de prisonniers, de marchandises et de capitaux entre camps de travail nationaux, et même certains de rendre notre prison nationale « plus juste », « plus humaine » et/ou plus écologique ! Et ce, même si leur pratique est relativement identique (austérité, répression, réformes) puisqu’il s’agit de gérer une même prison en fonction des mêmes objectifs : faire en sorte qu’il n’y ait pas de révoltes des prisonniers, aux moyens d’une dose variable de répression et de misère matériellement augmentée (médias, « loisirs », consommation), faire en sorte qu’il n’y ait pas trop de déficit du budget pénitencier – et donc, si nécessaire, dépenser moins au service des prisonniers–, et surtout faire en sorte qu’il y ait une croissance et une profitabilité maximum du camp de travail national – au détriment des prisonniers évidemment. » (Comité érotique révolutionnaire, Libérons-nous du travail. En partant du Printemps 2016, Paris, 2017).

    On peut l’affirmer sans aucun doute : rarement une campagne présidentielle n’aura été menée avec autant de cynisme et de démagogie, de mépris et de mensonge, avec des candidats se présentant unanimement « anti-système » alors qu’ils en sont des défenseurs patentés. Combien votent, à cette élection présidentielle comme à chaque élection, pour tenter d’éviter qu’un pire encore pire n’arrive ? L’indécision, fait significatif, ne porte plus seulement sur le choix d’un candidat parmi d’autres mais également sur le fait même de choisir l’un d’entre eux, et l’abstention reste une candidate sûre pour une moitié des votant potentiels. Il apparaît en effet comme de plus en plus évident que tous et toutes sont portés par une commune vision du monde. Des libéraux de gauche, du centre et de droite à leurs adversaires keynésiens-étatistes de gauche « radicale » comme d’extrême-droite, on partage l’amour du travail, de la croissance économique et du capital national. Il faut dire qu’en vertu de leur aspiration commune au gouvernement du capitalisme national, ils ne peuvent qu’y adhérer, unanimes dans leur répression des mouvements sociaux, en se disputant seulement sur certaines modalités de gestion du camp de travail national.

    On cherche malgré tout à nous vendre un candidat comme marchandise performante, dans un mauvais spectacle déprimant de vacuité se répétant à chaque campagne présidentielle. La politique, ainsi, a aussi ses marchandises, ses consommateurs et ses publicités – et ses producteurs, puisqu’il faut travailler, produire des marchandises et de l’argent pour financer cette misérable politique qui est en même temps une politique de la misère. Pourtant, aucun changement réellement positif ne peut venir des urnes : c’était déjà vrai aux époques antérieures du capitalisme, c’est encore plus vrai dans une situation de crise profonde du capitalisme où le gouvernement n’a qu’une faible marge de manœuvre et ne peut utiliser celle-ci qu’au profit du pire, c’est-à-dire du durcissement sécuritaire, identitaire, budgétaire, impérialiste, raciste, classiste, sexiste, ne constituant pas des obstacles à une poursuite du capitalisme. Le gouvernement n’a d’autre choix pour continuer de se financer que de soutenir l’économie, et donc ses ravages écologiques comme sociaux. Le vote individuel n’a pratiquement aucune signification et ne changera rien – ou si peu de chose qu’il ne faut rien en espérer, sinon peut-être un moindre pire dans l’immédiat.

    Quelles options se proposent à nous à chaque élection, et notamment celle-ci ? Un libéralisme social-démocrate dégoulinant de renoncements, de mensonges et de sang. Des prophètes de l’apocalypse du capitalisme libéral-sécuritaire du centre et de droite. Un étatisme-keynésien proposant une version 21e siècle des deux premières années du gouvernement Mitterrand (relance étatiste du capitalisme national, laquelle avait lamentablement échouée, et permis au néo-libéralisme de se présenter comme sauveur), assortie d’un « anti-impérialisme » pro-Poutine et pro-Bachar et d’un attachement indécent aux frontières. Un étatisme-keynésien (auparavant libéral) d’extrême-droite avec son « État stratège », c’est-à-dire en faveur du capital national, du patriarcat franchouillard et des forces de répression aux pratiques vichystes, avec un discours subliminal de haine des musulmans et des étrangers. Sans compter des candidats conspirationnistes, confusionnistes, étatico-nationalistes, des restes en décomposition de l’extrême-gauche marxiste-léniniste, et quelques autres perles…

    Enfin, dans un climat de dénonciation des élus corrompus, nombre sont ceux espérant encore un « candidat intègre ». La corruption des gestionnaires de l’État capitaliste est pourtant structurelle : comment des individus privés poursuivant leur intérêt capitaliste, une fois élus, pourraient-ils se transmuer pour devenir d’intègres élus n’ayant que le bien commun pour objectif ? Il y a là une contradiction insoluble. Toute autre contestation de cette corruption n’est qu’un fantasme moraliste et une pure « indignation ». Mais cette contestation vaine nous révèle quelque chose. La politique réellement existante produit idéologiquement son double permettant de la justifier in fine, la politique « pure », « vraie » et « bonne », même si celle-ci ne peut tendanciellement exister – et ne serait de toute façon guère souhaitable.

    Un retour non-exhaustif sur l’histoire du réformisme anti-libéral de gauche – celui d’extrême-droite ayant montré en Allemagne en 1933-45 ce qu’il faisait au pouvoir une fois élu avec un programme « anticapitaliste » – devrait suffire à achever de nous convaincre que non, vraiment, il n’y a rien à chercher de ce côté-là :
    En 1918-19, la social-démocratie allemande au pouvoir écrase avec l’aide de l’extrême-droite et de l’armée une révolution populaire (République des conseils de Bavière, insurrection spartakiste de Berlin, conseils ouvriers dans l’ensemble du pays), tandis qu’en Italie, sa consœur du Parti Socialiste Italien contient l’explosion du prolétariat et ses grèves monumentales, et prépare donc indirectement l’avènement du fascisme en 1922 ;
En 1936, le Front Populaire de Léon Blum, notamment composé des staliniens du PCF souhaitant une alliance avec l’URSS et son « capitalisme d’État » (Lénine), des socialistes abandonnant définitivement l’idée de révolution au profit d’une gestion réformiste de l’État bourgeois et des radicaux défenseurs d’un compromis avec Hitler comme avec Mussolini, fait tout pour mettre fin à une grève générale inédite dans l’histoire de France et au fort potentiel insurrectionnel, offrant en pâture deux semaines de congé payés et la semaine de 40 heures, mesures contre-révolutionnaires finalement abandonnées deux ans plus tard, et aboutissant au désarmement du prolétariat français face aux évènements de 1939-1940 ;
Les bureaucrates du grand syndicat anarcho-syndicaliste espagnol CNT, en 1936-1939, sabordent leur propre programme de révolution sociale et de communisme libertaire au nom de l’alliance « anti-fasciste » avec Staline et une République bourgeoise ultra-répressive, mettent leurs militants au travail dans des usines capitalistes « autogérées » ou au front dans une armée classique au lieu d’entamer une guerre sociale de guérilla contre l’ordre répugnant du travail, livrent leurs militants révoltés en Mai 1937 à une terrible répression stalinino-républicaine, abandonnent leurs camarades des communes d’Aragon aux colonnes staliniennes en Août 1937, et rentrent dans un gouvernement stalino-socialiste au mépris de leurs principes libertaires ;
De 1971 jusqu’au coup d’État de Pinochet du 11 septembre 1973, Allende, socialiste élu grâce au vote massif du prolétariat chilien, désarme celui-ci, incite au calme plutôt qu’à une révolution préventive, ne prend aucune mesure contre l’armée, créant ainsi un contexte favorable au coup d’État ;
De 1968 jusqu’en 1977, un mouvement de grèves, de révolte et de refus du travail balaye l’Italie, pendant qu’un Parti Communiste Italien aux aguets dénonce cette révolte, sabote ces grèves, incite à une négociation salariale sous l’égide de syndicats réformistes, négocie avec une bourgeoisie italienne aux aguets un « compromis historique » qui n’aboutira pas, et accepte l’envoi des chars pour reconquérir Bologne insurgée en mars 1977 ;
En 1981, l’élection de François Mitterrand met définitivement fin aux années 68, avec une mystification électoraliste annonçant un changement radical, et finalement un programme de relance keynésienne aboutissant deux ans plus tard (du fait de leur échec) au tournant néo-libéral de 1983, annonçant ainsi 15 ans d’apathie du mouvement social ;
Le « socialisme du 21e siècle » d’Amérique latine, enfin, n’a guère donné de meilleurs résultats : en-dehors de mesures électoralistes d’aide aux plus pauvres et de quelques réformettes, ce sont des capitalismes nationaux avec un État fort, dépendants des hydrocarbures et des ressources minières, alliés aux Russes et autres « anti-impérialistes », avec à leur tête une bureaucratie corrompue, une armée forte et une nouvelle bourgeoisie, et réprimant au nom du « peuple » tout mouvement social indépendant du pouvoir.

    Bref, si certains veulent voter pour un moindre mal, qu’ils votent sans aucune illusion et se préparent à une lutte sociale sans merci contre leur propre candidat.

    II – La politique comme l’autre face du capitalisme

    « La démocratie même est l’autre face du capital, non son contraire » (Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise, Paris, 2003)

    Le véritable enjeu n’est pas là.
    Pour le saisir, il nous faut commencer par rompre avec le discours dominant, celui des médias et des politiciens, des universitaires et des flics, des profs et des experts en tout genre, chantres de la conservation de l’ordre actuel. À parler leur langage nous nous rendons impuissants. Impuissants car incapables de penser la spécificité de ce monde avec lequel nous cherchons à rompre de tous nos vœux. Impuissants car muets face à la rhétorique trop bien huilée d’une société qui ne se pense qu’en vase clos. Impuissants car condamnés à la répétition du même.
    Naturaliser, ontologiser, déshistoriciser... autant de gros mots pour désigner ce mécanisme central de la pensée bourgeoise qui consiste à donner une dimension éternelle à un phénomène spécifique au monde qu’elle a contribué à faire naître. Ainsi en est-il de l’ « économie » comme il en est de la « politique ». La polarisation entre sphère économique et sphère politique, au lieu d’être saisie comme entièrement spécifique au capitalisme, se retrouve naturalisée et ainsi pensée comme constitutive de l’ensemble des formations sociales humaines, au même titre qu’un certain nombre de structures sociales propres à la modernité capitaliste. Historiens, philosophes politiques et économistes s’évertuent ainsi à fouiller dans l’histoire pour déterminer à quoi ressemblaient « politique » et « économie » au sein des sociétés pré-capitalistes. Le discours dominant dans la pensée contemporaine se refuse donc à saisir la spécificité de notre époque, fille d’une série de ruptures majeures qui en font toute la particularité. Le nier revient à faire de notre modernité capitaliste l’aboutissement logique et naturel de l’Histoire alors qu’elle ne s’est imposée qu’à coup de guerres, d’asservissement et de d’anéantissement des différentes modalités d’être-au-monde qui lui préexistaient.

    Les sociétés pré-capitalistes bien sûr satisfaisaient leurs besoins sociaux et avaient des formes d’organisation du collectif, pourtant elles ne connaissaient ni « économie » ni « politique » au sens actuel. Il n’y a pas de « politique » en-dehors de l’organisation du quotidien au sein des sociétés précapitalistes. Les sociétés gréco-romaines étaient « politiques », au sens antique de structuration sociale autour d’une polis (cité), mais étaient complètement « politiques », sans qu’il s’agisse d’un système séparé comme aujourd’hui. Les autres sociétés étaient étrangères à cette catégorie de « politique » puisqu’elles n’étaient pas fondées autour d’une polis (cité) et ne connaissaient pas de séparation entre « politique », « économie » et « religion », catégories spécifiquement modernes.

    L’apparition d’une « sphère économique » distincte et dominante est intimement liée à l’émergence du système capitaliste et de ses structures élémentaires. S’il est vrai que l’on peut trouver des ancêtres de ces différentes structures à divers moments de l’histoire, la cristallisation de celles-ci au sein d’une « sphère économique » séparée est propre à l’économie de marché totalitaire dans laquelle nous vivons. Il n’y a que lorsqu’émerge un Marché unifié, totalisant, de concurrence sans entraves et de vente contrainte généralisée de l’activité humaine, qu’advient l’économie comme sphère constitutive du capitalisme avec ses structures élémentaires de travail, de marchandise, d’argent, de valeur et de capital.
    Et sans cette sphère de l’économie, pas de politique, puisque celle-ci est en complète dépendance financière vis-à-vis d’elle. Réciproquement, pas d’économie sans politique, puisque celle-ci est un garant nécessaire de l’économie, de ses contrats et de ses propriétés, un agent nécessaire de fluidification, de gestion et de protection de l’économie avec ses infrastructures nationales, ses politiques macro-économiques, son armée, sa police et ses tribunaux. Ainsi, ce n’est que lorsqu’émerge parallèlement au Marché l’État unifié, bureaucratique, totalisant, que la « politique » fait son entrée fracassante dans l’histoire. La « politique » comme sphère centrale du capitalisme naît en initiant une guerre européenne de 28 ans causant des millions de morts, en massacrant des milliers de sans-culottes radicaux – dont certains aspiraient à une société de communes – et de gens ordinaires, en établissant un droit bourgeois, patriarcal, raciste, et en lançant une industrialisation broyeuse de vies. Et celle-ci n’est pas née de rien, mais de son ancêtre, la monarchie, et de siècles d’extorsion fiscale, de guerres, de répression des mouvements sociaux et de montée en puissance de l’administration, quatre phénomènes au fondement même de l’État moderne, c’est-à-dire de ses impôts, de son armée, de sa police et de sa justice, et enfin de sa bureaucratie.

    La politique, au sens moderne, désigne ainsi une sphère du capitalisme distincte de, mais tendanciellement subordonnée à, sa jumelle l’économie. Le capitalisme est, ainsi, une société (au moins) duale, avec ses structures élémentaires (travail, valeur, marchandise, argent, capital) d’un côté et des structures non-rentables mais nécessaires au fonctionnement et à une reproduction dynamique du capitalisme (droit, justice, police, armée, administration, gouvernement) de l’autre.
    En dehors d’un certain nombre de concessions temporaires, limitées et liées à un rapport de force mouvant, l’État vise avant tout à une optimisation du processus de valorisation capitaliste. La politique est ainsi, très largement, politique de l’économie, et ce au travers de moyens allant des politiques de libéralisation aux guerres colonialistes-impérialistes. Les politiques de l’État visent avant tout à une stimulation de l’économie, et celui-ci prend en charge l’ensemble des investissements nécessaires au fonctionnement optimal du Marché mais néanmoins non-rentables et/ou trop importants pour être réalisés par des capitalistes individuels (infrastructures, maintien de l’ordre, défense militaire, etc.) en contrepartie des impôts et aux autres ponctions de l’État. L’État ainsi développe des infrastructures de circulation (comme l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes) et de communication permettant au processus de valorisation nationale de se réaliser toujours plus vite et donc de rester compétitif au niveau mondial, visant ainsi une « circulation sans temps de circulation » (Marx).
    Si la théorie ne suffit pas à nous en convaincre, l’histoire s’en charge à merveille et il faut le répéter : il ne peut y avoir d’utilisation de l’État comme simple « moyen » en vue de se libérer du capitalisme – et de l’État, comme l’avait cru Lénine et son fameux « dépérissement de l’État » qui n’est jamais arrivé. Cette histoire n’est, on l’a déjà dit, qu’une succession d’échecs aux conséquences toujours plus désastreuses.

    III. État de crise, État d’exception

    « L’espace “juridiquement vide” de l’état d’exception […] tend désormais à coïncider partout avec l’ordre normal » (Giorgio Agamben, Homo sacer, Paris, Seuil, 2016)

    On aurait presque envie, à côté des conservateurs et autres défenseurs de l’ordre établi, de crier au principe de réalité tant les vaines illusions des restes de la social-démocratie de voir resurgir un État social semblent relever de l’aveuglement. Réalité historique autant que systémique, il n’y a rien à espérer, rien à attendre d’une situation dont il serait grand temps de prendre acte. On assiste depuis quelques dizaines d’années à un recentrement de l’État sur ses fonctions de gouvernement de crise de l’économie en crise, laquelle crise de l’économie et du travail s’est approfondie depuis 2008 au point de menacer jusqu’aux classes moyennes des centres capitalistes. Geste s’accompagnant inévitablement d’un renforcement de sa fonction de répression militaro-policière, dévoilant de nouveau par-là même son vrai visage, celui de ses origines, qu’il avait masqué au cours des dites « Trente Glorieuses » et auquel s’accroche désespérément l’altercapitalisme ambiant. Il n’y a plus de croissance, donc plus de droits sociaux, peut-il proclamer tranquillement. Le mensonge n’est pas celui, superficiel, qu’il n’y a plus d’argent, mais celui, fondamental, qu’il faut s’en remettre au dieu économie une fois de plus – et être offerts en sacrifice. Dans une situation économique de crise, on voit l’État se délester progressivement de ses fonctions « sociales » pour se recentrer sur l’essentiel : relancer l’économie, et gérer ses conséquences socialement désastreuses au travers d’une gestion répressive des masses précarisées ou devenues inutiles d’un point de vue économique. L’État-Providence se démasque en État de punition divine des infidèles de l’économie.

    Si la dynamique du capitalisme conduit intrinsèquement à une éviction progressive du travail du procès capitaliste de production, le phénomène a pris une nouvelle ampleur ces dernières décennies. Depuis 40 ans de « troisième révolution industrielle », avec l’introduction de l’informatique, de l’automatisation et de la robotique au sein du processus productif, cette substitution structurelle et tendancielle du travail par des machines-robots a pris une nouvelle dimension. La possibilité d’une substitution complète de certains pans du travail par des machines-robots (caisses automatiques, robots-ouvriers, chaînes de montage entièrement automatisées...) provoque l’explosion du chômage technologique au sein des centres capitalistes, et une stagnation des faibles salaires aux périphéries. La crise économique qui en résulte touche des masses toujours plus grandes d’individus, jusqu’aux métropoles occidentales désormais entourées de zones de concentration des individus exclus du travail, surexploités et/ou particulièrement précarisés.

    C’est dans ce cadre que l’État peut se déployer dans ce qu’il a de plus élémentaire : sa dimension « sécuritaire ». Sécurité de l’État lui-même, sécurité des entreprises et de leur extorsion de plus-value, sécurité des classes bourgeoises et de leurs propriétés, et sécurité-spectacle des citoyens ordinaires aux moyens de patrouilles militaires, et tout cela au détriment des classes populaires et des exclus du capitalisme. La « sécurité » devient une véritable technique de gouvernement sur fond de « guerre au terrorisme », laquelle justifie aux yeux de beaucoup une gestion oppressive des habitants racisés (ou non) des quartiers populaires et des migrants.
    Relancer l’économie, voilà l’idée fixe de ce monde où l’on marche sur la tête tout en se persuadant que c’est la seule façon de marcher. Mais quand l’air devient proprement irrespirable, que l’on se rend compte qu’on ne relancera jamais rien, alors c’est l’État sécuritaire, militaro-policier, répressif, cet État resserré autour de ses fonctions « minimales » de maintien de l’ordre capitaliste, qui s’impose, révélant ce qu’il a toujours été, un monstre froid, une monstrueuse organisation bureaucratique et militaire, un Léviathan.

    La crise du capitalisme, désastreuse au sein des centres capitalistes, est encore pire à ses périphéries : elle se fait d’autant plus sentir qu’un État est situé en bas de la hiérarchie du système-monde capitaliste. Elle est en grande partie responsable de l’échec des modernisations de rattrapage d’une majorité des anciennes colonies, couplée à un maintien global des hiérarchies du système-monde capitaliste, et donc d’un échange inégal et d’une division inégale du processus international de production. Et cet échec des modernisations de rattrapage, générant une forte crise d’endettement et donc des politiques d’ajustement structurel, a entraîné un délitement des périphéries sous forme de paupérisation générale de leurs populations et/ou d’une multiplication des situations de guerre civile. En conséquence, des contingents toujours plus importants de ces populations se sont enfuis vers des centres en moins piètre état. Face à cette arrivée massive de réfugiés de crise, l’ensemble des États des centres capitalistes ont choisi une politique d’exclusion des non-rentables (en-dehors donc des migrants exploitables d’une manière profitable), une sorte d’ « impérialisme d’exclusion » corolaire d’un « impérialisme de crise ». Les États des centres capitalistes refusent d’une part d’assumer leur responsabilité dans l’effondrement des sociétés des périphéries capitalistes, alors qu’ils sont responsables de l’instauration du capitalisme dans ces sociétés qu’ils ont asservies, pillées, exploitées, racisées, endettées et enfin libéralisées, laissant ainsi des milliers de réfugiés du système-monde capitaliste en crise mourir chaque année à leurs portes. D’autre part, elles se contentent d’interventions militaires dans des périphéries en voie d’effondrement avec un objectif (souvent raté) de maintien de l’ordre mondial et de pillage de ce qu’il reste, aggravant souvent une situation déjà catastrophique. Les États des centres capitalistes se replient ainsi dans leur « forteresse », n’en sortant que pour ces opérations : ils sont des États d’exclusion, d’exclusion des réfugiés de l’économie en crise et de crise, des réfugiés du dérèglement climatique d’origine capitaliste, des réfugiés des guerres internes aux périphéries en voie d’effondrement, des réfugiés des guerres de maintien de l’ordre mondial ou encore des réfugiés du développement. Après avoir imposé au monde entier un mode d’organisation social aux effets dévastateurs, l’impérialisme des centres capitalistes s’en retire très progressivement en laissant derrière lui un désastre économique, social et politique qu’il refuse d’assumer.

    Les évolutions contemporaines de l’État capitaliste de crise, et notamment son recentrement sur sa fonction policière et son durcissement en tant qu’organe répressif, loin de relever d’un changement de nature de ce dernier, sont plutôt l’affirmation même de ce qui fait sa nature : la violence constitutive du droit et de son maintien. Aux fondements de la souveraineté, qu’elle soit dite démocratique ou non, se trouve celui qui décide de l’état d’exception. L’état d’exception n’est pas une anomalie, ou encore l’opposé de l’État de droit : il est au fondement même de l’État et de son droit. L’État est cette structure capable de suspendre juridiquement son ordre juridique – comme il l’a fait en Allemagne en 1933 –, c’est-à-dire qu’il peut entreprendre des actions extra-constitutionnelles de manière constitutionnelle. Il y a donc, au fondement même de l’État « de droit », sa possible transformation en un « État d’exception » extraordinaire, de crise. Celui de l’état d’urgence depuis 2015 et ses fichés S, ses interdictions de manifestations, ses assignations à résidence, sa police toujours plus violente et sa justice fonctionnant comme machine à enfermer. Celui qui a fait de l’anti-terrorisme un procédé même de gouvernement, celui de l’affaire Tarnac.

    État d’urgence qu’on retrouve aujourd’hui en Turquie, hier dans l’Allemagne pré-hitlérienne de 1930, aux États-Unis à partir de 1941 – permettant l’enfermement dans des camps au milieu du désert de dizaines de milliers de Japonais –, dans l’Italie des années 1970-1980 pour réprimer l’Autonomie italienne, en Syrie depuis 1963… État d’urgence, hier encore, en France et en Algérie coloniale en 1955, 1958 et 1960-1963 – aboutissant aux massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962 –, en Nouvelle-Calédonie en 1984-85 dans l’optique d’une répression du mouvement indépendantiste, en 2005 en Île-de-France dans l’optique de l’écrasement des banlieues insurgées. État de siège (version militarisée de l’État d’urgence), avant-hier, celui de l’écrasement sanglant des ouvriers parisiens en juin 1848, des communards en 1871 ou des Kabyles insurgés cette même année. Demain, après-demain, l’article 16 autorisant une dictature présidentielle temporaire, l’état de siège dans l’optique de réprimer une insurrection populaire ? La frontière entre l’État de droit et celui d’exception est donc relative, poreuse, mystifiante, l’État de droit justifiant l’État d’exception au nom de son maintien. C’est ce que révèle la normalisation de l’État d’urgence, dispositif d’exception dont le prolongement indéfini ne semble en aucun cas perturber l’État de droit. Progressivement, les frontières entre démocratie parlementaire et dictature temporaire se font toujours plus poreuses, l’état d’exception se fondant toujours mieux dans l’état démocratique. Si le cadre constitutionnel nous fournit une vaste prison sociale dans laquelle l’on bénéficie encore d’une relative liberté de mouvement, qu’un état d’exception vienne suspendre cet ordre des choses et voilà les murs de la cage se rapprocher dangereusement. Disons-le, l’État d’exception commence à nous coller à la peau.

    Mais cet État d’exception extraordinaire, propre aux crises économiques, sociales ou encore politiques du capitalisme, se double d’un état d’exception ordinaire, tout aussi constitutif de l’État moderne mais permanent, et simplement exacerbé en temps de crise. Constitutif de l’État moderne, non comme possibilité souveraine de suspendre légalement son ordre légal, mais comme monopole de la violence sur un territoire et une population donnée. « Le souverain […] se pose légalement en-dehors de la loi » (Agamben) : il faut comprendre cette sentence non comme l’exception de l’État, mais comme règle fondatrice de son appareil policier, militaire et judiciaire, révélant l’État comme une structure de domination arbitraire basé en dernière instance sur ces appareils répressifs. Arrestations, abus, suspension des droits civiques traversent de part en part l’état normal du droit sans pour autant nécessiter de suspension de l’ordre démocratique, révélant ainsi sa nature intrinsèquement répressive. La police illustre parfaitement cet État d’exception ordinaire dont elle est une pièce maîtresse : elle est fondée légalement à entreprendre des actions non-légales lorsqu’elles sont exécutées par des simples citoyens. Les policiers peuvent légalement fouiller, frapper ou encore séquestrer (dans un commissariat) des individus, contrairement aux autres citoyens. La police peut même de facto tuer (300 morts depuis 30 ans pour presque aucune condamnation judiciaire), stade suprême de l’État d’exception légalement fondé, et manifestation du « droit de vie et de mort » constitutif de l’État souverain. La justice n’est pas en reste. Elle est fondée légalement à entreprendre une action illégale lorsqu’elle est exécutée par des simples citoyens : enfermer (dans un établissement carcéral) et extorquer (sous forme d’une amende) des individus. L’État est bien cette coïncidence entre violence et droit dont parlait Agamben. Et cet État d’exception ordinaire s’acharne avant tout sur ceux susceptibles de menacer son ordre stato-capitaliste : militants politiques, participants aux luttes sociales, mais surtout prolétaires racisés de quartiers populaires constitués en zones d’exception permanentes. La hiérarchie raciste et de classe, dont l’État est un défenseur ultime, est ainsi violemment réaffirmée. L’État d’exception ordinaire règne, enfin, au sujet des violences domestiques faites aux femmes, en excluant ces violences de facto du droit, en renvoyant celles-ci au « privé », aboutissant finalement à un laisser-faire des viols et des violences patriarcales au sein du cadre domestique.

    Précisons-le, il ne s’agit pas de revendiquer, on ne saurait comment d’ailleurs, plus de droit et moins d’exception. L’État capitaliste est obligé d’être en partie « de droit » puisqu’il n’y a pas de capitalisme sans droit, sans garantie du respect des contrats, des dettes, des propriétés et des propriétaires. Mais en même temps, et au nom même de cette garantie de l’ordre capitaliste, l’État s’extrait du cadre légal qu’il a de toute façon lui-même créé. L’État d’exception ordinaire est donc un simple défenseur du droit capitaliste, c’est-à-dire de l’État de droit. Il ne faudrait donc pas opposer ces deux formes de l’État : il s’agit d’une seule et même structure se dédoublant de manière complémentaire, de deux faces d’une même pièce, d’un continuum au service de l’ordre capitaliste. L’État de droit en réalité justifie l’État d’exception ordinaire comme son garant nécessaire, de même qu’il justifie l’état d’exception extraordinaire comme son garant en dernier ressort– comme son cas limite.

    Pour en finir avec l’État de crise, l’État d’exclusion, l’État d’urgence, il faut en finir avec l’État d’exception ordinaire comme avec l’État de droit, donc en finir avec l’État, sa politique et son monde capitaliste.

    Comité érotique révolutionnaire

    https://lundi.am//Politique-de-crise


  • Très haute tension et contestation verticale en haute-durance
    Trilogie hivernale en pays gavot
    par Marcel Baudissard
    paru dans CQFD n°152 (mars 2017)
    http://cqfd-journal.org/Trilogie-hivernale-en-pays-gavot

    http://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-139.jpg

    La Haute-Durance reste une des voies les plus directes pour rejoindre les concentrations urbaines d’Italie du Nord depuis le bassin méditerranéen français. Mais ces sacrées montagnes qui ceignent cette vallée des Alpes entravent fortement la circulation des marchandises ! Et les cols sans tunnel ni lignes à grande vitesse, cela fait mauvais genre sur les cartes européennes. Aussi, derrière la soi-disant rénovation du réseau électrique entreprise par RTE se cachent quelques perspectives de « développement économique » que seuls les avaleurs de couleuvres politiciennes se refusent à voir.

    #CQFD #Haute-Durance #THT #RTE


  • Vies d’ordures. De l’économie des #déchets

    Notre empreinte écologique est exponentielle : plus de 80 % de la surface émergée de la planète est sous influence humaine directe. Cette surexploitation de l’écosystème engendre des bouleversements naturels : hausse de la température du globe, appauvrissement de la couche d’ozone, acidification des océans, épuisement des sols et des sous-sols. Nos sociétés sont transformées en sociétés du déchet.
    Exposer les manières dont nos sociétés produisent, traitent, s’approprient et transforment les restes, apparait comme un enjeu central pour le musée de société qu’est le Mucem.
    L’exposition Vies d’ordures. De l’économie des déchets invite à un voyage autour de la Méditerranée, à la découverte des paysages, des technologies, des objets recyclés ou de deuxième vie, et surtout à la rencontre des hommes et des femmes qui gèrent nos déchets, en vivent et souvent les subissent. Il s’agit d’interroger leurs savoir-faire, leurs conditions de vie, les rapports sociaux et les conflits dans lesquels ils sont pris.
    Basée sur des enquêtes ethnographiques réalisées en Turquie, en Albanie, en Egypte, en Italie, en Tunisie, au Maroc ou dans le Sud-est de la France (Marseille et sa métropole), cette exposition a pour but de sensibiliser le public à la gestion individuelle et collective des déchets en montrant les façons dont nous les collectons, les trions, les réparons, les transformons, avec l’inventivité de la nécessité. Par les détournements ou par les traitements de
    haute-technologie dont ils font l’objet, les déchets donnent forme à nos paysages et à nos relations sociales.

    Le parcours permet de s’interroger sur nos modes de vie, nos modèles de consommation et de production grâce à plus de 450 objets, documents, installations, films, cartes et schémas issus des collections du Mucem et des
    musées d’ethnographie comme le musée du Quai Branly ou le musée de Guatelli dans la région de Parme et surtout en s’appuyant sur les documents issus des campagnes d’enquêtes collectes 1 initiées par le Mucem depuis
    2014. Des dispositifs pédagogiques ont également été spécialement conçus pour les besoins de l’exposition : cartes, tableaux de classification des déchets, maquettes.

    http://static.mucem.org/sites/default/files/assets/images/exposition_vies_dordures_mucem_home_0.jpg
    #exposition
    cc @ieva


  • Mémoires d’un révolutionnaire de Pierre Kropotkine
    https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9moires_d%E2%80%99un_r%C3%A9volutionnaire/Texte_entier
    https://4emesinge.com/wp-content/uploads/2014/11/Peter_Kropotkin_circa_1900.jpg

    Table des matières

    Biographie. VII

    Préface. XI

    PREMIÈRE PARTIE
    Mon Enfance.

    CHAPITRE PREMIER
    Moscou. — Le Vieux Quartier des Écuyers. — Premier souvenir. — La famille Kropotkine. — Mon père. — Ma mère. 1

    CHAPITRE II
    Ma belle-mère. — La méthode d’enseignement de M. Poulain. — Plaisirs du dimanche. — Mon goût pour le théâtre. — Ma participation au jubilé de Nicolas Ier — Entrée de mon frère à l’école des Cadets. 13

    CHAPITRE III
    Les serfs. — Vie de famille et relations mondaines. — Le carême et la fête de Pâques en Russie. — Scènes de la vie des serfs. — Départ pour la campagne. — Séjour à Nikolskoïé. 27

    CHAPITRE IV
    Mon éducation (suite). — Tableaux du servage. — Une triste destinée. — Instruction donnée à des serfs bien doués. — Une histoire de revenant. 48

    CHAPITRE V
    Souvenirs de la guerre de Crimée. — Mort de Nicolas I". — Mon développement intellectuel. — Mes goûts littéraires. — Mes essais de journalisme. 63

    DEUXIÈME PARTIE
    Le Corps des Pages.

    CHAPITRE PREMIER
    Mon entrée dans le Corps des Pages. — « Colonel ». — L’esprit dominant au Corps des Pages. 71

    CHAPITRE II
    L’enseignement au Corps des Pages. — Étude de l’allemand. — Grammaire et littérature russes. — Nos rapports avec les maîtres d’écriture et de dessin. — « Une soirée au bénéfice » du maître de dessin. 84

    CHAPITRE III
    Correspondance avec mon frère sur des questions de science, de religion, de philosophie et d’économie politique. — Entrevues secrètes avec mon frère. — Étude pratique d’économie sociale — Contacts avec le peuple. 96

    CHAPITRE IV
    Temps orageux au Corps des Pages. — Obsèques solennelles de l’impératrice Alexandra. — Etudes dans les classes supérieures du Corps des Pages ; l’enseignement de la physique, de la chimie et des mathématiques. — Occupations aux heures de loisir. — L’opéra italien à Pétersbourg. 111

    CHAPITRE V
    La vie de camp à Péterhof. — Exercices militaires en présence de l’empereur. — Enseignement pratique. — Diffusion des idées révolutionnaires. — Abolition du servage. — Importance et conséquence de cette abolition. 124

    CHAPITRE VI
    La vie de cour à Pétersbourg. — Le système d’espionnage à la cour. — Caractère d’Alexandre II. — L’Impératrice. — Le prince héritier. — Alexandre III. 143

    CHAPITRE VII
    Je choisis un régiment de Cosaques sibériens. — Epouvantable incendie à Pétersbourg. — Commencement de la réaction. — J’obtiens le brevet d’officier. 158

    TROISIÈME PARTIE
    Sibérie.

    CHAPITRE PREMIER
    La Sibérie. — Travaux de réforme en Transbaïkalie. — L’insurrection polonaise. — Ses conséquences funestes pour la Pologne et la Russie. 173

    CHAPITRE II
    Annexion et colonisation de la province de l’Amour. — Un typhon. — En mission à Pétersbourg. 189

    CHAPITRE III
    Je traverse la Mandchourie déguisé en marchand. — Je remonte le Soungari jusqu’à Kirin. — Des mines d’or à Tchita. 205

    CHAPITRE IV
    Ce que j’ai appris en Sibérie. — Exilés polonais dans la Sibérie orientale. — Leur révolte. — Je quitte le service militaire. 221

    QUATRIÈME PARTIE
    Saint-Pétersbourg.
    Premier voyage dans l’Europe occidentale.

    CHAPITRE PREMIER
    A l’Université de Pétersbourg. Corrections apportées à l’orographie et à la cartographie de l’Asie septentrionale. — Explorateurs russes de cette époque. — Plans d’expéditions arctiques. — Etudes glaciaires en Finlande. 229

    CHAPITRE II
    La situation à Pétersbourg. — Double nature d’Alexandre II. — Corruption de l’Administration. — Empêchements à l’enseignement. — Décadence de la société pétersbourgeoise. — L’affaire Karakosov. 247

    CHAPITRE III
    Mouvement réformiste dans la jeunesse russe. — Activité des jeunes filles, leur ardeur pour l’étude. — Création de nombreux cours de femmes. — La vie nouvelle dans le Vieux Quartier des Ecuyers. 263

    CHAPITRE IV
    Premier voyage à l’étranger. — Séjour à Zurich. — L’Association Internationale des Travailleurs. — Son origine. — Son activité. — Sa diffusion. — Etude du mouvement socialiste par la lecture des journaux socialistes. — Les sections genevoises de l’Internationale. 273

    CHAPITRE V
    Chez les horlogers du Jura. — Les débuts de l’Anarchisme. — Mes amis de Neuchâtel. — Les réfugiés de la Commune. — Influence de Bakounine. — Mon programme socialiste. 287

    CHAPITRE VI
    Livres inédits introduits par contrebande. — Le Nihilisme. — Mépris de la forme extérieure. — Le Mouvement « vers le peuple ». — Le Cercle de Tchaïkovsky. — Courants politiques et sociaux. — Pas d espoir de réformes. — La personne du Tsar protégée par la jeunesse. 300

    CHAPITRE VII
    Les membres influents du cercle de Tchaïkovsky. — Mon amitié avec Stepniak — Propagande dans les campagnes et parmi les tisserands de Pétersbourg. 325

    CHAPITRE VIII
    Nombreuses arrestations de propagandistes à Pétersbourg. — Ma conférence à la Société de Géographie. — Mon arrestation. — Interrogatoire inutile. — Mon incarcération à la forteresse de Pierre et Paul. 339

    CINQUIÈME PARTIE
    La forteresse. — L’évasion.

    CHAPITRE PREMIER
    La forteresse de Pierre et Paul. — Ma cellule. — Exercices de gymnastique. — Mon frère Alexandre accourt à mon aide. — J’obtiens la permission d’écrire. — Mes lectures. — Monotonie de la vie de prison. — Arrestation de mon frère. — Relations secrètes avec mes co-détenus. — Une visite du grand-duc Nicolas. 353

    CHAPITRE II
    Mon transfert à la maison de détention. — Ma maladie. — A l’hôpital militaire. — Plans de fuite. — Mon évasion. — Voyage à l’étranger. 373

    SIXIÈME PARTIE
    L’Europe occidentale.

    CHAPITRE PREMIER
    Buts de mon activité dans l’Europe occidentale. — Séjour à Edimbourg et à Londres. — Je collabore à la Nature et au Times. — Départ pour la Suisse. — L’Association Internationale des Travailleurs et la Social-Démocratie allemande. — Progrès de l’Internationale en France, en Espagne et en Italie. 389

    CHAPITRE II
    La Fédération Jurassienne et ses membres influents. — Séjour à La Chaux-de-Fonds. — Interdiction du drapeau rouge en Suisse. — Un nouvel ordre social. 402

    CHAPITRE III
    Lutte entre l’Anarchisme et la Social-Démocratie. — Expulsion de Belgique. — Séjour à Paris. — Renaissance du socialisme en France — Tourguénev, son importance pour la jeune Russie. — Tourguénev et le Nihilisme. — Bazarov dans Pères et Fils. 417

    CHAPITRE IV
    Mécontentement croissant en Russie après la guerre russo-turque. — Le procès des 193. — Attentat contre Trépov. — Quatre attentats contre des têtes couronnées. Persécution de la Fédération Jurassienne. — Nous fondons Le Révolté. — Ce que doit être un journal socialiste. — Difficultés financières et techniques. 427

    CHAPITRE V
    Le mouvement révolutionnaire prend un caractère plus grave en Russie. — Attentats contre l’empereur dirigés par le comité exécutif. — Mort d’Alexandre II. — Fondation de ligues destinées à combattre les révolutionnaires et à protéger l’empereur. — Ma condamnation à mort. — Mon expulsion de Suisse. 440

    CHAPITRE VI
    Une année à Londres. — Premiers symptômes du réveil de l’esprit socialiste en Angleterre. — Départ pour Thonon. — Les mouchards. — Compromis d’Ignatiev avec les Terroristes. — La France en 1881-82. — Misère des tisseurs de Lyon. — Explosion dans un café de Lyon. — Mon arrestation et ma condamnation. 455

    CHAPITRE VII
    Effets néfastes du régime des prisons au point de vue social. — A la prison centrale de Clairvaux. — Occupations des détenus. — Triste condition des vieux prisonniers. — Relations actives des détenus entre eux. — Influence démoralisatrice des prisons. 470

    CHAPITRE VIII
    Mes aventures avec la police secrète. — Amusant rapport d’un agent secret. — Mouchards démasques. — Un faux baron. — Conséquences de l’espionnage. 486

    CHAPITRE IX
    Le « vol » de Louise Michel. — Elie Reclus. — Je me fixe à Harrow. — Travaux scientifiques de mon frère Alexandre. — Sa mort. 501

    CHAPITRE X
    Le mouvement socialiste en Angleterre en 1886. — Ma participation à ce mouvement. — La formule de « lutte pour la vie » complétée par la loi naturelle de l’appui mutuel. — Immense diffusion des idées socialistes. 509


  • Droit de rester pour tout-e-s | Le SEM falsifie l’âge des mineurs
    https://asile.ch/2017/03/25/droit-de-rester-e-s-sem-falsifie-lage-mineurs

    https://asile.ch/wp/wp-content/uploads/2017/03/CommissaireDroitsHomme_documentSyntheseMineurs.png

    Les accords de Dublin n’autorisent pas les États européens à renvoyer les mineurs qui se trouvent sur leur territoire. Cette contrainte ne convient pas au Secrétariat d’État aux migrations (SEM) qui estime que trop de mineurs non accompagnés demandent l’asile en Suisse. Pour les renvoyer malgré tout en Espagne, en Italie ou en Hongrie, il […]


  • Quand l’ex-leader du GUD Frédéric Chatillon cherchait 10 millions pour le FN - Challenges.fr
    https://www.challenges.fr/election-presidentielle-2017/quand-l-ex-leader-du-gud-frederic-chatillon-cherchait-10-millions-pour-le
    https://www.challenges.fr/assets/img/2015/02/13/cover-r4x3w1000-58d293d6191aa-un-proche-de-marine-le-pen-frederic-chatillon-patron-de.jpg

    Le patron de Riwal (...) mentionne « un accord de principe de nos amis italiens » pour un prêt de 10 millions d’euros gagé sur la « subvention annuelle ». Sans doute l’aide publique de 5 millions d’euros que touche le Front national chaque année depuis 2012 grâce à son résultat aux élections législatives.

    Frédéric Chatillon évoque « quatre échéances de 2,5 millions d’euros directement subrogées sur la subvention annuelle » et un taux d’intérêt de 10%. « C’est assez élevé, mais c’est la seule solution que nous avons pour l’instant », note Frédéric Chatillon. Interrogé un an et demi plus tard par les juges d’instruction Aude Buresi et Renaud Van Ruymbeke dans l’enquête sur le financement des campagnes FN où il est mis en examen, le communicant assume. « Etes-vous en charge de la recherche d’un financement du Front national ? », s’étonnent les magistrats. « Comme de nombreuses personnes, répond-il. Toutes les bonnes volontés étaient les bienvenues. J’ai d’ailleurs tout intérêt à ce que le FN me paie. » Un prestataire aux petits soins, en somme.

    Quelques mois plus tard, le trésorier du Front national Wallerand de Saint-Just reconnait aussi le rôle joué par l’ancien leader du GUD dans la recherche d’un prêt pour le parti. « Monsieur Chatillon a effectivement essayé de trouver des prêts pour financer les campagnes électorales, notamment en Italie. Cela n’a pas marché. J’ai réussi en Russie », relate-t-il. Une allusion au prêt de 9,4 millions d’euros que le Front national a finalement souscrit auprès d’une banque tchéco-russe en 2014.

    Plus largement, depuis l’arrivée de Marine Le Pen à la tête du Front national, Frédéric Chatillon a été, avec son agence Riwal, un prestataire incontournable pour les tracts et affiches des candidats FN, largement remboursés sur fonds publics. Début 2011, c’est même la présidente du Front national qui a convoqué dans un petit restaurant à Nanterre les imprimeurs qui avaient l’habitude de travailler avec le Front pour leur imposer Riwal comme intermédiaire entre eux et les candidats.

    Cette situation de quasi-monopole a permis à l’agence de com’ de dégager de confortables marges, allant de 38% à 68% sur les dépenses de campagne des candidats aux élections législatives de 2012. Et jusqu’à 74% sur les affiches officielles et profession de foi de la campagne présidentielle de Marine Le Pen. Soit 1,8 millions d’euros de marge sur les 2,4 millions remboursés par l’Etat ! Une forme d’industrialisation des subventions publiques qui est dans le viseur de la justice et vaut à #Frédéric_Chatillon, au trésorier du Front national et au FN en tant que parti d’être renvoyés en procès.

    #Linfiltré #PhoneStories #FN


  • i24NEWS - Israël : l’armée de l’air accueillera sept pays pour un exercice commun
    21/03/2017
    https://www.i24news.tv/fr/actu/international/140712-170321-israel-l-armee-de-l-air-accueillera-7-nations-pour-un-exercice

    Il y aura des aviateurs des États-Unis, de la Grèce, de la Pologne, d’Italie, de France, d’Allemagne et d’Inde

    L’armée de l’air israélienne devrait accueillir sept pays pour un exercice biannuel de deux semaines baptisé « Drapeau bleu » à l’automne, a rapporté mardi le ministère de la Défense.

    Israël accueillera des centaines d’aviateurs des États-Unis, de Grèce et de Pologne et, pour la première fois, de France, d’Allemagne, d’Inde et d’Italie.

    Quelque 40 autres pays ont été invités à participer en qualité d’observateurs. Il s’agit d’une série d’exercices la plus importante jamais exécutée avec huit nations incluant Israël.

    « Il s’agit de la présence de sept nations, plus Israël », a déclaré le lieutenant-colonel Richard Hecht, chef des affaires internationales de l’armée de l’air israélienne.

    Selon Hecht, Israël est utilisé comme un terrain d’entraînement mondial pour de nombreux pays qui s’arrêtent avant d’accomplir des missions dans la région.

    « Les gens voient qu’il y a beaucoup à apprendre d’Israël. Dans notre petit espace aérien et dans l’environnement qui nous entoure, les choses sont si intenses. Les Russes sont ici », a-t-il affirmé.

    De nombreuses forces aériennes du monde passent par ici pour se rendre en Syrie et ailleurs dans la région. « Nous fournissons donc une sorte de laboratoire dans lequel les forces peuvent mettre au point un éventail de compétences nécessaires pour lutter contre les menaces croissantes », a ajouté M. Hecht.

    #Israël_terrain_d’entraînement_mondial


  • La piste d’atterrissage circulaire, un projet sans queue ni tête ?
    http://www.batiactu.com/edito/piste-atterrissage-circulaire-un-projet-sans-queue-48414.php
    http://www.batiactu.com/images/auto/620-465-c/20170320_175307_the-endless-runway--01a.jpg

    Une piste d’aéroport doit-elle forcément être plate et rectiligne ? Pas forcément selon les ingénieurs européens qui planchent sur le projet Endless Runway, un concept de piste sans début ni fin qui permettrait de s’affranchir de certaines contraintes telle l’orientation du vent.

    Techniquement, les ingénieurs ont déterminé que les dimensions idéales sont celles d’un cercle de 3 kilomètres de diamètre, offrant donc une circonférence de 9,42 km. Des dimensions assez proches de l’autodrome de Nardo, dans l’extrême sud de l’Italie, où l’anneau de vitesse mesure 4 km de diamètre pour 12,5 km de développé, le tout sur 16 mètres de large.

    http://www.batiactu.com/images/auto/auto-350-x/20170320_175646_nardring.jpg

    • « Pour les voyageurs, la sensation sera celle d’un léger virage », promettent les concepteurs.

      Je prends
      • une vitesse au décollage de 250 km/h (B747, l’article donne 278 km/h pour un A380)
      • le rayon de 1,5 km
      => accélération centrifuge de 3,2 m/s^2, soit environ 0,3 g
      (valeur maximale, proportionnelle au carré de la vitesse)