country:kenya


  • Du Kenya à Lingolsheim, le parcours de Zakaria, professeur polyglotte
    https://www.rue89strasbourg.com/kenya-lingolsheim-parcours-zakaria-adika-professeur-polyglotte-1471

    Gagne à être connu-e. Professeur d’anglais en collège, Zakaria Adika transmet ses compétences pointues en langues vivantes et son caractère de bosseur du coté de Lingolsheim. Arrivé en 2004 du Kenya pour étudier les Lettres, le jeune anglophone est d’abord tombé de haut, avant de trouver sa place à l’Éducation nationale et de fonder sa famille à Strasbourg. (lire l’article complet : Du Kenya à Lingolsheim, le parcours de Zakaria, professeur polyglotte)


  • First Person: Returning to #Dadaab

    “Refugees here need freedom and dignity to earn a decent living, but most feel abandoned and forgotten”.
    Three main camps – #Ifo, #Dagahaley, and #Hagadera – make up the Dadaab refugee complex; the #no_man’s_land lost in between Kenya and Somalia where I spent most of my childhood.

    http://www.irinnews.org/opinion/2019/01/24/Kenya-dadaab-camp-returning
    #Kenya #camps_de_réfugiés #témoignage


  • #Kenya to teach #Mandarin Chinese in primary school — Quartz Africa
    https://qz.com/africa/1517681/kenya-to-teach-mandarin-chinese-in-primary-classrooms

    The country’s curriculum development institute (KICD) has said the design and scope of the mandarin syllabus have been completed and will be rolled in out in 2020. Primary school pupils from grade four (aged 10) and onwards will be able to take the course, the head of the agency Julius Jwan told Xinhua news agency. Jwan said the language is being introduced given Mandarin’s growing global rise, and the deepening political and economic connections between Kenya and China.

    #Chine #langue


  • Les Personnes déplacées internes en #Afrique : repères juridiques et réalités. Contribution à l’étude de la #Convention_de_Kampala

    La migration est devenue, de nos jours, un sujet d’actualité dans le monde. En Europe, les débats sont passionnés et les politiques nationales deviennent de plus en plus restrictives en la matière. La forme de migration dite forcée est assurément multicausale et tous les experts s’accordent aujourd’hui à reconnaître la prégnance du phénomène du déplacement interne même si son impact médiatique demeure limité. Quantitativement, le nombre des déplacés internes est depuis longtemps nettement plus important que celui des demandeurs d’asile et réfugiés et les chiffres l’attestent amplement. Ainsi, la responsabilité internationale des réfugiés constituant une charge de plus en plus pesante pour quelques grands pays d’accueil reste malgré tout moins forte corrélativement à celle qui repose sur les États souvent sous-développés et donc pauvres à propos des déplacés internes. De nos jours, un éclairage était devenu nécessaire, vingt ans après l’adoption des Principes directeurs au niveau universel et neuf ans après celle de la Convention étudiée. La présente introspection est un plaidoyer en faveur du respect de leurs droits en forçant l’Union africaine à devenir beaucoup plus visible et plus entreprenante y compris sur le terrain. Étant donné que le déplacé interne d’aujourd’hui est aussi un potentiel demandeur d’asile ou un éventuel migrant, le sujet doit devenir une préoccupation majeure de la communauté internationale.


    https://www.publibook.com/les-personnes-deplacees-internes-en-afrique-reperes-juridiques-et-realite
    #IDPs #déplacés_internes #livre #réfugiés

    • La Convention de Kampala et le droit à ne pas être déplacé arbitrairement

      Les rédacteurs de la Convention de Kampala se sont largement inspirés des Principes directeurs relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays tout en tenant compte du contexte africain ; la reconnaissance du droit à ne pas être déplacé arbitrairement en est un exemple particulièrement patent.

      La Convention de l’Union Africaine sur la protection et l’assistance aux personnes déplacées en Afrique – la Convention de Kampala adoptée en 2009 – doit en grande partie son développement aux Principes directeurs relatifs au déplacement interne. Elle reflète les principes internationaux des droits de l’homme et du droit humanitaire tels que incarnées dans les Principes directeurs, mais elle intègre également différents aspects pertinents de normes provenant des mécanismes régionaux des droits de l’homme en vigueur en Afrique.

      C’est dans la reconnaissance du droit à ne pas être déplacé arbitrairement que la Convention de Kampala incarne le plus étroitement les Principes directeurs. Ce principe qui est au cœur-même de la protection des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDI), élève la protection relative au déplacement interne et transforme une considération éthique en une obligation juridique au sujet de laquelle il est possible de demander aux États de rendre des comptes. Quatre aspects principaux de ce droit sont couverts dans les Principes directeurs et, par extension, dans la Convention de Kampala.

      Premièrement, tout acte de déplacement doit être conforme au droit international. S’inspirant des Principes directeurs, la Convention de Kampala énumère les raisons pour lesquelles le déplacement est interdit aux termes du droit international, comme par exemple la discrimination visant à altérer la composition ethnique, ou la ségrégation religieuse ou raciale de la population. Elle rejette également l’utilisation du déplacement en tant qu’instrument de punition collective, le déplacement « issu de situations de violence ou de violations généralisées des droits de l’homme » – comme par exemple, la violence qui a fait suite aux élections de 2007 au Kenya et qui a entrainé des déplacements en masse – ainsi que tout déplacement pouvant être assimilé à un génocide, des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité.

      Alors que les Principes directeurs interdisent la mutilation et la violence sexospécifique à l’égard des PDI (Principe 11), la Convention de Kampala va plus loin et interdit les pratiques préjudiciables comme cause de déplacement. À cet égard, elle doit énormément au Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, relatif aux droits de la femme en Afrique (connu sous le nom de Protocole de la femme africaine[1]), un instrument qui va bien plus loin que d’autres traités internationaux dans le soutien et la promotion des droits reproductifs. Outre des circonstances dans lesquelles des filles fuient la menace des mutilations génitales féminines et de mariages d’enfants, forcés, ou précoces, dans certaines parties de l’Afrique le repassage des seins, une pratique qui provient en partie de la croyance selon laquelle aplatir les seins des jeunes filles atténueraient leur tendance à la promiscuité, est également une cause de fuite. En interdisant ce type de pratiques préjudiciables comme causes de déplacement, la Convention de Kampala reflète très clairement le contexte africain.

      La Convention de Kampala permet certains types de déplacements pour des motifs spécifiques, dans les situations de conflit armé, par exemple, pour des impératifs militaires, ou lorsqu’il s’agit d’assurer la protection des populations civiles. Ce type de motif autorisé inspiré des Principes directeurs découle du droit international humanitaire et en particulier du Protocole II additionnel aux Conventions de Genève de 1949. Dans les situations de catastrophe naturelle, le déplacement est permis lorsqu’il est nécessaire pour préserver la sécurité et la santé des populations concernées. Toutefois, en ce qui concerne le déplacement induit par le développement, la Convention de Kampala opère un virage significatif. Le projet initial de la Convention de Kampala reflétait l’interdiction de cette forme de déplacement telle qu’elle figure dans les Principes directeurs, à savoir « dans le contexte de projets de développement de vaste envergure qui ne sont pas justifiés par des considérations impérieuses liées à l’intérêt supérieur du public » (Principe directeur 6(c)), mais cette partie a été modifiée par la suite pour devenir l’Article 10 de la Convention de Kampala en vertu duquel il est demandé aux États d’éviter, « dans la mesure du possible », le déplacement provoqué par des projets. Ce n’est que dans le cas de communautés spécialement attachées et dépendantes de leur terre qu’il est exigé aux États de veiller à ce que le déplacement n’ait lieu qu’en cas « de nécessité impérative dictée par les intérêts du public » (Convention de Kampala Article 4(5)).

      Le deuxième aspect du droit de ne pas être déplacé arbitrairement est que le déplacement, autorisé dans certaines circonstances en vertu du droit international, doit être exécuté en conformité avec les dispositions de la loi – c’est-à-dire, en satisfaisant toutes les garanties procédurales minimales. En ce qui concerne toutes les formes de déplacement, les Principes directeurs – se faisant l’écho de la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre[2] – définissent les garanties procédurales minimales dans le Principe 7 qui exige qu’ « avant toute décision nécessitant le déplacement de personnes, les autorités concernées [fassent] en sorte que toutes les autres possibilités soient étudiées afin d’éviter le recours à une telle mesure [...][et veillent] à ce que les personnes déplacées soient convenablement logées ». Même s’il n’existe pas de normes minimales fixées dans le cadre des Principes directeurs concernant les catastrophes naturelles, et plus spécifiquement le changement climatique, ces circonstances figurent dans la Convention de Kampala. Alors que le changement climatique gagne en reconnaissance au fil du temps, il s’agit d’un des domaines dans lesquels la Convention de Kampala va plus loin que les Principes directeurs en mentionnant explicitement le changement climatique (il est vrai que les Principes directeurs reconnaissent les « catastrophes » en termes généraux, ce qui – même sans les définir de manière explicite – peut se rapporter aux impacts du changement climatique).

      Le troisième aspect du droit de ne pas être déplacé arbitrairement est que le déplacement ne doit pas être exécuté d’une manière qui contreviendrait au respect des droits de l’homme. Comme les Principes directeurs, la Convention de Kampala exige des États qu’ils respectent leurs obligations au titre des droits de l’homme en ce qui concerne la manière dont les déplacements sont exécutés, par exemple, dans les situations de projets de développement.

      Finalement, la Convention de Kampala exige des États qu’ils adoptent des mesures visant à corriger les impacts négatifs du déplacement sur les PDI. Comme le Principe 3(2) des Principes directeurs, l’Article 5(9) de la Convention de Kampala instaure la disposition relative au droit de demander et recevoir de l’assistance et l’érige en droit des PDI. L’aspect fondamental de cette disposition – de même que l’essentiel des deux instruments – consiste principalement à garantir la protection et l’assistance des PDI, et à les protéger contre les conséquences négatives du déplacement qui peuvent ne pas avoir été prévues avant ou pendant la période du déplacement interne.

      L’émergence de la Convention de Kampala en tant que norme régionale relative au déplacement interne est une solide indication de la pertinence et de la signification des Principes directeurs en tant que déclaration initiale et autorisée de principes internationaux régissant la protection et l’assistance des PDI. Même avec certaines adaptations visant à mieux refléter les réalités du contexte africain, la Convention de Kampala reste l’expression la plus patente de la contribution que les Principes directeurs ont apportée aux instruments contraignants relatifs au déplacement interne successifs.

      https://www.fmreview.org/fr/Principesdirecteurs20/adeola


  • « Gilets jaunes » : la révolte des ronds-points
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2018/12/15/sur-les-ronds-points-les-gilets-jaunes-a-la-croisee-des-chemins_5397928_3224

    Adélie a 28 ans, employée aux pompes funèbres, sa vocation. A ceci près que la spécialité est verrouillée dans le coin et travailler plus loin revient trop cher en essence, en garde d’enfant, en temps. Bref, chômeuse. En fait, à cet instant précis, Adélie s’en fout. Depuis quand sa vie ne lui avait pas semblé si excitante ? Laisser le téléphone allumé en rentrant à la maison. Ne plus regarder les dessins animés avec la petite, mais les infos. Parler à des gens auxquels elle n’aurait jamais osé adresser la parole, Stéphane par exemple, avec sa barbichette tortillée en deux tresses et sa dégaine de gouape. Un routier, en fait, adorable. « Sinon, on fait quoi de nos journées ? », dit Adélie. Etre au cœur du réacteur, cette fois au moins.

    #Florence_Aubenas #Paywall

    • La grande reportrice Florence Aubenas et le photographe Edouard Elias racontent cette France qui se retrouve depuis un mois sur les carrefours giratoires.

      Deux bâches sont tendues en plein vent sur une charpente en bois récupéré. Un coin fait cuisine, Butagaz, table bricolée. Deux canapés occupent le fond, un générateur, quatre drapeaux français et le sapin de Noël, apporté par un club de motards. C’est « la cahute », appellation officielle : combien y en a-t-il aujourd’hui en France, posées sur le bord des ronds-points ? Celle-là est à côté du Leclerc, à l’entrée de Marmande (Lot-et-Garonne). « On dirait un campement roumain », jubile Adélie. Des flammes s’élancent de trois gros bidons.

      Adélie a 28 ans, employée aux pompes funèbres (...) au cœur du réacteur, cette fois au moins.

      On est le 6 décembre, il est midi. Trois semaines que le mouvement a démarré, avec l’impression, ici, que tout ne fait que commencer. Un noyau de 150 « gilets jaunes » occupent par roulement le rond-point Leclerc. « Macron, nous te retirons ta Légion d’honneur », proclame la pancarte.

      A la ronde, deux autres ronds-points sont aussi occupés, chacun avec son identité et sa cahute : celui du Leclerc est le plus gros, la vitrine locale du mouvement, le rond-point VIP, baptisé « le QG ». Là se brassent les nouvelles, vraies ou fausses. Bruxelles ne veut plus d’agriculteurs en France, vous êtes au courant ? Les banques vont faire faillite, l’argent sera bloqué, retirez tout ce que vous avez. Quelqu’un a vu l’adjudant de la gendarmerie, celui qui est beau gosse ? Le seul sujet dont personne ne parle, c’est le moratoire pour la taxe sur les carburants, que vient juste d’annoncer le gouvernement. La hausse de son montant avait déclenché le mouvement, mais ça n’intéresse plus personne. Trop tard. Tant pis. Déjà ailleurs. Certains ne sont même pas au courant.

      Trois dames, employées dans une grande surface – dont l’une tricote aussi des bonnets pour 2 euros –, rangent des fromages dans une glacière. La plus jeune a sauté le déjeuner. Trop cher. Il faut s’habituer à entendre l’expression, elle revient sans cesse sur le rond-point. « Moi, c’est pareil, sauf le dimanche de la Fête de la mère », précise la tricoteuse. « Mais ici, c’est gratuit, on pourrait manger », glisse la troisième. La plus jeune râle : « Ah non, j’ai peur d’y prendre goût. »

      Les syndicats de routiers FO-transports et la CGT ont annoncé une grève illimitée. Les paysans devraient les rejoindre, les lycéens aussi. La France pourrait être paralysée. Devant la cahute, les gendarmes boivent le café. « Vous défendez tout le monde ou quoi ? », risque un gradé. « On ne défend pas tout le monde, on défend M. et Mme Tout-le-Monde. Vous
      voyez la nuance ? »

      Vendredi 7 décembre, rond-point de la Satar, 9 heures

      Coralie arrive la première. A son mari, apiculteur, certains sont allés dire : « On a vu ta femme sur le #rond-point avec des voyous et des #cas_soc’. » « Moi aussi, je suis un cas social », constate Coralie, 25 ans. Elle a mis un temps à digérer le mot, mais « objectivement », dit-elle, c’est bien celui qui pourrait la définir. Elle vient de déposer à l’école ses deux fils d’un premier mariage. Garde le souvenir amer d’un élevage de chevaux catastrophique. Aimerait devenir assistante maternelle. Il fait très froid, il faudrait rallumer le feu éteint dans le bidon. « Qu’est-ce que je fais là ? », se demande Coralie. Et puis, un grand gars arrive, qui voudrait peindre un slogan sur une pancarte. « Je peux écrire “Pendaison Macron” ? », il demande.

      « Vas-y, fais-toi plaisir », dit Coralie. Personnellement, elle ne voit aucune urgence à pendre Macron. Et alors ? On affiche ce qu’on veut. Le gilet jaune lui-même sert à ça, transformer chacun en homme-sandwich de son propre message, tracé au feutre dans le dos : « Stop au racket des citoyens par les politiques » ; « Rital » ; « Macron, tu te fous de ton peuple » ; « Non au radar, aux 80 km/h, au contrôle technique, aux taxes, c’est trop » ; « 18 ans et sexy » ; « Le ras-le-bol, c’est maintenant » ; « Marre d’avoir froid » ; « Fatigué de survivre » ; « Staff du rond-point » ; « Frexit » ; « Le peuple en a assé, Macron au buchet. »

      Depuis des mois, son mari disait à Coralie : « Sors de la maison, va voir des copines, fais les magasins. » Ça a été les « #gilets_jaunes », au rond-point de la Satar, la plus petite des trois cahutes autour de Marmande, plantée entre un bout de campagne, une bretelle d’autoroute et une grosse plate-forme de chargement, où des camions se relaient jour et nuit.

      L’activité des « gilets » consiste ici à monter des barrages filtrants. Voilà les autres, ils arrivent, Christelle, qui a des enfants du même âge que ceux de Coralie, Laurent, un maréchal-ferrant, André, un retraité attifé comme un prince, 300 chemises et trois Mercedes, Sylvie, l’éleveuse de poulets. Et tout revient d’un coup, la chaleur de la cahute, la compagnie des humains, les « Bonjour » qui claquent fort. Est-ce que les « gilets jaunes » vont réussir à changer la vie ? Une infirmière songeuse : « En tout cas, ils ont changé ma vie. »

      Le soir, en rentrant, Coralie n’a plus envie de parler que de ça. Son mari trouve qu’elle l’aime moins. Il le lui a dit. Un soir, ils ont invité à dîner les fidèles du rond-point. Ils n’avaient jamais reçu personne à la maison, sauf la famille bien sûr. « Tu l’as, ton nouveau départ. Tu es forte », a glissé le mari. Coralie distribue des tracts aux conducteurs. « Vous n’obtiendrez rien, mademoiselle, vous feriez mieux de rentrer chez vous », suggère un homme dans une berline. « Je n’attends rien de spécial. Ici, on fait les choses #pour_soi : j’ai déjà gagné. »

      Rond-point Leclerc, 11 heures

      Une clameur au bout de la rue, 150 #élèves débarquent du lycée Val-de-Garonne, à Marmande, vers le rond-point Leclerc. Ils ont longtemps hésité à faire grève, les classes comptent une majorité de #boursiers, anxieux pour leurs subsides.

      Depuis les années 1990, Marmande et ses riches terres agricoles se sont abîmées dans le croissant de la pauvreté. « Si je vois mon fils dans le cortège, ça va barder : il est censé préparer le bac S », dit Antoine, un ancien de la pub et fervent « gilet jaune ».

      D’un pas traînant d’ados, les lycéens embraient vers le Centre Leclerc, en face de la cahute. « On va faire des pillages, comme à Paris ? », se renseigne l’un, pas étonné. Ici, Leclerc, c’est bien plus qu’un hypermarché, un empire battant sa propre monnaie et tenu par une famille surnommée « les nababs de Marmande ». Très haut par-dessus les pompes, le prix du gasoil clignote en rouge : 1,39 euro aujourd’hui. On le consulte comme ailleurs le Dow Jones. En général, les autres grandes surfaces s’alignent.

      Au début, ça se passait au mieux entre Leclerc et les « gilets jaunes », l’hyper leur avait même livré une palette de bouteilles d’eau. Puis le patron a estimé que la contestation avait assez duré et a envoyé des employés détruire la cahute pendant la nuit. « On est restés deux jours sans abri : plus personne ne venait. Sans cabane, le mouvement disparaît », dit un « gilet jaune ». Une autre a été construite de l’autre côté du rond-point.

      Voyant arriver les lycéens, vigiles et gendarmes s’approchent. La jeune troupe a déjà fait demi-tour, traînant un unique chariot pour #butin. Christophe, dit « Kéké », les accueille entre deux pins parasols, au milieu du rond-point. Employé à la SNCF, motard, prof de handball, syndiqué Sud Rail, un gros charisme et une petite barbe, Kéké est une des figures des « gilets jaunes » : « On vous applaudit, les jeunes, mais que ce soit clair : si vous faites les cons, nous, les adultes, on se retirera et on vous laissera seuls avec les gendarmes. Vous vous ferez gazer, ce sera plié en une heure. »

      Les lycéens sont contre la réforme du bac, contre Parcoursup, contre la pause déjeuner qui dure quarante-cinq minutes seulement. « Il faut faire un tract », propose l’un. « Un quoi ? »

      Un « gilet jaune » passe parmi eux avec des gâteaux sur un plateau. Installée depuis peu dans la région, Cécile se présente : « Je suis une vilaine mélenchoniste. Je suis zadiste, j’ai fait Notre-Dame-des-Landes. » Des cèpes poussent dans sa cuisine, elle a son propre potager. Demain, le 8 décembre, un samedi annoncé « noir », elle compte manifester à Paris. « Ce sera violent, mais le monde a besoin d’images de violence pour se réveiller. Il faut un référendum pour renverser Macron. »

      Trois lycéennes parlementent : « C’est très dangereux, madame, Marine Le Pen va passer. Vous êtes dans le Lot-et-Garonne, il y a une majorité de personnes blanches qui vivent là depuis des générations. » Cécile, abasourdie : « Tu ne veux pas destituer Macron ? » Les lycéennes : « Vous ne venez pas de province, vous ne comprenez pas. »

      Samedi 8 décembre. Rond-point Leclerc, 14 heures

      Finalement, personne n’ira manifester à Paris. A Bordeaux non plus, et même Agen paraît soudain bien loin. La veille, Dorothée aussi était tentée « de monter au front » : « Je sais que ce ne sera pas la féria, mais j’ai besoin de voir par moi-même. » Finalement non.

      Dorothée, 42 ans, monteuse-câbleuse, 1 100 euros net, est l’une des deux porte-parole des « gilets » de Marmande. « Ça faisait des années que je bouillais devant ma télé, à me dire : “Personne ne pense comme moi, ou quoi ?” Quand j’ai entendu parler des “gilets jaunes”, j’ai dit à mon mari : “C’est pour moi.” »

      A l’autre bout du rond-point, Yohann, l’autre porte-parole, est en train de se faire traiter de « traître » : il a négocié avec le maire (Constructifs/Agir) de Marmande, Daniel Benquet, et certains agriculteurs pour éviter le blocage de la ville. « On doit être des “gilets jaunes” exemplaires, aucune dégradation », sermonne Yohann, ton de bon pasteur. D’autres se mettent à l’accuser de viser une carrière politique, la pire insulte sur le rond-point. Lui, plus fort : « Je veux juste faire chier, je le jure. »

      Kéké propose une action : tout le monde rentre dans le Leclerc « en civil » – c’est-à-dire sans gilet jaune –, remplit un chariot, puis se dirige vers les caisses. Coup de trompette, on enfile les gilets et on abandonne les courses en criant : « On est le 8 du mois, et, désolés, on n’a déjà plus d’argent ! » Quelques petites voix se font entendre. Ici, tout le monde a plus ou moins un lien avec Leclerc, des proches qui y travaillent ou bien comme client, tout simplement. « Je ne suis pas assez culottée pour y aller », murmure quelqu’un.

      Une vingtaine de volontaires finissent par se disperser dans les rayons, sous les affiches célébrant la « foire au porc ». Aucune consigne n’a été donnée sur la façon de remplir les chariots. Mais sans se concerter, tous – ou presque – y entassent la même chose : leurs fantasmes. L’une accumule des #cadeaux de Noël démesurés pour les enfants (« J’en ai trois à charge et 25 euros de budget pour chacun »). Béret et allure de rentier bonhomme, Christian rafle des dessous féminins par brassées, bas et culottes exclusivement. Un couple s’offre les courses dont il rêve, que de la marque, même pour les boîtes de thon, et sans regarder les prix. C’est la première fois : « D’habitude, on a la calculatrice à la main, ça prend des heures. » Martine est perdue, elle ne va plus au Leclerc depuis longtemps. « Trop cher. »

      Aujourd’hui, les virées dans les hypermarchés ont changé de goût. Fini la grande fête innocente des années 1980, avec son sentiment d’opulence et de liberté. « On y va, bien obligé, mais humilié. Un jour, ça pétera aussi. La rage n’est plus très loin », dit quelqu’un. Coup de trompette. Les gilets sortent, en même temps qu’une Marseillaise. Certains photographient le chariot qu’ils ne prendront pas. « C’est déjà ça. »

      Dimanche 9 décembre. Rond-point de Samazan, 15 heures

      On se croirait à un barbecue en famille, ça discute par groupes, un gobelet à la main. « Au début, on ne savait pas où on mettait les pieds », raconte une retraitée. Des gens arrivaient de partout, seuls en général, sans se connaître, pas très sûrs de rester. Personne n’osait vraiment se parler, certains n’ont rien dit pendant longtemps, dos courbé dans un coin. On les a vus peu à peu se redresser.

      Et puis, que s’est-il passé ? Comment tout le monde s’est soudain retrouvé à déballer devant de parfaits inconnus – « Des gens à qui on aurait marché dessus chez Leclerc à peine deux semaines plus tôt, sans les saluer » – les choses les plus profondes de sa vie ? Des choses si intimes qu’on les cachait soigneusement jusque-là, « sauf parfois entre amis, mais c’était gênant ». La cahute est devenue le lieu où « les masques tombent ». Plus de honte. « Ça fait dix ans que je vis sans sortir, à parler à ma chienne. Aujourd’hui, les digues lâchent », dit une infirmière.

      Chacun a son histoire, toujours très compliquée, mais toutes se ressemblent au fond, un enchevêtrement de problèmes administratifs, de santé, de conditions de travail. Pris à part, chacun des éléments paraît logique, voire acceptable, mais placés bout à bout, ils finissent par former une infernale machine à broyer.

      Il est question, par exemple, de ces trois frères, placés dans trois centres aérés différents à cause des écoles, mais il est impossible de payer les trois notes et de les convoyer tous le mercredi : alors il a fallu choisir lequel resterait à la maison. Ou bien ce laboratoire de biotechnologie végétale, un des quatre en France, qui n’arrive pas à recruter : Marmande, c’est trop loin, disent les écoles, on préfère envoyer nos stagiaires au Kenya.

      Vous voyez ces maisons en bord de route, que les voitures frôlent en passant ? Eux, c’est là qu’ils habitent. La mairie et l’école sont à 2 km, la poste à 7 km, le médecin et les impôts à 8 km, Intermarché à 9 km, l’hôpital à 25 km. Le travail de monsieur à 26 km. Ils ont une seule voiture. La suite du feuilleton dure une bonne heure. Mais dans la cahute, tout le monde la réclame.

      « Ici, il n’y en a pas un plus haut que l’autre, personne pour te juger. » Un jeune homme en fauteuil roulant continue : « Dépendre de la société, c’est ce qui pouvait m’arriver de pire. On a une espèce de fierté, lâchons le mot. » Cet autre, un petit costaud, joue le Père Noël dans les écoles et les supermarchés, payé en nature. « Je vis au black, en fait. » La voiture de celui-là roule sans contrôle technique. « On est tous passés hors la loi, sans même le vouloir. On n’a même plus peur des gendarmes. Qu’est-ce qu’on va devenir ? »

      Le rond-point de Samazan se trouve entre le péage de l’autoroute – dont les « gilets jaunes » ouvrent régulièrement les barrières sans faire payer – et le village du même nom, 883 habitants. Si les maires des alentours soutiennent en général le mouvement, l’édile de Samazan est un des seuls à porter le gilet jaune. Cette année, deux agriculteurs de la commune se sont fait saisir les terres. Quatre tracteurs de la Coordination rurale viennent parfois tourner sur les carrefours, solidaires, mais avec leurs propres problèmes. Finalement, les routiers ne feront pas grève, revendications acceptées. Les lycéens non plus : pas de transport collectif, et les parents renâclent à les conduire au rond-point.

      Lundi 10 décembre. Rond-point Leclerc, 20 heures

      On est quel jour ? Le 10 ? Celui où Emmanuel Macron doit prendre la parole ? Non, celui où les #retraites sont versées, voilà la grande attente qui occupe les conversations.

      Ça y est, le président s’est mis à parler, on le regarde dans la cahute sur une tablette. « Il annoncera son départ », pronostique Kéké. Macron est l’unique homme politique dont le nom est prononcé sur les ronds-points de Marmande, jamais aucun autre.

      La politique est prohibée : un militant communiste a bien essayé de tracter, puis un petit couple – lui en costume, elle en blouson de cuir –, se disant France insoumise. Tous ont été chassés. Le seul discours commun évoque les « privilégiés de la République », députés, énarques, ministres, sans distinction, à qui « on ne demande jamais de sacrifices ». En fait, c’est à eux qu’on en veut, bien davantage qu’aux multinationales ou aux patrons.

      Fabien attend un coup d’Etat militaire, « restaurer la discipline et le respect ». Un autre est sûr qu’Emmanuel Macron va lever une armée de migrants, « qui sont tous des guerriers », pour mater les pays récalcitrants dans l’Union européenne. Cette armée pourrait finir par le renverser. Chacun s’écoute sans broncher, personne ne contredit personne. « On va vers la troisième guerre mondiale », conclut quelqu’un. Puis ça rigole quand même. « Vous vous imaginez dire ça à table, en famille ? Tout de suite, ça déraperait. »

      L’allocution est finie. Macron est toujours président. « Il nous a servi du flan, ou quoi ? », demande Nico, interloqué. Silence général. Dehors, un gendarme monte la garde. « Des gens qui n’auraient jamais dû se rencontrer se mettent ensemble. Ça fait peur. »

      Mardi 11 décembre. Rond-point Leclerc, 8 heures

      Des « gilets » du rond-point de Samazan sont venus en visite. On échange quelques mots.

      « A votre rond-point, vous avez des gens de couleur ?

      – Pourquoi ?

      – On dirait que le mouvement ne les arrange pas. Ici, il n’y a que des gens comme moi, des purs Français.

      – Attention, je ne suis pas raciste. Je vais prendre leur défense.

      – Moi non plus, je ne suis pas raciste, sauf pour une tranche d’âge, les 12-25 ans. Pas plus. En tout cas, c’est la première fois que je parle avec quelqu’un qui soutient les migrants. »

      Le premier samedi où elle est venue, cette présidente d’association a failli s’en aller. « J’étais à la torture. Ils se lâchaient sur les Arabes qui profitent. » Puis elle s’est dit : « On est là, il faut essayer. » Curieusement, son mari, fonctionnaire, ne s’est pas mis en colère comme avec leurs amis qui votent Marine Le Pen. Il discute. Oui, ici, c’est possible, chacun fait en sorte que tout se passe bien. La conversation a repris. « Certains Arabes peuvent être méchants, ça dépend de leur degré de religion. »

      Comme par miracle, Zara et Fatma apparaissent à cet instant précis, en foulards imprimés léopard, pour offrir un grand plat de couscous. « Trop timides pour se faire voir », disent-elles, en repartant sur la pointe des pieds. Tout le monde mange du couscous. Un gendarme passe. La direction de #Leclerc vient de couper ses dotations aux associations et à certaines communes : trop d’argent perdu à cause des « gilets jaunes ».

      Mercredi 12 décembre. Rond-point Leclerc, 17 heures

      Mathieu, un routier, gare son camion sur le terre-plein. Il annonce avoir reçu un message du maire de Marmande, Daniel Benquet : « Je souhaiterais avoir les doléances des “gilets jaunes” pour en faire part au premier ministre. » Mathieu a immédiatement répondu : le référendum d’initiative citoyenne, visant notamment certains personnages politiques quand le peuple ne se sent plus représenté. Emmanuel Macron, par exemple. Le maire – qui n’avait pas l’air emballé, selon Mathieu – a demandé s’il y en avait d’autres.

      « Je me suis permis de dire que c’était la seule », dit Mathieu. Sous la cahute, Yohann vient d’arriver. « Moi, je vais monter à Paris. Il faut les attaquer intra-muros : aller marcher sur les bobos. » « Les quoi ? », demande quelqu’un. « Les gens de la métropole qui nous qualifient de sauvages, qui nous méprisent parce qu’on ne pense pas et qu’on ne vit pas comme eux. » Yohann bombe le torse, en mimant des « Bonjour », lèvres pincées. Il est lancé : « Oui, je me suis durci. J’ai une haine, ça me bouffe, ça me réveille la nuit. Je me retiens depuis si longtemps. »

      Il irait même tout de suite, s’il pouvait. Mais il y a celle qui vient de lui téléphoner et qu’il appelle « Madame », puis cette maison pour laquelle il s’est endetté et qui est sa « revanche à prendre ». Dehors, ça pleut dru. Il remet son manteau. Le père de Yohann est employé à la blanchisserie de l’hôpital. Sa mère est femme de ménage. Lui travaille dans les pièces détachées pour automobiles. Classe moyenne, dit-il. Les mains se serrent. Ça va aller ? Il s’excuse. « Je ne sais pas ce qui m’a pris. »

      Un « gilet jaune » demande qu’on le raccompagne à sa voiture : celle des gendarmes est à côté, on ne sait jamais. Lui, c’est un petit retraité qui se met soudain à raconter sa guerre d’Algérie. Puis s’arrête. « Est-ce qu’on va nous laisser respirer ? » Alors, un gendarme : « La lutte continue. » A la demande d’un hôtel cette fois, la cahute a dû être à nouveau déplacée.

      #ouvrières #ouvriers #mobilisation #rencontre



  • Comment l’aide suisse au développement relève le défi de la migration

    Créer les conditions permettant aux gens de vivre en paix dans leur propre pays et de réaliser leurs rêves : c’est le but du Pacte migratoire de l’ONU. La Suisse a gelé son adhésion à cet accord. Elle soutient pourtant des projets qui poursuivent ces objectifs.
    En début de semaine, la communauté internationale a officiellement adopté le Pacte mondial sur les migrations à Marrakech, sous les auspices des Nations unies (ONU). Mais la Suisse a suspendu sa participation, car le Parlement exige d’être préalablement consulté. La Confédération soutient pourtant déjà des projets qui font le lien entre migration, développement et protection des droits humains. Voici quelques exemples :

    #Bosnie-Herzégovine : « i-plateforme »

    Depuis la guerre en ex-Yougoslavie, la Bosnie-Herzégovine est une nation fragmentée d’un point de vue ethnique et religieux, avec une structure politique variable. En Suisse, bien que très hétérogène, la diaspora défend sa patrie. Ses relations avec le pays d’origine sont principalement basées sur des liens personnels. De ce fait, une communication et une coopération systématiques entre les autorités locales et nationales sont en cours d’élaboration.

    Dans les années 1960 et 1980, les flux concernaient essentiellement des saisonniers non qualifiés venus en Suisse pour travailler. En 1991, la Confédération a mis fin à ce type de migrations de main-d’œuvre. En 1993, en raison de la nouvelle guerre des Balkans, le nombre de demandes d’asile a culminé à 7000 personnes, aboutissant à la décision du Conseil fédéral d’accueillir collectivement et temporairement des réfugiés de guerre. Une décision qui sera abrogée en 1995. Pourtant, même après la fin du conflit, la réconciliation nationale en Bosnie-Herzégovine est restée problématique et a rendu difficile le retour et la réinstallation des réfugiés. Depuis, les principaux motifs d’immigration en Suisse ont été motivés par le regroupement familial et la nécessité d’accueillir des cas difficiles.

    On estime à 60’000 environ le nombre de personnes originaires de Bosnie-Herzégovine vivant en Suisse. La majorité de ces personnes sont titulaires d’un permis de séjour B ou C. De 1998 à 2006, le taux de naturalisation des citoyens bosniens a augmenté, mais il a diminué depuis 2006.

    La « i-plateforme », créée en partenariat avec la DDC, permet à la diaspora en Suisse de contribuer au développement économique, social, culturel et démocratique de la Bosnie-Herzégovine. Indépendant sur le plan ethnique et confessionnel, cet outil remplit une double fonction de passerelle : tant au sein de la diaspora en Suisse que dans la société fragmentée de Bosnie-Herzégovine.

    #Sri_Lanka : « Pour une migration sans risque de la main-d’œuvre » (#Safe_Labour_Migration_Programme)

    Depuis la fin de la guerre civile, la situation au Sri Lanka reste instable, aggravée par la crise politique actuelle. La Suisse soutient le processus de réforme et de réconciliation. Entre 2005 et 2016, elle a également fourni une aide humanitaire à la reconstruction du pays après la guerre et après le tsunami de 2004.

    Chaque année, plusieurs centaines de milliers de personnes fuient la pauvreté au Sri Lanka. Avec le salaire qu’ils obtiennent à l’étranger, ces émigrants améliorent la santé et l’éducation de leurs familles restées au pays. Entre 2009 et 2018, les travailleurs expatriés sri-lankais ont transféré en moyenne plus de 500 millions de dollars US dans leur pays d’origine. Ils sont souvent exploités en raison d’une carrence d’informations et d’une méconnaissance de leurs droits. Les femmes sont particulièrement exposées, elles sont souvent victimes de violences sexuelles ou de traite des êtres humains.

    Environ 3 millions de citoyens sri-lankais vivent à l’étranger, dont environ 50’000 en Suisse. La plupart d’entre eux ont fui à la suite de la guerre civile de 1983-2009 ou à cause de la répression politique et des persécutions. En 2017, 840 demandes d’asile ont été déposées en Suisse par des ressortissants sri-lankais (environ 38% de moins que l’année précédente).

    Dans le cadre du Safe Labour Programme de l’Organisation internationale du Travail (OIT), un projet soutenu par la DDC, les travailleurs émigrés sont conseillés et informés sur leurs droits, en vue de les protéger contre l’exploitation. Le projet promeut ainsi une migration sans risque de la main-d’œuvre, maximise les aspects positifs et minimise les conséquences négatives.
    Tunisie : « Programme intégré sur le recrutement équitable » et « Communauté Tunisienne Résidente en Suisse »
    Fin de l’infobox

    Depuis le Printemps arabe, les défis sociaux, politiques et économiques à relever en Afrique du Nord, y compris en Tunisie, sont toujours nombreux. Notamment parce que la Tunisie doit faire face à un double mouvement : l’émigration de ses citoyens et l’immigration ou le transit de réfugiés en provenance d’autres pays.

    Les perspectives du marché du travail en Tunisie et dans la région sont faibles. Même les personnes qualifiées ont peu de chances de trouver un emploi. Le taux de chômage atteint 29% chez les jeunes (2017). À cela s’ajoutent les conflits, notamment en Libye et dans la Corne de l’Afrique, qui provoquent instabilité et flux migratoires.

    Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), entre 2011 et 2017, quelque 94’000 personnes ont quitté la Tunisie, dont 84% pour l’Europe. En 2018, 5000 Tunisiens ont atteint les côtes italiennes et, fin octobre, 262 demandes d’asile de citoyens de ce pays avaient été déposées en première instance en Suisse.

    Deux initiatives visent à accroître les chances des jeunes Tunisiens sur le marché du travail et à améliorer leurs conditions de travail en Tunisie. Le projet de la DDC « Communauté tunisienne résidant en Suisse », mis en œuvre avec l’ambassade de Suisse à Tunis, utilise les capacités et le savoir-faire de la diaspora tunisienne en Suisse pour le développement social et économique dans le pays d’origine. Les projets contribuent, par exemple, à mettre en adéquation les compétences des jeunes Tunisiens avec celles recherchées sur le marché du travail local. Le « Programme intégré sur le recrutement équitable »vise également à prévenir l’exploitation des travailleurs migrants et à améliorer les processus de recrutement. Avec le soutien de la DDC, ce projet de l’OIT est appliqué dans trois régions du monde particulièrement touchées par les migrations de main-d’œuvre.

    La #Corne_de_l’Afrique : Autorité intergouvernementale pour le développement

    La Corne de l’Afrique abrite 7 millions de personnes ayant dû fuir leurs pays, soit la plus forte concentration de déplacés au monde. Les pays de cette région figurent parmi les moins développés du globe, 13 millions de personnes y souffrent de pénuries alimentaires. A cela s’ajoutent les conflits violents, les attaques de groupes islamistes, tel Al-Shabaab, ainsi que les sécheresses cycliques qui déstabilisent la région.

    Dans la Corne de l’Afrique, il tombe moins de 600mm de pluie par an sur environ 70% du territoire. Dans le même temps, cette région a connu des inondations dévastatrices en 2018. Raisons pour lesquelles les terres agricoles sont rares et déclenchent des conflits tout comme une pauvreté persistante. Les attentats terroristes et le taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes (environ 60%), expliquent pourquoi la population cherche du travail et des revenus à l’étranger.

    Près de 80% des migrants et réfugiés de la Corne de l’Afrique restent sur le continent africain. Les Somaliens et les Erythréens figurent cependant parmi les 10 premiers demandeurs d’asile en Suisse. En 2017, 3375 demandes d’asile provenaient d’Érythréens (soient 34,8 % de moins que l’année précédente) et 843 de Somaliens (moins 46,7 %).

    Les huit États membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, créée en 1996 et soutenue par la #DDC, le #SEM et la #Division_Sécurité_humaine sont l’Éthiopie, Djibouti, l’Érythrée, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, le Sud-Soudan et le Soudan. Notons toutefois que l’aide à l’Érythrée a été suspendue depuis 2007. Dans l’objectif d’une migration ordonnée et de la protection des migrants, la coopération régionale est encouragée et les structures nationales renforcées. Cette coopération vise également à stabiliser l’ensemble de la région et à endiguer les causes des migrations. Concernant l’Erythrée, une réintégration de ce pays est à l’étude.

    https://www.swissinfo.ch/fre/pacte-sur-les-migrations_comment-l-aide-suisse-au-d%C3%A9veloppement-rel%C3%A8ve-le-d%C3%A9fi-de-la-migration/44616782
    #Suisse #aide_au_développement #asile #migrations #réfugiés #paix #développement #global_compact #Erythrée





  • Le soutien du Ghana rapproche Israël du siège convoité à l’Union africaine
    Middle East Eye | Azad Essa | 22 novembre 2018
    https://www.middleeasteye.net/fr/opinions/le-soutien-du-ghana-rapproche-isra-l-du-si-ge-convoit-l-union-africai

    Lors d’une récente visite en Israël, la ministre des Affaires étrangères du Ghana a confirmé que son gouvernement aiderait Israël à obtenir le statut d’observateur auprès de l’Union africaine (UA).

    Accra devient la dernière nation africaine à soutenir publiquement la demande d’Israël de siéger à cette instance continentale. Le Kenya et l’Éthiopie ont déjà approuvé la candidature d’Israël en qualité de membre observateur, lorsque le vote aura lieu en février.

    Les membres observateurs auprès de l’UA ont la possibilité d’accéder à tous les États membres et de s’adresser à eux collectivement. C’est l’occasion de renforcer les liens politiques avec le continent. Voici l’une des raisons pour lesquelles le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a fait pression pour obtenir le statut d’observateur : contrer l’influence de la Palestine auprès de l’UA, qui a toujours adopté une position plutôt pro-palestinienne.

    La Palestine a obtenu le statut d’observateur en 2013, comme la Turquie en 2005. (...)

    #IsraelGhana #UA


  • Disneyland ‘robs’ Kenya of famous ‘Hakuna Matata’ phrase – Nairobi News
    https://nairobinews.nation.co.ke/news/disneyland-robs-kenya-hakuna-matata

    Disneyland has been granted a US trademark over the phrase under the registration number 27006605 for use on clothing.

    (…) The ‘Hakuna Matata’ phrase was popularized in 1982 by a Kenyan band Them Mushrooms in their popular song Jambo Bwana.

    In January, Maasai Intellectual Property Initiative (MIPI), a non-profit organisation, took legal steps to protect the cultural heritage of the nearly 2 million Maasais living in Kenya and Tanzania after Louis Vuitton’s Spring/Summer collection featured the Maasai shuka, which they later patented.

    The Maasai are not the first community to seek to protect and profit from their brand.

    Aboriginal Australians have, after years of struggle, established protocols that mean they are now routinely paid fees when companies use their image or ancestral lands for commercial or marketing.

    #copyright_madness #appropriation_culturelle #hakuna_matata #disney

    https://www.youtube.com/watch?v=fK0wPpLryc4


    • First Light – Migration in the Swiss alps

      “Escape from hardship, because it is the only hope.” is what the father of the little Iranian boy explained to me as to why his son is named Vihan. (In Persian, the name Vihan can be translated as “First light” or hope)

      From August to October 2016 I had the opportunity to work as ‘artist in residence’, on a project for SMART (Sustainable Mountain Art programme) in Switzerland, creating pictures to raise awareness on the challenges facing mountain regions. I chose the theme of migration that has interested me for some time already.

      Since the middle ages, demographic pressure, armed conflict and oppression, natural disasters and overpopulation have driven the cause for Migration in the Swiss mountain regions. The largest mass emigration being of the Walser people from Lötschental, who over the course of 2 centuries established themselves over the Valais region and even as far as Austria.

      The foreigner’s lot was that of having very limited rights and labeled with the status of ‘inhabitant’, often not welcomed and even restricted by opposition to marriage to locals.

      I stayed in the historical village of #Medergen in the Graubünden, established by the #Walser people as early as 1300 with houses dating back to the 1700s, high in the alps at 2000m above sea level. A special, tiny village almost frozen in time, as people live a very modest life with no running water inside the house, which also means no flushing toilets or showers. Wooden stoves are used for cooking and heating water for washing, as there is no electricity either, except for the recent additions of solar panels. People use buckets to fetch water from the fresh water fountains, just like Heidi! :)

      In Litzirüti the closest village to Medergen, there is an old ski-hotel, that has been transformed into a temporary home for about 100 asylum seekers from various war torn and heavily oppressed countries such as Eritrea, Ethiopia, Somalia, Sudan, Afghanistan, Turkey, Siria, Gambia, Tibet, awaiting the decision of the Swiss government to announce their fate, if they will be rejected or if they will be given permission to stay in Switzerland.

      During the time I worked on the project, I hiked four hours up and down the mountain every second or third day, spending time and getting to know some of the people who reside here. If you ask anyone they will say that they are very thankful to be here in this peaceful village of Litzirüti and to be so well looked after in this beautiful place. And thankful to be in a country where there is peace and modern prosperity.

      However, thankful for escaping the unimaginable oppression and life threatening situations in their home countries, it is clear that they now have to deal with new challenges and difficulty in their lives. The youth in particular find it challenging to be in such a tiny village where there isn’t a single shop or anything to stimulate their growing minds. Furthermore, most of the people have been in Switzerland for a year or more, still waiting to have an interview to have their reasons for needing asylum assessed and their fate and extent of freedom, decided accordingly.

      What I’ve learnt from my research and looking at both the history of migration and what is happening today, is that the same challenges that existed centuries ago still exist today, namely that whenever there are newcomers, inevitably there is at least a degree of resistance to their acceptance that they are met with and state control that is the decider of their fate, prolonging the process of integration, usually in order to protect the fears of the established.

      “Cultural diversity is as essential to humanity as biodiversity is to nature. It makes the world a richer and more varied place and enlarges the range of choices available. It is the breeding ground that allows different cultures to continue and develop and enrich themselves through contact with each other, without drifting towards rigid identities. It is one of the sources of development, which must be perceived not merely in terms of economic growth , but also as a means of attaining to a satisfying intellectual, emotional, moral and spiritual existence.”

      (Quote from the SDC – Swiss Agency for Development and Cooperation on the importance of culture for development).

      By depicting the contrast between the history of migration in the Swiss alps and the rich traditions that has become established in time, with the current asylum seeker and refugee situation mostly being a state of limbo, I aim to raise awareness of the current day migrants (asylum seekers) and remind people that sooner or later in life we all were or will be migrants again.

      I believe that through time, if cultures can embrace their differences, be it language, colour, traditions or spirituality, they will see that on the other side is another human being with the same hopes and desires as themselves and that we can all benefit and be so much richer for getting to know each other and giving each other the freedom to live out our own identity that makes us complete and wholesome human beings.


      http://lavonne.co.za/lavonnebosmanphotographicart/portfolio/first-light-migration-swissalps
      #Suisse #Alpes #Grisons

    • The Italian Ski Resort

      From Libya via Lampedusa. In the dark, the hotel that loomed after the last hairpin bend looked rather like Overlook in Stanley Kubrick’s film The Shining. But that’s where the resemblance ends. Montecampione, altitude 1,800 meters, is a ski resort at the end of the road winding up the Camonica Valley in Lombardy. The most striking thing on arrival here is being greeted with the faces and voices from another continent. Since June 2011, more than 100 Africans who fled the war inhave been settled in this hotel by the Brescia police authority, in line with the Italian government’s policy of spreading thearound the country. In most places the local authorities have been required to house them, but here private enterprise has also been asked to contribute. The hotel in Montecampione houses and feeds the migrants for 40 euros a head per day. The nearest village in the valley is more than 20km away, so the migrants are cut off from the outside world while they await a decision on their fates.
      “We live in a strange situation here,” admitted a lively young Ghanaian called Michael. “We’ve got absolutely nothing to do, but we’re all impatient to find work and start our lives again.” The last five migrants to arrive in Montecampione are equally bewildered. They reached Lampedusa early in August, and were taken across Italy. They have got plenty of time to find out about where they have ended up.

      http://www.bclaudia.com/libya-refugees/eleanor-rigby
      #Italy #stations_de_ski

    • Des photos, mais aussi un #film...

      Ilmurrán

      Nell’estate 2014, una giovane ragazza Maasai ha raggiunto una “pastora” piemontese sui pascoli delle Alpi Marittime. Due donne lontanissime tra loro, diverse per colore di pelle, generazione e lingua hanno vissuto una stagione d’alpeggio insieme, condividendo il lavoro, raccontandosi la loro storia, riconoscendosi più vicine.

      Le loro voci arrivano da lontano. Silvia si muove tra elementi primordiali, produce il formaggio con gli strumenti dei suoi antenati, ha tramandato la passione a suo figlio come in un rituale. Leah ha impressi a fuoco sulla pelle i simboli di un popolo pastore che ancora sopravvive sugli altipiani del Kenya. L’una e l’altra incarnano culture che oggi si trovano di fronte a scelte decisive, necessarie per la loro sopravvivenza. Ilmurrán significa “guerrieri”, perché la loro è una storia di resistenza.

      L’incontro è nato come un’esperienza antropologica a tutti gli effetti, realizzata in regime di completa autoproduzione dall’Associazione Culturale Geronimo Carbonò.


      http://www.ilmurran.it
      #Italie #Maasaï #pastoralisme #Alpes_maritimes #femmes


  • Kenya-Uhuru Kenyatta Rejects China 325Bn Loan

    Kenyan President Uhuru Kenyatta has rejected China loan totalling to 325Bn Shillings.In his defense the Kenyan president said that it will be difficult to run the country with all the laons they have received from China.


    http://afrikan-daily.com/kenya-uhuru-kenyatta-rejects-china-325bn-loan
    #Kenya #Chinafrique #Chine #résistance


  • Investment platforms vie to capture a share of global #remittances

    Investment platforms are vying to capture a share of global remittances
    IN 2016 AYO ADEWUNMI, a Nigerian-born agricultural trader living in London, bought a five-hectare farm in
    his homeland. It has produced little since. “I am not in the country, so I have to rely on third parties. It’s just
    not good enough,” he says.
    Mr Adewunmi has since discovered another, potentially more satisfactory way to make such investments:
    through #FarmCrowdy (https://www.farmcrowdy.com), a crowdfunding platform that lends to Nigerian farms and provides technical
    assistance to their owners. The two-year-old startup, which is considering expanding into Ghana, places high
    hopes in the African diaspora as a source of funds.
    The case for such platforms goes beyond agriculture. Global remittances are expected to soar from $468bn
    in 2010 to $667bn in 2019. They are among the top two foreign-currency sources in several countries,
    including Kenya and the Philippines. Yet hardly any of the money is invested.
    In part, this is because recipients use three-quarters of the money for basics such as food and housing. But it
    is also because emigrants who want to invest back home have few options. New investment channels could
    attract lots of extra cash—about $73bn a year in Commonwealth countries alone, according to research by
    the 53-country grouping.

    Crowdfunding platforms would enable investors to put modest sums directly into smaller businesses in
    developing countries, which are often cash-starved. Yet of the emerging world’s 85 debt- and
    equity-crowdfunding ventures, only a handful raise money abroad. Several platforms set up in rich countries
    over the past decade to invest in developing countries, including Emerging Crowd, Homestrings and Enable
    Impact, quickly folded.
    A big problem is that few developing countries have rules about crowdfunding. Many have allowed activity
    so far chiefly because the industry is so small, says Anton Root of Allied Crowds, a consultancy. Cross-border
    transfers using such platforms easily fall foul of rich countries’ rules intended to stop money-laundering and
    the financing of terrorism.
    Some developing countries have realised that they need to act. Thailand, Malaysia, Singapore and Indonesia
    have all recently passed regulations on equity crowdfunding or peer-to-peer lending. But from a
    cross-border perspective, Africa seems most inventive, owing to active entrepreneurs and Western help.

    Last month the British government approved a grant of £230,000 ($300,000) to the African Crowdfunding
    Association to help it craft model accreditation and investor-protection rules. Elizabeth Howard of
    LelapaFund, a platform focused on east Africa, is part of an effort to see such rules adopted across the
    continent. That would help reassure sending countries that transfers do not end up in the wrong hands, she
    says. She hopes to enlist the support of the Central Bank of West African States, which oversees eight
    Francophone countries, at a gathering of crowdfunders and regulators sponsored by the French
    government in Dakar, in Senegal, this month.
    Thameur Hemdane of Afrikwity, a platform targeting Francophone Africa, says the industry will also study
    whether prospective laws could be expanded to the Central African Economic and Monetary Community, a
    grouping of six countries. Harmonised rules will not guarantee crowdfunders’ success, but would be a useful
    step towards raising the amount of diaspora capital that is put to productive use.


    https://www.economist.com/finance-and-economics/2018/11/08/investment-platforms-vie-to-capture-a-share-of-global-remittances?fsrc=scn/tw/te/bl/ed/investmentplatformsvietocaptureashareofglobalremittancesitscominghome
    #agriculture #crowdfunding #migrations #investissement #développement



  • « Prisonniers du passage » : une ethnographie de la #détention_frontalière en #France

    A partir des années 1980, les conditions d’entrée dans les pays européens deviennent plus restrictives. Amorçant ce qui est désormais devenu la norme en Europe quels que soient les gouvernements, les politiques publiques migratoires se caractérisent par l’arrêt de l’immigration de travail, le durcissement des critères d’attribution de l’asile politique, l’expulsion des étrangers irréguliers ou ayant reçu une condamnation pénale et les modifications du code de la nationalité. Par ailleurs, dans le processus de construction européenne, la gestion des circulations s’organise à travers un régime double et différentiel, de libre circulation des personnes à l’intérieur de l’espace européen, et de construction renforcée des frontières extérieures. Ce cadre européen met en place un espace stratifié et complexe qui saisit les acteurs de la circulation dans un quadrillage de pratiques et de normes. Cet espace est fait de superpositions, de différences nationales, selon la culture et l’histoire de chaque pays européen, et d’homogénéisations – notamment à travers les accords de Schengen en 1985 et 1990 et le règlement de Dublin1 dont la troisième mouture est en vigueur, la quatrième en préparation.
    2

    Dans ce contexte, le contrôle des voyageurs et des migrants passe couramment par leur enfermement dans des espaces plus ou moins pénitentiaires. En France, la zone d’attente est une zone extraterritoriale de détention où les étrangers refusés à la frontière sont maintenus en attente de leur admission ou de leur « refoulement » pour une période allant jusqu’à vingt jours. Les zones d’attente sont situées dans ou à proximité des zones internationales aéroportuaires, portuaires, routières ou ferroviaires. En tant qu’assistante juridique pour l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), j’ai eu accès à l’intérieur de la zone d’attente, où j’ai mené une observation de 2004 à 20082 . Cette ethnographie d’une forme particulière de contrôle s’offre comme point de départ pour réfléchir sur le régime mis en place en Europe depuis quelques décennies en partant des différents espaces par lesquels ce régime procède.
    « Une frontière, c’est quoi ? Juste une ligne, rien de plus »
    3

    Comment se retrouve-t-on détenu « à la » frontière ? Que s’y passe-t-il ? Comment en sort-on ? Et qu’y a-t-il de l’autre côté ? La mise au ban dont témoignent les centres fermés aux frontières est une réalité difficile à saisir : les barrières instituées de l’illégalité, les enjeux de clandestinité, d’anonymat, d’identification font qu’en pratique, ce parcours ne se raconte pas et se dérobe face à l’observation empirique. En s’appuyant sur les expériences vécues d’enfermement et de circulation qui se tissent autour du maintien en zone d’attente, il s’agit d’approcher cette réalité en sondant les lieux par où les individus transitent et les techniques qui mettent en branle leur circulation faite de passages, d’immobilisations et de retours. Cette « errance individuelle »3 , dans la rugosité de ses parcours improbables, nous renseigne en retour sur l’évolution de l’espace public, du rapport au temps et au (non-)lieu qui fondent une modalité inédite de l’inclusion dans l’organisation politique étatique. Imaginons donc un parcours fait de multitude de parcours : un collage d’expériences qui fait surgir les nœuds du voyage et trace les possibles, suit les bifurcations, pointe les tensions. Entrons dans le dispositif.

    Kadiatou Fassi est née à Conakry en Guinée il y a seize ans. Son père était venu d’un village pour étudier dans la capitale, qu’il n’a plus quittée. Sa mère a rejoint son mari en ville après le mariage, mais « elle n’a pas duré » : elle est morte un peu après la naissance de sa fille. Le père de Kadiatou tenait un commerce, et la situation n’était pas mauvaise. Lors des grèves de 20074 , alors qu’on avait déclaré l’état de siège et le couvre-feu – Kadiatou préparait le dîner dans la cour – Monsieur Fassi est blessé par balle lors d’une émeute dans la rue commerçante où se trouve sa boutique. Il meurt.
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    Après l’enterrement de son père, Kadiatou rencontre un de ses anciens clients, qui lui propose de l’aider à partir du pays. Kadiatou sait qu’une cousine maternelle est en France, et elle rêve de s’appuyer sur cette cousine pour venir en France elle aussi. Elle explique son projet, pour lequel elle dispose de l’héritage laissé par son père. L’homme répond que cela tombe bien : il doit aussi se rendre en France. Il lui demande où est sa cousine. Elle ne le sait pas, mais elle a son numéro de téléphone. Kadiatou possède cinq millions de francs (CFA). Le client lui demande trois millions et fait fabriquer un passeport pour Kadiatou : il va devoir changer sa date de naissance pour qu’elle apparaisse comme majeure. Kadiatou accepte. Le client vient ensuite chercher le reste de l’argent : 2 millions. Kadiatou Fassi prend l’avion avec le client de son père, qui s’est occupé de ses papiers d’identité, de son billet d’avion, pour lequel il faut présenter un passeport et un visa, et de leur passage aux comptoirs de vérification à l’aéroport de Conakry.
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    Ils débarquent dans un pays dont elle n’a jamais entendu parler : l’Ukraine. Elle ne connaît personne et ne comprend pas la langue ; elle demande au client de l’emmener chez sa cousine. Il lui demande d’attendre. Il la loge à Kiev, à l’arrière d’un restaurant. Il vient la voir parfois. Deux semaines passent : Kadiatou redemande au client de l’emmener chez sa cousine, comme c’était prévu. Les visites du client s’espacent. Puis il revient, accompagné d’autres hommes. Il déclare à Kadiatou qu’elle doit payer le reste de son voyage. Un jour, il lui rend son passeport, le billet de retour et lui annonce qu’elle rentrera seule le mardi suivant. Elle lui répond qu’elle ne sait pas prendre l’avion. L’homme la fait monter dans un taxi et l’accompagne à l’aéroport : il écrit le nom de la compagnie aérienne, avec lequel Kadiatou Fassi embarque sans encombre pour le voyage du retour : Kiev-Conakri avec une escale à Paris5 .

    Jana Fadhil, son mari Iman et son fils de quatre ans sont arrivés de Damas où ils s’étaient installés après leur départ de Bagdad. Celui qui a organisé leur voyage leur demande de l’attendre à la descente de l’avion, le temps d’emmener leurs passeports et leurs formulaires de douane auprès de ses « connaissances » parmi les policiers, pour les faire tamponner. Leur voyage a coûté 13 000 euros, payables en deux fois. Ils ont avec eux 5 000 euros, la deuxième partie de la somme, qu’ils remettent comme convenu à leur accompagnateur dès leur arrivée à Roissy, et quelques centaines d’euros pour leur séjour. Au bout de quelques heures, voyant que l’homme ne revient pas, Iman part le chercher de-ci, de-là dans le terminal : perdus dans l’aéroport, ils tournent en rond et marchent. Ils restent à attendre dans le hall du terminal avant les douanes jusqu’au soir. Jana Fadhil est enceinte de sept mois. Elle et son fils s’allongent sur le sol ; son mari dort sur une chaise. Ils se nourrissent au comptoir snack du terminal : une bouteille d’eau coûte 4,5 euros, un gâteau, 1,5 euro. Le jour suivant, ils ont déjà dépensé 260 euros en nourriture et téléphone et commencent à être à court d’argent. Dans l’après-midi suivant, Jana fait un malaise et prend peur de perdre son bébé : ils se dirigent vers les postes de douane. Ils restent deux heures devant un poste en essayant de capter l’attention des officiers qui vont et viennent. Finalement, l’un d’eux se tourne vers eux ; Iman lui dit en anglais :

    - Un homme nous a laissés ici.

    - Venez avec nous.

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    En escale à Paris, Kadiatou Fassi ne prend pas la correspondance pour Conakry. La police l’intercepte dans le terminal : elle est emmenée au poste pour un interrogatoire. Les policiers la questionnent sur son accompagnateur, lui demandent où il se trouve à présent. Dans l’après-midi, ils la conduisent au prochain vol vers Conakry. Kadiatou refuse de monter dans l’avion : elle dit à la police qu’elle ne sait plus comment vivre chez elle : comme elle a donné son argent pour venir, elle a été délogée de sa maison. Les policiers lui demandent à nouveau de monter dans l’avion, en la menaçant de lui mettre des menottes s’il elle ne le fait pas. Elle a peur et se met à pleurer. Ils la reconduisent dans le poste de police. Kadiatou attend dans une cellule fermée à clé, une vitre donne sur le couloir du poste. Il y a un banc en ciment et un téléphone au mur qui ne marche pas. Sans trop savoir de quoi il s’agit, Kadiatou Fassi se souvient qu’en Guinée, certains disaient qu’« il y a l’asile qu’on demande pour ne pas qu’on te retourne ». Un policier ouvre la porte quelques heures plus tard : elle lui demande de « l’aider à demander l’asile ». Au comptoir du poste, un policier imprime une série de documents, lui demande d’en signer certains et lui tend la pile de ses « papiers de police ». Trois agents la conduisent, en compagnie de plusieurs autres hommes, femmes et enfants, dans le centre de Zapi 3. Une employée de la Croix-Rouge les accueille à l’étage : elle leur donne à chacun des draps et une serviette, et leur montre leur chambre. Kadiatou Fassi a une chambre seule, dans la partie réservée aux « #mineurs_isolés ».

    Djibril Ba attend dans le couloir, assis sur le rebord d’une cabine de douche. En fin de matinée, une voix lui demande en anglais de descendre avec ses papiers de police. Il se rend au bureau de la Croix-Rouge qui se trouve à quelques mètres en disant qu’il vient d’être appelé. Une médiatrice lui dit qu’il doit descendre et sonner à l’interphone dans le hall, la police lui ouvrira. En bas, un policier lui ouvre : « police papers », puis l’accompagne le long d’un couloir au plafond immense jusqu’à une double porte électrifiée qu’il ouvre à l’aide de cartes magnétiques. Il se trouve dans un hall d’attente, dans lequel la lumière du jour entre par une porte vitrée qui donne sur une deuxième salle d’attente, à l’entrée du centre. Deux policiers sont assis à une petite table et discutent entre eux. Le hall donne sur plusieurs pièces : certaines sont réservées aux visites entre les maintenus et leur famille ou leur avocat ; d’autre aux entretiens de demande d’asile avec un agent de la division asile à la frontière. Djibril Ba attend sur les chaises alignées du hall, il est seul avec les deux policiers assis devant le petit bureau. Une porte s’ouvre au fond du couloir, un des policiers appelle Djibril et le fait entrer dans le bureau de l’agent de l’Ofpra. L’homme d’une trentaine d’années est assis derrière un ordinateur, dans un bureau très clair garni d’une grande fenêtre à poignées qui donne sur des haies d’arbustes. L’agent de l’Ofpra laisse d’abord Djibril parler, puis il lui pose quelques questions factuelles. Il fait des photocopies de sa carte de militant et de photos que Djibril Ba a emmenés avec lui. L’entretien dure une heure, puis Djibril est reconduit à travers les sas et les couloirs vers le centre d’hébergement à l’étage. Dans l’après-midi, Djibril Ba entend à nouveau son nom au haut-parleur : on lui demande de descendre avec ses papiers de police. Un policier le reconduit vers les bureaux de l’Ofpra, où l’attend le même agent :

    - Avez-vous un dernier mot à ajouter ?

    - Non, tout ce que je voulais dire, je l’ai dit. Je veux avoir l‘asile, car j’ai des problèmes dans mon pays.

    - Ok. Je photocopie tous vos documents et je les mets dans votre dossier pour le ministère de l’Intérieur. Mon avis est consultatif, mais ce sont eux qui prennent les décisions.6

    Djibril Ba remonte dans sa chambre. Dix minutes plus tard, il est appelé à descendre et il est reçu encore une fois dans le bureau par l’agent qui est accompagné cette fois d’un autre officier. On lui pose de nouvelles questions : Pourquoi a-t-il fui le Mali mais est-il arrivé par la Côte d’Ivoire ? Pourquoi est-il entré dans la rébellion ? À la fin de l’entretien, on lui redemande pourquoi il demande l’asile. Il l’explique à nouveau. Les deux hommes s’interrogent du regard et le second opine : « Ce sera tout merci ». L’entretien dure quelques minutes.

    Le lendemain de son entretien, James est appelé en bas avec ses papiers de police et ses bagages. Il a peur. Il ne veut pas descendre. Il me demande plusieurs fois pourquoi il doit descendre avec son sac. James est petit et coquet, un béret beige sur la tête, des bottines en crocodiles, une valise rigide grise métallisée. Il sent la crème hydratante. Il était syndicaliste à Lagos, au Nigeria. Il a demandé l’asile et attend une réponse. Il a retranscrit son récit d’asile sur quatre feuilles qui traînent sur sa table de nuit. Très peu de Nigérians obtiennent l’asile politique : le Nigeria fait partie des « principales nationalités des déboutés » de l’asile en France entre 2003 et 20077 . Il fait calmement, minutieusement son sac. Il me demande de l’attendre : il va aller aux toilettes. Après cinq bonnes minutes, il finit de boucler sa valise, plie les feuilles et les met dans sa poche. On descend ensemble. Je veux vérifier que sa notification de refus de demande d’asile ne lui sera pas remise au moment où ils vont l’emmener pour un embarquement forcé. Si c’est le cas, il faudra se plaindre à la police, car la notification doit avoir lieu avant l’embarquement. Mais ça ne changera rien pour James. Le problème est que je ne connais pas le nom de famille de James : ça sera difficile de déposer une plainte sans pouvoir donner le nom de famille du maintenu. Je n’ai pas le temps de demander le nom de James ; on est arrivé dans le hall du rez-de-chaussée, James a sonné, un policier a ouvert et lui a demandé ses papiers de police :

    - Oui c’est bon, veuillez me suivre.

    - Excu…

    J’essaie de placer un mot, mais la porte s’est déjà refermée sur moi. Je le laisse partir, je ne peux rien dire. Légalement, il n’y a rien d’anormal à ce qui vient de se passer. Louis, un demandeur d’asile nigérian que j’ai rencontré tout à l’heure nous a suivi dans le hall :

    - Qu’est-ce qui est arrivé à mon collègue ?

    - Je ne sais pas.

    Il me le demande plusieurs fois. Un policier en tenue d’escorte8 passe devant nous. Je lui demande s’il sait « où est parti le Nigérian ». « Quel Nigérian ? Quel est son nom ? Vous avez son numéro de MZA9 ? » Il ne peut pas m’aider s’il ne connait pas son nom ; mais il sait qu’un Nigérian a eu l’asile politique aujourd’hui. C’est rare. Je me demande si c’est James. Plus tard, depuis la fenêtre du bureau, je vois James mettre sa valise grise dans une voiture de la Croix-Rouge. Elle va le conduire au kiosque d’orientation de l’aéroport de Roissy pour ceux qui ont été admis à demander l’asile en France.
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    Au Terminal 1 de l’aéroport, au niveau des arrivées, derrière la porte à deux battants nº 24, accessible par les escaliers réservés au personnel technique, se trouve le bureau de la Croix-Rouge où Halima Seyum a été conduite après avoir été admise à sortir de zone d’attente au titre de l’asile. Une employée de la Croix-Rouge lui a remis une feuille listant les numéros de téléphone utiles pour son parcours d’asile : France terre d’asile, pour la domiciliation, la préfecture de la Seine Saint-Denis, pour le dépôt de sa demande, la Cimade, ouverte tous les mardis matins à partir de 8 h (prévoir d’être sur place une heure avant), si elle a besoin de conseil juridique. L’employée explique à Halima que la police lui a remis un « récépissé » de demande d’asile. Elle doit absolument se présenter à la préfecture d’ici huit jours pour enregistrer sa demande (l’examen en zone d’attente est une présélection qui l’a uniquement admise à présenter sa demande d’asile : la procédure reste entièrement à faire). Elle doit d’abord disposer d’une adresse. À ce sujet, elle devra se présenter à l’association France terre d’asile, qui la domiciliera : elle passera tous les deux jours vérifier le courrier administratif qui lui sera dès lors envoyé à cette adresse. Mais il reste à trouver un hébergement. Je reçois l’appel d’une assistante sociale de la Croix-Rouge à Roissy, de la part d’Halima Seyum. En effet, oui, je la connais : je l’ai aidée à préparer son entretien de demande d’asile (je l’ai « briefée ») et je lui ai laissé mes coordonnées. Halima ne sait pas où dormir ce soir : ils n’ont pas de place pour elle, est-ce que je pourrais l’accueillir ? Je dis que c’est impossible (je loge moi-même chez un ami).

    C’est bien ce que je pensais… On va essayer de lui trouver une place à l’Aftam 93, les foyers pour demandeurs d’asile ; mais tout est plein en ce moment. Au pire, on lui trouvera une chambre d’hôtel pour ce soir.

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    À 6 h du matin, un groupe de maintenus est conduit de la zone d’attente vers le Tribunal de grande instance. En début d’après-midi, les maintenus sont accompagnés par une dizaine de policiers dans la salle des audiences du 35 quater, où un juge des libertés et de la détention examine la légalité de leur procédure de détention, et se prononce sur le prolongement de leur maintien en zone d’attente. Jana Fadhil a été hospitalisée le lendemain de son transfert en zone d’attente ; l’avocat commis d’office présente au juge le certificat médical établi à l’hôpital en insistant sur les problèmes de santé de Jana, enceinte, et d’Iman, diabétique. Le juge décide de ne pas prolonger le maintien de la famille. À la sortie de l’audience, Jana, Iman et leur fils se font indiquer la direction du métro vers Paris.

    La cousine de Kadiatou Fassi est venue à l’audience du 35 quater avec les documents que l’avocat lui a demandé d’apporter : un certificat de naissance pour attester de ses liens de famille avec Kadiatou ; un avis d’imposition qui prouve qu’elle a des ressources suffisantes pour s’en porter garante. Mais Kadiatou n’est pas présentée au juge ce jour-là. Sa cousine appelle la zone d’attente, où un officier lui explique que Kadiatou Fassi a « bien été réacheminée » vers Conakry la veille.

    Djibril Ba a contacté un avocat avec l’aide d’un cousin en France dont il avait les coordonnées. Celui-ci lui a demandé 900 euros d’honoraires et a exigé l’intégralité de la somme d’avance. Durant l’audience, il soulève quelques points de procédure ; le juge décide cependant de maintenir Djibril Ba (comme toutes les autres personnes qui lui sont présentées ce jour-là) en zone d’attente, « attendu que l’intéressé a formé une demande d’asile [qui] est en cours d’examen ».
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    Quatre jours après avoir eu un entretien d’asile, Abdi Hossein est appelé par la police. L’officier qui lui ouvre le fait entrer et l’accompagne jusqu’à un bureau. Un agent imprime deux feuilles, et lui demande de signer en bas de la seconde. Puis on le raccompagne dans le hall.

    Considérant que X… se disant M. Abdi Hossein déclare qu’il serait de nationalité somalienne, qu’il serait né et résiderait à Afgoy, qu’il serait cultivateur, qu’il serait membre du clan minoritaire Sheikhal et du sous-clan Djazira, que le clan Habar Guidir serait majoritaire à Afgoy, que par crainte pour sa sécurité il ne serait pas beaucoup sorti de son domicile, qu’en décembre 2006, son père aurait été assassiné par balle en sa présence, devant la porte de sa boutique, par un groupe armé appartenant au clan Habar Guidir qui voulait extorquer son argent ; que ces miliciens connaîtraient ce quartier, viendraient enlever des personnes et les déposséder de leur bien, que suite à cet événement et en raison de la guerre civile, il aurait décidé de quitter son pays ; qu’un ami de son père lui aurait conseillé de se rendre en France afin d’y solliciter l’asile et aurait organisé son voyage via le Kenya ;

    Considérant toutefois que le récit de l’intéressé qui prétend être de nationalité somalienne et fuir son pays afin de sauvegarder sa sécurité n’emporte pas la conviction, que ses déclarations revêtent un caractère convenu, imprécis et dénué de spontanéité, notamment en ce qui concerne les circonstances dans lesquelles son père aurait été assassiné, en sa présence, en décembre 2006, par des personnes armées appartenant au clan de Habar Guidir, que de plus il reste très évasif à propos de la politique récente à Afgoy où il affirme pourtant avoir toujours résidé et de cette zone géographique – il ignore jusqu’aux noms des principaux quartiers de sa ville, que de surcroît il n’est guère plus explicite s’agissant des conditions dans lesquelles il aurait quitté son pays, qu’enfin il n’apport aucune explication sur son départ du Kenya et se borne à indiquer qu’il aurait suivi le conseil d’un ami de son père lui recommandant de solliciter l’asile en France, que l’ensemble de ces éléments incite à penser que contrairement à ce qu’il affirme, il n’est pas originaire de Somalie, que dès lors, sa demande ne saurait aboutir ;

    Qu’en conséquence, la demande d’accès au territoire français formulée au titre de l’asile par X… se disant M. Abdi Hossein doit être regardée comme manifestement infondée.

    Considérant qu’il y a lieu en application de l’article L.213-4 du Code d’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, de prescrire son réacheminement vers le territoire de la Somalie ou, le cas échéant, vers tout territoire où il sera légalement admissible.

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    Abdi Hossein se rend au bureau de la Croix-Rouge pour comprendre ce qu’il y a écrit sur le document que la police vient de lui remettre. Un employé de la Croix-Rouge lui conseille d’aller au bureau de l’Anafé, au fond du couloir. Lise Blasco, bénévole à l’Anafé, reçoit Abdi et lui explique son rejet de demande d’asile, avec l’aide d’un traducteur bénévole en somali, contacté par téléphone. Elle décide de présenter un recours juridique devant le Tribunal administratif pour contester le rejet de la demande d’asile d’Abdi. À nouveau, elle interroge longuement Abdi Hossein avec l’aide de l’interprète. Puis elle l’accompagne à l’infirmerie du centre, afin que le médecin de garde lui établisse un certificat médical attestant des impacts de balle qu’Abdi dit avoir reçu dans chaque jambe. Ensuite, Lise Blasco ferme la porte du bureau à clé et se met à rédiger le référé qu’elle faxe aux greffes du Tribunal administratif en début de soirée. Quelques heures plus tard, Abdi Hossein est appelé à descendre avec ses bagages.
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    Amadou Mporé arrive ému dans le bureau. Il s’assoit devant moi et sort de sa poche une boule de tissu, un débardeur déchiré, en sang, qu’il pose sur la table.

    À 10 h du matin, je suis appelé en bas avec mes bagages. Je descends avec mon sac et je sonne à l’interphone. Le policier me fait entrer dans une salle d’attente et me demande de patienter. Je reste assis deux heures. À l’appel du repas de midi, le policier me dit d’aller manger en laissant mon sac ici et me demande de revenir sonner après le repas. Il me raccompagne dans le hall où je rejoins les autres qui vont au réfectoire. À table, des gens me demandent ce que je faisais avec la police, où j’étais et pourquoi. Je ne parle pas : je ne les connais pas, et puis un policier surveille le réfectoire. Je reviens dans la salle d’attente vers 12 h 30. Deux policiers en uniforme bleu-marine, avec des Rangers aux pieds, des gants en cuir noir, une matraque à la ceinture, entrent peu après. Il me disent qu’ils vont m’emmener à l’aéroport : ‘Tout se passera bien si tu te tiens tranquille, mais si tu fais des difficultés, on va t’attacher’. Je crie, je ne veux pas qu’on m’attache. Les policiers se dirigent vers moi, ils sont au nombre de six. Ils ont été rejoints par leurs collègues en chemise bleu ciel et képi, qui étaient assis dans la salle d’attente. Ils ont commencé à m’attacher avec des bandes. Je criais : ‘Laissez-moi ! Laissez-moi !’ J’ai pleuré. J’ai enlevé ma chemise, je me suis trouvé en débardeur. Les policiers m’ont pris par le cou et m’ont renversé en avant. Je suis tombé le visage à terre, je me suis ouvert la lèvre. Ils se sont mis à frapper : ils ont piétiné ma jambe avec leurs chaussures, le tibia, le genou gauche, le pied droit. L’un d’entre eux a mis son genou sur ma joue, il a plaqué mon visage contre le sol. La bagarre a duré entre dix et vingt minutes peut-être. Une camionnette de police est venue se garer devant la porte de sortie qui relie le poste de police au parking, mais on ne m’y a pas emmené. Je suis allé m’asseoir. Certains policiers en tenue d’escorte et d’autres en chemise bleue claire ont voulu me donner un verre d’eau. J’ai dit : ‘Non, je ne veux pas d’eau’. J’ai pleuré, pleuré. Le jeune policier qui m’a donné l’eau m’a conseillé :

    - Prends un avocat.

    - Si j’avais volé, vous pouviez me faire ça. Mais je n’ai pas volé. Vous ne pouvez pas me faire ça. Je vais prendre un avocat. Je vais prendre un avocat.

    Les policiers me disent d’attendre. Je leur dis que je veux me laver. Un policier en bleu marine (un métis, costaud) m’a accompagné chez le médecin. Lui n’était pas là en même temps que les autres, il est venu plus tard avec la camionnette ; lui ne m’a pas touché. Dans le cabinet médical, une infirmière prend ma tension, un médecin m’ausculte, il me demande où j’ai mal. Il me donne un comprimé contre la douleur. Non, il ne me donne pas de certificat médical : ce qu’il a écrit, il l’a gardé pour lui. Puis je suis monté directement chez toi ici.

    Six jours après son arrivée en zone d’attente, Djibril Ba est appelé à descendre avec ses bagages. Il est menotté et escorté par trois agents de l’Unité nationale d’escorte, de soutien et d’intervention (UNESI) vers Bamako, où il est remis aux mains des officiers de la police locale.
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    À 23 h 15, Abdi Hossein est placé en garde à vue. Il comparaît deux jours plus tard devant la 17e chambre du Tribunal correctionnel pour « infraction d’entrée ou séjour irrégulier et soustraction à l’exécution d’une mesure de refus d’entrée en France ». Il est condamné à un mois de prison ferme et transféré à la prison de V.
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    Halima Seyum me rappelle depuis un foyer Emmaüs dans le 14e arrondissement de Paris. Elle y est logée pour une nuit seulement, car c’est un foyer d’urgence pour les gens sans domicile. Elle attend d’être placée dans un foyer Aftam 93. Je vais la voir dans son foyer vers 16 h. Il ressemble à une vieille école, un bâtiment qui date du début du vingtième siècle, une esthétique de lieux publique des années 1960 : linoléum gris, meubles en bois véritable dépareillés, chaises d’école aux barreaux gris vert métallisés, odeur de gras. Nous allons boire un café dans le réfectoire, sur des tables longues couvertes de nappes en plastique. Tout est propre et patiné, pas encore aligné sur les matières plastiques et les formes rondes grossières que l’on trouve partout dans le neuf aujourd’hui, et aussi en zone d’attente. Son récépissé de huit jours, dans le délai desquels elle doit faire une demande d’asile à la préfecture, expire le lendemain. Le responsable du centre dit qu’ils enverront d’ici là sa demande d’asile à la préfecture, le cachet de la poste faisant foi.
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    Quelques jours plus tard, le téléphone sonne. C’est un employé de l’hôtel « Première Classe » à D. qui m’appelle à la demande de Halima Seyum. Elle n’a pas eu de place au foyer Aftam, mais elle a désormais une chambre jusqu’au 30 avril dans cet l’hôtel, où l’Aftam a logé, sur le même étage, d’autres demandeurs d’asile n’ayant pas pu être hébergés en foyer. Situé à une sortie du périphérique extérieur, l’hôtel ressemble à un « Formule 1 » de luxe, avec des orchidées sur le comptoir, une salle à manger propre et avenante, des distributeurs de café, de gâteaux et toutes les commodités nécessaires à un service sans personnel. Des cars de touristes sont alignés sur le parking. Halima est inquiète pour la nourriture. À l’Aftam, on lui a donné vingt euros pour la semaine, et la semaine prochaine, on lui donnera encore vingt euros. Ce n’est pas beaucoup. Quand elle est revenue de l’Aftam, elle avait très faim, elle se sentait mal. Alors elle a acheté une part de pizza dans la rue, mais elle a dépensé quatre euros sur les vingt qu’elle possède pour la semaine ! Elle voudrait partir en Angleterre : elle parle l’anglais, mais pas un mot de français, et sa compagne de chambre lui a dit qu’on pouvait travailler là-bas. Demandeuse d’asile renvoyée de Belgique sous le règlement « Dublin II », cette dernière est en Europe depuis quelques années déjà, et connait la ville.
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    Il faut bien réfléchir à cette question de départ vers l’Angleterre. Halima a été admise à la frontière comme demandeuse d’asile, ce qui indique qu’elle a de bonnes chances d’obtenir l’asile – l’examen aux frontières est paradoxalement réputé plus difficile que l’examen de fond de la demande d’asile par l’Ofpra. Nous avons pris du café, nous sommes montées dans sa chambre, nous nous sommes assises sur son lit, dans une belle lumière de fin d’après-midi :

    La guerre entre l’Érythrée et la Somalie a fait beaucoup de morts. La guerre est bête. Nous vivons ici, eux vivent là-bas, et l’on décrète qu’il y a une frontière, là, et pour cette frontière, juste pour une ligne, on va s’entretuer, on va faire la guerre et tuer des milliers de gens. Pour cette ligne. Une frontière, c’est quoi ? Juste une ligne, rien de plus. La Somalie et l’Érythrée se sont disputées pour cette ligne, ils ont envoyé beaucoup de monde à la guerre, beaucoup de gens sont morts. Mes deux frères ont été envoyés à la guerre. Les deux : d’abord un, et puis ils sont venus chercher d’autres jeunes et ils ont pris le deuxième. Mes frères et sœurs avaient peur. On n’a eu aucune nouvelle. On ne savait pas où ils étaient : personne ne disait rien et les nouvelles non plus ne disaient rien. Il y a eu beaucoup de morts. Un jour, un train est arrivé, tout le monde est allé à la gare et l’on attendait les noms : ils lisaient une liste, et ceux qui étaient sur la liste, on savait qu’ils étaient morts. J’avais peur. J’ai attendu dans la peur et quand j’ai entendu le nom de mon frère, j’ai pleuré. Et je restais encore devant la liste. Et puis ils ont dit le nom de mon deuxième frère et je me suis évanouie. Les voisins m’ont ramenée à la maison. Mon père était très malade déjà à ce moment-là… Ah, ce ne sont pas des choses gaies. Excuse-moi, je t’ennuie en te racontant ces choses. Toi tu es ennuyée, mais moi ça me fait du bien, ça me soulage le cœur.

    On s’est dit au revoir en début de soirée. On s’est rappelées plus tard : je partais quelques semaines au Canada. Halima m’a souhaité bon voyage et m’a dit que si l’on ne se revoyait pas d’ici mon départ, elle me disait au revoir. Je suis passée à l’hôtel avant de partir, mais elle m’avait prévenue qu’elle ne serait sans doute pas là, parce qu’elles allaient, avec sa compagne de chambre, à l’Armée du salut pour chercher de la nourriture. Pas encore rentrée ? Déjà partie ? À mon retour du Canada en mai, j’ai appelé Pierre Gilles, du foyer Emmaüs, qui m’a amicalement donné le contact de la personne qui s’occupait de Halima à l’Aftam. Je l’ai appelé pour avoir des nouvelles ; il m’a dit un peu sèchement : « elle a disparu dans la nature ».

    #Confinement et #subjectivation

    Comment le contrôle frontalier fonctionne-t-il au quotidien ? Quelles fonctions garde-t-il dans une perspective à plus long terme de parcours dans le pays d’accueil ? Comment les gestions institutionnelles de la circulation produisent-elles de nouvelles façons de gouverner les non-nationaux, aussi bien « étrangers » qu’« apatrides » : ceux dont le lien à l’État et à la Nation est de fait suspendu ? Voici quelques questions qui se posent au regard des parcours esquissés. Chacun bien sûr entre dans ces apnées administratives avec son bagage : ses connaissances, ses résistances, ses références, ses ressources, ses peurs. Fereydoun Kian mesure deux mètres pour une centaine de kilos : il sera directement placé en garde à vue sans subir de tentative de renvoi sous escorte. Sylvie Kamanzi s’en tient fermement aux connaissances administratives qu’elle a développées au cours de dix ans d’exils successifs entre le Rwanda et la République Démocratique du Congo (RDC) : d’abord, ne pas laisser savoir que l’on est rwandaise ; ensuite, face aux extorsions et aux violences de la police, toujours refuser de se rendre à un interrogatoire et garder le silence. Ces leçons tirées de l’expérience la mèneront très vite à un malentendu indénouable avec l’administration et à son refoulement dans le premier avion du retour.
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    Si les personnes placées dans des centres de rétention administrative (CRA) pour les sans-papiers arrêtés sur le territoire français ont toutes fait l’expérience, quoique différente, d’une vie en France et souvent d’un parcours administratif10 , ceux qui débarquent des avions ne partagent aucune expérience commune. Il n’existe pas de seuil, même minimal, de connaissance partagée de la culture administrative nationale, de la culture matérielle globale qui prévaut dans les aéroports et les nouveaux centres aseptisés11 , des codes moraux et humanitaires de la démocratie occidentale12 ; pas de continent commun, de langue commune ni de formation politique identique. Comment comprendre l’expérience intime du maintien en zone d’attente en s’attachant à des situations et des trajets si variés, dont le vécu s’inscrit dans des grammaires culturelles, un univers symbolique, des savoirs pratiques différents ? Est-ce que le même mot de « maintenus » est suffisant pour conférer une situation commune à ce kaléidoscope d’expériences qui se croisent dans le temps court de la détention frontalière ?

    https://www.politika.io/fr/notice/prisonniers-du-passage-ethnographie-detention-frontaliere-france
    #frontières #rétention #détention_administrative #zone_d'attente #MNA #mineurs_non_accompagnés #disparitions #Guinée_Conakry #aéroport #Zapi_3 #Ofpra #asile #migrations #réfugiés #Croix-Rouge #Aftam_93 #police #violences_policières #Unité_nationale_d'escorte_de_soutien_et_d'intervention #UNESI #hébergement #logement #CRA #débouté #sans-papiers


  • Opinion | Will Deep-Fake Technology Destroy Democracy? - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2018/10/17/opinion/deep-fake-technology-democracy.html

    Both images are the result of digital manipulation, and what, in its most ominous form, is called deep fakes: technology that makes it possible to show people saying things they never said, doing things they never did.

    This technology has great potential both as art and snark: One set of deep fakes has cleverly inserted Nicolas Cage into a half-dozen movies he wasn’t involved with, including “Raiders of the Lost Ark.” You can watch that and decide for yourself whether Mr. Cage or Harrison Ford makes for the best Indiana Jones.

    But, as always, the same technology that contains the opportunity for good also provides an opening for its opposite. As a result, we find ourselves on the cusp of a new world — one in which it will be impossible, literally, to tell what is real from what is invented.

    But deep-fake technology takes deception a step further, exploiting our natural inclination to engage with things that make us angriest. As Jonathan Swift said: “The greatest liar hath his believers: and it often happens, that if a lie be believed only for an hour, it hath done its work, and there is no further occasion for it.”

    Consider the image of Emma Gonzalez, a survivor of the Parkland High School shooting in February who has become a vocal activist. A manipulated photo of her tearing up the Constitution went viral on Twitter among gun-rights supporters and members of the alt-right. The image had been digitally altered from another photo appearing in Teen Vogue. That publication’s editor lamented: “The fact that we even have to clarify this is proof of how democracy continues to be fractured by people who manipulate and fabricate the truth.”

    That fake was exposed — but did it really make a difference to the people who wanted to inhabit their own paranoid universe? How many people still believe, all evidence to the contrary, that Barack Obama is a Muslim, or that he was born in Kenya?

    Now imagine the effect of deep fakes on a close election. Let’s say video is posted of Beto O’Rourke, a Democrat running for Senate in Texas, swearing that he wants to take away every last gun in Texas, or of Senator Susan Collins of Maine saying she’s changed her mind on Brett Kavanaugh. Before the fraud can be properly refuted, the polls open. The chaos that might ensue — well, let’s just say it’s everything Vladimir Putin ever dreamed of.

    There’s more: The “liar’s dividend” will now apply even to people, like Mr. Trump, who actually did say something terrible. In the era of deep fakes, it will be simple enough for a guilty party simply to deny reality. Mr. Trump, in fact, has claimed that the infamous recording of him suggesting grabbing women by their nether parts is not really him. This, after apologizing for it.

    #Infox #Fake_news #Manipulation_images


  • Uganda’s refugee policies: the history, the politics, the way forward

    Uganda’s refugee policy urgently needs an honest discussion, if sustainable solutions for both refugees and host communities are to be found, a new policy paper by International Refugee Rights Initiative (IRRI) reveals.

    The paper, entitled Uganda’s refugee policies: the history, the politics, the way forward puts the “Ugandan model” in its historical and political context, shines a spotlight on its implementation gaps, and proposes recommendations for the way forward.

    Uganda has since 2013 opened its borders to hundreds of thousands of refugees from South Sudan, bringing the total number of refugees to more than one million. It has been praised for its positive steps on freedom of movement and access to work for refugees, going against the global grain. But generations of policy, this paper shows, have only entrenched the sole focus on refugee settlements and on repatriation as the only viable durable solution. Support to urban refugees and local integration have been largely overlooked.

    The Ugandan refugee crisis unfolded at the same time as the UN adopted the New York Declaration for Refugees and Migrants, and states committed to implement a Comprehensive Refugee Response Framework (CRRF). Uganda immediately seized this opportunity and adopted its own strategy to implement these principles. As the world looks to Uganda for best practices in refugee policy, and rightly so, it is vital to understand the gaps between rhetoric and reality, and the pitfalls of Uganda’s policy. This paper identifies the following challenges:

    There is a danger that the promotion of progressive refugee policies becomes more rhetoric than reality, creating a smoke-screen that squeezes out meaningful discussion about robust alternatives. Policy-making has come at the expense of real qualitative change on the ground.
    Refugees in urban areas continue to be largely excluded from any support due to an ongoing focus on refugee settlements, including through aid provision
    Local integration and access to citizenship have been virtually abandoned, leaving voluntary repatriation as the only solution on the table. Given the protracted crises in South Sudan and Democratic Republic of Congo, this remains unrealistic.
    Host communities remain unheard, with policy conversations largely taking place in Kampala and Geneva. Many Ugandans and refugees have neither the economic resources nor sufficient political leverage to influence the policies that are meant to benefit them.

    The policy paper proposes a number of recommendations to improve the Ugandan refugee model:

    First, international donors need to deliver on their promise of significant financial support.
    Second, repatriation cannot remain the only serious option on the table. There has to be renewed discussion on local integration with Uganda communities and a dramatic increase in resettlement to wealthier states across the globe.
    Third, local communities hosting refugees must be consulted and their voices incorporated in a more meaningful and systematic way, if tensions within and between communities are to be avoided.
    Fourth, in order to genuinely enhance refugee self-reliance, the myth of the “local settlement” needs to be debunked and recognized for what it is: the ongoing isolation of refugees and the utilization of humanitarian assistance to keep them isolated and dependent on aid.


    http://refugee-rights.org/uganda-refugee-policies-the-history-the-politics-the-way-forward
    #modèle_ougandais #Ouganda #asile #migrations #réfugiés

    Pour télécharger le #rapport:
    http://refugee-rights.org/wp-content/uploads/2018/10/IRRI-Uganda-policy-paper-October-2018-Paper.pdf

    • A New Deal for Refugees

      Global policies that aim to resettle and integrate displaced populations into local societies is providing a way forward.

      For many years now, groups that work with refugees have fought to put an end to the refugee camp. It’s finally starting to happen.

      Camps are a reasonable solution to temporary dislocation. But refugee crises can go on for decades. Millions of refugees have lived in their country of shelter for more than 30 years. Two-thirds of humanitarian assistance — intended for emergencies — is spent on crises that are more than eight years old.

      Camps are stagnant places. Refugees have access to water and medical care and are fed and educated, but are largely idle. “You keep people for 20 years in camps — don’t expect the next generation to be problem-free,” said Xavier Devictor, who advises the World Bank on refugee issues. “Keeping people in those conditions is not a good idea.” It’s also hard to imagine a better breeding ground for terrorists.

      “As long as the system is ‘we feed you,’ it’s always going to be too expensive for the international community to pay for,” Mr. Devictor said. It’s gotten more and more difficult for the United Nations High Commissioner for Refugees to raise that money; in many crises, the refugee agency can barely keep people from starving. It’s even harder now as nations turn against foreigners — even as the number of people fleeing war and violence has reached a record high.

      At the end of last year, nearly 70 million people were either internally displaced in their own countries, or had crossed a border and become a refugee. That is the largest number of displaced in history — yes, more than at the end of World War II. The vast majority flee to neighboring countries — which can be just as badly off.

      Last year, the United States accepted about 30,000 refugees.

      Uganda, which is a global model for how it treats refugees, has one-seventh of America’s population and a tiny fraction of the wealth. Yet it took in 1,800 refugees per day between mid-2016 and mid-2017 from South Sudan alone. And that’s one of four neighbors whose people take refuge in Uganda.

      Bangladesh, already the world’s most crowded major nation, has accepted more than a million Rohingya fleeing ethnic cleansing in Myanmar. “If we can feed 160 million people, then (feeding) another 500,00-700,000 …. We can do it. We can share our food,” Shiekh Hasina, Bangladesh’s prime minister, said last year.

      Lebanon is host to approximately 1.5 million Syrian refugees, in addition to a half-million Palestinians, some of whom have been there for generations. One in three residents of Lebanon is a refugee.

      The refugee burden falls heavily on a few, poor countries, some of them at risk of destabilization, which can in turn produce more refugees. The rest of the world has been unwilling to share that burden.

      But something happened that could lead to real change: Beginning in 2015, hundreds of thousands of Syrian refugees crossed the Mediterranean in small boats and life rafts into Europe.

      Suddenly, wealthy European countries got interested in fixing a broken system: making it more financially viable, more dignified for refugees, and more palatable for host governments and communities.

      In September 2016, the United Nations General Assembly unanimously passed a resolution stating that all countries shared the responsibility of protecting refugees and supporting host countries. It also laid out a plan to move refugees out of camps into normal lives in their host nations.

      Donor countries agreed they would take more refugees and provide more long-term development aid to host countries: schools, hospitals, roads and job-creation measures that can help both refugees and the communities they settle in. “It looked at refugee crises as development opportunities, rather than a humanitarian risk to be managed,” said Marcus Skinner, a policy adviser at the International Rescue Committee.

      The General Assembly will vote on the specifics next month (whatever they come up with won’t be binding). The Trump administration pulled out of the United Nations’ Global Compact on Migration, but so far it has not opposed the refugee agreement.

      There’s a reason refugee camps exist: Host governments like them. Liberating refugees is a hard sell. In camps, refugees are the United Nations’ problem. Out of camps, refugees are the local governments’ problem. And they don’t want to do anything to make refugees comfortable or welcome.

      Bangladesh’s emergency response for the Rohingya has been staggeringly generous. But “emergency” is the key word. The government has resisted granting Rohingya schooling, work permits or free movement. It is telling Rohingya, in effect, “Don’t get any ideas about sticking around.”

      This attitude won’t deter the Rohingya from coming, and it won’t send them home more quickly. People flee across the closest border — often on foot — that allows them to keep their families alive. And they’ll stay until home becomes safe again. “It’s the simple practicality of finding the easiest way to refuge,” said Victor Odero, regional advocacy coordinator for East Africa and the Horn of Africa at the International Rescue Committee. “Any question of policies is a secondary matter.”

      So far, efforts to integrate refugees have had mixed success. The first experiment was a deal for Jordan, which was hosting 650,000 Syrian refugees, virtually none of whom were allowed to work. Jordan agreed to give them work permits. In exchange, it got grants, loans and trade concessions normally available only to the poorest countries.

      However, though the refugees have work permits, Jordan has put only a moderate number of them into jobs.

      Any agreement should include the views of refugees from the start — the Jordan Compact failed to do this. Aid should be conditioned upon the right things. The deal should have measured refugee jobs, instead of work permits. Analysts also said the benefits should have been targeted more precisely, to reach the areas with most refugees.

      To spread this kind of agreement to other nations, the World Bank established a $2 billion fund in July 2017. The money is available to very poor countries that host many refugees, such as Uganda and Bangladesh. In return, they must take steps to integrate refugees into society. The money will come as grants and zero interest loans with a 10-year grace period. Middle-income countries like Lebanon and Colombia would also be eligible for loans at favorable rates under a different fund.

      Over the last 50 years, only one developing country has granted refugees full rights. In Uganda, refugees can live normally. Instead of camps there are settlements, where refugees stay voluntarily because they get a plot of land. Refugees can work, live anywhere, send their children to school and use the local health services. The only thing they can’t do is become Ugandan citizens.

      Given the global hostility to refugees, it is remarkable that Ugandans still approve of these policies. “There have been flashes of social tension or violence between refugees and their hosts, mostly because of a scarcity of resources,” Mr. Odero said. “But they have not become widespread or protracted.”

      This is the model the United Nations wants the world to adopt. But it is imperiled even in Uganda — because it requires money that isn’t there.

      The new residents are mainly staying near the South Sudan border in Uganda’s north — one of the least developed parts of the country. Hospitals, schools, wells and roads were crumbling or nonexistent before, and now they must serve a million more people.

      Joël Boutroue, the head of the United Nations refugee agency in Uganda, said current humanitarian funding covered a quarter of what the crisis required. “At the moment, not even half of refugees go to primary school,” he said. “There are around 100 children per classroom.”

      Refugees are going without food, medical care and water. The plots of land they get have grown smaller and smaller.

      Uganda is doing everything right — except for a corruption scandal. It could really take advantage of the new plan to develop the refugee zone. That would not only help refugees, it would help their host communities. And it would alleviate growing opposition to rights for refugees. “The Ugandan government is under pressure from politicians who see the government giving favored treatment to refugees,” Mr. Boutroue said. “If we want to change the perception of refugees from recipients of aid to economic assets, we have to showcase that refugees bring development.”

      The World Bank has so far approved two projects — one for water and sanitation and one for city services such as roads and trash collection. But they haven’t gotten started yet.

      Mr. Devictor said that tackling long-term development issues was much slower than providing emergency aid. “The reality is that it will be confusing and confused for a little while,” he said. Water, for example, is trucked in to Uganda’s refugee settlements, as part of humanitarian aid. “That’s a huge cost,” he said. “But if we think this crisis is going to last for six more months, it makes sense. If it’s going to last longer, we should think about upgrading the water system.”

      Most refugee crises are not surprises, Mr. Devictor said. “If you look at a map, you can predict five or six crises that are going to produce refugees over the next few years.” It’s often the same places, over and over. That means developmental help could come in advance, minimizing the burden on the host. “Do we have to wait until people cross the border to realize we’re going to have an emergency?” he said.

      Well, we might. If politicians won’t respond to a crisis, it’s hard to imagine them deciding to plan ahead to avert one. Political commitment, or lack of it, always rules. The world’s new approach to refugees was born out of Europe’s panic about the Syrians on their doorstep. But no European politician is panicking about South Sudanese or Rohingya refugees — or most crises. They’re too far away. The danger is that the new approach will fall victim to the same political neglect that has crippled the old one.

      https://www.nytimes.com/2018/08/21/opinion/refugee-camps-integration.html

      #Ouganda #modèle_ougandais #réinstallation #intégration

      avec ce commentaire de #Jeff_Crisp sur twitter :

      “Camps are stagnant places. Refugees have access to water and medical care and are fed and educated, but are largely idle.”
      Has this prizewinning author actually been to a refugee camp?

      https://twitter.com/JFCrisp/status/1031892657117831168

    • Appreciating Uganda’s ‘open door’ policy for refugees

      While the rest of the world is nervous and choosing to take an emotional position on matters of forced migration and refugees, sometimes closing their doors in the face of people who are running from persecution, Uganda’s refugee policy and practice continues to be liberal, with an open door to all asylum seekers, writes Arthur Matsiko

      http://thisisafrica.me/appreciating-ugandas-open-door-policy-refugees

    • Ouganda. La générosité intéressée du pays le plus ouvert du monde aux réfugiés

      L’Ouganda est le pays qui accueille le plus de réfugiés. Un million de Sud-Soudanais fuyant la guerre s’y sont installés. Mais cette noble intention des autorités cache aussi des calculs moins avouables : l’arrivée massive de l’aide internationale encourage l’inaction et la #corruption.

      https://www.courrierinternational.com/article/ouganda-la-generosite-interessee-du-pays-le-plus-ouvert-du-mo

    • Refugees in Uganda to benefit from Dubai-funded schools but issues remain at crowded settlement

      Dubai Cares is building three classrooms in a primary school at Ayilo II but the refugee settlement lacks a steady water supply, food and secondary schools, Roberta Pennington writes from Adjumani


      https://www.thenational.ae/uae/refugees-in-uganda-to-benefit-from-dubai-funded-schools-but-issues-remai

    • FUGA DAL SUD SUDAN. LUIS, L’UGANDA E QUEL PEZZO DI TERRA DONATA AI PROFUGHI

      Luis zappa, prepara dei fori per tirare su una casa in attesa di ritrovare la sua famiglia. Il terreno è una certezza, glielo ha consegnato il Governo ugandese. Il poterci vivere con i suoi cari non ancora. L’ultima volta li ha visti in Sud Sudan. Nel ritornare a casa sua moglie e i suoi otto figli non c’erano più. É sicuro si siano messi in cammino verso l’Uganda, così da quel giorno è iniziata la sua rincorsa. É certo che li ritroverà nella terra che ora lo ha accolto. Quella di Luis è una delle tante storie raccolte nei campi profughi del nord dell’Uganda, in una delle ultime missioni di Amref, in cui era presente anche Giusi Nicolini, già Sindaco di Lampedusa e Premio Unesco per la pace. 



      Modello Uganda? Dell’Uganda il mondo dice «campione di accoglienza». Accoglienza che sta sperimentando da mesi nei confronti dei profughi sud sudanesi, che scappano da uno dei Paesi più drammaticamente in crisi al mondo. Sono 4 milioni le persone che in Sud Sudan hanno dovuto lasciare le proprie case. Chi muovendosi verso altri Paesi e chi in altre regioni sud sudanesi. In questi ultimi tempi arrivano in Uganda anche persone che fuggono dalla Rep. Democratica del Congo.

      https://www.amref.it/2018_02_23_Fuga_dal_Sud_Sudan_Luis_lUganda_e_quel_pezzo_di_terra_donata_ai_pro

    • As Rich Nations Close the Door on Refugees, Uganda Welcomes Them

      President Trump is vowing to send the military to stop migrants trudging from Central America. Europe’s leaders are paying African nations to block migrants from crossing the Mediterranean — and detaining the ones who make it in filthy, overcrowded camps.

      But Solomon Osakan has a very different approach in this era of rising xenophobia. From his uncluttered desk in northwest Uganda, he manages one of the largest concentrations of refugees anywhere in the world: more than 400,000 people scattered across his rural district.

      He explained what he does with them: Refugees are allotted some land — enough to build a little house, do a little farming and “be self-sufficient,” said Mr. Osakan, a Ugandan civil servant. Here, he added, the refugees live in settlements, not camps — with no barbed wire, and no guards in sight.

      “You are free, and you can come and go as you want,” Mr. Osakan added.

      As many nations are securing their borders and turning refugees away, Uganda keeps welcoming them. And they keep coming, fleeing catastrophes from across this part of Africa.

      In all, Uganda has as many as 1.25 million refugees on its soil, perhaps more, making it one of the most welcoming countries in the world, according to the United Nations.

      And while Uganda’s government has made hosting refugees a core national policy, it works only because of the willingness of rural Ugandans to accept an influx of foreigners on their land and shoulder a big part of the burden.

      Uganda is not doing this without help. About $200 million in humanitarian aid to the country this year will largely pay to feed and care for the refugees. But they need places to live and small plots to farm, so villages across the nation’s north have agreed to carve up their communally owned land and share it with the refugees, often for many years at a time.

      “Our population was very few and our community agreed to loan the land,” said Charles Azamuke, 27, of his village’s decision in 2016 to accept refugees from South Sudan, which has been torn apart by civil war. “We are happy to have these people. We call them our brothers.”

      United Nations officials have pointed to Uganda for its “open border” policy. While the United States, a much more populous nation, has admitted more than three million refugees since 1975, the American government settles them in the country after they have first been thoroughly screened overseas.

      By contrast, Uganda has essentially opened its borders to refugees, rarely turning anyone away.

      Some older Ugandans explain that they, too, had been refugees once, forced from their homes during dictatorship and war. And because the government ensures that spending on refugees benefits Ugandans as well, younger residents spoke of how refugees offered them some unexpected opportunities.

      “I was a farmer. I used to dig,” Mr. Azamuke said. But after learning Arabic from refugees from South Sudan, he got a better job — as a translator at a new health clinic that serves the newcomers.

      His town, Ofua, is bisected by a dirt road, with the Ugandans living on the uphill side and the South Sudanese on the downhill side. The grass-thatched homes of the Ugandans look a bit larger and sturdier, but not much.

      As the sun began to set one recent afternoon, a group of men on the Ugandan side began to pass around a large plastic bottle of waragi, a home brew. On the South Sudanese side, the men were sober, gathered around a card game.

      On both sides, the men had nothing but tolerant words for one another. “Actually, we don’t have any problems with these people,” said Martin Okuonzi, a Ugandan farmer cleaning his fingernails with a razor blade.

      As the men lounged, the women and girls were still at work, preparing dinner, tending children, fetching water and gathering firewood. They explained that disputes did arise, especially as the two groups competed for limited resources like firewood.

      “We’ve been chased away,” said Agnes Ajonye, a 27-year-old refugee from South Sudan. “They say we are destroying their forests.”

      And disputes broke out at the well, where Ugandan women insist they should be allowed to skip ahead of refugees.

      “If we hadn’t given you the land you live on, wouldn’t you be dying in Sudan?” said Adili Chandia, a 62-year-old refugee, recounting the lecture she and others got from a frustrated Ugandan woman waiting in line.

      Ugandan officials often talk about the spirit of Pan-Africanism that motivates their approach to refugees. President Yoweri Museveni, an autocratic leader who has been in power for 32 years, says Uganda’s generosity can be traced to the precolonial days of warring kingdoms and succession disputes, when losing factions often fled to a new land.

      This history of flight and resettlement is embedded in some of the names of local groups around western Uganda, like Batagwenda, which means “the ones that could not continue traveling.”

      The government encourages the nation to go along with its policy by directing that 30 percent of foreign aid destined for refugees be spent in ways that benefit Ugandans nearby. So when money for refugees results in new schools, clinics and wells, Ugandans are more likely to welcome than resent them.

      For Mr. Museveni, hosting refugees has given him relevance and political capital abroad at a time when he would otherwise have little.

      A former guerrilla fighter who quickly stabilized much of his country, Mr. Museveni was once hailed as an example of new African leadership. He was relatively quick to confront the AIDS epidemic, and he invited back Ugandans of Indian and Pakistani descent who had been expelled during the brutal reign of Idi Amin in the 1970s.

      But his star has fallen considerably. He has clung to power for decades. His security forces have beaten political opponents. Freedom of assembly and expression are severely curtailed.

      Even so, Uganda’s openness toward refugees makes Mr. Museveni important to European nations, which are uneasy at the prospect of more than a million refugees heading for Europe.

      Other African nations also host a significant number of refugees, but recent polls show that Ugandans are more likely than their neighbors in Kenya or Tanzania to support land assistance or the right to work for refugees.

      Part of the reason is that Ugandans have fled their homes as well, first during the murderous reign of Mr. Amin, then during the period of retribution after his overthrow, and again during the 1990s and 2000s, when Joseph Kony, the guerrilla leader who terrorized northern Uganda, left a trail of kidnapped children and mutilated victims.

      Many Ugandans found refuge in what is today South Sudan. Mark Idraku, 57, was a teenager when he fled with his mother to the area. They received two acres of farmland, which helped support them until they returned home six years later.

      “When we were in exile in Sudan, they also helped us,” Mr. Idraku said. “Nobody ever asked for a single coin.”

      Mr. Idraku has since returned the favor, loaning three acres to a South Sudanese refugee named Queen Chandia, 37. Ms. Chandia said the land — along with additional plots other Ugandans allow her to farm — has made all the difference.

      Her homestead of thatched-roof huts teemed with children tending their chores, grinding nuts into paste and maize into meal. Ms. Chandia is the mother of a girl and two boys. But over the years, as violence hollowed out her home country, Ms. Chandia started taking in the orphaned children of relatives and friends. Now 22 children call her “mom.”

      A refugee for nearly her entire life, Ms. Chandia arrived in Uganda as a young girl nearly 30 years ago. For years, she worried about being expelled.
      Image

      “Maybe these Ugandans will change their minds on us,” she said, describing the thought that plagued her. Then one day the worry stopped.

      But Mr. Osakan, the administrator who oversees refugee affairs in the country’s extreme northwest, is anxious. There is an Ebola outbreak over the border in the Democratic Republic of Congo. Mr. Osakan fears what might happen if — or when — a refugee turns up in Uganda with the dreaded illness.

      “It would destroy all the harmony between refugees and host communities,” he said, explaining that it would probably lead to calls to seal the border.

      For now, the border is very much open, although the number of refugees arriving has fallen significantly. In one of the newer settlements, many of the refugees came last year, fleeing an attack in a South Sudanese city. But some complained about receiving too little land, about a quarter acre per family, which is less than previous refugees had received.

      “Even if you have skills — in carpentry — you are not given a chance,” said one refugee, Simon Ludoru. He looked over his shoulder, to where a construction crew was building a nursery school. The schoolhouse would teach both local Ugandan and South Sudanese children together, but the workers were almost entirely Ugandan, he said.

      At the construction site, the general contractor, Sam Omongo, 50, said he had hired refugees for the job. “Oh, yes,” he exclaimed.

      How many?

      “Not a lot, actually,” he acknowledged. “I have about three.” Mr. Omongo called one over.

      “Are you a refugee?” Mr. Omongo asked the slight man.

      “No, I’m from Uganda,” he said softly. His name was Amos Chandiga, 28. He lived nearby and owned six acres of land, though he worked only four of them. He had lent the other two to a pair of refugees.

      “They asked me, and I gave it to them,” Mr. Chandiga explained. He patted his chest. “It comes from here, in my heart.”


      https://www.nytimes.com/2018/10/28/world/africa/uganda-refugees.html?smtyp=cur&smid=tw-nytimes


  • Kenyans Say Chinese Investment Brings Racism and Discrimination - The New York Times
    https://www.nytimes.com/2018/10/15/world/africa/kenya-china-racism.html?smid=fb-nytimes&smtyp=cur

    Before last year, Richard Ochieng’, 26, could not recall experiencing racism firsthand.

    Not while growing up as an orphan in his village near Lake Victoria where everybody was, like him, black. Not while studying at a university in another part of Kenya. Not until his job search led him to Ruiru, a fast-growing settlement at the edge of the capital, Nairobi, where Mr. Ochieng’ found work at a Chinese motorcycle company that had just expanded to Kenya.

    But then his new boss, a Chinese man his own age, started calling him a monkey.

    It happened when the two were on a sales trip and spotted a troop of baboons on the roadside, he said.

    “‘Your brothers,’” he said his boss exclaimed, urging Mr. Ochieng’ to share some bananas with the primates.

    And it happened again, he said, with his boss referring to all Kenyans as primates.

    Humiliated and outraged, Mr. Ochieng’ decided to record one of his boss’s rants, catching him declaring that Kenyans were “like a monkey people.”

    Kenya may have been a British colony, where white supremacy reigned and black people were forced to wear identification documents around their necks. But it has been an independent nation since 1963, with a sense of pride that it is among the region’s most stable democracies.

    Today, many younger Kenyans say that racism is a phenomenon they largely know indirectly, through history lessons and foreign news. But episodes involving discriminatory behavior by the region’s growing Chinese work force have unsettled many Kenyans, particularly at a time when their government seeks closer ties with China.

    #Chinafrique #racisme
    Le bon goût du #colonialisme d’antan...



  • UN Human Rights Council passes a resolution adopting the peasant rights declaration in Geneva - Via Campesina
    https://viacampesina.org/en/un-human-rights-council-passes-a-resolution-adopting-the-peasant-right

    Seventeen years of long and arduous negotiations later, peasants and other people working in rural areas are only a step away from having a UN Declaration that could defend and protect their rights to land, seeds, biodiversity, local markets and a lot more.

    On Friday, 28 September, in a commendable show of solidarity and political will, member nations of United Nations Human Rights Council passed a resolution concluding the UN Declaration for the Rights of Peasants and Other People Working in Rural Areas. The resolution was passed with 33 votes in favour, 11 abstentions and 3 against. [1]

    Contre : Australie, Hongrie et Royaume-Uni

    In favour: Afghanistan, Angola, Burundi, Chile, China, Cote d’Ivoire, Cuba, Democratic Republic of Congo, Ecuador, Egypt, Ethiopia, Iraq, Kenya, Kyrgyzstan, Mexico, Mongolia, Nepal, Nigeria, Pakistan, Panama, Peru, Philippines, Qatar, Rwanda, Saudi Arabia, Senegal, South Africa, Switzerland, Togo, Tunisia, Ukraine, United Arab Emirates, Venezuela

    Abstention: Belgium, Brazil, Croatia, Georgia, Germany, Iceland, Japan, Republic of Korea, Slovakia, Slovenia, Spain

    https://viacampesina.org/en/wp-content/uploads/sites/2/2011/03/Declaration-of-rights-of-peasants-2009.pdf

    #droit_des_paysan·nes


  • Forcer les gènes et l’Afrique
    Enquête sur le forçage génétique des moustiques

    Par Zahra Moloo

    Traduction par Amandine Semat
    Texte original : « The hubris of western science » paru dans Africa is a Country, 1er août 2018 (version légèrement modifiée pour Jef Klak avec l’auteure).

    https://jefklak.org/forcer-les-genes-et-lafrique

    La lutte contre le paludisme va d’échec en échec ces dernières années ; en 2016, il a tué près d’un demi-million de personnes. Pour y remédier, des laboratoires et fondations internationales financées par des géants de l’industrie vont tester une nouvelle méthode : le forçage génétique. L’idée est de modifier génétiquement les moustiques vecteurs de la maladie, pour en propager quelques milliers dans l’environnement. Les gênes dont ils sont porteurs sont censés éradiquer des populations entières d’insectes en quelques générations. Si ces moustiques sont fabriqués dans les éprouvettes du Royaume Uni, c’est au Burkina Faso, au Mali ou au Kenya qu’ils seront relâchés. Or, tout comme pour les autres OGM, les conséquences sur la flore et la faune sont impossibles à prévoir. Le fantasme d’une technoscience occidentale toute puissante continue sa fuite en avant, sous couvert de santé publique. Au détriment des populations autochtones, de leurs capacités de décision et de leurs savoirs, systématiquement occultés.


  • IDPs : Mid-year figures

    There were 5.2 million new internal displacements associated with conflict and violence in the first half of 2018, based on the analysis of data from the 10 worst-affected countries. There were also 3.3 million associated with disasters in 110 countries and territories. Countries in the Horn of Africa bore the brunt of displacement. On top of more than 1.7 million new displacements associated with conflict and violence in Ethiopia and Somalia, significant numbers of people fled devastating floods and drought in Ethiopia, Somalia and Kenya.

    http://www.internal-displacement.org/mid-year-figures
    #IDPs #déplacés_internes #rapport #2018 #statistiques #asile #migrations #réfugiés #sécheresse #conflits #inondations #Corne_de_l'Afrique

    cc @isskein