country:yémen

  • Gilets jaunes : « La police m’a pris mon matériel de reporter » - L’Express
    https://www.lexpress.fr/actualite/medias/gilets-jaunes-la-police-m-a-pris-mon-materiel-de-reporter_2052654.html

    Véronique de Viguerie est une habituée des pays en guerre. Pour preuve : la photographe est la première femme depuis 20 ans à avoir remporté le Visa d’or lors du festival international Visa pour l’image, en septembre 2018. Pour Paris Match, la journaliste s’était intéressée de près au Yémen et sa guerre sans fin.


  • Ce matin, ouvrant la page du Monde pour me livrer à ma petite gymnastique dyslexique matinale, je me dis, rasséréné, que tout doit baigner dans l’huile désormais dans le Monde et dans notre petit pays parce que le fait mis en avant c’est que l’équipe de France féminine de handball est arrivée en finale de la coupe du monde.

    Elles n’ont pas gagné (pas encore, peut-être le feront elles) la finale, le hand-ball ce n’est pas le rugby (sport populaire), encore moins du ballon rond et c’est une équipe féminine, autant de raisons qui devraient reléguer cette nouvelle dans les arrières-coulisses de l’information, mais non, c’est cette nouvelle qui est mise en avant.

    J’en déduis que nous ne serons plus jamais embêtés par le terrorisme, que les gilets jaunes peuvent aller se rhabiller et qu’en augmentant (un (tout petit) peu) le SMIC (ce qui va demander des efforts budgétaires dont je ne vous parle même pas et c’est vous dire si la manœuvre est audacieuse et disruptive) on a réglé absolument tous les problèmes sociaux de ce pays. Et sinon en Syrie, au Yémen plus de problème non plus et les Balkans ne sont probablement que scènes de liesse en ce moment à l’approche de Noël.

    Je retourne me coucher, je retourne lire, je fais la grève de_la_dyslexie_créative, je porte mon pyjama jaune.


  • #Yemen death toll ’six times higher’ than estimated
    https://www.telegraph.co.uk/news/2018/12/12/yemen-death-toll-six-times-higher-estimated

    The figure of 10,000 used by the United Nations is outdated and nowhere near the likely true fatality figure of 60,223, according to UK-based independent research group Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED).

    Calculating death tolls in Yemen, which is approaching its fourth year, is complicated by the lack of access.

    The figure offered by ACLED, which looked at open-source data and local news reports, does not include those thought to have died from #malnutrition. Save the Children charity says some 85,000 may have died from starvation since 2016.

    #famine


  • Affaire Khashoggi : le Sénat américain unanime pour mettre en cause « MBS »
    https://www.lemonde.fr/international/article/2018/12/14/affaire-khashoggi-le-senat-americain-unanime-pour-mettre-en-cause-mbs_539715

    Le désaveu est à la mesure du capital politique brûlé par Donald Trump pour protéger son allié saoudien, le prince héritier Mohammed Ben Salman – également désigné par ses initiales, « MBS ».

    Jeudi 13 décembre, le Sénat a infligé une double gifle au président des Etats-Unis. Sept sénateurs républicains se sont joints aux démocrates pour permettre l’adoption d’une résolution mettant fin au soutien principalement logistique apporté par Washington à l’Arabie saoudite dans la guerre qu’elle livre au Yémen. Le Sénat a ensuite adopté à l’unanimité une résolution dans laquelle il a jugé le prince héritier « responsable de l’assassinat de Jamal Khashoggi », le 2 octobre, dans le consulat du royaume saoudien à Istanbul, en Turquie.
    […]
    Cette [frustration] est encore montée après l’assassinat de Jamal Khashoggi, un dissident devenu chroniqueur au Washington Post. Ulcérée par les dénégations saoudiennes jugées peu crédibles comme par le soutien apporté par Donald Trump au prince, une majorité de sénateurs (56 voix contre 41) a permis, mercredi, l’adoption d’un texte dont la portée demeure symbolique puisque la Chambre des représentants n’a pas envisagé de s’en saisir et que le président des Etats-Unis a assuré qu’il lui opposerait son veto. Donald Trump justifie sa position par l’importance que revêt selon lui la relation avec Riyad.

    #paywall


  • BD, photo, histoire… : attention à la mauvaise surprise de la fin 2020
    Prélèvement à la source : quatre beaux livres à glisser sous le sapin.

    Condamné à de la prison, Bolloré évoque une loyauté qui l’a conduit sur la voie des ténèbres.
    L’ex-avocat de Trump mis en examen pour « corruption » dans l’affaire des ports africains.

    Au Japon un prince annonce une offensive éminente contre les forces kurdes
    Syrie : Erdogan se veut grand défenseur de la laïcité

    « Gilets jaunes » une étude conclut à l’absence de toxicité sur les rats
    OGM, six ans apports l’affaire Séralini, une sixième mort en lien avec le mouvement.

    Brexit : May confortée face à l’UE après avoir annoncé une hausse du salaire minimum de 22%
    En Espagne, Pedro Sanchez recueille la confiance des députés conservateurs.

    Attentant à Strasbourg : qui est Ahmed Saleh Al Essi, l’auteur présumé de la fusillade ?
    Chérif Chekatt, portrait d’un profiteur de guerre au Yemen

    #de_la_dyslexie_créative


  • Saudi Arabia Declares War on America’s Muslim Congresswomen – Foreign Policy
    https://foreignpolicy.com/2018/12/11/saudi-arabia-declares-war-on-americas-muslim-congresswomen

    The rise of politicians like El-Sayed, Omar, and Tlaib also undermines a core argument advanced by dictators in the Middle East: that their people are not ready for democracy. “People would not have access to power in their countries but they would if they leave; this destroys the argument by Sisi or bin Salman,” El-Sayed said, referring to Egyptian President Abdel Fattah al-Sisi and Saudi Arabian Crown Prince Mohammed bin Salman. “What’s ironic is there is no way I would aspire to be in leadership in Egypt, the place of my fathers.”

    American allies in the region also fear that the Democratic Party’s new Arab leaders will advocate for political change in their countries. Having spent millions of dollars for public relations campaigns in Western capitals, the Persian Gulf countries feel threatened by any policymakers with an independent interest in and knowledge of the region. They have thus framed these officials’ principled objections to regional violations of human rights and democratic norms as matters of personal bias. One commentator, who is known to echo government talking points and is frequently retweeted by government officials, recently spread the rumor that Omar is a descendent of a “Houthi Yemeni” to undermine her attacks on the Saudi-led war on Yemen.

    The most common attack online by the Saudi-led bloc on the Muslim-American Democrats has been to label them as members of the Muslim Brotherhood, or more generally as ikhwanji, an extremist catch-all term. These attacks started long before this year’s elections. In 2014, the UAE even announced a terror list that included the Council on American-Islamic Relations (CAIR) for its alleged links to the Muslim Brotherhood.

    The attacks attempting to tie Omar and Tlaib to the Muslim Brotherhood started in earnest after CAIR publicly welcomed their election to Congress. One UAE-based academic, Najat al-Saeed, criticized Arabic media for celebrating the two Muslim women’s victories at the midterms, and pointed to CAIR’s support for them as evidence of their ties to the Brotherhood.


  • #Arabie_saoudite : changements sociaux au regard de la « Vision 2030 »
    https://www.cetri.be/Arabie-saoudite-changements

    Dans la foulée de son accession au pouvoir, Mohammed ben Salmane a lancé un ambitieux programme de réformes baptisé « Vision 2030 ». Ce dernier introduit des ruptures importantes, notamment culturelles, mais il poursuit aussi des objectifs néolibéraux présents depuis les années 1990. Couplé à un nationalisme exacerbé par la guerre au Yémen, il a gagné le soutien d’une partie de la jeunesse libérale et des (...)

    #Alternatives_Sud_-_extraits

    / Arabie saoudite


  • Cartographier les systèmes d’irrigation à partir de photographies aériennes d’archives : mise en application au Yémen – ArchéOrient – Le Blog
    https://archeorient.hypotheses.org/9515

    Malgré l’importance de cette technique, l’#imagerie_aérienne reste sous-exploitée. De nombreuses archives existent de par le monde, qui n’ont pas encore été utilisées par les archéologues et dont le catalogage reste souvent à effectuer (comme par exemple la National Collection of Aerial Photography). Cela représente certes un travail fastidieux mais qui peut apporter de fructueux résultats.

    Je souhaiterais illustrer ce point en prenant l’exemple des systèmes d’irrigation du #Yémen antique, sur lesquels portaient mes travaux il y a quelques années. Dans le cadre d’une bourse post-doctorale Clemens-Heller de la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH), j’ai travaillé pendant 9 mois à la Freie Universität de Berlin sur un corpus de clichés aériens verticaux, réalisés au cours de l’hiver 1977-1978 pour le compte de la société de Géomètres experts Lebel, Trenque & Rives (rebaptisée depuis GE Infra), basée à Toulouse. Ces photographies ont été réalisées à des fins topographiques dans le cadre d’un projet de #réforme_agraire porté par la République démocratique populaire du Yémen (« Yémen du sud »).

    L’existence de ce fonds avait été porté à ma connaissance par Ch. Darles (ENSA Toulouse et UMR 5608 TRACES). Il avait déjà été partiellement exploité par P. Gentelle mais les clichés n’avaient cependant jamais été géoréférencés.


    #photographie #irrigation


  • Yémen : les soldats soudanais ouvrent le feu sur les militaires émiratis PressTV - 10 Décembre 2018
    https://www.presstv.com/DetailFr/2018/12/10/582533/Ymen--Soudan-en-a-assez

    Au Yémen, les militaires soudanais ont ouvert le feu sur les soldats émiratis présents dans ce pays ont informé des activistes soudanais. Des tirs qui sont signe de la désobéissance des militaires de la coalition arabe.

    L’Arabie saoudite, n’ayant pas tenu son engagement envers Khartoum et les militaires soudanais, de nombreux Journalistes, élites, parlementaires et politiciens soudanais ont à maintes reprises réclamé le retrait des forces soudanaises de la guerre au Yémen. Un non-respect d’engagement qui a suscité la colère du peuple, mais aussi celle des militaires.

    L’agence de presse iranienne Tasnim qui cite les activistes soudanais fait part de la montée des conflits entre les officiers émiratis et les forces soudanaises déployées au Yémen. Les désaccords qui existent entre les forces émiraties et soudanaises ne se résument pas aux transgressions des ordres ; ils vont bien plus loin puisque les soldats et les militaires soudanais ont tiré sur leurs commandants émiratis et yéménites. En c’est justement pourquoi Riyad craint fortement que l’insoumission des militaires soudanais se propage chez les combattants yéménites.

    Les experts estiment que les désobéissances pourraient engendrer l’effondrement d’une coalition saoudienne déjà fragilisée notamment pour la méfiance qui règne entre les États qui en font partie.

    Le mépris des Soudanais
    D’après le quotidien Al-Soudan Al-Youm, le mépris des soldats soudanais et les cruautés à leur encontre sont à l’origine de la colère des Soudanais. Les officiers émiratis traitent les soldats soudanais avec beaucoup de mépris afin de leur faire perdre la face. Ils sont traités de traîtres qui ne se battent que pour l’argent. Ils ne doivent en aucun cas discuter les ordres. Cette façon d’agir chercher surtout à atteindre et à blesser la fierté des soldats soudanais. Des soldats dont les autorités prétendent qu’ils se battent au Yémen pour défendre les saints mausolées de ce pays. 

    Les militaires soudanais, les plus grandes victimes de la guerre au Yémen
    Le montant de leurs revenus, mais aussi les retards dans les paiements peuvent également être considérés comme source de la vague de colère chez les militaires soudanais. Parmi eux certains n’ont pas été payés depuis des mois. 

    La manière dont sont traités les soldats soudanais qui se trouvent au Yémen, a conduit ces derniers vers la colère. Las, ces derniers préfèrent désobéir que d’être humiliés de la sorte. C’est pourquoi ils demandent à être rapatriés. Une revendication qui résulte d’une colère au bord de l’explosion et qui prédit que la défaite de la coalition saoudienne au Yémen n’est plus très loin.

    #guerre #Yémen #arabie_saoudite #Soudan #mercenaires #racisme #Salombo #Moyen-Orient


  • Who Is Paying for the War in Yemen? - The Atlantic
    https://www.theatlantic.com/politics/archive/2018/12/pentagon-refueling-controversy-saudi-led-war-yemen/577666

    The Pentagon says that “#errors_in_accounting ” mean Saudi Arabia and the United Arab Emirates have not been properly charged for  refueling.

    President Donald Trump, who repeatedly complains that the United States is paying too much for the defense of its allies, has praised Saudi Arabia for ostensibly taking on Iran in the Yemen war. It turns out, however, that U.S. taxpayers have been footing the bill for a major part of the Saudi-led campaign, possibly to the tune of tens of millions of dollars.

    The revelation—detailed in a Defense Department letter obtained by The Atlantic—is likely to raise further ire among senators who have grown ever-more critical of Saudi conduct in the war, which has resulted in a growing number of civilian casualties, and U.S. support for it.

    Since the start of the Saudi-led intervention, in March 2015, and up until last month, the United States provided mid-air refueling for Saudi-led coalition aircraft that then flew missions related to the Yemen campaign. Getting heavy U.S. tankers into the air and carrying out this job is enormously expensive. The recipient country is required by law to pay the costs, but that isn’t what happened here. In a mea culpa of sorts, the Pentagon’s November 27 letter states that while the Defense Department “believed” Saudi Arabia and the United Arab Emirates “had been charged for the fuel and refueling services, they in fact had not been charged adequately.” How inadequately, the Pentagon will not yet say; it is “currently calculating the correct charges,” the letter states.

    #erreur_comptable !


  • POURPARLERS INTERYEMENITES : UNE "OCCASION CRUCIALE POUR PARVENIR A LA PAIX" (Le Monde Arabe-2018-12-07)

    "Les délégations houthistes et yéménites se retrouvent à Stockholm, en Suède, pour tenter de mettre un terme à la guerre.

    Cela faisait plus de deux ans que les parties ne s’étaient pas rencontrées. Autour d’une table et pour parler de la paix, du moins. Hier, Martin Griffiths, l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) pour le Yémen, a souligné l’ « étape importante » que constituait « la reprise aujourd’hui d’un processus politique, après deux ans et demi sans convocation d’un processus politique formel, entre les deux délégations ». D’après le diplomate, qui a tout fait pour convaincre les rebelles Houthis et le gouvernement yéménite de la nécessité d’une entrevue, après les échecs de 2016 et, plus récemment, de septembre 2018, la rencontre de Stockholm (Suède) prouve que les deux parties sont prêtes à se réunir « au nom d’une solution politique pacifique au conflit ».

    « Solution politique »

    Celles-ci ont réclamé, ces dernières semaines, une désescalade de la violence, cristallisée autour de la ville d’Hodeïda (ouest), aux mains des Houthis mais assiégée depuis plusieurs mois par la coalition arabe qui épaule l’armée du président yéménite, Abd Rabo Mansour Hadi, en exil à Riyad. Après une période de cessez-le-feu d’une dizaine de jours, les combats ont repris, fin novembre, alors même que Martin Griffiths se trouvait sur place pour s’entretenir avec les belligérants. Qui, selon l’ONU, doivent absolument s’entendre sur une cessation durable des hostilités, 70 % des importations du Yémen (alimentation, humanitaire, santé…) transitant par le port d’Hodeïda, alors que le pays affronte « la pire crise humanitaire du monde ».

    Samedi dernier, Mark Lowcock, le responsable onusien des affaires humanitaires, a d’ailleurs alerté sur la détérioration alarmante de la situation au Yémen, où plus de 80 % de la population a besoin d’une aide humanitaire (soit près de 24 millions de personnes). Le pays, qui « n’a jamais été aussi proche de la famine » selon lui, est également celui « qui aura le plus gros problème en 2019 », entre l’insécurité, le conflit, la pauvreté mais également la mauvaise adaptation aux changements climatiques. Un « fardeau » que le « peuple yéménite porte depuis bien trop longtemps », a estimé hier Margot Wallström, la ministre suédoise des Affaires étrangères, qui s’attend à « des jours importants ».

    Martin Griffiths, de son côté, a estimé que « la barre est élevée » pour réussir les pourparlers de Stockholm. Tout en rappelant l’ « occasion cruciale » qu’ont les parties réunies en Suède de donner une impulsion au processus de paix et d’avancer vers un accord global. En commençant donc par l’arrêt des combats. « Une telle réduction de la violence et la retenue sur le champ de bataille ont un impact significatif sur la vie des Yéménites, et envoient également le message à la population que nous sommes ici avec la ferme intention de recherche une solution politique », a effectivement indiqué l’envoyé spécial de l’ONU. Qui s’est d’ores et déjà réjoui que les parties s’entendent sur un échange de plusieurs milliers de prisonniers ; un acte « d’une importance capitale pour des milliers de familles » selon lui.

    Appel de fonds

    La question économique devrait également être abordée à Stockholm, alors que tous les voyants nationaux sont au rouge – ou presque. La chute vertigineuse du riyal – qui s’échangeait avant la guerre à 220 riyals pour 1 dollar, aujourd’hui à 725 riyals pour 1 dollar – a fait grimper en flèche le prix des denrées de première nécessité. Au premier rang desquelles la nourriture, déclenchant ainsi une crise alimentaire, alors que « 240 000 personnes vivent dans des conditions catastrophiques, similaires à une famine », a indiqué l’ONG Care, se basant sur le dernier rapport de la plateforme humanitaire IPC (Integrated Phase Classification) publié hier.
    Alors qu’en septembre dernier, l’ONG Save the Children avait déjà fait le lien entre guerre et famine au Yémen, « ce rapport doit être un électrochoc pour le monde entier, estime Johan Mooij, le directeur de Care au Yémen. La flambée des prix des denrées alimentaires et l’insécurité sont telles que de nombreuses familles passent souvent plusieurs jours sans manger. Dans certaines régions, les gens achètent une cuillère d’huile à la fois car ils n’ont pas les moyens d’acheter plus ». En trois mois, révèle Care, les prix de l’huile ont effectivement augmenté de 215 %, quand celui d’un kilo de riz équivaut à 65 % du revenu quotidien d’une personne. Des rapports, absurdes mais alarmants, qui ont poussé les Nations unies à annoncer le plus grand appel de fonds jamais lancé : 4 milliards de dollars pour venir en aide à la population yéménite.
    Cette dernière pourra-t-elle compter sur une entente entre Houthis et gouvernement yéménite, pour mettre fin, dans un premier temps, à la violence ? Selon Samah Mohamed, historienne et spécialiste du Yémen, « il ne fait aucun doute que la paix au Yémen est étroitement liée aux intérêts des pays régionaux et internationaux » – l’Iran, bête noire des Saoudiens, aidant de loin les rebelles Houthis. Toutefois, pour l’heure, seuls les acteurs locaux sont invités à participer aux pourparlers de l’ONU ». D’autres, comme les groupes terroristes Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA) et l’organisation Etat islamique (EI), ne sont évidemment pas représentés. Et pourraient poser problème au processus de paix, certains groupes salafistes s’opposant aux Houthis (chiites)."


  • COMMENT LES DIRIGEANTS ARABES BASCULENT-ILS DANS LA DICTATURE ?
    (Le Monde Arabe-Sébastien BOUSSOIS-2018-12-03

    A entendre parler tous les jours de Mohamed ben Salman, depuis les débuts de l’affaire Khashoggi et la prise de conscience internationale (tardive) de la guerre menée contre le Yémen depuis quatre ans, on finit par oublier qu’à une époque, le jeune leader saoudien était moins présent dans les médias. Non pas que ces derniers saturaient, mais il y a quelques mois, personne ne savait où avait disparu le prince héritier saoudien, après la fusillade violente survenue le 21 avril 2018, dans son palais à Riyad. Pendant plus d’un mois, celui que l’on surnomme MBS s’était claquemuré, de quoi générer toute sorte de spéculations hasardeuses. Du moins, les médias occidentaux le pensaient-ils.

    Prix du trône

    Certains titres de presse affirmaient ainsi que le fils du roi Salman avait été touché mortellement. Tandis que, pour d’autres, la purge du Ritz-Carlton, fin 2017, avait généré encore plus d’ennemis, pour le prince héritier, qu’auparavant dans ses propres rangs. Une telle attaque étant dès lors à prévoir. Depuis le selfie de MBS entouré de Mohamed VI et Saad Hariri, à Paris, plus aucune information ou preuve qu’il était toujours vivant n’avait émané d’Arabie saoudite. Pourtant, fin avril, il inaugurait le début des travaux de la Cité du Divertissement (Qiddya), un nouveau hub dédié à l’entertainement et à la culture à Riyad. Certaines sources diplomatiques, de leur côté, de renseigner que le 22 mai, MBS et le président français, Emmanuel Macron, avaient échangé par téléphone. Au sujet, surtout, de la crise générée par le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien et de la guerre au Yémen.

    Le monde entier spéculait encore jusqu’au jour où un cliché de MBS avec le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi – qui aurait pu être pris n’importe où et n’importe quand… -, a ressurgi. Et calmé les esprits. L’Occident avait enfin retrouvé la trace du prince. Qui n’avait jamais, jusqu’alors, connu pareille menace. Cette attaque au palais a été, depuis, largement occultée. Mais c’est à cette époque, probablement, qu’il a commencé à développer un puissant sentiment de paranoïa, accompagné d’une dose de réflexe de survie et de protection de sa personne. A tout prix et coûte que coûte. Quitte à ne même plus hésiter à liquider ses adversaires les plus farouches, comme Jamal Khashoggi, dont il se « contentait » de faire les poches pour leur extorquer quelques milliards et les contrôler. Le prix du trône à venir ?

    Avidité de pouvoir

    Ce n’est pas la première fois, loin de là, qu’un dirigeant arabe suscite tant de convoitises, mais aussi de haines. Et se voit menacé de mort. Ce n’est pas la première fois non plus qu’un dirigeant arabe bascule dans la dictature, à partir du moment où il se sent physiquement directement menacé. Saddam Hussein, ancien président d’Irak, a lui aussi été la victime d’une tentative d’assassinat en 1996. Problème : dans le second cas comme dans le premier, comment avoir la certitude que de tels actes ont véritablement existé ?A l’époque, alors que la CIA cherchait à déstabiliser l’homme fort de Bagdad, l’argument du complot et de la tentative de meurtre revêtait un certain intérêt : justifier le renforcement de ses pleins pouvoirs. Qu’il n’avait pas hésité à utiliser, d’ailleurs, pour faire arrêter et exécuter plusieurs centaines d’officiers soupçonnés d’avoir participé au complot.
    MBS ne manque déjà pas de « proximité » avec l’ancien dirigeant irakien, qui se radicalisait un peu plus à chaque menace pesant sur son siège. Avidité de pouvoir, quête obsessionnelle de leadership régional, ingérence dans les affaires de ses voisins, persécution des chiites, chez eux au Bahreïn et au Yémen, etc. En prenant le pouvoir en 1979, le président-dictateur aspirait non seulement à faire de son pays la première puissance militaire du Moyen-Orient, mais également à devenir le leader du monde arabe. Et, comme le prince héritier aujourd’hui – qui a la main sur la défense et l’économie du royaume -, Saddam Hussein concentrait également tous les pouvoirs en étant chef d’Etat, chef de gouvernement et chef des armées.

    Capacités nucléaires

    La surenchère va bon train. Et plus MBS affiche un visage cynique, plus il continue à être invité partout, semble-t-il. La preuve : son récent circuit diplomatique, fin novembre, pour tenter de faire oublier l’assassinat du journaliste saoudien et la guerre désastreuse au Yémen. Une véritable « résurrection », qui n’est pas sans rappeler celle du roi du Maroc Hassan II, après deux tentatives d’assassinat contre sa personne, en 1971 et 1972, lors de putschs ratés. Le monarque, père de l’actuel roi du Maroc, Mohammed VI, en sort renforcé, dans son culte de la personnalité notamment. Mais, revers de la médaille, la paranoïa envers toute opposition qui pourrait fomenter un complot contre lui le gagne. C’est le début des années de plomb (de 1970 à sa mort), où une violence et une répression sans précédent à l’égard de toute opposition sévira comme jamais. Et dépassera largement le cadre de la « disparition » de son opposant numéro 1, Mehdi ben Barka, en 1965.

    La crainte, à présent, est de voir MBS ressembler de plus en plus à Saddam Hussein. Effrayant, surtout lorsque l’on sait que certains seraient prêts à lui confier des capacités nucléaires – civiles pour commencer. Mais il n’est que le reflet de la personnalité de nombreux dirigeants arabes, qui ont fait de la personnalisation du pouvoir une marque de fabrique. Attenter au raïs, ainsi, c’est attenter au pays. Saddam Hussein et Hassan II en sont les preuves « vivantes ». Va-t-on marquer cette date du 21 avril 2018, sur le calendrier géopolitique du Golfe, comme le catalyseur de la dérive autoritaire du prince héritier, afin d’y mettre un terme ? Ou va-t-on, au contraire, y assister en simple spectateur – ce qui est le cas aujourd’hui ? Pour rappel, c’est ce sentiment de toute puissance qui a contribué à faire du Yémen « la pire crise humanitaire du monde », selon les Nations unies.


  • LES GUERRES DU YEMEN-(Le Monde Arabe-Sama Mohamed (2018-12-03)

    La présente tentative de paix n’aura aucune chance de réussir si l’ONU ne renouvelle pas sa lecture du conflit yéménite.

    Porté par la vague révolutionnaire du printemps arabe de 2011, le Yémen se trouve depuis en proie à des bouleversements profonds. Bien que la révolution yéménite soit parvenue à mettre fin au régime autocratique du président Ali Abdallah Saleh, le pays n’a pas réussi sa transition politique. Cet échec s’est traduit par une guerre sanglante qui oppose des acteurs locaux, avec l’interposition d’autres acteurs régionaux et internationaux. La dynamique de ce conflit pluriel a fait émerger un véritable « système de guerres » qui rend extrêmement complexe la scène yéménite.

    Au commencement était le printemps yéménite
    Entamé en janvier 2011, un soulèvement de la jeunesse yéménite aux aspirations progressistes et démocratiques va faire tomber le régime du président Saleh, au pouvoir depuis 33 ans. Malgré une terrible répression en mars 2011, la révolution yéménite gagne en force, attirant dans ses rangs les partis politiques majoritaires et plusieurs groupes sociaux. De plus en plus isolé face aux voix qui réclament son départ, Saleh capitule et accepte un plan élaboré par les États-Unis et le Conseil de la Coopération du Golfe. En novembre 2011, il démissionne et transmet ses pouvoirs à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi.

    En février 2012, Hadi, qui vient d’être élu président à la faveur d’un scrutin à candidat unique, forme un gouvernement d’unité nationale. Entre 2013 et 2014, une Conférence de dialogue national est organisée et aboutit à la formation d’une Commission constitutionnelle. En charge d’une nouvelle organisation de la vie politique yéménite, la Commission décide d’une réduction des pouvoirs présidentiels et d’un modèle étatique basé sur une structure fédérale composée de six provinces.

    Les Houthistes à l’offensiveMais cette configuration est rejetée par les Ansar Allah (les partisans de Dieu), communément appelés « les Houthistes ». Il s’agit d’un mouvement contestataire, qui se revendique du chiisme zaydite, établi à Saada, à l’extrême nord-ouest du pays. La région de Saada a été intégrée à la province d’Azal qui s’étend de Sanaa jusqu’au nord du pays. Or, les Ansar Allah exigent que Saada soit considérée comme une province à part entière au sein de l’État fédéral et réclament, en outre, un accès à la Mer rouge. Ce désaccord marque la fin du processus pacifique de transition post-révolutionnaire et plonge le Yémen dans un conflit long et douloureux.

    Craignant que l’histoire se répète et qu’ils deviennent les perdants de la révolution yéménite, les Ansar Allah font le choix de l’affrontement. Le 21 septembre 2014, ils renversent le gouvernement de Hadi et s’emparent de la capitale yéménite, Sanaa. Après cette victoire, les milices d’Abd al-Malik al-Houthi, son dirigeant actuel et, par ailleurs, frère du fondateur du mouvement continuent leur progression vers les autres régions yéménites.

    Avant la fin de l’année 2014, les Houthistes se trouvent à la tête d’une vaste étendue de territoires situés dans le nord du pays. Cette extension territoriale leur a donné accès à des lieux stratégiques, tel le port de Hodeïda, sur la côte Est, par lequel transite la majeure partie des importations yéménites (environ 70 %).

    Face à l’ampleur que prend la rébellion houthiste, l’ancien envoyé spécial de l’ONU, Jamal Ben Omar, tente de jouer les médiateurs. Hadi et les Houthistes signent un accord appelé « Accord sur la Paix et le Partenariat » garantissant une meilleure représentation des rebelles au sein d’un nouveau gouvernement.

    Mais, le 20 janvier 2015, les Houthistes rompent cet accord sous prétexte que certaines de ses clauses n’ont pas été respectées dans le projet constitutionnel qui venait d’être publié par le gouvernement de Hadi. Ils s’emparent du palais présidentiel et poussent Hadi à démissionner. Le 21 février 2015, Hadi, assigné à résidence par les Houthistes, parvient à s’enfuir. Il quitte Sanaa pour la ville portuaire d’Aden, d’où il abroge sa démission et forme une alliance anti-Houthistes. Dès lors, deux gouvernements dirigent le Yémen – l’un établi à Sanaa et l’autre à Aden.

    Une alliance de circonstance avec l’ex-Président Saleh
    À ce stade, les Houthistes, dont le projet politico-territorial est entretenu par des alliances fragiles et incertaines, tentent de resserrer leurs rangs. Dans cette conquête du pouvoir et du territoire, ils jouissent d’un réseau de soutien basé sur les deux pôles du zaydisme au Yémen – religieux et tribal.

    Il s’agit de l’ancienne aristocratie religieuse zaydite (descendants du prophète Mohammed appelés Hachémites ou Sayyids) et des tribus des hauts plateaux yéménites. Ces tribus se situent dans les territoires des alliés historiques de l’imamat zaydite au Yémen, les Hashid et les Bakil. Cependant, il est largement admis que l’ascension rapide des Houthistes n’aurait pu se faire sans l’alliance fondée avec leur ancien ennemi, le président destitué Saleh, l’instigateur des six guerres brutales (appelées les guerres de Saada) dont ils ont été les victimes entre 2004 et 2010.

    Bien que Saleh soit d’origine zaydite, son alliance avec les Houthistes aura été purement stratégique : il s’agit pour lui de revenir sur la scène politique yéménite. De même, les Houthistes ont fait preuve de pragmatisme avec cette alliance qui leur a permis d’accéder à d’importantes ressources militaires. Malgré sa destitution, Saleh a en effet conservé une grande influence sur l’armée nationale, en particulier sur les forces de la garde républicaine et les forces de la sécurité centrale.

    Al-Qaïda, Daech et les sudistes, des obstacles sur la route des Houthistes
    Cependant, la prise de pouvoir des Houthistes n’est pas acceptée par tous au Yémen, loin de là. Des groupes sunnites situés dans la mouvance du salafisme et liés au parti politique Islah (antenne locale des Frères musulmans) forment des poches de résistance dans certains territoires (à Marib, Jawf et Taiz).

    Les Houthistes sont également confrontés aux groupes terroristes d’al-Qaeda dans la péninsule arabique (Aqpa) et de l’État islamique au Yémen (Daech). Le premier est né, courant 2009, de la fusion entre al-Qaeda au Yémen et al-Qaeda en Arabie saoudite, tandis que le second a émergé dans le pays en 2015. Ces groupes tirent profit du chaos engendré par la guerre pour étendre leur influence. Les multiples attentats commis depuis le début du conflit visent à la fois les Houthistes et les partisans de Hadi, et causent de nombreuses victimes parmi les populations, tant chiites que sunnites.

    « La régionalisation de la guerre modifie en effet considérablement les modalités et l’expression du conflit yéménite. »

    La fuite de Hadi à Aden en février 2015 a déplacé le centre de gravité du conflit vers les régions du sud, foyer d’un autre groupe qui s’oppose aux Houthistes. Il s’agit des partisans du mouvement séparatiste sudiste appelé al-Harak. Né en 2007, ce mouvement regroupe une large coalition d’acteurs qui proclament, par des manifestations pacifiques, l’indépendance du Yémen du Sud (unifié avec le Nord en 1990). L’avancée des Houthistes vers Aden est très mal perçue par les populations sudistes, largement acquises à la cause séparatiste, et qui considèrent le régime de Sanaa comme un « occupant ». Ce fort sentiment régionaliste est exploité par Hadi et ses alliés pour freiner l’expansion territoriale des Houthistes.

    Face à l’avancée de ces derniers vers Aden en février 2015, Hadi demande en urgence l’intervention militaire de l’Arabie saoudite et se réfugie à Riyad, où il forme un gouvernement en exil. Les Houthistes, de leur côté, cherchent du soutien auprès de l’Iran. Dès lors, la guerre au Yémen entre dans une nouvelle phase, encore plus violente. La régionalisation de la guerre modifie en effet considérablement les modalités et l’expression du conflit yéménite.

    L’Iran et l’Arabie saoudite entrent en scène
    Pour écarter d’emblée toute ambiguïté, il faut rappeler que le conflit irano-saoudien qui se joue au Yémen est géostratégique et en aucun cas confessionnel (chiite/sunnite). Il s’agit d’une rivalité maritime autour de l’accès aux infrastructures portuaires de la zone qui s’étend du détroit d’Ormuz, dans le Golfe arabo-persique, au détroit de Bab Al-Mandab, dans le Golfe d’Aden.

    Avec la progression des Houthistes vers la ville d’Aden, en février 2015, le détroit de Bab Al-Mandab – par lequel transite 4 % de la demande mondiale en pétrole – risque de tomber entre les mains d’un groupe pro-iranien. Le 26 mars 2015, l’Arabie saoudite lance alors l’opération militaire « Tempête décisive », en s’appuyant sur une coalition de neuf pays arabes et musulmans. Ses objectifs déclarés sont de mettre fin à l’offensive des Houthistes et de rétablir au Yémen le gouvernement de Hadi, reconnu comme légitime sur le plan international.

    Dans le but de constituer un camp anti-Houthistes et de disposer de troupes locales loyales à Hadi, la coalition arabe mise sur les affiliations tribales, religieuses et régionales, qui jouent un rôle crucial dans l’espace politique yéménite.

    « Le conflit irano-saoudien qui se joue au Yémen est géostratégique et en aucun cas confessionnel (chiite/sunnite) »

    D’une part, l’Arabie saoudite s’appuie militairement sur certaines tribus yéménites, notamment les Hashids, qui bénéficient de ses subventions depuis de nombreuses années. Après la révolution de 1962, un comité saoudien doté d’un budget de 3,5 milliards de dollars a ainsi été mis en place pour former un réseau de chefs tribaux yéménites fidèles au Royaume.

    D’autre part, les Émiratis, très investis dans la coalition arabe, instrumentalisent le sentiment régionaliste dans le sud du pays afin d’alimenter la guerre contre les Houthistes. Ils soutiennent, en mai 2017, la formation du « Conseil de transition du Sud » à Aden, qui proclame la sécession du sud du Yémen.

    Du côté de l’État iranien, si le soutien aux Houthistes est avéré, son impact sur le déroulement du conflit au Yémen reste limité. Au cours de la formation de leur mouvement, les Houthistes se sont inspirés des codes et slogans de la Révolution iranienne de 1979. Le mouvement a également connu un processus de renouveau, rapprochant le chiisme zaydite du chiisme duodécimain, doctrine de l’État iranien.

    Toutefois, l’influence la plus significative de l’Iran dans le conflit yéménite se manifeste au niveau militaire avec la fourniture aux Houthistes d’une certaine capacité balistique. Depuis 2015, en effet, ces derniers pilonnent les frontières méridionales de l’Arabie saoudite par des tirs de missiles et frappent des navires civils et militaires (saoudiens et émiratis) dans le Golfe au moyen de missiles anti-navires.

    La lutte antiterroriste, l’autre guerre du Yémen
    Mais la complexité du conflit yéménite va au-delà des clivages internes et des rivalités régionales en raison de la guerre antiterroriste qui se joue en arrière-plan. Les questions sécuritaires liées à la présence de groupes terroristes au Yémen ont donné une dimension internationale à cette guerre.

    Depuis 2011, les frappes ciblées menées par les drones américains contre les camps d’entraînement des groupes terroristes (Aqpa et Daech) au Yémen se sont intensifiées, notamment dans les régions de Marib, Shabwa, Baydha, Hadramaout et Abyan. Le rôle des Américains dans la guerre contre le terrorisme au Yémen remonte aux années 2000, à l’attaque de l’USS Cole dans le port d’Aden et aux attentats du 11 septembre 2001. Dans le conflit actuel, les États-Unis offrent également un soutien logistique aux forces émiraties, cibles de plusieurs attentats terroristes.

    Néanmoins, l’intervention de ces acteurs régionaux et internationaux dans la guerre yéménite n’aura que très peu modifié les lignes sur le champ de bataille. Certes, l’opération « Tempête décisive » a stoppé la progression des Houthistes vers les régions méridionales placées, depuis septembre 2015, sous le contrôle des forces gouvernementales. En revanche, les Houthistes maintiennent toujours leurs positions dans le nord du pays, et cela malgré la rupture de leur alliance avec Saleh, qu’ils ont fait assassiner le 4 novembre 2017.

    Face à l’apocalypse yéménite, des efforts de paix hors de propos
    Aujourd’hui, à l’heure où la guerre fait toujours rage, les appels à la paix se multiplient. Les quatre années du conflit yéménite ont entraîné une crise humanitaire sans précédent. Les chiffres sont effrayants : environ 10 000 victimes (dont 60 % de civils), 50 000 blessés, 3 millions de déplacés (sur une population estimée à 27 millions), 80 % de la population dépendant de l’aide humanitaire, 7 millions de personnes exposées au risque de famine et plusieurs milliers de morts dus au choléra. À cela s’ajoutent les crimes de guerres perpétrés par tous les acteurs du conflit, dont la destruction des infrastructures et du patrimoine matériel, l’enrôlement d’enfants dans les forces armées, etc.

    En outre, la polarisation du conflit yéménite autour des clivages tribaux, régionaux et religieux a accentué les antagonismes dans une société qui est déjà profondément divisée. Ces déchirures compliquent la mise en place du processus de pacification.

    Jusqu’à présent, aucune des parties au conflit au Yémen n’a donné la moindre indication quant à la possibilité d’une solution autre que militaire. Ainsi, aucun des pourparlers engagés par l’ONU depuis 2014 (en Suisse et au Koweït) n’ont abouti à un résultat.

    « Il ne fait aucun doute que la paix au Yémen est étroitement liée aux intérêts des pays régionaux et internationaux »

    Dernièrement, l’affaire Khashoggi a incité les hauts responsables des gouvernements américain, français et britannique à hausser le ton, appelant le Royaume saoudien à mettre un terme à la guerre au Yémen. Depuis, on assiste à certaines avancées dans le dossier yéménite. La coalition arabe vient ainsi d’accepter un cessez-le-feu en stoppant ses offensives sur le port de Hodeïda, assiégé depuis le mois de juin.

    Parallèlement, le nouvel envoyé spécial de l’ONU au Yémen, Martin Griffiths, a relancé le processus de paix en annonçant de nouveaux pourparlers en Suède dans les semaines à venir. Mais cette énième tentative de paix n’aura aucune chance de réussir si l’ONU ne renouvelle pas sa lecture du conflit yéménite.

    Il ne fait aucun doute que la paix au Yémen est étroitement liée aux intérêts des pays régionaux et internationaux. Toutefois, pour l’heure, seuls les acteurs locaux sont invités à participer aux pourparlers de l’ONU. Pire, la représentation dans ces discussions se limite aux Houthistes et au gouvernement de Hadi. Ils sont pourtant loin d’être les seuls acteurs influents au niveau local.

    Cette configuration de la paix est très réductrice et ne reflète en rien la réalité que les quatre années de conflit ont engendrée sur la scène yéménite en termes de rapports de force. Il est illusoire d’élaborer un plan de paix sans prendre en considération la pluralité des acteurs du conflit yéménite et des enjeux locaux, régionaux et internationaux qui s’y superposent.


  • Quel bilan du G20 pour Ben Salman ? Par Abdelbari Atwan - Actuarabe
    http://actuarabe.com/quel-bilan-du-g20-pour-ben-salman

    La plupart des dirigeants qui ont serré la main au Prince Ben Salman l’ont rencontré en coulisses. Nous parlons ici des chefs des grandes nations telles que la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, la Grande-Bretagne, la France, le Canada et le Mexique. Certains se sont concentrés sur les liens commerciaux, d’autres comme Theresa May lui ont demandé de collaborer avec les enquêteurs turcs dans l’affaire Khashoggi afin que les responsables soient punis de manière transparente, et de soutenir les négociations au Yémen. Quant à Emmanuel Macron, il est allé encore plus loin en demandant une enquête internationale pour déterminer les coupables et les juger. Une vidéo de la rencontre entre les deux chefs d’Etat montre le Président français reconnaissant son inquiétude et accusant le Prince saoudien de ne pas l’écouter, ce que ce dernier a réfuté. Justin Trudeau, le Premier Ministre canadien et dont les liens entre son pays et l’Arabie saoudite sont tendus, a été le plus audacieux en ouvrant l’imposant dossier des violations des droits de l’homme en Arabie saoudite et en évoquant à nouveau la question des militants et militantes incarcérés, en plus de l’affaire Khashoggi.


  • Deux millions d’enfants sont déscolarisés au Yémen, selon l’UNICEF, dont 500000 depuis l’entrée en guerre de la coalition saoudienne.
    Plusieurs dizaines de milliers de morts, 14 millions de personnes en situation de « pré-famine », un Etat en déréliction totale, une inflation insoutenable (41,8 %), unecroissance inexistante (-10 %)… Et une éducation nationale qui ne cesse de s’étioler. Depuis que le conflit yéménite s’est internationalisé, en mars 2015, 500000 enfants ont été contraints de quitter les bancs de l’école, vient d’alerter Meritxell Relaño, la représentante de l’UNICEF au Yémen. Ce qui porte le
    nombre d’enfants déscolarisés à plus de 2 millions sur l’ensemble du pays. Des chiffres qui indiquent, certes, que les Yéménites n’ont pas eu besoin qu’une guerre éclate pour voir leur système scolaire se casser la figure. Mais qui doivent tout de même inquiéter au plus haut point. Si les combats entre la coalition saoudienne – qui épaule l’armée du président yéménite, Abd Rabo Mansour Hadi – et les rebelles Houthis devaient durer encore des mois, combien de dizaines, voire de centaines de milliers d’enfants innocents supplémentaires seraient éloignés des écoles ?
    C’est notamment à Hodeïda, dans l’ouest du pays, que la situation est la plus alarmante. La ville portuaire, aux mains des combattants chiite mais assiégée depuis plusieurs mois par la coalition, a connu la semaine dernière un nouveau regain de violence, alors que Martin Griffiths, l’envoyé spécial des Nations unies (ONU) au Yémen, avait réussi à imposer une trêve de quelques jours. Le week-end dernier, les Saoudiens ont conduit quelque 35 raids aériens sur la zone, selon un porte-parole des Houthis, causant la mort d’une trentaine de personnes, combattants progouvernementaux comme rebelles. Dans ces conditions, impossible d’assurer l’acheminement des enfants à l’école – les convois de toute sorte étant régulièrement pris pour cible. Résultat : « Plus de 60 000 garçons et filles ne sont pas scolarisés à cause des combats dans et autour de la ville portuaire de Hodeïda, s’inquiète Meritxell Relaño. Seul un élève sur trois est en mesure de poursuivre ses études et moins d’un quart des enseignants est présents à l’école. »

    Pourparlers de paix.
    Tandis que la violence soutenue, dans la région, a contraint plus du tiers des écoles à fermer, dont 15 situées en première ligne et d’autres gravement endommagées ou utilisées comme abris pour des familles déplacées, la plupart du personnel éducatif
    n’a pas touché de salaire depuis plus de deux ans, selon l’UNICEF. Et si « beaucoup d’enseignants ont été obligés de fuir les violences ou de trouver d’autres moyens de joindre les deux bouts », ajoute Mme Relaño, d’autres continuent coûte que coûte d’aller à l’école pour éduquer les jeunes Yéménites. « Leur engagement en faveur de l’apprentissage des enfants à apprendre n’est rien d’autre qu’héroïque », a d’ailleurs souligné la représentante de l’UNICEF au Yémen. Afin de les aider – matériellement mais également moralement -, l’agence onusienne élabore en ce moment un programme visant à leur payer de petites sommes en espèces tous les mois. Le temps que la crise salariale passe. Ce qui n’est toutefois pas près d’arriver. Tous les fonctionnaires étant ainsi délaissés par l’Etat.
    D’où l’importance, selon Meritxell Relaño, que « les autorités yéménites travaillent de concert pour trouver une solution au paiement des salaires. » Et, surtout, pour que « la guerre sur les enfants au Yémen »cesse. Fin octobre dernier, Geert Cappelaere, le directeur de l’UNICEF pour le Moyen-Orient, avait déclaré que le
    pays de la péninsule Arabique, où 30 000 enfants meurent chaque année de malnutrition, selon lui, « est un enfer sur terre pour 50 % à 60 % des enfants. Un enfer pour chaque garçon et chaque fille. » Un enfer que seuls l’arrêt définitif des combats et l’érection d’une solution politique peuvent faire disparaître. La semaine dernière, alors que plusieurs tentatives de pourparlers entre coalition saoudienne et Houthis ont déjà échoué, l’ONU a annoncé que les deux parties semblaient d’accord pour s’assoir autour d’une même table et discuter de la paix. Ce qu’a confirmé l’ambassadeur britannique au Yémen, Michael Aron, après qu’il s’est entretenu avec les Saoudiens et les Houthis. Qui devraient donc, sauf revirement de
    dernière minute – du déjà vu… -, se retrouver cette semaine à Stockholm, en Suède.

    Le Monde Arabe (éditorial 2018-12-03)


  • CIA Intercepts Underpin Assessment Saudi Crown Prince Targeted Khashoggi - WSJ
    Conclusion that Mohammad ‘probably ordered’ killing relies in part on 11 messages he sent to adviser who oversaw hit squad around time it killed journalist

    https://www.wsj.com/articles/cia-intercepts-underpin-assessment-saudi-crown-prince-targeted-khashoggi-154364

    WASHINGTON—Saudi Crown Prince Mohammed bin Salman sent at least 11 messages to his closest adviser, who oversaw the team that killed journalist Jamal Khashoggi, in the hours before and after the journalist’s death in October, according to a highly classified CIA assessment.

    The Saudi leader also in August 2017 had told associates that if his efforts to persuade Mr. Khashoggi to return to Saudi Arabia weren’t successful, “we could possibly lure him outside Saudi Arabia and make arrangements,” according to the assessment, a communication that it states “seems to foreshadow the Saudi operation launched against Khashoggi.”

    Mr. Khashoggi, a critic of the kingdom’s leadership who lived in Virginia and wrote columns for the Washington Post, was killed by Saudi operatives on Oct. 2 shortly after entering the Saudi consulate in Istanbul, where he sought papers needed to marry his Turkish fiancée.

    Excerpts of the Central Intelligence Agency’s assessment, which cites electronic intercepts and other clandestine information, were reviewed by The Wall Street Journal.

    The CIA last month concluded that Prince Mohammed had likely ordered Mr. Khashoggi’s killing, and President Trump and leaders in Congress were briefed on intelligence gathered by the spy agency. Mr. Trump afterward questioned the CIA’s conclusion about the prince, saying “maybe he did; and maybe he didn’t.”

    The previously unreported excerpts reviewed by the Journal state that the CIA has “medium-to-high confidence” that Prince Mohammed “personally targeted” Khashoggi and “probably ordered his death.” It added: “To be clear, we lack direct reporting of the Crown Prince issuing a kill order.”

    The electronic messages sent by Prince Mohammed were to Saud al-Qahtani, according to the CIA. Mr. Qahtani supervised the 15-man team that killed Mr. Khashoggi and, during the same period, was also in direct communication with the team’s leader in Istanbul, the assessment says. The content of the messages between Prince Mohammed and Mr. Qahtani isn’t known, the document says. It doesn’t say in what form the messages were sent.

    It is unclear from the excerpts whether the 2017 comments regarding luring Mr. Khashoggi to a third country cited in the assessment are from Prince Mohammed directly, or from someone else describing his remarks.

    Saudi Arabia has acknowledged Mr. Khashoggi was murdered in the consulate. But it has denied Prince Mohammed had any role and blamed the operation on rogue operatives. The Saudi Public Prosecutor’s office last month announced charges against 11 Saudis in connection with Mr. Khashoggi’s death, saying it would seek the death penalty in five cases. The office didn’t release their names.

    The U.S. Treasury Department in mid-November slapped sanctions on 17 Saudis whom it linked to the killing. But Mr. Trump, in a statement days later, said he intended to maintain strong relations with the crown prince because of Saudi Arabia’s opposition to Iran, its investments in the U.S. and its role in the oil market.

    The Trump administration’s posture has angered many in Congress, and the intercepts and intelligence gathered by the CIA may complicate Mr. Trump’s efforts to maintain relations with Prince Mohammed, the de facto leader one of the world’s biggest oil producers. The two are among the world’s leaders meeting this weekend in Buenos Aires for a summit of Group of 20 nations.

    Earlier this week, the Senate voted to begin consideration of a resolution to withdraw U.S. support for a Saudi-led military coalition fighting against Houthi rebels in Yemen, with senators venting their frustration over Mr. Trump’s reluctance to hold Prince Mohammed responsible for Mr. Khashoggi’s death.



  • A l’occasion du G20, le criminel en chef saoudien va-t-il devoir rendre des comptes ?
    27 novembre 2018 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine
    http://www.chroniquepalestine.com/occasion-g20-criminel-en-chef-saoudien-va-t-il-rendre-des-compte

    Human Rights Watch a soumis une demande d’enquête à l’Argentine avant l’arrivée de Mohammed bin Salman au sommet du G20.

    L’Argentine a été fermement sollicitée pour interroger le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman pour des crimes de guerre au Yémen et pour le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

    Human Rights Watch, basé à New York, a déclaré avoir soumis lundi la demande au juge fédéral argentin Ariel Lijo.

    Sarah Leah Whitson, directrice de HRW pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, a déclaré que le groupe de défense des droits de l’homme s’était rendu en Argentine parce que le prince Mohammed, également, connu sous le nom de MBS, assistera à l’ouverture du sommet du G20 cette semaine à Buenos Aires.

    La constitution argentine reconnaît la compétence universelle en matière de crimes de guerre et de torture, ce qui signifie que les autorités judiciaires peuvent enquêter sur ces crimes et engager des poursuites, quel que soit le lieu où ils ont été commis. (...)


  • US complicity in the Saudi-led genocide in Yemen spans Obama, Trump administrations
    http://theconversation.com/us-complicity-in-the-saudi-led-genocide-in-yemen-spans-obama-trump-

    As a scholar of genocide and human rights, I believe the destruction brought about by these attacks combined with the blockade amounts to genocide.

    Based on my research, to be published in an upcoming issue of Third World Quarterly, I believe the coalition would not be capable of committing this crime without the material and logistical support of both the Obama and Trump administrations.

    #Yemen #crimes #etats-unis



  • Pourquoi l’assassinat de Jamal Khashoggi n’émeut pas les Yéménites
    https://orientxxi.info/magazine/ce-que-l-affaire-khashoggi-signifie-pour-les-yemenites,2785

    Au début de la guerre actuelle, en mars 2015 (et même quelques mois auparavant, fin 2014), Jamal Khashoggi était apparu comme un partisan résolu de l’intervention militaire décidée par Mohamed Ben Salman, alors ministre de la défense. Les effets catastrophiques de cette offensive ont tôt fait de se manifester, mais le journaliste a mis du temps avant de changer d’avis. Ses tweets, ses écrits et ses interviews télévisées avant le déclenchement de l’opération Tempête décisive portaient un discours sans compromis, insistant sur le danger représenté par l’expansionnisme de l’Iran et la nécessité de convaincre les alliés tels que les États-Unis de se joindre à l’Arabie saoudite pour affronter la République islamique au niveau régional. Il se focalisait alors sur le soutien iranien apporté au mouvement houthiste lors de la prise de contrôle de Sanaa en septembre 2014. Ce soi-disant soutien manquait pourtant cruellement de preuves, mais Khashoggi n’hésitait pas à signaler en février 2015 dans un tweet que les avancées houthistes « généraient un nouvel Etat révolutionnaire ». Par son influence, il portait une voix favorable aux services de renseignement saoudiens et légitimait le recours à la violence ainsi que de nombreux raccourcis analytiques. À travers ces derniers, il a contribué à transformer un conflit politique interne au Yémen en une guerre par procuration aux ramifications confessionnelles.

    En relisant sa production de l’époque, chaque Yéménite peut mesurer combien Jamal Khashoggi a alors servi la propagande du régime saoudien, jetant les bases de son intervention.