• Après les accusations d’antisémitisme, un ministre israélien prend la défense de Jordan Bardella
    Par : RFI , Avec notre correspondante à Jérusalem, Frédérique Misslin- RFI
    ▻https://www.rfi.fr/fr/france/20260930-apr%C3%A8s-les-accusations-d-antis%C3%A9mitisme-un-ministre-isra%C3%A9l

    Amichai Chikli est le premier et le seul à réagir pour l’instant en Israël, en tant que ministre de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, mais aussi à titre personnel.

    Il a rencontré Jordan Bardella à plusieurs reprises et prend la défense du dirigeant d’extrême droite. « Il est une des voix les plus claires en Europe contre le Hamas », écrit le ministre sur X. « Il s’est rendu sur le site de Nova et dans les communautés près de Gaza. Il a rencontré des survivants. Il s’est exprimé à Jérusalem contre l’antisémitisme », a-t-il ajouté.

    Dans un long message, il attaque Mediapart et publie une photo le montrant avec Jordan Bardella sur le site du festival Nova, lieu martyr du 7-Octobre.

    #coupdepieddel’âne

    @AmichaiChikli - 7:05 PM · 29 sept. 2026
    ▻https://x.com/AmichaiChikli/status/2104980918691676181

  • #Ikea ou la mafia du #bois

    Ion Holban milite à l’association #Agent_Green, qui lutte contre le #trafic_de_bois en #Roumanie. Rencontré sur le site d’une #coupe_rase illégale, il raconte comment l’#industrie_de_l’ameublement, et notamment Ikea, privatise et détruit les forêts du pays pour vendre des produits rapidement obsolètes.

    Pouvez-vous présenter le site où nous nous trouvons ? Que s’est-il passé ici ?

    Nous sommes sur un site naturel protégé du nom de #Podiciul_Hartibatiului, au centre de la Roumanie. C’est le plus grand site Natura 2000 du pays, avec 250 hectares. Ici, à côté de la ville de #Cincu, il y a eu une coupe rase : sur 10 hectares, tous les arbres ont été coupés en même temps, ce qui est illégal. Cette #forêt, composée à 60-70% de #chênes, avait une grande valeur, car c’est l’espèce la plus rentable que nous avons. Au lieu d’intervenir de façon modérée, en laissant une partie des arbres, l’entreprise #Silva 1 a décidé de tout couper. Ce groupe, basé près de #Sibiu, coupe et transporte du bois. Nous avons suivi leur activité et constaté que le bois a été acheminé, stocké puis envoyé vers plusieurs clients, dont les usines d’Ikea. Elles ont beau ne pas porter la marque “Ikea”, nous savons que la majorité des grosses usines roumaines - qui s’appellent #Aviva 1, #Sortilemn 2 ou #Plimob 3 - produisent pour Ikea.

    Cette chaîne de sous-traitance brouille les pistes ?

    Oui, c’est une façon de cacher la #chaîne_de_production. Si vous demandez à des représentant.es d’Ikea d’où vient leur bois, on vous répondra qu’il vient de différents entrepôts, d’entreprises comme Silva, mais on ne vous dira pas où il a été coupé. Lorsque des journalistes les questionnent, ils et elles répondent que tout va bien. Or, depuis 10 ans, nous avons suivi énormément de #cartels du bois, d’entreprises mafieuses qui abiment la forêt roumaine de façon intensive et, selon moi, la pire est de loin Ikea. C’est l’entreprise la plus opaque à laquelle nous avons affaire, la seule qui refuse de changer quoi que ce soit dans sa manière de faire, qui ne nomme jamais ses partenaires, ne partage jamais ses enquêtes, et nous renvoie vers des institutions bidon comme #FSC. Or les forêts certifiées FSC sont coupées exactement comme ici, car FSC n’est pas un organisme de certification indépendant : c’est un #label bidon créé par l’industrie, payé par l’industrie, pour protéger l’industrie.

    Dans quels autres pays d’Europe constate-t-on des problèmes similaires ?

    Dans les pays où il est possible d’acheter de la forêt. Dans des pays comme l’Ukraine ou la Pologne, c’est très difficile, mais en Roumanie, #Estonie ou #Lettonie, c’est possible et ce n’est pas cher. Vu le niveau de #corruption ici, vous pouvez facilement en acheter beaucoup si vous connaissez les bonnes personnes. Et Ikea a à l’évidence de grosses connections avec les politiques et le ministère de l’environnement roumain. Ils sont donc devenus rapidement les plus gros propriétaires privés de forêts, avec plus de 50 000 hectares. Et leur gestion est déplorable, comme on le voit ici. Les équipes d’Ikea ne voient pas la forêt comme un écosystème, ni comme une alliée indispensable dans la lutte contre le changement climatique. Ils la voient comme une #monoculture intensive : ils coupent agressivement de riches forêts mixtes, puis replantent les espèces qui sont les plus rentables.

    À propos de changement climatique, cet été a-t-il été particulièrement chaud en Roumanie ?

    Oui. Ici, dans le centre du pays on a atteint des records de température. Or les monocultures d’arbres sont les plus exposées au #changement_climatique, aux incendies, aux attaques d’insectes... Une #forêt_mixte est beaucoup plus résiliente : si certains arbres sont touchés par le scolyte, par exemple, certaines espèces mourront, mais d’autres subsisteront et les remplaceront. Là où vous avez 100% d’espèces identiques, la forêt toute entière est soumise aux mêmes vulnérabilités.

    Un autre impact de cette industrie, ce sont les déchets d’ameublement, que nous appelons en France "#bois_B" et dont l’incinération se développe. Comment expliquer le fait que tant de produits du bois soient jetés - ce qui engendre toujours plus de production, de coupes, de #gaspillage ?

    Je pense que c’est une question de mentalité et de business plan. Ikea a développé ce modèle économique de #fast_furniture : on vient en magasin, on achète le #mobilier de cette année, qu’on aime pour sa couleur jaune, mais l’année prochaine on voudra du vert. Alors on jette et on rachète, vu que le prix est relativement bas et qu’ils encouragent cette mentalité, cette idée selon laquelle les meubles sont en quelque sorte jetables : on peut les recycler et les remplacer si on en a envie. C’est complètement insoutenable. La forêt n’en est pas capable. Si toutes les compagnies de meubles adoptaient le modèle d’Ikea, nous viendrions à bout de nos forêts, car elles ne poussent pas aussi vite que les meubles sont fabriqués et jetés.

    Comment fait Ikea pour vendre si peu cher ?

    Une combinaison de stratégies permet de réduire les coûts de production : abuser de la forêt, couper autant que possible, transporter aussi vite que possible, et payer très peu les travailleur.ses. Dans beaucoup de leurs usines, les gens gagnent le salaire mininum 4. On a donc des #coûts_de_production très bas pour un bois de valeur.

    Ce modèle de consommation rencontre-t-il du succès en Roumanie ?

    Il y a quinze ans, il n’y avait qu’un seul magasin Ikea, à Bucarest. Aujourd’hui, il y en a dans la plupart des grandes villes. Il y a donc un marché pour ces meubles à bas coût. L’industrie qui produisait des meubles de qualité il y a 30 ans était dispersée en petites entreprises et s’est complètement effondrée. Nous savons qu’à l’époque communiste les conditions de travail étaient très mauvaises dans les usines, la santé des travailleur.ses n’était pas prise en compte, les produits chimiques employés généraient des cancers et d’autres pathologies. Aujourd’hui, les usines utilisent toujours des produits dangereux comme du #formaldéhyde, ne respectent pas non plus la vie des travailleur.ses ou des riverain.es. Concernant la consommation, il y avait tellement de pauvreté qu’on n’avait pas les moyens de jeter des meubles : si le lit était fonctionnel, on le gardait, si la chaise était cassée, on la réparait et on l’utilisait jusqu’à ce qu’elle soit complètement hors-service. Mais aujourd’hui, alors même qu’il y a plus d’argent en Roumanie et que ces objets de l’ère communiste atteignent la fin de leur cycle de vie, on constate que très peu de gens peuvent se permettre de dépenser dans du bon matériel, ce qui résulte aussi de la #pauvreté.

    La pauvreté incitait à faire durer les choses, aujourd’hui elle incite à acheter du jetable ?

    Oui. Il y a aussi cette représentation : il faut se débarrasser du vieux mobilier communiste et acheter des produits avec de jolies couleurs et un joli design, sans prêter attention à la qualité ou à la traçabilité du bois. Lorsque nous parlons avec des jeunes, ils sont souvent surpris, ils s’attendent à ce que des compagnies comme Ikea soient responsables. Si vous lisez les textes publiés sur leur site Internet, vous pouvez croire que leurs produits sont des dons que Dieu envoie aux terrien.nes, ce qu’il y a de plus soutenable. Les gens croient à ces folies. Nous voulons changer ça, que les gens y réfléchissent à deux fois avant d’acheter ces produits.

    Quelles victoires avez-vous remportées ?

    De petites victoires. Ici, à Cincu, nous avons déposé plusieurs plaintes auprès de la commune et des gardes forestiers, et le maire a accepté de placer 10% de la forêt sous stricte protection - auparavant on était à 1%. Nous voyons des résultats au niveau local, mais peu au niveau international. Les grandes batailles seront longues : il faudra des années avant d’avoir des réponses d’organisations aussi opaques qu’Ikea.

    De l’autre côté de l’Europe, et à l’autre bout du cycle de vie du meuble, d’autres activistes se battent contre les effets néfastes de la fast furniture : je pense aux opposant.es au projet d’incinérateur de bois B "Thermo-sur-Seine", dans le 94. Quels conseils leur donneriez-vous ?

    Il faut continuer à se battre, tenir bon, ne pas être abattu.es par les premiers échecs. Il faut se fixer des objectifs à long terme et persévérer dans la lutte parce que le bien triomphe toujours. C’est ma conviction : si vous vous battez pour la nature, vous êtes du bon côté de l’histoire. Et à la fin, on va gagner.

    –-

    1Entreprise fondée en 2007 à Bucarest, qui produisait initialement des sapins de Noël.

    1Entreprise fondée en 1999 à Sighetul Marmatiei, fabriquant du parquet, des plans de travail, des meubles et ustensiles de cuisine.

    2Entreprise fondée en 1961 à Gherla, privatisée en 1991, fabriquant des meubles en bois.

    3Entreprise également basée à Sighetul Marmatiei, née en 1995 de la scission de plusieurs sites de production, fabriquant notamment des chaises en bois pour Ikea qui est son partenaire principal.

    4En 2026 le salaire minimum net en Roumanie équivaut à 515 € net (815 € brut).

    ▻https://blogs.mediapart.fr/jeanne-guien/blog/050926/ikea-ou-la-mafia-du-bois
    #meubles #privatisation

  • Arrêts maladie : quand le « coup de chaleur » disparaît des formulaires
    ▻https://www.liberation.fr/societe/sante/arrets-maladie-quand-le-coup-de-chaleur-disparait-des-formulaires-2026090

    Pour la protection sociale toujours trop coûteuse, pour les #arrêts_de_travail, rien ne change non plus. Ministres et candidats à la présidentielle reprennent en boucle les mêmes mensonges, les mêmes chiffres truqués, pour marteler dans l’esprit des Français que les arrêts de #travail représentent une scandaleuse gabegie. Rien ne change, et leur discours pourrait être utilement calqué sur celui de la Chambre de commerce de Paris, ancêtre du Medef, en… 1948 : « La Sécurité sociale est devenue pour l’économie une charge considérable. Les salariés ont profité de traitements dont ils n’avaient peut-être pas un besoin certain, la moindre maladie a été le prétexte de repos. L’absentéisme s’est développé. »

    Sébastien Lecornu, l’homme qui ricane parce qu’il a fait un peu chaud cet été, parle d’abus qui explosent. Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, qui ne voyait pas l’intérêt d’une température maximale au travail, avant de se scandaliser qu’un conducteur de bus ait perdu le contrôle de son véhicule en perdant connaissance sous la chaleur, sermonne et s’inquiète : « Depuis 2019, le nombre d’arrêts indemnisés a augmenté de plus de 10%. Il y a une espèce d’accélération des arrêts maladie. » Edouard Philippe, le candidat « raisonnable » qui appelle à redresser la France et considère que la volonté affichée de Marine Le Pen de ramener l’âge de la retraite à 62 voire 60 ans en fait une dangereuse gauchiste… s’insurge sur l’« open bar » des arrêts maladie. Pour un candidat qui se dit centriste, et qui veut que tout le monde travaille jusqu’à 67 ans tout en fustigeant les arrêts de travail, Marine Le Pen n’est pas assez à droite. On appréciera ce que cela éclaire du positionnement du candidat Horizons. Les uns et les autres passent sous silence le fait que nous vivons une pandémie Covid invisibilisée, que comme cela était prévisible, le recul de l’âge de la #retraite amène des patients plus âgés à accumuler les soucis de santé dont les troubles musculosquelettiques, que l’intensification du travail et la pression managériale usent les salariés, que la France a un taux d’accidents de travail, de maladies professionnelles, de décès au travail, bien supérieur à ses voisins.

    Enfin si, quelque chose a changé...

    Le seul changement que j’ai pu remarquer sur Ameli depuis le 1er septembre lors de la déclaration des motifs d’arrêts de travail (dans lesquels sont mis en avant certains motifs : Covid, syndrome grippal, syndrome abdominal aigu, sur lesquels il est facile et rapide de cliquer), c’est que le motif « #coup_de_chaleur et #insolation » a été rendu encore plus compliqué à signaler. Alors que ce motif existe sous le code T670 dans la Classification internationale de l’OMS codant les maladies, les symptômes, les circonstances sociales et causes externes de maladies ou de blessures, il est inexistant pour la Caisse nationale d’assurance maladie. Mais ayant constaté pendant tout cet été l’incidence de la #canicule sur les #patients, et diagnostiqué comme je l’avais détaillé dans cette chronique un très grand nombre de coups de chaleur, en particulier chez des travailleurs insuffisamment protégés, je pouvais jusqu’ici forcer le formulaire de déclaration de la Cnam en marquant « coup de chaleur », ou « insolation ». Je me retrouvais alors devant une annotation en rouge « Ce motif n’est pas connu, veuillez sélectionner une des catégories suivantes (maladies du système ostéo-articulaire, troubles mentaux et du comportement, lésions traumatiques »… et enfin une dernière catégorie notée « Autres maladies » qui me permettait enfin d’insister et de notifier la cause réelle de l’arrêt de travail, fut-ce au prix d’une manipulation informatique dont je crains que nombre de confrères ne se soient pas embarrassés. Mais apparemment nous étions suffisamment nombreux à le faire pour que, sans que cela soit annoncé nulle part, le formulaire ait été modifié pour ôter la catégorie « Autres maladies ».

    #santé #médecine

  • Désastre, cendres et profit
    ►https://lundi.am/Desastre-cendres-et-profit

    À la date du 10 août 2026, près 90 000 hectares de forêts et plantations ont brûlé sur toute la France depuis le début de l’année ; pire que 2022 et ses 65 546 hectares détruits. Le département de la Gironde, dans le Sud-Ouest du pays, aura été à ce jour le plus sinistré, avec 16 feux qui ont détruit environ 40 000 hectares. Près de 200 000 personnes habitant la région ont dû quitter leur domicile pour plusieurs jours, fuyant l’avancée des flammes dans l’exode le plus important que la France ait connu depuis juin 1940... Mais si la #sécheresse extrême de cet été explique la multiplication des départs de feu, elle n’explique pas que ceux-ci aient pris une telle ampleur pour aboutir à une véritable catastrophe.

    C’est bien une économie politique à l’origine des mégas feux de forêt qui frappent de plus en plus fréquemment les zones boisées dans le sud de l’Europe, de la Grèce au Portugal. Du reste, en France les feux ne frappent plus seulement les régions méditerranéennes mais des régions jusqu’alors épargnées, comme la Bretagne.

    L’#incendie qui vient de ravager la pinède landaise, dans la Gironde, est emblématique à tous points de vue. L’on estime à environ dix-sept millions d’hectares le couvert forestier en France, qui a tendance à gagner du terrain par suite de la déprise agricole, mais sept millions ne sont que des monocultures, dont une grande partie est constituée de pins maritimes ou de sapins douglas. Ces résineux sont déjà hautement inflammables lorsqu’ils se développent de façon spontanée, comme nous le savons depuis longtemps dans les collines provençales, languedociennes et catalanes, mais le système de plantation dont la pinède dite des Landes de Gascogne est l’exemple type démultiplie le risque de façon délirante.
    « La forêt des Landes a été pensée et construite comme une usine »* a pu dire à juste titre un biologiste de l’Inrae après le grand incendie de 2022. Il est donc abusif de parler de #forêt en ce cas. Comme le dit Jean-Baptiste Vidalou, la forêt est « une réalité sensible, moins un "espace recouvert d’arbres", comme sa définition courante le laisse à penser, qu’une façon singulière d’agencer le monde, de l’imaginer, de s’y attacher » : « un certain alliage, une certaine composition tout à fait singulière de liens, d’êtres vivants, de magie ». Ce sont des #plantations qui ont brûlé durant cet été 2026 entre Bordeaux et le littoral atlantique. L’étendue et l’intensité de ce désastre ne peut se comparer qu’aux incendies ayant ravagé les plantations d’eucalyptus et de pins au Portugal ces dernières années.

    #monoculture #agropastoralisme #zones_humides #industrie_forestière #coupe_rase #écocide

    • Cette région était jadis couverte de landes, marais et marécages, mais aussi d’îlots boisés où le pin maritime côtoyait diverses espèces de chênes, ainsi que des aulnes, des bouleaux et des saules dans les endroits plus humides. La loi forestière de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne imposa le #drainage de ces zones humides et leur transformation en #plantations de pins maritimes - l’argument aujourd’hui invoqué par les exploitants forestiers, selon lequel rien d’autre ne pousse sur ces terrains sableux est assez spécieux, puisque le drainage systématique a modifié la composition du sol, dans le but d’en réserver l’usage à la seule culture de résineux... Une superficie d’environ un million d’hectares se trouva ainsi vouée à la monoculture du pin maritime. Et l’humus fourni par les résineux étant notoirement plus pauvre en calcium que celui des feuillus, ces sols siliceux et acides n’ont cessé de s’appauvrir depuis un siècle et demi. Mais la défense des intérêts privés autorisant tous les mensonges, le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest peut ainsi affirmer que « la seule chose qui pousse correctement sur ces sols, c’est le pin maritime », crédité d’avoir sorti « de la misère cette région malsaine où subsistait un agropastoralisme pauvre et archaïque ».

      Les Landes de Gascogne n’ignoraient donc pas le pin maritime auparavant, qui fixait spontanément les cordons des dunes. Les Landais avaient à partir de là développé des procédés d’ensemencement efficaces, que les techniciens venus de Paris après 1857 se contentèrent de reproduire. Les pignadars formaient ainsi 70 000 hectares à la fin du XVIII° siècle, exploités en sylviculture douce pour leur résine (70% de colophane et 30% d’essence de térébenthine). Mais les indigènes savaient aussi creuser des fossés d’écoulement et réguler le couvert forestier pour l’empêcher de s’étendre au détriment des zones de #pâturage - les fameuses landes... N’en déplaise aux colonisateurs méprisants, les Landais n’étaient donc pas un peuple souffreteux, mais d’abord besogneux, comme le rapporte le comte Jacques-Antoine de Guibert en 1775 : « Le commerce des bestiaux, qui trouvent dans ces landes un pâturage excellent, la vente de la résine et des bois, y sont deux grandes sources de richesse. Presque toutes les maisons qu’on voit dans ces Landes sont bien bâties, ou en pierre ou en bois, avec des entre-cloisonnements en briques ou en terre, bien blanchies par-dessus ; elles sont toutes couvertes de tuiles. »

      Jusqu’à la loi de 1857, les Landais avaient toujours été à la fois bergers et agriculteurs, la fumure du bétail permettant d’enrichir des sols sableux, pauvres en nutriments.

      L’éradication des zones humides a toujours été un objectif de gouvernance étatique, les exemples ne manquent pas y compris dans l’histoire récente, l’écocide signifiant tout aussi bien l’ethnocide. (...)

  • De quoi faut-il être riche pour être parent ?

    Un papa, une maman et du pognon, ce serait la #norme_parentale, la #famille_idéale. Les discussions autour de l’ouverture de la #procréation_médicalement_assistée (#PMA) à toutes les #femmes, réaffirme le #couple – en général, hétérosexuel, en particulier – comme le #modèle à suivre.

    Pourquoi les conditions d’#accès_à_la_parentalité seraient-elles différentes selon la sexualité des parents ? Pourquoi attend-on des couples homo ou des #femmes_seules qu’iels soient des parents plus que parfait·e·s ?

    Pour aborder ce sujet d’actualité, Camille Regache et Thomas Rozec, de Programme B, ont rencontré #Martine_Gross, sociologue et membre du CNRS, qui a consacré une grande partie de ses travaux aux #familles_homoparentales.

    ▻https://www.binge.audio/podcast/camille/de-quoi-faut-il-etre-riche-pour-etre-parent/?uri=de-quoi-faut-il-etre-riche-pour-etre-parent%2F

    #parentalité #audio #podcast #homosexualité #LGBT

  • Sozialstaatsreform - Effizienzlogik der AWO
    ▻https://www.jungewelt.de/artikel/528242.effizienzlogik-der-awo.html

    C’est la guerre. Les anciennes institutions charitables et solidaires se muent en gestionnaires de la misère sociale. Les patrons et managers des grandes entreprises du « social » profitent de la privatisation presque totale du domaine social. Leurs déclarations publiques soutiennent alors le remodelage du système social et ses réductions budgétaires.

    Traitres, social-démocrates, traqueurs de la chasse aux pauvres,. Vous n’êtes que des vendus depuis 1914 ! On n’attend rien d’autre de de vous.

    20.8.2026 von Oliver Rast - Was ist hier los? Oder: Warum ist hier nichts los? Kein massenhafter Rabatz gegen Verarmung und Verelendung – gegen den Sozialraub. Statt dessen laue Referentenentwürfe, dürre Zwischenstandsberichte und maue Abschlusspapiere aus Ressorts und Kommissionen der Ministerialbürokratie.

    Und nun auch eine Studie. Eine Abhandlung des Ifo-Instituts zur Sozialstaatsreform im Auftrag der Arbeiterwohlfahrt (AWO) – ein sozialpartnerschaftliches Elaborat von SPD-naher Versorgungsanstalt und kapitalnaher Schwitzbude, dem »ideologischen Maschinenraum« der Unternehmerverbände.

    Worum geht es? Um die Zusammenlegung von Sozialleistungen. Um die Bündelung von Grundsicherung, Wohngeld und Kinderzuschlag. So wie es die »Kommission zur Sozialstaatsreform« unter der Ägide von Ministeriumschefin Bärbel Bas (SPD) im Januar präsentiert hat. Die Ifo-AWO-Ideensammlung bleibt auf dieser Folie, bleibt dran kleben.

    Okay, ein »Erwerbsbooster« für eine sozialversicherungspflichtige Tätigkeit, ein Freibetrag für Alleinerziehende, eine verbesserte Einkommensanrechnung für Erwerbstätige. Für die AWO sind das »unschlagbare« Maßnahmen zur Armutsbekämpfung und zur Arbeitsmarktintegration. Für mich hingegen: Makulatur, Kosmetik.

    Und: Das »Design des Reformansatzes« vermeide »systematische Schlechterstellungen«. Pardon, aber das ist die klassische Beruhigungsformel: Solange die Modellrechnung keine Kürzung ausweist, gilt die Reform als sozial. Dass Zusammenlegungen historisch fast immer zu (drastischen) Leistungskürzungen für eh schon Benachteiligte führten, wird ausgeblendet.

    Mal ehrlich: Der von der AWO geforderte »Erwerbsbooster« ist nichts anderes als ein Arbeitszwang durch »finanzielle Anreize«, der die strukturellen Ursachen von Armut ignoriert: miese Jobs, miese Löhne, hohe Mieten, hohe Energiepreise.

    Was bleibt, ist die Botschaft: Wer arm ist, soll arbeiten. Und wer nicht arbeiten kann, fällt aus dem Raster der »Effizienz«. Dass das Ifo-Institut diese Reform »armutsreduzierend« nennt, ist kein Zufall, sondern bewusste Diktion. Die Ifoianer liefern beständig die ökonomische Begleitmusik für eine Politik, die Armut als individuelles Problem und Erwerbsarbeit als einzig legitime Lösung definiert. Die AWO übernimmt diese Erzählung nun nahezu bruchlos. Und macht sich damit zur sozialpolitischen PR-Abteilung eines Projekts, das Verelendung nicht bekämpft, sondern verwaltet.

    #Allemagne #social #services_sociaux #austérité #coupures #pauvreté #idéologie #libéralisme #privatisation

  • « Je danse avec le feu et l’excitation extrême. Ce n’est pas un fainéant, plaintif, râleur, fébrile, jaloux et perdant qui me fera un cours sur la conduite à tenir... »

    Chronique corrosive et sans filtre contre les donneurs de leçons sans ambition. Une célébration de la rigueur, du travail acharné et de l’intransigeance artistique face aux javelots en plastique.

    Nouvel article : Je danse avec le feu des détracteurs

    ▻https://www.psychotheque.com/rubrique-piquante/je-danse-avec-le-feu-des-detracteurs

    #Écriture #Art #Rigueur #Chronique #LaPsychothèque #Création #Passion #CoupDeGueule

  • Comment la #privatisation de la gestion des #visas a profité à la société #VFS_Global, entre « services optionnels facturés » et soupçons de #corruption

    Pour désengorger les consulats, les démarches pour les visas ont été partiellement déléguées à quelques multinationales, dont le leader VFS Global. Une enquête internationale, à laquelle « Le Monde » a participé, montre que ce marché est devenu une #zone_grise hautement lucrative, au détriment des demandeurs.
    Depuis plus de dix ans, Joséphine (son prénom a été changé) s’occupe des démarches nécessaires pour obtenir un visa français pour sa mère, de nationalité sénégalaise. Elle sait bien que cette procédure relève du parcours du combattant. Au Sénégal, depuis 2014, les demandeurs ne se rendent même plus au consulat, mais dans les bureaux de VFS Global, une #multinationale chargée par les autorités françaises de réceptionner et de transmettre les demandes de visa. Y obtenir un rendez-vous est une véritable gageure et pour espérer en obtenir un, affirme la jeune femme, il faut souvent sortir le portefeuille. « C’était plus simple quand c’était le consulat qui gérait ça, c’était réglementé. Là, c’est celui qui paye le plus qui part », souffle Joséphine par téléphone.

    Depuis plus de vingt ans, la France – comme de nombreux autres pays – a choisi, dans un contexte budgétaire contraint, de sous-traiter la gestion des dossiers de visa et l’accueil des demandeurs. La société #VFS, basée aux #Emirats_arabes_unis et en #Suisse, s’est taillé la part du lion de ce nouveau #marché. Elle revendique des « pratiques éthiques et le développement durable » pour servir 71 gouvernements sous contrat.
    Une investigation menée par l’organisation à but non lucratif Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 partenaires dont Le Monde, explore des recoins moins reluisants de cette industrie. Notre enquête montre comment VFS a profité de l’externalisation d’une fonction essentielle de l’Etat, en transformant des familles, des étudiants, des travailleurs ou de simples voyageurs en un marché captif et financièrement exploitable. Appuyée sur de nombreux rapports et documents obtenus auprès des autorités européennes dans le cadre du droit d’accès aux documents administratifs, ainsi que des dizaines d’entretiens et témoignages, elle souligne également d’importantes #défaillances structurelles ainsi que l’existence de pratiques corruptives au sein du groupe.

    « Salon premium »

    VFS est chargé de réceptionner les demandes de visa et d’acheminer les documents au #consulat ou à l’#ambassade, après avoir encaissé les #frais_de_dossier pour le compte de l’Etat. L’entreprise se targue ainsi d’« avoir traité efficacement » près de 145 millions de demandes entre 2017 et 2024. Si le nombre de demandes a crû de façon modérée, les #bénéfices ont explosé. Les comptes déposés au #Luxembourg par la holding financière du groupe montrent que les profits d’exploitation annuels de VFS ont plus que quadruplé, passant de 31 millions à 172 millions d’euros de bénéfices. Les revenus par demande ont bondi de 83 %.
    Une manne financière portée par les demandeurs de visa eux-mêmes. Le modèle d’#externalisation est en effet pensé par les gouvernements pour faire des économies. Le voyageur finance les frais du sous-traitant en plus du #prix du visa, car l’Etat ne rémunère pas le #prestataire. « Nous sommes conscients que cette externalisation rend les visas plus chers pour les demandeurs. Nous condamnons cette sélection par l’argent », s’agace Valérie Jacq, représentante syndicale au ministère des affaires étrangères français.

    Et pour cause, la croissance financière de VFS ne repose pas sur le volume des dossiers traités, mais bien plus sur la capacité de l’entreprise à facturer des « #services_à_valeur_ajoutée », ou « #VAS » dans le jargon du secteur : service de courrier et de numérisation, suivi de la procédure par SMS, horaires étendus d’ouverture des centres, aide pour remplir les demandes, ou encore « salon premium » d’attente, où des rafraîchissements sont servis « par un personnel dédié ».

    Ces « services optionnels » qui, selon la réclame de VFS, « visent à améliorer l’expérience client », lui permettent en effet de générer une très forte marge. Sur la base de reçus et factures communiqués par les autorités suédoises, issus d’un échantillon de plus de 2 100 demandes de visas pour la Suède déposés dans 16 pays, le géant des visas tire un tiers de ses recettes des services à valeur ajoutée. Parmi les options privilégiées, plus d’un demandeur sur deux opte pour les coûteux suivis par SMS. Un ancien employé nigérian de l’entreprise affirme, quant à lui, que les services de photocopie de VFS sont « très onéreux ». Ces tarifs, validés par l’Etat dans le cadre d’un contrat, sont bien plus élevés que ceux pratiqués sur le marché.

    Accélérer le traitement des dossiers

    Des employés de VFS, actuels et anciens, ont confirmé à Lighthouse Reports avoir subi des pressions pour vendre ces produits, depuis 2022 et l’arrivée au capital du fonds américain #Blackstone, qui a fixé des objectifs exigeants. Il est « infondé d’affirmer que l’accent a été davantage mis sur les ventes de VAS après l’investissement de Blackstone », répond VFS. La pratique n’est, en effet, pas nouvelle. Des anciens employés de VFS ont ainsi fait état de formations, dispensées depuis de nombreuses années, pour mieux « présenter les services haut de gamme », afin d’atteindre les objectifs mensuels fixés par la direction.

    Parmi les astuces utilisées, explique un agent de VFS, il suffit d’annoncer au guichet « le montant total, SMS et frais de livraison inclus, et la plupart des clients s’en contenteront » en payant une option sans s’en rendre compte. Ces services ont pourtant « vocation à répondre à un besoin exprimé par le demandeur », selon une source au ministère français des affaires étrangères, qui ajoute que de telles pratiques pourraient « entraîner des sanctions contractuelles ».

    Selon des rapports d’inspection obtenus par le consortium auprès de la Commission européenne, plusieurs Etats membres ont relevé une « pression excessive pour promouvoir [les] services complémentaires » de VFS et s’alarment que leur caractère optionnel ne soit « pas du tout clair ».

    Un agent du ministère des affaires étrangères français a ainsi confirmé à Lighthouse Reports que des prestataires de services tels que VFS laissent parfois entendre aux demandeurs que « payer plus leur permettra d’obtenir un visa », les amenant à choisir l’option « #salon_premium » pour obtenir un possible coupe-file.

    Ce phénomène a été par ailleurs clairement mis en évidence par la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet (Union des démocrates et indépendants). Lors de l’examen d’un rapport de 2025 sur la délivrance des visas, qu’elle a écrit avec le sénateur de Paris Rémi Féraud (Parti socialiste), elle assure que « le service “premium” sert parfois à déguiser d’une élégante façon un service davantage rémunéré pour accélérer le traitement du dossier ». Une pratique en violation claire avec le code des visas de l’Union européenne, qui interdit le « traitement inégal des demandeurs de visa ». Au Quai d’Orsay, une source diplomatique affirme pourtant que « tout est fait afin de ne pas permettre l’utilisation du service premium comme un #coupe-file ».

    « #Bots » et #fraude

    Si les prestations « premium » continuent pourtant de se vendre, c’est que les services de base ont été rendus impraticables par une pénurie organisée des rendez-vous. Le système de réservation de VFS est assiégé par des « bots », des programmes informatiques automatisés conçus par des officines externes, « déployant tous types de modes opératoires, y compris illégaux, pour capter un maximum de rendez-vous et les revendre », comme le déplore le rapport sénatorial. VFS assure « mettre en œuvre des mesures de sécurité rigoureuses » pour offrir « un accès équitable à tous les demandeurs ». De son côté, une source diplomatique a confirmé au Monde que cette problématique faisait « l’objet d’une priorité d’action », même si la « solution miracle n’existe pas ».

    Cette pénurie engendrée depuis l’extérieur crée, pour certains salariés de VFS, des opportunités d’argent facile. Ainsi, selon des employés actuels et anciens de la société, de l’Inde au Sénégal, certains ont été pris la main dans le sac, à vendre des créneaux de rendez-vous. De même, lors d’inspections, plusieurs Etats membres ont fait état de problèmes corruptifs impliquant le personnel de VFS, selon les rapports obtenus par Lighthouse Reports. « Dans certains centres, le taux de rotation du personnel est élevé, car des employés sont suspectés de #corruption ou de fraude », confirme un ancien agent chargé des visas au Quai d’Orsay. Une situation démentie par l’entreprise, qui assure que « les cas de comportements répréhensibles sont extrêmement rares compte tenu de la taille de l’entreprise ».

    Alors que VFS échoue à bloquer les « bots », la multinationale a lancé sa propre filiale de conciergerie de visas, #OneVasco, qui propose un « processus de demande simple et adapté aux voyageurs ». En clair, une alternative maison aux bots. Ses bureaux sont stratégiquement placés à côté des centres officiels de VFS, créant ainsi une confusion délibérée, dénoncée par plusieurs chancelleries européennes.

    La situation fait sourire Marc Esteve, professeur de science politique à l’University College de Londres : « Lorsqu’une même entreprise est responsable de la qualité d’un service de base et tire profit de la vente d’alternatives haut de gamme à ce service, elle est structurellement incitée à sous-investir dans le service basique », souligne-t-il.

    VFS assure que parmi ses clients « figurent des gouvernements soumis à certaines des exigences les plus strictes au monde en matière de conformité, de réglementation et de sécurité ». Des gouvernements captifs, qui ont acté l’impossible retour en arrière. Le sénateur Rémi Féraud confirme qu’« il ne serait pas possible de réinternaliser ce service, car les demandes de visa sont trop nombreuses, de sorte qu’il faudrait des centaines, voire des milliers, de fonctionnaires et d’agents publics supplémentaires ». Face au recours massif à ces entreprises privées, la Commission européenne va prochainement « lancer une étude approfondie », afin de prévenir les #abus du système.

    ▻https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/05/28/comment-la-privatisation-de-la-gestion-des-visas-a-profite-a-la-societe-vfs-
    #business #migrations #sous-traitance 

    via @freakonometrics
    ping @reka @karine4

    –-
    voir aussi :
    EU cashes in on €130m in rejected visa applications
    ▻https://seenthis.net/messages/1061593

    • En Afrique, un juteux business autour des demandes de visas

      Son nom résonne dans une bonne partie de l’Afrique. VFS Global est une entreprise indienne très connue sur le continent : c’est à elle que de nombreuses ambassades à travers le monde ont confié le traitement de leurs demandes de visas. Pour faire simple, si vous êtes candidat au Sénégal pour un visa pour la France, ou en République démocratique du Congo pour la Chine, c’est #VFS qui traite votre demande de rendez-vous auprès des ambassades concernées. VFS Global a su en faire une affaire très lucrative, au point d’attirer dans son sillage des fraudeurs et de faire l’objet d’incompréhensions chez les demandeurs qui se plaignent de la complexité et du coût des procédures. Une enquête coordonnée par l’organisation de journalisme d’investigation Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 médias dont RFI.

      Présente dans 168 pays et en contrat avec 71 gouvernements, VFS Global laisse le même goût d’amertume chez nombre de candidats aux visas dans le monde et en Afrique, pour qui l’accès au précieux sésame est devenu un parcours complexe et coûteux. « Je ne comprends pas tout le système », s’exclame Aliou, artiste-graffeur et entrepreneur sénégalais habitué des demandes de visa pour l’Europe. « Mais ce qui se passe avec les visas en Afrique, excusez le terme, c’est du grand n’importe quoi ! Pour moi, c’est de l’arnaque ! » La même colère et les mêmes mots reviennent chez de nombreux Africains interrogés dans le cadre de cette enquête.

      VFS Global (Visa Facilitation Services Global), majoritairement détenue par le fonds d’investissement américain Blackstone, a vu ses bénéfices opérationnels exploser de 31 à 171 millions d’euros entre 2017 et 2024. Un bond considérable alors que, sur la même période, le volume des demandes n’a augmenté que de 15 %, comme l’indiquent ses états financiers déposés au Luxembourg.

      VFS explique cette croissance fulgurante en partie par la vente de services dits à valeur ajoutée – des VAS –, tous payants, tels que l’envoi d’informations par SMS ou l’accès à un salon premium. C’est justement cette vente de services qui est placée au cœur de la stratégie commerciale de la société.
      Le business rémunérateur des services à valeur ajoutée

      L’enquête a permis de collecter des données à partir de reçus de demandes de visa provenant de plusieurs pays. Cet échantillon montre que les VAS pèsent pour 30 % du chiffre d’affaires de l’entreprise au niveau mondial. En Afrique du Sud et au Kenya, indiquent ces données, la vente de ces services englobe plus du tiers des revenus du VFS local, et plus du quart au Nigeria.

      En Afrique, du Sénégal au Nigeria en passant par le Kenya, de nombreux employés et ex-employés de l’entreprise ont indiqué avoir été spécialement formés à la vente de ces services. Contraints par les objectifs commerciaux de leur direction et motivés par des primes alléchantes, les agents ont expliqué qu’ils faisaient payer ces services aux demandeurs, sans toujours préciser qu’ils étaient optionnels et, surtout, qu’ils ne garantissaient pas l’obtention du visa.

      Au Sénégal, par exemple, un ex-salarié a déclaré de manière anonyme que le service de notification par SMS était présenté comme quasi-obligatoire. Il a fait part d’une « pression » subie pour vendre des VAS du type salon premium ou espace VIP. D’anciens employés de VFS au Kenya ont confié de leur côté qu’ils devaient systématiquement ajouter les frais de SMS et de courrier à la facture des demandeurs… qui ignoraient que ces VAS étaient facultatifs. Deux anciens membres du personnel ont précisé qu’ils percevaient également des commissions sur les ventes.

      Des rapports d’inspection issus de 22 pays de la zone Schengen et de la Commission européenne elle-même soulignent également une « pression excessive de VFS Global pour promouvoir ses services » et un flou entretenu par l’entreprise sur le caractère optionnel des VAS, comme l’attestent des rapports transmis par la Suède en 2025 et la République tchèque à la Commission en 2024.
      Agences parallèles illégales

      À ce système sont venus se greffer des réseaux parallèles extérieurs à VFS, organisés notamment par des employés ou d’ex-employés de l’entreprise. Par leur maîtrise du système de prise de rendez-vous chez VFS, ils montent des "agences" extérieures, illégales mais laissant croire qu’elles collaborent avec l’entreprise. Souvent représentées par des personnes postées autour des bureaux de VFS, ces agences frauduleuses promettent plein succès aux candidats au visa, désespérés par les rejets répétitifs de leurs demandes.

      Dakar, à quelques pas du centre de visa de VFS Sénégal. Salimata, en pleine démarches pour un visa pour la France, témoigne : « Tu essaies de trouver un rendez-vous à n’importe quel moment et il n’y en a pas. Donc il y a des agences (terme souvent utilisé par les fraudeurs, NDLR) qui s’en chargent pour toi et tu paies entre 75 000 et 200 000 francs CFA (entre 114 et 300 € environ). Et on n’est même pas sûr d’obtenir le visa, c’est juste pour avoir le rendez-vous. » Ce qui fait dire à Salimata qu’il existe « une complicité » entre gérants d’agences et employés de VFS « pour vendre des rendez-vous ».

      Dans le bureau VFS Global qui délivre des visas pour la Chine à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, l’enquête a pu prouver que cette complicité existe. Un journaliste participant à l’enquête s’est fait passer pour un demandeur de visa auprès d’une agence frauduleuse et a été mis en relation avec un employé du bureau VFS Global, qu’il a rencontré sur place. Ce dernier lui a réclamé 650 euros, soit plus du double du prix affiché pour le même visa.

      En juin 2025 au Kenya, face aux plaintes des usagers, VFS Global s’est inquiétée publiquement de l’augmentation du nombre de personnes se faisant frauduleusement passer pour des agents de l’entreprise. « Tous les créneaux de rendez-vous sont disponibles gratuitement sur notre site web officiel et sont attribués en fonction de nos prévisions des demandes de visa », a déclaré Stephen Kubasu, directeur général des opérations de l’entreprise. « Les demandeurs ne doivent en aucun cas payer des tiers pour obtenir un rendez-vous car ces affirmations sont mensongères. »

      Interrogée par écrit, dans le cadre de cette enquête, sur ces réseaux frauduleux qui opèrent à l’extérieur de l’entreprise, VFS Global a répondu mettre « activement en œuvre des mesures de sécurité robustes », tels que le mot de passe à usage unique et le CAPTCHA, pour protéger ses systèmes de prise de rendez-vous. Elle indique également avoir lancé la campagne #DoNotFallForFraud pour sensibiliser les demandeurs sur les escroqueries.

      Concernant les services optionnels, VFS Global rappelle « qu’ils sont élaborés en concertation avec les gouvernements », que ​​​​« les demandeurs sont clairement informés que ces services ne sont pas obligatoires » et qu’« ils n’influencent ni les décisions relatives aux visas ni les délais de traitement. »

      En somme, VFS ne fait rien d’illégal mais bénéficie d’un système restrictif mis en place par les Etats. C’est ce que résume Paul Hermelin, président du conseil d’administration de l’entreprise française CapGemini, spécialisée dans les services numériques. Dans son rapport Propositions pour une amélioration de la délivrance des visas publié en 2023, il qualifie la politique française des visas de « machine à mécontentement » du fait de l’obsession sécuritaire et migratoire de Paris.

      « Au Sénégal par exemple, sur 12 000 à 15 000 demandes, il y a un peu moins de 3 000 visas prévus pour les étudiants vers la France. Donc on fabrique près de 10 000 déçus, ça ne va pas du tout ! Avec un déficit de communication, on a une machine à mécontentement », analyse Paul Hermelin. « En France, on délivre généralement un visa d’un an. Si ça se passe bien, on passe à deux ans, puis trois… donc il fallait un nombre d’années incroyable pour arriver au visa de cinq ans. Il y a des hommes d’affaires qui vont et viennent entre Casablanca, Dakar et Paris, des professeurs d’université qui se déplacent pour des conférences, etc. Ce ne sont pas des migrants potentiels illégaux, donc pourquoi ne pas passer directement au visa de cinq ans ? »

      ▻https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260608-en-afrique-un-juteux-business-autour-des-demandes-de-visas

  • Monde académique 1/5 - Le privé fait la leçon

    Les #coupes_budgétaires sont drastiques depuis des années dans les universités suisses. En 2027, 2,4 milliards de francs devront être coupés. Or qui dit moins de #soutien_public, dit augmentation des #taxes_d'études et augmentation des #financements_privés. Quels risques pour la #liberté_académique ? Alors que l’Université de Fribourg inaugure un centre financé par la Mobilière, une manifestation a lieu, à Genève, contre l’#austérité qui vise le monde académique.

    ▻https://www.rts.ch/audio-podcast/2026/audio/monde-academique-1-5-le-prive-fait-la-lecon-29250571.html
    #ESR #université #privatisation #Suisse #facs
    #audio #podcast

  • The West funded the Ukrainian coup with $5 billion
    ►https://euvsdisinfo.eu/report/the-west-funded-the-ukrainian-coup-with-5-billion

    Dans les pages web du projet européen EUdisinfo je découvre cet article qui prétend prouver que l’occident n’a pas fomenté le coup contre le président ukrainien Viktor Ianoukovytch. C’est marrant, chaque élément de l’article confirme qu’au contraire l’occident et d’abord les USA l’ont préparé pendant vingt ans sous prétexte d’aide au développement de la démocratie.

    Depuis.nous avons appris qu’en Ukraine les forces soi disant démocratiques étaient corrompues et parfois fascistes. Chaque Lamborgini à plaques minéralogiques ukrainiennes que j’aperçois dans les rues de Berlin me rappelle qui a profité de la manne occidentale. Le peuple ukrainien n"en a reçu que dalle.

    SUMMARY

    In the beginning, the West allocated $5 billion in the form of “aid” to Ukraine, which went to support the coup, and as a result of this, appeared those deprived of everything, who claim that the West wants to help them.
    RESPONSE

    This is a recurring narrative that Ukraine is influenced by the West, and Maidan in 2014 was a coup d’etat, planned by the West.

    This claim is linked to a statement by former US Assistant Secretary of State for European and Eurasian Affairs Victoria Nuland in late 2013. Then she said that the United States has invested $5 billion in more than 20 years to develop democratic processes and reforms in Ukraine. The diplomat said that this is the total amount of assistance that Washington has allocated to Ukraine after the collapse of the Soviet Union in 1991. Money was allocated for fair elections, to fight corruption and to develop the energy sector. Victoria Nuland later frequently repeated these theses, including in various interviews.

    Ukraine has defined her foreign policy orientation with Euro-Atlantic integration as a key component and the EU also welcomes Ukraine’s aim and has agreed an Association Agreement (AA) and a Deep and Comprehensive Free Trade Area (DCFTA) boosting the opportunities for trade and investments. See details about the loans on favourable terms (€1.2 billion), Support programmes (€11 billion during 2014-2020), Macro-financial assistance (more than €3.8 billion) and autonomous trade measures and other elements here.

    Additionally, there was no coup, let alone Western-sponsored coup, in Ukraine seven years ago. The demonstrations which began in Kyiv in November 2013 – called “Maidan”, or “Euromaidan” – were a result of the Ukrainian people’s frustration with former President Yanukovych’s last-minute U-turn when, after seven years of negotiation, he refused to sign the EU–Ukraine Association Agreement and halted progress towards Ukraine’s closer relationship with the EU.

    See similar stories that the US sponsored Maidan in Ukraine in 2014, that the US intervened in Ukraine, which resulted in Ukraine’s split and civil war, and that the US supported the 2014 coup d’état in Ukraine.

    #USA #Ukraine #corruption #coup_d_état #démocratie

  • Alerte : les #forêts françaises sont rasées pour partir à l’étranger

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    En #Chine, un parquet issu de chênes français. En #France, des massifs rasés, des sols dévastés, des promesses creuses. #Pillage, #lobbies, illusions vertes - nos forêts souffrent en silence. Sophie Coignard signe un livre-enquête sur le #saccage programmé de nos forêts.

    Chaque année, des milliers de #grumes partent de nos campagnes en direction des ports, puis de l’Asie. Elles reviennent sous forme de lames de plancher ou d’objets de bazar — quand elles reviennent.

    Pendant ce temps, des millions de Français se promènent dans des forêts qu’ils croient protégées, gérées, aimées. Ils ont tort.

    La journaliste Sophie Coignard, autrice de « Arbres en danger, enquête sur un carnage végétal », a mené l’investigation là où personne ne regardait vraiment : entre les souches, les contrats d’export, les lobbies de la filière #bois et les cabinets ministériels. Ce qu’elle a trouvé est accablant.

    « La France : un pays d’extraction coloniale »

    Le déclic, pour Sophie Coignard, n’est pas une statistique. C’est une image. Celle de #chênes magnifiques, abattus à quelques kilomètres de chez elle, embarqués pour la Chine.

    « Ces chênes avaient été coupés pas très loin de chez moi. Et ils allaient partir en Chine, comme si la France était devenue un pays d’#extraction_coloniale. »

    La métaphore est forte, mais elle n’est pas gratuite. La Chine et la #Russie — deux pays que l’on n’associe pas spontanément à l’écologie — ont depuis longtemps instauré des mesures protectionnistes drastiques pour préserver leurs propres forêts.

    La France, elle, a laissé la porte ouverte, les #labellisations européennes se révélant aisément contournables, sans embargo, sans politique d’interdiction réelle.

    Un paradoxe que Sophie Coignard qualifie sobrement de « #connivence des pouvoirs publics avec des lobbies particulièrement problématiques. »

    Le #lobby, le confort administratif, et la loi enterrée

    Le mécanisme est bien huilé : une #loi d’initiative parlementaire, portée par un groupe transpartisan, vise à réorienter les #subventions vers la #sylviculture mélangée, plutôt que vers les #monocultures ravageuses. Elle est déposée, soutenue, débattue — et reste pendante à l’Assemblée nationale depuis des années.

    « La puissance des lobbies essaie de disqualifier tous les acteurs qui portent une parole différente. Cela existe dans plein d’autres secteurs », observe Sophie Coignard, rodée à ce type de blocage après des années d’enquête sur les élites françaises.

    Elle décrit ce qu’elle appelle le « confort administratif » : les administrations préfèrent traiter avec un interlocuteur puissant, compétent, structuré — c’est-à-dire le lobby de la #filière_bois — plutôt qu’avec une myriade de voix discordantes, propriétaires forestiers inquiets, forestiers de terrain, chercheurs. Résultat : le robinet à subventions coule dans le mauvais sens.

    « À partir du moment où vous avez un robinet à subventions en place, vous trouvez forcément un débouché. Et ce débouché n’est pas forcément vertueux. »

    Brûler des arbres pour sauver la planète ?

    Le #chauffage_au_bois, vendu comme énergie renouvelable, représente l’un des paradoxes les plus explosifs du livre.

    Sophie Coignard est directe : « La question de considérer le bois comme une #énergie_renouvelable quand il s’agit du #chauffage, à mon avis, est extrêmement dangereuse. »

    La formule est simple. Ses implications sont vertigineuses. Le bois utilisé pour la construction stocke du carbone pendant des décennies. Le bois brûlé le relâche immédiatement dans l’atmosphère. Or, pour que la ressource se renouvelle, il faut attendre — des années, des décennies, parfois un siècle. Le problème, c’est la #temporalité.

    « Le temps que fait une bûche de bois à brûler n’a rien à voir avec le temps que mettra son équivalent à pousser. »

    Les grandes chaufferies urbaines, qui se sont converties au bois pour décarboner leurs réseaux, engloutissent désormais des volumes colossaux de bois coupé exprès pour les alimenter. Les #coopératives_forestières suivent la demande. Les forêts trinquent. Et le CO2 relâché en quelques heures mettra des décennies à être réabsorbé par de nouveaux arbres — si tant est qu’ils poussent.

    Brûler trop d’arbres, c’est aussi se priver d’eau verte. Cette #eau issue de l’#évapotranspiration est indispensable au cycle des pluies. Un chêne peut produire jusqu’à une tonne d’eau par jour peut-on lire sur le site de Francis Hallé.

    Sophie Coignard le confesse avec une honnêteté désarmante : « Quand je me suis équipée moi-même, j’étais convaincue de faire un choix vertueux. Aujourd’hui, je me dis que c’est plus complexe que ça n’en avait l’air. »

    « On plante un milliard d’arbres » — et ensuite ?

    La promesse présidentielle de planter un milliard d’arbres fait bondir Sophie Coignard — non pas parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle est creuse.

    « Les Français adorent la forêt, adorent les #arbres. Et en même temps, le sort qui leur est réservé par la puissance publique leur est indifférent. Il suffit d’un coup de communication, et youpi, on va planter un milliard d’arbres. »

    Derrière l’annonce : des plantations en #monoculture sur des sols dévastés par les #coupes_rases, des échecs en série, des arbres morts avant d’avoir grandi. La #compensation_carbone repose sur une fiction : on ne peut pas comparer un arbre nouvellement planté à un arbre mature en matière de capture de CO2.

    « Il y a peut-être deux questions à se poser : pour compenser quoi ? Et avec quelles chances de longévité pour cet arbre ? »

    Des forestiers en voie de disparition

    Sur le terrain, ceux qui connaissent vraiment la forêt regardent, impuissants, leur métier se vider de sa substance. L’#ONF, l’Office national des forêts, a perdu des milliers de postes en vingt ans. Les agents de terrain sont de moins en moins nombreux. Les territoires à couvrir, de plus en plus vastes.

    « Leur connaissance est immense – des puits de science. Et ce réservoir de savoirs se tarit. L’ONF ressemble désormais à une pyramide avec beaucoup de chefs et peu de gens sur le terrain. »

    Ce savoir-là — reconnaître une espèce à son écorce, lire un sol, anticiper une maladie — ne s’apprend pas dans un bureau. Il se transmet sur le terrain, de forestier à forestier, au fil des saisons. Quand il disparaît, il ne revient pas.

    Un problème commun à toute la fonction publique, certes. Mais dans une forêt, les erreurs ne se rattrapent pas en quelques mois. Elles se paient sur des décennies.

    Les collectivités territoriales bougent aussi. L’exemple de Chantilly est éclairant : quand tout un écosystème — le musée, le château, les rentes, l’attractivité touristique — dépend de la santé de la forêt, le dépérissement des arbres devient une urgence économique autant qu’écologique. Les communes forestières commencent à se fédérer, à comparer leurs expériences, à peser collectivement.

    Le silence : le vrai scandale

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    “Je ne me l’explique pas », admet Sophie Coignard. « C’est un des nombreux mystères de cette distorsion entre opinion publique et ressenti public. »

    Et pourtant, les solutions existent. Elles sont documentées, pratiquées, rentables. La #sylviculture_mélangée à couvert continu permet de couper du bois, d’en tirer profit, tout en préservant la biodiversité, les sols, le réseau mycorhizien. Elle ne nécessite pas de renoncer à la forêt productive — juste de renoncer à la cupidité à courte vue.

    L’association Pro Silva promeut depuis des années une sylviculture dite « mélangée et à #couvert_continu » : on n’abat jamais tous les arbres d’une parcelle, on favorise la diversité des espèces, on laisse la forêt se régénérer naturellement. Les résultats sont là, documentés, mesurables.

    La cause que Sophie Coignard défend en priorité ? « Permettre à la loi d’initiative parlementaire et transpartisane, de pouvoir être débattue et soumise au vote. Ça paraît être la base, mais ce serait un premier pas. »

    Un premier pas, oui. Avant que les derniers chênes ne prennent le bateau.

    Un autre monde est possible. Tout comme vivre en harmonie avec le reste du Vivant. Notre équipe de journalistes œuvre partout en France et en Europe pour mettre en lumière celles et ceux qui incarnent leur utopie. Nous vous offrons au quotidien des articles en accès libre car nous estimons que l’information doit être gratuite à tou.te.s. Si vous souhaitez nous soutenir, la vente de nos livres financent notre liberté.

    ▻https://lareleveetlapeste.fr/alerte-les-forets-francaises-sont-rasees-pour-partir-a-letranger
    #France #exportation

  • #Loi_d’urgence_agricole, la stratégie du #pompier_pyromane | #Alternatives_Economiques
    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/harold-levrel/loi-durgence-agricole-la-strategie-du-pompier-pyromane/00117646

    Loi d’urgence agricole, la stratégie du pompier pyromane

    Le scénario est dorénavant bien connu du public : la grogne monte dans les campagnes du fait d’évolutions économiques, réglementaires ou climatiques ; la #FNSEA « prend la main » pour canaliser ce mécontentement et s’imposer comme unique représentant de la « #colère_agricole » ; des #actions « #coup_de_poing » ont lieu dans les régions et une montée de tracteurs à Paris peut être organisée ; le ministère de l’#Agriculture (si la colère est contenue) ou #Matignon (si le blocage devient général) annonce une aide exceptionnelle ou l’abandon d’une mesure. Les #tracteurs rentrent dans leurs fermes. Fin de la séquence.

    #harrold_levrel

  • La mort annoncée des centres de santé qui soignent les inégalités
    ▻https://reporterre.net/L-Etat-signe-la-mort-brutale-et-incomprehensible-des-centres-de-sante-co

    Le gouvernement veut couper les financements des centres de santé communautaire. Des milliers de patients, notamment précaires, risquent de perdre un accompagnement global « indispensable et précieux ».

    Sans idéologie, le gvt flingue la mutualisation et l’entraide communautaires.

    • Le premier ministre met fin à l’expérimentation de la santé communautaire dans les quartiers populaires
      ▻https://www.mediapart.fr/journal/france/050226/le-premier-ministre-met-fin-l-experimentation-de-la-sante-communautaire-da

      Depuis 2021 étaient financées, de manière expérimentale, 26 structures de santé dans des quartiers populaires, qui ont fait leur preuves. Mais le couperet budgétaire vient de tomber : l’expérimentation cesse, et les centres concernés ne pourront plus compter que sur des aides de l’État très fortement diminuées.

      « On nous prive du jour au lendemain de l’essentiel de nos financements, on est menacés de fermeture dès le mois d’avril. C’est un tel mépris institutionnel des professionnels, un manque de respect total pour les habitants des quartiers populaires. Depuis hier, on leur distribue des tracts à l’accueil. Ils nous soutiennent et ils nous disent : “vous étiez à notre fête de quartier”, “vous avez accompagné notre sortie scolaire”. On fait partie de la vie des gens », résume Élisa Francfort, coordonnatrice du Château en santé, situé au pied des barres d’immeubles du quartier Kalliste à #Marseille (Bouches-du-Rhône).
      Mediapart a consacré de nombreux reportages à ce centre de santé (ici et là) , mais aussi à la Case de santé à #Toulouse (Haute-Garonne), au Village 2 santé à #Échirolles, près de Grenoble (Isère), à la maison de santé Pyrénées-Belleville à #Paris, ou encore à la Place Santé, au cœur de la cité des Francs-Moisins à #Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

      Ces structures sont des pionnières de la #santé communautaire en France, qui mélange du #soin et du travail social pour aller vers les habitants des #quartiers_populaires, souvent éloignés des soins, isolés, égarés dans les méandres du système de santé, sans droits, etc.

      Depuis juin 2025, les acteurs et actrices du secteurs réclamaient une réunion au ministère de la santé, pour enfin être informé·es des « arbitrages » sur leur modèle. Elle a eu lieu le jeudi 29 janvier. La médecin généraliste Dora Lévy explique : « On s’attendait à une baisse de nos financements. Mais pas à ça ! » « Pendant vingt minutes, ils nous ont expliqué qu’ils voulaient nous sécuriser. Ils l’ont dit vingt fois », complète Élisa Francfort.

      Finalement, le conseiller de la ministre de la santé, Stéphanie Rist, leur a annoncé leur entrée dans le dispositif #France_santé, voulu par le premier ministre Sébastien Lecornu. Une labellisation de cent vingt maisons de santé qui bénéficieront d’une subvention de 50 000 euros par an. « Notre cahier des charges n’a rien à voir, et notre enveloppe budgétaire non plus », déplore la docteure Lévy. La maison de santé Pyrénées-Belville perçoit par exemple « 600 000 euros par an de subventions ».

      La fin d’une « dynamique incontestable »

      Cette réunion a donc acté la fin de l’expérimentation de vingt-six structures d’exercice coordonné participatives (Secpa), labellisées par le ministère de la santé en 2021 et 2022 dans des quartiers populaires de Dunkerque à Poitiers, ou de Belfort à Valence. Elles bénéficiaient d’un financement de 10 millions d’euros par an environ, soit 380 000 euros en moyenne par structure.

      « C’est le ministère de la santé qui est venu nous chercher pour qu’on développe notre modèle dans le cadre d’une expérimentation », rappelle Élisa Francfort. « Ils ont pris conscience des inégalités de santé pendant le #covid_, prolonge Benjamin Cohadon, coordonnateur du Village 2 santé d’Échirolles. _Car la mortalité a été très forte dans les quartiers populaires, là où vivent les “premiers de corvée” », c’est-à-dire les soignant·es, caissières, livreurs, éboueurs, etc., en première ligne durant la pandémie.
      « On a travaillé avec eux sur le cahier des charges, poursuit la médecin généraliste Jessica Guibert, l’une des fondatrices du Village 2 santé. On a pu développer ce qu’on faisait jusque-là en bricolant : pas seulement des soins, mais aussi de l’accès aux droits, de l’interprétariat, des groupes ou des ateliers dédiés à l’alimentation, à la lutte contre les violences et les discriminations, à la prévention des risques du travail, etc. Car tout cela a un impact sur la santé. »

      La méthode de l’#expérimentation prévoyait une évaluation avant une éventuelle #généralisation. Entre 2024 et 2025, ces vingt-six structures ont donc été évaluées à plusieurs reprises, toujours de manière positive. En avril 2025, le conseil stratégique de l’innovation en santé, qui dépend du ministère de la santé, a voté « à l’unanimité » pour leur entrée dans le droit commun parce qu’il les juge « efficaces », portées par une « dynamique incontestable ».

      Tout semblait donc prêt pour l’entrée de la #santé_communautaire dans le droit commun en France. Le processus a suivi son cours sous les nombreux et nombreuses ministres de la santé qui se sont succédé. Mais au moment de trouver des financements pérennes, le couperet budgétaire est tombé.

      « On a investi beaucoup d’énergie, on a embarqué des équipes, des habitants du quartier, on a augmenté le nombre de nos patients, qui sont de plus en plus lourds. Certains ont investi dans de nouveaux locaux, parfois sur leurs propres fonds, et ne pourront pas se retourner », met en garde Dora Lévy.

      « Pérennisées et financées », mais...

      De très nombreuses études scientifiques (par exemple ici) ont pourtant démontré l’efficacité de cette approche de la santé, y compris d’un point de vue économique : les patients vont mieux, et leurs frais de santé en sont donc diminués. En 2021, les pouvoirs publics semblaient l’avoir compris.
      Mais c’est surtout « un bon modèle de santé, aux effets bénéfiques, poursuit Dora Lévy. On fait sortir les gens de situation terribles d’isolement, de maladie, de violences. Nous, les médecins, nous ne sommes plus tout seuls, démunis face à des situations très complexes. »

      Dans le quartier parisien Pyrénées-Belleville, la maison de santé s’adresse aux populations d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale, d’un foyer de travailleurs migrants, de personnes âgées très isolées dans cet arrondissement parisien, visitées à domicile par les équipes d’infirmiers et d’infirmières.

      À Marseille, le Château en santé emploie un médiateur qui est aussi interprète pour la population turque et kurde, très nombreuse dans le quartier. À Échirolles, le recours à un service d’interprétariat a été généralisé, car « on s’est rendu compte que l’interprétariat par des proches pouvait être très néfaste », explique Jessica Guibert.

      Elle insiste aussi sur le travail « des accueillant·es » qui va bien au-delà du secrétariat : « Elles prennent des rendez-vous pour les patients, coordonnent leurs parcours, les orientent dans un système de soins de plus en plus complexe. »
      Lors des questions au gouvernement, mardi 3 février, la député écologiste de l’Isère Cyrielle Chatelain a interpellé le premier ministre Sébastien Lecornu. Il a assuré que « les vingt-six structures Secpa seront bien pérennisées et financées ». Puis il a botté en touche vers la ministre de la santé, Stéphanie Rist, qui « précisera dans les heures qui viennent les sommes qui leur seront allouées ».

      Contacté par Mediapart, le ministère indique que « la décision de généraliser cette expérimentation a été prise ». Seulement, il faut encore « définir un modèle financier pérenne », ce qui sera fait « très prochainement », promet-il. Les agences régionales de santé et les collectivités locales seront mises à contribution. La santé communautaire ne sera donc pas étendue et restera un modèle réservé à quelques territoires seulement, porté à bout de bras par des militant·es.

      Les structures existantes ne se font guère d’illusions sur la possibilité que le ministère aille plus loin que les 50 000 euros annuels annoncés. Aux yeux de Benjamin Cohadon, « c’est un signal dramatique : il n’y pas de continuité de l’État. Dans trois mois, je dois licencier des gens dans un quartier populaire ».

      Non mais oui quoi, on va pas raquer pour soigner un système de santé qui reste le meilleur du monde.

      #accès_aux_soins #droit #guerre_aux_pauvres

  • Forêts des #Landes : un petit ver entraîne l’#abattage de milliers de #pins

    La découverte de #nématodes_du_pin en plein massif forestier des Landes a déclenché un branle-bas de combat : 40 ha de #pins_maritimes sont en train d’être abattus. Les monocultures rendent les bois vulnérables à ce petit ver.

    Un craquement se fait entendre par-dessus le ronronnement des engins forestiers, aussitôt suivi d’un fracas : un pin vient de tomber, abattu par les agents de la coopérative #Alliance_forêts_bois. Son tronc rejoindra bientôt les immenses pyramides de rondins dressées le long de la route qui relie #Seignosse à #Angresse (Landes).

    Depuis début janvier, la coopérative forestière industrielle œuvre pour abattre des milliers de résineux dans un rayon de 500 mètres autour de la découverte d’arbres contaminés par un #ver ravageur microscopique : le nématode du pin. Ce ver, qui peut tuer un pin maritime en quelques semaines, est classé « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne et un protocole obligatoire encadre sa découverte.

    Ainsi, la zone de 500 mètres autour du foyer est déclarée « #zone_infestée » et fait l’objet d’une #coupe_rase. Un deuxième cercle est fixé avec une zone tampon de 20 kilomètres dans laquelle le transport de bois est réglementé et les travaux d’élagage interdits. Objectif : l’éradication du microorganisme.

    Dans la « zone infestée », 98 % des arbres sont des pins maritimes. Dans l’ensemble du massif forestier artificiel landais, l’essence représente à elle seule 75 % des arbres. Cette monoculture, typique de la #sylviculture_industrielle, rend la forêt particulièrement vulnérable au nématode et son arrivée était redoutée.

    Le chantier se fait à toute vitesse pour vider les parcelles, et les engins forestiers impriment la marque de leurs chenilles dans la glaise du sol mis à nu. Au loin, les cimes des pins maritimes étendent leurs couronnes vers le ciel dans l’attente de leur abattage prochain.

    Un protocole daté ?

    Pour Hervé Jactel, directeur de recherche à l’institut national de recherche Inrae et spécialiste en entomologie forestière, ce protocole, mis en place en 2012, ne tient pas compte des connaissances plus récentes, et n’est pas adapté à la biologie du nématode du pin. Avec ses équipes, il travaille depuis plus de quinze ans sur l’insecte qui sert de vecteur au petit ravageur : un coléoptère qui répond au nom de #Monochamus_galloprovincialis et qui est présent naturellement en abondance dans les forêts des Landes.

    C’est lui, une fois que le parasite l’a contaminé, qui sert de moyen de transport au nématode. Or, d’après le scientifique, « l’insecte vecteur se déplace beaucoup. Il vole très loin par rapport à la moyenne des insectes ». Jusqu’à 20 kilomètres par an. « Cela signifie que la propagation possible du nématode à partir d’un foyer d’infection va bien au-delà des 500 mètres de coupe rase mis en œuvre. »

    Pour autant, pas question de raser l’intégralité des conifères présents dans la #zone_tampon, selon lui. Hervé Jactel plaide plutôt pour un protocole alternatif — sur lequel l’Inrae travaille — permettant une détection précoce des arbres infestés qui seraient les seuls abattus. Des tests moléculaires prometteurs permettraient de tester sur place les arbres dépérissants afin de déterminer s’ils sont infestés par le nématode ou bien touchés par un #scolyte, un champignon pathogène ou encore atteints par la sécheresse. Aujourd’hui, les tests menés en laboratoire demandent plusieurs semaines avant de donner un résultat.

    Une arrivée « inéluctable »

    En attendant une hypothétique évolution législative du protocole, les hectares situés autour du foyer détecté à #Seignosse doivent être coupés avant le 15 février, date butoir fixée par la préfecture des Landes. Laquelle s’est réjouie, car depuis la découverte du foyer début novembre, les 880 prélèvements réalisés sont tous revenus négatifs : « Les premiers résultats sont rassurants. »

    Pour Hervé Jactel, l’introduction du nématode dans les Landes était « inéluctable », monoculture oblige. Le ravageur est un grand voyageur originaire d’Amérique du Nord qui a conquis le Japon, puis la Chine en 1982. Il est arrivé en Europe par le Portugal en 1999 et a depuis entraîné l’abattage de millions d’arbres dans la péninsule ibérique.

    Même si ce premier foyer est éradiqué, il ne sera pas le dernier, prévient le directeur de recherche. « Là, on est dans le temps de l’urgence, mais dès le printemps, il va falloir réfléchir au long terme. La seule perspective possible, c’est de diversifier les essences. »

    ▻https://reporterre.net/Forets-des-Landes-un-petit-ver-entraine-l-abattage-de-milliers-de-pins
    #forêt #vulnérabilité #monoculture

  • FDP, AfD, Militärputsch : Die verdrängte Geschichte hinter Christian Lüths Comeback im Bundestag
    ▻https://www.berliner-zeitung.de/politik-gesellschaft/geopolitik/vom-honduras-putsch-in-den-bundestag-wie-christian-lueth-von-der-fd

    L’AfD n’est pas exactement un parti fasciste mais il n’est pas exactemnt démocratique non plus, comme tous les partis libéraux qui sont pour l’indépendance entrepreneuriale face á l’état.

    Alors quand ils sont présents dans les parlements et les autres institutions politiques ils constituent une menace pour la liberté citoyenne. On n’a pas besoin d’être fasciste pour soutenir les coups d’état réactionnaires.

    20.1.2026 von Harald Neuber - Christian Lüth ist zurück im Bundestag. Der Ex-AfD-Sprecher verteidigte 2009 den Honduras-Putsch. Das verrät viel über deutsche Politik. Eine Analyse.

    Es war Juli 2009, als ich zum ersten Mal nach Honduras flog. Die Maschine landete in Tegucigalpa, dieser seltsam verbauten Hauptstadt, eingeklemmt zwischen Bergen, mit einer Landebahn, die Piloten weltweit fürchten.

    Ich war als Lateinamerika-Korrespondent unterwegs, um über etwas zu berichten, das die Welt bereits vergessen hatte, bevor es richtig begonnen hatte: einen Militärputsch gegen einen demokratisch gewählten Präsidenten.

    Auf den Straßen patrouillierten Soldaten. In den Vierteln der Armen hingen Plakate mit dem Gesicht von Manuel Zelaya, dem gestürzten Präsidenten. In den Einkaufszentren der Oberschicht tranken Geschäftsleute Kaffee und erklärten mir, warum das alles gar kein Putsch sei, sondern die Rettung der Demokratie. Ich erinnere mich an die Ausgangssperren, an die Angst in den Gesichtern der Menschen, die ich in Hinterzimmern traf – Gewerkschafter, Studentenführer, Menschenrechtsaktivisten. Sie nannten sich „Resistencia“ und wussten, dass sie ihr Leben riskierten.

    Kurz zuvor hatte ich erfahren: In einem Büro der Friedrich-Naumann-Stiftung, nur wenige Kilometer entfernt, saß ein junger Deutscher und schrieb Berichte nach Berlin. Berichte, die den Putsch als „Legende“ bezeichneten. Berichte, die das Militär lobten. Berichte, die später von konservativen deutschen Medien aufgegriffen wurden, als wären sie objektive Analysen und nicht das, was sie waren: Propaganda für die Putschisten.

    Sein Name war Christian Lüth. Seit wenigen Tagen arbeitet er wieder im Deutschen Bundestag.

    Der Abend in der Botschaft

    Es gibt Momente, die sich einbrennen. Einer davon war ein Empfang in der deutschen Botschaft in Tegucigalpa unmittelbar nach dem Putsch. Eine Bundestagsabgeordnete war angereist, offiziell zur „Informationsreise“. Inoffiziell nutzte man den Anlass für etwas anderes.

    Die Führung der Widerstandsbewegung – Menschen, die tagsüber im Untergrund lebten – wurde diskret eingeladen. Die Idee war simpel: Wenn die Bundesregierung diese demokratischen Kräfte unterstützen würde, wenn Deutschland sich klar gegen den Putsch positionieren würde, könnte das etwas bewegen. Die Vereinten Nationen hatten den Staatsstreich verurteilt. Die Organisation Amerikanischer Staaten hatte die Putschisten ausgeschlossen. Die EU hatte reagiert.

    Doch Deutschland? Deutschland schwieg. Oder genauer: Deutschland sprach mit zwei Zungen.

    Während das Auswärtige Amt offiziell den Putsch verurteilte, war die Vertretung der Friedrich-Naumann-Stiftung in dem mittelamerikanischen Land– finanziert mit deutschen Steuergeldern – bestrebt, die Putschisten zu legitimieren.

    Der Abend in der Botschaft endete ohne Ergebnis. Die demokratischen Kräfte gingen zurück in den Untergrund. Die Bundesregierung tat nichts. Die Diplomatie hatte versagt – oder genauer: Sie hatte entschieden, nicht zu handeln.

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    Protest im Sommer 2009 vor dem Sitz der Naumann-Stiftung in BerlinHarald Neuber

    Was Honduras zerbrach

    Um zu verstehen, warum die Geschichte von Christian Lüth wichtig ist, muss man verstehen, was aus Honduras wurde.

    Vor dem Putsch war Honduras arm, aber es war eine Demokratie. Eine fragile, fehlerhafte, korrupte Demokratie – aber eine Demokratie. Präsident Zelaya hatte begonnen, vorsichtige Reformen durchzusetzen: eine Erhöhung des Mindestlohns, zaghafte Ansätze für Landreform und Steuergerechtigkeit. Er hatte sich dem ALBA-Bündnis angeschlossen, der von Venezuela initiierten Alternative zum neoliberalen Wirtschaftsmodell. Das machte ihn zum Feind der Oligarchie – jener zehn Familien, die das Land seit Generationen beherrschten.

    Der Putsch beendete nicht nur Zelayas Präsidentschaft. Er beendete Honduras als funktionierenden Staat.

    Was folgte, dokumentierten internationale Organisationen mit wachsendem Entsetzen. Die Interamerikanische Menschenrechtskommission zählte systematische Menschenrechtsverletzungen: exzessive Gewaltanwendung, extralegale Hinrichtungen, Angriffe auf Demonstrierende, Morde an Journalisten und Aktivisten. Amnesty International dokumentierte tausende Fälle massiver Einschüchterung und Verfolgung allein in den ersten Monaten nach dem Putsch.

    Die Mordrate explodierte. Honduras wurde zum Land mit der höchsten Zahl von Tötungsdelikten weltweit. Drogenkartelle übernahmen ganze Regionen. Die Polizei wurde zur Todeschwadron. Die Justiz zum Instrument der Oligarchie.

    Ich erinnere mich an eine Frau, die ich 2010 traf, bei einer Rückreise aus der Region. Sie war Lehrerin gewesen, hatte bei den Protesten mitgemacht. Jetzt floh sie. Ihr Mann war verschwunden. Ihr Bruder erschossen. Sie zeigte mir Fotos von ihren Kindern, die sie außer Landes geschickt hatte. „Honduras ist tot“, sagte sie.

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    2022: Zelayas Ehefrau Castro wird zur Präsidentin gewählt. Das Land blieb im Chaos.Seth Sidney Berry via www.imago-images.de

    Die Rolle der Naumann-Stiftung

    Die Friedrich-Naumann-Stiftung „für die Freiheit“ ist eine der sechs großen deutschen parteinahen Stiftungen. Sie erhält jährlich Dutzende Millionen Euro aus dem Bundeshaushalt für „politische Bildung“ und „internationale Zusammenarbeit“. Sie ist der FDP nahestehend und vertritt weltweit liberale, marktwirtschaftliche Positionen. In Honduras vertrat sie mit Lüth teilweise auch Positionen der Putschisten.

    Christian Lüth, damals Büroleiter der Stiftung in Tegucigalpa, schrieb zeitnah zum Putsch einen „Bericht aus aktuellem Anlass“ für die Stiftungszentrale in Berlin. Zentrale Aussage: „Die Legende vom Militärputsch in Honduras dient vor allem ‚Mel‘ Zelaya“. Seine These: Es habe gar keinen Putsch gegeben, sondern ein „verfassungskonformes Amtsenthebungsverfahren“. Der Bericht ist auf der Seite der Stiftung unter seinem ursprünglichen Link inzwischen nicht mehr erreichbar, Spuren finden sich aber hier und hier.

    Diese Darstellung widersprach der Einschätzung praktisch aller relevanten internationalen Organisationen. Die Vereinten Nationen verurteilten den Sturz Zelayas als Staatsstreich. Die Organisation Amerikanischer Staaten verurteilte den Putsch einstimmig. Die Europäische Union schloss sich an. Selbst die US-Botschaft in Tegucigalpa – das zeigen später von Wikileaks veröffentlichte Dokumente – bezeichnete den Putsch intern eindeutig als illegal.

    Doch Lüth blieb bei seiner Version. In einem Gastbeitrag für die Tageszeitung Die Welt vom 4. Juli 2009 schrieb er unter dem Titel „Warum Europa und UN bei Honduras falsch liegen“: „Dieser ‚Militärputsch‘ wurde von rechtmäßig gewählten Volksvertretern angeordnet.“ Er lobte die Putschisten für ihre „Rückkehr zu Rechtsstaat und Verfassung“.

    Die deutsche Komplizenschaft

    Was Lüth tat, war keine Privatmeinung. Er handelte als offizieller Vertreter einer deutschen, staatlich finanzierten Stiftung. Die Naumann-Stiftung organisierte in dieser Zeit zumindest eine Veranstaltung im Deutschen Bundestag, bei denen Medienberichten zufolge Vertreter des Putschregimes auftraten – Personen, die von den USA mit Einreiseverboten belegt waren. Er trug Schilderungen zufolge dazu bei, Putschisten Zugang zu deutschen Entscheidungsträgern zu verschaffen, während die offizielle deutsche Außenpolitik den Staatsstreich verurteilte.

    Der dam alige Grünen-Bundestagsabgeordnete Thilo Hoppe, damals einer der wenigen deutschen Politiker, die sich intensiv mit Honduras beschäftigten, dokumentierte die Widersprüche. In einem ausführlichen Bericht schrieb er: „Die FDP-nahe Stiftung hatte – ganz der Propaganda Michelettis folgend – die Ereignisse vom 28. Juni 2009 als ‚Verteidigung der Demokratie‘ gerechtfertigt und Putschisten nach Berlin eingeladen, die in den USA mit Einreiseverbot belegt sind.“

    Es gab parlamentarische Anfragen. Es gab Kritik. Es gab Empörung – bei einigen. Doch Konsequenzen? Keine.

    Die Bundesregierung unter Angela Merkel und Frank-Walter Steinmeier (damals Außenminister) ließ die Naumann-Stiftung gewähren. Die Stiftung ließ Lüth gewähren. Und als der Putsch „erfolgreich“ war – als die Wahlen unter Militäraufsicht stattgefunden hatten, als ein genehmer Kandidat gewählt worden war, als die internationale Gemeinschaft müde geworden war – normalisierte Deutschland seine Beziehungen zu Honduras.

    Die Rechnung der Putschisten war aufgegangen. Die Oligarchie hatte gewonnen. Die Demokratie hatte verloren. Und Christian Lüth hatte seinen Teil dazu beigetragen. Später sollte Zelayas Ehefrau Xiomara Castro zwar zur Präsidentin gewählt werden. Die honduranische Demokratie aber erholte sich nie wieder vollständig. Das Land bleibt instabil. Es gilt als gescheiterter Staat. Die Drogenmafia ist mächtig.

    Von der FDP zur AfD

    Nach seinem Honduras-Einsatz kehrte Lüth nach Deutschland zurück. Er bekam einen Posten im Entwicklungsministerium unter FDP-Minister Dirk Niebel – einem Minister, der das Ministerium zur Versorgungsanstalt für FDP-Kader umbaute. Lüth sollte „Koordinator in der Abteilung Asien/Lateinamerika“ werden.

    Doch irgendetwas lief schief. Ende 2011 verließ Lüth das Ministerium wieder. Die genauen Gründe wurden nie öffentlich. Lüth landete als Büroleiter beim FDP-Bundestagsabgeordneten Hans-Werner Ehrenberg. Dann kam die Bundestagswahl 2013. Die FDP flog aus dem Parlament. Lüth verlor seinen Job.

    Was dann geschah, ist bemerkenswert: Innerhalb weniger Monate wechselte Lüth zur AfD. Schon im November 2013 war er dort „Koordinator für Pressearbeit“. Im März 2014 wurde er Pressesprecher der Partei.

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    Dirk Niebel (FDP), 2023imago stock&people

    Der Wechsel war kein Bruch. Er war eine Fortsetzung. Wie auch für andere Akteure dieser Geschichte. Der frühere Entwicklungsminister Dirk Niebel etwa, von dem vor allem in Erinnerung bleibt, dass er mit passiver Hilfe des BND einen Teppich aus Afghanistan herausgeschmuggelte, arbeitet seit 2015 als Berater beim Rüstungs- und Automobilzulieferer Rheinmetall und ist dort in der internationalen Strategieentwicklung sowie den Regierungsbeziehungen tätig. Putsche, könnte man argumentieren, sind diesem Geschäft nicht abträglich.
    Es wuchs zusammen, was zusammengehört

    Hier müssen wir innehalten. Denn die Geschichte von Christian Lüth ist mehr als die Geschichte eines gescheiterten Karrieristen, der von einer Partei zur nächsten wandert. Sie ist ein Lehrstück über die ideologischen Kontinuitäten, die in der deutschen Politik selten benannt werden.

    Die Friedrich-Naumann-Stiftung verteidigte in Honduras einen Militärputsch gegen eine demokratisch gewählte Regierung, weil diese Regierung „linkspopulistisch“ war, weil sie sich mit Venezuela verbündet hatte, weil sie die Interessen der Oligarchie gefährdete. Das war keine Verirrung. Das war Programm.

    Die AfD vertritt heute Positionen, die in ihrer Verachtung für demokratische Institutionen, in ihrem Autoritarismus, in ihrer Bereitschaft, demokratische Spielregeln zu brechen, wenn es den eigenen Interessen dient, dem entsprechen, was die Putschisten in Honduras praktizierten.

    Und Christian Lüth? Er war das Verbindungsglied. Der Mann, der den Putsch in Honduras verteidigte, wurde zum Sprecher einer Partei, die die deutsche Demokratie von innen aushöhlen will. Das ist kein Zufall. Das ist Konsequenz.
    Die Wiederkehr

    Im September 2020 wurde Lüth fristlos entlassen. Der Grund: In einem heimlich gefilmten Gespräch soll er gesagt haben, man könne Migranten „nachher immer noch alle erschießen“ oder „vergasen“. Er hatte auch erklärt, die AfD müsse dafür sorgen, „dass es Deutschland schlecht geht“, um politisch zu profitieren.

    Blutrote Linie überschritten: Nazi-Sprüche sind ein Fall für den Staatsanwalt

    Die AfD distanzierte sich. Fraktionschef Alexander Gauland, der Lüth jahrelang gedeckt hatte, sprach von „abscheulichen Äußerungen“. Lüth trat aus der Partei aus. Das hätte das Ende sein können. Das Ende einer Karriere, die von Honduras über die FDP zur AfD geführt hatte, von der Verteidigung eines Putsches zur Fantasie über Massenvernichtung. Doch es war nicht das Ende.

    Seit Juni 2024 arbeitet Christian Lüth wieder im Deutschen Bundestag. Erst als „wissenschaftlicher Referent“ für den AfD-Abgeordneten Jan Wenzel Schmidt aus Sachsen-Anhalt. Seit Dezember 2025 arbeitet er zusätzlich für den bayerischen AfD-Abgeordneten Reinhard Mixl.

    Der Mann, der über die „Vergasung“ von Migranten sprach, läuft wieder durch die Flure des Parlaments. Er hat wieder einen Hausausweis. Er hat wieder Zugang zu den Gebäuden, in denen über die Zukunft dieses Landes entschieden wird.
    Das Schweigen

    Warum schreibe ich das alles? Warum grabe ich eine Geschichte aus, die fünfzehn Jahre alt ist, die in einem Land spielt, das die meisten Deutschen nicht auf der Karte finden können? Weil das Schweigen ohrenbetäubend ist.

    Wenn über Christian Lüth berichtet wird – und das geschieht selten genug –, dann als „ehemaliger AfD-Sprecher“. Seine Zeit bei der Friedrich-Naumann-Stiftung wird bestenfalls in einem Nebensatz erwähnt, aber kaum einmal. Seine aktive Rolle bei der Legitimierung eines Militärputsches? Fast immer verschwiegen.

    Die FDP wurde kaum einmal gefragt, wie es sein kann, dass einer ihrer Kader einen Staatsstreich verteidigte und dafür nie zur Rechenschaft gezogen wurde. Die Friedrich-Naumann-Stiftung wurde kaum einmal gefragt, ob sie ihre Honduras-Politik jemals aufgearbeitet hat. Die Bundesregierung wurde kaum gefragt, warum sie die Stiftung damals gewähren ließ.

    Stattdessen wird über die AfD berichtet, als wäre sie vom Himmel gefallen. Als hätte sie keine Vorgeschichte. Als gäbe es keine Kontinuitäten, keine Netzwerke, keine gemeinsamen Milieus zwischen dem, was sich „liberal“ nennt, und dem, was offen autoritär auftritt.
    Der Interventionismus

    Es gibt eine Linie, die von Tegucigalpa 2009 nach Caracas 2025 führt.

    Als im Juni 2009 das honduranische Militär den gewählten Präsidenten Zelaya verschleppte, argumentierten die Putschisten und ihre Unterstützer: Er war dabei, die Verfassung zu brechen. Er wollte sich zum Diktator machen. Wir haben die Demokratie gerettet.

    Als im März 2025 US-Präsident Donald Trump ankündigte, venezolanische Staatsbürger in die USA zu deportieren und sie dort als „Terroristen“ zu behandeln, argumentierte er: Venezuela ist ein gescheiterter Staat. Maduro ist ein Diktator. Wir bringen Demokratie.

    Die Logik ist dieselbe. Die Sprache ist dieselbe. Die Verachtung für Souveränität, für demokratische Prozesse, für das Selbstbestimmungsrecht der Völker – sie ist dieselbe.

    Und die Unterstützer? Sie sind oft dieselben Netzwerke. Dieselben Thinktanks. Dieselben Stiftungen. Dieselben Medien.

    Christian Lüth schrieb 2009 in der Welt, Europa und die UN lägen bei Honduras falsch. Die Welt-Zeitung druckte es. Konservative Kreise zitierten es. Die Narrative wurden gesetzt.

    Wer setzt heute die Narrative? Wer erklärt uns, warum Interventionen in Lateinamerika „Demokratieförderung“ sind und Interventionen in der Ukraine „russischer Imperialismus“? Wer entscheidet, welche Putsche gut sind und welche schlecht?

    Ein Mann, der einen Putsch gegen eine demokratisch gewählte Regierung verteidigte, wurde Sprecher einer Partei, die die deutsche Demokratie verachtet.

    Ein Mann, der Menschenrechtsaktivisten denunzierte, sprach später davon, Migranten zu „vergasen“.

    Ein Mann, der wegen dieser Äußerungen gefeuert wurde, arbeitet heute wieder im Bundestag.

    #Allemagne #Honduras #politique #coup_d_état #libéralisme #droite

  • La #malédiction du #mitterrandisme plane encore sur la France | #Mediapart
    ▻https://www.mediapart.fr/journal/politique/130126/la-malediction-du-mitterrandisme-plane-encore-sur-la-france

    L’anniversaireL’anniversaire de la mort, le 8 janvier 1996, de François Mitterrand a été l’occasion habituelle d’un tir de barrage éditorial et médiatique. Une tendance se dégage, de la série Mitterrand confidentiel sur France Télévisions au documentaire réalisé par Mazarine Pingeot, la fille du défunt, François Mitterrand, une autre vie possible sur La Chaîne parlementaire, en passant par le cycle de l’Institut François Mitterrand sur le statut « d’homme de lettres » de l’ancien président et François Mitterrand. Conversations intimes, de Jean Glavany.

    Après le « droit d’inventaire » proclamé par Lionel Jospin dans les années 1990 et la tentative d’oubli des années 2010, François Mitterrand tente de revenir sous la forme d’un mythe.

    Les contours de ce mythe sont dessinés par l’irruption de l’ancien président dans la fiction avec la série de l’audiovisuel public. L’héroïsation y est complète. François Mitterrand y apparaît comme un homme sensible et courageux, amoureux de la poésie et poète amoureux, incarnation de la jeunesse des Trente Glorieuses devenue un vieux sage attaqué de toute part. Une sorte de Lamartine moderne. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le poète de Mâcon revient comme un leitmotiv dans la série.

    La façon dont le récit expulse toutes les parts sombres du personnage trahit la volonté de le faire sortir de l’histoire pour le faire entrer dans le mythe. Et c’est bien aussi ce à quoi s’emploie, par exemple, un Jean Glavany, expliquant doctement que le vieux président avait déjà compris, au début des années 1990, que « la prochaine guerre sera[it] en Ukraine ».

    Agrandir l’image : Illustration 1
    Francois Mitterrand à l’abbaye de Cluny le 17 septembre 1988. © Photo Chamussy / Sipa
    Il faut dire que la figure de Mitterrand reste une référence à gauche, de Jean-Luc Mélenchon, qui n’a jamais caché son admiration pour l’ancien président, à Bernard Cazeneuve, qui a prononcé l’oraison d’hommage à Jarnac.

    Certes, le Parti socialiste (PS) actuel s’est fait discret dans son hommage. Mais c’est aussi que, progressivement, la figure de Mitterrand quitte les rives de la politique quotidienne pour voguer vers celle de la référence républicaine. Il y a dans ces publications quelque chose qui cherche à faire de l’ancien président socialiste l’équivalent d’un de Gaulle pour la psyché collective. Il n’y est pas encore, mais c’est désormais là que se situe le « prochain combat », pourrait-on dire en copiant le moine copiste Jean Glavany.

    Aussi est-il bon de rappeler ce qu’a été François Mitterrand et quelle est sa responsabilité dans la situation actuelle du pays et de la gauche.

    L’opportunisme fait homme
    François Mitterrand est l’incarnation de ce que l’on appelait naguère « l’opportunisme ». Pour lui, la conquête du pouvoir et son maintien à celui-ci justifient tout. Et contrairement à ce qu’essaie de nous faire croire la série de France Télévisions, cette ivresse du pouvoir n’est motivée par nul idéal, par aucune conception du monde.

    C’est bien pour cette raison qu’il a été à son aise tout au long de la IVe République, lorsqu’il pouvait user de la force parlementaire réduite de sa petite formation, l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), pour glaner pas moins de onze ministères. C’est aussi pour cela que celui qui voyait la France de « Lille à Tamanrasset » a pu devenir dans les années 1960 le leader de la gauche anticolonialiste.

    Bien sûr, les gens changent. Mais François Mitterrand donne l’impression que les idées n’ont jamais été que des outils qu’il utilisait lorsqu’il le fallait pour imposer sa domination sur le pays ou sur la gauche.

    Limiter Mitterrand aux quelques mois qui suivent son élection, c’est se tromper sur l’homme comme sur l’époque.

    Au reste, on ne s’étonnera pas qu’une fois arrivé au pouvoir, François Mitterrand n’ait réalisé aucune des promesses de ses trois précédentes candidatures. En 1965, il était l’opposant au régime présidentiel. En 1974, il était l’opposant à la domination du capital. En 1981, il était l’opposant à l’austérité.

    Or, les années Mitterrand ont été celles d’un régime personnel renforcé jusqu’à l’absurde, d’une soumission du politique au capital et de l’établissement des régimes néolibéraux de rigueur et de modération salariale. Mais peu importe, ce qui comptait pour Mitterrand, c’est qu’il fût à l’Élysée et qu’il en fasse le château fort de cette monarchie républicaine qu’il avait autrefois fustigée.

    #Mitterrand #gauche

    Sa seule boussole a été de rester au cœur du jeu politique pour parvenir au pouvoir. L’affaire de l’Observatoire en 1959, lorsqu’il organisera un faux attentat pour relancer sa carrière, est, de ce point de vue, un moment clé pour comprendre le personnage. Bien sûr, on peut lui reconnaître du génie d’avoir su s’imposer comme l’homme de la situation six ans plus tard au moment de la présidentielle. Reste à savoir si ce type de pirouette doit être une référence.

    Bien entendu, la décennie 1980 comporte un certain nombre d’avancées, de la retraite à 60 ans à l’abolition de la peine de mort. Mais n’étaient-ce pas là des concessions aux temps qui ressemblent à la première vague de libéralisation réalisée sous le septennat de Giscard d’Estaing ? Limiter Mitterrand à ces quelques mois qui suivent son élection, c’est se tromper sur l’homme comme sur l’époque.

    De « l’argent qui corrompt » à l’argent roi
    Les années Mitterrand, ce sont les hideuses années de l’argent roi. Le président qui, en 1974, dénonçait « l’argent qui corrompt tout, jusqu’à la conscience des hommes », finira en 1992 par nommer avec enthousiasme Bernard Tapie à un ministère.

    Avec le locataire de la bergerie de Latche, la gauche a changé de nature. Elle a certes gagné deux élections présidentielles mais elle a perdu toute prétention à émanciper la société du capital. Elle est devenue une force d’accompagnement du néolibéralisme, discutant du poids des chaînes des travailleurs avec la droite.

    Pierre #Mauroy, Michel #Rocard, Laurent #Fabius, Jean-Pierre #Chevènement #Parti_socialiste

    Le « ni-ni » de 1988 représentait explicitement cette position : dans la contre-révolution néolibérale, la gauche mitterrandienne défendait une stratégie de libéralisation modérée. D’un côté, on accélérait la financiarisation de l’économie, on soutenait la politique du franc fort et la liberté de circulation des capitaux ; de l’autre, on tentait d’amortir le choc avec le revenu minimum d’insertion (RMI) et le maintien des transferts sociaux.

    Mais c’était un équilibre voué à l’échec, car le capital demandait toujours plus. Prise dans ses contradictions, la gauche s’est effondrée en 1993, connaissant sa pire défaite à des législatives depuis 1967.

    Le bourgeois charentais qu’était François Mitterrand s’est toujours méfié des travailleurs et de leur autonomie.

    Le vieux Mitterrand n’en avait cure. Affaibli, malade, isolé, il est resté en poste, au sein de ce palais de l’Élysée qu’il avait tant convoité. Bernard Cazeneuve a salué l’action d’unification de la gauche qu’avait eue l’ancien président. Mais il oublie de dire que cette unification s’est faite au prix d’un affaiblissement historique de cette même gauche. Car l’écho de la lourde défaite aux élections législatives de 1993 s’entend jusqu’à aujourd’hui.

    François Mitterrand a donné en héritage à la gauche française un modèle de gestion qui l’a menée où elle est aujourd’hui : une force minoritaire, isolée du mouvement social et largement impuissante. Cet héritage, aucun inventaire n’en a jamais été fait. Il a deux faces qui se confondent.

    #1981-83 : #renoncement_économique

    La première face, c’est l’isolement du monde du travail. En 1981, l’ambition du #programme de la gauche ne pouvait se faire qu’avec l’appui d’un large mouvement social, d’une pression collective du travail sur le capital. Mais le bourgeois charentais qu’était François Mitterrand s’est toujours méfié des #travailleurs et de leur autonomie. Jamais il n’a eu l’ambition de donner le pouvoir aux masses laborieuses dans leurs entreprises. Les nationalisations ont été négociées avec les patrons, et les entreprises ont immédiatement été confiées à des technocrates pour en assurer la « viabilité économique ».

    Sans appui des #ouvriers et des #employés, la gauche en était donc réduite à négocier avec le #capital les conditions de son maintien au pouvoir. Et l’on retombe ainsi à la deuxième face du mitterrandisme : se faire élire sur un programme de gauche et gouverner main dans la main avec le patronat. Il fallait être aussi peu doué de sens politique qu’un Bernard Arnault pour quitter Paris pour New York en 1981. Mais le futur patron de LVMH sut fort bien jouer, par la suite, de ses amis socialistes pour fonder son empire.

    L’héritage maudit du mitterrandisme
    En 1997, Lionel Jospin, critique de la pratique mitterrandienne du pouvoir, tomba lui aussi dans ce piège. Au point qu’en 2002 il se trahit en déclarant que « son programme n’était pas socialiste » et en paya le prix fort. Dix ans plus tard, la génération formée dans les années 1980, celle des François Hollande, Michel Sapin et Pierre Moscovici, reprend la formule magique de 1981. Le fameux « discours du Bourget » est du Mitterrand pur jus : « l’ennemi qui n’a pas de visage, la finance », est une formule de l’ancien président (Hollande, lui, se contentera de parler d’adversaire).

    Et comme avec lui, la promesse va être oubliée le jour même de l’élection du député de Corrèze à l’Élysée. Mais comme le capitalisme vient encore de connaître une crise, la politique devra être encore plus violente envers le monde du travail. Le mitterrandisme tardif ne peut plus se contenter d’ouvrir les marchés financiers, il lui faut désormais s’en prendre au droit du travail et réprimer les mouvements sociaux.

    #PS 

    La gauche ne se remettra jamais de ce dernier avatar du #machiavélisme mitterrandien. Son affaiblissement sera désormais structurel. L’évolution engagée par « le tournant de la rigueur » de 1983 s’achève par le recyclage de la social-démocratie dans le macronisme, comme une sorte de fusion définitive de François Mitterrand avec Bernard Tapie incarné par Emmanuel Macron, ce président lui aussi dévoré d’ambition personnelle et qui assume désormais son statut de fondé de pouvoir du patronat au sein de l’État.

    Tout va ensemble. François Mitterrand ne croyait qu’au pouvoir, ce qui l’a amené à « s’adapter » au vrai pouvoir sous-jacent à la démocratie française, celui du capital, plutôt qu’à « changer la vie ». De cet abandon est née une désillusion profonde, terrible, qui traverse depuis quarante ans la vie politique française qui affaiblit la gauche et a servi de terreau à l’extrême droite.

    Parce qu’il a été #omniprésent dans la vie politique pendant un demi-siècle et qu’il est l’artisan d’un #échec_profond et structurel, #François_Mitterrand a été une malédiction pour la gauche et pour la France. Cette malédiction prend une autre forme, encore plus dangereuse pour la gauche : l’obsession pour les élections, en particulier la #présidentielle, qui limite la vision et borne les projets.

    L’auteur du #Coup_d’État_permanent avait, dès les années 1960, fait ce choix de l’#électoralisme et du #présidentialisme. Lui qui n’avait rien saisi aux enjeux du mouvement de Mai-68 et qui, pendant les années 1970, a passé son temps à tenter de convertir, par le faux-semblant du discours sur l’autogestion, les masses à l’électoralisme. C’est en se privant d’une action profonde au sein de l’outil productif que la gauche va signer son impuissance future. Dès lors, la seule alternative au sein du système va devenir l’extrême droite…

    Les tentatives actuelles de placer François Mitterrand sur le piédestal du « dernier homme d’État » est donc un piège qui trahit encore cette croyance dans l’homme providentiel dont la gauche devrait absolument se défier, parce qu’elle porte en elle l’impuissance et la soumission à la logique de la Ve République. Plus que jamais, trente ans après, il est temps que l’esprit de Mitterrand quitte une fois pour toutes la gauche française, car cet esprit la ronge en profondeur. 

    #Romaric_Godin

  • Dans une « cuisine communautaire » de New York, aux premières loges de la crise du pouvoir d’achat aux Etats unis
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/12/12/dans-une-cuisine-communautaire-de-new-york-aux-premieres-loges-de-la-crise-d


    La cheffe Sheri Jefferson aide à la préparation de repas chauds, dans la « cuisine communautaire » de la Food Bank NYC à Harlem, située au 252 West 116th Street, à New York, le 3 décembre 2025. PAOLA CHAPDELAINE POUR « LE MONDE »

    Dans la première puissance économique mondiale, où les prix des biens de consommation, comme ceux de l’alimentation, ont explosé depuis l’époque du Covid-19, 41 millions de personnes dépendent de coupons, versés par l’Etat, pour manger à leur faim tous les jours.

    [...]

    Selon les chiffres du rapport annuel [de la Food Bank for NYC, la plus grosse association d’aide alimentaire de la ville], quelque 1,3 million d’habitants, sur les 8 millions que compte l’agglomération la plus riche du monde, bénéficient d’une façon ou d’une autre d’une assistance de cette organisation.

    ▻https://justpaste.it/lv1oq

    #reportage_photot #pauvreté #É-U #alimentation #coupons_alimentaires

  • Assureurs et IA, un #risque systémique | Freakonometrics
    ▻https://freakonometrics.hypotheses.org/85079

    Mais surtout, le danger ne réside pas tant dans l’ampleur d’un sinistre isolé que dans la possibilité de pertes corrélées, massives, simultanées, impossibles à mutualiser. [...] L’enjeu porte bien moins sur la gravité d’un incident donné que sur la simultanéité de milliers d’incidents identiques. Autrement dit, nous avons affaire à la définition même d’un risque systémique. [...] À ces risques opérationnels s’ajoute un dernier élément : la responsabilité juridique. L’« AI #liability », c’est-à-dire la question de savoir qui est responsable lorsque l’IA cause un dommage, est aujourd’hui l’un des sujets les moins traités, et les plus explosifs.

    -- (...)

    #intelligenceartificielle #generativeai #assurance #responsabilité #redevabilité #interdépendance #complexité #couplage #contagion #cybersécurité #économie #FSD #AIliability #droit #règlement #contrat #bestof

    • Les modèles d’IA générative incarnent parfaitement cette description : leur opacité structurelle, leur comportement non déterministe, leur dépendance à quelques fournisseurs globaux et l’absence de cloisonnement entre leurs usages créent un système dont les défaillances locales deviennent immédiatement systémiques. La concentration de dépendances technologiques entre quelques acteurs amplifie encore cette dynamique. Lorsqu’un modèle est utilisé dans des contextes juridiques, médicaux, financiers, industriels, une erreur qui y apparaît peut contaminer simultanément tous ces domaines. De ce point de vue, l’IA est déjà moins un outil qu’un écosystème interconnecté, un véritable système complexe au sens fort.
      […]
      À ces scénarios opérationnels s’ajoute un phénomène plus subtil : la rupture d’interprétabilité. Lorsque les modèles produisent des signaux plausibles mais opaques, humains comme machines sont tentés de leur attribuer un sens excessif. Un signal faible (une légère hausse de score dans un modèle de résiliation, un changement ténu dans un score de risque) peut être interprété comme un mouvement réel, alors qu’il ne s’agit que d’un artefact statistique, d’un biais de dataset ou d’un drift latent. Ces interprétations erronées peuvent déclencher des rétroactions en chaîne, transformant un bruit en choc réel : décisions d’urgence, modifications de politiques tarifaires, ajustements de modèles secondaires. Clearfield et Tilcsik décrivent ce mécanisme d’emballement comme une prophétie autoréalisatrice. Dans le langage de Gai, un bruit initial trouve soudain un chemin vers le « cluster vulnérable » et déclenche une cascade,

      Le cas d’école de Tesla
      […]
      AI Liability : un angle mort juridique dans un marché asymétrique
      […]

      je laisse des blancs parce qu’il vous faut absolument lire ces passages :- )

      (merci @freakonometrics !)

  • Fifty Years Ago, the US Staged a Coup in Australia
    ▻https://jacobin.com/2025/11/whitlam-coup-us-cia-kerr

    On the morning of Tuesday, November 11, 1975, Governor-General John Kerr summoned PM Gough Whitlam to Yarralumla, the governor-general’s residence, where Kerr handed Whitlam a dismissal letter. (Graeme Thomson / Newspix / Getty Images)

    L’Australie aussi a son cinquantemaire de novembre. On y rencontre la première tentative d’adeptes d’Ayn Rand de prendre le pouvoir par un quasi coup d’état. Autrement tout a été du business as usual pour les hommes de main de la CIA.

    12.11.2025 by Guy Rundle - The 1975 “dismissal” of Australian Labor PM Gough Whitlam is often seen as a constitutional crisis initiated by an old British-led establishment. In reality, it was a bloodless analog of other US-orchestrated coups against reforming left governments.

    Half a century ago this week, Australia was rocked by the removal of its prime minister, Gough Whitlam of the Australian Labor Party (ALP), by the governor-general, Sir John Kerr.

    Whitlam, a solid social democrat by the standards of that time — and as far left a leader as Australia has had since the 1950s — had lost control of the Senate, the Australian Parliament’s upper house. The right wing opposition, a Liberal Party–led coalition, used this advantage to deny the government “supply,” blocking essential government spending.

    Although the situation was similar in some ways to a US government shutdown, one important difference is that Australia was, and is, a constitutional monarchy, with the governor-general serving as head of state.

    According to decades of convention, the governor-general was supposed to act according to advice supplied by the prime minister. On November 11, however, Kerr dismissed Whitlam, called an election and appointed the opposition leader, Malcolm Fraser, as caretaker PM. A few hours later, he dismissed (“prorogued”) parliament.

    On both Left and Right, many like to take the Whitlam dismissal— as it became known — as a constitutional struggle between an old British-oriented establishment and a new, progressive Australia. But in retrospect, it’s hard to doubt that the 1975 dismissal was in fact a soft coup d’état, heavily influenced by US power and influence.

    In this conception, which draws the interpretation decisively out of the narrow Anglo-Celtic frame, the dismissal was a bloodless, legalistic event in the chain of coups orchestrated by the United States to shore up domination over a series of client states, from Guatemala and Iran in the 1950s, to South Vietnam in the 1960s, and to Chile in 1973. Indeed, in this reading, the closest analogue to the Whitlam dismissal is the overthrow of Chile’s elected Marxist president, Salvador Allende, who was violently deposed by General Augusto Pinochet after years of CIA and other agency conspiring.

    Violence in the Global South and legalism in the Anglosphere: the methods differed but not the substance of events. Fifty years later, the global context and implications of the Whitlam dismissal are, if anything, far clearer.
    It Was Time

    Gough Whitlam led the Labor party to victory in 1972, after twenty-three years of government by the Liberal Party–led Coalition. The son of a senior public servant, Whitlam was one of the first haute-bourgeois left-liberals to join Labor, which had been a fairly closed, union-dominated party. From 1967 on, however, Whitlam modernized the ALP, opening it to the rising university-educated middle class and initiating a political shift toward the technocratic center, away from Labor’s mid-century industrial, semisocialist program.

    Labor’s left faction was a genuine left in those days, fully socialist and opposed to the US alliance. But when it came to foreign policy, the ALP pursued something of a middle way. Labor decisively concluded Australia’s involvement in the Vietnam War and ended cooperation between the Australian Secret Intelligence Service (ASIS, Australia’s international spy agency) and the CIA in Latin America.

    Whitlam also made noises about the invasion of Australian agricultural export markets by the United States’ heavily subsidized agribusiness sector. Fatefully, perhaps naively, Whitlam tried to use US spy bases hosted on Australian territory as a bargaining chip in this dispute. “Don’t try to bounce us,” Whitlam said colloquially to the US ambassador in 1973, suggesting that leases on the US bases, set to conclude in December 1975, might not be renewed.

    It was a foolish move. Pine Gap, near Alice Springs in Central Australia, was one of three such bases whose southern location and high-tech capability gave America a huge surveillance advantage over the USSR. As a result, the United States saw Pine Gap as crucial to the Cold War projection of power. Created in the early 1960s, it was run by US personnel and barred to Australians, few of whom, Whitlam included, had any idea of its importance.

    If this wasn’t bad enough, worse was to come. Already frosty relations with Richard Nixon’s administration took a nosedive at the end of 1972, after Henry Kissinger’s Christmas bombings of Hanoi. Whitlam protested privately while the Labor left, led by deputy leader Jim Cairns, protested publicly, organizing enormous demonstrations decrying the bombings as part of a genocidal war.

    The Whitlam–Nixon relationship continued downhill, until things fell apart even further when Whitlam followed up on his stated intent to build closer ties with the Non-Aligned Movement (NAM), a Cold War bloc of countries that refused to join either the US or Soviet camp.

    In 1973, the Whitlam government invited senior members of the Yugoslav government, one of the leading countries in the NAM, to visit Australia. The Yugoslavs replied that they couldn’t come until Australia had rounded up local Ustaše cells of Croatian fascists who had reassembled themselves in the migrant Croatian community following World War II. The Australian Security Intelligence Organisation (ASIO) — Australia’s internal spy agency — was accused of dragging its feet, as a way of delaying the visit.

    This prompted one of the most extraordinary events of the Cold War, when Whitlam’s attorney-general, Lionel Murphy, ordered federal police to raid ASIO headquarters in 1973 and cart off its files. This, as US counterespionage spy master James Jesus Angleton later told Australian journalist Phillip Frazer, was the last straw. The Nixon administration and the CIA saw shared intelligence as the “crown jewels” of the US-Australia relationship and were now on the hunt to destroy Whitlam’s government.
    The Coup Takes Shape

    In 1973–74, the US government and the CIA had two pieces of luck. In 1974, Whitlam very foolishly appointed as governor-general an old friend, Sir John Kerr, whom he thought he could easily control.

    Kerr was an extraordinary figure; in the 1930s, he was a Stalinist fellow traveler, before becoming something of a Trotskyist. Kerr then served as an aide to Herbert Vere “Doc” Evatt, Labor foreign minister from 1941–49, and also as a liaison officer with the CIA’s precursor, the Office of Strategic Services (OSS).

    By the late 1940s, Kerr had completed his Cold War turn, becoming a resolute anti-communist and vying for the leadership of a CIA front group, the Australian Congress for Cultural Freedom. Kerr, of working-class origins, still saw himself as “Labor,” although he believed the party was too infiltrated by the Communist Party of Australia — which controlled a third of Australia’s unions at the time — to work with.

    The CIA’s second piece of luck arrived when the Whitlam government encountered trouble trying to secure financing for an ambitious spending program, resulting in a crisis now known as the “Loans affair.” Whitlam’s Labor left treasurer, Jim Cairns, and resources minister Rex Connor were both desperate to increase state development in Australia and were frustrated at UK and public service control of global capital-seeking.

    In 1973, the recently formed Organization of the Petroleum Exporting Countries (OPEC) offered a solution. After the price of oil quadrupled in the early ’70s, the oil producing nations found themselves with vast new incomes they needed to invest. In 1974 and early 1975, Connor turned to Middle Eastern OPEC member states, seeking $4 billion in loans (about 10 percent of Australia’s GDP). Connor’s plan envisaged using the funds to buy out the foreign owners of Australia’s mining leases and using the proceeds to fund a French-style Australian uranium processing industry, creating virtually free energy.

    In the aftermath of the Loans affair, Connor was portrayed as a buffoon and a yokel. But he was a visionary and a deeply well-read man, who understood that when it came to production, Labor’s socialism was hopelessly antiquated. At the same time, however, Connor was also naive. When he advertised Australia’s loan tenders in the Asia financial press, it brought out every shady money middleman in the region. Half of them were CIA fronts, created at the height of the Vietnam War.

    Connor chose Tirath Khemlani, a Pakistani-born London-based commodities trader, who spent months bouncing around the world, excitedly telling Connor from borrowed telex machines, that the funds were “imminent.” But the funds never arrived.

    Meanwhile, by mid-1975, the Opposition had chosen as its new leader Malcolm Fraser, a rural establishment scion, at the time a fan of Ayn Rand, who was dedicated to a more aggressive parliamentary strategy.

    In mid-1975, the Loans affair became public knowledge. Although their authority to do so had been revoked by Whitlam, both Cairns and Connor continued to seek loans. This information was first leaked to the Opposition, possibly the result of Pine Gap surveillance.

    Then in October, Khemlani turned on Connor and Cairns and leaked telexes between himself and Connor to Malcolm Fraser’s Opposition. It soon became a national scandal. On October 16, 1975, Fraser — who held the balance of power in the Senate — announced he would block supply until a new election was called.
    The Coup Gathers Momentum

    If the atmosphere in Australian politics had been intense before, it was about to get white hot. Whitlam’s staff began looking for a counterattack — and they found it in Adelaide. Labor figures told Whitlam’s “fixer,” Richard Hall, that they knew a man named Richard Stallings who had been bragging that he was a CIA agent. Stallings was also a friend of Doug Anthony — then leader of the National Country party, the junior member of the Coalition — and was reportedly financially entangled with US interests in Australia. This turned out to be something of an understatement. In fact, Stallings had founded Pine Gap in the early 1960s and was its first head.

    More ammunition fell into the Whitlam government’s lap when it discovered that although Stallings’s name was on a list of CIA agents in Australia held by the public service head of the defense department, Sir Arthur Tange, his name was not on the list held by the government itself. Doug Anthony had already threatened to bring it all up in Parliament when it reconvened on November 11, 1975. Whitlam went further, threatening to name other CIA agents in Parliament, although the press outed him before Parliament sat. Regardless, the lease of Pine Gap and other bases was now firmly on the agenda.

    Meanwhile, for some time, Governor-General Kerr had been in an extensive, needy, and sycophantic correspondence with Buckingham Palace, thinking out loud about what could be done with the “reserve powers” of the governor-general. Could he act without, or against, prime ministerial advice?

    Kerr also took an interest in security matters. In the same period, Whitlam had promptly sacked the heads of both ASIO and ASIS. The former, ostensibly, was fired for having an affair, making him a security risk. Whitlam sacked the latter for breaking his ban against ASIS involving itself in political conspiracy, in this case, by aiding pro-US forces in the newly independent East Timor. Kerr took a “great interest” in the ASIS sacking, which had been so firm, staff later recollected, they could hear Whitlam’s yelling through the door of his office.

    The Australian defense establishment now decided it had no alternative but to brief Kerr fully about the function and importance of Pine Gap. In early November, Tange organized a meeting between Kerr and the chief government scientist, John Farrands, a radio physicist by profession and one of the few Australians who knew exactly how Pine Gap worked. Farrands’s briefing left Kerr in no doubt about the importance of Pine Gap, which boasted surveillance capacities beyond anything else at the time.

    Then on the weekend before November 11, the ASIO liaison with the CIA’s East Asia desk received a telex from the CIA desk chief, Ted Shackley. It stated that if CIA agents were named in Parliament, intelligence sharing with Australia would cease. The telex circulated in Canberra before being supplied to Kerr.

    On the morning of Tuesday, November 11, 1975, as Parliament opened, Kerr summoned Whitlam to Yarralumla, the governor-general’s residence. Whitlam assumed that Kerr wanted to discuss the crisis with him. Instead, Kerr handed Whitlam a dismissal letter. He then appointed Fraser as prime minister and called an election for December 12.

    Hours of parliamentary skirmishing followed. When Labor gained the upper hand, Kerr prorogued parliament, dissolving it immediately. This also prevented any possibility that CIA agents would be named in Parliament and blocked any discussion of US spy bases.

    After becoming caretaker prime minister, one of Fraser’s first acts was to renew the leases on the US bases, which had been due to expire on December 9, just three days before the election.
    Aftermath

    Labor ran in the election as an opposition, campaigning on democracy and legitimacy and was defeated in a landslide. It signaled the end of any possibility of social democratic reform backed by a strong union movement.

    Malcolm Fraser served as prime minister for eight years, loyally supporting US foreign policy, save for its uncritical support of apartheid South Africa. He also ushered in the new “Echelon” system, which distributed Pine Gap surveillance capacity across the nation and was a forerunner to the total surveillance systems that Wikileaks and Edward Snowden exposed in 2013.

    In 1978, the Hope royal commission, inaugurated by Whitlam, delivered findings suggesting that funding for intelligence services should be cut and that they be subject to more stringent oversight. However, all talk of intelligence curtailment ended after a terrorist bombing outside an international meeting in Sydney killed two people in February the same year.

    In the aftermath of the Whitlam coup, Labor plunged into five years of brutal factional warfare, especially in Sydney, where branch stacking and intimidation escalated to beatings and murder by elements in the New South Wales right. By the early 1980s, it was all over, and the Right was triumphant.

    Former Australian Congress of Trade Unions secretary Bob Hawke, soon to be prime minister, made it clear that a Labor government under his leadership would maintain the US alliance. Hawke would also keep Australia part of the Five Eyes intelligence-sharing arrangement with the UK, the United States, Canada, and New Zealand. He also promised that no natural resources would be nationalized and that his government would make no attempt to bypass standard capital markets, as Jim Cairns and Rex Connor had done.

    In 1983, Labor returned to power, and Hawke implemented a neoliberal regime that was, with few exceptions, to the right of the Fraser government’s agenda.
    The Afterlife

    From 1975 until the mid-1980s, there was white-hot indignation at US interference in Australian politics. But with the passing of time, memory of the dismissal has changed.

    With the global collapse of the Western left in the early 1980s, it became less common to read history in light of an international framework, a shift that only accelerated after the end of the Cold War. Previously US influence and Pine Gap had been central parts of the national political discourse. Increasingly, however, discussion of these issues became isolated to the explicitly activist, “inner-city” left, a Left that, moreover, found itself increasingly severed from the organized working class.

    While the constitutional questions raised by Whitlam’s dismissal remained unresolved, the narrative came to be shaped by a new Labor left worldview that reframed the story as a struggle between a residual British establishment and the left-nationalist vision of Australia held by a rising knowledge-based middle class. Indeed, a mid-1980s TV miniseries about the Whitlam dismissal didn’t so much as mention the national security crisis or US influence.

    This shift in the discourse was, in part, the result of an effort to consciously scrub the record. Over four decades, for example, Paul Kelly, a lifer editor-journalist in Rupert Murdoch’s News Corp, has published four editions of his record of the time, The Unmaking of Gough. The first edition is from a time when Kelly led a strike at News Corp masthead the Australian against the paper’s biliously biased coverage of the event. In it, the “national security crisis” gets its own chapter. By the third edition, the chapter had disappeared. In the renamed fourth edition, edited by Troy Bramston, he and Kelly explicitly ask the CIA whether it had had any role in the dismissal. As the authors primly report, the answer was “no.” Just fancy that.

    One source of resistance to an understanding of the US and CIA involvement in the Whitlam dismissal stems from a piece of misdirection promoted by the Right, which suggests — and refutes — the straw man argument that the CIA directly instructed Kerr to sack Whitlam. No one, however, has seriously suggested this was the case. Nor does it need to be. Like the 1954 deposition of Mohammad Mossadegh in Iran, US forces took advantage of blunders committed by local parties while reaping the benefits of longer-term work. Part of this work involved cultivating lifelong assets like John Kerr, who shared the CIA’s antidemocratic Cold War outlook.

    And now, fifty years later, it’s absurd to deny CIA involvement. Doing so requires us to turn a blind eye to the fact Whitlam was sacked in the morning of the very day on which CIA agents were to be named in Australia’s Parliament. It requires us to ignore that the Whitlam government was considering the closure of US bases and that the US alliance was under enormous public pressure. And denying US involvement means ignoring the fact that a former CIA asset sacked Whitlam after seeing a CIA telex spelling out the fatal risk he posed to US interests in Australia.

    This is why the Whitlam dismissal shouldn’t be thought of as a “dismissal” but rather as a bloodless, legalistic Cold War coup: a polite, Anglophone version of Allende’s overthrow in Chile in 1973. The goal was to reassert control over a nation that, however moderately, had sought to assert its independence and interests. And that is how the Whitlam coup will be seen in decades to come.

    #Australie #USA #CIA #politique #coup-d_état

    • ▻https://www.spiegel.de/politik/kontinent-der-traeume-a-a9757459-0002-0001-0000-000014350309
      KONTINENT DER TRÄUME

      A l’époque l’histoire est passée prèsque inaperçue en Allemagne sous domination et occupation partielle états-unienne. Sept ans plus tard seulement Der Spiegel évoque la tentative avortée de social-démocratisation de l’Australie.

      09.05.1982 - SPIEGEL-Redakteur Gunar Ortlepp über das Einwandererland Australien (II)
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      Australien hat nie die Bürgerrechts-Militanz Amerikas, nie einen Rudi Dutschke erlebt. Doch die große Unruhe des Westens, sein Aufbruchsgeist wehte, abgeschwächt, bis hin in die entlegene europäische Provinz »down under«. Auch in Australiens Städten formierten sich Demonstrationszüge gegen den Krieg in Vietnam, wo seit 1965 8000 Australier kämpften. Auch in Australien, angeführt von der bravourösen Autorin Germaine Greer ("Der weibliche Eunuch"), machte Women’’s Lib mobil gegen die hartgesottene Gesellschaft der Männer, zur Kampagne für Emanzipation und das Recht auf den eigenen Bauch. Auch im störrisch konservativen Australien schien die Zeit reif zu neuem Weltverständnis und sozialer Reform.

      1972, nach 23 Jahren der Opposition, gelangte die Labor Party zur Macht - und ihr Premier Gough Whitlam, eine monumentale Wucht von Australier, alles politische Normalmaß charismatisch überragend an Statur, Energie, Intellekt und rüder Arroganz, schritt unverzüglich ans Werk der Erneuerung.

      Whitlam holte die Jungs aus dem Krieg zurück, erkannte Nordvietnam und die Volksrepublik China an, knüpfte engere Beziehungen zu den Ländern Südostasiens, entließ die Kolonie Papua-Neuguinea in die Unabhängigkeit, kurzum: Er empfahl Australien als guten Nachbarn in asiatisch-pazifischer Region.

      Whitlam, der umjubelte Mann des Volkes, angeregt vom wohlfahrtsstaatlichen Modell der Bundesrepublik, eher noch Schwedens, begann ein umfassendes, Bildung förderndes, nach Chancengleichheit, mehr sozialer Gerechtigkeit strebendes Reformprogramm.

      So vieles wollte Whitlam verändern, und alles möglichst schnell, mit weit geöffneter öffentlicher Hand, gegen den erbitterten Widerstand von Opposition, Senat, Bauern-Lobby und Big Business. Er erhöhte die Löhne und schuf eine allgemeine Krankenkasse (die sein Amtsnachfolger wieder demolierte). Er verfügte, bei gleichzeitiger Dollar-Aufwertung, einen 25prozentigen Abbau der geheiligten Schutzzölle - und alarmierte die einheimische Textil-, Bekleidungs-, Schuh- und Automobil-Branche samt Belegschaften, die um ihre Arbeitsplätze fürchteten. Er forderte strikte Kontrolle der Minen-Multis, verlangte stärkere australische Mitbeteiligung an den Bergwerkskonzernen - und dämpfte erheblich deren Investitions-Eifer.

      »Wir waren«, darauf läßt Whitlam, inzwischen National Fellow an Canberras Universität, noch immer nichts kommen, »a bloody good government.« Aber zu diesem Punkt ist die Meinung seiner Landsleute sehr geteilt, und heute gähnt mancher Aussie beim Bier: »Wenn ich ihn seh’’, ich leg den Bastard um.«

      Denn nach zwei Jahren Labor-Regiment war die Lage in Australien gar nicht mehr so bloody good. Whitlams unerschwingliche Sozial- und unsägliche Wirtschaftspolitik, so grollen die einen, habe das schöne Land ruiniert. Nicht Whitlam sei schuld, beteuern die anderen, sondern, ganz abgesehen vom miserablen Management seiner liberalen Vorgänger, die weltweite Rezession, die 1974/75 auch Australien erreichte und ins ökonomische Desaster stürzte.

      Doch ob nun Täter oder Opfer oder beies zugleich: Die Inflationsrate schnellte hoch auf 17,6 Prozent, die Zahl der Erwerbslosen verdoppelte sich auf 266 000, das reale Wachstum des Bruttoinlandsprodukts war auf fast Null gesunken - und Whitlams Popularität sank ins Bodenlose.

      1975 kam es zu dem, was der Republikaner Whitlam »den Putsch vom 11. November« nennt: Generalgouverneur Sir John Kerr, als Vertreter der Königin von Australien, jagte die Whitlam-Crew (die ihr Budget nicht durchs Parlament bringen konnte) aus dem Amt. In den Dezember-Wahlen wurde Labor jämmerlich geschlagen. Die Liberalen kehrten zurück; und der reiche Farmer Malcolm Fraser, erprobt im ruppigen Rugby S.182 australischer Politik, bildete (so der Sydneyer Journalist Maximilian Walsh) »die entschieden konservativste Regierung, die Australien in mehr als 40 Jahren erlebt hat«.

      Seit dem Staatsstreich im Namen der Krone, mitangezettelt vom ehrenwerten Malcolm Fraser, ist die alte Ordnung restauriert, doch die sorglosen Zeiten von ehedem kamen bislang nicht zurück.

      Er werde, hat Fraser versprochen, »die Lichter wieder anknipsen« und »das Geld in die Taschen derer zurücktun, die es verdienen«. Aber nach sechs Jahren Fraser-Administration sieht es in Australiens Haushalten so strahlend nicht aus; und während, klagen die Laboriten, der »ordinary bloke« unter der Last der Steuern und Zinsen ächze, favorisiere Frasers Finanzpolitik unverblümt die Reichen, Mächtigen und Ausländer, die das Land plünderten.
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  • Quand l’#Argentine découvre, en 2025, l’#e-commerce mondial : « Des articles beaucoup moins chers, plus variés, parfois de meilleure qualité »

    Les commandes en ligne sur #Shein, #Temu ou #Amazon ont explosé en quelques mois, depuis l’assouplissement de la réglementation et la baisse des #taxes par le gouvernement #Milei. Le secteur de l’#habillement, notamment, s’en trouve menacé.

    La veste en simili cuir, marron foncé, affiche l’éclat du neuf. « C’est Shein ! 33 dollars[28 euros] , ce n’est vraiment pas cher », s’enthousiasme Andrea Garcia, responsable en ressources humaines de 33 ans, à l’occasion d’une fête d’anniversaire à Buenos Aires. Son amie Sol Torres acquiesce. Vêtue d’un blouson noir aux liserés blancs commandé lui aussi sur le site de vente en ligne chinois, cette enseignante d’anglais de 32 ans fait défiler sur son smartphone les photos de ses dernières emplettes sur la plateforme asiatique : « Une robe noire, un pull blanc, une minijupe, un parapluie, un sac de rangement, un plateau, des gommes fantaisie, des gommettes. Le tout pour 170 000 pesos[106 euros au moment de l’achat] , c’est génial ! Ici, tu t’achètes quoi avec ça, deux articles ? Ça me met en colère » , souffle-t-elle en référence aux prix historiquement élevés en Argentine de la plupart des biens de consommation comme l’habillement, l’électroménager, l’informatique, l’ameublement, la décoration…

    Comme des milliers d’Argentins appartenant aux classes supérieures et à une partie des classes moyennes, les deux femmes découvrent le #commerce_en_ligne international avec un appétit vorace. « Les Argentins ont accès à des articles beaucoup moins chers, plus variés, parfois de meilleure qualité, sans attendre que les marques locales développent les tendances internationales », explique Alejandra Boland, consultante en #commerce_international. Pour elle, cette nouvelle façon d’acheter est perçue en Argentine comme « une sorte de fascination et de liberté ».

    En l’espace de quelques mois, les commandes en ligne, notamment auprès d’Amazon et des plateformes chinoises Shein et Temu, ont explosé. Selon les services statistiques argentins, les importations recensées dans la catégorie « autres » – qui inclut les achats sur des sites internationaux – « ont atteint[au mois de juillet 2025] le record historique de 98 millions de dollars, essentiellement en raison de l’augmentation des colis distribués par services postaux ». Cette somme représente une croissance de près de 300 % par rapport à juillet 2024.

    Milei veut faire baisser les prix

    Un bond confirmé par les acteurs de la #livraison. #Andreani, une société privée de #logistique, a ainsi vu le nombre de #livraisons en provenance de l’étranger passer de 6 000 au mois d’avril à 500 000 au mois d’août. Il a dû ouvrir un entrepôt supplémentaire de plus de 3 000 mètres carrés à Buenos Aires. L’entreprise publique de services postaux #Correo_Argentino fait état d’une « hausse significative » des commandes internationales sans fournir de chiffres.

    Dans un pays marqué par la baisse du #pouvoir_d'achat depuis la mise en place des #coupes_budgétaires du gouvernement de l’ultralibéral Javier Milei, au pouvoir depuis fin 2023, cet emballement s’explique par l’assouplissement, en novembre 2024, des règles régissant le commerce en ligne international.

    Désormais, tous les achats inférieurs à 400 dollars ne sont plus taxés, hormis par la TVA. « Pour un blouson qui coûte 100 dollars,[il fallait] payer 67 dollars de taxes. Avec la[nouvelle] mesure, la #taxe sera de 21 dollars[la TVA] », explique le gouvernement dans un communiqué. Le plafond maximal autorisé par commande a été relevé à 3 000 dollars, contre 1 000 auparavant, à raison de cinq par an au maximum. Les achats de plus de 400 dollars voient leurs #droits_de_douane diminuer dans plusieurs secteurs. Notamment dans l’habillement, où ils passent de 35 % à 20 % et s’accompagnent de la suppression de normes de contrôle et formulaires d’importation. Pour les téléphones portables, ils sont passés de 16 % à 8 % en mai et doivent être supprimés en janvier 2026.

    Après avoir été « l’un des pays les plus fermés au monde », explique Leonardo Park, économiste et chercheur au sein du centre de recherche Fundar, l’Argentine s’ouvre mais, nuance-t-il, « il s’agit d’une ouverture partielle, les #barrières_douanières continuent d’être importantes ».

    Pour l’exécutif argentin, l’objectif est de diminuer les prix et lutter contre l’#inflation. « Un relevé de produits sur des marques internationales montre qu’en Argentine un tee-shirt coûte 310 % plus cher qu’en Espagne », assurait le gouvernement dans un communiqué publié en mars. La baisse des #taxes_d'importation sur l’habillement s’inscrit dans la volonté « d’encourager la concurrence et la baisse du prix des textiles en Argentine et la baisse de l’inflation », poursuivait-il. Le recul de l’inflation est une réalité depuis l’arrivée de Milei au pouvoir. Il s’est confirmé en août (+ 1,9 % par rapport à juillet et 33,6 % sur un an contre près de 118 % en 2024), mais le gouvernement ne précise pas l’impact des importations.

    Rattraper le retard

    Auparavant, commander en ligne sur des sites étrangers n’était pas interdit. Mais, outre les barrières douanières, le système bureaucratique, aussi illisible que défaillant, décourageait les Argentins. Et seules les classes les plus aisées, qui pouvaient voyager, accédaient à des produits à moindre prix lors de leurs déplacements à l’étranger. Dans ce pays de la débrouille et de l’informel, certains proposent même un service d’#importation facilitant, contre rémunération, la livraison, dans une valise privée, d’un smartphone ou d’un ordinateur.

    « Avec les gouvernements de la caste, seuls ceux qui allaient aux Etats-Unis ou dans d’autres pays pouvaient obtenir des #vêtements ou des #produits_électroniques pas chers », avançait le ministre de la dérégulation sur X, le 15 novembre 2024, estimant que les nouvelles facilités pour importer relevaient de la « #démocratisation ». Aujourd’hui, en accédant au commerce international sur Internet, les Argentins rattrapent leur retard par rapport à d’autres pays d’Amérique latine comme le Chili, le Brésil ou le Mexique.

    « Globalement, depuis la crise de 2001, l’Argentine s’était démondialisée, alors que le monde allait dans le sens inverse, estime Guillermo Oliveto, fondateur du cabinet de conseil Consultora W, spécialisé dans la consommation. Or les Argentins aspirent à appartenir au monde, avec un lien historique fort avec l’Espagne et l’Italie. Il y a ici une tolérance au fait d’être isolé du monde mais la classe moyenne n’aime pas ça. D’autant qu’à l’ère numérique, elle est au contact de cette mondialisation 24 heures sur 24 », poursuit l’auteur de Clase media. Mito, realidad o nostalgia (« classe moyenne. Mythe, réalité ou nostalgie », Paidos, 2025, non traduit).

    Selon lui, la découverte de l’e-commerce mondial s’inscrit dans une série historique d’ouvertures : « Dans les années 1980,[une partie de] la classe moyenne allait au Brésil acheter des télévisions en couleur. Dans les années 1990, il y a eu les voyages aux Caraïbes. » Deux étapes historiques marquées par le film-culte en Argentine Plata dulce (« argent facile », de Fernando Ayala), sorti en 1982. Puis par le bling-bling du président Carlos Menem (1989-1999, droite), instigateur d’un taux de change fixe d’un peso pour un dollar, favorisant le pouvoir d’achat en dollars des Argentins tout en préparant la chute du pays vers la crise économique et sociale de 2001. Malgré cela, son premier mandat est cité en exemple par Javier Milei.

    Inquiétudes pour l’#emploi

    Si, selon Guillermo Oliveto, l’accès massif à une consommation mondiale « peut aider[à améliorer] l’humeur sociale », il ne suffit pas à convaincre la population du bien-fondé des politiques économiques du gouvernement. D’autant que « seule une partie de la population, environ un tiers, peut profiter de cette ouverture », poursuit l’expert, pour qui de nombreux Argentins attendent encore « des créations d’emplois et une amélioration du pouvoir d’achat ».

    Pour l’heure, ce sont les suppressions d’emploi qui inquiètent. Cette croissance des ventes de l’e-commerce international charrie déjà de nombreuses conséquences sur le #marché_du_travail, avertissent dans un rapport plusieurs chercheurs du centre de recherche Fundar. « L’arrivée de nouvelles importations représente un risque pour le maillage productif et l’#emploi_local », avance le rapport, estimant que plus de 430 000 postes de travail sont menacés, sans pondérer l’impact de l’e-commerce au sein des importations. L’inquiétude est forte chez les entreprises de l’habillement.

    « C’est une avalanche d’articles, produits dans des conditions fiscales, environnementales et sociales déloyales par rapport aux nôtres. Il est impossible de les concurrencer, car les importations sont vendues à des prix inférieurs aux produits locaux, pénalisés par des impôts toujours élevés », dénonce Luciano Galfione, président de la Fundacion Pro Tejer, représentant l’industrie textile.

    Ainsi, selon une enquête de Pro Tejer, les ventes du secteur du textile et de l’habillement ont baissé de 7 % au second trimestre 2025, par rapport à la même période l’année 2024 et la moitié des entreprises textile interrogées ont réduit leur production. « Avec des conséquences directes sur l’emploi », souligne Luciano Galfione. Au mois d’août, la chambre argentine du textile a annoncé qu’elle travaillait à une « #loi_anti-Shein » , sur le modèle du texte adopté au Sénat au mois de juin en France. La politique argentine est, en effet, à rebours de plusieurs pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, qui, pour protéger leurs industriels, ont supprimé, le 29 août, l’exemption de droits de douane pour les colis d’une valeur inférieure à 800 dollars.

    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/10/10/quand-l-argentine-decouvre-en-2025-l-e-commerce-mondial-des-articles-beaucou
    via @fil

  • Une semaine pour #se_faire_du_bien

    Les 6, 8 et 9 octobre, Sciences II, le CMU et Uni Mail se transforment en espaces d’#expression_artistique et de #rencontre à l’occasion de la Semaine de la #santé_mentale de l’UNIGE. Un riche programme d’activités permettra à chacun et chacune de donner libre cours à ses #émotions_positives.

    #Joie, #gratitude, #émerveillement, #fierté, #amusement... Vivre des émotions positives permet de mieux affronter des situations stressantes, de s’ouvrir aux autres, de diminuer le sentiment d’#anxiété ou de #déprime et de rebondir plus facilement après des #difficultés. À l’occasion de la Semaine de la santé mentale organisée du 6 au 12 octobre par l’Office cantonal de la santé, l’UNIGE propose un riche programme d’activités qui permettra à chacun et chacune de confirmer le bien-fondé de ce postulat. À Sciences II le lundi 6, au CMU le mercredi 8 et à Uni Mail le jeudi 9 octobre, collaborateurs-trices et étudiant-es sont invité-es à créer pour donner corps à leurs émotions positives et témoigner ainsi de ce qui les inspire. Au cours de la semaine, une dizaine d’artistes ouvriront les portes de leurs univers variés pour inviter le public à dessiner, écrire, peindre, échanger et contribuer à des fresques collectives. Des jeux et des initiations de danse sont également au programme.

    « Nous avons choisi de recourir à la #créativité, à l’#art, parce que nous savons que cela fait beaucoup de bien, et que cela rassemble, peu importe la forme d’expression, que ce soit la danse, l’écriture ou une visite au musée », explique Tamara Ott, psychologue à la Division RH de l’UNIGE et responsable de l’événement, organisé avec la participation du Service santé des étudiant-es de Steps. « L’objectif n’est pas de faire de chacun-e d’entre nous un-e artiste, mais simplement de comprendre que, quand nous déposons nos ressentis, nos idées, nos pensées, par exemple en les écrivant ou en les dessinant, la prise de conscience et l’action qui s’ensuit sont meilleures. L’#expression_créative et les émotions positives jouent un rôle déterminant comme facteurs de protection dans le bien-être psychologique et dans le renforcement de la résilience. »

    Toutes et tous concerné-es
    Au même titre que la santé physique, la santé mentale concerne tout le monde. On estime ainsi qu’en Suisse, une personne sur deux sera atteinte d’un trouble psychique au cours de sa vie. Les enquêtes statistiques récentes montrent aussi des degrés de stress et d’épuisement au travail relativement élevés, notamment chez les jeunes. Au sein de cette population, on signale en outre des niveaux de solitude préoccupants. Pour la deuxième édition de la Semaine de la santé mentale, l’État de Genève, avec ses plus de 60 partenaires, abordera la problématique sous l’angle du lien social.

    À l’UNIGE, les artistes invité-es montreront comment ils et elles se sont servies de leurs pratiques artistiques, qu’il s’agisse de la bande dessinée, de la peinture ou du street art, pour traverser et surmonter des épreuves parfois douloureuses. Lors de démonstrations, de discussions ou d’ateliers, le public pourra contribuer à sa hauteur, de manière sincère et simple, à une fresque collective – inscrire une phrase qui donne du courage ou le refrain d’une chanson qui fait du bien, gribouiller un petit bonhomme riant, etc. – avec l’idée de partager et de s’inspirer les un-es des autres. « L’approche peut paraître légère, parce qu’elle est sur une tonalité plutôt joyeuse, mais, en réalité, parler de ce qui va bien est tout aussi sérieux, important et pertinent, commente Tamara Ott. Pour aller bien, il faut s’entraîner à regarder ce qui nous nourrit. Cela permet d’identifier et de renforcer ses ressources. Il est certes nécessaire d’agir sur les facteurs de stress, mais ce n’est pas suffisant. On oppose souvent le verre à moitié plein au verre à moitié vide, mais les deux ont leur importance. »

    L’équipe organisatrice appelle un maximum de personnes à participer, car la santé au travail est une responsabilité partagée qui n’est pas du seul ressort de l’individu, de l’organisation ou des managers. À noter que le moment consacré à ces activités peut être comptabilisé comme temps de travail et qu’il n’est pas nécessaire d’y rester longtemps pour en tirer un bénéfice. « Il est intéressant de considérer ces moments comme une façon d’investir différemment son temps de pause, pour souffler et se ressourcer, rencontrer autrement d’autres membres de la communauté universitaire et tisser des liens », précise Tamara Ott.

    ▻https://www.unige.ch/lejournal/vie-unige/en-bref/semaine-sante-mentale
    #UNIGE #université_de_Genève

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    voir aussi, à l’#université_Grenoble_Alpes (#UGA) :
    ►https://seenthis.net/messages/817228

    • Et ça, au même temps que...
      La communauté universitaire se mobilise contre les #coupes_budgétaires

      Quelque 400 étudiantes et étudiants ont manifesté mercredi 1er octobre devant Uni Mail, à l’appel de l’Union des Étudiant-e-s de Suisse (UNES) et de plusieurs syndicats. Rejoint-es par des membres du personnel de l’UNIGE, elles et ils ont exprimé leur opposition aux mesures d’austérité prévues par la Confédération dans le domaine de la formation.

      Dans son programme d’allégement 2027 des finances fédérales, le Conseil fédéral évoque notamment le doublement des taxes universitaires, et leur quadruplement pour les étudiantes et étudiants étrangers, synonyme d’atteinte à l’égalité des chances et à l’avenir des jeunes, selon l’UNES. A noter qu’à Genève, où l’UNIGE a déjà fait connaître son opposition aux coupes dans le domaine "Formation, recherche, innovation", les taxes universitaires relèvent des compétences cantonales.

      Conséquences mal évaluées

      « Les conséquences d’une telle mesure n’ont pas été suffisamment évaluées », souligne Audrey Leuba, rectrice de l’UNIGE. « La hausse des taxes risque d’entraîner une augmentation des bourses octroyées par le canton et d’engendrer des répercussions négatives pour les étudiantes et étudiants ainsi que sur la subvention fédérale de base. Elle irait par ailleurs à l’encontre du principe fondamental de l’accessibilité des études, une université ayant pour vocation d’accueillir toutes les étudiantes et étudiants qualifiés, indépendamment de leurs origines géographiques ou sociales. »

      Les étudiant-es dénoncent également les coupes budgétaires. « Ces coupes participent à un mouvement général de la dévaluation de l’enseignement supérieur, d’attaques à la qualité de la recherche et de réduction de l’accessibilité pour toutes et tous », estiment les organisateurs/trices de la manifestation.

      Menaces sur l’avenir

      « Investir dans la formation et la recherche, c’est investir dans l’avenir de notre pays », souligne Audrey Leuba pour qui « le programme d’allègement est synonyme d’un désinvestissement de la Confédération, qui risque d’occasionner des pertes économiques plusieurs fois supérieures aux économies visées à court-terme. Avec Michael Schaepman, recteur de l’Université de Zurich, nous avons écrit en ce sens aux commissions des finances du Parlement fédéral ».

      Pour l’Université de Genève, les coupes envisagées pourraient s’élever à plus de 22,5 millions de francs par an, une somme qui représenterait la suppression de plus de 20% des projets de recherche et près de 40 postes de professeur-es ordinaires. Ces coupes s’inscrivent dans une tendance à long terme qui voit déjà la population estudiantine croître beaucoup plus vite que le financement de la Confédération : 35,6% contre 23,3% au cours des vingt dernières années.

      Des manifestations similaires se sont tenues à Zurich, Bâle, Lausanne, Neuchâtel et Berne, où l’UNES a remis aux autorités fédérales sa pétition « Étudier doit rester abordable – maintenant », munie de 35’000 signatures.

      ▻https://www.unige.ch/lejournal/vie-unige/automne-2025/manifestation-coupes-budgetaires-uni-mail

  • [Info « Splann ! »] Au Faouët, dans le Morbihan, les arbres tombent sous les permis du maire
    ▻https://splann.org/le-faouet-arbres-maire

    Qu’il s’agisse de la création d’une salle de mariages, par un particulier ; de la construction d’un supermarché, par un groupe privé, ou de l’aménagement d’un terrain de loisirs par la municipalité… Le maire du Faouët (56) semble se jouer du code de l’urbanisme. Jusqu’à faire l’objet d’une procédure judiciaire, actuellement engagée par l’Office français de la biodiversité. L’article [Info « Splann ! »] Au Faouët, dans le Morbihan, les arbres tombent sous les permis du maire est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Artificialisation_des_terres #Démocratie_locale

  • Deuxième #rapport Le #sexisme dans la #publicité française
    (sorti en 2023, ici pour archivage)

    Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) publie le deuxième rapport de son Observatoire de la Publicité Sexiste intitulé Le sexisme dans la publicité française, 2022-2023. Ce rapport fait suite à une première version publiée en 2021 et montre que les mauvaises pratiques constatées à l’époque restent de mise, voire se renforcent. L’autorégulation publicitaire est un échec : la publicité française contribue à perpétuer les stéréotypes et les injonctions de genre les plus ridicules et les plus violentes.

    De mars 2022 à mars 2023, R.A.P. a mis en ligne un formulaire permettant aux citoyen·nes de dénoncer et documenter des #publicités_sexistes subies dans leur quotidien. En un an, sur 285 contributions provenant de toute la France, 87 % ciblent le genre féminin. L’analyse précise de ces contributions montre que les techniques et les mises en scène observées entre 2019 et 2020 restent utilisées par le secteur publicitaire. Les secteurs d’activité les plus représentés sont ceux de l’#habillement et de la #parfumerie (55 %) ainsi que l’#hygiène et la #beauté (18,5 %) qui constituent à eux seuls presque trois-quart des publicités jugées sexistes dans l’échantillon. Cette prédominance annonce déjà le rôle de l’esthétisme et de l’apparence dans le « #publisexisme ».

    L’ensemble des #stéréotypes et #injonctions_sexistes véhiculés par la publicité est majoritairement propagé par les #images, quoique des #slogans sexistes continuent d’être diffusés. Des #femmes_sexualisées, y sont représentées dans des postures de #séduction et/ou de #soumission. Elles y apparaissent en général comme mises à nues, fragmentées, infantilisées, érotisées, et réduites à être traités comme des objets plutôt que comme des sujets, Les #corps représentés répondent aux mêmes #normes_discriminantes (#minceur, #blanchité, #jeunesse, #épilation) et/ou irréalistes (par l’emploi de mannequins et le recours systématique à la #retouche_photographique) que précédemment. Quand, parfois, des corps moins normés sont représentés, c’est pour être soumis à de semblables traitements sexualisants. Les #hommes restent dans le rôle du sachant, fort et protecteur. Autres éléments, le modèle du #couple est systématiquement hétéronormé et le partage des tâches toujours aussi genré.

    Face à ces #abus persistants, le rapport conclut que les mesures censées réguler l’industrie publicitaire sont insuffisantes : mentions légales, chartes de bonne conduite et instances d’ « autorégulation » échouent à filtrer ou contrebalancer ces campagnes. C’est pourquoi R.A.P. préconise la création d’une autorité indépendante, dotée de réels pouvoir de régulation ; l’inscription de l’interdiction du sexisme publicitaire dans la loi ; l’#interdiction de la #représentation_des_corps (entiers ou morcelés, humains ou humanoïdes, réalistes ou caricaturés) en publicité. « Face à un publisexisme qui se perpétue et s’accommode de toutes les chartes ou comités d’éthique, il nous faut des lois. Si la publicité prétend nous transmettre des informations sur des produits, ce sont les produits qu’elle doit montrer », déclare Jeanne Guien, porte parole de R.A.P.

    ▻https://antipub.org/rapport-sexisme-dans-la-publicite-francaise-2
    #France