• Comment la #privatisation de la gestion des #visas a profité à la société #VFS_Global, entre « services optionnels facturés » et soupçons de #corruption

    Pour désengorger les consulats, les démarches pour les visas ont été partiellement déléguées à quelques multinationales, dont le leader VFS Global. Une enquête internationale, à laquelle « Le Monde » a participé, montre que ce marché est devenu une #zone_grise hautement lucrative, au détriment des demandeurs.
    Depuis plus de dix ans, Joséphine (son prénom a été changé) s’occupe des démarches nécessaires pour obtenir un visa français pour sa mère, de nationalité sénégalaise. Elle sait bien que cette procédure relève du parcours du combattant. Au Sénégal, depuis 2014, les demandeurs ne se rendent même plus au consulat, mais dans les bureaux de VFS Global, une #multinationale chargée par les autorités françaises de réceptionner et de transmettre les demandes de visa. Y obtenir un rendez-vous est une véritable gageure et pour espérer en obtenir un, affirme la jeune femme, il faut souvent sortir le portefeuille. « C’était plus simple quand c’était le consulat qui gérait ça, c’était réglementé. Là, c’est celui qui paye le plus qui part », souffle Joséphine par téléphone.

    Depuis plus de vingt ans, la France – comme de nombreux autres pays – a choisi, dans un contexte budgétaire contraint, de sous-traiter la gestion des dossiers de visa et l’accueil des demandeurs. La société #VFS, basée aux #Emirats_arabes_unis et en #Suisse, s’est taillé la part du lion de ce nouveau #marché. Elle revendique des « pratiques éthiques et le développement durable » pour servir 71 gouvernements sous contrat.
    Une investigation menée par l’organisation à but non lucratif Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 partenaires dont Le Monde, explore des recoins moins reluisants de cette industrie. Notre enquête montre comment VFS a profité de l’externalisation d’une fonction essentielle de l’Etat, en transformant des familles, des étudiants, des travailleurs ou de simples voyageurs en un marché captif et financièrement exploitable. Appuyée sur de nombreux rapports et documents obtenus auprès des autorités européennes dans le cadre du droit d’accès aux documents administratifs, ainsi que des dizaines d’entretiens et témoignages, elle souligne également d’importantes #défaillances structurelles ainsi que l’existence de pratiques corruptives au sein du groupe.

    « Salon premium »

    VFS est chargé de réceptionner les demandes de visa et d’acheminer les documents au #consulat ou à l’#ambassade, après avoir encaissé les #frais_de_dossier pour le compte de l’Etat. L’entreprise se targue ainsi d’« avoir traité efficacement » près de 145 millions de demandes entre 2017 et 2024. Si le nombre de demandes a crû de façon modérée, les #bénéfices ont explosé. Les comptes déposés au #Luxembourg par la holding financière du groupe montrent que les profits d’exploitation annuels de VFS ont plus que quadruplé, passant de 31 millions à 172 millions d’euros de bénéfices. Les revenus par demande ont bondi de 83 %.
    Une manne financière portée par les demandeurs de visa eux-mêmes. Le modèle d’#externalisation est en effet pensé par les gouvernements pour faire des économies. Le voyageur finance les frais du sous-traitant en plus du #prix du visa, car l’Etat ne rémunère pas le #prestataire. « Nous sommes conscients que cette externalisation rend les visas plus chers pour les demandeurs. Nous condamnons cette sélection par l’argent », s’agace Valérie Jacq, représentante syndicale au ministère des affaires étrangères français.

    Et pour cause, la croissance financière de VFS ne repose pas sur le volume des dossiers traités, mais bien plus sur la capacité de l’entreprise à facturer des « #services_à_valeur_ajoutée », ou « #VAS » dans le jargon du secteur : service de courrier et de numérisation, suivi de la procédure par SMS, horaires étendus d’ouverture des centres, aide pour remplir les demandes, ou encore « salon premium » d’attente, où des rafraîchissements sont servis « par un personnel dédié ».

    Ces « services optionnels » qui, selon la réclame de VFS, « visent à améliorer l’expérience client », lui permettent en effet de générer une très forte marge. Sur la base de reçus et factures communiqués par les autorités suédoises, issus d’un échantillon de plus de 2 100 demandes de visas pour la Suède déposés dans 16 pays, le géant des visas tire un tiers de ses recettes des services à valeur ajoutée. Parmi les options privilégiées, plus d’un demandeur sur deux opte pour les coûteux suivis par SMS. Un ancien employé nigérian de l’entreprise affirme, quant à lui, que les services de photocopie de VFS sont « très onéreux ». Ces tarifs, validés par l’Etat dans le cadre d’un contrat, sont bien plus élevés que ceux pratiqués sur le marché.

    Accélérer le traitement des dossiers

    Des employés de VFS, actuels et anciens, ont confirmé à Lighthouse Reports avoir subi des pressions pour vendre ces produits, depuis 2022 et l’arrivée au capital du fonds américain #Blackstone, qui a fixé des objectifs exigeants. Il est « infondé d’affirmer que l’accent a été davantage mis sur les ventes de VAS après l’investissement de Blackstone », répond VFS. La pratique n’est, en effet, pas nouvelle. Des anciens employés de VFS ont ainsi fait état de formations, dispensées depuis de nombreuses années, pour mieux « présenter les services haut de gamme », afin d’atteindre les objectifs mensuels fixés par la direction.

    Parmi les astuces utilisées, explique un agent de VFS, il suffit d’annoncer au guichet « le montant total, SMS et frais de livraison inclus, et la plupart des clients s’en contenteront » en payant une option sans s’en rendre compte. Ces services ont pourtant « vocation à répondre à un besoin exprimé par le demandeur », selon une source au ministère français des affaires étrangères, qui ajoute que de telles pratiques pourraient « entraîner des sanctions contractuelles ».

    Selon des rapports d’inspection obtenus par le consortium auprès de la Commission européenne, plusieurs Etats membres ont relevé une « pression excessive pour promouvoir [les] services complémentaires » de VFS et s’alarment que leur caractère optionnel ne soit « pas du tout clair ».

    Un agent du ministère des affaires étrangères français a ainsi confirmé à Lighthouse Reports que des prestataires de services tels que VFS laissent parfois entendre aux demandeurs que « payer plus leur permettra d’obtenir un visa », les amenant à choisir l’option « #salon_premium » pour obtenir un possible coupe-file.

    Ce phénomène a été par ailleurs clairement mis en évidence par la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet (Union des démocrates et indépendants). Lors de l’examen d’un rapport de 2025 sur la délivrance des visas, qu’elle a écrit avec le sénateur de Paris Rémi Féraud (Parti socialiste), elle assure que « le service “premium” sert parfois à déguiser d’une élégante façon un service davantage rémunéré pour accélérer le traitement du dossier ». Une pratique en violation claire avec le code des visas de l’Union européenne, qui interdit le « traitement inégal des demandeurs de visa ». Au Quai d’Orsay, une source diplomatique affirme pourtant que « tout est fait afin de ne pas permettre l’utilisation du service premium comme un #coupe-file ».

    « #Bots » et #fraude

    Si les prestations « premium » continuent pourtant de se vendre, c’est que les services de base ont été rendus impraticables par une pénurie organisée des rendez-vous. Le système de réservation de VFS est assiégé par des « bots », des programmes informatiques automatisés conçus par des officines externes, « déployant tous types de modes opératoires, y compris illégaux, pour capter un maximum de rendez-vous et les revendre », comme le déplore le rapport sénatorial. VFS assure « mettre en œuvre des mesures de sécurité rigoureuses » pour offrir « un accès équitable à tous les demandeurs ». De son côté, une source diplomatique a confirmé au Monde que cette problématique faisait « l’objet d’une priorité d’action », même si la « solution miracle n’existe pas ».

    Cette pénurie engendrée depuis l’extérieur crée, pour certains salariés de VFS, des opportunités d’argent facile. Ainsi, selon des employés actuels et anciens de la société, de l’Inde au Sénégal, certains ont été pris la main dans le sac, à vendre des créneaux de rendez-vous. De même, lors d’inspections, plusieurs Etats membres ont fait état de problèmes corruptifs impliquant le personnel de VFS, selon les rapports obtenus par Lighthouse Reports. « Dans certains centres, le taux de rotation du personnel est élevé, car des employés sont suspectés de #corruption ou de fraude », confirme un ancien agent chargé des visas au Quai d’Orsay. Une situation démentie par l’entreprise, qui assure que « les cas de comportements répréhensibles sont extrêmement rares compte tenu de la taille de l’entreprise ».

    Alors que VFS échoue à bloquer les « bots », la multinationale a lancé sa propre filiale de conciergerie de visas, #OneVasco, qui propose un « processus de demande simple et adapté aux voyageurs ». En clair, une alternative maison aux bots. Ses bureaux sont stratégiquement placés à côté des centres officiels de VFS, créant ainsi une confusion délibérée, dénoncée par plusieurs chancelleries européennes.

    La situation fait sourire Marc Esteve, professeur de science politique à l’University College de Londres : « Lorsqu’une même entreprise est responsable de la qualité d’un service de base et tire profit de la vente d’alternatives haut de gamme à ce service, elle est structurellement incitée à sous-investir dans le service basique », souligne-t-il.

    VFS assure que parmi ses clients « figurent des gouvernements soumis à certaines des exigences les plus strictes au monde en matière de conformité, de réglementation et de sécurité ». Des gouvernements captifs, qui ont acté l’impossible retour en arrière. Le sénateur Rémi Féraud confirme qu’« il ne serait pas possible de réinternaliser ce service, car les demandes de visa sont trop nombreuses, de sorte qu’il faudrait des centaines, voire des milliers, de fonctionnaires et d’agents publics supplémentaires ». Face au recours massif à ces entreprises privées, la Commission européenne va prochainement « lancer une étude approfondie », afin de prévenir les #abus du système.

    https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/05/28/comment-la-privatisation-de-la-gestion-des-visas-a-profite-a-la-societe-vfs-
    #business #migrations #sous-traitance 

    via @freakonometrics
    ping @reka @karine4

    –-
    voir aussi :
    EU cashes in on €130m in rejected visa applications
    https://seenthis.net/messages/1061593

    • En Afrique, un juteux business autour des demandes de visas

      Son nom résonne dans une bonne partie de l’Afrique. VFS Global est une entreprise indienne très connue sur le continent : c’est à elle que de nombreuses ambassades à travers le monde ont confié le traitement de leurs demandes de visas. Pour faire simple, si vous êtes candidat au Sénégal pour un visa pour la France, ou en République démocratique du Congo pour la Chine, c’est #VFS qui traite votre demande de rendez-vous auprès des ambassades concernées. VFS Global a su en faire une affaire très lucrative, au point d’attirer dans son sillage des fraudeurs et de faire l’objet d’incompréhensions chez les demandeurs qui se plaignent de la complexité et du coût des procédures. Une enquête coordonnée par l’organisation de journalisme d’investigation Lighthouse Reports, en collaboration avec 14 médias dont RFI.

      Présente dans 168 pays et en contrat avec 71 gouvernements, VFS Global laisse le même goût d’amertume chez nombre de candidats aux visas dans le monde et en Afrique, pour qui l’accès au précieux sésame est devenu un parcours complexe et coûteux. « Je ne comprends pas tout le système », s’exclame Aliou, artiste-graffeur et entrepreneur sénégalais habitué des demandes de visa pour l’Europe. « Mais ce qui se passe avec les visas en Afrique, excusez le terme, c’est du grand n’importe quoi ! Pour moi, c’est de l’arnaque ! » La même colère et les mêmes mots reviennent chez de nombreux Africains interrogés dans le cadre de cette enquête.

      VFS Global (Visa Facilitation Services Global), majoritairement détenue par le fonds d’investissement américain Blackstone, a vu ses bénéfices opérationnels exploser de 31 à 171 millions d’euros entre 2017 et 2024. Un bond considérable alors que, sur la même période, le volume des demandes n’a augmenté que de 15 %, comme l’indiquent ses états financiers déposés au Luxembourg.

      VFS explique cette croissance fulgurante en partie par la vente de services dits à valeur ajoutée – des VAS –, tous payants, tels que l’envoi d’informations par SMS ou l’accès à un salon premium. C’est justement cette vente de services qui est placée au cœur de la stratégie commerciale de la société.
      Le business rémunérateur des services à valeur ajoutée

      L’enquête a permis de collecter des données à partir de reçus de demandes de visa provenant de plusieurs pays. Cet échantillon montre que les VAS pèsent pour 30 % du chiffre d’affaires de l’entreprise au niveau mondial. En Afrique du Sud et au Kenya, indiquent ces données, la vente de ces services englobe plus du tiers des revenus du VFS local, et plus du quart au Nigeria.

      En Afrique, du Sénégal au Nigeria en passant par le Kenya, de nombreux employés et ex-employés de l’entreprise ont indiqué avoir été spécialement formés à la vente de ces services. Contraints par les objectifs commerciaux de leur direction et motivés par des primes alléchantes, les agents ont expliqué qu’ils faisaient payer ces services aux demandeurs, sans toujours préciser qu’ils étaient optionnels et, surtout, qu’ils ne garantissaient pas l’obtention du visa.

      Au Sénégal, par exemple, un ex-salarié a déclaré de manière anonyme que le service de notification par SMS était présenté comme quasi-obligatoire. Il a fait part d’une « pression » subie pour vendre des VAS du type salon premium ou espace VIP. D’anciens employés de VFS au Kenya ont confié de leur côté qu’ils devaient systématiquement ajouter les frais de SMS et de courrier à la facture des demandeurs… qui ignoraient que ces VAS étaient facultatifs. Deux anciens membres du personnel ont précisé qu’ils percevaient également des commissions sur les ventes.

      Des rapports d’inspection issus de 22 pays de la zone Schengen et de la Commission européenne elle-même soulignent également une « pression excessive de VFS Global pour promouvoir ses services » et un flou entretenu par l’entreprise sur le caractère optionnel des VAS, comme l’attestent des rapports transmis par la Suède en 2025 et la République tchèque à la Commission en 2024.
      Agences parallèles illégales

      À ce système sont venus se greffer des réseaux parallèles extérieurs à VFS, organisés notamment par des employés ou d’ex-employés de l’entreprise. Par leur maîtrise du système de prise de rendez-vous chez VFS, ils montent des "agences" extérieures, illégales mais laissant croire qu’elles collaborent avec l’entreprise. Souvent représentées par des personnes postées autour des bureaux de VFS, ces agences frauduleuses promettent plein succès aux candidats au visa, désespérés par les rejets répétitifs de leurs demandes.

      Dakar, à quelques pas du centre de visa de VFS Sénégal. Salimata, en pleine démarches pour un visa pour la France, témoigne : « Tu essaies de trouver un rendez-vous à n’importe quel moment et il n’y en a pas. Donc il y a des agences (terme souvent utilisé par les fraudeurs, NDLR) qui s’en chargent pour toi et tu paies entre 75 000 et 200 000 francs CFA (entre 114 et 300 € environ). Et on n’est même pas sûr d’obtenir le visa, c’est juste pour avoir le rendez-vous. » Ce qui fait dire à Salimata qu’il existe « une complicité » entre gérants d’agences et employés de VFS « pour vendre des rendez-vous ».

      Dans le bureau VFS Global qui délivre des visas pour la Chine à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, l’enquête a pu prouver que cette complicité existe. Un journaliste participant à l’enquête s’est fait passer pour un demandeur de visa auprès d’une agence frauduleuse et a été mis en relation avec un employé du bureau VFS Global, qu’il a rencontré sur place. Ce dernier lui a réclamé 650 euros, soit plus du double du prix affiché pour le même visa.

      En juin 2025 au Kenya, face aux plaintes des usagers, VFS Global s’est inquiétée publiquement de l’augmentation du nombre de personnes se faisant frauduleusement passer pour des agents de l’entreprise. « Tous les créneaux de rendez-vous sont disponibles gratuitement sur notre site web officiel et sont attribués en fonction de nos prévisions des demandes de visa », a déclaré Stephen Kubasu, directeur général des opérations de l’entreprise. « Les demandeurs ne doivent en aucun cas payer des tiers pour obtenir un rendez-vous car ces affirmations sont mensongères. »

      Interrogée par écrit, dans le cadre de cette enquête, sur ces réseaux frauduleux qui opèrent à l’extérieur de l’entreprise, VFS Global a répondu mettre « activement en œuvre des mesures de sécurité robustes », tels que le mot de passe à usage unique et le CAPTCHA, pour protéger ses systèmes de prise de rendez-vous. Elle indique également avoir lancé la campagne #DoNotFallForFraud pour sensibiliser les demandeurs sur les escroqueries.

      Concernant les services optionnels, VFS Global rappelle « qu’ils sont élaborés en concertation avec les gouvernements », que ​​​​« les demandeurs sont clairement informés que ces services ne sont pas obligatoires » et qu’« ils n’influencent ni les décisions relatives aux visas ni les délais de traitement. »

      En somme, VFS ne fait rien d’illégal mais bénéficie d’un système restrictif mis en place par les Etats. C’est ce que résume Paul Hermelin, président du conseil d’administration de l’entreprise française CapGemini, spécialisée dans les services numériques. Dans son rapport Propositions pour une amélioration de la délivrance des visas publié en 2023, il qualifie la politique française des visas de « machine à mécontentement » du fait de l’obsession sécuritaire et migratoire de Paris.

      « Au Sénégal par exemple, sur 12 000 à 15 000 demandes, il y a un peu moins de 3 000 visas prévus pour les étudiants vers la France. Donc on fabrique près de 10 000 déçus, ça ne va pas du tout ! Avec un déficit de communication, on a une machine à mécontentement », analyse Paul Hermelin. « En France, on délivre généralement un visa d’un an. Si ça se passe bien, on passe à deux ans, puis trois… donc il fallait un nombre d’années incroyable pour arriver au visa de cinq ans. Il y a des hommes d’affaires qui vont et viennent entre Casablanca, Dakar et Paris, des professeurs d’université qui se déplacent pour des conférences, etc. Ce ne sont pas des migrants potentiels illégaux, donc pourquoi ne pas passer directement au visa de cinq ans ? »

      https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260608-en-afrique-un-juteux-business-autour-des-demandes-de-visas

  • Monde académique 1/5 - Le privé fait la leçon

    Les #coupes_budgétaires sont drastiques depuis des années dans les universités suisses. En 2027, 2,4 milliards de francs devront être coupés. Or qui dit moins de #soutien_public, dit augmentation des #taxes_d'études et augmentation des #financements_privés. Quels risques pour la #liberté_académique ? Alors que l’Université de Fribourg inaugure un centre financé par la Mobilière, une manifestation a lieu, à Genève, contre l’#austérité qui vise le monde académique.

    https://www.rts.ch/audio-podcast/2026/audio/monde-academique-1-5-le-prive-fait-la-lecon-29250571.html
    #ESR #université #privatisation #Suisse #facs
    #audio #podcast

  • Alerte : les #forêts françaises sont rasées pour partir à l’étranger

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    En #Chine, un parquet issu de chênes français. En #France, des massifs rasés, des sols dévastés, des promesses creuses. #Pillage, #lobbies, illusions vertes - nos forêts souffrent en silence. Sophie Coignard signe un livre-enquête sur le #saccage programmé de nos forêts.

    Chaque année, des milliers de #grumes partent de nos campagnes en direction des ports, puis de l’Asie. Elles reviennent sous forme de lames de plancher ou d’objets de bazar — quand elles reviennent.

    Pendant ce temps, des millions de Français se promènent dans des forêts qu’ils croient protégées, gérées, aimées. Ils ont tort.

    La journaliste Sophie Coignard, autrice de « Arbres en danger, enquête sur un carnage végétal », a mené l’investigation là où personne ne regardait vraiment : entre les souches, les contrats d’export, les lobbies de la filière #bois et les cabinets ministériels. Ce qu’elle a trouvé est accablant.

    « La France : un pays d’extraction coloniale »

    Le déclic, pour Sophie Coignard, n’est pas une statistique. C’est une image. Celle de #chênes magnifiques, abattus à quelques kilomètres de chez elle, embarqués pour la Chine.

    « Ces chênes avaient été coupés pas très loin de chez moi. Et ils allaient partir en Chine, comme si la France était devenue un pays d’#extraction_coloniale. »

    La métaphore est forte, mais elle n’est pas gratuite. La Chine et la #Russie — deux pays que l’on n’associe pas spontanément à l’écologie — ont depuis longtemps instauré des mesures protectionnistes drastiques pour préserver leurs propres forêts.

    La France, elle, a laissé la porte ouverte, les #labellisations européennes se révélant aisément contournables, sans embargo, sans politique d’interdiction réelle.

    Un paradoxe que Sophie Coignard qualifie sobrement de « #connivence des pouvoirs publics avec des lobbies particulièrement problématiques. »

    Le #lobby, le confort administratif, et la loi enterrée

    Le mécanisme est bien huilé : une #loi d’initiative parlementaire, portée par un groupe transpartisan, vise à réorienter les #subventions vers la #sylviculture mélangée, plutôt que vers les #monocultures ravageuses. Elle est déposée, soutenue, débattue — et reste pendante à l’Assemblée nationale depuis des années.

    « La puissance des lobbies essaie de disqualifier tous les acteurs qui portent une parole différente. Cela existe dans plein d’autres secteurs », observe Sophie Coignard, rodée à ce type de blocage après des années d’enquête sur les élites françaises.

    Elle décrit ce qu’elle appelle le « confort administratif » : les administrations préfèrent traiter avec un interlocuteur puissant, compétent, structuré — c’est-à-dire le lobby de la #filière_bois — plutôt qu’avec une myriade de voix discordantes, propriétaires forestiers inquiets, forestiers de terrain, chercheurs. Résultat : le robinet à subventions coule dans le mauvais sens.

    « À partir du moment où vous avez un robinet à subventions en place, vous trouvez forcément un débouché. Et ce débouché n’est pas forcément vertueux. »

    Brûler des arbres pour sauver la planète ?

    Le #chauffage_au_bois, vendu comme énergie renouvelable, représente l’un des paradoxes les plus explosifs du livre.

    Sophie Coignard est directe : « La question de considérer le bois comme une #énergie_renouvelable quand il s’agit du #chauffage, à mon avis, est extrêmement dangereuse. »

    La formule est simple. Ses implications sont vertigineuses. Le bois utilisé pour la construction stocke du carbone pendant des décennies. Le bois brûlé le relâche immédiatement dans l’atmosphère. Or, pour que la ressource se renouvelle, il faut attendre — des années, des décennies, parfois un siècle. Le problème, c’est la #temporalité.

    « Le temps que fait une bûche de bois à brûler n’a rien à voir avec le temps que mettra son équivalent à pousser. »

    Les grandes chaufferies urbaines, qui se sont converties au bois pour décarboner leurs réseaux, engloutissent désormais des volumes colossaux de bois coupé exprès pour les alimenter. Les #coopératives_forestières suivent la demande. Les forêts trinquent. Et le CO2 relâché en quelques heures mettra des décennies à être réabsorbé par de nouveaux arbres — si tant est qu’ils poussent.

    Brûler trop d’arbres, c’est aussi se priver d’eau verte. Cette #eau issue de l’#évapotranspiration est indispensable au cycle des pluies. Un chêne peut produire jusqu’à une tonne d’eau par jour peut-on lire sur le site de Francis Hallé.

    Sophie Coignard le confesse avec une honnêteté désarmante : « Quand je me suis équipée moi-même, j’étais convaincue de faire un choix vertueux. Aujourd’hui, je me dis que c’est plus complexe que ça n’en avait l’air. »

    « On plante un milliard d’arbres » — et ensuite ?

    La promesse présidentielle de planter un milliard d’arbres fait bondir Sophie Coignard — non pas parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle est creuse.

    « Les Français adorent la forêt, adorent les #arbres. Et en même temps, le sort qui leur est réservé par la puissance publique leur est indifférent. Il suffit d’un coup de communication, et youpi, on va planter un milliard d’arbres. »

    Derrière l’annonce : des plantations en #monoculture sur des sols dévastés par les #coupes_rases, des échecs en série, des arbres morts avant d’avoir grandi. La #compensation_carbone repose sur une fiction : on ne peut pas comparer un arbre nouvellement planté à un arbre mature en matière de capture de CO2.

    « Il y a peut-être deux questions à se poser : pour compenser quoi ? Et avec quelles chances de longévité pour cet arbre ? »

    Des forestiers en voie de disparition

    Sur le terrain, ceux qui connaissent vraiment la forêt regardent, impuissants, leur métier se vider de sa substance. L’#ONF, l’Office national des forêts, a perdu des milliers de postes en vingt ans. Les agents de terrain sont de moins en moins nombreux. Les territoires à couvrir, de plus en plus vastes.

    « Leur connaissance est immense – des puits de science. Et ce réservoir de savoirs se tarit. L’ONF ressemble désormais à une pyramide avec beaucoup de chefs et peu de gens sur le terrain. »

    Ce savoir-là — reconnaître une espèce à son écorce, lire un sol, anticiper une maladie — ne s’apprend pas dans un bureau. Il se transmet sur le terrain, de forestier à forestier, au fil des saisons. Quand il disparaît, il ne revient pas.

    Un problème commun à toute la fonction publique, certes. Mais dans une forêt, les erreurs ne se rattrapent pas en quelques mois. Elles se paient sur des décennies.

    Les collectivités territoriales bougent aussi. L’exemple de Chantilly est éclairant : quand tout un écosystème — le musée, le château, les rentes, l’attractivité touristique — dépend de la santé de la forêt, le dépérissement des arbres devient une urgence économique autant qu’écologique. Les communes forestières commencent à se fédérer, à comparer leurs expériences, à peser collectivement.

    Le silence : le vrai scandale

    Le point le plus stupéfiant du livre : ce désastre n’est pas un sujet. Pas dans les campagnes électorales. À peine dans les médias.

    “Je ne me l’explique pas », admet Sophie Coignard. « C’est un des nombreux mystères de cette distorsion entre opinion publique et ressenti public. »

    Et pourtant, les solutions existent. Elles sont documentées, pratiquées, rentables. La #sylviculture_mélangée à couvert continu permet de couper du bois, d’en tirer profit, tout en préservant la biodiversité, les sols, le réseau mycorhizien. Elle ne nécessite pas de renoncer à la forêt productive — juste de renoncer à la cupidité à courte vue.

    L’association Pro Silva promeut depuis des années une sylviculture dite « mélangée et à #couvert_continu » : on n’abat jamais tous les arbres d’une parcelle, on favorise la diversité des espèces, on laisse la forêt se régénérer naturellement. Les résultats sont là, documentés, mesurables.

    La cause que Sophie Coignard défend en priorité ? « Permettre à la loi d’initiative parlementaire et transpartisane, de pouvoir être débattue et soumise au vote. Ça paraît être la base, mais ce serait un premier pas. »

    Un premier pas, oui. Avant que les derniers chênes ne prennent le bateau.

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    https://lareleveetlapeste.fr/alerte-les-forets-francaises-sont-rasees-pour-partir-a-letranger
    #France #exportation

  • Forêts des #Landes : un petit ver entraîne l’#abattage de milliers de #pins

    La découverte de #nématodes_du_pin en plein massif forestier des Landes a déclenché un branle-bas de combat : 40 ha de #pins_maritimes sont en train d’être abattus. Les monocultures rendent les bois vulnérables à ce petit ver.

    Un craquement se fait entendre par-dessus le ronronnement des engins forestiers, aussitôt suivi d’un fracas : un pin vient de tomber, abattu par les agents de la coopérative #Alliance_forêts_bois. Son tronc rejoindra bientôt les immenses pyramides de rondins dressées le long de la route qui relie #Seignosse à #Angresse (Landes).

    Depuis début janvier, la coopérative forestière industrielle œuvre pour abattre des milliers de résineux dans un rayon de 500 mètres autour de la découverte d’arbres contaminés par un #ver ravageur microscopique : le nématode du pin. Ce ver, qui peut tuer un pin maritime en quelques semaines, est classé « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne et un protocole obligatoire encadre sa découverte.

    Ainsi, la zone de 500 mètres autour du foyer est déclarée « #zone_infestée » et fait l’objet d’une #coupe_rase. Un deuxième cercle est fixé avec une zone tampon de 20 kilomètres dans laquelle le transport de bois est réglementé et les travaux d’élagage interdits. Objectif : l’éradication du microorganisme.

    Dans la « zone infestée », 98 % des arbres sont des pins maritimes. Dans l’ensemble du massif forestier artificiel landais, l’essence représente à elle seule 75 % des arbres. Cette monoculture, typique de la #sylviculture_industrielle, rend la forêt particulièrement vulnérable au nématode et son arrivée était redoutée.

    Le chantier se fait à toute vitesse pour vider les parcelles, et les engins forestiers impriment la marque de leurs chenilles dans la glaise du sol mis à nu. Au loin, les cimes des pins maritimes étendent leurs couronnes vers le ciel dans l’attente de leur abattage prochain.

    Un protocole daté ?

    Pour Hervé Jactel, directeur de recherche à l’institut national de recherche Inrae et spécialiste en entomologie forestière, ce protocole, mis en place en 2012, ne tient pas compte des connaissances plus récentes, et n’est pas adapté à la biologie du nématode du pin. Avec ses équipes, il travaille depuis plus de quinze ans sur l’insecte qui sert de vecteur au petit ravageur : un coléoptère qui répond au nom de #Monochamus_galloprovincialis et qui est présent naturellement en abondance dans les forêts des Landes.

    C’est lui, une fois que le parasite l’a contaminé, qui sert de moyen de transport au nématode. Or, d’après le scientifique, « l’insecte vecteur se déplace beaucoup. Il vole très loin par rapport à la moyenne des insectes ». Jusqu’à 20 kilomètres par an. « Cela signifie que la propagation possible du nématode à partir d’un foyer d’infection va bien au-delà des 500 mètres de coupe rase mis en œuvre. »

    Pour autant, pas question de raser l’intégralité des conifères présents dans la #zone_tampon, selon lui. Hervé Jactel plaide plutôt pour un protocole alternatif — sur lequel l’Inrae travaille — permettant une détection précoce des arbres infestés qui seraient les seuls abattus. Des tests moléculaires prometteurs permettraient de tester sur place les arbres dépérissants afin de déterminer s’ils sont infestés par le nématode ou bien touchés par un #scolyte, un champignon pathogène ou encore atteints par la sécheresse. Aujourd’hui, les tests menés en laboratoire demandent plusieurs semaines avant de donner un résultat.

    Une arrivée « inéluctable »

    En attendant une hypothétique évolution législative du protocole, les hectares situés autour du foyer détecté à #Seignosse doivent être coupés avant le 15 février, date butoir fixée par la préfecture des Landes. Laquelle s’est réjouie, car depuis la découverte du foyer début novembre, les 880 prélèvements réalisés sont tous revenus négatifs : « Les premiers résultats sont rassurants. »

    Pour Hervé Jactel, l’introduction du nématode dans les Landes était « inéluctable », monoculture oblige. Le ravageur est un grand voyageur originaire d’Amérique du Nord qui a conquis le Japon, puis la Chine en 1982. Il est arrivé en Europe par le Portugal en 1999 et a depuis entraîné l’abattage de millions d’arbres dans la péninsule ibérique.

    Même si ce premier foyer est éradiqué, il ne sera pas le dernier, prévient le directeur de recherche. « Là, on est dans le temps de l’urgence, mais dès le printemps, il va falloir réfléchir au long terme. La seule perspective possible, c’est de diversifier les essences. »

    https://reporterre.net/Forets-des-Landes-un-petit-ver-entraine-l-abattage-de-milliers-de-pins
    #forêt #vulnérabilité #monoculture

  • Quand l’#Argentine découvre, en 2025, l’#e-commerce mondial : « Des articles beaucoup moins chers, plus variés, parfois de meilleure qualité »

    Les commandes en ligne sur #Shein, #Temu ou #Amazon ont explosé en quelques mois, depuis l’assouplissement de la réglementation et la baisse des #taxes par le gouvernement #Milei. Le secteur de l’#habillement, notamment, s’en trouve menacé.

    La veste en simili cuir, marron foncé, affiche l’éclat du neuf. « C’est Shein ! 33 dollars[28 euros] , ce n’est vraiment pas cher », s’enthousiasme Andrea Garcia, responsable en ressources humaines de 33 ans, à l’occasion d’une fête d’anniversaire à Buenos Aires. Son amie Sol Torres acquiesce. Vêtue d’un blouson noir aux liserés blancs commandé lui aussi sur le site de vente en ligne chinois, cette enseignante d’anglais de 32 ans fait défiler sur son smartphone les photos de ses dernières emplettes sur la plateforme asiatique : « Une robe noire, un pull blanc, une minijupe, un parapluie, un sac de rangement, un plateau, des gommes fantaisie, des gommettes. Le tout pour 170 000 pesos[106 euros au moment de l’achat] , c’est génial ! Ici, tu t’achètes quoi avec ça, deux articles ? Ça me met en colère » , souffle-t-elle en référence aux prix historiquement élevés en Argentine de la plupart des biens de consommation comme l’habillement, l’électroménager, l’informatique, l’ameublement, la décoration…

    Comme des milliers d’Argentins appartenant aux classes supérieures et à une partie des classes moyennes, les deux femmes découvrent le #commerce_en_ligne international avec un appétit vorace. « Les Argentins ont accès à des articles beaucoup moins chers, plus variés, parfois de meilleure qualité, sans attendre que les marques locales développent les tendances internationales », explique Alejandra Boland, consultante en #commerce_international. Pour elle, cette nouvelle façon d’acheter est perçue en Argentine comme « une sorte de fascination et de liberté ».

    En l’espace de quelques mois, les commandes en ligne, notamment auprès d’Amazon et des plateformes chinoises Shein et Temu, ont explosé. Selon les services statistiques argentins, les importations recensées dans la catégorie « autres » – qui inclut les achats sur des sites internationaux – « ont atteint[au mois de juillet 2025] le record historique de 98 millions de dollars, essentiellement en raison de l’augmentation des colis distribués par services postaux ». Cette somme représente une croissance de près de 300 % par rapport à juillet 2024.

    Milei veut faire baisser les prix

    Un bond confirmé par les acteurs de la #livraison. #Andreani, une société privée de #logistique, a ainsi vu le nombre de #livraisons en provenance de l’étranger passer de 6 000 au mois d’avril à 500 000 au mois d’août. Il a dû ouvrir un entrepôt supplémentaire de plus de 3 000 mètres carrés à Buenos Aires. L’entreprise publique de services postaux #Correo_Argentino fait état d’une « hausse significative » des commandes internationales sans fournir de chiffres.

    Dans un pays marqué par la baisse du #pouvoir_d'achat depuis la mise en place des #coupes_budgétaires du gouvernement de l’ultralibéral Javier Milei, au pouvoir depuis fin 2023, cet emballement s’explique par l’assouplissement, en novembre 2024, des règles régissant le commerce en ligne international.

    Désormais, tous les achats inférieurs à 400 dollars ne sont plus taxés, hormis par la TVA. « Pour un blouson qui coûte 100 dollars,[il fallait] payer 67 dollars de taxes. Avec la[nouvelle] mesure, la #taxe sera de 21 dollars[la TVA] », explique le gouvernement dans un communiqué. Le plafond maximal autorisé par commande a été relevé à 3 000 dollars, contre 1 000 auparavant, à raison de cinq par an au maximum. Les achats de plus de 400 dollars voient leurs #droits_de_douane diminuer dans plusieurs secteurs. Notamment dans l’habillement, où ils passent de 35 % à 20 % et s’accompagnent de la suppression de normes de contrôle et formulaires d’importation. Pour les téléphones portables, ils sont passés de 16 % à 8 % en mai et doivent être supprimés en janvier 2026.

    Après avoir été « l’un des pays les plus fermés au monde », explique Leonardo Park, économiste et chercheur au sein du centre de recherche Fundar, l’Argentine s’ouvre mais, nuance-t-il, « il s’agit d’une ouverture partielle, les #barrières_douanières continuent d’être importantes ».

    Pour l’exécutif argentin, l’objectif est de diminuer les prix et lutter contre l’#inflation. « Un relevé de produits sur des marques internationales montre qu’en Argentine un tee-shirt coûte 310 % plus cher qu’en Espagne », assurait le gouvernement dans un communiqué publié en mars. La baisse des #taxes_d'importation sur l’habillement s’inscrit dans la volonté « d’encourager la concurrence et la baisse du prix des textiles en Argentine et la baisse de l’inflation », poursuivait-il. Le recul de l’inflation est une réalité depuis l’arrivée de Milei au pouvoir. Il s’est confirmé en août (+ 1,9 % par rapport à juillet et 33,6 % sur un an contre près de 118 % en 2024), mais le gouvernement ne précise pas l’impact des importations.

    Rattraper le retard

    Auparavant, commander en ligne sur des sites étrangers n’était pas interdit. Mais, outre les barrières douanières, le système bureaucratique, aussi illisible que défaillant, décourageait les Argentins. Et seules les classes les plus aisées, qui pouvaient voyager, accédaient à des produits à moindre prix lors de leurs déplacements à l’étranger. Dans ce pays de la débrouille et de l’informel, certains proposent même un service d’#importation facilitant, contre rémunération, la livraison, dans une valise privée, d’un smartphone ou d’un ordinateur.

    « Avec les gouvernements de la caste, seuls ceux qui allaient aux Etats-Unis ou dans d’autres pays pouvaient obtenir des #vêtements ou des #produits_électroniques pas chers », avançait le ministre de la dérégulation sur X, le 15 novembre 2024, estimant que les nouvelles facilités pour importer relevaient de la « #démocratisation ». Aujourd’hui, en accédant au commerce international sur Internet, les Argentins rattrapent leur retard par rapport à d’autres pays d’Amérique latine comme le Chili, le Brésil ou le Mexique.

    « Globalement, depuis la crise de 2001, l’Argentine s’était démondialisée, alors que le monde allait dans le sens inverse, estime Guillermo Oliveto, fondateur du cabinet de conseil Consultora W, spécialisé dans la consommation. Or les Argentins aspirent à appartenir au monde, avec un lien historique fort avec l’Espagne et l’Italie. Il y a ici une tolérance au fait d’être isolé du monde mais la classe moyenne n’aime pas ça. D’autant qu’à l’ère numérique, elle est au contact de cette mondialisation 24 heures sur 24 », poursuit l’auteur de Clase media. Mito, realidad o nostalgia (« classe moyenne. Mythe, réalité ou nostalgie », Paidos, 2025, non traduit).

    Selon lui, la découverte de l’e-commerce mondial s’inscrit dans une série historique d’ouvertures : « Dans les années 1980,[une partie de] la classe moyenne allait au Brésil acheter des télévisions en couleur. Dans les années 1990, il y a eu les voyages aux Caraïbes. » Deux étapes historiques marquées par le film-culte en Argentine Plata dulce (« argent facile », de Fernando Ayala), sorti en 1982. Puis par le bling-bling du président Carlos Menem (1989-1999, droite), instigateur d’un taux de change fixe d’un peso pour un dollar, favorisant le pouvoir d’achat en dollars des Argentins tout en préparant la chute du pays vers la crise économique et sociale de 2001. Malgré cela, son premier mandat est cité en exemple par Javier Milei.

    Inquiétudes pour l’#emploi

    Si, selon Guillermo Oliveto, l’accès massif à une consommation mondiale « peut aider[à améliorer] l’humeur sociale », il ne suffit pas à convaincre la population du bien-fondé des politiques économiques du gouvernement. D’autant que « seule une partie de la population, environ un tiers, peut profiter de cette ouverture », poursuit l’expert, pour qui de nombreux Argentins attendent encore « des créations d’emplois et une amélioration du pouvoir d’achat ».

    Pour l’heure, ce sont les suppressions d’emploi qui inquiètent. Cette croissance des ventes de l’e-commerce international charrie déjà de nombreuses conséquences sur le #marché_du_travail, avertissent dans un rapport plusieurs chercheurs du centre de recherche Fundar. « L’arrivée de nouvelles importations représente un risque pour le maillage productif et l’#emploi_local », avance le rapport, estimant que plus de 430 000 postes de travail sont menacés, sans pondérer l’impact de l’e-commerce au sein des importations. L’inquiétude est forte chez les entreprises de l’habillement.

    « C’est une avalanche d’articles, produits dans des conditions fiscales, environnementales et sociales déloyales par rapport aux nôtres. Il est impossible de les concurrencer, car les importations sont vendues à des prix inférieurs aux produits locaux, pénalisés par des impôts toujours élevés », dénonce Luciano Galfione, président de la Fundacion Pro Tejer, représentant l’industrie textile.

    Ainsi, selon une enquête de Pro Tejer, les ventes du secteur du textile et de l’habillement ont baissé de 7 % au second trimestre 2025, par rapport à la même période l’année 2024 et la moitié des entreprises textile interrogées ont réduit leur production. « Avec des conséquences directes sur l’emploi », souligne Luciano Galfione. Au mois d’août, la chambre argentine du textile a annoncé qu’elle travaillait à une « #loi_anti-Shein » , sur le modèle du texte adopté au Sénat au mois de juin en France. La politique argentine est, en effet, à rebours de plusieurs pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, qui, pour protéger leurs industriels, ont supprimé, le 29 août, l’exemption de droits de douane pour les colis d’une valeur inférieure à 800 dollars.

    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/10/10/quand-l-argentine-decouvre-en-2025-l-e-commerce-mondial-des-articles-beaucou
    via @fil

  • Une semaine pour #se_faire_du_bien

    Les 6, 8 et 9 octobre, Sciences II, le CMU et Uni Mail se transforment en espaces d’#expression_artistique et de #rencontre à l’occasion de la Semaine de la #santé_mentale de l’UNIGE. Un riche programme d’activités permettra à chacun et chacune de donner libre cours à ses #émotions_positives.

    #Joie, #gratitude, #émerveillement, #fierté, #amusement... Vivre des émotions positives permet de mieux affronter des situations stressantes, de s’ouvrir aux autres, de diminuer le sentiment d’#anxiété ou de #déprime et de rebondir plus facilement après des #difficultés. À l’occasion de la Semaine de la santé mentale organisée du 6 au 12 octobre par l’Office cantonal de la santé, l’UNIGE propose un riche programme d’activités qui permettra à chacun et chacune de confirmer le bien-fondé de ce postulat. À Sciences II le lundi 6, au CMU le mercredi 8 et à Uni Mail le jeudi 9 octobre, collaborateurs-trices et étudiant-es sont invité-es à créer pour donner corps à leurs émotions positives et témoigner ainsi de ce qui les inspire. Au cours de la semaine, une dizaine d’artistes ouvriront les portes de leurs univers variés pour inviter le public à dessiner, écrire, peindre, échanger et contribuer à des fresques collectives. Des jeux et des initiations de danse sont également au programme.

    « Nous avons choisi de recourir à la #créativité, à l’#art, parce que nous savons que cela fait beaucoup de bien, et que cela rassemble, peu importe la forme d’expression, que ce soit la danse, l’écriture ou une visite au musée », explique Tamara Ott, psychologue à la Division RH de l’UNIGE et responsable de l’événement, organisé avec la participation du Service santé des étudiant-es de Steps. « L’objectif n’est pas de faire de chacun-e d’entre nous un-e artiste, mais simplement de comprendre que, quand nous déposons nos ressentis, nos idées, nos pensées, par exemple en les écrivant ou en les dessinant, la prise de conscience et l’action qui s’ensuit sont meilleures. L’#expression_créative et les émotions positives jouent un rôle déterminant comme facteurs de protection dans le bien-être psychologique et dans le renforcement de la résilience. »

    Toutes et tous concerné-es
    Au même titre que la santé physique, la santé mentale concerne tout le monde. On estime ainsi qu’en Suisse, une personne sur deux sera atteinte d’un trouble psychique au cours de sa vie. Les enquêtes statistiques récentes montrent aussi des degrés de stress et d’épuisement au travail relativement élevés, notamment chez les jeunes. Au sein de cette population, on signale en outre des niveaux de solitude préoccupants. Pour la deuxième édition de la Semaine de la santé mentale, l’État de Genève, avec ses plus de 60 partenaires, abordera la problématique sous l’angle du lien social.

    À l’UNIGE, les artistes invité-es montreront comment ils et elles se sont servies de leurs pratiques artistiques, qu’il s’agisse de la bande dessinée, de la peinture ou du street art, pour traverser et surmonter des épreuves parfois douloureuses. Lors de démonstrations, de discussions ou d’ateliers, le public pourra contribuer à sa hauteur, de manière sincère et simple, à une fresque collective – inscrire une phrase qui donne du courage ou le refrain d’une chanson qui fait du bien, gribouiller un petit bonhomme riant, etc. – avec l’idée de partager et de s’inspirer les un-es des autres. « L’approche peut paraître légère, parce qu’elle est sur une tonalité plutôt joyeuse, mais, en réalité, parler de ce qui va bien est tout aussi sérieux, important et pertinent, commente Tamara Ott. Pour aller bien, il faut s’entraîner à regarder ce qui nous nourrit. Cela permet d’identifier et de renforcer ses ressources. Il est certes nécessaire d’agir sur les facteurs de stress, mais ce n’est pas suffisant. On oppose souvent le verre à moitié plein au verre à moitié vide, mais les deux ont leur importance. »

    L’équipe organisatrice appelle un maximum de personnes à participer, car la santé au travail est une responsabilité partagée qui n’est pas du seul ressort de l’individu, de l’organisation ou des managers. À noter que le moment consacré à ces activités peut être comptabilisé comme temps de travail et qu’il n’est pas nécessaire d’y rester longtemps pour en tirer un bénéfice. « Il est intéressant de considérer ces moments comme une façon d’investir différemment son temps de pause, pour souffler et se ressourcer, rencontrer autrement d’autres membres de la communauté universitaire et tisser des liens », précise Tamara Ott.

    https://www.unige.ch/lejournal/vie-unige/en-bref/semaine-sante-mentale
    #UNIGE #université_de_Genève

    –-

    voir aussi, à l’#université_Grenoble_Alpes (#UGA) :
    https://seenthis.net/messages/817228

    • Et ça, au même temps que...
      La communauté universitaire se mobilise contre les #coupes_budgétaires

      Quelque 400 étudiantes et étudiants ont manifesté mercredi 1er octobre devant Uni Mail, à l’appel de l’Union des Étudiant-e-s de Suisse (UNES) et de plusieurs syndicats. Rejoint-es par des membres du personnel de l’UNIGE, elles et ils ont exprimé leur opposition aux mesures d’austérité prévues par la Confédération dans le domaine de la formation.

      Dans son programme d’allégement 2027 des finances fédérales, le Conseil fédéral évoque notamment le doublement des taxes universitaires, et leur quadruplement pour les étudiantes et étudiants étrangers, synonyme d’atteinte à l’égalité des chances et à l’avenir des jeunes, selon l’UNES. A noter qu’à Genève, où l’UNIGE a déjà fait connaître son opposition aux coupes dans le domaine "Formation, recherche, innovation", les taxes universitaires relèvent des compétences cantonales.

      Conséquences mal évaluées

      « Les conséquences d’une telle mesure n’ont pas été suffisamment évaluées », souligne Audrey Leuba, rectrice de l’UNIGE. « La hausse des taxes risque d’entraîner une augmentation des bourses octroyées par le canton et d’engendrer des répercussions négatives pour les étudiantes et étudiants ainsi que sur la subvention fédérale de base. Elle irait par ailleurs à l’encontre du principe fondamental de l’accessibilité des études, une université ayant pour vocation d’accueillir toutes les étudiantes et étudiants qualifiés, indépendamment de leurs origines géographiques ou sociales. »

      Les étudiant-es dénoncent également les coupes budgétaires. « Ces coupes participent à un mouvement général de la dévaluation de l’enseignement supérieur, d’attaques à la qualité de la recherche et de réduction de l’accessibilité pour toutes et tous », estiment les organisateurs/trices de la manifestation.

      Menaces sur l’avenir

      « Investir dans la formation et la recherche, c’est investir dans l’avenir de notre pays », souligne Audrey Leuba pour qui « le programme d’allègement est synonyme d’un désinvestissement de la Confédération, qui risque d’occasionner des pertes économiques plusieurs fois supérieures aux économies visées à court-terme. Avec Michael Schaepman, recteur de l’Université de Zurich, nous avons écrit en ce sens aux commissions des finances du Parlement fédéral ».

      Pour l’Université de Genève, les coupes envisagées pourraient s’élever à plus de 22,5 millions de francs par an, une somme qui représenterait la suppression de plus de 20% des projets de recherche et près de 40 postes de professeur-es ordinaires. Ces coupes s’inscrivent dans une tendance à long terme qui voit déjà la population estudiantine croître beaucoup plus vite que le financement de la Confédération : 35,6% contre 23,3% au cours des vingt dernières années.

      Des manifestations similaires se sont tenues à Zurich, Bâle, Lausanne, Neuchâtel et Berne, où l’UNES a remis aux autorités fédérales sa pétition « Étudier doit rester abordable – maintenant », munie de 35’000 signatures.

      https://www.unige.ch/lejournal/vie-unige/automne-2025/manifestation-coupes-budgetaires-uni-mail

  • [Info « Splann ! »] Au Faouët, dans le Morbihan, les arbres tombent sous les permis du maire
    https://splann.org/le-faouet-arbres-maire

    Qu’il s’agisse de la création d’une salle de mariages, par un particulier ; de la construction d’un supermarché, par un groupe privé, ou de l’aménagement d’un terrain de loisirs par la municipalité… Le maire du Faouët (56) semble se jouer du code de l’urbanisme. Jusqu’à faire l’objet d’une procédure judiciaire, actuellement engagée par l’Office français de la biodiversité. L’article [Info « Splann ! »] Au Faouët, dans le Morbihan, les arbres tombent sous les permis du maire est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Artificialisation_des_terres #Démocratie_locale

  • A6, A20, A4, A9, A69, roule ma poule

    Incendies : dans l’Hérault, l’autoroute A9 rouverte mais le feu toujours actif ; 400 hectares de végétation parcourus par les flammes dans l’Aude

    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/07/05/dans-les-bouches-du-rhone-le-premier-incendie-d-ampleur-de-la-saison-a-parco

    Feu de forêt dont les fumées se dirigent vers l’autoroute A9, dans l’Hérault, le 5 juillet 2025. CAPTURE D’ÉCRAN @A9TRAFIC/X

    Cette fois, l’incendie s’est déclaré à Douzens à partir d’une voiture qui a pris feu sur la bande d’arrêt d’urgence de l’A61 dans le sens Toulouse-Narbonne, selon la préfecture.

    #incendie #american_way_of_life

  • Communiqué du sabotage contre des installations électriques sur la Côte d’Azur » Indymedia Nantes
    https://nantes.indymedia.org/posts/146409/communique-du-sabotage-contre-des-installations-electriques-sur-la

    Ici deux bandes d’anarchistes. Nous revendiquons la responsabilité de l’attaque contre des installations électriques sur la Côte d’Azur. À la veille de la cérémonie de remise des prix du Festival de Cannes et de la soirée de gala, nous avons saboté le principal poste électrique alimentant l’agglomération de Cannes, et scié la ligne de 225 kV venant de Nice.

    Cette action visait non seulement à perturber le festival, mais aussi à priver de courant les centres de recherche et les usines de Thales Alenia Space, ses dizaines de sous-traitants, les start-up de la French Tech qui s’imaginent à l’abri, l’aéroport et tous les autres établissements industriels, militaires et technologiques de la zone.

    Une coupure inopinée dans un mauvais film d’épouvante qui traîne en longueur. Le même scénario est joué et rejoué en boucle jusqu’à la nausée. Les scènes changent, les effets spéciaux aussi, mais la toile de fond est toujours la même : un monde qui n’arrêtera pas de bombarder, d’exploiter, d’extraire, d’accaparer, de violer, de ravager, d’affamer, de mitrailler, de polluer, et d’exterminer, tant que tout ne sera pas sous son contrôle.

    On sait bien qu’on n’est pas sur un plateau de tournage, mais l’expression « COUPEZ ! » paraissait assez bien résumer notre envie : éteindre ce système mortifère.

    #Coupez !

  • #Budget : « On a une image totalement déformée de la #dépense_publique »

    « Nous dépensons trop », a déclaré #François_Bayrou le 15 avril sur le budget 2026. Le gouvernement prévoit de nouvelles #coupes_budgétaires, de 40 milliards d’euros, pour l’année prochaine. Décryptage avec l’économiste #Christophe_Ramaux.

    Deux mois après avoir fait adopter un budget 2025 qui rognait déjà sur les dépenses publiques, le ministre de l’Économie, #Eric_Lombard, a annoncé, en fin de semaine dernière, de nouvelles coupes budgétaires de l’ordre de 40 milliards d’euros. Le 15 avril, François Bayrou a confirmé cette annonce permettant, selon lui, de maintenir l’objectif de #déficit à 4,6 % du PIB en 2026.

    Pour Christophe Ramaux, enseignant à l’université Paris 1, chercheur au Centre d’économie de la Sorbonne, la dépense publique n’est pas un #indicateur_économique pertinent. Entretien avec cet enseignant à l’université Paris 1, chercheur au centre économique de la Sorbonne et membre des Économistes atterrés, qui préconise plutôt d’aller chercher des #recettes pour combler le #déficit.

    Basta ! : Le ministre de l’Économie, Eric Lombard, ne cesse de rabâcher un chiffre : 57% de notre produit intérieur brut (PIB) serait consacré à la dépense publique. En répétant ce montant, qu’il juge colossal, il sous-entend que l’État est déjà très généreux. Couper dans la dépense publique serait donc sans grandes conséquences sociales. Mais la France est-elle réellement ce pays qui dépense de l’argent public à tout va ?

    Christophe Ramaux : On a une image totalement déformée de la dépense publique. Quand on dit que la dépense publique c’est 57% du PIB, la plupart des gens imagine que l’on prélève plus de la moitié de la richesse créée par le privé, qui serait le seul secteur productif, pour payer les fonctionnaires. Tout est faux dans cette phrase.

    La dépense publique est un indicateur très imparfait. On mélange un peu tout dedans et on fait des doubles comptes. Par exemple, elle comprend les salaires versés aux fonctionnaires, dont les cotisations sociales… Mais ces mêmes cotisations sont à nouveau comptées dans les dépenses de retraite ! Le chiffre de 57% du PIB n’est pas faux, mais il ne correspond pas à une part du PIB. Ce n’est pas parce que la dépense publique est à 57% que la dépense privée est à 43%. Au contraire, si on calculait la dépense privée de la même manière que l’on calcule la dépense publique, elle serait de l’ordre de 200% du PIB.

    Même si le gouvernement refuse d’employer le mot. Sommes-nous face à une politique austéritaire ?

    La part des #services_publics dans le PIB n’a pas augmenté depuis 40 ans. Donc il y a bien eu de l’#austérité. Pourquoi je dis ça ? Parce que, normalement, plus une société est riche, plus elle consacre de l’argent pour ce qu’on appelle les « #biens_supérieurs » : l’#éducation, la #santé, la #culture. Il ne vous a pas échappé que ce sont les terres d’excellence des services publics.

    Or, il y a beaucoup plus de bacheliers aujourd’hui que dans les années 1980, on aurait donc dû consacrer plus d’argent à l’éducation. On ne l’a pas fait. De même, la population vieillit donc on aurait dû augmenter les dépenses de santé. Cela n’a pas été le cas. Donc il y a bien eu de l’austérité.

    A quoi servent précisément les 1670 milliards d’euros de dépense publique ?

    Contrairement aux idées reçues, sur les 1670 milliards, un quart seulement sert à payer les #fonctionnaires. Environ une moitié (710 milliards) est consacrée aux « #prestations_sociales » et aux « transferts sociaux en nature de produits marchands » – la part remboursée des médicaments et des consultations médicales.

    Les prestations sociales (530 milliards, en 2023) financent essentiellement les #retraites (380 milliards), mais aussi le #chômage, le #revenu_de_solidarité_active (#RSA), l’#allocation_adulte_handicapé (#AAH), les #allocations_familiales… Les transferts sociaux en nature de produits marchands comptent pour 180 milliards. Quant au quart restant, il constitué de divers postes : aide aux ménages et aux entreprises, intérêts de la #dette (50 milliards), etc.

    La dépense publique n’est pas un puits sans fond. Et il faut savoir que le secteur public est productif ! Le calcul du PIB le prend d’ailleurs en compte. Sur les 3000 milliards de PIB actuel, environ 20% est ajouté par les fonctionnaires, soit 470 milliards. L’argent n’est donc pas dilapidé, puisqu’un quart de la dépense publique (salaire des fonctionnaires) augmente le #PIB !

    De même, les trois autres quarts offrent des débouchés pour le privé. Les retraités, que font-ils de leur retraite ? Ils font les courses, ils consomment. De même pour les chômeurs. La #commande_publique ? Elle finance en grande partie le privé, notamment le secteur du BTP si on pense à la construction d’écoles, de routes… Ce ne sont pas les fonctionnaires qui manient la truelle ! Donc quand on réduit la dépense publique, cela a inévitablement un effet sur le privé.

    Si on préserve la dépense publique, comment réduire le déficit ?

    Le #déficit_public est avant tout un problème de #recettes. Depuis 2017, premier mandat d’Emmanuel Macron, la dépense publique en pourcentage du PIB n’a pas augmenté. Ce qui a baissé, ce sont les #prélèvements_obligatoires (#impôts et #cotisations_sociales). On n’a jamais eu de baisse aussi élevée des ces prélèvements en un temps aussi court. On pense bien sûr à la suppression de l’#impôt_sur_la_fortune, #ISF, du prélèvement forfaitaire unique, à la baisse de l’#impôt sur les sociétés ou encore à la suppression de la #taxe_d’habitation (20 milliards d’euros), essentiellement payée par les ménages les plus riches. En tout, on arrive sur une baisse de 60 à 70 milliards de recettes.

    Au lieu de réduire la dépense publique, on pourrait évidemment aller chercher de nouvelles recettes. Déjà en revenant sur cette contre-révolution fiscale mise en place par Emmanuel Macron. On pourrait aussi remettre en cause certaines niches fiscales et sociales. Une part du déficit de la sécu pourrait être comblée si on cessait de ne pas soumettre à cotisation sociale une partie des revenus comme les heures supplémentaires, l’intéressement la participation, la prime de partage de la valeur (ex « #prime_Macron »)…

    https://basta.media/budget-on-a-une-image-totalement-deformee-de-la-depense-publique
    #dépenses_publiques #France #économie #fiscalité

  • Le gouvernement annule 3,1 milliards d’euros de crédit pour les missions #écologie, #économie et recherche et #enseignement_supérieur

    Selon un #décret publié samedi au « Journal officiel », ces annulations sont faites dans le cadre de l’effort supplémentaire de 5 milliards d’euros pour 2025.

    Le gouvernement a acté, samedi 26 avril, au Journal officiel (JO) des annulations de crédits à hauteur de 3,1 milliards d’euros dans le cadre de l’#effort supplémentaire de 5 milliards d’euros pour 2025 déjà annoncé par Bercy début avril.

    La ministre chargée des comptes publics, Amélie de Montchalin, avait alors expliqué que ces 5 milliards d’euros devaient permettre de tenir les objectifs de déficit public pour cette année dans un contexte de croissance moindre. « Ces 5 milliards d’euros que nous allons soit annuler, soit repousser, soit réorienter, c’est notre réponse à un monde instable. C’est la manière de faire face quoi qu’il arrive à ce monde instable », avait-elle déclaré.

    Une partie de cette somme s’est concrétisée à travers le décret publié au JO. « Afin de prévenir une détérioration de l’équilibre budgétaire sur le budget de l’Etat », « le présent décret porte des annulations de crédits à hauteur de 3,1 milliards d’euros en autorisations d’engagement », peut-on lire dans le JO. « Cet effort porte essentiellement sur les crédits hors masse salariale mis en réserve en début d’année », est-il précisé, « ces annulations ne devraient ainsi pas remettre en cause de façon significative la capacité d’exécution des politiques publiques, selon les termes convenus dans la loi de finances initiale pour 2025 ».

    « Respecter la trajectoire de redressement des #comptes_publics »

    Parmi les annulations de #crédits, sont concernés la mission « écologie, développement et mobilité durable » (549,6 millions d’euros), la mission « économie » (517,7 millions d’euros), la mission « recherche et enseignement supérieur » (493,3 millions d’euros) ou encore la mission « agriculture, alimentation et affaires rurales » (140 millions d’euros).

    « La dégradation récente des perspectives macroéconomiques conduit à anticiper de moindres recettes publiques, en lien notamment avec une révision de la prévision de croissance à 0,7 %. Ces risques sont également renforcés par le contexte géopolitique incertain », souligne le décret. « Dans ce cadre, un effort supplémentaire de maîtrise de la dépense est nécessaire pour respecter la trajectoire de redressement des comptes publics sur laquelle le gouvernement s’est engagé », est-il ajouté.

    https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/04/26/budget-2025-le-gouvernement-annule-3-1-milliards-d-euros-de-credit_6600269_8
    #ESR #université #France #coupes_budgétaires #budget #recherche

  • Aux #Etats-Unis, Trump et Musk déciment à coups de #licenciements la #NOAA, vigie de la #météo et du #climat

    En une semaine, l’Agence d’observation océanique et atmosphérique a perdu 10 % de ses 12 000 employés, licenciés sur fond de croisade antiscience du gouvernement américain. Une manifestation mondiale de chercheurs est prévue le 7 mars.

    Moins de deux mois après le retour de Donald Trump au pouvoir, la liste des atteintes à la science ne cesse de s’allonger aux Etats-Unis. La plus récente est une vague de licenciements sans précédent dans un des temples mondiaux de la connaissance, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, souvent appelée la NOAA, son acronyme anglais. « Des centaines de scientifiques et d’experts de la NOAA viennent de recevoir la nouvelle que tout travailleur fédéral redoute » , a alerté, jeudi 27 février, le démocrate Jared Huffman, élu de Californie à la chambre des représentants. Les employés visés ont reçu un mail leur intimant de faire leurs cartons avant le soir même. Une annonce brutale, que beaucoup redoutaient depuis plusieurs semaines.

    Cette #purge de scientifiques de haut niveau, chargés notamment des prévisions météo, de la modélisation du climat et de la surveillance des océans , s’inscrit dans le cadre de la cure d’amaigrissement du nombre de fonctionnaires voulu par le nouveau locataire de la Maison Blanche. Début février, selon le Guardian, les équipes des « #cost_killers » autoproclamés du Département de l’efficacité gouvernementale, le #Doge, dirigé par le milliardaire Elon Musk , avaient déjà pénétré de force dans les locaux de la NOAA, en quête d’un accès aux systèmes informatiques. Déjà sous le premier mandat de Trump, l’agence fondée en 1970 par le président républicain Richard Nixon avait dû résister à de multiples pressions, refusant notamment de supprimer le mot « climat » du site Web de l’institution. Mais cette fois-ci, Donald Trump est revenu avec « un marteau-pilon pour détruire les programmes et essayer de se débarrasser des gens », comme l’a confié au site spécialisé « Inside Climate News » Craig McClean, ancien directeur scientifique par intérim de l’agence.

    Une victime idéologique

    Sous prétexte de #coupes_budgétaires, la NOAA est surtout une victime idéologique. La structure se trouvait dans le viseur du « Projet 2025 » rédigé par la fondation Heritage , un cercle de réflexion ultraconservateur très influent outre-Atlantique. Ce plan de gouvernance de 900 pages, que la nouvelle administration climatosceptique semble suivre, décrivait la vigie du climat comme l’un des principaux moteurs de « l’industrie de l’alarmisme climatique » et appelait à son démantèlement.

    L’agence sort de cette purge éclair fortement affaiblie. Lors d’une conférence de presse vendredi 28 février, un de ses anciens administrateurs, Rick Spinrad, a révélé que près de 650 employés avaient été remerciés sans préavis la veille. « Tous les bureaux ont été touchés par ces licenciements aveugles, malavisés et mal informés », a-t-il regretté. Selon le New York Times, les agents concernés étaient en période d’essai. Parmi eux, Sarah Cooley, directrice du programme sur l’acidification des océans, ou encore Zachary Labe, spécialiste de l’atmosphère. « Les personnes à côté desquelles j’étais assis et qui ont été touchées [par les licenciements] travaillent à l’élaboration de certains des modèles les plus haute résolution au monde pour mieux comprendre des phénomènes comme les conditions météorologiques extrêmes », a détaillé l’ancien administrateur à Inside Climate News.

    Si les licenciements concernent essentiellement de jeunes scientifiques, ils n’épargnent pas la catégorie des cadres. Le quotidien américain précise que 500 démissions se sont également ajoutées à ces départs en fin de semaine dernière. Au total, l’agence aurait perdu environ 10 % de ses 12 000 employés.

    « C’est évidemment un tournant, ne serait-ce qu’en raison de l’incroyable violence exercée contre nos collègues qui, jusqu’à présent, considéraient leur travail comme un engagement pour le bien du peuple américain et même de la planète entière », se désole en écho l’écologue Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS à Aix-en-Provence et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Celui qui s’implique aussi, en France, dans le combat du groupe Scientifiques en rébellion, ajoute : « Je ne trouve pas les mots pour exprimer l’ampleur de mes émotions et mes inquiétudes. Même si d’autres pays que les Etats-Unis redoublent d’efforts dans la recherche, l’amputation des ressources intellectuelles et techniques de la recherche américaine nous fera prendre un retard considérable. »

    Le démantèlement partiel de la NOAA aura des conséquences dangereuses et pourrait se retourner contre population américaine et son économie. Ses services chargés d’étudier les ouragans, les tornades, les tsunamis ou les vagues de chaleur ont été amputés, alors que les événements extrêmes se multiplient sous l’effet du changement climatique. Pêcheurs et agriculteurs, par exemple, dépendent de ses précieuses prévisions. L’agence est aussi indispensable à la surveillance et la protection des coraux ou encore à la prévention de la surpêche sur les côtes américaines. Sollicité par l’AFP, un des porte-parole de la NOAA, Theo Stein, a tenté de rassurer : « Nous continuons à fournir des informations météorologiques, des prévisions et des alertes conformément à notre mission de sécurité publique. »

    « La mission factice de Musk met un frein brutal à des programmes vitaux. Les gens à travers le pays dépendent de la NOAA pour des prévisions gratuites et précises, des alertes météorologiques graves et des informations d’urgence », s’est au contraire inquiété l’élu californien Jared Huffman, numéro deux de la commission des ressources naturelles à la Chambre des représentants. Et l’onde de choc menace toute la planète puisque l’institution était jusqu’ici la référence pour la production et l’analyse de données climatiques, utilisées par de nombreux chercheurs étrangers.

    Mais tout n’est peut-être pas perdu. William Alsup, juge d’un tribunal de district américain, a estimé que les ordres ayant déclenché des licenciements massifs de fonctionnaires étaient probablement illégaux et a formé un recours, a rapporté le Washington Post. De son côté, Craig McClean, le directeur scientifique par intérim de la NOAA sous la première administration Trump, a rappelé que les mandats de l’agence pour l’étude du climat provenaient du Congrès et ne pouvaient pas être simplement supprimés sans son aval.

    La résistance s’organise

    Malgré la sidération, des universitaires organisent la résistance. Mi-février, des scientifiques américains ont lancé le mouvement « Stand up for science » pour « défendre la science en tant que bien public et pilier central du progrès social ». La nouvelle administration avait alors déjà commencé son travail de sape dans le domaine de l’environnement en annonçant son retrait de l’accord de Paris sur le climat, en ordonnant aux scientifiques de la NOAA de couper tout contact avec les experts étrangers , en supprimant des pages consacrées au changement climatique et à la biodiversité sur les sites des agences fédérales, en coupant les financements de projets et de bourses mentionnant le mot « climat » ou encore en retirant la délégation américaine du Giec. La recherche dans domaines de la santé , de l’éducation et les programmes promouvant la diversité et l’inclusion ont également subi de lourdes coupes humaines et financières.

    Avec les licenciements de masse à la NOAA, la mobilisation s’est renforcée et aboutit, ce vendredi 7 mars, à une manifestation mondiale de scientifiques. Un fait rare, voire inédit. « A ma connaissance, il n’y a jamais eu d’attaque globale de ce type de la part d’une grande puissance scientifique,souligne Wolfgang Cramer. Il n’est donc pas surprenant que la communauté scientifique, toutes disciplines confondues, fasse entendre sa voix de cette manière et explique les dangers liés à cette attaque. »

    En France , près de 1 700 personnes ont déjà fait savoir leur intention de participer aux actions prévues, telles que des marches, rassemblements et débats. « Les institutions de recherche, les agences de régulation, les droits civiques et les fondements mêmes de la démocratie sont mis à mal par l’administration Trump », écrivent les organisateurs (l’astrophysicien Olivier Berné, le biologiste Patrick Lemaire et l’historienne Emmanuelle Perez-Tisserant), dans leur appel à la mobilisation. Le danger guette de ce côté-ci de l’Atlantique. « Il est évident que les forces antiscientifiques qui se rassemblent depuis des années autour des partis de droite et d’extrême droite et aussi des médias qui leur sont proches – en France et en Europe – sentent le vent tourner en leur faveur », note Wolfgang Cramer, qui invite à « nous opposer encore plus fermement aux tentatives à peine dissimulées de démanteler nos institutions publiques de recherche et d’enseignement ».

    https://www.liberation.fr/environnement/aux-etats-unis-trump-et-musk-deciment-a-coups-de-licenciements-la-noaa-vi
    #recherche #science #trumpisme #USA

    • NOAA firings hit the birthplace of weather and climate forecasting

      When news of his firing came late last week, Kai-Yuan Cheng, an atmospheric scientist at one of the crown jewels of the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), had one thought in mind: He had 1 hour to tie up his research on severe storm forecasting. “I worked to the last minute of my federal employment,” he says. “I tried my best to wrap up my work before I lost access.”

      Cheng was one of 10 federal workers fired from the Geophysical Fluid Dynamics Laboratory (GFDL), a small but influential research center in Princeton, New Jersey, as part of broader NOAA layoffs announced on 27 February. GFDL, which dates to 1955, produces some of the world’s most highly regarded weather and climate models, relied on for U.S. weather forecasting and projections of global warming. Because several of the fired workers led critical projects, it is now likely that several of the lab’s projects, including its next-generation atmospheric model, will be delayed, along with more accurate predictions of climate at regional scales.

      President Donald Trump’s administration last week fired somewhere between 600 and 900 NOAA staff, targeting “probationary” workers who were new in their jobs or recently promoted. Earlier this week, the American Meteorological Society warned the firings will “cause irreparable harm and have far-reaching consequences for public safety, economic well-being, and the United States’s global leadership.” The firings have been felt all across the agency’s labs, which study everything from pollution in the high upper atmosphere to the traces of global warming now detectable in the deep abyssal ocean.

      At GFDL, a particular concern is the future of its atmospheric model, which chops the atmosphere into thousands of boxes and uses the equations of fluid dynamics to move mass and energy through them, allowing its future to be forecast. The next version, dubbed AM5, has been designed to run at higher resolutions—more boxes—with more frequency, allowing same code developed for long-term climate change to be used for seasonal forecasting of weather as well. These improvements required reworking how the model simulated clouds, rainfall, stratospheric ozone, and gravity waves, among other factors.

      AM5 was scheduled to be finished this year, and was expected to provide the basis for GFDL’s future global climate modeling efforts, which are used worldwide, from insurance companies to United Nations’s reports on climate change. But two scientists core to AM5, including one lead, were both fired last week, sources told Science. Both had worked for many years as contractors before finally being hired. One also had to wait for the long application process for U.S. citizenship to go through. “I gave up my citizenship for this job,” the scientist said, asking not to be named for fear of drawing scrutiny.

      The researcher will likely still do some work for the lab as a volunteer, and they are still hopeful AM5 will be finished, though it is likely to be delayed now. The researcher left their birth country partly because of its authoritarian politics, they added, saying it’s sad and ironic to see similar dynamics taking hold in the U.S.. “I feel somewhat helpless. I want to push back. I want to do something.” For now, they are starting to look at jobs in Europe.

      Cheng also started as a contractor, joining GFDL in 2018 and becoming a mainstay of its experimental SHiELD forecast system, which simulates the globe at resolutions high enough to re-create convection, the updrafts that cause hurricanes, storms, and tornadoes. Knowing that federal employees should, in theory, have better job protections, Cheng hoped to join on a more permanent basis. Finally, 2 months ago, he got his dream job. “My U.S. government journey was quite short,” he says. Cheng is hopeful he did enough that someone can pick his work up—even as he now thinks about embarking on a new job hunt to help support his wife and child.

      Not all of GFDL’s fired scientists had long tenures. One, who declined to be named, was recently hired to help validate the lab’s models using satellite data. Another, Zachary Labe, has been using explainable artificial intelligence, methods that probe the black box of traditional AI models to divine their reasoning, to improve forecasts of heat waves and heavy rainfall. “Improving these forecasts is crucial for public safety,” he says.

      The NOAA firings have also drawn concern from the many private sector institutions that rely on data and forecasts provided by the agency. GFDL, for instance, collaborates with Ai2, the nonprofit founded by Paul Allen, which uses the high-resolution GFDL model to train an AI-powered forecast system that can be run at much lower computing power. But the work is now at risk, says Chris Bretherton, the atmospheric scientist who leads Ai2’s climate modeling. “With the unfettered intentions and actions of the current administration, this tragedy will come quickly and be hard to reverse.”

      Legal challenges could reverse some of the firings, as has now happened at the National Science Foundation, and the Trump administration could backtrack. Just today, it issued new guidelines stating that agencies, not the White House’s Office of Personnel Management, had ultimate say on whether to go through with these firings.

      But Bretherton says it’s dispiriting to see the future leaders of climate research at institutions like GFDL fired indiscriminately, while countries in Asia and Europe are matching or surpassing the U.S. in weather and climate modeling. No amount of clever technology can cover the gap that is forming. “Artificial intelligence,” he says, “cannot compensate for a lack of human intelligence.”

      https://www.science.org/content/article/noaa-firings-hit-birthplace-weather-and-climate-forecasting

  • Un front commun contre l’#industrialisation des #forêts françaises

    #Creuse, juin 2024. Les murs de la salle sont couverts de photos et de textes. Certains portent sur l’installation d’un parc photovoltaïque dans les forêts de la #montagne de #Lure, dans les #Alpes-de-Haute-Provence. D’autres annoncent la tenue, quelques jours plus tard durant l’été, de l’assemblée générale du #Réseau_pour_les_alternatives_forestières (#RAF). Dans un coin, une table accueille des brochures, des fanzines et quelques parutions récentes portant sur les forêts, la lutte pour les préserver, leur gestion. Une grande banderole au nom de SOS Forêt est tendue au-dessus des baies vitrées et une large toile peinte faisant figurer la tête d’un lynx entourée d’un massif diversifié, mélangeant feuillus et résineux, surplombe l’estrade. Au-dessus de celle-ci, sur un fond de couleur violette, se détache le titre donné aux retrouvailles qui se sont tenues les 28 et 29 juin dernier : « Assemblée pour des forêts vivantes ».

    Nous, c’est-à-dire deux doctorants en sciences sociales et un camarade musicien, tous trois sympathisants des initiatives décrites dans cet article et participant à l’occasion à certaines d’entre elles, assistons ce matin-là à la plénière d’ouverture, deux ans après une première édition à Nestier, dans les Hautes-Pyrénées1.

    Les prises de parole s’enchaînent et renseignent sur les actualités les plus récentes concernant les forêts françaises, évoquent des initiatives à soutenir et à rejoindre, rappellent le fonctionnement de ces deux jours de rencontres. Des tee-shirts floqués à l’insigne d’Adret Morvan, du #Groupe_national_de_surveillance_des_arbres (#GNSA) ou de la Marche pour les forêts organisée quelques années plus tôt par les syndicats de forestiers de l’#Office_national_des_forêts (#ONF), sont portés pour l’occasion.

    C’est au tour de C. de monter sur l’estrade. Elle habite sur le territoire, s’initie depuis un moment aux divers métiers de la forêt ou du bois et vient présenter la grande carte qu’un de ses camarades déplie derrière elle (dont des extraits illustrent cet article, ndlr). Elle commence : « Ici on lit souvent qu’il n’y a pas de culture forestière. Ce n’est pas si évident. Il y a une culture industrielle mais aussi un rapport habitant aux forêts et une histoire de luttes. » Pour l’attester, raconte-t-elle, un petit groupe s’est attaché à récolter des témoignages et à compiler des archives afin de « cartographier des événements et des récits à propos de l’histoire de la forêt sur la Montagne limousine ». Suivons l’invitation et observons la carte de plus près.

    Le territoire représenté est à cheval sur les départements de la Creuse, de la #Corrèze et de la #Haute-Vienne. Il est tout entier maillé de petites phrases et de vignettes qui illustrent une culture forestière contrastée mais bien présente : une commune est associée à la formation au bûcheronnage qui s’y déroule depuis plusieurs années, une autre à la « tentative désespérée d’empêcher la #coupe_rase d’une #hêtraie ». On lit des histoires de champignons et de cabanes, mais aussi les conséquences sur le milieu et l’emploi de l’industrialisation de l’exploitation forestière. Quatre bêtes fantastiques et menaçantes encadrent ainsi la carte. Elles symbolisent les « usines à bois » qui amputent les forêts de la région – la #scierie #Farges_Bois, le papetier #Sylvamo, la société #Groupe_bois_et_scieries_du_Centre ainsi que le projet d’usine de #granulés #Biosyl2.

    Cartographier les luttes

    Deux jours durant, on partage des données, des anecdotes, des témoignages, mais aussi des outils. À plusieurs reprises durant l’Assemblée, la #cartographie est apparue comme une pratique pertinente pour rendre compte des « petites et grandes histoires populaires de la forêt », donc, mais aussi pour représenter des lieux à surveiller et à défendre ou pour contester les données fournies par les acteurs dominants de la filière forêt-bois. Ces deux derniers enjeux ont fait l’objet d’un atelier durant lequel des outils récemment élaborés par un groupe forestier local rattaché au #Syndicat_de_la_Montagne limousine et par l’association #SOS_Forêt_Dordogne ont été transmis aux participant·es.

    L. et T. rappellent le contexte ayant mené à la création de #Vigie_Feuillus, un protocole de veille sur les coupes rases qui affectent quotidiennement les « forêts désenchantées3 » du #Plateau_de_Millevaches. Après plusieurs mobilisations contre des chantiers forestiers jugés inacceptables par une partie de la population, il leur a semblé important de trouver un mot d’ordre plus précis qu’une seule opposition à l’industrialisation des forêts locales. Un « guide d’intervention » fraîchement sorti de l’imprimerie est distribué à l’assistance et le sera dans toute la région durant les mois suivants. « Ce protocole, lit-on au dos de la brochure, offre quelques bases pour déterminer quelle stratégie d’intervention est la plus judicieuse et adaptée à la situation ». Il s’agit non seulement d’affûter le regard des habitant·es sur l’#exploitation_forestière dans leur territoire, mais également de s’exercer à les surveiller en identifiant les indices d’activité et à coordonner des actions afin de « créer des précédents sur les alternatives à proposer en cas de coupe rase ». Deux exemples sont convoqués pour illustrer l’éventail de situations qu’il est possible de rencontrer.

    Le premier cas a fait suite à une alerte donnée sur une probable coupe rase dans la forêt qui jouxte l’habitation de sympathisant·es du Syndicat de la Montagne limousine. Une personne a permis de gagner un temps précieux en s’opposant aux premiers travaux d’abattage, fournissant à l’organisation l’espace pour inviter les parties prenantes à une discussion conjointe, lors de laquelle les propriétaires de la parcelle boisée ont expliqué procéder à une coupe pour des raisons financières. Une issue semble alors possible par le biais du Parc naturel régional (PNR) de Millevaches dans lequel la parcelle est située : une proposition de contrat à hauteur des gains espérés par la coupe est acceptée par les propriétaires et inscrit dans la réglementation Natura 2000. L. conclue son récit en rappelant qu’il importe d’être « lucides sur là où il faut taper » : « pas sur les travailleurs », ni sur certains « petits propriétaires forestiers » dont les contraintes peuvent être tout à fait compréhensibles.

    Le second cas présente les effets qu’un outil comme #Vigie_Feuillus pourrait être susceptible de produire. En janvier 2023, sur la commune de #Tarnac, en #Corrèze, des travaux d’exploitation sont en passe de commencer sur une parcelle de plusieurs hectares que traverse la #Vienne. Plus précisément, une coupe rase est prévue dans ce qui a été identifié comme un « taillis dépérissant de châtaigniers », qui est aussi une belle forêt de feuillus appréciée des riverains. Aussitôt, un comité local se met en place pour défendre la forêt menacée. Très vite est décidée une série d’actions – « surveillance accrue, garde, blocage, occupation » – qui permettent de suspendre le chantier. À la différence de l’exemple précédent, la propriétaire n’a pas besoin d’argent : il s’agit seulement d’appliquer les mesures décidées dans le plan de gestion de sa forêt. Et de les appliquer coûte que coûte, peu importe les offres faites par le PNR ou la région pour lui acheter sa parcelle et ainsi empêcher son déboisement. Le point d’orgue de la contestation est atteint un matin de mars, lorsque les représentant·es de la filière forêt-bois du département, invité·es à un rassemblement sur place afin de soutenir la propriétaire, la coupe et un modèle forestier extractiviste, reçoivent une délégation d’opposant·es. « Le Bois du chat, symbole de la lutte entre deux visions de la forêt » titrera un journaliste présent sur place4.

    Au moment où, son récit terminé, L. s’interrompt, un hélicoptère de la gendarmerie survole le site du rassemblement pendant une longue minute, rappelant qu’ici les forêts sont un sujet sensible. Le bruit des pâles étouffe momentanément les discussions.

    M. prend ensuite la parole au nom de SOS Forêt Dordogne pour présenter une contre-expertise cartographique et collaborative menée par son association à la suite d’assises départementales sur la forêt tenues quelques années auparavant, lors desquelles le pourcentage de coupe rase réalisé chaque année leur a paru largement sous-évalué. « On s’est dit que pour parler à ces gens-là, il fallait qu’on ait des chiffres », commence-t-elle. Et d’ajouter : « Vous nous dites qu’il n’y a pas plus de coupes rases qu’auparavant : on a un outil cartographique qui montre le contraire ». Celui-ci se fonde sur l’identification in situ menée par un réseau de correspondant·es volontaires répartis sur l’ensemble du département, là où les chiffres de l’#Inventaire_forestier_national (#IFN) dépendent des #photographies_satellites. Il est simple de s’approprier la méthode proposée : une photo, un point GPS et un référencement sur une carte accessible en ligne suffisent à contribuer à l’effort de contre-cartographie.

    Tous ces exemples nous le rappellent : les forêts et les #cartes, c’est toute une histoire5. Leur mariage peut en effet aussi bien aller dans le sens d’une simplification des écosystèmes forestiers, être un outil de conquête et d’appropriation6, qu’être des plus efficaces pour mieux connaître les forêts et agir en leur sein, y travailler avec plus de précision, en préserver certaines parties ou, comme le montrent les exemples précédents, les défendre.

    De simples cartes de localisation seraient sans doute utiles, aussi, afin de mieux se retrouver parmi le foisonnement de collectifs forestiers présents lors cette deuxième Assemblée pour des forêts vivantes. La pluralité des espaces géographiques représentés est une force : de la #Meurthe-et-Moselle aux #Pyrénées, la défense des forêts suscite l’émergence de groupes locaux, mêlant habitant·es, professionnel·les et associations. Mais l’hétérogénéité des situations décrites peut aussi apparaître comme un frein à l’élaboration de mots d’ordre nationaux à même de massifier les mobilisations locales. Se pose, dès lors, la question du besoin d’une coordination nationale pour assurer l’organisation de tels événements.

    Adversaires et alliés : identifier les acteurs et les actrices de la forêt

    Après un déjeuner où des discussions enforestées ont porté sur les liens à consolider entre l’amont et l’aval de la filière bois et ont suscité l’envie d’aller rencontrer nos voisin·es Suisses pour apprendre de leur modèle sylvicole, il est temps de regagner la salle principale. Sur les bancs en bois ayant servi pour la plénière introductive, une petite vingtaine de personnes attend que commence l’atelier animé par un membre de l’association #Canopée – Forêt vivante. La séance est consacrée à l’identification des différents acteurs de la filière forêt-bois, des grandes coopératives forestières aux collectifs d’habitant·es, des sociétés de placement financier aux associations de gestionnaires forestiers.

    Par souci stratégique et didactique, ces acteurs, représentés par leur logo imprimé sur des rectangles de papier cartonné, sont placés sur un tableau déterminé par deux coordonnées. L’abscisse indique le positionnement politique de chacun par rapport aux écosystèmes forestiers et socio-professionnels. Plus ils se placent à gauche du tableau, plus ils sont considérés comme éloignés d’une sylviculture et d’une attention forestière privilégiant la vie, la diversité, la santé mentale et physique au travail, la constitution de communs inter-espèces, la subsistance. Ils sont au contraire caractérisés par leurs objectifs de profits à court terme, de maîtrise de la terre, des corps et des ressources, d’inattention écologique, de gestion des flux et d’opportunisme vert. L’ordonnée montre quant à elle le degré d’influence politique des structures et infrastructures. En haut de la ligne se retrouvent celles dont les ressorts sont les plus efficaces – en termes de taille, de capacité d’alliance, de communication, de maîtrise de l’opinion et donc de poids dans les sphères de la haute administration décisionnaire – pour faire peser la balance vers une orientation ou une autre.

    Chaque participant·e est invité·e à donner son avis sur le placement, au sein du tableau, des rectangle présentés par l’animateur de l’atelier. On apprend ainsi que Fransylva est l’unique syndicat des propriétaires forestiers privés, réduisant par conséquent à une seule liste le choix électoral, le reconduisant tous les six ans. Son président, Antoine de Ponton d’Amecourt, effectue sur ses propres parcelles forestières des coupes rases allant jusqu’à vingt hectares7.

    Par ailleurs, son syndicat contribue à légitimer, par des éléments de langage, l’industrialisation forcenée de la filière, la monoculture de résineux et le rajeunissement des peuplements – ce qui n’est pas pour déplaire à un proche de l’organisation nommé Jean-Michel Servant, ancien président de l’interprofession nationale France bois forêt et encore délégué interministériel à la forêt, au bois et à ses usages en juin dernier. À la lumière de ces informations sur le syndicat, Fransylva trouve une place évidente sur le tableau : très en haut, tout à gauche.

    L’animateur poursuit en mentionnant Pro Silva (à ne pas confondre avec la structure précédente), une association de propriétaires, gestionnaires, professionnel·les et ami·es de la forêt, reconnue d’utilité publique depuis 2013. Elle organise principalement des formations techniques prônant la sylviculture mélangée à couvert continu, pratique fondée sur le temps long, la diversification des essences et des âges. Ses principes sont applicables partout mais le faciès des forêts ainsi gérées n’est jamais le même, et s’oppose en cela au modèle monoculturel. Si Pro Silva a montré, depuis son lancement en 1989, son importance dans la balance politique, sa visibilité médiatique reste encore faible. Elle sera placée dans le quart inférieur droit.

    À la cartographie comme outil de lutte succède donc le plan. Les nombreux autres acteurs seront à leur tour présentés et disposés afin de mieux s’orienter dans le paysage institutionnel de la forêt française.
    Débrancher les forêts

    Au même moment, une discussion consacrée à la rencontre entre « forêt et production d’énergie », ou « comment résoudre l’équation impossible », débute sous un barnum nommé « bouleau » pour l’occasion. Certain·es participant·es feront remarquer qu’il n’y a pas de barnum « douglas », ni « pin maritime », les mal aimés, les pas beaux. C’est pourtant souvent de ces essences dont il est question, en ce qu’elles composent largement les forêts « sous camisole8 » impliquées dans les projets énergétiques qui seront discutés au cours de cet atelier.

    Quelques personnes préparent l’espace de discussion. Deux intervenants accrochent des photographies de parcs solaires sur la bâche blanche et jaune du barnum. L’un d’eux porte un tee-shirt du Réseau pour les alternatives forestières (RAF), dont il fut l’un des administrateurs. Un slogan y est inscrit : « Ça te branche ? ». La question prend ici une tout autre tournure.

    Deux clichés, « avant/après », amènent à constater l’impact forestier de la « centrale industrielle » de Monfort, développée par Engie Green dans les Alpes-de-Haute-Provence. Au-dessus, une cartographie « clandestine et non-exhaustive » permet d’insérer cette prise de vue dans ce qui est qualifié de « mitage en cours ». On comprend vite le sens de cette expression et de ce qu’elle recouvre : si la loi APER de 2023, relative à « l’accélération de la production d’énergies renouvelables », interdit les installations photovoltaïques supérieures à 25 hectares sur des zones forestières lorsque celles-ci nécessitent une autorisation de défrichement, n’amène-t-elle pas à la multiplication de projets certes moins grands, mais toujours aussi vastes dès lors qu’on accède à un aperçu global du phénomène ?

    Une dizaine de personnes a pris place – il y en aura une vingtaine lors de la session suivante. Quelques-unes étaient présentes aux Résistantes, les « rencontres des luttes locales et globales » qui ont eu lieu sur le plateau du Larzac l’année précédente. L’impact des parcs photovoltaïques sur les espaces agricoles ou forestiers y avait été discuté lors d’une table-ronde, à l’issue de laquelle une coordination nationale s’était créée9.

    Un nouveau « tour d’horizon des projets contestés et des luttes engagées » commence donc. Un intervenant venu des Bouche-du-Rhône aborde le cas de Gardanne, où l’avenir de la centrale à charbon reconvertie en usine à biomasse reste encore incertain. On estime sa consommation à 850 000 tonnes de bois par an. Ses propos sont ensuite complétés par un témoin des Pyrénées-Atlantiques, qui détaille pour sa part le projet BioTJET – une usine de bio-kérozène située à Lacq, censée alimenter les besoins de l’aéronautique en carburant à partir du bois. La production s’appuie sur l’électrolyse, un procédé lui-même très coûteux en énergie. Drôle de transition, pense-t-on, que celle nécessitant de nouvelles unités de production d’électricité, de nouvelles lignes de transports et, qui sait, de nouveaux panneaux solaires en forêt.

    Beaucoup attestent sur ce point d’une véritable « déferlante photovoltaïque » dans les milieux forestiers, que ce soit en Dordogne, en Franche-Comté, en Gironde ou dans les Alpes-de-Haute-Provence. La pression sur les espaces concernés est parfois double. Sur la Montagne de Lure, l’association Elzeard a dénombré plus de 1 000 hectares de zones naturelles convoitées par l’industrie photovoltaïque. Or, cette montagne fait déjà partie de la Zone d’Approvisionnement Prioritaire de la centrale de Gardanne.

    Là comme ailleurs, la pression s’intensifie par le biais d’un nouvel outil conçu par la loi APER : les Zones d’Accélération. Les communes doivent désormais identifier des sites jugés propices à l’installation d’unités de production et rapidement en fournir une cartographie. D’où l’organisation de balades « botanovoltaïque » dans le Buëch, comme nous l’a expliqué un membre du Collectif citoyen pour un autre photovoltaïque dans les Alpes du Sud. En se promenant sur ces terres convoitées et soumises à une spéculation nouvelle, il est sûrement possible de découvrir ce que la superposition de données oublie ou ne sait dire de la forêt.

    Une membre du Collectif Citoyens Résistants Champagnole est venue témoigner de ce qui aurait dû être le plus gros parc photovoltaïque de Franche-Comté dans les forêts de Loulle et de Mont-sur-Monnet. La voilure a dû être revue à la baisse. C’est également le cas en Gironde, ce dont témoignent des opposant·es au projet Horizeo, grand vainqueur de cette course au gigantisme. Les porteurs du projet envisagent l’installation de 700 hectares de panneaux photovoltaïques dans la forêt des Landes girondines, au sud de Bordeaux, au lieu des 1 000 hectares prévus initialement. Mais ce projet, qui serait alors le plus important en France, a toutefois du plomb dans l’aile. Il fut récemment désavoué par le même gouvernement qui avait adapté la loi APER à son calendrier, rendant ainsi possible le dépôt des demandes d’autorisation avant que l’interdiction des sites de plus de 25 hectares soit effective.

    Si les projets s’accumulent en entrent en concurrence, l’espace dédié à la compensation forestière également – une aubaine, malgré tout, pour des coopératives forestières attentives à l’expansion de leur domaine d’intervention, transformant des forêts de « faible valeur » en hectares compensateurs. Alors, les hectares en forêts se font plus chers, et c’est le foncier agricole qui apparaît comme une solution miracle.

    Nous l’avons vu, même si les argumentaires et les conditions matérielles sur lesquelles s’appuient ces projets varient en fonction des territoires, ils s’inscrivent néanmoins dans des dynamiques globales. Un chercheur qui enquête depuis Bruxelles sur le lobbying européen des grandes entreprises, notamment sur l’industrie de la biomasse, nous le raconte. Il rappelle l’intérêt de comprendre les directions de l’Union pour appréhender le contexte national et ses répercussions sur nos milieux de vie. Les contraintes sont fortes et les pénalités financières bien réelles. La France, seul État membre à n’avoir pas atteint ses objectifs de production d’énergie renouvelable en 2020 et dont la trajectoire a été jugée insuffisante, s’est vu infliger une amende de l’ordre de 500 millions d’euros.

    L’industrialisation de la forêt, largement évoquée lors de ces journées, est tout à fait compatible avec la « transition énergétique » telle qu’elle nous a été témoignée. En fait, cette mise au travail des forêt permet au moins deux choses. D’une part, elle garantit la pérennité et la progression d’une ressource en bois qui doit s’adapter à de nouveaux besoins : la production d’une énergie « verte » et « décarbonnée ». D’autre part, elle assure à cette production un espace dédié où pourront être implantées les infrastructures nécessaires à la transformation des ressources, qu’il s’agisse de bois ou de soleil. Pour ce faire, l’industrie emploie un argumentaire qui opère comme une épée à double tranchant. À la fois capable d’écologiser la forêt – un bien renouvelable pour une énergie propre – elle n’hésite pas à nier son existence quand cela l’arrange – au mieux elle est en dépérissement, au pire ce n’est pas une vraie forêt. Dans tous les cas, il s’agit de la couper pour satisfaire l’envolée d’une demande en énergie rarement ou jamais questionnée.

    Face à cette industrialisation de la forêt, une éclosion de luttes territorialisées est soucieuse de se mettre en lien. S’il convient de distinguer les nombreux domaines que couvrent la question de l’énergie (biomasse, photovoltaïque, biocarburants, etc.), ce travail de témoignages, de partages d’expériences et de réflexions ouvre à des prises de positions, enquêtes et actions communes aux participant·es. C’est toute une culture qui se construit, là où les développeurs, nous l’avons entendu, croient souvent tomber sur des « incultes », des habitant.es peu informé.es, et pensent bénéficier de causes parfois considérées comme indéfendables : il est compliqué de concevoir qu’un projet dit « de transition énergétique » puisse être contesté. « On l’entend dans la presse : les écolos attaquent les écolos ».

    Démanteler le complexe sylvo-industriel

    Défendre les forêts conduit donc bien souvent à en sortir pour comprendre ce qui les menace. Quitte à remonter pour cela une ligne à grande vitesse ou à suivre le parcours d’un camion chargé d’arbres fraîchement abattus. Depuis plusieurs mois, le collectif Méga-Scierie Non Merci lutte contre l’extension de la scierie Farges-Bois, en Corrèze, à Égletons – une lutte qui, pour l’heure, est sur la bonne voie : les procédures judiciaires en cours à l’encontre de l’industriel l’ont contraint à suspendre momentanément son projet d’extension. Et ce malgré l’achat récent de la propriété d’une riveraine et opposante par l’industriel, suite à l’expropriation de l’habitante par la communauté de communes Ventadour-Égletons-Monédières10.

    Cette histoire nous est racontée par deux membres du collectif. Ils reviennent sur les raisons de leur implication contre l’extension de la plus grosse scierie limousine, qui a pu être visitée lors de portes-ouvertes mémorables en septembre 202311. Rien ne les destinait à enquêter sur l’industrie forestière, à calculer des volumes de bois sur pied, abattus et sciés, ni à entamer un véritable travail de recherche pour mieux comprendre la réalité de ces « méga-scieries » qui s’installent et se développent de l’Alsace aux Pyrénées. Leur rencontre les a conduits à tenter de comprendre ce que l’aval d’une filière industrielle fait à la ressource qu’elle mobilise et aux forêts qui la produisent.

    En décembre 2022, plus de 200 personnes ont manifesté dans les rues d’Égletons pour protester contre le projet d’extension et elles étaient autant à participer à la première réunion d’information organisée par les opposants au début de l’année 2024. Aujourd’hui, le public de l’atelier est beaucoup plus clairsemé : l’outil industriel, sa logique de standardisation, de capitalisation et d’investissement, son rapport de prédation à la ressource en bois ne sont peut-être pas les sujets les plus séduisants de cette Assemblée pour des forêts vivantes. Le même après-midi, il est en effet possible de composer des vers ou des haïkus pour les déclamer ensuite en forêt, ou de s’initier à la grimpe d’arbre avec des membres du GNSA. Difficile, aussi, de trouver des failles chez des groupes composés de plusieurs centaines de salarié·es et qui bénéficient d’un soutien politique fort au-delà de la seule – et nécessaire – opposition.

    C’est notamment pour cette raison que A. et A. ont commencé à enquêter sur le monde discret des plus grosses scieries françaises. Mieux connaître ses réalités donne des prises pour envisager une riposte un tant soit peu suivie d’effets. Une démarche proche de celle qui a mené l’Atelier paysan à écrire le livre Reprendre la terre aux machines, dans lequel un retour critique sur la modernisation agricole et la constitution d’un complexe agro-industriel précède une série de propositions concrètes à l’adresse du monde paysan. Une heure durant, ils relatent leur cheminement, convoquent l’histoire récente du territoire et celle de l’industrie forestière avant d’ouvrir le débat sur quelques questions simples : comment démanteler de tels sites industriels ? Par où commencer ? Et qu’est-ce que démanteler, dans ce cas, veut dire ?

    Tandis que l’atelier prend fin, la discussion se poursuit avec trois personnes mobilisées contre le rachat et l’agrandissement d’une scierie à proximité de leur lieu de vie. Dans la grande salle, un chœur entame des chants, vite repris par le public. Nous mettons quelques chaises à l’écart pour recueillir le récit de G., X et E., trois membres d’un collectif situé autour de Brassac, dans le Tarn, qui se mobilise contre le projet porté par le groupe SIAT, propriétaire de la plus grosse scierie française, située en Alsace. Celui-ci entend faire d’une scierie moyenne, déjà reprise mainte fois, l’une des plus importantes d’Occitanie. Quelques semaines plus tôt, une petite délégation issue du collectif Méga-Scierie Non Merci est allé à leur rencontre pour entamer une collaboration militante. Des connexions commencent à se faire.

    « Nous, on habite à côté ». G. et M. ont assisté à l’émergence et la croissance de la scierie installée en face de chez eux, à Brassac, depuis 1997, jusqu’à son rachat récent par le groupe SIAT. Ils n’en sont pas à leur premier combat pour la sauvegarde de terres agricoles et naturelles : voilà une dizaine d’années qu’ils posent des recours pour contester le changement d’affectation des sols autour de chez eux, quelles que soient les sociétés concernées.

    Néanmoins, un changement d’échelle est cette fois à prévoir : « L’argument de SIAT est de dire qu’ils vont faire un site miroir de celui qu’ils ont en Alsace. Donc on a voulu savoir comment c’était en Alsace ». Une visio-conférence organisée avec des riverains du site d’Urmatt dans le Bas-Rhin a fini de convaincre les trois opposant·es : s’il se réalise, ce méga-projet industriel produira un niveau de nuisances et de pollutions invraisemblables pour les riverain·es, ainsi qu’une pression accrue sur des forêts déjà soumises à une exploitation importante et des perturbations climatiques de plus en plus intenses.

    Dès lors, dans le Tarn comme ailleurs, tous les moyens sont bons pour convaincre les habitant·es concerné·es qu’il est impératif de s’opposer à ce qui les attend. Des festivités se sont ainsi tenues le 22 septembre 2024 à Brassac dans l’espoir de faire changer d’échelle la lutte locale contre l’implantation du groupe SIAT. Un événement d’une tout autre ampleur, appelé par nombreux collectifs, associations et syndicats du Limousin a rassemblé le premier week-end d’octobre plus de 3 000 personnes à Guéret, dans la Creuse, là où le groupe Biosyl entend installer une usine à granulés qui menace les forêts de feuillus des environs. Cette journée de mobilisation populaire massive, soutenue aussi bien par des syndicats agricoles et de travailleurs que des associations environnementales, a été une véritable réussite.

    https://www.terrestres.org/2024/11/26/un-front-commun-contre-lindustrialisation-des-forets-francaises
    #forêt #France

  • Far-right governments seek to cut billions of euros from research in Europe

    Anti-immigration parties are pushing policies that are hostile or indifferent towards science.

    A surge in far-right parties entering governments across Europe is raising concerns for science. The parties, whose focus is typically immigration, care little about research, say policy experts. In the Netherlands — where the Party for Freedom (PVV), led by the anti-Islam firebrand Geert Wilders, entered a coalition government in July — researchers are bracing for €1 billion (US$1.1 billion) in cuts to the budget, the worst in decades.

    “We’re talking about historic cutbacks,” says Caspar van den Berg, president of the Universities of the Netherlands umbrella body. “It’s really striking how research, education, innovation is being hit the hardest of all sectors.”

    Italy, Hungary, Slovakia and Croatia have also elected governments that include far-right parties. In June, populist parties made gains in the European Parliament elections. And in September, the far-right Freedom Party of Austria topped polls in a legislative election.

    Although there are exceptions, these parties are typically not interested in research and innovation, says Léonie de Jonge, who specializes in far-right parties at the University of Groningen in the Netherlands, leaving scientists vulnerable to cuts.

    Deep cuts

    The Netherlands — which punches above its weight in global science — is among the nations seeing drastic changes to its research system. The government’s budget last month unveiled the nearly €1-billion-a-year cut to universities and research, slashing support for early-career research grants, open science and international students.

    The cuts are the equivalent of scrapping around one large university in a country that has only 14, says van den Berg. Several universities have already frozen hiring over the summer. The University of Amsterdam has described the cuts as the biggest since the 1980s.

    One of the budget’s biggest victims is starter and stimulus grants, introduced in 2022 to give new and existing academics a one-off €300,000 grant to hire PhD students and laboratory assistants, for example.

    “The aim of those grants was to create room for independent, curiosity-driven research, but also to reduce work pressure,” says Eddie Brummelman, chair of the Young Academy, a science-policy group in Amsterdam. Dutch academics have repeatedly gone on strike in the past few years over heavy workloads.

    But with these funds gone, young academics will be even more dependent on competitive grants from industry and the already oversubscribed Dutch Research Council (NWO), he says.

    The NWO also faces cutbacks: the changes remove €30 million a year from its budget for scientific infrastructure. Its funds for open science are being halved.

    In a separate set of cuts, the new government has scrapped the final tranches of the Netherland’s National Growth Fund, which supported green hydrogen projects and medical research, saving €6.8 billion.

    Immigration focus

    International students are also in the government’s crosshairs. The coalition wants their enrolment numbers to fall, and is slashing nearly €300 million from university education budgets to ensure this happens.

    A spokesperson for the Ministry of Education, Culture and Science said that the government had chosen to prioritize security, health care and ensuring “that people have more money in their wallets” (the government is cutting personal taxes). “To make that possible, unfortunately, cutbacks are needed in many areas, including education and science.”

    The Dutch Parliament is considering a ‘balanced internationalization’ law, designed to push back against the growth of English-language teaching and research, which has helped to attract international talent.

    To universities’ alarm, if the law passes, all undergraduate courses would have to seek permission to be taught in English or another foreign language.

    It’s so far unclear how many courses would be forced to switch to Dutch, says van den Berg. But the move could trigger an exodus of foreign academics who don’t want to, or can’t, teach in the language. “A drain of the most talented people is feared,” he says.

    The policies align with the goals of parties whose central issue is immigration, says de Jonge. “That’s, at the end of the day, the one thing that they care about,” she says. “Their voters do not care about innovation.”

    Although indifference towards research is one concern, such parties are often also hostile to universities, seen as a bulwark of left-wing “indoctrination”, she adds, making higher education a tempting target for cuts.
    Science neglect

    In Italy, where Prime Minister Giorgia Meloni’s right-wing Brothers of Italy party won power in 2022, university funding has effectively been cut this year by around €500 million, leaving a budget of roughly €9 billion, said a spokesperson for the Conference of Italian University Rectors. A government spokesperson countered that much of this drop is because funding was brought forward in 2023.

    Neglect of science isn’t always confined to the far right. France’s new centre-right government has disappointed scientists by scrapping long-term budget increases, as it tries to lower government debt.

    But the rise of far-right parties focused obsessively on immigration bodes particularly ill for research, says Robert-Jan Smits, president of the executive board of Eindhoven University of Technology in the Netherlands. “These are single-issue parties,” he says. On science, “they don’t really seem to care, and they don’t have a policy”.

    https://www.nature.com/articles/d41586-024-03506-y

    #science #recherche #université #extrême_droite #coupes_budgétaires #Pays-Bas #Italie #France

  • La justice condamne les travaux de coupe rase au Bois du Chat- Paris Luttes
    https://paris-luttes.info/la-justice-condamne-les-travaux-de-18595

    À Tarnac (Corrèze), la coupe rase qui avait commencé en novembre 2022 au Bois du Chat avait suscité la mobilisation d’une partie des habitant·es de la commune. Nous nous sommes opposé·es à la destruction de cette forêt de feuillus située en zone Natura 2000 aux abords de la Vienne et au cœur du Parc (...) @Mediarezo Actualité / #Mediarezo

  • « La #forêt_amazonienne est habitée depuis toujours »

    Sous ses dehors sauvages, la forêt amazonienne est habitée depuis des millénaires par des populations qui ont su l’exploiter tout en la préservant, comme le raconte le géographe François-Michel Le Tourneau dans ce 4ᵉ volet de notre série d’été consacrée à la forêt.

    On imagine la forêt amazonienne comme un espace vierge de présence humaine. Mais c’est loin de la vérité. Vous êtes spécialiste de la région amazonienne, notamment dans sa partie brésilienne. Pouvez-vous nous dire qui habite cette forêt aujourd’hui ?
    François-Michel Le Tourneau1. Depuis une trentaine d’années, le concept de forêt vierge appliqué à l’Amazonie est en train de voler en éclats. L’histoire de la région a été dominée jusqu’aux années 1970 par des archéologues occidentaux, qui avaient imposé l’idée d’une forêt impénétrable, produisant peu de ressources, en particulier peu de protéines animales, où ne pouvaient subsister que quelques tribus nomades. Mais c’est faux ! D’abord, le peuplement de cette région remonte au moins à 11 000 ans avant notre ère. Différentes populations ont peu à peu domestiqué des plantes comme le riz et le manioc. Elles ont par ailleurs développé des civilisations denses et quasi-urbaines dans les siècles qui ont précédé la colonisation européenne, comme le montre l’apport récent du lidar, une technique de télédétection laser qui traverse la canopée et révèle le modelé exact du sol.

    Mais à cause de l’arrivée des Européens et, avec eux, des épidémies, 80 % à 90 % de cette population a été décimée. Les Portugais ont alors importé de la main-d’œuvre depuis l’Afrique et une partie de ces esclaves, les quilombolas, appelés aussi « Noirs marrons », se sont échappés pour vivre en forêt. Par ailleurs, des métissages ont eu lieu entre Amérindiens et Européens, dont sont issus les caboclos, des paysans qui ont formé petit à petit le gros de la population du bassin amazonien. Le peuplement de la forêt amazonienne est donc le fruit d’une histoire où se sont succédé et mélangées des populations d’origines très différentes.

    Les Amérindiens ne sont donc pas les seuls habitants de cette forêt ?
    F.-M. Le T. Non, en effet. Et l’histoire ne se termine pas là ! Au XIXe et au XXe siècle, deux grandes vagues d’immigration ont entraîné des afflux de population du Nord-Est. À la fin du XIXe siècle, quand la demande de latex a explosé dans le monde, 500 000 seringueiros sont venus pratiquer en forêt la saignée des hévéas (seringueira en portugais, Ndlr). L’euphorie liée au commerce du caoutchouc n’a pas duré longtemps, car la Malaisie a repris cette exploitation à grande échelle. Comme dans le conte de Cendrillon, la région amazonienne s’est rendormie pour plus d’un siècle. Jusqu’à ce que le régime militaire brésilien arrivé au pouvoir en 1964 décide de développer une région considérée – toujours à tort ! – comme vide et arriérée et de l’arrimer au reste du pays, craignant une prise de contrôle par d’autres puissances. Il organise alors un grand plan de colonisation agricole par des populations paysannes sans terre, ce qui lui permet en même temps d’éviter une réforme agraire dans le reste du pays.

    Plusieurs millions de personnes arrivent ainsi dans les années 1970-1980, profitant des routes qui sont construites dans le même temps à travers la forêt. La population urbaine commence à dépasser la population rurale… au point que la géographe brésilienne Bertha Becker qualifiait dès 2000 cette Amazonie brésilienne de « forêt urbanisée » ! Aujourd’hui, environ 25 millions de personnes vivent en Amazonie brésilienne, dont 753 000 Amérindiens. Parmi elles, 350 000 habitent au cœur même de la forêt.

    La population amérindienne est à nouveau en progression ?
    F.-M. Le T. Oui, elle a fortement augmenté depuis trente ans au Brésil en général et en Amazonie en particulier. Depuis les années 1970, une meilleure prise en charge sanitaire, notamment vaccinale, a amélioré la santé des Amérindiens. Surtout, une convergence est apparue à partir de 1985 entre la montée des préoccupations environnementales d’une part et les luttes sociales des populations autochtones d’autre part.

    En 1988, une nouvelle constitution a reconnu leurs droits et leurs langues, et leur a restitué de larges pans de territoires : aujourd’hui, sur 3,3 millions de kilomètres carrés de forêt amazonienne brésilienne, environ 1,3 million de kilomètres carrés (trois fois la France métropolitaine environ) sont exclusivement réservés aux Amérindiens. À cela s’ajoutent les terres allouées à d’autres populations traditionnelles, comme les seringueiros. Confrontés dans les années 1970 à l’arrivée de propriétaires qui défrichent massivement, ils ont obtenu une gestion communautaire de ces terres. Même chose pour les ribeirinhos vivant sur les berges du fleuve, qui ont récupéré des réserves de développement durable et des droits spécifiques dans la préservation de ces écosystèmes.

    On oublie trop souvent que des centaines d’espèces et de variétés étaient cultivées en forêt par les Amérindiens avant le contact avec les Européens, sans entraîner de dégradation de la fertilité des sols, au contraire ! Là où les grandes entreprises agricoles défrichent d’immenses surfaces pour ne faire pousser que quelques espèces à grand renfort d’intrants chimiques.

    De quelle façon ces populations vivent-elles de la forêt ?
    F.-M. Le T. Les Amérindiens pratiquent pour la plupart un système mixte qui repose sur une agriculture rotative par abattis-brûlis, la collecte de ressources végétales (graines, semences, lianes), ainsi que la pêche et la chasse. Pour fonctionner, ce système impose d’avoir accès à de vastes surfaces qu’ils parcourent en fonction des saisons et des besoins.

    Les autres populations traditionnelles ont repris certaines bases des Amérindiens, notamment l’agriculture rotative, mais elles utilisent souvent plus intensivement d’autres ressources car elles tirent une partie de leur subsistance de la vente de ces produits (noix, fibres, semences, etc.) sur les marchés. Dans les deux cas, de plus en plus, les allocations sociales et les salaires participent aussi aux économies des familles, entraînant des changements de régimes alimentaires pas toujours heureux.

    Ces populations traditionnelles sont-elles un rempart contre la déforestation ?
    F.-M. Le T. En partie oui. Le gouvernement brésilien considère d’ailleurs que les territoires amérindiens participent au réseau des unités de conservation de l’environnement. Dans le même temps, les politiques de développement se pensent toujours face à une nature sauvage qu’il s’agirait de domestiquer, avec des plantations monospécifiques, des pâturages destinés aux élevages ovins et bovins, des grandes cultures, qui ne laissent aucune place aux processus naturels. L’idée perverse d’une profusion inépuisable de la forêt n’est pas remise en question...

    Mais les peuples autochtones deviennent aussi, pour certains, prisonniers d’une injonction à sauver la forêt. Or, leur projet de développement dans le futur n’est pas forcément de conserver un mode de vie traditionnel. De nouveaux besoins se font jour, qui nécessitent souvent l’accès à des revenus monétaires. Certains, pour subsister, acceptent de faire des coupes à blanc (abattage sur de très grandes surfaces de la totalité des arbres d’une exploitation forestière, Ndlr) dans la forêt afin d’y créer des pâturages pour de l’élevage. Doit-on les en empêcher ? Il faut noter enfin que la plupart ne résident plus seulement dans leurs territoires d’origine mais pratiquent des mobilités circulaires entre ville et forêt, utilisant l’espace périurbain pour continuer leurs activités agricoles et de collecte tout en profitant des avantages de la ville, comme l’accès à la scolarité ou à des emplois rémunérés.

    Le sujet est compliqué. En réalité, ce devrait être à l’État de protéger cet environnement, tout en acceptant le droit à l’autodétermination de ces populations et leur aspiration à une prospérité matérielle équivalente à celle du reste du Brésil.

    https://lejournal.cnrs.fr/articles/la-foret-amazonienne-est-habitee-depuis-toujours

    #géographie_du_vide #géographie_du_plein #Amazonie #peuples_autochtones #forêt #Amérique_latine #forêt_vierge #exploitation #Brésil #peuplement #quilombolas #noirs_marrons #esclavage #histoire #caboclos #agriculture #villes #urbanité #latex #hévéas #caoutchouc #colonisation #colonisation_agricole #réforme_agraire #forêt_urbanisée #vaccins #vaccination #démographie #agriculture_rotative #abattis-brûlis #alimentation #régime_alimentaire #déforestation #plantations #pâturages #terres #coupes_à_blanc #élevage #mobilités_circulaires

  • Planter 1 milliard d’arbres : comment le plan de #Macron rase des #forêts

    Le projet du gouvernement de planter #1_milliard_d’arbres est « une #supercherie », dénoncent des associations. D’après des documents obtenus par Reporterre, il servirait à financer des #coupes_rases et à industrialiser la filière.

    L’État plante des arbres pour mieux raser des forêts. C’est la réalité cachée du projet de plantation de 1 milliard d’arbres vanté par Emmanuel Macron. Dix-huit mois après son annonce en grande pompe, au lendemain des incendies de l’été 2022, le plan qui avait pour ambition de « renouveler 10 % de la forêt française » et de « #réparer_la_nature » montre un tout autre visage : les millions d’euros d’argent public déversés dans la filière servent de prime aux coupes rases et transforment des forêts diversifiées en #monocultures_résineuses. Une situation qui inquiète gravement les associations écologistes.

    D’après les documents officiels du ministère de l’Agriculture, que Reporterre a pu consulter, 50 millions d’arbres ont déjà été plantés, sur 35 935 hectares. Dans de nombreuses régions, les conditions dans lesquelles se sont déroulés ces chantiers posent problème.

    Les documents indiquent que 15 millions de plants d’arbres auraient été replantés sur 10 000 hectares de forêts qualifiées de « pauvres » par le gouvernement. Ces forêts rasées étaient en réalité « saines et bien portantes », assure l’association Canopée, qui a enquêté sur le terrain. Des coupes rases sur 6 500 hectares auraient même été réalisées en zone Natura 2000. Sur ces surfaces dévolues d’ordinaire à la protection du vivant, 1 500 hectares auraient été ensuite plantés exclusivement en #pins_douglas, une essence prisée par les industriels.

    Adapter la forêt aux besoins de l’industrie

    « On nage en plein délire, s’emporte Bruno Doucet, chargé de campagnes au sein de l’association. Alors même qu’il y a urgence à préserver les forêts, on les rase pour les transformer en #champs_d’arbres. » Les associations écologistes dénoncent un « coup de communication » et « un projet mégalomane ». Le milliard d’arbres plantés aurait vocation non pas à aider la forêt à affronter le dérèglement climatique, mais à l’adapter aux besoins de l’#industrie. « Si tous les arbres du plan “1 milliard d’arbres” sont plantés dans les mêmes conditions, cela signifierait que 200 000 hectares de forêts saines et vivantes seraient rasés d’ici 2032 », ajoute-t-il.

    « La #biodiversité a peu à peu été rejetée au second plan pour prioriser la #récolte_de_bois et les #fonctions_productives de la forêt », regrette de son côté Christophe Chauvin, pilote du réseau forêt à France Nature Environnement (FNE). En septembre 2023, plusieurs ONG écologistes [1] alertaient déjà sur les dérives en cours. « La stratégie s’est éloignée de l’enjeu qui en a initié l’élaboration », écrivaient-ils dans un rapport. « La restauration des écosystèmes » et le « renforcement de la résilience des forêts » ont été délaissés au profit d’une logique simpliste et comptable qui privilégie « les #plantations_en_plein », c’est-à-dire les #plantations après coupes rases, prévenaient-ils.

    « Plutôt que de protéger les peuplements existants, en les enrichissant et en travaillant avec finesse, les industriels préfèrent tout couper pour les substituer à d’autres essences, du #résineux majoritairement, qu’ils jugent plus résistant et plus intéressant économiquement », observe Christophe Chauvin.

    Plus de 80 % des arbres sont plantés après une coupe rase

    Selon un rapport du Conseil supérieur de la forêt et du bois, un organisme ministériel, les plantations en plein, donc après coupes rases, représenteraient près de 80 % des opérations à effectuer pour atteindre la cible du milliard d’arbres, et donc se feraient en lieu et place d’anciennes forêts. Seuls 7 % des arbres plantés viendraient s’ajouter aux forêts existantes, principalement sur des terres agricoles abandonnées. À TF1, le ministère de l’Agriculture a tenu à préciser que « l’objectif du milliard d’arbres ne visait pas à créer de nouvelles forêts, mais bien à renouveler celles déjà existantes ».

    « #Renouveler », ou plutôt « #transformer » la forêt et « #abattre » des parcelles entières pour y #replanter de jeunes arbres. Ce que le ministère assume auprès de Reporterre : « France Relance s’adresse à des forêts malades ou non adaptées au changement climatique. Il est donc normal que les plantations en plein soient très majoritaires. Les coupes rases sont essentiellement sanitaires », assure-t-il.

    Les grandes #coopératives_forestières en embuscade

    Concrètement, 35 935 hectares ont été replantés de 2021 à 2023 pour un coût de 150 millions d’euros, d’après la Direction générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE). Le #pin_maritime et le #douglas ont été les principales essences replantées sur d’anciennes #forêts_feuillues et les plantations après coupes rases ont représenté 32 046 hectares (soit 89 % de la surface totale). Ces chantiers lourds et coûteux ont été portés en grande majorité par les coopératives forestières, des entreprises qui plaident pour l’#industrialisation de la filière.

    « Ce plan favorise une logique prométhéenne »

    Selon le document de la DGPE, les #coopératives ont capté plus du tiers des #subventions totales, le reste est allé aux particuliers et aux propriétaires (parfois eux-même en lien avec des coopératives). « Le #plan a constitué un effet d’aubaine pour asseoir leur #modèle_productiviste. Ces acteurs se sont accaparé l’argent public pour leur business », dénonce Bruno Doucet. La plus grande coopérative, #Alliance_Forêts_Bois, critiquée pour ses méthodes destructrices des écosystèmes, a même perçu 10 % des subventions. C’est en #Nouvelle-Aquitaine, dans la forêt des #Landes — où l’entreprise est hégémonique —, qu’il y a d’ailleurs eu le plus de #reboisements. À l’inverse, les experts et gestionnaires indépendants qui privilégient souvent d’autres méthodes sylvicoles plus proches de la nature n’ont reçu que des miettes. Ils ne représentent que 7 % des dossiers soutenus par les pouvoirs publics.

    « Ce plan favorise une logique prométhéenne, soutient Christophe Chauvin, c’est une négation de l’#écologie et de ses équilibres. On croit à la toute-puissance de l’intervention humaine et à celles des machines. C’est soit naïf, soit complètement opportuniste. »

    « Si une forêt est pauvre, il faut l’enrichir, pas la détruire »

    Au cœur des polémiques résident les critères d’attribution de ces #aides. Pour être éligible aux #subventions et pouvoir replanter sa forêt au nom du milliard d’arbres, il faut que son peuplement soit considéré comme « dépérissant »,« vulnérable » ou « pauvre ».

    Pour l’État, un « #peuplement_dépérissant » est une forêt où 20 % des arbres seraient morts après une catastrophe naturelle ou une attaque de pathogènes. Une forêt « vulnérable » est une forêt que l’on suppose menacée à terme par le réchauffement climatique avec des essences jugées fragiles comme le châtaignier ou le hêtre. Tandis qu’un peuplement est considéré comme « pauvre », lorsque sa valeur économique est inférieure à 15 000 euros l’hectare, soit environ trois fois son coût de plantation.

    Ces définitions font l’objet de vifs débats. Les ONG écologistes jugent trop faible le curseur de 20 % pour un peuplement dépérissant. Par exemple, dans une forêt composée à 80 % de chênes sains et à 20 % d’épicéas attaqués par des scolytes, le propriétaire pourrait légalement tout raser, toucher des subventions et dire qu’il participe au grand projet du milliard d’arbres.

    Les peuplements dits « vulnérables » suscitent aussi des controverses. Sans nier les conséquences du réchauffement climatique sur les forêts — la mortalité des arbres a augmenté de 80 % en dix ans —, la vulnérabilité d’un massif reste très difficile à établir. Elle dépend de multiples facteurs et repose aussi sur le scénario climatique auquel on se réfère, à +2 °C, +4 °C, etc.

    « Il faut être vigilant quant à ces projections, prévient Marc Deconchat, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). On ne sait pas exactement comment les essences vont survivre ou non. On connaît encore mal leur capacité d’adaptation et d’évolution génétiques. »

    Les modèles qui prédisent une migration vers le nord de certaines essences d’arbres indigènes ou leur disparition reposent sur des moyennes générales, avec des échelles parfois très grossières. « Quand on regarde de manière plus subtile, en prenant en compte les variations de pente, le type de sol ou d’orientation au soleil, le risque de disparition est très variable, affirme Marc Deconchat. Ce ne sont d’ailleurs pas uniquement les essences qui sont en cause, mais aussi le mode de #sylviculture qui leur est associé. »

    Un exemple de #maladaptation

    C’est surtout le terme de « #peuplement_pauvre » qui provoque l’ire des écologistes. Cette expression servirait de prétexte pour tout ratiboiser. Selon les calculs de plusieurs forestiers et écologistes, près de 95 % des forêts françaises auraient une valeur sur pied inférieur à 15 000 euros l’hectare. Avec ce critère, quasiment toute la forêt métropolitaine pourrait donc être considérée comme pauvre et être remplacée par des plantations.

    Dans un documentaire, le journaliste Hugo Clément montre comment des parcelles de forêts #feuillues diversifiées considérées comme pauvres ont été rasées, partout à travers la #France, avec ce type d’argumentaire. Le #bois a été transformé en #broyat pour partir ensuite en fumée, nourrir des chaudières ou faire de l’électricité. « C’est une supercherie, un non-sens écologique et climatique. Une forêt pauvre, il faut l’enrichir, pas la détruire », enchérit Christophe Chauvin.

    Les défenseurs de l’environnement craignent que ce plan de 1 milliard d’arbres ne soit finalement qu’un exemple de maladaptation au changement climatique. Ils rappellent que les #monocultures sont plus fragiles que les vieilles forêts face aux aléas naturels. 38 % des plantations de jeunes arbres sont morts l’an dernier à cause de la sécheresse. La coupe rase est aussi décriée pour ses conséquences climatiques. « Elle est à éviter autant que possible et ne doit être utilisée qu’en dernier recours », déclare le climatologue Philippe Ciais. Dans une expertise scientifique commandée par le ministère de la Transition écologique, soixante-dix chercheurs affirment que « les principaux effets des coupes rases sur le milieu physique et chimique sont généralement négatifs et globalement bien documentés, notamment sur la structure, la fertilité et le stockage de carbone des sols, la biodiversité, l’érosion ou encore la qualité des cours d’eau ».

    « Dans une période de restriction budgétaire où le ministre de l’Économie appelle à faire la chasse aux dépenses inutiles, on peut se demander légitimement si ce plan n’en fait pas partie », déclare Bruno Doucet. Jusqu’à 2032, l’État souhaite mobiliser 8 à 10 milliards d’euros pour planter son milliard d’arbres.

    https://reporterre.net/1-milliard-d-arbres-plantes-le-mensonge-de-Macron-Le-milliard-d-arbres-d
    #déforestation

  • #Édition_scientifique : #accord national de 33 M€ annuels avec #Elsevier (#Abes, #Couperin, #MESR)

    L’Abes, Couperin et le MESR annoncent l’attribution d’un marché national à l’éditeur Elsevier d’un montant annuel de 33 M€, le 30/04/2024. L’accord, négocié par Couperin et porté par l’Abes, est signé pour quatre ans…

    (#paywall)

    https://education.newstank.fr/article/view/323526/edition-scientifique-accord-national-33-annuels-elsevier-abes-cou
    #France #budget #recherche #revues_scientifiques #revues_prédatrices #ESR #université #publication_scientifique

    –-

    ajouté à la une métaliste sur la #publication_scientifique :
    https://seenthis.net/messages/1036396

    • Signature d’un #accord global de lecture et de publication avec l’éditeur #Elsevier

      L’Agence bibliographique de l’enseignement supérieur (Abes) a signé un marché de portée nationale avec l’éditeur Elsevier, dans le cadre de la négociation menée par le consortium des établissements d’enseignement supérieur et de recherche Couperin (marché notifié le 30 avril 2024).

      Cet accord, d’un montant annuel à hauteur de 33 millions d’euros, ouvre pour l’ensemble des établissements à mission d’enseignement supérieur et de recherche le service de publication en accès ouvert sans frais supplémentaires pour les auteurs dans la majorité des revues Elsevier hybrides ou entièrement en accès ouvert. Le marché porté par l’Abes compte 241 établissements abonnés, parmi lesquels 44 à titre gratuit, chiffre en hausse depuis la mise en place de la licence nationale. Cet accord est soutenu par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR).

      L’accord est signé pour une période de 4 ans (2024-2027), sans évolution tarifaire du prix de l’abonnement en 2024, et avec une hausse limitée à 1 % les années suivantes, et comprend trois volets :

      - Service de lecture, pour tous les articles publiés dans les revues de la Complete Freedom Collection (incluant quatre titres Lancet), la collection Bibliothèque Médicale Française, les 5 titres Journal of the American College of Cardiology (JACC) et, pour certaines institutions ayant pris l’option, des titres Cell Press et des titres-à-titres sélectionnés par ces mêmes institutions ;
      - Service de publication en accès ouvert immédiat sans frais pour les auteurs de correspondance des membres de l’accord, dans une liste de près de 2 500 titres éligibles, dont 676 entièrement en accès ouvert. Les droits à publication sans frais supplémentaires s’élèvent à plus de 11 000 articles par an et ont été calculés pour couvrir la totalité de la publication française ;
      - Service d’archivage sécurisant les droits d’accès perpétuels sur le contenu souscrit 2024-2027 sur la plateforme d’archivage national PANIST, et enrichissant la plateforme Istex avec les articles publiés jusqu’en 2023 en autorisant la fouille de textes.

      Cet accord s’inscrit dans le cadre des activités menées par le consortium en faveur du développement de la science ouverte et de la maîtrise des dépenses de publication des établissements. En intégrant les frais de publication (APC) et en supprimant les factures associées, cet accord facilite, pour les établissements qui le souhaitent, l’accès à la publication en libre accès immédiat.

      Le consortium Couperin a déjà négocié des accords de lecture et de publication avec d’autres éditeurs, comme EDP Sciences en 2018 et 2022 et Wiley en 2022. Afin de favoriser la « bibliodiversité », des négociations sont également en cours avec des éditeurs entièrement en accès ouvert tels que PLOS et Copernicus.

      Retrouvez plus d’informations ici : https://www.couperin.org/category/negociations/accords-specifiques-so

      https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/signature-d-un-accord-global-de-lecture-et-de-publica

  • Des citoyens « enquêteurs » révèlent au grand jour un trafic illicite de bois vers la Chine

    La gendarmerie a corroboré la piste de l’exportation de bois vers l’Asie, jusqu’à aboutir au placement en garde à vue des gérants d’#Euro_Bois. Au cours de la perquisition, 27 000 euros en liquide sont saisis, ainsi que des documents faisant état de transferts d’argent de la Chine vers une entreprise turque, pour un montant d’environ 100 000 euros.

    Grâce à leur persévérance, des habitants du département francilien des #Yvelines ont contribué à mettre à jour une filière d’#exportation illégale de bois vers le continent asiatique. Plus de 350 arbres, en majorité des #chênes issus d’espaces boisés classés, auraient été coupés pour être envoyés en Chine.

    Des arbres rasés dans des « Espaces boisés classés »

    Difficile d’y croire tant l’histoire paraît rocambolesque, et pourtant : grâce à la vigilance de citoyens, inquiets de voir les forêts des Yvelines « massacrées », une filière d’exportation illégale de bois entre les Yvelines et la Chine a été révélée au grand jour en mars dernier.

    Retour à l’automne 2022. A cette époque, dans la forêt de #Septeuil (Yvelines), des habitants remarquent des #coupes_d’arbres « anormales » sur des parcelles privées où la société d’exploitation forestière Euro Bois intervient.

    Sur certaines parcelles, d’ailleurs classées « #Espaces_boisés_classés » (#EBC), « les coupes, qui visaient essentiellement des chênes, étaient autorisées, puisque des demandes d’autorisation de coupe avaient été déposées en mairie et que les propriétaires des parcelles avaient donné leur accord, rembobine Virginie Meurisse pour La Relève et La Peste.

    Mais alors que la société disait effectuer des coupes sanitaires, elle ne coupait que des arbres sains, continue la présidente de #Sauvons_La_Tournelle, une association dédiée notamment à la défense des sites naturels des Yvelines. Il y avait également des irrégularités dans les demandes d’autorisation ».

    Des citoyens devenus « enquêteurs en herbe »

    Rapidement, les associations Sauvons la Tournelle, #Jade et #Sauvons_les_Yvelines portent plainte face à ce que toutes trois qualifient alors de « #massacre_à_la_tronçonneuse », comme Virginie Meurisse l’expliquait déjà pour La Relève et La Peste à l’hiver 2022.

    « On a également écrit à la mairie de Septeuil pour qu’elle prenne un Arrêté interruptif de travaux (AIT) qui permette l’arrêt des coupes le temps d’instruire notre plainte, mais le maire a refusé », développe la militante, amère.

    Si sur place, l’#abattage des chênes continue, une enquête est néanmoins ouverte, dont sont saisis les gendarmes de la Communauté de brigades (CoB) de Septeuil.

    « On a eu de la chance parce qu’on a été reçu par un gendarme qui a pris la question très au sérieux », insiste Virginie Meurisse.

    Surtout, quelques mois plus tard, en avril 2023, un habitant remarque en forêt des Yvelines de nouveaux troncs abattus, prêts à être chargés dans un conteneur maritime. Par réflexe, l’habitant prend une photo et à partir de là, tout s’accélère. En possession de l’immatriculation du conteneur, et grâce à des sites de pistage en open source, les militants écologistes réussissent à pister le conteneur jusqu’au port de Yantian, au sud de la Chine.

    « Si ce n’était pas si grave, ça en en serait presque drôle, lâche Virginie Meurisse. On s’est vraiment transformés en enquêteurs en herbe. »

    Les gérants attendus devant le tribunal correctionnel de Versailles

    En parallèle, la gendarmerie corrobore la piste de l’exportation de bois vers l’Asie, jusqu’à aboutir au placement en garde à vue des gérants d’Euro Bois le 6 mars dernier. Au cours de la perquisition, conduite par les enquêteurs dans les locaux de l’entreprise, 27 000 euros en liquide sont saisis, ainsi que des documents faisant état de transferts d’argent de la Chine vers une entreprise turque, pour un montant d’environ 100 000 euros, détaille la gendarmerie.

    « Sur les déclarations préalables, les motifs de coupe sont erronés, apprend-on également. Les taux de prélèvement sont dépassés, et des arbres sont abattus et volés sur des parcelles non-déclarées, sans l’autorisation des propriétaires. »

    Poursuivis pour coupe illicite d’arbres et vols de bois depuis janvier 2021, les gérants de la société d’exploitation forestière, une mère et son fils, sont attendus devant le Tribunal correctionnel de Versailles le 21 mai prochain. Une audience que les associations de préservation de l’environnement des Yvelines attendent avec impatience, d’autant que l’entreprise avait déjà été condamnée en 2022 pour des faits similaires dans la commune de Grosrouvre (Yvelines).

    « Avec cette audience, on espère comprendre comment ces coupes ont pu avoir lieu alors qu’elles seraient illégales », détaille Virginie Meurisse, qui estime qu’au moins 350 arbres auraient été coupés illégalement sur environ 10 hectares de forêt.

    Des coupes qui visaient essentiellement des gros chênes valorisables sur le marché mondial, et notamment en Chine où la coupe de chênes est interdite depuis 2017.

    Répertorier toutes les coupes de bois des Yvelines

    Heureuse de voir les efforts des militants associatifs payer, Virginie Meurisse garde cependant un goût amer de ces longs mois de combat.

    « On va certainement taper sur cette entreprise, à juste titre, mais je regrette qu’on ne soit pas allé plus vite, dit-elle. Dès le départ, on a alerté la mairie de Septeuil, qui n’a rien fait. Dans des situations similaires, d’autres maires ont pris des AIT et ont pu empêcher des massacres. Nous, ça n’a pas été le cas », insiste-t-elle, alors que d’après l’Office national des forêts (ONF), le montant du préjudice s’élève à 160 000 euros.

    Loin de baisser les bras pour autant, Virginie Meurisse et les associations écologistes du territoire disent vouloir rester attentifs aux coupes de bois « suspectes » dans les Yvelines, où « c’est l’hécatombe ».

    Ces derniers travaillent d’ailleurs à créer une carte interactive qui permettrait de répertorier l’ensemble des coupes d’arbres des Yvelines, en forêt privée comme dans les forêts gérées par l’ONF. Un travail titanesque qui nécessiterait la contribution de cartographes, de naturalistes ou encore d’écologues.

    L’objectif : « connaître le volume réel de bois abattu dans le département, explique Virginie Meurisse. On cherche à alerter sur les trafics de bois, comme ça a été le cas dans la forêt de Septeuil, mais aussi plus largement sur la quantité de coupes de bois autorisées.

    Pour nous, il est urgent de revoir les plans de gestion des forêts qui, bien que légaux, sont parfois obsolètes face au dérèglement climatique et au dépérissement de la forêt. »

    Contactée, la mairie de Septeuil n’a pas répondu à notre demande d’interview.

    https://lareleveetlapeste.fr/des-citoyens-enqueteurs-revelent-au-grand-jour-un-trafic-illicite-

    #France #Chine #bois #Franchine (?) #bois #trafic_de_bois

  • #Ikea, le seigneur des forêts

    Derrière son image familiale et écolo, le géant du meuble suédois, plus gros consommateur de bois au monde, révèle des pratiques bien peu scrupuleuses. Une investigation édifiante sur cette firme à l’appétit démesuré.

    C’est une des enseignes préférées des consommateurs, qui équipe depuis des générations cuisines, salons et chambres d’enfants du monde entier. Depuis sa création en 1943 par le visionnaire mais controversé Ingvar Kamprad, et au fil des innovations – meubles en kit, vente par correspondance, magasins en self-service… –, la petite entreprise a connu une croissance fulgurante, et a accompagné l’entrée de la Suède dans l’ère de la consommation de masse. Aujourd’hui, ce fleuron commercial, qui participe pleinement au rayonnement du pays à l’international, est devenu un mastodonte en expansion continue. Les chiffres donnent le tournis : 422 magasins dans cinquante pays ; près d’un milliard de clients ; 2 000 nouveaux articles au catalogue par an… et un exemplaire de son produit phare, la bibliothèque Billy, vendu toutes les cinq secondes. Mais le modèle Ikea a un coût. Pour poursuivre son développement exponentiel et vendre toujours plus de meubles à bas prix, le géant suédois dévore chaque année 20 millions de mètres cubes de bois, soit 1 % des réserves mondiales de ce matériau… Et si la firme vante un approvisionnement responsable et une gestion durable des forêts, la réalité derrière le discours se révèle autrement plus trouble.

    Greenwashing
    Pendant plus d’un an, les journalistes d’investigation Xavier Deleu (Épidémies, l’empreinte de l’homme) et Marianne Kerfriden ont remonté la chaîne de production d’Ikea aux quatre coins du globe. Des dernières forêts boréales suédoises aux plantations brésiliennes en passant par la campagne néo-zélandaise et les grands espaces de Pologne ou de Roumanie, le documentaire dévoile les liens entre la multinationale de l’ameublement et l’exploitation intensive et incontrôlée du bois. Il révèle comment la marque au logo jaune et bleu, souvent via des fournisseurs ou sous-traitants peu scrupuleux, contribue à la destruction de la biodiversité à travers la planète et alimente le trafic de bois. Comme en Roumanie, où Ikea possède 50 000 hectares de forêts, et où des activistes se mobilisent au péril de leur vie contre une mafia du bois endémique. Derrière la réussite de l’une des firmes les plus populaires au monde, cette enquête inédite éclaire l’incroyable expansion d’un prédateur discret devenu un champion du greenwashing.

    https://www.arte.tv/fr/videos/112297-000-A/ikea-le-seigneur-des-forets
    #film #film_documentaire #documentaire #enquête
    #greenwashing #green-washing #bois #multinationale #meubles #Pologne #Mazovie #Mardom_House #pins #Ingvar_Kamprad #délocalisation #société_de_consommation #consumérisme #résistance #justice #Fondation_Forêt_et_citoyens #Marta_Jagusztyn #Basses-Carpates #Carpates #coupes_abusives #exploitation #exploitation_forestière #consommation_de_masse #collection #fast-furniture #catalogue #mode #marketing #neuro-marketing #manipulation #sous-traitance #chaîne_d'approvisionnement #Sibérie #Russie #Ukraine #Roumanie #accaparement_de_terres #Agent_Green #trafic_de_bois #privatisation #Gabriel_Paun #pillage #érosion_du_sol #image #prix #impact_environnemental #FSC #certification #norme #identité_suédoise #modèle_suédois #nation_branding #Estonie #Lettonie #Lituanie #lobby #mafia_forestière #coupes_rases #Suède #monoculture #sylviculture #Sami #peuples_autochtones #plantation #extrême_droite #Brésil #Parcel_Reflorestadora #Artemobili #code_de_conduite #justice #responsabilité #abattage #Nouvelle-Zélande #neutralité_carbone #compensation_carbone #maori #crédits-carbone #colonisation

    • #fsc_watch

      This site has been developed by a group of people, FSC supporters and members among them, who are very concerned about the constant and serious erosion of the FSC’s reliability and thus credibility. The group includes Simon Counsell, one of the Founder Members of the FSC; Hermann Edelmann, working for a long term FSC member organisation; and Chris Lang, who has looked critically at several FSC certifications in Thailand, Laos, Brazil, USA, New Zealand, South Africa and Uganda – finding serious problems in each case.

      As with many other activists working on forests worldwide, we share the frustration that whilst the structural problems within the FSC system have been known for many years, the formal mechanisms of governance and control, including the elected Board, the General Assembly, and the Complaints Procedures have been highly ineffective in addressing these problems. The possibility of reforming – and thus ‘saving’ – the FSC through these mechanisms is, we feel, declining, as power within the FSC is increasingly captured by vested commercial interest.

      We feel that unless drastic action is taken, the FSC is doomed to failure. Part of the problem, in our analysis, is that too few FSC members are aware of the many profound problems within the organisation. The FSC Secretariat continues to pour out ‘good news stories’ about its ‘successes’, without acknowledging, for example, the numerous complaints against certificates and certifiers, the cancellation of certificates that should never have been awarded in the first place, the calls for FSC to cease certifying where there is no local agreement to do so, the walk-outs of FSC members from national processes because of their disillusionment with the role of the economic chamber, etc. etc. etc.

      There has been no honest evaluation of what is working and what is not what working in the FSC, and no open forum for discussing these issues. This website is an attempt to redress this imbalance. The site will also help people who are normally excluded from the FSC’s processes to express their views and concerns about the FSC’s activities.

      Please share your thoughts or information. Feel free to comment on our postings or send us any information that you consider valuable for the site.

      UPDATE (25 March 2010): A couple of people have requested that we explain why we are focussing on FSC rather than PEFC. Shortly after starting FSC-Watch we posted an article titled: FSC vs PEFC: Holy cows vs the Emperor’s new clothes. As this is somewhat buried in the archives, it’s reproduced in full here (if you want to discuss this, please click on the link to go to the original post):
      FSC vs PEFC: Holy cows vs the Emperor’s new clothes

      One of the reasons I am involved in this website is that I believe that many people are aware of serious problems with FSC, but don’t discuss them publicly because the alternative to FSC is even worse. The alternative, in this case is PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification schemes) and all the other certification schemes (Cerflor, Certflor, the Australian Forestry Standard, the Malaysian Timber Certification Council and so on). One person has suggested that we should set up PEFC-Watch, in order “to be even-handed”.

      The trouble with this argument is that PEFC et al have no credibility. No NGOs, people’s organisations or indigenous peoples’ organisations were involved in setting them up. Why bother spending our time monitoring something that amounts to little more than a rubber stamp? I can just see the headlines: “Rubber stamp PEFC scheme rubber stamps another controversial logging operation!” Shock, horror. The Emperor is stark bollock naked, and it’s not just some little boy pointing this out – it’s plain for all to see, isn’t it?

      One way of countering all these other schemes would be to point out that FSC is better. But, if there are serious problems with FSC – which there are, and if we can see them, so can anyone else who cares to look – then the argument starts to look very shaky.

      FSC standards aren’t bad (apart from Principle 10, which really isn’t much use to anyone except the pulp and paper industry). They say lots of things we’d probably want forest management standards to say. The trouble is that the standards are not being applied in practice. Sure, campaign against PEFC, but if FSC becomes a Holy Cow which is immune to criticism (not least because all the criticism takes place behind closed doors), then we can hardly present it as an alternative, can we?…”

      By the way, anyone who thinks that PEFC and FSC are in opposition should read this interview with Heiko Liedeker (FSC’s Executive Director) and Ben Gunneberg (PEFC’s General Secretary). In particular this bit (I thought at first it must be a mix up between FSC and PEFC, or Liedeker and Gunneberg):

      Question: As a follow-up question, Heiko Liedeker, from your perspective, is there room ultimately for programs like the Australian Forestry Standard, Certfor and others to operate under the FSC umbrella?

      Heiko Liedeker: Absolutely. FSC was a scheme that was set-up to provide mutual recognition between national standard-setting initiatives. Every national initiative sets its standard. Some of them are called FSC working groups, some of them are called something else. In the UK they are called UKWAS. We’ve been in dialogue with Edwardo Morales at Certfor Chile. They are some of the FSC requirements listed for endorsement, we certainly entered into discussion. We’ve been in discussion with the Australian Forestry Standard and other standard-setting initiatives. What FSC does not do is, it has one global scheme for recognizing certification. So we do not, and that’s one of the many differences between FSC and PEFC, we do not require the development of a certification program as such. A standard-setting program is sufficient to participate in the network.

      https://fsc-watch.com

    • Complicit in destruction: new investigation reveals IKEA’s role in the decimation of Romania’s forests

      IKEA claims to be people and planet positive, yet it is complicit in the degradation and destruction of Romania’s forests. A new report by Agent Green and Bruno Manser Fonds documents this destruction and presents clear requests to the furniture giant.

      A new investigative report (https://www.bmf.ch/upload/Kampagnen/Ikea/AG_BMF_report_IKEA_web_EN.pdf) by Agent Green and Bruno Manser Fonds shows a consistent pattern of destructive logging in IKEA-linked forests in Romania, with massive consequences for nature and climate. The findings are based on an analysis of official documents and field investigations of nine forest areas in Romania. Seven of them are owned by the IKEA-related company Ingka Investments and two are public forests supplying factories that produce for IKEA. The analysis uncovers over 50 suspected law violations and bad forest management practices. Biodiversity rich forest areas cut to the ground, intensive commercial logging conducted in ecologically sensitive or even old-growth forests without environmental assessments, dozens of meters deep tractor roads cutting through the forest are just a few of the issues documented.

      Most of the visited forests are fully or partially overlapping with EU protected areas. Some of these forests were strictly protected or under low-intensity logging before Ingka took over. Now they are all managed to maximize wood extraction, with no regard to forest habitats and their vital role for species. Only 1.04% of the total Ingka property in Romania are under a strict protection regime and 8.24% under partial protection. This is totally insufficient to meet EU goals. The EU biodiversity strategy requires the protection of a minimum of 30% of EU land area, from which 10% need to be strictly protected. One key goal is to strictly protect all remaining primary and old-growth forests in the EU.

      At the press conference in Bucharest Gabriel Păun, President of Agent Green, stated: “IKEA/Ingka seem to manage their forests like agricultural crops. Letting trees grow old is not in their culture. Removing entire forests in a short period of time is a matter of urgency for IKEA, the tree hunter. The entity disregards both the written laws and the unwritten ways of nature. IKEA does not practice what they preach regardless of whether it is the European Union nature directives, Romanian national legislation, or the FSC forest certification standard. But as a company with revenues of billions of Euros and Romania’s largest private forest owner, IKEA / Ingka should be an example of best practice.”

      Ines Gavrilut, Eastern Europe Campaigner at the Bruno Manser Fonds, added: “It is high time that IKEA started to apply its declared sustainability goals. IKEA could do so much good if it really wanted to set a good example as a forest owner, administrator, and large wood consumer in Romania and beyond. Needs could also be covered without resorting to destructive logging, without converting natural forests into plantations – but this requires tackling difficult issues such as the core of IKEA’s business model of “fast furniture”. Wood products should not be for fast consumption but should be made to last for decades.”

      Agent Green and Bruno Manser Fonds urge IKEA and the Ingka Group to get a grip on their forest operations in Romania to better control logging companies, not to source wood from national or natural parks, to effectively increase protection and apply forestry close to nature in own forests, to ensure full traceability and transparency of the IKEA supply chain, and allow independent forest oversight by civil society and investigative journalists.

      In August 2021, Agent Green published its first report documenting destruction in IKEA-linked forests in Romania. In May 2023, Agent Green and Bruno Manser Fonds sent an open letter of concern to the Ingka Group and IKEA Switzerland. BMF also started a petition demanding IKEA to stop deforestation in Romania’s protected forest areas and other high conservation value forests.

      The ARTE documentary IKEA, the tree hunter brilliantly tells the story of the real cost of IKEA furniture, the uncontrolled exploitation of wood and human labour.

      https://bmf.ch/en/news/neue-untersuchung-belegt-ikeas-beteiligung-an-der-waldzerstorung-in-rumanien-256

      #rapport

  • Au Brésil, le principal fournisseur d’Ikea accusé d’atteintes à l’environnement
    https://disclose.ngo/fr/article/au-bresil-le-principal-fournisseur-dikea-accuse-datteintes-a-lenvironnemen

    Pollutions chimiques, déforestation illégale… Au Brésil, Ikea se fournit en meubles auprès de l’entreprise Artemobili, accusée de multiples infractions environnementales entre 2018 et 2022. La justice brésilienne pointe aujourd’hui la responsabilité de la firme suédoise. Lire l’article

  • #Ikea, le seigneur des forêts - Regarder le #documentaire complet | #ARTE
    https://www.arte.tv/fr/videos/112297-000-A/ikea-le-seigneur-des-forets
    #disclose

    Derrière son image familiale et écolo, le #géant_du_meuble #suédois, plus gros consommateur de bois au monde, révèle des pratiques bien peu scrupuleuses. Une investigation édifiante sur cette firme à l’appétit démesuré.

    C’est une des #enseignes préférées des consommateurs, qui équipe depuis des générations cuisines, salons et chambres d’enfants du monde entier. Depuis sa création en 1943 par le visionnaire mais controversé Ingvar #Kamprad, et au fil des innovations – #meubles en #kit, vente par correspondance, magasins en self-service… –, la petite entreprise a connu une croissance fulgurante, et a accompagné l’entrée de la Suède dans l’ère de la consommation de masse. Aujourd’hui, ce fleuron commercial, qui participe pleinement au rayonnement du pays à l’international, est devenu un mastodonte en expansion continue. Les chiffres donnent le tournis : 422 magasins dans cinquante pays ; près d’un milliard de clients ; 2 000 nouveaux articles au catalogue par an… et un exemplaire de son produit phare, la bibliothèque Billy, vendu toutes les cinq secondes. Mais le modèle Ikea a un coût. Pour poursuivre son développement exponentiel et vendre toujours plus de meubles à bas prix, le géant suédois dévore chaque année 20 millions de mètres cubes de bois, soit 1 % des réserves mondiales de ce matériau… Et si la firme vante un approvisionnement responsable et une gestion durable des forêts, la réalité derrière le discours se révèle autrement plus trouble.
     
    #Greenwashing
    Pendant plus d’un an, les journalistes d’investigation Xavier Deleu (Épidémies, l’empreinte de l’homme) et Marianne Kerfriden ont remonté la chaîne de production d’Ikea aux quatre coins du globe. Des dernières forêts boréales suédoises aux plantations brésiliennes en passant par la campagne néo-zélandaise et les grands espaces de Pologne ou de Roumanie, le documentaire dévoile les liens entre la multinationale de l’ameublement et l’exploitation intensive et incontrôlée du bois. Il révèle comment la marque au logo jaune et bleu, souvent via des fournisseurs ou sous-traitants peu scrupuleux, contribue à la destruction de la biodiversité à travers la planète et alimente le trafic de bois. Comme en Roumanie, où Ikea possède 50 000 hectares de forêts, et où des activistes se mobilisent au péril de leur vie contre une mafia du bois endémique. Derrière la réussite de l’une des firmes les plus populaires au monde, cette enquête inédite éclaire l’incroyable expansion d’un prédateur discret devenu un champion du greenwashing.

    #FSC #certification #labels