• Durcir le #droit_des_étrangers, une politique aussi néfaste humainement qu’économiquement

    À cause de services en #préfecture quasiment à l’arrêt, près d’un million de personnes se retrouvent en #rupture_de_droits, dans l’attente du #renouvellement de leurs #titres_de_séjour. Des retards dont l’économie pâtit aussi.

    Au tribunal administratif de Marseille, l’audience débute. Elle concerne Mohamed Abes, 28 ans. Il a demandé le renouvellement de son titre de séjour il y a maintenant un an, sans réponse de la préfecture. L’expiration de son précédent titre l’a privé de tous ses droits et lui a fait perdre son travail.

    A la barre, son avocat, Me Candon, demande au juge d’enjoindre au préfet de lui délivrer a minima un document provisoire sous sept jours, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard.

    Le juge prévient avec un sourire entendu : « Vous savez qu’il y aura un délai. » « Le problème est endémique », lui répond l’avocat. En quelques minutes, l’affaire est bouclée.

    Préfectures dans l’#illégalité, #tribunaux débordés
    En France, 930 000 dossiers sont en attente d’être traités et les #délais d’obtention de #titre_de_séjour sont devenus interminables – en moyenne 117 jours et jusqu’à plusieurs années, une durée qui dépasse largement le cadre légal. Alors que les murs de la préfecture semblent infranchissables depuis que la plateforme est passée au #tout-numérique, la seule option reste le recours à la #justice.

    « Au tribunal, ils sont débordés par ces affaires », glisse Me Candon, de retour dans la salle des pas perdus.

    Selon une magistrate, elles sont presque deux fois plus nombreuses qu’avant : 3 800 requêtes du tribunal administratif de Marseille ont été dirigées contre des refus de délivrance de titre de séjour, uniquement sur le premier semestre 2026, contre 4 703 sur toute l’année 2025. La préfecture des Bouches-du-Rhône a été condamnée à verser 90 280 euros d’astreinte en moyenne sur le premier semestre, soit une multiplication par 19.

    Comment expliquer cette situation ubuesque ? La #circulaire du 23 janvier 2025, signée par l’ancien ministre de l’Intérieur #Bruno_Retailleau, enjoignait aux préfets de traquer les dossiers déjà dans le circuit et d’en limiter le #renouvellement, en invoquant notamment la « #menace_à_l’ordre_public ».

    « Cette notion, introduite par la loi Darmanin de 2024, n’est absolument pas définie en #droit », rappelle Morgane Paret, juriste spécialisée en droit des étrangers.

    Pour résorber cette crise et désengorger la #plateforme_numérique dédiée, le nouveau ministre de l’Intérieur #Laurent_Nuñez promettait en avril le déploiement de 500 vacataires et une dotation de 2 millions d’euros. Des frais qui auraient pu être évités, selon la juriste Morgane Paret : « La #circulaire_Retailleau demandait aux préfets de limiter les renouvellements, c’était une décision éminemment politique. »

    Inflation des #coûts pour les demandeurs

    Par ailleurs, la #loi_asile_et_immigration du 26 janvier 2024, entrée en vigueur en juin 2026, engage des #dépenses supplémentaires en prévoyant de durcir le contrôle de l’immigration. La mission immigration, asile et intégration passe de 2,08 à 2,16 milliards d’euros, avec, à la clé, une baisse du budget alloué à l’#accueil et l’#insertion, et une hausse en deux ans de 130 millions d’euros consacrés à l’#expulsion.

    Le budget destiné aux #centres_de_rétention_administrative (#CRA), où sont enfermées les personnes ayant fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire – de plus en plus nombreuses –, a quant à lui doublé entre 2017 et 2024, faisant de la France le pays le plus dépensier sur ces structures en Europe.

    Dans le même temps, obtenir un titre de séjour coûte de plus en plus cher aux personnes concernées. Depuis le 1er mai, le tarif des #timbres_fiscaux requis – qui ont généré en 2025 près de 277 millions d’euros – a fortement augmenté en application de la loi de finances votée l’automne dernier : 350 euros pour une première délivrance d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou de résident, contre 225 euros jusque-là, soit + 55 %.

    Pour un renouvellement, le #timbre_fiscal coûte désormais 250 euros, contre 225 auparavant. Quant au montant minoré (pour les étudiants, les travailleurs saisonniers, le regroupement familial, etc.), il est passé de 75 à 150 euros pour une première délivrance. Le timbre fiscal pour les demandes de naturalisation, enfin, a vu son montant grimper de 55 à… 255 euros ! Cela accroît les recettes publiques, mais rend aussi l’accès à un titre administratif de plus en plus difficile pour les étrangers. Sans parler de leur vie.

    En sortant de son audience, Mohamed Abes raconte : « Je suis en France depuis mes 4 ans. Depuis que je suis en âge de le faire, j’ai toujours travaillé et payé mes impôts. » Mais à cause du délai d’obtention de son titre de dix ans, le jeune conducteur de travaux vient de perdre son #travail.

    « Je ne peux même pas toucher le chômage ! C’est une énorme somme d’argent que je perds chaque mois, je ne sais plus quoi faire. »

    Une politique néfaste pour le #marché_de_l’emploi

    Sur le million de personnes qui restent sur le carreau, la majorité sont des travailleurs dont les postes restent inoccupés. En France, selon l’Insee, 62 % des 6,3 millions d’étrangers occupent un emploi en 2025, souvent dans les secteurs les plus pénibles.

    Selon la Dares, en 2017 en France, les étrangers représentaient près de 40 % des employés de maison, 27 % des agents de sécurité et des ouvriers non qualifiés, et 22 % des cuisiniers. En 2025, France Travail recense 2,43 millions de projets de recrutement, dont la moitié jugés difficiles à pourvoir, notamment dans ces secteurs. Et le système de santé dépend fortement des médecins et infirmiers migrants.

    En mai, les trois organisations patronales et les cinq syndicats représentatifs ont demandé à rencontrer le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou et le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Selon Mediapart1, ce dernier a indiqué vouloir améliorer l’efficacité du renouvellement des cartes de séjour, mais surtout pour les métiers en tension, revenant ainsi sur sa déclaration d’avril, qui englobait l’ensemble des dossiers.

    En 2020, un rapport parlementaire démontrait un impact économique de l’immigration sur le marché du travail, la croissance et les finances publiques potentiellement positif à long terme, et encourageait à améliorer l’insertion professionnelle des travailleurs immigrés. Les politiques publiques poursuivent manifestement de tout autres buts.

    https://www.alternatives-economiques.fr/durcir-le-droit-des-etrangers-une-politique-aussi-nefaste-h
    #migrations #économie #politique_migratoire #dématérialisation
    via @karine4

  • Xamanismo Coletivo - Mastodon
    https://hachyderm.io/@eliasulrich/117234902637900790

    "One guy in #Sweden built a #searchengine to fight Google, and it works.

    It’s called #MarginaliaSearch.

    It runs its own #crawler and builds its own #index instead of borrowing Bing’s. It has no ads, no investors, and no loans.

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    The weird corners SEO strangled. Every result tells you whether the page uses affiliate links and JavaScript, and you can filter them out.

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    https://marginalia-search.com

  • [Info « Splann ! »] #Pollutions d’Imerys #Glomel : la #préfecture oblige l’industriel à revoir sa gestion des eaux minières
    https://splann.org/imerys-glomel-prefecture-gestion-eaux

    Après plusieurs déversements d’eaux contaminées hors de la #mine d’andalousite de Glomel (22), l’État somme #Imerys de revoir son système de gestion des eaux. Les associations jugent la décision insuffisante. L’article [Info « Splann ! »] Pollutions d’Imerys Glomel : la préfecture oblige l’industriel à revoir sa gestion des eaux minières est apparu en premier sur Splann ! | Premier média d’enquête indépendant en Bretagne.

    #Artificialisation_des_terres #acide_sulfurique #Andalousite #centre-bretagne #Côtes_d'Armor #crazius #Douar_Bev #dreal #eau #eau_et_rivières_de_bretagne #écologie #effluents_acides #ellé #environnement #hydrologie #icpe #industrie #jean-yves_jégo #minerais #mines #multinationale #Nicolas_Forray #parquet_de_saint-brieuc #pollution #risques_industriels #rivière

  • #Città_della_terra_cruda

    https://www.youtube.com/watch?v=cMe8kVRJWPc

    L’Associazione delle Città della Terra Cruda nasce nel 2001 come alleanza tra le città che riconoscono il valore delle architetture e degli insediamenti in terra cruda quali componenti del paesaggio che caratterizzano il loro territori, come base per un modello di sviluppo sostenibile.

    L’Associazione promuove il riuso del materiale terra cruda nella filiera dell’edilizia contemporanea, a partire dalla tutela, il recupero ed il riuso degli edifici tradizionali in terra cruda promuovendo l’impiego di materiali naturali in edilizia per sostenere l’abitare sostenibile.

    L’Associazione, aderisce al Documento internazionale “Abitare la terra, per il diritto a costruire in terra cruda”, promosso nel 2010 da #CRATerre, Ecole Nationale Supérieure d’Architecture di Grenoble e dalle numerose istituzioni e personalità che promuovono l’architettura di terra nel mondo.

    https://terracruda.org
    #terre #architecture #Italie #association

  • Informare distribuito nel Cral #circumvesuviana di #napoli_porta_nolana
    https://informareonline.com/informare-distribuito-nel-cral-circumvesuviana-di-napoli-porta-nola

    Da oltre tre anni circa, “Informare” è distribuito anche nella sede di Napoli Porta Nolana del #CRAL_Circumvesuviana, un’associazione di “promozione sociale” a favore dei dipendenti ed ex dipendenti dell’Ente Autonomo Volturno, già Circumvesuviana.Non ha scopo di lucro ma non ha nemmeno finanziamenti, pubblici o “sottobanco”: tutte le attività si svolgono con la quota mensile […] L’articolo Informare distribuito nel Cral Circumvesuviana di Napoli Porta Nolana proviene da Informareonline, scritto da Redazione Informare

    #Comunicati_Stampa

  • L’#UE autorise la création de « #hubs_de_retour » à l’étranger pour les #sans_papiers
    https://www.france24.com/fr/europe/20260602-union-europeenne-autorise-cr%C3%A9ation-hubs-de-retour-%C3%A9tran

    Le #Parlement_européen a donné son feu vert lundi soir pour la création de centres pour le #renvoi de #migrants à l’étranger. Ces « hubs de retour » dans des pays intermédiaires sont soutenus par l’#Allemagne, alors que l’#Espagne y voit une menace pour le respect des #droits_humains.

    #cra #rétention #camps #remigration

  • La question des OQTF, au cœur de la visite du ministre de l’intérieur algérien à Paris
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/06/01/la-question-des-oqtf-au-c-ur-de-la-visite-du-ministre-de-l-interieur-algerie

    La question des OQTF, au cœur de la visite du ministre de l’intérieur algérien à Paris
    Par Hamid Nasri, Julia Pascual et Simon Roger
    mologue français, Laurent Nuñez, à Alger, le 16 février 2026. AFP
    Après une série de déplacements de ministres français en Algérie, c’est un haut responsable algérien qui est attendu, lundi 1er juin, à la mi-journée, pour une visite de deux jours en France. Saïd Sayoud est le premier membre du gouvernement à faire un tel voyage depuis le déclenchement de la crise entre Paris et Alger à l’été 2024, lors de la reconnaissance par l’Etat français de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental.
    Laurent Nuñez y voit un « signal très positif ». Le locataire de la Place Beauvau en avait fait personnellement l’annonce le 16 mai à La Tribune Dimanche : « Je vais accueillir mon homologue algérien, ici, dans quelques jours. (…) Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement. » Il retrouvera en tête-à-tête, dans l’après-midi, le ministre de l’intérieur algérien, qui pourrait être reçu durant son séjour par Emmanuel Macron et devrait enchaîner les réunions de travail sur les enjeux liés à la lutte contre la criminalité organisée, aux flux migratoires et aux questions de sécurité civile.
    Une importante délégation, incluant des cadres du ministère et des responsables des services de police et des renseignements généraux, selon un article du quotidien El Watan, publié samedi, sera du voyage. A ce dialogue manifestement restauré entre les deux capitales s’ajoute la satisfaction, pour le ministre de l’intérieur français, d’avoir renoué avec ses partenaires algériens « des relations sécuritaires qui n’existaient plus (…) On en est à 150 [laissez-passer consulaires délivrés] depuis le début de l’année [2026] et surtout depuis ma visite. Il n’y en avait pas eu entre le 1er janvier et la date de ma visite, mi-février », avançait-il, le 19 mai, sur le plateau de BFM-TV et RMC.
    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés A Alger, Laurent Nuñez fait baisser la tension bilatérale en relançant la « coopération sécuritaire »
    Sa venue à Alger, les 16 et 17 février, a en effet donné le coup d’envoi de cette démarche de normalisation, confortée par l’entretien que lui a accordé le président Abdelmadjid Tebboune. Ce déplacement a marqué une rupture nette avec la crise des visas de 2021-2022, puis avec l’ère des déclarations verbales abrasives du prédécesseur de Laurent Nuñez Place Beauvau, Bruno Retailleau, entre septembre 2024 et octobre 2025. Le président du parti Les Républicains avait opté pour une opposition frontale avec le régime algérien, soupçonné de ne pas vouloir reprendre ses ressortissants expulsables.
    Cette ligne de fermeté avait notamment eu pour effet d’interrompre l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF) prononcées par l’administration contre les ressortissants étrangers – en l’espèce algériens – en situation irrégulière. Une stratégie contestée par le Quai d’Orsay, comme l’attestent les propos du chef de la diplomatie française auditionné le 26 mai à l’Assemblée nationale. « Dans les temps récents, le bras de fer a été tenté et il n’a pas produit les effets escomptés », a admis Jean-Noël Barrot devant la représentation nationale.
    Mètre étalon de la coopération sécuritaire entre la France et l’Algérie, le dossier des OQTF, figé pendant des mois, a évolué depuis la visite algéroise de Laurent Nuñez. Des signes de redémarrage des délivrances de laissez-passer consulaires – requis pour mettre en œuvre la mesure d’éloignement, si la personne n’est pas en possession d’un passeport – se sont fait sentir sur le terrain.« On a assisté, fin mars, à une reprise des rendez-vous dans les consulats et des visites des services consulaires algériens dans les centres de rétention administrative [CRA], pour examiner les dossiers et vérifier l’identité des personnes frappées par des mesures d’éloignement », observe Paul Chiron, chargé des affaires juridiques à la Cimade, l’une des associations d’assistance juridique aux retenus, au même titre que Forum réfugiés, le Groupe SOS Solidarités et France terre d’asile.
    « On a repris un petit peu les éloignements, confirme un cadre de la police nationale sous le couvert de l’anonymat. Mais on reste très loin du niveau des éloignements de 2024. » Quelque 5 000 Algériens ont été placés en rétention en 2025, ce qui représente plus de 30 % du total des placements en rétention. Ils sont, de loin, la première nationalité retenue alors que « seuls environ 6 % d’entre eux [ont été] effectivement éloignés », soit 264 personnes, selon un rapport des associations présentes en CRA, paru le 19 mai, qui dénonce l’acharnement des autorités à maintenir en rétention les ressortissants étrangers.
    Au CRA de Vincennes, par exemple, sur 322 placements de ressortissants algériens, seules 19 personnes ont été éloignées vers l’Algérie, la plupart en possession de leur passeport. Au CRA de Toulouse, 501 Algériens ont été enfermés en 2025, et seulement 20 d’entre eux ont été expulsés. Pour comparaison, en 2024, 25 % des ressortissants algériens placés en CRA avaient été éloignés vers leur pays d’origine, soit 1 124 personnes – plus de quatre fois plus qu’en 2025.
    Laurent Delbos, responsable plaidoyer de l’association Forum réfugiés, constate par ailleurs que « les pratiques ne sont pas harmonisées entre les consulats. Les laissez-passer sont délivrés bien plus souvent et rapidement pour les personnes enfermées dans les CRA de Nîmes, Sète, Perpignan, Nice et Marseille. Mais à Lyon, rien n’a changé et le consulat ne délivre toujours pas de laissez-passer ». Plusieurs médias algériens avancent le chiffre de 179 laissez-passer consulaire délivrés récemment par Algérie et s’étonnent que seuls 90 aient été utilisés par l’administration française. Ces informations, non confirmées par les autorités françaises, amènent le quotidien Le Soir d’Algérie, dans un article publié le 26 mai, à cette conclusion : « Depuis quelques années, une partie de la classe politique française brandit la question des OQTF pour accuser Alger de blocage », mais c’est Paris qui ferait preuve de mauvaise volonté dans ce dossier

    #Covid-19#migrant#migration#france#algerie#politiquemigratoire#OQTF#CRA#sante

  • Après l’Assemblée, le Sénat approuve l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux » - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71498/apres-lassemblee-le-senat-approuve-lallongement-de-la-retention-a-sept

    Après l’Assemblée, le Sénat approuve l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux »
    Par La rédaction Publié le : 21/05/2026
    Après l’Assemblée nationale, le Sénat a approuvé mercredi un texte visant à allonger la durée maximale de rétention administrative d’étrangers en situation irrégulière et jugés dangereux à 210 jours (contre 90 jours actuellement, ou 180 jours pour les étrangers condamnés pour terrorisme). Les deux chambres du Parlement n’ont pas abouti au même texte, malgré une ambition partagée. Les Sénateurs ont approuvé, mercredi 20 mai, un texte visant à allonger la durée maximale de rétention administrative pour des étrangers en situation irrégulière et jugés « dangereux ». La proposition de loi du député Renaissance Charles Rodwell avait été validée par l’Assemblée nationale deux semaines plus tôt. Elle a donc connu le même sort au Sénat, avec un vote à main levée, malgré l’opposition de la gauche.
    Les deux chambres du Parlement n’ont pas abouti au même texte, malgré une ambition partagée. Une commission mixte paritaire, réunion de conciliation entre députés et sénateurs, devrait donc être convoquée pour aboutir à un compromis. La proposition de loi allonge jusqu’à sept mois (210 jours) la durée maximale de la rétention administrative d’étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire et qui représenteraient une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public. Actuellement, la durée maximale de rétention est de 90 jours, ou 180 jours pour les étrangers condamnés pour terrorisme, déjà concernés par un régime dérogatoire qui sera lui aussi étendu à 210 jours.
    Le périmètre de ce futur régime dérogatoire, retravaillé après une censure du Conseil constitutionnel l’été dernier, fait néanmoins l’objet d’un désaccord entre députés et sénateurs. Les premiers, en accord avec le gouvernement, plaident pour cibler les étrangers condamnés pour des « faits d’atteinte aux personnes » punis d’au moins trois ans d’emprisonnement. À des fins de « proportionnalité », le Sénat a lui opté pour ne cibler que les crimes et certains délits punis d’au moins cinq ans de prison. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a défendu la « nécessité » de ce texte, invoquant les 34 attaques terroristes perpétrées depuis 2017, un chiffre « dont nous avons le devoir de tirer humblement les leçons ». Le Sénat a également encadré le cas d’étrangers placés en rétention à répétition, fixant un plafond total à 360 jours cumulés, 540 jours dans le régime dérogatoire. Le texte comporte aussi d’autres mesures destinées à renforcer l’arsenal antiterroriste, notamment la création d’une « injonction d’examen psychiatrique » pour les individus radicalisés présentant des troubles de comportement, autre dispositif décrié.
    Ce débat sur les centres de rétention administrative (CRA), où les étrangers en situation irrégulière peuvent être enfermés en vue d’une expulsion s’il existe un risque qu’ils s’y soustraient, avait émergé après le meurtre en 2024 de l’étudiante Philippine. Le suspect, un Marocain sous Obligation de quitter le territoire français, venait de sortir de rétention. L’ensemble du texte est vivement dénoncé par la gauche, qui dénonce une « surenchère sécuritaire ». « Ce n’est pas en allongeant indéfiniment la durée de rétention que nous éloignerons plus efficacement », a pointé Christophe Chaillou (PS). « La rétention demeure de loin l’instrument le plus efficace », a rétorqué Hervé Reynaud, rapporteur LR. « Si l’on souhaite éloigner les étrangers qui menacent la sécurité de nos concitoyens, il faut accepter un certain degré de contraintes », a-t-il assumé.
    Selon le dernier rapport de plusieurs associations, dont La Cimade, publié mardi, près de 16 500 étrangers ont été enfermés dans des CRA en France métropolitaine en 2025 (contre 16 228 en 2024). Plus de 60 % ont été libérés « principalement suite à des décisions judiciaires ». Et les associations d’en tirer des conclusions. « Les CRA servent à enfermer et sont détournés de leur finalité première, à savoir l’expulsion des personnes à bref délai, démontrant l’échec de la logique ’enfermer plus pour éloigner plus’ », estiment les militants. « Plus la rétention s’allonge, moins elle permet d’éloigner. »

    #Covid-19#migration#migrant#france#CRA#politiquemigratoire#OQTF#expulsion#retention#droit#sante

  • Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du milieu carcéral »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/19/comment-les-centres-de-retention-administrative-sont-devenus-une-extension-d

    Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du milieu carcéral »
    Par Oscar Korbosli, Julia Pascual (Lyon, envoyée spéciale) et Camille Millerand (Photos)
    Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et que les conditions se dégradent.
    Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville (Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine à purger pour une affaire de « recel de choses volées », dit-il. Cet Algérien de 35 ans, déjà condamné pour des « trucs comme de la détention de stupéfiants », a été placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.
    Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération, et, faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention administrative (CRA) 2 de Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus, qui a exercé son droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai. Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, « tous ont des profils TOP [trouble à l’ordre public]. Ils sortent soit de prison, soit de garde à vue ».
    Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une interdiction du territoire français depuis sa condamnation, en 2024, « à cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau ». Ramzy (toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur anonymat), un Algérien de 38 ans – et « neuf condamnations au casier pour stupéfiants, vols ou violences » – faisait, lui, l’objet d’un arrêté d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.
    Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre terroriste commis par une personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en octobre 2017.
    Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que « la rétention [devait] être prioritairement destinée aux [étrangers en situation irrégulière] auteurs de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’éloignabilité ne [paraissait] pas acquise ». Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en rétention relèvent désormais de profils « TOP ».
    Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025, seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024, soit « un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé pendant la période de crise sanitaire ». Certains étrangers sont placés en rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce Elodie Jallais, de Forum réfugiés. La menace à l’ordre public l’emporte sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de plus en plus comme une extension du milieu carcéral, observe également Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Un1té. Et l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion quotidienne des centres. »
    Au CRA de Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai, en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, « de plus en plus de problèmes psy », tandis qu’un infirmier du service médical aborde des transferts vers les urgences psychiatriques « plusieurs fois par mois » de retenus « qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont schizophrènes ». Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également de ce contexte lourd.
    Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui, des « jeunes de 20 ans » qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un coretenu, survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures, au nez et à l’orbite. Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été volé et agressé.
    Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS Solidarités ont accompagné, en 2025, « le dépôt de 81 plaintes auprès du procureur de la République ». Parmi elles, « 26 visaient directement les fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical corroborant les violences ».
    La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée à quatre-vingt-dix jours), mais aussi des profils des retenus, plus difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens, alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger fait que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).
    « Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate ainsi Justine Girard, de La Cimade. Les expulsions ont principalement lieu les premiers jours d’enfermement. » Mercredi 20 mai, le Sénat devait pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance, Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des actes de terrorisme et ceux qui ont été « définitivement condamnés pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement ».
    « C’est de la pure démagogie car on mettra moins de personnes en CRA, donc on fera moins d’éloignements », prédit un cadre de la police, sous le couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, « en plaçant des personnes pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ». « Le travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner rapidement, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale, mais pour exécuter une procédure administrative. » « Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. Ils s’usent vite, subissent des dégradations. » En avril, l’élue a visité le centre de rétention administrative de Coquelles (Pas-de-Calais), et dans un courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment l’« indignité totale » des douches et l’« infestation » de chambres par des punaises de lit.
    Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite, une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes. Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale. Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé, en 2023, des conditions indignes. Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi par semaine, une association organise ici des jeux de société et des activités artistiques. « On regarde pour [faire venir] un intervenant pour des activités physiques », explique la cheffe de l’établissement, alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours. « La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. « En prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule », ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. « Les gens s’ennuient, et, surtout, l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse », prolonge Elodie Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement. Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA de Lyon.

    #Covid-19#migration#migrant#CRA#france#retention#sante#santementale#droit#politiquemigratoire

  • Centre de rétention en France : des étrangers enfermés plus longtemps mais moins expulsés - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/71441/centre-de-retention-en-france--des-etrangers-enfermes-plus-longtemps-m

    Centre de rétention en France : des étrangers enfermés plus longtemps mais moins expulsés
    Par La rédaction Publié le : 19/05/2026
    Près de 16 500 étrangers ont été enfermés dans des centres de rétention administrative (CRA) en France métropolitaine en 2025 mais plus de 60 % ont été libérés « principalement suite à des décisions judiciaires », révèle un rapport de plusieurs associations publié mardi.
    Le temps passé en centre de rétention administrative (CRA) s’allonge mais les expulsions n’augmentent pas pour autant, souligne, mardi 19 mai, un rapport de La Cimade et quatre autres associations. Un constat dénoncé par les militants de défense de droit des étrangers à la veille d’un texte - déjà validé par l’assemblée nationale - examiné au Sénat le 20 mai pour rallonger la durée maximale de rétention à 7 mois."Plus de quarante ans après l’ouverture des premiers centres de rétention administrative (1984), l’année 2025 s’inscrit comme l’une des plus préoccupantes pour les droits des personnes étrangères privées de liberté", estiment les associations. En cause : l’allongement de la durée moyenne d’enfermement. Un peu plus de 33 jours en 2025, contre près de 17 jours en 2020."Dans certains centres, [la durée d’enfermement] dépasse largement les 45 à 50 jours, avec des taux d’éloignement très faibles comparés aux années précédentes", peut-on lire dans le rapport. Un peu plus de 2 500 étrangers ont atteint la durée maximale d’enfermement à 90 jours.
    Mais les expulsions, en effet, ne suivent pas toujours. En 2025, 36 % des personnes enfermées en CRA ont été éloignées vers leur pays d’origine, contre 39 % en 2024. A contrario, « plus de 60 % ont été libérés, principalement suite à des décisions judiciaires, en raison d’irrégularités de procédure et dans certains cas, de défauts de perspective d’éloignement », explique le rapport.
    Et les associations d’en tirer des conclusions. « Les CRA servent à enfermer et sont détournés de leur finalité première, à savoir l’expulsion des personnes à bref délai, démontrant l’échec de la logique ’enfermer plus pour éloigner plus’ », estiment les associations. « Plus la rétention s’allonge, moins elle permet d’éloigner ».La Roumanie est le premier pays de renvoi avec 687 expulsions, suivie de la Tunisie (552) et du Maroc (538).
    Aujourd’hui, « plus de la moitié des expulsions interviennent dans les20 premiers jours et 85 % dans les 45 premiers jours, tandis que moins de 10 % ont lieu au-delà de soixante jours », écrivent les rapporteurs.Pourtant, la durée maximale d’enfermement, limitée à trois mois, pourrait s’allonger à 210 jours (soit 7 mois) avec la proposition de loi du député Charles Rodwell (Renaissance), examinée mercredi 20 mai au Sénat.D’autre part, le nombre de personnes enfermées dans les 22 CRA de France hexagonale est peu ou prou le même que l’année passée : 16 467 en 2025, contre 16 228 en 2024. Une hausse « légère de 1,5 % par rapport à l’année précédente, davantage liée à une augmentation des places disponibles qu’à l’efficacité du dispositif », expliquent les associations.
    Comme l’année passée aussi, les ressortissants de trois pays du Maghreb ont été majoritaires dans les CRA : Algériens (30 %), Tunisiens (11 %) et Marocains (10 %), confirmant, selon les associations, « le ciblage prioritaire de certaines nationalités ». « Les éloignements vers l’Algérie [ont chuté] fortement [en 2025] pour atteindre seulement 263 renvois, alors qu’ils dépassaient encore les 1 100 l’année précédente ».Depuis sa visite en Algérie à la mi-février 2026, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a amorcé une reprise du dialogue avec Alger. Depuis le début de l’année, 140 reconduites d’Algériens ont été réalisées.Majoritairement, les personnes placées en CRA l’ont été à la suite de contrôles de police (46,3 %), tandis que 29 % l’ont été à la sortie de prison.
    En Outre-mer, 27 568 personnes ont été enfermées, le seul CRA de Mayotte concentrant 96 % de ces placements (21 600) parmi lesquels 3 074 enfants. « Cette situation intervient malgré les condamnations répétées de la France par la Cour européenne des droits de l’homme, qui a déjà sanctionné à onze reprises l’enfermement de mineurs en contexte migratoire », peut-on lire dans le rapport.
    En 2025, plus de 20 000 expulsions ont été réalisées, confirme la préfecture de Mayotte, c’est plus que tous les départements de France réunis. Et elles sont rapides. « Quand on arrive dans ce CRA, il y a de grandes chances d’être expulsé la journée suivante (...) », confirme une source policière mahoraise rencontrée à Pamandzi où se trouve le CRA. « Le turnover est très important, il y a des départs tous les jours vers les Comores ».
    Depuis la nouvelle loi « programmation pour la refondation de Mayotte » adoptée en 2025, les mesures en matière de droit des étrangers se sont durcies. La loi impose notamment l’obligation d’un visa de long séjour pour obtenir une première carte de séjour pour motifs familiaux, « condition qui risque de rendre quasiment impossible l’accès à ce droit pour de nombreuses personnes », lit-on dans le rapport.Mayotte demeure un territoire d’exception. Cette nouvelle loi a également réintroduit la possibilité d’enfermer des mineurs en rétention dans des « unités familiales » spécifiques, alors même que l’interdiction d’enfermement des enfants a été acté par la loi de janvier 2024 et devait entrer en vigueur en janvier 2027

    #Covid-19#migration#migrant#france#CRA#politiquemigratoire#retention#sante#droit#mineur

  • Comment les centres de rétention administrative sont devenus une « extension du #milieu_carcéral »

    Le taux d’éloignement des étrangers sans papiers placés en rétention n’a jamais été aussi faible, alors que les durées d’enfermement s’allongent et que les conditions se dégradent.

    Quand Imed Dridah est sorti de la maison d’arrêt de Bonneville (Haute-Savoie), il lui restait deux mois de peine à purger pour une affaire de « recel de choses volées », dit-il. Cet Algérien de 35 ans, déjà condamné pour « des trucs comme de la détention de stupéfiants », a été placé sous bracelet électronique. Début mai, il se rend au service pénitentiaire d’insertion et de probation pour se faire retirer le bracelet. Il est arrêté lorsqu’il en sort.

    Sa carte de résident de dix ans avait expiré pendant son incarcération et faute de l’avoir renouvelée, ce père de trois enfants français se trouvait en situation irrégulière. Il a été envoyé au centre de rétention administrative (CRA) 2 de #Lyon-Saint-Exupéry, où nous l’avons rencontré en accompagnant le sénateur écologiste du Rhône Thomas Dossus qui a exercé son droit de visite parlementaire, mercredi 13 mai.

    Autour d’Imed Dridah, ils sont plusieurs à témoigner de situations semblables, parmi les 118 hommes actuellement retenus. D’après la cheffe du CRA, la commandante divisionnaire Sandrine Battin, « tous ont des profils #TOP [#trouble_à_l’ordre_public]. Ils sortent soit de prison, soit de garde à vue ».

    « La menace à l’ordre public l’emporte sur tout »

    Ainsi, Nader Aouini a été contrôlé dans la rue. A cette occasion, la police a découvert que ce Tunisien de 39 ans, marié à une Française, avait une #interdiction_du_territoire_français depuis sa condamnation, en 2024, « à cause d’une bagarre où [il s’est] défendu avec un couteau ». Ramzy (toutes les personnes citées par un prénom ont souhaité conserver leur anonymat), un Algérien de 38 ans – et « neuf condamnations au casier pour stupéfiants, vols ou violences » – faisait, lui, l’objet d’un arrêté d’expulsion depuis 2022, remonté lors d’un contrôle policier.

    Selon le rapport publié le 19 mai par les associations présentes en CRA pour de l’assistance juridique aux retenus, dont Forum réfugiés, La Cimade ou le Groupe SOS Solidarités, 29 % des plus de 16 000 personnes retenues dans l’Hexagone en 2025 sortaient de prison. Un niveau inédit. Après avoir été stable entre 2014 et 2017 (autour de 8 %), cette proportion s’est fortement accrue en 2018 (13 %) et les années suivantes, fruit d’une politique amorcée par Gérard Collomb lorsqu’il était ministre de l’intérieur (2017-2018), en réponse au double meurtre commis par une personne en situation irrégulière à la gare de Marseille Saint-Charles, en octobre 2017.

    Dans une circulaire d’août 2022, Gérald Darmanin, alors ministre de l’intérieur (2020-2024), avait indiqué aux préfets que « la rétention doit être prioritairement destinée aux [étrangers en situation irrégulière] auteurs de troubles à l’ordre public, y compris lorsque l’#éloignabilité ne paraît pas acquise ». Selon le ministère de l’intérieur, 90 % des personnes en rétention relèvent désormais de profils « TOP ».

    Les associations y voient un détournement de la finalité des CRA. En 2025, seules 36 % des personnes enfermées ont été expulsées, contre 39 % en 2024, soit « un niveau historiquement bas, inférieur même à celui observé pendant la période de crise sanitaire ». Certains étrangers sont placés en rétention plusieurs fois « sans aucune perspective d’éloignement, dénonce Elodie Jallais, de Forum réfugiés. La #menace_à_l’ordre_public l’emporte sur tout, sans que cette notion soit définie ». « Les CRA apparaissent de plus en plus comme une extension du milieu carcéral, observe également Cédric Castes, le référent police aux frontières du syndicat Unité. Et l’accumulation de profils à risque complexifie fortement la gestion quotidienne des centres. »

    #Violences

    Au CRA de #Vincennes (Paris 12e), où Le Monde s’est rendu, lundi 18 mai, en accompagnant la députée (ex-La France insoumise) de Paris Danielle Simonnet, une fonctionnaire de police évoque, en outre, « de plus en plus de problèmes psy », tandis qu’un infirmier du service médical aborde des transferts vers les urgences psychiatriques « plusieurs fois par mois » de retenus « qui entendent des voix, ont des hallucinations ou sont schizophrènes ». Dans les espaces du CRA, les retenus témoignent également de ce contexte lourd.

    Un Marocain décrit le cas d’un homme qui urine dans sa chambre et se recouvre d’excréments. Lounis, un Algérien de 38 ans, se plaint, lui, des « jeunes de 20 ans » qui passent leur journée à « manger des cachetons ». Un Ivoirien de 50 ans porte les traces d’une agression par un co-retenu, survenue le 16 avril, qui lui a laissé deux fractures au nez et à l’orbite. Un Chilien, Roberto Vega, dit avoir été changé de bâtiment après avoir été volé et agressé.

    Des hommes se plaignent aussi des violences de la part de policiers. Selon le rapport interassociatif, au CRA de Vincennes, les juristes du Groupe SOS Solidarités ont accompagné, en 2025, « le dépôt de 81 plaintes auprès du procureur de la République ». Parmi elles, « 26 visaient directement les fonctionnaires du CRA ou des escortes, dont 21 avec un certificat médical corroborant les violences ».

    La durée de la rétention, elle, ne cesse de s’allonger, à la fois sous l’effet de l’évolution législative (en 2018, la durée maximale a été portée à quatre-vingt-dix jours) mais aussi des profils des retenus, plus difficilement expulsés. Près d’un tiers d’entre eux sont des Algériens, alors que la brouille diplomatique entre Paris et Alger fait que 6 % à peine sont, in fine, renvoyés. De même, les personnes sortant de prison affichent un taux d’éloignement inférieur à la moyenne et une durée d’enfermement plus longue (environ quarante-huit jours).

    « Enfermer plus longtemps ne permet pas d’éloigner les personnes, constate ainsi Justine Girard, de La Cimade. Les expulsions ont principalement lieu les premiers jours d’enfermement. » Mercredi 20 mai, le Sénat devait pourtant examiner une proposition de loi – portée par les députés Charles Rodwell (Renaissance, Yvelines), Gabriel Attal (Renaissance, Hauts-de-Seine) et Michel Barnier (Les Républicains, Paris) et déjà votée par l’Assemblée nationale en première lecture le 2 décembre 2025 – qui porterait à deux cent dix jours la durée maximale d’enfermement pour les étrangers « les plus dangereux ». Il s’agit de ceux condamnés pour des actes de terrorisme et ceux qui ont été « définitivement condamnés pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement ».

    « La prison, c’est mieux »

    « C’est de la pure #démagogie car on mettra moins de personnes en CRA donc on fera moins d’éloignements », prédit un cadre de la police, sous le couvert de l’anonymat. En outre, estime-t-il, « en plaçant des personnes pendant sept mois, ça va devenir plus dangereux pour tout le monde ». « Le travail en CRA, à l’origine, c’est d’identifier quelqu’un et l’éloigner rapidement, rappelle un autre policier, en poste au CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne). On n’est pas formés pour gérer une logique carcérale, mais pour exécuter une procédure administrative. »

    « Les centres n’ont pas été conçus pour des rétentions longues, dénonce à son tour la députée (non-inscrite) du Maine-et-Loire Stella Dupont. Ils s’usent vite, subissent des dégradations. » En avril, l’élue a visité le centre de rétention administrative de #Coquelles (Pas-de-Calais) et dans un courriel adressé au ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, auquel elle demande la fermeture d’une partie des locaux, elle évoque notamment l’« #indignité totale » des douches et l’« #infestation » de chambres par des #punaises_de_lit.

    Au CRA de Vincennes, une partie des retenus ont été installés dans des #préfabriqués. Ils subissent de nombreuses infiltrations d’eau dans les chambres. Dans la partie la plus moderne du centre, lors de notre visite, une seule douche fonctionnait dans des sanitaires prévus pour 58 hommes. Des toilettes étaient bouchées, débordant de matière fécale.

    Au CRA 2 de Lyon-Saint-Exupéry, Gérald Darmanin avait vanté l’édification d’un bâtiment modèle lors de son inauguration en 2022. Depuis, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté y a épinglé, en 2023, des #conditions_indignes. Les cours de promenade ne sont plus que des grandes cages vides : les tables de ping-pong ont été enlevées, les ballons retirés. Deux après-midi par semaine, une association organise ici des jeux de société et des activités artistiques. « On regarde pour [faire venir] un intervenant pour des activités physiques », explique la cheffe de l’établissement, alors que la durée moyenne de rétention est de cinquante jours.

    « La prison, c’est mieux », affirme Omar, un retenu algérien. « En prison, on est plus autonome, on peut se faire à manger sans dépendre de la gamelle, on vous donne des produits d’hygiène pour nettoyer votre cellule », ajoute Abdoulaye, un retenu sénégalais. « Les gens s’ennuient et surtout, l’incertitude sur ce qui va se passer les angoisse », prolonge Elodie Jallais. Le 12 avril, un Algérien s’est pendu dans une chambre d’isolement. Il avait été placé en rétention pour la troisième fois en deux ans au CRA de Lyon.

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  • France : les députés approuvent l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux » - InfoMigrants
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    France : les députés approuvent l’allongement de la rétention à sept mois pour les étrangers jugés « dangereux »
    Par La rédaction Publié le : 06/05/2026
    Adoptée par l’Assemblée nationale, mardi, cette proposition de loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers jugés « dangereux » pour une durée de 7 mois (210 jours). Le texte doit encore passé devant le Sénat fin mai.
    De 180 à 210 jours. Les députés français ont adopté mardi 5 mai, un texte visant à allonger la durée maximale de rétention administrative pour des étrangers en situation irrégulière et jugés « dangereux ». La proposition de loi, portée par Charles Rodwell (Renaissance, parti présidentiel) et soutenue par le gouvernement, a été validée par 345 députés allant du centre au Rassemblement national (extrême droite), contre 177 députés à gauche.
    Que contient-elle ? Cette loi permet d’enfermer en centre de rétention administrative (CRA) des étrangers pour une durée de sept mois, si les personnes visées cumulent trois critères :
    L’étranger doit faire l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire (OQTF). Il doit avoir été condamné par le passé à au moins trois ans de prison pour des atteintes aux personnes. Il représente une menace « réelle, actuelle et d’une particulière gravité » pour l’ordre public.
    Actuellement, la durée maximum de rétention est de 90 jours, ou 180 jours pour ceux condamnés pour terrorisme. Pour cette dernière catégorie, le texte porte aussi ce seuil à 210 jours. Cette proposition de loi doit maintenant être examinée par le Sénat fin mai.
    L’été dernier, une disposition d’allongement similaire avait été censurée par le Conseil constitutionnel, qui l’avait jugée disproportionnée. Ce qui a poussé des élus à la présenter de nouveau, avec une formulation plus restrictive tenant compte des observations des Sages. Elle ne concernera « que quelques dizaines de personnes par an », selon le député Charles Rodwell.Cet allongement à 210 jours a surtout été vivement soutenu et poussé par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, après le meurtre en 2024 de l’étudiante Philippine, alors que le suspect, un Marocain, sous Obligation de quitter le territoire français (OQTF) venait de sortir de rétention.
    « [La victime] habitait ma circonscription et il y a un an et demi, j’ai pris un engagement auprès de sa famille » de porter un texte « transpartisan » trouvant « un juste équilibre entre la protection des libertés publiques et le renforcement de la sécurité des Français », a déclaré Charles Rodwell, élu des Yvelines.Pour rappel, les étrangers en situation irrégulière peuvent être enfermés dans un centre de rétention administrative (CRA) en vue de leur expulsion - s’il existe un risque qu’ils s’y soustraient. En effet, selon le droit français - et européen - l’enfermement d’un étranger en CRA est une mesure qui ne doit être utilisée qu’en dernier recours, « dans les cas où l’administration n’a pas d’autres moyens moins attentatoires aux libertés pour réaliser l’expulsion », rappelle La Cimade, association de défense de droits des étrangers.
    Être en situation irrégulière est une irrégularité administrative, et pas un délit, selon le droit français.Les réactions ont été nombreuses. « C’est une loi de communication », qui valide « le principe de la prison sans le procès », a fustigé la socialiste Céline Hervieu. Pour l’écologiste Stella Dupont, cette mesure « ne permettra pas davantage d’expulsions », écrit-elle sur X. « Le plus souvent, les blocages viennent du refus du pays d’origine de reconnaître son ressortissant. Et sans cette reconnaissance, aucune expulsion n’est possible. La priorité est donc de renforcer la négociation et la diplomatie avec ces pays, pas de maintenir enfermées ces personnes ad vitam aeternam. »
    Le texte s’attaque aussi plus particulièrement à la menace terroriste. Il porte la création d’une « injonction d’examen psychiatrique » à la main du préfet, pour forcer certaines personnes à s’y soumettre.
    Elles devront avoir montré une adhésion à « des théories incitant ou faisant l’apologie d’actes de terrorisme », et avoir eu des « agissements susceptibles d’être (...) liés à des troubles mentaux ». Après cet examen, le préfet pourra prononcer une hospitalisation forcée.
    Cela permettra d’intervenir « avant le passage à l’acte », s’est félicité Eric Martineau (MoDem, centre). La députée écologiste Léa Balage El Mariky a, au contraire, dénoncé une « dérive majeure » transformant « les psychiatres en agents de sécurité intérieure » et « le soin en contrôle ».La proposition de loi prévoit également la création d’une « rétention de sûreté terroriste », permettant de placer sous certaines conditions des étrangers dans un centre de soins après une peine de prison, comme pour certains autres crimes.
    Des mesures « très concrètes » que Charles Rodwell espère voir adoptées définitivement avant la fin des travaux parlementaires cet été. Plus de 16 000 personnes ont été retenues dans des CRA en 2024, selon la Cimade. Ce nombre grimpe à 40 000 si l’on inclut les étrangers enfermés en CRA à Mayotte (22 300 en 2024) et dans les Outre-mer (Guadeloupe, Réunion, Guyane…).

    #Covid-19#migration#migrant#france#CRA#sante#droit#santementale#politiquemigratoire

  • Centre de rétention administrative : l’Assemblée nationale rejette l’allongement à sept mois
    https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/16/centre-de-retention-administrative-l-assemblee-nationale-rejette-l-allongeme

    Centre de rétention administrative : l’Assemblée nationale rejette l’allongement à sept mois
    Les députés ont adopté un amendement de la députée écologiste Léa Balage El Mariky par 84 voix contre 77, réécrivant entièrement un des articles-clés d’une proposition de loi du député Renaissance, Charles Rodwell, soutenue par le gouvernement.
    Le Monde avec AFP
    Le vote s’est déroulé dans une ambiance électrique. L’Assemblée nationale a rejeté, jeudi 16 avril, une mesure visant à allonger à sept mois la rétention administrative de certains étrangers jugés dangereux, très combattue par la gauche. Les députés ont adopté un amendement de la députée écologiste Léa Balage El Mariky par 84 voix contre 77, réécrivant entièrement un des articles-clés d’une proposition de loi du député Renaissance, Charles Rodwell, soutenue par le gouvernement. La droite, le centre et l’extrême droite se sont opposés à l’amendement, et la gauche l’a soutenu.
    Le scrutin s’est déroulé après plusieurs votes serrés, et une suspension de séance dont la légitimité a été contestée, chaque groupe cherchant à faire venir davantage de députés. Le texte fera l’objet d’un vote global le 5 mai.
    Actuellement, la durée maximum de maintien dans les centres de rétention administrative (CRA), où peuvent être enfermés des étrangers en vue de leur expulsion s’il existe un risque qu’ils s’y soustraient, est de quatre-vingt-dix jours, ou cent quatre-vingts jours pour ceux condamnés pour terrorisme. L’article en question prévoyait d’allonger à deux cent dix jours la durée de maintien en rétention pour tout étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement du territoire français et remplissant deux conditions.
    La première était d’avoir été « définitivement condamné pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement », et la deuxième de représenter « une menace réelle, actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre public ». Ces termes ont été supprimés par l’amendement de Mme Balage El Mariky, qui avait dénoncé la volonté du texte de « faire des CRA une prison ». « Croyez-moi, nous serons au combat pour rétablir cette mesure qui est à mon avis majeure pour assurer la sécurité des Français », a lancé M. Rodwell.
    Les députés avaient plus tôt adopté un autre article rétablissant la base légale pour prolonger jusqu’à deux cent dix jours la durée de rétention des personnes condamnées pour terrorisme, qui n’existait plus depuis une censure du Conseil constitutionnel cet été sur une loi portant également sur la rétention. Un « vide juridique accidentel », a souligné M. Rodwell. Mais l’amendement écologiste adopté ensuite conditionne toute prolongation de la rétention des étrangers condamnés pour terrorisme au-delà de quatre-vingt-dix jours à la remise au Parlement d’un rapport. Celui-ci devant établir l’efficacité de ces dispositions « en matière d’exécution des décisions d’éloignement », notamment. Une condition qui n’a « rien à faire dans la loi » et qui pourra être réécrite au Sénat, a souligné l’entourage de M. Rodwell

    #Covid-19#migrant#migration#france#retention#CRA#etranger#droit#sante

  • L’allongement de la rétention des étrangers jugés « les plus dangereux » de retour devant le Parlement
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/04/11/l-allongement-de-la-retention-des-etrangers-juges-les-plus-dangereux-de-reto

    L’allongement de la rétention des étrangers jugés « les plus dangereux » de retour devant le Parlement
    Alors qu’une première loi avait été censurée, en 2025, par le Conseil constitutionnel, un nouveau texte, porté par les députés Charles Rodwell, Gabriel Attal et Michel Barnier, vise à porter la durée maximale à deux cent dix jours.
    Par Julia Pascual
    Allonger à sept mois la durée de rétention des étrangers jugés dangereux. L’ancien ministre de l’intérieur (2024-2025) Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains (LR), l’a voulu, le « socle commun » va-t-il bientôt le faire ? Lundi 13 avril, l’Assemblée nationale doit se pencher sur une proposition de loi portée par les députés Charles Rodwell (Renaissance), Gabriel Attal (Renaissance) et Michel Barnier (LR), qui vise à rectifier une loi censurée le 7 août 2025 par le Conseil constitutionnel.
    Initialement porté par la sénatrice (LR) du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio, et soutenu tant par le bloc central que par le Rassemblement national, un premier texte avait en effet été jugé contraire à l’article 66 de la Constitution, selon lequel « nul ne peut être arbitrairement détenu ». Le texte prévoyait de passer de quatre-vingt-dix jours à deux cent dix jours la durée maximale de rétention de certains étrangers sans s’assurer du caractère exceptionnel, nécessaire et circonscrit de la mesure.
    Charles Rodwell, défenseur d’une immigration « massivement réduite et choisie », ainsi qu’il se présentait au Monde lors d’un entretien début février, explique avoir été contacté par Bruno Retailleau en septembre 2025, un mois avant que ce dernier ne quitte son poste de ministre. « Nous portions une proposition de loi sur la psychiatrie, et il m’a demandé de la retirer et de la retravailler en y incluant des articles sur la rétention qui tiennent compte de la censure du Conseil constitutionnel », expliquait l’élu. Le texte ainsi remanié a été soumis pour avis au Conseil d’Etat, amendé, et a fini par être adopté, le 11 février, en commission des lois.
    L’idée principale est de pouvoir maintenir en rétention et jusqu’à deux cent dix jours les étrangers « les plus dangereux », ceux condamnés pour des actes de terrorisme (c’était déjà le cas auparavant, mais la censure a fait sauter cette possibilité) et, « à titre exceptionnel », les étrangers en situation irrégulière qui ont été « définitivement condamnés pour des faits d’atteinte aux personnes punis d’au moins trois ans d’emprisonnement et qui représentent une menace réelle, actuelle et d’une particulière gravité pour l’ordre public ». Un autre article de la proposition de loi permettra de placer une personne en rétention à plusieurs reprises sur la base d’une même mesure d’éloignement, sans aller au-delà de quatre placements et cinq cent quarante jours de privation de liberté au total, pour les profils jugés les plus dangereux. Un dispositif qui existait déjà mais qui a été censuré, là encore, par le Conseil constitutionnel, en octobre 2025, car jugé disproportionné, avec effet différé au 1er novembre 2026.
    Charles Rodwell rappelle que la jeune Philippine tuée le 21 septembre 2024 était originaire de sa circonscription. Cette étudiante de 19 ans a été la victime d’un Marocain déjà condamné pour viol, visé par une obligation de quitter le territoire et libéré de sa rétention faute de laissez-passer consulaire de son pays d’origine. Un drame dont s’émouvait régulièrement Bruno Retailleau pour justifier sa ligne dure en matière migratoire. Si le nouveau texte est adopté, il devrait toucher, en dehors des individus condamnés pour terrorisme, entre 25 et 30 personnes par an, selon le député, qui se targue d’avoir le soutien de l’actuel ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez. « C’est de la pure posture », raille néanmoins un cadre de la place Beauvau, sous le couvert de l’anonymat, qui met en garde contre les effets contre-productifs de la mesure : « Si on garde les gens plus longtemps dans les CRA [centres de rétention administrative], on placera moins de monde et on éloignera moins, c’est mathématique. C’est de la rétention de sûreté, pas de l’éloignement. »
    Dans un rapport publié en 2025, les associations présentes en CRA – dont La Cimade et Forum réfugiés – ont dénoncé l’allongement de la rétention et son caractère « trop souvent illégal, car sans perspective d’un éloignement effectif ». Un peu plus de 16 000 personnes ont été retenues en France métropolitaine en 2024, réparties à travers les 2 000 places que comptent les CRA. En moyenne, leur rétention a duré trente-trois jours, et moins de 40 % d’entre elles ont été in fine éloignées. Selon un communiqué du 10 avril, France Terre d’asile, Forum réfugiés et Groupe SOS ont indiqué que près de 2 000 personnes ont été retenues quatre-vingt-dix jours sans être éloignées en 2025. La directive européenne Retour de 2008 prévoit une rétention maximale de dix-huit mois, mais le futur règlement « retour » – qui est entré dans sa phase finale de négociation – prévoit de porter cette durée à vingt-quatre mois.

    #Covid-19#migrant#migration#france#droit#retention#sante#CRA#retour#eloignement#politiquemigratoire

  • Reprise des expulsions d’Algériens depuis la France, à l’arrêt depuis un an - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70601/reprise-des-expulsions-dalgeriens-depuis-la-france-a-larret-depuis-un-

    Reprise des expulsions d’Algériens depuis la France, à l’arrêt depuis un an
    Par La rédaction Publié le : 27/03/2026
    Les Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont de nouveau expulsés vers leur pays d’origine, selon l’association la Cimade. Les renvois vers l’Algérie étaient suspendus depuis un an, les relations entre Alger et Paris s’étant considérablement dégradées depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
    Les expulsions d’Algériens vers leur pays d’origine ont repris, selon l’association la Cimade qui intervient dans des centres de rétention (CRA), où sont enfermés des étrangers en situation irrégulière en vue de leur renvoi. « Deux Algériens, retenus dans le CRA de Rennes, ont été expulsés hier [mercredi 25 mars, ndlr] », a assuré la Cimade à l’AFP.
    D’après l’association, la première personne était arrivée en France en 2024 et était retenue depuis deux mois en CRA et la seconde était en France depuis 40 ans, marié avec une Française et père de trois enfants majeurs en France.À Toulouse (sud-ouest de la France), dans un autre CRA, un laisser-passer consulaire, document nécessaire pour toute expulsion, a été émis la semaine dernière par l’Algérie et un vol est prévu pour ce pays, a ajouté la Cimade. Les dernières réadmissions par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous Obligations de quitter le territoire français (OQTF) dataient du début de l’année 2025.
    La relation entre Paris et Alger s’était fortement dégradée depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l’ONU, où un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Les tensions franco-algériennes n’ont cessé ensuite de se multiplier : enlèvement d’un influenceur algérien opposant au régime d’Abdelmadjid Tebboune en avril 2024 ; arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien ; inculpation d’un agent consulaire algérien en avril 2025 ; expulsion de 12 agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard...
    Les tensions se sont aussi concentrées « autour des personnes faisant l’objet d’une OQTF, dans un contexte où Alger a longtemps été accusée par Paris de refuser ou de ralentir la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires aux expulsions », expliquait en début d’année à InfoMigrants la chercheuse Kinda Benyahia, spécialiste de l’Algérie à l’université Bordeaux-Montaigne. "Cette situation a contribué à politiser la question migratoire et à en faire un levier diplomatique entre les deux États."Depuis des années, Paris reproche en effet à Alger de ne plus délivrer ces laissez-passer consulaires, sésames indispensables pour procéder à l’éloignement des ressortissants sans-papiers - et sans passeports.
    La France accueille la plus importante communauté algérienne à l’étranger, « y compris une part non négligeable de personnes en situation irrégulière », indiquait aussi Kinda Benyahia.Les Algériens sous OQTF représentent le plus gros contingent de personnes dans les centres de rétention administrative (CRA) en France, en vue de leur expulsion. En 2024, la Cimade rappelait que l’écrasante majorité des retenus étaient maghrébins : un peu plus de 5 000 Algériens, 1 900 Tunisiens et 1 700 Marocains étaient passés par des CRA cette année-là. Des chiffres loin devant les autres nationalités : 700 Roumains, 450 Albanais, 350 Guinéens, 300 Afghans ou encore 300 Ivoiriens.
    Lors d’un entretien accordé à l’AFP, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait annoncé en début de semaine que la reprise d’un « dialogue exigeant sur le plan migratoire et sécuritaire avec l’Algérie » avait produit ses « premiers résultats ». Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur Laurent Nuñez a prôné l’apaisement avec Alger, se démarquant de son prédécesseur Bruno Retailleau. L’ex-ministre avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d’aller au bras de fer.

    #Covid-19#migrant#migration#france#algerie#expulsion#CRA#politiquemigratoire#migrationirreguliere#droit#sante

  • Reprise des expulsions d’Algériens depuis la France, à l’arrêt depuis un an - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/70601/reprise-des-expulsions-dalgeriens-depuis-la-france-a-larret-depuis-un-

    Reprise des expulsions d’Algériens depuis la France, à l’arrêt depuis un an
    Par La rédaction Publié le : 27/03/2026
    Les Algériens visés par des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont de nouveau expulsés vers leur pays d’origine, selon l’association la Cimade. Les renvois vers l’Algérie étaient suspendus depuis un an, les relations entre Alger et Paris s’étant considérablement dégradées depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
    Les expulsions d’Algériens vers leur pays d’origine ont repris, selon l’association la Cimade qui intervient dans des centres de rétention (CRA), où sont enfermés des étrangers en situation irrégulière en vue de leur renvoi. « Deux Algériens, retenus dans le CRA de Rennes, ont été expulsés hier [mercredi 25 mars, ndlr] », a assuré la Cimade à l’AFP.
    D’après l’association, la première personne était arrivée en France en 2024 et était retenue depuis deux mois en CRA et la seconde était en France depuis 40 ans, marié avec une Française et père de trois enfants majeurs en France.À Toulouse (sud-ouest de la France), dans un autre CRA, un laisser-passer consulaire, document nécessaire pour toute expulsion, a été émis la semaine dernière par l’Algérie et un vol est prévu pour ce pays, a ajouté la Cimade. Les dernières réadmissions par l’Algérie de ses ressortissants en situation irrégulière sous Obligations de quitter le territoire français (OQTF) dataient du début de l’année 2025.
    La relation entre Paris et Alger s’était fortement dégradée depuis l’été 2024 et la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, territoire au statut non défini selon l’ONU, où un conflit oppose depuis 50 ans le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenu par l’Algérie. Les tensions franco-algériennes n’ont cessé ensuite de se multiplier : enlèvement d’un influenceur algérien opposant au régime d’Abdelmadjid Tebboune en avril 2024 ; arrestation en novembre 2024 de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, gracié un an plus tard par le président algérien ; inculpation d’un agent consulaire algérien en avril 2025 ; expulsion de 12 agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard...
    Les tensions se sont aussi concentrées « autour des personnes faisant l’objet d’une OQTF, dans un contexte où Alger a longtemps été accusée par Paris de refuser ou de ralentir la délivrance des laissez-passer consulaires nécessaires aux expulsions », expliquait en début d’année à InfoMigrants la chercheuse Kinda Benyahia, spécialiste de l’Algérie à l’université Bordeaux-Montaigne. "Cette situation a contribué à politiser la question migratoire et à en faire un levier diplomatique entre les deux États."Depuis des années, Paris reproche en effet à Alger de ne plus délivrer ces laissez-passer consulaires, sésames indispensables pour procéder à l’éloignement des ressortissants sans-papiers - et sans passeports.
    La France accueille la plus importante communauté algérienne à l’étranger, « y compris une part non négligeable de personnes en situation irrégulière », indiquait aussi Kinda Benyahia.Les Algériens sous OQTF représentent le plus gros contingent de personnes dans les centres de rétention administrative (CRA) en France, en vue de leur expulsion. En 2024, la Cimade rappelait que l’écrasante majorité des retenus étaient maghrébins : un peu plus de 5 000 Algériens, 1 900 Tunisiens et 1 700 Marocains étaient passés par des CRA cette année-là. Des chiffres loin devant les autres nationalités : 700 Roumains, 450 Albanais, 350 Guinéens, 300 Afghans ou encore 300 Ivoiriens.
    Lors d’un entretien accordé à l’AFP, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot avait annoncé en début de semaine que la reprise d’un « dialogue exigeant sur le plan migratoire et sécuritaire avec l’Algérie » avait produit ses « premiers résultats ». Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur Laurent Nuñez a prôné l’apaisement avec Alger, se démarquant de son prédécesseur Bruno Retailleau. L’ex-ministre avait cristallisé les crispations, tentant régulièrement d’aller au bras de fer.

    #Covid-19#migrant#migration#france#algerie#expulsion#CRA#politiquemigratoire#migrationirreguliere#droit#sante

  • #Crawl entire #websites with a single #API call using #Browser Rendering · Changelog
    https://developers.cloudflare.com/changelog/post/2026-03-10-br-crawl-endpoint

    You can now crawl an entire website with a single API call using #Browser_Rendering's new /crawl endpoint, available in open beta. Submit a starting URL, and pages are automatically discovered, rendered in a #headless_browser, and returned in multiple formats, including HTML, Markdown, and structured JSON.

    Encore un service qui va bien vite se faire blacklister :-))

  • Visualising confinement: Creating #3D models of Greek detention centres

    Immigration detention facilities in Greece are often hidden from public view – a 3D modelling project brings new ways of documenting these spaces of confinement

    Immigration detention centres are some of the least transparent institutions of contemporary border control, in Greece and elsewhere. Access restrictions, even for lawyers and healthcare workers, combined with geographical isolation mean that even basic information about their architecture and daily operation often remains out of reach. A new 3D modelling project hosted on the Detention Landscapes platform responds to this opacity by developing new ways of documenting, visualising, and sharing knowledge about spaces of confinement in Greece.

    Rather than approaching detention centres solely through textual description or statistical reporting, the project experimented with 3D modelling as a method of research, documentation, and public engagement. The aim was not to produce architectural blueprints or definitive representations, but to offer carefully constructed spatial interpretations that bring together disparate sources of information – such as satellite imagery, legal documents, witness testimonies, photographs, and videos – into navigable visual environments.

    At the heart of the project is a strong commitment to collaboration and capacity building. The models currently available on the platform were developed through a structured training process involving seven volunteers from the Border Violence Monitoring Network (BVMN) and Border Criminologies. These volunteers took part in an intensive programme led by a 3D modelling specialist, learning to work with open-source software and OSINT-based techniques to reconstruct detention spaces that are otherwise inaccessible. In this sense, the project is as much about building shared technical skills within civil society and academic networks as it is about producing visual outputs.

    Training and methodology

    The training programme was designed to be accessible, modular, and replicable. Participants were introduced to the open-source software Blender and related tools through step-by-step modules – this allowed people with no prior experience in 3D modelling to contribute meaningfully. The team used Google Earth Pro and other satellite resources to establish accurate spatial references. Tools such as fSpy allowed the alignment of photographic images with 3D perspectives, ensuring that proportions and spatial relationships reflect observable reality as closely as possible. The models were constructed primarily in Blender, using a mix of modular and Boolean modelling techniques.

    Each model was cross-checked for consistency with original images from detention, highlighting a commitment to quality even where precise verification was impossible. Crucially, the project team has made both the specialist-developed reference model and the training materials openly available, reflecting a broader commitment to free digital training and knowledge sharing. By relying exclusively on freely available software and resources, the project seeks to lower barriers to entry and support under-resourced organisations and researchers working on detention and border violence.

    At the core of this project is also a robust methodological framework. Methodologically, the project draws on what the team conceptualises as a practice of ‘montaging’ detention landscapes. This involves assembling fragments of visual, legal, and testimonial data into a coherent spatial narrative, without claiming totality or completeness. Satellite imagery provides the basic spatial framework; photographs and videos taken from people with lived experience of detention help to establish scale, layout, and material details; testimonies and reports contextualise how these spaces are lived, experienced, and governed. The resulting models should therefore be understood as interpretive reconstructions, shaped by both the possibilities and the limits of available data.

    Importantly, the Detention Landscapes platform does not present the 3D models in isolation. Each model is embedded within a wider archive that includes testimonies, NGO reports, and other documentation relating to immigration detention in Greece. This integration reflects the project’s broader ambition: to move beyond fragmented forms of evidence and create a multidisciplinary, publicly accessible repository that supports research, advocacy, and accountability work.
    Visualising places designed to be hidden

    At present, the platform hosts 3D models of the Petrou Ralli Pre-Removal Detention Centre in Athens, the Xanthi and Amygdaleza Pre-Removal Detention Centres, the Corinth Pre-Removal Detention Centre, and the Samos Closed Controlled Access Centre. The need for alternative forms of documentation becomes particularly clear when reading the testimonies and evidence associated with the sites currently modelled on the platform. Across these detention centres, people have consistently described spaces characterised by confinement, deprivation, and prolonged uncertainty. The spatial organisation of these sites, characterised by high-security fencing, internal segregation, and limited communal areas, plays a central role in shaping these experiences, yet remains largely inaccessible to public scrutiny. It is precisely this combination of restricted access, fragmented evidence, and persistent testimonies of harm that makes alternative forms of documentation, such as 3D modelling, both necessary and urgent.

    While the current set of models focuses on selected detention sites in Greece, the project is explicitly conceived as iterative and expandable. The emphasis on training and capacity building means that the methodology can be taken up, adapted, and extended by others working in different geographical and political contexts. In this way, the project aims to foster a transnational community of practice around the visual documentation of detention, bridging gaps between academia, grassroots organisations, and investigative work.

    The project invites users, researchers, students, advocates, journalists, and the wider public, to explore the models alongside the accompanying materials and draw their own connections. By making the spatial organisation of detention visible, the platform encourages critical reflection on how architecture, surveillance, and control are mobilised as tools of migration governance.

    Ultimately, the 3D project on Detention Landscapes is an experiment in how we see, study, and share knowledge about places that are designed to remain hidden. By making visible the spatial logics of confinement, the Detention Landscapes project invites us to rethink how state power and violence materialise in places often hidden from public scrutiny. Through collaborative production, open training, and careful methodological reflection, it seeks to challenge the invisibility of immigration detention and to equip more people with the tools to document, question, and contest it.

    https://blogs.law.ox.ac.uk/border-criminologies-blog/blog-post/2026/02/visualising-confinement-creating-3d-models-greek
    #architecture #reconstruction #confinement #Grèce #visualisation #centres_de_rétention #CRA #détention_administrative #rétention #modélisation #migrations #réfugiés #Petrou_Ralli #Xanthi #Amygdaleza #Samos #Corinthe #reconstitution

  • Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/69823/plongee-au-coeur-de-la-retention-administrative-en-europe

    Plongée au cœur de la rétention administrative en Europe
    Par RFI Publié le : 13/02/2026
    Les centres de rétention administrative dans lesquels sont placés les migrants sans papiers, en attente d’expulsion, se multiplient en Europe. Au sein de l’Union européenne, seuls 24 % en moyenne de ces retours sont effectifs et les délais de détention s’allongent, jusqu’à 90 jours en France. La sociologue Louise Tassin a eu accès, pendant plusieurs mois, à ces lieux d’enfermement en France, en Italie et en Grèce. Dans son livre « Comme on les enferme », elle en décrypte le fonctionnement, notamment le rôle central des acteurs privés, et les effets, dont celui de rapprocher des étrangers retenus pour des raisons administratives en figures criminelles. Entretien.
    – RFI : Lorsque vous avez accédé, en tant qu’étudiante en sociologie, à ces lieux très fermés au public, qu’avez-vous découvert ?
    Louise Tassin : En arrivant dans le centre de rétention parisien, j’ai eu trois surprises. Alors que je m’attendais à une situation relativement explosive, je me suis trouvée face à des policiers qui plaisantaient, bavardaient, jouaient sur leur téléphone. En fait c’était très routinier. Mais cette routinisation n’était pas dénuée de violence pour autant. Au contraire, elle dit quelque chose de la normalisation de ces lieux.
    Les centres de rétention dans l’Union européenne sont des lieux de violations des droits attestées. Ils ont fait l’objet de condamnations, notamment à l’échelle européenne. Ce qui m’intéressait dans cet ouvrage, c’était moins de documenter une fois de plus ces atteintes au droit que d’essayer de comprendre les conditions qui rendent possibles et acceptables ces abus dans un cadre désormais légalisé, et normalisé.La deuxième surprise, c’est le rôle des acteurs privés, non étatiques, dans ces espaces, notamment en France, mais également en Italie où la gestion est entièrement déléguée à un tiers. À Lampedusa, il s’agit d’une coopérative sociale non lucrative, qui, en réalité, n’a de coopérative et de sociale que le nom, parce qu’elle fonctionne comme une entreprise.La troisième surprise a été de constater à quel point, dans les trois sites que j’ai étudiés, en région parisienne, à Lesbos et à Lampedusa, les expériences des étrangers enfermés se faisaient écho, malgré des conditions matérielles d’enfermement très différentes. Ces personnes ont le sentiment d’être injustement traitées comme des criminels. Il faut rappeler que ces centres de rétention visent à enfermer des étrangers pour un motif uniquement administratif, et non parce qu’ils auraient commis un délit. Or, le fait de les enfermer dans des dispositifs d’allure carcérale, et au fonctionnement carcéral, infléchit le regard que l’on porte sur eux, et tend à les criminaliser.
    – Vous rapportez le cas de cet étudiant, à Paris, interpellé alors qu’il allait faire renouveler sa carte de séjour expirée, et qui pleure, car on l’a « emmené ici dans un truc pour les chiens ». La rétention a un effet déshumanisant ?
    L’animalisation, c’est quelque chose dont j’ai été témoin, à la fois directement et parce qu’on me l’a rapporté. Les personnes qui me l’ont rapporté sont les premières concernées, mais aussi les gens qui travaillent dans ces lieux, et qui, pour certains, notamment ces prestataires privés en France, étaient eux-mêmes choqués.
    Leur situation est particulièrement délicate : l’équipe des sous-traitants, dans le centre sur lequel j’ai travaillé en région parisienne, était constituée presqu’exclusivement d’immigrés et de descendants d’immigrés. Une large partie des équipes a été étrangère et certains ont même été sans papiers au cours de leur trajectoire.
    C’est étonnant à première vue que d’anciens sans-papiers travaillent dans un centre de rétention, mais ça ne l’est qu’en apparence : cela révèle les apories, les contradictions insolubles des politiques migratoires françaises et européennes. La lutte contre l’immigration irrégulière occupe une place centrale sur la scène médiatique et politique, alors qu’en fait, les États membres ont très largement recours à la main d’œuvre précaire et flexible que constituent ces étrangers et ces étrangères.
    – Les prestataires privés jouent un rôle central en France, raconte votre livre. Comment fonctionnent ces centres ?
    Les centres de rétention sont principalement gérés par la police. Ils restent sous la mainmise de l’État. Mais plusieurs intervenants participent à cette gestion. Il y a des associations qui s’occupent du soutien juridique, l’Office français de l’intégration et l’immigration également en France, une équipe médicale et des prestataires privés. Ces derniers sont officiellement assignés à des tâches subalternes qui relèvent de l’intendance quotidienne - buanderie, restauration, nettoyage, gestion de l’hébergement et enfin ce qu’on appelle l’accueil.
    Cette notion d’accueil, dans le cas spécifique du centre que j’ai étudié, font que les prestataires de services occupent une position centrale à la fois dans l’espace et dans l’organisation du dispositif : ce sont eux qui font l’intermédiaire entre les étrangers - qui sont dans une zone d’enfermement circonscrite - et l’ensemble du reste du personnel. Derrière ces tâches subalternes, ils participent finalement de façon plus ou moins formalisée à la mise en œuvre du droit et du contrôle.
    Ils servent d’intermédiaires, d’interprètes, de médiateurs, ils participent à la prévention des désordres et au bon fonctionnement du centre. Ce qui, évidemment, au vu de leur situation, les place dans des situations compliquées. Et ce qui pose un certain nombre de questions, car on observe une forme de transfert informel de prérogatives qui sont traditionnellement régaliennes à des acteurs précarisés qui n’ont, ni les moyens, ni la formation dont bénéficient les acteurs publics.
    Vous êtes allée en Grèce, à Lesbos, où la situation est très différente. Au fil des années, la situation est passée d’une délégation totale aux associations et aux habitants de l’île, à un enfermement ultra contrôlé.
    Entre 2012 et 2015, ce qui est très frappant sur l’île, c’est que les étrangers ne sont pas pris en charge. Il y a un ping-pong de responsabilité qui s’opère entre les garde-côtes et la police locale. Si bien que les personnes qui débarquent sont renvoyées d’une instance à l’autre et finissent par demander elles-mêmes à être arrêtées. Car c’est le seul moyen d’obtenir une obligation à quitter le territoire qui, de facto, constitue une autorisation à y être pendant un mois, et représente la seule manière de quitter l’île en prenant un ferry pour le continent. C’est donc l’île elle-même qui devient une prison à ciel ouvert.
    Et c’est cette situation un peu flottante qui a permis à des collectifs locaux d’aider les migrants à la fois de l’intérieur des lieux d’enfermement et de l’extérieur. Parce qu’il y avait quand même des lieux d’enfermement un peu improvisés : sur le port, dans une ancienne prison, dans un hangar. La situation à Lesbos disait quelque chose à la fois du caractère central de l’enfermement et en même temps de l’improvisation dans laquelle ces centres, et plus généralement la question des migrations, étaient gérés, alors même qu’il s’agissait déjà d’une réalité chronique depuis maintenant des décennies.Mais effectivement, cette improvisation a paradoxalement permis aux acteurs militants de proposer des alternatives, comme le centre Pikpa dans lequel, pendant des années, des personnes migrantes ont été accueillies par des acteurs locaux, sans moyens mais avec beaucoup de volonté.
    – Aujourd’hui, Lesbos abrite le plus grand centre de rétention d’Europe, et l’un des plus sophistiqués, prévu pour 5 000 personnes. Les capacités augmentent beaucoup ?
    Absolument, mais à Lesbos ce nouveau centre doit ouvrir depuis 2022, donc, il y a toujours un peu d’incertitude. C’est un centre controversé notamment parce qu’il a été ouvert au milieu de la forêt, dans une zone classée Natura 2000. En fait, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui aux États-Unis, avec l’ICE, avec les grands centres de rétention privatisés qui sont ouverts et que Donald Trump appelle de ses vœux, on a toujours tendance à penser que c’est un peu loin. Et quand on regarde ce qui se passe déjà en ce moment dans l’Union européenne, notamment à ses frontières, et notamment en Grèce, on voit qu’on n’en est pas loin : nous avons en effet des centres immenses, très militarisés, très sécurisés, dotés de nombreuses technologies de pointe. On peut s’interroger sur leurs conséquences à long terme.
    Il y a quelque chose de très surprenant dans le livre : certains prestataires du privé et responsables publics disent que les centres de rétention administratifs ne servent à rien. Pourquoi cette conclusion ?
    Il est vrai que ça a été une grande surprise de me rendre compte à quel point les personnes qui travaillent elles-mêmes au sein de ces lieux sont également critiques de leur inefficacité relative. Il faut savoir que les centres de rétention administrative sont un dispositif coûteux dans l’Union européenne qui ne répond pas, ou peu, aux objectifs qu’ils se fixent.
    Dans l’Union européenne, moins de 30% des personnes qui ont écopé d’une mesure d’expulsion du territoire européen sont de facto expulsées. Et c’est par ailleurs un dispositif aux conséquences, comme on l’a déjà dit, problématiques en termes de d’atteinte aux droits.
    Je pense à un des hauts gradés rencontré dans un centre de rétention. Nous parlions des violences, des actes de détresse, des tentatives de suicide qui sont nombreuses parce que ces centres de rétention sont émaillés de tensions quasi quotidiennes. Quand je lui ai demandé ce qui pouvait être amélioré, il m’a répondu très clairement : « Je ne sais pas. Je ne suis pas sûr qu’il faille le noter, mais ce qu’il faudrait, c’est supprimer les CRA [centres de rétention administrative, ndlr] régulariser tout le monde. Mais ça ce n’est pas rationnel. » Je laisse aux lecteurs le soin de s’interroger sur le degré de rationalité de cette idée et/ou de celle continuer à perpétrer l’existence de ces centres de rétention

    #Covid-19#migration#migrant#detention#retention#CRA#politiquemigratoire#sante#santementale#droit

    • Transactions opaques, pyramide de Ponzi et possible lien avec le banditisme corse : les finances du couple Moretti révélées par les autorités antiblanchiment suisses
      https://www.liberation.fr/societe/police-justice/transactions-opaques-pyramide-de-ponzi-et-possible-lien-avec-le-banditism

      Un rapport confidentiel du bureau suisse de lutte antiblanchiment, daté du 23 février dernier et consulté par « Libération », met au jour des irrégularités concernant le couple propriétaire du bar Le Constellation, à Crans-Montana, dont l’incendie a fait 41 morts.

      Depuis la nuit de la Saint-Sylvestre et l’incendie du bar Le Constellation – qui a coûté la vie à 41 personnes, en majorité des mineurs, et brûlé à vif 115 autres – les rumeurs courent sur le couple Moretti, propriétaires de l’établissement. Soupçons de liens avec le crime organisé corse, employés surmenés, caution payée par un mystérieux homme d’affaires : le passé opaque du couple ne cesse d’interroger les enquêteurs. Au point que, comme le révèle le Parisien, le bureau suisse de lutte antiblanchiment (MROS) a passé au crible plusieurs soupçons d’irrégularités de la part des deux propriétaires, notamment mis en examen pour « homicide par négligence ». Le tout a été réuni dans un rapport remis fin février au ministère public valaisan, que Libération a pu consulter.

      Mouvements suspects sur des comptes
      Dans un premier temps, la police fédérale suisse, qui supervise le bureau antiblanchiment, s’est intéressée aux transactions bancaires des entreprises de Jacques et Jessica Moretti. Les enquêteurs ont noté de nombreux allers-retours entre leurs différentes sociétés : des « comptes de passage », que le couple est soupçonné d’avoir utilisés pour compliquer le suivi de leurs flux financiers. Les sommes en question atteignent des centaines de milliers de francs suisses.

      « Cette façon d’opérer, en transférant des fonds entre les différentes entités commerciales détenues par le couple Moretti, semble être un modus operandi faisant penser à des comptes de passage », écrit l’autorité. Ces « comptes de passage » rendent alors difficile le suivi des flux financiers et la traçabilité des fonds.

      « Nous ne pouvons pas exclure, vu l’opacité du business, la possibilité de l’entrée d’une partie de fonds dopés dans le circuit financier des établissements publics, voire un blanchiment d’argent de fonds ayant une origine criminelle », résume le rapport.

      Une « pyramide de Ponzi »
      Autre révélation : selon les enquêteurs helvètes, « l’empire du couple Moretti en Suisse repose uniquement sur l’octroi de prêts obtenus de manière vraisemblablement indue ». Ils vont même plus loin, et pointent « l’existence d’un montage financier criminel présumé », pouvant être assimilé à un « schéma de Ponzi ». Ce type d’escroquerie financière est basé sur le principe selon lequel l’argent des nouveaux investisseurs va être utilisé pour rembourser les anciens, créant l’illusion d’une entreprise prospère.

      « L’empire » des Moretti a ainsi « continuellement évolué en prêtant une structure vide, remplie d’hypothèques, comme c’est le cas de l’établissement public Le Constellation, qui, au fil des ans, a acquis d’autres bars et restaurants dans les arrondissements de Crans-Montana et de Lens ». Des nouvelles acquisitions que le couple réalisait en augmentant en parallèle « ses dettes hypothécaires octroyées par les institutions financières, tout en affichant vers l’extérieur un succès commercial fictif, avec notamment l’exposition de voitures de luxe en leasing au nom de la société », notent les enquêteurs. Au total, entre 2015 et 2025, le MROS relève que le couple, à travers ses trois établissements, a cumulé les crédits bancaires, pour plusieurs millions de francs suisses.

      Escroqueries aux assurances et « faux dans les titres »
      La suite du rapport est à l’avenant : on y trouve de « probables escroqueries aux assurances » après des déclarations d’incendie sur leurs établissements, l’un au Vieux Chalet en 2023, le second au Constellation en février 2024. Pour ces deux sinistres, le couple a touché près de 248 000 francs suisses (274 000 euros). Or, selon le quotidien suisse Blick, l’analyse des comptes du foyer Moretti montre que ces indemnisations n’ont pas, en priorité, servi à la reconstruction des établissements. Premiers postes de dépense : le paiement d’impôts, les primes d’assurance maladie ou encore la contraction d’un leasing pour des voitures de luxe.

      Le MROS soupçonne également le couple Moretti de « délits d’obtention illicite de prestations d’une assurance sociale ou de l’aide sociale ». En d’autres termes, d’avoir perçu de la part des assurances chômage et autres organismes de prestations sociales, plus d’ 1,6 million d’euros d’aide aux entreprises . Mais de s’en être servi pour payer « des charges difficilement justifiables d’un point de vue commercial ».

      Un lien avec le banditisme corse qui n’est pas exclu
      Aussi, tout en pointant du doigt « l’utilisation présumée de faux documents comme garanties bancaires », le MROS dessine le profil d’un homme aux fréquentations « problématiques ». Il s’attarde sur les liens entre Jacques Moretti, condamné en 2008 à douze mois de prison dans une affaire de proxénétisme, et Gilles Celotti, « une figure du milieu de la prostitution en Suisse romande qui avait créé le premier web romand du sexe tarifé ».

      En conclusion, les enquêteurs de ce pôle antiblanchiment déclarent que bien que les divers « versements en espèces » sur les comptes de Moretti ne soient pas « inhabituels », ils ne sont pas « totalement exempts [d’]une origine criminelle présumée ». Existe-t-il des liens entre Jacques Moretti et le banditisme corse ? Le rapport pose lourdement la question : « Si l’on voulait établir un lien avec le banditisme corse, on pourrait mentionner qu’en général, les organisations criminelles corses ont investi surtout dans le secteur du divertissement (bars, restaurants, casinos), un secteur dans lequel Jacques Moretti est actif depuis des années ». Tant en France qu’en Suisse.

      Depuis la transmission du rapport au ministère public valaisan, les autorités locales ont gelé six comptes bancaires des Moretti, pour cinq jours. Pour Me Jean-Claude Guidicelli, avocat de deux employés du Constellation contacté par Libé, ce rapport n’est « qu’une confirmation de l’origine illicite de la fortune de Jacques Moretti, […] qui a débarqué du jour au lendemain dans une station de ski huppé et a ouvert trois établissements sans aucune ressource ».

      Du côté de la défense de Moretti, on relativise le rapport, « une réaction préventive » face aux révélations de la presse, et on se rassure. Auprès de Libé, Me Patrick Michod souligne que le MROS n’est pas « une autorité de poursuite pénale » et que « les condamnations qui aboutissent à la suite d’une dénonciation du MROS sont très faibles ». Quant aux conclusions, le conseil estime qu’elles sont « de l’ordre d’une totale hypothèse ».