• Débat Twitch avec les écoles de journalisme
    http://www.davduf.net/20-presse-puree-sur-twitter-%F0%9F%8E%99-on-va-parler-du

    Ce mercredi 24 février en direct sur Twitch https://www.twitch.tv/davduf, 18h45 Purée ! 🥔 🎈On parle de la presse et du journalisme. Les pieds dans le plat ! Presse-Purée est une chaîne animée par des étudiant.e.s en journalisme. 🎈À chaque stream, un.e invité.e partagera ses réflexions, ses doutes et ses espoirs sur le journalisme et les médias, et répondra à vos questions dans le chat. 🎈Suivez notre chaîne pour les prochains streams 👉 https://www.twitch.tv/presse_puree_ 🎈Retrouvez-nous aussi sur Twitter (...) #Agenda

    https://www.twitch.tv/davduf

    #journalisme #médias #critique

  • Marc Van Ranst expliquait-il en 2019 "comment vendre une épidémie" et manipuler les médias ?
    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_marc-van-ranst-expliquait-il-en-2019-comment-vendre-une-epidemie-et-mani

    Une vidéo du virologue de la KULeuven Marc Van Ranst, s’exprimant sur la gestion médiatique des épidémies de grippes, a suscité énormément de réactions. Dans celle-ci, publiée il y a deux ans, il détaille les moyens mis en œuvre, alors qu’il était commissaire interministériel pour la gestion de crise pendant la pandémie de grippe porcine (H1N1) en 2009, pour occuper l’espace médiatique. Certains observateurs y voient une démonstration de la façon dont les experts se servent des médias pour manipuler l’opinion publique. Est-ce vraiment le cas ? — Permalien

    #covid19 #critiquedelinfo #média

  • La 5G, infrastructure logique d’internet
    https://lundi.am/La-5G-infrastructure-logique-d-internet

    Le virus n’entraine pas qu’une crise sanitaire, l’enjeu est même de ne pas se laisser réduire à des corps vulnérables qui n’exigent qu’une réponse sécuritaire. Face à la 5G, sans rien lâcher sur la dangerosité des ondes, il s’agit tout autant de ne pas les laisser réduire les enjeux à des questions d’évaluation des dangers sur la santé. Une infrastructure ne se définit pas seulement par les possibilités qu’elle offre ou non, comme s’il n’était question que de l’apparition d’outils. Internet partout met en jeu le monde et les manières d’y vivre. La compagnie de smarts objets dans un milieu connecté est aussi peu désirable que de vivre et travailler derrière un écran. Nous ne manquons pas seulement de capacité de débits, de connexions ou d’automatisation comme nouvelles clés du futur. L’absence de connexion, dans le désert ou ailleurs, importe bien plus que des antennes. Si la 5G, telle que prévue et exposée ici, est encore loin d’être au point, il faut sans aucun doute participer à provoquer l’échec de son installation.

    #5G #BigData #DeepLearning #Cybernétique #Internet_des_objets

  • Reclaim the Streets
    http://carfree.fr/index.php/2021/02/08/reclaim-the-streets

    Reclaim the Streets, également connu sous le nom de RTS, est un collectif qui partage un idéal de propriété communautaire des espaces publics. Les participants caractérisent le collectif comme un Lire la suite...

    #Alternatives_à_la_voiture #Fin_de_l'automobile #Marche_à_pied #Transports_publics #Vélo #actions #angleterre #capitalisme #critique #espace_public #histoire #Québec

  • Les serfs du numérique
    https://laviedesidees.fr/Durand-Techno-feodalisme.html

    À propos de : Cédric Durand, Techno-féodalisme. Critique de l’économie #numérique. Zones. Cédric Durand analyse les conséquences de l’essor de l’économie numérique sur les structures économiques en matière de dynamisme concurrentiel et de rapports sociaux, dont les caractéristiques s’apparenteraient à une nouvelle forme de féodalisme.

    #Économie #exploitation
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20210208_durand.pdf
    https://laviedesidees.fr/IMG/docx/20210208_durand.docx

  • Valeur-dissociation, sexe et crise du capitalisme : Interview de Roswitha Scholz par Clara Navarro Ruiz
    http://www.palim-psao.fr/2019/12/valeur-dissociation-sexe-et-crise-du-capitalisme-interview-de-roswitha-sc

    Alors que vient de paraître aux éditions Crise & Critique l’ouvrage de Roswitha Scholz, Le Sexe du capitalisme. « Masculinité » et « féminité » comme piliers du patriarcat producteur de marchandises, nous faisons paraître ci-dessous une traduction inédite par Sarah d’un entretien de l’auteure avec la philosophe et féministe espagnole Clara Navarro Ruiz.

    #Roswitha_Scholz #critique_de_la_valeur #wertkritik #valeur-dissociation #féminisme #philosophie #théorie_critique #Adorno

  • Quand les critiques du marché financier deviennent des spéculateurs. Fonds spéculatifs, GameStop et les petits investisseurs du Reddit : Une belle aubaine pour Blackrock, par Tomasz Konicz
    http://www.palim-psao.fr/2021/02/fonds-speculatifs-gamestop-et-les-petits-investisseurs-du-reddit-la-grand

    Retour sur la misère de la critique tronquée du capitalisme à travers l’exemple de la spéculation récente en essaim sur les actions de Gamestop.

    #Tomasz_Konicz #Gamestop #spéculation #Wall_Street #Blackrock #finance #capitalisme #critique_de_la_valeur

  • Devenons mauvaises !


    La bande annonce sous-titrée en français de Sedmikrásky - Les petites Marguerites_ - de Věra Chytilová, 1965 :
    http://www.art-days.com/les-petites-marguerites-vera-chytilova-1965
    Extrait d’une petite recension sur Gai Dao, p. 11-12 :
    https://fda-ifa.org/wp-content/uploads/2018/01/Gaidao85_web.pdf
    « Sedmikrasky » ou « Daisies », considérée comme l’œuvre principale de la « Nouvelle vague tchèque », a été interdite immédiatement après sa sortie et sa réalisatrice Věra Chytilová, qui s’est ouvertement opposée à toute censure, a été interdite de publication jusqu’en 1975. Au début, dans la première scène, nous voyons les deux jeunes protagonistes, toutes deux nommées Marie. Elles sont piégées dans une sorte de rigidité mécanique, tout comme le système dans lequel elles vivent est sclérosé. Le monde dans lequel elles vivent est corrompu et ruiné, constatent-elles. Puisqu’il en est ainsi, elles décident, d’être mauvaises elles aussi - ou plutôt, d’être de plus en plus mauvaises. Dès lors, une sorte de compétition se développe entre les deux pour voir qui peut les mener le plus loin vers la déchéance. Elles se retrouvent dans une prairie, sautant et se promenant autour d’un pommier. Les pommes continuent à jouer un rôle [dans le film] et il n’y a pas de doute sur la référence à l’arbre biblique de la connaissance - après en avoir mangé, les gens sont expulsés du paradis et envoyés dans le monde en perdition. […]

    Film mentionné ici il y a deux ans : https://seenthis.net/messages/812855

    # Věra_Chytilová # Les_deux_Marguerites #film #critique_sociale #nouvelle_vague_ tchécoslovaque

  • Thierry Ribault, Tchernobyl, les archives du malheur, 2020 | Et vous n’avez encore rien vu...
    https://sniadecki.wordpress.com/2021/01/24/ribault-tchernobyl

    Au printemps 2019, Kate Brown, historienne et membre du programme de recherche Science, Technologie et Société du Massachusetts Institute of Technology (MIT), a fait paraître Manual for Survival – A Chernobyl guide to the future [1]. Si ce volumineux ouvrage de référence a déjà fait l’objet d’une édition espagnole, en France, en revanche, il reste non seulement non traduit, mais aussi privé de tout compte rendu dans les revues scientifiques ou les médias. Seule la page Wikipédia en français de l’auteur en rend brièvement compte, avec toutefois cette singularité surprenante : alors que la version anglaise de cette page mentionne l’ensemble des critiques suscitées par l’ouvrage, dont de nombreuses appréciations positives, les auteurs de la version française ont opéré un tri sélectif aboutissant à faire figurer exclusivement les critiques émanant de ses détracteurs.
    […]
    Je propose, à toutes fins utiles, de rendre compte des apports de ce livre important volontairement escamoté en France, en insistant notamment sur sa contribution à une meilleure compréhension des processus de production d’ignorance en situation de catastrophe industrielle et sanitaire.

    #nucléaire #anti-nucléaire #critique_techno #Tchernobyl #URSS #santé #catastrophe_industrielle #production_de_l'ignorance #Kate_Brown #Thierry_Ribault

  • Attention, robot méchant
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1448

    Ceci n’est pas le meilleur ami de l’homme, mais son pire ennemi. Si vous le croisez, fracassez-le, mettez-le en pièces détachées, écrabouillez-le. Voici quelques mois de cela, on s’effarait de voir cet engin sinistre dans les rues de Singapour pour faire respecter la « distanciation sociale » et diffuser les messages officiels (voir la vidéo). Il est vrai qu’au même moment, on voyait des drones survoler les villes chinoises en en enjoignant aux gens de rentrer chez eux. C’était le bon temps. Maintenant, c’est chez nous. A Nantes par exemple, d’où une lectrice nous envoie ce lien vers un article du site Nantes Révoltée : « Un robot chien de surveillance dans les rues de Nantes » (ici et ci-dessous.)

    * Le quadrupède robotisé fait aboyer les vrais chiens et pleurer les enfants sur la Place Graslin, à (...)

    https://www.leparisien.fr/video/video-singapour-un-chien-robot-pour-faire-respecter-la-distanciation-soci
    https://www.nantes-revoltee.com/dystopie-un-robot-chien-de-surveillance-dans-les-rues-de-nantes #Service_compris

  • Groupe Grothendieck, Avis aux chercheurs, aux professeurs, aux ingénieurs, 2020
    https://sniadecki.wordpress.com/2021/01/08/groupe-grothendieck-technoscience
    et à la base
    https://lundi.am/Avis-aux-chercheurs-aux-professeurs-aux-ingenieurs

    BIEN QU’AUJOURD’HUI le projet technoscientifique insuffle ses directives et sa façon de voir le monde dans nombre de catégories de l’activité humaine, son cœur, sa capacité à agir, se trouve principalement dans la recherche scientifique et plus précisément dans les mastodontes des instituts de recherche dits « publics ». En France ce sont surtout le CNRS et le CEA qui agrègent la plupart des forces pour la bataille technoscientifique.

    La décision d’arrêter au plus vite la recherche et de fermer ces instituts est une priorité sociale et politique. Nous ne pouvons nous réapproprier ces « moyens de production » qui ne sont pas fait pour le peuple mais contre lui. Les pseudo-bienfaits obtenus par la consommation des sous-produits du système ne compensent ni ne règlent les méfaits et les nuisances de ce même système. La satisfaction n’engendre pas automatiquement la liberté.

    Cette décision d’arrêter, elle ne peut venir que d’en bas, des ingénieurs, chercheurs, professeurs, techniciens, c’est-à-dire des personnes qui font réellement tourner la machine, l’entretiennent, la perpétuent et propagent son idéologie. Ni un salaire, ni un statut, ni la jubilation d’une découverte ne peuvent justifier la perpétuation d’une telle barbarie. Voyons ce projet comme quelque chose de massif avec ses routines étatiques et son cheptel humain. Les gestes individuels du « si tout le monde faisait comme moi » n’y changeront pas grand chose parce qu’ils agissent à un niveau inférieur au politique. C’est-à-dire au niveau de l’éthique et cela n’est pas suffisant, pour enrailler le processus d’expansion. C’est au niveau de la communauté des humains, de la société, qu’il faut agir. Les combats se situent donc sur le terrain de l’action effective, des luttes d’idées et de l’organisation en groupes, collectifs, où toutes autres structures ouvertes, combatives et déterminées. Si nous agissons, personne ne peut prédire les issues des combats à venir.

    Groupe Grothendieck, automne 2020.

    L’université désintégrée
    http://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/universite_desintegree.html

    Le groupe Grothendieck est composé d’étudiants, d’étudiantes, de démissionnaires de l’Université, de non-experts experts de leur vie, d’anti-tout jamais contents, de fouineuses d’informations, de perturbatrices de conférences guindées, de doctorants (bientôt chômeurs) fans d’Élisée Reclus…
    Il nous fallait un nom. En forme d’hommage, Grothendieck, de par son parcours, ses écrits et ses engagements, nous semblait refléter assez bien ce que nous avions envie de faire, bien loin des mouvements réformistes corporatistes.

    Sommaire

    Introduction : « Welcome in the Alps »

    I Le modèle grenoblois : De la place forte militaire au bassin industriel / Les militaires dans le Triangle de Fer / Une armée de chercheurs au service de l’industrie militaire / Louis Néel, le cerveau du modèle grenoblois / Une « Silicon Valley à la française » ?

    II Les deux campus : La vitrine à l’américaine : le campus de Saint-Martin-d’Hères / La salle des machines du laboratoire grenoblois : la Presqu’île scientifique

    III L’actualité du Triangle de Fer : Chefs et fonctionnement de l’UGA / L’Enseignement supérieur et la Recherche (ESR) dans le Triangle de Fer / Laboratoires et équipes mortifères à Grenoble

    Conclusion : ce que chercher veut dire : La main invisible de l’armée / Thanatophilie de la recherche publique / Refus total contre refus parcellaire

    Principales institutions citées / Quelques livres pour aller plus loin / Chronologie / Le groupe Grothendieck / Notes

    #technoscience #recherche #critique_techno #armée #pouvoir #liberté #politique #Grothendieck #Alexandre_Grothendieck

    • Hommage ou appropriation, ça se discute. Surtout si c’est pour recycler le compte frelaté de pmo :)

    • Si on parle de cachotteries je n’en sais rien… mais en tout cas le livre explique clairement que le groupe part d’étudiantes et d’étudiants. Et s’est formé suite à la répression d’un rassemblement contre la venue de l’armée sur le campus. En revanche illes indiquent clairement suivre la voie de la méthode d’enquête critique utilisée par PMO, et illes ont fait leur recherche sur le même domaine : l’histoire grenobloise puisque c’est de là qu’illes parlent.

      Pour les étudiants conscientisés, le message envoyé par les instances universitaires est assez clair : « Lʼarmée, au même titre que les autres institutions dʼÉtat, est la bienvenue à la fac et dʼailleurs,nous collaborons volontiers avec elle. » Vers la fin de lʼaprès-midi, le bâtiment offre une brèche dans laquelle sʼengouffre le cortège étudiant et antimilitariste aux cris de « Frontex, dégage ! ». Dans la salle du colloque, la présentation sʼarrête,quelques apostrophes volent de part et dʼautre. Cinq minutes plus tard, une vingtaine de flics accompagnés des cowboys de la BAC prennent tout le monde par surprise et tapent à la volée les étudiants et étudiantes coincés dans la salle. Une sortie par une salle attenante permet de fuir lʼassaut policier, tout le monde court. Une manifestante se fait attraper et frapper au sol par la police. Elle finira sa journée à lʼhôpital, traumatisée plus que blessée par cette violence sauvage. Au total, quatre blessés légers sont à dénombrer du côté des manifestantes et des manifestants.

      Cet évènement est lʼélément déclencheur de lʼécriture de ce livre. Fréquentant le campus depuis de nombreuses années, nous savions quʼil y avait des liens aussi bien historiques quʼéconomiques entre la fac et lʼarmée, mais nous en étions restés à des suppositions. […] La violence subie lors de la première manifestation dénonçant lʼassociation de lʼuniversité avec des institutions policières et militaires, ainsi que le silence méprisant dont a fait preuve la direction de la fac aux communiqués qui ont suivi le colloque, nous ont donné lʼélan pour fouiller et dénoncer les intrications entre la recherche, lʼuniversité, lʼarmée et le tissu industriel à Grenoble.

      Comment caractériser ces liens ? Les historiens étasuniens, forts du contexte national de la Guerre froide et des politiques publiques en matière dʼarmement, ont été les premiers à parler de « complexe militaro-industriel6 ». Le terme connut un énorme succès aux États-Unis et fut complété dʼun troisième terme dans les années 1970 : cʼest le complexe scientifico-militaro-industriel. En France, des auteurs et autrices comme Roger Godement ou Andrée Michel en popularisèrent lʼuti-lisation7. Préférant les allégories aux sigles barbares dont ce petit livre est déjà bien truffé, nous utiliserons lʼexpression « Triangle de Fer »*, développée dans le livre The Valley8, qui désigne les liens quʼentretenaient dans la Silicon Valley des années 1930 lʼUniversité de Stanford, lʼUS Army et les proto-start-up comme Hewlett-Packard, pour lʼappliquer au cas français actuel.

      Le Triangle de Fer, est structuré autour de trois acteurs : lʼarmée, les industriels et lʼUniversité (au sens large : facultés, écoles dʼingénieurs, recherche publique et enseignement public supérieur). Dans ce livre, nous nous attacherons à montrer les relations entre université et armée, et université et industrie dans la région grenobloise. […]

      Quʼon se le dise : aucune révélation top secrète, aucun plan confidentiel dʼun complot militaire, aucun tuyau dʼune source anonyme nʼapparaîtront dans ce livre. Contrairement à lʼépoque de Roger Godement – qui, pour parvenir à un résultat fourni, devait compiler informations livresques souvent en anglais, sources officieuses du sérail militaire, et articles tirés de revues obscures – aujourdʼhui rien nʼest plus simple que de se les procurer. Malgré les secrets dʼÉtat et la discrétion des labos, une partie des informations est accessible au commun des mortels : articles de journaux locaux ou nationaux, sites internet, livres, déclarations radio ou télé, thèses accessibles en ligne... Ils se vantent, ils se répandent en propagande, on en profite ! Pas besoin du chapeau de détective ou de la carte de presse du journaliste dʼinvestigation : un peu de curiosité et de perspicacité suffisent à révéler les histoires et détricoter le fil des servitudes entre organismes, financements et responsabilités. Même sʼil est vrai que la carte de presse dʼun journaliste nous aurait, sans doute, permis de fouiner plus profondément, lʼessentiel a été fait.

      Cette façon de travailler, nous lʼempruntons à lʼ« enquête critique », une méthode initiée par le site Pièces et main dʼœuvre et utilisée par des collectifs de militants depuis pas mal dʼannées dans la région grenobloise. À chaque information collectée, à chaque paragraphe écrit, nous revenions à nos questions de base : Qui commande ? Dans quelle structure ? Avec quels moyens financiers ? Quels moyens matériels ? Quelles forces politiques ? Dans quels buts ? Avec quels soutiens ?Toutefois, ne souhaitant pas reproduire la séparation disciplinaire que lʼon apprend à la fac, ce texte est à la fois un récit de la technopole grenobloise, une critique sociale du désastre, un tract politique véhément contre la recherche scientifique et une réflexion philosophique sur ses conséquences. Nous resterons à un niveau local, celui que nous connaissons le mieux,sans pour autant cesser de faire des va-et-vient avec les enjeux globaux. Car nous partons du présupposé que lʼimplantation du Triangle de Fer est partout présente dans les pays industrialisés. Que la ville de Grenoble soit certifiée « ville verte,propre, apaisée et solidaire » (on en passe) ne change rien à la prégnance du système dans nos vallées, bien au contraire ! Mais sʼil vous prenait lʼenvie de faire de même dans votre ville,il est probable que vous y découvririez le même style de petites pépites.

      Ce travail doit beaucoup aux militants techno-critiques de la région grenobloise et à leur lutte contre les « nécrotech-nologies » (nano et biotechnologies, biologie de synthèse, interactions homme-machine, etc.), et aux travaux de fond quʼils et elles ont mené sur la technopole grenobloise. Nous espérons que la critique produite dans ce livre soit féconde à Grenoble ou ailleurs. En débats quʼelle soulèvera peut-être ; en initiatives du même genre dans dʼautre villes, sur dʼautres campus, par des étudiants et des étudiantes ne se laissant pas duper par les consensus faux et mous de leur directeur et de ses ouailles ; et surtout féconde en combats face à un pouvoir qui montre les crocs contre sa population et tue sans vergogne dans bien des régions du monde. Parce que lʼaction de la cri-tique reste et restera avant tout la critique en action, il nous faudra, nous, vous, servir du texte, de la méthode, pour demander des comptes en haut, et peut-être nous organiser pour que les choses changent, à Grenoble et dans les autres facs. La lutte ne fait que recommencer !

  • Nous n’y arriverons pas seuls : l’illusion du colibri
    http://carfree.fr/index.php/2021/01/08/nous-ny-arriverons-pas-seuls-lillusion-du-colibri

    Comment vivre sa vie de manière plus durable ? En plaçant la responsabilité directement sur les individus, l’attention est détournée des nombreuses institutions chargées d’élaborer des mesures et de les concrétiser. Lire la suite...

    #Argumentaires #Fin_de_l'automobile #Réchauffement_climatique #climat #critique #écologie #énergie #individualisme #politique #société #technologie

  • Le degré de stupidité à gauche. La stupidité est le meilleur allié de l’opportunisme de gauche, la crise actuelle le montre une fois de plus, par Tomasz Konicz
    http://www.palim-psao.fr/2020/12/le-degre-de-stupidite-a-gauche.la-stupidite-est-le-meilleur-allie-de-l-op

    L’élan interne à la gauche à vouloir revenir aux « racines », à se concentrer à nouveau sur la lutte pour la répartition au sein du capital, est après tout une réaction à la diarrhée de la nouvelle droite. On veut contrecarrer les simples mensonges fascistes avec des vérités simples sur les capitalistes tout puissants ‒ et on interprète, par exemple, la crise de suraccumulation résultant de la crise systémique comme une simple question de répartition, qui sera résolue par l’expropriation (chez les léninistes) ou par les impôts (chez les socialistes). Les luttes de classes croissantes auxquelles ces courants se réfèrent ne sont cependant que l’expression des luttes de répartition en développement induites par la crise, au cours de laquelle non pas une nouvelle classe prolétarienne émerge, mais la production d’une humanité économiquement superflue, déjà presque achevée à la périphérie du système mondial, et qui progresse également dans les centres. La misère croissante du capitalisme tardif ne fait que refléter les conditions historiques du capitalisme originel.

    #crise #théorie_de_la_crise #wertkritik #critique_de_la_valeur #capitalisme #répartition #gauche #Tomasz_Konicz

    • https://www.exit-online.org/link.php?tabelle=aktuelles&posnr=749

      article intéressant qui reprend les arguments évoqués dans Pandemie des Hungers https://www.heise.de/tp/features/Pandemie-des-Hungers-4995797.html

      Je ne comprend pas pourquoi TK fait tant d’effort afin de critiquer le léninisme dont on sait qu’il est mort et ne joue plus aucun rôle sauf pour quelques intellectuels qui vivent encore dans l’ère avant l’internet. Peut-être c’est son dada qu’il cultive dans des discussions interminables autour d’un bon verre devant la cheminée de la villa d’un copain ;-)

      Ses remarques sur les opportunistes et le carrièristes de gauche par contre correspondent précisément à ce que je rencontre quand j’essaye de faire comprendre aux politiciennes et politiciens de la gauche officielle quels sont les problèmes élémentaires qui se posent au commun des mortels.

      Voilà l’antagonisme (ah, comme j’aime ce Fremdwort , c’est classe !) qui habite bien des auteurs de la gauche radicale. Il ne travaillent pas au quotidien avec les plus défavorisé qu’ils aimeraient pourtant bien convaincre de l’action révolutionnaire incontournable. Pris dans ce piège il ne leur reste qu’à critiquer les autres courants de la gauche pour leur inaction.

      Pas grave, TK est une voix intéressante qui sort de la couche de résidus qui restent de l’ancienne nouvelle gauche allemande. C’est toujours un plaisir de lire ses textes.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle_gauche

      #auf_deutsch #histoire #marxisme

  • Bridgestone-Béthune : que crève le pneu !
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=1424

    Voici un avis de notre compère Renart à propos des fermetures d’usines de pneu dans le nord.
    C’est négatif pour tout dire. Quand on finit cette notice sur les innombrables nuisances sociales et écologiques du pneu, des origines à nos jours, on se dit que c’était une fort méchante idée que de l’inventer, et de fonder là-dessus une branche de l’industrie automobile. – Sauf, bien sûr pour les fabricants et marchands de pneus et de voitures.
    Aussi, peut-on répéter à propos du pneu tout le mal que Ivan Illich (cf ici ) avait dit à propos de la voiture et qu’on avait appliqué à l’usine Ford de Bordeaux (là )

    L’extrême-gauche ouvriériste et industrialiste (ça va ensemble) nous reprochera une fois de plus notre manque de sens dialectique. La lutte révolutionnaire sait retourner contre le système ses propres armes. Voyez la Petite histoire de la voiture piégée (Mike Davis, La Découverte, 2007), qui, des anarchistes aux islamistes, permet depuis un siècle de forts beaux attentats de masse. Nous, on se souvenait de l’ingénieuse pratique du necklace, un pneu enflammé autour du cou, employée par les tueurs de l’ANC pour se débarrasser des dissidents et des mouchards supposés, dans les townships d’Afrique du sud, durant la lutte contre l’apartheid. Aujourd’hui un génial universitaire du site Lundi matin nous rappelle à propos des feux de pneus sur les piquets de grève – comme à Bridgestone-Béthune - qu’« en immolant sur les routes un de leurs excédents les plus ordinaires, les êtres humains, avec ces feux de pneus, enrayent une mondialisation fluide, retournant politiquement l’un de ses matériaux de base, et donnant à voir et à sentir son âcre matérialité. »

    Vous voyez bien, le négatif ce n’est pas le pneu, ni la voiture, mais l’usage qu’on en fait.

    Pour lire le texte de Renart, ouvrir le document ci-dessous.
    Pour voir le site de Renart : ici.

    https://chez.renart.info #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/bridgestone.pdf

  • « Croire à la science ou pas est devenu une question éminemment politique, sans doute celle qui va décider de l’avenir du monde » - Eva Illouz
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/10/eva-illouz-croire-a-la-science-ou-pas-est-devenu-une-question-eminemment-pol

    La sociologue Eva Illouz retrace l’histoire du complotisme et analyse les causes profondes de l’importance qu’il a prise cette dernière décennie, jusqu’à remettre en question « le pari que les démocraties ont fait sur la liberté d’expression et sur la force de la vérité ».

    Tribune. Un habitant de l’Etat du Montana récemment interviewé par National Public Radio (NPR), réseau américain de radiodiffusion de service public, s’exprimait ainsi : « Ce sont des mensonges. Il y a beaucoup de preuves que la “pandémie” due au coronavirus est liée à la Chine communiste. Ils sont en train d’essayer d’imposer le marxisme communiste dans notre pays. »

    Dans ces quelques phrases se trouvent résumées presque toutes les caractéristiques de la pensée complotiste : déni de la réalité telle qu’elle est établie par le consensus scientifique ou politique ; perception de la présence malfaisante d’une entité étrangère au sein du pays (ici, la Chine) ; affirmation que cette entité manipule la réalité, répand des mensonges et a pour but ultime le contrôle de la nation ; conviction que cette entité est d’autant plus puissante qu’elle est secrète et invisible.

    Chimère cohérente et argumentée

    La théorie du complot a donc ici une vocation justicière : elle se propose de dénoncer les manipulations et les mensonges proférés par des autorités (sanitaires, médiatiques, économiques, politiques) et de dévoiler une réalité cachée, celle du vrai pouvoir. Ce récit vise à mettre au jour le pouvoir mondial d’un groupe (les juifs ; la finance internationale) ou d’une personne (les Clinton ; George Soros ; Bill Gates) qui menace la nation ou le peuple : le complotisme se veut donc un contre-pouvoir. Dans ce sens, il a une affinité à la fois avec l’extrême gauche, qui dénonce le pouvoir insidieux des élites, et l’extrême droite, qui défend la nation assiégée.

    Même si le complotisme est une forme de pensée magique ou d’hallucination collective, il ne ressort pas du mensonge : il est au contraire une parole de conviction et relève de l’ignorance. L’historien des sciences Robert Proctor et le linguiste Iain Boal ont proposé, sous le nom d’« agnotologie », d’étudier l’ignorance comme fait social. Le complotisme en fait partie, mais avec une nuance importante. Si l’ignorance se définit par l’absence d’un savoir (par exemple 62 % d’Américains interrogés ne pouvaient pas nommer les trois branches du gouvernement de leur pays), le complotisme se présente au contraire comme un savoir privilégié, une chimère cohérente et argumentée.

    Plus réservée aux religions

    En tant que telle, la pensée complotiste n’est pas nouvelle. L’antijudaïsme médiéval prenait lui aussi la forme de grands délires complotistes, imaginant par exemple que les juifs buvaient le sang des enfants chrétiens pour préparer la matza , le pain azyme consommé à Pâques (le mot « cabale » est un exemple de cet imaginaire à la fois complotiste et antijuif). Mais la pensée complotiste moderne n’est plus réservée aux religions ; elle est en passe de devenir un des discours centraux de notre espace public. En 2014, NPR révélait que la moitié des Américains croyaient au moins en une théorie complotiste. Plus récemment, il est apparu que 70 % de l’électorat républicain pense que les élections ont été frauduleuses. Le groupe QAnon, qui n’a pas été désavoué par Donald Trump et compte même parmi ses plus fidèles adhérents, diffuse l’idée qu’un culte satanique de pédophiles contrôle le monde. L’annonce finale de la victoire de Joe Biden a été vue par le président et son équipe comme un vaste complot fomenté par les démocrates, les industries pharmaceutiques, la Fondation Clinton et le milliardaire George Soros. Cela aura des incidences graves sur la perception de la légitimité du président élu.

    Le complotisme est en passe de dissoudre l’une des dimensions constitutives de la démocratie, à savoir la tension entre croyances fausses et croyances vraies, entre opinion du peuple et opinion des élites expertes. La liberté d’expression avancée par la doctrine libérale de John Stuart Mill envisageait une telle friction mais considérait avec confiance que la vérité saurait prévaloir. Le pari que les démocraties ont fait sur la liberté d’expression et sur la force de la vérité est désormais remis en question.

    La riposte au complotisme est particulièrement difficile parce que ce dernier s’appuie sur des éléments légitimes de la pensée actuelle et s’engouffre dans les brèches des épistémologies contemporaines. La pandémie due au Covid-19 a montré de façon éclatante que la fragilité de la démocratie commence par son épistémologie.

    Le complotisme contemporain prend la forme du doute critique, remettant en question le pouvoir politique et l’autorité des experts. Douter de l’autorité était l’injonction glorieuse des Lumières, mais celle-ci se voit dévoyée dans les théories qui construisent le monde comme une vaste toile d’intérêts cachés. Dans une lettre à Arnold Ruge écrite en 1843, Marx appelait à « la critique impitoyable de tout ce qui existe, impitoyable en ce sens qu’elle n’a ni peur des résultats auxquels elle aboutit ni de conflit avec les pouvoirs en place ». Douter de toute autorité établie, voir le monde comme une vaste toile d’intérêts cachés est en effet une constante de la pensée complotiste contemporaine, qui ne croit ni aux procédures de comptage de voix, ni aux principes de virologie, ni aux méthodes scientifiques de certification des médicaments ou au réchauffement climatique. La seule vérité est celle de l’intérêt de ceux à qui le savoir profite.

    Comme l’a écrit Luc Boltanski dans une étude remarquable ( Enigmes et complots. Une enquête à propos d’enquêtes , Gallimard, 2012), le complotisme s’intensifie avec la naissance de l’Etat moderne et avec l’incertitude qui l’accompagne sur la nature du pouvoir politique : qui au juste nous gouverne est la question posée par le complotisme. Est-ce l’Etat, les compagnies de pétrole, les industries pharmaceutiques, les milliardaires ou bien une coalition secrète entre tous ces acteurs ? Comme le sociologue, le complotiste cherche à révéler la réalité des intérêts cachés et se veut donc être une intelligence critique. « A une réalité de surface, apparente mais sans doute illusoire, bien qu’elle ait un statut officiel, s’oppose une réalité profonde, cachée, menaçante, officieuse, mais bien plus réelle », nous dit Luc Boltanski.

    « Imagination paranoïaque »

    Cette façon critique d’interroger le monde aboutit à ce que l’historien de la littérature John Farrell appelle une « imagination paranoïaque », qui est, selon lui, une des grandes figures de la modernité. Pour Farrell, l’individu moderne perd progressivement de son pouvoir sur son environnement et perçoit le monde comme indifférent ou même hostile à ses besoins, d’où l’émergence du doute systématique. Le résultat, nous dit-il, est qu’il n’est plus possible de trouver une autorité épistémique ou morale.

    C’est d’autant plus le cas qu’un pan entier de la pensée philosophique du XXe siècle a eu pour but de remettre en question la notion de vérité et le bien-fondé – moral et épistémique – de la recherche de la vérité. Des générations entières formées au foucaldisme ont appris que le savoir était une technique de pouvoir et sont devenues des virtuoses de la suspicion – malgré le désaveu de Michel Foucault pour toute méthodologie de la suspicion. Il avait éludé la question de l’intérêt, mais sa philosophie eut pour effet de faire de la science, au sein même de la communauté scientifique, une question de croyance, position intellectuelle qui ne pouvait que légitimer en retour le camp des non-croyants. Cette remise en question du savoir officiel s’est manifestée avec acuité pendant la crise sanitaire qui a exposé le spectacle des désaccords scientifiques, de la fragilité du consensus scientifique et du caractère construit de ses vérités.

    Subjectivation de la vérité

    La critique du pouvoir, de l’autorité experte et de la science s’est adossée à un autre phénomène, lui aussi central à la culture du doute : le subjectivisme ou l’idée que chacun a le droit de définir sa vérité. Porter atteinte à la vision du réel tel que chacun le définit est devenu une atteinte à la personne elle-même. Cette subjectivation de la vérité a été le résultat conjugué du psychologisme, qui octroie à l’individu la légitimité de ses émotions et de ses interprétations du monde, et des valeurs du pluralisme et de la tolérance, apanage des démocraties qui se doivent de respecter les individus et leurs visions du monde, aussi idiosyncratiques soient-elles. Toutes ces perspectives – du doute, de la critique systématique, de la défiance des autorités, du respect de l’intériorité des individus — ont été centrales à la mise en place et au déploiement de la culture démocratique.

    Mais il y a une raison finale, non moins importante, à la montée du complotisme : la démocratie s’est révélée être un régime politique profondément divisé entre sa propre théâtralisation, la mise en scène d’elle-même sous le regard incessant des médias, et une forme cachée, voire souterraine, d’actions politiques faites de compromis, de quid pro quo, d’intérêts financiers, d’ambitions personnelles et de pressions exercées sur l’appareil de l’Etat par des organisations qui veulent rester dans l’ombre.

    Parce que le régime démocratique présuppose l’intérêt général et la transparence, tout écart de ces normes crée une méfiance profonde vis-à-vis du pouvoir. Jamais les représentants des institutions démocratiques n’ont été en crise et n’ont autant souffert du manque de confiance de la part des citoyens dans une grande partie du monde démocratique.

    Par le biais des grands médias, la vie politique est désormais ponctuée par des scandales qui semblent révéler les rouages et machinations sordides du pouvoir : le Watergate a montré que Richard Nixon avait enfreint la Constitution en espionnant le parti rival et en tentant de faire disparaître les preuves de son crime ; le scandale de l’Iran-Contra avait mis au jour le fait que Ronald Reagan vendait en secret des armes à l’Iran de Khomeiny, malgré l’embargo officiel, pour reverser l’argent des ventes à ceux qui combattaient le régime sandiniste au Nicaragua. Les armes de destruction massive au nom desquelles la guerre en Irak avait été engagée se sont avérées inexistantes. Sous les feux de la rampe, la vie politique démocratique s’est révélée dans toute la splendeur de ses mensonges et ses intrigues. Le roman et les films d’espionnage, les séries télévisées à audience internationale comme House of Cards ou Borgen, sont venus s’ajouter à ce nouvel imaginaire, pointant vers une réalité cachée d’un monde politique essentiellement corrompu par l’argent et le pouvoir.

    Image dégradée de la politique

    Le conspirationniste représente une anomie épistémique qui reflète la perception de l’anomie du monde politique. Il se nourrit donc de la dégradation réelle de l’image de la politique et des politiciens, d’un climat intellectuel qui a attaqué sans relâche la notion d’autorité épistémique, et du subjectivisme qui donne à l’individu tout pouvoir de définir sa propre réalité.

    Dans ce sens, le complotisme est un non-savoir – ou une forme organisée d’ignorance qui se veut être plus intelligente que le « système ». C’est la raison pour laquelle certains ont avancé que le complotisme est le fait d’individus aliénés qui ne se sentent pas représentés par les institutions.

    Le complotisme de cette dernière décennie signale une transformation inédite de la démocratie : l’alignement des camps politiques autour des questions du savoir et de l’autorité épistémique. Pendant la crise sanitaire, les camps républicain et démocrate ont été profondément divisés, précisément sur le bien-fondé de l’autorité médicale. Les résultats des élections avaient commencé par donner une victoire à M. Trump mais ont changé quand on a commencé le comptage des voix par courrier, c’est-à-dire les voix de ceux qui ne se sont pas rendus aux urnes parce qu’ils croyaient dans l’autorité des experts sanitaires.
    Historiquement, le complotisme a existé autant à droite qu’à gauche, mais récemment il est devenu essentiellement l’arme idéologique de l’extrême droite. Cela est dû au fait que pour les populistes, les autorités médicales et scientifiques sont désormais des élites tout court, des groupes dont la parole compte autant que la leur. C’est aussi dû aux énormes efforts de la classe industrielle alliée à la droite et de l’extrême droite pour nier le réchauffement climatique, efforts qui ont nécessité le rejet même de la science. Croire ou pas à la science est devenu une question éminemment politique, sans doute celle qui va décider de l’avenir du monde. L’épistémologie est désormais au cœur de notre démocratie et de son avenir.

    Eva Illouz est directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Ses recherches portent notamment sur la sociologie des émotions et de la culture. Elle a rédigé plusieurs essais, parmi lesquels Les Sentiments du capitalisme (Seuil, 2006), Pourquoi l’amour fait mal (Seuil, 2012), Happycratie. Comment l’industrie du bonheur a pris le contrôle de nos vies, coécrit avec Edgar Cabanas (Premier Parallèle, 2018), et Les Marchandises émotionnelles (Premier Parallèle, 2019).

    #Lumières #critique #complotisme #démocratie #science #élites

    • On reste pour le moins sur sa faim. Ce texte comporte des éléments mais au regard de ce que l’on trouve de plus fin et éclairant dans le travail habituel de Illouz sur les subjectivités, il y a de quoi être déçu : de dire que la science est affaire de croyance (et pas d’examen) ; d’amalgamer la pensée critique (ici la citation de Marx) au complotisme alors que celle-ci est dans le droit fil de la tradition philosophique, et en particulier de Hegel, lorsqu’elle prétend « dévoiler » des mécanismes sous jacents du « fonctionnement » de la société (les rapports sociaux, la propriété privée) ; d’oser résumer les fafs au nationalisme alors même que les divers mouvements fascistes se sont toujours présentés peu ou prou comme « révolutionnaires » et dénonçaient férocement des élites dont seul un chef digne de nom pourrait venir à bout ; de nous ressortir l’équation parfaitement bourgeoise (politiquement) qui fait de la démocratie une affaire d’"intérêt général" (inexistant, purement idéologique).
      Tout se passe comme si faute d’avoir bricolé une méthode adéquate à son objet (inédit pour elle ?) elle en était réduite à employer des grosses catégories (démocratie, intérêt général). Pas facile de passer d’un terrain (l’intime, les relations, les subjectivités) à un autre.

    • Douter de l’autorité était l’injonction glorieuse des Lumières, mais celle-ci se voit dévoyée dans les théories qui construisent le monde comme une vaste toile d’intérêts cachés.

      Mon précédent commentaire était trop négatif, excusez. Cette tribune d’Illouz contribue à éclairer le renversement contre-révolutionnaire (un de plus) qui fait le complotisme (la sociologie de l’intérêt n’a pas d’intérêt, disait l’autre).

  • STOP ! ou l’automobile en question
    http://carfree.fr/index.php/2020/12/09/stop-ou-lautomobile-en-question

    Les lemmings, vous connaissez ? Ces animaux que l’on trouve dans les pays nordiques présentent cette particularité, lorsque leur communauté atteint un seuil de surpeuplement qui menace leur équilibre, de Lire la suite...

    #Fin_de_l'automobile #Livres #Transports_publics #alternatives #critique #histoire #société #transports_en_commun

  • La techno-science contre l’agriculture paysanne | Racine de moins un
    http://www.zinzine.domainepublic.net/?ref=5387

    Pour Jean-Pierre Berlan, ancien économiste de l’INRA, la confiscation du vivant à des fins de profit ne date pas d’hier. Dans « La Planète des clones » (éd. La Lenteur, 2019), il montre que la grande innovation agronomique du XXe siècle, le maïs hybride, relève de la même logique : faire croire que les semences mises au point par des chercheurs sont plus productives que le grain récolté dans les champs. Ce livre se lit comme une enquête policière et démasque l’imposture du progrès le plus célébré de la science agronomique. Durée : 51 min. Source : Radio Zinzine

    https://radiozinzine.org/emissions/RMU/2020/RMU20201129-n65-TechnoscienceContreAgriculturePaysanne.mp3

  • Un monde bétonné
    Entretien avec Anselm Jappe

    https://lavoiedujaguar.net/Un-monde-betonne-Entretien-avec-Anselm-Jappe

    Comment le béton a-t-il recouvert notre milieu ? Le livre Béton. Arme de construction massive du capitalisme, publié aux éditions L’Échappée, analyse l’histoire de ce matériau ravageur et critique à travers lui l’architecture et l’urbanisme modernes.

    Le béton a joué un rôle central dans la marchandisation de l’habitat et dans la construction massive de « machines à habiter » comme les appelait très justement, mais avec orgueil, Le Corbusier — qui jouit encore aujourd’hui auprès d’une partie du public d’une réputation de grand architecte et même de grand humaniste, tandis qu’il n’a jamais fait mystère de ses intentions autoritaires et classistes : sophistication pour ses clients riches, « cages à lapin » pour les autres. Le béton a aussi profité d’une bonne image chez la gauche, qui y voyait un matériau prolétarien et surtout adapté à la promotion de logements dits « sociaux », c’est-à-dire bon marché.

    Ce que personne ne voulait voir, à de rares exceptions près comme les situationnistes, est le fait qu’habiter ne peut pas se réduire à « avoir un toit », de même que manger ne peut jamais consister dans la seule absorption d’une quantité suffisante de calories. Dans les deux cas, une vaste gamme de facteurs émotionnels et symboliques entre en jeu — habiter signifie surtout avoir son lieu dans le monde, être rattaché au monde. Pendant des millénaires, et dans le monde entier, l’architecture, au sens large, a toujours eu cette fonction.

    Il faut aussi reprocher au béton ce qui, fréquemment, a été proclamé, au contraire, comme son mérite le plus grand : avoir rendu possible l’architecture du XXe siècle. Le « brutalisme » ne jouit plus d’une grande faveur, mais qui voudrait abandonner le béton tout court, si facile à l’emploi et si bon marché ? Pourtant, il faut mettre en relief que le béton — ou, pour mieux dire, ceux qui l’emploient ! — est le premier responsable de l’assassinat des architectures « traditionnelles » ou « vernaculaires », dans la ville comme à la campagne. (...)

    #Anselm_Jappe #béton #capitalisme #construction #technique #urbanisme #architecture #Le_Corbusier

  • Faire de nouvelles découvertes scientifiques est inutile
    https://www.courrierinternational.com/article/progres-faire-de-nouvelles-decouvertes-scientifiques-est-inut

    Pour relever les grands défis contemporains comme le changement climatique ou les inégalités, la science n’est plus nécessaire, soutient, de façon provocatrice, le physicien polonais Piotr Wasylczyk. D’autant qu’elle traverse une crise profonde de crédibilité, de reconnaissance et de gouvernance.

    • Le coût de revient d’une radiographie n’est que de quelques dollars, et une seule année a séparé la découverte en 1895 des rayons X par [le physicien allemand] Wilhelm Röntgen de leur application en médecine. Ainsi, pendant la Première Guerre mondiale, Maria Sklodowska-Curie [nom polonais de Marie Curie] a pu installer des appareils à rayons X à bord de voitures capables d’aller examiner les blessés sur le front.

      L’imagerie par résonance magnétique coûte cent fois plus cher, un appareil vaut à lui seul [jusqu’à] 1 million de dollars. Trois décennies se sont écoulées entre la compréhension des phénomènes physiques [sur lesquels repose son fonctionnement] et la mise sur le marché des machines. En dépit d’immenses investissements, les progrès médiocres accomplis depuis vingt ans dans le domaine de l’imagerie ne permettent pas d’exclure que la prochaine technologie, si tant est qu’elle apparaisse un jour, produise des « images » à 10 000 dollars pièce que ne pourront s’offrir qu’une poignée de gens.

      Autre exemple : une dose de nusinersen, médicament moderne produit aux États-Unis pour soigner l’amyotrophie spinale [une maladie héréditaire qui atrophie les muscles], est vendue 70 ?000 euros. Son développement a duré dix ans et coûté plus de 1 milliard de dollars.

      Même si l’on parvenait un jour à découvrir un vaccin empêchant par exemple le développement de certaines tumeurs, il suffirait d’une rumeur sur les réseaux sociaux qui l’accuserait de causer l’autisme pour dissuader la population de l’utiliser.

      Depuis 1980, aucune famille d’antibiotiques n’a vu le jour. Les nouveaux traitements ne sont que des modifications de composés connus, ce qui pourrait provoquer l’apparition de souches de bactéries complètement résistantes aux médicaments et un retour à la situation dans laquelle même des infections bénignes peuvent avoir des effets très graves.

      Cela montre l’articulation complexe entre la science, l’industrie et la politique. Les entreprises pharmaceutiques ne veulent pas investir dans la recherche de nouveaux composés, car si un superantibiotique était découvert, les autorités pourraient préférer ne pas le mettre en vente pour le conserver comme arme de la dernière chance.

      L’obésité, symbole de l’échec de la science

      De l’étape des recherches à celle de leur conséquences sur les pratiques sociales, en passant par l’interprétation et la communication des résultats, le domaine de la nutrition est une illustration de l’échec de la science. Avec pour conséquence une épidémie d’obésité touchant pratiquement tous les pays du monde.

      Les recommandations alimentaires ont commencé à être publiées aux États-Unis dans les années 1950 et 1960, en réponse à la soudaine augmentation observée après la Seconde Guerre mondiale de morts causées par des maladies cardiovasculaires. Le réexamen des résultats d’expériences de l’époque a cependant mis au jour de nombreuses pratiques problématiques.

      Ainsi, il n’est pas rare que les conclusions aient été injustifiées et interprétées de façon assez arbitraire, par exemple en ignorant les résultats qui ne correspondaient pas aux hypothèses de départ, comme le lien présumé entre la consommation d’acides gras saturés et les maladies cardiovasculaires.

      Cette démarche, à laquelle s’est ajouté le lobbying des producteurs alimentaires, notamment de boeuf, a débouché sur la formulation de recommandations en de nombreux points contraires à la connaissance contemporaine de la physiologie humaine. Pourtant, elles ont été inscrites dans des manuels de formation des futurs médecins.

      Elles sont aussi entrées dans la culture de masse - « Ne mets pas trop de beurre sur ta tartine ou tu auras les artères bouchées par le cholestérol » - et influencent donc les comportements quotidiens de centaines de millions de gens dans le monde.

      2,5 millions d’articles publiés chaque année

      Dans le domaine de la pédagogie, nous en savons de plus en plus sur le développement intellectuel, émotionnel et social des êtres humains, notamment dans l’enfance, ainsi que sur les conditions à mettre en place pour que les jeunes prennent du plaisir à apprendre et à exercer leurs passions. Pourtant, les écoles et les universités ont l’air de n’avoir presque pas changé en cent ans et ne forment toujours pas des personnes responsables, empathiques et capables de penser de façon autonome.

      Quel impact sur la réalité ont donc les centaines de milliers de publications produites par les universités et instituts de recherche du monde entier en matière de pédagogie et de sciences de l’éducation ?? Les découvertes peuvent-elles exister dans une sphère isolée de la réalité des sociétés qui financent les chercheurs ??

      Bien sûr, on peut poser de très nombreuses questions puis chercher des réponses en déployant de l’argent, du temps et des méthodes de plus en plus perfectionnées, mais dans la plupart des cas ces réponses n’intéressent personne et n’ont aucune chance de sortir de la sphère scientifique. Même au sein de cette sphère, communiquer les résultats de façon à ce qu’ils parviennent à leurs destinataires potentiels n’est pas si simple au milieu des 2,5 millions d’articles scientifiques qui paraissent chaque année.

      De façon consciente ou non, la grande majorité des chercheurs, en particulier en sciences naturelles, continue de travailler selon le paradigme de l’alchimiste convaincu que, grâce à la découverte d’une substance ou d’une technologie, nous parviendrons à un tournant qui changera (espérons en mieux) la vie de beaucoup de gens. Pourtant, les expériences des dernières décennies montrent qu’il n’a pas été possible de découvrir la pierre philosophale à même d’assurer la vie ou la prospérité éternelle (ou en tout cas pour longtemps).

      Les découvertes de la nature de la lumière, des électrons et de la structure atomique de la matière ont posé les fondements de l’électronique, des lasers et des ordinateurs. La compréhension des mécanismes de la vie des cellules a permis d’éclaircir les causes de nombreuses maladies et de trouver certains moyens de les soigner. Il semble qu’aujourd’hui, par habitude, nous continuons de croire que cette très bonne passe se prolongera.

      Prévoir est évidemment très difficile, surtout quand il s’agit de l’avenir, mais il semble que la découverte de la masse du boson de Higgs, la compréhension de l’évolution des trous noirs et la formulation d’une théorie des cordes cohérente n’auront aucun impact sur notre vie.

      Peut-être que l’épisode de l’histoire de notre civilisation dans lequel la science a amélioré nos conditions de vie et nous a rendus plus humains grâce à la découverte de certains mystères de la nature est en train de s’achever.

      Les taux de mortalité des nouveau-nés, après les spectaculaires baisses précédant la fin du XXe siècle, stagnent depuis vingt ans dans les pays développés [à l’échelle mondiale, le constat est différent : selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des moins de 5 ans a baissé de 59 % entre 1990 et 2019]. L’espérance de vie croît certes encore de façon linéaire, mais nous avons de plus en plus conscience de l’importance de la qualité de la vie, au-delà de sa seule durée. Qu’arrivera-t-il si, un jour, l’espérance de vie atteint 200 ans, mais que le nombre de personnes nécessitant des soins permanents est plusieurs fois supérieur aux effectifs capables de les prodiguer ??

      De plus en plus de chercheurs prennent conscience des crises que traverse la science en ce début de XXIe siècle.

      Des scientifiques en retrait du débat public

      La première est la crise de la crédibilité : nous n’arrivons pas à présenter de façon convaincante nos arguments dans les discussions sur les vaccins, le changement climatique ou l’alimentation. En dépit de ce qu’on pourrait croire, il n’y a pas aujourd’hui de science unique. Si on parle à un collègue de recherches qui montrent les effets des émissions de gaz à effet de serre sur le climat, on peut s’entendre rétorquer qu’il existe des chercheurs convaincus du contraire [il existe pourtant un consensus sur le sujet : dès 2013, une étude parue dans Environmental Research Letters montrait que 97 % des 11 ?944 articles scientifiques publiés entre 1991 et 2011 concluaient que le réchauffement climatique existe bel et bien et qu’il est d’origine humaine].

      Jusqu’à présent, nous croyions que la vérité (telle que nous la comprenons en termes scientifiques) se défendait toute seule. Ce n’est pas le cas, surtout confrontée à ceux qui ont intérêt à ce qu’elle ne se défende pas.

      Nous avons aussi perdu notre influence sur le monde. De nombreux chercheurs liés au projet Manhattan de mise au point de la première bombe atomique ont passé une bonne partie de leur vie à s’engager en faveur du désarmement. Aujourd’hui, je ne connais aucun physicien investi dans une activité comparable.

      C’est comme si les scientifiques avaient complètement abandonné aux politiques et aux multinationales le pouvoir de décider du destin du monde, comme s’ils s’étaient convaincus que leur rôle se limitait à fournir des jouets : armes de plus en plus sophistiquées, systèmes informatiques permettant de contrôler les sociétés. La perte de crédibilité est liée au retrait du débat public, voire au refus de communiquer sur ce qui se passe dans les laboratoires et sur la manière dont est utilisé l’argent public.

      La deuxième crise concerne la reproductibilité. À la base de la méthode scientifique moderne se trouve l’idée qu’une expérience réalisée aujourd’hui pourra être répétée demain, dans une semaine ou dans un an, et que si les conditions restent les mêmes les résultats obtenus seront eux aussi identiques. Entre 2011 et 2015, un groupe de chercheurs a reproduit cent expériences de psychologie ayant fait l’objet en 2008 de publications dans des revues reconnues. Dans un tiers des cas seulement les résultats étaient les mêmes que dans les expériences originales.

      On voit aussi en cette période de pandémie que même les revues les plus prestigieuses [The Lancet notamment] ont publié des résultats utilisant des données non fiables et qu’elles ont dû ensuite retirer.

      La troisième crise est celle de la gouvernance, pour beaucoup à l’origine des deux autres. Si quelqu’un s’imagine les chercheurs comme des passionnés un peu distraits, en blouse blanche et aux cheveux ébouriffés, quelques jours dans une université ou un institut de recherche suffiraient à le détromper. Il serait témoin des longues heures passées à se battre avec une pieuvre administrative dont les tentacules pénètrent toutes les étapes du travail des scientifiques.

      La gouvernance technocratique a encore plus d’impact sur les décisions prises quotidiennement par les chercheurs. Puisque leurs institutions et eux-mêmes sont évalués sur la base du nombre d’articles publiés, de quels sujets et problèmes est-il préférable de s’emparer pour maximiser le compteur ?? Seul un fou songerait à s’engager dans un projet risqué qui pourrait au bout de quelques années ne pas produire les résultats attendus et ne rien donner pour remplir les rapports d’activité.

      Cela fait que nous optimisons nos actions pour tromper le système. Tenir compte du risque des recherches entreprises n’est encore pas trop grave, même si cela ne favorise sans doute pas le progrès. Toutefois, cela peut aussi conduire à ce que la littérature scientifique appelle des « pratiques discutables en recherche », comme l’ajout injustifié d’auteurs à des publications et la non-prise en compte des données qui ne vont pas dans le sens des hypothèses retenues.

      Un culte de la croissance nocif

      L’aspiration à l’égalitarisme et à l’accès universel à l’enseignement supérieur conduit immanquablement à la baisse du niveau d’enseignement, de ressources de savoir et de qualifications des nouvelles générations de chercheurs. Il y a vingt ans, quand je construisais des systèmes laser pour mon doctorat, mon directeur de thèse passait des journées entières au laboratoire à m’apprendre à faire les réglages. Aujourd’hui, une telle relation maître-élève est pratiquement impossible, les professeurs sont trop occupés à préparer des demandes de financement, à écrire des rapports et à siéger dans des commissions d’évaluation.

      En même temps, le culte de la croissance pousse les universités à solliciter toujours plus de financements pour disposer de plus de moyens et de personnel. Il y a donc dans le monde une demande très forte de chercheurs, en particulier ceux en début de carrière, et elle est en partie satisfaite grâce aux jeunes Chinois et Indiens.

      D’un autre côté, il y a de nouvelles opportunités de faire des choses intéressantes et de vivre des aventures intellectuelles. Pour construire des fusées, il n’est plus indispensable de travailler pour un institut public comme la Nasa ou l’Agence spatiale européenne, il y a la société SpaceX. Dans mon domaine, l’optique et les lasers, même Facebook recrute.

      L’effet secondaire d’une situation économique dans laquelle des gens disposent de capitaux considérables est le développement de la culture start-up. Pour tromper l’ennui, de grandes fortunes sont prêtes à risquer beaucoup d’argent dans des recherches à la mode, même si les chances de succès sont minimes. De nombreux jeunes se laissent entraîner dans de telles entreprises qui dégénèrent souvent (escroqueries, culture du secret, gaspillage), comme dans l’exemple d’Elizabeth Holmes et de sa société Theranos (une vaste escroquerie).

      Il n’est pas difficile d’imaginer que cela puisse affaiblir les institutions publiques de recherche.

      Il y a enfin autour de la science une crise liée au système économique. Si l’on parvient un jour à maîtriser la fusion nucléaire, il se peut que cette technologie de production propre et illimitée d’énergie électrique soit frappée d’un embargo et que son pays d’origine ne soit pas du tout enclin à partager ses connaissances avec le reste du monde. Ce pays pourrait aussi exploiter des brevets et autres armes juridiques pour en bloquer l’utilisation et tenter de dominer le marché mondial de l’énergie.

      En matière de progrès scientifique, la coupure date à peu près des années 1970. Peut-être que le laser et la résonance magnétique ont été les dernières inventions d’importance à avoir servi l’humanité. Si un ingénieur de l’époque nous rejoignait par miracle, il serait certainement étonné de voir que le monde a si peu changé en dépit des visions radieuses de l’avenir élaborées alors des deux côtés du rideau de fer.

      Nos voitures et nos avions sont toujours alimentés par des produits de la distillation du pétrole, ils brûlent à peu près autant de carburant et vont à la même vitesse. Nos façons d’enseigner, de produire des vêtements et des aliments, de construire des maisons, des usines et des églises, sont restées les mêmes. La manière dont nous utilisons notre temps libre est semblable, avec peut-être cette différence que nous en avons de moins en moins...

      Matière noire. Dessin de Tomasz Walenta paru dans The Wall Street Journal, New York.Des problèmes bien différents aujourd’hui qu’il y a un siècle

      La grande promesse de la robotique n’a pas été tenue : l’immense majorité des usines, de la production agricole, du transport et des services continue de recourir principalement au travail manuel. S’ils finissent vraiment par se généraliser, les véhicules autonomes réaliseront peut-être une partie de cette promesse.

      Certes, les techniques de transmission et d’accumulation des informations ont radicalement changé, mais surtout au profit de médias associés à l’industrie publicitaire - les premiers pour modeler nos choix politiques et alimenter en permanence la conviction qu’il se passe quelque part quelque chose de très important que nous ne pouvons pas manquer, la seconde pour promettre la satisfaction par la consommation.

      Or les problèmes que nous devons affronter sont d’une nature complètement différente qu’à l’époque de la révolution industrielle et de l’information qui s’est déroulée pendant l’essentiel du XXe siècle. Grâce à l’augmentation colossale du volume de connaissances et du progrès technique qu’elles ont permis, il a été possible de changer la vie de populations entières. Elles ont eu accès, à une échelle jusqu’alors inédite, à des sources d’énergie, un système de santé, des aliments, des moyens de transport et de communication, des biens culturels. Les sociétés comprennent cependant de plus en plus qu’elles devront bientôt faire face à la solitude, la désinformation, la décomposition de la démocratie et les inégalités.

      Ni les physiciens, ni les biologistes, ni les chimistes ne résoudront ces problèmes, quel que soit le niveau de perfection des cellules photovoltaïques, des écrans plats, des médicaments et des plastiques biodégradables qu’ils pourraient contribuer à mettre au point.

      Je suis modérément pessimiste sur l’avenir de la science. Peut-être que les prochaines publications scientifiques ne feront qu’alimenter la cacophonie dans laquelle il devient de plus en plus difficile de retrouver ce qui est important et nécessaire.

      Peut-être qu’au lieu de chercher une nouvelle thérapie miracle nous ferions mieux de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils entament des campagnes agressives contre la malbouffe. Au lieu de traquer des matériaux aux propriétés incroyables, demandons-nous, à partir de ceux que nous avons, comment bâtir des maisons belles et abordables. Pour relever ces défis, la science telle que nous la pratiquons aujourd’hui ne nous sera pas nécessaire.

  • Entretien avec Alastair Hemmens et Gabriel Zacarias à propos de « L’Internationale Situationniste : Un manuel critique » (paru dans Marianne)
    http://www.palim-psao.fr/2020/11/entretien-avec-alastair-hemmens-et-gabriel-zacarias-a-propos-de-l-interna

    Si l’on veut rester fidèle à l’œuvre et la vie des situationnistes, il faut éviter de tomber dans un « situationnisme » dogmatique qui consiste à répéter les mêmes gestes et les mêmes idées de l’IS des années soixante. C’est la raison pour laquelle il faut avoir une idée claire de ce qu’était l’IS, son histoire, ses idées, ses pratiques, ses atouts et ses limites. C’est ce que nous avons tenté de faire dans ce livre en rassemblant les meilleurs chercheurs dans ce champ de recherche. En même temps, la critique radicale du capitalisme doit nécessairement se dérouler en marge et, idéellement, à l’extérieur de la recherche universitaire. La « vie » situationniste continue là où l’IS elle-même était une continuation d’une lutte historique : dans le débat entre camarades, dans les mouvements sociaux anticapitalistes, dans les confrontations avec l’Etat, dans les journaux radicaux etc.

    #Internationale_situationniste #Guy_Debord #Histoire #analyse #critique #pensée_critique #Alastair_Hemmens #Gabriel_Zacarias

  • Crise au ministère de la Recherche : « Cette #démission a été pour moi une décision douloureuse »

    Le directeur général de la recherche et de l’innovation balance sec contre la ministre, #Frédérique_Vidal, dans sa lettre de départ que « Libé » s’est procurée.
    La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique #Vidal, semble avoir réussi à se mettre un sacré paquet de personnes à dos. Certes, elle est parvenue à faire voter sa #loi_de_programmation_de_la_recherche (#LPR), mais pour le reste… les #critiques fusent de partout : des flopées d’universitaires et de chercheurs sont en #colère. Et désormais, ça tangue aussi à l’intérieur de son ministère, au sein même de son administration.

    #Bernard_Larrouturou, à la tête de la #Direction_générale_de_la_recherche_et_de_l’innovation (#DGRI) que l’on savait sur le départ, a décidé de quitter ses fonctions ce mardi. La décision a été confirmée en Conseil des ministres ce mercredi. Dans une #lettre adressée à son équipe, que Libération s’est procurée, il balance sec sur la ministre, et son cabinet, pour expliquer sa #démission. « Je ne m’y suis résolu que parce que l’#isolement – entretenu par la direction du cabinet – de la ministre, avec laquelle les directeurs généraux n’ont eu aucun échange depuis plus de six mois, et les difficultés aiguës qui persistent depuis un an et demi en matière de relations de travail entre le cabinet et les services ont installé un véritable #empêchement – voire une #impossibilité – pour la conduite d’une partie des actions que la DGRI doit porter. »

    « Avec mépris »

    Il assure avoir demandé « de façon répétée » ces derniers mois que « les services cessent d’être tenus à l’écart de certaines réflexions clés ou de la préparation de certains arbitrages majeurs, et qu’à tout le moins ils aient les informations minimales leur permettant de ne pas être en porte-à-faux vis-à-vis des interlocuteurs externes ». Bonne ambiance.

    Bernard Larrouturou brosse le portrait d’une ministre autoritaire, qui « a traité avec #mépris et humilié des personnes de la DGRI », ou « exigé arbitrairement la mise à pied de tel cadre de nos équipes ». Il avait été nommé à ce poste par Frédérique Vidal en août 2018.

    « De grands #regrets »

    Dans sa lettre, le directeur général de la recherche reconnaît aussi ne pas avoir suffisamment travaillé certains sujets. « J’ai eu de grands regrets depuis l’été 2019 du fait que, n’ayant pas vu d’autre voie pour mener le chantier d’élaboration de la LPR qu’en m’impliquant très fortement, j’ai manqué de disponibilité pour beaucoup d’autres tâches importantes. » Il cite « le #management_interne », « les #conditions_de_travail », le lien avec les rectorats et « plusieurs autres registres de notre action qui ont souffert de mon implication insuffisante ». Est-ce là une façon de souligner, sans le dire, le manque d’anticipation et d’accompagnement des équipes dans la gestion de la crise sanitaire ? En juin, un rapport sénatorial pointait « le manque de stratégie nationale de recherche sur la Covid-19 et l’absence de structure de pilotage unique ».

    https://www.liberation.fr/france/2020/11/25/crise-au-ministere-de-la-recherche-cette-demission-a-ete-pour-moi-une-dec
    #humiliation #MESRI #France #université #facs #recherche #Larrouturou

  • La grande course à la ruine
    http://carfree.fr/index.php/2020/11/13/la-grande-course-a-la-ruine

    Philippe Saint-Marc est un pionnier de l’écologie, auteur de Progrès ou déclin de l’homme (Stock, 1978), Socialisation de la #nature (Stock, 1975) et L’Economie barbare (Frison Roche, 1994). Né le Lire la suite...

    #Destruction_de_la_planète #Fin_de_l'automobile #2000 #civilisation #critique #croissance #culte #histoire #religion