• Bifurquer avant l’impact : l’impasse du capitalisme de surveillance
    https://framablog.org/2022/08/29/bifurquer-avant-limpact-limpasse-du-capitalisme-de-surveillance

    La chaleur de l’été ne nous fait pas oublier que nous traversons une crise dont les racines sont bien profondes. Pendant que nos forêts crament, que des oligarques jouent aux petits soldats à nos portes, et vu que je n’avais … Lire la suite­­

  • Il n’y a aucune solution à la crise énergétique – GRUNDRISSE
    https://grundrissedotblog.wordpress.com/2022/06/15/il-ny-a-aucune-solution-a-la-crise-energetique%ef%bf%bc

    Je commence par la fin et je donne déjà la conclusion en disant qu’il n’y a aucune solution à la crise énergétique, même pas une « toute petite solution ». Si une société post-capitaliste émancipée advenait, alors elle cesserait de se préoccuper du problème énergétique ; elle n’irait pas le résoudre en étant « plus rationnelle » et « plus efficiente » avec l’énergie. Une société qui met la rareté à son principe — comme le fait le mode de production capitaliste — s’accule elle-même à devoir toujours plus rationner sa consommation d’énergie, parce qu’elle se rapproche d’une limite absolue. Elle se condamne à s’enfoncer dans une gestion totalitaire des ressources, dans des guerres de sécurisation, dans des crises socio-économiques d’impact croissant… Mais c’est une limite qui fait partie des principes fondateurs de cette société et non de la nature.

    #crise_énergétique #capitalisme #critique_de_la_valeur #Sandrine_Aumercier

  • Le réseau électrique, un système technique qui ne peut être que capitaliste

    Le réseau électrique n’est pas une simple infrastructure technique mais la matérialisation d’une dynamique capitaliste par essence. Par la constitution d’un réseau interconnecté, l’électricité est devenue à la fois une énergie universelle et une marchandise. « Le Réseau interconnecté est une simulation de la concurrence parfaite, c’est-à-dire que les électriciens sont à la fois des planificateurs et des néo-libéraux absolus » 1. Son étude peut donc nous conduire à une compréhension du capitalisme attentive à sa traduction dans des dispositifs matériels, et voir dans quelle mesure ceux-ci maintiennent les humains dans le fétiche du travail, de la valeur, de la marchandise. Dans cette perspective, une première hypothèse serait que les systèmes techniques déployés par le capitalisme portent en eux-mêmes l’empreinte de sa logique, et ne sont pas des outils qu’une civilisation post-capitaliste pourrait récupérer pour son propre usage. Une deuxième hypothèse moins forte serait de comprendre comment tel ou tel système technique maintient ses utilisateurs dans une logique capitaliste, ou bien plus généralement fétichiste. Dans le cas du réseau électrique, on s’attardera sur les catégories propres à la fois à ce système technique et à la marchandise. Telle est notre problématique : trouver dans la matérialité des systèmes techniques le cœur logique qui commande à son extension indéfinie, et l’arrime à celle de marchandise et du travail abstrait. Un premier cas de système technique a été étudié dans ce cadre, l’informatique, en montrant que l’architecture à la fois logique et matérielle de l’ordinateur engageait à une extension indéfini de calculs2.

    Dans le cas des réseaux électriques modernes, voici quelques affirmations péremptoires qui découlent de cette problématique ainsi posée.

    Dans une société capitaliste, l’électricité est naturalisée comme une substance naturelle existant indépendamment du contexte historique spécifique qui en a fait une forme universelle d’énergie. Le concept d’énergie est appréhendé par la science comme un pur concept physique, indépendamment de rapports sociaux spécifiques où l’idée d’une énergie universelle, indépendant de tout usage particulier, s’est matérialisée dans des dispositifs concrets (transformateurs, câbles électriques, organes de coupure et de protection, formant ensemble le réseau électrique). Là où le travail abstrait producteur de marchandise est la forme générale d’activité, indépendante de son contenu particulier, l’électricité dans le réseau électrique est la forme générale de l’énergie indépendamment des appareils particuliers qu’elle alimente. Là où le temps abstrait quantifie le travail abstrait, la quantité d’énergie est la mesure quantitative de l’objectivation de l’usage de l’énergie universelle. Là où le travail concret n’est pas un travail singulier (incommensurable) mais la face concrète du travail capitaliste, les usages concrets de l’énergie universelle ne le sont qu’en étant intégrés au réseau électrique global. Comme dans le cas de l’ordinateur et du travail capitaliste, on distingue donc un double caractère, concret et abstrait, de l’électricité intégrée au réseau. Chaque usage particulier de cette énergie universelle est rapporté à tous les autres, sous l’angle d’une quantité d’énergie (exprimée en Wh, Watt par heure) et du fait que tous ces usages sont physiquement reliés entre eux par le réseau électrique.

    L’électricité est vue de manière fétichisée comme une substance d’énergie par essence universelle à acheminer du producteur au consommateur. C’est ce qu’elle est vraiment au sein de système technique, mais ce qu’elle n’est plus en dehors. C’est le réseau électrique qui actualise le caractère d’énergie universelle de l’électricité. Chaque usage particulier de l’électricité s’insère dans un circuit électrique particulier reliant les éléments concourrant à cet usage. Mais c’est le réseau électrique interconnecté, auquel sont reliés ces circuits et ces appareils, qui en fait une énergie universelle. L’électricité n’est donc pas une simple marchandise, comme la force de travail n’est pas une simple marchandise. Son usage généralisé, son déploiement comme énergie universelle par le réseau électrique, la croissance du réseau et des quantités d’électricité, engendre une totalité qui contraint les usages particuliers de l’énergie à user d’énergie universelle, et donc à se brancher sur le réseau électrique. Se débrancher du réseau électrique tout en souhaitant utiliser l’électricité sous forme d’une énergie universelle, c’est reconstruire le réseau électrique global, en miniature, c’est donc se coltiner localement toute la complexité technique aujourd’hui éclatée en de multiples acteurs et institutions3.

    Au début de son invention, l’électricité est d’abord une technique d’éclairage et popularisée comme telle. D’autres usages séparés se développent aussi, comme les moteurs, fonctionnant à partir d’une électricité produite sur les lieux même de sa consommation. Mais sous le capitalisme, l’électricité va assez rapidement devenir une énergie universelle au sein d’un réseau interconnecté qui se déploie au fur et à mesure de la croissance capitaliste. Ce contexte historique spécifique va sélectionner un type d’électricité particulier, le courant alternatif, pour des motifs qui tiennent au déploiement de ce réseau, et non en vertu d’une supériorité technique intrinsèque. La bifurcation de trajectoire de ce système technique n’est donc pas non plus une simple contingence. La difficulté de revenir en arrière, à un moment où il semblait que le choix entre plusieurs options était possible, doit aussi bien à la totalité que constitue le réseau, qu’à la totalité que constitue l’économie au moment de cette bifurcation à sens unique. Les options techniques une fois devenues dominantes sont à la fois optimales et indigentes, elles verrouillent matériellement ce qui devient une mécanique sociale, au service du déploiement indéfini de sa logique propre4. Les désavantages de ce système technique deviennent alors évidents à un nombre grandissant de personnes, sans qu’elles parviennent le plus souvent à renoncer à ce qui est à la fois un bienfait5 et le moteur de l’extension de ce système, et qui tient dans les deux cas dans le caractère universel et abstrait de son cœur logique. Le développement logique du fétiche de l’énergie universelle est homologue à celui de la machine de Turing universelle (c’est-à-dire l’ordinateur), indéfiniment programmable, et à celui de la force de travail marchandisée, indéfiniment exploitable. Les trois fétiches s’alimentent les uns aux autres chacun selon sa matérialité propre.

    Les gains de productivité consistant à diminuer la part de travail humain immédiat dans la production de marchandises conduisent à remplacer ce travail par celui de machines, dont le fonctionnement repose sur l’usage d’énergie. Le franchissement par le capitalisme des obstacles qui entravent son extension suscite la grande taille de macro-systèmes techniques (MST). Leur croissance continue, crise après crise, induit une « délocalisation de la puissance »6 qui favorise la conception d’une énergie universelle, apte à satisfaire une variété qualitative et quantitative croissantes d’usages. Le premier élément de ces MST est bien entendu la centrale électrique, et typiquement la centrale nucléaire, centrale qui suscite elle-même l’extension du réseau électrique afin d’absorber l’augmentation de l’énergie produite. Le réseau électrique matérialise donc le concept d’énergie universelle, qui elle-même conduit à sélectionner les éléments matériels du réseau les plus aptes à provoquer son extension indéfinie. La question de l’énergie nucléaire, du fait des quantités inédites d’énergie universelles introduites sur le réseau, ne peut être posée sans questionner le réseau électrique lui-même, et donc l’énergie universelle. C’est l’idée même de renoncer aux centrales électriques nucléaires sans renoncer au réseau électrique, du moins dans sa configuration actuelle (c’est-à-dire totalement interconnecté jusqu’au niveau continental), qui paralyse les luttes contre cette forme de production puisque ce refus appelle au remplacement d’un élément par un autre de même type. Il induit ainsi la recherche d’une source d’énergie de substitution, pour répondre aux problèmes posés par le réseau électrique, actualisant ainsi le fétiche d’une énergie universelle dont les humains auraient à se soumettre.

    L’électricité comme mise en relation généralisée

    Lorsque l’on consulte des documents publics sensés vulgariser la gestion du réseau électrique, l’électricité est toujours présentée comme une substance, qui se déplace dans des fils et des composants électriques. Ainsi on parle de « chemins de l’électricité », de « flux », d’« embouteillages » etc. L’électricité serait donc une substance qu’il faut transporter sur de « longues distances » et « distribuer » aux consommateurs. Cette métaphore substantialiste est cependant inexacte. Etant alternatif, le courant électrique se constitue plutôt comme une mise en relation généralisée et universelle des éléments matériels qui constituent le réseau électrique, à une fréquence d’oscillation donnée (50 Hz en France, soit 50 oscillations par seconde), qui est la même en tout point du réseau. Les centres de « dispatching » se servent de cette fréquence pour vérifier l’équilibre du réseau (cf. Figure 1 et Figure 2), une baisse de la fréquence signalant une consommation d’énergie trop importante par rapport à ce qu’est capable de fournir le réseau.

    Si le courant électrique s’écarte de la fréquence et de la tension prévus, cela endommage ou réduit la durée de vie tous les appareils électriques branchés sur le réseau, car leur fonctionnement présuppose que ces niveaux prévus soient respectés7.

    14 mai 2013.

    (1) Jacques Lacoste, « Interconnexion des réseaux d’énergie électrique. Raisons et enjeux de l’interconnexion en France 1919-1941 », Cahier / Groupe Réseaux n°4, 1986. pp. 105-141.
    (2) "Les dynamiques du déferlement informatique. De la machine de Turing à la production marchande" in Le monde en pièces. Pour une critique de la gestion, Groupe Oblomoff, Paris, La Lenteur, 2012.
    « Au plus près de la machine » in Le monde en pièces tome II, Paris, La Lenteur, à paraître.
    (3) On répond ici de façon raccourcie à la question qui est à l’origine de ce texte : que faire du réseau électrique de distribution (la partie la plus « locale » du réseau électrique) dans la perspective d’une autogestion relocalisée du réseau électrique ? Justifier cette réponse demanderait une étude plus complète, pas simplement technique, mais aussi sur le genre de collectif ou d’institutions qui pourrait concrètement porter un telle projet.
    (4) Les gestionnaires du réseau électrique affirment ainsi tout le temps que l’électricité ne se stocke pas, naturalisant ainsi la bifurcation de ce système technique vers la gestion et l’actualisation de l’électricité comme énergie universelle. Et justifiant ainsi la nécessité impérieuse de leur propre activité… A l’origine du réseau électrique, le principe d’une énergie électrique stockable, donc produite et consommée localement, n’était en effet pas compatible avec le développement sous le capitalisme des usages de l’électricité. Cela pourrait éventuellement évoluer, à la marge, et sans pour autant remettre en cause la catégorie d’énergie universelle. Compris dans un sens purement technique, le réseau électrique permet de « mutualiser » la production et la consommation d’énergie, en diminuant les décalages entre production et consommation, donc de s’éviter tout ou partie du stockage de l’énergie. Cependant le réseau électrique, en matérialisant une énergie universelle, engage son usage dans une extension indéfinie. Pour ne pas conduire à un blackout global, toute énergie consommée en un point du réseau doit être produite ailleurs.
    (5) A titre d’exemples, la coopérative française Enercoop et les scénarios de sortie du nucléaire de l’association Sortir du nucléaire se basent sur la catégorie d’énergie universelle, même si il est vrai qu’en remettant en cause le chauffage électrique, on pourrait faire un pas de plus vers une critique de cette catégorie.
    (6) Alain Gras, Grandeur et dépendance. Sociologie des macro-systèmes techniques, 1993, PUF.
    (7) La notion d’équilibre entre consommation et production n’a pas de sens hors de l’existence de telles normes de fonctionnement des appareils électriques. En effet, sur un plan strictement physique, production et consommation s’équilibrent de toute façon. La nature de la norme est que c’est l’appareil le plus contraignant qui impose tel seuil. Dans la perspective d’une déconnexion ou d’une relation plus lâche au réseau, il faudrait donc préciser ce qui, par delà les normes, relève effectivement d’un risque pour tel ou tel type d’appareil.

    #réseau_électrique #critique_du_capitalisme #postone

  • Critique du sujet et critique de l’économie politique : Remarques de méthode, par Sandrine Aumercier
    http://www.palim-psao.fr/2022/06/critique-du-sujet-et-critique-de-l-economie-politique-remarques-de-method

    Comment se fait-il donc que la psychanalyse puise depuis ses débuts dans un spectre aussi large de références théoriques (art, littérature, psychiatrie, mathématiques, linguistique, logique, anthropologie, etc.) mais ne se plonge justement pas dans l’étude sérieuse de ce qui constitue la dynamique matérielle de la civilisation dans laquelle elle est apparue ? Comment se peut-il que ni Freud ni Lacan ni leurs successeurs ne se soient impliqués dans la critique de l’économie politique alors que le mode de production capitaliste détermine tendanciellement la totalité de l’existence planétaire, et qu’il provoque un faisceau de crises de plus en plus patentes, ainsi qu’un mécontentement social croissant (et ce, jusque dans les séances d’analyse) ? N’y a-t-il rien de plus à en dire que de ressasser 80 ans après le Malaise dans la civilisation ou telle formule — finalement anecdotique — de Lacan sur le discours du capitaliste ? Peut-on continuer à ignorer cette problématique grosse comme l’éléphant dans la pièce ?

    […]

    Sous la domination impersonnelle du capital, on ne peut plus comprendre la structure moderne du pouvoir à partir de l’aspiration personnelle au pouvoir des dirigeants, tout comme on ne prend jamais les motivations extérieures d’un analysant au pied de la lettre. Le capitalisme dans sa structure ne s’explique pas non plus par la quête du profit ou l’exploitation de certains par d’autres, ni par l’appropriation de survaleur ; ce qu’il faut expliquer, c’est pourquoi la création de valeur et l’accumulation d’argent est une obligation absolue de ce mode de production — et ce qui se passe quand ça ne marche plus. De même, la critique du capitalisme financier est aussi peu pertinente pour la compréhension du capitalisme que d’aborder un symptôme clinique à partir de la dénonciation de ses excès, sans remonter à la structure. La critique de l’hédonisme n’a pas non plus d’intérêt théorique si elle n’est rapportée à la constitution de l’homo economicus, qui est toujours d’abord un travailleur avant d’être un consommateur. Enfin, on ne peut pas expliquer le néolibéralisme à partir de l’idéologie managériale ; le « discours néolibéral » ne tient pas seul sur ses pattes.

    […]

    Il n’est d’aucun intérêt de psychologiser les rapports de production à partir des places occupées par les « masques de caractère » au sein de la totalité fonctionnelle. Ce n’est pas parce que nous sommes environnés d’idéologies légitimatrices que celles-ci expliquent le fonctionnement du capitalisme ; elles expliquent tout au plus comment chacun se raconte et justifie sa place dans une situation objective, mais elles n’expliquent pas cette situation. De même que Freud a renoncé à expliquer la névrose à partir de sa première théorie du trauma, de même le capitalisme ne s’explique pas à partir de l’exploitation de certains par d’autres à l’intérieur du rapport capitaliste. De même que le conflit psychique inconscient ne peut être confondu avec les conflits actuels (par exemple la dernière dispute conjugale), de même le capitalisme ne peut pas être interprété à partir des antagonismes visibles (par exemple la dernière vague de grèves), qui ne sont que la forme empirique d’un rapport formel qui enveloppe tous les sujets de la marchandise et qui, lui, doit être explicité.

    #théorie #théorie_critique #psychanalyse #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #sujet #critique_du_sujet

  • À propos de « Terre et liberté » d’Aurélien Berlan, par Anselm Jappe (recension)
    http://www.palim-psao.fr/2022/04/a-propos-de-terre-et-liberte-d-aurelien-berlan-par-anselm-jappe-recension

    Mais par la suite une évolution dans sa pensée a eu lieu, et toujours en refusant tout « romantisme agraire », il a progressivement abandonné l’idée que l’émancipation sociale dépende forcément d’un degré du développement industriel que seulement le capitalisme a pu assurer. La rupture avec le marxisme traditionnel devait aussi passer par le rejet de cette assomption – qui est resté moins marquée, cependant, que le rejet de la centralité de la « lutte des classes ». De toute manière, il a nettement nié la possibilité de sortir de la logique de la valeur à travers le numérique, en répondant avec son article « La non-valeur du non-savoir » (Exit ! n°5, 2008) à l’article « La valeur du savoir » d’Ernst Lohoff (Krisis, n°31, 2007). La conception d’une sortie du travail à travers les machines « qui travaillent à notre place » est depuis des décennies assez populaire dans une bonne partie de la gauche radicale, et on en trouve des traces même dans le Manifeste contre le travail de 1999. Cependant, la critique « catégorielle » du travail, qui met l’accent sur le caractère tautologique du côté abstrait du travail accumulé comme représentation phantasmagorique de la pure dépense d’énergie et qui devient le lien social, n’est pas identique à une critique « empirique » du travail en tant qu’activité déplaisante – même si l’énorme augmentation du « travail concret » dans la société capitaliste est évidemment une conséquence de l’intronisation du travail abstrait comme lien social. La critique de la valeur a certainement dépassé le stade de l’« éloge de la paresse » ‒ même si ce slogan pouvait constituer jusqu’à 2000 environ une provocation salutaire envers le marxisme traditionnel autant qu’envers le mainstream social. Ensuite cette forme de critique du travail a trouvé une certaine diffusion s’accompagnant de sa banalisation, la polémique contre les « jobs à la con » (David Graeber), etc.

    […]

    L’ancienne idée que le développement des forces productives doit s’achever avant de pouvoir passer à une société émancipée, et qui fait à nouveau rage avec des tendances comme l’accélérationnisme cher à Multitudes, a été abandonnée par la majorité des auteurs de la critique de la valeur (mais non par tous). La critique de la logique de la valeur et une critique des appareils technologiques peuvent donc bien s’intégrer et se compléter dans une critique de la « méga-machine » (Mumford), même si le degré de « mélange » de ces deux critiques peut varier assez fortement selon l’approche choisie. Berlan ne va pas jusqu’à dire, comme d’autres auteurs de la critique anti-industrielle, que la critique du travail aide le capitalisme parce qu’elle dénigrerait le faire artisanal et l’ethos du travail, en favorisant ainsi les procédures automatisées, voire numérisées. Mais Berlan n’évoque jamais vraiment la différence entre travail concret et travail abstrait.

    […]

    Mais lorsque l’écroulement progressif de la société marchande poussera des millions de gens vers ces expériences – comme Berlan le prévoit et le souhaite, ce qui est d’ailleurs une perspective très optimiste – que trouveront-ils à récupérer ? Des arbres coupés et des vignes arrachées, des sols empoisonnés et des savoir-faire complètement perdus. Combien de temps faudrait-il pour recomposer ce qui a été perdu (si on y arrive) ? Et surtout, quoi faire si, au moment de la récolte, des gens se présentent, qui n’ont contribué en rien au labeur, mais qui ont des mitraillettes ? Berlan évoque effectivement le problème de la défense, presque toujours négligé dans ces contextes. Mais il le reperd tout de suite. Or, l’autodéfense ne fait pas peur aux zapatistes et aux kurdes dans le Rojava, et pourrait en tenter quelques-uns dans les zad – mais la plupart des aspirants à l’autonomie en Europe choisissent sans doute d’éviter le problème, effectivement épineux, et préfèrent la bêche au fusil.

    Une autre faiblesse de cette approche réside dans la méconnaissance du rôle de l’argent : en stigmatisant le « purisme » de ceux qui voudraient bannir tout usage de la monnaie, Berlan en défend un usage « raisonnable », limitée, pour les échanges entre communautés largement autosuffisantes. Ainsi fait retour le vieil espoir, pour ne pas dire le mythe éternel, de la « production simple de marchandises », où l’argent ne s’accumule pas en capital, mais reste sagement à sa place en jouant un rôle purement auxiliaire. Proudhon l’a proclamé comme un idéal, Fernand Braudel comme une vérité historique (le marché sans le capitalisme), Karl Polanyi (ce sont tous des auteurs cités par Berlan) comme une situation historique passée (quand la terre, le travail et la monnaie n’étaient pas des marchandises) et qui serait à rétablir. Mais c’est un leurre, très présent même à l’intérieur du marxisme. Marx a déjà démontré le caractère « impérialiste » de l’argent qui ne peut que prendre possession graduellement de toutes les sphères vitales. Le problème réside dans l’homologation des activités les plus différentes dans une seule substance, « le travail » ; si ensuite celle-ci se représente dans une « monnaie fondante », des bons de travail ou de la monnaie tout court, ne touche pas à l’essentiel. La méconnaissance du rôle du travail abstrait est ici évidemment étroitement liée à celle du rôle de l’argent.

    […]

    Dernièrement, on a prêté une attention croissante à l’« absence de limites » que provoque la société capitaliste (et sur laquelle elle se fonde en retour), à la « pléonexie », à son déni de la réalité physique. Cela constitue une partie indispensable de la mise en discussion de l’utilitarisme, du productivisme, de l’industrialisme et du culte de la consommation marchande qui distinguent autant le capitalisme que ses critiques de gauche. Cependant, Berlan risque d’aller un peu trop loin. Il oppose le désir de vivre en communautés autonomes fondées sur le partage et l’entraide, qui aurait caractérisé la plupart des êtres humains dans l’histoire, au désir de se libérer de la condition humaine et de ses contraintes. Ainsi risque-t-on de jeter aux orties, ou de déclarer pathologique, une bonne partie de l’existence humaine. Le désir de délivrance est un élément constant de l’existence humaine, souvent considérée comme sa partie noble, et s’explique avec les limites inévitables, mais quand même difficiles à accepter, de la conditio humana. La volonté d’aventure et d’extraordinaire, de grands exploits et de triomphes, de reconnaissance et de traces à laisser de son passage sur terre semble difficilement éliminable, et même si on pouvait l’éradiquer, on appauvrirait terriblement le monde humain. Le côté agonistique de l’homme doit être canalisé en des formes non trop destructrices, non simplement renié ou refoulé (avec les résultats qu’on connaît).

    […]

    L’omniprésence du désir d’être délesté des taches les plus ennuyeuses et répétitives de la vie évidemment ne justifie en rien le mille et une formes d’hiérarchie et d’oppression auxquelles ce désir a conduit. Mais il faut faire les comptes avec cette pulsion qui semble aussi originaire et fondamentale que le désir de communauté, et en tirer des bénéfices.

    […]

    Même si on n’a jamais trouvé le ciel, ou seulement pour de brefs moments, sa quête a constamment aiguillonné les humains à faire autre chose que l’accomplissement des cycles éternels. Sous-évaluer l’importance de la dimension du sacré, de la religion, du transcendant, ou simplement du rêve et de la recherche de l’impossible (les chiens qui savent voler) a déjà coûté cher aux mouvements d’émancipation. Ce ne sont pas nécessairement ces désirs qui font problème, mais la tentative de les réaliser à travers les technologies apparues sous le capitalisme, qui font sauter toutes les barrières entre le rêve et le passage á l’acte, détruisant au passage aussi la possibilité de rêver. Les mythes universels sur l’immortalité ne sont pas responsables du transhumanisme.

    […]

    [9] D’ailleurs, ce mythe mésopotamien, un des plus anciens connus et dont ils existent de nombreuses versions, débouche justement sur l’impossibilité d’atteindre l’immortalité - un serpent vole l’herbe de l’immortalité que les dieux ont donnée à Gilgamesh, qui accepte alors sa mortalité et décide de jouir des plaisirs des mortels, comme celui de tenir son enfant par la main.

    #Aurélien_Berlan #liberté #subsistance #délivrance #recension #livre #Anselm_Jappe #critique_de_la_valeur #anti-industriel #décroissance #philosophie #désir #émancipation #argent #travail #travail_abstrait #critique_du_travail #mythe #rêve #immortalité #transcendance

  • Contre une métaphysique de l’économie politique : le problème de la proportionnalité chez Proudhon, selon Marx et Lacan, par Frank Grohmann
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/contre-une-metaphysique-de-l-economie-politique-le-probleme-de-la-proport

    La « métaphysique de l’économie politique » de Proudhon, que Marx reprochera à ce dernier dans le deuxième chapitre de sa « Réponse », trouve son origine précisément à cet endroit ; c’est-à-dire là où ce dernier ne veut rien savoir de la « circonstance » — essentielle pour la « critique de l’économie politique » de Marx — à savoir : « que ce qui détermine la valeur n’est pas le temps dans lequel une chose a été produite, mais le minimum de temps dans lequel elle peut être produite, et ce minimum est établi par la concurrence ».

    #Marx #Proudhon #Lacan #capitalisme #travail #temps_de_travail #concurrence #valeur #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • Règne de la valeur et destruction du monde, Éditorial du n°4 de la revue Jaggernaut par Sandrine Aumercier, Benoît Bohy-Bunel et Clément Homs (Avril 2022) - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/regne-de-la-valeur-et-destruction-du-monde-editorial-du-n-4-de-la-revue-j

    (Belle illustration)

    Mais si « l’époque géologique dominée par l’homme » conduit à une situation dans laquelle l’existence de l’humain pourrait être compromise, il y a quelque chose de très problématique dans la vision de cette domination de la nature réduite à un « substrat dominé ». Après tout, il doit y avoir quelque chose d’inhumain ou « d’objectivant » dans cette sorte de domination par « l’être humain » dont l’issue pourrait justement être l’extinction des humains. L’anthropocène se révèle finalement après coup comme une rupture non planifiée, non intentionnelle, non contrôlée, comme l’effet secondaire d’un « métabolisme social avec la nature » (Marx) enclenché par le capitalisme industriel et devenu hors de contrôle. Cela peut facilement être illustré par des exemples. La combustion des énergies fossiles utilisées comme carburant pour les systèmes industriels et de transport devait immanquablement provoquer la perturbation du cycle du carbone. L’extraction massive du charbon a commencé en Angleterre pendant la révolution industrielle si bien qu’avec cette nouvelle source d’énergie mobile, les industries ont pu se déplacer des barrages vers les villes où se trouvait une main-d’œuvre à bon marché.

    […]

    Personne ne l’a consciemment planifié, pas plus que l’eutrophisation des lacs ou l’effondrement des écosystèmes. La même histoire se déroule avec la perte de biodiversité, la perturbation du cycle du phosphore ou l’acidification des océans. À cet égard, « l’époque géologique dominée par l’homme » ressemble beaucoup plus à un produit du hasard et de l’inconscience qu’au développement d’une habileté à maîtriser les cycles planétaires bio-géophysiques, en dépit de la référence de Crutzen à Vernadsky et à Teilhard de Chardin, lequel visait à « accroître la conscience et la pensée » et « le monde de la pensée » (la noosphère). « Ils ne savent pas ce qu’ils font, mais ils le font » – c’est ce que dit Marx au sujet de l’activité sociale fétichisée médiée par les marchandises, dans laquelle il convient de voir la clé d’une compréhension critique de l’anthropocène.

    Néanmoins parler de hasard et d’inconscience ne signifie pas dédouaner la question des responsabilités. Qui est cet anthropos, cet être humain des discours sur l’anthropocène ? S’agit-il de l’espèce humaine en général, de manière indifférenciée, de l’humanité non seulement prise comme un tout (qui n’existe pas), mais aussi abstraite de toutes déterminations historiques concrètes ? Cet immense flou conceptuel permet notamment de justifier la géo-ingénierie climatique – prônée par Paul Crutzen – ou encore les idéologies du développement durable, de l’économie circulaire faisant la chasse au gaspillage particulier ou du néomalthusianisme qui voit la cause du problème dans la démographie des pays de la périphérie. De la sorte, anthropos reste celui qui détruit mais aussi celui qui répare, et on conserve la double figure du progrès, à la fois prométhéenne et démoniaque, héritée de la première époque industrielle et des Lumières.

    Noyant la responsabilité dans une humanité en réalité inégalement responsable et inégalement impactée, la notion d’anthropocène met manifestement mal à l’aise et suscite de nombreuses discussions sur les « seuils » historiques et de nombreuses négociations terminologiques, chacun y allant de sa propre tentative de nommer l’agent et le patient du désastre. Donna Haraway lui substitue par exemple le terme de plantacionocène pour viser la colonisation des Amériques comme marqueur de cette nouvelle époque et, plus récemment, celui de chtulucène pour nous inviter à « habiter le trouble », c’est-à-dire à investir les ruines : « nous sommes tous du compost », affirme Haraway. On ne saurait mieux esthétiser la catastrophe et diluer la responsabilité de cette situation récente dans la grande histoire bactérienne de la planète Terre.

    Toutes ces tentatives conceptuelles ratent l’occasion de problématiser l’origine logique de cette transformation ainsi que le sujet qui la porte. En va-t-il autrement avec le terme de « capitalocène » proposé par Andréas Malm ou Jason Moore pour essayer de rendre compte des limites de la notion d’anthropocène ? La notion de « capital fossile » développée par Malm à partir de matériaux historiques montrant la coïncidence historique de l’essor du capitalisme industriel avec celui des énergies fossiles aboutit à la curieuse figure d’un anthropocène dont l’agent serait les énergies fossiles et dont les responsables seraient ceux qui, encore aujourd’hui, continuent de défendre et mettre en œuvre ces énergies. Il faudrait donc évidemment les mettre hors d’état de nuire. De manière générale, une partie du marxisme exsangue s’est recyclée depuis une vingtaine d’année dans un écosocialisme qui n’a rien lâché du dogme du « développement des forces productives » : mais il faut maintenant se jeter à corps perdu dans la production de panneaux solaires et d’éoliennes et en arracher la propriété aux griffes des capitalistes cramponnés à leur cheminées à charbon et leurs puits et pipelines de pétroles. Il s’ensuit une conception pas seulement « léniniste » mais aussi lénifiante des « énergies renouvelables ». C’est d’elles en effet que Malm et les écosocialistes attendent maintenant le salut écologique – en parfaite congruence avec les discours officiels qui promettent un avenir vert et durable sans rien dire de l’intensification extractiviste et de la multiplication des ravages miniers qu’elle suppose. Pendant ce temps, Total Energies joue sur les deux tableaux, vert et fossile, tandis que Joe Biden, célébré notamment pour sa promesse de réintégrer les Accords de Paris, signe en l’espace d’un an davantage de permis de forages pétroliers que Donald Trump en quatre ans. Il est ainsi de mieux en mieux documenté à quel point non seulement les énergies renouvelables sont à l’origine d’un véritable ravage, mais à quel point aussi elles ne font que s’ajouter à la trajectoire globale sans l’infléchir le moins du monde.

    […]

    C’est ainsi qu’avec l’avancée de la crise écologique, l’angoisse s’empare aussi de ceux qui, il y a peu, niaient encore la réalité du changement climatique : tout le spectre politique est désormais entiché de « l’urgence climatique » devant un électorat aux abois. Il n’est pas jusqu’à l’extrême-droite qui n’ait commencé à accommoder l’écologie à ses thèmes favoris. Néomalthusianisme, darwinisme social, défense armée des territoires et de l’identité nationale, survivalisme, actes de terrorisme à vocation écologique : ces tendances montantes signalent la néo-fascisation d’une frange de la société qui n’est que la pointe avancée des tendances politiques transversales. L’érection de murs et l’abandon à leur sort de populations superflues ne méritent d’ailleurs même plus de justification au niveau mondial et se banalisent dans l’indifférence.

    Pendant ce temps, quelques-uns s’égosillent à prêcher des valeurs humanistes et à militer pour la reconnaissance du crime d’écocide ou des « droits » accordés aux entités naturelles dans le cadre de la forme juridique bourgeoise. Le biocentrisme qui caractérisait davantage l’écologie profonde jusqu’à récemment est devenu en quelques années le fonds de commerce d’une écologie antispéciste, parfois associée au véganisme, éprise de conservation et de restauration de la nature. Une nature transformée en spectacle dont les occupants indigènes sont évacués ou harcelés ; une nature souvent très mal connue de ses promoteurs, comme le montrent entre autres Charles Stepanoff et Guillaume Blanc dans leurs ouvrages récents.

    […]

    Le concept moderne de « nature » est entièrement modelé par la forme-marchandise et par la forme-sujet bourgeoise. Les sciences naturelles modernes, à la suite de Emmanuel Kant, ont présupposé un sujet purement formel, identique à lui-même, susceptible de synthétiser le divers de l’intuition sensible. Ce sujet abstrait restait indépendant de l’empirie, et il posait la nature comme extériorité radicale qu’il s’agissait de soumettre à la question. Cette subjectivation moderne institue une dualité sujet-objet et une nature purement séparée qui ne sont pas indépendantes du procès de valorisation de la valeur. Elle institue également un temps abstrait et un espace homogène qu’il s’agit de quantifier en vue de sa maîtrise.

    […]

    La critique de la destruction du vivant suppose donc aujourd’hui la critique radicale des sciences positives et des techniques modernes, mais aussi la compréhension d’une connexion intime entre crises écologique, sociale, économique. Elle suppose également la critique du patriarcat producteur de marchandises et d’un racisme structurel, naturalisant. Aujourd’hui, les spécialisations et compartimentations empêchent d’apercevoir ces phénomènes multidimensionnels. Ces spécialisations théoriques sont à l’image de la division capitaliste du travail, et elles sont en elles-mêmes aliénées.

    #capitalisme #critique_techno #anti-industriel #énergie #écologie #naturalisme #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • « Le problème de la religion du capital chez Walter Benjamin. Critique du fragment " Le capitalisme en tant que religion " », par Clément Homs - Critique de la valeur-dissociation. Repenser une théorie critique du capitalisme
    http://www.palim-psao.fr/2017/01/walter-benjamin.html

    Même après avoir un peu « approfondi » le fameux chapitre sur le caractère fétiche de la marchandise dans Le Capital lors de la préparation du Livre sur les passages, Benjamin conservera une compréhension tronquée, c’est-à-dire marxiste traditionnelle, du concept de fétichisme. Une compréhension à dépasser.

    #philosophie #Walter_Benjamin #Marx #fétichisme_de_la_marchandise #capitalisme #critique_de_la_valeur #wertkritik

  • Invitation aux 3ème rencontres d’été « Crise & Critique du capitalisme-patriarcat » du 17 au 23 août en Ariège près de Foix (Programme et inscription)
    http://www.palim-psao.fr/2022/05/invitation-aux-3eme-rencontres-d-ete-crise-critique-du-capitalisme-patria

    Mercredi 17 août

    Arrivée possible à partir de la matinée

    18h 30 – AG de présentation de l’organisation collective en autogestion et de la constitution des équipes de préparation des repas, de la plonge et du nettoiement.

    Jeudi 18 août / Journée : Capitalisme et technologies

    Matinée :
    Les ressorts de la rencontre entre capital et numérique – avec Éric Arrivé

    Comment aborder le constat empirique d’un déploiement tous azimuts des techniques numériques dans les sociétés post-fordistes ? L’approche que j’adopte est sous-tendue par la catégorie de fétichisme, initialement forgée pour caractériser la production marchande (Marx), mais qui s’avère fructueuse pour envisager le numérique comme technique (particulièrement) adéquate à la phase actuelle du capitalisme, au-delà et en deçà des usages foisonnants qui en sont faits.

    Après-midi :
    Pour une critique des écrans, de leur consommation à leur production par les enfants eux-mêmes notamment en Afrique. Présentation de l’ouvrage On achève bien les enfants. Ecrans et barbarie numérique – avec Fabien Lebrun, son auteur)

    Maintenant que certains dangers des écrans pour les enfants sont connus, d’autres restent encore à exposer. Aussi, est-il nécessaire d’élargir la critique de la consommation à une critique de la production pour saisir la destruction totale et inouïe des enfants par les écrans. Des enfants surexposés des pays riches aux enfants exploités et massacrés du reste du monde (spécialement au Congo), le désastre environnemental et humain est effarant, dont les GAFA et consorts ont une lourde responsabilité. Il est urgent de refuser collectivement les écrans du capitalisme afin de préserver l’enfance et les enfants.

    Fin après-midi
    Ateliers Initiation & formation : Autour d’un lexique de la critique de la valeur-dissociation (collectif).

    Plusieurs groupes se retrouvent pour discuter de la lecture collective de certaines entrées du lexique afin de mieux appréhender les concepts clés utilisées par le courant de la critique de la valeur-dissociation

    Débriefing de la journée
    Soirée
    Intervention de Anselm Jappe

    Vendredi 19 août / Journée : La gauche, la pratique et la critique de la valeur-dissociation

    Matinée
    Robert Kurz, la gauche et le problème de la relation entre théorie et pratique révolutionnaires Présentation de l’ouvrage de Robert Kurz, Gris est l’arbre de la vie, verte est la théorie. Le problème de la pratique comme éternelle critique tronquée du capitalisme et l’histoire des gauches ‒ avec Sandrine Aumercier, traductrice de l’ouvrage.

    « Grise, mon ami, est toute théorie, vert est l’arbre d’or de la vie. » C’est en renversant cette célèbre formule du Faust de Goethe, que Robert Kurz vient redéfinir les termes d’une question classique ‒ « À quoi sert, en pratique, la théorie ? » ‒ et critiquer tant l’impatience activiste quant au devenir-pratique immédiat de la théorie, que la pseudo-activité dans laquelle s’enferme cette volonté d’agir. Mettant en évidence que la fausse unité de la théorie et de la pratique continue de se mouvoir dans l’enveloppe du patriarcat producteur de marchandises, l’auteur prend ainsi le contrepied du marxisme traditionnel qui a fait une lecture non critique de la onzième des Thèses sur Feuerbach selon laquelle « les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer », alors que Marx ne considérait pas la « transformation du monde » comme s’il s’agissait d’un mode d’emploi à appliquer.

    Après-midi
    Redéfinir le communisme libertaire ? ‒ avec César, Patrick et Chan

    Fin après-midi
    Assemblée générale association Crise & Critique

    L’association présentera son bilan financier et moral, et abordera les prochains projets. Quels projets d’écriture, de traduction, de publication et de journal pour 2023-2024 ?

    Debriefing de la journée

    Soirée :
    Représentation de Dans le désert l’espoir – Compagnie Nageurs de Nuit

    Roxane Borgna s’inspire d’écrits philosophiques d’Edgar Morin, Simone Weil, Hannah Arendt, Benoît Bohy-Bunel et du collectif Crise et Critique. Sur scène, une petite « humanité » : un homme et une femme sur 3 générations, des corps et des voix pour réveiller, repenser des mots tels que « désolation », « lutte », « espoir ». Une « performance philosophique » pour redéfinir qui nous sommes, quel moment nous traversons et que pourraient être nos vies de demain. Vaste sujet, plein d’espoir ! Et qui nous concerne tous…

    Samedi 20 août / Journée : Contre l’antisémitisme et le racisme

    Matinée
    La trajectoire de la question de l’antisémitisme chez deux héritiers de la théorie critique, Moishe Postone et Hans-Jürgen Krahl – avec Memphis Krickeberg

    Les travaux de la première école de Francfort ont jeté les bases d’une analyse de l’antisémitisme comme un phénomène structurel de la société bourgeoise. L’attention portée à l’antisémitisme est cependant resté inégale dans les générations suivantes de l’École de Francfort et les différents courants critiques influencés par celle-ci. Chez les héritiers ayant conservé le noyau marxiste de la théorie critique contre le tournant libéral habermassien, on peut ainsi dégager deux trajectoires théoriques eu égard à l’antisémitisme. Nous proposons de saisir celle-ci à travers l’œuvre de deux théoriciens, Hans-Jürgen Krahl, élève d’Adorno et leader de la contestation étudiante en 1968, et Moishe Postone, historien et philosophe marxiste canadien dont les travaux sur l’antisémitisme exercèrent une grande influence dans la reconfiguration idéologique d’une partie de la gauche allemande à partir des années 1990.

    Après-midi
    Travail, forme-sujet et dissociation raciale ‒ avec Samuel Lamy

    La critique de la forme-sujet formulée par Robert Kurz dans Raison Sanglante occasionne l’ouverture de nombreux débats nécessaires à la théorie critique. Au-delà du rapport-dissociation sexuel-patriarcal théorisé par Roswitha Scholz, il semble intéressant de réinterroger l’importance de la dissociation raciale à un niveau catégoriel. Si Scholz a, pour ce faire, engagé un dialogue critique avec différentes autrices féministes, une démarche similaire de communication théorique avec des auteurs décoloniaux nous paraît aujourd’hui s’imposer pour questionner la place qu’occupe la dissociation raciale dans la structuration de la forme-sujet. Comment cette dissociation s’est-elle socialement objectivée ? Quels liens entretient-elle avec le travail et la forme politico-juridique ? Est-elle déterminante à un niveau catégoriel en tant que présupposé de la forme sociale ? C’est à ces questions que nous tenterons ici d’apporter quelques éléments de réponse.

    Fin après-midi
    Sur un art ignoré : le cinéma ‒ avec Mehdi Benallal

    Le cinéma se tient à l’intersection de la plus grande abstraction (l’art) et de la plus grande réalité (l’enregistrement documentaire). Cette part documentaire est hélas souvent mise à mal par une trivialisation spectaculaire (effets techniques, théâtralité, maniérisme).Mais, bien comprise, elle permet dans les grands films de donner à voir (et entendre !) ce que recouvre généralement l’idéologie. Les grands cinéastes l’ont su, et c’est pourquoi leurs films ont accompagné la critique la plus radicale du capitalisme, aussi bien chez les précurseurs comme Griffith ou Chaplin, chez les classiques (Mizoguchi, John Ford) que chez les modernes (Godard, Straub & Huillet). Une brève histoire du cinéma accompagnée d’extraits peut rendre compte de cette lucidité, si les yeux et les oreilles veulent bien s’ouvrir à la réalité, qu’il s’agit de bien connaître si on veut la transformer.

    Soirée-projection
    « Une brève histoire du cinéma » : Extraits de films en relation avec l’intervention « Sur un art ignoré : le cinéma » ‒ avec Mehdi Benallal

    Dimanche 21 août

    Matinée
    Balade/pique-nique au château de Puivert (ou cascade de Roquefort)

    Après-midi
    Du rôle de l’Etat dans la crise du capitalisme – Avec Matthieu Galtier, Clément Homs et Johannes Vogele

    Une présentation et un développement autour de l’ouvrage de Robert Kurz, L’Etat n’est pas le sauveur suprême. Thèses pour une théorie critique de l’Etat. L’État, censé avoir été « désactivé » et amputé de ses fonctions à l’ère néolibérale, a réapparu pour ainsi dire du jour au lendemain comme « dernier recours », démiurge et deus ex machina. Tous les discours prématurés de fin d’alerte font référence au succès attendu des mesures de sauvetage de l’économie par l’État. Cette présentation s’attachera à décrire le passage de l’Etat fordien au « libéralisme autoritaire » de l’Etat schumpétérien comme administrateur du désastre.

    Fin après-midi
    Imaginer une société sans argent, sans État, sans domination et sans exploitation – avec Léon de Mattis, l’auteur de Utopie 2021, éditions Acratie.

    Utopie 2021 a pour ambition de répondre à une question : est-il encore possible d’imaginer, de nos jours, un monde totalement différent du monde actuel ? Un monde qui ne soit pas dominé par le capitalisme, et dans lequel il n’y ait ni propriété, ni argent, ni classes sociales ? Utopie 2021 prend le contrepied de la tendance actuelle. Son objectif est de montrer qu’il est possible d’imaginer une société sans domination et sans exploitation, de se figurer la création d’un tel monde dans un moment révolutionnaire et de concevoir, à partir des luttes actuelles, le surgissement d’une telle révolution.

    Débriefing de la journée

    Soirée
    Fetish-blues ‒ Concert chansons critiques avec Johannes Vogele

    Lundi 22 août

    Matinée
    Conceptualisation et développements critiques à partir de la forme-sujet chez Robert Kurz – avec Ivan Recio

    Le concept critique de forme-sujet chez Robert Kurz devient central dans ses écrits à partir de sa rupture avec Krisis et la publication de Raison sanglante. Ce concept permet de repenser de manière critique toute l’histoire moderne de la notion de sujet et d’en produire une critique radicale. Surtout, il demande de théoriser à nouveau toute la critique du capitalisme au-delà de la critique centrée sur le travail. La critique de la forme-sujet est à nouveau une critique de toutes les catégories du capitalisme, mais à un niveau plus profond et radical. Robert Kurz présente ainsi un nouveau point de départ pour la théorie critique de la valeur-dissociation et ouvre tout un champ pour différentes critiques. Nous voulons ici tenter de conceptualiser rigoureusement le concept de forme-sujet en partant des thèses de Robert Kurz et des contributions les plus récentes (Jappe, Aumercier, Bohy-Bunel, Lohoff). Cela d’abord pour clarifier les enjeux de cette refondation critique et présenter les directions qu’elle doit et peut prendre.

    Après-midi
    Intervention de Hugues Poltier

    Fin après-midi
    Marx avec Lacan. Analyse critique de la critique lacanienne du capitalisme fondée sur la plus-value ‒ Avec Fernando Tapia Castillo

    Debriefing de la journée
    Soirée-causerie libre

    Mardi 23 août
    Les sens de la modernisation ‒ Avec Cassio Boechat, géographe brésilien, membre du groupe Critica do Valor de Sao Paulo (à confirmer)

    Après-midi
    Rangement, nettoyage et départs.

    #critique_de_la_valeur #wertkritik #rencontre

  • Paresse business : petits livreurs et gros profits | ARTE Radio
    https://www.arteradio.com/emission/vivons_heureux_avant_la_fin_du_monde

    Depuis la pandémie, les applications de « quick commerce » ont révolutionné les comportements du citadin moyen. La recette miraculeuse ? Commander en trois clics sur son smartphone une barquette de guacamole pour l’apéro ou un pack de lait UHT, et se les faire amener à domicile en quelques minutes par un livreur à vélo. Et ceci tous les jours, de l’aube à minuit, pour un surcoût dérisoire de même pas deux euros. Flink, Cajoo, Gorillas, Getir… Une dizaine de jeunes start-up européennes se disputent, après celui de la livraison des repas, ce nouveau marché des courses d’épicerie disruptées. Leur arme fatale : un réseau de dark stores, des mini-entrepôts disséminés dans les grandes métropoles et qui permettent aux livreurs d’être à proximité des clients. Des siècles de civilisation et d’innovation technique pour ne plus bouger ses fesses du canapé... Que raconte ce business de la paresse ? Sous prétexte de nous simplifier la vie, comment cette économie change-t-elle le visage de la ville ? Notre rapport aux autres, au travail, au temps ? D’ailleurs, quelle vie mènent ceux qui pédalent toute la journée avec des sacs isothermes sur le dos ? En rencontrant un livreur à vélo sans papiers, des geeks du numérique, et un économiste affûté et pédagogue, Delphine Saltel éclaire ce qui se passe à l’ombre des dark stores et des dark kitchens. Au cœur de nos petits arrangements avec la flemme.

    #Podcast #Alimentation #Économie #Numérique

  • « De chacun selon ses moyens » ?

    Une critique de la sécurité sociale

    Pour critiquer ou défendre l’argent, il faut le comprendre, mais comprendre l’argent c’est toujours choisir un angle particulier pour la défense d’une thèse. Si l’argent n’est qu’un moyen d’échange, alors pourquoi s’en passer ? Si l’argent peut être réapproprié sous forme de nouvelles monnaies éthiques ou sociales, alors pourquoi le critiquer en tant que tel ? Si l’argent actuel n’est que l’effet du rapport d’exploitation capitaliste, pourquoi vouloir l’abolir ? Si l’argent est si plastique et malléable, alors pourquoi souhaiter sa disparition ? 

    Il est un fait que vouloir abolir l’argent n’est pas vu comme très sérieux. Pourtant, les volontés d’abolition et les alternatives qui maintiennent des formes de monnaies rencontrent pour l’essentiel des objectifs similaires. Il s’agit dans tous les cas de contrer la domination de la valeur capitaliste sur les sociétés contemporaines. Celle-ci consiste à sélectionner les activités humaines selon un critère qui domine tous les autres : gagner de l’argent. Pour y parvenir, peu importe les moyens. Mais ceux-ci sont de deux types, qui peuvent être combinés : les gains de productivité et l’exploitation des ressources, humains compris.

    Là où nos positions divergent, entre abolitionnistes de la monnaie et défenseurs d’institutions alternatives avec monnaies, c’est où placer le levier du changement. Pour certaines personnes comme celles du réseau Salariat, il existe à l’intérieur de l’économie capitaliste des institutions non-capitalistes, comme la sécurité sociale de santé. Mais selon d’autres courants, comme celui de la critique de la valeur, ces institutions ne seraient que des enclaves inoffensives à l’intérieur de l’empire de la valeur capitaliste qui l’engloutiront bientôt.

    Dans les deux cas, on peut convenir qu’il est tout de même possible d’organiser un usage alternatif de l’argent -quand bien même il serait fragile ou temporaire- de telle sorte que de puissants mécanismes de solidarité soient possibles. Ainsi, les cotisations sociales en France, prélevées sur des échanges économiques, alimentent depuis l’après-guerre des caisses dont le fonctionnement ne relève pas de l’échange monétaire, puisque ses bénéficiaires peuvent les solliciter en fonction de leurs besoins et en partie gratuitement. Pour le réseau Salariat, lutter contre le capitalisme, ce serait augmenter les cotisations pour étendre ces mécanismes de solidarité à d’autres domaines que la santé, par exemple à l’alimentation et à la production agricole, au travers de la proposition d’une sécurité sociale alimentaire. 

    Il est difficile d’être contre une proposition qui semble être le prolongement heureux d’une réalité sociale déjà là. Le problème est que cette réalité est au moins ambivalente, sinon totalement insatisfaisante. 

    Ambivalente parce qu’elle est entièrement construite sur la contrainte monétaire du rapport salarial : c’est donc en échangeant sa force de travail contre l’argent nécessaire pour (sur)vivre, que l’on construit un pot commun de ressources. Autrement dit, on a construit du commun comme un effet de bord du chantage à la subsistance qu’est le fait de vendre son temps pour simplement reproduire son existence au quotidien. Ce qui est très différent de construire du commun avec du commun. Certes, je peux être satisfait de payer mes cotisations, quand je destine mentalement une partie de mes efforts à ce pot commun et précisément pour cette raison. Cependant, dans la plupart des cas, le travail est d’abord vécu directement, dans le contenu concret des tâches et du cadre où elles s’insèrent, du besoin de gagner de l’argent pour payer les factures, et non par le truchement d’un imaginaire solidariste. 

    Si on peut balayer d’un revers de main la critique patronale des "charges sociales" qui fait baisser la rentabilité de la boîte, il est moins facile de contrer un sentiment plus diffus de ressentiment, lequel peut s’exprimer à l’égard de supposés profiteurs, qui traduit moins la réalité d’abus avérés qu’une insatisfaction de ce que l’on vit soi-même. Payer sa cotisation n’est pas vécu et pensé comme un don, qui produirait une forme de reconnaissance sociale, mais comme un échange monétaire mobilisant un travail contraint, pour lequel on est tous sensés être quittes les uns envers les autres, ce qui est le propre de tout échange. 

    On touche là la limite de communs construits avec des outils qui ne sont pas faits pour construire des communs. Ce sont en réalité des "presque communs" qui, parce que construits sur des échanges marchands inéquitables et contraints, sont toujours susceptibles d’être contestés comme tout aussi inéquitables et contraints. 

    Un véritable commun posséderait des fondements institutionnels cohérents avec sa nature, où des besoins communs sont répondus en commun, par des contributions volontaires propres aux moyens de chacun, selon la première partie de l’adage "de chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins".

    Les cotisations sociales ne respectent ce principe qu’en apparence, sous la forme de l’abstraction monétaire de taux de cotisations qui peuvent en effet varier selon le niveau de salaire. Mais qu’est-ce que cela change concrètement quand de toute manière chacun travaille trente cinq heures par semaines quel que soit le salaire obtenu ? Dire que le taux d’effort d’un salarié mieux payé est supérieur à un autre salarié moins payé, parce que sa contribution monétaire en cotisations sociales est plus élevée, c’est confondre la dimension vivante de l’activité avec sa représentation monétaire, qui conduit à attribuer plus de mérite et de valeur aux activités qui rapportent plus d’argent. Si cela est bien cohérent avec la convention de valeur capitaliste, cela ne l’est pas avec la prétention du réseau salariat à faire du mécanisme de cotisations sociales une institution anticapitaliste.

    Cette réalité déjà-là des cotisations sociales est aussi totalement insatisfaisante du fait de la dégradation continuelle de la santé physique et mentale des gens depuis plusieurs dizaines d’années, que la sécurité sociale n’a pas pu prévenir. Le cocktail de pollutions et de nuisances psychiques qui font l’ordinaire de nos vies est justement produit par des activités économiques, dont le fondement est de dégager de l’argent avant tout autre critère, et ce sont ces activités qui génèrent les cotisations sociales alimentant la sécurité sociale de la santé. Bien-sûr il n’y pas de lien de cause à effet, entre ceci et cela. Il reste que c’est bien là la manifestation que la valeur capitaliste domine l’ensemble de la société, et que la petite mécanique des cotisations sociales est toujours restée une simple enclave inoffensive. La sécurité sociale dépend de la poursuite d’activités économiques que tout le monde sait néfastes - mais pas l’inverse. Aussi, la médecine elle-même semble au prise avec un paradigme mécaniste qui en limite sérieusement la portée en tant qu’activité de soin, tandis que de vastes firmes engrangent l’argent des cotisations sociales pour vendre des médicaments dont l’efficacité est au minimum discutable.

    #sécuritésociale #abolitiondelargentetdutravail #désargence #critiquedelavaleur

  • Forme sociale et subjectivité : À propos de l’égalité et du conflit social immanent à la modernité capitaliste, par Moishe Postone
    http://www.palim-psao.fr/2022/04/forme-sociale-et-subjectivite-a-propos-de-l-egalite-et-du-conflit-social-

    Au contraire, l’action collective peut rendre les travailleurs égaux, c’est-à-dire des sujets bourgeois. Permettez-moi d’élaborer cette idée : le contrat de travail dans le capitalisme est un contrat entre propriétaires de marchandises, entre égaux (Marx, 1996 : 242). Pourtant, comme le note Marx, une fois que le travailleur entre dans la sphère de la production, la relation devient inégale (Marx, 1996 : 177-186). Nombreux sont ceux qui ont interprété l’analyse de Marx comme indiquant que la vérité sous l’apparence de l’égalité est l’inégalité, que l’égalité n’est qu’un simulacre. Cette compréhension est toutefois unilatérale et occulte une dimension historique importante des contrats de travail, à savoir qu’ils sont des contrats entre propriétaires de marchandises. Dans ce cadre, les travailleurs commencent également à se considérer comme des sujets porteurs de droits. Cependant, la seule façon pour les travailleurs de réaliser leur statut de propriétaires de marchandises est l’action collective, qui leur permet de négocier les conditions de vente de leur force de travail, leur marchandise (Marx, 1996 : 239-306). En d’autres termes, grâce à l’action collective, les travailleurs deviennent manifestement ce qu’ils n’avaient été que de manière latente : égaux aux autres, c’est-à-dire des sujets bourgeois (collectifs), détenteurs de droits.

    #Moishe_Postone #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #égalité #droit_du_travail #droit_du_capital #Marx #marchandise #travail #critique_du_travail

  • Anselm Jappe - Sous le soleil noir du capital - Canal Sud
    https://www.canalsud.net/anselm-jappe-sous-le-soleil-noir-du-capital

    Rencontre avec Anselm Jappe autour de son livre Sous le soleil noir du capital, Chroniques d’une ère de ténèbres, paru aux éditions Crise et critique. La rencontre est modérée par Clément Holms.

    Le 15 février 2022 à la libraire Terra Nova

    Le capitalisme, ce n’est pas uniquement « les capitalistes » : c’est avant tout une totalité sociale, l’ensemble des relations, déterminées par le capital et sa logique propre, qui structurent la vie moderne. Aussi doit-il être analysé et combattu dans sa totalité. La critique de la valeur, depuis plus de trente ans, s’emploie ainsi à montrer que le projet de l’émancipation sociale n’a rien à voir avec une gauche alter-capitaliste et alter-étatiste qui n’a finalement cherché aménager le désastre.
    Les essais réunis dans ce livre étayent cette critique radicale par l’examen d’un certain nombre de questions d’actualité : la littérature, la simplicité volontaire, le culte du Marquis de Sade, les musées, l’art contemporain, l’architecture, l’anticapitalisme tronqué, le romantisme révolutionnaire, l’importance de William Morris, le mythe du bandit de Lacenaire à Jacques Mesrine. Autant de thèmes qui permettent à Anselm Jappe de rappeler les fondements de la critique de la valeur, et de redéfinir des concepts essentiels tels que l’aliénation, la réification et le fétichisme en confrontant leur sens chez Marx, Lukács et Adorno.

    https://www.canalsud.net/IMG/mp3/radiolivres_jappes_150222_terranovatoulouse_radiodif.mp3

    #audio #radio #Canal_Sud #Anselm_Jappe #critique_de_la_valeur #wertkritik #capitalisme #travail

  • Société du travail et gouffre énergétique, par Sandrine Aumercier
    http://www.palim-psao.fr/2022/03/societe-du-travail-et-gouffre-energetique-par-sandrine-aumercier.html

    Mais comment se fait-il qu’une société plus techniquement avancée que l’Europe au Moyen Âge, telle la Chine, n’ait pas initié de révolution industrielle ? Les historiens débattent depuis longtemps pour expliquer ce phénomène, mais rares sont ceux qui font remarquer que cette question ethnocentrique suppose de faire de l’histoire européenne la mesure de toutes les autres, qui sont alors interprétées comme déficitaires [4]. L´Europe est en fait le lieu d’apparition contingent d’une forme sociale sans précédent, ce qui ne veut pas dire qu’elle était inéluctable. Elle ne diffère pas des autres par sa moralité ou son immoralité (la majorité des autres sociétés étant également dominatrices, exploiteuses et inégalitaires), ni par une ingéniosité exceptionnelle (puisque bien des techniques que l’Europe croit avoir inventées sont en fait attestées ailleurs), mais par rapport aux buts collectifs qu’elle s’est donnés. La multiplication abstraite de l’argent devient le moteur de la vie sociale, chose impossible sans l’instauration du travail comme médiation universelle, agrégeant des quantités toujours plus importantes de forces productives en vue de créer de la valeur. Ce processus se déroule sur un marché de concurrence auquel plus personne ne peut échapper une fois que le capitalisme est développé ; chacun se trouve alors dans la position des coureurs athlétiques présentée au début : chacun est obligé de courir et de glorifier cette course, le plus souvent sans savoir pourquoi.

    #Sandrine_Aumercier #critique_de_la_valeur #wertkritik #énergie #capitalisme

    • C’est pourtant ce que propose la totalité du spectre politique et idéologique actuel : libéraux techno-optimistes, écologistes socio-démocrates, ou écosocialistes néo-léninistes convertis aux « énergies renouvelables ». Même si peu en conviennent, tous ont déjà indirectement adopté le fonds de commerce du transhumanisme libertarien, qui est la reprogrammation intégrale du monde physique dans l’espoir de maîtriser l’entropie de la civilisation dite thermo-industrielle. Or les impasses de cette civilisation sont insurmontables sans une « rupture ontologique » (#Robert_Kurz) avec ses catégories fondamentales.

      Il fallait vraiment un Robert Kurz pour nous appeler à une « rupture ontologique » avec le technocapitalisme :

      Dans l’utopie capitaliste une fois réalisée, le fait de faire valoir les émotions et nécessités humaines les plus élémentaires, ainsi que la raison pragmatique primaire, dans le rapport avec le monde sensible perceptible [sic !], furent aussi nommés : utopie . [...] Pour ne citer que quelques exemples : il est devenu [...] utopique également de « travailler » moins que les paysans du Moyen Age en utilisant des réseaux et robots microélectroniques qui réalisent la plus grande économie de travail de tous les temps.

      Extrait du livre de Robert Kurz, Lire Marx. Les textes les plus importants de Karl Marx pour le XXIe siècle, La Balustrade, 2002, pp. 363-371 (publié en Allemagne en 2000).

      http://www.palim-psao.fr/article-criteres-de-depassement-du-capitalisme-par-robert-kurz-69203406.h

      Kolossale #cuistrerie !!!

  • Critique du travail et émancipation sociale. Réplique aux critiques du Manifeste contre le travail | Krisis
    https://www.krisis.org/2004/critique-du-travail-et-emancipation-sociale
    et aussi sur
    http://www.palim-psao.fr/2017/07/critique-du-travail-et-emancipation-sociale.repliques-aux-critiques-du-ma

    Publié il y a cinq ans, le Manifeste contre le travail se démarque des autres publications de Krisis. Conformément à son caractère de pamphlet, il introduit dans le débat public, sous une forme concise et polémique, les positions théoriques centrales développées au fil des ans dans la revue. Cela n’a pas été sans un certain succès. Aucune autre publication de Krisis n’a eu, et ce par-delà le monde germanophone, autant d’échos et par là même autant de critiques. À ce propos, il est frappant de constater qu’en dépit des particularités propres aux différents pays et aux différentes sensibilités de la Gauche, les critiques se recoupent largement. La critique formulée dans le Manifeste touche donc, semble-t-il, à quelque chose de commun à tous ces discours, quelque chose comme une base commune qui va tellement de soi qu’elle n’est même plus perçue consciemment.

    À cet égard, les quatre critiques faites au Manifeste – celles de Jaime Semprun, de Charles Reeve, de Luca Santini et des Éditions Rouge & Noir (par la suite ERN) – et republiées dans la dernière livraison de Krisis peuvent être considérées comme exemplaires. Si différent que soit leur point de départ, elles tournent autour des mêmes interrogations et se focalisent sur les mêmes points (1). Aussi ne faut-il pas voir dans le présent texte une réponse directe à ces quatre critiques, il revêt un caractère plus général.

    #critique_de_la_valeur #wertkritik #Krisis #Nerbert_Trenkle #débat #capitalisme #controverse #travail #critique_du_travail #Jaime_Semprun #Luca_Santini #Charles_Reeve

    • Notamment dans la réponse à Semprun : #cuistrerie

      « Une société libérée devra examiner à chaque fois concrètement la technologie et la science que le capitalisme a engendrées sous une forme fétichiste et largement destructive pour savoir si, et dans quelle mesure, elles pourront ou non être transformées et développées pour le bien de tous. […] Donner à ce propos a priori des critères généraux est impossible. […] Ce sera alors en fonction de divers critères qualitatifs, sensibles et esthétiques qu’ils décideront ce qu’ils acceptent et ce qu’ils refusent. » — Trenkle.

      Notre théoricien sait-il qu’il vient-là de formuler le programme que la revue Encyclopédie des Nuisances s’était précisément proposée d’entreprendre 20 ans auparavant ?

      « Nous nous attacherons à explorer méthodiquement le possible refoulé en faisant l’#inventaire exact de ce qui, dans les immenses moyens accumulés, pourrait servir à une vie plus libre, et de ce qui ne pourra jamais servir qu’à la perpétuation de l’oppression. »
      Revue Encyclopédie des Nuisances n°1,
      Discours préliminaire, novembre 1984.

      Seulement, les « encyclopédistes » n’ont pas attendu les bras croisés qu’une société libre advienne pour juger sur pièces, et justement « en fonction de divers critères qualitatifs, sensibles et esthétiques », la production marchande et industrielle. Et le « critère général » à l’aune duquel ils ont formulés ce jugement « a priori impossible », n’est autre que « le projet d’#émancipation totale né avec les luttes du prolétariat du XIXe siècle » que notre théoricien a semble-t-il totalement perdu de vue, hypnotisé par la cohérence formelle de sa théorie.

      Cela même #Sandrine_Aumercier ne l’a pas vu... Il est vrai que c’est un peu gênant.

  • Radio : Renaud Garcia, Anti-industrialisme ou anticapitalisme ?, 2020
    https://sniadecki.wordpress.com/2021/12/01/rmu-garcia-anticapitalisme

    L’anticapitalisme ou la critique du capitalisme, sous les formes de la dénonciation du profit, des marchés, de la finance et des banques, aussi légitime soit-elle, peut ne jamais toucher au cœur de la dépossession universelle qui s’étend depuis plus de deux siècles, à savoir le mode de vie fondé sur le salariat et l’industrie qui permet la production en masse des marchandises.

    Il est donc nécessaire d’élargir la critique sociale, en lui adjoignant une critique culturelle des grandes organisations, du machinisme et de la représentation scientifique du monde.

    La version orale (pas tout à fait pareille que l’écrit) :
    https://archive.org/download/rmu-071-garcia-anticapitalisme/RMU_071_Garcia-Anticapitalisme.mp3

    + version écrite de l’intervention + un glossaire vulgarisé de la critique de la valeur + un début de critique

    Et la même chose mais compilé dans un même PDF :
    https://ia601400.us.archive.org/26/items/rmu-071-garcia-anticapitalisme/RMU_071_Garcia-Anticapitalisme.pdf

    #Renaud_Garcia #radio #radio_zinzine #audio #anti-industriel #anti-capitalisme #capitalisme #débat #critique_de_la_valeur #wertkritik #subsistance #Écran_total #quantification #Marx #travail #critique_du_travail #dépossession #subjectivité

  • Le contexte, l’inscription. Bernard Aspe | La Division Politique
    http://ladivisionpolitique.toile-libre.org/seance1-le-contexte-linscription-bernard-aspe

    Scènes de la division politique, troisième année - Séance 1 : Le contexte, l’inscription

     

    Antiscience

    Je commencerai par rappeler la vérité de la situation : une classe, c’est-à-dire une force politique qui agit en assumant la partialité de son point de vue, cherche à gérer ce qu’elle appelle une « crise » sanitaire en faisant tout ce qu’elle peut pour que les causes de son existence ne soient pas mises en question. Par « causes », il faut entendre les plus immédiatement identifiables (la politique de santé menée en France depuis 2007 sous l’impulsion de quelques membres du gouvernement actuel) comme les plus profondes (la dévastation écologique qui accompagne comme son ombre le développement économique). Tout a été orchestré pour maintenir la rationalité de l’économie, et plus encore, pour trouver dans cette « crise » l’occasion de redéployer son espace. Maintenir l’économie comme loi, ce n’est certes pas dire qu’il y aurait chez les riches une pulsion incontrôlable (même si celle-ci existe certainement aussi par ailleurs) ; c’est dire que l’imposition de cette loi est la méthode la plus rationnelle de gouvernement mondial pour une classe qui veut à tout prix conserver son pouvoir.

    Du fait même de l’existence de cette classe, il nous a semblé nécessaire de conserver le schème de la division politique – même s’il n’y a pas deux classes qui se font face. L’une d’elle en effet, la nôtre, est difficile à identifier, surtout en une époque où les plus bienveillants, les plus proches, les plus sincèrement engagés, nous conseillent de ne pas pousser trop loin la recherche de cette identification. Il ne faut pas chercher à identifier ce qui est positivement flou, nous disent-ils, il ne faut pas figer ce qui est en mouvement, il ne faut pas cristalliser ce qui est encore métastable. En suivant ces injonctions, on est à peu près sûrs de remettre à plus tard, à toujours plus tard, le moment où une initiative politique nouvelle pourra s’énoncer en tant que telle.

    Mais c’est d’une façon très générale que la pensée politique éveille le soupçon. Le pouvoir a d’ailleurs récemment trouvé une astuce imparable pour disqualifier toute velléité de pensée politique. Si je dis par exemple qu’une classe est responsable des catastrophes en cours, je me retrouve nécessairement enfermé dans le cercle étroit et mal fréquenté des complotistes. On nous explique qu’il n’y a qu’une alternative : soit le complotisme, soit la science. Par chance, la science est constitutivement incapable de mettre en question l’autorité de l’État, ou les nécessités du capital. Si l’on veut échapper au complotisme, il faut donc accepter seulement de devenir raisonnables, commencer par suivre ce qui est établi par la science, et remettre à plus tard le moment où nous pourrons discuter du bien-fondé des décisions prises dans l’urgence, du moins dans le cadre de l’état d’urgence. (Plus tard, c’est-à-dire par exemple quand des historiens reviendront dix ou vingt ans en arrière et feront carrière en révélant les aberrations que nous sommes censés ne pas voir ou deviner ici et maintenant.)

    Je vous propose de commencer par ne pas être ainsi raisonnables, et pour cela, de ne pas relayer la fausse alternative imposée entre le complotisme et le discours de la science. (...)

  • « Le Mur énergétique du capital », rencontre avec Sandrine Aumercier (19-09-2021) |
    https://laparoleerrantedemain.org/index.php/2021/10/06/le-mur-energetique-du-capital-rencontre-avec-sandrine-aumerci

    Le dimanche 19 septembre, le Café Librairie Michèle Firk accueillait Sandrine Aumercier pour la parution de son livre « Le mur énergétique du capital – contribution au problème des critères du dépassement du capitalisme du point de vue de la critique des technologies », publié aux éditions Crise & Critique.

    https://archive.org/download/firk-valeur-ok/Firk%20valeur%20ok.mp3

    #Sandrine_Aumercier #critique_de_la_valeur #wertkritik #critique_techno #énergie #capitalisme

    • @rastapopoulos
      Un seul exemple.

      Aumercier nous fait marner pendant des pages et des pages à la recherche « d’un critère objectif permettant de départager les technologies à conserver et à rejeter » (p. 266).

      Pour arriver à la conclusion vraiment extra-ordinaire que « C’est bien plutôt le rapport social qui constitue le critère ultime d’une critique de la technologie et du dépassement pratique » (p. 289).

      Or dès 1984, on avait déjà ça :

      Nous nous attacherons à explorer méthodiquement le possible refoulé en faisant l’inventaire exact de ce qui, dans les immenses moyens accumulés, pourrait servir à une vie plus libre, et de ce qui ne pourra jamais servir qu’à la perpétuation de l’oppression.
      Discours préliminaire de l’Encyclopédie des nuisances, nov. 1984.

      Seulement voilà, c’est pas formulé dans un jargon marxisant, le seul langage que connaît Aumercier.

      Parce que en note p. 266, elle cite le Discours Préliminaire , mais elle ne l’a pas lu, ou ne l’a pas compris (c’est seulement la fin du 4e paragraphe...). Et donc, conclusion d’Aumercier p. 266, « Les techniques émancipatrices renvoient aux préférences de l’auteur » !!!

      Tout ce qui n’est pas formulé dans le jargon de la WertKritik n’est que subjectivisme petit-bourgeois.

      Seul Robert Kurz à saisi - in abstracto comme il se doit - « les critères de dépassement du capitalisme ». Mais bon, il a fait l’éloge de la micro-électronique pour nous libérer du travail, ce qui n’est pas précisément une position #technocritique, mais s’inscrit au contraire dans la même vieille gadoue progressiste propre aux marxistes. Mais pour Aumercier, cela reste des formulations « simplement prudentes et ambigües » (p. 279) !!!

      Vraiment j’adore ces marxistes qui ont toujours fait l’éloge de l’ « accroissement indéfini des forces productives » et qui maintenant qu’ils commencent à comprendre où est le problème, viennent te faire la leçon en disant que tu n’as rien compris à rien et que les considérations de tous ceux qui, en leur temps et à leur heure, se sont exprimés là-dessus ne sont que des « préférences personnelles »...

      J’adoooooooore regarder danser les gens..........

  • De virus illustribus - Un an et demi après
    https://lundi.am/De-virus-illustribus-un-an-et-demi-apres

    « Ce n´est pas à la "régulation" de l´économie mais à sa fin qu´il faut songer »
    Sandrine Aumercier

    De virus illustribus. Crise du coronavirus et épuisement structurel du capitalisme - Éditions Crise & Critique
    https://www.editions-crise-et-critique.fr/ouvrage/de-virus-illustribus-crise-du-coronavirus-et-epuisement-s


    #coronavirus #crise_économique

  • Parution de Le Mur énergétique du capital. Contribution au problème des critères de dépassement du capitalisme du point de vue de la critique des technologies. Un livre de Sandrine Aumercier (Editions Crise & Critique, Septembre 2021)
    http://www.palim-psao.fr/2021/08/parution-de-le-mur-energetique-du-capital.contribution-au-probleme-des-cr

    Chapitre 1 – La crise de l’énergie au coeur de la crise permanente du capitalisme
    1.1 Fin du pétrole et développement durable… du capital
    1.2 L’émergence du paradigme énergétique
    1.3 La bioéconomie, synthèse entre économique et biophysique

    Chapitre 2 – Moteur humain, moteur d’engin
    2.1 Le dogme classique de la substituabilité des facteurs de production
    2.2 Le travail comme « dépense d’énergie »
    2.3 La technologie comme potentialisation de la force de travail dans la contradiction en procès du capital
    2.4 Marx énergéticien ?

    Chapitre 3 – L’abolition du travail et ses conséquences
    3.1 Quel type de démantèlement industriel ?
    3.2 A la recherche des critères de dépassement du capitalisme

    Conclusion

    #livre #Sandrine_Aumercier #critique_de_la_valeur #wertkritik #écologie #énergie #capitalisme #travail #critique_du_travail #critique_techno #anti-industriel

  • Le monde de l’économie tel qu’il n’est jamais allé, par le collectif Sortir de l’Économie
    http://www.palim-psao.fr/2021/07/le-monde-de-l-economie-tel-qu-il-n-est-jamais-alle-par-le-collectif-sorti

    Car chacun d’entre nous est là seul dans son trou de travail, à causer avec son voisin du trou d’à côté, à aimer sentir près de lui un être vivant qui court les mêmes mutilations que lui. C’est humain puisque c’est désormais ce qu’il nous reste, on montre qu’on n’a pas peur, on feint de s’étonner de la froideur des slogans qui apparaissent sur les télécrans modernes (« travaillez plus, pour gagner plus ») et on se force à en plaisanter même si tout le monde constate que son rire sonne toujours plus faux. Car c’est là l’économie, la vraie, la seule, une de ces préparations d’artillerie à l’intérieur de nos corps qui précèdent le renouvellement incessant des attaques et où le terrain que sont nos vies doit être complètement bouleversé, où il ne doit plus rester un être vivant dans les tranchées nivelées de la « réalité économique ».

    Cette « réalité » n’est pourtant pas une sphère naturelle et transhistorique qui serait propre à toutes les sociétés humaines et à l’activité humaine en tant que telle. Ce n’est qu’avec la naissance du capitalisme à partir du XVe-XVIe siècles que l’on peut dire qu’il y a constitution, sous le nom d’économie, d’un ensemble d’activités sociales spécifiques (production, distribution, échanges, consommation), qui vont structurer la reproduction des rapports sociaux comme simples rapports économiques. L’économie à fois comme science bourgeoise et surtout comme « réalité » économique, est ainsi une production historique récente.

    […]

    Pour dénaturaliser la vie économique, il faut revenir plus en détail sur les différents fondements de l’économie, pour en critiquer sans concession l’authenticité. Tel est notre but : réfléchir ensemble et dans la diversité des approches et des pratiques présentes et à venir, à ce qui rend possible pratiquement cette sortie de l’économie, ici et maintenant. Nous n’allons donc pas élaborer une nouvelle idéologie ou théorie critique ; nous voulons simplement fournir un élément parmi d’autres apportant sa pierre à la tâche de « comprendre dans quel monde nous vivons » (George Orwell). Car partout la réappropriation de cette faculté de juger notre propre implication dans l’économie se fait sentir dans nos interrogations, nos doutes, nos désirs, et c’est cette mise en réflexion qui permet aujourd’hui un « bricolage », des « expérimentations », des remises en cause profondes ou partielles, des résistances collaboratrices ou complètes, l’invention d’utopies concrètes. La « gratuité », le « don », la « décroissance », le « non-marchand », l’« autonomie », l’« autogestion » sont autant de termes qui nous paraissent trop imprécis et ambigus pour signifier un espace politique commun de discussion portant sur ces expériences collectives de réappropriation de plus en plus nombreuses actuellement.

    #économie #sortir_de_l'économie #critique_de_la_valeur #wertkritik #travail #capitalisme #2012

  • Parution prochaine le 11 juin : Robert Kurz, Raison sanglante. Essais pour une critique émancipatrice de la modernité capitaliste et des Lumières bourgeoises (Editions Crise & Critique)

    http://www.palim-psao.fr/2021/05/parution-prochaine-le-11-juin-robert-kurz-raison-sanglante.essais-pour-un

    Depuis le 11 septembre 2001, c’est avec une arrogance jamais atteinte jusqu’ici que les idéologues de l’économie de marché et de la démocratie invoquent leur enracinement dans la grande philosophie des Lumières. Oubliée la « dialectique de la raison » d’Adorno et Horkheimer, oubliée la critique de l’eurocentrisme : il n’est pas jusqu’à certaines fractions de la gauche qui ne s’accrochent à une prétendue promesse de bonheur bourgeoise, alors même que la mondialisation du capital ravage la planète.

    Robert Kurz qui s’est fait connaître pour ses analyses critiques du capitalisme et de son histoire (La Substance du capital, L’Effondrement de la modernisation), s’attaque ici aux « valeurs occidentales » à contre-courant du mainstream intellectuel dominant et au-delà de la critique passée des Lumières. Dans ces essais théoriques polémiques et fondateurs, on voit s’ébaucher une nouvelle critique radicale de la forme-sujet moderne (déterminée de manière masculine) et ce non pas pour rendre hommage à un romantisme réactionnaire mais afin de montrer que les Lumières et les contre-Lumières bourgeoises ne sont que les deux côtés de la même médaille. L’objectif visé est une « antimodernité émancipatrice » qui refuserait les fausses alternatives se situant toutes sur le terrain du système patriarcal producteur de marchandises.

  • Préface d’Anselm Jappe et Johannes Vogele pour L’Effondrement de la modernisation de Robert Kurz

    http://www.palim-psao.fr/2021/04/preface-d-anselm-jappe-et-johannes-vogele-pour-l-effondrement-de-la-moder

    Robert Kurz [...] ne livrait pas seulement une explication marxiste de la faillite inévitable du « socialisme réel » bien différente des analyses courantes proposées à gauche, mais affirmait aussi crânement que la fin de l’URSS n’était qu’une étape de l’écroulement mondial de la société marchande, dont les pays « socialistes » ne constituaient qu’une branche mineure.

    La révolution russe de 1917, indépendamment de la volonté de ses chefs, n’avait pas – et ne pouvait pas avoir, selon Kurz – comme horizon le « communisme », mais une « modernisation de rattrapage », c’est-à-dire une version accélérée de l’installation des formes sociales de bases du capitalisme, notamment en réagençant les vieilles structures sociales prémodernes pour y imposer la socialisation des individus par le travail

    • L’« Effondrement de la modernisation » ‒ 30 ans après
      https://lundi.am/L-Effondrement-de-la-modernisation-30-ans-apres

      À l’occasion de la traduction de L’effondrement de la modernisation. De l’écroulement du socialisme de caserne à la crise de la mondialisation, de Robert Kurz (aux éditions Crise et Critique), nous publions ici un entretien avec ce dernier datant d’octobre 2004 pour le magazine Reportagem de São Paulo. Il revient sur l’émergence du courant désormais appelé « critique de la valeur », qui débute avec la publication en allemand de ce même livre en 1991. Théoriquement, il s’agissait de se dégager du marxisme traditionnel, tout en revenant à Marx, pour refuser en bloc toute la logique de la valeur et du travail. Il indique ensuite l’apport essentiel de la critique de la dissociation, apporté par Roswitha Scholtz (« La valeur, c’est le mâle », 1996), qui insiste sur le tout structurellement scindé formé par la valeur, la marchandise et le travail abstrait (qui prétendent à la totalité) d’un côté et le travail reproductif souvent « déclassé » et attribué aux femmes de l’autre (et que la totalité ne parvient jamais à subsumer totalement). Enfin, il explique les tensions au sein du groupe Krisis qui se scinde au début des années 2000 avec la formation de la revue Exit ! et termine par des considérations sur la crise mondiale de la modernisation à laquelle n’échapperont pas, selon lui, les pays alors en pleine croissance comme la Chine de l’époque.

    • @tranbert : certes ; mais peut-être qu’un quart de siècle est encore une période trop courte ? Ou alors, c’est l’#effondrisme qui, par son impatience à voir la « catastrophe » advenir, a tendance à se contenter de vues à court terme ?
      Comment appelle-t-on déjà ce comportement biaisé qui consiste à se réjouir d’une catastrophe en train de se produire ?

    • La critique de la valeur n’annonce pas un effondrement à venir, mais constate une décomposition en cours (dont l’URSS représentait justement une étape). Il n’est pas très pertinent d’attendre la « chute » du capitalisme, que tout le monde se représente par ailleurs triomphant, car il s’agit déjà d’un mort-vivant, mais ce pourrissement n’a rien d’émancipateur en soi.

    • Ni rien de réjouissant : les élites dominantes feront tout pour s’accrocher à leurs prérogatives et leurs brutalités n’iront qu’en augmentant en fréquence et en intensité.
      J’observe avec une grande attention ce qui se passe au Mexique : ce pays connait depuis un quart de siècle une violence économique et politique de grande intensité et la brutalité inouïe des rapports de domination imposés par les cartels illustre bien le genre de pourrissement auquel il faut s’attendre.

    • @ktche @sombre Je crois que comme avec la collapsologie, la WerttKritik fait une confusion entre la dynamique du système capitaliste et ce que ce système inflige aux humains et à la nature. On assiste pas à « l’écroulement mondial de la société marchande » ni au « pourrissement du capitalisme » qui au contraire fonctionnent très bien.
      Ce qui s’écroule, ce sont les conditions de la vie.
      Ce qui pourrit, c’est la société du genre humain.
      Et la production de marchandises prospère sur cette destruction et sur cette dépossession.
      Le capitalisme ne « crée » pas de la valeur, il détruit et corrompt tout ce qui permettait de se passer de ses ersatz empoissonnés et mortifères. Et c’est cela qu’il importe de dénoncer et de combattre.

    • Ça fait des années que tu répètes la même critique @tranbert :)
      « ce courant annonce la fin du capitalisme qui va se faire tout seul mais ça n’arrive jamais » … mais ce n’est jamais ce que ça dit, ça n’annonce rien de bien, ça explique que le capitalisme à force d’augmentation de la productivité (et donc encore plus depuis la robotisation + informatisation) détruit son noyau : la création de valeur.

      Mais ça peut très bien prendre très longtemps car c’est une compétition toujours mondiale donc il reste toujours quelques pays qui concentrent ce qui reste de valeur. Nous on vit justement en France, dans un de ces derniers centres occidentaux, mais non non, la production de marchandises ne prospère pas du tout quand on regarde le monde entier. Et même dans ces derniers centres, tout cela ne tient quasi que par l’expansion monstrueuse de la finance : pas du tout parce que la production prospère.

      + surtout ça n’indique absolument aucune émancipation particulière du tout ! Par défaut c’est même plutôt le contraire et que la wertkritik le dit pourtant assez explicitement (y compris dès ce premier livre) : si les mouvements d’émancipation et d’autonomie ne deviennent pas plus importants, alors par défaut cette décomposition du capitalisme aboutit plutôt à la barbarie, pas du tout à l’émancipation du genre humain… (ce que montre bien aussi La société autophage, plus particulièrement)

      Cette préface ne masque pas non plus l’évolution graduelle, en 91, il y avait aussi encore des scories de marxisme traditionnel dans ce livre, une idée transhistorique du travail, un progressisme, etc. Qui ont disparu de ce courant au fil des années, des auto-critiques, des approfondissements.

      En conséquence de quoi il n’y a rien à « attendre » magiquement (personne n’a jamais dit ça dans ce courant), il faut bien participer à construire d’autres manières de penser et de vivre (au pluriel), non basées sur la création de valeur.

      Enfin bon, plutôt que des piques régulières de mécompréhension sur les internets au fil des années, ça serait vraiment plus utile de mettre à plat les choses en discutant vraiment en face à face lors d’une rencontre avec les participant⋅es francophones (comme Renaud Garcia qui était à la rencontre l’année dernière il me semble). Quitte à ne pas être d’accord, mais au moins en dissipant les incompréhensions et quiproquos qui peuvent monter en épingle quand il n’y a que de l’écrit.
      Mais bon je dis ça… je dis rien :)

    • Ce qui s’écroule, ce sont les conditions de la vie.
      Ce qui pourrit, c’est la société du genre humain.

      Tout à fait. A condition de préciser que le « genre humain » dont il est question n’est pas une donnée transhistorique. Car c’est bien parce que le capitalisme (c’est-à-dire la forme de vie fétiche sur laquelle nous nous appuyons pour produire et reproduire la société depuis peu, comparé à la diversité et à l’histoire des formes de vie qui la précède), est lui-même en cours de décomposition, que les catégories qui le fondent et nous semblent évidentes et « naturelles » se décomposent avec lui, à commencer par la plus centrale : le travail (qui, du coup, ne fait pas partie des « conditions de la vie », mais bien de la dynamique du capital lui-même).

      Le capitalisme ne « fonctionne » pas bien. A bien des égards, il n’a jamais « bien fonctionné » puisque c’est une dynamique folle qui sape les conditions-même de sa propre reproduction, induisant par là les nuisances constatées tout au long de son histoire, et pas seulement dans ses phases les plus récentes. Dénoncer les nuisances et oublier (ou se méprendre sur) ses ressorts est une demi-mesure, du genre de celles qu’ont adoptées jusqu’à l’absurdité ceux qui voulaient rattraper la modernité plutôt que de repartir sur d’autres bases.

      Vouloir fixer la modernité à un moment particulier de son histoire, tenter de rattraper son retard pour ceux qui ne sont pas partis dans la course en tête de peloton, ou prolonger coute que coute cette trajectoire irrationnelle pour ceux qui en sont les ultimes et relatifs bénéficiaires, sont autant de façon de « croire » dans la viabilité d’un fétiche délétère.

      Dans sa phase en cours, ce n’est pas parce que le capitalisme nous écrase qu’il triomphe, mais c’est parce qu’il se décompose (et qu’on continue de l’imaginer éternel ou maitrisable) qu’il nous écrase.

  • Basculements : Mondes émergents, possibles désirables, par Jérôme Baschet (Parution à La Découverte)
    http://www.palim-psao.fr/2021/03/basculements-mondes-emergents-possibles-desirables-par-jerome-baschet-par

    Nouveau livre de Jérôme Baschet, critiquant la collaspologie et la notion d’effondrement, et certaines formes d’anti-capitalisme, toujours en étant basé sur le les notions zapatistes du Chiapas (où il vit toujours) et la critique de la valeur. Et esquisses d’autres basculements possibles qu’un effondrement.

    Un livre à la croisée de différents courants : la critique de la valeur, l’appelisme, le zapatisme et la perspective fédéraliste-communaliste. Avec un bon dézingage de la perspective anticapitaliste tronquée et étatiste-autoritaire à la Frédéric Lordon. Un livre qui s’essaye à établir les scénarios des possibles, les critères de dépassement du capitalisme tout en abordant quelles seraient les questions stratégiques d’un nouvel anticapitalisme en cours de formation

    À la notion d’effondrement, qui dépolitise les enjeux en postulant une trajectoire unique et comme jouée d’avance, on opposera celle de basculements, qui permet de faire place à l’imprévisibilité croissante de notre temps et au rôle central de la mobilisation politique. Des basculements se produiront en effet, à relativement court terme, sur fond d’une crise systémique du capitalisme, certes produite par les « contradictions » environnementales qui ravagent la planète, mais aussi par des tensions internes entre un capitalisme fossile et un capitalisme techno-« écologique ». Sur cette base analytique, le livre esquisse plusieurs scénarios, tous parfaitement vraisemblables à ce stade.

    Il en est un sur lequel il attire particulièrement notre attention : celui d’une ouverture des possibles synonyme de basculements sociétaux et civilisationnels considérables qui nous engageraient vers des manières de vivre échappant aux logiques du système-monde capitaliste. Et nous placeraient face à des questions fondamentales : que peut être un agencement de la production qui renonce à la centralité des déterminations économiques ? Que peut être une politique qui privilégie l’autogouvernement populaire et assume une relocalisation communale ? Comment nouer de nouvelles relations aux non-humains qui cessent de nous extraire des interdépendances du vivant sans pour autant dissoudre entièrement la notion d’humanité ? Et par quels chemins faire croître de tels possibles ?
    Autant de questions auxquelles Jérôme Baschet – avec une érudition, une clarté et une liberté de pensée exceptionnelles – esquisse des réponses aussi plausibles et documentées qu’éminemment désirables.

    À 14min45 :
    https://www.youtube.com/watch?v=C74hOZMSLwg&t=885

    #Jérôme_Baschet #livre #capitalisme #anti-capitalisme #zapatisme #critique_de_la_valeur #collapsologie

  • Entretien avec Roswitha Scholz
    « Le queer a fait son temps »

    https://lavoiedujaguar.net/Entretien-avec-Roswitha-Scholz-Le-queer-a-fait-son-temps

    http://www.palim-psao.fr/article-le-queer-a-fait-son-temps-entretien-avec-roswitha-scholz-11395434

    L’entretien qui suit, très court, n’est qu’une invitation à découvrir les réflexions de Roswitha Scholz. Elle est l’une des principales théoriciennes en Allemagne du courant de la critique de la valeur-dissociation (Wert-Abspaltungskritik).

    Vous dites que les théories féministes ne peuvent en rien contribuer à l’explication des crises. Pourquoi cela ?

    Ce que je reproche aux discussions dans les milieux féministes, ce sont leurs postulats de bases hégémoniques. Par principe, je pense qu’il faut cesser de considérer toujours la catégorie du sexe comme un problème relevant du domaine du particulier ; il s’agit au contraire d’un problème fondamental de la structure sociale. Toutes les positions gender ont tendance à le faire disparaître.

    Dans quelle mesure ?

    Le problème a été minimisé, on l’a décrété de peu d’importance. Selon moi, on doit revenir aux vues d’avant les années 1990 et faire à nouveau de la catégorie du sexe une question centrale dans la société, mais d’une manière nouvelle et différente. En d’autres termes, reconnaître à nouveau les sexes comme base des structures sociales. Les débats déconstructivistes évacuent cela.

    À côté de Butler et Foucault, le féminisme a pourtant d’autres théories à offrir.

    La théorie queer, et c’est finalement celle-ci qui s’est imposée, n’est pas pour moi une théorie féministe. Elle aboutit à ce que la question des sexes comme structure de base ne soit même plus thématisée. (...)

    #Roswitha_Scholz #féminisme #queer #crise #travail #critique_de_la_valeur-dissociation #entretien