• Radio : Olivier Lefebvre, Lettre aux ingénieurs qui doutent, 2023

    Artisans d’un devenir technologique qui façonne nos existences et structure nos sociétés, les ingénieurs sont aujourd’hui de plus en plus nombreux à ressentir de la dissonance cognitive. Quelque chose en eux sait que leur travail creuse le sillon de trajectoires insoutenables pour nos vies et pour la Terre. Pourquoi alors n’y a-t-il pas plus d’ingénieurs qui désertent ?

    C’est la question qu’#Olivier_Lefebvre – lui-même ancien #ingénieur – se propose d’élucider, en se plaçant dans une perspective résolument politique. Il serait en effet plus que souhaitable, pour eux, mais aussi pour nous tous, qu’ils refusent de se résigner, qu’ils cessent de nuire au plus vite, et pour cela qu’ils s’évadent de leurs cages dorées.

    Émission Racine de Moins Un n°104 diffusée sur Radio Zinzine.

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/07/20/rmu-104-lefebvre-ingenieurs

    #racine_de_moins_un #critique_techno #désertion #dissidence

  • Contre la « souveraineté numérique »
    https://lundi.am/Contre-la-souverainete-numerique

    Inquiets à leur tour de cette situation nouvelle, dans laquelle un pays d’origine d’une IA peut décider à tout instant d’en couper l’accès, journalistes et politiques européens en arrivent tous à la même conclusion. Face à la dépendance des Européens aux technologies américaines, il faudrait développer une « souveraineté numérique », c’est-à-dire une industrie du numérique locale (semi-conducteurs, logiciels, hébergement de données). Or, cette proposition de « souveraineté numérique » qui fait consensus nous semble à la fois irréaliste – du fait de la nature mondialisée de l’industrie du numérique – et politiquement inconséquente – car elle ne remet pas en cause le modèle de développement technologique qui est précisément la cause de notre dépendance. Mieux : elle encourage la fuite en avant technologique et ses multiples nuisances. Nous refusons donc ce mot d’ordre illusoire.

    […]

    Car cette proposition de « relocalisation » qui semble relever du bon sens est en réalité une impasse. Pour deux raisons : l’une pratique, l’autre politique.

    #stopmicro #critique_techno #souveraineté_numérique #numérique #IA #TIC #dépendance #États-Unis #USA #Europe

    • Le monde à l’envers
      https://www.lemondealenvers.lautre.net/livres/anatomie_d_une_puce.html

      Alors que la crise écologique s’aggrave, le numérique se présente comme un acteur de la « transition écologique » et l’Europe investit des milliards dans la relocalisation de l’industrie électronique.
      Dans cet ouvrage grand public, activistes, journalistes et universitaires démontrent faits à l’appui que cette « relocalisation » n’est qu’un slogan publicitaire. En effet, loin de l’image écolo qu’on aime à leur prêter, les puces électroniques sont issues d’un extractivisme forcené et de pratiques coloniales. Elles parcourent en outre des centaines de milliers de kilomètres avant de finir dans nos objets quotidiens.

  • À la recherche de l’#écoterrorisme : le cas Unabomber
    https://www.terrestres.org/2026/06/10/a-la-recherche-de-lecoterrorisme-le-cas-unabomber

    L’#écologie a-t-elle déjà tué ? Les trois morts causées par les colis explosifs de l’étasunien Theodore Kaczynski, dit “Unabomber”, semblent l’attester. Mais pour être “écoterroriste”, encore faut-il être écologiste. Or ce n’est pas vraiment le cas de Kaczynski, comme le démontre le politiste Sean Fleming dans un examen inédit et précis de ses écrits.

    edit « Nous nous considérons anarchistes parce que nous voudrions, idéalement, décomposer toute la société en de toute petites unités, complètement autonomes »

    #sabotage #anti_tech #bioprimitivisme #darwinisme #terrorisme (et #dégâts_collatéraux)

  • Smashphone !
    https://lundi.am/Smashphone

    Les experts de la question (ici la chercheuse Anne Cordier) disqualifient ainsi toute tentative d’intrusion dans leur pré-carré (c’est nous qui soulignons) : « Les détracteurs des réseaux sociaux sont en réalité des détracteurs des ados, de l’éducation, de la recherche, celle qui se construit patiemment, rigoureusement, avec des protocoles répliqués. Ils jouent de cet amalgame et nourrissent une panique morale qui leur est profitable. »

    En renvoyant toute critique non scientifique au domaine de l’irrationnel, au mieux celle de parents trop paniqués qui n’ont rien compris, au pire celles de journalistes du Figaro prêts à faire feu de tout bois pour que progresse la réaction, ces scientifiques suppriment le débat (ou se le gardent pour eux) : il faudrait leur laisser le temps de terminer leurs études, puis de rejoindre d’obscurs conseils convoqués par le(ur)s dirigeants afin qu’ils puissent, à l’aune de leur compréhension incomparable du phénomène, éclairer la société en préconisant des mesures que ces mêmes dirigeants reprendront, ou non, à leur compte. La même Anne Cordier préconise ainsi d’attendre qu’elle et ses collègues aient statué avant de prendre des mesures conséquentes : « Si demain le consensus scientifique considère que les réseaux sociaux sont addictifs, alors effectivement, on basculera dans une tout autre discussion. Mais il faut dans un premier temps que les experts statuent sur cette question. »

    Ce prétexte du manque d’études scientifiques (sans parler de la production d’études bidons) pour délayer le passage à l’action est maintenant bien connu : il a servi à retarder l’interdiction du plomb et de l’amiante, la prise en compte du changement climatique dans l’agenda politique, à fabriquer du doute quand à la nocivité de la clope, et sert encore aujourd’hui de prétexte contre le bannissement du glyphosate.

    Cet article s’emploie donc à une critique du smartphone selon d’autres procédés que ceux de l’exercice pur de la rationalité scientifique : outre l’existence de preuves scientifiques (car il y en a quand même quelques unes), des enquêtes journalistiques, des sondages, notre propre expérience, le principe de précaution, l’intuition, la détestation de la situation actuelle, l’amour de la critique critique ou l’empathie pour ses concitoyens ont été des carburants très efficaces pour l’écriture de ce texte.

    Au risque de décevoir les personnes en recherche de cohérence d’impartialité, les processus décrits ne sont pas tous cohérents, ni observables en même temps chez un même usager de smartphone, et n’opèrent pas tous dans la même direction ou selon une même logique. Et puisqu’on ne manque pas de discours, d’articles, d’œuvres, de penseurs, de dirigeants politiques et économiques (sans parler du fonctionnement matériel même de la société) qui légitiment l’usage du smartphone, cet article est uniquement à charge.

    #smartphone #critique_techno #recherche #journalisme et #Anne_Cordier #acceptabilité

  • Derrière l’IA, les sacrifiés du smartphone

    Celia Izoard est journaliste et philosophe, spécialiste des nouvelles technologies au travers de leurs impacts sociaux et écologiques. Autrice de La Ruée minière au XXIème siècle. Enquête sur les métaux à l’ère de la transition (Seuil, 2024), elle a participé à l’élaboration du programme de «  désescalade numérique  » en amont des municipales 2026. Pour Socialter elle a choisi d’analyser le #film Les Sacrifiés du smartphone projeté lors de Numérique en lumière, le festival de films documentaires consacré aux droits humains bafoués dans l’industrie du numérique.

    Le #capitalisme a inventé les #pollutions_invisibles. Des perturbations imperceptibles par nos sens et qui pourtant sont des menaces existentielles  : la #radioactivité, la #pollution_chimique, le #réchauffement_climatique. Cette #invisibilité est la clé de son #impunité  : pas vu pas pris, comme on dit. Capitalisant sur ces pollutions invisibles, l’#économie_numérique, elle, a fait un pas de plus en inventant les #pollutions_inimaginables.

    J’appelle pollutions inimaginables ces impacts qui sont non seulement imperceptibles aux sens, mais aussi à l’#imagination. Prenez par exemple ces petites étoiles féériques qui dansent devant mes yeux quand j’ouvre mon navigateur  : l’intelligence artificielle générative (IAG). Si je clique, mon courrier va s’écrire, mon texte va se traduire, mon image va s’animer. Qui peut se représenter le concentré de #ressources_naturelles, de #souffrances et d’#exploitation humaines, de #produits_chimiques, d’#énergie qu’il y a derrière ces petites étoiles  ?

    Pour le saisir, il faudrait pouvoir faire apparaître, dans une seule pensée, ce qui rend possible l’IA. Il faudrait faire surgir dans l’imagination les #mines gagnées sur la forêt tropicale birmane, indienne ou congolaise, les usines métallurgiques crachant le feu, les étendues grises de #résidus_toxiques, les galettes de #silicium issues du #travail_forcé du #Xinjiang, les entrepôts de #data_centers carburant au charbon, à l’#eau de nappes presque épuisées, etc. C’est long d’expliquer tout ça, de le rendre présent à l’esprit – à l’esprit qui justement est tenté d’économiser sa pensée, là, d’un clic, pour gagner du temps.

    D’où vient la #puissance_de_calcul instantanée d’une appli d’IA  ? D’entrepôts de données où s’empilent des millions de #serveurs où sont concentrés des milliards de #circuits_électroniques, contenant eux-mêmes des centaines de milliers de #cartes_graphiques qui concentrent à leur tour des dizaines de milliards de #transistors.

    Le principal fabricant de serveurs informatiques destinés aux data centers est l’entreprise taïwanaise #Foxconn, alias #Hon_Hai_Precision_Industry, qui emploie plus d’un million de personnes en #Chine. C’est le sous-traitant historique d’#Apple, de #Microsoft, de #HP, de #Sony – le fabricant d’à peu près tous les #objets_électroniques que nous avons tenus entre nos mains depuis les années 2000. Aujourd’hui, Foxconn fournit toute la galaxie de l’IA en serveurs, de #Nvidia à #OpenAI, en passant par les data centers d’#Amazon.

    En 2010, Foxconn s’est fait connaître au monde par une épidémie de #suicides  : 17 ouvriers de sa méga-usine d’iPhone de Shenzhen se sont jetés par les fenêtres, 14 sont morts. Depuis ce temps, les balcons des dortoirs ont été condamnés. Mais les jeunes continuent d’arriver de leurs campagnes pour se retrouver coincés dans ses chaînes de production. Le désespoir de ces vies gâchées est le sujet du film Les Sacrifiés du smartphone [titre original Complicit] (2017), qui a été projeté récemment à Paris à l’occasion du festival de cinéma «  Numérique en lumière  : une autre réalité  ».

    Les réalisatrices Heather White et Lynn Zang ont filmé pendant trois ans la vie d’#ouvrières de Foxconn. Arrivées à 18 ans, Xiao, Ya et Fan ont travaillé plusieurs années pendant douze à seize heures par jour. Puis tout s’est arrêté – littéralement. Elles ont contracté des troubles neurologiques, des paralysies, à force d’astiquer les cartes graphiques, les led, les écrans, avec des solvants et des détergents  : benzène, méthanol, xylènes, trichloroéthylène...

    Selon la Global Electronics Association, un objet électronique peut nécessiter 1 000 produits chimiques différents. Foxconn nie toute #responsabilité. Comme les milliers d’ouvrières et d’ouvriers malades des toxiques utilisés dans l’électronique, Xiao, Ya et Fan n’osent pas rentrer chez elles, pour ne pas faire de peine à leurs parents, qui avaient tout misé sur elles.

    Sur mon écran, les petites étoiles de fée se remettent à clignoter.

    https://www.socialter.fr/article/les-sacrifies-du-smartphone-documentaire-intelligence-artificielle-ouvrier
    #IA #AI #intelligence_artificielle #travail #conditions_de_travail

  • Gavin Mueller, Contre l’automatisation, 2021

    La plupart des technologies utilisées dans l’#automatisation avaient été développées et mises en œuvre dans d’autres industries bien avant leur intégration dans le processus de production de Ford. Ce qui rendait l’automatisation novatrice, c’était son rôle central dans la stratégie de fabrication de Ford, à une époque marquée par des troubles historiques parmi les travailleurs de l’automobile, et en particulier à la suite d’une grève coûteuse de vingt-quatre jours à l’immense usine Ford de River Rouge en mai 1949. Non seulement les nouvelles technologies allaient réduire considérablement une main-d’œuvre indisciplinée, mais elles permettaient également à Ford de décentraliser sa production loin des troubles qui agitaient Detroit ; l’entreprise ouvrant de nouvelles usines automatisées à Cleveland et Buffalo. Les travailleurs ont immédiatement compris la menace, et l’automatisation a été, dès ses débuts, une question profondément politisée.

    Rétrospective des #luttes_sociales contre l’automatisation aux USA après la Seconde Guerre mondiale... #cybernétique

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/04/24/mueller-automatisation

    L’auteur se veut #néo-luddite, mais n’est en réalité que #technocritique - il veut croire en la « neutralité » de la #technologie et en son caractère émancipateur - et encore loin de la critique anti-industrielle (#critique_techno)... mais son enquête est intéressante.

  • Hugo Desprez, Est-ce que l’IA tombe du ciel ?, 2026 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecky.wordpress.com/2026/04/14/desprez-ia

    L’approche de cet intervenant est un peu plus fine que la précédente. Pas de slides avec des robots mignons. On va parler factuel. Pendant une heure, on nous fait du chaud/froid, du positif/négatif, c’est bien, mais c’est mal, mais c’est bien. En mode pervers narcissique. D’emblée la question est posée sur la table : « qui dans cette salle est au courant que l’IA, ça pollue ? » Pas de doute, dans cette conférence, ça va dénoncer. Grégory Varenne nous confirme : l’IA, ça pollue, et même énormément. En fait, ce qu’on appelle à tort le « monde virtuel », le « cloud », c’est très physique, ce sont des infrastructures lourdes, et c’est un peu la cata niveau « environnemental ». Il développe rapidement sur la consommation d’eau, d’électricité, de terres rares.

    MAIS, alors qu’on pourrait penser que c’est un désastre écologique, il existe en fait des technologies qui, grâce à l’IA, permettent de réduire l’impact carbone de l’humanité. Donc, en fait, l’IA, ça peut polluer, mais ça dépend de ce que l’on fait avec. Voyez plutôt : dans une smart city, l’IA permet une meilleure gestion des déchets, une meilleure gestion de l’énergie, ou encore du trafic, et donc permet des gains d’efficacité qui sont bons pour l’environnement. L’agriculture intensive est nocive, mais grâce à l’IA, on gère mieux la consommation d’eau, on pulvérise le strict nécessaire de produit écocidaire, bref, on évite toute surconsommation, donc c’est bon pour l’environnement. Globalement, comme il dit, « l’IA peut servir de pansement numérique pour l’environnement ». On est bien rassurés.

    MAIS, Grégory nous prend encore à revers, et annonce la sentence : en fait, à bien y regarder, les problématiques environnementales liées à l’IA sont plus nocives que ce qu’elle permet de compenser… et de se lancer dans une liste – plutôt exhaustive, il faut l’admettre – des nuisances écologiques et sociales qu’entraînent ces technologies. Dans l’audience, pour ceux qui ne sont pas en train de scroller sur leur téléphone, c’est le coup de massue. Les chiffres sont sans appel, les images sont effrayantes, le constat est alarmant. On sait maintenant combien de ml d’eau coûte l’envoie d’un courriel ou d’une photo, on ne peut plus faire semblant d’ignorer notre impact.

    MAIS, notre entrepreneur de la tech a une solution. Il nous parle de sa « philosophie de l’usage ». Il a choisi d’adopter « une utilisation frugale de l’IA », et on pourrait faire pareil, si on se formait correctement – d’ailleurs il faut se former, puisqu’on est obligé d’utiliser l’IA ; d’ailleurs – ça tombe bien – son entreprise propose des formations. Il nous partage quand même gracieusement tout un tas de petits gestes du quotidien, de « comportements » et de compétences à acquérir et mettre en place pour réduire au maximum l’impact obligatoire de notre utilisation obligatoire. Ce qu’il nous demande enfin de vraiment retenir, c’est que « ne pas utiliser l’IA, ce serait une erreur » alors autant l’utiliser le mieux possible.

    Pour résumer, Grégory Varenne est payé pour dire, devant des centaines de lycéens, que l’Intelligence Artificielle (mais en fait le numérique en général) est une catastrophe sociale et environnementale sans précédent, que quel que soit les usages que l’on puisse en faire, il y a toujours un impact minimum qui est déjà intolérable ; MAIS QUE, comme c’est l’avenir et qu’on ne peut pas s’en passer, il faut qu’ils se forment pour maîtriser au mieux les outils et réduire leur petit impact personnel. Ya pas de problème, puisqu’ya des solutions.

    Ou comment faire accepter l’inacceptable. Ou comment désamorcer toute remise en question de l’ordre des choses.

    Finalement, cet anecdotique évènement de propagande technophile peut servir de piqûre de rappel : aucune technologie ne tombe du ciel. Il y a des entreprises privées qui inventent, fabriquent et commercialisent ces technologies. Il y a des États qui poussent, par leurs directives, le déploiement de ces technologies. Il y a des intérêts financiers, stratégiques et de pouvoir au déploiement et à l’usage de ces technologies. Il y a de la propagande, de l’injonction, de la menace, de la séduction pour imposer l’hégémonie de ces technologies. Bref, c’est toujours le fait d’initiatives, de choix politiques.

    #acceptabilité #école #lycée #IA #critique_techno #écran_total

  • Théo Zimmermann, Les ordinateurs ont-ils des préjugés ?, 2026 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecky.wordpress.com/2026/04/13/zimmermann-arte
    http://www.dailymotion.com/thumbnail/video/x8cua2b

    Le problème n’est pas que les êtres humains soient (entre autres) des êtres subjectifs et émotionnels, car c’est bien en cela que réside leur nature. Ce sont bien au contraire, ces caractéristiques qui forment le terreau de la créativité et de l’intelligence humaines, et qui permirent la réalisation de l’ensemble des cultures et des divers rapports entre les Hommes de par le monde.

    En souhaitant ainsi “améliorer” l’Humain, c’est-à-dire en externalisant la résolution de ses “problèmes”, autrement dit en ne lui permettant plus de s’y confronter, nous aboutissons en fait à un processus inverse à celui de l’émancipation. Car c’est en grande partie la confrontation de l’Homme à divers types de “problèmes” qui lui font mettre en place (de façon consciente ou non) les processus qui l’amènent à développer ses compétences, lui donnant ainsi sa valeur, et faisant de lui un être social et culturel.

    Le type de jugement concernant la nature humaine présenté dans le documentaire revient, comme le dit l’expression, à « jeter le bébé avec l’eau du bain », sous le prétexte que ce dernier serait trop turbulent.

    […]

    Cette forme de synecdoque, bien trompeuse mais de nos jours très répandue, participe à l’élaboration des types de discours nécessaire à l’évolution de la société technicienne. De la même façon qu’il est difficile de vendre à une personne un “produit” ou un “service” dont elle pourrait totalement se passer, la diminution de « l’humain » à ses propres yeux, est une condition nécessaire à l’acceptation des nouvelles “directives” et “directions” qui lui sont imposées. Sa dépréciation permet de lui faire miroiter son amélioration, “amélioration” qu’il n’est, bien entendu, pas capable de réaliser lui-même, sans le concours des grandes structures industrielles, économiques ou politiques.

    […]

    Le documentaire poursuit :

    « La question est de savoir dans quelle mesure l’IA procède de manière équitable ? »

    Non, la question est de savoir si Nous (ici, l’ensemble de la population) souhaitons réellement l’instauration de ces technologies et de leurs logiques à l’ensemble des activités humaines. Si Nous consentons à leur déléguer les processus qui font de nous des êtres humains et des êtres sociaux.

    Comme de coutume dans le déploiement de telles rhétoriques techniciennes, il ne nous est pas demandé notre avis. On ne questionne jamais la volonté et la nécessité du développement d’une telle technologie. Nous sommes seulement invités à en corriger les éventuelles imperfections.

    C’est là, la meilleure façon de faire accepter un nouveau paradigme ; ne permettre ou n’envisager un questionnement qu’à l’intérieur de ce dernier et de sa logique, en donnant au passage l’illusion d’un débat au sujet de l’évolution en cours.

    #critique_techno #critique #documentaire #Arte #préjugés #IA #neutralité #politique #cybernétique #technocratie

  • Les amis de Ludd, A propos de quelques fausses idées très actuelles sur la nature et la technique, 2002 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecky.wordpress.com/2026/04/05/laludd-nature-technique-fr

    Chez ces écologistes hallucinés, la nécessaire critique des manifestations concrètes de la raison occidentale débouche sur son refus total, sur la sanctification des religions indigènes sans exception, et sur une cosmologie – mélange improbable de taoïsme et d’hindouisme saupoudré de-ci de-là de quelques miettes de New Age – inventée pour l’occasion. La vieille idée d’émancipation si chère aux Lumières se dissout dans un confusionnisme qui profère des demi- vérités et renvoie l’homme à sa condition antérieure, tandis qu’un voile religieux est jeté sur sa relation avec la nature.

    C’est avec la critique de l’aliénation religieuse de Feuerbach que l’humanisme a pris la place de la religion : l’homme ne doit pas se réaliser dans les cieux, mais ici-bas, en fonction de ses besoins réels. Toute projection religieuse de la relation entre l’homme et le monde éloigne l’homme d’une réappropriation effective de ses propres forces en vue d’une émancipation. Prolongeant à son tour la critique de Feuerbach, le jeune Marx dénonce quant à lui l’aliénation politique (qui prend les formes abstraites de l’État et du citoyen) :

    « Ce n’est que lorsque l’homme aura reconnu ses forces propres comme forces sociales et les aura organisées comme telles, et que par conséquent il ne séparera plus de lui la force sociale sous la forme de la force politique – c’est alors seulement que sera réalisée l’émancipation humaine. »

    On mesure à quel point nos écologistes sont éloignés d’un tel projet quand ils entendent reformuler, au moyen d’une vision cosmique et religieuse, la relation de l’homme à la nature – et lorsqu’ils en appellent à la magie de l’État et à la bonne volonté du citoyen. Comment s’opère cet étrange mélange entre mysticisme et étatisme nostalgique ? Dans l’éditorial du numéro suivant de The Ecologist (n°9, avril-mai-juin 2002), on peut lire ceci à propos des économies d’énergie et de l’investissement en énergies renouvelables :

    « Pourquoi l’État ne devrait-il pas payer le surcoût d’une énergie propre pour l’environnement ? Pourquoi l’administration ne se charge pas de faire de l’économie d’énergie une réalité ? »

    Ces appels à l’État montrent bien, une fois de plus, que son rôle dans la gestion globale de la misère sociale n’a pas été compris. Et nous ferons nôtres les paroles du critique Sidney Hook :

    « Une chose est sûre, c’est que l’État n’est pas le représentant de la raison absolue dans le domaine de la politique. C’est encore moins l’arbitre de cette espèce de guerre de classes. C’est une des armes au moyen desquelles cette guerre est livrée. Il ne cherche pas à réconcilier les classes entre elles, mais à réconcilier les classes soumises avec leur sort. »

    Sous les dehors clinquants d’une idéologie pacifiste et œcuménique on voit poindre l’énième version d’un antihumanisme qui refuse de s’avouer en tant que tel et dont la particularité est de se diriger non pas directement contre l’homme mais contre les conditions minimales de son émancipation, la première d’entre elles étant la critique des aliénations religieuses et politiques. Nous devons quant à nous dénoncer ce retour du religieux sur le terrain déjà dévasté de la question sociale, et montrer qu’il n’est qu’un obstacle à une réappropriation autonome de leur vie par les hommes.

    […]

    L’infâme publication Muy interesante [11] nous offre dans son numéro 250 (mars 2000) un bref dossier, qui annonce avec tambours et trompettes l’avenir plein de promesses des nanotechnologies. Dès la couverture ce précis de propagande technophile salue « l’arrivée » de la nanoscience et de ses « micromachines qui vont changer notre vie ». Suit une liste de domaines d’applications aussi nombreux que variés, mais idéologiquement prometteurs, – « médecine, espace, industrie, sécurité » – qui nous donne un avant-goût des transformations que nous sommes en droit d’attendre de cette nouvelle « science ». Puis, aussitôt attaquée la lecture du dossier en question, un premier sous-titre nous projette de l’avenir au présent (décidément, la « révolution » technologique accélère l’histoire !) et nous prie de croire que la « nanoscience est déjà une réalité en passe de changer nos vies ». Ensuite, retour vers un avenir « proche » où la nanotechnologie apparaîtra sous son vrai jour comme « la révolution industrielle du XXIe siècle ». Pour corroborer cette thèse – qui est en réalité une autoproclamation – et convaincre les-plus-dubitatifs-sur-cette-question, les auteurs citent un expert, conseiller de la Fondation nationale pour la science des États-Unis : « Dans dix ou quinze ans, la nanoscience occupera dans nos vies une place aussi fondamentale qu’aujourd’hui l’électronique. » On comprend la fonction que remplit ici le terme « fondamentale » : présenter la révolution industrielle (la première), mais aussi toutes celles qui sont advenues et viendront après elle, comme le produit d’un déterminisme naturel qui envahit aussi bien l’histoire que « nos vies ». En effet, pourquoi diable irions-nous remettre en cause ce qui nous promet tant tout en étant si naturel ?

    Ces propos exaltés sont agrémentés d’images fabriquées par ordinateur montrant les structures moléculaires en question sous forme de Legos ou de jeux vidéos. La majorité d’entre elles sont des simulations numériques qui ne correspondent à aucune réalité ; leur but principal est manifestement d’exciter l’imaginaire technophile des lecteurs – le seul imaginaire qui reste autorisé en ce monde.

    Après avoir passé en revue une kyrielle d’appareils et de nouveautés prometteuses, vient le couplet éthique chanté, comme on s’en doute, par des experts qui discutent à n’en plus finir de soi-disant dilemmes dont ils ne détiennent pas eux-mêmes la solution. Au moins les apparences et la tradition sont-elles sauves, car « aucune technologie dans l’histoire de l’humanité n’est née sans son côté obscur ». Cette brève tempête sous le crâne a entre-temps pris fin, et l’on se garde de nous dire ce que recouvre cette obscurité, ni à quelle bande de bureaucrates mafieux reviendra la tâche de révéler la dimension éthique ultime de l’obscurité en question.

    #archive #Los_amigos_de_Ludd #années_2000 #critique_techno

  • Un grain de sable dans les serveurs d’IA : recours contre un projet de datacenter dans la Drôme
    https://www.latelierpaysan.org/Un-grain-de-sable-dans-les-serveurs-d-IA-recours-contre-un-projet-de

    Le 18 février 2026, un collectif regroupant des riverains et des organisations (dont l’Atelier Paysan) a déposé au tribunal administratif de Grenoble un recours contre le permis de construire obtenu deux mois plus tôt par la société Sesterce Group pour un immense datacenter dédié à l’intelligence artificielle, à Rovaltain, près de la gare Valence TGV. L’intelligence artificielle (IA) s’immisce dans nos vies avec une rapidité telle qu’il devient impossible de questionner le sens et les (…) Actualités

  • Zimmerman, Radinsky, Rothenberg, Meyers, Vers une science pour le peuple, 1971
    https://sniadecky.wordpress.com/2026/03/04/sftp-manifeste-fr

    Si les savants veulent aider à empêcher que la science soit appliquée à des fins destructrices pour la société, ils doivent cesser d’agir de façon ad hoc ou bien purement moraliste, et commencer à répondre collectivement à partir d’une position de force , fondée sur une analyse politique et économique de leur travail. Cette analyse doit être solidement ancrée dans la compréhension des structures monopolistes de la société américaine.

    Nous montrerons ci-dessous que la science est inévitablement politique et que, dans le contexte du capitalisme américain contemporain, elle contribue largement à l’exploitation et à l’oppression de la majorité des gens, aussi bien dans ce pays qu ‘au-delà de ses frontières. Nous réclamons une réorientation du travail scientifique et suggérerons des voies que les chercheurs peuvent maintenant emprunter pour diriger leurs recherches dans le sens d’un changement social déterminant.

    #science #histoire #capitalisme #critique_techno #politique #censure #années_70 #1971

  • Décès d’André Pichot... en février 2025

    Je découvre avec un an de retard le décès d’#André_Pichot :

    André Pichot, né le 15 septembre 1950 à Gevrey-Chambertin et mort le 2 février 2025 à Strasbourg, est chercheur au CNRS en épistémologie et histoire des sciences.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9_Pichot

    C’était surtout un historien de la #biologie très critique à l’égard des #idéologie_scientifique s encore très courantes dans le milieu de la recherche, et notamment l’idée de l’être vivant comme machine.

    http://sniadecky.wordpress.com/tag/andre-pichot

    Lors de la rédaction et après la publication de Les êtres vivants ne sont pas des machines (La Lenteur, 2018) je l’avait sollicité pour un entretien, mais il avait à chaque fois refusé (problèmes de santé). J’aurais bien aimé en savoir plus sur les origines de ses travaux théoriques...

    C’est peut dire que dans le milieu des biologistes et des historiens des sciences, il était peu apprécié du fait de ses prises de positions assez radicales.

    Et c’est un des rares scientifiques à s’être publiquement opposé aux #OGM et à soutenir ceux qui les ont sabotés...

    Il s’est présenté comme témoin en faveur de René Riesel à Montpellier en 2001 lors du procès intenté par le CIRAD contre les personnes ayant saccagé un laboratoire de recherche public travaillant sur un riz transgénique.

    Requiem in pace...

    #critique_techno #histoire_des_sciences

  • Guillaume Carnino, Adieu aux cybersoviets, février 2026
    sur les impasses de l’accélérationnisme de gauche

    À mesure qu’une partie de la gauche découvre l’écologie, on ne cesse de constater qu’elle reste profondément industrialiste, prisonnière de sa foi dans le progrès et la neutralité des techniques. L’historien des techniques #Guillaume_Carnino adresse une série d’objections à #Cédric_Durand et #Razmig_Keucheyan, auteurs de “Comment bifurquer ? Les principes de la #planification_écologique ” [et Cédric Durand, “Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ?”].

    Notre critique de ces deux textes s’organise en quatre temps : après avoir fait part de notre étonnement quant à la référence appuyée à certaines politiques de la Chine contemporaine, nous proposons une analyse critique de leur conception du #numérique mondialisé. Dans une troisième partie, nous discutons des conséquences de leur méconnaissance de l’histoire industrielle, une ignorance dommageable car elle engendre une série de contresens sur la nature des processus en cours. Enfin, nous terminons par la mention de plusieurs travaux montrant à quel point leur insistance sur la décision en matière de politique technologique évacue les principaux enjeux environnementaux du monde industriel contemporain.

    Le gang bicéphale Durand & Keucheyan se fait descendre en flammes !

    https://www.terrestres.org/2026/02/12/adieu-aux-cybersoviets-sur-les-impasses-de-laccelerationnisme-de-gauche

    Le compte Seenthis de #Terrestres ne l’a pas signalé ?!?

    #recension, #critique_techno #technophilie #gauchisme #industrialisme et j’en oublie...

  • L’objection de conscience face à l’IA Générative est un moyen, pas une fin
    https://synthmedia.fr/edito/tribunes/lobjection-de-conscience-face-a-lia-generative-est-un-moyen-pas-une-fin

    EN UN COUP D’OEIL

    – Une résistance matérialiste : Le Manifeste rejette l’IA générative non par principe, mais pour ses effets écologiques, sociaux et politiques concrets.
    – L’objection comme levier politique : Refuser l’IA générative, ce n’est pas fuir le débat, c’est créer les conditions d’une alternative réfléchie.
    – Un refus pour penser plus large : L’IA générative devient prétexte à interroger notre modèle global, du numérique aux institutions, en passant par nos modes de vie.

  • Miguel Amorós, La faillite du TGV en Espagne, 2026

    La tragédie ferroviaire d’Adamuz [le 18 janvier 2026 ; bilan provisoire 46 morts et plus de 150 blessés] et l’effondrement du réseau de trains de banlieue catalan Rodalíes constituent – après l’accident d’Angrois [ou Saint-Jacques-de-Compostelle le 24 juillet 2013 ; bilan définitif 79 morts et 140 blessés] – l’épisode le plus grotesque et dramatique de la « nouvelle ère ferroviaire » proclamée à l’unisson par la classe politique hispano-catalane, l’oligarchie du BTP et les élites mondialisées. Dans cette « société du risque », telle que décrite par Ulrich Beck, le TGV rejoint la liste des dangers et menaces socio-environnementales qui comprend déjà les organismes génétiquement modifiés, les gaz à effet de serre, les énergies renouvelables industrielles, les lignes à très haute tension, les centrales nucléaires et l’industrie agroalimentaire. La technoscience et la technologie issues de la postmodernité sont loin d’être neutres.

    https://sniadecky.wordpress.com/2026/02/05/amoros-tgv-fr

    #TGV #Miguel_Amorós #catastrophe #Espagne #critique_techno

  • “Le mot technofascisme agit comme une loupe mal orientée”
    https://www.nouvelobs.com/opinions/20251209.OBS110497/le-mot-technofascisme-agit-comme-une-loupe-mal-orientee.html

    Lennie Stern

    Publié le 9 décembre 2025 à 14h30
    Lecture : 3 min.

    En parlant de technofascisme pour désigner les nouveaux pouvoirs des géants du numérique, nous imaginons un schéma centralisé et incarné. Or, ce n’est plus ainsi que se déploie l’essentiel du pouvoir, estime l’experte associée à la Fondation Jean-Jaurès Lennie Stern.

    Le mot technofascisme s’est installé dans le débat public avec une facilité déconcertante. A la moindre dérive d’une plateforme, à la moindre extension d’un dispositif de surveillance, à la première déclaration outrancière d’un milliardaire se rêvant en sauveur de la civilisation, le terme surgit. Il rassure presque. Il donne une forme familière à l’inquiétude : des chefs, un projet politique autoritaire, une idéologie identifiable, un affrontement clair. Bref, un scénario que nous savons déjà lire.

    Mais ce confort est trompeur. En parlant de technofascisme, nous continuons souvent à projeter sur le XXIᵉ siècle des schémas hérités du XXᵉ siècle. Nous imaginons un pouvoir centralisé, incarné, animé par une volonté politique explicite. Or, ce n’est plus ainsi que se déploie l’essentiel du pouvoir aujourd’hui.

    Publicité

    Car le pouvoir numérique ne s’impose pas par des discours martiaux ni par des symboles spectaculaires. Il avance à bas bruit, dans des situations banales. Un rendez-vous à l’hôpital annulé parce qu’un logiciel de planification est en panne. Un dossier de prestations sociales refusé automatiquement parce qu’un algorithme juge une pièce « non conforme ». Un service public paralysé pendant des heures à cause d’une défaillance du cloud du fournisseur français OVH. Rien de tout cela n’évoque spontanément une dictature. Et pourtant, ces dispositifs fixent concrètement nos marges de liberté, parfois plus efficacement que n’importe quelle loi.
    Une architecture technique qui agit sans intention politique

    Et puis, il y a des cas où cette logique dépasse même l’imaginaire administratif pour toucher au cœur du politique. L’affaire du juge français Nicolas Guillou en est l’illustration la plus frappante. Ce magistrat de la Cour pénale internationale a été placé sous sanctions américaines pour avoir autorisé des mandats d’arrêt visant le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant. Rien d’inédit : les Etats-Unis utilisent régulièrement ces sanctions. Ce qui l’est, en revanche, c’est la manière dont ces mesures se déploient. Elles ne consistent pas à interdire un territoire ou à restreindre une action diplomatique. Elles passent par l’écosystème technique qui fait tourner nos vies.

    Du jour au lendemain, toutes les entreprises américaines et leurs filiales cessent de lui fournir des services. Airbnb ferme son compte, Amazon aussi. PayPal le bloque. Une réservation d’hôtel en France effectuée par l’intermédiaire d’Expedia est annulée automatiquement. Certaines banques européennes ferment ses comptes par crainte d’enfreindre les règles américaines, dès lors que la moindre transaction passe par un circuit utilisant le dollar. Les moyens de paiement du quotidien disparaissent : Visa, Mastercard, American Express. Les colis sont refusés si un service postal américain intervient dans la chaîne.

    Lire aussi
    La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Donald Trump lors d’une réunion bilatérale en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 23 septembre 2025.

    Chronique Un juge français de la CPI sous sanctions américaines, symbole de la souveraineté menacée de l’Europe

    Abonné

    Résultat : un magistrat européen, exerçant dans une institution internationale indépendante, devient en pratique interdit bancaire sur une large partie de la planète. Non pas à cause d’une décision judiciaire américaine, mais du fonctionnement ordinaire d’infrastructures privées qui appliquent, en cascade, des règles décidées ailleurs.

    Ce cas n’a rien d’un scénario dystopique. Il montre simplement qu’un individu placé sous sanctions se retrouve absorbé par une architecture technique qui agit sans intention politique exprimée, mais avec une efficacité redoutable. Les Etats européens peuvent bien protester ; le réseau de dépendances techniques réplique mécaniquement, sans débat, sans justification, sans instance vers laquelle se retourner. La contrainte naît du fonctionnement, pas de l’affrontement. Elle tient parce qu’elle est déjà là.
    Les mots ne sont jamais neutres

    Le mot technofascisme agit alors comme une loupe mal orientée. Il nous pousse à chercher le pouvoir là où il est le plus visible, dans les discours, les figures, les intentions affichées, alors que l’essentiel se joue ailleurs : dans les procédures, les architectures techniques, les conditions d’accès. On scrute des tyrans potentiels, alors que la contrainte prend la forme d’une accumulation de choix techniques devenus, avec le temps, des évidences indiscutées.

    C’est ici que la réflexion de l’historien italien Enzo Traverso est précieuse. Il rappelle que les mots ne sont jamais neutres : ils orientent notre regard, ils dessinent le décor mental dans lequel nous pensons les problèmes. Mal nommer, ce n’est pas seulement se tromper de vocabulaire, c’est parfois se tromper de cible. Le terme technofascisme enferme une réalité nouvelle dans une métaphore ancienne, rassurante parce que déjà connue, mais précisément inadaptée.

    Lire aussi
    La Machine, par Multiplié.

    La Machine, un cube déconnecté pour dire stop au technofascisme et à la toute-puissance de l’IA

    Abonné

    Ce qui se joue aujourd’hui ne relève pas d’une violence politique frontale. Il s’agit d’un glissement progressif, où les infrastructures techniques deviennent la matrice silencieuse de nos décisions collectives. Les systèmes numériques ne remplacent pas formellement l’Etat ; ils organisent peu à peu la manière dont ses institutions fonctionnent. Et ce déplacement, discret, presque invisible, transforme en profondeur notre rapport au pouvoir.

    L’enjeu n’est donc pas de trouver un mot choc de plus, mais d’accepter que notre vocabulaire politique soit en retard sur la réalité. Nommer juste, c’est créer les conditions d’une lucidité nouvelle. C’est déplacer le projecteur. Et peut-être, enfin, regarder le réel tel qu’il agit, plutôt que de continuer à projeter sur lui nos peurs héritées du passé.

    BIO EXPRESS

    Lennie Stern est conseillère en communication, experte associée à la Fondation Jean-Jaurès. Elle vient de publier pour ce think-tank l’article « “Technofascisme” : quand la peur du totalitarisme empêche de voir le pouvoir des infrastructures ».

    Cet article est une tribune, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

    Par Lennie Stern

    #Architecture_technique #Internet #Politique #Contrôle_par_architecture

  • La recherche en santé doit se détourner du dogmatisme technologique

    Dans une tribune au journal Le Monde , trois chercheurs en biologie cellulaire et en bio-informatique regrettent que les enjeux environnementaux et la justice sociale ne soient pas davantage pris en compte.

    Peut-on promettre de sauver des vies au détriment de la vie sur Terre ? Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) sont formels : le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité menacent gravement la santé de centaines de millions de personnes. En effet, les déterminants majoritaires de la santé, devant l’accès aux traitements, sont environnementaux et sociaux.
    Malgré cela, le monde de la recherche dans le domaine de la santé s’oriente massivement vers le développement de biotechnologies, nécessitant des infrastructures industrielles et extractivistes dont le fonctionnement est justement à l’origine des problèmes environnementaux et sociaux. Observant ce paradoxe, nous souhaitons ouvrir la discussion afin de repenser la recherche en santé pour qu’elle bénéficie au plus grand nombre, dans le respect des limites planétaires.
    La recherche en biologie et en médecine a permis la mise en place de dispositifs de soins qui ont contribué à des progrès considérables dans le traitement des maladies. Il n’est pas question ici de remettre en cause ces progrès et leurs bénéfices. S’appuyant sur ces avancées, la recherche biomédicale jouit toutefois d’une sorte de carte blanche lui permettant tous les excès. Ainsi, les biotechnologies sont largement financées par le « Plan santé 2030 » français et par « Horizon 2030 » au niveau européen. Un objectif affiché de ces financements est « de positionner et de maintenir la France parmi les leaders mondiaux des biothérapies » grâce à une « stratégie d’accélération » révélant, s’il le fallait, que les outils biotechnologiques sont devenus des objets de croissance économique plus que des objets de soin. De fait, les rares recherches de pointe issues des biotechnologies qui réussissent à produire des traitements efficaces donnent lieu à des traitements aux coûts exorbitants bénéficiant avant tout aux plus riches.
    Par ailleurs, la marchandisation de la santé incite les scientifiques à faire des promesses toujours plus exagérées, souvent surestimées, qui ne pourront pas s’appliquer à grande échelle et dont les retombées réelles ne sont jamais évaluées. Cette fuite en avant pousse à produire toujours plus d’études s’appuyant sur des technologies voraces en énergie, matériaux et données, parfois au détriment de la pertinence de la question scientifique posée. Ces promesses ne questionnent jamais la potentielle contribution des découvertes à venir aux bouleversements environnementaux et aux injustices sociales. Des directions ultratechnologiques sont alors prises au détriment d’approches plus sobres et de stratégies de prévention des risques sociaux et environnementaux qui sont largement ignorées, malgré un potentiel sanitaire important.
    Comment en est-on arrivé là ? La recherche académique a connu un tournant néolibéral depuis les années 1980. Ainsi, les financements sur projet ont progressivement remplacé les financements pérennes des laboratoires. A cela se sont ajoutés les financements directs par des industriels, ainsi que l’incitation à la « valorisation » sous forme de brevets et de start-up, orientant massivement le fonctionnement des laboratoires publics et privés vers des solutions techno-industrielles. Les conséquences sont graves : les liens d’intérêts, les exigences de productivité et la mise en concurrence des scientifiques entraînent la disparition des espaces de délibération et de discussion entre pairs et anéantissent les velléités de réflexions sociétales et éthiques sur le véritable impact sur la santé, l’environnement et la justice sociale des projets de recherche. Pourtant, les valeurs d’attention au monde vivant et de justice sociale sont largement partagées par la communauté scientifique.
    Pour lutter contre ces dérives, des initiatives ont émergé ces dernières années visant à promouvoir une transformation du fonctionnement de la recherche. Pour certaines, l’objectif est de réduire l’impact environnemental de la recherche (collectif national Labos 1point5). Pour d’autres, il s’agit de remettre de la démocratie dans les modes de financement et le choix des sujets de recherche afin d’éviter les conflits d’intérêts induits par l’augmentation des financements privés, de promouvoir la liberté académique ou encore de prendre en charge des sujets de santé publique négligés (sciences citoyennes, association pour la liberté académique ou instituts écocitoyens). Enfin, certains collectifs s’appuient sur une culture de la transdisciplinarité et cherchent à promouvoir des approches réflexives sur les conséquences – environnementales, sociétales et politiques – des recherches menées dans les laboratoires (les ateliers d’écologie politique, le collectif Archipel, le Mouvement pour des savoirs engagés et reliés).
    Ces initiatives restent néanmoins largement minoritaires. Notre but n’est pas de pointer du doigt des choix individuels, mais d’appeler à collectivement repenser la recherche en santé pour qu’elle ne soit plus centrée sur un dogmatisme technologique participant à la détérioration des milieux de vie, de la justice sociale et donc de la santé des populations. C’est par la pluralité des dispositifs, en pensant la santé de façon globale, que l’on pourra définir ensemble les contours d’une recherche en biologie et en médecine qui se fonde sur une approche humaniste, équitable et sobre de la santé.
    Alice Meunier (directrice de recherche CNRS en biologie cellulaire), Florian Massip (chercheur en bio-informatique à l’Ecole des mines de Paris et à l’Institut Curie) et Pierre-Luc Bardet (maître de conférences en biologie cellulaire à Sorbonne Université)

    Ce texte émane d’un travail au sein de l’Atelier d’écologie politique francilien (#Ecopolien).

    Tribune publié dans le journal Le Monde , le 9 décembre 2025.

    https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/12/09/la-recherche-en-sante-doit-se-detourner-du-dogmatisme-technologique_6656613_

    #recherche_scientifique #santé_publique #critique_techno #contre-productivité

    Une problématique déjà abordée par le #Low-Tech_Magazine :

    https://solar.lowtechmagazine.com/fr/2021/02/how-sustainable-is-high-tech-health-care

    Sans parler, bien sûr, d’#Ivan_Illich et sa Némésis Médicale , 1971.

  • Radio : Un 15 juin en Limousin

    Le 15 juin 2021, la répression « antiterroriste » (SDAT, GIGN et autre PSIG) s’abattait sur plusieurs personnes soupçonnées d’avoir provoqué des incendies pour dénoncer le déploiement du compteur Linky puis de la 5G. Il est frappant de constater que les moyens policiers employés pour mener l’enquête qui a conduit aux arrestations reposent sur les mêmes dispositifs techniques que ceux qui étaient dénoncés par les sabotages : #traçabilité des citoyens par l’utilisation du réseau mobile et de la #surveillance de l’espace public, élaboration et mise en correspondance de fichiers de renseignements, dépense d’énergie faramineuse, etc.

    Entretiens avec différents intervenants présents aux rencontres organisées par le Comité 15 juin, en Limousin du 27 au 29 juin 2025 sur le thème « S’organiser contre l’informatisation de la société ».

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/11/18/rmu-limousin

    Et le PDF qui va bien :

    https://archive.org/download/rmu-099-0-quinze-juin-limousin/RMU_099_0-Quinze-Juin-Limousin.pdf

    #Racine_de_Moins_Un #Comité_15_juin #répression #critique_techno #Ecran_Total

  • Le Désir de nouveautés - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Desir-de-nouveautes

    La philosophe Jeanne Guien, engagée dans des mouvements écologistes et critiques du consumérisme, prend de nouveau au sérieux, après Le Consumérisme à travers ses objets et Une histoire des produits menstruels (tous deux publiés aux éditions Divergence), l’histoire des objets. Cette fois elle analyse la néophilie, ou culte de la nouveauté, appliquée aux objets et qui justifie leur production à grands coûts écologiques et humains. L’ouvrage est composé de cinq chapitres : le premier sur la circulation et la production de marchandises coloniales, le deuxième sur l’innovation technique, le troisième sur la mode vestimentaire, le quatrième sur l’invention du consumérisme et le dernier enfin sur les produits jetables. Dans chacun d’eux, la philosophe se fait historienne pour tenter de comprendre comment la nouveauté s’est imposée au monde. Je retiens de ces chapitres thématiques plusieurs idées.

    […]

    Guien montre la capacité de l’industrie à modifier notre environnement (matériel ou psychique) pour nous vendre du nouveau. Elle donne l’exemple de produits perçus comme « pratiques » et dont la production répondrait à une demande préexistante. Leur adoption est pourtant loin d’être garantie. L’industrie travaille alors à créer le contexte dans lequel cet objet pourrait être considéré comme pratique. Dans le cas des produits jetables : « Un produit jetable n’est "pratique" que là où il existe des structures et des modèles organisationnels permettant de jeter facilement à tout moment. » Des poubelles, par exemple, un système de collecte et de traitement des déchets… Sans ça, il est plus « pratique » d’entretenir les objets, de les laver, réutiliser, réparer, etc.

    […]

    La volonté de faire consommer plus pour assurer des débouchés à la surproduction industrielle s’est accomplie aux dépens d’un autre modèle de société où chacun·e pourrait travailler moins et garder du temps pour ses autres activités (politiques, de care, de subsistance, etc.). Elle a servi des intérêts particuliers à une époque où les ressources naturelles pouvaient être présentées comme illimitées : « Je ne vois pas du tout pourquoi des matériaux qui sont remplaçables à l’infini ne pourraient pas être "gaspillés" de manière créative », dit ainsi la publicitaire Christine Frederick dans les années 1930. Outre que les nuisances environnementales de l’industrie ont été combattues de longue date (voir L’Apocalypse joyeuse de Jean-Baptiste Fressoz) et n’ont pas été découvertes dans les années 1970, les impacts sociaux étaient encore moins mystérieux et on ne pouvait alors que feindre d’ignorer la souffrance des classes laborieuses qui produisaient ces objets, quand bien mêmes elles étaient éloignées et altérisées par le mépris de classe ou par le fait colonial.

    #Jeanne_Guien #recension #livre #Aude_Vidal #nouveauté #innovation #critique_techno #anti-industriel #capitalisme

  • Le #travail au temps de l’IA
    https://laviedesidees.fr/Juan-Sebastian-Carbonell-Un-taylorisme-augmente

    L’IA redéfinit les contours du travail, en radicalisant encore la parcellisation des tâches. Mais elle n’est pas une fatalité, qu’il faudrait accepter sans aucune critique. Il faut au contraire en appeler à des formes, renouvelées, de résistance.

    #Histoire #machine #intelligence_artificielle
    https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20251106_jarrigeia.pdf

  • Pourquoi faudrait-il s’en prendre à la « transition écologique » ?
    https://lundi.am/Pourquoi-faudrait-il-s-en-prendre-a-la-transition-ecologique

    De quelle écologie s’agit-il, d’ailleurs ?

    Eh bien de celle affublée du mot magique « transition ». La « transition écologique », et ses deux jambes que sont lesdites transitions énergétique et numérique. Une « transition » qui est un simulacre d’écologie. Pourquoi ?

    Vous le savez sans doute, nous ne sommes pas en train de connaître une transition de sources d’énergies carbonées : du gaz, du charbon ou du pétrole – sale –, vers l’éolien industriel, le photovoltaïque, l’hydrogène, lesdits biocarburants – prétendus, eux, propres. Nous sommes en train de découvrir l’ampleur, non d’une transition écologique, mais d’une accumulation industrielle, sans égale, sous couvert de transformation vertueuse de nos sociétés. Pourtant, les fondateurs de l’écologie politique au début des années 1970 – Pierre Fournier, Alexandre Grothendieck ou Bernard Charbonneau – avaient déjà critiqué cette écotechnologie. On ne peut pas jouer la surprise.

    Je rappelle que la notion de « transition énergétique » émerge dans le marigot nucléaire américain des années 1950. Elle caractérise le fantasme d’une énergie nucléaire propre et infinie qui serait permise par le nouveau procédé dit de « surgénération ». Mais nous pourrions remonter un peu plus loin.

    #écologie #transition #critique_techno #énergie #capitalisme

  • Nicolas Bonanni, La nature de l’écologie, 2025

    Dans les débats actuels, une grande confusion règne autour du mot #nature. En effet, le mot est chargé de plusieurs sens distincts, qui se chevauchent partiellement, et la confusion entre ces différents sens entraîne des conséquences importantes sur le plan politique, et sur la vision de l’#écologie que l’on défend. Je voudrais ici d’abord exposer les principales définitions du mot, puis rapporter les critiques qui leur sont faites, pour enfin défendre ma propre position.

    Il s’agira de se revendiquer d’une double définition : d’une part, la nature comme environnement autonome, indépendant des actions humaines, et d’autre part la nature comme essence, qui permet de maintenir des catégories de pensée. Alors que le #techno-capitalisme colonise notre environnement et nos vies d’une manière inédite, ces notions me semblent en effet être des points importants pour l’écologie.

    Quatrième de couverture de la brochure :

    On sait l’#extrême_droite friande de l’emploi du concept de “nature” pour étayer son projet de société inégalitaire. Faut-il pour autant, au nom de supposés “glissements vers l’extrême droite”, abandonner l’emploi du terme “nature” pour appuyer nos luttes écologistes ?
    Ce texte prend au contraire le parti de préciser le sens du mot. Un travail de définition qui vise à affiner nos combats et à prévenir les “glissements”… de toute nature.
    Les questions théoriques ne sont pas sans effets sur nos luttes : il faut se les approprier, sans caricatures ni simplifications, avec tous leurs paradoxes. Contribution au débat.

    De nombreux textes et brochure accusent les zanti-industriels de « sacraliser la nature » ou d’en faire une « norme », etc. Mais aucun de ces textes n’est capable de produire une seule citation ou référence à l’appui de ces affirmations... Et pour cause, il n’y en a pas ! Ce genre d’accusation est le produit d’une lecture hâtive et irréfléchie de la littérature anti-industrielle. Quand ce n’est pas le produit de bruits de chiottes qui circulent sur les réseaux sociaux et répétés sans aucune vérification... #Naufrage_réactionnaire, quand tu nous tiens !

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/10/12/bonanni-nature

    Avec le PDF qui va bien (fourni par l’auteur) :
    https://sniadecky.wordpress.com/wp-content/uploads/2025/10/bonanni_nature_ecologie.pdf

    #critique_techno #anti-industriel #Nicolas_Bonanni

  • Ingmar Granstedt, L’impasse industrielle, 1981

    Je soutiens que cette crise est due à un déséquilibre radical dans nos moyens de production, que les outils répandus par l’ère industrielle mènent à une économie mondiale foncièrement instable.
    Voilà plus d’un siècle, en effet, que nous mettons tous nos espoirs dans une industrialisation massive, c’est-à-dire la propagation d’outils puissants, énormes. Là seulement serait notre avenir ! La classe, les régions ou les pays qui en possèdent se donnent en modèle, et ceux qui en sont démunis les imitent, cherchant à s’approprier à leur tour le même genre d’outils. Et plus les rivalités sont âpres, plus elles justifient et répandent l’objet vers lequel elles convergent : la technologie de puissance devient moyen universel.
    [...]
    Pour cuire leurs aliments, tisser leurs vêtements, bâtir leur maison, les gens se servaient d’outils autonomes, qu’ils possédaient eux-mêmes, empruntaient aux voisins ou que la communauté mettait à leur disposition.
    Mais pour construire des murailles ou mettre sur pied une flotte de guerre, ils unissaient leurs forces, parfois de leur plein gré, souvent contraints par une autorité extérieure, pour manœuvrer ensemble des équipements et une organisation de dimension exceptionnelle. On produisait certaines valeurs d’usage en maniant des outils autonomes , et d’autres, en se servant d’ outils intégrés .

    https://sniadecky.wordpress.com/2025/09/25/granstedt-limpasse-industrielle

    #Ingmar_Granstedt #technologie #critique_techno

    Par certains aspects, il rejoint #Lewis_Mumford dans « Techniques autoritaires et techniques démocratiques », 1963.

    https://sniadecky.wordpress.com/2012/02/27/mumford-techniques-fr

  • Adrien D., La fin de l’art par l’industrie, 2022 – Et vous n’avez encore rien vu…
    https://sniadecky.wordpress.com/2025/09/22/adriend-spectacle

    Cela fait longtemps que l’art se meurt. Le capitalisme industriel le détruit peu à peu. L’avènement du pop art a été l’une de ces grandes accélérations mortifères [9]. DUNE, lui, est une caricature de l’art industriel, celui de la grosse production, qu’elle soit cinématographique – même s’il faut avouer que tout film demandant d’importants moyens, le cinéma peut être considéré comme un art intrinsèquement industriel – ou qu’elle soit musicale avec ces concerts dans des stades immenses. Le gigantisme de ces productions résonne avec le gigantisme de nos usines ou de ces éoliennes plantées au beau milieu de la mer.

    On pourrait rétorquer que nous prenons ici un aspect de l’art bien particulier, qu’il existe des artistes moins « industrialisés ». Pas en musique en tout cas. L’industrie du numérique les a dévorés depuis longtemps. Le vinyle est une niche comme le bio en est une pour l’agriculture. Depuis le CD, la musique s’est faite totalement numérisée emportant une bonne part des revenus des musiciens issue de la vente de leurs œuvres. Alors le musicien en est réduit à espérer faire l’habillage sonore d’un produit, d’une marchandise, de faire ce que l’on appelle une « synchro ». Le musicien s’est transformé en publicitaire. Tous les milieux musicaux sont touchés, du plouc techno au style bobo folk « indé » (comme indépendant). Celui le plus compromis étant surement le dernier. Telle cette artiste « indé » qui doit sa carrière à l’habillage musicale de la publicité d’un produit high-tech de la marque Apple [10].

    Que dire de ce musicien canadien et de son titre folk et intimiste qui a habillé la longue publicité à la gloire d’un géant de la malbouffe [11]. Ou ce groupe qui est invité pour chanter lors d’un concert caritatif [12] pour la lutte contre le cancer des adolescents financé par la marque Hewlett Packard dont la fabrication des appareils cause l’apparition de véritable « villages du cancer » chinois [13]. Parlons de cet artiste français qui habille, lui, de ses créations sonores électroniques les défilés de haute couture, les images d’un blockbuster du jeux vidéo ou encore la cérémonie de passation des jeux olympiques de Tokyo vers ceux, tout aussi écocidaires, de Paris. Cet artiste est sensible à la cause environnementale et montre, dans ses clips, une fascination pour le monde industriel. Mais il oublie, sciemment ou inconsciemment, que les instruments dits « électros » qu’il utilise, dont certains sont d’ailleurs simplement et justement appelés « Maschine », ont les mêmes désagréments de fabrication que les appareils informatiques de la bureautique : pollutions et conditions de travail dégradantes, cela va ensemble, nous ne cesserons de le répéter. Il n’y a donc rien à tirer d’émancipateur du monde musical, il a été totalement avalé par le monde digital qui, contrairement aux apparences et aux discours de ses protagonistes, est un monde hyper-industriel.

    #art #artiste #critique_techno #anti-industriel #spectacle #Dune #cinéma #musique

    • IA : une petite pièce pour la musique
      https://lesjours.fr/auteurs/sophian-fanen
      Scrountch N°62 - 19/9/2025 Sophian Fanen

      Alors là, quelle surprise : les géants de l’intelligence artificielle auraient utilisé en masse des œuvres musicales extraites de YouTube aussi bien que des grandes plateformes de streaming pour éduquer leurs applications de musique générative ! C’est la Confédération internationale des éditeurs de musique (ICMP) – réunissant les gestionnaires des droits sur les œuvres (et pas sur leur enregistrement) –, qui a rassemblé une vaste documentation lui permettant aujourd’hui de montrer que les IA de Suno, Meta, OpenAI, Microsoft, Google et DeepSeek ont été nourries par des millions de chansons connues ou méconnues, mais aussi par des pochettes et visuels. Évidemment, personne dans le milieu de la musique ou de l’IA n’est surpris : il faut une matière première pour que les réseaux de neurones qui propulsent l’intelligence artificielle apprennent d’eux-mêmes ce qui structure la musique (comme la photo ou la vidéo). Il fallait donc la réunir, et ce n’est pas en jouant de la guitare devant un micro que ces entreprises ont accumulé leurs bases de données.

      Cette étude de l’ICMP est surtout importante parce qu’elle donne des munitions au monde de la musique dans le bras de fer contre les géants de l’IA, qui sont aussi des géants économiques tout court. Il y a des procédures judiciaires en cours, notamment contre les générateurs de chansons par IA Suno et Udio, mais aussi des négociations plus discrètes pour trouver un terrain d’entente bénéfique pour tout le monde. En attendant, chacun aiguise aussi ses arguments au cas où cette discussion irait dans le mur, rejouant au passage l’histoire de Napster au tout début des années 2000. La plateforme gratuite d’échange de fichiers musicaux entre internautes avait elle aussi projeté du jour au lendemain le monde de la musique dans l’inconnu, et les majors du disque avaient rapidement intenté une action en justice pour le vol de leurs catalogues. Mais elles discutaient aussi derrière le rideau pour tenter de mettre la main sur le marché énorme créé par Napster… Tout ça a capoté parce que le monde de la musique et celui des geeks de cette époque ne pouvaient pas s’entendre, mais notre monde en ligne aurait été très différent si cela n’avait pas été le cas.

      Aujourd’hui, l’enjeu est multiplié par mille. Car les géants de l’IA comptent bien piller la musique à l’œil en justifiant aux États-Unis qu’il s’agit de fair use, une exception au droit d’auteur qui permet d’utiliser une petite partie d’une œuvre sans autorisation. Ou alors en expliquant qu’il ne s’agit pas de copier des chansons mais d’en tirer un « savoir » que les IA exploitent ensuite, comme un instrumentiste le fait à partir de son apprentissage. On le voit, le débat sera juridique, technique et philosophique. Mais comme toujours dans la musique, il sera économique avant tout : c’est la solution qui rapportera le plus aux intermédiaires (les labels, les distributeurs, les plateformes) et aux acteurs du numérique qui sera choisie à la fin, sans que les artistes n’aient directement leur mot à dire. En Suède, une première piste est déjà testée entre la Stim, la société de gestion des droits des auteurs et compositeurs, et une entreprise nommée Songfox. Celle-ci a reçu le droit d’exploiter quelque 100 000 enregistrements pour son IA, en échange d’un revenu versé aux artistes dont les œuvres ont été utilisées en amont pour l’apprentissage, mais aussi d’un revenu pour les musiques générées.

      Lentement, c’est le monde de la musique de demain qui se met en place. Ou pas, car il pourrait se heurter à un mur politique : le refus, par les États-Unis de Donald Trump mais aussi par une partie de la classe politique britannique actuelle, d’encombrer les précieuses entreprises du numérique avec les petits problèmes des musiciens… Une position qui ne tient que si l’on considère que les intelligences artificielles de demain n’auront plus besoin de la créativité humaine pour avancer et que l’on peut laisser l’IA piétiner les artistes.