• On ne pourra pas maîtriser le #déficit_budgétaire sans hausses d’impôts

    Depuis plusieurs années, la France connaît un déficit budgétaire de l’ordre de cinq points de PIB ou plus. Ce sera encore le cas cette année, et le gouvernement ne vise pas mieux pour l’an prochain. C’est beaucoup ; c’est trop. Notre dette grimpe trop vite et les tensions sur les #taux_d’intérêt nous imposent une #charge_de_la_dette de plus en plus forte.

    Face à cette situation, le Premier ministre répète sur tous les tons qu’il ne saurait être question de mettre la fiscalité à contribution du #redressement_des_comptes_publics. Philippe Juvin, le rapporteur général du #budget, a tenu les mêmes propos le 2 septembre 2026 devant l’Association des journalistes économiques et financiers.

    C’est pourtant une triple erreur : économique, géographique et historique.

    60 milliards d’euros jetés par les fenêtres sous Macron

    Economique d’abord. Lorsqu’on souhaite réduire le #déficit_budgétaire, il n’y a que deux solutions : réduire les #dépenses ou augmenter les #recettes. Problème : lorsque l’Etat ou la Sécu dépensent moins, cela fait moins de revenus distribués dans l’économie, ce qui tire la #croissance vers le bas.

    Cela dit, lorsque les impôts augmentent, c’est pareil, on enlève des revenus, ce qui plombe aussi la croissance. Certes, mais les économistes estiment que réduire les dépenses a un impact négatif sur la croissance deux fois plus fort que si l’on augmente les impôts.

    Il existe un second argument économique. La Cour des comptes nous dit que, depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron et ses Premiers ministres ont baissé structurellement les #recettes_budgétaires de 60 milliards d’euros par an. C’est énorme.

    Alors que le gouvernement se bat pour réduire les dépenses de 30 milliards, le « quoi qu’il en perde » fiscal du président Macron a jeté chaque année depuis dix ans 60 milliards d’euros par les fenêtres : l’économie française ne se porte en effet pas mieux que les autres.

    Côté géographie, la Cour des comptes – toujours elle −, a publié cet été une étude originale qui observe trois exemples réussis de redressement budgétaire en Allemagne, au Portugal et en Italie. A chaque fois, il y a eu des augmentations d’impôts. Cela a même représenté 80 % de l’effort au Portugal et les trois quarts en Italie.

    Indispensable contribution des plus #riches

    Petite précision : en Italie et au Portugal, ces hausses d’impôts ont été mises en œuvre par des gouvernements de droite. Ce qui amène à l’argument historique : lorsqu’il revient au pouvoir en 1958, #Charles_de_Gaulle met en place un plan d’ajustement budgétaire qui comporte des hausses d’impôt. Comme l’avait fait #Pierre_Laval en 1935.

    A toutes celles et ceux qui pensent qu’augmenter les impôts est le signe d’un gauchisme sans limite, il est donc conseillé de regarder chez nos voisins et notre propre histoire.

    Faut-il donc augmenter les impôts pour tout le monde ? Non. Parce que certains contribuables en paient moins que les autres. Les recherches universitaires montrent qu’en France, comme dans beaucoup d’autres pays, les #ultrariches sont moins taxés que les autres.

    On ne pourra donc pas échapper au débat sur la nécessaire solidarité des plus riches, sur leur #patrimoine et sur leurs #héritages, c’est-à-dire sur leur contribution au redressement des #comptes_publics.

    Côté entreprises, l’Insee nous dit que si le #taux_d’impôt officiel sur les bénéfices est de 25 %, le taux vraiment payé par les grandes entreprises est passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022 : une perte de recettes de 20 milliards d’euros, selon l’estimation de Gabriel Zucman.

    En fait, je me suis trompé. Il n’est pas besoin d’augmenter les impôts pour redresser nos comptes publics, juste de faire payer sa juste part à chacun.

    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/on-ne-pourra-pas-maitriser-le-deficit-budgetaire-sans-hauss

    #impôts #fiscalité #dette_publique #dette #déficit #macronisme #économie

  • « Une #minorité privilégiée sacrifie la planète afin de préserver ses richesses et son #pouvoir »

    Le rejet de l’#écologie est désormais promu par des gouvernements élus démocratiquement, autoritaires voire fascisants, et soutenus par les milieux d’affaires des #énergies_fossiles, déplorent trois spécialistes d’#écologie_politique, dans une tribune au « Monde ».

    L ’été 2026, en Europe, n’est pas seulement celui des #canicules à répétition, des #mégafeux et des #sécheresses désastreuses pour l’agriculture et la biodiversité, qui confirment avec une particulière #violence les #alertes de longue date des scientifiques et des écologistes. Il consacre également le déchaînement des attaques contre une écologie le plus souvent fantasmée, dont les défenseurs ‒ associatifs, politiques, scientifiques, fonctionnaires, tous mélangés ‒ sont accusés d’être à l’origine des maux qu’ils annonçaient, voire de participer d’un complot des « élites » utilisant le climat pour asservir le « peuple ». Comment peut-on comprendre une telle dynamique ?

    Ce #rejet de l’écologie reflète des tendances déjà à l’œuvre depuis les années 1980, mais il prend de l’ampleur au moins depuis la pandémie de #Covid-19 et il est à présent devenu mondial. Paradoxalement, on peut y voir la conséquence de l’#échec, désormais ressenti dans nos chairs, des gouvernements à enrayer le #réchauffement_climatique, en dépit de l’ambition affichée lors de l’accord de Paris sur le climat, signé en 2015.

    D’un côté, les promesses technosolutionnistes d’écologisation de l’économie n’ont jamais pu substantiellement résorber les dégâts environnementaux causés par la consommation d’énergies fossiles. Exemple emblématique, l’#intelligence_artificielle (#IA) générative, brandie comme apportant des solutions inédites en dépit de son impact extrêmement polluant, promet en fait, et d’abord, de doper l’extraction du pétrole, du gaz et du charbon.

    De l’autre, les attaques contre l’écologie sont la réaction d’acteurs et de groupes d’#intérêts_financiers et technologiques qui baignent encore dans des rêves de puissance virile et suprémaciste. Les changements « rapides et profonds dans tous les secteurs et tous les systèmes », nécessaires pour « garantir un avenir viable et durable pour toutes et tous », selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat [#GIEC], sont matériellement possibles, mais un Peter Thiel ou un Elon Musk n’en veulent pas.

    Depuis les années 1980, si ce n’est depuis les colonisations, une #minorité_privilégiée a choisi de faire sécession de l’#avenir_commun, de sacrifier une partie de la planète et la majorité de l’humanité afin de préserver ses richesses et son pouvoir. Ce qui est nouveau, dans la séquence actuelle, c’est que ce « programme » cynique soit devenu celui de gouvernements élus démocratiquement, autoritaires voire fascisants, tel celui de Donald Trump aux Etats-Unis, et soutenus par les milieux d’affaires des énergies fossiles, de l’extraction d’hydrocarbures à l’agro-industrie.

    En France comme en Europe, l’#extrême_droite et une grande partie de la droite œuvrent désormais ensemble pour détricoter de façon massive des orientations environnementales pourtant insuffisantes, le dénigrement des « écologistes » étant devenu leur point de ralliement.

    #Contre-récit hélas efficace

    Comment expliquer une possible adhésion à de tels #discours, tellement contraires à l’#universalisme_humaniste et à l’intérêt de la majorité ? Au-delà de la confusion argumentaire des #réseaux_sociaux, entretenue par une presse et une édition aux mains de quelques milliardaires, on peut observer une confiscation des débats sous les invectives et, sous le couvert d’écologie « réaliste » ou « pragmatique », un contre-récit hélas efficace.

    L’#empathie pour les victimes des ravages environnementaux est empreinte de #fatalisme : la reconnaissance de l’échec de #politiques_publiques insuffisantes justifie l’abandon de toute nouvelle tentative. Cet échec est attribué aux politiques écologiques, alors qu’aucun programme à la hauteur des enjeux n’a jamais été appliqué – ne serait-ce que les propositions de la #convention_citoyenne_sur_le_climat mise en place en 2019. Certains poussent même la #mauvaise_foi jusqu’à prétendre que la France a pratiqué la #décroissance.

    L’#adaptation, faute d’avoir été vraiment préparée ‒ c’est pour beaucoup une des révélations douloureuses du moment ‒, devient un mot d’ordre néolibéral : à l’individu de s’adapter, par exemple pour « gérer son #écoanxiété », comme le recommandait le gouvernement le 23 juillet, sans jamais toucher aux causes systémiques et politiques. Or l’adaptation sans atténuation efficace aura toujours un train de retard et ne sera même plus possible, car la situation « exceptionnelle » de cet été n’est pas seulement la norme d’un #nouveau_régime_climatique, mais une étape vers le pire tant qu’on n’arrête pas la #fuite_en_avant. Les #mégabassines, dont la #loi_d’urgence_agricole prévoit de faciliter le développement plutôt que de repenser le #modèle_agricole, le montrent bien.

    L’#anti-écologisme n’est pas le simple résultat de lobbys qui réussiraient à manipuler l’opinion. Car le désaveu de l’écologie est aussi le fait d’une partie de la population à qui l’on fait croire qu’elle a davantage à y perdre qu’à y gagner. Les complicités sont étendues par les chaînes d’interdépendances qui nous attachent au monde de l’énergie fossile, et les transformations des façons de vivre sont à juste titre redoutées tant qu’elles sont prétextes à accroître les #inégalités.

    A contrario, un changement de système pour respecter les #limites_planétaires, décidé par des processus de #démocratie_délibérative et placé sous le signe de l’#égalité et de la #justice, permettrait à plus de 90 % de la population de vivre mieux, selon le Global Justice Report du [laboratoire de recherche international] World Inequality Lab. Mais ce #récit peine à concurrencer celui, simpliste et irresponsable, qui s’est imposé pour discréditer les alertes du #Club_de_Rome [groupe de réfléxion] qui, en 1972 [avec le #rapport_Meadows sur les #limites_de_la_croissance], prévoyait l’effondrement de nos sociétés si elles poursuivaient la #croissance_économique : enrichissons-nous quitte à ravager la planète, les générations futures trouveront bien des solutions si elles sont plus riches. Depuis plus de cinquante ans qu’elles se font attendre, les technopromesses de la #croissance_infinie nous mènent tout simplement au #chaos.

    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/22/une-minorite-privilegiee-sacrifie-la-planete-afin-de-preserver-ses-richesses
    #Steve_Hagimont #riches #richesse #techno-solutionnisme #agriculture

    • Ne doutons pas que Zaka veut toucher le maximum de monde par ses publications mais ce consensus m’énerve au plus haut point. Bien évidemment que le sujet « écologie » est éminemment politique puisqu’il s’agit de préserver les ressources naturelles que nous offre notre environnement proche pour assurer notre subsistance, la plus importante étant la production de nourriture et ce sont bien les plus démunis qui seront exposés aux pénuries alimentaires accès à l’eau potable inclus. De par le monde, certaines de ces populations sont entrées dans le dur depuis un bon moment surtout pour un accès équitable à l’eau.

    • D’une certaine façon, dire « c’est politique » ou « c’est apolitique », c’est parfois dire la même chose. Pour Zaka, c’est une façon de signifier que c’est un sujet tellement important que ça dépasse les querelles politiciennes, il souhaite signifier, àmtha, que ça nous concerne tous. Et pour d’autres, nous ici en particulier, dire « c’est politique », c’est une façon de signifier que ça nous concerne tous.

      Le terme politique est très lourdement connoté, et ça en devient une insulte, un mot péjoratif, ça en est devenu ce que les possédants veulent que ça devienne : un sujet sale, qui ne concerne personne, sauf eux, bien évidemment, qui sauront comment traiter le sujet, loin de nos regards et de nos conversations.

      Je sors moi aussi d’une cousinade, de plusieurs repas de famille, et parvenir à atteindre le niveau de discussion où on est d’accord pour dire que la politique, c’est le sujet noble qui concerne tout le monde, c’est long et ça ne tient pas dans le temps de cerveau disponible entre la viande et le fromage.

    • Oui j’entends ça (et je connais des gens très politisés qui ne supportent pas le mot politique) mais bien souvent quand on déclare quelque chose d’apolitique c’est qu’on imagine (souvent naïvement) un consensus mou autour de la question, sans remettre en cause les privilèges d’une minorité, en gros c’est business as usual modulo quelques ajustements pour corriger les « excès ». Le fait de dire que quelque chose est politique, c’est aussi induire que tout le monde n’est pas d’accord et qu’à un moment y aura des conflits à régler.

    • Et donc, remettons sur le métier le vieil adage qui veut que :
      « si tu n’occupes pas de politique, la politique, elle, s’occupe de toi » . ;-)
      Toutes ces discussions « en famille » (ou pas) à propos de ce sujet, encore une belle illustration de la #loi_de_Brandolini.

      En dernier lieu, on sait depuis un bout de temps sur quoi débouchent le plus souvent les postures « apolitiques » : #chacun_pour_sa_gueule

      Voir par ici ; ▻https://seenthis.net/messages/1187588

      [edit]

      Pour Zaka, c’est une façon de signifier que c’est un sujet tellement important que ça dépasse les querelles politiciennes, il souhaite signifier, àmtha, que ça nous concerne tous.

      Oui, enfin, relativisons : on ne se sent pas concerné de la même manière suivant qu’on habite « sous les toits » ou qu’on déblatère sur un plateau TV climatisé et protégé de la honte par « un déo qui tient ».

  • Le siècle du « rêve chinois »
    ▻https://lvsl.fr/le-siecle-du-reve-chinois

    Après le « siècle de l’humiliation » puis les erreurs de #Mao_Zedong, la #chine a finit par rattraper son retard de développement sur l’Occident à une vitesse incroyablement rapide. Après l’urbanisation de masse, la maîtrise de toutes les filières industrielles et la fin de l’extrême pauvreté, l’Empire du milieu entend désormais être une « civilisation écologique » et a réalisé de vrais progrès en ce sens. Si les critiques occidentales sur le manque de libertés et l’aliénation sociale restent vraies, l’expression de « rêve chinois » n’est pas infondée. Pour le journaliste allemand Fabian Scheidler, il est temps de s’intéresser réellement à la Chine, au-delà des clichés, et de comprendre en quoi consiste le « socialisme aux caractéristiques chinoises ».

    #International #Comment_la_Chine_change_le_monde #croissance #écologie #impérialisme #transition_énergétique #voiture_électrique #Xi_Jimping

  • La #France sous les flammes : la faillite criminelle du #néolibéralisme

    La France brûle, et nos dirigeants ne font qu’aggraver une situation qu’ils connaissent pourtant parfaitement. Sont-ils totalement irrationnels ? Non, répond cet éditorial, ils appliquent juste le #dogme_néolibéral qui nous entraîne dans l’abîme.

    Nos dirigeants sont-ils devenus totalement irrationnels ? Sinon, comment expliquer qu’ils s’acharnent à faire l’inverse de tout ce que les scientifiques recommandent ? Pourquoi, alors que les rapports sur les catastrophes climatiques à venir s’empilent sur leurs bureaux depuis des décennies, font-ils tout pour ne pas nous protéger de ces cataclysmes ?

    Si on leur fait crédit d’une certaine capacité de raisonnement, une autre hypothèse serait celle de l’#aveuglement_dogmatique. Ce que viennent souligner les #canicules et #incendies catastrophiques de l’été 2026, c’est l’#échec patent du néolibéralisme que nos élites pratiquent assidûment.

    Commençons par le constat. Les meilleurs climatologues du monde préviennent, via le Giec notamment, de la forte hausse des risques d’incendies, partout en Europe, liée au #changement_climatique. On sait que l’augmentation des canicules et sécheresses accroît fortement les risques de feux.

    Une politique d’#anti-adaptation

    Pourtant, on ne cesse de planter et replanter des #monocultures de #résineux, plus rentables que de vraies #forêts mais que l’on sait être ultra-inflammables.

    Pourtant, l’#Office_national_des_forêts, chargé d’entretenir et protéger nos forêts, notamment contre les incendies, a perdu 40 % de ses effectifs entre 2000 et 2022, et le gouvernement ne cesse de menacer de nouvelles coupes dans les effectifs.

    Pourtant, en 2024, le Premier ministre Gabriel Attal supprimait le #budget qui aurait permis d’acheter deux #Canadair supplémentaires.

    Pourtant, sur les 16 nouveaux Canadair promis par Emmanuel Macron après les incendies dévastateurs de 2022, seuls 4 ont été commandés, et seront livrés avec beaucoup de retard.

    Les Services départementaux d’incendie et de secours sont au bord de la rupture et les départements alertent en vain depuis des années sur le manque de #moyens.

    Le bilan est tout aussi accablant concernant les canicules. La France a déjà subi quatre vagues de chaleur extrême en 2026 ; les scientifiques alertent depuis des années sur la multiplication de ces évènements, mais nous ne nous y sommes pas préparés.

    En juin, le Haut Conseil pour le climat taclait sévèrement le retard de la France, par exemple dans l’isolation des bâtiments, et des budgets pour les politiques écologiques qui sont coupés drastiquement alors même qu’il faudrait les augmenter rapidement.

    Encore plus surréaliste : le gouvernement agit pour aggraver notre vulnérabilité. En pleine canicule du mois de juin, nos dirigeants ont décidé de remettre sur le marché locatif les pires #passoires_thermiques, où étouffent les locataires les plus précaires. En pleine sécheresse extrême, la loi d’urgence agricole, surnommée « nouvelle #loi_Duplomb », prévoit d’augmenter l’#accaparement_de_l’eau par l’#agro-industrie.

    La fuite en avant du #néolibéralisme_zombie

    Pourquoi cet acharnement à foncer dans le mur ? « Parce que nos dirigeants sont prisonniers d’un modèle », répond l’économiste Cédric Durand, coauteur de Comment bifurquer. Les principes de la planification écologique (ed. Zones, 2024).

    « La France est coincée dans ce que l’on appelle le néolibéralisme zombie. La croyance qu’il faut toujours baisser le coût du capital, baisser le coût du travail, taxer moins, et que c’est ça qui va produire de la #croissance et du PIB. On fait toujours ce pari alors que la période où cela pouvait fonctionner est révolue — si ça a fonctionné un jour », dit-il.

    Le terrible bilan politique énuméré ci-dessus répond à deux logiques propres au néolibéralisme : un affaiblissement massif des #services_publics et une foi inébranlable placée dans les vertus du #marché, qu’il convient de déréguler autant que possible. Via ces politiques, la finalité de l’État est de permettre au capital d’accumuler toujours plus de richesse.

    Au nom de l’#austérité_budgétaire, et du refus catégorique de taxer davantage le capital ou les plus hauts revenus, le gouvernement coupe les budgets publics partout où cela n’est pas jugé favorable au marché. Or, le changement climatique ne répond précisément pas aux logiques de marché.

    « En Gironde, je suis sûr que les entreprises auraient aimé que l’État dépense plus pour l’achat de Canadair. C’est le paradoxe du capitalisme qui veut payer toujours moins de taxes mais réclame ensuite que l’État le protège », dit Cédric Durand.

    Nous touchons là à ce que l’économiste marxiste James O’Connor appelait « la seconde contradiction du capitalisme ». Celui-ci, pour se développer, doit exploiter toujours plus les ressources naturelles et les écosystèmes, mais il détruit, ce faisant, ses propres conditions d’existence. Il en vient donc, autre contradiction, à appeler l’État à l’aide, ce dernier s’étant pourtant volontairement affaibli et ayant détruit ses services publics, au nom du soutien au capital.

    Derrière la stratégie néolibérale, c’est le moteur fondamental du capitalisme qui est en jeu : il lui faut accumuler toujours plus de capital dans une course infernale et complètement irrationnelle.

    « Cette tendance à élargir sans cesse les domaines d’#accumulation_du_capital, et les sources de profit, par exemple à de nouvelles dimensions de la nature comme les gènes et les microorganismes, est vitale pour le capitalisme. Il meurt s’il arrête », souligne l’économiste Hélène Tordjman, autrice notamment de La croissance verte contre la nature (éd. La Découverte, 2021).

    « Je m’interroge sur la vision de nos élites qui persévèrent dans cette voie. C’est une #rationalité de très #court_terme, qui vise à accumuler très vite jusqu’à la catastrophe, et après moi, le déluge », dit-elle.

    Pour la chercheuse, l’hypothèse d’un aveuglement dogmatique de nos dirigeants n’est pas suffisant. L’accumulation des catastrophes ces dernières années est telle qu’elle aurait dû faire éclater n’importe quelles œillères idéologiques. Si l’on continue de foncer dans le mur, ce serait donc en toute connaissance de cause.

    « On est dans une logique d’intérêt de classe bien comprise, d’une classe dominante qui s’est autonomisée, et qui assume que seuls les plus puissants et les plus forts pourront survivre et vivre dignement », dit Hélène Tordjman.

    Le milliardaire étasunien Warren Buffet le disait déjà en 2006, dans une célèbre formule : «  Il y a une #guerre_des_classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner . »

    De guerre des classes à guerre contre l’ensemble du vivant

    Rien de nouveau sous le soleil ? Sauf que la séculaire guerre des classes est devenue, dans l’Anthropocène, une guerre contre l’ensemble du vivant, qui ne menace plus seulement l’essentiel de la population d’#exploitation mais de #destruction. En toute connaissance de cause.

    « Si nous persistons dans cette voie, l’avenir de notre espèce est sombre », alertaient déjà plus de 1 000 scientifiques français dans une tribune en 2020, qui dénonçait « l’inconséquence et l’#hypocrisie de politiques […] promouvant un #consumérisme débridé et un libéralisme économique inégalitaire et prédateur ».

    Six ans plus tard, le pays est à sec tandis que l’on prévoit de multiplier les #mégabassines pour l’agro-industrie, les forêts brûlent tandis que les #pompiers épuisés sont en manque d’effectifs et les budgets des politiques environnementales fondent comme neige au soleil.

    « Nous avons besoin de transformations structurelles, capables de penser au temps long que les mécanismes de marché sont incapables de prendre en compte », dit Cédric Durand. Pour y parvenir, l’économiste propose de nombreux outils de planification dans son ouvrage, à l’instar de nombreux penseurs des mondes postcapitalistes.

    Reste à trouver le moyen d’opérer la bascule. Un prérequis semble être de savoir nommer les responsables. Lorsque nos dirigeants néolibéraux apportent sous un cynisme à peine voilé leur solidarité aux victimes des incendies, ils méritent plus que jamais leur étiquette de #pompiers_pyromanes.

    ▻https://reporterre.net/La-France-sous-les-flammes-la-faillite-criminelle-du-neoliberalisme
    #incendie #incendies #feu #feux #rationalité #irrationalité

  • #Gita_Gopinath, #économiste : « La montée des #déséquilibres entre #grandes_puissances menace la #croissance et favorise le #protectionnisme »
    ▻https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/07/02/l-economiste-gita-gopinath-la-montee-des-desequilibres-entre-grandes-puissan
    #FMI

    Les investisseurs restent optimistes vis-à-vis des fournisseurs de composants essentiels à l’intelligence artificielle (#IA), comme les #puces, mais ils sont plus prudents vis-à-vis des #concepteurs_de_modèles d’IA, tels que Microsoft et Alphabet. Les cours des sept géants américains de la tech intègrent donc déjà ces incertitudes sur leurs profits futurs.

    Il y a aussi ce que j’appelle le phénomène « #BLISS » (Big Lasting State Support ou soutien durable et massif de l’Etat), c’est-à-dire ces particuliers qui continuent d’investir en se disant, implicitement ou explicitement, qu’en cas de problème, les pouvoirs publics interviendront. Or la dette publique est aujourd’hui bien plus élevée qu’elle ne l’était avant la dernière crise financière, donc je ne pense pas que les Etats pourront offrir un soutien de la même ampleur. Et une dette qui passe de 100 % à 150 % du produit intérieur brut (PIB), c’est beaucoup plus douloureux que lorsqu’elle monte de 40 % à 100 %. Aux Etats-Unis, l’actuelle administration pourrait même être tentée de recourir à des mesures pas très orthodoxes comme le contrôle des prix.

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    Les pays émergents sont-ils menacés par la #montée_du_protectionnisme et l’IA ?

    Il faut d’abord relativiser la montée du protectionnisme, car 70 % des #échanges_mondiaux de marchandises se font dans le respect des règles de l’OMC [Organisation mondiale du commerce]. Et des pays continuent de signer des accords commerciaux, à l’instar de celui qui a été signé en janvier 2026 entre l’Inde et l’Union européenne. Mais il est vrai que les pays se recentrent davantage sur leurs problématiques internes ; ils cherchent par exemple à assurer leur sécurité, leur autonomie énergétique, ils sont tournés vers eux-mêmes. Les émergents peuvent continuer à se développer en réformant leurs économies. Si l’Inde améliore, par exemple, la facilité à faire des affaires ou réforme son système judiciaire, cela bénéficiera à l’ensemble de son économie. Quant à l’intelligence artificielle, les pays émergents (hors Chine) ne vont pas s’imposer dans la conception des modèles, mais par l’innovation dans leurs usages, dans des secteurs qui manquent de compétences, comme la santé ou l’éducation.

  • La canicule est une violence politique (via @mona)
    ►https://reporterre.net/La-canicule-est-une-violence-politique

    Il nous faut insister sur cette réalité simple et brutale : les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux, ils savent que leurs renoncements engendreront plus de drames et de morts. Notre trajectoire climatique nous mène, en France, vers dix fois plus de jours de vagues de chaleur par an et les 50 °C dépassés dans une ville comme Paris, peut-être dès 2050 !

    Les décideurs politiques ont les données scientifiques sous les yeux

    Mais il est jugé plus raisonnable d’accepter ces catastrophes et de sauvegarder un système économique moribond, dont ne profite plus grand monde au-delà de la classe dominante. Au lieu de faire de la préservation d’un climat habitable un impératif catégorique, et d’adapter nos règles socio-économiques en conséquence, on fait l’inverse. L’accumulation capitaliste est non négociable, et advienne que pourra pour le climat.

    Là est la véritable violence.

  • Où l’on t’explique que trop d’accaparement tue le capitalisme puisque l’un des moteurs de l’accaparement est la création de la demande, en fait de la consommation des biens (ou services) produits.

    Les inégalités plombent la croissance, et ça se voit à l’œil nu | Alternatives Economiques
    ▻https://www.alternatives-economiques.fr/les-inegalites-plombent-la-croissance-et-ca-se-voit-a-loeil-nu/00118310

    L’envolée des revenus financiers des riches se traduit par un taux d’épargne élevé, ce qui freine la croissance. Si le mécanisme est connu, il est rare de pouvoir l’observer de façon si nette, pointe l’économiste Michaël Zemmour.

    En macroéconomie, il est établi que la conjoncture économique dépend pour partie de la demande, et que celle-ci inclut l’investissement, la consommation publique (éducation, santé...), mais aussi la consommation privée des ménages.

    Cette dernière dépend du dynamisme de leurs revenus. Ainsi, lorsqu’ils progressent, la demande augmente. Si les entreprises sont en mesure de répondre à cette demande, cela génère un accroissement de la croissance.

    Mais la consommation privée dépend largement de la « propension à consommer » des ménages, c’est-à-dire de la part du revenu qu’ils consacrent en moyenne à la consommation. Plus la propension à consommer est forte, plus la croissance du revenu se traduit en demande, et plus les multiplicateurs keynésiens sont élevés.

    ▻https://justpaste.it/jamu7

    #fondamentaux #croissance

    Et je ne te parle même pas des #limits_to_growth

  • #The_Cost_of_Growth

    The Cost of Growth challenges Europe’s growth story by exposing the extractive systems it relies on and the communities that pay the price.
    With an international cast, the film (90 minutes) connects struggles in Serbia, Italy, and Sápmi to wider fights for justice — showing how communities resist extraction, build solidarities, and expose the violence behind Europe’s economy.

    ▻https://www.youtube.com/watch?v=5OSc0Bayy70


    ▻https://www.thecostofgrowth.com
    #film #résistance #extractivisme #croissance #économie #violence #Serbie #Italie #Sápmi #documentaire #film_documentaire #green_deal #capitalisme #peuples_autochtones #mines #sami #guerre

  • Vinted et CAF : une allocataire contrainte de rembourser 10 000 € pour ne pas avoir déclaré ses ventes
    ▻https://mcetv.ouest-france.fr/2026/vinted-caf-allocataire-rembourser

    Une affaire récente illustre parfaitement les risques encourus. Une #allocataire du #RSA a été condamnée à rembourser 10 000 € à la CAF [T.A. de Nîmes]. Ses ventes sur la plateforme [Vinted] ne dépassaient pourtant ni 3 000 € par an, ni 20 transactions.

    Le tribunal administratif de Nîmes a ainsi rappelé cette règle fondamentale. Cette décision montre que même des ventes modestes doivent figurer dans votre déclaration de ressources. Aucun seuil implicite ne vous protège face aux contrôles.

    Désormais, les plateformes de vente communiquent certaines transactions aux autorités fiscales. La CAF utilise aussi des systèmes efficaces pour vérifier vos mouvements financiers. Toute omission peut donc être détectée et entraîner la récupération des prestations trop-perçues.

    Les organismes sociaux ont intensifié leurs vérifications ces dernières années. Grâce aux données transmises par les plateformes, ils repèrent plus facilement les incohérences. Un compte bancaire qui reçoit régulièrement des virements peut ainsi attirer l’attention.

    Par conséquent, croire que quelques dizaines d’euros par mois passent inaperçus serait une erreur. Les #algorithmes croisent de nombreuses informations. Même de petites sommes cumulées sur plusieurs mois peuvent déclencher un contrôle.

    #contrôle #ressources #calcul_des_ressources #croisement_d'informations #revenu #trésor_public #Caf #indû

  • De Washington aux pays du Sud : l’offensive #anti-genre et #anti-avortement - Centre tricontinental
    ▻https://www.cetri.be/De-Washington-aux-pays-du-Sud-l

    Le vice-président des États Unis #JD_Vance durcit sa #croisade anti genre et anti-avortement et compte désormais l’exporter vers les pays du Sud. L’extension inédite de la « Règle du bâillon mondial » et l’activisme autour de la « Déclaration du consensus de Genève » créent un nouveau cadre politique et financier qui remplace peu à peu les politiques de #santé_publique par des programmes anti-genre.

  • Dr. Serge Zaka - #agrometeorologie
    ▻https://fed.brid.gy/r/https://bsky.app/profile/did:plc:vwxoyr42ifja2mya3xfmc2z3/post/3mflt2m6gcs2c

    Ce site est gratuit et unique au monde. C’est, en quelque sorte, la #météo des #cultures et des #animaux. Depuis plusieurs mois, nous avons développé le site Agrometeorologie qui permet, parmi plus de 50 indicateurs, d’estimer la vitesse de #croissance de plus de 200 #espèces #végétales.

    ▻https://agrometeorologie.fr

    #cartographie #plantes

  • Espagne : feu vert « historique » pour la régularisation d’un demi-million de migrants

    Le gouvernement espagnol a adopté mardi un #décret royal visant à régulariser 500 000 personnes en situation irrégulière dans le pays. Cette mesure, portée et discutée depuis 2022 à l’initiative d’une pétition, doit permettre de soutenir la #croissance_économique du pays. Cette régularisation concerne les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 sur le sol espagnol.

    À contre-courant de ses homologues européens, le gouvernement de gauche espagnol a approuvé, mardi 27 janvier, un plan de régularisation massif des sans-papiers. La mesure a été adoptée par décret royal, ce qui permet à l’exécutif de se passer d’un vote au Parlement, où il ne dispose pas de majorité.

    « Aujourd’hui est un jour historique pour notre pays. Nous renforçons un modèle migratoire fondé sur les droits humains, sur l’intégration, sur le vivre-ensemble, et compatible avec la croissance économique ainsi qu’avec la cohésion sociale », s’est réjouie la porte-parole du gouvernement et ministre des Migrations Elma Saiz à l’issue du conseil des ministres.

    La mesure concernera « environ un demi-million de personnes » qui se trouvent en Espagne et pourront ainsi « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays ».

    Seront éligibles les personnes arrivées avant le 31 décembre 2025 et présentes depuis au moins cinq mois sur le territoire espagnol et sans casier judiciaire. « À partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a expliqué la ministre. Le titre de séjour sera valable de un à cinq ans et renouvelable. Les bénéficiaires pourront obtenir la citoyenneté après dix ans de séjour en Espagne.

    « Il s’agit d’une mesure longuement élaborée, discutée et nécessaire pour répondre à une réalité qui existe dans nos rues », a-t-elle souligné.

    La dernière régularisation de ce type a eu lieu en 2005, sous le mandat de José Luis Rodríguez Zapatero. Elle avait permis la délivrance de papiers à près de 600 000 personnes.
    L’immigration représente « 80 % de la croissance économique de l’Espagne »

    Début janvier, le Premier ministre espagnol avait présenté son pays comme un exemple pour l’Europe en matière migratoire. Alors que d’autres pays européens ont fermé leurs frontières aux nouveaux arrivants sous la pression des partis de droite, le gouvernement de Pedro Sánchez a toujours défendu l’ouverture de son pays aux immigrés.

    « Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain face à ceux qui prônent la fermeture de nos frontières et refusent aux migrants le minimum de dignité qu’ils méritent », avait déclaré Pedro Sánchez lors d’une cérémonie de vœux devant les ambassadeurs espagnols le 8 janvier dernier. Selon le chef de l’État, l’immigration a représenté « 80 % de la croissance économique de l’Espagne au cours des six dernières années ».

    L’annonce de mardi survient d’ailleurs le même jour que la publication des chiffres du chômage pour le 4e trimestre 2025, qui montrent un taux sous les 10 % pour la première fois depuis 2008, un succès notamment tiré par le nombre de nouveaux emplois occupés par des étrangers (52 500 contre 23 700).

    L’Espagne, quatrième économie de l’Union européenne (UE), a fait mieux que ses pairs depuis 2021, portée par le tourisme, la faiblesse des coûts de l’énergie, la consommation intérieure et l’investissement étranger. Le gouvernement prévoit que la croissance s’établira à 2,9 % pour 2025, soit plus du double de la moyenne attendue dans la zone euro.

    Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a estimé le 14 janvier que la croissance économique rapide de l’Espagne, par rapport à la France, s’expliquait notamment par le « rôle assez important » de « l’immigration ».
    Une mesure attendue depuis des années

    D’après les dernières données publiées par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers vivent en Espagne sur une population totale de 49,4 millions de personnes.

    La nouvelle mesure annoncée mardi devrait concerner en premier lieu les migrants latino-américains, qui représentent 91 % des 840 000 personnes actuellement en situation irrégulière en Espagne, selon les chiffres du think tank Funcas.

    Ce vaste plan de régularisation fait suite à une pétition signée par plus de 700 000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeaient la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne.

    Cette proposition de régularisation remonte à plusieurs années : elle avait été lancée en décembre 2022 via une pétition - la Constitution espagnole permet aux citoyens de proposer des mesures législatives aux députés : au moins 500 000 signatures citoyennes sont nécessaires pour qu’une proposition de loi soit proposée à la discussion du Parlement.

    Le demi-million de signatures avait été atteint rapidement, ce qui avait permis le début du processus parlementaire. Trois mois plus tard, en mai 2023, le projet de loi a ensuite été déposé au Parlement espagnol avant débats. Début avril 2024, les membres du Congrès espagnol – la chambre basse du Parlement – ont commencé à se pencher sur le projet de loi ouvrant la régularisation d’un demi-million d’étrangers en situation irrégulière dans le pays. Mais les discussions se sont ensuite enlisées, amenant le gouvernement a adopté le texte par décret royal.

    Sans surprise, la mesure s’est attirée les foudres de l’opposition de droite et d’extrême droite. « Dans l’Espagne socialiste, l’illégalité est récompensée. La politique migratoire de Sánchez est aussi insensée que sa (politique) ferroviaire », a critiqué sur X Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire (PP, droite), principale force d’opposition, affirmant que le plan cherchait à « détourner l’attention » de la tragédie ferroviaire qui a fait 45 morts dans le sud du pays le 18 janvier.

    Le chef de file du parti d’extrême droite Vox, troisième force politique du pays, Santiago Abascal, a quant à lui fustigé sur X le « tyran Sánchez ». Il « déteste le peuple espagnol. Il veut le remplacer. C’est pourquoi il entend promouvoir l’effet d’appel d’air par décret, pour accélérer l’invasion ».

    L’Espagne est l’une des trois principales portes d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce. Près de 37 000 migrants irréguliers sont entrés en 2025 en Espagne, un chiffre en baisse de 42,6 % par rapport à 2024, selon les données du ministère de l’Intérieur.

    ▻https://www.infomigrants.net/fr/post/69482/espagne--feu-vert-historique-pour-la-regularisation-dun-demimillion-de
    #sans-papiers #régularisation #Espagne #migrations #réfugiés #économie
    ping @karine4

    • La #Commission_européenne s’oppose à la régularisation des sans-papiers proposée par Pedro Sánchez

      La décision du gouvernement espagnol d’accorder un statut légal à environ un demi-million de migrants sans papiers a suscité une vive désapprobation à Bruxelles, selon des fonctionnaires qui ont parlé à Euronews sous couvert d’anonymat.

      La Commission européenne a de fortes réserves quant à l’annonce du gouvernement espagnol d’accorder un statut légal à environ 500 000 migrants irréguliers, ont déclaré trois fonctionnaires de l’UE à Euronews, craignant que cela n’entre en conflit avec la politique actuelle de l’Union européenne.

      La décision a été annoncée fin janvier et concerne les personnes entrées dans le pays avant le 31 décembre 2025. Pour être éligibles, les étrangers sans papiers doivent vivre en Espagne depuis au moins cinq mois ou avoir demandé l’asile avant la fin de l’année 2025.

      Le nouveau décret accordera aux bénéficiaires un permis de séjour d’un an et le droit de travailler dans n’importe quel secteur partout en Espagne, afin de renforcer l’objectif du gouvernement en matière de « croissance économique et de cohésion sociale », a déclaré à l’époque la ministre des migrations, Elma Saiz, à la chaîne de télévision publique espagnole RTVE.

      La décision du gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez a été désapprouvée par Bruxelles.

      « Elle n’est pas conforme à l’esprit de l’Union européenne en matière de migration », a déclaré un fonctionnaire européen à Euronews, tandis qu’un autre a souligné qu’une régularisation massive risquait d’envoyer un message différent de celui que l’UE communique actuellement en dehors de l’Europe pour décourager l’immigration irrégulière.

      Selon des sources à Bruxelles, l’une des principales inquiétudes concerne la possibilité qu’avec leur nouveau statut, les migrants régularisés puissent voyager à travers l’Europe pendant un maximum de 90 jours tous les 180 jours. On craint que cela n’incite certaines personnes à tenter de s’installer dans d’autres pays de l’UE sans autorisation.

      Le commissaire européen chargé des Affaires intérieures et des migrations, Magnus Brunner, s’adressera au Parlement européen à ce sujet mardi après-midi, lors d’un débat intitulé « La politique de régularisation à grande échelle de l’Espagne et son impact sur l’espace Schengen et la politique migratoire de l’UE ».

      Interrogé sur la décision prise par l’Espagne en janvier, M. Brunner n’a pas porté de jugement, affirmant qu’il s’agissait d’une responsabilité nationale.
      L’UE durcit sa position sur l’immigration

      Le choix de l’Espagne semble aller à l’encontre des tentatives de la plupart des autres pays européens de réduire l’accès à la protection internationale pour les ressortissants de pays tiers et d’augmenter le nombre de retours dans les pays d’origine.

      La dernière législation de l’UE vise également à décourager l’immigration clandestine en adoptant une politique d’asile plus stricte dans l’espoir d’augmenter le taux d’expulsion des migrants en situation irrégulière.

      La modification du concept de « pays tiers sûr » élargit l’éventail des circonstances dans lesquelles une demande d’asile peut être rejetée comme irrecevable, ce qui permet aux États membres de l’UE d’expulser les demandeurs d’asile vers des pays tiers avec lesquels ils n’ont aucun lien.

      La première liste de « pays d’origine sûrs » aux fins de l’asile, qui comprend le Bangladesh, la Colombie, l’Égypte, l’Inde, le Kosovo, le Maroc et la Tunisie, ainsi que tous les pays candidats à l’UE à l’exception de l’Ukraine, accélérera la procédure d’asile, étant donné que les demandes des migrants qui sont ressortissants de l’un de ces pays seront évaluées dans le cadre de procédures accélérées.

      Ces deux modifications législatives devraient être définitivement approuvées par le Parlement mardi.

      Une autre loi proposée par la Commission, appelée « règlement sur le retour », permettra l’expulsion des migrants irréguliers vers des pays tiers n’ayant aucun lien avec leur origine, à condition qu’ils aient conclu des accords bilatéraux avec les pays de l’UE.

      Une partie importante du Pacte européen sur l’immigration et l’asile, approuvé au cours du mandat précédent et actuellement mis en œuvre, se concentre sur les procédures frontalières et leur gestion numérique, ainsi que sur l’harmonisation des mêmes règles pour toutes les frontières extérieures de l’espace Schengen.

      Les organisations de la société civile, dont Amnesty International, Save the Children et Human Rights Watch, ont condamné à plusieurs reprises l’UE pour avoir réduit l’accès à l’asile et négligé la protection des droits de l’homme dans les procédures frontalières.

      ▻https://fr.euronews.com/my-europe/2026/02/10/la-commission-europeenne-soppose-a-la-regularisation-des-sans-papiers-p
      #opposition #UE #EU #union_européenne
      via @karine4

  • #Dette et inégalités : la face cachée de la #croissance dopée à l’IA
    ▻https://lvsl.fr/dette-et-inegalites-la-face-cachee-de-la-croissance-dopee-a-lia

    Malgré l’aggravation des inégalités et les mauvais chiffres de l’emploi, l’économie américaine a affiché l’an dernier une croissance impressionnante de 4,3 %, portée en grande partie par le secteur de l’intelligence artificielle. Cette performance dissimule toutefois une dynamique reposant fortement sur l’endettement et les aides publiques. Symptôme des crises du capitalisme américain plutôt que d’une embellie réelle, elle peine à masquer les fragilités structurelles de l’économie des Etats-Unis.

    #Économie #Mirages_numériques #AI_bubble #Big_Tch #Big_tech #Bulle_IA #Bulle_numérique #GAFAM #IA #intelligence_artificielle #Tech

  • Juan Carlos Martinez Lazaro, économiste : « L’Espagne en est à sa troisième année de croissance, mais le chômage reste autour de 10 % »
    ▻https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/12/21/juan-carlos-martinez-lazaro-economiste-l-espagne-en-est-a-sa-troisieme-annee

    Portée par l’#immigration, le #tourisme et les fonds européens, l’économie espagnole affiche une croissance nettement supérieure à celle de ses voisins. Mais derrière ces performances, des fragilités structurelles persistent, explique l’économiste Juan Carlos Martinez Lazaro dans un entretien au « Monde ».

    Juan Carlos Martinez Lazaro est professeur d’économie à l’IE University, à Madrid. Selon lui, à court terme, la #croissance espagnole devrait se poursuivre. Mais les faiblesses structurelles qui pèsent de longue date sur l’économie du pays, en particulier le #chômage et la #crise_du_logement, contribuent à une croissance inégalement ressentie dans la population.

    Quels facteurs expliquent qu’aujourd’hui l’Espagne soit l’économie à la croissance la plus rapide en Europe ?

    La croissance actuelle repose sur une conjonction de facteurs qui se renforcent mutuellement. Le premier tient à l’arrivée d’immigrés ces dernières années, qui a entraîné une hausse significative de la population : près de 1,5 million de personnes en plus depuis 2023, pour un pays d’environ 49 millions d’habitants. Cet afflux élargit à la fois le marché du travail et la consommation.

    Le deuxième facteur, étroitement lié au précédent, est la progression de l’emploi. L’#Espagne a dépassé les 22 millions de personnes en activité. Le taux de chômage demeure élevé, autour de 10 %, mais l’emploi continue d’augmenter. Troisièmement, le tourisme. Depuis 2023, les records historiques se succèdent. Le nombre de visiteurs devrait frôler les 100 millions cette année et, surtout, les recettes touristiques progressent d’environ 7 %, ce qui représente des montants considérables. En 2024, plus de 126 milliards d’euros sont ainsi entrés dans l’économie.

    Enfin, il faut mentionner le déploiement des #fonds_européens de relance mis en place après la pandémie (programme NextGenerationEU, en tout 56,7 milliards d’euros, selon les chiffres du gouvernement publiés en octobre), que l’Espagne a su mobiliser efficacement. L’ensemble de ces facteurs s’autoalimente, entraînant l’économie dans une spirale positive.

    Vous parliez de l’importance de l’immigration. L’Espagne va à contre-courant de l’Europe en la matière. Cet afflux migratoire n’a pas suscité de rejet social, du moins pour le moment…

    Les #travailleurs_étrangers sont devenus indispensables, faute de main-d’œuvre suffisante en Espagne. Les entreprises en demandent de plus en plus, notamment dans le secteur de la #construction. Il me semble aussi que l’immigration latino-américaine suscite moins de rejet que celle en provenance d’autres régions du monde, essentiellement pour des raisons culturelles : la langue, les références communes facilitent grandement l’intégration. Cela n’efface pas les difficultés : il existe des tensions, bien sûr, et du racisme.

    La demande intérieure soutient aussi la croissance, alors que les salaires restent bas. Le gouvernement a relevé le #salaire_minimum de 61 % en sept ans (actuellement de 1 184 euros brut sur quatorze mois), et la réforme du marché du travail de 2021 a fait reculer la précarité. Ces mesures ont-elles eu un effet positif ?

    Je ne pense pas que la réforme du marché du travail ait eu un impact significatif. Le chômage demeure aujourd’hui intolérablement élevé lorsqu’on compare l’Espagne au reste de l’Union européenne. Je donne toujours cet exemple à mes élèves : l’Espagne en est à sa troisième année de croissance, avec des taux proches de 3 %, et pourtant le chômage s’établit encore autour de 10 % en 2025. A l’inverse, l’Allemagne est en récession depuis deux ans ; cette année, elle ne devrait croître que de 0,2 %, mais son taux de chômage est seulement de 3,9 %.

    La réforme du marché du travail a surtout permis de masquer la réalité de nombreux travailleurs, notamment dans le secteur touristique : ceux que l’on appelle les « salariés en CDI intermittents » (fijos discontinuos, « fixes discontinus »). Lorsque la saison s’achève, ils perçoivent des #allocations-chômage sans apparaître dans les statistiques officielles. La fragilité structurelle du marché du travail espagnol, une constante historique, n’a pas été résolue.

    ▻https://justpaste.it/dv1mj

    #emploi_discontinue #fixes_discontinus #discontinuité_de_l'emploi #saisonniers

    • foin d’idéologie du travail, le réalisme minimal à ce sujet, c’est qu’un gouvernement de gauche (sans plus, Israel mis à part, et corruption incluse) distribue du revenu de manière relativement indépendante de l’emploi.

      spécialement si celui-ci est, dans la forme qu’il revêt par nécessité, une ressource économique décisive (le tourisme, manne de nombreux états européens, dont la France).

      #emploi_précaire #gauche

  • Carnets de villes – #Chongqing
    ▻https://metropolitiques.eu/Carnets-de-villes-Chongqing.html

    La municipalité chinoise de Chongqing, capitale régionale du Sichuan, rassemble plus de 32 millions d’habitants. Comment habite-t-on une si grande agglomération industrielle ? Pour en parler, Carnets de villes a reçu l’anthropologue Martin Minost, qui y enquête depuis 2012. ---- Émission : Carnets de villes Serait-ce la plus grande ville du monde ? En quelques décennies, l’agglomération de Chongqing, port fluvial, nœud ferroviaire et routier, et capitale régionale de la province du Sichuan, #Podcasts

    / #Chine, Chongqing, #croissance_urbaine, #industrie

  • Nicolas Cadène - Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur | Facebook
    ▻https://www.facebook.com/nicolas.cadene/posts/pfbid077wyw3SNouvJ8wJFET8VPadMKGkYh7hrmUHDaoZCwAZzuHnmdfuS4V79BCybCUxkl

    Une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur est non seulement possible, mais nécessaire. Elle est indispensable pour comprendre, prévenir et protéger. MAIS l’enquête diffusée cette semaine par le ministère n’est pas acceptable. Pourquoi ?

    👉 Parce qu’elle interroge les personnels sur leurs opinions politiques, géopolitiques ou idéologiques : sympathie pour la Palestine, Israël, jugements sur les partis politiques, etc.
    Un employeur public n’a pas le droit de sonder les opinions de ses agents, même anonymement (d’autant, qu’en l’espèce, l’anonymat n’est pas total). C’est un principe fondamental de neutralité et de liberté d’opinion.

    👉 Parce qu’elle mélange tout : actes antisémites, opinions sur Israël, représentations des Juifs, positionnement politique et même soutien à la cause palestinienne (le soutien à la cause palestinienne n’est absolument pas constitutif d’antisémitisme)…
    Scientifiquement, cela brouille complètement l’objet de l’étude et entretient des confusions graves.

    👉 Parce qu’elle associe, dans les mêmes tableaux, le soutien à la cause palestinienne et l’antisémitisme.
    C’est une confusion conceptuelle majeure, qui risque de délégitimer des opinions politiques parfaitement légales et même légitimes.

    👉 Parce qu’elle est diffusée par voie hiérarchique, ce qui place les personnels dans une position ambiguë : répondre à des questions sensibles sous l’autorité de leur employeur.

    👉 Parce qu’elle transite par un lien Google, entreprise américaine, alors que l’on traite de données sensibles, au mépris de la souveraineté numérique et des bonnes pratiques RGPD.

    👉 Parce que ce n’est pas une enquête institutionnelle neutre, mais un sondage d’opinion classique plaqué sur un objectif ministériel, avec un risque évident de lectures politiques.

    👉 Enfin, parce que ce type de questionnaire risque d’alimenter des clivages, au lieu de renforcer la protection nécessaire des étudiants et personnels juifs, qui doit être l’enjeu central.

    Enquêter sur l’antisémitisme ? Oui, absolument.

    Mais à condition de respecter :
    – la neutralité de l’État,
    – la liberté d’opinion des agents,
    – une méthodologie rigoureuse,
    – une protection stricte des données,
    – et une focalisation claire sur les actes, faits, expériences et mécanismes réels.
    Ce n’est pas le cas ici (ce qu’ont relevé plusieurs universitaires).
    Et c’est précisément pour cela qu’il faut le dire.
    Enquête accessible ici, pour vous faire votre propre avis... :
    ▻https://drive.google.com/file/d/1Mp_2qJ9dl4ZyveKH62LkFk6491EkYq2I/view

    • REFUSONS LE PROJET D’ENQUÊTE NATIONALE SUR L’ANTISÉMITISME DANS L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET LA RECHERCHE
      ▻https://www.ldh-france.org/le-projet-denquete-nationale-sur-lantisemitisme-dans-lenseignement-super

      (...) L’examen, tant de la méthodologie d’enquête que du questionnaire prévu, semble comporter de graves dangers.

      Utiliser un recensement (tous les personnels sollicités par leur hiérarchie pour répondre à un questionnaire, ainsi que toutes les étudiantes et tous les étudiants par leurs établissements) n’est pas une opération courante et ne semble pas avoir fait l’objet des déclarations nécessaire auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) ou d’une étude d’impact relative à la protection des données (article 35 du règlement général de protection des données – RGPD).

      Le processus d’enquête retenu semble loin de garantir l’anonymisation et donc la protection des personnes répondantes. Il contient au contraire des questions dont le rapprochement est propre à permettre l’identification de chaque répondante et répondant.

      Le recours à un lien de redirection Google, une entreprise soumise à la juridiction américaine, interroge sur sa compatibilité aux règles fixées par le RGPD.

      La transmission du questionnaire par la voie hiérarchique place les personnels dans une situation ambiguë au regard de leur lien de subordination. Il ne peut y avoir de consentement libre et éclairé à répondre à des questions aussi sensibles dans un tel cadre.

      Des questions dites sensibles vont être posées. Or, il n’appartient pas à l’Etat de collecter des données sur les opinions religieuses ou politiques des agents publics. La liberté d’opinion est un principe constitutionnel garanti. Le ministère ne peut, sans enfreindre les dispositions de la loi de 1983 sur le statut des fonctionnaires, ni solliciter, ni traiter de telles données, même sous couvert d’anonymat. Le détail des informations collectées (par université, par UFR, etc.) inquiète sur l’usage qui pourrait en être fait.

      #enquête_politique #fichage

    • Antisémitisme : les présidents d’université s’opposent à la diffusion d’un sondage commandé par le ministère de l’enseignement supérieur
      ▻https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/25/antisemitisme-les-presidents-d-universite-s-opposent-a-la-diffusion-d-un-son

      Quelle sera la portée d’une enquête sur l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur si les présidents d’université se refusent à la relayer ? Selon les informations du Monde, l’association France Universités a informé le #ministère_de_l’enseignement_supérieur, dans un courrier lundi 24 novembre, qu’au vu d’« un certain nombre de problèmes dans sa conception et les questions posées », elle ne cautionnerait pas le sondage de 44 pages établi par l’IFOP censé permettre de « quantifier le phénomène ».

      Certaines questions ont suscité l’émoi dans la communauté universitaire, « y compris auprès des responsables administratifs et juridiques des établissements [quant au] respect du RGPD [le règlement général sur la protection des données, et à la] neutralité de l’Etat », relève France Universités. Depuis le 18 novembre, les enseignants-chercheurs et personnels administratifs de l’enseignement supérieur sont invités par le ministère à répondre à ce sondage qui les conduit à se prononcer notamment sur le conflit israélo-palestinien, mais aussi à indiquer leur appartenance ou leur proximité avec un parti politique ainsi que leur religion éventuelle.

      « Cette enquête repose sur une méthodologie scientifique et des questions élaborées par les chercheurs du #Cevipof », le centre de recherches politiques de #Sciences_Po, a répondu le ministère dans un communiqué lundi, soir. « La participation est facultative et le choix de la diffuser et d’y répondre est naturellement laissé à l’entière discrétion des établissements et de leurs personnels », poursuit-il, tout en précisant que « le Cevipof garantit la confidentialité absolue de l’ensemble des données recueillies qui seront hébergées sur des serveurs hautement sécurisés ».

      « Aucune crédibilité »

      L’enquête, pour l’heure hébergée sur le cloud de Google, comprend deux volets, l’un à destination des #étudiants et l’autre du personnel. Les résultats seront exploités par deux chercheurs, experts en statistiques et analyses de données et des attitudes et comportements politiques au Cevipof dans le cadre d’un programme de recherche qu’avait annoncé le ministre Philippe Baptiste, le 29 avril.

      Après des questions sur l’antisémitisme à l’#université et en général, on interroge l’opinion des sondés sur l’image d’Israël et les responsabilités du conflit israélo-palestinien : « Selon vous, qui porte la plus grande responsabilité dans la poursuite du conflit israélo-palestinien : Avant tout les Israéliens ? Avant tout les Palestiniens ? Autant les uns que les autres ? », ou encore « Quand vous pensez à la situation d’Israël, de laquelle des deux opinions suivantes êtes-vous le plus proche : “Israël est un pays puissant qui mène une politique agressive vis-à-vis de ses voisins” ou “Israël est un petit pays qui se défend contre des pays voisins, dont certains souhaitent le détruire” ? »

      En fin de questionnaire, chaque répondant doit compléter son âge, son genre, sa fonction professionnelle, le type d’établissement et l’académie où il exerce, le plus haut diplôme détenu, le code postal de son lieu de résidence, mais aussi son appartenance ou sa proximité avec un parti politique ainsi que sa religion éventuelle.

      Largement diffusé sur les réseaux sociaux depuis le 22 novembre, ce questionnaire peut en conséquence être complété par quiconque a connaissance de son lien, qu’il appartienne ou non à l’enseignement supérieur.

      « Je pensais être dans un établissement d’un ministère laïque où mes opinions personnelles, tant philosophique, politique, religieuse, n’avaient pas lieu d’être, ce à quoi je me suis toujours tenu, commente le professeur émérite à l’Institut national des sciences appliquées de Toulouse Gilles Motet. Je ne comprends pas l’intérêt que peut porter le ministère à mes opinions sur ces sujets, d’autant plus que, sans identification du répondant, pléthore de personnes hors enseignement supérieur vont interférer sur les résultats. Aucune crédibilité ne pourra donc être apportée à l’opinion qui sera dite générale. »

      Le professeur des universités se dit aussi « sidéré » par le fait que certaines questions présupposent « une acceptation de faits comme hypothèse » et que d’autres questions « imposent une réponse dans une liste proposée » en l’absence du choix de réponse « sans opinion ». De plus, au cours du sondage, il est impossible de revenir en arrière et aucune confirmation des réponses n’est demandée en fin de questionnaire.

      « Nous vous demandons de la retirer »

      Interrogé, le Cevipof affirme au Monde que la méthodologie utilisée pour cette enquête est « classique ». « Toutes les garanties ont été mises en place pour préserver l’anonymat des répondants » de sorte que « ni le ministère ni le centre de recherche ne disposeront des données individuelles ainsi recueillies par l’IFOP ». Les répondants sont par ailleurs « volontaires », et le lien de ce questionnaire auto-administré en ligne est « entièrement géré par l’IFOP », ajoute-t-on.
      Pour le collectif d’universitaires RogueESR, « l’envoi d’un questionnaire politique à des agents du service public est une première : il viole le principe de neutralité institutionnelle ». Il souligne le risque de réidentification des répondants par le #croisement_de_variables.

      « Etant donné tous les problèmes que soulève cette enquête, nous vous demandons instamment de la retirer », ont écrit, dans une lettre au ministre, lundi, le Snesup, SUD-Education, la Ligue des droits de l’homme, l’Association pour la #liberté_académique, la Coordination antifasciste pour l’affirmation des libertés académiques et pédagogiques, l’Observatoire des atteintes à la liberté académique et Stand Up For Science. Ils rappellent que la loi du 13 juillet 1990 contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie prévoit que chaque année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme remet un rapport sur la lutte contre le racisme.

      Interrogée, la direction de l’#IFOP n’avait pas encore donné suite lundi soir à la sollicitation du Monde.

  • L’#écologie de la carte bleue

    "Et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ?"

    Quand la jeunesse s’engage en écologie, quelques singes savants croient bon de faire remarquer que les jeunes feraient bien de commencer par « moins consommer », « s’acheter moins de vêtements » ou « jeter leur smartphone » avant de prétendre donner des leçons aux gouvernants.

    Cette même sagesse demi-habile s’oppose à toute élucubration anti-capitaliste en écologie en rétorquant systématiquement : « c’est bien beau de critiquer le #capitalisme, jeune fille, mais nous sommes tous responsables dans cette société consumériste ! si on n’avait pas trois télés et quatre ordinateurs par foyer, on pourrait critiquer le système ! »

    On retrouve jusq’au cœur des mouvements écologistes cette #auto-flagellation militante sur le thème de la « consommation », de la « surconsommation », voire de « l’#hyperconsommation ». Agir sur la consommation apparaît à nombre d’individus et d’organisations comme une solution simple et à portée de main, et donc comme un objectif politique intéressant : on fait donc des die-in dans les centres commerciaux, on bloque les McDo, on appelle au boycott ou à une consommation « bio et équitable ».

    Tentons une idée provocante : et si le consommateur, en réalité, n’y était pour rien, ou pour pas grand chose dans la terrible situation que nous vivons ? Et si le consommateur n’était pas lui-même « produit », ou inventé ? Et s’il fallait parler de « surproduction » plutôt que de « surconsommation », et rayer pour toujours ce mot de notre vocabulaire politique ? Et s’il fallait cesser d’agir en consommateur pour agir vraiment ? Donnons une chance à ces hypothèses, avec ce texte.

    Parmi les idées reçues les plus tenaces en écologie, il y a l’idée que la « surconsommation »1 serait le principal moteur de la destruction de l’environnement. L’humanité, prise comme « somme d’individus humains » sans tenir compte de ses hiérarchies ni de ses conflits internes, se serait rendue coupable, au fil des siècles, de « consommer » beaucoup trop de ressources naturelles. Un jour spécifique marque même le moment de l’année à partir duquel « l’humanité » commence à « surconsommer » : le jour du dépassement, qu’on atteint désormais dès juillet. Et combien de fois n’a-t-on pas entendu que les feux en Amazonie étaient directement causés par les steaks dans « nos assiettes » ?

    Nous soutenons, en revanche, que la théorie de la surconsommation vise à réduire la pratique écologiste à des choix de supermarché, à des petits ajustements dans un quotidien qui ne change pas vraiment, à une sorte d’écologie de la carte bleue. Alors que l’écologie pourrait aussi bien être une révolte contre les rapports sociaux et économiques à l’origine de la destruction du vivant. Le discours sur la « surconsommation » produit des sujets qui ne se conçoivent que comme des consommateurs coupables2. Il maintient l’écologiste dans le carcan de la société marchande, alors qu’il devrait s’en extirper, construisant avec d’autres les solidarités nécessaires pour faire naître un monde sans Amazon ou Intermarché. L’idée de surconsommation nous met des ornières et des chaînes qu’il nous faut arracher.

    En réalité, le consommateur en tant que figure historique apparue lors des deux derniers siècles n’y est pour rien (ou presque) dans la crise écologique que nous traversons. Le consommateur en tant que tel et les comportements qui lui sont associés n’ont d’ailleurs pas toujours existé, ni toujours été conçus comme tels : on voit apparaître les grands magasins et les réclames au XIXe siècle, et la consommation jadis réservée aux bourgeois se répandit finalement aux classes populaires lors de la première moitié du XXe siècle. La « naissance » du consommateur a servi à deux choses : écouler le surplus de marchandises produites par le capitalisme, et réintégrer les gens dans les rapports marchands sur leur temps de loisir, fraîchement arraché par des luttes sociales, pour couper court à tout ennui improductif ou désir de révolte. D’une certaine manière, la « consommation » a étendu le travail sur le temps de loisir, de sorte que nous continuons à travailler au bon fonctionnement de l’économie une fois sorti du bureau ou de l’usine.

    Dans l’imaginaire culturel de pas mal d’Occidentaux, le consommateur est assimilé à une sorte de zombie impuissant, incapable de se distinguer de la masse et se précipitant sur la marchandise lors des périodes de soldes. Cette image répond parfois au besoin des plus riches de stigmatiser la consommation des classes populaires, tout en se revendiquant d’une consommation plus intelligente et éclairée. Cependant, nous pourrions reprendre la figure du zombie à notre compte afin de caractériser l’impuissance et la passivité de ceux et celles dont le seul horizon politique se réduit à « consommer mieux » ou « moins ».

    Si l’on veut que l’écologie tape là où ça fait mal, elle devra cesser de tracer une ligne de séparation artificielle entre la « surconsommation » et la surproduction là où elles ne sont que trop intimement liées : la surconsommation est avant tout un effet de la surproduction. Mais ce n’est pas suffisant. Car la surproduction est aussi un effet, ou plutôt un problème chronique du capitalisme, qui a besoin de transformer de plus en plus de choses et de personnes en marchandises pour créer de la valeur. Il n’y a rien d’autre, derrière la « surconsommation » que la compulsion de croissance qui est inhérente au capitalisme. Si on peut toujours réduire sa consommation individuelle, le capitalisme aura toujours besoin que la consommation totale augmente, pour que la croissance continue.

    Le consommateur n’est donc pas une personne autant qu’il est une figure, un instrument de logiques qui dépassent son individualité. Cette distinction entre l’individu et la figure telle qu’elle est construite socialement va se révéler fondamentale pour la suite. Car si on peut absoudre en grande partie le consommateur de sa responsabilité dans la « crise écologique », il n’en faut pas moins l’assassiner ! Assassiner en nous le consommateur, cela veut dire donner une chance à l’humain se cachant sous l’identité désuète de producteur ou de consommateur, qui l’écrase tel un rocher ; faire exploser le carcan de la consommation, pour redécouvrir la multiplicité des activités et des actions nécessaires à une reprise en main de la question écologique.
    Existe-t-il un « choix de consommation » ?

    Prenons au mot l’idée de « surconsommation » : très bien, vous prétendez que nous, les petits individus, nous serions coupables de trop consommer. Essayons de déterminer à grands traits qui est responsable de quoi. Quelle est la position du consommateur dans l’économie ? Est-ce une position démocratique, depuis laquelle le consommateur peut décider, influer sur le cours du monde, arrêter la destruction des forêts et l’exploitation des pauvres ?

    A) Le « consommateur » arrive en bout de chaîne, une fois que tout a été choisi pour lui.

    Que s’est-il passé pour que le steak dans lequel croque le « consommateur » provoque des incendies en Amazonie ? Que s’est-il passé pour que l’ordinateur sur lequel je tape enrichisse des milices et exploite des mineurs au Nord-Kivu (Congo) ? Les critiques de la surconsommation ne s’intéressent pas beaucoup au contenu de cette mystérieuse chaîne de causes à effets. La vérité est très simple, tout le monde la connaît : le consommateur ne maîtrise rien du processus de production qui a mené au produit qu’il consomme.

    C’est la définition même du capitalisme, qui ne possède aucun caractère démocratique : une classe d’individus, les capitalistes, possèdent les moyens de production, ils décident donc de ce qui va être produit, et de comment cela va être produit (par exemple, une entreprise – Ikea – va couper illégalement du bois en Roumanie, puis l’importer en France sous forme de meubles). Les autres, les citoyens-consommateurs, sont privés des moyens de production, et sont donc réduits à travailler au service des capitalistes (en coupant du bois illégalement), et à consommer les produits que ces derniers leur proposent (chez Ikea)3.

    « Qu’à cela ne tienne ! » disent certains, « mais les capitalistes ne font que répondre à une demande, il suffit donc de ne plus consommer les produits qui détruisent la planète, et tout ira bien ! » C’est la tactique du boycott. Cette tactique fait l’impasse sur trois points très importants :

    1) L’asymétrie d’information est énorme entre le « consommateur » et les entreprises. Le consommateur, qui consomme hors de son temps de travail, n’a pas forcément les moyens, ni le temps, ni l’envie de devenir un Sherlock Holmes enquêtant sur sa propre consommation4. Même s’il souhaitait mener l’enquête, il aurait bien du mal à surpasser les grandes entreprises, qui elles s’appliquent bien à cacher les effets néfastes de leur activité. Ainsi, ExxonMobil, un géant pétrolier américain, était au courant du réchauffement climatique depuis les années 80, mais a investi massivement afin d’entretenir les doutes sur ce sujet, mentant même à ses investisseurs. De même, on nous présente régulièrement le parfait produit, la parfaite solution, équitable, bio, durable, avant de nous avouer quelques mois ou années plus tard que c’est en fait une catastrophe.

    2) Nous ne « choisissons » pas vraiment de consommer la plupart des choses que nous consommons. Nous naissons tous dans un monde déjà organisé autour des autoroutes, des aéroports, des ports, des centrales thermiques et nucléaires, et où l’économie marche au pétrole. Qui a choisi de construire tout ça ? « Nos parents » ? Ou les « décideurs », les capitalistes, les États ? Ces choix décisifs sur notre « mode de vie » ont été faits par une minorité (blanche et très riche), puis imposés à tout le reste du monde par la violence (colonisation). Qui peut aujourd’hui communiquer sans téléphone, qui peut prétendre à un emploi en périphérie sans avoir une voiture ? C’est le fonctionnement même de l’économie qui rend ces choses nécessaires, pas le fait que les « consommateurs » les consomment.

    3) Or, ce qui est premier dans l’économie, c’est l’offre, non la demande (la production, non la consommation). Car ceux qui ont le pouvoir, ceux qui prennent les décisions importantes, ceux qui produisent artificiellement des besoins par la privation et des normes par la publicité, ceux qui extorquent, qui pillent, qui dépossèdent, qui exploitent, ce ne sont pas « les consommateurs ». Certains organisent l’économie à leur profit, d’autres, les « consommateurs » n’ont le « choix » que de s’y adapter comme ils peuvent. C’est le mode de production dans lequel nous vivons qui est un scandale, et sa hiérarchie fondamentalement anti-démocratique. Le boycott n’a donc de sens que s’il s’étend à tout ce mode de production, et que s’il cherche à inventer d’autres manières de produire.

    B) La consommation des « consommateurs » est la plus petite partie de la consommation

    Enfin, rappelons rapidement qui sont les véritables « consommateurs ». Ceux qui consomment le plus, on l’oublie trop souvent, sont les grands producteurs, les grandes entreprises (les mêmes qui nous poussent à la consommation !). Car pour produire des marchandises, il faut bien consommer. Pour produire, par exemple, un meuble Ikea avec du bois roumain illégalement coupé, il me faut consommer des machines et des salariés pour couper le bois, d’autres pour le transporter, d’autres encore pour le transformer et l’assembler en meuble, et enfin, il me faut consommerdes directeurs marketing, des tonnes de papier, et des spots publicitaires pour que ce meuble se vende (trouve un petit « consommateur »).

    Dans une même logique, quel impact puis-je avoir en prenant des douches courtes, quand 90 % de l’eau est utilisée par l’industrie et l’agriculture ? A quoi sert-il que je me mette au « zéro déchet » quand les déchets des ménages représentent 10 % seulement de la masse totale des déchets produits ?5 Cela ne sert pas à rien, du point de vue d’une démarche personnelle — mais il ne faut pas se mentir sur l’impact de ces « petits gestes ». L’idée n’est pas d’opposer vulgairement « gestes individuels » et « actions collectives », qui pourraient aller de pair dans une optique de révolte contre un monde aliénant dans lequel on cherche d’autres manières d’exister, tout en travaillant à le renverser. Il s’agit uniquement de démanteler les discours nous appelant à faire chacun-e de notre mieux, tout en faisant totalement l’impasse sur les luttes collectives.

    Un rapport du think tank Carbon46 montre qu’avec tous les efforts du monde, des individus « héroïques » restreignant drastiquement leur consommation, mangeant végétarien et local, ne se déplaçant qu’à vélo ou en covoiturage, achetant tout d’occasion, ne réduiraient que 25% de leur empreinte carbone. Notons que ce genre de préoccupations héroïques intéressent surtout ceux qui ont le luxe d’avoir une grosse empreinte carbone, et le loisir de réfléchir à la réduire ; notons ensuite qu’il y a bien d’autres problèmes écologiques que le climat et l’empreinte carbone (pollution des océans, épuisement des sols, extinction des espèces, etc.) ; ajoutons enfin que ce chiffre de 25% est une parfaite (et fausse) abstraction : cette « étude considère l’empreinte carbone d’un ‘Français moyen’. Elle est égale à l’empreinte carbone du pays divisée par le nombre d’habitants [on fait donc abstraction de tous les rapports économiques de hiérarchie évoqués plus haut]. Ce Français moyen n’existe évidemment pas : il n’est qu’une vue de l’esprit qui permet de manipuler des données commodes [et qui a le malheureux effet de rapporter à des individus ce qui pourrait être rapporté à des entreprises, à des décideurs, à des choix historiques] ».

    La marge de « choix » du consommateur est donc extrêmement réduite. Consacrerait-il toute sa vie de consommateur à moins consommer qu’il ne changerait pas grand-chose à l’affaire. Là où le consommateur se prive d’une dizaine de trajets en avion dans sa vie, un zadiste, en bloquant la construction d’un aéroport, empêche des milliers de trajets en avion d’avoir lieu. Mais un zadiste, précisément, n’agit pas en consommateur. Pourquoi veut-on que nous agissions en consommateurs ? Y avait-il des consommateurs au Moyen-Âge, y en a-t-il sur les îles Andaman, où vit le peuple des Sentinelles7 ? Non. C’est donc qu’ils ont été inventés et produits à un moment de l’histoire. Qui a eu cette mauvaise idée ?
    Qui a inventé les surconsommateurs ? Les surproducteurs

    « La société de consommation, c’est aussi la société d’apprentissage de la consommation, de dressage social à la consommation–c’est-à-dire un mode nouveau et spécifique de socialisation en rapport avec l’émergence de nouvelles forces productives. »

    La Société de Consommation, Jean Baudrillard.

    L’invention de la figure et des comportements du consommateur correspond à une période bien précise de l’histoire économique. Sans avoir l’ambition d’en faire une analyse très détaillée, pointons-en rapidement les grandes lignes. Il y a d’abord une cause économique à l’invention du consommateur, c’est la nécessité d’écouler un surplus de marchandises. Ce besoin d’écouler la surproduction, de trouver des débouchés est une contrainte inhérente au mode de production capitaliste : pour créer de la valeur, il faut produire des marchandises, et il faut que ces marchandises soient achetées. Puisque le mode de production capitaliste carbure à la croissance (on investit pour récupérer une plus-value), il produit toujours plus de marchandises, peu importe la demande. Si la demande ne suit pas, il faut donc la créer artificiellement : c’est là qu’interviennent la publicité, les hausses de salaire, la baisse du temps de travail, les politiques fordistes et keynésiennes — et donc, la figure du consommateur : pour écouler le surplus de marchandises.

    Il y a aussi une cause politique : au début du XXe siècle, les luttes sociales et le spectre du communisme ont forcé les États et les capitalistes à faire des « concessions » (baisse du temps de travail, systèmes de protection sociale). L’invention du consommateur a donc répondu à un besoin politique : que les individus libérés sur leur temps de loisir ne passent pas ce temps à être heureux et improductifs, à faire des émeutes ou la révolution — non, bien mieux, qu’ils le passent à continuer à travailler pour les capitalistes : à consommer. Il n’y a là aucun « désir naturel de consommer » : placés sous tutelle de l’État qui revendique le monopole de la solidarité avec ses programmes de protection sociale (en cours de démantèlement), privés de nos amitiés par l’atomisation du travail, de l’urbanisation et des logements, qui structurellement empêchent toute vie commune, nous sommes forcés à la solitude, dont la seule échappatoire misérable consiste en la consommation effrénée des fragments de la vie des autres, que ce soit des séries Netflix ou des photos sur Instagram.

    Dans L’événement anthropocène, les chercheurs Jean-Baptiste Fressoz et Christophe Bonneuil montrent que la société de consommation et l’American way of life ont entièrement été produits par des dispositifs matériels et institutionnels au tournant des XIXe et XXe. Pour écouler le surplus de marchandises des usines tayloriennes, on commence à mettre des « marques » sur les produits, on encourage la vente par correspondance, on crée des supermarchés et des self-services ; la publicité, succédant à la réclame, fait l’apologie de la consommation comme mode de vie et marqueur de normalité sociale (elle suggère au consommateur qu’il souffre de défauts à corriger : il a besoin de cette pommade anti-ride).

    En même temps, la consommation de masse sert tout à fait explicitement à discipliner les travailleurs dans les usines : pour contrer l’absentéisme, Henry Ford crée la « journée à 5 dollars », et les grandes entreprises comme Ford, General Motors et General Electric mettent en place le « crédit à la consommation » (« acheter maintenant et payer plus tard ») pour inciter leurs travailleurs à acquérir leurs biens de consommation. La réparation, le recyclage, la sobriété sont présentés comme néfastes pour l’économie nationale, tandis que la consommation ostentatoire, la mode, l’obsolescence deviennent des pratiques respectables. Les syndicats finissent par trahir leurs idéaux révolutionnaires, et se contentent de revendiquer l’indexation des salaires sur les prix pour augmenter la consommation.

    Dira-t-on que les gens « surconsomment » beaucoup trop de trajets en voiture ? Le livre Road and Rail montre comment la centralité de la voiture dans l’urbanisme contemporain a été imposée partout au début du XXe (par des grandes compagnies et les Etats) malgré de fortes résistances de la population, alors que le tramway était le mode de transport (en commun) majoritaire. Dira-t-on que les gens « surconsomment » du chauffage, de l’électricité, des machines domestiques, depuis leurs petites maisons périurbaines ? Tout cela est le fruit de politiques publiques et du lobbying d’entreprises qui ont poussé activement les gens à devenir des « petits propriétaires » de lotissements de banlieue alimentés au tout-électrique (voir The Bulldozer in the Countryside, d’Adam Rome). Dira-t-on que « l’humanité » et « les consommateurs » ont été bien mal avisés le jour où ils se sont assemblés démocratiquement pour « choisir » le pétrole comme carburant du capitalisme ? Le livre d’Andreas Malm, Fossil Capital et celui de Timothy Mitchell, Carbon Democracy, démontrent que le choix des énergies fossiles, et en particulier celui du pétrole, a été le fait des classes capitalistes occidentales qui l’ont imposé à toute la planète, par la violence et au mépris de toute démocratie. Carbon Democracy revient par ailleurs sur la notion de « développement », qui plutôt que de représenter une volonté de progrès communément admise comme positive, cachait une volonté clairement colonialiste d’insérer les territoires et peuples victimes des impérialismes dans la division du travail global, tenue ensemble par une machinerie fonctionnant à base d’énergies fossiles8.
    Sauver la vie, tuer le zombie

    Tout a donc été fait pour qu’il soit extrêmement pénible au consommateur de résoudre le problème écologique. La figure et les comportements du consommateurs ont même été produits, pourrait-on dire, pour être impuissants, pour répondre sagement aux besoins de l’économie. Arrivés à ce point, nous jugeons donc le consommateur : non coupable de la catastrophe écologique qu’est notre monde.

    Le consommateur n’est pas coupable, certes, mais il faut tout de même le condamner à mort. Tous les bons films de zombies sont des films sur la société de consommation (voir l’excellent Zombie de Georges Romero). Le consommateur est cette créature étrange, à peine vivante, qui peuple les rues, les supermarchés, les parcs de loisir, les yeux dans le vide ou rivés sur son téléphone, faussement satisfaite, irrémédiablement solitaire et impuissante. Qui peut devenir agressive si on la contrarie dans son malheur. Retrouver un pouvoir d’action en écologie suppose une dézombification collective : il faut tuer en chacun de nous le consommateur.

    Voici donc quelques pistes et méthodes qui seront très utiles à cet effet. D’une part, le consommateur est produit de l’extérieur. Rien de plus efficace que de massacrer les consommateurs à la source, là où ils sont produits. On pourrait donc croire qu’il faut s’attaquer à la publicité, et à vrai dire les actions anti-pub sont toujours très réjouissantes, mais le cœur du problème n’est pas là. Dans une économie capitaliste, nous sommes des consommateurs avant tout parce que nous ne possédons pas et ne maîtrisons pas les moyens de production. Nous ne savons plus produire nos propres vêtements, notre propre nourriture, notre propre maison, comme tout le monde savait le faire il y a quelques siècles. On cessera donc d’autant plus d’être des consommateurs qu’on aura exproprié ceux qui s’accaparent les moyens de production, et qu’on se sera réapproprié collectivement les savoir-faire et les techniques nécessaires à une vie commune libre (jardiner, cultiver, coudre, construire, réparer, etc.).

    D’autre part, le consommateur nous tient de l’intérieur, quand nous sommes incapables de concevoir l’action écologique autrement que comme un acte de consommation (consommer moins, consommer mieux, et cela inclut le vote dans une démocratie libérale, qui n’est qu’un acte de consommation politique). Le consommateur est une figure inoffensive, il ne peut agir qu’en négatif en arrêtant de consommer tel produit. Il ne peut que s’indigner d’avoir été dupé quand on lui a fait manger du steak de cheval. Tuer le consommateur qui sommeille en nous ne signifie pas « arrêter de consommer » mais arrêter d’agir en consommateur, donc reconsidérer l’éventail des possibles dans les modes d’action. On ne fait jamais mieux pour son empreinte carbone ou pour l’écologie en général que lorsqu’on bloque des grands projets inutiles, et il y en a des tonnes sur le territoire français9.

    On ne redira jamais assez la richesse de ce que fut la ZAD de Notre-Dame-des-Landes du point de vue de l’action : recours juridiques, blocages économiques, mobilisations de masse, émeutes en centre ville, journées de conférences et d’accueil sur la zad, sabotage de nuit, construction de cabanes et de monuments artistiques, agriculture, musique, « non-marché » à prix libre, freeshop, convergence des luttes, tout cela a activement contribué à bloquer le projet d’aéroport, et à produire d’autres modes de vie. On ne trouve là rien qui relève de la « consommation », et ce fut la plus grande victoire de l’écologie française depuis bien longtemps.

    Il nous faut aussi poser sérieusement la question du renversement des institutions en place. On voit mal ce que pourraient faire une somme de consommateurs solitaires ou d’électeurs-tous-les-cinq-ans contre une chose aussi énorme que le système économique qui détruit la planète. Les gilets jaunes, les marches et les occupations sont un bon début — pour l’instant en échec, il est vrai : travaillons à offrir une suite grandiose !

    –—

    Notes

    1.↑Voir cet excellent article : ▻https://theconversation.com/face-a-lurgence-climatique-mefions-nous-de-la-sur-responsabilisatio

    2.↑Sur la « production des consommateurs », il peut être utile de lire Marx :►https://www.marxists.org/francais/marx/works/1857/08/km18570829.htm ; Debord, La Société du spectacle ; ou Louis Pinto, L’invention du consommateur.

    3.↑A propos de ces histoires de bois, voir : ▻https://www.greenpeace.fr/bois-illegal-en-amazonie-la-france-impliquee ; ▻https://www.greenpeace.fr/special-cash-investigation-les-forets-menacees-par-une-razzia-sur-le-bois

    4.↑NB. Sur ce point, nous ne revenons pas sur le postulat selon lequel il existerait des manières de consommer (et donc de produire) plus ou moins néfastes, certaines bienveillantes, voire bénéfiques et éthiques, et d’autres non,—au contraire, la notion même de consommation « éthique » n’est qu’un mythe capitaliste, le monde marchand y étant forcément régi par les logiques de l’exploitation du vivant. Par exemple, il n’existe pas encore de véritable produits « vegan », puisqu’à plusieurs endroits de leurs chaînes de production, ces produits reposent encore sur l’utilisation de fumier ou d’autres produits d’origine animale.

    5.↑Les lieux communs sur les différences de consommation entre individus et entreprises sont tirés d’un recueil de lieux communs : Cyril Dion, Petit manuel de résistance contemporaine.

    6.↑Le rapport de Carbon4 : ▻http://www.carbone4.com/wp-content/uploads/2019/06/Publication-Carbone-4-Faire-sa-part-pouvoir-responsabilite-climat.pdf

    7.↑▻https://fr.wikipedia.org/wiki/Sentinelles_(peuple)

    8.↑Pour aller plus loin, voir deux sources d’inspiration de cet article : le chapitre « Phagocène » dans l’indispensable L’événement anthropocène de Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, et la vidéo de Fressoz : « Transition, piège à cons », ►https://www.youtube.com/watch?v=lO0r5O4-2wU

    9.↑Pour Paris, à propos de grands projets, voir : ▻https://lundi.am/Contre-les-grands-projets-depuis-Paris-Desobeissance-ecolo-Paris

    ►https://blogs.mediapart.fr/desobeissance-ecolo-paris/blog/151019/l-ecologie-de-la-carte-bleue-1
    #culpabilité #culpabilisation #surconsommation #surproduction #production #consommation #système #consumérisme #société_marchande #marchandisation #croissance #boycott
    signalé aussi par @monolecte
    ▻https://seenthis.net/messages/1019622

  • #Philippe_Aghion, inspirateur néolibéral de Macron, reçoit le « #Nobel » d’#économie

    L’économiste vient de recevoir l’un des prix les plus prestigieux décernés dans sa discipline. Pourfendeur de la taxe Zucman, il a été un mentor de la politique néolibérale d’Emmanuel Macron menée au nom de l’innovation. Un échec.
    L’économiste français Philippe Aghion, professeur au Collège de France, vient de recevoir, aux côtés de deux de ses pairs états-uniens, Joel Mokyr et Peter Howitt, le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, « pour avoir expliqué la #croissance_économique tirée par l’#innovation ». Un sacré coup de projecteur sur leurs œuvres respectives.

    Philippe Aghion et Peter Howitt ont notamment été récompensés pour leurs travaux sur le concept de « #destruction_créatrice » développé par l’économiste autrichien #Joseph_Schumpeter ( 1883-1950 ), qui dit en somme que les nouvelles entreprises innovantes sont amenées à remplacer les rentes des plus anciennes.

    Philippe Aghion et #Peter_Howitt avaient écrit ensemble un article sur ce thème au début des années 1990. Le comité Nobel a précisé qu’il récompensait les économistes pour avoir expliqué que « lorsqu’un produit nouveau et meilleur arrive sur le marché, les entreprises qui vendent les produits plus anciens sont perdantes ».

    À peine son prix était publiquement annoncé que les félicitations à l’endroit de Philippe Aghion ont plu jusqu’en haut lieu. « Bravo à Philippe Aghion, prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel. Par sa vision de la croissance par l’innovation, il éclaire l’avenir et prouve que la pensée française continue d’éclairer le monde », a rapidement réagi sur le réseau social X Emmanuel Macron.

    Il est, du reste, peu surprenant que le chef de l’État se soit réjoui aussi promptement pour Philippe Aghion, qu’il a par ailleurs élevé le 6 octobre dernier au grade d’officier de l’ordre national du Mérite. En effet, Philippe Aghion a certainement été l’économiste vivant qui a le plus inspiré la vision économique du chef de l’État.

    « Destruction créatrice »

    Philippe Aghion et Emmanuel Macron se sont connus lors de la fameuse commission Attali en 2007, où celui qui était alors jeune énarque a construit, en tant que rapporteur, un réseau fourni de puissants chefs d’entreprise, économistes et autres haut fonctionnaires.

    À Challenges, Philippe Aghion racontait qu’Emmanuel Macron avait « tout de suite fait preuve d’une vraie volonté de comprendre l’économie et notamment les nouvelles théories sur la croissance, il est beaucoup venu à la maison pour étudier ».

    Puis ils se sont mis discrètement au service de la campagne électorale de François Hollande en 2011, quand Emmanuel Macron était banquier d’affaires chez Rothschild, avant de conseiller le chef de l’État socialiste, une fois élu, dans son virage vers la politique de l’offre.

    Challenges rappelait aussi que le 1er octobre 2015 le néo-ministre de l’économie Emmanuel Macron avait assisté à la leçon inaugurale au Collège de France de Philippe Aghion sur « les énigmes de la croissance », où il a développé ses plus précieux concepts.

    Ceux de la « destruction créatrice » et de « l’innovation » – qui lui ont permis de conquérir son « Nobel » – faisaient alors fortement écho au mantra politique d’Emmanuel Macron, qui se présentait comme le tenant d’un « nouveau monde » libéral, « ni de droite ni de gauche », qui remplacerait un « vieux monde » de rentiers de la politique. Une fable qui a fait long feu.

    Sur le terrain économique aussi, les travaux de Philippe Aghion – qui a un temps cru à la théorie du ruissellement – ont inspiré Emmanuel Macron afin, promettait-il, de « libérer le processus de destruction créatrice ». Il fallait alors réduire les interventions directes de l’État, via l’impôt notamment, dans le processus de « destruction créatrice » qui ne pouvait qu’être le produit du travail de l’entrepreneur innovant.
    Innovation à tout prix

    À peine arrivé à l’Élysée, en 2017, Emmanuel Macron a ainsi flexibilisé le marché de l’emploi via les ordonnances travail, puis il a baissé la fiscalité du capital en supprimant l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et en réduisant l’imposition des revenus du capital à une flat tax de 30 %. Or on sait désormais l’échec de cette politique de l’offre qui n’a pas généré la croissance escomptée et a creusé les déficits publics.

    Philippe Aghion a pourtant défendu bec et ongles ces réformes les années suivantes, par exemple en intervenant publiquement pour expliquer que les rapports du comité d’évaluation de la fiscalité du capital de France Stratégie – qui ne voyaient pas d’effet de la suppression de l’ISF et de la flat tax sur l’investissement et l’emploi en France – sous-estimaient certainement l’efficacité des réformes.

    Pour Philippe Aghion comme pour Emmanuel Macron, la fonction sociale de l’État n’est en fait pas de construire de la solidarité ou un quelconque équilibre entre travail et capital, mais bien plutôt d’accompagner le changement lié à la « destruction créatrice ».

    Ce qu’il faut, selon Philippe Aghion, c’est que l’État mette en œuvre les conditions pour que l’innovation puisse se faire et ainsi maintenir le capitalisme à flot. « Le capitalisme est un cheval fougueux : il peut facilement s’emballer, échappant à tout contrôle. Mais si on lui tient fermement les rênes, alors il va là où l’on veut », écrivait-il dans un de ses livres. La définition du néolibéralisme, en somme.

    En social-libéral convaincu, Philippe Aghion s’est toutefois détourné d’Emmanuel Macron quand celui-ci a commencé après 2022 à pactiser avec la droite réactionnaire, critiquant dans Libération en 2024 « une dérive vers la droite » et un pouvoir « vertical ». L’économiste a par ailleurs expliqué que « des hausses d’impôts ne devaient plus être un tabou », contrairement à ce qu’a toujours dit le chef de l’État.

    Mais point trop n’en faut : Philippe Aghion a été l’un des principaux pourfendeurs de la taxe Zucman, qui propose d’instaurer un taux plancher de 2 % par an sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. « Tu transformes la France en prison fiscale », a-t-il envoyé à l’économiste Gabriel Zucman, qui porte la proposition, lors d’un débat dans Challenges. Pour justifier sa saillie, Philippe Aghion donne toujours le même argument : « Ne pas brider l’innovation. »

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/131025/philippe-aghion-inspirateur-neoliberal-de-macron-recoit-le-nobel-d-economi
    #néolibéralisme

    • Philippe Aghion, ou les limites d’une théorie macroéconomique de l’innovation

      La croissance économique, mesurée à l’aune du #produit_intérieur_brut (#PIB), reste l’obsession de nos gouvernants. Ils scrutent avec inquiétude tout dévissement de cet indicateur, synonyme de déficits, de dettes accrues et le signe avant-coureur d’un déclassement. Comment stimuler la croissance ? Telle est la question lancinante qui agite les pouvoirs publics, en Europe en particulier, où celle-ci est atone depuis la fin des Trente glorieuses.

      Pour Philippe Aghion et Peter Howitt, récents récipiendaires du prix de la banque de Suède en l’honneur d’Alfred Nobel, la solution réside dans l’innovation technologique. Reprenant à leur compte les idées développées par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter au début du XXe siècle, ils affirment que ces innovations, cumulatives par nature, génèrent des rendements croissants qui sont le moteur de la croissance. L’innovation émerge et se diffuse sous l’impulsion des entrepreneurs, qui espèrent en tirer des rentes temporaires. Les nouvelles innovations remplacent les technologies et pratiques antérieures : c’est le fameux phénomène de la « destruction créatrice », théorisé par Schumpeter.

      Cependant, il ne s’agit pas, selon eux, d’un phénomène spontané. L’existence de monopoles, le manque de compétences, l’existence de barrières (tarifaires ou non), l’absence d’incitations ou de systèmes de financement encourageant la prise de risque sont autant d’obstacles qui entravent l’innovation et sa diffusion à grande échelle. Il faut donc l’encourager, expliquent les deux économistes, par des politiques publiques adaptées.

      Ce discours structure toutes les politiques publiques depuis 20 ans. Aussi bien l’agenda européen de Lisbonne de 2010, qui a pour ambition de faire de l’Europe le leader de l’innovation, que les politiques de l’offre mises en œuvre en France, en particulier sous la présidence d’Emmanuel Macron, dont Philippe Aghion a été un conseiller influent.
      Un lien discutable avec la croissance

      Comme le rappelle Cédric Durand, le bilan de ces politiques est discutable, de même que le lien entre l’intensité de l’innovation et la croissance économique. En premier lieu, alors le nombre d’innovations, mesuré par le nombre de brevets déposés, n’a apparemment jamais été aussi élevé, la croissance économique est plus faible que pendant la période des Trente glorieuses. En second lieu, ce biais pro-innovation ne va pas sans soulever des questions sur ses effets indésirables à long terme, à la fois sur le plan social et environnemental.

      Dans un ouvrage de vulgarisation récent, coécrit avec Cécile Antonin et Simon Bunel 1, ainsi que dans ses séminaires présentés au collège de France, Philippe Aghion répond à ces différentes objections. Si l’Europe et la France décrochent en termes de croissance par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, c’est parce qu’ils ne sont pas sur la « frontière de l’innovation ». D’où l’enjeu de rattraper à tout prix ce retard en se lançant dans une course à l’innovation technologique, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA), la nouvelle révolution censée accélérer les gains de productivité.

      L’innovation aggraverait les inégalités sociales ? C’est aux politiques redistributives et aux politiques éducatives, explique-t-il, de permettre aux individus d’adapter leurs compétences aux besoins. Quant aux impacts négatifs de la diffusion à grande échelle des innovations antérieures (les énergies et transports carbonés par exemple), il suffit de promouvoir un modèle de « croissance verte » fondé notamment sur le véhicule électrique ou les énergies renouvelables. Selon Aghion, l’innovation est donc la réponse à tous les problèmes contemporains et la condition d’une croissance économique soutenable.

      Quels sont les points aveugles de cette vision enchantée de l’innovation technologique ? Pourquoi cette focalisation exclusive sur l’innovation technologique ? D’autres types d’innovation ne seraient-ils pas plus adaptés aux défis de l’Anthropocène ?
      Des lunettes d’observation inadaptées

      Le problème d’une approche macroéconomique de l’innovation est que l’on voit le phénomène de loin. Pour l’observer, il faut alors des instruments d’analyse, des « lunettes » pour filer la métaphore du regard. Pour les macroéconomistes de l’innovation, ces lunettes sont les brevets ou les dépenses de recherche et développement (R&D).

      C’est là toute la différence entre les travaux d’Aghion et ceux de son inspirateur Joseph Schumpeter qui proposait, à côté des interrogations macroéconomiques sur les moteurs de la croissance, une analyse microéconomique du phénomène en s’intéressant aux profils et motivations des entrepreneurs. Or, vue de près, l’innovation ressemble peu à ce qu’on en voit de loin.

      Ainsi, le brevet est un indicateur discutable car nombre d’innovations, technologiques ou non, ne sont pas brevetables. Par ailleurs, le nombre de brevets déposés ne dit rien de leur caractère radical ou incrémental. Ainsi, les spécialistes du management dans ce domaine font le constat que l’accélération du rythme des innovations mises sur le marché n’est qu’apparente.

      Dans la majorité des cas, il ne s’agit que d’améliorations marginales de produits existants introduites par les entreprises pour entretenir le désir de consommation. Les grandes révolutions technologiques qui ont changé le monde au tournant du XXe siècle et dans la première moitié du siècle dernier (chimie, automobile, pétrole, aviation, électricité, etc.) se font plus rares aujourd’hui. Ce constat permet d’expliquer pourquoi l’accélération de l’innovation est, en réalité, trompeuse et ne se reflète, ni dans la croissance du PIB ni dans les gains de productivité qui ne cessent de décliner.

      Autre biais de l’analyse d’Aghion : la focalisation sur l’innovation high-tech (« la frontière technologique » selon ses termes). Nombre d’innovations majeures qui ont bouleversé l’organisation du travail et accru sa productivité, ne sont pas technologiques ou ont un contenu technologique très faible. Ainsi, les changements organisationnels comme le taylorisme, le toyotisme ou la gestion de projets ont révolutionné les méthodes de production. Schumpeter, contemporain de Taylor et de Ford, avait identifié leur importance dans la transformation du système économique. Elles n’impliquent ni brevets, ni dépenses de R&D.

      En matière d’innovation low tech, le conteneur a révolutionné le transport maritime en divisant par dix le coût de chargement et déchargement des marchandises. Autre exemple contemporain : l’efficacité, dans le domaine militaire, des drones low cost produits par de nouveaux entrants (Iran, Ukraine) par rapport à des missiles sophistiqués, au coût exorbitant, promus par les grandes puissances militaires.
      Un thermomètre aveugle

      Si les lunettes d’observation de l’innovation sont inadaptées, le but de celle-ci, à savoir la croissance économique l’est tout autant. En négligeant les impacts sociaux et écologiques de l’innovation, Philippe Aghion sous-estime ses effets indésirables à long terme.

      L’argumentation selon laquelle l’innovation technologique pourrait être mise au service de la croissance verte méconnaît un résultat bien connu des spécialistes d’évaluation environnementale : les transferts de pollution. Aucune technologie n’est sans impacts environnementaux ; elle les déplace.

      Ainsi, le véhicule électrique, comme les éoliennes ou les infrastructures numériques ont des effets liés à l’extraction, la transformation des matières et la production de ces objets. Et les industriels s’inquiètent, d’ores et déjà, de la disponibilité de certains matériaux, dits critiques, et des risques de rupture d’approvisionnement liés à une trop grande dépendance à l’égard de la Chine pour certaines matières et composants. Réduire ces impacts et dépendances suppose un travail d’éco-conception.
      Quel modèle européen ?

      L’IA, que Philippe Aghion présente comme la nouvelle frontière technologique à conquérir pour les Européens, illustre toute l’ambivalence de ses impacts. La multiplication des usages déviants de l’IA (compagnon émotionnel, cyberpiraterie, cybercriminalité, surveillance généralisée…) illustre l’urgence d’une régulation comme celle que l’Union européenne essaye d’instaurer.

      La croissance exponentielle des besoins énergétiques liés à l’IA devrait engendrer une croissance de 25 % de la demande d’électricité aux Etats-Unis. Or non seulement l’offre ne suit pas, risquant d’entraîner des pénuries, mais les experts anticipent un recours massif aux énergies fossiles, éloignant toujours plus l’économie américaine d’une croissance « verte », neutre en carbone.

      Là encore, l’enjeu pour l’Europe n’est certainement pas de suivre l’exemple américain dans une course au gigantisme de modèles d’IA toujours plus gourmands en données et en énergie, mais d’explorer des modèles plus sobres et de cibler les usages qui en sont faits.

      La prise en compte de ces dimensions sociales, éthiques et environnementales montre une autre facette des innovations high-tech : non pas le moteur de la croissance économique à court terme, mais le cimetière des générations futures et des espoirs d’un monde encore habitable. Comme le souligne justement le philosophe Gilles Lecerf, les Etats-Unis sont peut-être à la pointe de l’innovation technologique dans les technologies numériques, ils ont peut-être une croissance économique plus forte qu’en Europe, mais c’est également un pays où la mortalité infantile augmente, l’espérance de vie diminue, le niveau des inégalités sociales explose et où les impacts environnementaux par tête est le plus élevé au monde.

      Innover autrement, de façon plus responsable, suppose d’emprunter un autre chemin 2. Pour cela, il faut non seulement changer de thermomètre (le PIB), renoncer à cette logique de croissance mortifère, mais également sélectionner les innovations en fonction de leur utilité sociale et environnementale.

      ▻https://www.alternatives-economiques.fr/franck-aggeri/philippe-aghion-limites-dune-theorie-macroeconomique-de-linnovat/00116623

  • Analyse à chaud : l’annonce du Premier ministre concernant la réforme des retraites
    ▻http://blogs.alternatives-economiques.fr/zemmour/2025/10/14/analyse-a-chaud-l-annonce-du-premier-ministre-concern

    Michaël Zemmour 14/10/2025

    L’annonce du Premier Ministre laisse prévoir un décalage du calendrier de la réforme de 2023, d’environ 3 mois pour les générations 1964 à 1968 (3,5 m de personnes). La cible des 64 ans et 172 annuité continuerait d’être poursuivie au même rythme, décalé d’une année de naissance.

    • Si le morceau est trop gros à faire avaler, tu le découpes en petits bouts que tu éparpilles en proposant de former des équipes pour chaque échantillon.
      Puis tu appelles le PS pour qu’ils fanfaronnent dans les médias sur cette belle réussite.

    • On peut en déduire que les personnes nées en avril 1965 partiront à 63 ans et 171 trimestres. Puis la réforme poursuivra son cours ordinaire (on peut même imaginer que ça aille plus vite).

      je savais bien qu’il y avait une embrouille. Le PS qui se macronise ou l’inverse d’office ça sent pas bon.

    • Le « pari risqué » du Parti socialiste lui profitera-t-il ?
      ▻https://f24.my/BV27

      Comme l’a reconnu le chef de file des députés socialistes, Boris Vallaud, à la tribune de l’Assemblée nationale, le #Parti_socialiste, en acceptant de ne pas censurer le gouvernement, fait un « pari ». Au risque de s’isoler du reste de la gauche ou d’être qualifié de « sauveur de la #macronie » par l’extrême droite.

      « Je suis heureux pour les 3,5 millions de personnes qui pourront partir à la retraite plus tôt. [...] Quand on fait de la politique, on le fait pour changer la vie des gens. En tout cas c’est ma conception », s’est justifié le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, mardi au 20 heures de TF1, estimant que « provoquer une dissolution, ça ne change pas la vie des gens » et se disant « déterminé à arracher d’autres victoires ».

      à l’instar de la main droite atrophiée de Boris, Olivier à des petits pieds.
      ▻https://seenthis.net/messages/1141048

    • En sauvant la Macronie, le P"S" n’a pas pu éviter la dégradation de la note sur la dette de la France par S&P (AAA —> A+) mais ça c’est sûr, ça va « changer la vie des gens », enfin, surtout celle des rentiers ...
      ▻https://www.ouest-france.fr/economie/budget-collectivites-etat/degradation-de-la-dette-francaise-qui-perd-et-qui-gagne-si-les-taux-rem

      « Cela va demander des efforts » (Roland Lescure, ministre de l’économie)

    • Quelques nouvelles d’une vieille baderne issue de la « mouvance » des droitards « raisonnables », histoire de se mettre en jambe pour cette nouvelle semaine de merdasse médiatique ...
      ▻https://www.lepoint.fr/politique/la-taxe-zucman-est-a-la-croissance-ce-que-l-hydroxychloroquine-etait-au-covi

      Ça fait quand même plus d’un demi-siècle qu’ils nous pourrissent la vie ces vieux salopards.

      #croissance #valeur_travail (avec des guillemets) #loi_de_l'offre #emploi (ou plutôt #bullshit_job) #lois_du_marché (libre et non-faussé, mon cul) #dette_publique #dogmes #horreur_économique

    • @sombre pour Le Point ça fait 53 ans qu’il brosse son lectorat dans le sens du poil. Un poil de CSP+
      Claude Imbert , l’un des fondateurs, fut le premier à occuper le poste de rédac chef. Sa vision a profondément marqué le magazine au cours de ses premières années. Plus tard, Franz-Olivier Giesbert et Étienne Gernelle ont respectivement pris les rênes de l’hebdo.
      L’ère numérique a également vu émerger des figures comme Florent Barraco et Jérôme Béglé , qui ont su adapter Le Point à l’évolution du paysage médiatique et faire concurrence, voire alliance avec un autre torche cul Valeurs Actuelles .
      ▻https://www.viapresse.com/abonnement-magazine-le-point-qui-est-le-directeur-du-magazine-le-point
      Où est Géraldine ?
      ►https://seenthis.net/messages/1125915

    • « Volte-face » ? Le PS n’a pas « trahi », c’est la France Insoumise qui l’a fait passer pour un allié
      ▻https://www.revolutionpermanente.fr/Volte-face-Le-PS-n-a-pas-trahi-c-est-la-France-Insoumise-qui-l-

      En refusant de voter la censure contre Lecornu, le Parti socialiste a une nouvelle fois sauvé le macronisme. Une « trahison » que Jean-Luc Mélenchon et LFI feignent de découvrir. Pourtant, elle s’inscrit dans la droite lignée de 50 années d’attaques antisociales lancées par le PS.

      Alors que les débats battent leur plein à l’Assemblée nationale, le tandem Macron-Lecornu semble avoir trouvé un chemin pour faire passer leur copie du budget 2026 et imposer une nouvelle austérité brutale. Une stabilisation relative que la macronie doit à la bonne volonté du Parti socialiste, toujours prêt à collaborer pour sauver un régime en difficulté. Les socialistes ont ainsi offert leur soutien à un gouvernement illégitime en échange de l’arnaque de la « suspension », ainsi que de pseudo-concessions qui pourraient bien ne jamais voir le jour étant donné que le budget pourrait passer par ordonnance.

      Cette politique de sauvetage de la macronie par le PS n’est une surprise pour personne. Il suffit en effet de remonter au mois de janvier, lorsque le PS refusait de censurer le gouvernement Bayrou et validait en échange du conclave sur les retraites les coupes brutales du budget 2025. Une séquence que les responsables insoumis ont vraisemblablement oubliée puisque, depuis deux semaines, ils n’ont plus de mots pour dénoncer ce qui est à leurs yeux une terrible « trahison » du PS. Mélenchon, dans deux notes de blog publiées le 23 et 25 octobre, fustige notamment ce « changement de ligne » du PS comme « une caricature de l’opportunisme et du cynisme en politique ».

      Le dirigeant insoumis explique même que cette « volte-face politique » constitue un revirement stratégique total de la part du PS : abandonnant le projet du NFP, Faure et ses lieutenants miseraient désormais sur une « grande coalition » avec le centre macroniste sur le modèle des autres grands partis de la social-démocratie européenne. Un changement si profond qu’il serait de l’ordre des « ondes longues de l’histoire politique des partis en France », souligne-t-il. Un discours d’une profonde hypocrisie : Mélenchon feint d’ignorer que le PS n’a, depuis Mitterrand et le tournant de la rigueur, jamais cessé d’être un parti bourgeois qui, au pouvoir en alternance avec la droite, a joué un rôle central dans à la mise en œuvre des politiques austéritaires, anti-ouvrières et racistes des dernières 50 années.
      Une trahison, vraiment ? Le PS, un parti bourgeois intégré au régime

      Dès lors, parler de « trahison » du Parti Socialiste comme le font les insoumis participe à l’illusion que le PS ferait partie de « notre camp social ». Non, les responsables socialistes n’ont pas été « roulés dans la farine » par les macronistes, et ne sont pas tombés dans l’« amateurisme » comme l’affirme LFI. Ils n’ont pas non plus « changé de ligne » comme cherche à le souligner Mélenchon pour mieux se dédouaner de ses responsabilités dans la résurrection de ce parti. Bien loin de « trahir », le PS ne fait que jouer le rôle qu’il a joué historiquement : se faire élire en donnant l’illusion que cela permettra d’obtenir des concessions sociales, puis imposer certaines des plus graves politiques anti-ouvrières, racistes et autoritaires de la Vème République.

      Cela a notamment commencé avec la victoire de Mitterrand en 1981. Il faudra alors seulement attendre deux ans pour que le PS s’adapte aux exigences politiques de la bourgeoisie française et opère le « tournant de la rigueur ». Au programme : gel des salaires, coupes drastiques dans les services publics, privatisations. Cette brusque offensive anti-ouvrière sur fond d’adaptation à l’agenda néolibéral se poursuivra à chaque séjour des socialistes à Matignon ou à l’Élysée. Sous la « gauche plurielle » de Jospin, le PS s’empressera en effet de privatiser à tour de bras : France Télécom, Air France, le Crédit Lyonnais, Thomson ou encore l’aérospatial y passent. Et l’on ne saurait bien sûr oublier les innombrables attaques contre les travailleurs de la présidence de François Hollande, à commencer par la loi Travail dite « El-Khomri » de 2016. Autant d’illustrations de l’intégration profonde du PS au régime au service de l’offensive néo-libérale.

      Tout au long de son histoire, le PS a su démontrer qu’il se plaçait du côté des patrons, dont il s’est toujours efforcé de garantir et de protéger les profits. Dès les premiers mois de son mandat, Hollande offrait au patronat le Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE), un cadeau de 100 milliards d’euros, prolongé en 2014 par le Pacte de responsabilité, qui acte une baisse drastique des cotisations payées par les entreprises et préfigure la politique de l’offre menée par les macronistes aujourd’hui. On ne peut donc guère s’étonner du fait que le PS de Faure se prépare déjà à renoncer à la « Taxe Zucman », qui n’était déjà qu’une bien maigre mesure, pour lui préférer une « Taxe Zucman Light ». De l’avis de Zucman lui-même, celle-ci serait absolument indolore pour le grand patronat en permettant notamment à des milliardaires comme Bolloré et Bernard Arnault d’échapper à cet impôt.

      En plus d’avoir rendu de fiers service à la bourgeoisie française, le rôle du PS au service du renforcement répressif de la Ve République est tel qu’il ferait même pâlir la droite traditionnelle. À commencer par la Loi Chevènement et la Loi sur la sécurité quotidienne, promulguées sous Jospin, la première contre les droits des personnes étrangères et la seconde renforçant les moyens policiers et la surveillance de masse. Cette offensive a été continuée et largement étendue sous Hollande, avec notamment l’inscription du délit d’apologie du terrorisme dans le droit commun, le débat sur la déchéance de nationalité, etc.

      Que ce soit dans ses attaques contre les travailleurs et les étrangers ou dans sa politique pro-patronale, la ligne historique du PS est en symbiose avec la politique menée depuis désormais huit ans par Macron, ancien ministre socialiste. Si ses deux mandats ont encore radicalisé les attaques initiées sous Hollande, le soutien du PS à ces offensives n’en reste pas moins l’orientation politique naturelle de ce parti bourgeois, profondément intégré au régime.
      La résurrection du PS, fruit de la stratégie institutionnelle de LFI

      Pour Mélenchon, qui continue de revendiquer une grande partie du bilan du mitterrandisme, l’histoire du PS est avant tout celle d’une force politique au service de l’émancipation, qui aurait connu quelques errements à partir des années 2000. Ainsi, de son point de vue, le « volte-face » actuel conduit le parti à un retour à ces errements, « à la grande tradition de l’arnaque à la François Hollande », et clôturerait la parenthèse durant laquelle le PS était redevenu un authentique « parti de gauche » à travers sa collaboration aux alliances électorales impulsées par LFI, la Nupes en 2022 et le NFP en 2024.

      Mais cette manière de présenter les choses mystifie la réalité : ce sont précisément ces alliances électorales qui ont produit l’illusion d’un revirement à gauche du PS, permettant ainsi à un parti sorti exsangue du quinquennat de Hollande de se refaire une santé et de se réhabiliter comme force politique d’opposition. Loin de toute rupture avec la période hollandiste, après 2017 les socialistes ont simplement été contraints de mettre en sourdine leurs aspects les plus anti-ouvriers et racistes pour éviter leur disparition politique.

      Si Mélenchon est bien conscient que sans l’union de la gauche aux législatives le PS aurait « été instantanément rayé de la carte électorale » [1], c’est bien qu’il pensait pouvoir imposer son hégémonie sur le PS tout en s’appuyant sur son ancrage national. Une opération de réhabilitation du PS qui s’est retournée contre son initiateur et vient à nouveau illustrer les limites stratégiques de LFI. Cherchant à multiplier les alliances et combines électorales pour combler ses problèmes d’implantation locale sur le territoire, LFI a remis en scelle le PS en lui permettant d’appuyer les politiques macronistes. Les insoumis ont donc une part de responsabilité dans l’impasse que constitue la situation actuelle et le sauvetage du régime mis en œuvre par le PS.

      Cette politique de réhabilitation du PS est le produit de la stratégie institutionnelle de LFI. Comme Mélenchon le rappelle dans Faites mieux, les élections sont pour lui l’alpha et l’oméga de la politique : « La conviction démocratique, les élections sont la forme nécessaire de la mobilisation politique capable d’inverser le cours des choses non seulement par la conquête du pouvoir politique mais par l’implication populaire à construire et à maintenir ensuite ». Une orientation qui conduit LFI à raisonner, non pas sur le terrain de la lutte de classe, mais en termes de réserves potentielles de voix dans l’optique de remporter l’élection présidentielle, cœur névralgique de cette stratégie.

      Loin donc de constituer un changement de cap, le soutien actuel du parti d’Olivier Faure au gouvernement Lecornu illustre simplement qu’après avoir été ressuscité le PS n’a plus besoin de la bouée de sauvetage qu’a constitué LFI et n’hésite plus à réaffirmer sa vocation originaire : stabiliser le régime et appuyer les politiques réactionnaires de la macronie. De ce point de vue, la Nupes et le NFP n’ont été que le tremplin qui a permis à ce parti bourgeois de se refaire une santé et de se replacer au centre du jeu politique pour retrouver tout son pouvoir de nuisance.

      De plus, malgré l’hostilité désormais ouverte et affichée du PS envers LFI, qui se prépare à présenter des candidats socialistes contre les députés insoumis sortants aux prochaines élections, Mélenchon refuse toujours de reconnaître le PS comme un ennemi, mais seulement un adversaire qui peut devenir un partenaire de lutte. Lors d’une récente émission, Mélenchon a en effet prévenu : « Si nous commençons à jeter des pierres aux socialistes, ça va nous défouler c’est clair. Les chefs socialistes que nous voyons nous inspirent un mépris incroyable […] Ne tombez pas dans le piège, il faut fraterniser avec les socialistes de terrain, de la base, il faut s’unir dans l’action ». S’il semble avoir perdu l’illusion de se lier à la direction nationale du parti, il ne désespère pas de continuer à s’allier avec certaines sections locales du PS.

      Face à l’impasse de telles stratégies institutionnelles, il est urgent de défendre une autre ligne, loin des combines électorales, pour chercher à reconstruire une gauche révolutionnaire qui critique inlassablement les manœuvres et attaques de tous les partis bourgeois. Une gauche révolutionnaire, qui lutte sur les lieux de travail, dans les quartiers et sur les facs, pour construire les mobilisations qui traversent le pays, sans nourrir d’illusions dans les mécanismes de la Ve République ou dans une hypothétique réforme des institutions. Une gauche qui fait de la lutte des classes son centre de gravité, en totale indépendance politique d’avec les partis du régime comme le PS.

  • Rüstungswahn gegen Medien-Tiger für die Finanzmacht
    ▻https://overton-magazin.de/top-story/ruestungswahn-gegen-medien-tiger-fuer-die-finanzmacht

    A propos de la « folle » politique provoquée par la nécessité de trouver une solution à la croissance illimitée de la quantité d’argent disponible dans le système capitaliste.

    La déscription du phénomène dans l’article est juste mais elle manque de précision. Je ne suis pas d’accord avec la qualification de folle du sxstème et de la politique capitaliste et libérale. Au cintraire, elle est la conséquence logique du capitalisme dans sa phase impérialiste depuis la fin du dix neuvième siècle.

    10.10.2025 vin Rob Kenius - Der größte Schaden, den die Finanzdiktatoren Friedrich Merz, Emmanuel Macron, Keir Starmer und Ursula von der Leyen bisher für die Bevölkerung angerichtet haben, das sind die eine Billion Euro übersteigenden Gelder, welche in die Hochrüstung fließen und für den Staatshaushalt verloren sind. Sie fließen nicht in das Land Ukraine mit seinen Menschen, nein, sie zerstören das Land und sie lösen keines der zahlreichen Probleme in Europa.

    Die Flut von Geld und Schulden bewahrt aber das absurde Finanzsystem wieder einmal vor dem drohenden Zusammenbruch.

    Dieses feudale System hat Axiome und starre Regeln, welche den Finanzwahn erzeugen. Und der Rüstungswahn der Europäer ist eine logische Folge davon.

    Die Logik und Funktionen im System zu verstehen, das ist der Hebel des rationalen Denkens und Handelns, ein Hebel, den man überall ansetzen kann, wo es gilt, wenigstens einen noch viel größeren Krieg zu verhindern. In Frankreich hat die Revolte gegen den Wahnsinn des Präsidenten Macron schon begonnen.
    Grenzenlose Zahlen

    Das Finanzsystem hat sich schon lange von einer materiellen Bindung gelöst. Das beinhaltet die Erklärung, die US-Präsident Richard Nixon 1971 abgegeben hat: Der Dollar ist frei von der Bindung an Gold und an irgendeinen anderen Sachwert. Weil der Dollar die Leitwährung ist und an Menge das Finanzgeschäft dominiert, gilt das auch für den Euro und andere Währungen. Geld ist völlig abstrakt, es ist eine Zahl, die zur Verrechnung und Bewertung dient und die von allen als realer Wert akzeptiert wird.

    Das völlig abstrakte Geld schafft aber ein Problem: Wenn Geld nur eine Zahl ist, kann man sie bis ins Unendliche immer weiter zählen und es gibt auch keine Obergrenze für die Zahlen, die Geld bedeuten.
    Kredite ohne Rücklagen

    Kann die Geldmenge jetzt unbegrenzt wachsen? Ja. Und sie wächst unbegrenzt, weil staatliche und private Banken bei der Vergabe von Krediten Geld erschaffen. Sie machen Gutschriften über Geldsummen, die sie nicht zur Verfügung haben. Das ist girale Geldschöpfung und die Summe aller Kredite geht weit über die Rücklagen der Banken hinaus. Die Banken erschaffen so Geld auf Konten, über das die Schuldner verfügen können. Und dieses Buchgeld ist von anderem Geld nicht zu unterscheiden.

    Dadurch wächst die Geldmenge unbegrenzt und man kann sagen, sie geht gegen unendlich. Es gibt keine Obergrenze und es gibt keine Kontrolle, es gibt keine Geldbremse und auch keine Schuldenbremse mehr.
    Mehr Schulden als Geld

    Bei dieser Art der Kreditvergabe entstehen Geld und Schulden in gleicher Höhe. Auf der Schuldenseite kommen noch die Zinsen hinzu, doch das Geld für diese Zinsen wird dabei nicht generiert. Im Gesamtsystem fehlt also das Geld für die Zinsen und man muss zusätzliches Geld beschaffen, weil das vorhandene Geld zur Tilgung aller Schulden plus Zinsen nicht reicht. Dieses fehlende Geld wird durch weitere Kreditvergabe von den Banken generiert, worauf wieder Zinsen fällig sind.

    Das Finanzsystem weitet sich dadurch aus. Es ist nicht nur unbegrenzt, sondern auch expansiv. Dieses System ist, mathematisch gesprochen, divergent, es ist weitgehend außer Kontrolle und es wird, wegen der Schulden und wegen der riesigen Menge an Geld, die frei um den Globus schwappt, instabil. Es könnte jeder Zeit zusammenbrechen. Die Akteure, also die Geldbesitzer und alle anderen, die über Milliarden verfügen, veranlasst die Grenzenlosigkeit und die Expansion des Finanzsystems zu grenzenlosem Denken. Das Finanzsystem und seine Macht verleiten zum Größenwahn.
    Geldüberfluss als Problem

    Die gesamte Geldmenge ist inzwischen das Vier- oder Fünffache vom Geldwert aller materiellen Dinge und Leistungen, die man kaufen kann. Das Überangebot an Geld führt zur Inflation, jedoch langsam, nicht gleich auf allen Gebieten, weil die Besitzer der großen Geldsummen vorsichtig sind. Sie kaufen gerne Aktien und Immobilien. Und sie wollen, dass wenig Geld bei der Masse der Menschen landet. Das würde die Macht der Finanzen schmälern. Das Volk wäre nicht mehr bereit, für Niedriglöhne hart zu arbeiten.

    Die Investition in die Produktion von Konsumgütern wird begrenzt durch die geringe Kaufkraft der Massen, die nicht gesteigert werden soll, auch nicht durch soziale Maßnahmen.

    Die Macht des Geldes, die das Ego der Finanzakteure stärkt, besteht selbstverständlich darin, dass man Geld eigenmächtig bewegt und investiert. Es wäre ideal, in die Produktion von Gütern zu investieren, die nicht auf dem Verbrauchermarkt landen, am besten Produkte, die einfach mit einem Knall verschwinden wie ein platzender Ballon. Oder Dinge, die zwar gekauft, aber gar nicht benutzt werden.
    Die Rettung des expansiven Systems

    Gibt es Wirtschaftsgüter, auf die dieses Wunschdenken zutrifft? Ja, es gibt sie. Für menschenverachtende Investoren ist das die militärische Rüstung.

    Da öffnet sich ein riesiges Tor, um mit überschüssigem Geld überflüssige Güter zu produzieren, die dann auch noch mit Staatsschulden bezahlt werden. Und das Finanzsystem kann sich weiter ausdehnen, ohne dass es zusammenbricht. Rüstung ist das neue Eldorado für den Größenwahn der Finanzmacht.

    Die Staaten sollen viele Milliarden in die Rüstung stecken und dabei hohe Schulden machen. Auch Staatsschulden sind ein Gewinn für die Banken. Neues Geld wird generiert und gegen Zinsen als Staatskredit sicher angelegt. Die Milliardenkredite an wirtschaftlich solide Staaten und ihre Zinsen sind über Generationen von braven Bürgern und Steuerzahlern abgesichert.
    Von der Realität gelöstes Denken

    Weil die Zahlen im Geldsystem schnell steigen, müssen es jetzt schon viele hundert Milliarden und schließlich Billionen sein. Den tausendfachen Unterschied zwischen den Zahlen Million, Milliarde und Billion sehen die meisten Menschen nicht, aber wer diese Zahlen auf seinem Konto hat, kann die Ziffern vor dem Komma in Dreiergruppen ordnen und zählen.

    Die Geldvermehrung für Rüstung und Krieg ist jetzt das große Ding. Der Größenwahn, der im unbegrenzten und expansiven Finanzsystem steckt, führt so zum Rüstungswahn.

    Dabei muss der Krieg nicht unbedingt stattfinden, aber für die Bedrohung und Angstmache ist der Krieg unverzichtbar. Keine Rüstung ohne die Angst und die Bedrohung durch einen Feind, der den Krieg beginnen soll.

    Die Initiative und der Druck gehen selbstverständlich von den USA aus, wo die extremste Finanzmacht und der weltgrößte Militärisch-Industrielle Komplex zu Hause sind.
    Eine Brücke über den Atlantik

    Die USA liefern Billionen Dollars und sündhaft teure Waffen; denn die Waffensysteme kommen aus privaten Rüstungsbetrieben. Die USA liefern auch das Feindbild: Der Feind heißt Russland.

    Vor siebzig Jahren sah man in den USA die Sowjetunion als großen ideologischen Rivalen und man befürchtete eine Weltrevolution, die auch in den Köpfen vieler Menschen herumgeisterte. China und Cuba schienen der Anfang zu sein.

    Dass die Sowjetunion unter Michail Gorbatschow sich friedlich aufgelöst hat, haben anscheinend viele in den USA nicht mitbekommen, sie haben ihr Feindbild Sowjetunion einfach durch Russland ersetzt. Bei der räumlichen Entfernung ist dies kein Wunder.

    Zwischen Amerika und Europa erstreckt sich der Atlantische Ozean. Aber die sogenannten Atlantiker ignorieren diesen Ozean, sie sehen ihn als einen Bach oder Tümpel an und konstruieren aus Ideologie und Rhetorik eine Atlantik-Brücke. Über diese Atlantik-Brücke gelangte das US-amerikanische Denken in die Köpfe europäischer Follower.

    Das Feindbild Russland in Europa zu übernehmen, ist unhistorisch, erst recht hier in Deutschland, wo man die Wiedervereinigung erlebt hat und den völligen Abzug russischer Truppen aus der ehemaligen DDR. Auch die Rede von Wladimir Putin 2001 im Bundestag ist immer noch abrufbar. Er hat sie in deutscher Sprache gehalten. Seine freundlichen Angebote sind vielleicht deshalb in den USA nicht angekommen.
    Wo ist der Papiertiger?

    Jetzt, im Jahr 2025 dämmert es: „Russland ist ein Papiertiger“, sagte Donald Trump. Man muss diesen Spruch präzisieren: Mit dem Papiertiger meint Trump wohl die Vorstellung, die Joe Biden und die Demokraten von Russland hatten. Und heute müsste man statt Papiertiger, besser „Medien-Tiger“ sagen; denn Papier ist nicht mehr das entscheidende Medium. Das war zur Zeit von Mao, der den Ausdruck Papiertiger geprägt hat.

    Mit seinem Spruch „Russland ist ein Papiertiger“ hat Trump wohl etwas ausdrücken wollen, das in den USA eine wichtige Erkenntnis ist: Russland ist kein ernst zu nehmender Rivale. Es hat weder die Stärke noch den Willen, den Westen oder die Welt zu erobern.
    Wahn und Wissen

    Der Rüstungswahn hat als Antrieb, im Hintergrund, den Größenwahn im Geldsystem. Diesen Wahn kann man mit Tatsachen widerlegen und mit Einsicht bekämpfen:

    Geld ist in großem Überfluss vorhanden. Zu viel Geld macht Dinge kaputt: Geld hat Profisport kaputt gemacht, die Popmusik, Diskussionen im Internet. Zu viel Geld macht die Regierenden verrückt. Es treibt sie, wie die Finanzleute, in den Größenwahn. (Wenn der Größenwahn nicht vorher schon vorhanden war.)

    Zu den Kriegstreibern gehören auch Maulhelden in staatlichen Schlüsselpositionen und in der EU, die von einem nahenden Krieg schwadronieren. Unsere staatstreuen Medien übernehmen diese Meinungsäußerungen wie Fakten und verbreiten sie jeden Tag.

    Der Rüstungswahn, der aus den USA über die Atlantik-Brücke kommt, hat, zusammen mit der Expansion der Nato, unsere friedliche Koexistenz in Europa, kaputt gemacht. Es ist unsere unabwendbare, harte Aufgabe, mit allen Mitteln den noch viel größeren Krieg zu verhindern. In Frankreich hat die Revolte gegen Krieg und Geldverschwendung und gegen den größenwahnsinnigen Präsidenten Macron schon begonnen.

    Rob Kenius betreibt die systemkritische Webseite ►https://kritlit.de und hat mehrere Bücher über das Finanzsystem geschrieben.

    Rob Kenius

    Rob Kenius kam während des Studiums der Physik zur Publizistik und wurde Chefredakteur der Studentenzeitung. Nach dem Diplom ging er in die wissenschaftliche Redaktion des WDR-Fernsehens. Die strenge Hierarchie des Senders war jedoch nicht seine Welt. Er arbeitete kurz für Reaktorsicherheit, als man ihn an das Innenministerium vermitteln wollte, um Argumente der Aromkraftgegner zu widerlegen, kündigte er. Seitdem ist er selbständig, als freier Publizist und im Musikgeschäft.

    Rob Kenius übt auf seiner Webseite kritlit.de harte Systemkritk. Er schrieb für telepolis und war 2020 ein erster Gegner der Corona-Maßnahmen. Die politische Situation hat sich inzwischen enorm verschlechtert. Rob Kenius schreibt dagegen an, und wegen der Kommentare, besonders gerne für Krass&Konkret.

    #capitalusme #impérialisme #économie #croissance #guerre

  • Les JO de #Paris 2024, le grand #mensonge économique

    La #Cour_des_comptes a publié un #rapport définitif sur le coût et l’#impact_économique des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Et c’est peu dire que le #bilan est peu reluisant… contrairement à ce qui avait été promis.

    L’effervescence populaire créée par les Jeux olympiques et paralympiques (#JOP) de Paris 2024 étant passée, il est temps de faire les (vrais) comptes de l’événement. Hélas, force est de constater que l’impact économique et financier des JOP de Paris 2024 est largement insuffisant.

    Dans un rapport (▻https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-09/20240929-rapport-JOP-2024_0.pdf) publié lundi 29 septembre 2025, la Cour des comptes remet sérieusement en cause le narratif idyllique autour des #retombées de l’événement, savamment entretenu par l’Élysée et le comité d’organisation de Paris 2024 pour le faire accepter à toutes et tous.

    D’abord, les magistrat·es de la rue Cambon expliquent que le coût des JOP de Paris 2024 pour les #finances_publiques aura in fine été de 6,6 milliards d’euros – 3,02 milliards pour l’organisation et 3,63 milliards pour les infrastructures –, soit 3,3 fois plus que le coût initialement prévu. Mais, surtout, son impact sur la #croissance_économique aura été « limité », à seulement 0,07 point de PIB (produit intérieur brut).

    Une activité trop faible pour générer des #recettes_fiscales. Ainsi, à partir de l’estimation de la #TVA pour l’année 2024, rappelle la Cour des comptes, la Direction générale des finances publiques a constaté que « l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris ne semble pas avoir particulièrement stimulé les recettes de TVA, pas même pendant la période restreinte des Jeux ».

    En annexe du rapport de la Cour des comptes, on peut même lire que les JOP de Paris 2024 sont, à ce stade, un #gouffre_financier : au 30 juin 2025, « les revenus directs produits par les Jeux » ne couvraient que « 40,6 % du montant total des dépenses d’organisation et d’infrastructures », secteurs publics et privés confondus. Clairement, le compte n’y est pas.

    Le patron de Paris 2024, #Tony_Estanguet, expliquait pourtant peu avant l’événement que l’un des principaux succès des JOP serait de « réussir à créer un impact d’un point de vue économique ». Le président de la République Emmanuel Macron s’était même risqué de son côté à dire que « les #investissements [pour les JOP de Paris 2024] [allaient] être rentables car ils ser[aient] pérennisés, [ayant] généré de l’activité ».

    Il évoquait aussi quelques semaines avant le début de l’évènement le chiffre de « 2 milliards [de dépenses de l’État] qui ont généré plus de 6 milliards d’activité ». « On a fait travailler 2 000 entreprises, on a créé de l’emploi, on a permis à des jeunes de s’insérer par l’emploi », avait-il encore avancé.

    Étude bancale

    Pour étayer leurs dires, les promoteurs des JOP de Paris 2024 s’appuyaient principalement sur une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, financée par le comité de candidature Paris 2024, sur les retombées pour l’économie de l’Île-de-France.

    Celle-ci montrait qu’en additionnant les estimations des effets de la construction, de l’organisation et du tourisme, les retombées économiques des JOP de Paris 2024 se chiffreraient à 9 milliards d’euros selon un scénario central.

    Las, le rapport de la Cour des comptes estime, à mots à peine couverts, que cette étude était en fait très peu crédible, au motif d’une part qu’elle a été financée par le comité d’organisation de l’événement, et d’autre part qu’elle a retenu pour avancer ces chiffres une méthode – la même que tous les autres comités d’organisation de grands événements sportifs – qui favorise des résultats « exagérément optimistes ».

    Trivialement, la méthodologie habituellement utilisée par les comités d’organisation pour vanter les Jeux olympiques et autres Coupes du monde de football ne prend pas en compte les ajustements comportementaux des agents économiques lors de la tenue des compétitions.

    Or, pour Paris 2024, les effets comportementaux ont été importants. L’Insee a ainsi constaté que les évolutions annuelles des dépenses en services de transport, en hébergement et restauration au troisième trimestre 2024 ont été comparables à celles de 2023, voire un peu moins fortes, « ce qui peut suggérer un effet de substitution avec des dépenses qui auraient eu lieu sans les Jeux ».

    L’Insee a notamment réajusté à la baisse de 0,1 point de PIB l’impact des JOP sur la croissance en décembre 2024 du fait d’effets d’éviction auprès des touristes habituels, qui « s’observent dans le recul de la fréquentation touristique en 2024, malgré les Jeux ».

    En somme, avec la tenue des JOP de 2024, Paris s’est privé d’une saison touristique estivale. Celle-ci ayant été marquée « par une baisse significative du nombre de nuitées, à la fois pour les visiteurs résidents et non résidents ». En fait, « compte tenu de la forte attractivité touristique de Paris, indépendamment de la tenue des Jeux, une partie des visiteurs habituels semble avoir évité la capitale durant l’événement », écrit la Cour des comptes.

    Un autre exemple concret : entre juillet et septembre 2024, « la fréquentation des musées du Louvre et d’Orsay, du Quai Branly et du Centre Pompidou a baissé de 16 % par rapport à la même période en 2023 ». Par conséquent, « le ministère de la culture estime l’impact financier global pour 24 établissements à 34,9 millions d’euros ».

    Outre les impacts nuls sur le #tourisme, l’organisation des Jeux s’est aussi traduite par « des perturbations des activités des résidents et des acteurs économiques dans les zones accueillant des compétitions et des cérémonies ». En effet, « pour certains acteurs, les mesures de restriction de circulation et d’accès à certaines zones ont eu des conséquences directes sur leur activité ».

    La Confédération des commerçants de France avait notamment publié un communiqué s’alarmant de la baisse de la fréquentation à cause de la tenue des JOP. Au point qu’en juin 2024, une commission d’indemnisation des préjudices économiques subis par les acteurs économiques a été créée.

    Ainsi, conclut la Cour des comptes, « les retombées économiques indirectes durant l’année 2024 apparaissent faibles, voire négatives, en raison notamment des effets d’éviction auprès des touristes habituels ».

    Un #échec prévisible

    À ce stade, un argument des défenseurs des JOP 2024 pourrait être de dire que les retombées économiques arriveront lors des prochaines années, particulièrement en ce qui concerne l’exploitation des infrastructures construites ou rénovées.

    Mais, dans son rapport, la Cour des comptes coupe l’herbe sous le pied des plus optimistes : « Bien qu’un impact significatif sur l’activité lié à l’utilisation de ces équipements ne puisse être exclu, il apparaît peu probable que leur exploitation produise des rendements économiques positifs. »

    Pour étayer son scepticisme, la Cour des comptes s’appuie sur des études sur les grands événements sportifs internationaux passés. Celles-ci montrent que les bénéfices économiques ne sont observés que lorsque ces événements étaient organisés dans les pays émergents – les Coupes du monde de football de 2002 en Corée du Sud et de 2010 en Afrique du Sud. Ce qui suggère, du reste, que le faible impact économique des JOP de Paris 2024 aurait pu être largement anticipé.

    Pourquoi de telles conclusions ? Parce que l’effet global de ces grands événements sportifs sur l’économie « dépend également de la situation générale de l’économie, notamment du degré d’utilisation des capacités de production ».

    La Cour précise : « Si celles-ci sont sous-utilisées en raison de l’insuffisance de la demande, l’organisation d’un grand événement, en augmentant la demande, peut stimuler l’économie sans augmenter les prix. À l’inverse, lorsque les capacités de production sont déjà pleinement utilisées, l’organisation de l’événement risque de se traduire par des tensions sur les prix sans augmenter d’une manière significative l’activité globale. »

    Ainsi, dans une économie mature comme la France, a fortiori celle de l’Île-de-France, où des secteurs comme le tourisme ou la construction étaient déjà au taquet, il est peu surprenant de voir l’économie sous-performer du fait de la tenue d’une compétition comme les JOP de 2024.

    Plus gênant en cette période de vache maigre budgétaire, l’événement a eu des conséquences néfastes sur les finances publiques car celles « engagées pour l’organisation des Jeux auraient pu être allouées à d’autres priorités économiques ou sociales, ou elles auraient aussi pu être économisées, pour limiter le creusement du déficit public, laissant ainsi une marge de manœuvre budgétaire pour des dépenses futures », estime la Cour des comptes.

    Un constat à avoir en tête alors que se profile un nouvel événement sportif de portée mondiale en France : les Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises.

    ▻https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/300925/les-jo-de-paris-2024-le-grand-mensonge-economique
    #jeux_olympiques #JO2024 #économie