• #Régis_Debray, Pierre Assouline, Antoine Gallimard – « Lectures d’hier, lectures de demain ? »
    https://lvsl.fr/regis-debray-pierre-assouline-antoine-gallimard-lectures-dhier-lectures-de-dema

    L’ère de la #Littérature est-elle terminée ? Pour Régis Debray, elle régnait en maître à l’époque de la « graphosphère », où l’écriture était le medium privilégié de représentation et d’expression. Elle a été reléguée à une place subalterne avec l’émergence de la « vidéosphère » : le livre cesse le support principal de l’imaginaire collectif. Cette dépréciation de la littérature a des implications en cascade sur la société, la création et l’esthétique, que l’oeuvre de Régis Debray s’est attachée à explorer. Il revient sur ces transformations en compagnie de Pierre Assouline, écrivain et journaliste, et d’Antoine Gallimard, éditeur, dans une conférence animée par Alban Cerisier.

    #Culture #Livres #Médiologie

  • Au #Vietnam, la scène #punk en dialogue avec les autorités communistes : #reportage
    https://lvsl.fr/au-vietnam-la-scene-punk-en-dialogue-avec-les-autorites-communistes-reportage

    Contrairement à de nombreux pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est, le Vietnam n’a pas connu les soulèvements de la génération Z, en dépit de son système autoritaire et des inégalités persistantes. À Hanoï, capitale du pays profondément marquée par l’empreinte communiste, la jeunesse des scènes underground apparaît plus patiente et légitimiste que radicale et portée à la révolte. Reportage.

    #Culture #communisme #Scène_underground

  • Pour l’extrême droite, la subvention est un moyen de rétorsion pour que les artistes marchent au pas

    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/contre-le-spectacle-vivant-une-offensive-ideologique-et-economique-202607

    Le secteur fait face à une offensive idéologique mais aussi économique. Et si, suggère le professeur Olivier #Neveux, on introduisait plutôt de la politique au cœur de la production, là où elle est déterminante ?

    • C’est là une des lois de l’art : on ne sait pas ce que l’on manque dans ce qui n’existera pas.

      L’offensive idéologique est jumelle de l’offensive économique ; elles sont sinon concertées du moins harmonieuses. L’extrême droite et l’extrême centre mènent nombre de campagnes d’intimidation. Ils ont le goût des annulations. La convergence des intérêts est flagrante. Il n’y a dès lors qu’une politique adéquate : faire disparaître tout désaccord voire toute pluralité. L’art doit marcher au pas, les artistes être aux ordres. La subvention devient un moyen de rétorsion. On appellerait cela la démocratie. Dans un monde réellement renversé, le faux est vrai.

    • La #politique est, en effet, partout, sauf là où elle est déterminante : au cœur de la #production. Il s’agit, il est vrai, d’une autre approche de la politique de l’art. Elle est conflictuelle. Elle parle certes de financement, mais pas seulement. Elle porte sur la façon dont on travaille et les raisons de le faire, sur les moyens et le temps, sur les richesses et leurs répartitions, sur le marché et ce qui doit y faire exception, sur les rapports sociaux et leurs transformations. Conséquente, elle pourrait soutenir une vision intransigeante du secteur public qui ne se laisserait pas happer par le « bon sens » et les habitudes du privé. En substance, elle demande : quoi appartient à qui ? A qui appartient la société ? Et le futur ? En 1935, à Paris, à l’occasion d’un congrès international d’écrivains antifascistes, #Brecht exhortait : « Camarades, parlons des rapports de propriété. » Mais il était trop tard.

  • L’Odyssée, #Nolan, #Hollywood : un triangle d’impossibilité ?
    https://lvsl.fr/lodyssee-nolan-hollywood-plan-a-troie

    L’adaptation de L’Odyssée par Christopher Nolan n’est ni un chef-d’œuvre ni une catastrophe industrielle. Quelques fulgurances y côtoient des choix esthétiques qui en amoindrissent la portée. Des interprétations originales du mythe grec sont bridées par les limites formelles de l’oeuvre. Pris dans les contradictions de « l’auteurisme hollywoodien », le britanno-américain accouche d’un film bâtard.

    #Culture #Cinéma #Homère #L'Odyssée

  • « Lectures d’aujourd’hui » – #Régis_Debray, #Laëtitia_Riss, Côme Leymarie, Amaury Nauroy
    https://lvsl.fr/lectures-daujourdhui-regis-debray-laetitia-riss-come-leymarie-amaury-nauroy

    L’ère de la #Littérature est-elle terminée ? Pour Régis Debray, elle régnait en maître à l’époque de la « #Graphosphère », où l’écriture était le medium privilégié de représentation et d’expression. Elle a été reléguée à une place subalterne avec l’émergence de la « vidéosphère » : le livre cesse le support principal de l’imaginaire collectif. Cette dépréciation de la littérature a des implications en cascade sur la société, la création et l’esthétique, que l’oeuvre de Régis Debray s’est attachée à explorer. Laëtitia Riss, rédactrice en chef du Vent Se Lève, Amaury Nauroy, écrivain et éditeur, et Côme Leymarie, doctorant, reviennent sur ces transformations aux côtés de Régis Debray.

    #Culture #Médiologie

  • Henry Miller sur un gardien de prison dans The Airconditioned Nigjtmare
    https://en.wikipedia.org/wiki/The_Air-Conditioned_Nightmare

    As long as I live I shall never forget that cruel, ash-gray face, those cold, beady man-hunter’s eyes. I hate him and all that he stands for. I hate him with an undying hatred. I would a thousand times rather be the most incorrigible convict than this hireling of those who are trying to maintain law and order. Law and order! Finally, when you see it staring at you through the barrel of a rifle, you know what it means. A bas puissance, justice, histoire! If society has to be protected by these inhuman monsters then to hell with society! If at the bottom of law and order there is only a man armed to the teeth, a man without a heart, without a conscience, then law and order are meaningless.

    .

    When a noted dentist has the audacity to say that for the working man teeth—one’s own teeth—are an economic luxury, what are we coming to? Soon the physicians and surgeons will be saying: “Why try to preserve life when there is nothing to live for?” Soon, out of sheer human kindness, they will be banding together to form a euthanasia society to do away with all those who are unfit for the terrors of modern life. The battlefield, together with the industrial field, will provide them with all the patients they can handle.

    #USA #prison #armes #culture #trumpisme #violence #iatdocratie

  • La #lutte pour la #baignade ou le mépris de la gauche pour une jouissance populaire

    La récente canicule a ouvert des questions politiques et #pratiques nouvelles, parmi elles, celle de l’usage des #cours_d’eau et donc de la possibilité même de se baigner et de se rafraîchir. La bataille du #canal_Saint-Martin a forcé le pouvoir à accepter des #usages nouveaux (mais en réalité ancien), pendant qu’un peu plus loin sur les bords de la Marne, les autorités ont mobilisé des drones pour surveiller et réprimer les baigneurs. Depuis son expérience politico-aquatique danoise Jens Philip Yazdani propose de réinventer une politique communiste anticapitaliste et sauvage de la baignade.

    Lorsque j’ai appris, l’année dernière, que des travaux étaient en cours pour rendre la Seine baignable, je m’en suis tout de suite réjoui : enfin, les Parisiens.es allaient pouvoir profiter pleinement de leur ville, sans être contraints de fuir vers la campagne pendant l’été ni de subir une chaleur devenue insupportable.

    Je viens de Copenhague et, pour moi, il allait de soi qu’un tel projet était non seulement souhaitable, mais qu’il méritait d’être défendu. J’ai pourtant vite déchanté. Parmi mes ami.es parisiens — je n’en connais pas un seul qui ne se réclame pas de la gauche radicale — la réaction allait de l’indifférence la plus complète à une franche #hostilité.

    À une époque, j’ai habité à #Vienne, une ville qui a su se réapproprier son rapport à l’eau (y compris grâce à d’immenses projets d’aménagement des cours d’eau dont je ne suis pas capable d’évaluer les conséquences écologiques) — et où le Danube fait désormais partie intégrante de la #vie_urbaine. Dès le printemps, on s’y retrouve pour se baigner, profiter des berges, faire des barbecues, se promener à vélo ou simplement lire un livre à l’ombre des arbres, au bord de l’eau.

    C’est l’un des éléments qui font de Vienne une ville si agréable à vivre. Pour ce que valent ce genre de classements, elle a été élue de nombreuses reprises ville la plus agréable du monde, au coude à coude avec Copenhague. Qu’ont en commun ces deux villes ? Peut-être une forme de social-démocratie de la baignade (et du logement). L’histoire de la Vienne rouge est fascinante, y compris dans ses échecs. Et le fait est qu’elle reste une des rares capitales européennes où la vie populaire est encore agréable, voire même possible.

    Une partie du Danube (le #Donaukanal) restait interdite à la baignade officiellement, bien que parfaitement praticable. Il y a donc eu un mouvement (plus ou moins) populaire pour que l’accès à cette zone soit libéré, que son usage redevienne commun. Le même genre de mouvement existe aujourd’hui à #Berlin, qui organise des manifs en mode natation dans la #Spree et pour réclamer le droit de pouvoir se baigner et revendiquer le nettoyage de l’eau. Ce dernier point est essentiel : pourquoi l’eau est-elle devenue impropre à la baignade ? Qui est responsable de sa #pollution ?

    Revendiquer la #dépollution des cours d’eau est, à mes yeux, une revendication profondément anticapitaliste. Ce sont les entreprises qui dégradent la #qualité_de_l’eau ; c’est l’agriculture industrielle qui produit la pollution ; ce sont, plus largement, les formes contemporaines d’exploitation de la nature qui nous privent de ce que Dieu (sive Natura) nous a donné.

    Que l’eau soit devenue impropre à la baignade est un phénomène historiquement très récent. Pendant des millénaires, les êtres humains se sont baignés dans les rivières, les lacs et les fleuves dont l’eau était également potable. L’eau était une source de vie, pas une menace permanente pour la santé.

    J’ai parfois l’impression que les parisiens d’aujourd’hui ont un peu perdu le fil de l’histoire. Est-ce qu’à tout hasard on aurait pas fondé cette ville ici du fait même qu’y passait un très gros cours d’eau ? Ou c’était juste pour le joli paysage ? Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de remonter si loin dans le temps. Il suffit de suivre le canal de l’Ourcq au-delà de la proche banlieue pour retrouver les traces d’un passé beaucoup plus récent et qui raconte une toute autre histoire.

    À Sevran, plusieurs panneaux présentent d’anciennes photographies en noir et blanc montrant les habitants qui se baignaient dans le canal pendant l’été : on y voit des cyclistes, des enfants, ils ont l’air heureux, soulagés, profitant pleinement de la vie commune et des possibilités plus ou moins naturelles de l’endroit (c’est Napoléon 1er qui fit creuser, à d’autres, le canal).

    En remontant le cours d’eau jusqu’à l’écluse de Vignely, on tombe sur un autre panneau installé par la Ville de Paris (qui reste la propriétaire de tout le canal). Son titre : « La vie autour du canal au XIXᵉ siècle » et a pour légende : « Le dimanche, la pêche et la baignade font oublier le dur labeur de la semaine. »

    Je tombe sur ce panneau un dimanche en pleine canicule : les berges sont vides, il n’y a plus personne si ce n’est quelques rares individus de-ci de-là. Les baigneurs ont été remplacés par des des panneaux omniprésents : BAIGNADE INTERDITE. Eux, par contre, suivent tout le trajet de canal, de Bastille jusqu’à Meaux. La Marne aussi, sur de longues portions, demeure interdite à celles et ceux qui souhaiteraient simplement s’y rafraîchir.

    Le Maire a d’ailleurs trouvé judicieux d’installer une plage artificielle sans le moindre arbre et donc sans la moindre ombre, uniquement accessible au début du mois de juillet et à la condition d’être muni d’un bracelet fourni par ses services municipaux (en échange d’un justificatif de domicile). Pour celles et ceux qui ne résident pas sur la commune, ce sera payant. Il existe une règle au Danemark : aucune plage ne peut être privatisée, l’accès y est libre et gratuit pour toutes et tous (ce que recouvre le concept de plage est néanmoins questionnable). Lorsqu’on écoute M. le Maire de Meaux, on s’aperçoit qu’il parle comme ses panneaux : BAIGNADE INTERDITE – DANGER DE MORT – COURANTS FORTS. Et c’est un peu comme l’enfant qui crie au loup. S’il fallait croire aux panneaux, n’importe quelle baignoire représenterait un danger de mort ; et ce serait factuellement vrai mais intenable au quotidien.

    Mais d’où vient cette hyper-biopolitisation du paysage français ? Et comment expliquer qu’elle soit si largement acceptée ? La mairie de #Meaux, encore, est allée jusqu’à réaliser une vidéo dans laquelle est mise en scène la (fausse) noyade d’un jeune homme. Il s’agit d’effrayer. Mais pourquoi personne n’a pensé à faire une vidéo pédagogique pour expliquer comment se baigner en sécurité et prévenir les noyades ? C’est en tous cas ce qui se fait au Danemark, royaume de la social-démocratie parfaitement en phase avec toutes les nécessités biopolitiques. Et c’est aussi ce que font les militants de la baignade viennois eux-mêmes : la mise en partage de connaissance et de savoir-faire d’en-bas. Each one teach one. Les autorités françaises ont-elles trop lu Foucault ? Ou est-ce la gauche qu’il l’a trop peu lu pour ne pas se rendre compte que la vie était déjà bien assez régulée, surveillées, construite, défaite, contrôlée et colonisée par les autorités ?

    À mesure que l’on remonte vers le nord de l’Europe, certaines évidences françaises deviennent plus difficiles à comprendre. Les parcs y sont par exemple rarement fermés la nuit. Il est exceptionnel qu’il soit interdit d’y fumer. Et il est plus rare encore que l’accès à un lac, à une rivière ou à un rivage soit interdit. Pendant ces derniers jours de canicule à Paris les parcs sont d’ailleurs restés exceptionnellement ouverts, mais qui a pris cette décision ? Qui décrète quand il y a une crise et quelles sont les mesures à prendre ? Dans la tradition marxiste, les situations de crises ont toujours été interprétés comme des possibilités d’une autre politique. Ce que cette canicule a démontré se rapproche pourtant plus de la pensée de Carl Schmitt : le souverain est celui qui peut décréter l’état d’exception (et la gauche reste à la ramasse).

    Que dire des drones de police qui surveillent certaines zones pourtant parfaitement praticables afin de repérer, verbaliser et réprimer ceux qui osent mettre la tête dans l’eau. Dans quel monde est-il devenu subversif de plonger dans une rivière lorsqu’il fait quarante degrés ? Peut-être faut-il voir ici un rapprochement possible entre Foucault et Adorno : Die Verwaltete Welt, le monde administré, mais avec un accent sur Walt, peut-être, de Gewalt, la #violence : on peut même parler de vergewaltigte Welt, le monde violé, le #droit_au_monde usurpé, dérobé, aliéné, dont on nous a dépossédé.

    Il existe un droit en Suède, en Norvège et en Finlande, qui s’appelle l’ « #allemandsret », le « droit de chacun.e ». Il garantit à toute personne la possibilité de circuler librement dans la nature, d’y planter une tente pour une nuit ou de se baigner dans un lac, y compris lorsque les terrains sont privés. Le #droit_de_propriété s’efface devant un droit plus fondamental : celui de l’usage commun de la nature. En France, il y a des panneaux : PROPRIÉTÉ PRIVÉE.

    La gauche française s’accommode-t-elle réellement de cet état de fait ? Je n’ai en tous cas jamais entendu parler de la moindre #manifestation ou même pétition qui conteste cette mise sous tutelle autoritaire et cette fermeture généralisée des espaces communs (et aquatiques). Ce que j’ai vu par contre, c’est la spontanéité littéralement anarchiste, avec laquelle les jeunes et les immigrés (donc le prolétariat) emmerdent ce quadrillage de l’espace de public.

    À chaque fois que je me suis baigné à Paris (et il y a des endroits vraiment super !), je me suis toujours retrouvé en compagnie d’arabes, de bengalis, de jeunes mais presque jamais ou beaucoup plus rarement avec des français. Y compris celles et ceux que l’on croise en manifestation ou à la fac, voire à des présentations des livres très radicaux dans des librairies très radicales elles-aussi.

    La blanchité empêche-t-elle la baignade ? Est-ce la peur des coups de soleil ? Ou est-ce que la gauche blanche parisienne a les moyens d’échapper à la ville en se réfugiant dans une petite maison familiale à la campagne, en bord de mer ou à proximité d’un cours d’eau plus propre qu’à Paris ? Je pose la question.

    Mais peut-être que la baignade ne fait juste plus partie de la #culture parisienne (un « juste plus » très récent j’en suis sûr). Et c’est un drôle de paradoxe : l’oubli de l’histoire est devenu une évidence culturelle. Ce que les enfants et les immigrés viennent mettre au jour c’est à la fois l’#oubli (d’une culture passée. Comme disait Nietzsche, il faut savoir oublier pour savoir vivre) et le #souvenir (de cette dimension normale de la vie humaine qui consiste à profiter de l’eau quand il fait chaud). J’ai plusieurs fois invité des parisiens à venir se baigner avec moi et ils ont toujours été ravis de m’avoir accompagné. Mais c’est tout de même étrange qu’il revienne à un danois de leur enseigner une façon si simple et évidente de profiter de leur propre ville.

    Quand bien même la baignade ne ferait plus partie de la culture parisienne, comment s’expliquer cette #résistance diffuse aux projets d’aménagements des cours d’eau ? On se souvient de l’appel à déféquer dans la Seine avant l’inauguration des baignades parisiennes par Anne Hidalgo, l’initiative était drôle. Mais est-ce la meilleure manière de se rapporter à un projet qui pourrait contenir une telle possibilité populaire ?

    Bien sûr, il faudrait commencer par le canal de l’Ourcq qui est probablement déjà assez propre, sauf que nous n’en savons rien. À Vienne ou à Copenhague, la qualité de l’eau est analysée quotidiennement et ces informations sont facilement accessible à tous. Ici, personne ne sait de quoi il en retourne, on préfère se fier aux panneaux de la mairie : INTERDICTION DE SE BAIGNER – RISQUE DE NOYADE - DANGER DE MORT. Même si à quelques brasses de là, tel Maire fait cadeau d’une petite plage payant de merde qui ne s’avère pas si dangereuse et dont l’eau n’est a priori pas trop impropre.

    Avec un peu d’ambition, on pourrait aussi envisager de transformer le quai Bercy en un gigantesque parc urbain de baignade plutôt que cette autoroute moche, polluante et bruyante dédiée à l’industrie du ciment. Une sorte de Donauinsel ou de Central Park traversé par la Seine. Pourquoi pas ?

    J’ai le sentiment qu’il s’agit ici moins d’un manque d’#imagination_politique (bien réel évidemment) que d’une #résistance. Par-delà ou en-deçà des petits privilèges de certains (ceux qui peuvent aller se mettre au frais avec leur famille ou leurs amis), j’ai parfois l’impression que les parisiens veulent souffrir. Normalement, quand on est danois, plus on va vers le sud, plus on prend la mesure de son protestantisme et d’une vie clivée entre temps de travail et temps de loisir.

    En France, comme plus généralement dans le sud de l’Europe (désolé pour cette géo-analyse globale un peu rapide), cette division et compartimentation de la vie est généralement moins stricte. Ici on prend le temps de déjeuner ensemble plutôt que chacun dans son coin replié sur son ordinateur et son tupperware, on répond à ses messages sur Whatsapp pendant son temps de travail et c’est une bénédiction si l’on peut rentrer un peu plus tôt chez soi ou sortir voir des amis. La vie n’est pas strictement séparée entre deux sphères qui ne se mélangent jamais. pas chacune individuellement avec son petit truc ramené depuis chez eux replié sur leur ordinateur : ou on s’en fout du fait qu’on est censé être au travail et on regarde son smartphone quand même, on ferme le magasin un peu plus tôt, on invite des amies à venir, on ne partage pas la vie strictement entre deux sphères qui ne se mélangent jamais. Mais : il y a au moins un endroit où ce partage se fait, c’est entre la campagne et la ville.

    Il y a deux semaines, je proposais à une amie de passer chez un glacier. Elle m’a répondu que non, ça n’existe pas à Paris. Quand je lui ai la demandé, si les Français ne mangeaient pas de glace quand il fait chaud, elle m’a répondu « Si si ! – à la campagne ». Selon elle, il existe belle et bien des glaciers mais juste pas à Paris. La séparation de la vie est entretenue : pas dans le quotidien, mais par les saisons (Est-ce que cela pose des problèmes ? Oui : pour ceux qui ne sont pas capables de mener leur vie de saisonniers bien à l’aise à la Proust).

    Il faut quand même que je le dise : il est quand même assez cocasse que l’on puisse trouver des glaces pas chères partout à Vienne (un peu plus cher au Danemark, mais quand même accessibles aux ouvriers en sueur), alors qu’il y fait beaucoup moins chaud. Faut-il encore y voir l’un des mirages de la social-démocratie ? Oui, peut-être. Copenhague et Vienne sont devenues des villes agréables l’été, ce qu’elles n’ont toujours pas été.

    Il y a une dizaine d’année, Copenhague a été élue meilleure ville où se baigner du monde (par un autre sondage à la con mais le résultat n’est pas faux). Pourtant, le détroit qui sépare la Suède de Copenhague, Øresund, a longtemps été appelé Pløresund (littéralement, le détroit au liquide dégueulasse). Pendant des années, les déchets et pollutions industriels et agricoles s’y déversaient, jusqu’à ce que cela soit pris au sérieux, s’arrête : et là, une nouvelle ville est apparue.

    Pourquoi ne pourrait-on pas faire la même chose à Paris ? M’est avis que c’est plutôt que l’on ne veut pas faire pareil et que cette absence totale de projets d’aménagement radical de la ville laisse le champ libre aux politiques social-démocrates autant qu’aux propriétaires industriels.

    Cet abandon de la ville vient peut-être de l’idée selon laquelle il faudrait déserter la métropole, lutter contre elle. On peut paraphraser Adorno : pendant que les gauchistes font la révolution dans leur commune près d’un lac quelque part au milieu de la campagne, le PS et les capitalistes ont géré la plus grande ville l’Union européenne. Pourtant, qu’on le veuille ou non, la ville est un fait, bien réel, des millions de gens y vivent, y sont coincés, y souffrent. Et ce sont eux qui, faute d’un projet politique plus large, prennent l’initiative spontané d’en altérer la géographie imposée. Je ne dis pas qu’il nous faudrait embrasser le destin métropolitain mais que nous ne pouvons pas y laisser le champ libre aux forces réactionnaires.

    Reprenons les coordonnées du problème : s’il existe bien une logique capitaliste et industrielle de destruction des communs (de l’eau, de la possibilité de se baigner, de l’enclosure), une social-démocratie de la baignade (Vienne, Copenhague et très partiellement Paris), et une anarchie populaire et spontanée, non-blanche, de la baignade sauvage en ville ; alors à quoi pourrait ressembler une politique communiste de la baignade urbaine ?

    Une anecdote pour finir. L’été dernier à Copenhague, au bord d’un ponton depuis lequel tout le monde plonge comme il est possible de le faire partout en ville, je discutais avec deux vieilles femmes prolétaires. Je leur ai demandé de me raconter comment, selon elles, la ville avait changé. Elles m’ont répondu que ce n’était pas possible de comparer tant la ville d’aujourd’hui n’était en fait plus la même. Et vraiment pour le mieux.

    Une dernière anecdote pour vraiment conclure cette fois. À #Berne en Suisse, l’#Aar qui traverse la ville est utilisé au quotidien comme un transport commun. Grâce au courant, les habitants se jettent à l’eau avec un sac imperméable et vont au cinéma, au boulot ou n’importe où ailleurs. Une sorte de RER aquatique jamais bondé et toujours frais.

    Paris peut donc mieux faire, à commencer par sa gauche radicale. C’est désormais un fait accompli, la canicule comme le rapport de force populaire ont permis de faire rouvrir le canal Saint-Martin. Cette #réappropriation de l’#espace_public a fait de la place pour de nouvelles manières de vivre, il n’est donc pas trop tard pour en faire un projet politique commun (et ne pas le laisser aux forces réactionnaires et ennemies). Il nous faut nourrir et déployer une vraie politique communiste de la baignade et de l’usage des biens communs et naturels pour tous.

    En attendant la prochaine canicule, puis la suivante et encore celle d’après…

    https://lundi.am/La-lutte-pour-la-baignade
    #urbanisme #villes #chaleur #canicule #France #répression #surveillance #interdiction #géographie_culturelle

    voir aussi (@rastapopoulos) :
    https://seenthis.net/messages/1179924

    • J’aime « allemandsret » le droit de monsieur tout le monde.

      Il existe un droit en Suède, en Norvège et en Finlande, qui s’appelle l’ « #allemandsret », le « droit de chacun.e ». Il garantit à toute personne la possibilité de circuler librement dans la nature, d’y planter une tente pour une nuit ou de se baigner dans un lac, y compris lorsque les terrains sont privés. Le #droit_de_propriété s’efface devant un droit plus fondamental : celui de l’usage commun de la nature. En France, il y a des panneaux : PROPRIÉTÉ PRIVÉE.

      #nature #baignade #liberté #communs

  • Schock im Maison de France : Wütender Besucher löst fast ein Inferno aus
    https://www.berliner-kurier.de/berlin/angriff-auf-buecher-im-maison-de-france-li.10151051

    Il n’est pas d’accord avec ce qu’il lit dans livre, il met le feu à la bibliothèque française de Berlin. Les dégats ne sont pas importants mais l’événement rappelle quand même l’attentat dcontre la Maison de France de 1983.

    30.6.2026 von Tanja Tal - Im Maison de France löste ein 35-Jähriger ein schweres Feuer aus. Mit Benzin attackierte er eine Bibliothek. Ein mutiger Besucher verhinderte eine Katastrophe.

    Schrecksekunden im Kulturzentrum Maison de France: Statt in der Bibliothek zu lesen, ging ein Besucher wütend mit Benzin gegen Bücher vor.

    Besucher verhindert mit einem Feuerlöscher Schlimmeres

    Was trieb Abdoul R. (35), den Feuerteufel, an? Neun Monate später begann der Prozess gegen einen Mann, der beinahe einen Großbrand verursacht hätte. Der Ankläger: „Bücher und Holzregale – alles hätte wie Zunder brennen können. Zum Glück hat ein Besucher geistesgegenwärtig zum Feuerlöscher gegriffen, die Flammen gelöscht.“

    Angeklagter liebt das Lesen und die Kultur

    R. kleinlaut vor der Richterin. Ein Oberleitungsmonteur aus Weißenfels (Sachsen-Anhalt). Er war am 20. September 2025 als Besucher in Berlin: „Ich wollte Urlaub machen.“ Mit viel Kultur. „Ich bin ein Mensch, der gerne liest und Bücher liebt.“

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    Der Gesamtschaden im Maison de France wird mit 6530 Euro angegeben.imago/Jürgen Ritter

    Es zog ihn in die Abteilung Geschichte. R.: „Ich las in drei Büchern.“ Ein spezielles Thema interessierte den Mann, der aus Burkina Faso (Westafrika) stammt: „Ich habe über Sklavenzeit gelesen und was mit den Menschen passiert ist.“
    Geschichte wühlt den Angeklagten auf

    Es habe ihn wütend gemacht: „Ich fand, die Geschichte war in den Büchern schlecht oder sogar falsch erzählt.“ Das habe ihm keine Ruhe gelassen: „Am nächsten Tag bin ich wieder hin, wollte etwas machen.“

    Es war ein großer Fehler. Dafür habe ich zu bezahlen. Stück für Stück werde ich alles abzahlen. Abdoul R., Angeklagter

    Die Richterin: „Es sollen etwa 25 Besucher in der Bibliothek gewesen sein. Haben Sie daran gedacht, dass Leute in Gefahr waren?“ Abdoul R. nickte: „Ich wollte den Menschen nichts tun und sagte noch, dass sie besser rausgehen sollten.“
    Sachschaden beläuft sich auf 6530 Euro

    Er hatte Benzin gekauft und außerdem Bremsenreiniger in der Tasche. Die Anklage: „Er verschüttete die Mittel über Bücher in zwei Regalen, zündete dann mit dem Feuerzeug an.“ An drei Stellen brannte es.

    Eine Mitarbeiterin der Bibliothek im Institut français am Kurfürstendamm: „200 Bücher haben wir verloren.“ Zerstört durch Flammen oder durch Löschwasser. Sachschaden insgesamt: 6.530 Euro.
    Polizei fasst den Täter vor Ort

    Die Polizei fasste R. noch vor Ort. Mit schwerem Gepäck durfte er zurück nach Weißenfels reisen: Anzeige wegen versuchter schwerer Brandstiftung und Sachbeschädigung.

    Das Kulturzentrum Maison de France war im April 1950 als deutsch-französische Begegnungsstätte eröffnet worden. Die Richterin zum Angeklagten: „Alle, die im Haus waren, hatten unfassbares Glück! So ein Feuer kann sich rasant ausbreiten.“
    Täter will für seine Tat geradestehen

    Planvoll sei R. vorgegangen. Auch der Verteidiger: „Wenn man Bücher nicht lesen möchte, dann muss man es nicht tun. Aber andere davon abzuhalten, das geht nicht.“ R. einsichtig: „Es war ein großer Fehler. Dafür habe ich zu bezahlen. Stück für Stück werde ich alles abzahlen.“ Urteil: Ein Jahr Haft auf Bewährung.

    Bombenanschlag 1983
    https://de.wikipedia.org/wiki/Maison_de_France

    Am 25. August 1983 wurde ein Bombenanschlag auf das Haus verübt, bei dem der Radsportler Michael Haritz starb, der gerade mit seiner Friedensgruppe „Fasten für das Leben“ im französischen Generalkonsulat eine Petition übergeben wollte. Weitere 23 Personen wurden verletzt. Die Bombe wurde von dem Libanesen Mustafa Ahmed el-Sibai gelegt, der im Auftrag der armenischen Terrorgruppe „Asala“ handelte.[12] Geplant wurde der Anschlag von dem Attentäter Johannes Weinrich, der dafür im Jahr 2000 in Berlin zu einer lebenslangen Haftstrafe verurteilt wurde.[13] Weinrich galt als die rechte Hand des Terroristen Carlos, der mit dem Attentat auch seine Freundin Magdalena Kopp freipressen wollte.[14] Wie sich später herausstellte, wurde das Attentat mit Unterstützung des Ministeriums für Staatssicherheit (MfS) durchgeführt. Der ehemalige Oberstleutnant des MfS Helmut Voigt wurde hierfür 1994 in einem Prozess vor dem Landgericht Berlin[15] zu vier Jahren Freiheitsstrafe wegen Beihilfe zum Mord verurteilt.

    #Berlin #Charlottenburg #Kurfürstendamm #fait_divers #bibliothèque #culture #incendie

  • Marc Bloch : un hérétique méconnu au Panthéon | Peter Schöttler, Julien Théry
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/marc-bloch-un-heretique-meconnu-au-pantheon-peter-schottler-julien-thery-I

    L’historien et résistant porté au Panthéon sur décision présidentielle est une figure beaucoup moins convenue et consensuelle qu’on le croit souvent aujourd’hui. Retour sur le parcours, la pensée et les engagements d’un hérétique méconnu

    #Culture #Histoire

  • Le Capital vampirise la nature : histoire et actualité du grand écocide capitaliste | Alain Bihr
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/le-capital-vampirise-la-nature-histoire-et-actualite-du-grand-ecocide-capi

    Non seulement l’épuisement de la nature, mais aussi sa transformation mortifère sont inscrits dans le mode de production capitaliste, depuis sa toute première phase de mise en place au temps des « grandes découvertes » jusqu’à nos jours.

    #Changements_climatiques #Culture #Écologie #Économie

  • The Making of the Teenager
    https://jacobin.com/2026/03/the-making-of-the-teenager

    On comprend mieux “Targets” après cet article
    https://en.wikipedia.org/wiki/Targets

    18.3.2026 by Lauren Fadiman - The teenager we know today came of age in the postwar era — but she owes her existence to the New Deal.

    In December 11, 1944, Nina Leen invented the teenage girl. While whispers of her had been circulating for more than a decade — in advertisements for three-cent “beauty care” books and $3 budget shoes — it was not until Leen’s Life magazine photo essay “Teen-Age Girls: They Live in a Wonderful World of Their Own” that this new creature assumed her prototypical form.

    The photos themselves were of a group of average fifteen-to-seventeen-year-old girls living in a St Louis, Missouri, suburb. But through Leen’s iconic work, each of them became the embodiment of a new American demographic, archetype, and cultural figure. At school, she could be identified by her Shetland sweater, wool skirt, bobby socks, and loafers, eyeglasses painted red with nail polish — and was that a boy’s ring on a chain around her neck? After hours, she donned men’s slacks or jeans and a shirt borrowed from her father or brother. Her weeks were routine affairs characterized by school and homework, babysitting gigs at 25 cents an hour, Friday night sleepovers, and Saturday night double dates that gave way to Sunday church service. Some even found time for high school sororities, replete with their own secret ceremonies. “There is a time in the life of every American girl when the most important thing in the world is to be one of a crowd of other girls and to act and speak and dress exactly as they do,” declared Leen between photographs of slumber parties and candlelit cult-like activity. “This is the teen age.”

    Six months later, Leen profiled a group of boys in Des Moines, Iowa, for a follow-up piece entitled “Teen-Age Boys: Faced With War, They Are Just the Same as They Have Always Been.” Despite the imminent threat that these young men might be drafted to fight on the Pacific Front, Leen captures them “behaving exactly as they have always behaved, devoting themselves to all the vastly important details connected with the complete enjoyment of playing, eating and sleeping.” One Richie Burns is depicted eating his way through an average day: orange juice, cereal, milk, eggs, toast, jam, sandwiches, pie, ice cream, soda, sandwiches again, soup, chops, potatoes, string beans, ice cream again, apples, and a candy bar to top it off. “When Richard finally got through and went to sleep at 10:30 he had consumed more than 3,000 calories,” Leen reports. “He slept dreamlessly until 7 o’clock next morning, when he woke up feeling hungry.”

    #USA #culture #jeunesse #new_deal histoire #teenagers #vide #néant #nausée

  • Le Ciel, le trône et la guerre : l’astrologie politique de l’ère Trump
    https://www.lemediatv.fr/articles/2026/le-ciel-le-trone-et-la-guerre-lastrologie-politique-de-lere-trump-lLQVGZUL

    Pour certains des chrétiens évangélisques qui forment une partie de sa base sociale, Trump est l’élu non seulement de Dieu, mais aussi des astres. Plongée dans les délires astrologiques de plus en plus importants au sein du mouvement MAGA.

    #Culture #International #Relations_internationales

  • Le Centre Pompidou, modèle de la politique culturelle française ?
    https://laviedesidees.fr/Le-Centre-Pompidou-modele-de-la-politique-culturelle-francaise

    Le Centre Pompidou a été un modèle pour la politique culturelle française, mais aussi le témoin et victime de ses dérives, de ses impasses, de la réduction des budgets publics à la massification-marchandisation de la #culture.

    #Arts #culture_populaire

  • Les guignols de l’histoire. Quand les politiques manipulent le passé | Jean-Christophe Piot, Julien Théry
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2026/les-guignols-de-lhistoire-quand-les-politiques-manipulent-le-passe-jean-ch

    Certains élus de la nation n’hésitent pas à déformer grossièrement l’histoire à des fins de manipulation, non sans mépris de la vérité et de leur auditoire. Retour sur quelques exemples aussi drôles que déplorables, avec Jean-Christophe Piot

    #Culture #Politique

  • Bilan du 79e Festival de #Cannes : #Histoire(s) intime(s)
    https://lvsl.fr/bilan-du-79e-festival-de-cannes-histoires-intimes

    Le 79e #Festival_de_Cannes s’est achevé ce samedi 23 mai par le couronnement de #Fjord du cinéaste roumain Cristian #Mungiu. Entre questionnements identitaires, omniprésence de la guerre et préoccupations quant aux changements à l’œuvre dans le champ de la production cinématographique, cette dernière édition cannoise aura été, à bien des égards, plus cohérente et politique qu’il n’y paraît. 

    #Culture #Care #Cinéma #Queer