#cybernétique

  • La revanche des neurones
    L’invention des machines inductives et la controverse de l’intelligence artificielle
    Dominique CARDON, Jean-Philippe COINTET Antoine MAZIÈRES
    dans la revue Réseaux, 2018/5

    The Revenge of Neurons
    https://neurovenge.antonomase.fr

    Résumé
    Depuis 2010, les techniques prédictives basées sur l’apprentissage artificiel (machine learning), et plus spécifiquement des réseaux de neurones (deep learning), réalisent des prouesses spectaculaires dans les domaines de la reconnaissance d’image ou de la traduction automatique, sous l’égide du terme d’“Intelligence artificielle”. Or l’appartenance de ces techniques à ce domaine de recherche n’a pas toujours été de soi. Dans l’histoire tumultueuse de l’IA, les techniques d’apprentissage utilisant des réseaux de neurones - que l’on qualifie de “connexionnistes” - ont même longtemps été moquées et ostracisées par le courant dit “symbolique”. Cet article propose de retracer l’histoire de l’Intelligence artificielle au prisme de la tension entre ces deux approches, symbolique et connexionniste. Dans une perspective d’histoire sociale des sciences et des techniques, il s’attache à mettre en évidence la manière dont les chercheurs, s’appuyant sur l’arrivée de données massives et la démultiplication des capacités de calcul, ont entrepris de reformuler le projet de l’IA symbolique en renouant avec l’esprit des machines adaptatives et inductives de l’époque de la #cybernétique.

    Mots-clés
    #Réseaux_de_neurones, #Intelligence_artificielle, #Connexionnisme, #Système_expert, #Deep_learning

    le pdf en français est sur le site ci-dessus, qui met en ligne 2 graphiques et l’abstract
    https://neurovenge.antonomase.fr/RevancheNeurones_Reseaux.pdf

    • Ce récit coloré de l’annonce des performances en classification d’images d’une technique de deep learning (Krizhevsky, Sutskever et Hinton, 2012) témoigne des effets que provoque sur une communauté scientifique la réussite soudaine d’un paradigme hétérodoxe longtemps marginalisé. Surprise devant le résultat, interrogation sur la validité épistémique de la nouvelle démarche, inquiétude sur le devenir du paradigme orthodoxe, moquerie devant l’ignorance des enjeux théoriques du domaine des nouveaux entrants, vertige face au renversement de paradigme qui se profile... Depuis 2010, domaine après domaine, les réseaux de neurones profonds provoquent la même perturbation au sein des communautés informatiques traitant du signal, de la voix, de la parole ou du texte. Une méthode d’apprentissage proposant le traitement le plus « brut » possible des entrées, évacuant toute modélisation explicite des caractéristiques des données et optimisant la prédiction à partir d’énormes échantillons d’exemples, produit de spectaculaires résultats. Une manière simple de figurer ce renversement est de le caractériser comme le passage d’une machine hypothético-déductive à une machine inductive (figure 1).

      Ce qui était conçu comme la partie « humaine » de la fabrication des calculateurs, le programme, les règles ou le modèle, n’est plus ce qui est introduit dans le système, mais ce qui en résulte. Le regard que portent les sciences sociales sur ce tournant inductif consiste souvent à déconstruire l’illusion naturaliste des données « brutes » et les naïvetés d’un calcul sans théorie (Gitelman, 2013). Si une telle mise en garde est certainement nécessaire pour relativiser certains discours imprudents assurant que les « données parlent d’elles-mêmes », elle ne rend cependant pas justice au travail résolu et intensément artificiel entrepris par les promoteurs des techniques de deep learning pour imposer la seconde architecture de calcul, celle que nous appellerons dans cet article machine inductive et, plus précisément encore, machine connexionniste afin de mettre en évidence le type particulier d’induction dont elle se réclame.


      Figure 1. Machine hypothético-déductive (1) et machine inductive (2)

      […]

      Dans l’histoire tumultueuse de ce domaine de recherche, les techniques d’apprentissage utilisant des réseaux de neurones – que l’on appellera donc « connexionnistes » ont même longtemps été moquées et ostracisées par le courant « symbolique ». La tension entre ces deux approches est née avec la démarcation que la naissance de l’Intelligence artificielle opposa à la première cybernétique. L’approche symbolique qui constitue le cadre de référence initial de l’IA s’est identifiée à un cognitivisme orthodoxe : penser, c’est calculer des symboles qui ont à la fois une réalité matérielle et une valeur sémantique de représentation. En revanche, le paradigme connexionniste considère que penser s’apparente à un calcul massivement parallèle de fonctions élémentaires – celles qui seront distribuées au sein d’un réseau de neurones – dont les comportements signifiants n’apparaissent au niveau collectif que comme un effet émergent des interactions produites par ces opérations élémentaires (Andler, 1992). Cette distinction entre deux manières de concevoir et de programmer le fonctionnement « intelligent » d’une machine est au principe d’une tension qui n’a jamais cessé de structurer très profondément les orientations de recherche, les trajectoires scientifiques et la conception d’infrastructure de calcul. Aussi assiste-t-on aujourd’hui à un de ces retournements de situation dont l’histoire des sciences et des techniques est coutumière : une stratégie de recherche marginalisée par ceux qui ont contribué à poser les cadres conceptuels de l’Intelligence artificielle revient au-devant de la scène et se trouve désormais en position de redéfinir très différemment le domaine dont elle avait été exclue. Comme le souligne ironiquement Michael Jordan (2018), « c’est l’agenda intellectuel de Wiener qui domine aujourd’hui sous la bannière de la terminologie de McCarthy ».

    • très bien en effet ;-)

      Au cœur de ce débat tendu avec la communauté du machine learning, un sous-entendu est omniprésent : il n’y a que dans les laboratoires que les modèles sont linéaires, le monde, le « vrai monde », celui des données produites par la numérisation des images, des sons, des paroles et des textes, lui, est non linéaire. Il est bruité, l’information y est redondante, les flux de données ne sont pas catégorisés derrière des attributs de variables homogènes, claires et construites de façon intelligible, les exemples sont parfois faux.

      (...) La croissance exponentielle des jeux de données accompagne dans le même mouvement celle des architectures des calculateurs : le nombre de neurones dans un réseau double tous les 2,4 ans

      (...) Il y a une vague qui est la vague des données, une espèce de grande vague de fond qui a tout emporté. Et cela a bazardé complètement tous les courants de pensée qui étaient basés sur de la modélisation humaine, sur de la modélisation explicite. J’ai travaillé sur plusieurs domaines qui sont des domaines applicatifs, de la parole, de l’écrit, du texte, des données sociales, et chaque fois j’ai vu la même chose. Les gens ont imaginé pendant une période mettre des connaissances dans leur système et cela a été balayé. Systématiquement !

      (...) En transformant l’architecture des machines prédictives, les connexionnistes ont ainsi contribué à déplacer les mondes sociaux de l’IA : d’abord, parce que les données « réelles », notamment celles venues des industries du numérique, se sont (partiellement) substituées aux dataset « jouets » des laboratoires académiques, ensuite parce que les savoir-faire requis pour fabriquer les machines connexionnistes appellent des compétences en développement informatique qui n’étaient pas celles des précédentes génération

      #IA #machine_learning #deep_learning #histoire #recherche

    • Je précise tout de suite avant de poursuivre que je suis chercheur dans le domaine de l’IA symbolique, histoire de ne pas enfumer mon monde...

      Le panorama décrit est plutôt honnête, quoi qu’il soit beaucoup plus fourni côté connexionniste que côté symbolique. Cela laisse à penser que les auteurs sont des gens actifs dans la communauté connexionniste (je n’ai pas été vérifier j’avoue).

      On peut reprocher à l’article un certain ton revanchard. L’IA symbolique est très loin d’être morte et enterrée, de gros progrès ont été réalisé ces 20 dernières années, en particulier dans la résolution pratique de problèmes à forte combinatoire, ce qui a ouvert à nombre d’applications sur des problèmes réel avec des quantités de données assez faramineuses (ce genre de solveur par exemple est très efficace : https://potassco.org/clingo ).
      Ce point contredit une thèse sous-jacente de l’article, qui dit en substance : dès qu’il y a plein de données, l’approche symbolique est dans les choux.

      En revanche l’historique synthétique de l’IA est plutôt bien écrite.

      Ah, et un petit problème passé sous silence par les auteurs : le problème des réseaux de neurones, c’est qu’aujourd’hui encore, d’un point de vue théorique, on ne sais pas trop comment ça marche. C’est quand même assez embêtant...

      Ah oui un autre point gênant : finalement les auteurs ne sortent pas de la guerre connexionisme vs. symbolisme : ils parlent des progrès des approches connexionnistes dans le domaine des tâches de perception. C’est tout à fait vrai et spectaculaire (et les auteurs soulignent bien que le symbolisme ne vaut pas un clou dans ce domaine). En revanche ils se gardent bien de parler de tâches de raisonnement (au sens très large d’inférer de nouvelles connaissances à partir de connaissances préexistantes). Dans ce domaine les approches symboliques restent très largement supérieures (en particulier grâce aux progrès que j’ai mentionnés plus haut).

      Et comme je ne voudrais pas que vous croyiez que dès qu’on parle connexionisme ça me déclenche des crises d’urticaire, je signale que j’ai lu plusieurs papiers récemment qui parlent d’approches combinant connexionisme & symbolisme, et que je trouve ça plutôt intéressant. Très grossièrement deux approches différentes : a) les sorties du réseau de neurones sont utilisées pour apprendre des représentations symboliques. b) le réseau de neurone est utilisé pour apprendre la sémantique de certains formalismes logiques (dits « non monotones »). Bref, il s’agit dans les deux cas d’utiliser les bonnes performances des approches connexionnistes en terme d’apprentissage de perceptions, et les bonne performances des systèmes symboliques en terme d’inférence (et aussi le fait qu’on puisse caractériser formellement les propriétés de ces systèmes).

      Et je précise que compte tenu de mon age, je ne me sens absolument pas concerné par la guéguerre pleine de dédain entre famille connexionniste et famille symbolique (ce sont plutôt mes ancêtres scientifiques qui s’adonnaient à ça).

    • Je précise que mon commentaire précédent ne se veut absolument pas une analyse exhaustive de l’article cité : je l’ai lu assez rapidement par manque de temps, il faudrait que je relise à tête reposée pour développer. Autrement dit c’est juste un ensemble de questionnements rapides suite à une lecture elle aussi rapide !

    • C’est vrai qu’il y un ton un peu revanchard. On sent à travers les citations et les anecdotes — les types qui se dévouent pour aller s’emmerder à la cantine avec Yann LeCun — que c’est un milieu social assez toxique.

      L’article offre une vue sur la science en train de se faire, et de ce point de vue est assez passionnant. Il montre que le connexionnisme radical est une idée brute d’une grande puissance ; mais c’est comme le feu : pour en tirer un maximum d’énergie il va falloir créer des machines qui préparent le combustible, contrôlent les flux de chaleur, et évitent les rejets polluants.



  • VÉLOCE – Revue et collectif révolutionnaire. Contre la société cybernétique en formation, VÉLOCE œuvre à l’émergence d’une civilisation du jeu, de la solidarité matérielle et vivante.
    http://www.lisez-veloce.fr

    Thèses sur l’informatique
    http://www.lisez-veloce.fr/veloce-01/theses-sur-linformatique

    L’informatique est le moyen technique par lequel le capitalisme tente de résoudre ses contradictions internes, selon ses propres termes.

    #critique_techno #revue #cybernétique #informatique


  • Cybernetic Revolutionaries | Technology and Politics in Allende’s Chile
    http://www.cyberneticrevolutionaries.com

    https://www.youtube.com/watch?v=9qKoaQo9GTw


    "Big Data Lessons from Our Cybernetic Past" - Eden Medina (Strata + Hadoop 2015)

    By Eden Medina - A historical study of Chile’s twin experiments with cybernetics and socialism, and what they tell us about the relationship of technology and politics.

    In Cybernetic Revolutionaries, Eden Medina tells the history of two intersecting utopian visions, one political and one technological. The first was Chile’s experiment with peaceful socialist change under Salvador Allende; the second was the simultaneous attempt to build a computer system that would manage Chile’s economy. Neither vision was fully realized—Allende’s government ended with a violent military coup; the system, known as Project Cybersyn, was never completely implemented—but they hold lessons for today about the relationship between technology and politics.

    Drawing on extensive archival material and interviews, Medina examines the cybernetic system envisioned by the Chilean government—which was to feature holistic system design, decentralized management, human-computer interaction, a national telex network, near real-time control of the growing industrial sector, and modeling the behavior of dynamic systems. She also describes, and documents with photographs, the network’s Star Trek-like operations room, which featured swivel chairs with armrest control panels, a wall of screens displaying data, and flashing red lights to indicate economic emergencies.

    Studying project Cybersyn today helps us understand not only the technological ambitions of a government in the midst of political change but also the limitations of the Chilean revolution. This history further shows how human attempts to combine the political and the technological with the goal of creating a more just society can open new technological, intellectual, and political possibilities. Technologies, Medina writes, are historical texts; when we read them we are reading history.

    Cybernetic Revolutionaries | The MIT Press
    https://mitpress.mit.edu/books/cybernetic-revolutionaries

    Eden Medina- Profile
    https://www.informatics.indiana.edu/edenm

    She is the author of the prizewinning book Cybernetic Revolutionaries: Technology and Politics in Allende’s Chile and the co-editor of the prizewinning book Beyond Imported Magic: Essays on Science, Technology and Society in Latin America. She has also published on topics as diverse as computer science education, the making of global corporate culture, crisis communication and infrastructure during natural disasters, big data and algorithmic regulation, free and open source software, the history and social study of technology, science and technology in Latin America, and the relationship of technology and politics.

    #Chili #cybernétique #informatique #politique #socialisme #histoire


  • On Cybernetics / Stafford Beer
    https://www.youtube.com/watch?v=e_bXlEvygHg


    C’est absolument fantastique parce qu’on apprend dans le détail comment grâce aux nationalisations il était devenu possible de résoudre des problèmes économiques qui demeurent insolubles à nos jours dans un système capitaliste libéral.

    Video made at the University of Manchester by Stafford Beer after the military coup in Chile in 1973. The video explains the fundamentals and unfinished objectives of the Cybersyn project. It was first exhibited in the context of the installation www.multinde-metagame.cl, thanks to the collaboration of Mr. Raul Espejo.

    Title: Stafford Beer on Cybernetics / Part 3, Cybernetic Praxis in Goverment
    Speaker: Stafford Beer
    Made by: Manchester Business School
    Date of completion: 24-5-74
    Length: 20:28 min.
    Original Format: U-Matic
    Management and translation: or_am

    #Chili #socialisme #économie #cybernétique #internet #histoire


  • Ángel Parra - Litany for a computer and a baby about to be born.
    https://www.youtube.com/watch?v=6EemkVpoug8

    Angel Parra canta «letania para una computadora y para un niño que va a nacer», compuesta para dar a conocer y argumentar las metodologias del socialismo cibernetico.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Stafford_Beer

    Stafford Beer et son assistante Sonia Mordojovich, qui était à la fois son interprète et à qui il déléguait la coordination de l’équipe lorsqu’il n’était pas au Chili. Stafford Beer, qui s’intéressait à l’organisation des entreprises a vu dans le Chili un moyen d’appliquer ses théories à une échelle incomparable. Il avait, en outre, la plus grande sympathie pour le projet politique d’Allende.

    Hay que parar al que no quiera
    que el pueblo gane esta pelea
    Hay que juntar toda la ciencia
    antes que acabe la paciencia”.

    Letra de la canción escrita por Stafford Beer y Ángel Parra

    Heute vor 40 Jahren : Pinochet zerstört das Internet, Mittwoch 11. September 2013
    http://www.klaus-meier.de/Heute-vor-40-Jahren-Pinochet-zerstort-das-Internet

    #Chili #socialisme #cybernétique #internet #histoire


  • Derrière l’algorithme de Parcoursup, un choix idéologique
    https://www.nouvelobs.com/education/20180713.OBS9643/derriere-l-algorithme-de-parcoursup-un-choix-ideologique.html

    Des cartes récemment publiées montrent un résultat consternant depuis la mise en place de l’algorithme de Parcoursup : la diminution de la mobilité des étudiants issus des périphéries crève les yeux. Des responsables politiques et des citoyens, légitimement heurtés par ce constat, s’en saisissent aujourd’hui pour accuser l’algorithme de Parcoursup d’être un « algorithme discriminant ». En cela, ils rejoignent, sans toujours en avoir conscience, ceux qui souhaitent engager en Europe une réflexion pour attribuer une personnalité juridique aux algorithmes.

    Parcoursup est l’un des plus beaux exemples de la gouvernance algorithmique dans laquelle entre actuellement notre société. Nos existences vont être de plus en plus ceinturées par des algorithmes qui vont prendre des décisions pour nous. C’est pourquoi des voix s’élèvent pour défendre l’idée que des citoyens lambdas doivent désormais être associés à leur écriture. Dans le cas de Parcoursup, des enseignants, des parents, des étudiants. Naturellement, ils n’écriront pas les lignes de code C ou Java, mais ils doivent participer à déterminer les choix concrets dont sera porteur l’algorithme.

    Il s’agit en quelque sorte en appeler à une démocratie 3.0 dans laquelle les algorithmes qui nous gouvernent fassent l’objet de débats et soient issus de la réunion de trois types de développeurs : des informaticiens associés aux experts, des citoyens et des politiques. Cette perspective se trouve notamment chez Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie en 2009 pour ses travaux sur la gestion des biens communs, ou dans les travaux récents de Bruno Latour sur les initiatives citoyennes dans la gouvernance collective, ainsi que dans des expériences de démocratie algorithmique participative telle que « Code for America », née à Boston, et dont l’une des applications est justement l’accès aux écoles publiques. C’est la voie pour que les algorithmes qui nous gouvernent soient perçus comme équitables et acceptés par la population.

    Euh...


  • On a rencontré l’ambassadeur de smartland
    http://labrique.net/index.php/thematiques/brique-brother/983-on-a-rencontre-l-ambassadeur-de-smartland

    La technocratie a un nouvel avatar pour continuer à urbaniser le monde et contrôler ses populations : la ville intelligente. En guise de promotion, le centre d’architecture et d’urbanisme de Lille inaugure une exposition intitulée « Bienvenue à SmartLand ». Pour celles et ceux qui doutaient des liens entre la smart city et les technologies sécuritaires... Visite guidée chez les smartiens.

    #En_vedette #Brique_Brother


  • Le vivant est irréductible - pratiques
    https://pratiques.fr/Le-vivant-est-irreductible

    Dans mon livre Cerveau augmenté, homme diminué, j’ai voulu parler de l’hybridation et émettre l’hypothèse que nous ne sommes pas en présence d’une vraie hybridation, mais d’une colonisation. Dans une vraie hybridation, il y a des organismes ou des entités de système qui se mélangent alors qu’ici, on passe sous silence le fait que le pôle biologique et le pôle technologique sont de nature totalement différente. Pour moi, il est clair qu’il ne s’agit pas d’une vraie hybridation, mais bien d’une colonisation.

    J’ai travaillé plutôt sur le cerveau parce que c’est ce que je connais et parce que le cerveau, en tous les cas en Occident, est considéré comme l’organe noble par excellence, là où il y a la pensée, les affects et les sensations. Le cerveau n’est cependant pas le seul à être « colonisé ». Toucher au cerveau, prétendre pouvoir modéliser la pensée, les affects et les sensations, c’est quelque chose de costaud ! C’est détisser toute singularité, toute frontière qui permettrait de dire : voilà ça, c’est le propre du biologique, ça, c’est le propre de la machine.

    Il faut savoir que, d’après la « théorie de l’information » utilisée par le monde numérique, il est possible de recueillir toute l’information qui constitue un cerveau ou un organisme. C’est le fameux programme où les chercheurs disent : je peux modéliser et recueillir toute l’information qui est dans un cerveau, je la passe dans une machine, un disque dur, et je la mets avec des algorithmes capables d’apprendre. Concrètement, cela veut dire que, quand je modélise le cerveau de Robert, l’idée n’est pas de faire une bibliothèque où les gens pourraient venir se renseigner sur ce que pense Robert ; l’idée est, qu’avec des algorithmes capables d’apprendre, dans un système qui resterait ouvert à l’information, le Robert en question, passé à la machine, continuerait à apprendre sur l’évolution du monde, sur l’évolution de sa famille. La question qui se pose alors est : mais où est Robert ? Dans le cerveau biologique qui est en train de se corrompre ? Ou Robert n’est-il pas plutôt à « augmenter » à « améliorer » dans la machine ?

    En dehors du monde de la recherche, ceci semble aujourd’hui de la science-fiction, mais, dans celui de la recherche, si on dit à n’importe quel collègue : « Tu ne peux pas modéliser entièrement un cerveau », la réponse est : « Pourquoi ? Au nom de quoi ? Tu es un ayatollah, Dieu t’en empêche ? » Ils ne disent pas que c’est fou, ils disent qu’on ne sait pas encore le faire.

    La question que je pose à propos du cerveau, et à propos du vivant en général, est la suivante : est-il vrai qu’il n’y a rien qui structurellement résiste dans le cerveau, dans le vivant, à cette modélisation, à cette réduction ?

    Miguel #Benasayag

    avec un peu de shameless auto promo pour le @spip inside !


  • « Start-up » ou « Etat-plateforme » : Macron a des idées du 17ème siècle
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-vie-numerique/start-ou-etat-plateforme-macron-des-idees-du-17eme-siecle

    Mais on pourrait adresser à Emmanuel Macron une autre question : quitte à puiser dans la technologie de son époque le modèle d’un gouvernement, pourquoi emprunter celui des plateformes et des start-up ? Parce que ce modèle des plateformes numériques est en lui-même problématique : avec des airs de suppression des intermédiaires, de rapport direct avec l’usager, de rationalité et d’économie, il crée d’autres systèmes de rente, d’autres soumissions, d’autres folies. Après tout, quitte à puiser un modèle dans ce que nous permet la machine, il y a autre chose. Pourquoi ne pas aller voir quelles formes de gouvernement nous pourrions puiser du logiciel libre (“l’Etat logiciel libre”, ç’aurait de la gueule, non ?) ? Ou même du wiki, comme espace de partage et de co-élaboration (“Le wiki-état”, pas non plus, non ?”) ? C’est là, où en plus de la tradition déguisée sous les oripeaux de la modernité numérique, cette idée du gouvernement d’Emmanuel Macron est aussi un choix idéologique tout à fait clair qui ne questionne en rien les dérives du passé et du présent.

    #StartUp


  • Macron dit “Etat-plateforme”. Et pourquoi pas “wiki-Etat” ou “Etat libre” ?
    https://www.franceculture.fr/emissions/la-vie-numerique/macron-dit-etat-plateforme-et-pourquoi-pas-wiki-etat-ou-etat-libre

    La semaine dernière, invité à s’exprimer lors du salon VivaTech, Emmanuel Macron a répété l’idée qu’il se faisait de la France à venir - une start-up nation - et de la manière dont il concevait l’Etat - comme une plateforme. On en a beaucoup ri - d’un rire jaune souvent - dans les réseaux. Certains, comme le chercheur biélorusse Evgeny Morozov, ont même extrapolé, imaginant les citoyens en usagers-clients, le politique en investisseur et les lois en algorithmes (comme c’est le cas quand on utilise des plateformes numériques, type Facebook ou Uber). Le blogueur Olivier Ertzscheid - dans un post publié hier soir sous le joli titre “De la France comme start-up nation, et de mon cul comme du poulet” - rappelle les risques qu’il y a à faire de la nation un “fichier-client” et le désenchantement politique qu’il pourrait en sortir. Ces critiques sont valables et nécessaires, mais elles n’enlèvent pas aux idées du Président l’aura de modernité qu’il se donne en maniant ces références.

    Or, je pense que le problème est justement là, dans le fait que, sous couvert de modernité, il ne s’agit pas là d’idées neuves. Elles sont même très anciennes, si on prend la peine de les remettre en perspective dans une histoire plus longue. C’est la lecture de “La Gouvernance par les nombres” recueil des cours que le grand théoricien du droit Alain Supiot a données au Collège de France entre 2012 et 2014, qui permet de le comprendre.

    Alain Supiot montre que l’idée de gouverner par les nombres - donc par la raison, le calcul - remonte à Hobbes, donc au 17ème siècle. Dès les premières pages du “Léviathan”, c’est sur le modèle de la machine que Hobbes imagine le gouvernement des hommes. En guise de machine, c’est l’horloge et les automates qui s’inspirent de l’horlogerie qui prévalent chez Hobbes - on rêve toujours les machines selon les technologies de son époque. Mais c’est une rupture majeure dans l’imaginaire philosophique, juridique et politique. Non seulement Hobbes a, selon les mots de Supiot établi un “imaginaire normatif qui est encore largement le nôtre : celui qui se représente le gouvernement des hommes sur le modèle de la machine.” Mais il a aussi ouvert la voie à une tournure d’esprit considérant à adapter l’imaginaire normatif aux technologies de son époque. Ainsi, dès les années 1950, les textes de Norbert Winner sur la cybernétique et la société prirent modèles sur les ordinateurs et l’informatique pour imaginer une réforme en profondeur de l’art de gouverner (et je vous rappelle que ce modèle faillit être mis en place sous le gouvernement de Salvador Allende). En rêvant à un Etat-plateforme, Emmanuel Macron ne fait que s’inscrire dans cette tradition : il imagine le gouvernement des hommes selon la technologie à disposition à son époque, celle qui marche, celle qui a du succès : la plateforme numérique. Aucune révolution là-dedans, donc, mais la reformulation d’une lubie qui date du 17ème siècle, et d’ailleurs, ce n’est pas un hasard qu’il se qualifier lui-même de "maître des horloges", expression étrange qui trouve tout à coup sa pleine justification....


  • La grande histoire du compteur Linky de l’Antiquité à nos jours
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=935

    Société électrique et cybernétique : smart home, smart city, smart planet, Big data, objets connectés et « intelligents »

    Conférence-débat avec Pièces et main d’œuvre, organisée par Grenoble Anti-Linky et SERA Vendredi 16 juin 2017 à 20h30 à la Maison des Associations de Grenoble (6 rue Berthe de Boissieux)

    1869. Aristide Bergès introduit la "Houille blanche" dans sa papeterie de Lancey, près de Grenoble. 2012. Enedis (ex-ERDF) finance une chaire d’étude sur les réseaux électriques « intelligents » à l’INPG (Institut National Polytechnique de Grenoble). 2015. Le premier compteur Linky de France est posé à Echirolles, dans la banlieue grenobloise, à la vive satisfaction du maire communiste, Renzo Sulli. De quelle société Linky est-il le produit ? Quelle société Linky produit-il ? (Pour lire le texte (...)

    « http://grenoble-anti-linky.eklablog.com » #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/la_ve_rite_sur_le_compteur_linky.pdf


  • Project Cybersyn
    http://99percentinvisible.org/episode/project-cybersyn

    In England, in the 1960s, a business consultant named Stafford Beer was applying concepts of cybernetics to business management. He believed a business could be thought of as an intelligent system. If the goal of a business is to sell more product, or work more efficiently, one could (using the principles of cybernetics) design the system to work toward that goal.

    Flores thought that Stafford Beer could use Cybernetics to help model and manage Chile’s economy, and Beer was thrilled at the chance to apply his ideas on such a grand scale. Beer arrived in Chile in 1971 to begin on this project, which they called “Cybersyn.”

    Stafford Beer first set about making a cybernetic model of Chile’s economy that mapped out how all of the different parts of the economy connected within the larger system. Beer also wanted to enable the different parts of the Chilean economy to communicate easily with each other and thought computers could help accomplish this.

    Stafford Beer and the team he had assembled set about creating a computer network that would connect all of the factories in Chile. This was a really novel concept for the time, but there was a problem: it was the 1970s—there weren’t many computers in Chile. Stafford Beer was only able to get one computer to create his network.

    Their solution was to use telex machines. A telex is like a typewriter connected to a phone line. So if one factory had a telex, they could type out a message, and send it to another telex. The messages might contain data about shortages in raw material or how many workers were showing up to their shifts. This data would be entered into the computer and analyzed, and subsequently, decisions could be made about how to address problems.

    http://feeds.99percentinvisible.org/~r/99percentinvisible/~5/wC76ELhuJts/230-Project-Cybersyn.mp3

    #Chili #Cybernétique #Management #Politique #Projet_Cybersyn #Salvador_Allende #Socialisme #Stafford_Beer #Télex #Économie


  • Le ministre de la défense use donc du terme « #cybernétique » pour décrire la #cyberguerre
    http://www.europe1.fr/politique/cyberattaques-pour-jean-yves-le-drian-la-menace-cybernetique-est-devenue-maj

    "Il ne faut pas être naïf", explique Jean-Yves Le Drian qui confie que depuis trois ans, "la menace cybernétique est devenue majeure".

    Combien, parmi ces milliers d’attaques informatiques repoussées par les cyberpoliciers de l’#ANSSI et autres, combien visent donc en réalité les #SCADA (qui justifieraient peut-être cet usage du terme) ?

    Système de contrôle et d’acquisition de données (anglais : Supervisory Control And Data Acquisition, sigle : SCADA) est un système de télégestion à grande échelle permettant de traiter en temps réel un grand nombre de télémesures et de contrôler à distance des installations techniques.



  • « Dans ce livre [celui de Gilles Dowek et Serge Abiteboul] qui traite de “La vie au temps des algorithmes” - c’est son titre -, les deux chercheurs abordent la question de la démocratie, mais avec leur regard d’informaticien. Et je trouve que cela ouvre des perspectives tout à fait intrigantes. Pour eux, les systèmes politiques se distinguent par des manières différentes de transmettre l’information entre les agents. » Excellent texte, très stimulant.

    http://www.franceculture.fr/emissions/la-vie-numerique/et-si-la-democratie-etait-un-probleme-de-bit

    #démocratie #politique #informatique #débit #capacité



  • Un soir à Mirepoix
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=861

    Nous sommes souvent conviés à des réunions-débats organisés par des « cafés citoyens », des librairies, salons du livre, ciné-clubs et autres groupes politiques, syndicaux ou associatifs. On le sait peu mais partout en France, une myriade de lieux et de comités animent une réflexion et une discussion perpétuelles sur l’état des choses et les moyens d’y remédier. Chacune de ces rencontres offre un caractère particulier. Certaines durent tard dans la nuit, avec des échanges denses et nourris. D’autres revêtent plutôt un caractère d’initiation pour ceux qui y participent. L’ami qui nous a invités à Mirepoix le 18 juillet dernier a eu l’idée de transcrire les propos tenus ce soir-là, en plein air, sous la halle du village (merci Georges). L’intérêt de cette transcription, brute mais fidèle (avec des notes de (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/un_soir_a_mirepoix.pdf



  • Transhumanisme et cannibalisme
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=853

    La revue Nature & Progrès consacre son dossier d’été 2016 à la critique « Du monde machine aux transhumains » avec : De la smart city à la smart planet – le parlement des choses (Tomjo) Vers une agriculture déshumanisée ? La robotisation destructrice de la culture paysanne (Jean-Louis Meurot) Du greenwashing chez les cyborgs – une post-humanité artificielle, au service d’une nature détruite (Antoine Costa) Co-évoluer avec la nature ou la reprogrammer ? (Guy Kastler) EGM : enfants génétiquement modifiés – reproduction artificielle et humanité à deux vitesses (Alexis Escudero) Réflexions autour du progrès – Nature et technologie : une cohabitation mouvementée (Clément Doedens) Transhumanisme et cannibalisme (Pièces et main d’œuvre) On peut trouver la revue dans les magasins bio ou la commander (6 € 50) (...)

    #Nécrotechnologies
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/transhumanisme_et_cannibalisme.pdf


  • Hudson Yards : la ville instrumentée, la communauté quantifiée - Places
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/144238030924

    Places, une revue d’architecture et d’urbanisme américaine revient en détail sur le programme de #smart_city newyorkais d’Hudson Yards qui se veut un laboratoire expérimental pour la #Ville_intelligente. Jusqu’à présent, si l’imaginaire de la ville intelligente est toujours ambitieux, force est de constater qu’il a surtout accouché de villes mortes et bien peu désirables - Songdo en Corée du Sud, Masdar, aux Emirats Arabes Unis ou Lavasa en Inde -, et même parfois fort peu durables, sans que, malgré les critiques nourries, leurs promoteurs ne remettent en question le délire de leurs projets. Comme si le rêve de la ville parfaite était sans cesse ravivé par ses échecs successifs eux-mêmes…Sans revenir sur le projet que détaille très bien Shannon Mattern dans son article (notamment un système de ramassage de (...)


  • A combien peut-on coopérer ?
    http://www.internetactu.net/2016/05/12/a-combien-peut-on-cooperer

    Le consultant Jean-Michel Cornu (@jmichelcornu) – qui a longtemps été le directeur scientifique de la Fing, l’éditeur d’Internetactu.net – a réagit à notre édito sur les questions de taille. Un rebond pour mieux comprendre les effets de la taille dans les processus d’intelligence collective. Lorsque, trop rarement, nous nous intéressons à la taille limite des groupes, nous nous focalisons surtout…

    #analyse_des_réseaux #communauté #coopération #empowerment #intelligence_collective #travail


  • Sicherheitsexperte über Kybernetik : „Über Gott hinwegsetzen“ - taz.de
    http://taz.de/Sicherheitsexperte-ueber-Kybernetik/!5295958


    Comment raisonnent les chercheurs proches du militaire ? Le professeur du King’s College à Londre Thomas Rid enseigne au Department of War Studies et nous l’explique.

    Die Angst vor Massenüberwachung fußt auf einer empirischen Grundlage. Diese Gedanken tauchen schon früh als dystopische Visionen auf.
    Die einen sagen, Massenüberwachung funktioniert nicht, die anderen kritisieren, wir werden permanent überwacht. Beides geht nicht. Ich denke die Massenüberwachung ist ein Schreckgespenst.

    Bei Verschlüsselungstechnik werden vor allem Inhalte verschlüsselt. Doch die Dienste interessieren die Metadaten.

    Bei altmodischen Telefonanrufen haben sie recht. Die bergen viele Metadaten. Selbst bei verschlüsselten Emails ist noch klar, wer an wen verschickt. Wenn sie iMessage verwenden, oder WhatsApp, dann haben sie in der Regel aber eine HTTPS-Verbindung und eine End-zu-End-Verschlüsselung oder beides. Wenn Sie dann die Daten von einer dicken Leitung abfangen würden, würden sie sehen, dass sie stark verminderte Metadaten haben. Da fehlen also harte Selektoren, an denen die Dienste interessiert sind. Auch das Timing – wann die Kommunikation stattfindet – verliert an Bedeutung. Weil sie den ganzen Tag bei Apple oder Facebook eingeloggt sind. Der Nutzwert der Metadaten rutscht ab.

    Im vergangenen Jahr warnten tausende von Wissenschaftlern vor autonomen Waffensystemen. Die Automatisierung des Krieges: nur eine fixe Idee?
    Die Drohne stellt im Vergleich zur Landmine einen ethischen Fortschritt dar. Und der Krieg der Maschinen ist seit dem Zweiten Weltkrieg eine Realität.

    Sie selbst arbeiteten auch bei der RAND Corporation, einem Think Tank des US-Militärs. Sind Sie ein Militärberater?

    Ich habe davor bei Herfried Münkler studiert und bin durch seine Schule gegangen. Ich hatte nie Berührungsängste, wenn es um Sicherheitskreise und Streitkräfte geht. Das ist am King’s College for War Studies in London nicht anders. Wir arbeiten eng mit Militär- und Nachrichtendiensten aus England und den USA zusammen. Gerade wenn es um die Technik geht ist das hochinteressant.

    #guerre #idéologie #cybernétique

    • Un expert de la sécurité à propos de la cybernétique
      « Surpasser Dieu »
      Dans son livre « Le crépuscule des machines » l’expert en sécurité Tomas Rid traite de l’histoire des idées de la cybernétique. Interview

      Tomas Rid, né en 1975, professeur pour les Etudes de sécurité, enseigne au Department of War Studies du King’s College à Londres. D’après ses réalisations, il est considéré comme un « cyber-guy ». Il s’occupen ensuite de phénomènes comme la « cyberguerre ». Le mot « cyber » vient de « cybernétique » ce dont Rid n’avait pas grand chose à battre. Puis il écrivit une histoire des idées de la cybernétique.

      taz : vous vouliez vraiment libérer le concept de cybernétique du mythe ?
      Thomas Rid : je voulais aider à le rendre superflu. Lorsque j’ai présenté le projet de livre à des informaticiens, ils étaient chauds bouillants sur ce thème.
      Vous avez été étonné de la pertinence ?
      Oui et aussi de la profondeur de l’histoire. La cybernétique réunit une recherche proche des militaires et la contre-culture, le tir de l’artillerie et le LSD. Cette tension entre peur et espoir, entre oppression et autolibération. Ce contraste extrême est très intéressant.

      La cybernétique commence comme un domaine de recherche militaire. En quoi consiste la cybernétique ?
      C’est une question historique, que l’on rencontre en se promenant dans les décennies. Pour Norbert Wiener il s’agit de feedback et de feedback négatif (rétroaction).

      C’est-à-dire ?
      Lorsque vous règlez votre thermostat à la maison, la température est trop élevée et de ce fait la température diminue, c’est un feedback négatif. Deuxième composante : la fusion de l’humain et de la machine. L’idée de Wiener était que le pilote et son avion de combat formait une unité. Le troisième élément est l’équilibre qui doit être trouvé par les rétroactions. La capacité d’apprentissage de la machine devient un principe de totalité.

      Les cybernéticiens pensent la machine comme une forme vivante ?
      Un peu avant sa mort, Wiener a écrit « Dieu et le Golem ». Une vie fabriquée par les humains — c’est profondément enraciné dans les mythologies juive et grecque. Elle génère une fascination monstrueuse. Wiener voulait désenchanter la religion avec une théorie des machines. Il a obtenu le contraire et a enchanté les machines du présent. Nous jouons à Dieu lorsque nous créons des intelligences artificielles. Nous avons une exigence profonde de créer une vie qui soit meilleure que la nôtre. Nous voulons surpasser Dieu.

      Est-ce que vous voulez-dire quand vous qualifier la cybernétique d’idéologie ?
      Nous nous projetons dans les machines. Dans les années 1940 les ordinateurs étaient comparés à des machines pensantes. D’autre part, nous pensons l’humain comme différent de la machine. De même plus tard s’installe le concept de cyberespace. Dans tous ces domaines il y a une oscillation entre angoisse et espoir. La vérité est quelque part entre les deux.

      La crainte d’une surveillance de masse repose sur une base empirique. Cette perspective émerge très tôt comme une vision dystopique.
      Certains disent la surveillance de masse ne marche pas, d’autres critiquent que nous serons en permanence surveillés. Aucun des deux n’a bon. Je pense que la surveillance de masse est un spectre(†).

      (†) NdT : loup-garou pour gg:translate, spectre terrifiant au mot à mot, mais j’imagine, à tort peut-être, que Gespenst est une référence implicite à « Un spectre hante l’Europe ».

      Le chiffrement va encoder tout le contenu. Mais les services s’intéressent aux métadonnées.
      Pour des appels téléphoniques à l’ancienne, vous avez raison. Ils contiennent de nombreuses métadonnées. Même pour des mails chiffrés, qui envoie à qui est tout à fait transparent. Lorsque vous envoyez un iMessage ou WhatsApp, vous avez en règle générale une connexion HTTPS ou un chiffrement de bout en bout ou les deux. Si vous interceptiez les données vous verriez que les métadonnées ont fortement diminué. De la même façon, les sélecteurs en dur qui intéressent les services échoueront. Même le timing, à quel moment se produit la communication, perd en signification. Parce que vous êtes connecté en permanence par Apple ou sur Facebook. L’utilité des métadonnées s’effondre.

      Mais des données sont en permanence générées. Par le smartphone ou les réseaux « sociaux ». Elles vont être utilisées par les entreprises et les gouvernements pour reconstituer de l’information et prédire les comportements futurs. N’est-ce pas une forme de gouvernement cybernétique qui domine depuis longtemps notre présent ?
      Ma réponse va vous décevoir : la cybernétique est le sujet que je souhaite traiter, je n’en ai pas besoin comme outil. C’est très important quand on étudie l’histoire. Car la cybernétique est extrêmement séduisante. Le fondateur de la Scientologie, Ron Hubbard, s’était inspiré de Wiener. C’est un exemple paradigmatique de la force de séduction. Dans mon livre, j’ai tenté de résister à cette séduction.

      Mais la force de séduction a-t-elle quelque chose à voir avec la plausibilité ?
      C’est comme un couteau suisse : on peut s’en servir pour tout. La plupart du temps, ça marche bien. Mais quand on applique la cybernétique à des problèmes sociaux — cyberguerre, surveillance de masse — c’est tout le contraire. La cybernétique nous pousse à des visions extrêmes. C’est ce que montre l’histoire. La cybernétique est elle-même totalement non-cybernétique puisqu’elle ne produit pas d’équilibre.

      Vous décrivez l’étrange développement de l’histoire de la cybernétique. Deux courants totalement opposés se développent : d’une part les utopies de liberté absolue des cyberpunks, de l’autre le totalitarisme d’une surveillance globale. Comment cela va-t-il ensemble ?
      La technique inspire les visions du futur. Les premières visions du cyberespace sont apparues avec les premiers ordinateurs, puis les choses se sont précipitées. Timothy Leary le gourou du LSD, a reconnu dans le cyberespace un espace nouveau qui s’ouvrait. L’ordinateur est le LSD des années 1980. Ce que pensaient les gens à cette époque est grotesque. Mais je ne veux pas m’en moquer. La cybernétique libère les idées et l’espoir. Les temps pionniers sont des temps de visions. Dans le domaine de l’intelligence artificielle, nous ressentons de nouveau toujours cela.

      Lorsque des investisseurs de la Silicon Valley investissent des milliards de dollars dans l’intelligence artificielle, cela devient une possibilité tout à fait tangible, ne pensez-vous pas ? Les idées de la cybernétique ne sont-elles pas peu à peu en train de devenir réalité ?
      Nous vivons une époque incroyable de l’histoire de l’humanité. Jamais nos modes de communication n’ont changé en un temps aussi court. En même temps la plupart des prévisions de la cybernétique se sont trompées. Nous avons une perception sélective : nous ne nous souvenons que des prédictions correctes. C’est un point important : la plupart des prévisions d’aujourd’hui se révéleront fausses.

      L’agence de recherche du Pentagone vient de lancer un drone catamaran pour détecter les sous-marins. L’année dernière, des milliers de scientifiques ont mis en garde contre les systèmes d’armes autonomes. L’automatisation de la guerre, c’est juste une idée fixe ?
      Je fais parfois de la provocation. Un système d’armes autonome tue depuis longtemps des millions d’êtres humains : les mines. Elles ont un grand degré d’autonomie, car elles décident sur la base de paramètres en entrée, par exemple le poids, d’exploser. Avec des drones pilotés par le réseau, il n’y a pas de raison de les automatiser complètement, car on peut inclure des humains dans la boucle de rétroaction. Pourquoi accorder une autonomie de décision lorsque cela n’est pas du tout nécessaire ? Le drone représente un progrès éthique par rapport à la mine. Et la guerre des machines est une réalité depuis la seconde guerre mondiale.

      Vous-même, vous avez travaillé pour la RAND Corporation, un think thank militaire états-unien. Êtes vous un conseiller militaire ?
      J’ai travaillé au préalable avec Herfried Münkler et suis passé par son école. Je n’ai jamais eu peur des contacts lorsqu’il s’agit des cercles de la sécurité ou des forces armées. Il n’en va pas autrement au King’s College for War Studies à Londres. Nous travaillons en étroite collaboration avec les forces militaires et les services de renseignement de Grande-Bretagne et des Etats-Unis. Quand il s’agit de technique cela devient passionnant.

      Pourquoi ?
      Quand vous vous déplacez dans cet environnement, vous êtes surpris. On voit des jeunes à capuches, mais ils n’organisent pas de manifs, ils pointent avec leur document d’identité auprès des services. Dans les services ils ont aussi intégré la contre-culture. Snowden en est un exemple.

      À votre avis, Snowden est-il un traitre ou un héros ?
      Malheureusement, Snowden manque de nuances dans son analyse. Quand on regarde son flux Twitter, c’est plutôt rude. Ça manquait aussi de finesse de diffuser toutes ces données internes de façon indifférenciée. Il a divulgué les interceptions et les documents de la NSA qui n’ont pas grand chose à voir avec les libertés civiles.

      Que voulez-vous dire ?
      Comment la NSA espionne des cibles iraniennes ou chinoises par exemple. C’est pour cela qu’il y a la NSA. Ça n’a pas à être révélé. Il aurait pu faire fuiter (leak) quelques centaines de documents importants pour le débat. C’est donc un héros et en même temps un traitre.

      (sous le regard critique des nombreux germanophones ici présents…)


  • Machines arrière ! (des chances et des voies d’un soulèvement vital)
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=816

    Une revue universitaire vient de nous poser l’une de ces questions qui remplissent les bibliothèques de livres et les penseurs d’angoisse depuis 1945 : « Quelle forme est-il encore envisageable de donner à la résistance ? Peut-on espérer voir se lever les populations superflues contre le capitalisme technologique et ses soutiens politiques ? » Il faudrait pour répondre à pareilles questions avec une certitude scientifique, maîtriser la théorie du chaos et connaître la situation dans toutes ses conditions initiales et toutes les chaînes de réactions qu’elles peuvent déclencher. Heureusement, ni les big data, ni les logiciels des sociologues et de la Rand Corporation, malgré tous leurs modèles, ne peuvent encore traiter l’avenir comme un mécanisme programmé. Le plus sage serait de dire, oui, on peut (...)

    #Documents
    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/IMG/pdf/machines_arrie_re.pdf

    • Les ennemis du Progrès, comme les Indiens, ont le choix entre deux façons de perdre.

      Soit ils considèrent que la fin est dans les moyens, ils refusent - à la manière des Amish - de vivre avec leur temps. Ils se retirent dans des isolats temporels, à la campagne, au sein de micro- sociétés et de micro-réseaux, dans l’espoir, au mieux, que leur exemple soit contagieux, au pis, d’assurer leur salut individuel. S’ils sortent de leur refuge pour attaquer le système, ils sont vaincus, sauf exception ; comme les Indiens, avec leurs arcs et leurs flèches, furent vaincus, sauf exception. On ne peut pas éternellement se gargariser du Larzac et de la Little Big Horn.

      Soit ils considèrent que la fin justifie les moyens et ils retournent contre l’ennemi, les armes de l’ennemi. C’est la position des communistes, de Lénine, de Trotski, 5 des nationalistes des pays colonisés, des islamistes aujourd’hui. C’est possible parce que ces courants croient à la neutralité des moyens scientifiques, technologiques, industriels, militaires, etc. Le Progrès est neutre, les moyens sont neutres, tout dépend de leur usage, de ce qu’on en fait, de leur fin. Ainsi l’arme nucléaire devient-elle morale, dès qu’elle devient rouge, communiste, ou verte, islamique. Les drones auraient toutes les vertus s’ils attaquaient Israël, les Etats-Unis et l’Europe, etc. Cette souplesse morale s’étend d’ailleurs aux moyens politiques et guerriers. La fin justifie la terreur : les massacres de septembre 1792, l’extermination des anarchistes et des populistes par le Guépéou bolchevique, et les moyens théorisés par l’Etat islamique dans La Gestion de la terreur, afin de purifier le monde de ses mécréants. C’est ainsi que la Révolution perfectionne l’Etat hérité de l’autocratie russe ou de l’absolutisme royal et que la technologie, conçue et développée en Occident, transforme le monde, modernise/américanise/occidentalise tous ceux qui prétendent l’employer contre l’Occident. Et en fin de compte, « nous sommes tous américains » - mais comme les Américains eux-mêmes - moyennant quelques gris-gris culturels et identitaires, que l’on soit afro-américain, sino-américain, juif américain, hispano-américain etc., ou gallo-ricain pour les résidents de l’Hexagone.

    • Si les ennemis du Progrès, au nom de l’efficacité et du pragmatisme, utilisent les moyens du Progrès pour combattre le Progrès, il leur faut devenir de meilleurs progressistes que les progressistes. Il leur faut, pour vaincre les progressistes sur leur terrain, devenir de meilleurs ingénieurs et techniciens, utiliser mieux de meilleures machines, de meilleurs systèmes et réseaux. Les spécialistes et les experts instaurent aussitôt leur domination et prennent le pouvoir chez les ennemis du Progrès comme ils l’ont pris chez les progressistes. Technocratie contre technocratie, l’identité profonde entre les deux adversaires l’emporte sur l’opposition de surface, et le combat cesse faute de combattants.

    • La technologie, comme tous les moyens, n’est pas neutre (Ne-uter : ni l’un, ni l’autre) ; elle est ambivalente (ambi : ceci & cela), voire polyvalente. Elle n’interprète pas le monde comme la philosophie spéculative, elle le transforme ainsi que ceux qui l’utilisent. De moyen en vue d’une fin, elle devient sa propre fin et celle de ses utilisateurs.

    • L’exemple canonique étant la production des « puces » électroniques, ce composant de base, matériel (hardware), emblématique de la société technologique et de l’économie de la connaissance. Or le coût unitaire et le prix de vente des puces ne cesse de s’effondrer, en même temps que diminue leur taille et qu’augmente leur vitesse de calcul - mais - l’investissement dans une fonderie, une fab, est devenu si vertigineux que des entreprises concurrentes doivent s’associer lorsqu’elles se risquent à en construire une. Ainsi l’Alliance qui regroupe Motorola, TSMC et STMicroelectronics, en 2002, à Crolles, près de Grenoble, pour construire une fab à 3 milliards d’euros (dont 543 millions de subventions publiques) : le plus gros investissement industriel en France, depuis dix ans. Malgré les multiples soutiens de la puissance publique à tous les échelons, du municipal à l’européen, l’Alliance, qui pille les eaux des massifs voisins et bouleverse par sa seule présence le paysage et le marché de l’immobilier, ne cesse de changer de partenaires et de licencier des centaines de salariés, au gré des cycles du marché des semi- conducteurs, en voie de concentration, et des luttes à mort entre constructeurs. La superfluité - la prolétarisation - frappe même les ingénieurs et les techniciens. La part des salariés dans les coûts de production devient toujours plus marginale. Les ouvriers – les « opérateurs » des salles blanches - se réduisant depuis longtemps à une minorité quantitative et qualitative, par rapport aux machines et aux strates supérieures de personnel. Une classe ouvrière réduite à des éléments épars, submergée de robots et de bataillons d’ingénieurs, a perdu toute chance d’être le sujet de l’ultime révolution.

    • Les superflus sont aujourd’hui vraiment superflus. Inutiles comme producteurs concurrencés par l’informatique et l’automation. Insolvables comme consommateurs au point d’en être à quémander une allocation d’existence universelle. Ils n’atteignent même pas à la dignité des prolétaires au sens originel, ceux qui n’ont que leurs enfants à offrir à la cité. Les multiples techniques de reproduction artificielle déjà au point et sans cesse améliorées suffisent bientôt aux besoins en ressources humaines des entreprises et des collectivités, ainsi qu’aux projets parentaux des technarques et de la technocratie : les 1 % mentionnés plus haut.

      Cependant les superflus mangent, boivent, respirent, s’habillent, se logent, circulent, consomment. Dans un monde de raréfaction des ressources en eau, en nourriture, en espace, en énergie et minéraux, ils ne sont pas seulement superflus, mais nuisibles. La technocratie n’a que faire d’opprimer les superflus. Elle se soucie comme d’une guigne de leur assurer les conditions d’existence qui leur permettent au moins de vivre dans la servitude. Elle se moque de leur assurer une existence d’esclaves parce que leur existence d’esclave est pur gaspillage.

    • D’où pourraient renaître les hommes et la conscience humaine, capables de penser la déshumanisation du monde et de s’y opposer ? Et surtout de s’y opposer avec la moindre chance de succès, alors que tant de générations et de héros, autrement résolus et armés, intellectuellement et militairement, et qui combattaient dans un rapport de forces moins défavorable, furent écrasés. C’est de leurs défaites, aussi, que nous restons anéantis. Pour mémoire, la dernière insurrection victorieuse en France remonte à février 1848.

    • Certes, cette image du passé est forcément mythifiée, du moins en partie, et nous sommes loin d’en regretter tous les us et coutumes, mais elle est émouvante , ce qui vaut mieux que d’être mobilisatrice.

      C’est ce mirage, ce passé, qui, depuis un demi-siècle, dans les « sociétés avancées », ramènent des hommes à la campagne, en groupes ou en solitaires. Ceux-là sortent de la superfluité. Ils témoignent pour les autres que c’est possible, éveillant du coup la vision d’une sortie en masse. Ils portent en actes la critique du Progrès, née avec le Progrès lui-même, il y a deux siècles. Précisons pour les malentendants : le progrès technoscientifique contre le progrès social et humain.

    • Ainsi le milieu anti-industriel avait remis en circulation, voici des années, l’idée de « Réappropriation des savoirs-faire », déjà présente dans les communautés post-soixante- huitardes. Heureuse idée, destinée à rendre un peu d’autonomie vis-à-vis de la Mégamachine, à ceux qui la mettraient en pratique ; à conserver des vieilles pratiques ; à renouer avec cette expérience directe, avec cette sensibilité qui façonne les réfractaires à la société industrielle. Nombre de textes, parmi les plus intéressants de l’époque, sont issus de cette mouvance, qu’on peut lire notamment à L’Encyclopédie des Nuisances et dans Notes & Morceaux choisis, le bulletin de Bertrand Louart. Cette idée de « réappropriation des savoirs-faire » circule dans les squats, les communautés, les ZAD, les ateliers et les jardins collectifs et chez bien des gens qui vivent à l’écart, seuls ou en famille. Elle est un point d’ancrage et un point de départ. Elle donne du recul et matière à penser à ceux qui la mettent en pratique, sans prétendre un instant s’être affranchis du système, au sein d’on ne sait quelle Utopie enfin trouvée. Il n’y a pas d’ailleurs, mais des idées nées de la pratique et qui suscitent de nouvelles pratiques, en un perpétuel va-et- vient cumulatif entre l’expérience et la théorie. Une fois passé le seuil du mouvement spontané, de la réaction instinctive née de l’existence même des sujets – et il est aussitôt passé-, ce sont la réflexion et la critique qui commandent la pratique.

      avec du @tranbert dedans

    • Nous qui ne savons ni le grec, ni l’hébreu, et à qui les temps qui s’enténèbrent n’ont permis que de mauvaises études, nous avons proposé la méthode de l’enquête critique afin de produire des idées et des producteurs d’idées. Il y a toutes sortes d’enquêtes. Sans détailler ce qui semble un pléonasme - après tout, une enquête devrait toujours être critique - il s’agissait de pousser tout un chacun à se « réapproprier la pensée », à fabriquer du sens par lui-même, en enquêtant sur le monde à partir de son lieu de vie. Ellul : « Penser global, agir local ». Du concret et du particulier, à l’abstrait et au général. C’est l’exemple que nous avons tâché de développer à partir de la technopole grenobloise qui, de fil en aiguille, s’est transformé en critique du capitalisme mondialisé à l’ère technologique.

    • Chaque époque, en effet, présente un caractère particulier, qui l’unifie et qui l’affecte dans tous ses aspects. Ainsi le caractère technologique du capitalisme contemporain depuis la 2 e Guerre mondiale nous serait tôt ou tard apparu, que nous enquêtions sur l’élevage ovin en Lozère, la porcelaine à Limoges, le foot spectacle à Marseille ou plus directement sur l’aviation, les télécoms ou les nanotechnologies dans la technopole grenobloise, à Rennes ou à Toulouse. Dire que la technologie est le front principal ne signifie pas qu’on réduise toute opposition à sa contestation. Ce serait aussi absurde que de se battre « contre la Somme » ou « contre le Rhin » parce qu’à un moment donné la ligne de la Somme ou celle du Rhin matérialise le front principal entre deux armées. Le front principal n’est que le théâtre majeur de l’action, celui qui commande les fronts dits secondaires et où se décide l’issue du conflit. C’est-à-dire que toute percée ou recul sur ce front se répercute en cascade sur les autres et transforme la situation. À aucun moment, il ne s’agit de hiérarchiser les mérites de différentes causes, ni ceux de leurs défenseurs (cause des femmes, des homos, des animaux, etc.). Il s’agit de comprendre, avec le moins de retard possible sur le fait accompli, comment la technologie transforme le monde, villes et campagnes, les hommes et les femmes, leurs corps, les rapports sociaux, le rapport à soi, les idées, etc. Et enfin les rapports de force entre nécessaires et superflus, à l’avantage des premiers, bien sûr. Maintenant, si vous pouvez nous dire quel autre facteur que les technosciences a davantage changé l’homme et le monde depuis la révolution industrielle (circa 1800), ou la révolution cybernétique (circa 1945), nous serons vraiment intéressés.

    • Huhu, @aude_v je dirais : pas spécialement : je relève les passages qui me semblent intéressants ou significatifs, ou encore « à discuter ». Là mes citations en sont à 1/3 du document, et pas vraiment rencontré de trucs anti-féministes, homophobes ou du genre, donc ça reste plutôt lisible intéressant. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y aurait pas des choses à discuter/critiquer quand même hein. :D

      Il y a pas mal de rappels historiques et de choses qui sont intéressantes à rappeler ou avoir en tête.

      Je continuerai ce soir ou demain…


  • Les Inrocks - Qui est Donna Haraway, la pionnière du cyberféminisme ?
    http://www.lesinrocks.com/2016/01/31/actualite/qui-est-donna-haraway-la-pionniere-du-cyberfeminisme-11800683

    Philosophe et primatologue américaine, Donna Haraway mène bataille depuis les années 1970 contre l’hégémonie de la vision masculine sur la nature et la science. Ses travaux, qui appellent à saisir les possibilités d’émancipation offertes par les technosciences, ont largement inspiré les mouvements cyberféministes. Portrait par Usbek et Rica.(Permalink)

    #féminisme