• Qui était Jean Pormanove, l’influenceur décédé en live ?
    https://www.charentelibre.fr/france/qui-etait-jean-pormanove-l-influenceur-decede-en-live-25595669.php

    La Charente se sait libre de dire n’importe quoi, sans évoquer les causes de sa mort :

    « Bataille de Cotoreps » : sur la plateforme Kick, des humiliations et violences en direct pour des cartons d’audience, 15 décembre 2024
    https://www.mediapart.fr/journal/france/151224/bataille-de-cotoreps-sur-la-plateforme-kick-des-humiliations-et-violences-

    Sur la plateforme Kick, des #streameurs français multiplient les humiliations physiques et psychologiques en direct tous les soirs, pour obtenir les dons des spectateurs. Un business de la maltraitance avec pignon sur rue, dont les premières victimes sont des personnes vulnérables.

    « Des chiffres et des Illettrés », « Question pour un Golmon »… Ces concepts sont ceux d’influenceurs niçois qui ont développé depuis plusieurs mois des vidéos visant à se moquer des capacités mentales de leurs participants.
    Ils diffusent leurs contenus sur la plateforme Kick, méconnue en France, car elle leur offre un meilleur pourcentage de rémunération que d’autres services de streaming, et qu’elle revendique une modération plus légère qu’ailleurs. Avec 160 000 abonné·es et plus de 15 000 spectateurs et spectatrices en direct chaque soir, ils sont à la tête de la première chaîne française sur Kick France.

    Les quatre personnes qui apparaissent le plus souvent s’appellent Naruto, Safine, JP et Coudoux. Les deux premiers ciblent volontairement les deux autres. JP, un ancien militaire, subit de nombreuses violences – strangulations, jets d’eau et de peinture. Coudoux, un homme handicapé sous curatelle (une protection juridique qui oblige certaines personnes à être accompagnées dans des démarches administratives, comme signer des contrats), est également régulièrement frappé. 

    Derrière leur écran, les spectateurs semblent raffoler de cette mécanique de violence, en redemandent dans le chat, et multiplient les insultes validistes (« les coto » en référence à l’acronyme « Cotorep », « le golmon », « le beluga »).
     
    « Même si la personne consent à recevoir des coups, cela peut constituer une infraction, que la personne soit porteuse d’un handicap ou non », analyse Sophie Prétot, professeure des universités en droit privé et sciences criminelles. Un·e juge « pourrait prendre une mesure dans un délai très rapide pour prévenir ce trouble manifestement illicite », au regard de la commission de l’infraction pénale ou de « l’atteinte à la dignité humaine », estime-t-elle.

    Le streameur Naruto, qui gère la chaîne Jeanpormanove, a répondu en détail à Mediapart, défendant ses « concepts » et le ciblage de deux personnes en particulier : « Les gens sont là pour voir les réactions de JP et Coudoux, leurs réactions sont beaucoup plus atypiques [...]. On sait ce qui fait rire et ne pas rire les gens », a-t-il affirmé.

    #victimes #cassos #torture

    • Victime de maltraitance en ligne depuis des mois, le streamer « Jean Pormanove » décède en direct
      https://www.mediapart.fr/journal/france/180825/victime-de-maltraitance-en-ligne-depuis-des-mois-le-streamer-jean-pormanov

      « Star » d’une chaîne de streaming sur la plateforme Kick, Raphaël Graven, connu sous le pseudo « Jean Pormanove », est décédé dans son sommeil, lors d’un tournage diffusé en direct. Il était la cible d’humiliations et de sévices de la part de ses partenaires streamers, avait révélé Mediapart l’an dernier. Une enquête est en cours, selon le parquet.

      #whatawonderfulword

    • Le Corpus « Vers un capitalisme de plateforme ? » situe d’emblée les transformations radicales qu’introduisent les plateformes numériques dans le capitalisme contemporain ; en plusieurs endroits on pourrait d’ailleurs parler de rupture tant ces plateformes transforment le travail en lui-même, ses conditions d’exercice et surtout l’emploi. Ce Corpus présente les résultats des premières enquêtes réalisées dans divers domaines de l’économie de plateforme, enquêtes largement centrées sur les transformations induites par cette dernière. Derrière ce modèle économique jugé innovant, une particularité fondamentale caractérise ce nouveau type de transaction économique : les offreurs de travail sur les plateformes numériques sont bien souvent des particuliers, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas salariés, ni même nécessairement des professionnels. Ce sont eux qui possèdent l’outil de production et la force de travail qu’ils vendent en qualité d’indépendants, soit directement aux consommateurs, soit à un intermédiaire. Les travailleurs de ces plateformes assument les risques liés à l’activité (investissement, clientèle, risque physique) tout en étant peu autonomes dans l’organisation de l’activité (processus calibrés, prix fixés par la plateforme, contrôles par cette dernière et par les consommateurs).

      https://journals.openedition.org/nrt/3734

    • Merci d’en parler. Le sadisme monétise sur le dos des faibles jusqu’au spectacle de leur mort dans l’arène de l’ignoble tandis que la justice continue à lambiner sur le consentement des victimes sous emprise.

    • ‪@turcanmarie.bsky.social‬
      https://bsky.app/profile/turcanmarie.bsky.social/post/3lwrrdibhi22z

      En décembre 24, Mediapart interrogeait la ministre du numérique.
      En janvier 25 une enquête préliminaire était ouverte.
      En février 25, la Ligue des droits de l’homme saisissait l’Arcom.
      Pourtant tout a continué.

      Affaire « Jean Pormanove » : ceux qui n’ont rien fait
      https://www.mediapart.fr/journal/france/190825/affaire-jean-pormanove-ceux-qui-n-ont-rien-fait

    • La mort en direct du streameur Jean Pormanove, humilié et maltraité pendant des mois
      https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/08/19/la-mort-en-direct-du-streameur-jean-pormanove-humilie-et-maltraite-pendant-d

      L’histoire rappelle certains des épisodes les plus glaçants de la série britannique de dystopie technologique Black Mirror. Un influenceur français de 46 ans, Raphaël Graven, connu sous le nom de Jean Pormanove pour ses vidéos diffusées en direct, est mort le 18 août dans les Alpes-Maritimes au cours d’un livestream sur la plateforme Kick, qui durait depuis plus de deux cent quatre-vingt-dix-huit heures. Selon des images circulant sur les réseaux sociaux, les autres participants à l’événement auraient constaté le décès de « JP », alors qu’ils étaient couchés, et coupé la retransmission à ce moment-là.
      Le parquet de Nice a ouvert une enquête en recherche des causes de la mort, confiée à la police judiciaire locale. Il a demandé la réalisation d’une autopsie. A ce stade, les raisons précises du décès ne sont pas connues.

      [...]

      En dépit de leur violence difficilement supportable, ces contenus sont présentés par leurs auteurs comme des vidéos à caractère humoristique.

      [...]

      Dans une autre vidéo, plus ancienne, qui a resurgi après le décès du streameur, on entend Owen Cenazandotti et Safine Hamadi envisager explicitement la mort de Raphaël Graven en direct et lui enjoindre de dire « face caméra, là, maintenant, que, si demain il meurt en plein live, c’est dû à son état de santé de merde et pas à [eux] ». « Les gens, ils vont s’en prendre à nous, alors que c’est dû à tes quarante-six ans de vie minable », ajoute Owen Cenazandotti. « S’il m’arrive quelque chose en live, c’est mon entière responsabilité », finit par déclarer Raphaël Graven, après avoir d’abord refusé de le faire.

      une occasion de découvrir l’existence d’une Clara Chappaz, ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique. Vautrin ne s’est pas saisi des 298 heures de taf et d’astreinte en continu qui on l’avantage de préfigurer la suppression de tous les jours chômés, fériés ou pas.
      https://archive.ph/NRpKl

    • Mort de Jean Pormanove : « Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, loin de faire baisser les yeux, captive les regards », Julie Alev Dilmaç, sociologue
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/24/mort-de-jean-pormanove-dans-le-monde-numerique-l-humiliation-d-une-personne-

      Le 18 août, la mort de Raphaël Graven, plus connu sous le pseudonyme de Jean Pormanove, créateur de contenu sur la plateforme Kick, était rendue publique au terme d’un #streaming ininterrompu de douze jours. Décédé dans son sommeil, il s’était fait connaître pour avoir subi, plusieurs années durant, les brimades répétées que lui infligeaient deux comparses, mises en scène sous forme de défis.
      Lors de ces « lives », le protagoniste – tout comme un certain « Coudoux », jeune homme en situation de handicap – pouvait être insulté, étranglé, moqué, giflé, menacé ou encore privé de soins, le tout sur fond de validisme. Ces violences physiques et verbales insoutenables et ces humiliations euphémisées par les streameurs sous l’appellation de « concepts » étaient suivies par des milliers d’internautes.

      Cet épisode invite à interroger notre rapport contemporain à l’humiliation et les significations plurielles qu’elle revêt. Les humiliations prennent des formes de plus en plus insidieuses – mépris des responsables politiques, mise au silence de certaines populations, #mobbing [phénomène de harcèlement moral collectif] au travail, traitements dégradants imposés par certaines entreprises, discriminations –, mais elles sont désormais dénoncées avec vigueur à travers des mobilisations internationales comme #MeToo ou Black Lives Matter, des campagnes de sensibilisation contre le harcèlement ou des mouvements sociaux revendiquant dignité et reconnaissance comme les « gilets jaunes ».

      L’humiliation en ligne existe

      A l’heure où le dénigrement social apparaît à la fois plus prégnant et plus inacceptable, comment expliquer le paradoxe qui consiste, pour certains, à chercher à se faire un nom, à parfaire leur e-réputation et à obtenir une reconnaissance sociale, en exposant une image dévalorisée d’eux-mêmes, voire d’autrui ?

      A l’issue du drame, le cas « Pormanove » a suscité de vifs débats, et sur les forums, on s’interroge sur les responsables : faut-il incriminer les « agresseurs », qui jouent de la surenchère et repoussent toujours plus loin les limites de la violence sur autrui ? La « victime », qui bâtit sa notoriété en s’exposant volontairement à l’humiliation ? Ou encore les internautes, qui, par leurs clics et leurs contributions, assurent la survie de la chaîne ? Plus récemment, les regards se sont tournés vers les autorités : la régulation des plateformes, voire la légalité même de telles pratiques, sont désormais mises en cause.

      L’opinion publique semble (re)découvrir ce que l’on sait pourtant depuis longtemps : l’humiliation en ligne existe, la banalisation des #cyberviolences est réelle, et certaines plateformes laissent faire. Internet regorge de contenus insoutenables – automutilations, suicides diffusés en temps réel, tortures d’animaux… Ni le discrédit numérique, ni l’exposition de la souffrance, ni même la diffusion de la mort en direct ne sont des phénomènes nouveaux.

      La question qui se pose est de savoir en quoi cet épisode tragique et les actes horrifiques qui l’ont accompagné diffèrent des multiples formes d’humiliations déjà documentées telles que le cyberharcèlement, le lynchage ou le dénigrement numérique (bashing) vécus par d’autres ? En quoi les claques infligées à « JP » par ses acolytes, sous prétexte de l’humilier tout en divertissant le public, se distinguent des gifles assénées « pour rire » (acte désigné par le terme « happy slapping ») par des adolescents à un tiers, filmées et relayées de téléphone en téléphone ?

      La souffrance devient spectacle

      Si les modalités de ces agressions semblent similaires, une différence majeure se dessine : le consentement. Dans le cyberharcèlement « classique », l’humiliation est subie et gratuite : la victime est happée dans un engrenage de violences collectives qu’elle ne peut enrayer. Des images intimes volées ou des montages fabriqués sont diffusés à son insu sans possibilité d’effacement. Dans ce cas, la souillure se propage, condamnant la victime à une forme de mort sociale. Parfois, l’issue se révèle plus brutale encore : l’opprobre ne se limite pas à une mort numérique, il peut également conduire au suicide.

      Dans l’affaire Jean Pormanove, l’humiliation est en revanche assumée par l’ensemble des protagonistes : elle est acceptée en grande partie par celui qui l’endure, endossée par ceux qui l’infligent, applaudie par le public qui y assiste. La souffrance devient spectacle et matière à divertissement : elle sert à alimenter les contenus de la chaîne. Les maltraitances sont présentées comme un jeu convenu entre « amis », une mise en scène consentie en apparence, alors même qu’un déséquilibre flagrant s’impose : deux contre un. L’humiliation infligée n’a plus rien d’un pacte : elle a tout d’une domination.

      Ce qui suscite également l’indignation aujourd’hui, c’est que l’humiliation d’autrui devrait, en principe, nous être insupportable. Or, que dire de la participation du public, des « abonnés » qui, non seulement attendaient la notification annonçant le début du direct des #maltraitances, mais qui, pire encore, encourageaient « JP » à endurer toujours davantage ? Quid de ces défis qui l’obligeaient à porter un collier de chien, à subir des électrocutions et à voir ses demandes de soins ignorées ?
      Dans le monde numérique, l’humiliation d’une personne, l’exposition de corps suppliciés, voire la mort en direct, loin de faire baisser les yeux, captivent les regards. Elles servent non seulement de leviers à engranger des « vues » mais aussi de collecte de « dons » qui assurent la survie des chaînes. L’humiliation fait vivre les plateformes au prix de vies fracassées. Aux dernières nouvelles, l’un des streameurs impliqués dans l’affaire aurait demandé aux internautes de ne pas relayer les images du dernier souffle de « JP », pourtant diffusé en direct sur la chaîne — sans doute au nom d’un ultime respect pour sa dignité. [nawak, ils ont plutôt senti le vent du boulet]

      La sociologie est un meuble de salon.

    • Hé ben, parler pour ne rien dire, l’habitude au monde. Pas un mot sur les pourritures mascus qui ont annoncé payer l’enterrement, actionnaires réhabiliteurs de Kick.

    • Mort du streameur Jean Pormanove : « Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action », Nathalie Tehio préside la Ligue des droits de l’homme
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/25/mort-du-streameur-jean-pormanove-il-aura-fallu-un-drame-et-une-tempete-media

      Le traitement de la plateforme australienne Kick met en lumière les obstacles auxquels l’Arcom est confrontée. Alertée dès février par la LDH, mais ne disposant que de 23 salariés pour le contrôle des plateformes, elle n’a pas pu entamer un dialogue efficace avec Kick du fait de l’absence de désignation par celle-ci d’un représentant légal sur le sol européen, et alors même que le règlement sur les services numériques l’y contraignait. Or seule la volonté politique de faire pression sur cette plateforme a permis d’aboutir à une telle désignation, à Malte. Il aura fallu un drame et une tempête médiatique pour contraindre les autorités politiques à l’action.

      Ce défaut d’impulsion et de soutien à l’Arcom est rendu d’autant plus inquiétant au regard du caractère transfrontalier des problématiques du numérique. Et ce, d’autant plus que l’UE n’a pas voulu encourager le développement d’un secteur du numérique européen. En 2018, la LDH avait pourtant plaidé, en vain, pour une souveraineté numérique de l’Europe, qui serait d’ailleurs utile pour lutter contre les attaques et ingérences numériques, et la manipulation des algorithmes qui favorisent des contenus nocifs (comme sur X, ex-Twitter).

      Ces manques profitent largement à une extrême droite qui, ayant compris que la violence, l’invective et la haine favorisent la viralité, utilise ces plateformes peu ou pas modérées pour promouvoir des idées nationalistes, racistes, xénophobes ou antiféministes qui rassemblent les utilisateurs partageant ces idées, renforçant ainsi son influence dans le débat public.

      https://archive.ph/pKFwB

      C’est trois jours après un édito du Monde
      Décès du streamer Jean Pormanove : la mort en direct, un scandale lucratif
      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/08/22/deces-du-streamer-jean-pormanove-la-mort-en-direct-un-scandale-lucratif_6633

    • Le cercle de la merde
      https://lundi.am/Le-cercle-de-la-merde

      La mort en ligne de JP n’arrive pas « par hasard ». Elle s’inscrit dans cette atmosphère affective où la valeur d’un être ne se mesure plus qu’à l’aune de ce qu’il peut endurer publiquement. JP, clown triste sur Kick ou Twitch, a été englouti par la même logique que les chroniqueurs de C8 : offrir sa gêne, son ridicule, ses plaies comme un gage d’appartenance. Autrement formulé il ne s’agit pas ici d’une pathologie individuelle mais bien d’une pathologie sociale. Le sadisme qui circule sur les plateaux télé ou certains chats n’est pas né du néant. Il naît du vide. Du vide existentiel, de la pauvreté en monde. Là où il n’y a plus de vocation, plus de passion, plus de sens, reste le plaisir bas de voir autrui réduit, humilié, abaissé. Et le plus insupportable, c’est qu’on a fabriqué un voyeurisme qui ne se reconnaît même plus comme tel. L’œil collé à l’écran, l’oreille collée au casque, chacun se dit qu’il « participe », qu’il « fait partie du jeu ». Mais c’est un jeu où il n’y a pas de gagnant. Quand la plupart des êtres se maltraitent les uns les autres à longueur de journée, il est plus que probable que la maltraitance ne soit plus perçue. Il en va de même pour l’exploitation, le voyeurisme, le harcèlement.

  • #SalePute

    Loin d’être un phénomène isolé, le #cyberharcèlement touche en majorité les #femmes. Une enquête édifiante sur ce déferlement de #haine virtuelle, aux conséquences bien réelles. Avec le #témoignage d’une dizaine de femmes, de tous profils et de tous pays, et de spécialistes de la question, qui en décryptent les dimensions sociologiques, juridiques et sociétales.

    Les femmes sont vingt-sept fois plus susceptibles que les hommes d’être harcelées via #Internet et les #réseaux_sociaux. Ce constat, dressé par l’European Women’s Lobby en 2017, prouve que les #cyberviolences envers les femmes ne sont pas une addition d’actes isolés, mais un fléau systémique. Plusieurs études sociologiques ont montré qu’il était, en majorité, le fait d’hommes, qui, contrairement aux idées reçues, appartiendraient à des milieux plutôt socio-économiques plutôt favorisés. Se sentant protégés par le caractère virtuel de leurs actions, les auteurs de ces violences s’organisent et mènent parfois des « #raids_numériques », ou #harcèlement_en_meute, aux conséquences, à la fois personnelles et professionnelles, terribles pour les victimes. Celles-ci, lorsqu’elles portent plainte, n’obtiennent que rarement #justice puisqu’elles font face à une administration peu formée sur le sujet, à une législation inadaptée et à une jurisprudence quasi inexistante. Les plates-formes numériques, quant à elles, sont encore très peu régulées et luttent insuffisamment contre le harcèlement. Pour Anna-Lena von Hodenberg, directrice d’une association allemande d’aide aux victimes de cyberharcèlement, le phénomène est une menace directe à la #démocratie : « Si nous continuons de tolérer que beaucoup de voix se fassent écarter de cet #espace_public [Internet, NDLR] et disparaissent, alors nous n’aurons plus de #débat_démocratique, il ne restera plus que les gens qui crient le plus fort ».

    Acharnement haineux
    #Florence_Hainaut et #Myriam_Leroy, deux journalistes belges cyberharcelées, recueillent les témoignages d’une dizaine de femmes, de tous profils et de tous pays, (dont la chroniqueuse de 28 minutes #Nadia_Daam, l’humoriste #Florence_Mendez ou encore l’auteure #Pauline_Harmange), elles aussi insultées et menacées sur le Net. En partant des messages malveillants reçus par ces dernières, le duo de réalisatrices enquête sur la prolifération de la haine en ligne auprès de différents spécialistes de la question, qui décryptent les aspects sociologiques, juridiques ou encore sociétaux du cyberharcèlement.

    https://www.arte.tv/fr/videos/098404-000-A/salepute

    –-> déjà signalé sur seenthis (https://seenthis.net/messages/919957 et https://seenthis.net/messages/920100), mais je voulais y ajouter des mots-clé et citations...

    #Renaud_Maes, sociologue (à partir de la min 16’30)

    « Généralement c’est plutôt des hommes qui agressent sur internet et c’est plutôt des gens qui viennent de milieux socio-économiques plus favorisés (...), des gens qui viennent de la classe moyenne, voire de la classe moyenne supérieure. Cela permet de révéler quelque chose qu’on croit relativement absent : il existe une violence structurelle dans nos société, il existe une domination structurelle et on s’en est pas débarrassés. Clairement, encore aujourd’hui, c’est pas facile d’être un homosexuel, c’est pas facile d’être une femme, c’est pas facile d’être une personne racisée, c’est encore moins facile si on commence à avoir plusieurs attributs au même temps. C’est quelque chose qui parfait ne transparaît pas dans le monde social, parce qu’on a plus de self-control. Avec internet on voit bien que le problème est bien là et que dès qu’on a eu l’occasion d’enlever un peu de #contrôle_social, d’avoir, ne fut-ce que l’illusion, car ce n’est pas forcément vrai, moins de conséquences immédiatement les choses sont mises à nu. Et on voit qu’il y a de la violence, il y a du #rejet des personnes homosexuelles, il y a de la misogynie, il y a du racisme. »

    #Ketsia_Mutombo, co-fondatrice du collectif « Féministes contre le harcèlement » (à partir de la min 22’30) :

    « On est encore dans des sociétés où la parole publique ou l’espace public n’est pas fait pour les femmes, n’est pas fait pour les groupes minorés. On est pensé comme des personnes qui doivent rester dans l’espace domestique, s’acquitter du travail domestique, familial, relationnel, mais ne pas prendre la place. »

    #Laurence_Rosier, linguiste (à partir de la min 22’45) :

    "Les femmes qui s’expriment, elles s’expriment dans la place publique. (...) Et à partir du moment où ’elles l’ouvrent’, elles se mettent en #danger parce qu’elles vont en général tenir une parole qui n’est pas la parole nécessairement attendue. C’est quoi une parole attendue depuis des lustres ? C’est que la femme au départ elle doit respecter les #convenances, donc elle doit être polie, c’est elle qui fait l’éducation à la politesse des enfants, elle doit être mesurée, en retenue, pas violente. Et dès qu’elle adopte un ton qui n’est pas celui-là, qui est véhément, qui est agressif, qui est trivial, sexuel... et bien, on va lui faire sentir que justement elle sort des codes établis et elle va être punie

    #Lauren_Bastide (à partir de la minute 22’18) :

    « Je trouve que le cyberhacèlement a beaucoup de résonance avec le #viol et la #culture_du_viol, qu’il y a ce continuum de la simple interpellation dans la rue au viol. Pour moi c’est pareil, il y a le petit mot écrit, le petit commentaire un peu haineux sous ta photo et puis le raid qui fout ta vie par terre. Il y a cette espèce de #tolérance de la société pour ça... ’c’est le tarif en fait... il ne fallait pas sortir la nuit, il ne fallait pas te mettre en jupe’. ’Bhein, oui, c’est le tarif, t’avais qu’à pas avoir d’opinion politique, t’avais qu’à pas avoir un métier visible. Les conséquences qu’il peut y avoir c’est que les femmes sont moins prêtes à parler, c’est plus difficile pour elles. Prendre la parole dans l’espace public quand on est une femme c’est l’#enfer. Il faut vraiment être très blindée, très sure de soi pour avoir la force d’y aller. Surtout quand on va exprimer une opinion politique »

    #Anna-Lena_von_Hodenberg, Hate aid (à partir de la minute 33’48) :

    « Nous devons réaliser qu’internet c’est l’espace public au même titre que la vie physique. »

    #Emma_Jane, autrice du livre Misogyny Online (à partir de la minute 35’30), en se référant au fait que le sujet n’est pas vraiment traité sérieusement...

    "La plupart des politiciens sont de vieux hommes blancs, ils ne reçoivent pas d’insulte raciste, ils ne reçoivent pas d’insultes sexistes, ils n’ont pas grandi avec internet.

    #Renate_Künast, députée écologiste allemande (à partir de la minute 39’20) :

    « Ce qui est choquant ce n’est pas seulement la haine dont j’ai été la cible, mais le fait que beaucoup de femmes sont visées par ce type de violence sexualisée. (...) On se sent personnellement visé, mais il s’agit d’un problème systémique, c’est caractéristique de l’extrême droite qui ne supporte pas que les femmes soient autre chose que des femmes au foyer et qu’elles jouent un rôle actif dans la société. (...) Il ne s’agissait pas d’une phrase, mais de milliers de messages qui ne disparaîtraient jamais. Pour toutes ces raisons j’ai porté plainte. Et j’ai été stupéfaite quand la réponse, se basant selon moi sur une mauvaise interprétation de la jurisprudence a été qu’en tant que femme politique je devais accepter ce genre de messages. (...) ’Détritus de chatte’, pour les juges en Allemagne, c’était de la liberté d’expression’. »

    #Laurence_Rosier (à partir de la minute 41’35) :

    « La liberté d’expression est invoquée aujourd’hui, pas dans tous les cas, mais dans beaucoup de cas, pour justifier des discours de haine. Et les discours de haine c’est pas soudain que la haine sort, c’est parce que ça a été permis et favorisé par ’oh, une petite blague sexiste, une petite tape sur l’épaule, un petit mot d’abord gentil’ et que progressivement on libère le niveau du caniveau. »

    #Florence_Mendez, humoriste (à partir de la minute 43’01) :

    « Le sexisme que même pour moi était acceptable avant, parce qu’on a toutes nagé dans cette mer en ce disant ’ça va, l’eau n’est pas si salée, je peux en boire encore un peu !’... On a toutes laissé passé ça. Et maintenant il y a des choses qui sont juste insupportables. (...) Je ne laisse plus rien passer du tout, rien passer du tout dans ma vie de tous les jours. »

    #Renate_Künast, députée écologiste allemande (à partir de la minute 43’25) :

    « ça me rappelle ce slogan des mouvements féministes des années 1970 : ’Le pouvoir des hommes est la patience des femmes’. Il faut juste qu’on arrête d’être patientes. »

    Anna-Lena von Hodenberg (à partir de la minute 47’32) :

    « Si on laisse courir les choses, sans régulation, sans poursuites judiciaires, si en tant que société on continue à rester des témoins passifs, alors ça aura des conséquences massives sur nos démocraties. Nous voyons déjà maintenant aux Etats-Unis : la polarisation. Nous l’avons vu en Grande-Bretagne pendant le Brexit. Et ça, c’est juste un avant-goût. Le net est l’espace public le plus important que nous avons, si nous continuons de tolérer que beaucoup de voix se font écarter de cet espace public, qu’elles disparaissent, alors nous n’avons plus de débat démocratique, alors il ne restera plus que les gens qui crient le plus fort et par conséquent, dans le débat public, régnera la loi du plus fort. Et ça, dans nos cultures démocratiques, nous ne pouvons pas l’accepter. »

    Voix off (à partir de la minute 52’40) :

    « ’Fermer sa gueule’, c’est déserter les réseaux, c’est changer de métier, adopter un ton très polissé, c’est refuser des opportunités quand elles sont trop exposées. Et serrer les dents quand on est attaqué, ne surtout pas donner l’impression de se plaindre. »

    #Florence_Mendez (à partir de la minute 53’40) :

    «C’est la fin de la tranquillité.»

    #fait_de_société #cyber-harcèlement #menaces #santé_mentale #violence_structurelle #domination_structurelle #misogynie #racisme #sexisme #intersectionnalité #insulte #espace_numérique #punition #code_établi #plainte #impunité #extrême_droite #fachosphère #liberté_d'expression #polarisation #démocratie #invisibilisation #silenciation #principe_de_la_nasse #nasse
    #documentaire #film_documentaire

    ping @isskein @_kg_ @karine4 @cede

  • La pornographie comme revanche.
    LE MONDE -2016.10.09

    Si l’on en croit les partisans d’une Fin de l’Histoire programmée pour après-demain à 14 h 38, la sexualité serait banalisée, désacralisée, to-ta-le-ment acceptée. Mais si nos vies sexuelles étaient aussi transparentes que nos habitudes alimentaires, pourquoi le revenge porn existerait-il ? En quoi est-il différent de publier la photo d’un partenaire endormi plutôt qu’en missionnaire ?
    Précisons : la pornographie « de revanche » consiste à propager des photos ou des vidéos sexuelles d’ex-partenaires, contre leur gré. L’objectif essentiel est l’humiliation, à la suite d’une rupture, d’un refus sentimental ou d’une infidélité, mais on emploie désormais ce terme pour évoquer toute diffusion non-consentie de contenus intimes (comme nous l’écrivions il y a un mois, un quart des personnes recevant des sextos les diffusent, en moyenne, à trois amis).
    Les plus jeunes d’entre nous sont aussi les plus exposés, au point que cette revanche puisse servir comme moyen de coercition sexuelle. Selon le centre francilien pour l’égalité femmes-hommes, « 17 % des filles et 11 % des garçons déclarent avoir été confrontés à des #cyberviolences à caractère sexuel… A travers la diffusion virale de #selfies_dénudés, les garçons gagnent en popularité, et les filles sont jugées de manière négative et insultées. » Avec les conséquences que l’on connaît, allant jusqu’au #suicide.

    Quand c’est en ligne, c’est trop tard

    Les adultes ne sont pas épargnés, du chantage financier (si votre ordinateur est hacké, ou si vous êtes victime d’une arnaque à la webcam) à la destruction d’une crédibilité professionnelle. La manœuvre est facile : quelques copies d’écran, une diffusion anonyme sur une plateforme étrangère, suffisent à rendre une #sexualité non seulement publique mais médiatiquement incontrôlable. A l’exception de quelques « rattrapages » réussis par des célébrités armées d’avocats, quand c’est en ligne, c’est trop tard.

    Et quand il est trop tard, comment faire ? Face à l’étendue du problème, nombre d’entre nous accusent les victimes ou choisissent de faire l’autruche : puisque tout le monde prend des selfies dénudés, puisque la nature humaine est traître, alors nous finirons tous publiquement en string-panthère , c’est comme ça, point barre.
    Outre qu’une misère partagée n’est pas forcément plus supportable, outre que personnellement, je veux croire que l’univers vaut mieux qu’une jungle peuplée de sociopathes, cette logique du « tous à poil » part du principe que les corps seraient égaux, jugés avec la même bienveillante indifférence.
    Allez dire ça aux gros, aux poilus, aux ados, aux stars, aux personnes âgées… Même au niveau symbolique, ce n’est pas pareil d’apparaître en levrette au-dessus ou en-dessous, doté d’un pénis de deux ou de vingt centimètres, à son avantage ou pas, avec un sourire ou une sale tête.
    Et surtout : l’immense majorité des victimes de #revenge_porn sont des femmes, qui se coltinent alors tous les stigmatisations possibles elles l’auraient bien cherché (nous cherchons toujours tout, n’est-ce pas), elles auraient manqué de lucidité lors du choix de leur partenaire, elles n’auraient pas dû prendre cette photo, elles n’auraient d’ailleurs pas dû avoir de sexualité.

    Ce fatalisme facile, on le retrouve dans la prostitution (le plus vieux métier du monde), le #viol (il en faut), les guerres (inévitables), la violence conjugale (pardon, les crimes « passionnels »), la violence tout court (l’homme descend du singe, et bizarrement, du loup).
    C’est sûr qu’en catégorisant un problème comme insolvable, on ne risque pas de faire avancer le schmilblick, ou pour le cas qui nous intéresse, la dignité humaine. Car c’est bien de dignité qu’il faut parler.

    Reconnaissons qu’ici et maintenant (pour la situation au Sénégal en 2189, consultez les autorités compétentes), l’étalage non-consenti de la #vie_sexuelle rend malheureux, honteux. Reconnaissons que même si cette réaction était hypocrite ou injuste (mais qui peut juger ?), 99 % d’entre nous n’ont aucune envie d’apparaître à quatre pattes lors d’une recherche Google. Ça ne fait pas sérieux, ni pour la réputation, ni pour la recherche d’un emploi, ni pour trouver un logement – les hardeurs et les escortes en savent quelque chose.
    Alors nous ressortons, de temps en temps, la possibilité d’un droit à l’oubli : concept contesté, compliqué à mettre en place au niveau international, inopérant face aux organisations criminelles.

    Reste le recours au législatif, qui implique qu’on prenne le problème au sérieux. La France, après avoir accusé un retard considérable, a réactualisé cette année son texte de loi : alors qu’en mars 2016, un arrêt de la Cour de cassation http://www.numerama.com/politique/153202-revenge-porn-nest-delit-confirme-cour-de-cassation.html qualifiait d’impossible la pénalisation des coupables (au motif qu’une image prise avec le consentement de la personne pouvait être diffusée a posteriori sans son consentement), l’article 226-2-1 adopté par le Sénat fin avril propose désormais des sanctions allant jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende – que l’image ait été obtenue avec l’accord de la victime ou non.

    Des évolutions similaires adviennent ailleurs : si Israël a été le pionnier du revenge porn reconnu comme #crime_sexuel en 2014, certaines régions des Etats-Unis ont suivi le mouvement, ainsi que le Canada, l’Australie, l’Angleterre, le Pays de Galles, le Japon ou les Philippines. En Allemagne, les #photos doivent être supprimées à la demande du partenaire – mais supprimées d’où, exactement, quand #Internet est mondialisé ?

    Le problème, c’est que même un arsenal législatif agressif et décourageant façon Terminator (la chaise électrique sans procès ni antidouleurs pour les auteurs, les diffuseurs, les serveurs et les spectateurs) ne suffirait pas à couvrir tous les cas « gris ».
    http://www.vocativ.com/363198/photoshopped-porn
    Certains sites sont en effet spécialisés en #fausse_pornographie : vous prenez un banal portrait de votre époux ou de votre boulangère, puis vous collez leur visage sur un corps nu (la technique du mapping nous apportera bientôt la même possibilité en #vidéo – courage, camarades). Les résultats peuvent être bluffants, et les retoucheurs les plus talentueux profitent du filon pour gagner de l’argent de poche : ils créent à la demande des #images_pornographiques plus vraies que nature, allant du #gang_bang de célébrités au portfolio érotique de votre patron.

    La loi sera toujours en retard sur la technique

    Dans ces conditions, sommes-nous face à de la diffamation, du vol d’identité, de la création, de la potacherie ? S’agit-il encore de « violation délibérée de la vie privée intime d’autrui » – quand cette vie privée est purement fictionnelle ?
    Le tout répressif ne permet pas de répondre à ces questions, et de toute façon, la loi sera toujours en retard sur la technique. Reste la prévention. Pour l’instant, on culpabilise les victimes – approche absurde et destructrice. Mais il est encore temps de prendre nos responsabilités et d’enseigner, dès l’enfance, qu’aucun rejet sentimental ou sexuel ne justifie une revanche. Qu’aucune injustice ressentie ne justifie qu’on fasse « payer » les camarades, même au second degré, même pour amuser les copains, même de manière passive en consommant ces images.
    Un simple double-clic peut avoir des conséquences dramatiques. Ce n’est pas parce que les gens sont tout nus que c’est forcément marrant : il est temps d’avoir une sérieuse conversation, en somme.


    http://www.filsantejeunes.com/cest-quoi-la-pornographie-12427