• Le Triomphe des égoïsmes - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Le-Triomphe-des-egoismes

    Peugny décrit bien les conditions matérielles de la lutte des places et l’importance des stratégies individuelles dans un monde social plus dur et compétitif mais ce n’est que dans le deuxième chapitre et la conclusion qu’il répond véritablement à Tiberj.

    Dans « Le virage à droite des classes moyennes supérieures » (allusion au « virage à gauche » qui s’était opéré dans les classes les plus aisées à la fin des années 1970), il analyse les attitudes des Français·es vis-à-vis des politiques de redistribution. Selon lui, les données manquent pour établir avec Tiberj que les demandes de redistribution se maintiennent dans le temps et si les conclusions de politiste sont crédibles, c’est seulement sur les questions sociétales. Et de fait, Peugny a lui aussi peu de matière, par exemple il exploite les questions sur le mérite individuel ou la redistribution directe (à travers des aides à la personne) et montre ainsi que la société s’est grandement droitisée. Enfin, le mouvement vient surtout des classes les plus prescriptrices, celles qui votent le plus, les CSP+. Pire, ce sont les cadres du secteur public qui se sont le plus vite (vingt points en vingt ans) converti·es aux idées moisies selon lesquelles l’État ne devrait pas entretenir la paresse des personnes sans emploi ou on doit sa position sociale avant tout à son mérite (alors que tant de travaux, comme ceux de Peugny, montrent que la position sociale des parents est déterminante dans la plupart des cas (3)). Mais j’aurais aimé que l’auteur abordât la question de la redistribution indirecte. Car si la redistribution directe coince (et encore, pas tout le temps, voir le consensus contre les réformes des retraites de 2019 et 2023), la demande de services publics me semble néanmoins toujours forte et il s’agit d’une forme de redistribution. Ces derniers temps les analyses sur l’électorat RN sont nombreuses et celles dont j’ai connaissance montrent que si la critique des « parasites » est assez commune en leur sein, elle ne se porte pas contre les services publics, qui restent toujours largement plébiscités hors des libertariens purs et durs. C’est un bon point de levier.

    […]

    Alors, Peugny ou Tiberj pour nous aider à penser cette situation ? Les deux, et on aimerait assister à leurs échanges.

    #politique #France #droitisation #Vincent_Tiberj #Camille_Peugny #débat #recension #livre #sociologie #gauche #droite #Aude_Vidal

  • Is #AI killing #scientific #reform ? — UlrikeHahn
    https://write.as/ulrikehahn/is-ai-killing-scientific-reform

    Recently I tried to post a #pre-print on #arXiv about what might be going wrong in #debate about reasoning in LLMs. arXiv seemed a relevant outlet, as most of the work on contemporary AI is hosted there, but arXiv has a moderation process imposing basic quality controls it failed:

  • Les ingénieurs de la confusion - AOC media
    https://aoc.media/opinion/2026/01/29/les-ingenieurs-de-la-confusion

    Lundi, Peter Thiel triomphait à Paris : Académie le matin, ministre des affaires étrangères l’après-midi. Cette consécration du milliardaire trumpiste résulte de logiques sociales convergentes : fascination pour les « mages », quête de légitimité intellectuelle, circulation transnationale des idées réactionnaires. Du néofasciste italien Francesco Giubilei aux pages du Grand Continent, des revues mélonistes aux collections Gallimard, mêmes dynamiques à l’œuvre : la confusion intellectuelle produit les conditions de possibilité de la fusion des droites.

    Réponse

    La revue « le Grand Continent » dénonce les « attaques répétées » et à « tonalité complotiste » du journaliste Sylvain Bourmeau – Libération
    https://www.liberation.fr/idees-et-debats/la-revue-le-grand-continent-denonce-les-attaques-repetees-et-a-tonalite-c

    Le directeur du journal d’idées « AOC » a publié un article incendiaire accusant le média d’analyse géopolitique de contribuer à la « fusion des droites ». Le texte en forme de procès d’intention a provoqué une réponse cinglante de la revue et l’embarras d’universitaires.

    Plus complet et surtout public :

    https://geopolitique.eu/fake-news-sylvain-bourmeau.pdf

    #débat ? #AOC #Le_Grand_Continent #Sylvain_Bourmeau

  • Faut-il rire de l’extrême droite ? - Mon blog sur l’écologie politique
    https://blog.ecologie-politique.eu/?post/Faut-il-rire-de-l-extreme-droite

    Ce qui m’interroge, c’est le temps que nous passons à réagir au spectacle affligeant des surenchères fascistes, c’est cette attention peut-être excessive à scruter leurs paroles et leurs prochaines sorties. Ne suis-je pas fascinée par l’« inondation de la zone » théorisée par Steve Bannon, inspiration de Trump lors de son premier mandat ? C’est la question que se posent toutes les personnes gourmandes d’actualité, qui aiment savoir ce qui se passe dans le monde. J’en fais partie, même si je m’intéresse moins à l’actualité chaude qu’à tout ce qui l’explique dans notre histoire très récente. Mais à quoi bon m’infliger tout ça ?

    […]

    Cela m’entraîne vers une deuxième objection devant l’idée de rire de l’extrême droite. Comme beaucoup de personnes sur les réseaux sociaux (la télé des gens pressés mais qui vont y perdre à peu près autant de temps chaque jour), j’ai rigolé en voyant Roselyne Bachelot moquer le manque de répartie de Jordan Bardella

    […]

    Hélas la scène entre Bachelot et Bardella ressemblait plutôt à une pharmacienne, ministre sous Chirac, Sarkozy et Macron dont elle a joué la caution humaniste, aujourd’hui abonnée des plateaux télé et radio où elle trimbale son aisance bourgeoise, qui se moquait (sans non plus faire preuve de trop d’esprit) d’un petit-fils de classe ouvrière exilée n’ayant pas brillé à la fac, représentant d’un parti qui piaffe aux portes du pouvoir depuis dix ans (4). Je n’ai aucune complaisance pour Bardella, je ne vais pas pleurer car il n’a pas de métier (dans tous les sens du terme) ou parce qu’il manque d’intelligence et de répartie. J’ai même bien ricané en me passant la vidéo une deuxième fois. Mais la scène m’interroge.

    […]

    On se le dit pourtant, qu’il faudrait aller vers les gens, ouvrir des espaces où on peut discuter sereinement, retisser des liens de voisinage abîmés, que c’est notre seule chance devant l’étau entre néolibéralisme et fascisme. Mais à la moindre occasion de prouver sa haute valeur en se moquant de l’autre, le sarcasme fuse là où on avait dit qu’on ferait de l’éduc pop, qu’on s’appuierait les un·es sur les autres pour comprendre et grandir.

    #rire #humour #sarcasme #éducation_populaire #mépris_de_classe #débat #Aude_Vidal

  • Sait-on mesurer les effets de la gratuité des #transports en commun ?
    https://metropolitiques.eu/Sait-on-mesurer-les-effets-de-la-gratuite-des-transports-en-commun.h

    La gratuité totale des transports en commun convainc peu les spécialistes du sujet. Selon Félicien Boiron, centrer l’évaluation sur des critères d’« efficacité » de la mesure légitime certaines normes dans la fabrique des politiques publiques de transport. Depuis longtemps décriée par la communauté experte du transport, la gratuité totale des transports en commun urbains s’est fait un nouvel ennemi, la Cour des comptes (2025), avec la récente publication d’un rapport qu’elle consacre à « la #Débats

    / mobilité, transports, gratuité, #tarification, #transports_collectifs

    #mobilité #gratuité
    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_boiron.pdf

    • La contribution des usagers au financement des transports collectifs urbains

      L’organisation des transports collectifs urbains (TCU) est sous la responsabilité des collectivités locales qui en fixent le prix. Comme les recettes tarifaires ne suffisent pas à couvrir tous les coûts – celles-ci ne représentent que 41 % des dépenses de fonctionnement, hors investissement -elles en complètent le financement par d’autres moyens. Pour ce faire, les communes – regroupées au sein d’intercommunalités, comme les métropoles, les communautés d’agglomération ou les communautés urbaines – peuvent percevoir une taxe sur la masse salariale des employeurs locaux, appelée versement mobilité et/ou utiliser leur budget général, financé par les contribuables locaux. Depuis plusieurs années, les collectivités locales ont privilégié une politique de #modération_tarifaire, ce qui a entraîné une déconnexion progressive des #tarifs de l’usage réel des services de transport et donc des coûts induits, et favorisé le financement des #TCU par l’#impôt. Cette baisse de la contribution des usagers au financement des TCU compromet la réalisation des #investissements à venir, pourtant nécessaires pour répondre aux besoins de mobilité et atteindre les objectifs environnementaux. Le rapport de la Cour des comptes, qui répond à une demande formulée sur sa plateforme citoyenne, aborde ainsi les enjeux du développement des TCU et les modalités de leur financement. L’enquête, qui porte sur les principales autorités organisatrices des mobilités (AOM), décrit l’évolution des contributions au financement des TCU, notamment celle des usagers, et examine l’impact opérationnel et financier des politiques de #modération_tarifaire ou de gratuité. À cet effet, elle synthétise de nombreux travaux des juridictions financières et deux sondages réalisés auprès des usagers des réseaux de transport urbain de #Montpellier et de #Lyon.

      https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-contribution-des-usagers-au-financement-des-transports-collectifs-urbain
      #transports_publics #efficacité #villes #urbanisme #cour_des_comptes #rapport

  • La France insoumise, le fascisme et la révolution [2/3]
    https://lundi.am/La-France-insoumise-le-fascisme-et-la-revolution-2-3

    Le refus ou la paresse idéologique d’adresser sérieusement la question du pouvoir maintient ouverte la crise de la pensée libertaire. C’est tout le paradoxe de la situation française actuelle : d’un côté, une très forte ébullition du mouvement réel (Gilets jaunes, Nahel, Kanaky) et de l’autre une incapacité de la théorie révolutionnaire à tirer les apprentissages de ces mouvements qui provoque le sentiment d’une répétition des mêmes erreurs génération après génération. Cette situation est renforcée par au moins 4 motifs :

    – Le peu d’espaces de formation et de transmission au sein du camp libertaire entre génération. Ici aussi, dégoûtée par les vieilles formes idéologiques et descendantes du XXe siècle, une large partie des libertaires a rejeté en bloc les pratiques d’apprentissage (même de l’éducation populaire) négligeant un travail nécessaire qui est au contraire proposé par nombre de formations militantes de la gauche autoritaire.

    – La méconnaissance, le manque de curiosité et de recherches approfondies (enquêtes, entretiens, déplacements, rencontres, etc.) au sujet des révoltes à l’échelle nationale comme internationale. Un événement majeur comme la révolte des quartiers populaires suite à l’assassinat de Nahel Merzouk aurait dû produire un électrochoc dans les milieux radicaux mais cet événement a été étouffé par la répression étatique et presque comme un effet symptomatique, par le désintérêt militant - idem pour la révolte de la jeunesse en Kanaky.

    – L’homogénéité sociale d’un milieu qui le rend incapable de rencontrer des expériences différentes et donc de construire ou d’accueillir des points de vue complexifiant ses propres convictions et pratiques.

    – La carence d’espaces de réflexions partisanes mais non-dogmatiques qui cherchent à tâtons des voies stratégiques en phase avec les conjonctures plutôt qu’à imposer des grilles de lectures préétablies.

    #luttes_sociales #anarchisme #libertaire #pouvoir #stratégie #débat #gauche #gauche_autoritaire #politique #LFI #impérialisme #anti-impérialisme

  • #Écriture_inclusive et langue française : le #Conseil_d’État tranche, l’Académie peste

    La querelle autour de l’écriture inclusive a franchi, fin 2023, un seuil supplémentaire. En rejetant un recours dirigé contre l’usage du point médian sur deux #plaques_commémoratives apposées à l’Hôtel de Ville de Paris, le Conseil d’État a clos un #contentieux apparemment mineur, mais lourd de portée symbolique.

    Pour rappel, ces #plaques mentionnent notamment « les président·e·s du Conseil de Paris » et « les conseiller·e·s de Paris », une graphie contestée par une association estimant qu’elle contrevenait aux règles de la #langue_française et au principe de clarté des inscriptions publiques.

    Saisi après l’échec du #recours devant le #tribunal administratif puis la cour administrative d’appel, le Conseil d’État a jugé que l’emploi du #point_médian ne constituait ni l’usage d’une langue étrangère ni une atteinte manifeste aux exigences légales applicables aux inscriptions officielles.

    Autrement dit : le français, même discuté, reste du français. Une position juridique prudente, presque minimaliste, mais suffisante pour déclencher une réaction immédiate.

    L’Académie monte au créneau

    Quelques jours plus tard, l’#Académie_française publiait un communiqué d’une rare fermeté. Fidèle à une ligne déjà exprimée à plusieurs reprises depuis 2017, l’institution dénonçait une décision qui, selon elle, fragilise la cohérence de la langue commune.

    « Dans la mesure où l’écriture « inclusive » institue arbitrairement des marqueurs orthographiques — dits « points médians » — contraires à la #lisibilité et à l’esprit de notre langue, elle porte une atteinte grave à cette dimension patrimoniale, qui mérite pourtant d’être protégée au même titre que nos monuments et nos paysages », rappelle le texte.

    Et d’ajouter : « Ayant déjà eu l’occasion de faire valoir que cette façon d’écrire nuit à l’apprentissage de notre langue et à son usage national autant qu’international, l’Académie française élève une protestation solennelle contre l’option retenue par cette décision. »

    Ce désaccord n’est pas anodin. Il révèle une fracture entre deux approches : d’un côté, une juridiction administrative qui se prononce sur la #légalité d’un usage précis, sans trancher le #débat_culturel ; de l’autre, une Académie qui se place sur le terrain symbolique, celui de la #norme, de la #transmission et du long temps de la langue.

    Retour sur une escalade de noms d’oiseaux

    Pour mémoire, l’État avait déjà tenté de fixer une ligne claire. En novembre 2017, une circulaire signée par le Premier ministre de l’époque, Édouard Philippe, interdisait l’usage de l’écriture inclusive… mais uniquement dans les actes administratifs officiels. Le texte rappelait alors un principe grammatical classique : « Dans les textes réglementaires, le masculin est une forme neutre qu’il convient d’utiliser pour les termes susceptibles de s’appliquer aussi bien aux femmes qu’aux hommes ».

    Cette même circulaire introduisait toutefois une nuance souvent oubliée dans le débat public. Dans les procédures de recrutement, précisait-elle, le recours au #doublon — « le candidat ou la candidate » — devait être maintenu, précisément « afin de ne pas marquer de préférence de genre ». Une distinction révélatrice : l’écriture inclusive était écartée comme #système_graphique, mais certaines formes d’attention à l’#égalité restaient admises, voire encouragées.

    Saisi à l’époque par des opposants à cette #circulaire, le Conseil d’État avait validé la position du gouvernement. La haute juridiction avait estimé que le texte se limitait à rappeler le cadre linguistique existant, en « prescrivant l’usage du masculin comme forme neutre (…) et en proscrivant le recours à l’écriture dite inclusive ». En ce sens, la circulaire ne faisait, selon les juges, que donner instruction aux administrations de respecter « les règles grammaticales et syntaxiques en vigueur dans la rédaction des actes administratifs ».

    Des années de luttes...

    La saisine du Conseil d’État ne surgit pas dans le vide. Depuis plusieurs années, l’écriture inclusive fait l’objet d’arbitrages successifs. En 2021, une circulaire du ministère de l’Éducation nationale a interdit le point médian dans les écoles, collèges et lycées, au nom des difficultés de lecture et d’apprentissage qu’il pourrait engendrer.

    Cette interdiction a été validée par le Conseil d’État en 2024, dans une autre décision, soulignant la marge de manœuvre de l’administration en matière pédagogique.

    Parallèlement, collectivités territoriales, universités et institutions culturelles ont continué d’expérimenter des formes inclusives, parfois limitées à la féminisation des titres, parfois plus visibles. Les plaques parisiennes s’inscrivent dans ce mouvement diffus, sans valeur réglementaire, mais hautement exposé.

    Une langue, plusieurs champs de bataille

    Ce débat linguistique s’est progressivement déplacé vers l’arène politique. À l’Assemblée nationale, plusieurs initiatives parlementaires ont cherché à proscrire l’écriture inclusive dans les textes officiels, voire dans l’enseignement supérieur. Les arguments reviennent comme un refrain : défense de la clarté, protection des publics fragiles, refus d’une langue perçue comme militante.

    Pour les défenseurs de l’#inclusivité, la question dépasse la #typographie. Il s’agit de rendre visibles celles et ceux que la grammaire traditionnelle relègue au #masculin_générique. Une intention que l’Académie conteste sans détour, estimant que la langue française dispose déjà de ressources suffisantes, et que l’ajout de signes graphiques crée plus de confusion que d’égalité.

    À l’Assemblée, une nouvelle offensive politique

    À l’Assemblée nationale, l’écriture inclusive demeure un marqueur idéologique. Une proposition de loi portée par des députés d’extrême droite vise à interdire son usage dans l’enseignement supérieur et la recherche. Les auteurs du texte dénoncent une incohérence : ce qui est prohibé à l’école continuerait d’être toléré à l’université.

    L’initiative s’inscrit dans une stratégie plus large, où la langue devient un terrain d’affrontement politique, au même titre que d’autres sujets sociétaux régulièrement mobilisés dans le débat public.

    Un désaccord appelé à durer

    Entre le Conseil d’État et l’Académie française, le différend n’est donc ni strictement juridique ni purement linguistique. Il met en lumière deux légitimités qui se croisent sans se recouvrir. La première dit le droit, au cas par cas. La seconde prétend dire la norme, sur le temps long.

    Qui tranchera ? Probablement ni l’un ni l’autre, tant la langue, comme souvent, évolue aussi par l’usage… et par la #controverse.

    https://actualitte.com/article/128623/droit-justice/ecriture-inclusive-et-langue-francaise-le-conseil-d-etat-tranche-l-acade
    #justice #langue #français

    • Sauf que dans l’affaire en question, il n’y a pas de points médians : sur les plaques il est écrit « CONSEILLER.E.S » et non « Conseiller·e·s » :

      C’est d’ailleurs dans les motifs du Conseil d’État, avec un paragraphe explicitant justement qu’il ne s’agit pas de « point médian », mais de l’« usage de points de ponctuation », plus loin qualifié de « simple point ». Du coup, rien n’indique que la décision du Conseil d’État aurait été la même s’il s’était agit réellement de points médians.

      4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites à l’instance, que les plaques commémoratives portant les noms des anciens présidents et présidentes ainsi que des anciens conseillers et conseillères de la Ville de Paris, situées dans l’enceinte de l’hôtel de ville, dans le couloir menant à l’hémicycle et accessibles au public, comportent des intitulés en forme abrégée faisant usage de points de ponctuation, et non de points « médians » comme le soutient l’association requérante, destinés à séparer les termes « président » et « conseiller » de leur terminaison au féminin et au pluriel.

    • La discussion me fatigue. Je suis pour la solution chinoise.
      https://chine.in/mandarin/grammaire/RGLA1

      La question n’existe simplement pas dans la grammaire chinoise qui ne connaît pas de genre.

      Ceci n’empêche pas que depuis les réformes de Deng Xiao Ping et l’ouverture du pays vers le confucianisme et l’Occident les sociétés chinoises connaissent une renaissance de structures patriarcales et des abus de femmes particulièrement dans les régions encore pauvres du pays.

      La comparaison avec les sociétés chinoises (il y en a des dizaines dans le pays même, la disapora chinoise étant toute aussi variée) nous montre que la question et les problèmes à résoudre sont d’ordre économique, politique et social.

      Les querelles linguistiques occidentales ne constituent dans ma perception que des manœuvres de diversion dans la lutte des classes au niveau national puis au niveau des pays en lutte contre l’impérialisme occidental. Excusez le pléonasme s.v.p.

      女人能顶半边天
      Nǚrén néng dǐng bàn biāntiān.
      (Les femmes soutiennent la moitié du ciel.)

      https://ostasieninstitut.com/bibliothek/sprichwoerter-ostasiens/frauen-tragen-die-haelfte-des-himmels-%E5%A5%B3%E4%BA%BA%E8%83%BD%

      Frauen können die Hälfte des Himmels tragen.

      „‚Frauen tragen die Hälfte des Himmels‘ – sagt ein chinesisches Sprichwort.“

      „Die Frauen tragen die Hälfte des Himmels“, lautet einer der berühmtesten Slogans von Máo Zédōng (毛泽东, 1893 – 1976). Dass sie für die gleiche Arbeit aber nur die Hälfte des Lohnes bekommen, der den Männern bezahlt wird – das steht auf einem anderen Blatt.

      Nach einer von der chinesischen Regierung veröffentlichten Studie arbeiten die Frauen im Durchschnitt zwei Stunden länger als die Männer, ihr Einkommen liegt um etwa vierzig Prozent niedriger. Die Hälfte aller Bus- und LKW-Fahrer sind Frauen, der Frauenanteil in den Bereichen Müllabfuhr, Straßenkehren und Steineklopfen (!) wird als sehr hoch bezeichnet.

      Es war vor allem die konfuzianische Tradition, die die Vormachtstellung des Mannes gegenüber der Frau untermauerte. Die Geringschätzung des weiblichen Nachwuchses beruhte vor allem darauf, dass Töchter nach ihrer Heirat nicht mehr zu ihrer Herkunftsfamilie zählten.

      „Wer eine Tochter großzieht“, so ein Sprichwort, „zieht eine Schwiegertochter für andere Leute auf.“ Das war ein Verlustgeschäft, wenn es nicht durch einen entsprechenden Brautpreis entlohnt wurde.

      Verwendung:

      „Frauen tragen die Hälfte des Himmels – sagt ein chinesisches Sprichwort. Tatsächlich zeigen die Reportagen der beiden Pulitzer-Preisträger Nicholas D. Kristof und Sheryl WuDunn, dass arme Frauen oftmals die Hölle ertragen müssen. Die häufigsten Menschenrechtsverletzungen unserer Zeit richten sich gegen Mädchen und Frauen.“

      Vokabeln:
      女 nǚ Frau
      人 rén Mensch
      能 néng können
      顶 dǐng auf dem Kopf tragen (Langzeichen: 頂)
      半 bàn halb
      边 biān Seite, Ecke, Rand (Langzeichen: 邊)

      Conclusion : vous faites comme bien il vous semble, mais n’imposez rien au gens qui s’expriment en écrit ou oralement. Au contraire, défendez la liberté des tous de s’exprimer comme ça leur vient.

      #Chine #langue #femmes #patriarcat

    • @klaus il est dommage que tu induises en erreur toustes tes lecteurices quitte à leur faire rater l’histoire des combats des féminismes chinois sous le prétexte de lutte des classes prioritaire.

      Des féministes chinoises réinventent la langue pour s’attaquer au patriarcat | Radio-Canada
      https://seenthis.net/messages/1150315

      Pour une raison quelconque, un pervers a eu l’idée géniale de faire en sorte que l’idéogramme composé de 3 femmes kan [姦] signifie fornication, malice, séduction, viol, orgie et bruit. C’est l’un des idéogrammes les plus controversés de tous.

    • @touti merci pour le lien vers Radio Canada. Je viens de parcourir l’article (je lirai plus intensément quand je serai moins fatigué) et je trouve que c’est effectivement très intéressant.

      La question que posent les féministes chinoises n’a strictement rien à faire avec notre question d’écriture inclusive qui est à mon avis plutôt une écriture exclusive car elle rend plus difficiles à lire et moins précises les textes sur lequels elle est appliquée. Mais ce ne sont là que ma perception et mes conclusions qui n’ont de l’importance que pour moi.

      Je ne veux pas entrer dans la discussion du pour ou contre de l’écriture inclusive mais te faire remarquer la différence entre la question qui nous concerne au quotidien et le phénomène abordé par les chinoises.

      Elles ont identifié un problème et proposent une solution conséquente suivant une méthode couramment employée dans l’histoire de l’écriture chinoise. C’est donc autre chose que de vouloir imposer une nouvelle approche radicale au fonctionnement et à l’écriture de nos langues.

      La différence systématique et profonde entre l’approche critique de l’écriture chinoise et les modifications dites inclusives imposées aux gens qui ne cherchent qu’à s’exprimer de la manière la plus simple et précise devient évidente quand on fait une comparaison statistique approximative des problèmes.

      Pour le chinois il s’agit de remplacer au de modifier quelques idéogrammes et mots parmi les 106.230 Hanzi (汉字) répertoriés pa le ministère de l’éducation du Taiwan (donc sans manip communiste ;-) ) dont 3000 à 6000 constituent le niveau de connaissance des chinoises et chinois qui ne sont pas des érudits de lettres hanxue (汉学).

      Les corrections proposées par les Chinoises ne changent rien à la grammaire et ne concernent qu’un petit nombre de mots dans les textes.

      Il va de soi que quelques nouveaux mots ou idéogrammes dans un texte ne nuiront aucunement à sa lisibilité surtout quand ils introduisent de nouvelles notions intéressantes.

      Puis les féministes sont un groupe indépendant à la différence avec les administrations scolaires et autres qui sanctionnent le non respect de ses décisions linguistiques. On souffre depuis longtemps du gender mainstreaming introduit par la droite politique.

      La modification de la grammaire et de l’ortographe dans les langues indo-européennes apportée par l’écriture inclusive modifie massivement les textes car elle concerne tous les noms qui pourraient théoriquement se référer à autre chose que ce qui est exclusivement masculin. Contrairement à la question des idéogrammes chinois dans nos langues un pourcentage considérable de chaque texte est concerné par la modification des règles grammatticales et othographiques de l’écriture inclusive.

      La discrimination des femmes en Chine (dans quelle Chine, où, quelle partie de cette société immense ?) existe et trouve son expression dans des élements des différentes langues du pays.

      L’argument de la critique des féministes chinoises ne contredit alors pas ce que j’ai dit, car leur critique est d’une qualité différente à tous les égards de l’approche de l’écriture inclusive. Il ne faut pas comparer les pommes et les poire comme on dit chez nous.

      Sur la l’écriture appellée inclusive je n’ai qu’une vague idée de ce qu’elle signifie car la discussion de la question ne fait que commencer.

      Il y a sans doute quelques arguments valables qui justifient les efforts pour rendre nos langues moins élitistes et plus égalitaires. Mais il y a des arguments, surtout dans le domaine idéologique du « gender maistreaming », qui ont été démontrés comme faux ou fallacieux comme par exemple l’idée de l’invisibilation des femmes par le masculin générique.

      Il reste beaucoup de travail à faire. En cent ans on saura mieux comment les modifications linguistiques imposées ex cathedra auront impacté la réalité sociale.

      Moi comme personne qui ne dispose que d’un temps trop limité je ne dois pas perdre de temps avec le réapprentissage de tout ce que je cultive depuis longtemps. Je suis déjà victime de l’énième Rechtschreibreform qui m’oblige à oublier tout ce que j’ai appris á l’école quand je veux publier un texte officiel. Cerise sur le gâteau arrive l’écriture inclusive avec ses mille sous-variantes.

      Si dans ma pratique d’auteur je me mettais à m’intéresser aux subtilités de chaque nouveau règlement je finirais par me taire. La langue bouge au rythme du peuple. Qu’on arrête de lui imposer ce qui l’empêche de s’exprimer et d’être entendu.

      Il est fatiguant de se défendre contre la censure par l’imposition de règles qui coûtent tellement de temps que tu n’a plus la force d’exprimer ce qui est essentiel.

      #écriture

    • @klaus, tu n’as pas le temps de lire les liens que je t’envoie et tu souhaites te conforter dans ton point de vue et ne pas le requestionner. Je me demande pourquoi je me fatiguerai à te faire ouvrir les yeux après thousands of years of #mansplaining #inversion_patriarcale dont tu nous rajoutes une nouvelle strate.
      Tout les arguments que tu cites et que tu dis n’appliquer que de ton ’point de vue’ persistent à maintenir la place privilégiée masculine alors même qu’elles sont réfutées par toutes les études de genre. Tu ne veux pas de nouvelles règles qui bouleverseraient ton petit confort ? quoi de plus faut-il mettre dans la définition du vieux con+servateur ? Je t’invite fortement à suivre le lien #ecriture_inclusive sur seenthis. je ne répondrai plus à tes provocations sexistes archaïques.

    • @klaus

      Mais il y a des arguments, surtout dans le domaine idéologique du « gender maistreaming », qui ont été démontrés comme faux ou fallacieux comme par exemple l’idée de l’invisibilation des femmes par le masculin générique.

      J’ai quand même l’impression d’avoir vu pas mal d’études récentes qui disent précisément l’inverse, quelles sont tes sources ?

  • Que faire du #racisme en sociologie politique ?
    https://metropolitiques.eu/Que-faire-du-racisme-en-sociologie-politique.html

    Félicien Faury répond à la critique principale de David Gouard quant à son usage du concept de « racisme ». Il montre que la notion reste indispensable pour comprendre certains ressorts fondamentaux du #vote pour l’extrême droite. Je remercie tout d’abord David Gouard pour sa recension de mon ouvrage, qui m’offre l’occasion de clarifier un certain nombre de malentendus. Que sa critique du livre soit juste ou injuste n’est pas ici le problème, car mon intention est de nourrir une discussion #Débats

    / vote, racisme, #extrême_droite, #élections, #classes_sociales, #déclassement

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_faury2.pdf

  • Communiqué de presse – #Formation des professeur· es : des « débats de société et théoriques » désormais interdits en SES ?

    Malgré les nombreuses alertes du monde éducatif (https://www.apses.org/communique-conference-associations-professeurs-specialistes-recrutement-profe), la #réforme de la #formation_initiale des professeur·es se concrétise. Le ministère élabore actuellement le « #référentiel de formation du professorat du #second_degré pour les futurs enseignants », qui définit les attendus du nouveau Master Enseignement et Éducation (M2E), formation suivie pendant deux ans par les futur·es lauréat·es des #concours. En Sciences économiques et sociales, le projet du ministère est inquiétant.

    Enseigner les #sciences_sociales sans place pour le #débat ?

    Alors que les économistes débattent de la taxe Zucman et de l’imposition des patrimoines, alors que des concepts comme celui de classe sociale sont en permanence interrogés en sociologie, le ministère de l’Éducation nationale réussit l’exploit d’écarter tout débat en #SES. En effet, le référentiel est très clair sur les « visées de la formation des enseignants dans la discipline » : « l’enseignement [des SES] repose essentiellement sur l’étude des fondamentaux […] ; son objet n’est pas la présentation de #débats, qu’ils soient de société ou théoriques, ni la participation des élèves à ce type de débats qui sont souvent réducteurs et facteurs de #relativisme. »

    Formation ou formatage ?

    Depuis la réforme Blanquer du #lycée, l’enseignement des SES s’est rétrécit à la présentation de notions et mécanismes, sans lien apparent avec des questions qui se posent dans le #débat_public. Désormais, l’objectif du ministère est à la fois limpide et terrifiant : empêcher d’aborder avec les élèves les débats éclairés par nos disciplines. Pas de débat sur les politiques à mener face à la dégradation du vivant, ou face aux inégalités sociales ? Pas de débat sur les effets du protectionnisme et du libre-échange, ni sur les effets des innovations sur l’emploi ?

    Non seulement cette approche est une grave remise en cause de ce qui fait la légitimité scientifique des sciences sociales, mais elle induit une conception de la formation des enseignant⋅es très problématique, qui, dès lors, s’apparente plus à du #formatage. L’enseignement des SES nécessite des enseignant·es formé·es à la pluralité des approches théoriques existantes en sciences sociales. Une formation didactique est tout aussi importante, afin de présenter ces débats scientifiques sans relativisme et de rendre possible la construction de situations d’apprentissage qui permettent aux élèves d’accéder aux arguments mobilisés et de devenir des citoyen⋅nes critiques, capables de prendre part au débat public.

    L’École doit être le lieu de l’apprentissage de la démocratie, pas du déni. L’APSES exige le retrait de ce #référentiel_de_formation et sa réécriture complète.

    L’APSES rappelle l’urgente nécessité d’un bilan des programmes de SES et de la #réforme_Blanquer du #lycée, qui continue de brutaliser les élèves et les personnels.

    https://www.apses.org/formation-et-debats-en-ses
    #it_has_begun #éducation #France #interdiction #enseignement

  • Héritage : « Les chercheurs disposent de moins d’informations sur les transmissions que quand l’informatique n’existait pas »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/30/heritage-les-chercheurs-disposent-de-moins-d-informations-sur-les-transmissi

    Le processus de transmission des déclarations de succession à l’administration fiscale a sans conteste besoin d’être modernisé. Les notaires rédigent aujourd’hui les déclarations de succession sur support électronique. Les héritiers et légataires peuvent de même remplir les formulaires Cerfa sur ordinateur. Mais ils sont les uns et les autres obligés de les transmettre au service de l’enregistrement sous format papier. L’envoi de documents numérisés sous format papier fait obstacle à la production de données agrégées et à leur exploitation scientifique.

    Aussi la direction générale des finances publiques a-t-elle prévu un service numérique de l’enregistrement avec la mise en place de la plateforme e-Enregistrement. Malheureusement la date de son ouverture ne cesse d’être repoussée. Dans le contrat de transformation e-Enregistrement de 2019, la bascule numérique était programmée pour 2021 ; dans le décret 2020-772 du 24 juin 2020, l’entrée en vigueur de l’obligation de télédéclaration était fixée au plus tard au 1er juillet ; jusqu’à ce que le décret 2025-561 du 30 mai la supprime en abrogeant le précédent décret – et ce sans qu’aucune justification soit apportée.

    Résultat paradoxal : à l’heure du numérique et du big data, les chercheurs disposent de moins d’informations agrégées sur les transmissions que quand l’informatique n’existait pas ! Or quand les moyens nécessaires lui sont alloués, l’administration fiscale parvient à produire des données de grande qualité. Ainsi, par exemple, des progrès notables ont été réalisés au cours des dernières années permettant de coupler les données fiscales sur les revenus des ménages à celles sur leur patrimoine. Il est dommage que les successions et les donations aient été laissées de côté.
    Or les enjeux de connaissance en ce domaine sont essentiels. Jusqu’en 2010, ces données fiscales permettaient de dresser un état des lieux précis des patrimoines transmis et de leur composition par type d’actif (immobilier, financier, professionnel). Elles rendaient également possible la mesure du niveau de concentration des héritages et de leur répartition géographique.

    La réouverture de l’accès à ces données permettrait de nourrir, de manière posée et rationnelle, le débat public qui est en train d’émerger autour de la question de l’héritage. Les droits de succession et donation se sont élevés en 2024 à 20,8 milliards d’euros dont nous savons en définitive peu de choses. Grâce aux données fiscales, nous pourrions calculer les taux d’imposition effectifs selon le montant et la nature des biens transmis, ou encore selon le lien de parenté entre défunts et héritiers.

    https://justpaste.it/m451d

    « La France du XXIᵉ siècle est redevenue une société d’héritiers », Mélanie Plouviez
    https://seenthis.net/messages/1106293#message1107143

    #héritocratie #propriété #héritage #société_d’héritiers #patrimoine #successions #donations #niches_fiscales #données_fiscales #fiscalité #débat_public

  • #Palestine au #Collège_de_France : la protestation de #François_Héran

    _Titulaire de la chaire « Migrations et sociétés » au Collège de France, François Héran rend publique la lettre qu’il a adressée à son administrateur, Thomas Römer, à propos de l’#annulation du #colloque sur la Palestine de son collègue #Henry_Laurens._

    Paris, 9 novembre 2025

    Lettre à #Thomas_Römer,
    administrateur du Collège de France

    Cher Thomas,

    Malgré mon nouveau statut de retraité, tu as bien voulu m’inclure parmi les destinataires de ton message sur l’annulation du colloque de notre collègue Henry Laurens. Je t’en remercie.

    En lisant ton message envoyé à la presse, je découvre que, loin d’être l’apanage du #wokisme, la #cancel_culture peut aussi inspirer l’administration du Collège. Il fallait du courage pour donner des leçons d’#objectivité et d’#intégrité_scientifique à Henry Laurens, qui compte seulement à son actif quelques dizaines d’ouvrages sur la question d’Orient et les affaires de Palestine. Notre collègue, à l’évidence, ne maîtrise pas les enjeux du débat dans un domaine aussi brûlant.

    Il était bon de rappeler aussi qu’en la matière, les partis pris d’un hebdomadaire bien connu pour son traitement rigoureux des faits ont plus de #légitimité qu’un professeur occupant sa chaire depuis vingt-deux ans. On se demande comment ce dernier a osé inviter à son colloque un ancien chef de la diplomatie de l’UE ou un ancien premier ministre, aux côtés d’intervenants capables d’exprimer un large éventail de savoirs et d’opinions, alors qu’il était si simple d’inviter uniquement des intervenants validés par la #Licra.

    Ton message me suggère qu’une révision du règlement intérieur du Collège s’impose de toute urgence :

    Les professeurs qui souhaitent traiter de questions d’#actualité dans des colloques, des cours ou des séminaires risquant de donner lieu à #controverses, devront désormais soumettre la liste des participants à l’autorisation de l’administrateur.

    1. Ils devront également s’assurer de l’assentiment du ministre de la Recherche. Si l’on objecte que la détention d’un doctorat d’informatique ne donne aucune légitimité à intervenir dans des questions de science politique ou d’orientalisme (selon le principe de la séparation des ordres posé en d’autres temps par Pascal), on rappellera dûment aux professeur-es qu’il n’y a pas de plus haute autorité qu’un tweet ministériel.
    2. Le recrutement des professeur-es sera désormais soumis au tribunal de l’opinion publique et médiatique, selon une procédure à déterminer.
    3. Le règlement intérieur proclamera dans son préambule que la notion d’« #engagement », jadis inhérente au libre exercice de la recherche, est désormais désuète. Elle sera donc bannie du Collège. Il faudra effacer de la mémoire de notre institution toute référence aux grands intellectuels, littéraires ou scientifiques, qui se sont aventurés à sortir de la « #neutralité » telle qu’elle est strictement définie dans ton message et dans celui du ministre. On veillera aussi à tenir compte de cet impératif dans la préparation du 500e anniversaire de la fondation du Collège.

    Ces modifications du règlement contribueront, je n’en doute pas, à défendre le Collège. La fable se trompe : mieux vaut la prospérité du Chien que l’indépendance du Loup.

    En te renouvelant, cher Thomas, mes meilleures salutations,

    In dubio pro libertate
    François Héran*

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    Post Scriptum : l’argumentaire du colloque

    Ayant choisi de rendre publique ma lettre à l’administrateur du Collège de France, j’ajoute l’argumentaire du colloque, qui a été transmis à l’ensemble des professeurs. Comme à l’accoutumée chez Henry Laurens, c’est de la science historique de haut niveau, précise et rigoureuse. Pas une ligne, pas un mot, qui justifie le soupçon d’antisémitisme.

    Avec l’ouverture de la « question d’Orient » dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, la Palestine, qui dispose du statut particulier de Terre sainte, devient le lieu névralgique des relations internationales européennes. Durant les décennies qui précèdent la Grande Guerre, les luttes d’influence entre les puissances européennes se multiplient, chacune se présentant comme la protectrice d’une communauté religieuse. Alors que la France et la Russie étendent respectivement leur influence sur les catholiques et les orthodoxes, les Anglais se présentent comme les protecteurs des juifs en Palestine. C’est dans ce cadre que s’inscrit le mouvement sioniste.

    Si la France se voit reconnaître une primauté d’influence à l’issue des guerres balkaniques, les Britanniques profiteront de l’alliance nouée avec le mouvement sioniste lors de la Première Guerre mondiale pour s’arroger un mandat sur la Palestine. La période du mandat britannique est essentielle pour la mise en place des acteurs contemporains que sont le mouvement national palestinien et le mouvement sioniste. Pris dans une double obligation entre les uns et les autres, les Britanniques sont dans l’incapacité de trouver une solution politique satisfaisante pour les deux parties, que ce soit un État palestinien unitaire, une division en cantons ou un partage territorial. Ils doivent ainsi faire face à une révolte palestinienne, puis à une révolte juive. Non sans arrière-pensées, ils délèguent le dossier à l’ONU qui, avec le vote du plan de partage de novembre 1947, provoque une guerre entre Arabes et sionistes, puis, après le 15 mai 1948, une guerre israélo-arabe.

    Dans ce conflit de longue durée, les Européens s’identifient largement à l’État d’Israël. Dans les années 1950 et 1960, la France et l’Allemagne lui fournissent les armements qu’il demande, mais la priorité pour l’État hébreu est d’obtenir l’aide militaire américaine, qui ne devient substantielle qu’après la guerre de juin 1967.Après cette guerre, les « discussions à quatre » voient un rapprochement des positions de la Grande-Bretagne et de la France sur la nécessité d’un retrait des territoires occupés contre une reconnaissance de l’État d’Israël, mais la question de la prise en compte du facteur palestinien reste ouverte.

    S’ouvre ainsi un dialogue euro-arabe. Ce dernier mènera à la résolution de Strasbourg de 1975, appelant Israël à se retirer des territoires palestiniens occupés et à reconnaître les droits nationaux du peuple palestinien, puis à une nouvelle déclaration en 1977 appelant à la création d’une patrie pour le peuple palestinien, et marquant pour la première fois l’opposition européenne à la construction de colonies israéliennes dans les territoires occupés. L’étape la plus importante demeure la déclaration de Venise du 13 juin 1980, qui parle de solution juste et préconise l’intégration de l’OLP dans les discussions de paix.

    Deux niveaux d’action sont à considérer. Le premier est celui de la politique propre à chaque État, le second est celui de l’action collective de la Communauté, devenue Union européenne, le tout étant pris dans le jeu complexe des relations transatlantiques. De fait, la présence de l’Union est forte dans le domaine économique, aussi bien par le traité d’association UE-Israël, qui fait de l’État hébreu le premier partenaire commercial de l’Union, que par le financement des institutions palestiniennes à partir du processus d’Oslo. Néanmoins, l’Europe n’est que simple observatrice des négociations du processus d’Oslo, et si le « quartet » des années 2000 lui reconnaît un rôle, c’est dans un cadre impuissant à faire accepter une solution politique satisfaisante.

    L’Europe est ainsi prise entre le poids de son héritage colonial et impérial, son identification culturelle avec Israël, la charge représentée par sa culpabilité dans la destruction des juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, l’importance de ses relations économiques, technologiques et scientifiques avec l’État hébreu, la montée de l’indignation d’une partie de son opinion publique, marquée par l’accusation d’apartheid et aujourd’hui de génocide dans la guerre de Gaza.

    La question est de savoir si les États européens vont, dans leur grande majorité, reconnaître l’État palestinien et exercer des pressions envers l’État hébreu, en particulier dans le domaine de l’économie, ou s’il s’agit là plutôt de faux-semblants destinés à masquer une impuissance, voireune adhésion, liées à leurs héritages historiques et à leurs engagements géopolitiques. Il n’en reste pas moins que l’Europe, dans sa globalité, est un des grands théâtres d’affrontements du conflit israélo-palestinien, en particulier dans les opinions publiques. En un sens, c’est une bonne part de l’identité européenne qui est en jeu, aussi bien dans l’interprétation de son passé que dans la définition de son identité à venir.

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    Adage juridique latin : Dans le doute, pour la liberté
    *
    François Héran explique l’immigration à Bruno Retailleau

    https://blogs.mediapart.fr/francois-heran/blog/101125/palestine-au-college-de-france-la-protestation-de-francois-heran-0

    #censure #France

    • Annulation d’un colloque sur la Palestine : lettre du conseil académique de « #Jewish_Voice_for_Peace »

      Plus de 120 universitaires représentant le Conseil académique de l’organisation américaine Jewish Voice for Peace expriment leur #inquiétude et leur #indignation face à l’#annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe ». « Lorsqu’une institution aussi prestigieuse se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant. »

      –-

      À Thomas Römer, administrateur du Collège de France
      et Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur
      Le 10 novembre 2025

      Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace* écrit pour exprimer son inquiétude et son indignation face à l’annulation par le Collège de France du colloque « Palestine et Europe », sur la base d’#attaques_médiatiques infondées et de #pressions exercées par le ministère français de l’Éducation.

      Nous comprenons que l’annulation du symposium, prévu depuis plusieurs mois, n’est intervenue qu’après la publication d’un article dans l’hebdomadaire conservateur français #Le_Point, le 7 novembre, qualifiant à tort le symposium de promoteur de l’#antisémitisme, ce qui a incité le ministre de l’Enseignement supérieur, #Philippe_Baptiste, à l’annuler, ce qu’il a fait. De plus, la justification fournie pour cette décision recherchait le recours à l’excuse fallacieuse de « garantir la rigueur scientifique », bien qu’aucune preuve n’ait été fournie à l’appui de cette affirmation. En effet, comme cela s’est déjà produit auparavant, cette justification s’avère être un bouclier pour commettre une #injustice, en censurant de manière injuste la #recherche_scientifique légitime et les conférences consacrées à sa diffusion.

      En tant que plus de 120 universitaires issus de diverses disciplines représentant le Conseil académique de Jewish Voice for Peace*, nous représentons un large éventail de domaines académiques liés aux études juives et l’histoire de l’antisémitisme, y compris les études sur le génocide. Nous nous opposons à toute forme d’antisémitisme, comme nous nous opposons à toutes les formes de racisme. Nous rejetons également tous les efforts visant à utiliser l’ accusation d’antisémitisme à des fins de censure ou pour supprimer des points de vue sur Israël et la Palestine qui devraient être entendus et discutés. L’accusation d’antisémitisme doit être réservée à toutes les occasions où elle est véritablement méritée. Mais l’utilisation fallacieuse et spécieuse de cette accusation pour mettre fin à des travaux universitaires légitimes et à un débat ouvert non seulement sape sa force morale, mais sert les objectifs de la censure. Au contraire, nous vous exhortons à défendre les principes largement partagés de la #liberté:universitaire : la publication et la diffusion des travaux universitaires, la libre recherche dans les #universités et le #débat_public dans les sociétés démocratiques.

      Nous connaissons bien les travaux universitaires des participants cités dans le projet de symposium et attestons de la grande qualité de leurs recherches universitaires et de leurs présentations publiques : leurs publications répondent aux normes les plus élevées en matière de #rigueur_académique, d’ #impartialité et d’#érudition. Il n’y a aucune preuve d’antisémitisme dans le programme qui a été publié, et toute allégation contraire repose sur une fausse représentation de ces universitaires et de leurs travaux. Les participants sont issus de certaines des plus prestigieuses universités d’Europe, où leurs travaux universitaires ont été entièrement examinés et approuvés. Le programme du symposium reflète à juste titre l’état actuel des discussions universitaires et des débats publics sur #Gaza et #Israël/#Palestine de manière plus générale. Nous vous exhortons à ne pas supprimer les discussions universitaires sur des questions d’#intérêt_public, même lorsque les passions s’exacerbent. Seul un engagement en faveur d’une vie intellectuelle ouverte et fondée sur des preuves peut permettre de replacer ces questions dans leur juste perspective et servir à la fois les objectifs universitaires et un débat public éclairé.

      Nous attirons votre attention sur les calomnies proférées par la LICRA, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme. Non seulement cette organisation mène une campagne diffamatoire contre le symposium , mais elle est depuis longtemps considérée comme un groupe dont la crédibilité scientifique est très limitée, concentrant ses efforts sur des campagnes visant à attiser les peurs et à enflammer la haine anti-arabe/musulmane/palestinienne. Le ministère de l’Enseignement supérieur et le Collège de France ne devraient pas se laisser influencer par un groupe dont les références scientifiques sont manifestement faibles et dont les objectifs sont polémiques, diffamatoires et incendiaires, sapant ainsi les critères mêmes des normes intellectuelles appliquées dans les universités françaises les plus prestigieuses. De plus, les établissements d’enseignement ont l’obligation, en période de tensions politiques exacerbées, d’acquérir et de diffuser des connaissances, de prendre en considération un large éventail de points de vue et de créer les conditions propices à un débat et à un jugement publics éclairés. Le #colloque que vous avez annulé proposait précisément cela.

      Lorsqu’une institution aussi prestigieuse que le Collège de France se laisse contraindre à censurer des activités universitaires, elle risque non seulement de perdre son #indépendance et son intégrité académiques, mais elle crée également un précédent inquiétant pour les universités qui luttent pour maintenir leurs normes internes et leurs procédures d’autogestion en ces temps de plus en plus autoritaires.

      Soyons clairs : la décision d’annuler cet événement important est un acte de censure, qui permet aux propos arbitraires et incendiaires circulant dans les médias de servir de base à une décision qui aurait dû être, et qui devrait être aujourd’hui, selon toute norme raisonnable, de soutenir le symposium et ses objectifs. Lorsque des sujets « sensibles » sont ouvertement abordés et débattus par le public, les points de vue scientifiques peuvent être affinés et diverses perspectives peuvent être ouvertement discutées et débattues. La communauté universitaire internationale s’est traditionnellement appuyée sur le Collège de France pour maintenir ces normes, malgré les demandes croissantes des groupes politiques et des responsables gouvernementaux. C’est ni plus ni moins que son #autonomie très admirée qui est en jeu, une autonomie qui a inspiré les collèges et les universités du monde entier. Nous appelons donc le Collège de France à maintenir ses principes les plus élevés et à revenir sur sa décision, afin de permettre au symposium de se dérouler avec son programme publié et important.

      Nous demandons également au ministère français de l’Enseignement supérieur de revoir le processus qui a conduit à une décision aussi malavisée, privilégiant une opinion publique incendiaire et mensongère au détriment de critères scientifiques. Cette décision aurait dû refléter l’autonomie de l’université. Le refus de modifier le jugement scientifique ou professionnel en réponse à une intervention extérieure aurait défendu cette autonomie et reflété à la fois les normes scientifiques du Collège et son attachement à la liberté académique et à la liberté de recherche.

      –-

      *Le Conseil académique de Jewish Voice for Peace est un réseau de chercheurs qui se consacrent à la promotion de la vision et des valeurs de JVP https://www.jewishvoiceforpeace.org. Forts de notre engagement commun en faveur des valeurs juives progressistes et de la libération de la Palestine, nous organisons des actions de solidarité avec la lutte pour la liberté du peuple palestinien dans les milieux éducatifs et universitaires. Nous mettons à profit nos compétences en tant que chercheurs, éducateurs et écrivains pour développer une analyse critique de la censure contemporaine sur la Palestine. Nous nous opposons à l’utilisation de l’accusation d’antisémitisme pour censurer ou criminaliser les discours critiques à l’égard du traitement réservé aux Palestiniens par l’État d’Israël. Nous défendons les droits du travail, la liberté académique et les droits d’association dans l’enseignement supérieur et confirmons les valeurs fondamentales de Jewish Voice for Peace.

      https://blogs.mediapart.fr/jewish-voice-peace-conseil-academique/blog/111125/annulation-dun-colloque-sur-la-palestine-lettre-du-conseil-academiqu
      #ESR #recherche #science #enseignement_supérieur

    • Comment le Collège de France en est venu à annuler un colloque scientifique sur la Palestine

      La décision de suspendre l’événement, prise le 9 novembre par l’administrateur de l’établissement, crée un précédent. Des universitaires dénoncent le rôle joué par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui aurait contribué à faire du colloque un « #événement_politique ».

      Pourquoi un colloque universitaire consacré à la Palestine a-t-il été annulé au Collège de France ? La question est posée après la décision prise par l’administrateur de l’établissement de déprogrammer un événement intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir les 13 et 14 novembre, coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep Paris).

      Les motivations ayant conduit à cette décision radicale – du jamais-vu depuis le Second Empire, quand le cours d’Ernest Renan fut « suspendu jusqu’à nouvel ordre » par l’empereur Napoléon III, le 26 février 1862 – interpellent dans leur enchaînement. A en croire Thomas Römer, l’administrateur du Collège de France, elle s’est imposée « en réaction à la polémique entourant la tenue » de l’événement.

      La « polémique » a démarré avec un article du Point, publié le 7 novembre. Sous le titre « Un colloque propalestinien à haut risque », le média formule l’hypothèse de « deux journées à tendance pro-Hamas ». La liste des intervenants « ne laiss[ant] aucune place au doute », « le colloque sera propalestinien, antisioniste et décolonial », décrète l’hebdomadaire. La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), interrogée, y voit même un cas d’« entrisme pur et simple ».

      « Foire antisioniste »

      Dès sa parution, l’article est posté sur X par la Licra, qui annonce « saisir » le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, car il s’agit d’un « colloque antisioniste » et d’un « dévoiement » du Collège de France. Le 8 novembre, sur Europe 1, la vice-présidente de la ligue, l’avocate Galina Elbaz, décrit les intervenants comme des « personnalités très sulfureuses qui ont toutes eu des prises de position qui flirtaient avec l’#apologie_du_terrorisme ». Une « #foire_antisioniste » où se seraient retrouvés « défenseurs du #Hamas, militants de #BDS [Boycott Désinvestissement Sanctions], éditorialistes d’#Al-Jazira », insiste la Licra.

      Ces accusations, qui insistent sur le financement du #Carep par des fonds qataris et l’accusent d’œuvrer en sous-main pour les #Frères_musulmans, indignent Salam Kawakibi, le directeur exécutif du centre de recherche. « Nous ne sommes ni des agents du Qatar ni des Frères musulmans, déclare-t-il. Nous sommes financés par un fonds privé, et nous dépendons de l’#Arab_Center_for_Policy_Studies, le plus prestigieux think tank arabe basé à Doha et qui compte des antennes à Washington, Beyrouth, Amman, Tunis, Madrid et Paris. » Le fondateur du centre, Azmi Bishara, vient plutôt de la gauche laïque. Le conseil d’orientation du Carep Paris est dirigé par Denis Bauchard, un diplomate respecté à la retraite, ayant été ambassadeur, notamment en Jordanie et au Canada.

      Le Carep a également été accusé par Le JDD d’avoir choisi à dessein le 13 novembre, qui coïncide avec le 10e anniversaire des attentats du Bataclan et des terrasses, à Paris, et du Stade de France, à Saint-Denis (Seine-saint-Denis). La date a en réalité été proposée par l’administration du Collège de France.

      Dans un communiqué annonçant l’annulation de l’événement, dimanche 9 novembre, Thomas Römer a tenu à rappeler la « stricte neutralité de l’établissement au regard des questions de nature politique ou idéologique ». En tant que « responsable de la sécurité des biens et des personnes, ainsi que de la sérénité des événements », il explique par ailleurs n’avoir d’autre choix que de renoncer « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour de ce colloque ».

      Le Collège de France a indiqué au Monde, mardi 11 novembre, que le colloque « ne contrevenait pas aux règles générales en matière de #liberté_académique », mais a souligné que « la question de la pluralité des analyses a été publiquement mise en cause par différents acteurs », ce qui aurait suffi à compromettre la tenue de l’événement. « La violence des mises en cause sur les réseaux sociaux nous a fait craindre des risques liés à d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », ajoute-t-on.

      Henry Laurens, coorganisateur du colloque au titre du Collège de France, est l’historien français le plus reconnu sur le Proche-Orient. Contacté par Le Monde, il a souhaité s’en tenir à son « devoir de réserve et aux strictes règles de la collégialité ». Des proches le disent très affecté par les accusations d’antisémitisme portées par plusieurs polémistes. Une source interne au Collège de France estime que « l’annulation du colloque est désastreuse : elle a causé plus de bruit et de dommages que n’en aurait causé sa tenue ».
      « Tout cela est assez emblématique de ce qui se passe dans le monde académique avec des approches très orientées, un regard très militant sur la question du Proche-Orient », juge, à l’inverse, Yonathan Arfi, le président du Conseil représentatif des juifs de France, qui se félicite que le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche se soit « largement fait écho du fait que cela dépassait le cadre usuel pour la #recherche_publique ». Dès l’annonce de l’#annulation du colloque, dans un tweet, le ministre, Philippe Baptiste, a en effet salué une « décision responsable d’une institution qui doit symboliser l’excellence du savoir (…) et, pour cela, être le lieu du débat dans toute sa #pluralité, ouvert à tous les courants de pensée ».

      « Je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat »

      M. Baptiste n’a pas été un simple spectateur dans cette affaire. Au lendemain de la publication de l’article du Point, il a adressé une lettre à l’administrateur du Collège de France, que Le Monde s’est procurée. Dès les premières lignes, M. Baptiste considère que ce colloque fait l’objet d’une « vive #polémique ». « Sans préjuger des propos qui seront effectivement tenus, je ne peux que constater, à la lecture du programme, un parti pris sur un sujet délicat et fortement polémique », acte-t-il. Avant de mettre en garde M. Römer : « Au vu de ce programme, je doute que vous soyez en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer. »
      Conscient que son statut de ministre « dans un Etat de droit » lui interdit d’empêcher la tenue d’une manifestation scientifique, Philippe Baptiste poursuit d’une phrase sibylline : « C’est mon rôle de le faire respecter [le code de l’éducation et le principe de liberté académique], et ce y compris dans le contexte de ce colloque, bien que je sois personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu par celui-ci. »

      L’entourage du ministre assure au Monde que « c’est la décision exclusive du Collège de France que de choisir d’annuler le colloque » et qu’il n’y a eu « aucune pression » exercée par M. Baptiste. « Un événement comme celui-ci, avec la visibilité qu’il avait acquise au fil des jours, était porteur de risques de troubles à l’ordre public », justifie-t-on sans préciser sous quelle forme auraient pu avoir lieu ces troubles. C’est par « un écosystème de chercheurs, dont certains se sont émus du programme », ajoute-t-on, que le ministre a été informé, le 6 novembre, de la tenue de ce colloque.

      Selon nos informations, un groupe d’universitaires appelé « réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », structure fédérative associant huit universités et des associations dont la Licra, a produit de nombreux échanges entre les 8 et 10 novembre. Dans cette boucle qui compte des dizaines de membres de sensibilité plutôt pro-israélienne, on affirme que « certains collègues ont lâché la rampe et ne font plus aucune distinction entre leur expertise scientifique et leur #militantisme », qu’ils ont « pris l’habitude de se servir de leurs diplômes et de l’autorité morale qui en émane pour faire passer ce qui est tout bonnement de l’ordre de la #propagande [propalestinienne] ».

      On y évoque aussi la nécessité de prendre des « mesures coercitives pour les faire rentrer dans le cadre ». Enfin, on y raille le débat de clôture du colloque du Carep, qui prévoyait des prises de parole de l’ancien chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, de la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, et de l’ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell.

      « Accablant »

      Historienne et politiste, directrice de recherche au CNRS, Stéphanie Latte Abdallah devait intervenir au cours de l’une des tables rondes sur « Le sionisme comme projet européen d’expansion coloniale ». Elle confie être « choquée » par cette annulation et balaie tout caractère univoque dans les exposés prévus. « Il s’agit d’un colloque qui a un sujet scientifique, la Palestine et l’Europe, et des intervenants qui sont les meilleurs spécialistes de cette question, explique-t-elle. Les choix scientifiques relèvent des libertés académiques et non de la décision d’un ministre. En revanche, quand un colloque clairement politique est organisé au Sénat, le 10 novembre, par l’organisation israélienne #Elnet, financée par le gouvernement de Nétanyahou, cela ne semble poser de problème à personne. » Un autre intervenant, qui préfère garder l’anonymat, ironise : « Faudra-t-il aussi, à chaque colloque sur Israël, inviter un chercheur présentant le point de vue palestinien ? »

      Quant au panel de clôture, « il était bien séparé de la dimension purement scientifique », précise Mme Latte Abdallah. « Faire intervenir Dominique de Villepin, Josep Borrell et Francesca Albanese était un acte conclusif politico-diplomatique, centré sur des questions de #droit_international par des figures qui le portent, en plein génocide, dans un contexte où il nous oblige plus encore », décrit-elle en soulignant que « tout se passe comme si, au lieu de faire respecter le droit international, il était au contraire devenu une cible et quelque chose de dangereux ».

      Parmi les universitaires, plusieurs dénoncent une censure. D’après le politiste Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et membre de l’Observatoire des atteintes à la liberté académique, « tout cela est vraiment accablant ». « Le ministre a dérogé au principe de respect de la liberté académique, et il le sait. Dans un même courrier, le ministre dit qu’il est le garant de la liberté académique, mais qu’il se garde d’agir pour la garantir. »

      Alors que le colloque était programmé depuis plusieurs mois, les organisateurs s’étonnent d’un tel revirement. « Sous couvert de garantir la #scientificité, le ministre justifie ainsi une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger la liberté académique », écrivent dans un communiqué, le 10 novembre, les responsables de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe du Collège de France et le Carep.

      Appel à la démission

      Cette annulation va « créer un précédent dangereux : il suffira désormais d’un article polémique ou d’un tweet ministériel pour censurer un colloque jugé “sensible”. Accuser ces chercheurs d’antisémitisme ou de militantisme revient à disqualifier sans fondement leurs travaux, pourtant validés par leurs pairs et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses, alertent-ils. La recherche n’a pas vocation à être équilibrée politiquement : elle doit reposer sur la compétence, la méthode et la probité intellectuelle. »

      « C’est le ministre qui a transformé ce colloque en événement politique, et c’est une première, observe l’une des intervenantes, qui souhaite taire son nom. Cela brouille toute possibilité d’une réflexion scientifique, équitable et compréhensive. On voit monter ce côté trumpiste, c’est comme une restriction de notre périmètre de recherche, alors même qu’il y a une énorme incompréhension du conflit et un manque de culture générale et de connaissance de l’histoire. »

      L’association France Universités, qui réunit les chefs d’établissement, indique avoir découvert « avec stupeur » cette annulation. Dans un communiqué daté du 10 novembre, elle exprime son incompréhension et une « vive inquiétude » à l’égard des libertés académiques. Près d’un millier de chercheurs, enseignants, étudiants ont signé une pétition dénonçant « la volonté délibérée d’empêcher la recherche académique sur Israël-Palestine, dès lors qu’elle contrevient aux cadres intellectuels portés par les soutiens à la politique israélienne », qu’ils jugent « extrêmement préoccupante ». Demandant une « réponse à la hauteur des enjeux », ils appellent à la démission de Philippe Baptiste.

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/11/comment-le-college-de-france-en-est-venu-a-annuler-un-colloque-scientifique-

    • Annulation du colloque « La Palestine et l’Europe » au Collège de France : « Cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle »

      Dans une tribune au « Monde », un collectif de plus de 300 universitaires, parmi lesquels Jean-François Bayart, Judith Butler et Pierre-Cyrille Hautcœur, s’élève contre l’annulation de l’événement. Ils y voient une « atteinte sans précédent à la liberté académique ».

      N ous, membres de la communauté scientifique, chercheurs, enseignants, étudiants et citoyens attachés à l’indépendance du savoir, exprimons notre profonde inquiétude face à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », initialement prévu au Collège de France.
      Cette décision, prise à la suite d’un article polémique et de pressions directes exercées par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, constitue une atteinte sans précédent à la liberté académique en France. Sous prétexte de garantir l’intégrité scientifique, le ministère a légitimé une intervention politique dans le champ de la recherche, en contradiction avec sa mission première : protéger l’indépendance des universitaires et la pluralité des approches scientifiques.

      Issus d’universités prestigieuses telles que l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse), la School of Oriental and African Studies de Londres, l’université d’Amsterdam, l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et le Centre national de la recherche scientifique, à Paris, ou la Queen Mary University of London, les intervenants ont été injustement discrédités, sur la base d’amalgames et d’accusations infondées. Leur compétence, leur rigueur et la reconnaissance internationale de leurs travaux ne sauraient être effacées par des campagnes de dénigrement.
      Des principes mis en péril
      La recherche n’a pas vocation à plaire ni à se conformer à un « équilibre politique » dicté par le pouvoir. Elle repose sur la méthode, la critique, le débat argumenté, des principes aujourd’hui mis en péril. En confondant évaluation scientifique et contrôle idéologique, cette interdiction ouvre la voie à une ère de censure institutionnelle, où des calomnies médiatiques suffiraient à bâillonner la réflexion universitaire.

      Nous refusons que la France suive cette pente. Nous refusons que le Collège de France devienne le réceptacle d’une telle dérive. Nous affirmons que la mission des universités et des institutions de recherche n’est pas de conforter le pouvoir, mais d’éclairer la société.
      Nous appelons le Collège de France à revenir sur sa décision et à garantir la tenue de ce colloque dans le respect de la liberté intellectuelle. Nous appelons le ministère à honorer son devoir de protection de la recherche, non à en devenir le censeur. Et nous appelons la communauté scientifique tout entière, en France et en Europe, à défendre fermement le principe fondateur de toute science : le droit de penser librement.
      ¶Parmi les signataires : Michel Agier, anthropologue, directeur d’études EHESS ; Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po ; Frédéric Bauden, professeur à l’université de Liège ; Jean-François Bayart, professeur à l’IHEID (Genève) ; Sophie Bessis, historienne ; Karim Emile Bitar, enseignant à Sciences Po ; Judith Butler, professeure distinguée à l’université de Californie ; Bernard Chazelle, professeur à Princeton ; Delphine Dulong, professeure à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; François Héran, professeur honoraire au Collège de France ; Pierre-Cyrille Hautcœur, directeur d’études à l’EHESS ; Michel Kaplan, président honoraire de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne ; Catherine Mayeur-Jaouen, professeure d’histoire contemporaine à Sorbonne Université ; Maurice Sartre, professeur honoraire à l’université de Tours. Liste complète des signataires à retrouver ici : https://docs.google.com/document/d/1p3GSo7mWGeE_0kWoqF_PcYMicwkzm9wK/edit

      https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/11/11/interdiction-du-colloque-la-palestine-et-l-europe-au-college-de-france-cette

    • Colloque annulé au Collège de France : les manœuvres d’universitaires pro-Israël

      L’interdiction du colloque « Palestine et Europe » qui devait se tenir au Collège de France les 13 et 14 novembre suscite de nombreuses réactions. Entre stupéfaction et dénégation, le temple du savoir vacille. Comment une telle décision, portant une si grave atteinte à la liberté académique et d’enseignement a-t-elle été prise ? Le Collège de France et son administrateur ont fait l’objet de pressions orchestrées notamment par un collectif d’avocats, en coordination avec un réseau de chercheurs, le #RRA (#Réseau_de_recherche_sur_le_racisme_et_l’antisémitisme), qui a largement échangé par courriels pour parvenir à ses fins. Nous avons pu consulter ces échanges, dont la lecture révèle une entreprise coordonnée de délégitimation, de délation et d’influence.

      « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France, plus copie au ministre de l’Enseignement, hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. #Déborah_Journo »

      Par ce mail triomphal, l’avocate Déborah Journo s’enorgueillit d’avoir contribué à l’annulation du colloque « La Palestine et l’Europe », coorganisé par l’historien Henry Laurens et le Centre arabe de recherches et d’études de Paris (Carep Paris), qui devait se dérouler au Collège de France les 13 et 14 novembre et qui vient d’être déprogrammé par Thomas Römer - l’administrateur de ce prestigieux établissement.

      Le message de l’avocate est adressé à une centaine d’universitaires, regroupés sous le nom de RRA, Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme. Cette structure a été créée en 2019 et a son siège et sa direction à l’université de Picardie. Elle se présente comme un « dispositif contractuel » regroupant « des unités de recherche rattachées à différents partenaires » publics et privés. La plaquette énumère : « Universités, CNRS, associations, institutions publiques ou privées. » Ce RRA se propose de fédérer « les unités de recherche et laboratoires », de renforcer « les synergies » et d’organiser des colloques. Sa direction revendique environ 500 membres, qui communiquent beaucoup entre eux.

      Dans la boucle de mails, des membres du réseau jubilent après l’interdiction du colloque du Collège de France :

      « Je ne boude pas le plaisir de voir ce colloque annulé », lâche une chercheuse (#Danielle_Delmaire, de l’université de Lille).

      « Bravo... j’ose espérer que cela puisse nous servir au sein de nos établissements pour faire jurisprudence. Vaillamment », ajoute une autre, tout aussi satisfaite (#Véronique_Benzaken, Paris-Saclay).

      D’autres encore espèrent que la punition fera office d’avertissement : « L’idée d’inviter des politiques dans un colloque académique – fût-il orienté, malfaisant et non pluraliste – tentera moins de personnes. » (#Paul_Audi, Paris-Descartes).
      Lobby

      Pour bien comprendre ce qui se joue dans ces échanges, il faut remonter au 7 novembre dernier.

      Ce jour-là, l’hebdomadaire Le Point publie un article de son rédacteur en chef #Erwan_Seznec dénonçant la tenue, « au Collège de France », de ce que ce magazine appelle un « colloque propalestinien à haut risque », qui « réunira », selon Seznec, « des personnalités aux positions radicales ».

      L’article provoque une nouvelle panique morale dans le monde politique et médiatique, mais aussi universitaire : au sein du groupe RRA, on perçoit le colloque comme « un autre signe du basculement progressif dans la légitimation et la banalisation des actions antijuives sous couvert d’antiracisme et d’anticolonialisme » - dixit le politologue retraité Pierre-André Taguieff.

      Ce samedi 8 novembre, l’avocate Déborah Journo explique aux universitaires du RRA qu’elle écrit au ministre de l’enseignement pour « dénoncer ce colloque au sein d’un établissement public sous sa tutelle ». Le colloque est annulé et, deux jours plus tard, l’avocate se félicite de l’efficacité de son action.

      Déborah Journo est avocate, elle déclare sur LinkedIn « consacrer l’essentiel de [son] activité à des actions de lobbying auprès du gouvernement, des institutions, des ONG ». Elle est également signataire d’une tribune publiée en août dernier, et sobrement titrée : « Non, il n’y a pas de génocide à Gaza. » Après le 7-Octobre, elle a fondé l’association Actions Avocats, qui mène des actions de lobbying ou des actes juridiques notamment pour défendre « toutes les victimes du racisme, de l’antisémitisme et du terrorisme ».

      Le Collège de France, temple du savoir et de la rigueur scientifique, aurait-il été influencé par l’action de l’avocate lobbyiste ? C’est en tout cas ce dont se targue l’intéressée.

      Rappelons qu’officiellement, c’est au nom de la « sérénité des débats » et du « respect de l’intégrité scientifique » que le colloque qui devait se tenir les 13 et 14 novembre a été annulé par l’administrateur du Collège de France Thomas Römer.

      Pour le chercheur à l’origine du colloque, Henry Laurens, c’est bien « la question de la liberté académique qui est en jeu ». Il exprime des réserves quant à la possibilité de pouvoir encore l’exercer à l’avenir : « Il y a déjà un colloque qui est prévu sur Gaza avec mon collègue Didier Fassin. Au mois de décembre, on verra pour ce colloque-là. »

      #Dénigrement

      Les membres du groupe d’universitaires constitué autour de RRA tiennent des propos dénigrants et calomniateurs à l’égard de leurs collègues investis dans les études autour de la Palestine. Paul Audi écrit par exemple :

      « Personnellement je crois ces gens capables de tout. Il y a un an j’ai fait une émission de radio face à Henry Laurens, et je l’ai vu accumuler des contre-vérités et des mensonges en s’abritant derrière son “autorité”. C’était ahurissant. Ce professeur n’est pas autre chose qu’un militant. »

      Le sérieux méthodologique des enseignants et chercheurs ainsi incriminés est sans cesse remis en cause. Ils sont accusés d’être avant tout des militants, au mieux négligents sur le plan scientifique, au pire antisémites. « De Didier Fassin à Henry Laurens et quelques autres, académo-militants qui occupent le terrain, le Collège de France est en passe de devenir le Collège de la France antijuive », écrit très sérieusement #Pierre-André_Taguieff.

      « Il ne faut pas se tromper de sujet. Il faut avoir balayé le programme de ce colloque […] pour mesurer à quel point il n’a rien à voir avec le périmètre académique et pourquoi il s’agit effectivement d’un meeting », estime quant à lui l’historien Emmanuel Debono.

      Délation, fichage, calomnies : la chasse est ouverte

      Dans ce climat d’insultes et de dénigrement, certains échanges entre universitaires les mieux gradés laissent apparaître une véritable #chasse_aux_sorcières visant les chercheurs travaillant sur les questions palestiniennes, au-delà du seul cas du colloque au Collège de France.

      Le samedi 8 novembre 2025, le directeur de Sciences Po Strasbourg, Emmanuel Droit, s’inquiète de l’invitation, dans son IEP, de la chercheuse Stéphanie Latte Abdallah. Ne pouvant, dit-il, « pas faire grand-chose en interne », il écrit à son réseau afin d’obtenir des informations qui lui serviraient à prévenir la présidence de l’université de Strasbourg contre cette historienne et anthropologue : « Que savez-vous à propos de Stéphanie Latte-Abdallah ? [...] Si jamais vous avez des infos sur cette chercheuse du CNRS me permettant d’alerter la présidence de l’Unistra, je vous en serai reconnaissant. »

      Les réponses aux relents nauséabonds ne tardent pas : « Clairement militante pro-palestinienne étant elle-même d’origine palestinienne Tte sa production universitaire est là-dessus Ses interventions aussi » (#Régine_Waintrater, Paris-Cité).

      La qualité de chercheuse de Stéphanie Latte Abdallah est également attaquée dans ce climat calomniateur qui règne dans le groupe RRA : « Elle fait toutes ces déclarations douteuses dans les médias, clairement pas scientifiques, a-historiques et non vérifiées », écrit #Évelyne_Chayes (CNRS).

      Enfin l’initiateur de cette traque, #Emmanuel_Droit, répond : « Merci oui en faisant des recherches, je viens de voir qu’elle n’a que le mot génocide à la bouche.... »

      Un informateur confie à Blast que ces personnes, importantes au sein de la hiérarchie du monde universitaire, exercent une influence considérable, capable de museler les voix contestataires : « Ils ont beaucoup de pouvoir. Ils ont beaucoup de moyens d’intimider les autres. Donc, il y a beaucoup de gens qui se taisent par #peur. » De plus, « ils ne veulent pas que tout ce qui est relatif à la reconnaissance du génocide puisse être audible », analyse une autre source.

      Un autre encore nous indique que « sous une apparence et des valeurs républicaines et de laïcité, il se joue beaucoup d’ostracisme et un double discours qui s’est envenimé après le 7 octobre en soutenant Israël mais sans jamais le revendiquer vraiment ».

      Dans une autre boucle de mails, un historien propose de constituer, avec l’aide du réseau RRA, des fiches sur les intervenants du colloque annulé sur la Palestine : « Je souhaite constituer un petit groupe de volontaires pour travailler sur l’épluchage des bios de ces intervenants. Il faut du pédigrée et du verbatim, et constituer la revue de presse accablante que cet aréopage mérite. Merci de me contacter si vous souhaitez réfléchir et mettre en œuvre, rapidement, ce travail de salubrité publique. Bien à vous, Emmanuel Debono. »

      Connivences politiques

      Plusieurs membres du RRA se félicitent en outre d’avoir influencé la position de ministres dans une décision aussi sensible que celle de l’annulation du colloque prévu au Collège de France.

      L’une de ces membres, #Déborah_Levy, écrit ainsi le 9 novembre : « Les ministres Aurore Bergé et Philippe Baptiste, prévenus depuis jeudi dernier (les alertes que vous faites remonter ici sont donc précieuses), ont demandé à l’administrateur du Collège de France d’annuler ce colloque, eu égard au risque élevé de trouble à l’ordre public et afin de garantir la sécurité des personnes. »

      À plusieurs reprises, les liens de proximité et de courtoisie entre ces universitaires et l’exécutif apparaissent au fil des échanges. Le 1er novembre, #Isabelle_de_Mecquenem (université de Champagne-Ardenne) évoque ainsi « une invitation à échanger avec le ministre de l’Enseignement supérieur », avant de préciser que la rencontre n’aura finalement pas lieu en raison de « l’instabilité politique ».

      À la lecture des échanges, une inquiétude sourde de voir leur #responsabilité engagée dans la décision d’interdire le colloque apparaît chez certains membres du RRA : « Chers amis, Aucun d’entre nous n’est responsable de l’annulation du colloque. A ma connaissance, en tout cas, nous n’avons pas demandé une telle chose. Comme beaucoup d’autres, nous avons fait état de notre effarement devant la programmation d’un meeting politique au Collège de France, où il ne faisait aucun doute que les échanges “scientifiques“ annoncés étaient de la poudre aux yeux. Albanese ? Villepin ? Peut-être en invitée surprise aurions-nous vu monter à la tribune Rima Hassan… »

      On retiendra de cette histoire qu’un colloque organisé avec et par des personnalités et des scientifiques confirmés et respectés, tels que Salam Kawakibi - directeur du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris - ou encore Henry Laurens, a pu être interdit entre autres sous la pression d’un #lobbying d’universitaires aux positions ouvertement favorables au gouvernement d’Israël.

      D’autre part, cet événement confirme la volonté d’empêcher la tenue de manifestations scientifiques consacrées à l’histoire de la Palestine, lorsqu’elles ne sont pas agréées par les milieux pro-israéliens. Plus grave encore, les participants font l’objet de manigances et malveillances susceptibles d’affecter leur carrière universitaire.

      La LDH, (Ligue des droits de l’Homme) dans un communiqué publié hier soir, résumait la situation en ces termes : « Cette décision interroge sur l’exercice de la liberté académique et la nécessaire diffusion auprès des citoyens du travail scientifique. (...) Les chercheurs doivent pouvoir librement, indépendamment de toutes pressions directes ou indirectes, organiser des événements scientifiques sur le thème, sous le format et les modalités qui leur paraissent appropriés. »

      Contactée ce mardi 11 novembre au sujet de l’implication du RRA dans l’annulation du colloque, #Céline_Masson, la directrice de la structure universitaire, n’a pas souhaité répondre à nos questions : elle a tenu à préciser que le RRA n’avait aucun lien avec l’annulation du colloque.

      https://www.blast-info.fr/articles/2025/colloque-annule-au-college-de-france-les-manoeuvres-duniversitaires-pro-i

    • Le colloque scientifique sur la Palestine connaît un succès inédit en ligne

      Annulé par le Collège de France, l’événement consacré à la relation entre la Palestine et l’Europe se tient les 13 et 14 novembre dans les locaux du Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris, devant un public très nombreux, mais à distance.

      Entrera ? N’entrera pas ? Sur un trottoir parisien, jeudi 13 novembre à 8 h 15, une cinquantaine de personnes patientent dans une file d’attente devant le Centre arabe de recherches et d’études politiques de Paris (Carep). Les locaux sont exigus, 35 places maximum, et tout le monde ne pourra pas y pénétrer, prévient un agent de sécurité. Par petits groupes, on se questionne, pour savoir qui dispose ou non d’une invitation nominative pour assister au colloque scientifique « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines ».

      Les entrées se font au compte-goutte. Arrive Henry Laurens, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, suivi de plusieurs intervenants. A quelques exceptions près, tous sont des chercheurs représentant des institutions universitaires prestigieuses à Londres, Madrid, Amsterdam, Montréal, Rome ou encore Bruxelles.
      L’incompréhension se lit sur les visages, l’inquiétude aussi. Comment le Collège de France a-t-il pu en venir à annuler cette rencontre académique ? Comment ce lieu du savoir ouvert à tous a-t-il pu « se refermer comme une huître sous la pression d’un article du Point puis du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ? », interroge un couple de retraités, dans la file d’attente.
      « Conditions dégradées »
      L’administrateur de l’établissement, Thomas Römer, avait annoncé l’annulation de l’événement, le 9 novembre, « face à la polémique, mais aussi aux risques qui se manifestent autour » – tels que « d’éventuels débordements aux abords et au sein de l’amphithéâtre », avait-on précisé au Monde. Dans un courrier adressé le 8 novembre à M. Römer, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, avait confié être « personnellement en profond désaccord avec l’angle retenu » par le colloque tout en rappelant l’« entière responsabilité » de l’administrateur s’il décidait de le maintenir.
      L’événement a lieu malgré tout, ces 13 et 14 novembre, mais « dans des conditions très sensiblement dégradées, au regard, notamment, de la taille de la salle, par rapport à celles initialement prévues », a convenu le juge du tribunal administratif de Paris, saisi en référé de cette annulation par plusieurs collectifs de chercheurs et associations, le 12 novembre. Du fait de cette réorganisation dans un autre lieu et de la transmission des échanges en visioconférence, il a estimé que les libertés académique, d’expression et de réunion n’étaient pas atteintes, rejetant ainsi les pourvois formés contre le Collège de France.

      « Bienvenue dans la seule salle parisienne qui a osé accueillir ce colloque », démarre Salam Kawakibi, le directeur exécutif du Carep, co-organisateur de l’événement. Le petit auditoire, qui se tient pour partie debout, est décuplé à distance, plus de 500 personnes suivant les échanges en direct sur YouTube.
      En guise d’introduction, le chercheur en sciences politiques évoque un souvenir remontant à 2002, à Alep, en Syrie : « J’organisais à l’Institut français un colloque scientifique sur la pensée religieuse et la réforme dans le monde musulman. C’était l’époque où le pouvoir autoritaire de Bachar [Al-Assad, l’ex-président syrien] était à son apogée, voulant surveiller les respirations avant même les idées. Pourtant, le colloque a eu lieu. Les agents de sécurité sont venus, ils ont posé des questions, ont pris des notes, fait leur rapport. Mais personne n’a empêché le colloque avant qu’il ne commence. »
      « Droit de penser sans tutelle »
      En France, en 2025, « certains imaginent la recherche comme un débat télévisé », regrette le chercheur : « Ils n’ont pas compris que la science ne cherche pas l’équilibre entre les opinions mais la vérité (…). Nous revendiquons, le droit de penser sans tutelle, de discuter sans permission et de chercher sans peur. On peut interdire les colloques mais on ne peut pas interdire les questions. »
      « Malgré les pressions, les censures, le colloque se tient et nous ne pouvons que nous en féliciter », souligne l’ex-ambassadeur Denis Bauchard, président du conseil d’administration du Carep, avant de lancer les travaux, avec un exposé d’Henry Laurens. « Nous sommes en train de vivre une atteinte en règle contre les libertés académiques et l’indépendance de la recherche, renchérit auprès du Monde Bertrand Badie, professeur émérite à Sciences Po et vice-président du conseil d’administration du Carep. On est dans un moment incroyable, où l’on juge de la recherche à partir de traits qui sont prêtés à certains chercheurs de façon mensongère, au lieu de juger un travail sur la qualité et la rigueur scientifique de ce qui est produit. Aujourd’hui nous n’allons pas parler de “la Palestine”, mais de “la relation entre l’Europe et la Palestine”. Et c’est un vrai sujet de recherche qui a été très peu pratiqué. »
      Josep Borrell, ex-haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères, dont l’intervention est prévue en clôture des échanges, confie également sa « surprise » : « En Espagne, on ne peut pas imaginer qu’un ministre dise à une université ce qu’elle doit faire ou pas. »

      https://www.lemonde.fr/campus/article/2025/11/13/annule-le-colloque-scientifique-sur-la-palestine-connait-un-succes-inedit-en

    • La justice valide l’annulation du colloque du Collège de France, et c’est grave

      Le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours contre l’annulation du colloque sur la Palestine et l’Europe qui devait se dérouler au sein du prestigieux établissement. Une décision dangereuse, fondée sur des éléments douteux, qui catalyse la mise en danger des libertés académiques.

      MercrediMercredi 12 novembre au soir, le tribunal administratif de Paris a rejeté les recours référés-liberté formés contre l’annulation du colloque intitulé « La Palestine et l’Europe : poids du passé et dynamiques contemporaines », qui devait se tenir au Collège de France jeudi 13 et vendredi 14 novembre.

      Trois jours plus tôt, dimanche 9 novembre, l’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, a décidé d’annuler le colloque, dont le programme et les intervenants étaient connus et annoncés depuis des mois, « en réaction à la polémique » initiée par un article du Point publié le 7 novembre.

      Le 8 novembre, le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, s’était fendu d’une lettre d’une tartufferie rare adressée à Thomas Römer, prétendant à la fois défendre les libertés académiques comme des « principes fondamentaux de notre État de droit » tout en intervenant contre ces dernières. Il faisait part de son « désaccord avec l’angle retenu » et regrettait « l’impact durable » que l’organisation de ce colloque serait « susceptible d’avoir sur l’image de l’institution ».

      De son côté, le juge des référés a estimé que dans la mesure où les organisateurs de l’événement ont réussi à le maintenir aux mêmes dates dans un nouveau lieu – en l’occurrence les locaux exigus du Centre arabe de recherches et d’études politiques (Carep), co-organisateur de l’événement, à Paris –, « il n’est pas porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d’expression, à la liberté de se réunir et à la liberté académique de nature à justifier l’intervention du juge des référés dans un délai de quarante-huit heures ».
      « Un inadmissible coup porté aux libertés académiques »

      Les dizaines d’intervenants venus des quatre coins du monde, qui avaient organisé leur emploi du temps pour être présents à Paris et dont les déplacements et frais de séjour étaient déjà payés pour une somme totale avoisinant les 50 000 euros, n’ont en effet pas été privés de parole.

      « Mais il est inexact de dire que le colloque a pu se tenir, juge l’avocat Raphaël Kempf, qui avait été saisi par des organisateurs et des participants pour déposer un recours contre cette annulation et a décidé de saisir le Conseil d’État. Un colloque comme celui-ci, ce n’est pas seulement des communications, c’est aussi des échanges, des rencontres, des discussions. Par définition, la science naît de ces moments de dialogues et de débats. Or, ceux-ci ne sont pas possibles dans une salle avec une jauge de trente-cinq personnes, réduite encore par la nécessité de mettre des caméras pour diffuser le colloque en direct. »

      Celui-ci aurait dû avoir lieu dans l’amphithéâtre Marguerite-de-Navarre du Collège de France, qui peut accueillir plus de 460 personnes et dispose de dispositifs de traduction simultanée, nécessaires pour un colloque à dimension internationale.

      Pour Raphaël Kempf, « cette décision est une prime à l’ignorance et une incitation à la censure » et « constitue un inadmissible coup porté aux libertés académiques, au débat d’idées et à la possibilité de diffuser les résultats de la recherche académique ».

      Deux éléments interrogent particulièrement la décision du tribunal administratif de valider l’annulation. Le premier est la défense produite par le Collège de France, fondée essentiellement sur des graffitis vus dans la rue quinze jours avant l’ouverture du colloque et sans lien avec ce dernier.

      L’établissement avait alors déposé une plainte, que Mediapart a pu consulter, pour « dégradation ou détérioration légère d’un bien par inscription, signe ou dessins » après avoir découvert, le 3 novembre, « des graffitis mentionnant le conflit entre Israël et la Palestine, mentionnant aussi deux noms de professeurs tel que [Henry] Laurens, titulaire de chaire d’histoire contemporaine du monde arabe, et [Patrick] Boucheron, titulaire de chaire histoire des pouvoirs en Europe occidentale XIIIe et XVIe siècle, évoquant ses thèmes durant leurs cours. On y retrouve aussi des phrases mentionnant “Hamas Tueurs Violeur” [sic] ».

      Le gardien de la paix qui enregistre la plainte précise ensuite : « aucune violence [n’]a été commise envers ces deux professeurs » ; « aucun harcèlement n’a été commis envers ces deux professeurs » ; « aucune autre dégradation n’a été commise ».

      Si l’historien Patrick Boucheron n’avait rien à voir avec le colloque sur la Palestine et l’Europe, Henry Laurens, un des meilleurs historiens du Proche-Orient en France, en était l’organisateur. On se retrouve donc dans la situation ubuesque où des tags visant un professeur au Collège de France aboutissent à l’annulation du colloque que celui-ci devait organiser…

      Rappelons pour mémoire l’indignation inverse qui avait traversé la France lorsque des tags désignant des enseignants accusés d’islamophobie étaient apparus sur les murs de l’université de Grenoble. Ici, non seulement ces attaques sur les murs d’une institution académique n’ont suscité aucune indignation, mais elles ont abouti à la silenciation de celui qui en était victime.

      Le second élément est l’implication dans l’affaire du collectif Actions Avocats, une association fondée « pour lutter contre la recrudescence des actes antisémites en France, lutter contre l’apologie du terrorisme et pour la libération des otages encore entre les mains de l’organisation terroriste Hamas ».

      Ce collectif avait écrit le 8 novembre au ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste, pour lui faire part de « sa vive préoccupation concernant le colloque ».

      Actions Avocats rappelait dans cette lettre le fait que « la France a officiellement adopté la définition de l’antisémitisme de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui précise notamment que la “négation du droit à l’autodétermination du peuple juif” ou “l’application de standards différents à Israël” peuvent constituer des formes contemporaines d’antisémitisme ».

      Rappelons que cette définition est très controversée et que le juriste états-unien Kenneth Stern, qui a pourtant contribué à la forger, juge désormais que « loin de faciliter la lutte simultanée contre l’antisémitisme et contre les préjugés dogmatiques visant Israël, la tentative de censurer toute critique d’Israël la rend plus difficile ».

      Dans une boucle d’e-mails d’un groupe d’universitaires appelé « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », Déborah Journo, présidente d’Actions Avocats, écrit : « Nous avons adressé un courrier à l’administrateur du Collège de France + copie au ministre de l’enseignement hier par e-mail. J’imagine que notre courrier et toutes les autres initiatives ont permis cette annulation. Bravo à tous. »

      L’administrateur du Collège de France, Thomas Römer, n’ayant pas répondu à nos sollicitations, la chaîne qui a abouti à cette annulation demeure incertaine. Pression médiatique organisée par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et Le Point ? Rôle de ce « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme » outillé juridiquement par l’association Actions Avocats ? Pression liberticide du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche dans sa lettre adressée à Thomas Römer ? Ou initiative personnelle de ce dernier, ainsi qu’il l’a laissé entendre devant les professeurs du Collège de France réunis lundi 10 novembre dans l’urgence ?

      Un autre doute émerge : le Germano-Suisse Thomas Römer, bibliste et grand spécialiste de l’Ancien Testament, a-t-il pu agir par crainte que ses recherches en Israël et en Cisjordanie soient compromises s’il laissait ce colloque se tenir en l’état dans sa prestigieuse institution ?
      « Un précédent d’une extrême gravité »

      Sa décision, lourde de conséquences, a, quoi qu’il en soit, fait réagir non seulement un collectif de prestigieux universitaires, qui estime que « cette interdiction ouvre la voie à une censure institutionnelle », mais aussi une partie des professeur·es du Collège de France, qui juge que cette annulation « crée un précédent d’une extrême gravité ».

      « Bien que conscients des pressions qui pesaient sur sa tenue et des responsabilités administratives qui en découlent, nous regrettons cette décision qui fait prévaloir, de façon disproportionnée, les questions de sécurité sur le respect de la liberté académique, objet de menaces croissantes en de nombreux endroits du monde », écrivent ainsi les quatorze professeur·es.

      L’annulation de ce colloque, remplacé par des communications à huis clos au goût d’ersatz, fait aussi rejaillir d’anciennes querelles, notamment celles qui ont opposé les islamologues et « djihadologues » François Burgat et Gilles Kepel, encore vives alors que la France se souvient, ce 13 novembre, des attentats de Paris et de Saint-Denis commis il y a tout juste dix ans.

      L’article du Point a ainsi mis directement en cause François Burgat, sans lien avec le colloque, mais qui fut directeur du Carep. En avril, ce centre de recherche, indépendant mais financé par des fonds publics qataris, avait apporté son soutien à ce directeur de recherche émérite au CNRS, alors que celui-ci était jugé pour apologie du terrorisme à la suite d’un message sur X où il affirmait avoir « infiniment plus de respect et de considération pour les dirigeants du Hamas que pour ceux de l’État d’Israël ». Des faits pour lesquels le tribunal d’Aix-en-Provence l’a relaxé fin mai.

      Quant au « Réseau de recherche sur le racisme et l’antisémitisme », où l’on retrouve les noms de Pierre-André Taguieff, de l’historien Emmanuel Debono ou encore d’Emmanuel Droit, directeur de Sciences Po Strasbourg, il relaye dans ses échanges d’e-mails l’obsession ancienne de Gilles Kepel, relayée par la chercheuse aux thèses complotistes et farfelues Florence Bergeaud-Blackler sur l’entrisme des Frères musulmans en France.

      Le colloque y est présenté comme une offensive frériste destinée à faire vaciller l’université française. « Les Frères et leurs collaborateurs ont un objectif précis : ils veulent administrer le chaos ; […] donc dans l’ordre a. semer la zizanie dans les démocraties occidentales ; b. profiter du chaos pour gagner du terrain en termes de pouvoirs », assure une maître de conférences en psychologie membre de ce réseau.

      Reprenant la rhétorique également présente dans le rapport très controversé commandé par le ministère de l’intérieur sur les Frères musulmans, elle explique encore que l’université est investie « comme terrain fertile principal pour semer la zizanie par exemple entre collègues, entre étudiants, au sein des directions et décanats de facs ».

      Mais outre ces rejeux de querelles plus médiatiques qu’académiques déjà anciennes, l’annulation du colloque s’inscrit évidemment dans les effets de long terme du massacre du 7-Octobre et de l’anéantissement de Gaza.

      L’article du Point a ainsi dénoncé un colloque qui risquait de se muer en « deux journées à tendance pro-Hamas ». Il pointait notamment la présence, parmi les modérateurs, de l’anthropologue Véronique Bontemps, en précisant qu’elle avait fait l’objet d’une procédure disciplinaire pour « apologie du terrorisme ».

      Signalée par des collègues sur la plateforme Pharos pour avoir relayé sur une liste interne un tract de Solidaires étudiant-e-s appelant, le 8 octobre 2023, au « soutien indéfectible à la lutte du peuple palestinien dans toutes ses modalités et formes de lutte », cette chercheuse avait dû effectivement s’en expliquer devant sa hiérarchie.

      Le fait qu’elle ait condamné les massacres de civils dans deux messages suivants et pris ses distances avec le communiqué du syndicat n’avait pas empêché une convocation dénoncée par nombre de chercheurs.

      « Après deux ans de génocide, on a l’impression d’être revenus au point de départ : c’est-à-dire que le simple fait de parler de la Palestine peut vous valoir des accusations d’apologie du terrorisme. À ce sujet, Le Point a écrit que j’avais fait l’objet d’une procédure disciplinaire du CNRS pour “apologie du terrorisme”, sans préciser que j’avais été blanchie de cette accusation », explique-t-elle aujourd’hui à Mediapart.

      L’état des libertés académiques, notamment quand il est question de la Palestine, sera tout bientôt de nouveau à l’ordre du jour puisque, le 16 décembre, doit se tenir, toujours au Collège de France, une journée d’études intitulée « Politics and Poetics on the Ruins of Gaza » (« Politique et poésie sur les ruines de Gaza »), organisée par le professeur Didier Fassin.

      Le titulaire de la chaire « Questions morales et enjeux politiques dans les sociétés contemporaines » assure à Mediapart qu’il a reçu « l’assurance de l’administrateur du Collège de France qu’il ne sera[it] pas annulé » même s’il ne doute pas que son colloque fera « l’objet d’attaques et de pressions ».

      https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/131125/la-justice-valide-l-annulation-du-colloque-du-college-de-france-et-c-est-g

  • L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, un think tank qui fabrique de la peur
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/29/l-observatoire-de-l-immigration-et-de-la-demographie-un-think-tank-qui-fabri

    L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, un think tank qui fabrique de la peur
    Par Julia Pascual
    L’« échec collectif » de l’immigration étudiante, le « cercle vicieux » du coût de l’immigration, la « ruée » des Afghans vers l’Europe, l’asile « hors contrôle », l’« appel d’air » de la régularisation… A intervalles réguliers depuis deux ans, un think tank distille des études sur l’immigration, livrant clés en main des éléments de langage à quiconque voudrait agrémenter le débat public de considérations alarmistes. Avec un succès certain.
    L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID) jouit d’une confortable exposition médiatique. Son directeur, Nicolas Pouvreau-Monti, est régulièrement convié sur les plateaux des médias de Vincent Bolloré, CNews ou Europe 1, mais il a aussi été plusieurs fois l’invité de Franceinfo ou du magazine d’actualité d’Arte, « 28 minutes ». Il obtient fréquemment la reprise de ses tribunes et publications dans Valeurs actuelles, Le Journal du dimanche, Le Point, Le Figaro ou encore Marianne. Le 31 août, François Bayrou, encore premier ministre, avait même dû répondre à l’intervieweuse star du groupe Bolloré, Sonia Mabrouk, qui l’interrogeait sur les « 3,4 points de PIB [produit intérieur brut] » que coûte l’immigration, selon un « organisme de référence » : l’OID.
    Une consécration pour cette structure que personne ne connaissait avant 2023. M. Pouvreau-Monti ne boude pas son plaisir. Ce trentenaire a pu quitter son poste de conseiller chez Accenture pour se consacrer à temps plein à l’OID. Lorsqu’il a fondé l’observatoire en 2020 avec « cinq copains », trois ans après avoir été diplômé de Sciences Po Paris, il savait qu’il y avait « une place à prendre dans le marché des idées ».
    A l’en croire, l’OID propose « une vision rationnelle et dépassionnée, fondée sur la rigueur scientifique et l’efficacité politique ». Surtout, il prend à rebours le « rassurisme qui relativise l’ampleur des flux », un prisme qui jouirait selon lui d’une « hégémonie » dans les débats d’experts. Experts qui, eux, constatent, déroutés, l’audience et la respectabilité acquises par l’OID. Affiliée à l’Institut Convergences Migrations (ICM), un établissement de recherche, l’économiste Flore Gubert se désole : « Leur force de frappe est impressionnante, alors qu’à l’ICM nous sommes 800 chercheurs et nous ne sommes pas audibles. C’est décourageant. »
    Le constat est d’autant plus amer chez certains chercheurs qu’à force de se présenter sous les airs d’un « GIEC de l’immigration » (Paris Match, 5 janvier 2024), l’OID est confondu avec un organe scientifique… qu’il n’est pas. Car, pour l’essentiel, il revisite des travaux de la statistique publique, souvent issus de l’Insee ou de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Ils sont complètement absents de la sphère académique », tient ainsi à souligner Jérôme Valette, économiste des migrations au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii).
    Et si l’OID se prévaut d’un « conseil scientifique », un seul de ses membres, Gérard-François Dumont, est docteur en sciences économiques et a dirigé des thèses. Il est par ailleurs connu pour présider la revue nataliste Population et Avenir et avoir contribué à l’étude qui fit la une du Figaro Magazine, en 1985, sous le titre « Serons-nous encore français dans 30 ans ? », accompagné de l’image d’une Marianne voilée. A l’époque, M. Dumont s’inquiétait, aux côtés de l’écrivain ultraréactionnaire Jean Raspail, de l’écart entre la fécondité des Françaises et celle des « non-Européennes ».
    Parmi les quatre autres membres du conseil scientifique de l’OID, on trouve l’ancien diplomate Xavier Driencourt, qui préside aussi le comité stratégique du magazine d’extrême droite Frontières ; l’avocat et ancien conseiller sécurité de Valérie Pécresse, Thibault de Montbrial ; l’ex-préfet Michel Aubouin, contributeur occasionnel du mensuel d’extrême droite Causeur ; et l’ex-directeur général de la sécurité extérieure, Pierre Brochand, à qui l’on prête d’avoir conseillé Eric Zemmour pour peaufiner son programme de la présidentielle en 2022.
    De quoi orienter la « science » diffusée par l’OID, dont on sait mal comment il se finance. « Je ne ressens pas le besoin de transparence », évacue M. Pouvreau-Monti à ce sujet, mentionnant vaguement « plusieurs centaines de donateurs ». On sait pour sûr qu’il bénéficie depuis 2023 du fonds Périclès, du millionnaire réactionnaire et partisan du rapprochement entre la droite et l’extrême droite, Pierre-Edouard Stérin. L’ambition du fonds est sans ambiguïté de « transformer durablement le paysage politique et social français ».
    M. Pouvreau-Monti, lui, est convaincu qu’il faut un mandat présidentiel pour entreprendre des « grandes manœuvres » en matière d’immigration, qui passent par une réforme de la Constitution ou la dénonciation de la Convention européenne des droits de l’homme. Peu étonnant pour celui qui était membre, à Sciences Po, de l’association souverainiste Critique de la raison européenne, fondée par Alexandre Loubet – aujourd’hui député Rassemblement national (RN) de la Moselle et conseiller spécial de Jordan Bardella –, et dont a également été membre active Sarah Knafo, députée européenne Reconquête !.
    « On voit monter la défiance vis-à-vis du politique qui fait semblant de pouvoir, en même temps qu’on voit monter une crise de l’intégration. Le risque, c’est la rupture démocratique. Il y a urgence », déroule M. Pouvreau-Monti. Pour convaincre, il a été à l’école des conservateurs américains, en tant que lauréat de la bourse Tocqueville, fondée par un autre partisan de l’« union des droites », proche de M. Stérin et « conseiller opérationnel » de Périclès, Alexandre Pesey. A ce titre, il participe en 2019 à un voyage aux Etats-Unis, où il est formé au « passage médias et à la levée de fonds ».
    Pour marteler ses idées, l’OID s’appuie sur des « chiffres béliers » : 66 % des étudiants étrangers n’obtiennent pas leur licence en trois ans, seuls 34 % des immigrés arrivés en 2023 occupaient un emploi en 2024, ou encore 580 millions de personnes dans le monde sont éligibles au droit d’asile en France. Pour s’en faire l’écho, outre ses relais médiatiques, M. Pouvreau-Monti se targue d’avoir une « surface de contact » qui va du bloc central à l’extrême droite, et il voudrait bien « mettre un pied à gauche ».
    L’OID a été reçu par le cabinet de Gérald Darmanin quand celui-ci était Place Beauvau, et Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur, ne l’a pas moins bien traité. En novembre 2024, sur invitation d’élus Les Républicains, le think tank organise une conférence à l’Assemblée nationale et une autre au Sénat, sur le thème de la « crise de l’asile ».Quelques mois auparavant, en avril 2024, M. Pouvreau-Monti était reçu à la direction générale des étrangers en France, l’administration centrale chargée des immigrés, pour animer un « petit déjeuner » en présence d’une vingtaine de membres du personnel, dont le directeur lui-même, ainsi que des chefs de bureau et autres chargés de mission, sur le thème « L’immigration en France aujourd’hui. Un état des lieux ». « Le contenu de l’intervention a été très mal perçu, rapporte néanmoins une source interne à l’administration. On l’a fait remonter en disant, en substance, plus jamais ça. »
    Pas de quoi faire craquer le vernis de respectabilité de l’Observatoire qui s’offrait en juin, en signature d’une note sur les Afghans, la contribution du directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, Didier Leschi. Le préfet chevènementiste présente, dans cette parution, l’immigration afghane comme un « phénomène massif », constitué de « jeunes, masculins, peu scolarisés », au « conservatisme social (…) difficilement compatible avec les valeurs françaises ». « On s’est croisé avec Didier Leschi sur cette idée, se souvient M. Pouvreau-Monti. Et on est allé voir la Fondapol », un think tank qui a coédité l’étude de 35 pages. Interrogé sur le parti pris idéologique de l’OID, M. Leschi souligne au contraire l’excellence de leurs notes. « Ils s’intéressent aux effets sociaux de l’immigration que les chercheurs de gauche éludent, valorise le haut fonctionnaire. Et personne ne les prend en défaut sur les données. »
    Une assertion partiellement vraie. Le démographe François Héran, qui a occupé la chaire Migrations du Collège de France, a lu les 38 notes de l’OID. Il relève « des biais de méthode, permettant de grossir les ordres de grandeur », comme le fait de citer des chiffres absolus de migrants sans jamais les rapporter à la population des pays d’accueil.
    Ainsi, M. Leschi parle d’une « ruée afghane vers l’Europe » alors que « les demandes d’asile des Afghans cumulées entre 2014 et 2024 totalisent 21 personnes pour 10 000 habitants », relativise M. Héran. La même étude présente la France comme le « pays de l’asile afghan ». Or, « sur les 929 200 Afghans enregistrés comme demandeurs d’asile dans l’Union européenne dans la même période, 11 % l’ont été en France, 39 % en Allemagne ». M. Héran égrène les exemples. En janvier, Le Point dévoile une étude de l’OID selon laquelle 580 millions de personnes dans le monde pourraient obtenir l’asile en France. Le RN relaie cette extrapolation dans une campagne d’adhésion. Pourtant, « 80 % des déplacés externes dans le monde restent dans les pays limitrophes », rappelle M. Héran, qui note qu’un think tank britannique avait déjà estimé les demandeurs d’asile potentiels à plus de 700 millions, mais… pour le Royaume-Uni.
    De même, dans sa note sur « L’immigration dans les territoires. Quinze ans de bouleversement (2006-2021) », l’OID s’alarme d’un « basculement » des communes du Grand Ouest, où la présence immigrée a doublé. « Or, les données de l’Insee montrent qu’à l’échelle régionale il s’agit le plus souvent d’un passage de 2 % à 4 % ou de 3 % à 6 %. » « Le message martelé par l’OID est tout sauf “dépassionné”, conclut le chercheur. La France serait “débordée” par l’immigration. » Pourtant, « selon les données de l’OCDE ou de l’ONU, la France se situe au 35e rang dans le monde par la proportion d’immigrés et au 17e rang de l’Europe occidentale ».
    En matière économique, les parutions de l’OID suscitent les mêmes réticences au sein de la communauté scientifique. Le think tank insiste régulièrement sur la dégradation des comptes publics causée par l’immigration, en citant un chiffre de l’OCDE selon lequel les immigrés ne financent que 86 % des dépenses publiques qui leur sont affectées. « Ce chiffre est vrai, réagit l’économiste Jean-Christophe Dumont, chef de la division des migrations internationales à l’OCDE. Mais pour les natifs, c’est 96 %. Donc les natifs non plus ne financent pas la totalité des dépenses publiques qui leur sont affectées. Et comme ils représentent 90 % de la population, ce sont eux qui créent le déficit public. »
    Economiste au Cepii, Lionel Ragot épingle à son tour les « approximations » de l’OID selon lequel si les immigrés avaient le même taux d’emploi que les natifs, le gain pour le PIB français serait de 3,4 points. « Pour obtenir ce chiffre, ils considèrent que le taux d’emploi des immigrés et de leurs descendants augmenterait de 3,36 points s’il rejoignait celui des personnes sans ascendance migratoire et ils reportent cette augmentation au PIB, résume M. Ragot. Or, ce n’est pas parce que la population active augmente de 3,36 % que le PIB va augmenter de 3,36 %. Il faut considérer le nombre d’heures travaillées et pondérer ce volume par un indice de capital humain reflétant la qualité du travail. Ensuite, le taux de croissance du PIB doit être pondéré par la part de la rémunération du facteur travail dans le revenu national. » Le chiffrage de l’OID apparaît donc largement surestimé.
    Dans une autre étude, l’OID évalue cette fois à 41 milliards d’euros le coût net de l’immigration, en partant d’un coût brut estimé à 75 milliards d’euros, auquel le think tank retranche les impôts et les cotisations sociales versées par les étrangers. « Non seulement on ne sait pas comment ils obtiennent le chiffrage des recettes, mais en outre cela voudrait dire que les étrangers ne contribuent qu’à hauteur de 45,3 % aux dépenses publiques qui leur sont consacrées, analyse M. Ragot. Or, dans l’étude sur l’impact de l’immigration sur l’économie française, l’OID reprenait le ratio de 86 % de l’OCDE. La différence est énorme et, à l’arrivée, les immigrés coûtent beaucoup plus cher. » Le mal est fait. Les chiffres s’instillent dans le débat public. Repris sur les plateaux télé et dans les journaux. A l’ère de la post-vérité, la croyance a gagné sur la réalité des faits.

    #Covid-19#migration#migrant#france#immigration#demographie#recherche#statistique

  • Une politique du #logement sans promoteur #immobilier est-elle possible ?
    https://metropolitiques.eu/Une-politique-du-logement-sans-promoteur-immobilier-est-elle-possibl

    Avec la hausse des taux d’emprunt, la crise du logement se manifeste en France avec une acuité qui met les #promoteurs immobiliers aux abois. L’urbaniste David Rottmann décrit la responsabilité de ces derniers dans la crise qu’ils dénoncent, et ouvre des pistes pour une autre politique du logement. La France s’enfonce jour après jour dans une crise du logement paradoxalement aussi durable qu’aiguë. Selon la Fondation pour le logement des défavorisés, 4,2 millions de personnes sont mal logées et plus #Débats

    / #foncier, logement, promoteurs, #promotion_immobilière, immobilier, #fabrique_de_la_ville

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_rottmann2.pdf

  • La République contre elle-même : que raconte l’étouffement des sections de commune quant au fonctionnement de l’État ?
    https://metropolitiques.eu/La-Republique-contre-elle-meme-que-raconte-l-etouffement-des-section

    Les « sections de commune » constituent une forme particulière et ancestrale de propriété collective d’une surprenante actualité. Mais elles font face aux assauts du législateur qui œuvre pour leur disparition. La suppression des sections de commune, une des catégories de propriétés collectives ancestrales, s’effectue à bas bruit dans les campagnes françaises. En quelques années, des pans entiers de l’identité et de l’histoire rurales ont été rayés de la carte dans une indifférence quasi générale. #Débats

    / #section_de_commune, #communs, #communaux, #rural, #élus_locaux, #démocratie, #État, #droit

    https://metropolitiques.eu/IMG/pdf/met_chavanon-joye.pdf

  • « Chèr·e Auteur·ice »
    https://lundi.am/Cher-e-Auteur-ice

    Pour Rebeka Warior
    Pour Gael Faye
    Pour David Dufresne @davduf
    Pour Mona Chollet @mona
    Pour Titiou Lecoq
    Pour Sorj Chalandon

    […]

    Entre toutes les lettres des lecteur·ices et les réponses des auteur·ices, il y a un monde. Un monde d’incompréhension, un monde aussi de positions antagonistes. Il est question de visibilité et d’entrisme, de précarité et d’économie, de morale et de politique, de nécessité du boycott et de construire la possibilité d’une désertion. Nous nous attendions pas à ouvrir un espace de questionnement aussi grand. Et que ces questions, ne venant pas des mêmes endroits, ne parlent pas toutes le même langage. Nous nous proposons de défricher quelques points, comme premiers matériaux afin d’établir une riposte collective contre le système éditorial de Bolloré.

    […]

    Quand nous demandons à ce que les livres que l’on lit ne financent pas une entreprise réactionnaire, on nous parle de la précarité des auteurs et autrices. Comme si les deux étaient incompatibles. Presque comme si les dividendes de Vincent Bolloré étaient un mal nécessaire pour que les auteur·ices touchent plus d’un SMIC. S’en suivent d’étranges éloges de l’industrie culturelle. Nous avons aussi vu, en commentaires instagram, d’étonnants débats pour savoir qui était la plus précaire entre un.e caissier chez Carrefour ou un.e auteur.e chez Hachette. Sans s’offusquer de comparaison aussi extravagante soit-elle, tentons d’y voir plus clair.

    Les auteur·ices sont à l’origine de la chaîne du livre. C’est bien elle et eux qui produisent la valeur initiale, sans elleux pas d’arbre coupé, pas de papeterie, pas d’imprimerie, de maison d’édition, et d’entrepôts logistiques de distributeurs, de diffuseurs, de coursiers et de librairies. C’est de cette économie basée sur des récits, que nous chérissons parfois, dont nous voulons parler : de la matérialité des livres. Le choix d’une maison d’édition n’est pas un choix au hasard. Tous·tes les auteur·ices que nous citons avaient le choix d’aller voir ailleurs et celleux qui sont déjà engagé·es peuvent trouver des moyens d’en sortir. En continuant de publier dans le groupe Hachette ielles font comme si cela ne changeait rien.

    Or quand Vincent Bolloré rachète le groupe éditorial Hachette, il compte sur les livres à grand succès pour continuer à faire fonctionner cette économie. Fayard, première maison d’édition a avoir changé de direction est désormais un organe de l’extrême droite au même titre que CNEWS, le JDD et Europe 1. L’économie du groupe Hachette est basée sur une diversité de maison d’édition, qui ne suivent pas toutes les idées du principal actionnaire mais, en tout cas, lui rapporte de l’argent. Rebeka Warrior a dit au Monde « La lutte prend corps quand on affronte les gens qu’on déteste, qu’on devient des intrus chez eux. » Mais il n’y a pas d’intrus chez eux, seulement de l’argent qui rentre dans les caisses.

    Un autre argument régulier est celui de la rémunération : de fait, il n’y a pas d’argent dans l’édition indépendante, et publier chez un grand groupe est la garantie de bénéficier d’un à-valoir (avance sur recette) et, dans certain cas, de la possibilité de remboursements de frais engagés dans l’écriture du livre. Ceci est vrai, mais pas seulement dans le monde de l’édition. Ainsi va l’existence dans les sociétés capitalistes les plus avancées : tout le monde peut être acheté.e, le confort a un coût. Il n’y a pas d’exception culturelle dans le monde de l’économie : ici, comme partout ailleurs, l’aliénation est règle. À la petite nuance près que pas grand monde ne semble malheureusement en avoir conscience.

    […]

    « Chèr·es « auteur·ices » est un grand pavé dans le petit marécage éditorial : dans les éclaboussure et les crispations qu’elle produit, elle met en lumière des lignes de fractures. A nous de voir comment les transformer en conflictualité politique afin défaire l’emprise que Bolloré et tout autre sordide milliardaire possèdent sur le monde éditorial. Autrement dit comment casser la chaine du livre et ses tristes réflexes corporatistes pour esquisser la possibilité du commun. Pour se faire, il nous faut discuter sérieusement entre lecteur·ices, auteur·ices, éditeur·ices, libraires, graphistes, correcteur·ices, illustrateur·ices, et cela ne se produira pas par écrans interposés.

    #Bolloré #extrême_droite #édition #livre #débat

  • L’italien ENI veut acheter plus de 1 milliard de dollars d’électricité issue de la fusion nucléaire à une start-up américaine
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/09/22/l-italien-eni-veut-acheter-plus-de-1-milliard-de-dollars-d-electricite-issue

    L’annonce, spectaculaire, et quasiment inédite pour le secteur de l’énergie, laisse de nombreuses questions en suspens. Lundi 22 septembre, l’entreprise américaine Commonwealth Fusion Systems a annoncé la conclusion d’un contrat record de fourniture énergétique. Elle a prévendu de l’électricité « pour plus de 1 milliard de dollars [850 millions d’euros] » à l’énergéticien italien ENI, issue de sa future centrale ARC, attendue « au début des années 2030 » en Virginie. Il y a trois mois, c’est Google qui avait signé avec CFS un accord du même genre, mais au montant non divulgué.

    Ce qui surprend est moins le chiffre que le fait que pour l’instant personne n’a réussi à produire le moindre électron avec la technique développée par CFS, la #fusion_nucléaire. Celle-ci est en quelque sorte l’inverse de la fission, qui alimente les centrales nucléaires actuelles, et qui consiste à casser des noyaux d’uranium pour libérer de l’énergie.

    [...]

    L’annonce de CFS rend visible le retour en force de la fusion depuis quelques années dans le monde entier. Cinquante start-up (dont le vétéran TAE Technologies, qui existe depuis 1998) se sont lancées, selon la Fusion Industry Association (FIA), le porte-voix du secteur. Entre juillet 2024 et juillet 2025, 2,6 milliards de dollars ont été levés, dont près du tiers par CFS (863 millions annoncés en août), et pour un montant total de 9,7 milliards de dollars selon la FIA.

    Plusieurs options techniques sont explorées, et CFS a choisi l’une des plus mûres, le #tokamak, dont la version la plus connue, bien qu’encore en chantier, est ITER, projet international réunissant notamment l’Union européenne, la Chine, la Russie et les Etats-Unis, autour d’un réacteur en construction dans les Bouches-du-Rhône. Au cœur de cette pile géante, les noyaux sont piégés dans un volume en forme de bouée grâce à d’intenses champs magnétiques.

    L’une des innovations de CFS, par rapport à ITER, est d’utiliser une nouvelle génération de câbles supraconducteurs, c’est-à-dire ne présentant aucune résistance électrique. Cela lui permet de travailler à de plus hauts champs magnétiques et à plus « haute » température (− 253 ºC tout de même) qu’ITER. CFS, issu du célèbre Institut de technologie du Massachusetts (MIT) en 2018, est même devenu spécialiste de la fabrication de ces câbles, au point d’avoir signé cette année un accord de fourniture avec un concurrent, Type One Energy. En 2021, CFS a été le premier à faire fonctionner un aimant à plus de 20 teslas, dix fois plus qu’une IRM (imagerie à résonance magnétique) classique et quatre fois plus que dans ITER.

    https://justpaste.it/bdbl2

    #câbles_supraconducteurs #confinement_magnétique

    • La fusion nucléaire, promesse d’une énergie abondante et décarbonée, au cœur d’une bataille entre start-up
      https://www.lemonde.fr/sciences/article/2025/09/22/la-fusion-nucleaire-promesse-d-une-energie-abondante-et-decarbonee-au-coeur-

      Qui sera la première à envoyer un électron de fusion dans le réseau électrique ? De l’Allemagne à la Chine, en passant par les Etats-Unis et la France, plus d’une cinquantaine de start-up se livrent à une farouche compétition pour contrôler, enfin, cette énergie, promesse d’une source abondante, sûre et décarbonée.

      [...]

      Et, si cela ne fonctionne pas, certaines se disent prêtes à « pivoter ». TAE a déjà lancé deux filiales pour valoriser ses savoir-faire, l’une en gestion de courants électriques de forte puissance et l’autre en radiothérapie. CFS vend aussi des câbles supraconducteurs… à son concurrent Type One Energy. Quant à Renaissance, sa nouvelle manière de tisser des bobines pourrait servir pour les aimants d’IRM ou d’autres tokamaks.

      « C’est l’un des problèmes d’ingénierie les plus complexes qui soient. Je vis mon métier d’entrepreneur comme l’ascension d’une montagne sur laquelle vous passez soudain au-dessus des nuages et croyez le sommet proche.

      Malheureusement, vous comprenez que vous n’êtes qu’à la moitié. Mais, là, je crois que nous avons passé un cap et sommes près de livrer cette technologie », prophétise Michl Binderbauer.
      S’il est trop tôt pour lui donner raison, l’avenir risque, en tout cas, d’inverser les rôles dans cette longue histoire. « Ces entreprises seront les seules à créer des plasmas autoentretenus, un phénomène jamais vu encore dans les laboratoires académiques. Alors, les chercheurs devront collaborer avec ce secteur pour étudier cette nouvelle physique », prédit Josef Schweinzer, de l’Institut Max-Planck sur la physique des plasmas à Garching (Allemagne), qui a déjà trois collaborations avec des industriels. Une autre fusion en cours.

      https://justpaste.it/6t51k

  • Sur le 10 septembre (Temps Critiques)
    https://lundi.am/Sur-le-10-septembre

    Quant à ceux qui, à la rigueur, pourraient bloquer, ils appellent à la grève le 18 septembre, ne voulant pas se mélanger et perdre la potentielle direction de ce qui n’existe qu’à l’état de projet. A priori, l’espoir, pour les syndicats, de signer une sorte de nouveau 13 mai (1968) où le mouvement (essentiellement étudiant jusque-là) s’était résolu à quémander un soutien en échange d’une grève générale, apparaît ici bien faible ; ils se contenteraient sans doute d’un recul sur les jours fériés. En effet, leur tactique n’implique aucun retournement de type syndicaliste révolutionnaire, malgré l’appel incident de Mélenchon à la grève générale, laissant supposer qu’ils ont tiré en ce sens les leçons de l’échec de la lutte sur les retraites en 2023. À la sortie de l’été 2023 et jusqu’à aujourd’hui, ce qui domine, c’est bien une peur diffuse de la part des pouvoirs en place, mais aussi un sentiment de défaite et de désespoir chez ceux qui se sont battus. En ce sens, le feu ne couve pas sous la surface ordinaire des renoncements quotidiens.

    #analyse #débat #critique #temps_critiques #10_septembre #blocage #stratégie #dégagisme

  • Je bloque donc je suis - Pour la critique des illusions de septembre - La Grappe
    https://lagrappe.info/?Je-bloque-donc-je-suis-Pour-la-critique-des-illusions-de-septembre-1585
    https://sans-treve.org/je-bloque-donc-je-suis

    Ces derniers jours, un appel est sorti pour inciter à des occupations – c’est désormais le rituel de tout mouvement – de mairies [18] Sur quelle base matérielle repose une telle proposition ? Le mouvement a-t-il pris une direction dans laquelle cette solution permettrait un saut qualitatif, même à un niveau local ? Non. Le mouvement n’a même pas pu montrer de quoi il était fait qu’on sait déjà comment il doit fonctionner. Pour seule justification, on se contente de dire que c’est au niveau de la commune que “le peuple vit, qu’il espère et qu’il lutte”. C’est un peu court. Il ne s’agit pas de discuter ici la véracité de cette thèse – elle est évidemment lacunaire – mais de montrer que l’ensemble des propositions produites par cette frange de la gauche ne s’embarrasse même plus de la réalité de la lutte des classes pour affirmer ce qu’il faudrait faire ou non. On nous dit que les militants encartés “ne savent plus comment noyer leur sentiment d’impuissance autrement qu’en faisant des listes à tirets” [19]. Si une chose est sure, c’est que les autonomes ne savent plus que prêcher pour des actions vides et abstraites. Ils ne cherchent plus qu’à trouver la bonne idée qui fera la Une des journaux bourgeois ou bien à se flatter de leur propre radicalité face à ces idiots de syndicalistes. C’est ainsi qu’on peut entendre que “la grève n’est pas un lieu d’organisation”, sous-entendu contrairement aux AG qui discutent dans le vide d’un blocage de périphérique.

    #critique #débat #autonomie #blocage #stratégie #lutte_des_classes #mouvements_sociaux #syndicalisme #grève

  • Une controverse autour de la #sobriété.
    L’historien JB Fressoz publie une étude qui critique la trop grande focalisation du GIEC et notamment du groupe 3 du GIEC (qui traite des solutions sociétales au changement climatique) sur les solutions technologiques (type capture de carbone) et reproche une prise en compte tardive et insuffisante des politiques visant à encourager la sobriété, selon lui indispensable.
    L’article du Monde ci dessous rend compte de l’étude tout en citant les réactions de plusieurs scientifiques qui peuvent être assez critiques.
    En réaction, le philosophe P. Charbonner reproche à Fressoz non pas d’avoir tort mais de critiquer le GIEC en joignant en quelque sorte sa voix à celles de tous les climatosceptiques, et en rappelant que la sobriété ne pourra pas tout. https://bsky.app/profile/picharbonnier.bsky.social/post/3lxmiusaz722m
    à dérouler ici : https://skyview.social/?url=https%3A%2F%2Fbsky.app%2Fprofile%2Fpicharbonnier.bsky.social%2Fpost
    Une prise de position du collectif Construire l’écologie (dont Charbonnier est l’un des fondateurs) développe cette analyse et encourage des politiques de sobriété efficace à l’encontre de celles qui seraient de peu d’impact (limiter la consommation des données numériques), trop complexe (DIY) ou socialement dérangeantes (toilettes sèches).
    https://www.construirelecologie.fr/post/la-sobri%C3%A9t%C3%A9-ne-suffit-pas

    Le GIEC accusé de privilégier des solutions trop technologiques contre le réchauffement climatique
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/08/30/le-giec-accuse-de-privilegier-des-solutions-trop-technologiques-contre-le-re

    Le technosolutionnisme est-il seulement l’apanage des magnats de la tech américaine, Elon Musk et Bill Gates en tête ? Une partie du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont les rapports alarmants sur la crise climatique font autorité, aurait également un « biais technophile », donnant la priorité aux solutions technologiques et à l’innovation, au détriment d’autres options, comme la sobriété. C’est la thèse avancée par l’historien des sciences et techniques Jean-Baptiste Fressoz, par ailleurs chroniqueur pour Le Monde, dans le numéro de septembre de la revue Energy Research & Social Science.

    Le directeur de recherche au CNRS se concentre sur les productions et sur l’organisation du groupe III du GIEC, chargé d’évaluer les solutions face au réchauffement. L’auteur parvient à une conclusion-choc : la neutralité carbone en 2050 ou en 2070, telle qu’envisagée grâce aux solutions technologiques afin de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C ou 2 °C à la fin du siècle, est « inatteignable ».

    A ses yeux, les scientifiques doivent le reconnaître, car, en maintenant cette « illusion », ils confèrent de la visibilité et une légitimité à des technologies « spéculatives », « réduisent l’éventail des options politiques viables » et « retardent » les transformations structurelles nécessaires pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre.

    Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est désormais impossible

    Depuis son premier rapport, en 1992, le groupe III a fait de la technologie la « pierre angulaire » de la réponse au changement climatique, indique Jean-Baptiste Fressoz, qui retrace les racines historiques de cette prépondérance. Pour la mettre en évidence, il s’appuie sur un décompte de mots-clés contenus dans les rapports, qui révèle la « domination écrasante » des termes liés aux solutions technologiques (« technologie », « innovation », « nucléaire », « solaire », etc.) en comparaison avec ceux ayant trait aux changements de comportement (« modes de vie », etc.).

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

  • Dimanche Aprèm : un site critique de l’appelisme
    https://dimanche.pm

    Le refus des appelistes de s’auto-identifier fait partie d’une stratégie plus large visant à éviter d’apparaître comme un groupe ou milieu distinct. Le reste de leur stratégie consiste à orienter leurs vies quotidiennes vers des principes communistes, notamment par la construction et le contrôle d’infrastructures (lieux de vie, outils de production, groupes politiques, etc.), et à intervenir de manière ciblée dans des mouvements sociaux pour que les tensions s’intensifient, que les luttes gagnent du terrain, et que des gens rejoignent leurs infrastructures.

    Vu de loin, les stratégies appelistes peuvent être confondues avec celles des anarchistes car elles reprennent certains concepts-clés de l’anarchisme insurrectionnel tels que l’autonomie et l’organisation informelle. Mais sur le terrain des différences notables apparaissent rapidement, notamment sur des questions d’avant-gardisme et de rapports de pouvoir. Par exemple, une stratégie appeliste courante consiste à se poser en avant-garde des mouvements sociaux afin de les manipuler, plutôt que d’essayer d’y participer honnêtement. Une autre stratégie consiste à cacher les rapports de pouvoir problématiques au sein d’une lutte (racisme, sexisme, etc.) afin d’améliorer l’image de celle-ci vue de l’extérieur.

    #appelisme #critique #autonomie #anarchisme #débat

  • Penser – Dialoguer – Débattre : une #Action politique en soi
    https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2025/07/15/penser-dialoguer-debattre-une-action-politique-en-soi

    Une #Anthologie par l’Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme À l’ère de l’immédiateté, de l’agitation et de la performance, le fait même de s’arrêter pour penser, débattre, se confronter pacifiquement dans l’espace public ou au sein de collectifs engagés est souvent relégué au second plan, voire dénigré comme passivité. Pourtant, l’histoire des luttes sociales, écologiques et […] L’article Penser – Dialoguer – Débattre : une Action politique en soi est apparu en premier sur Atelier d’Écologie Sociale et Communalisme.

    #Regards_sur_notre_monde #Débat #Dialogue #Pensée_critique #Pensée_libertaire