• Déchiffrements en cours : Le déchiffrement du gaulois : une histoire en cours - par Emmanuel Dupraz - YouTube
    https://www.youtube.com/watch?v=w_wWta74t5g

    Naguère encore le gaulois était souvent considéré comme une langue non-écrite, disparue à jamais en laissant très peu de traces dans le vocabulaire du français. Pourtant des inscriptions en langue gauloise sont documentées depuis longtemps et de nombreuses inscriptions sont venues au jour grâce à l’essor spectaculaire de l’archéologie, en particulier préventive, depuis les années 1960. Se basant sur une méthode pluridisciplinaire, qui utilise la comparaison tantôt avec les autres langues indo-européennes antiques, tantôt avec les langues celtiques médiévales, tantôt avec les nombreuses inscriptions latines des Gaules, les linguistes ont progressivement analysé les composantes de la langue gauloise  : son lexique, sa grammaire, sa stylistique. Et cependant le gaulois demeure une langue très difficile  : la morphologie et la syntaxe du gaulois se révèlent très exotiques et ne coïncident pas immédiatement avec ce que le celtique médiéval permet de reconstruire. Les conceptions religieuses et juridiques qui apparaissent sont précises et riches, mais différentes de celles de Rome à un point tel qu’il n’est pas encore possible de les définir avec exactitude. Le travail continue. Il est prometteur.

    Emmanuel Dupraz
    Emmanuel Dupraz, docteur (2003), habilité à diriger des recherches (2010), est depuis 2013 professeur chargé de cours à l’Université libre de Bruxelles et depuis 2015 directeur d’études cumulant à l’Ecole Pratique des Hautes Études, Université Paris Sciences et Lettres. Ses recherches portent sur les langues de l’Italie ancienne autres que le latin (osque, ombrien, messapien, étrusque) et sur les langues celtiques de l’antiquité (gaulois et lépontique d’Italie du nord). Il privilégie les textes longs, qu’il aborde à la fois du point de vue de leur syntaxe et de leur stylistique et de celui des formulaires religieux et juridiques qu’ils contiennent. Il a notamment travaillé sur les Tables Eugubines, une longue suite de descriptions de rituels en ombrien (Italie centrale, IIe siècle avant notre ère), et sur les malédictions gauloises.

    CYCLE DE CONFÉRENCES DÉCHIFFREMENTS EN COURS :
    Page consacrée au cycle de conférences comprenant la brochure : https://ilara.hypotheses.org/20775

    #défixions_gauloise #langue_toit

    • Des études sur la langue ou les langues celtiques ayant eu cours en Gaule ont été réalisées à l’occasion de la découverte de fragments d’un « calendrier gaulois » dans la commune de Coligny en 1897.

      https://www.david-romeuf.fr/Archeologie/CalendrierGaulois/SyntheseRestitutionsCalendrierGaulois.html

      Résumé : Nombreux sont les textes antiques qui attestent de l’utilisation des étoiles comme repère temporel. Sans calendrier et/ou horloge disponible et/ou en usage, le ciel était utilisé par les anciens peuples comme un repère temporel périodique précis et synchrone avec la nature, sans dérive évidente à l’échelle séculaire. Le lever héliaque des étoiles de première grandeur était fréquemment utilisé. À l’époque encore plus reculée de l’âge de la Pierre, des sites mégalithiques furent délibérément orientés vers des positions particulières et remarquables du Soleil ou de la Lune. « L’horloge » la plus précise et sans dérive qui rythme encore nos vies reste la position du Soleil. L’outil de mesure le plus précis est actuellement l’horloge atomique Pharao. Outre les travaux agricoles, les célébrations, cérémonies et fêtes religieuses devaient être exécutées à des dates particulières. La création d’un calendrier participait à la maîtrise du temps par les hommes, à l’organisation temporelle d’une société humaine. Lié depuis toujours à l’observation astronomique, il n’est pas étonnant que les premiers calendriers soient basés sur des périodes astrales évidentes ou couplées (solaire, lunaire, luni-solaire, stellaire, planétaire…). Si les calendriers de nombreuses civilisations sont bien connus et abondamment documentés, celui des Gaulois et donc des Celtes apparaît plus discrètement. Ce web-article a pour but de réaliser une synthèse pédagogique des travaux archéologiques de rétroingénierie sur le sujet, de proposer plusieurs restitutions complètes hypothétiques des siècles gaulois afin de bien les appréhender temporellement et concrètement, en particulier sur les notations périodiques. Et enfin, de chiffrer et comparer la précision et la dérive des milliards de combinaisons possibles par rapport à celle choisie, démontrant ainsi le but recherché par les responsables du temps. L’histoire du calendrier gaulois est sans doute l’histoire de l’observation de la Lune, son utilisation avec la mise au point d’un comput qui la suit au mieux dans le temps, tout en suivant aussi le Soleil par la suite, mais en restant dans le temps lunaire.

      Une reconstitution a même été proposée par un astronome, David Romeuf qui a basé ses travaux sur ceux de deux archélogues, Marie Duval et Georges Pinault :

      Dans le sommaire, consulter
      Le calendrier gaulois par la rétroingénierie présentée dans le R.I.G III (+ quelques évaluations/compléments de l’auteur)

      Sur le plan archéologique, la référence actuelle qui reprend et complète le travail de ces premiers contributeurs est le copieux Recueil des Inscriptions Gauloises R.I.G Volume III – Les calendriers (Coligny, Villards d’Héria) par Paul-Marie DUVAL et Georges PINAULT, 1986, XLVe supplément à « GALLIA » CNRS. On trouvera l’histoire détaillée de ces différentes études sur le calendrier de Coligny dans les pages 1 à 13 de cet ouvrage. Chaque ligne restituée (c’est-à-dire, celles attestées par l’inscription sur un morceau de la plaque, et celles déduites par la compréhension de la logique et le mécanisme des notations du calendrier) est argumentée dans les pages 329 à 395 de ce R.I.G. III.

    • il ne mentionne pas (du tout !) le calendrier de Coligny, mais passe un bon moment sur le plomb de défixion d’Orléans (découvert en 2022) (début vers 42:00)
      et justifie sa vision très optimiste sur l’avancée des travaux en fondant des grands espoirs sur l’exploitation de l’ensemble du corpus découvert dans cette fouille : 21 plombs, dont 2 seulement ont été déroulés, celui qu’il analyse longuement et un deuxième, en latin, « pas très intéressant » (à partir de 50:50)

    • Des tablettes de malédiction gauloises retrouvées lors des travaux de l’ancien hôpital d’Orléans - YouTube
      https://www.youtube.com/watch?v=o4lZst7bzjs

      12 janv. 2025
      Une importante nécropole antique a été mise au jour sur le chantier de l’ancien hôpital de la porte Madeleine dans le centre ville d’Orléans. Et parmi les objets découverts : des tablettes de malédiction vieilles de presque 2000 ans, certaines gravées en langue gauloise, une langue dont subsiste très peu de traces écrites.

      ah ! déjà pointé en commentaire, lors de leur découverte…
      https://seenthis.net/messages/1091671

    • Les tablettes de défixion de la nécropole antique de l’hôpital Porte Madeleine illuminées par les rayons de SOLEIL ☀📡📜
      https://archeologie.orleans-metropole.fr/actualites/dernieres-actualites/operation-archeologique-de-lhopital-porte-madeleine/les-tablettes-de-defixion-illuminees-par-les-rayons-de


      Fichier issu de la tomographie d’une des tablettes provenant de la sépulture F9463 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).
      La feuille de plomb constituant cette tablette a simplement été pliée en deux. La tomographie a ainsi permis de déterminer qu’elle était inscrite en recto-verso.
      • à gauche : profil de la tablette, vue « en tranche »
      • à droite : projection sur un plan défini par l’axe jaune visible à gauche. On peut remarquer que les caractères en cursive latine sont inversés ; cela est dû au fait que la feuille de plomb est ici vue « par l’arrière », les lettres apparaissent donc inversées, comme dans un miroir.

      […]
      Lors de ces six jours, dix tablettes ont fait l’objet d’une tomographie complète. Pour les prochains mois, l’équipe archéologique se prépare à faire appel à divers spécialistes pour reconstituer, décrypter et traduire ces textes. D’ores et déjà, les premiers retours sont extrêmement positifs puisque toutes les tablettes scannées semblent inscrites, dont plusieurs en recto-verso !


      Fichier issu de la tomographie de la tablette provenant de la sépulture F9010 (© SAVO, Synchrotron SOLEIL, 2025).
      La feuille de plomb constituant cette tablette a ici été enroulée sur elle-même.
      • à droite : profil de la tablette, vue « en tranche »
      • à gauche : projection sur un plan défini par l’axe blanc visible à droite. Les caractères en cursive latine apparaissent clairement en partie haute. On reconnait notamment la fin de la lettre M, puis la lettre I, puis un N et enfin un E, correspondant la fin du mot domine / maître ou seigneur.

    • Émissions de radio - Tablettes de malédiction gallo-romaines... | Inrap (10/02/2025)
      https://www.inrap.fr/tablettes-de-malediction-gallo-romaines-vous-avez-un-ancien-message-19843

      Avec Julien Courtois, archéologue responsable d’opérations spécialisées de l’époque romaine au sein du service d’archéologie de la ville d’Orléans et Caroline Millereux, archéologue spécialiste de la Protohistoire au service Archéologie de la Ville d’Orléans.

      La découverte d’une nécropole antique, à Orléans, intrigue les archéologues depuis 2022. Le site est unique par son organisation étonnante mais aussi par la présence de 22 plaquettes en plomb gravé. Ces tablettes de malédiction sont des témoins précieux d’une pratique de la magie en Gaule romaine.

      Une mission de fouilles de grande ampleur se tient à Orléans depuis 2022, et s’achèvera dans les prochains mois. Plusieurs périodes d’occupations ont été dévoilées sur ce site de la Porte-Madeleine, où se trouvait l’hôpital général d’Orléans construit au XVIIe siècle. Parmi les différents sites funéraires découverts sur le site, une nécropole attire particulièrement l’attention des archéologues.


      Plan général de la nécropole antique de l’ancien hôpital Porte Madeleine et localisation des sépultures
      Service Archéologique de la Ville d’Orléans, 2024

      Une nécropole gallo-romaine unique
      Cette nécropole a été occupée entre le Ier et le IIIe siècle de notre ère, à l’époque gallo-romaine, lorsque Orléans (Cenabum) faisait partie du territoire Carnute. La nécropole s’organise en une grande tranchée de plus de 110 mètres de long traversant le site de fouilles. Plusieurs éléments posent questions. Tout d’abord les archéologues ne savent pas encore pourquoi cette nécropole suit un plan aussi linéaire, là où à l’époque les autres nécropoles prenaient plutôt la forme de nos cimetières. Ensuite, cette nécropole étonne par l’homogénéité du groupe de personnes qui y ont été retrouvées inhumées : 79 hommes pour 1 femme. À quel groupe social appartenaient-ils ? Comment interpréter le fait qu’ils aient tous entre 20 et 50 ans ?


      Sépulture antique en cours de fouille
      Service Archéologique de la Ville d’Orléans, 2022

      Des tablettes de malédiction
      Enfin, l’autre grande particularité de cette nécropole est la présence de 22 tablettes de malédiction. Ces petites tablettes en plomb, dites aussi tablettes de défixion, sont gravées d’inscriptions maudites appelant à toutes sortes de sortilèges : sortilèges amoureux, malédiction d’un concurrent commercial ou d’un rival. Elles sont ensuite repliées et déposées dans des puits ou des tombes. La présence d’autant de tablettes dans cette nécropole pourrait être le signe d’un groupe social particulier lié aux pratiques de la magie.

      17 tablettes n’ont pas encore livré leurs secrets, mais ces objets sont très fragiles, c’est pourquoi un projet utilisant le Synchrotron Soleil est à l’étude, pour déchiffrer ces tablettes sans avoir besoin de les déplier.


      Tablette de défixion avant restauration
      Service Archéologique de la Ville d’Orléans, 2023

    • @simplicissimus : Je pense que, même s’il n’est pas cité dans le documentaire, le calendrier de Coligny (retrouvé en fait sur la commune de Villars d’Héria dans l’Ain mérite qu’on s’y attarde surtout en tant que répertoire du lexique « gaulois » utilisé par son concepteur. Ce qui a été consigné dans le RIG III (registre des inscriptions gauloises volume 3).

      Désolé pour le hors-sujet.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Calendrier_de_Coligny

  • I #conti_pubblici italiani tra #austerity e misure propaganda
    https://radioblackout.org/2026/04/i-conti-pubblici-italiani-tra-austerity-e-misure-propaganda

    La presentazione del documento di finanza pubblica, da parte del Ministro Giorgetti, ha destato dibattito sullo stato di salute dei conti pubblici italiani e sul futuro delle manovre economiche in questa fase di crisi. L’obiettivo, fissato dal governo, di uscire dalla procedura di infrazione europea legata al rapporto #deficit\pil non è stato raggiunto. Ciò, nei […]

    #altavisibilita #L'informazione_di_Blackout #cpr_albania #ponte_sullo_stretto #tagli_alla_sanità
    https://radioblackout.org/wp-content/uploads/2026/04/fumagalli.mp3

  • Logement : des architectes s’inquiètent d’un plan de relance de la construction qui sacrifierait la qualité
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/13/logement-des-architectes-s-inquietent-d-un-plan-de-relance-de-la-constructio


    Vincent Jeanbrun, ministre du logement, à l’Elysée (Paris), le 25 janvier 2026. LUDOVIC MARIN / AFP

    Le dispositif « Jeanbrun », pensé comme un mécanisme d’avantage fiscal destiné à doper la #construction, ne prend pas en compte la qualité des logements produits, estiment de nombreux architectes.

    Si le dispositif « Jeanbrun » de #défiscalisation prévu dans le cadre du plan Relance logement, directement dérivé des lois Pinel (2015), Duflot (2013) et Scellier (2008), a pour ambition, en facilitant le financement de la promotion privée, d’augmenter le rythme des constructions de logements, il n’est pas exempt d’effets pervers. A commencer par la charge qu’il fait peser sur les gouvernements futurs, et donc indirectement sur les contribuables. Mais également un effet tout aussi préoccupant : la piètre qualité des logements produits.

    A la différence d’un propriétaire qui achète pour habiter, ou d’un bailleur social dont l’emprunt court sur cinquante ou soixante ans, le bailleur privé n’a le plus souvent pas de lien direct avec le #logement qu’il finance par le biais de ce dispositif. Sa localisation lui est indifférente, tout comme la taille des pièces, leur ensoleillement, la nature des matériaux de construction utilisés, l’esthétique de la façade…

    Il n’a pas de raison non plus de venir à la livraison des travaux et laisse donc les coudées franches au promoteur pour lever les réserves aussitôt que possible. Pas non plus d’assister aux réunions de copropriétaires, de veiller à l’entretien de son bien : son investissement est un produit financier qui lui procure pendant neuf ans un avantage fiscal. (...)

    Que pensent les chercheurs du « Jeanbrun », nouveau dispositif de défiscalisation de l’investissement locatif ?
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/13/que-pensent-les-chercheurs-du-jeanbrun-nouveau-dispositif-de-defiscalisation

    « De tels dispositifs sont extrêmement efficaces pour soutenir, sans coûter si cher, à la fois les banques proposant du crédit immobilier, les promoteurs et le secteur de la construction. Mais ils ne permettent qu’un accroissement limité de l’offre, et font monter les prix des logements neufs et du foncier, sans faire baisser les #loyers », analyse Renaud Le Goix, géographe à l’université Paris Cité.

    https://justpaste.it/hkx4y

    #financiarisation_du_logement #assistance_aux_rentiers #rente_immobilière

  • [Info « Splann ! »] Le projet de nouvel #hôpital de Saint-Malo remis en question par un important #déficit et 12 millions d’euros de dettes
    https://splann.org/hopital-saint-malo-dettes

    Le projet de #nouvel_hôpital du Groupement hospitalier Rance Émeraude, regroupant Saint-Malo et #dinan, bat de l’aile. Selon des documents obtenus par « Splann ! », l’établissement se trouve face à un important déficit et à 12 millions d’euros de dettes envers ses fournisseurs. Une situation financière catastrophique qui rend tout emprunt, visant à financer les travaux, impossible. L’article [Info « Splann ! »] Le projet de nouvel hôpital de Saint-Malo remis en question par un important déficit et 12 millions d’euros de dettes est apparu en premier sur Splann ! | ONG d’enquêtes journalistiques en Bretagne.

    #Santé_publique #GHRE #saint_malo

  • Da Toledo, Ohio, a Roma, Italia: il BDS e la solidarietà popolare sfidano l’offensiva dell’IHRA e il genocidio di Israele
    https://www.assopacepalestina.org/2026/02/28/da-toledo-ohio-a-roma-italia-il-bds-e-la-solidarieta-popolare-sfi

    di Michael Leonardi, Counterpunch, 27 febbraio 2026. Due città ai lati opposti dell’Atlantico, Toledo, Ohio, la mia città natale, e Roma, l’antica capitale d’Italia, si stanno sollevando insieme per sfidare lo stesso meccanismo di repressione. In entrambi i luoghi, i movimenti locali chiedono la fine di ogni legame con l’apartheid israeliano, mentre i rispettivi governi ... Leggi tutto

    #Notizie #definizione_IHRA

  • #Lettre_ouverte d’#Anne_Fraïsse Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry au Président de la république

    Monsieur le Président,

    On meurt dans vos Universités. On meurt dans mon Université. D’excès de travail, de stress, d’usure, de désespoir, d’indifférence. Malgré nos alertes, le ministre de l’Enseignement Supérieur minimise la situation : « ce n’est pas Zola ».

    Dans mon université, en 5 ans, il y a eu 4 suicides de personnels titulaires (le précédent remontait à 25 ans), 3 crises cardiaques au travail, 2 AVC sans compter les arrêts de travail longue maladie pour burn-out. Cette année, dans notre communauté, 3 fonctionnaires en activité sont morts. Certes, ces décès ont des causes multiples mais les statistiques sont là et ce bilan pour une université de 1003 titulaires (576 enseignants et 427 administratifs) pour 23000 étudiants révèle des conditions de travail insupportables.

    Nous venons de voter notre sixième budget en déficit ; notre université est une des moins dotées et, plus grave, des moins encadrées de France (11 départements à moins de 50 %, voire 40 % d’encadrement en enseignants titulaires). À toujours entendre parler de déficit ou de sous-dotation, on perd sans doute la conscience de ce que travailler dans une université sous-encadrée veut dire réellement au quotidien. « Recrutez des ATER et des contractuels, c’est moins cher que des titulaires pour un même travail » nous dit-on. Non, pas pour un même travail. Dans un département sous-encadré, les titulaires enseignants doivent recruter des vacataires, organiser leurs emplois du temps, les encadrer ; c’est 10 000, 12 000 heures à distribuer à des personnes qui en font en moyenne 40 ou 50 dans l’année, qui ne connaissent que tardivement les horaires où elles sont disponibles, qui ne peuvent assurer aucune tâche non financée (encadrement des thèses, des mémoires, des stages, organisation des services et des emplois du temps …). Que se passe-t-il quand, à la rentrée, 20 TD de 45 étudiants n’ont pas d’enseignant dans un même département ? Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, ce sont les professeurs et les maîtres de conférences qui assurent ces groupes en plus de leur service, quels que soient le nombre d’heures et le travail supplémentaire, quelles que soient l’amplitude horaire ou l’accumulation des heures dans une même journée. Dans ces départements, la totalité des enseignants titulaires font plus du double de leur service, sans parler de leur temps de recherche. À Montpellier Paul-Valéry, cela représente plus de 16500 heures pour 75 collègues quasiment en double service ou plus. Et cela dure depuis plus de 10 ans. Ce n’est pas « un ressenti », comme le dit Monsieur le Ministre, mais une réalité dure et désespérante pour ceux qui aiment leur travail et le service public. Les tâches administratives sont confiées à des contractuels qu’il faut former et qui s’en vont dès qu’ils trouvent mieux (jusqu’à 1600 euros de prime annuelle en moins qu’ailleurs n’incite pas à s’attarder).

    Depuis plus de 10 ans nous sommes en surchauffe, en travail forcé, en déséquilibre permanent, jamais sûrs d’arriver à remplir nos missions faute de bras. Nous l’avons dit, répété, crié : il est urgent de créer des postes, de revenir à des dotations pour charges de service public à la hauteur du nombre d’étudiants accueillis, de rétablir un modèle d’allocation des moyens qui répare les injustices, qui soit clair et transparent.

    Mais non, il n’y aura pas de nouveau modèle, répète Monsieur le Ministre qui « n’y croit pas ». Nous restons donc depuis 15 ans le seul pays d’Europe où l’argent de l’État est distribué aux universités sans critères connus, dans la plus totale opacité et injustice. Pour un étudiant de même discipline une université peut recevoir deux fois moins qu’une autre. Pourquoi ? Personne ne le sait, aucune justification aux plafonds d’emplois, à la dotation de l’État, aux demandes de fermeture de formations ; seulement des arguments imparables : pas d’argent, pas de postes ; pas de postes, trop d’étudiants ; trop d’étudiants, déficit ; déficit, pas d’argent ; et on reprend la boucle comme des hamsters qui tournent dans leur roue.

    C’est historique, pourquoi changer ? Parce que, Monsieur le Président, les conséquences de ce refus sont funestes. Pour ne pas pénaliser leurs étudiants, pour ne pas négliger leurs recherches, nos collègues perdent leur santé et parfois leur vie. Et cette année, ils perdent aussi l’espoir de voir s’améliorer leur situation. Aucune création de postes pour cette campagne d’emplois, pas de recrutement de fonctionnaires, qu’importe votre taux d’encadrement, votre nombre d’étudiants ; pas de discussion, pas de négociation, qu’importe l’injustice. Tant pis si les plus pauvres payent pour les plus riches ; c’est le sens de l’histoire. Enfin, le chantage pour ceux qui résistent : si vous laissez des créations dans la campagne d’emplois, vous ne les aurez pas et vous n’aurez pas non plus le renouvellement des postes vacants, libérés par retraite, mutation ou mort. On meurt dans mon université et je me refuse à choisir dans quels départements seront les prochains morts. Notre demande est légitime, nous ne voulons pas y renoncer. Aveuglement, indifférence, mépris, volonté de soumettre sans écouter, c’est ce que vit aujourd’hui ma communauté. Zola dénonçait les injustices d’une société qui pour ménager les plus riches écrasait les plus pauvres. La situation de mon université, c’est bien du Zola, Monsieur le Président.

    Savoir et se taire c’est être complice, je ne peux pas taire cette injustice. Pouvoir agir et ne rien faire c’est être coupable, vous savez maintenant ce que zéro création de postes veut dire pour une université comme la mienne.

    Permettez-moi, Monsieur le Président, de vous saluer comme les gladiateurs saluaient celui qui finançait les jeux et présidait à leur destinée : « Morituri te salutant ».

    Anne Fraïsse
    Présidente de l’Université de Montpellier Paul-Valéry

    https://www.univ-montp3.fr/fr/communiques/lettre-ouverte-danne-fra%C3%AFsse-pr%C3%A9sidente-de-luniversit%C3%A9-de
    #université #France #ESR #facs #conditions_de_travail #décès #suicide #usure #désespoir #indifférence #déficit #sous-dotation #service_public #santé #taux_d'encadrement

  • Dalla nuova classificazione dei comuni emerge una montagna più «autentica»? «È una sforbiciata basata su vecchi criteri; si dimentica la ’montanità’ e si considera solo la ’montuosità’»

    «La nuova classificazione dei comuni montani prevista dal Governo è una vera e propria sforbiciata dei comuni montani finora ritenuti tali dalla classificazione Uncem»: esordisce così un comunicato congiunto delle associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i. «Si afferma che questa è la montagna ’vera’, che questi sono i comuni ’autenticamente’ montani, quando sappiamo che ogni siffatta definizione di montagna è politica, e dunque relativa, sulla base delle soglie che si adottano per misurarla»

    «La nuova classificazione dei comuni montani prevista dal Dpcm di classificazione dei comuni montani è un’autentica sforbiciata dei comuni montani finora ritenuti tali dalla classificazione Uncem»: esordisce così un comunicato congiunto delle associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i: Associazione dei Geografi Italiani (AGeI), Associazione Italiana di Cartografia (AIC), Associazione Italiana Insegnanti di Geografia (AIIG), Centro Italiano per gli Studi Storico-geografici (CISGE), Società Geografica Italiana, Società di Studi Geografici.

    «La geografia italiana sin dagli anni Cinquanta – inalscoltata – ha invocato una definizione complessa di ’area montana’, basata su un’analisi multicriteriale che tenga conto delle caratteristiche territoriali, nel rispetto di tutte le aree montane e della loro varietà. Dispiace che la commissione di sei esperti nominata dal Ministero avesse le mani legate in partenza dai 2 soli criteri imposti dalla Legge 131/2025, ovvero altimetria e pendenza - affermano i geografi -. Un approccio che non distingue la condizione montana fra le diverse regioni e parti del Paese, ma che semplicemente restringe le condizioni di riconoscimento, ne favorisce alcune - in particolare quelle del Nord - a scapito delle altre, perpetuando i divari territoriali che tanto hanno nuociuto allo sviluppo dell’Italia».

    A completare la nota stampa è un testo di Mauro Varotto integrato da Monica Meini, Mauro Pascolini, Cristiano Pesaresi, Sergio Zilli, che riportiamo integralmente di seguito.

    La nuova classificazione dei comuni montani prevista dal Dpcm di classificazione dei comuni montani (ex art. 2, co. 1, legge n. 131 del 2025) è un’autentica sforbiciata dei comuni montani finora ritenuti tali dalla classificazione Uncem: si passa infatti dagli iniziali 4201 comuni (di cui 3546 totalmente montani e 655 parzialmente montani, pari al 54,3% della superficie nazionale e al 19% della popolazione) alla classificazione attuale – secondo il nuovo regolamento trasmesso alla Conferenza Unificata – che considera montani 2844 comuni, pari al 40% della superficie nazionale e al 13% della popolazione.

    Alcune considerazioni scientifiche a margine sulla nuova proposta:

    1. Si afferma che questa è la montagna «vera», che questi sono i comuni «autenticamente» montani, quando sappiamo che ogni siffatta definizione di montagna è politica, e dunque relativa, sulla base delle soglie che si adottano per misurarla.
    2. Si afferma che questa classificazione si basa su «nuovi criteri», mentre i criteri sono sempre gli stessi: l’altimetria e la pendenza. Cambiano soltanto le soglie di riferimento, allo scopo di ridurre la platea degli aventi diritto ai fondi della nuova legge e del FOSMIT (Fondo Sviluppo Montagne Italiane). Non c’è nessuna «nuova definizione» di montagna, semplicemente una diversa taratura di percentuali di pendenza e quota media.
    3. Questi criteri rimangono all’interno della dimensione della «montuosità» fisica (peraltro solo in parte racchiudibile da tali parametri, perché ad essi si potrebbero aggiungere altri valori, dall’insolazione alle caratteristiche microclimatiche, dalle condizioni del suolo a quelle della vegetazione o della disponibilità idrica etc.). Si dimentica del tutto però la «montanità», ovvero i caratteri colturali e culturali dell’ambiente montano, un aspetto considerato dalla prima legge sulla montagna sulla base di parametri di rendita fondiaria, in ottemperanza al dettato dell’articolo 44 della Costituzione. Non vi è in sostanza alcun riferimento in questa classificazione a usi del suolo, livelli di spopolamento, situazione demografica, assetto economico, condizioni reddituali, perifericità o marginalità che caratterizzano e accomunano molti dei comuni montani.
    4. Molti comuni che rimangono fuori da questa nuova classificazione non possono considerarsi «non montani»: anche i comuni attualmente classificati come parzialmente montani possiedono quote di montagna che risultano significative in termini di servizi ecosistemici, uso del suolo, accessibilità. Chiunque può constatare che l’Isola d’Elba con il monte Capanne supera i 1000 metri di quota, o che il territorio comunale di Vieste nel Gargano supera gli 800 metri di quota pur affacciato sul mare, eppure non sono nel novero dei comuni montani.
    5. Una selettività della perimetrazione ancora fondata esclusivamente su criteri di classificazione orografici come quelli finora adottati presenta anche problemi di equità tra i diversi territori della montagna italiana, generando disparità di sostegno e ignorando di fatto delle marginalità storicamente definitesi in varie parti degli Appennini, provocando un aumento dei divari e finendo per mettere in competizione tra loro le aree montane anziché mirare a un’azione di coordinamento per recuperarne l’attrattività in termini di abitabilità e produttività.
    6. La geografia italiana sin dagli anni Cinquanta – inascoltata – ha invocato una definizione complessa di «area montana», basata su un’analisi multicriteriale, in modo da modulare i diversi criteri in base alle caratteristiche territoriali, nel rispetto di tutte le aree montane e della loro varietà. Dispiace che la commissione di sei esperti nominata dal Ministero avesse le mani legate in partenza dai 2 soli criteri imposti dalla Legge 131/2025, ovvero altimetria e pendenza.

    In oltre 70 anni di storia dalla prima legge sulla montagna, la novità di questa nuova classificazione è che rimane ancorata a criteri vecchi. Non si dica che si è finalmente definita la «montagna vera», si dica che si è voluto ridurre e selezionare la platea degli aventi diritto perché i fondi disponibili a sostegno delle aree montane sono troppo pochi. Sarebbe più onesto.

    https://www.ildolomiti.it/altra-montagna/attualita/2025/dalla-nuova-classificazione-dei-comuni-emerge-una-montagna-piu-autentica-
    #définition #classification #montagne #Italie #commune_de_montagne

  • Come una definizione parziale di antisemitismo è diventata un meccanismo di repressione

    In Germania l’adozione di una definizione fuorviante e strumentale di antisemitismo che include la critica allo Stato di Israele -la versione dell’Ihra, riproposta di recente anche in Italia- ha costituito una delle tappe principali di una rapida discesa verso l’autoritarismo che, con l’erosione dei diritti civili, ha portato a una profonda crisi di rappresentanza e, di conseguenza, di fiducia nelle istituzioni democratiche. L’intervento di Donatella della Porta.

    È di inizio dicembre la notizia che, per la seconda volta consecutiva, la Germania è stata declassata nel Civicus monitor sui diritti civili, passando da “libero” a “limitato” e poi a “ostacolato”. Sottolineando che “il deterioramento dello spazio civico in Germania è avvenuto a un ritmo allarmante”, il rapporto di Civicus, People power under attack, per il 2025 menziona come particolarmente preoccupanti le novemila denunce che dal 7 ottobre 2023, la polizia di Berlino ha avviato contro attivisti solidali con la Palestina e il taglio dei fondi, le intimidazioni e la sorveglianza delle organizzazioni della società civile che criticano Israele. Civicus ha inoltre osservato che “questo forte calo riflette una repressione continua e onnicomprensiva della solidarietà con la Palestina, con i manifestanti che subiscono gravi violenze da parte della polizia e le organizzazioni della società civile soggette a raid e tagli ai finanziamenti”.

    In particolare, “le autorità tedesche hanno continuato a limitare severamente il diritto di protestare in solidarietà con il popolo palestinese. I partecipanti, i giornalisti e gli osservatori parlamentari a tali proteste sono costantemente sottoposti a gravi violenze da parte della polizia, tra cui accerchiamento, uso di spray al peperoncino, pugni e strangolamento. Qualsiasi violazione percepita delle restrizioni eccessivamente ampie alle proteste porta a un intervento forzato della polizia”.

    Una ricercatrice che ha collaborato al Civicus monitor ha denunciato che “in tutta Europa, i governi hanno cercato di mettere a tacere coloro che denunciano il genocidio invece di ascoltare le loro richieste di coscienza, con la Germania in prima linea nella repressione”. Ciò accade in particolare perché “la Germania ha confuso le critiche a Israele con l’antisemitismo, raffreddando il dibattito a livello nazionale, incoraggiando la destra e mettendo a tacere le voci della società civile”.

    In quello che viene presentato come “un lavoro in corso”, un’organizzazione dal nome significativo “Archive of silence” (Archivio del silenzio) ha elencato, solo tra ottobre 2023 e dicembre 2024, più di 200 casi di silenziamento della solidarietà alla Palestina. Nel suo database di 766 azioni contro la solidarietà con la Palestina in Germania dal 2019 al 2025, l’European legal support center (Elsc) ha contato 175 casi di censura, 107 casi di diffamazione e 89 eventi cancellati. In 83 di questi casi gli obiettivi erano artisti e gruppi culturali; in 49 casi erano accademici, scrittori e insegnanti, in 23 casi personaggi pubblici.

    Tutti questi casi di repressione sono legati a meccanismi di stigmatizzazione, che passano attraverso l’invenzione di nuovi termini o la risignificazione di quelli vecchi al fine di attribuire una connotazione negativa ai gruppi presi di mira come “nemici del popolo”. La stigmatizzazione avviene attraverso l’attribuzione a un individuo o a un gruppo di un nome o di un attributo che mira a suscitare emozioni negative nella società. Gli attivisti vengono così screditati in quanto appartenenti a gruppi che vengono descritti come caratterizzati da tratti considerati socialmente inaccettabili. Attraverso campagne di panico morale, la stigmatizzazione viene portata avanti da molteplici attori: non solo dalle istituzioni pubbliche (dalla polizia alle amministrazioni universitarie), ma anche dalla società civile e dai media.

    Nei casi appena citati, una delle principali accuse mosse contro gli attivisti progressisti oggetto di repressione è stata quella di “antisemitismo legato a Israele”, attraverso l’adozione di una definizione operativa (esplicitamente definita non utilizzabile a fini legali), proposta nel 2016 dall’International Holocaust remembrance alliance (Ihra). In particolare, discostandosi dalla definizione accademica e giuridica prevalente che definiva l’antisemitismo in relazione al popolo ebraico, il documento ha introdotto riferimenti a Israele come forme di antisemitismo, affermando che “le manifestazioni possono includere l’attacco allo Stato di Israele, concepito come collettività ebraica. Tuttavia, le critiche a Israele simili a quelle rivolte a qualsiasi altro Paese non possono essere considerate antisemite”. Tra gli esempi di critiche ad Israele con potenziali connotati antisemiti vengono citate “negare al popolo ebraico il diritto all’autodeterminazione, ad esempio sostenendo che l’esistenza dello Stato di Israele è un’impresa razzista”; “fare paragoni tra la politica israeliana contemporanea e quella nazista”; o “ritenere gli ebrei collettivamente responsabili delle azioni dello Stato di Israele”.

    La definizione dell’Ihra è stata adottata nella formazione educativa e giuridica in Germania, nonché nell’addestramento degli agenti di polizia. Nel novembre 2019, poco dopo l’attacco a una sinagoga a Halle, la Conferenza dei rettori tedeschi ha adottato quella definizione come linea guida vincolante nelle università tedesche. La definizione adottata includeva la disposizione secondo cui “le manifestazioni di antisemitismo possono anche essere dirette contro lo Stato di Israele, inteso come collettività ebraica”, arrivando a eliminare la clausola limitativa contenuta nella definizione originale che affermava che “tuttavia, le critiche a Israele simili a quelle rivolte a qualsiasi altro Paese non possono essere considerate antisemite”. In questo processo, un “nuovo anti-semitismo” è stato definito come diffuso nella sinistra e fra i migranti, mentre l’anti-semitismo della destra radicale è stato via via meno tematizzato.

    Fin dal momento della sua pubblicazione, la definizione dell’Ihra è stata molto contestata sia nella forma sia nel contenuto. In particolare, gli esempi forniti sono stati criticati per la loro mancanza di chiarezza sulle condizioni in cui le critiche a Israele sono considerate antisemite o meno, estendendone arbitrariamente l’uso per limitare le critiche alle politiche israeliane. Inoltre, è stata criticata la tendenza generale a considerare antisemita non solo la negazione dell’Olocausto, ma anche qualsiasi riferimento a concetti legati all’Olocausto come simili ad altri eventi storici, a maggior ragione se Israele è considerato il responsabile. In particolare, è stato detto che la difesa del diritto di Israele a esistere rimane vaga in quanto non specifica la configurazione fisica dello Stato, che di solito esclude la Cisgiordania, Gaza, Gerusalemme Est e le Alture del Golan. Infatti, la definizione dell’Ihra è stata considerata essa stessa antisemita, poiché confonde tutti gli “ebrei” con lo Stato specifico di “Israele” e lo Stato di Israele con il suo governo. In questo modo, è la stessa definizione dell’Ihra che, assimilando gli ebrei a Israele, è stata criticata come antisemita.

    Non a caso, nel 2020, un gruppo di 220 studiosi che lavorano sull’Olocausto e l’antisemitismo ha contestato la definizione dell’Ihra firmando la Dichiarazione di Gerusalemme, che nel tentativo di distinguere l’antisemitismo dalla critica a Israele, definisce il primo come “discriminazione, pregiudizio, ostilità o violenza contro gli ebrei in quanto ebrei (o le istituzioni ebraiche in quanto ebraiche)”. Come è stato osservato, “poiché la definizione dell’Ihra è poco chiara sotto alcuni aspetti fondamentali e ampiamente aperta a diverse interpretazioni, ha causato confusione e generato polemiche, indebolendo così la lotta contro l’antisemitismo”. Commentando l’attuazione della definizione da parte dell’amministrazione tedesca come violazione dei diritti costituzionali, un gruppo di avvocati ha osservato che la sua adozione come strumento normativo è problematica in quanto essa è troppo imprecisa per creare certezza giuridica. Pertanto, il suo utilizzo tende a creare distorsioni costituzionali, violando leggi di rango superiore come la Legge fondamentale e la Convenzione europea dei diritti dell’uomo, compromettendo così il diritto alla libertà di espressione, alla libertà di insegnamento e alla libertà artistica.

    In un suo dettagliato commento, uno di principali esperti tedeschi di antisemitismo, Peter Ullrich, ha osservato che “la debolezza della ‘definizione operativa’ apre la porta alla strumentalizzazione politica, ad esempio per screditare moralmente la posizione opposta nel conflitto arabo-israeliano con l’accusa di antisemitismo. Ciò ha implicazioni rilevanti per i diritti fondamentali”.

    La definizione dell’Ihra è stata infatti spesso richiamata nella repressione delle proteste in solidarietà con la Palestina, in nome di una violazione di una definizione che è formalmente non vincolante dal punto di vista giuridico, a che ha acquisito uno status giuridico ambivalente. Particolarmente influente sullo scioglimento amministrativo di eventi e proteste filopalestinesi da parte di studenti e docenti tedeschi è stato l’Aktionsplan gegen antisemitismus und israelfeindlichkeit (Piano d’azione contro l’antiasemitismo e la ostilità a Israele) pubblicato dalla Conferenza dei ministri della cultura il 7 dicembre 2023, che chiedeva la creazione di organismi speciali contro l’antisemitismo e l’”odio verso Israele” e “l’intensificazione della cooperazione con Israele”.

    Sebbene la definizione dell’Ihra sia stata adottata da 25 Stati membri dell’Ue dagli Stati Uniti, è proprio in Germania che sono state investite risorse pubbliche nella creazione di una burocrazia statale dedicata alla lotta contro l’antisemitismo in modo tale da separarla dalla lotta più ampia contro il razzismo e la discriminazione. Sotto la pressione di commissari speciali per la protezione della vita ebraica e la lotta contro l’antisemitismo, con lo scandalo suscitato dai gruppi filoisraeliani e dallo stesso ambasciatore di Israele, la definizione di antisemitismo è stata utilizzata per soffocare il dibattito e limitare i diritti civili e politici. In molti dei casi di censura sopra citati, la definizione dell’Ihra è stata presa come punto di riferimento per stigmatizzare e punire le critiche ai crimini contro l’umanità commessi da Israele. Ne sono un esempio le cosiddette “clausole antidiscriminatorie” attraverso le quali l’allora senatore alla Cultura dello Stato di Berlino voleva subordinare i finanziamenti pubblici per eventi artistici e culturali all’impegno obbligatorio a riconoscere la sicurezza dello Stato di Israele, o il divieto (già nel 2021) di eventi di protesta a Berlino nella giornata della Nakba, poiché, citando la definizione di antisemitismo dell’Ihra, un divieto emesso dalla polizia avvertiva che “la propagazione dell’inesistenza e dell’annientamento dello Stato di Israele con parole e immagini è, secondo tutte le definizioni comuni di antisemitismo, da considerarsi la più concisa espressione di ostilità verso gli ebrei”.

    Adottando la definizione dell’Ihra nella raccolta di dati sull’antisemitismo, sia la polizia sia organizzazioni private hanno fomentato l’allarme per un cosiddetto antisemitismo di sinistra e dei migranti, contando nelle statistiche sugli atti di antisemitismo espressioni verbali di critica a Israele rilevate in manifesti o graffiti o anche sui social media.

    Così, ad esempio, secondo le statistiche della polizia, i crimini antisemiti sono aumentati da 2.641 nel 2022 a 6.236 nel 2024, ma la crescita si riferisce soprattutto a espressioni verbali di critica a Israele (1.367 casi di “propaganda”, 2.920 di istigazione all’odio razziale e 846 di così detto danneggiamento, principalmente attraverso graffiti). L’aumento dei casi da 2.616 nel 2022 a 8.627 nel 2024 rilevati nelle spesso citate statistiche Rias dipende dall’aumento dei cosiddetti casi di antisemitismo legati a Israele (che passano da 633 a 5.857). La definizione dell’Ihra è anche sempre più utilizzata per privare dell’accesso alla cittadinanza e deportare i residenti con background migratorio con promesse incendiarie da parte del governo di togliere addirittura la cittadinanza tedesca a coloro che, in possesso di doppia cittadinanza, non obbediscono alla peculiare richiesta di riconoscere il diritto dello Stato di Israele a esistere.

    Particolarmente preoccupante è stata l’adozione della risoluzione parlamentare sull’antisemitismo e l’ostilità verso Israele nelle scuole e nelle università, presentata nel 2024 da Spd, Cdu/Csu, Bündnis 90/Die Grünen e Fdp e votata anche dall’estrema destra Alternative für Deutschland, che chiaramente confonde la critica a Israele con l’antisemitismo. Persino la moderatissima Conferenza dei rettori aveva criticato la proposta di risoluzione, sottolineando che essa “non è oggettivamente necessaria e non è utile nel contesto dell’autonomia universitaria e della libertà accademica”.

    La libertà accademica è alla base di tutte le azioni delle università. Le università si aspettano che i poteri esecutivo e legislativo considerino questa libertà accademica come un principio guida nella stesura delle risoluzioni sulle università. Nella situazione attuale, ciò significa che la discussione sulla definizione di antisemitismo è oggetto e compito del dibattito accademico. Le decisioni politiche non possono e non devono compromettere o impedire questo discorso accademico. L’intervento dello Stato nel modo in cui questo discorso accademico viene condotto nelle università non è ammissibile. Deve essere garantito che i finanziamenti statali per la ricerca e l’insegnamento siano distribuiti esclusivamente sulla base di principi e procedure scientifici”. Sebbene la scelta di una risoluzione parlamentare piuttosto che di una legge abbia permesso di evitare un controllo di costituzionalità, come hanno osservato alcuni giuristi critici, “la risoluzione rischia di vincolare l’accesso alle risorse statali per gli attori della società civile, delle arti e del mondo accademico a una risposta semplicistica a questa controversa questione. Sebbene la risoluzione non sia giuridicamente vincolante, essa può indirettamente e di fatto ledere i diritti fondamentali alla libertà di espressione, all’arte e alla scienza”.

    Il pesante uso strumentale della definizione dell’Ihra nella stigmatizzazione e nella repressione della sinistra e dei migranti ha prodotto non solo una grave rottura nella fiducia istituzionale e nella società, chiudendo le istituzioni accademiche, culturali e artistiche al dialogo, ma anche una profonda crisi di rappresentanza, poiché la convergenza di tutti i partiti politici (con, solo di recente, la parziale eccezione di Die Linke) nella difesa cieca di Israele non è sostenuta dall’opinione pubblica che, nella sua maggioranza, condanna il genocidio israeliano e la fornitura di armi tedesche da impiegare a Gaza. Secondo il rapporto “Gaza, Israele e la politica estera tedesca: uno sguardo sull’opinione pubblica” (2025) pubblicato dal Giga (un’istituzione di ricerca con una seria reputazione), degli oltre mille intervistati nell’agosto 2025, solo il 10% è pienamente d’accordo con l’affermazione che “la sicurezza di Israele è la ragion di Stato della Germania”, mentre più di due terzi (69%) affermano che la politica estera tedesca dovrebbe essere guidata non da un’alleanza incondizionata con Israele, ma piuttosto dal diritto internazionale e dai diritti umani universali. Sulla stessa linea, il 59% degli intervistati considera l’offensiva militare di Israele a Gaza un genocidio (solo il 21% non è d’accordo) mentre un ancora più alto 65% è convinto che l’esercito israeliano stia commettendo crimini di guerra e crimini contro l’umanità a Gaza (solo il 15% non è d’accordo). E ancora, il 63% ritiene che il precedente governo tedesco avrebbe dovuto condannare esplicitamente i crimini di guerra israeliani sin dall’inizio dell’aggressione a Gaza; il 66% è favorevole a un’immediata sospensione delle esportazioni di armi verso Israele e il 51% alla sospensione di ogni cooperazione militare e di polizia con Israele; il 68% chiede al governo di esortare Israele a porre fine al blocco di Gaza e ad accettare un cessate il fuoco permanente. Infine, quasi due terzi degli intervistati (61%) ritengono che le critiche a Israele debbano essere separate dall’antisemitismo.

    Un altro sondaggio rappresentativo condotto da YouGov ha mostrato che il 62% degli intervistati considera la campagna militare di Israele come un genocidio contro i palestinesi, con percentuali piuttosto simili tra gli elettori del partito conservatore Cdu/Csu (60%) e del Partito Socialdemocratico (Spd) (71%). Secondo tale sondaggio, ben due terzi (67%) dei tedeschi hanno un’opinione negativa o piuttosto negativa di Israele, contro un esiguo 19% che esprime un giudizio positivo o piuttosto positivo. Quindi, mentre l’adozione e l’applicazione della definizione dell’Ihra non sono riuscite a placare l’indignazione per i crimini di guerra in corso a Gaza e nei territori illegalmente occupati da Israele, gli effetti deleteri della strumentalizzazione dell’antisemitismo (spesso denunciata dagli intellettuali ebrei) sui diritti civili e sulla democrazia in Germania sono chiaramente visibili.

    https://altreconomia.it/come-una-definizione-parziale-di-antisemitismo-e-diventata-un-meccanism
    #Allemagne #répression #antisémitisme #Israël #critique #Etat_d'Israel #autoritarisme #définition

  • La nuova geografia dei Comuni montani non può esser disegnata con criteri vecchi

    Secondo Mauro Varotto, geografo dell’Università di Padova, la riforma della classificazione voluta dal governo ha il solo scopo di ridurre la platea di possibili beneficiari di risorse scarse, senza tener conto di criteri in grado di rispondere in modo più oggettivo alla finalità della nuova legge sulla montagna, ovvero creare le condizioni perché più persone possano restare a vivere nelle terre alte.

    Il 17 dicembre, intervenendo alla Camera dei deputati, il ministro per gli Affari regionali e le autonomie Roberto Calderoli ha ribadito che la ridefinizione dell’elenco dei Comuni montani ha l’obiettivo di “ridurre l’attuale elenco di oltre quattromila Comuni, che contiene realtà quali Roma e Bologna che, con un’altimetria media rispettivamente di 67 e 82 metri, non hanno certo le caratteristiche geografiche della montagna”.

    Quando, nel mese di settembre, la Legge 131/2025 è stata approvata in via definitiva al Senato, il comunicato stampa del ministro ribadiva più volte la volontà di “valorizzare la vera montagna”, asciugando di fatto la platea di soggetti che possono aspirare ai circa 200 milioni di euro all’anno stanziati dallo Stato per promuovere lo sviluppo economico e tutelare l’accesso ai servizi essenziali nelle terre alte.

    La riduzione ha portato a qualificare come montani 2.844 Comuni (il 36% dei municipi italiani), che si sviluppano sul 40% della superficie del Paese e hanno una popolazione residente di 7,8 milioni di abitanti (il 13,2% della popolazione nazionale), con una netta riduzione rispetto alla classificazione precedente, che elencava 4.201 Comuni montani. Il decreto contenente i parametri per la riclassificazione avrebbe dovuto essere discusso il 18 dicembre dalla Conferenza Stato-Regioni, ma ciò non è avvenuto su pressione delle Regioni, che lunedì 22 dicembre incontreranno il ministro Calderoli per chiedere di rivedere un elenco che da un lato faceva uscire Roma e dall’altro, come ricorda una nota l’Unione nazionale dei Comuni, comunità ed enti montani (Uncem), vedeva “inserite Reggio Calabria o Varazze, Cuneo o Biella”, cosa che “ha veramente poco senso”.

    Il problema principale, forse, è che la Legge 131/2025, da cui discende il decreto, prevede la classificazione dei Comuni montani sulla base dei criteri altimetrico e della pendenza, una scelta contestata in un comunicato congiunto delle Associazioni scientifiche dei geografi e delle geografe italiane/i: Associazione dei geografi italiani (Agei), Associazione italiana di cartografia (Aic), Associazione italiana insegnanti di geografia (Aiig), Centro italiano per gli studi storico-geografici (Cisge), Società geografica italiana, Società di studi geografici.

    Altreconomia ha intervistato Mauro Varotto, docente di Geografia all’Università di Padova, membro del Comitato scientifico de L’AltraMontagna, già autore del libro “Montagne di mezzo. Una nuova geografia”.

    Professor Varotto, come geografi avete detto che “la novità di questa nuova classificazione è che rimane ancorata a criteri vecchi”. Che cosa significa?
    MV La retorica governativa fa leva sull’idea di una definizione di montagna “nuova” e più “vera” rispetto alla precedente, suggerendo implicitamente che la classificazione dei Comuni montani redatta in passato dall’Uncem annoverasse montagne “false”. Come geografi non possiamo avallare questo messaggio: i parametri utilizzati sono gli stessi di prima, ovvero altimetria e pendenza, cambiano semplicemente le soglie altimetriche e i valori percentuali oltre i quali si considerano “montani” i territori comunali, in modo da escludere la montagna più bassa e la platea dei Comuni che avranno diritto a fondi e agevolazioni previsti dalla legge. In altre parole: i soldi a disposizione sono pochi, tanto vale accorciare la coperta. Si tratta però di accorciarla sulla base di parametri “vecchi”, perché nel frattempo il dibattito ha messo in luce -in linea con il dettato costituzionale- l’importanza di considerare anche altri aspetti, che riguardano la perifericità (pensiamo al concetto di “area interna”), le condizioni di reddito o di marginalità e spopolamento. In questo modo le misure avrebbero potuto cadere più precisamente dove serve: si sarebbe insomma potuto usare il bisturi, per un’azione politica più aderente alla varietà di situazioni che caratterizza la montagna italiana; invece, si è continuato a usare l’accetta.

    Perché sarebbe opportuno distinguere tra “montuosità” fisica e “montanità”?
    MV Nella legge si separano montuosità fisica e montanità antropologica e si prende in considerazione solo la prima, come base di partenza. Da sempre i geografi sostengono che il concetto di “montagna” non può essere disgiunto dai caratteri della presenza umana, soprattutto in catene montuose come quelle alpina e appenninica che sono la risultante di percorsi millenari di civiltà, in altre parole sono tra le più vissute e addomesticate del Pianeta. La ratio dell’articolo 44 della Costituzione -che invoca provvedimenti a favore delle zone montane- non è la salvaguardia dell’ambiente naturale o del turismo, ma il vissuto umano che su di esse insiste, con una funzione di cura e controllo del territorio. Separare i due aspetti porta al rischio di concepire -come del resto è avvenuto nel corso del Novecento- una montagna senza uomo da un lato e una presenza umana disconnessa dalla montagna dall’altro.

    Tra gli esclusi, risultano tra gli altri alcuni dei Comuni romagnoli colpiti dalle alluvioni del 2023, con frane e smottamenti “tipicamente” montani, territori che toccano i mille metri sul livello del mare, una bassissima densità abitativa. Quali diversi criteri sarebbe stato opportuno prevedere o inserire?
    MV Partiamo dal presupposto che non esiste una visione “oggettiva” della montagna ma una definizione funzionale all’obiettivo politico che si intende perseguire. Per questo non ha senso imporre una sola classificazione di montagna e non necessariamente classificazioni diverse significano scarsa chiarezza o confusione. Se lo scopo è quello di favorire il reinsediamento nelle “terre alte”, come di fatto la legge 131/2025 dichiara, allora sarebbe stato opportuno, ad esempio, distinguere le aree soggette a spopolamento, oppure le aree più periferiche e marginali, oppure ancora quelle a reddito più basso o a economia primaria mista. Il legislatore demanda ad altri decreti attuativi questi aspetti, ma in questo modo si tengono comunque dentro “montagne ricche”, magari ad alta quota, o città come Cuneo e Reggio Calabria, che forse non hanno nemmeno bisogno di tali agevolazioni, lasciando fuori una montagna più in difficoltà, magari a bassa quota ma marginale, che invece andrebbe sostenuta e aiutata.

    È una legge “contro l’Appennino”?
    MV Sicuramente, per come è stata concepita, la legge taglia fuori in prevalenza la montagna a quote basse e dunque la montagna appenninica è più penalizzata di quella alpina (ma pure il Piemonte vede ridotti del 22% i Comuni montani). Con questa proposta Nord-Ovest e Nord-Est mantengono valori di superficie montana che superano il 40% del territorio, mentre al Centro e al Sud essi sono di poco superiori al 30%. Se andiamo invece a vedere la percentuale regionale di territorio italiano sopra i 600 metri di quota troviamo ai primi posti tre Regioni appenniniche: Abruzzo, Molise e Basilicata, con valori che oscillano tra il 43% e il 58% per la Regione abruzzese, la più montuosa d’Italia in termini statistici. La differenza con la nuova classificazione mi pare piuttosto evidente, anche senza contare indicatori di sviluppo economico o di marginalità, che a maggior ragione dovrebbero favorire la montagna appenninica, se si intende perseguire una qualche forma di perequazione territoriale. In questo senso è una montagna tagliata con l’accetta, che genera una classificazione grossolana che rischia di non fare nemmeno l’interesse che la legge stessa dichiara di perseguire.

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    #montagne #Italie #loi_montagne #classement #liste #loi #Legge_131/2025 #financement #décret #altitude #pente #critères #périphérie #montanité #géographie_physique #géographie_humaine #définition #terre_alte #marges #Apennins #Alpes #péréquation_territoriale

  • «  La #tribune_dimanche  » et le ministre de l’enseignement supérieur  : un pur moment de #propagande

    L’hebdomadaire dominical du milliardaire #Rodolphe_Saadé a publié un entretien avec le ministre de l’Enseignement supérieur #Philippe_Baptiste, qui a profité de l’occasion pour se poser, sans être contredit, en champion de «  la #liberté_académique  ». Problème  : dans le monde réel, ce ministre engagé est, comme ses prédécesseurs macronistes, un assaillant de cette liberté.

    Dans son édition datée du 30 novembre 2025, l’hebdomadaire dominical La Tribune dimanche (groupe #CMA_Média) a publié, sur deux pages, un article trompetant, comme un cocorico, que la France allait prochainement accueillir 33 «  scientifiques américains de renommée internationale dont la liberté académique est menacée aux États-Unis  » - où le président Donald J. Trump est, comme on sait, parti en guerre contre les universités, accusées, en substance, d’être des repaires de gauchistes pro-palestiniens.

    Ce long article est complété — deux attentions valent mieux qu’une — par un entretien avec le ministre macroniste de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, à qui La Tribune dimanche pose la question suivante : «  Qu’est-ce qui empêcherait la #science française de subir le même sort que la science américaine en cas de bouleversement politique dans le pays  ?  »

    C’est-à-dire : dans le cas où l’extrême droite prendrait aussi le pouvoir de ce côté-ci de l’Atlantique.

    Le ministre fait cette réponse bouleversante : «  La question de la liberté académique est centrale. (…) Ce que montre l’exemple américain, c’est que la première garantie de la liberté académique, c’est un #financement suffisant pour la recherche de base  ! Partager collectivement, au sein du pays, un attachement viscéral à la #science et à la recherche libres, c’est la première étape pour protéger les #libertés_académiques.  »

    Ces propos sont si beaux, que l’intervieweur du ministre, probablement subjugué par tant d’attachement au libre exercice de la recherche et de «  la science  », en oublie de confronter Philippe Baptiste à la réalité de ses pratiques ministérielles — et de celles de ses prédécesseurs macronistes.

    Discours admirable, méthodes détestables

    Et c’est un peu dommage, car ce journaliste découvrirait, s’il poussait plus avant sa curiosité, un conséquent décalage entre un discours officiel tout à fait admirable, et des méthodes qui le sont beaucoup — beaucoup - moins.

    Car, premièrement  : loin d’assurer à «  la #recherche_de_base  » le «  financement suffisant  » qui serait selon le ministre «  la première garantie de la liberté académique  », l’État macroniste, en les sous-finançant, entretient au contraire un #déficit chronique des universités, qui sont invitées, sous le sceau de leur #autonomisation, à gérer elles-mêmes les difficultés financières croissantes auxquelles elles se trouvent ainsi confrontées - faute d’une aide publique suffisante.

    Et bien sûr : cette pénurie organisée, où chaque président d’université se trouve contraint de courir après des subsides étatiques en constante diminution, favorise une #compétition entre établissements qui détériore grandement les conditions de la #recherche et de l’enseignement.

    Insistons-y  : pendant que Philippe Baptiste déclame que le «  financement suffisant  » de «  la recherche de base  » est la «  première garantie de la liberté académique  », son gouvernement entretient dans l’université française une #précarité qui a pour effet de fragiliser cette recherche, en la soumettant à des logiques de compétitivité qui empêchent évidemment son libre exercice.

    Mais surtout, et au-delà de cette logique mortifère  : Philippe Baptiste s’implique personnellement dans de préoccupantes limitations de «  la liberté académique  » dont il prétend très sérieusement se faire le champion – mais pourquoi se gênerait-il, puisque d’agréables intervieweurs oublient très gentiment de le confronter à cette #hypocrisie.

    Il est vrai qu’ici le ministre n’innove guère, et qu’il s’inscrit au contraire dans une tradition déjà ancienne - puisque le #macronisme gouvernemental oeuvre depuis de longues années à la #disqualification des enseignants et chercheurs dont les travaux sont jugés trop déviants.

    En 2020, quelques jours après l’assassinat du professeur Samuel Paty par un djihadiste, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque – le très droitier Jean-Michel Blanquer (qui s’est depuis reconverti dans la chanson artificielle) - avait ainsi déclaré que «  l’#islamo-gauchisme  » (1) faisait «  des ravages à l’université  », et favorisait «  une idéologie  » qui «  men(ait) au pire  ».

    C’est-à-dire : au terrorisme.

    Il avait ensuite précisé, quelques jours plus tard  : «  Il y a un combat à mener contre une matrice intellectuelle venue des universités américaines et des thèses qui veulent essentialiser les identités et les communautés, aux antipodes de notre modèle républicain. Cette réalité a gangrené notamment une partie des sciences sociales françaises, je défie quiconque de me dire le contraire.  »

    Relevant ce crâne défi, la Conférence des présidents d’université (CPU, devenue France universités en 2022) avait alors publié un communiqué au vitriol invitant le ministre à «  éviter amalgames et raccourcis inutiles  », et rappelant ces quelques sobres évidences  : «  Non, les universités ne sont pas des lieux où se construirait une “idéologie qui mène au pire“. Non, les universités ne sont pas des lieux d’expression ou d’encouragement du fanatisme. Non, les universités ne sauraient être tenues pour complices du terrorisme.  »

    L’année d’après — en 2021, donc —  #Frédérique_Vidal, alors ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, manifestement désireuse de ne pas se laisser distancer par Blanquer sur le terrain de l’extravagance, avait quant à elle annoncé qu’elle avait demandé au CNRS «  une enquête sur l’islamo-gauchisme  » qui selon elle «  gangrenait  » l’université.

    Là encore  : la CPU avait vivement réagi — pour suggérer à la ministre de ne pas «  raconter n’importe quoi  » —, et plusieurs centaines d’enseignants et de chercheurs ulcérés par cette nouvelle attaque avaient demandé — en vain —, dans une tribune publiée par le journal Le Monde, la «  démission  » de Frédérique Vidal.

    Et finalement, en 2023  : ce même journal avait révélé qu’en réalité, l’intéressée n’avait jamais demandé d’enquête sur l’islamo-gauchisme à l’université, et qu’elle avait donc menti en annonçant deux ans plus tôt le lancement d’une telle investigation - un peu comme si son intention avait effectivement été de «  raconter n’importe quoi  » pour jeter l’opprobre sur le monde universitaire.

    Colloque interdit

    Deux ans plus tard : c’est Philippe Baptiste, qui, pleinement investi dans la perpétuation de ces pratiques, entretient à son tour le soupçon que certains enseignants et chercheurs seraient travaillés par de torves intentions.

    Les 14 et 15 novembre dernier, par exemple, et comme l’a déjà raconté Blast  : un très sérieux #colloque sur la #Palestine devait se tenir au #Collège_de_France.

    Mais il a été annulé, sous la pression, notamment, d’une petite clique d’universitaires qui œuvre dans l’ombre, et sous le couvert d’un obscur Réseau de recherche sur l’antisémitisme et le racisme (RRA), au dénigrement de collègues dénoncés comme trop hétérodoxes — ou trop sensibles au sort des victimes palestiniennes des crimes perpétrés par l’armée israélienne —, et qui s’est mobilisée, avec une association d’avocats et à l’unisson de quelques organisations adeptes du bâillonnement des voix dissidentes, contre la tenue de ce symposium scientifique.

    Non sans succès, puisqu’il a effectivement été annulé.

    Quelle a été, dans cette affaire, la position de Philippe Baptiste  ? Parfaitement informé de la manœuvre du RRA, qui l’avait directement sollicité, ce ministre, loin de dénoncer pour ce qu’elle était cette atteinte caractérisée à la liberté académique — et cette mobilisation pour l’interdiction d’un colloque scientifique —, s’est au contraire associé à cette funeste entreprise, en adressant à l’administrateur du Collège de France un courrier dans lequel il écrivait qu’«  au vu  » du «  programme  » de ce symposium, il «  doutait  » que cette vénérable institution pluriséculaire soit «  en mesure de garantir un débat où le pluralisme des idées puisse pleinement s’exprimer  », et exprimait par surcroît — deux intimidations valent mieux qu’une — son «  profond désaccord  » personnel «  avec l’angle retenu  » par les organisateurs de la conférence.

    Là encore, insistons, et répétons : au lieu de de défendre la liberté académique, Philippe Baptiste, lorsqu’il a été sollicité au début du mois de novembre par des universitaires militants qui protestaient contre l’organisation d’un colloque scientifique, a fait savoir qu’il était, lui aussi, opposé à la tenue de cet événement.

    Et c’était déjà beaucoup, mais cet étonnant ministre ne s’est pas arrêté en si bon chemin.

    L’#antisémitisme à l’université

    Quelques jours après la censure du colloque du Collège de France, en effet  : les présidents des universités françaises ont eu la surprise de recevoir ce qui leur a très officiellement été présenté comme un très sérieux sondage, concocté par des collaborateurs du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), sur «  l’antisémitisme à l’université  » - intitulé qui, par lui-même, suggérait, on l’aura compris, que cette haine raciste infectait le même monde académique qui avait déjà été accusé quelques années plus tôt d’être gangrené par «  l’islamo-gauchisme  ».

    Immédiatement, le collectif d’enseignants et de chercheurs RogueESR, dénonçant ce qu’il a fort justement appelé une «  trumpisation de l’université française  » et un «  fichage politique  » a publié, sur son site, le 22 novembre, un billet constatant que cet «  envoi d’un questionnaire politique et religieux à des agents du service public viol(ait) le principe de neutralité institutionnelle  » en «  demandant explicitement  » à des «  agents publics, par voie hiérarchique, de répondre à un questionnaire dont plusieurs questions amènent à la collecte de données sensibles portant sur les opinions politiques et les croyances religieuses des personnels  » universitaires.

    Selon RogueESR, «  ce sondage pseudo-scientifique  », qui «  essentialis(ait) des catégories racistes  », était «  totalement illégal  ».

    Et quelques jours plus tard, le 28 novembre : c’est le rabbin Émile Ackermann qui a relevé, dans une tribune accablante publiée par le journal Libération, que le questionnaire adressé aux présidents d’université, pourtant «  présenté  » par le ministère de l’Enseignement supérieur «  comme un outil de mesure de l’antisémitisme  », ne «  cartographi(ait) pas les préjugés  » antijuifs, mais qu’il «  les remet(tait) en circulation  » - excusez du peu.

    Face à ce tollé : cette enquête qui avait été présentée comme très sérieuse a finalement été, comme l’a relevé Le Monde le 1er décembre, «  discrètement interrompue  » par le ministère, qui n’a pas daigné expliquer ce qui avait motivé ce revirement.

    Le ministre fait partie du problème

    En résumé  : en l’espace d’une quinzaine de jours seulement, le ministre de l’Enseignement supérieur a successivement légitimé une campagne dont l’objectif était d’interdire un colloque scientifique au Collège de France, puis une enquête permettant, pour reprendre les termes employés par le collectif RogueESR, de collecter des «  données sensibles portant sur les opinions politiques et les croyances religieuses  » des universitaires - et dont Philippe Baptiste a lui-même a implicitement reconnu, en mettant fin prématurément à cette stupéfiante expérience, qu’elle était, pour le dire très pondérément, problématique.

    La conclusion, qui a semble-t-il complètement échappé à La Tribune dimanche, est relativement simple à formuler : dans un moment où les libertés académiques font l’objet, aux États-Unis comme en France, d’attaques ciblées et concertées, Philippe Baptiste fait partie du problème – pas de la solution.

    (1) Ce néologisme forgé au début des années 2000, très en vogue au sein des droites françaises, est une espèce de lointaine déclinaison du non moins fantasmatique «  judéo-bolchevisme  » contre lequel ces mêmes droites concentraient leur colère au début du siècle dernier – avec les effets et suites que l’on sait.

    https://www.blast-info.fr/articles/2025/la-tribune-dimanche-et-le-ministre-de-lenseignement-superieur-un-pur-mome
    #ESR #recherche #université #islamogauchisme

  • Comment la gestion de la #dette_publique appauvrit l’État au profit du secteur privé
    https://lvsl.fr/comment-la-gestion-de-la-dette-publique-appauvrit-letat-au-profit-du-secteur-pr

    La croissance de la dette publique fait l’objet de toutes les attentions. Toutefois, si tel est le cas, c’est en raison des choix qui ont été faits pour l’assumer. Recourir aux marchés financiers n’est pas neutre. Et si la solution passait par une définanciarisation de la gestion de la dette ?

    #Économie #aides_publiques #banque_centrale #déficit #finance #intérêts

  • « Le #Grand_Détournement » ou comment la politique de l’offre détourne l’#argent_public au profit des plus #riches
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/12/comment-la-politique-de-l-offre-detourne-l-argent-public-au-profit-des-plus-

    Livre. Plus qu’un projet économique, la « politique de l’offre » constitue un « hold-up » au profit des plus riches et des entreprises. Telle est l’analyse développée avec force par Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre, journalistes au Nouvel Obs, dans Le Grand Détournement (Allary Editions, 224 pages, 19,90 euros). Ce livre enquête paraît à point nommé, au moment précis où la chute du gouvernement Bayrou oblige les responsables politiques à s’interroger sur la ligne à suivre pour boucler le budget 2026 et redresser les finances publiques de façon à la fois durable et juste.

    Depuis trois décennies, un transfert colossal a été mis en place avec l’aval des gouvernements successifs, affirment les auteurs. D’un côté, la pression n’a cessé de s’accentuer sur les contribuables « lambda ». De l’autre, l’argent tiré des impôts est, en partie, dérouté vers les particuliers les plus fortunés, les grandes entreprises et leurs actionnaires. « Dans un pays longtemps présenté comme un modèle d’égalité, la fiscalité s’est peu à peu inversée », résument Matthieu #Aron et Caroline #Michel-Aguirre.

    Si le fait que les #milliardaires paient relativement peu d’#impôts est déjà connu, en particulier grâce aux travaux de l’économiste Gabriel #Zucman, l’ouvrage n’en présente pas moins trois intérêts. D’abord, il est solidement étayé avec des chiffres récents et fiables. Ensuite, les auteurs ont un talent certain pour vulgariser des phénomènes complexes, comme l’enchevêtrement fiscal ou le maquis des aides publiques, et surtout pour les articuler de manière à dessiner une image globale.

    Creusement du #déficit public
    Enfin, le livre avance un chiffrage inédit, celui de l’ensemble du « #détournement » allégué : environ #270_milliards d’euros par an.

  • #Finances_publiques : où est passé l’argent ?

    Les visages changent, les mêmes #mensonges restent : cette semaine, le ministre de l’Economie Eric Lombard a annoncé que l’Etat devait trouver de toute urgence « 40 à 50 milliards d’euros » (pour la précision, on repassera) pour freiner le #déficit_public. Ce chiffre sorti du chapeau et annoncé dans l’urgence, relayé par #François_Bayrou qui compare l’#endettement de la France à une dette de 50 000 euros par citoyen, alors que les deux n’ont techniquement rien à voir est devenu un classique de la propagande bourgeoise au XXIe siècle mais se base sur un fait réel : le niveau de #dépenses de l’État est considérable mais nous n’en voyons pas la couleur. Tous ces gens aux commandes du pays depuis trente ans s’accusent mutuellement des déficits publics, s’en déresponsabilisent et surtout les exagèrent pour alimenter leurs #politiques_antisociales. Mais ce coup-ci, les faits sont là : de l’argent a été massivement dépensé durant sept ans, creusant considérablement la #dette_publique. Or, cet argent n’a pas servi à améliorer nos conditions de vie, par exemple via des #services_publics de qualité. Au contraire, ces derniers se sont considérablement dégradés. Alors où est passé l’argent ? Puisque le journalisme mainstream a la mémoire courte, retour chronologique sur les principaux vols commis par le #macronisme en sept ans, pendant lesquels l’argent est passé de nos poches à celles des possédants.

    2017 : tout juste arrivé au pouvoir, Macron réduit considérablement nos #recettes_fiscales… pour rien

    Un #budget, tout le monde le vit au quotidien, est composé de recettes et de dépenses. Macron a réduit les premières et a considérablement augmenté les secondes, tout en rognant celles dont on avait le plus besoin. À l’automne 2017, le premier budget voté par la majorité macroniste, alors écrasante, a comporté une #réforme_fiscale d’ampleur :

    – Suppression de la partie financière de l’#impôt_de_solidarité_sur_la_fortune (#ISF), transformé en #impôt_sur_la_fortune_immobilière (#IFI). Cette mesure fait perdre chaque année 4 milliards d’euros aux contribuables. Son rétablissement a été demandé, en vain, par les Gilets jaunes.

    – Mise en place d’un #prélèvement_forfaitaire_unique à 30% (ou #flat_tax) qui est venu réduire considérablement l’#imposition_du_capital. En effet, les plus riches étaient taxés de façon bien supérieure (jusqu’à 45%) et désormais tout le monde paye le même taux sur ses #dividendes, plus-values de cession de valeurs mobilières, l’#assurance-vie… Comment s’étonner dès lors que selon le ministère des #Finances, 44% de cette baisse ait profité aux 1% les plus riches ?

    Au total, la suppression de l’ISF et la mise en place de la flat tax rapportent 1,5 million d’euros par an à chacun des cent foyers les plus riches, toujours selon Bercy.

    Oui mais l’objectif était de pousser les riches à investir dans notre économie en les libérant du fardeau de nos impôts, non ? Objectif complètement raté, alors. #France_Stratégie, organisme gouvernemental rattaché au Premier ministre, a publié son rapport sur l’effet de ces deux mesures il y a un peu plus d’un mois : l’effet est nul. “L’observation des grandes variables économiques – croissance, investissement, flux de placements financiers des ménages, etc. – avant et après les réformes ne suffit pas pour conclure sur l’effet réel de ces #réformes”, estime le rapport. “Il ne sera pas possible d’estimer par ce seul moyen si la suppression de l’ISF a permis une réorientation de l’#épargne des contribuables concernés vers le financement des entreprises”. Bref, ces deux mesures fiscales ont été des cadeaux purs et simples pour les plus riches.

    2017-2024 : Dans la droite lignée de Hollande, Macron réduit l’imposition et les cotisations des #entreprises privées… sans rien demander en retour

    Retour en 2014 : #François_Hollande est président, #Arnaud_Montebourg ministre de l’Economie. En cœur, ils annoncent un vaste de plan de réduction d’impôts et de #cotisations_patronales pour les entreprises. Cela s’appelle « #pacte_de_responsabilité_et_de_solidarité » : en échange de ces #aides qui coûtent des milliards aux finances publiques, le #patronat doit créer des #emplois. C’est ce que le #MEDEF promet à l’époque, en défilant sur les plateaux télé avec un badge “#un_million_d’emploi”. Mais il ne signe aucun accord formel.

    Mise en œuvre par le nouveau ministre de l’Economie #Emmanuel_Macron, cette réforme réduit les “charges” des entreprises. Devenu président de la République, Macron fait voter à l’automne 2018, dans le budget de la sécurité sociale, la pérennisation de ce dispositif censé être limité dans le temps. Les entreprises ne payent désormais plus aucune #cotisation_patronale sur les bas salaires (coût : plus de 20 milliards d’euros par an). Leur #taux_d’imposition a été considérablement réduit (coût : 11,5 milliards d’euros par an). C’est une perte sèche pour le budget de l’Etat : en effet, la loi prévoit que les baisses de cotisations qui bénéficient à la #sécurité_sociale soient compensées par le budget de l’Etat. Autrement dit, ce que les entreprises privées ne payent plus, ce sont les contribuables qui le payent à leur place, ainsi que les usagers des services publics sur lesquels des économies ont été faites pour financer ces cadeaux.

    Au total, ces nombreux dispositifs visant à aider les entreprises représentent 200 milliards d’euros par an à notre charge. Ils sont donc, pour commencer, composés des réductions de cotisations patronales payées par les entreprises. C’est le cas de la #réduction_Fillon, mise en place sous #Nicolas_Sarkozy, qui exonère de cotisations patronales les salaires payés entre 1 et 1,6 SMIC. Vient ensuite la baisse pérenne de #cotisations_sociales, mise en place en 2019, qui exonère de cotisations jusqu’à 2,6 SMIC. Ensuite, il y a des #crédits_d’impôts comme le #Crédit_impôt_recherche (#CIR), mis en place dans les années 1980 puis sans cesse étendu et simplifié, qui donne des crédits d’impôt aux entreprises qui déclarent des dépenses de recherche et développement (quelles qu’elles soient), et enfin le #Pacte_de_responsabilité, donc. La dernière mesure en date est la suppression progressive de la #Cotisation_sur_la_valeur_ajoutée_des_entreprises (#CVAE), 4,3 milliards d’euros perdus chaque année. Chaque gouvernement, depuis le début des années 2000, a ajouté des dizaines de milliards d’euros transférés des ménages (les contribuables) vers les entreprises – mais c’est Macron qui en a fait le plus.

    « Nous estimons l’impact de la réforme sur l’#emploi, la #valeur_ajoutée et l’#investissement. Aucun impact n’est détecté sur ces variables. Les entreprises ayant fortement recours au CICE n’ont pas embauché plus, après 2019 que les entreprises ayant peu recours au CICE. »
    Rapport de l’Institut des Politiques Publiques, 2022

    Des #cadeaux, vraiment ? Ce genre de mesure ne vient-il pas renforcer la “#compétitivité” des entreprises françaises en réduisant le “#coût_du_travail” ? Et non : toutes les études, y compris ministérielles, sur les effets de ces 200 milliards d’euros annuels dépensés pour les #entreprises_privées montrent que les effets sont faibles, voire inexistants. En 2022, l’Institut des politiques publiques disait de la transformation du CICE en baisse pérenne de cotisations patronales : « Nous estimons l’#impact de la réforme sur l’emploi, la valeur ajoutée et l’investissement. Aucun impact n’est détecté sur ces variables. Les entreprises ayant fortement recours au CICE n’ont pas embauché plus, après 2019, que les entreprises ayant peu recours au CICE. »

    Le dernier gros rapport en date, celui de l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), n’y va pas par quatre chemins : “L’#efficacité des #allègements du #coût_du_travail se trouve sans doute ailleurs : dans le soutien apporté aux marges des entreprises”, nous dit-il… et ces marges, les entreprises en font bien ce qu’elles veulent. Et ça n’a pas servi à créer de l’emploi, ni à relocaliser notre industrie, mais bien à augmenter les #dividendes des #actionnaires.

    Ces aides aux entreprises représentent 25% du budget de l’État dépensés chaque année – un montant supérieur au budget de l’Éducation nationale, et nous n’en voyons pas la couleur. Ils sont absorbés ailleurs. Et on appelle cela « l’économie de marché », « la loi du marché », « le capitalisme globalisé » ? La vérité, c’est que nous #subventionnions les entreprises privées à hauteur de 10 milliards d’euros par an en 1980, nous renseigne ce même rapport, contre au moins 200 milliards en 2024.

    2019 : la #prime_d’activité pour faire payer les contribuables à la place des actionnaires

    En décembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes dévaste les beaux quartiers de Paris après avoir pris son envol sur les ronds-points partout dans le pays. Ce mouvement sans leader ni parti inquiète le gouvernement, Macron prépare même un hélicoptère pour pouvoir échapper à la foule en colère le 8 décembre.

    “On bosse mais on ne s’en sort pas” : les manifestants qui se sont d’abord mobilisés contre la tentative de hausse de la #taxe_sur_le_carburant ont fini par réclamer la fin des cadeaux pour les entreprises et le retour de l’ISF. Le gouvernement a finalement – pour la première fois depuis longtemps – cédé face au mouvement social, en renonçant à sa taxe injuste. Il a en outre proposé une amélioration des revenus des plus modestes.

    Pour cela, il n’a pas augmenté le #SMIC et ainsi mis à contribution le patronat et les actionnaires. Non, il a augmenté la prime d’activité, dispositif créé sous Hollande et qui permet aux salariés aux revenus modestes de bénéficier d’un complément de revenu versé par l’Etat, c’est-à-dire nous. Après les Gilets jaunes, les salariés au SMIC ont touché 90 euros de plus, ce qui n’est pas négligeable. Mais en refusant de faire contribuer le patronat, le gouvernement dépense chaque année 10 milliards d’euros pour compenser la faiblesse des salaires versés par les entreprises.

    2022 : le scandale #McKinsey révèle la ruine quotidienne de l’Etat au profit des copains

    Début 2022, peu avant la campagne présidentielle qui allait permettre la réélection de Macron avec l’aide de son joker Le Pen, on apprenait que l’Etat français aurait payé au moins 1 milliard d’euros par an à des #cabinets_de_conseil pour concevoir sa politique, en doublon de l’administration publique et pour des missions dont l’intérêt n’est pas facile à saisir (et le mot est faible). De l’argent public balancé par les fenêtres ? Oui, et principalement en faveur d’une entreprise, McKinsey, dont on a appris en mars de la même année qu’elle ne payait absolument aucun impôt en France. L’homme en charge de la passation de contrat de ce cabinet de conseil avec l’Etat n’est autre qu’un ami du président, #Karim_Tadjeddine, qui partage avec lui une vision de l’Etat « en mode start up ».

    En 2021, le poids croissant de ces consultants dans la gestion des affaires publiques ayant fait un peu de bruit, le groupe communiste au Sénat avait mis en place une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur cette nouvelle tendance. Le rapport qui en a résulté est particulièrement riche car il se base sur des dizaines d’heures d’audition des principaux acteurs de l’affaire, des consultants eux-mêmes aux ministres qui ont fait appel à eux.

    On y apprend d’abord que les dépenses de cabinet de conseil ont doublé au cours du quinquennat, pour atteindre la somme d’un milliard d’euros en 2021. Pour comparaison, le budget annuel consacré à l’égalité femmes-hommes est de 50 millions d’euros. Donner de l’argent aux cabinets privés semble être la véritable « grande cause du quinquennat », à en croire le rapport, qui souligne le recours de plus en plus systématique à leurs services, majoritairement en doublons de compétences existantes dans l’administration publique. Les rapporteurs précisent que la somme d’un milliard d’euros annuelle est « une estimation minimale car les dépenses des opérateurs sont en réalité plus élevées. Si la commission d’enquête a interrogé ceux dont le budget était le plus important (Pôle emploi, Caisse des dépôts et consignations, etc.), l’échantillon ne représente que 10 % du total des opérateurs » (p.8). La somme d’un milliard d’euros est donc TRÈS sous-estimée.

    Pour quoi faire ? Parfois rien du tout : le rapport documente ainsi une facture de 496 800€ de McKinsey pour une mission de réflexion sur « l’avenir du métier d’enseignant » qui n’a pas abouti. Enfin si, ça a abouti à un rapport de deux cent pages qui enfonce des portes ouvertes – soit 2 480€ la page. Mais aussi 558 900€ pour le cabinet #Boston_Consulting_Group (#BCG pour les intimes), pour l’organisation d’une “#convention_des_managers_de_l’Etat”… qui n’a jamais eu lieu.

    Ce mois-ci, l’émission Cash Investigation est venue confirmer ce qui se dessinait il y a deux ans : oui, les consultants de McKinsey ont bien travaillé gratuitement pour le candidat Macron en 2017, ce qui explique pourquoi l’Etat a eu autant recours à leur service depuis son élection.

    On pourrait parler aussi de l’explosion du budget du palais de l’Elysée ou de la façon dont le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a aidé les propriétaires du Paris-St-Germain à éviter de payer des impôts lors du transfert de Neymar en 2017… Les exemples ne manquent pas pour montrer la façon dont Macron et ses sbires ont dilapidé notre argent.

    2023 : la barre d’un million d’apprentis donnés quasi gratuitement au patronat est franchie

    En 2018, la loi dite « #pour_la_liberté_de_choisir_son_avenir_professionnel » a permis de profonds changements alors qu’elle est passée, sur le moment, inaperçue. C’est parce que cette loi existe que le gouvernement a pu affaiblir brutalement l’#assurance-chômage. C’est cette loi qui a libéralisé la #formation_professionnelle et provoqué l’augmentation des arnaques pour les salariés en désir de reconversion. Et c’est cette loi qui a provoqué l’augmentation considérable du nombre d’apprentis en France. Les #apprentis sont des jeunes qui, pour obtenir un diplôme, se forment en #alternance, c’est-à-dire en travaillant pour une entreprise sensée les former et accompagnés par un organisme de formation. Entre 2017 et 2022, le nombre de nouveaux contrats d’#apprentissage signés est passé d’un peu plus de 320 000 à 837 000. En 2023, on aurait donc atteint le million.

    Cette augmentation a principalement été obtenue grâce à de la distribution d’argent public au patronat français : pour chaque contrat signé, la première année, les entreprises privées ont touché entre 5 000 et 8 000 euros d’aides à partir de 2020. Désormais, une aide unique de 6 000 euros leur est octroyée. Concrètement, et puisque la rémunération des apprentis est très basse, cela signifie qu’embaucher un apprenti de moins de 18 ans ne coûte pas un centime aux entreprises la première année : le contribuable paye tout à la place du patron. Sur ce site de promotion de l’apprentissage, on apprend ainsi que la dépense publique permet au patronat de dépenser un minimum pour rémunérer ses apprentis. Même la troisième année, cela coûte nettement moins cher que d’embaucher un salarié au SMIC. Il faut ajouter à ça le fait que les contrats d’apprentissage sont largement exonérés de cotisations patronales : concrètement, ça ne coûte quasi plus rien d’embaucher un apprenti.

    Nous ne sommes pas passés de 300 000 à un million d’apprentis en six ans simplement parce qu’un beau matin de nombreux patrons se sont découvert une vocation pédagogique. Toutes les études, notamment celle de la Cour des Comptes, montrent que c’est bien la prise en charge par l’Etat de l’apprentissage qui a provoqué un effet d’aubaine et incité les employeurs à recourir à cette main d’œuvre gratuite. Après tout, pourquoi s’en priver ?

    Et puisque les critères sont inexistants et que le seul encadrement provient d’organismes de formation souvent privés et peu scrupuleux (et cogérés par le patronat via les Chambres de commerce et d’industrie, dans le cas des CFA), les abus explosent. Selon une étude de l’Observatoire de l’alternance, un organisme patronal, 27% des alternants sondés déclarent ne pas avoir eu de tuteur pendant leur contrat de travail, ce qui est totalement illégal. Et seules 40% des entreprises sondées déclarent former leur tuteur. Une proportion qui chute à 28% dans le commerce. L’apprentissage n’est pas une chance pour la jeunesse. D’abord, c’est une nouvelle réserve de main d’œuvre gratuite ou à prix cassé pour le patronat. Ensuite c’est une main d’œuvre docile, que l’on forme à devenir les salariés soumis du futur. Des salariés qui n’auront pas pu choisir leur vie et dont la formation très spécialisée les enchaîne à un secteur professionnel.

    En 2024, le coût de l’apprentissage pourrait avoisiner les 25 milliards d’euros pour les contribuables ! Et pour quels effets durables ? Potentiellement catastrophiques, au point que l’OFCE parle, dans une étude récente, de “#bulle_de_l’apprentissage”. « Il y a beaucoup d’emplois artificiels, explique Bruno Coquet, économiste, au journal La Tribune. La Dares et l’OFCE avaient estimé leur nombre entre 200 000 et 250 000, il y a deux ans. Tous ces emplois pourraient disparaître. Certains emplois en apprentissage se sont substitués à des contrats en CDD ou CDI, car ils coûtaient moins cher. Ces effets de substitution ont été estimés à 200 000. »

    2025 : la contribution des grandes entreprises est écourtée

    Lors du budget préparé par #Michel_Barnier (éphémère Premier ministre du gouvernement putschiste de l’automne 2024) prévoyait un certain nombre de micro-reculs dans cette politique pro-actionnaires. Ce budget prévoyait la réduction des #aides_aux_entreprises dans le cadre de l’apprentissage et, dans sa version parvenue à l’après-dissolution, comportait un projet de surtaxe sur le bénéfice des grandes entreprises, pendant deux ans. Aussitôt annoncée, cette mesure a provoqué la colère de #Bernard_Arnault. Le patron de #LVMH n’a pas supporté cette mini-contribution au redressement des finances publiques et a rappelé à Macron son unique mandat : continuer de gaver les capitalistes. La surtaxe a donc été réduite à une seule année, comme l’a confirmé le ministre de l’Economie Eric Lombard ; le même jour, il annonçait la nécessité de trouver 40 milliards de plus en réduisant les dépenses publiques… Cet abandon va nous coûter 4 milliards d’euros, qui vont donc rester dans la poche des actionnaires. C’était évidemment insuffisant pour un rééquilibrage budgétaire mais cela ouvrait la porte au débat sur l’état et l’origine des recettes de l’État : elles sont de plus en plus faibles car Macron a pour mission d’exonérer les riches d’impôts.

    Une #dette creusée… contre nous

    Une dette importante, ce n’est pas un problème en soi, comme nous l’avons montré à plusieurs reprises. Ce qui est un problème, c’est que cette dette-là n’a servi à rien : elle n’est pas un #investissement dans l’avenir, elle est constituée de multiples cadeaux aux plus fortunés. Et ces cadeaux se sont révélés tout bonnement improductifs : ils ont servi à accumuler, pas à investir.

    Les preuves sont là : la fortune des 500 familles les plus riches de France a été multipliée par 3,1 en 10 ans. C’est normal : les dividendes ont régulièrement augmenté ces dernières années, pas tant parce que nos entreprises sont plus performantes que parce qu’elles sont beaucoup moins imposées et davantage aidées. Or, aucune de ces aides n’est conditionnée : les entreprises en font ce qu’elles veulent. Le patronat a visiblement décidé d’attribuer une bonne part de ces gains aux actionnaires. Or, 96 % des dividendes sont attribués à 1 % de l’ensemble des foyers fiscaux, selon France Stratégie.

    Ces gens enrichis vont-ils un jour investir et entretenir une saine croissance qui pourrait, à terme, bénéficier à nos emplois et nos salaires ? C’est que les macronistes ont affirmé pendant des années, sans le moindre effet. Désormais, ils ne prennent même plus la peine de nous le faire croire. Leur dictature bourgeoise n’a plus besoin de motifs. Le vol est de toute façon trop caractérisé.

    Pendant que quelques-uns accumulaient, l’état du reste de la société s’est considérablement dégradé. Tout le monde a pu constater le délabrement des services publics – ce patrimoine commun des moins fortunés. De façon encore plus nette, la pauvreté a augmenté ces dernières années. La crise inflationniste, dont nous avons montré à quel point elle profitait aux possédants, est venue augmenter cette tendance.

    Macron nous a bel et bien pillé. Début juillet, les électeurs ont décidé de lui retirer le pouvoir de continuer, en votant majoritairement NFP et RN. Qu’à cela ne tienne : avec son coup d’Etat, il a décidé de continuer ce #vol_en_bande_organisée… Jusqu’à ce que nous le stoppions par d’autres moyens.

    https://frustrationmagazine.fr/finances-publiques-ou-est-largent
    #France #pillage #à_lire

    signalé aussi par @monolecte
    https://seenthis.net/messages/1126878

  • 8 milliards de subventions agricoles contribuent à détruire la biodiversité

    Un #rapport cosigné par l’Inspection générale des finances pointe le rôle déterminant du régime des #aides à l’#agriculture dans l’effondrement de la #biodiversité en France. De quoi nourrir les débats autour de la loi Duplomb.

    C’est cette semaine qu’est attendu l’avis du Conseil constitutionnel sur la très controversée proposition de loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », dite loi Duplomb, définitivement adoptée par l’Assemblée nationale le 8 juillet dernier, dont les mesures emblématiques sont la réintroduction de l’acétamipride, insecticide destructeur d’insectes pollinisateurs, la facilitation de la création de « mégabassines » et le relèvement des seuils de capacité pour l’autorisation – entre autres – d’usines à cochons et à poulets.

    L’institution du Palais Royal a reçu en juillet trois saisines émanant chacune de plus de soixante députés et sénateurs (de gauche) demandant la censure de mesures jugées contraires à la Charte de l’environnement, saisines confortées par l’incroyable pétition qui a récolté plus de deux millions de signatures.

    Une censure du Conseil constitutionnel – au moins sur la procédure, car peu probable sur le fond –, voire un refus – très hypothétique – du président de la République de promulguer la loi et donc une demande, de sa part, d’une nouvelle délibération au Parlement, l’une ou l’autre issue évidemment souhaitables, ne feront cependant guère avancer la cause de l’écologie et de la santé environnementale.
    On aura empêché une (nouvelle) régression du #droit_de_l’environnement mais on n’aura rien fait pour enrayer le déclin de la biodiversité entraîné par un modèle agricole dont l’équilibre économique repose sur les subventions publiques. C’est, en creux et dans le contexte du débat actuel, la conclusion que l’on peut tirer du rapport publié le 18 juillet dernier par l’IGF (Inspection générale des finances : https://www.igf.finances.gouv.fr/igf/accueil/nos-activites-1/rapports-de-mission/moyens-publics-et-pratiques-domm.html) et l’Igedd (Inspection générale de l’environnement et du développement durable) consacré à l’identification des #subventions_publiques dommageables à la biodiversité.

    Ce rapport invite, à l’approche du débat budgétaire, et surtout de la négociation du futur cadre financier de la #Politique_agricole_commune (#PAC) pour la période 2028-2034, à traiter à la racine le problème de l’#acétamipride et autres peines infligées par l’agriculture à la #santé des milieux naturels et de leurs habitants, humains compris.

    20 milliards contre la biodiversité

    L’IGF et l’Igedd ont recensé tous les moyens et dispositifs publics inscrits dans le projet de loi de finance 2024 dans les secteurs à enjeu de biodiversité : agriculture, forêt, mer, aménagement et énergie. Au total, 738 mesures représentant 92,5 milliards de subventions de toute nature (dépenses budgétaires, exonérations fiscales, allègements de cotisations sociales…).

    Sur cet ensemble, les deux inspections ont identifié 20,2 milliards de soutiens dommageables pour la biodiversité et « à approfondir en priorité », euphémisme pour réformer ou supprimer. L’agriculture occupe une place très importante : 31,4 milliards de subventions à travers 248 dispositifs, dont 8,3 milliards d’aides à revoir prioritairement, soit un gros quart.

    L’agriculture est aussi le premier contributeur à l’érosion de la biodiversité sur le territoire métropolitain. Ainsi, note le rapport, près de 16 000 km2 de #prairies ont disparu depuis 1990, un recul de plus de 11 %. Si l’#artificialisation_des_sols explique le tiers de cette perte, 60 % sont imputables à l’extension des surfaces cultivées. La #mécanisation_agricole a supprimé 70 % du linéaire des #haies bocagères depuis 1950, et le phénomène se poursuit aujourd’hui.

    La contamination des milieux par les #polluants_agricoles persiste au détriment de la #faune et de la #flore, et la population des auxiliaires des cultures, comme les #insectes_pollinisateurs ou les vers de terre, se réduit.

    Ces destructions et d’autres compromettent la bonne santé des milieux et de tous les êtres vivants, mais aussi les bases productives de l’agriculture. Leur persistance est, précise le rapport, structurellement liée à un régime d’aides publiques qui, malgré les progrès accomplis sur les trois dernières décennies, n’ont pas permis de réorienter le modèle agricole.
    Ces aides – et l’effet de levier que représenterait leur réforme – sont donc au cœur du problème. En particulier les fonds européens versés directement aux producteurs nationaux, qui représentent une enveloppe de 9,3 milliards d’euros par an pour la période budgétaire 2023-2027.

    Ainsi, écrivent les auteurs, « en France, les aides de la PAC constituent 74 % du revenu agricole1 sur la période 2010-2022 ». Un chiffre qui, au passage, masque de fortes disparités selon les filières agricoles et la taille des exploitations : le revenu de beaucoup dépend à plus de 100 % des aides, comme dans l’élevage bovin et caprin.

    Un très faible degré d’exigence environnementale

    C’est bien au niveau des aides PAC que les inspecteurs de l’IGF et de l’Igedd situent le gros des aides dommageables pour la biodiversité. Sur les 8,3 milliards d’#aides_agricoles « à approfondir en priorité », ils comptent 6,2 milliards de fonds européens, loin devant le point noir suivant, les #allègements_fiscaux en faveur du #gazole_agricole, pour un milliard d’euros par an.

    Leur rapport recommande, en toute logique, de renforcer les #exigences_environnementales pour l’allocation des aides PAC. Celles-ci, malgré les différentes réformes pour leur verdissement depuis 1992, n’ont pas enrayé le déclin de la biodiversité, insistent les auteurs.

    En particulier, trois mesures sont préconisées. La première consiste à rétablir au niveau initialement prévu pour la période 2023-2027 la #conditionnalité_environnementale obligatoire associée à l’aide de base que touchent tous les agriculteurs.

    En effet, les conséquences de la guerre en Ukraine puis les manifestations d’agriculteurs début 2024 ont poussé les pouvoirs publics à accorder à la profession des #dérogations sur les conditionnalités environnementales de base2 : possibilité de cultiver des surfaces en #jachère, abandon du respect d’un pourcentage de #surface_agroécologique (mais subsiste l’obligation de maintenir haies, #arbres et #bosquets), abandon de l’obligation de #rotation_des_cultures.

    La seconde vise à relever le degré d’exigence environnementale qui conditionne le bénéfice des aides facultatives, dites de l’#éco-régime. Ce sont les Etats membres qui fixent les règles d’allocation de ces aides dans leur Plan stratégique national (PSN) de mise en œuvre de la PAC, que valide ensuite la Commission européenne.

    En ce qui concerne la France, le rapport IGF/IGEDD souligne que les règles de l’éco-régime établies en 2023 sont d’un niveau si peu contraignant que 88 % des agriculteurs y sont éligibles, dont 82 % au niveau d’ambition et de rémunération supérieur. Cette « sur-éligibilité » par rapport à une version antérieure du PSN et validée en 2022 par la Commission a même conduit, précise le rapport, à baisser le niveau de rémunération par hectare de l’éco-régime (par exemple de 15 euros pour l’agriculture bio), de manière à rester dans l’enveloppe fixée.

    Pour faire de l’éco-régime un instrument incitant aux bonnes pratiques écologiques, le rapport préconise entre autres de rétablir la #prime au maintien de l’#agriculture_biologique, dont « la progression des surfaces stagne autour de 10 % depuis 2021, alors qu’elle devrait être à 14 % pour suivre la trajectoire prévue dans le PSN et la planification écologique ».

    Un soutien insuffisant à l’agriculture biologique

    Ces deux dispositifs, aide de base et éco-régime, constituent le gros de ce qu’on appelle le premier et principal pilier de la PAC, avec 7 milliards sur 9,3 milliards d’euros par an pour 2023-2027 en France. La mission IGF/Igedd recommande également de réorienter en faveur du deuxième pilier de la PAC – dévolu au développement rural, à l’agriculture biologique ou l’#agriculture_de_montagne, et qui joue un rôle globalement positif pour la biodiversité –, une partie des aides du premier pilier.

    Un sujet sur lequel la France est en retrait par rapport à certains de ses voisins. Le cadre financier 2023-2027 offrait en effet aux Etats membres la possibilité de transférer jusqu’à 25 % des paiements directs du premier pilier vers le deuxième (voire davantage pour financer des mesures en faveur de l’environnement). La France a retenu un taux de transfert de 7,53 % note le rapport, quand l’Allemagne a retenu 12 % et compte passer à 15 % en 2026. De leur côté, les Pays-Bas sont montés à 21 %.

    Compte tenu du rôle prépondérant des aides dans le #revenu_agricole, de tels réarrangements pour la sauvegarde de la biodiversité, « principal allié de la productivité de long terme », rappellent les inspecteurs, sont difficiles à négocier. Leur mise en débat est politiquement explosive et pourrait achopper sur trois éléments évoqués dans le rapport.
    D’abord, les inégalités sociales dans la répartition des aides agricoles, situation persistante en France malgré les réformes successives de la PAC, mais que certains Etats membres, comme l’Allemagne, ont su corriger plus que d’autres. Sans perdre en compétitivité, au contraire.

    Ensuite, la participation de l’amont et de l’aval à un effort qui ne peut pas reposer sur les seuls agriculteurs. Il faut à la fois encourager la demande de produits issus d’une agriculture protectrice de la biodiversité, en faisant entre autres appliquer la #loi_Egalim fixant à 20 % la part du bio en #restauration_collective – quand la moyenne nationale dans les #cantines atteint péniblement 6 %. Et décourager l’offre de fournitures agricoles nocives.

    Enfin, point sur lequel insiste la mission IGF/IGEDD, les enjeux écologiques sont tels qu’il est nécessaire de « maintenir les financements de la Politique agricole commune a minima à leur niveau actuel, en révisant le budget qui lui est affecté pour tenir compte de l’inflation ».

    Or ce n’est pas sur la table. Le 16 juillet, deux jours avant la publication du rapport IGF/Igedd, la Commission européenne a communiqué sa proposition de cadre financier pluriannuel 2028-2034 : près de 300 milliards d’euros pour la prochaine PAC, contre 387 milliards pour la période actuelle. Soit une baisse de 30 % ajustée aux prix de l’inflation, selon Euractiv.
    Désaccord sur l’ampleur des « niches brunes »

    Pour régler le problème des aides agricoles défavorables à la biodiversité, il existe une autre solution, simple et efficace : décréter qu’elles n’existent pas. Le rapport IGF/Igedd est en effet contesté par celui du Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER), organe du ministère de l’Agriculture.

    Non publié mais révélé le 21 juillet par le média Contexte, il estime à 1 milliard (et non 8,3) le volume des aides agricoles néfastes à la biodiversité, en l’occurrence la #défiscalisation du gazole agricole. La différence ? Essentiellement les aides PAC.

    Pourquoi cette divergence d’appréciation sur ces « niches brunes » ? Dans le cadre de la Stratégie nationale biodiversité 2030 publiée fin 2023, le gouvernement avait chargé le CGAAER, l’Igedd et l’IGF de publier conjointement un rapport sur les aides publiques dommageables pour la biodiversité en vue de les réformer. Rapidement, les inspecteurs missionnés du CGAAER d’un côté, ceux de l’Igedd et l’IGF de l’autre ont constaté leurs divergences totales sur la méthodologie à employer, ce qui a amené ces institutions à réaliser deux rapports séparés.

    Pour les inspecteurs du CGAER, seules doivent être examinées les subventions incitatives à des comportements dommageables à la biodiversité. Selon ce critère, entrent dans cette catégorie essentiellement les aides au gazole. Pour ceux de l’Igedd et de l’IGF, il faut également regarder si les aides permettent d’enrayer l’effondrement de la biodiversité et de restaurer la nature, et plus précisément si elles sont alignées ou non avec l’objectif de politique publique poursuivi, en l’occurrence la #Stratégie_nationale_biodiversité. Ce qui n’est clairement pas le cas des aides du premier pilier de la PAC.
    Quelle définition les décideurs retiendront-ils pour catégoriser comme positives, neutres ou à réformer les aides agricoles en fonction de leur impact environnemental ? Il est à craindre que le déclenchement de cette guerre taxonomique ne vienne à point nommé pour surseoir à tout débat public sur les subventions de la PAC.

    On peut toujours discuter de l’interdiction de l’acétamipride et de la taille des élevages de cochons, mais c’est un peu la partie émergée de l’iceberg.

    https://www.alternatives-economiques.fr/8-milliards-de-subventions-agricoles-contribuent-a-detruire-biodiversite/00115840

  • Être une personne autiste dans le monde académique

    Une personne autiste est une personne connaissant un #développement_neurologique différent. Ce développement n’est ni meilleur ni pire que celui de la population « neurotypique », mais simplement différent. Selon les sources que je trouve (notamment l’OMS), l’autisme concernerait 1 % de la population mondiale, même si les difficultés de diagnostic tendaient à sous-estimer ce chiffre1. Ce n’est pas une maladie, un déficit, un trouble, ou un handicap. Cependant, la construction de la société étant calquée sur les besoins de la population majoritaire, cela peut induire quelques #décalages, à l’instar des personnes gauchères devant s’adapter dans un monde de personnes droitières 2. Ainsi, la principale difficulté des personnes autistes consiste à s’adapter constamment. C’est pourquoi je ne parle pas de #handicap, dans le sens où cela est contextuel : en changeant le contexte, les difficultés autistiques (d’adaptation) s’estompent.

    Une #adaptation et un décalage, pouvant conduire au #burn-out

    Si on devait donner une définition de l’autisme, il est caractérisé traditionnellement dans la littérature, et notamment au sein du DSM-53 comme 1) des difficultés dans la #communication et les #interactions_sociales  ; 2) des caractères intérêts restreints des centres d’intérêts  ; 3) des particularités sensorielles, en particulier une hyper ou ou hyposensibilité au bruit, à la lumière, etc. Cependant, il me semble nécessaire de déconstruire cette vision «  pathologisante  ». En effet, on le sait, les études médicales, qui relèvent de personnes humaines, font l’objet de biais, conscients ou inconscients, comme le montre l’histoire médicale4. Dans le cas de l’autisme, une partie de la recherche s’était lancée dans le biais d’étudier sous le prisme de #déficit, notamment en comparaison à une norme, celle des neurotypiques. Et en effet, en cherchant des déficits, on en trouvait, faisant un bais de confirmation, et permettant de justifier d’autres recherches en ce sens.

    Déficit de #communication ou incompréhension mutuelle ?

    Un exemple flagrant de cette «  approche déficitaire  » est celui de la communication. Les autistes sont souvent présentés comme ayant un déficit de communication. Or, c’est faux. Dans un article publié en 2012, Damian Milton5 montre le « problème de #double_empathie », c’est-à-dire une difficulté réciproque de compréhension entre autistes et neurotypiques, du fait de styles de communication et de #sociabilisation différents. Si on devait dresser une analogie, imaginons deux personnes, l’une parlant japonais et l’autre parlant italien, et dont chacune ignore tout de la langue de l’autre. Ces personnes vont essayer de communiquer, difficilement, et des quiproquos pourraient survenir, ce qui peut mener à des #incompréhensions. Elles viennent de milieux culturels distincts, ce qui entraine une différence dans leur mode de communication (la langue), mais aussi dans la manière d’agir (en parlant plus ou moins fort, en coupant ou non la parole, etc). Pourtant, cela ne viendrait pas à l’idée de dire que l’autre se retrouve en déficit de communication.

    L’exemple illustre une #communication_verbale, mais aussi la #communication_non_verbale. Si les personnes autistes ont des difficultés à comprendre le non-verbal, par exemple les expressions du visage de personnes neurotypiques, la réciproque s’applique aussi6,7. Ces études, et d’autres montrent que les personnes autistes avaient plus de facilité à comprendre les intentions d’autres personnes autistes. Elles mettaient particulièrement de l’avant leur capacité à capter des intentions implicites ou du non-verbal. De plus, elles montraient qu’elles excellaient davantage que des duos mixtes (autiste et non-autiste) dans cette tâche. De fait, la difficulté ne se situe pas dans la communication en tant que telle, ou du cliché du « manque d’empathie », mais dans l’#échange entre deux groupes ayant des modalités de communication différentes, avec une incompréhension mutuelle8. À titre d’exemple, si le « small talk » consiste à discuter de la pluie et du beau temps, il constitue un puissant fluidifiant social entre personnes neurotypiques. Cela peut toutefois s’avérer épuisant, ou contraire d’ennuyer, pour un cerveau autiste, qui prendra plus de plaisir à discuter en profondeur de sujets spécifiques9.

    Cependant, si on veut aller plus loin, du fait de la nécessité de s’adapter à un mode majoritaire de communication qui ne sont pas le sien, les personnes autistes ont développé une #capacité_d’adaptation importante, à travers une « # intellectualisation  », c’est-à-dire en analysant et en explicitant un mode de communication qui n’est pas le sien, ont poussé les autistes à une forme de «  #camouflage_social  »10, c’est-à-dire à un #masquage de comportements dans une logique d’adaptation 11 (cela n’est pas sans rappeler la métaphore théâtrale d’Ervin Goffman), au prix d’une #énergie_mentale importante.

    Une meilleure attention aux systèmes et #détails

    Comme évoqué en introduction, on doit concevoir l’autisme comme un développement différent, incluant aussi un certain nombre de « points forts » utiles dans une logique capitaliste et productiviste. Parmi elles, on trouve « l’ #hypersystémisation » 12, qui correspond à la capacité de faire attention aux détails, mais également aux schémas récurrents. Cela donne un avantage dans une prise de décision plus cohérentes13, en se basant sur des critères objectifs (caractéristiques techniques d’un objet par exemple), plutôt que des effets de contexte (une marque, etc.). Toute personne autiste ou connaissant une personne autiste connait cela, avec des comparaisons systématiques et poussées des caractéristiques d’un produit avant son achat par exemple.

    Cette attention aux détails permet également de proposer des procédés optimisés, puisque réfléchis dans les moindres détails. Cette attention aux détails, couplée à un « #hyperfocus », permet une concentration accrue, loin d’une concentration « rigide ». Elle permet de voir de nouvelles perspectives. C’est le cas de Temple Grandin, qui a s’est intéressée à la sensibilité des animaux, permettant d’améliorer conditions d’abattage des animaux14. Cela peut s’appliquer concrètement dans la correction d’un texte. Au lieu de simplement dire « revois ta copie », sans préciser ce qui peut poser problème et donc avec une forte composante implicite, une personne autiste va proposer, via une communication directe, d’indiquer les points de changement, gagnant en efficacité.

    Je pourrais également mentionner un autre avantage que présente cette approche hypersystémique se traduit par sensibilité face à l’#injustice. En effet, on peut voir l’injustice comme une incohérence dans un système, et elle génère un inconfort dans le cerveau autistique (augmentant le #cortisol). Du coup, ce dernier va devoir y remédier pour assurer le respect des règles. En corollaire, les personnes autistes se montrent, pour cette raison évoquée, plus honnêtes. Elles ont donc tendance à moins mentir, tricher ou camoufler une erreur15, et donc à mieux respecter les règles et les délais. Cela s’observe même si cela entraine parfois une franchise sans fioriture, énonçant simplement les faits16. Cette sensibilité à la #justice et à l’#équité revêt, à mon sens, une importance particulière, entre autres en terme d’#intégrité_professionnelle.

    Quand la machine s’emballe : le #burn-out_autistique

    Du fait du développement neuronal, le cerveau autiste est soumis à une #surcharge chronique (du fait de l’adaptation sociale permanente et de la #sensibilité aux détails même insignifiant de l’environnement), qui, bien qu’anodine pour la plupart des personnes neurotypiques, nécessite une quantité de ressources importantes pour le cerveau autiste. Par exemple, avec l’#hypersensibilité, l’environnement sensoriel quotidien (bruits de fond, odeurs, lumières, mouvements visuels…) peut constituer une agression continue pour le système nerveux17. Dans ce contexte, le cerveau va traiter avec une intensité égale ces informations (votre collègue vous parlant est traité de la même manière que le tic tac de l’horloge), mobilisant donc une énergie mentale importante. Les interactions sociales peuvent aussi s’avérer couteuses, comme nous l’avons évoqué précédemment, à travers un travail constant d’observation, d’analyse, et d’adaptation aux attentes sociales, cherchant à anticiper de manière permanente les réactions d’autrui. L’attention et le traitement aux détails peuvent constituer un atout. Cependant, ils consomment également beaucoup d’énergie mentale, même pour des tâches simples. Cette consommation d’énergie peut augmenter dans un contexte instable, multitâche ou bruyant, bref, où les détails s’accumulent.

    Ces microévènements mènent à une #hypervigilance_cognitive, que le cerveau va chercher à compenser (une exposition sensorielle, pour éviter les « faux pas sociaux »). Cela va mener à une réaction chimique18, en sécrétant de l’#adrénaline et du cortisol (les deux hormones du stress et de l’anxiété), qui servent à faire face à un danger. Dans un cerveau humain typique, une fois la menace écartée, le taux de ces hormones descend et le corps retrouve dans un état de repos. Dans un cerveau autistique, cette boucle de régulation fonctionne de façon plus sensible et est davantage sollicitée, restant dans un état de vigilance même lorsque la situation ne le justifie plus19. Afin de faire face à cette situation, les personnes autistes vont chercher à maitriser leur environnement, pour réduire la pression stressante. Elles peuvent réduire les stimulus sensoriels, pratiquer des « activités régulatrices » stabilisant le système nerveux et relançant la régulation (par exemple jouer de la musique ou s’adonner à d’autres loisirs), correspondant aux « intérêts et activités restreintes » de la définition du DSM. Si on veut prendre une métaphore, on peut penser qu’une barre d’énergie mentale existe. Cette quantité varie. Certains facteurs prennent de l’énergie (l’hypervigilance cognitive), qui ne pourra pas être allouée à autre chose, et d’autres facteurs aident à « recharger les batteries »20.

    Parfois, et pour différentes raisons, ce travail de régulation n’a pas lieu, par exemple à cause d’un contexte ne le permettant pas, avec des effets délétères sur la #santé_mentale. Le cerveau va alors progressivement s’intoxiquer avec un trop-plein de cortisol (qui se révèle être neurotoxique), qui, à grande quantité, agit sur le cerveau et attaque certaines structures clés (impact sur la mémoire, le sommeil, sur la régulation sensorielle et émotionnelle, impossibilité d’obtenir un repos régénérateur) : c’est le burn-out autistique 21. Ces effets incluent une incapacité fonctionnelle, c’est-à-dire qu’une personne souhaitant agir (contrairement à une dépression) n’a plus les moyens internes. Elle manque de ressources énergétiques, cognitives et biologiques. Le cerveau ne contrôle plus rien, car il est saturé, comme si un ordinateur se figeait, du fait d’une RAM utilisée complètement en raison du grand nombre de logiciels ouverts. Plus concrètement, cela se traduit par différents symptômes22 : une #fatigue significative sur le plan mental et physique, un #retrait dans les #relations_interpersonnelles principalement, mais également une réduction importante des capacités à avoir des #relations_sociales, des difficultés à mener des activités quotidiennes, une difficulté à maintenir le camouflage social, à se reposer, à contrôler ses #émotions et son adaptation à l’environnement sensoriel. Bref, une perte de fonctions exécutives. Le plus pernicieux dans ce phénomène est que cela est le fruit de micro-accumulations, et il est difficile de se rendre compte du phénomène, d’autant plus lorsqu’on a été habitué à compenser depuis l’enfance : à l’instar de la goutte d’eau faisant déborder le vase, c’est l’évènement de trop, même minime qui déclenchera ce burn out, et pour lequel on se rendra compte généralement que trop tard - si l’énergie mentale est présente pour arriver à conscientiser cela à temps. À l’instar d’un burn out professionnel, le seul moyen de s’en sortir est donc le #repos, en éliminant ces déclencheurs, afin de faire baisser le taux de cortisol dans le cerveau.

    La principale difficulté de l’autisme est donc de s’adapter constamment à un environnement, de manière consciente et énergivore, tout en ne s’épuisant pas au point d’arriver au bout des capacités physiologiques. De fait, si « handicap » de l’autisme est, c’est celle d’une gestion d’un #stress constant et plus ou moins diffus.

    Et le monde académique ?

    Lorsque l’on parle d’autisme et de travail, on pense rapidement à la #RQTH (reconnaissance de qualité de travailleur handicapé, un document ouvrant le droit à des aménagements de la part de l’employeur) et aménagement de postes de travail. Je ne souhaite pas forcément aborder par cette approche, parce qu’on évalue l’autisme d’une part que sous l’angle médical (une difficulté à pallier), et sous une approche individuelle («  adapter une personne au monde du travail  »). De même, les besoins de chaque autiste sont différents, même s’il existe de grandes tendances, et je ne pourrais pas être exhaustif. Comme j’essaye de démontrer dans mon billet, le problème se situe au niveau systémique23. On le sait, un aménagement fait pour un handicap peut profiter collectivement, d’où ma volonté de sortir d’une approche individualiste pour initier une réflexion en vue d’un changement global. À titre d’exemple, les bateaux des trottoirs (l’abaissement pour arriver au niveau de la route) servent tant aux personnes en fauteuil roulant qu’aux parents avec une poussette ; l’absence de musique dans les magasins (pour répondre aux difficultés sensorielles des personnes autistes) bénéficie au bien-être collectif ; la transcription d’une vidéo, servant aux personnes ne pouvant pas entendre ce média, bénéficie à tout le monde, par exemple pour lire en diagonale en quelques minutes les informations essentielles plutôt que regarder pendant des heures des vidéos de MOOC (cet exemple fonctionne également pour les messages vocaux) ; les logiciels de correction d’orthographe tant aux dyslexiques qu’à ceux apprenant le français et les personnes fatiguées faisant des fautes d’inattention.

    Ainsi, je vais vous donner quelques exemples d’éléments de vie courante dans la vie académique. Je montrerai comment un « décalage » peut s’avérer onéreux pour un cerveau autiste. Ensuite, je proposerai des pistes de réflexion pour réduire cet écart, et donc favoriser l’inclusion.

    Une série de #micro-agressions générant une fatigue générale

    Du point de vue de l’aménagement du poste de travail, l’aménagement s’effectue principalement sur le plan organisationnel. En effet, les aménagements, je parle de ce qui me concerne, diffèrent pour chaque personne, bien que je retrouve une similitude en discutant avec d’autres universitaires autistes. Concernant les aménagements matériels, je les ai déjà : casque antibruit, bouchons d’oreilles, lunettes de soleil, etc. Bref, ce ne sont pas des dépenses mirobolantes pour du matériel, que j’ai d’ailleurs payé de ma poche.

    Prenons une journée typique de travail. Le matin, je prends les transports en heure de pointe, et donc bondés. J’arrive au laboratoire, et je rejoins mon bureau, partagé avec d’autres. Je commence à faire mes lectures, là, quand une collègue arrive et discute avec mon cobureau, m’interrompant dans ma réflexion, et dont la reprise me demandera de l’énergie et de la concentration. J’essaie de me concentrer, mais un rayon de lumière qui gêne : je me lève pour fermer le volet. Je décide de faire une pause et je consulte mes courriels : je dois mettre à jour le site du colloque, en devant écrire telle ou telle indication pour les intervenants, je m’exécute. J’ai ensuite une réunion avec l’équipe de recherche, où nous discutons des prochaines étapes du projet de recherche. Vient l’heure de manger, et je discute (small talk) avec mes collègues. En début d’après-midi, je prépare mes candidatures aux postes de MCF, ma réflexion se porte sur les éléments importants devant être présentés. Ensuite, je dois aller donner cours, en amphi ou en TD. Finalement, je rentre, à nouveau en heure de pointe .

    Dans cet exemple, on voit une série de microdéclencheurs, bien qu’ils soient minimes, qui entament la « barre d’énergie mentale » et sont éprouvants une fois cumulés. Et comme l’indique Florence Demourant dans le podcast Atout et Handicap (https://webapp.audiomeans.fr/e/podcast-mania/atouts-and-handicap-82f6aabd), à la fin de la journée, personne nous félicitera pour avoir survécu jusque-là. Durant les phases de transport, les #stimulations_sensorielles (bruits, essayer de ne pas tomber dans le bus) et la #promiscuité (essayer de ne pas toucher les gens) sont d’autant de microdéclencheurs. Une fois arrivé au bureau, on voit une série d’interruptions, tant sonore (la discussion) que visuelle (l’arrivée d’une personne, le rayon de soleil). On voit également des interruptions dans le fil de pensée (discussions, courriels) dont la remise au travail consomme cette barre d’énergie. Une consommation de l’énergie mentale existe également en faisant un travail de sociabilisation (réunion, discussion de la pause). Finalement, la partie enseignement, est une partie éprouvante, car elle implique de nombreuses compétences : physique, comme parler de manière didactique pendant 1 h à 2 h devant des étudiants et rester intéressant, en assurant le « show » ; sensoriel, en gérant le brouhaha de l’amphithéâtre, de vigilance, pour voir les mains qui se lèvent ; social, en scrutant les visages pour comprendre l’ennui ou l’interrogation. Une fois le travail terminé, il faut pourtant continuer de vivre, et enchainer avec les activités de la vie quotidienne. Lorsque je pars en colloque ou sur le terrain, cela est démultiplié : je dois gérer la sortie de ma routine et de mes repères familiers (couteuse pour le cerveau autistique), la fatigue des transports et du voyage, les imprévus (ils surviennent souvent, notamment avec les retards de train), la concentration nécessaire pour écouter les conférences (la partie la plus intéressante !), puis sociabiliser (souvent en anglais, donc énergivore). Cette énergie mentale utilisée pour survivre à mon environnement, c’est d’autant qui ne sera pas consacrée pour réfléchir, analyser, rédiger : bref, réaliser mon travail pour lequel je suis payé.

    Gérer une barre d’énergie mentale au quotidien : des aménagements pour aider ?

    Tout l’enjeu de l’autisme consiste à gérer cette #barre_d’énergie. Il faut essayer de conserver suffisamment d’énergie pour les tâches « coûteuses ». L’adaptation du poste de travail peut se traduire par la mise en place d’un lieu calme, sans passage, sans distraction potentielle (sonnerie de téléphone, panneau « ne pas déranger »), avec un aménagement concernant l’intensité lumineuse (volets, etc.) par exemple24, se traduisant, de facto, par un bureau individuel. Dans un contexte de tension sur les ressources immobilières à l’université, cela n’est pas forcément envisageable (bien que pouvant imaginer des systèmes de rotation avec d’autres personnes en télétravail). Une alternative serait d’augmenter le recours au télétravail, ce qui permettrait de réduire les stimulations sensorielles et les interruptions, et qui est une pratique de plus en plus répandue depuis la pandémie de Covid (malgré un retour en arrière que l’on peut déployer), ainsi qu’à des horaires « souples » permettant d’éviter les heures de pointe25. Si cela semble évident dans le métier d’enseignant-chercheur, où la liberté d’organisation s’applique généralement, cela n’est pas forcément vrai : par exemple, au CNRS, le télétravail n’est autorisé qu’au bout de 6 mois de contrat, dans une limite de deux jours par semaine. Gageons que, sous la pression de la « génération Z » et de la prise en compte des problématiques organisationnelles (parentalité, etc.), on assiste à une transformation de la culture « présentéiste » pour aller vers plus de souplesse. Dans le cadre de déplacements, on peut considérer cela en mettant en place de « temps calmes » au sein du programme (et tant pis pour le repas de gala !), ou pour les organisateurs de colloques, la mise en place de « pièces de repos » sans stimulis sensoriels26. Cela peut aussi se traduire par l’organisation du travail au quotidien : par exemple, pour éviter le multitasking, épuisant tout le monde au passage, notamment par la multiplication des responsabilités dans le monde académique, j’organise mes journées « en bloc » cohérents, permettant de m’adonner à une tâche sans distraction. Je peux ainsi me consacrer pleinement sur telle ou telle tâche (rédiger, lire, faire de l’administratif ou préparer un cours), et cela me permet de m’organiser en fonction d’activités impondérables énergivores (enseigner, une grosse réunion, etc.), et en réduisant le coût mental de switcher entre différentes activités. Ce sont des aménagements simples, organisationnels, pouvant être utiles à tous, et pouvant être mis en place de manière abordable financièrement.

    Les implicites sociaux

    Concernant les implicites sociaux, le monde académique en est truffé, avec de nombreux non-dits, avec des codes que l’on se doit de maitriser. Désolé de mettre les pieds dans le plat, mais cela contribue, à mon sens, à entretenir un entre-soi. Il permet de distinguer ceux qui connaissent les codes des autres27 : cela va des éléments à mettre sur son CV analytique, la structure d’un article et la manière de répondre à un reviewer, aux stratégies de publication et de carrière. Au-là des éléments structurels de l’académique, l’université est bourrée d’implicites, allant sur certaines procédures administratives (pas forcément écrite, ou différente de ce qui est noté dans le règlement intérieur), certaines responsabilités non formalisées, les jeux de pouvoir au sein des laboratoires avec des conflits interpersonnels, etc. Si personne ne peut servir de mentorat, si aucun guide officiel n’existe (des guides officieux existent pour le CV analytique et les recrutements pour palier un manque), difficile de deviner les règles, et il est facile de voir ceux qui ont pu bénéficier de bons conseils des autres. Je pense qu’il est important d’expliciter ces règles implicites. Cela revient à une réflexion d’organisation systémique du monde académique. D’abord, cela permettrait d’aider les personnes autistes, mais aussi les personnes venant pas des milieux sociaux académiques (donc ceux qui ne sont pas des enfants de), et d’intégrer les enseignants-chercheurs internationaux (n’ayant pas forcément les codes de la culture académique française) en tenant en compte l’interculturalité. Car finalement, ce n’est rien de plus que l’explicitation des codes d’une culture, la culture universitaire, permettant un plus grand accès, cassant la reproduction sociale et une forme de mandarinat (ceux bénéficiant des conseils pertinents de ceux devant se « débrouiller »). De même, l’université est souvent présentée comme une organisation horizontale et «  entre pairs  » et avec une forte place à la discussion, mais est en réalité une organisation avec une hiérarchisation implicite très forte (entre ceux ayant ou non un doctorat, titulaire / contractuel, chercheurs /enseignants-chercheurs / personnel d’appui, recherche « fondamentale » ou recherche « appliquée », ceux sortant de certaines universités « prestigieuses » et ceux d’universités « de proximité », etc.)28, avec souvent des jeux de pouvoir (et d’égo), très importants, pouvant générer des tensions et impacter l’organisation collective d’un laboratoire de fait de mésententes, et conflits29. Là encore, une communication explicite (sans implicite, ni ambigüité ou sous-entendus), assertive et directe permettrait de fluidifier les rapports sociaux et de gagner du temps, tant pour les neurotypiques que pour les autres.

    Conclusion : un changement systémique ?

    Être une personne autiste, dans le monde académique30, n’est pas quelque chose de forcément aisé. Si ces aménagements sont envisageables, malgré un contexte de réduction de moyens du monde académique, je vois cependant un problème de fond : du fait de la pression croissante pour les postes, face à deux candidats avec des profils scientifiques et de compétences similaires, le choix se portera certainement vers la personne non autiste, car certainement perçu comme «  plus performant  ». Cela pose un problème majeur, car cela perpétue une vision stakhanoviste du fonctionnement académique, et plus globalement de notre société capitaliste contemporaine, où on voue un certain culte à la performance, où un « biais de survivant »31 s’observe, où restent ceux qui sont le mieux adaptés aux règles du jeu du système32.

    Pourtant, je pense qu’il est nécessaire de sortir d’une vision étroite de l’organisation du travail, pour apporter une plus grande souplesse et une plus grande adaptation33, et où, je pense, l’autisme est un véritable atout. En effet, en réglant les problèmes de communication, en rendant plus explicite l’implicite, cela permettrait non seulement d’aider les personnes autistes, mais également d’inclure une plus grande diversité sociale de personnes au sein de l’ESR, permettant de sortir d’un entre soi. L’hypersensibilité permet d’éprouver les limites du système. L’ESR connaît particulièrement ce phénomène, avec une dégradation des conditions de travail34 et les personnes neurotypiques peuvent aussi faire un burn-out : ainsi, les personnes autistes sont les canaris de la mine, permettant de lever une alerte sur des conditions pas forcément tenable à long terme d’un point de vue collectif. Nous devons admettre que l’on ne peut pas se montrer performant tout le temps, que l’on peut vivre des hauts et des bas, et qu’on peut s’adapter pour répondre à cette réalité physiologique : nous sommes des humains, pas des machines. À mon sens, nous devons absolument remettre de la #vulnérabilité au sein de nos organisations, au-delà de l’autisme et du handicap, en sortant de la performance absolue et en embrassant une véritable approche du #care. Enfin, si les intérêts restreints peuvent être reprochés aux personnes autistes, je pense que c’est, au contraire, c’est une force, donnant une capacité à être plus efficace, à voir des choses que d’autres ne voyant pas, à apprécier faire des tâches que d’autres rechignent. Ainsi, nous l’avons vu, pour certaines tâches, être autiste peut être un avantage, notamment dans des tâches d’analyse ou dans une volonté de rechercher le vrai, ce qui est quand même des compétences attendues en recherche… Ainsi, comme j’ai essayé de faire passer comme message dans ce billet, être autiste n’est pas un handicap, mais une autre manière de penser, et parfois de manière très (voir plus efficace) sur un certain nombre de points : ça serait un gâchis humain pour la recherche et le monde académique de ne pas tirer partie de cette force.

    Je pense qu’il est nécessaire, au delà d’un discours performatif convenu et plein de bon sentiments, d’intégrer réellement et concrètement au sein des organisations une certaine diversité. Cette diversité pourrait comprendre une diversité de neurodéveloppement, et de groupes sociaux, que cela soit d’origine sociale, culturelle, ou de diversité de genre et d’orientation sexuelle. Cela permettrait de multiplier les perspectives sur une même problématique, et d’apporter des solutions créatives, originales et pertinentes. Intégrer la diversité, en proposant ainsi des changements contextuels et systémiques, permettrait également de sortir de l’approche pathologisante et individuelle que l’on voit souvent au sein des « missions handicaps » des organisations ou de l’approche d’une « fausse visibilité », souvent symbolique et de façade, des politiques de diversité et d’inclusion35, en adoptant une approche plus politique et plus cohérente avec la visée d’émancipation collective dont se targue certains universitaires. Cela permettrait de proposer une perspective d’amélioration et d’inclusion collective, plutôt qu’une approche de compensation individuelle. Je pense que la prise en compte des besoins des personnes autistes, et des autres minorités qui doivent être inclus dans la recherche, permettrait d’initier des réflexions sur d’autres manières de faire de la recherche, tant dans l’organisation du travail, que des axes de recherche ou des méthodes d’enseignement36.

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    Pour aller plus loin

    Le dépliant « T’as pas l’air autiste » pour lutter contre quelques idées reçues.
    Comprendre l’autisme, Association francophone des femmes autistes, Thérapie autisme, avec un travail de vulgarisation d’articles scientifiques ;
    Guide de survie pour personne non autiste vivant avec une personne autiste par l’AFFA.
    L’émission radio « Le mythe du geek autiste », épisode 1 et épisode 2.
    Le projet Atypie Friendly visant à intégrer la neurodiversité (pas seulement l’autisme) à l’université. Voir également le pendant helvétique, avec Autism&Uni et à l’échelle européenne ;
    Violentomètre autistique ;
    L’émission Regards Autisme : les Irlandais en première ligne
    Le collectif « Universitaires autistes » permettant de partager des expériences entre pair⋅es concerné⋅es. Me contacter pour avoir le lien du Discord.

    En effet, de nombreuses populations sont sous-détectées, notamment les femmes, du fait d’une manifestation différente. Étant donné que l’autisme est un «  spectre  », avec différentes configurations possibles et donc différentes manifestations, cela rend également plus ardu la tâche. Voir cet article montrant les différences. ↩︎

    si vous saviez la difficulté à trouver des outils, pourtant simples, et à un prix correct adaptés aux gauchers : ouvre-boites, ciseaux, etc. ↩︎

    5ᵉ édition du « Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux », édité par l’Association américaine de psychiatrie. ↩︎

    Cette histoire nous apprend que le dosage de certains médicaments a été calibré pour une population d’hommes blancs adultes. On prend maintenant progressivement (enfin !) en compte les particularités des femmes et des populations non occidentales ↩︎

    MILTON, Damian E.M., 2012. On the ontological status of autism : the ‘double empathy problem’. Disability & Society [en ligne]. octobre 2012. Vol. 27, n° 6, pp. 883‑887. [Consulté le 30 juillet 2025]. DOI 10.1080/09687599.2012.710008. Disponible à l’adresse : http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/09687599.2012.710008 ↩︎

    EDEY, Rosanna, COOK, Jennifer, BREWER, Rebecca, JOHNSON, Mark H., BIRD, Geoffrey et PRESS, Clare, 2016. Interaction takes two : Typical adults exhibit mind-blindness towards those with autism spectrum disorder. Journal of Abnormal Psychology [en ligne]. octobre 2016. Vol. 125, n° 7, pp. 879‑885. [Consulté le 30 juillet 2025]. DOI 10.1037/abn0000199. Disponible à l’adresse : https://doi.apa.org/doi/10.1037/abn0000199 ↩︎

    BREWER, Rebecca, BIOTTI, Federica, CATMUR, Caroline, PRESS, Clare, HAPPÉ, Francesca, COOK, Richard et BIRD, Geoffrey, 2016. Can Neurotypical Individuals Read Autistic Facial Expressions  ? Atypical Production of Emotional Facial Expressions in Autism Spectrum Disorders. Autism Research : Official Journal of the International Society for Autism Research. février 2016. Vol. 9, n° 2, pp. 262‑271. DOI 10.1002/aur.1508. ↩︎

    Si j’étais provocateur, je dirais : les neurotypiques ont-ils finalement des problèmes de communication, en ne comprenant pas les autistes ? Un exemple flagrant est qu’un neurotypique va généralement supposer la présence de sous-entendus. Croyez-moi, devoir reformuler chaque phrase pour éviter tout sous-entendu et toute mauvaise interprétation, alors qu’une compréhension littérale suffirait à saisir l’intention initiale du texte, est épuisant. ↩︎

    Et franchement, vous préférez encore une inième discussion sur votre week-end ou la météo, ou un séminaire improvisé sur tel ou tel concept pendant votre pause café  ? J’ai fait mon choix, et étant curieux, je préfère apprendre de nouvelles choses, avoir de nouvelles perspectives, initier de nouvelles lectures, plutôt que de savoir que votre activité du week-end. ↩︎

    Une relectrice, m’indique que ce travail de performation sociale s’inscrit également pour les personnes racisées, et d’autres groupes minorisées, voir notamment l’ouvrage Survivre au taf de Marie Dasylva (2022, éditions Daronnes). ↩︎

    Exemple : dans un contexte où je suis gênée, j’ai tendance à sourire, plus par gêne. Mais pour éviter qu’on pense que je me moque de quelqu’un, je dois réfréner ce sourire. ↩︎

    BARON-COHEN, Simon, ASHWIN, Emma, ASHWIN, Chris, TAVASSOLI, Teresa et CHAKRABARTI, Bhismadev, 2009. Talent in autism : hyper-systemizing, hyper-attention to detail and sensory hypersensitivity. Philosophical Transactions of the Royal Society of London. Series B, Biological Sciences. 27 mai 2009. Vol. 364, n° 1522, pp. 1377‑1383. DOI 10.1098/rstb.2008.0337. ↩︎

    FARMER, George D., BARON-COHEN, Simon et SKYLARK, William J., 2017. People With Autism Spectrum Conditions Make More Consistent Decisions. Psychological Science. août 2017. Vol. 28, n° 8, pp. 1067‑1076. DOI 10.1177/0956797617694867. ↩︎

    Certes, je conçois, améliorer les conditions d’abattage n’est pas forcément une bonne chose en soi, dans le sens, où, in fine, les animaux sont abattus pour être mangé, et où la vraie preuve d’humanité serait justement de les laisser vivre. Mais ceci est un autre débat. ↩︎

    Ce qui, malheureusement, pose un certain nombre de problèmes, avec une plus grande prévalence de cas de VSS. À titre d’exemple, 9 femmes autistes sur 10 sont victimes de VSS, contre 1 femme sur trois dans la population générale. ↩︎

    Ce qui peut parfois dérouter dans un contexte social de communication neurotypique où on va parfois chercher à euphémiser ou à recourir à «  des petits mensonges  » afin de fluidifier les relations sociales. ↩︎

    Cette vidéo illustre bien le phénomène. ↩︎

    DEMOURANT, Florence, [sans date]. Burn out autistique [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.therapie-autisme.com/_files/ugd/569338_e7ac5e29b8284d1b96996d4c0b64bd5d.pdf ↩︎

    Exemple : des personnes passant dans la rue en criant, c’est un shoot de cortisol. Une personne passant à l’improviste, un autre shoot. C’est rien, mais cumulé sur une journée, cela fait beaucoup. ↩︎

    On entend plus généralement parler de la « théorie des cuillères », mais dont je trouve moins parlante que la métaphore de la barre d’énergie, me faisant plus penser à un jeu vidéo. ↩︎

    RAYMAKER, Dora M., TEO, Alan R., STECKLER, Nicole A., LENTZ, Brandy, SCHARER, Mirah, DELOS SANTOS, Austin, KAPP, Steven K., HUNTER, Morrigan, JOYCE, Andee et NICOLAIDIS, Christina, 2020. “Having All of Your Internal Resources Exhausted Beyond Measure and Being Left with No Clean-Up Crew” : Defining Autistic Burnout. Autism in Adulthood. 1 juin 2020. Vol. 2, n° 2, pp. 132‑143. DOI 10.1089/aut.2019.0079. ↩︎

    HIGGINS, Julianne M, ARNOLD, Samuel Rc, WEISE, Janelle, PELLICANO, Elizabeth et TROLLOR, Julian N, 2021. Defining autistic burnout through experts by lived experience : Grounded Delphi method investigating #AutisticBurnout. Autism [en ligne]. novembre 2021. Vol. 25, n° 8, pp. 2356‑2369. [Consulté le 1 août 2025]. DOI 10.1177/13623613211019858. Disponible à l’adresse : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/13623613211019858 ↩︎

    La critique n’est pas nouvelle : voir notamment Déconstruire le validisme académique : pour une accessibilité structurelle ↩︎

    C’est pourtant une recommandation standard : voir là, là, là ou là. ↩︎

    Cela peut sembler évident, mais ça ne l’est pas. ↩︎

    De quoi compléter le guide « Pour des colloques inclusifs » ? Cela consiste simplement à prévoir une salle en retrait, loin de l’agitation et du brouhaha du colloque, avec une lumière douce/tamisée au besoin (typiquement : les volets entrouverts). Wikimédia Belgique a initié quelques réflexions sur le sujet. ↩︎

    BOURDIEU, Pierre, 1979. La distinction : critique sociale du jugement. Paris : Éditions de Minuit. Le Sens commun. ISBN 9782707302755. ↩︎

    Voir Dans les coulisses de la science. Techniciens, petites mains et autres travailleurs invisibles de Françoise Waquet (CNRS Éditions, 2022) ou DUBOIS, Sébastien, 2016. La stratification dans le monde académique comme ordre statutaire  : une proposition wébérienne : Annales des Mines - Gérer et comprendre [en ligne]. 11 mars 2016. Vol. N° 123, n° 1, pp. 35‑45. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.3917/geco1.123.0035. Disponible à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-gerer-et-comprendre-2016-1-page-35.htm?ref=doi ; ↩︎

    Une illustration d’un propos direct et sans fioriture d’une personne autiste voyant un dysfonctionnement systémique, une incohérence entre l’énoncé et les faits, et cherchant à résoudre sans arrière pensé un problème. ↩︎

    Il manque des études concernant la part de personnes autistes dans l’ESR. J’ai le sentiment qu’il y a malgré tout une certaine neurodiversité, mais en absence d’étude pour quantifier, cela reste un ressenti. ↩︎

    Même si, avouons-le, dans ma position de jeune chercheur, diplômé du doctorat, je suis privilégié, ayant réussi à surmonter les difficultés durant mon parcours scolaire. Heureusement, ces dernières années, apparaissent des initiatives, à l’instar de Atypie Friendly, afin de rendre plus inclusive l’université. Voir également ce billet cet article, parlant du point de vue des étudiant⋅es : MICHAUD, Valérie et GOUPIL, Georgette, 2021. Trouble du spectre de l’autisme et études postsecondaires  : points de vue d’intervenants des services d’aide aux étudiants. Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [en ligne]. 3 novembre 2021. Vol. 37, n° 3. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.4000/ripes.3439. Disponible à l’adresse : https://journals.openedition.org/ripes/3439 . ↩︎

    Et s’il existe des postes pour travailleurs handicapés, avoir accès est un véritable parcours du combattant, encore plus difficile que le parcours «  classique  ». ↩︎

    Voir ce billet, reprenant ce constat : OIRY, Ewan, DELHOUME, Fran et CODELLO, Pénélope, 2025. Neurodivergence au travail, pourquoi une approche strictement médicale ne suffit pas. The Conversation [en ligne]. 3 février 2025. [Consulté le 4 août 2025]. Disponible à l’adresse : http://theconversation.com/neurodivergence-au-travail-pourquoi-une-approche-strictement-medica ↩︎

    À défaut de statistiques, voir Enseignants-chercheurs : un grand corps malade Dominique Glaymann (2025, éditions Le bord de l’eau) ou Comment l’université broie les jeunes chercheurs d’Adele Combes (2022, éditions Autrement) dressant un tableau édifiant de la situation. ↩︎

    Avec le risque de faire du tokénisme, c’est-à-dire que l’inclusion ne soit que symbolique, et pas une volonté réelle de diversification. ↩︎

    DUMONTEIL, Julie, 2022. Enseignants autistes  : l’aboutissement d’un parcours inclusif  ? Éducation et socialisation [en ligne]. 2022. Vol. 65. [Consulté le 4 août 2025]. DOI 10.4000/edso.20398. Disponible à l’adresse : https://journals.openedition.org/edso/20398 ↩︎

    https://justin.missaghiehponcet.eu/carnet/20250804.html

    #autisme #ESR #recherche #université

  • Donald Trump en passe de remporter sa guerre commerciale
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/07/26/donald-trump-en-passe-de-remporter-sa-guerre-commerciale_6624388_3234.html

    Pour de nombreux analystes économiques outre-Atlantique, l’instauration chaotique des droits de douane punitifs au printemps semble laisser place à un nouvel ordre mondial où des barrières douanières de 10 % à 15 % – inimaginables il y a un an – sont la norme et permettent au Trésor américain d’engranger des milliards de dollars.

    L’Amérique s’est barricadée : les droits de douane sont actuellement d’environ 20 % sur les importations américaines, contre 2,4 % en 2024, selon l’indicateur de The Budget Lab de l’université Yale, le plus haut niveau depuis 1911 ou 1933, selon la manière de calculer. Cette estimation a été faite après l’accord avec le Japon du mardi 22 juillet, et avant celui avec l’Union européenne.

    Depuis son retour à la Maison Blanche, M. Trump est parvenu à changer le référentiel de négociation. Il n’est plus question de redescendre en dessous de son droit de douane général de 10 % – il a été maintenu avec le Royaume-Uni lors de l’accord signé en mai – et les marchés financiers ont jubilé lorsqu’il a annoncé des droits de douane limités à 15 % avec le Japon. C’est désormais la référence pour les Européens. Ceux qui se réjouissent du fait que ce taux est bien inférieur à la menace de 30 % brandie par le président américain ont intégré le chantage présidentiel et oublient que ce taux de 15 % eût semblé apocalyptique en 2024.

    Ces droits de douane rapportent. Depuis le début de l’année, le Trésor a engrangé environ 100 milliards de dollars (85,1 milliards d’euros), plus de deux fois plus qu’au premier semestre de 2024. Surtout, les rentrées fiscales se sont envolées en juin, atteignant 27 milliards de dollars, quatre fois plus qu’en juin 2024. « Nous sommes en bonne voie pour atteindre 300 milliards de dollars cette année. Cela représente près de 1 % du produit intérieur brut [PIB]. Voici comment nous allons remettre d’aplomb le désastre budgétaire dont nous avons hérité », a affirmé sur X le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, mardi 22 juillet.

    [...]

    Les entreprises étrangères, notamment européennes, sont d’ailleurs en voie de capitulation, et supplient leurs gouvernements de parvenir à un accord avec M. Trump. C’est le cas de Bernard Arnault, patron de LVMH, et d’Oliver Blume, président du conseil d’administration de Volkswagen, auquel les droits de douane ont coûté 1,3 milliard d’euros au deuxième trimestre. Son objectif : négocier en sus de la Commission européenne une paix séparée avec M. Trump en proposant d’« énormes investissements » aux Etats-Unis qui serviraient aussi de base d’exportation d’automobiles Volkswagen. « Il devrait être possible d’ajouter un accord spécifique au niveau de l’entreprise entre les Etats-Unis et les constructeurs automobiles », a déclaré M. Blume aux analystes financiers, vendredi 25 juillet.

    [...]

    Chacun a compris que rien n’était durable. Déjà, le Japon et les Etats-Unis se déchirent sur leur accord qui prévoyait 550 milliards de dollars d’investissements japonais aux Etats-Unis. Mais tant que Wall Street bat des records et que les taux d’intérêt restent contenus (4,4 % à dix ans) ....

    https://archive.ph/oB61Z

    #déficit #U.S.A #droits_de_douane #barrières_douanières #économie_de_services

  • “Sono uno studioso di genocidio. Lo riconosco a prima vista”: il prof. Omer Bartov parla del crescente consenso ad applicare questa definizione a Gaza
    https://www.assopacepalestina.org/2025/07/20/sono-uno-studioso-di-genocidio-lo-riconosco-a-prima-vista-il-prof

    di Omer Bartov, Democracy Now, 17 luglio 2025. Omer Bartov è uno studioso israeliano-americano, professore di studi sull’Olocausto e il genocidio alla Brown University. Trascrizione dell’intervista fatta dal programma Democracy Now! a Omer Bartov. NERMEEN SHAIKH (co-conduttrice di Democracy Now): L’esercito israeliano continua ad attaccare i civili in tutta la Striscia di Gaza, con almeno ... Leggi tutto

    #Notizie #definizione_di_Genocidio

    • Traduction de :
      https://www.democracynow.org/2025/7/17/omer_bartov

      –—

      I’m a Genocide Scholar. I Know It When I See It.

      A month after the Hamas attack on Israel on Oct. 7, 2023, I believed there was evidence that the Israeli military had committed war crimes and potentially crimes against humanity in its counterattack on Gaza. But contrary to the cries of Israel’s fiercest critics, the evidence did not seem to me to rise to the crime of genocide.
      By May 2024, the Israel Defense Forces had ordered about one million Palestinians sheltering in Rafah — the southernmost and last remaining relatively undamaged city of the Gaza Strip — to move to the beach area of the Mawasi, where there was little to no shelter. The army then proceeded to destroy much of Rafah, a feat mostly accomplished by August.
      At that point it appeared no longer possible to deny that the pattern of I.D.F. operations was consistent with the statements denoting genocidal intent made by Israeli leaders in the days after the Hamas attack. Prime Minister Benjamin Netanyahu had promised that the enemy would pay a “huge price” for the attack and that the I.D.F. would turn parts of Gaza, where Hamas was operating, “into rubble,” and he called on “the residents of Gaza” to “leave now because we will operate forcefully everywhere.”
      Mr. Netanyahu had urged his citizens to remember “what Amalek did to you,” a quote many interpreted as a reference to the demand in a biblical passage calling for the Israelites to “kill alike men and women, infants and sucklings” of their ancient enemy. Government and military officials said they were fighting “human animals” and, later, called for “total annihilation.” Nissim Vaturi, the deputy speaker of Parliament, said on X that Israel’s task must be “erasing the Gaza Strip from the face of the earth.” Israel’s actions could be understood only as the implementation of the expressed intent to make the Gaza Strip uninhabitable for its Palestinian population. I believe the goal was — and remains today — to force the population to leave the Strip altogether or, considering that it has nowhere to go, to debilitate the enclave through bombings and severe deprivation of food, clean water, sanitation and medical aid to such an extent that it is impossible for Palestinians in Gaza to maintain or reconstitute their existence as a group.
      My inescapable conclusion has become that Israel is committing genocide against the Palestinian people. Having grown up in a Zionist home, lived the first half of my life in Israel, served in the I.D.F. as a soldier and officer and spent most of my career researching and writing on war crimes and the Holocaust, this was a painful conclusion to reach, and one that I resisted as long as I could. But I have been teaching classes on genocide for a quarter of a century. I can recognize one when I see one.
      This is not just my conclusion. A growing number of experts in genocide studies and international law have concluded that Israel’s actions in Gaza can only be defined as genocide. So has Francesca Albanese, the U.N. special rapporteur for the West Bank and Gaza, and Amnesty International. South Africa has brought a genocide case against Israel at the International Court of Justice.

      The continued denial of this designation by states, international organizations and legal and scholarly experts will cause unmitigated damage not just to the people of Gaza and Israel but also to the system of international law established in the wake of the horrors of the Holocaust, designed to prevent such atrocities from happening ever again. It is a threat to the very foundations of the moral order on which we all depend.
      *
      The crime of genocide was defined in 1948 by the United Nations as the “intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group, as such.” In determining what constitutes genocide, therefore, we must both establish intent and show that it is being carried out. In Israel’s case, that intent has been publicly expressed by numerous officials and leaders. But intent can also be derived from a pattern of operations on the ground, and this pattern became clear by May 2024 — and has since become ever clearer — as the I.D.F. has systematically destroyed the Gaza Strip.
      Most genocide scholars are cautious about applying this term to contemporary events, precisely because of the tendency, since it was coined by the Jewish-Polish lawyer Raphael Lemkin in 1944, to attribute it to any case of massacre or inhumanity. Indeed, some argue that the categorization should be entirely discarded, because it often serves more to express outrage than to identify a particular crime.
      Yet as Mr. Lemkin recognized, and as the United Nations later agreed, it is crucial to be able to distinguish the attempt to destroy a particular group of people from other crimes under international law, such as war crimes and crimes against humanity. This is because, while other crimes entail indiscriminate or deliberate killing of civilians as individuals, genocide denotes the killing of people as members of a group, geared at irreparably destroying the group itself so that it will never be able to reconstitute itself as a political, social or cultural entity. And, as the international community signaled by adopting the convention, it is incumbent upon all signatory states to prevent such an attempt, to do all they can to stop it while it is occurring and to subsequently punish those who were engaged in this crime of crimes — even if it occurred within the borders of a sovereign state.
      The designation has major political, legal and moral ramifications. Nations, politicians and military personnel suspected of, indicted on a charge of or found guilty of genocide are seen as beyond the pale of humanity and may compromise or lose their right to remain members of the international community. A finding by the International Court of Justice that a particular state is engaged in genocide, especially if enforced by the U.N. Security Council, can lead to severe sanctions.
      Politicians or generals indicted on a charge of or found guilty of genocide or other breaches of international humanitarian law by the International Criminal Court can face arrest outside of their country. And a society that condones and is complicit in genocide, whatever the stand of its individual citizens may be, will carry this mark of Cain long after the fires of hatred and violence are put out.
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      Israel has denied all allegations of war crimes, crimes against humanity and genocide. The I.D.F. says it investigates reports of crimes, although it has rarely made its findings public, and when breaches of discipline or protocol are acknowledged, it has generally meted out light reprimands to its personnel. Israeli military and political leaders repeatedly describe the I.D.F. as acting lawfully, say they issue warnings to civilian populations to evacuate sites about to be attacked and blame Hamas for using civilians as human shields.
      In fact, the systematic destruction in Gaza not only of housing but also of other infrastructure — government buildings, hospitals, universities, schools, mosques, cultural heritage sites, water treatment plants, agriculture areas, and parks — reflects a policy aimed at making the revival of Palestinian life in the territory highly unlikely.
      According to a recent investigation by Haaretz, an estimated 174,000 buildings have been destroyed or damaged, accounting for up to 70 percent of all structures in the Strip. So far, more than 58,000 people have been killed, according to Gazan health authorities, including more than 17,000 children, who make up nearly a third of the total fatality count. More than 870 of those children were less than a year old.
      More than 2,000 families have been wiped out, the health authorities said. In addition, 5,600 families now count only one survivor. At least 10,000 people are believed to still be buried under the ruins of their homes. More than 138,000 have been wounded and maimed.
      Gaza now has the grim distinction of having the highest number of amputee children per capita in the world. An entire generation of children subjected to ongoing military attacks, loss of parents and long-term malnutrition will suffer severe physical and mental repercussions for the rest of their lives. Untold additional thousands of chronically ill persons have had little access to hospital care.
      The horror of what has been happening in Gaza is still described by most observers as war. But this is a misnomer. For the last year, the I.D.F. has not been fighting an organized military body. The version of Hamas that planned and carried out the attacks on Oct. 7 has been destroyed, though the weakened group continues to fight Israeli forces and retains control over the population in areas not held by the Israeli Army.
      Today the I.D.F. is primarily engaged in an operation of demolition and ethnic cleansing. That’s how Mr. Netanyahu’s own former chief of staff and minister of defense, the hard-liner Moshe Yaalon, in November described on Israel’s Democrat TV and in subsequent articles and interviews the attempt to clear northern Gaza of its population.

      On Jan. 19, under pressure from Donald Trump, who was a day away from resuming the presidency, a cease-fire went into effect, facilitating the exchange of hostages in Gaza for Palestinian prisoners in Israel. But after Israel’s breaking of the cease-fire on March 18, the I.D.F. has been executing a well-publicized plan to concentrate the entire Gazan population in a quarter of the territory in three zones: Gaza City, the central refugee camps and the Mawasi coastline in the Strip’s southwestern edge.
      Using large numbers of bulldozers and huge aerial bombs supplied by the United States, the military appears to be trying to demolish every remaining structure and establish control over the other three-quarters of the territory.
      This is also being facilitated by a plan that provides — intermittently — limited aid supplies at a few distribution points guarded by the Israeli military, drawing people to the south. Many Gazans are killed in a desperate attempt to obtain food, and the starvation crisis deepens. On July 7, Defense Minister Israel Katz said the I.D.F. would build a “humanitarian city” over the ruins of Rafah to initially accommodate 600,000 Palestinians from the Mawasi area, who would be provisioned by international bodies and not allowed to leave.
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      Some might describe this campaign as ethnic cleansing, not genocide. But there is a link between the crimes. When an ethnic group has nowhere to go and is constantly displaced from one so-called safe zone to another, relentlessly bombed and starved, ethnic cleansing can morph into genocide.
      This was the case in several well-known genocides of the 20th century, such as that of the Herero and Nama in German South West Africa, now Namibia, that began in 1904; the Armenians in World War I; and, indeed, even in the Holocaust, which began with the German attempt to expel the Jews and ended up with their murder.
      To this day, only a few scholars of the Holocaust — and no institutions dedicated to researching and commemorating it — have issued warnings that Israel could be accused of carrying out war crimes, crimes against humanity, ethnic cleansing or genocide. This silence has made a mockery of the slogan “Never again,” transforming its meaning from an assertion of resistance to inhumanity wherever it is perpetrated to an excuse, an apology, indeed, even a carte blanche for destroying others by invoking one’s own past victimhood.
      This is another of the many incalculable costs of the current catastrophe. As Israel is literally trying to wipe out Palestinian existence in Gaza and is exercising increasing violence against Palestinians in the West Bank, the moral and historical credit that the Jewish state has drawn on until now is running out.
      Israel, created in the wake of the Holocaust as the answer to the Nazi genocide of the Jews, has always insisted that any threat to its security must be seen as potentially leading to another Auschwitz. This provides Israel with license to portray those it perceives as its enemies as Nazis — a term used repeatedly by Israeli media figures to depict Hamas and, by extension, all Gazans, based on the popular assertion that none of them are “uninvolved,” not even the infants, who would grow up to be militants.
      This is not a new phenomenon. As early as Israel’s invasion of Lebanon in 1982, Prime Minister Menachem Begin compared Yasir Arafat, then hunkered down in Beirut, to Adolf Hitler in his Berlin bunker. This time, the analogy is being used in connection with a policy aimed at uprooting and removing the entire population of Gaza.
      The daily scenes of horror in Gaza, from which the Israeli public is shielded by its own media’s self-censorship, expose the lies of Israeli propaganda that this is a war of defense against a Nazi-like enemy. One shudders when Israeli spokespeople shamelessly utter the hollow slogan of the I.D.F. being the “most moral army in the world.”
      Some European nations, such as France, Britain and Germany, as well as Canada, have feebly protested Israeli actions, especially since Israel breached the cease-fire in March. But they have neither suspended arms shipments nor taken many concrete and meaningful economic or political steps that might deter Mr. Netanyahu’s government.
      For a while, the United States government seemed to have lost interest in Gaza, with President Trump initially announcing in February that the United States would take over Gaza, promising to turn it into “the Riviera of the Middle East,” and then letting Israel get on with the Strip’s destruction and turning his attention to Iran. At the moment, one can only hope that Mr. Trump will again pressure a reluctant Mr. Netanyahu to at least reach a new cease-fire and put an end to the relentless killing.
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      How will Israel’s future be affected by the inevitable demolition of its incontestable morality, derived from its birth in the ashes of the Holocaust?
      Israel’s political leadership and its citizenry will have to decide. There seems to be little domestic pressure for the urgently needed change of paradigm: the recognition that there is no solution to this conflict other than an Israeli-Palestinian agreement to share the land under whatever parameters the two sides agree on, be it two states, one state or a confederation. Robust external pressure from the country’s allies also appears unlikely. I am deeply worried that Israel will persist on its disastrous course, remaking itself, perhaps irreversibly, into a full-blown authoritarian apartheid state. Such states, as history has taught us, do not last.
      Another question arises: What consequences will Israel’s moral reversal have for the culture of Holocaust commemoration, and the politics of memory, education and scholarship, when so many of its intellectual and administrative leaders have up to now refused to face up to their responsibility to denounce inhumanity and genocide wherever they occur?
      Those engaged in the worldwide culture of commemoration and remembrance built around the Holocaust will have to confront a moral reckoning. The wider community of genocide scholars — those engaged in the study of comparative genocide or of any one of the many other genocides that have marred human history — is now edging ever closer toward a consensus over describing events in Gaza as a genocide.
      In November, a little more than a year into the war, the Israeli genocide scholar Shmuel Lederman joined the growing chorus of opinion that Israel was engaged in genocidal actions. The Canadian international lawyer William Schabas came to the same conclusion last year and has recently described Israel’s military campaign in Gaza as “absolutely” a genocide.
      Other genocide experts, such as Melanie O’Brien, president of the International Association of Genocide Scholars, and the British specialist Martin Shaw (who has also said that the Hamas attack was genocidal), have reached the same conclusion, while the Australian scholar A. Dirk Moses of the City University of New York described these events in the Dutch publication NRC as a “mix of genocidal and military logic.” In the same article, Uğur Ümit Üngör, a professor at the Amsterdam-based NIOD Institute for War, Holocaust and Genocide Studies, said there are probably scholars who still do not think it’s genocide, but “I don’t know them.”
      Most Holocaust scholars I know don’t hold, or at least publicly express, this view. With a few notable exceptions, such as the Israeli Raz Segal, program director of Holocaust and genocide studies at Stockton University in New Jersey, and the Hebrew University of Jerusalem historians Amos Goldberg and Daniel Blatman, the majority of academics engaged with the history of the Nazi genocide of the Jews have stayed remarkably silent, while some have openly denied Israel’s crimes in Gaza, or accused their more critical colleagues of incendiary speech, wild exaggeration, well-poisoning and antisemitism.
      In December the Holocaust scholar Norman J.W. Goda opined that “genocide charges like this have long been used as a fig leaf for broader challenges to Israel’s legitimacy,” expressing his worry that “they have cheapened the gravity of the word genocide itself.” This “genocide libel,” as Dr. Goda referred to it in an essay, “deploys a range of antisemitic tropes,” including “the coupling of the genocide charge with the deliberate killing of children, images of whom are ubiquitous on NGO, social media, and other platforms that charge Israel with genocide.”
      In other words, showing images of Palestinian children ripped apart by U.S.-made bombs launched by Israeli pilots is, in this view, an antisemitic act.
      Most recently, Dr. Goda and a respected historian of Europe, Jeffrey Herf, wrote in The Washington Post that “the genocide accusation hurled against Israel draws on deep wells of fear and hatred” found in “radical interpretations of both Christianity and Islam.” It “has shifted opprobrium from Jews as a religious/ethnic group to the state of Israel, which it depicts as inherently evil.”
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      What are the ramifications of this rift between genocide scholars and Holocaust historians? This is not merely a squabble within academe. The memory culture created in recent decades around the Holocaust encompasses much more than the genocide of the Jews. It has come to play a crucial role in politics, education and identity.
      Museums dedicated to the Holocaust have served as models for representations of other genocides around the world. Insistence that the lessons of the Holocaust demand the promotion of tolerance, diversity, antiracism and support for migrants and refugees, not to mention human rights and international humanitarian law, is rooted in an understanding of the universal implications of this crime in the heart of Western civilization at the peak of modernity.
      Discrediting genocide scholars who call out Israel’s genocide in Gaza as antisemitic threatens to erode the foundation of genocide studies: the ongoing need to define, prevent, punish and reconstruct the history of genocide. Suggesting that this endeavor is motivated instead by malign interests and sentiments — that it is driven by the very hatred and prejudice that was at the root of the Holocaust — is not only morally scandalous, it provides an opening for a politics of denialism and impunity as well.
      By the same token, when those who have dedicated their careers to teaching and commemorating the Holocaust insist on ignoring or denying Israel’s genocidal actions in Gaza, they threaten to undermine everything that Holocaust scholarship and commemoration have stood for in the past several decades. That is, the dignity of every human being, respect for the rule of law and the urgent need never to let inhumanity take over the hearts of people and steer the actions of nations in the name of security, national interest and sheer vengeance.

      What I fear is that in the aftermath of the Gaza genocide, it will no longer be possible to continue teaching and researching the Holocaust in the same manner as we did before. Because the Holocaust has been so relentlessly invoked by the state of Israel and its defenders as a cover-up for the crimes of the I.D.F., the study and remembrance of the Holocaust could lose its claim to be concerned with universal justice and retreat into the same ethnic ghetto in which it began its life at the end of World War II — as a marginalized preoccupation by the remnants of a marginalized people, an ethnically specific event, before it succeeded, decades later, in finding its rightful place as a lesson and a warning for humanity as a whole.
      Just as worrisome is the prospect that the study of genocide as a whole will not survive the accusations of antisemitism, leaving us without the crucial community of scholars and international jurists to stand in the breach at a time when the rise of intolerance, racial hatred, populism and authoritarianism is threatening the values that were at the core of these scholarly, cultural and political endeavors of the 20th century.
      Perhaps the only light at the end of this very dark tunnel is the possibility that a new generation of Israelis will face their future without sheltering in the shadow of the Holocaust, even as they will have to bear the stain of the genocide in Gaza perpetrated in their name. Israel will have to learn to live without falling back on the Holocaust as justification for inhumanity. That, despite all the horrific suffering we are currently watching, is a valuable thing, and may, in the long run, help Israel face the future in a healthier, more rational and less fearful and violent manner.
      This will do nothing to compensate for the staggering amount of death and suffering of Palestinians. But an Israel liberated from the overwhelming burden of the Holocaust may finally come to terms with the inescapable need for its seven million Jewish citizens to share the land with the seven million Palestinians living in Israel, Gaza and the West Bank in peace, equality and dignity. That will be the only just reckoning.

      https://www.nytimes.com/2025/07/15/opinion/israel-gaza-holocaust-genocide-palestinians.html

      #Omer_Bartov #génocide #Gaza #définition #intention #intentionnalité

  • « #Wokisme » : pourquoi ce mot est piégé

    Le « wokisme », idéologie incertaine, enkystée dans la gauche des mouvements sociaux, menacerait la société, la famille, le progrès et les Lumières.

    Voilà le refrain seriné à longueur de journée par Donald Trump, par le Rassemblement national et des médias d’extrême droite, par des politiques conservateurs. Mais aussi par des essayistes qui se réclament de la gauche, et également, peut-être, par des membres de votre famille ou vos amis.

    Que signifie ce terme ? Pourquoi est-il devenu si présent ? Que veut dire cette présence dans le contexte politique actuel ?

    Si le « wokisme » n’existe pas, est-ce qu’il ne faudrait pas l’inventer ?

    Nos invité·es :

    - #Laure_Bereni, sociologue, directrice de recherche au CNRS, autrice de Management de la vertu. La diversité en entreprise à New York et à Paris (éd. Presses de Sciences Po, 2023) ;
    - #Solène_Brun, sociologue, chargée de recherche au CNRS, coautrice avec - - - Claire Cosquer de La Domination blanche (éd. Textuel, 2024). Elle a aussi publié Derrière le mythe métis. Enquête sur les couples mixtes et leurs descendants en France (éd. La Découverte, 2024) ;
    - #Pierre_Tevanian, philosophe et enseignant, auteur de Soyons woke. Plaidoyer pour les bons sentiments (éd. Divergences, 2025). Il coanime le site collectif Les mots sont importants (lmsi.net) et a publié plusieurs ouvrages, comme On ne peut pas accueillir toute la misère du monde. En finir avec une sentence de mort (éd. Anamosa, 2022).

    https://www.youtube.com/watch?v=9NE9Jj0Ud5c


    #woke #piège #vidéo #ressources_pédagogiques #définition #liberté_d'expression #menace #terminologie #mots #panique_morale #genre #race #racisme #panique #violences_sexuelles #racialisme #décolonial

  • Kiabi, Shein, Decathlon : la fast fashion encaisse des millions d’euros d’argent public avec le don de vêtements invendus
    https://disclose.ngo/fr/article/kiabi-shein-decathlon-la-fast-fashion-encaisse-des-millions-deuros-dargent

    Les marques d’habillement à bas prix tirent profit de leurs invendus écoulés auprès d’associations comme Emmaüs ou La Croix Rouge, révèle Disclose, en partenariat avec Reporterre, à partir de documents confidentiels. Le résultat de la loi anti-gaspillage qui les encourage, depuis 2022, à donner leurs surplus en échange de 60 % de réduction fiscale. Au risque de financer la surproduction de l’industrie textile. Lire l’article

    • Les marques d’habillement à bas prix tirent profit de leurs invendus écoulés auprès d’associations comme Emmaüs ou La Croix Rouge, révèle Disclose, en partenariat avec Reporterre, à partir de documents confidentiels. Le résultat de la loi anti-gaspillage qui les encourage, depuis 2022, à donner leurs surplus en échange de 60 % de réduction fiscale. Au risque de financer la #surproduction de l’industrie textile.

      Sur le papier, l’offre est alléchante. Vingt palettes de vêtements neufs de la marque Shein envoyées depuis la Chine, gratuitement. Delphine Peruch, coordinatrice d’une #recyclerie dans le Var, n’en revient pas lorsqu’elle reçoit cette proposition, en novembre dernier. Elle a pourtant décliné : « Notre philosophie est de donner une seconde vie aux vêtements, pas de revendre du #neuf ». Ces derniers mois, son association croule sous les dons, comme toute la filière du #ré-emploi textile, asphyxiée par les #surplus. À la #Croix-Rouge, en Vendée, on ne récupère plus les vêtements confiés par les particuliers. Chez #Emmaüs, « on pousse les murs, on construit des chapiteaux, et certains dons ont dû être jetés », rapporte Louana Lamer, responsable textile de l’association.

      Le secteur craque face à une production de vêtements débridée. Chaque seconde, près de 100 pièces neuves sont injectées sur le marché français. Une hausse de 30 % en seulement quatre ans. « On a créé un système malade où il est normal de produire en trop, dénonce Emmanuelle Ledoux, directrice générale de l’Institut national de l’économie circulaire. Il faut que tout soit disponible tout le temps, jouer sur la #nouveauté, réduire les coûts avec des #économies_d’échelles… Le résultat, ce sont des niveaux élevés de surproduction. » Des vêtements qui ne servent à rien, donc, et qui alourdissent le #bilan_écologique désastreux de l’industrie de la mode, responsable de 8 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

      Pour limiter l’impact des textiles invendus, la loi anti-gaspillage interdit leur #destruction depuis 2022. Les entreprises présentes sur le marché français sont désormais obligées de les recycler, les vendre à des déstockeurs ou les donner à des #associations en échange d’une réduction fiscale équivalant à 60 % de la valeur des vêtements. Un effet d’aubaine méconnu, mais largement exploité par des poids lourds du secteur comme Shein, Decathlon et Kiabi.

      D’après l’enquête de Disclose, en partenariat avec Reporterre, qui s’appuie sur des documents internes et l’analyse d’une dizaine de rapports d’entreprises, les géants de la fast fashion reçoivent plusieurs millions d’euros de #réductions_d’impôt pour leurs surplus donnés à des associations. Exemple : pour un pantalon vendu 12 euros par Shein, la marque chinoise peut escompter une ristourne fiscale de 7,20 euros si elle choisit de l’offrir à une #recyclerie. De quoi rendre la surproduction rentable pour une enseigne capable de réduire ses coûts de fabrication à quelques dizaines de centimes par article. Mais en bout de chaîne, ce sont les associations qui trinquent : ensevelies sous les vêtements, elles doivent aussi, de plus en plus, les détruire par leurs propres moyens, voire… aux frais du contribuable.

      Un cadeau de Shein contre un reçu fiscal

      « Nous produisons ce que les clients veulent, au moment où ils le veulent et là où ils le veulent », assure le PDG de Shein, #Donald_Tang, dans un entretien au JDD en mars dernier. Selon lui, « ce modèle maximise l’efficacité et réduit le gaspillage presque à zéro ». Vraiment ? Sur le marché privé du #déstockage, où des entreprises s’échangent des lots de vêtements invendus, les colis du mastodonte chinois de la mode sont partout. Ils se vendent même par camions entiers, sur des sites web examinés par Disclose.

      Mais depuis quelques années, les habits Shein produits pour rien ont trouvé de nouveaux débouchés, bien plus rentables : les #brokers en invendus. Ces jeunes pousses françaises mettent en relation les grandes marques de vêtements avec les associations spécialisées dans le don. C’est l’un de ces brokers, baptisé #Dealinka, qui a contacté la recyclerie varoise de Delphine Peruch, en fin d’année dernière, pour lui proposer les palettes de vêtements de Shein.

      Cette #start-up créée en 2023, un an après l’entrée en vigueur de la loi anti-gaspillage, collabore avec les grands acteurs de la solidarité : Les Restos du Cœur, le Secours Populaire ou Les Petits Frères des Pauvres. À ses clients de la fast fashion, Dealinka promet de « réduire les frais liés aux stocks encombrants [et] associés à la destruction des produits ». Surtout, elle insiste sur « les dons effectués par les entreprises à des associations [qui] peuvent être éligibles à des #avantages_fiscaux ». Un argument que l’on retrouve dans un e-mail envoyé à la recyclerie du Var et consulté par Disclose. Dealinka propose ainsi « 21 m3 de marchandises » de Shein, en échange d’un « reçu fiscal que nous retournerons à notre client donateur ». La cargaison étant estimée à 53 167 euros, le « client donateur » — la marque chinoise ou l’un de ses importateurs — peut ici espérer déduire 31 900 euros de ses impôts.

      « La #défiscalisation est d’autant plus intéressante financièrement que, dans le cadre du don, ce sont les entreprises elles-mêmes qui déterminent la valeur de leurs produits », décrypte Romain Canler, directeur de l’Agence du don en nature. Pour Shein, qui propose la bagatelle de 7 000 nouvelles références par jour, d’après les calculs de l’ONG Les Amis de la Terre, rien ne filtre sur le nombre d’invendus. Pas plus que sur le montant des économies fiscales réalisées. Interrogé par Disclose sur le manque à gagner pour l’État, le ministère de l’économie n’a pas donné suite. Mais pour une entreprise au moins, le cadeau du fisc se compte en centaines de milliers d’euros : Decathlon.

      « Donner, c’est bon pour ton portefeuille »

      D’après un tableau obtenu par Disclose, Decathlon a bénéficié de 709 000 euros d’avoirs fiscaux, en 2024, pour 1,18 million d’euros de produits invendus donnés via #Comerso. Le slogan de cette entreprise qui, à l’instar de Dealinka, relie les marques et les associations ? « Vos invendus ont de la valeur ». Dont acte : la ristourne fiscale reversée à Decathlon, propriété de la richissime famille Mulliez, a presque triplé entre 2021 et 2024, toujours selon ce document interne. « En 2023, ces dons en nature équivalent à 0,01 % du chiffre d’affaires de Decathlon France », relativise la marque auprès de Disclose.

      « On commence à générer pas mal de cash » (Thomas Moreau, cofondateur de la start-up #Done, un broker d’invendus qui travaille pour Decathlon)

      La promesse d’économies fiscales, c’est aussi l’argument coup de poing de l’autre broker partenaire de l’enseigne française, la start-up lilloise Done. Le déstockage de vêtements vers des associations y est carrément présenté comme un « acte noble récompensé par 60 % en réduction d’impôt ». « On commence à générer pas mal de cash », confiait l’un des cofondateurs de la start-up à La Voix du Nord, en janvier dernier. Done prélève une commission de 12 % sur la valeur des stocks récupérés. Soit 12 000 euros pour 100 000 euros de vêtements offerts à des associations, les 48 000 euros restants revenant aux enseignes sous forme de réduction fiscale.

      Plutôt que d’interroger son modèle de production, qui alimente l’exploitation humaine au Bangladesh et en Chine, mais aussi la déforestation au Brésil comme l’a révélé Disclose, Decathlon fait du don un mantra. Sollicitée, l’enseigne indique qu’en 2024 « près de 90 % de [ses] magasins en France ont participé à des actions de dons, bénéficiant à plus de 200 associations ». Et à ses finances. Sur un site web destiné aux responsables de magasin, que Disclose a consulté, l’incitation fiscale est clairement présentée comme une motivation au don : « donner, c’est bon pour ton portefeuille ». Et à ce jeu-là, une autre enseigne de la famille Mulliez a redoublé d’ingéniosité : Kiabi.

      Le tour de passe-passe de #Kiabi

      En France, le champion français du prêt-à-porter ouvre un magasin tous les dix jours. Et plus de 800 000 vêtements Kiabi sont mis en vente chaque jour. Combien d’autres sont produits pour rien ? Selon les calculs de Disclose, basés sur ses déclarations extra-financières, la marque a généré au moins 5,6 millions d’invendus en 2023. Un volume qui a quasi doublé en deux ans. S’ils étaient tous mis en rayon ensemble, ces vêtements occuperaient environ 100 magasins de l’enseigne.

      Fort heureusement, Kiabi a trouvé une combine pour écouler ses surplus, tout en profitant de la générosité de l’État : les #Petits_Magasins. Avec ce concept « génial », comme elle le vante sur ses réseaux sociaux, la marque déstocke ses invendus auprès de boutiques solidaires qui vendent uniquement ses produits, sans passer par des intermédiaires. Encore mieux, ces Petits Magasins forment des salarié·es en insertion. L’idée, lancée en 2017, coche toutes les cases du cercle vertueux. À un gros détail près.

      Les Petits Magasins sont chapeautés par la société #Kivi, une joint-venture entre #Bunsha, la holding des magasins Kiabi, et le groupe d’insertion #Vitamine_T, qui compte le DRH de Kiabi à son conseil d’administration. Autrement dit, dans ce système « génial », Kiabi donne à Kiabi. Sauf « [qu’]il y a des rescrits fiscaux derrière ces dons », révèle le responsable de l’une de ces structures qui souhaite rester anonyme. Une information confirmée à Disclose par un ancien cadre de la marque.

      D’ici 2026, le leader français de la #mode_éphémère ambitionne d’écouler la totalité de ses invendus via les Petits Magasins fiscalement optimisables. Kiabi n’a pas souhaité communiquer à Disclose le montant des #exonérations_fiscales déjà obtenues grâce à cette opération. Mais en extrapolant ses derniers chiffres connus — 430 000 vêtements donnés aux Petits Magasins en 2021, d’une valeur de 1,9 million d’euros —, Kiabi aurait pu compter sur une réduction d’impôts de près de 15 millions d’euros si elle avait donné l’intégralité de ses invendus en 2023. Et sa soif d’argent public ne s’arrête pas là.
      Double peine pour les finances publiques

      Malgré un chiffre d’affaires record de 2,3 milliards d’euros en 2024, dont 45 millions d’euros reversés en dividendes à la famille Mulliez, Kiabi profite d’autres largesses publiques pour rentabiliser sa surproduction. À Reims (Marne), son tout nouveau Petit Magasin est implanté dans des locaux subventionnés par un bailleur social. À Hem (Nord), c’est la mairie qui a prêté un local rénové à ses frais. La communauté d’agglomération de Lens-Liévin (Pas-de-Calais) a quant à elle attribué, début mars, une subvention de 3 000 euros au Petit Magasin de Kiabi.

      En quelques années, au moins 30 de ces « #boutiques_solidaires » ont essaimé sur le territoire. Pourtant, Kiabi ne parvient pas à liquider l’ensemble de ses invendus : au moins un vêtement sur cinq donné aux Petits Magasins ne trouve pas preneur. Ces habits encore étiquetés sont alors susceptibles d’être donnés à des associations, au risque de concurrencer les véritables pièces de seconde main. « En injectant des invendus dans cette filière, les #fripes ne sont plus compétitives », regrette Emmanuelle Ledoux de l’Institut national de l’#économie_circulaire. La raison ? Les vêtements d’occasion demandent beaucoup plus de travail aux structures de ré-emploi, comme l’explique Lisa Coinus, ex-responsable textile au sein d’une ressourcerie à Arles : « Derrière une fripe de seconde main, il y a 20 minutes de travail de tri. Si elle nécessite un nettoyage, on passe à 30 minutes. Avec une petite réparation, on monte à 45 minutes. Une fringue Kiabi ou Shein neuve qui arrive, vous la mettez directement sur les étals ».

      Illustration de la saturation du secteur, son ancienne association accumule les stocks de vêtements sur un parking, à l’air libre. « En mars dernier, on a dépensé 8 000 euros pour enfouir 10 tonnes à la déchetterie », témoigne Lisa Coinus. Et quand les structures ne peuvent pas assumer ces coûts, les collectivités locales prennent le relais. C’est là un dernier coût caché des invendus de la fast fashion : un jour ou l’autre, ils finiront dans la filière des #déchets textiles. En théorie, cette dernière est financée par une #taxe versée par les enseignes de mode sauf… si les vêtements ont fait l’objet d’un don. « Au final, l’entreprise transfère à la collectivité la charge de l’élimination de ses déchets », analyse Bertrand Bohain, délégué général du Cercle du recyclage. Gouffre pour les #finances_publiques, inutile pour limiter la production exponentielle de la fast fashion, la loi anti-gaspillage porte décidément mal son nom.

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