• Ehpad : le manque de contrôle en question
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/01/27/ehpad-le-manque-de-controle-en-question_6111262_3224.html


    ça à l’air beau et clean, j’achète !

    L’établissement Les Bords de Seine, mis en cause dans « Les Fossoyeurs », le livre de Victor Castanet https://seenthis.net/messages/945646, avait été visité en 2018 par les inspecteurs de l’ARS Ile-de-France, en vain.

    Pour éviter que l’embrasement médiatique ne tourne à la déflagration politique, le gouvernement n’a pas tardé à circonscrire l’incendie. Mardi 25 janvier, le ministre de la santé, Olivier Véran, a posé le premier pare-feu. La veille de la sortie du livre de Victor Castanet, Les Fossoyeurs (Fayard, 400 pages, 22,90 euros), qui contient une mine de révélations explosives sur les « dysfonctionnements » dans certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) du groupe privé Orpea, leader mondial de la prise en charge de la dépendance, le ministre de la santé a indiqué qu’il envisageait de lancer une enquête de l’inspection générale des affaires sociales sur l’entreprise, dont le siège est à Puteaux (Hauts-de-Seine).

    Dans la foulée, la ministre déléguée chargée de l’autonomie, Brigitte Bourguignon, a écrit, jeudi, au directeur général du groupe, Yves Le Masne, pour le convoquer à un entretien, le 1er février, en lui exposant sept points sur lesquels elle attend des « explications ». La ministre aura en main les résultats d’une « enquête flash » qu’elle vient de demander à l’agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France sur l’Ehpad Les Bords de Seine à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), établissement au cœur de l’enquête menée par l’auteur. « Si ces faits sont avérés, a déclaré, mercredi, Gabriel Attal, le porte-parole du gouvernement, ils devront être sanctionnés avec la plus grande sévérité. »

    De son côté, le groupe Orpea a annoncé, mercredi, qu’il mandatait deux cabinets d’audit pour « une mission indépendante d’évaluation sur l’ensemble des allégations rapportées dans ce livre (…). Nous continuons à affirmer qu’à aucun moment la direction du groupe n’a mis en place un système quelconque pour orchestrer les pratiques qui lui sont reprochées _ », indique l’entreprise dans un communiqué.

    « Optimisation de la masse salariale »

    Dans son livre, Victor Castanet part donc de l’Ehpad Les Bords de Seine, établissement le plus luxueux du groupe, où il a pu recueillir la parole de familles de résidents qui lui racontent les « manquements » et « mauvais traitements » infligés à leurs parents ou grands-parents pensionnaires. Puis, à partir de témoignages d’anciens directeurs de cet établissement mais aussi d’autres Ehpad du groupe et d’anciens dirigeants, il reconstitue le puzzle de ce qu’il appelle « le système Orpea ». Une mécanique qui transforme, selon lui, chaque équipe de direction d’établissement en « cost killer » avec promesse de percevoir des primes indexées sur les résultats.

    Au fil des pages, le lecteur découvre comment les directeurs sont incités par la direction du groupe à ne pas consommer la totalité des enveloppes attribuées par l’agence régionale de santé et par le conseil départemental, les deux financeurs publics de chaque Ehpad en France. L’objectif consiste à obtenir le « taux d’occupation » des lits le plus élevé et les dépenses de personnels les moins onéreuses possibles. « Chez Orpea, ce n’est pas le besoin qui détermine fondamentalement la décision. C’est une équation budgétaire », cingle Victor Castanet. L’« optimisation de la masse salariale » suppose de recourir à des vacataires plutôt qu’à des CDI. Il s’agit pour cela d’invoquer « un accroissement temporaire d’activité », la nécessité de « remplacer des salariés absents », quitte à recourir à de « faux CDD de remplacement ». Aux Bords de Seine, écrit l’auteur, « on avait trouvé la parade, semble-t-il. Rédiger des CDD de remplacement en inventant des personnes à remplacer. »

    Dans cet Ehpad mais aussi dans d’autres établissements du groupe, le directeur établit des fiches portant des noms de salariés censés être embauchés en CDI afin de pouvoir justifier le recours à un emploi temporaire qui pallierait leur absence. « M. Adani [nom modifié d’un ancien directeur] me raconte qu’il est contraint d’user de cette technique. Mais lui ne s’embête même pas à chercher des noms d’aides-soignantes extérieures au groupe. Il met souvent le nom de sa nièce sur le poste, comme personne à remplacer. Et tout le monde n’y aurait vu que du feu. » Une ancienne membre du service RH du groupe confie à l’auteur que tout est prévu pour que la responsabilité de pareilles « fraudes » au droit du travail ne puisse pas être imputée à la direction générale.

    « Impuissance » des autorités de tutelle

    S’agissant de l’achat de produits d’hygiène et de santé, Victor Castanet explique qu’Orpea paie les factures aux fournisseurs d’un montant équivalent aux crédits versés par l’ARS et le département. En retour, le siège de l’entreprise négocie une « rétrocession » financière à certains de ces prestataires. Ces « ristournes » d’argent public versées à Orpea permettent de réduire les dépenses. A cela s’ajoutent des règles d’économie très strictes. A l’Ehpad Les Bords de Seine, consigne était donnée de ne pas dépasser l’utilisation de trois couches par jour et par résident…

    L’auteur dépeint une entreprise dont les dirigeants se sentent « intouchables » et met en cause « l’impuissance » des autorités de tutelle face à ces « dysfonctionnements ». Une critique que le gouvernement veut à tout prix contrer en multipliant soudainement les contrôles. [le parquet ne s’est pas saisi de l’affaire ! ndc]

    L’établissement a pourtant déjà fait l’objet d’un contrôle, en juillet 2018, qui a donné lieu à un rapport en 2019. L’inspection s’est faite de manière inopinée à la suite d’un signalement d’une famille de résident. Mediapart, dans un article en janvier 2018, avait révélé que l’ARS avait été destinataire de « réclamations » de famille en 2016. Selon le cabinet de Mme Bourguignon, un nouveau « signalement concernant une résidente sur des suspicions d’actes de maltraitance de défaut de soins » est remonté à l’ARS en 2017. Raison qui a motivé l’inspection inopinée de l’établissement en juillet 2018. En décembre 2019, une nouvelle plainte de résidents atterrit sur le bureau de l’ARS envoyée pat le Défenseur des droits. En mars 2020, l’ARS répond à ce dernier qu’elle mènera un nouveau contrôle mais la crise sanitaire entraîne son report sine die.

    Dans l’unique rapport remis en 2019 sur cet Ehpad, l’ARS recommande « une augmentation immédiate des temps de médecin coordonnateur, de nouveaux protocoles d’intervention des auxiliaires de vie et une meilleure prise en compte des signalements ». Mais elle ne soupçonne pas alors le système d’optimisation des coûts révélée par l’enquête de Victor Castanet, encore moins les rétrocommissions. Du reste, ni l’inspection du travail, ni les corps d’inspection rattachés à Bercy n’ont jamais mis à jour de tels stratagèmes.

    Les contrôles des #ARS « ont de sérieuses limites, reconnaît un haut fonctionnaire, expert du sujet. Il faut que vous sachiez que les ARS n’accèdent pas à la totalité des comptes des Ehpad lucratifs car ce sont des sociétés commerciales régies par le code du commerce, qui édicte des règles de confidentialité ». Enfin, si un établissement, quel que soit son statut, ne consomme pas la totalité des dotations qui lui sont versées, il n’est pas tenu de les restituer. Les Ehpad peuvent ainsi se constituer une trésorerie à condition de savoir bien négocier une enveloppe prévisionnelle suffisamment grande chaque année avec l’ARS et le département.

    Dérives hors du privé

    Si le livre de Victor Castanet décrit la manière dont Orpea joue avec les règles du jeu fixées par la puissance publique, l’entreprise n’est pas la seule face aux critiques. En octobre 2016, l’ARS d’Ile-de-France a rendu un rapport d’inspection sévère, auquel Le Monde a eu accès, sur un Ehpad de quelque 500 lits à Paris, dans le 12e arrondissement. L’ARS constate un recours très important aux CDD, à des intérimaires, une instabilité importante du personnel médical, qui ont « une incidence négative sur la prise en charge des résidents ». Dans cet établissement privé non lucratif, le « nombre de changes est limité à deux par jour », un rationnement pire qu’à l’Ehpad Orpea des Bords de Seine.

    Dans un rapport de mars 2021, la chambre régionale des comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes épingle l’#Ehpad de Saint-Chamond (Loire) pour son « turnover de salariés », son « taux de CDD très élevé ». Or, l’établissement a un statut associatif. Preuve que les dérives décrites ne sont pas l’apanage des groupes privés… A cela près que leur prix à la journée, élevé, et la manne publique qu’ils reçoivent devraient leur permettre de garantir les meilleurs soins à leurs pensionnaires. Or, les seuls à ne pas se plaindre, semble-t-il, sont leurs actionnaires.

    La dépendance liée au grand âge est un choix de société
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/01/27/la-dependance-liee-au-grand-age-un-choix-de-societe_6111208_3232.html

    Editorial du « Monde ». Alors que la révélation sur la gestion des Ehpad du groupe Orpea est devenue une affaire politique, il n’est pas trop tard pour que le grand âge devienne un thème de la campagne présidentielle.

    Création d’emplois, allocations, soins… Les candidats à la présidentielle rivalisent de généreuses propositions pour les Ehpad
    https://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2022/article/2022/01/27/creation-d-emplois-allocations-soins-pour-les-ehpad-les-candidats-rivalisent

    Tous suggèrent de renforcer le contrôle sur les maisons de retraite médicalisées et d’accroître les dépenses en faveur du grand âge. Mais aucun n’évoque le financement de long terme de la dépendance.

    « Bouleversant » pour Valérie Pécresse, « ignoble » pour Marine Le Pen, « grave » pour Fabien Roussel… C’est par l’émotion que s’est imposée la question des Ehpad dans la campagne présidentielle. Les révélations du livre-enquête Les Fossoyeurs (Fayard, 388 pages, 22,90 euros), du journaliste Victor Castanet, qui documente les dérives dans certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) privés, a incité, depuis lundi 24 janvier, les principaux candidats à se positionner. Alors que plus de 600 000 personnes vivent aujourd’hui en Ehpad, l’enjeu du grand âge ne cessera de s’accroître – d’ici à 2030, la France comptera 21 millions de seniors d’au moins 60 ans, dont 3 millions en perte d’autonomie, selon les projections de la Drees et de l’Insee.

    Les candidats au scrutin d’avril se satisfont donc de voir à l’ordre du jour un thème qui leur permet d’avancer leurs idées, tout en plaçant l’exécutif sur la défensive. A gauche, deux types de mesures reviennent : augmentation des effectifs et réduction de la place des Ehpad privés. La députée Caroline Fiat (La France insoumise), ancienne aide-soignante de nuit dans un Ehpad du groupe Korian, a contribué sur ce point au programme de Jean-Luc Mélenchon. Elle soutient l’interdiction pure et simple des Ehpad privés lucratifs, le recrutement de 210 000 personnes et un ratio d’encadrement minimal de 0,6 (ce qui correspond à 60 soignants pour 100 résidents). Un coût qu’elle estime à 8 milliards d’euros, soit « deux ISF ».

    Même son de cloche chez le candidat communiste Fabien Roussel. « Le problème, c’est qu’on a laissé au marché le soin de s’occuper du grand âge », a tranché le député du Nord sur Franceinfo. Favorable à « un grand service public du grand âge », il propose d’exclure toute gestion à but lucratif, avec expropriation et placement des établissements sous tutelle en cas de « maltraitances avérées ». Et souhaite créer, en seulement trois ans, 300 000 emplois en Ehpad et 100 000 aides à domicile, avec un ratio d’un soignant par résident.

    « Priorité absolue »

    Yannick Jadot aborde, par l’intermédiaire de sa porte-parole, Delphine Batho, l’enjeu de l’attractivité des métiers dans ces établissements. « Vous n’arriverez pas à remplir les postes s’il n’y a pas de meilleures conditions de travail et une meilleure reconnaissance de la société », insiste la députée des Deux-Sèvres, qui dit avoir reçu des alertes sur Orpéa dans sa circonscription. « Le bien-être et le soin à nos anciens sont une priorité absolue, poursuit-elle, et font partie des choses que les leçons de la pandémie devaient mettre à l’ordre du jour. Or, le gouvernement actuel n’a cessé de remettre à plus tard les questions de financement sur le grand âge. » Le candidat écologiste proposera un ratio de 0,8 équivalent temps plein par résident (mais incluant les personnels administratifs), l’arrêt de toute création de places en Ehpad privés, le contrôle renforcé de ces établissements et, enfin, la revalorisation des carrières et métiers.

    Anne Hidalgo, dans son programme, avance des propositions du même ordre, quoique plus floues et sans objectifs chiffrés : un « service public d’accompagnement de la perte d’autonomie pour orienter et conseiller les familles », une revalorisation de l’allocation personnalisée d’autonomie, destinée aux personnes âgée, et « une présence humaine plus importante dans les Ehpad ». Les députés socialistes ont, de leur côté, demandé à obtenir le droit de visiter inopinément les Ehpad, comme pour les lieux de privation de liberté.

    « Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord », a signalé Marine Le Pen, familière des « visites surprises » dans les prisons et les centres de rétention administrative. Mardi, la candidate du Rassemblement national avait réclamé la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion des Ehpad par les groupes privés. Sans parler de ratio, elle propose « un minimum » d’un médecin coordonnateur et d’une infirmière « vingt-quatre heures sur vingt-quatre » dans chaque Ehpad. Elle souhaite enfin porter la durée du congé des proches aidants à douze mois sur une carrière, avec indemnisation indexée sur le revenu, jusqu’à 100 % au niveau du smic.

    « Maintien à domicile »

    Valérie Pécresse indique au Monde qu’elle souhaite « radicalement changer le modèle des Ehpad ». « Une civilisation se juge à la place et au respect qu’elle accorde à ses anciens, y compris quand ceux-ci deviennent vulnérables, développe la candidate Les Républicains. Je veux tirer les leçons de ce naufrage. » Elle promet de renforcer la transparence sur la qualité des Ehpad, publics ou privés, à l’aide d’un « référentiel obligatoire » publié, détaillant les conditions de vie (qualité des repas, taille des chambres, activités de vie sociale, temps consacré à chaque résident…) et la qualité des soins. Les Ehpad qui « ne respecteront pas ces indicateurs seront fermés », prévient-elle, et les exploitants qui portent « atteinte à la dignité humaine » de leurs résidents au nom du « profit » seront « poursuivis ».

    Mais la candidate LR veut surtout encourager le virage domiciliaire de la politique du grand âge, qu’elle décrit comme une « révolution ». « Je donnerai la priorité au maintien à domicile », promet-elle, par le doublement des crédits d’impôt pour les services à la personne et l’aménagement de logements adaptés en centre-ville.
    Interrogé mercredi sur Public Sénat, Eric Zemmour, embarrassé, a proposé de supprimer les agences régionales de santé et d’instaurer « un vrai contrôle de l’Etat sérieux » par le préfet. Le candidat d’extrême droite a ensuite rectifié en proposant d’« améliorer le contrôle en amont », lors de la délivrance des agréments, sans autre proposition. Il a souligné qu’il n’avait pas attendu la sortie d’un livre pour en parler dans « Face à l’info », sur CNews. Mais, en juillet 2021, dans son émission consacrée au « péril vieux des baby-boomeurs », Zemmour fustigeait plutôt les « caprices » d’une génération : « Quand ils étaient jeunes, il fallait que les jeunes soient sur le pavois, maintenant qu’ils sont vieux, il faut que toute la société soit organisée autour d’eux. (…) Ils veulent – comme ils sont les plus nombreux et les plus puissants, puisqu’ils votent – que l’Etat mette beaucoup d’argent dans leurs Ehpad. »

    En parallèle des promesses de revalorisation, de recrutements ou de crédits d’impôt, aucun des candidats n’a développé ses vues sur le financement à long terme de la dépendance – qui impliquerait de toucher aux cotisations, au reste à charge ou encore à la CSG des retraités. Des mesures sans doute trop impopulaires à moins de trois mois du scrutin présidentiel.

    • Investir dans des chambres d’Ehpad, un placement discutable
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/01/27/investir-dans-des-chambres-d-ehpad-un-placement-discutable_6111219_3234.html

      Ces produits d’investissement locatif affichent des rendements élevés, autour de 5 %. Ils participent à la pression financière qui pèse sur les résidents et sur le personnel des maisons de retraite.

      Investir dans la vieillesse en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) est devenu un marché florissant et lucratif. Sur Internet, d’innombrables publicités promettent aux épargnants des rendements élevés (de 4 % à 6 %) pour l’achat d’une chambre en maison de retraite médicalisée privée, dont ils percevront des loyers. Les investisseurs peuvent aussi acquérir des parts de sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) ayant en portefeuille un parc de maisons de retraite.

      « Ça marche très fort, nous avons collecté 780 millions d’euros en 2021, contre 500 millions d’euros un an plus tôt. Le Covid a encore renforcé ce marché », dit Thierry Scheur chez Euryale, qui gère une de ces SCPI, Pierval Santé, à la tête, notamment, dequatre-vingt-sept Ehpad. « Je reprends la propriété des murs, et les exploitants des établissements médicalisés me versent un loyer », explique M. Scheur. En achetant des parts, les investisseurs ont obtenu, en 2021, un rendement de 4,8 %. Même constat du côté de Sacha Rubinski, président de Blue Bear Capital, qui vend lui aussi les murs des Ehpad à de gros investisseurs : « C’est un secteur très attractif : le taux d’occupation des Ehpad approche les 100 %, car l’offre est calée sur la demande par les pouvoirs publics en fonction de la pyramide des âges, c’est une sécurité très forte. »

      Pour les conseillers financiers, l’investissement locatif en chambres d’Ehpad est en outre un marché d’avenir. Selon les dernières projections de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, 108 000 seniors de plus seraient attendus en Ehpad d’ici à 2030, ce qui supposerait de doubler dans la durée le rythme d’ouverture de places observé depuis 2012. « Ces placements permettent de financer les maisons de retraite privées et sont assortis d’avantages fiscaux pour inciter les particuliers à investir. C’est une façon de faire rentrer de l’argent privé pour des biens que l’Etat ne parvient pas à financer », avance Cyrille Chartier-Kastler, fondateur de Facts & Figures, un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans la protection sociale.

      « Pression sur la gestion »

      Ce modèle d’affaires soulève toutefois quelques questions. « Le rendement servi aux investisseurs pour ces investissements locatifs a un lien avec les tarifs que paient les résidents pour leur hébergement en Ehpad, souligne l’associé d’un cabinet de conseil accompagnant les Ehpad dans leur pilotage financier, soucieux de conserver l’anonymat. Attendre une rémunération de 6 % pour un service public de l’autonomie, c’est un peu dérangeant. » Selon des chiffres publiés en 2019 par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, le coût médian d’une place en Ehpad atteignait 1 884 euros par mois dans le secteur public, contre 2 657 d’euros dans le privé commercial. Or, la pension moyenne nette des retraités en France avoisinait, en 2019, les 1 400 euros.

      Pour Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage.com, à destination des personnes âgées et des aidants, « ces gros rendements promis aux épargnants contribuent à la pression sur la gestion des Ehpad et rejaillissent soit sur le personnel, soit sur le niveau de prestation fourni aux résidents ».

      Conseiller en gestion de patrimoine, Gérard Maurin a fait le choix de ne pas proposer ce type de produit à ses clients, parce qu’il juge au contraire le rendement insuffisant au regard du risque pris par l’investisseur. « Si l’exploitant de l’Ehpad fait faillite, ou s’il résilie le bail, vous vous retrouvez coincé, dit-il. Votre épargne ne vous rapporte plus rien, et vous ne pouvez rien y faire. » « Il faut avoir en tête les rénovations régulières de la résidence, les parties communes s’abîment très vite, ajoute M. Chartier-Kastler. Le système, dans sa globalité, me gêne : le conseiller financier perçoit une commission importante sur la vente d’une chambre en Ehpad, entre 8 % et 10 %, mais tout n’est pas toujours dit clairement à l’investisseur. »

      #or_gris

    • Scandale dans les Ehpad : Orpea sous la menace d’une action de groupe
      https://www.leparisien.fr/societe/scandale-dans-les-ehpad-orpea-sous-la-menace-dune-action-de-groupe-30-01-

      il me semble que la procédure est nouvelle, ne me souviens pas de résultats significatifs, mais avec des famille qui ont put payer des milliers d’euros par mois pour le séjour de vieux en butte à des sévices, et des avocats en recherche de belles affaires, le groupe pourrait se trouver face à une meute de pitts bull quérulents à durée indéterminée.
      si les 15 millions promis à Victor Castanet pour qu’il cesse son enquête n’étaient pas une chausse trappe pour le compromettre mais une offre réelle, Orpéa aura à allonger davantage pour obtenir des accords en échange d’abandon de procédure.

      le parquet ne s’est toujours pas saisi.
      #paywall

    • toujours pas de saisine du parquet sur Orpéa (abus de biens sociaux, maltraitance, fausses factures. c’est de bonne guerre, le faire ce serait risquer d’avoir à faire de même dans tout le secteur.

      Le gouvernement va lancer une enquête administrative et une enquête financière, a, par ailleurs, annoncé la ministre, mardi sur France Inter. « C’est tout le groupe que nous allons interroger. Et nous lançons une enquête IGAS [Inspection générale des affaires sociales] et une enquête financière, de l’IGF [Inspection générale des finances]. Et toutes les ARS [agences régionales de santé] iront voir tous les établissements de ce groupe. » (...)

      La ministre a aussi affirmé que le référentiel de qualité des Ehpad – le classement des meilleurs établissements, au même titre que les hôpitaux –, annoncé depuis plusieurs années, « va être publié dans trois semaines ».

      Sur le plan judiciaire, Orpea est, par ailleurs, sous la menace d’une « action collective conjointe » lancée par les familles de résidents en colère. En portant plainte simultanément, elles « entendent faire nombre, avoir du poids face à un géant », a expliqué, lundi, leur avocate, Me Sarah Saldmann, qui veut lancer cette procédure d’ici à quelques semaines pour, selon les dossiers, « homicide involontaire, mise en danger délibérée de la vie d’autrui, violence par négligence » ou « non-assistance à personne en danger ».

      https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/02/01/orpea-le-nouveau-pdg-convoque-mardi-par-le-gouvernement_6111793_3224.html

    • Le DG d’#Orpea limogé dimanche, Yves Le Masne, a vendu des milliers d’actions 3 semaines après avoir été informé de la future parution du livre choc Les Fossoyeurs mettant en cause les pratiques du groupe. Une opération qui lui a rapporté près de 590.000€.

      L’ex-DG a mis en vente 5.456 titres #Orpea au prix de 107€ chacun. Depuis les révélations, l’action Orpea a dévissé à la Bourse de Paris. Elle vaut ce 1er février au soir 40€. Près de 30% de moins qu’il y a 5 jours, date de sortie des Fossoyeurs, précise Challenges...
      (Canard)

      #délit_d'initié

    • Business model . Jean-Claude Marian, fondateur d’Orpea, le business de l’âge jusqu’au milliard

      Neuropsychiatre de formation, n’ayant jamais exercé, l’octogénaire avait parmi les premiers reniflé le filon : la financiarisation du secteur des maisons de retraite permettrait d’en tirer de juteux dividendes. « Tout ce qui touchait à la santé de près ou de loin s’envolait, se souvient un ami de Marian. Les investisseurs se sont rués sur l’or gris. » En 1989, il ouvre son premier établissement, crée Orpea et bâtit un leader mondial, introduit en Bourse en 2002. Jusqu’à la parution du livre, ce sont les mots « business model », « retour sur investissements » ou « profitabilité » qui caractérisaient le groupe dans les articles qui lui étaient consacrés.

      Les lits des personnes âgées ont permis à Jean-Claude Marian d’engranger des sommes colossales. Fin 2012, il détient 20,16% du capital du groupe (23,09% avec les autres membres de sa famille), des parts qui lui rapportent quelque 7 millions d’euros de dividendes annuels. Un premier tournant se produit en 2013 : en novembre, révèle le livre les Fossoyeurs, la police, qui enquête sur une affaire d’#évasion_fiscale impliquant un cadre d’Orpea, perquisitionne chez un proche de Marian, dont le boulot discret consiste alors à faire le lien entre le groupe et les élus, afin d’obtenir des autorisations d’ouverture d’établissements.

      Marian a-t-il craint que la révélation de l’affaire fasse chuter le cours de Bourse, lui occasionnant de sérieuses pertes ? Quelques semaines plus tard, il vend 15,9% de ses parts à un fonds de pension canadien. L’action est à 40,34 euros. Le patron encaisse 321 millions d’euros, sans que l’affaire judiciaire soit révélée – elle le sera dans le livre paru la semaine dernière. Lui qui avait intégré dès 2001 le classement Challenges des fortunes professionnelles, fait en tout cas une entrée fracassante dans la catégorie des super-riches. Bingo : résident belge depuis 2006, il ne paie aucun impôt sur la vente de ses actions, comme le permet ce paradis des rentiers. Accessoirement il n’est plus assujetti à l’ISI (ex-ISF) français depuis son installation sur place.

      https://justpaste.it/50opj

      encore un beau résultat favorisé par l’apologie de l’entreprise et de sa liberté anonnée par le PS des années 80

      #santé #privatisation

    • Orpéa devrait changer de nom (à la radio)

      edit

      « Rien n’échappe à la marchandisation, pas même les plus fragiles, qu’ils soient âgés ou non », Anne Salmon
      https://seenthis.net/messages/948335

      Clinea, l’autre « cash machine » du groupe Orpea
      https://seenthis.net/messages/948334

      Après Orpea, le groupe Korian visé par des dizaines de signalements pour maltraitance dans ses Ehpad
      https://seenthis.net/messages/948043

      Maltraitance dans les Ehpad : « J’ai reçu des dizaines de témoignages », déclare l’avocate Sarah Saldmann qui va lancer une action collective en avril contre le groupe Korian
      https://seenthis.net/messages/948012

      « Fossoyeurs », une enquête sur le business du grand âge, "bonnes feuilles"
      https://seenthis.net/messages/945646

  • On #Equifax

    Professor Bill Black … , … the white-collar criminologist ...

    „… This is like a bad novel that someone wrote who hated corporations…“

    https://youtu.be/xfQWvf2k2lw

    #data_breach #identity_theft #insider_trading #fraud

    The video script, you may find here:http://therealnews.com/t2/index.php?option=com_content&task=view&id=31&Itemid=74&jumival=19960

    [...]

    BILL BLACK: First, this is the third major breach in about two years, so they had plenty of warning that their #security, #cybersecurity, was incompetent, and they obviously didn’t fix it. Second, they now say that the breach began in May and that they didn’t detect it ’til July, while they were, as you said, stealing at least 142 million people’s worth of data, probably multiple times. Along the way, by the way, they said proudly, “Ah, but there was no breach of our core system.” Before you ever get to the core, 142 million customers are thrown under the bus. God only knows what the core is. Presumably their own personal data is what they consider the core.

    Once they did discover, finally, the breach, the very first thing that happened, you mentioned part of it, which is three senior executives sold roughly $2 million-ish in shares, including the chief financial officer, who they’re now claiming wasn’t told of the breach. Now, this would be the number-two person, typically, or number-three person in the entire corporation. If they didn’t tell the senior ranks about the breach, when they discovered one of the largest and most destructive breaches in history, you know, well, you can choose to believe that. No one else does.

    On top of that, there was also an immediate ... in the same time period that these senior executives were selling their stock, there was a massive increase in sales of stock options compared to the normal for Equifax, and that almost certainly was again because people had been tipped about what had happened in the breach.

    [...]

    – posté ici: https://diasp.eu/posts/6026718, via
    http://02mydafsoup-01.soup.io/post/631914392/On-Equifax-Professor-Black-the-white-collar

    #white_collar_criminality

  • British spies tapped surveillance database to send a birthday card
    http://www.theverge.com/2016/4/21/11476968/uk-spy-agencies-bulk-personal-datasets-privacy-international

    New documents reveal spies’ casual approach to citizens’ personal data Internal documents from UK spy agencies have revealed how mass surveillance techniques are used to collect dossiers of citizens’ personal data. The files — which include internal memos from MI5, MI6, and GCHQ — show that the intelligence services have been gathering personal information into searchable “bulk personal datasets” or BPDs for years. These files can include travel records, financial data, and communications data (...)

    #GCHQ #données #MI5 #Midi_System #surveillance

  • Les petits arrangements du capital-risque - Fusion
    http://alireailleurs.tumblr.com/post/113772742781

    Le journaliste Kevin Rose de Fusion pointe du doigt les petits arrangement du capital-risque américain. Les grandes sociétés du secteur investissent massivement dans des start-ups dirigées par des associés et partenaires. Une pratique d’initiés assez courante semble-t-il, mais qui pose tout de même quelques questions éthiques, estime Rose, qui rapporte s’être fait copieusement insulté sur Twitter par des capitaux-risqueurs en discutant de ce sujet. Le problème est que les startupeurs éconduits par ces grandes sociétés du capital-risque peuvent légitimement se poser des questions sur les raisons qui les ont écartés des mises de fonds : leur projet était-il mauvais ou l’un des associé a-t-il l’objectif de lancer une société concurrente ? Le capital-risque n’est pas sans conflits d’intérêts. Mais les (...)

    #investissement #régulation