• A priori, la plupart des gens seront d’accord pour dire que la pédocriminalité est une horreur, qu’ils sont résolument choqués par le viol et qu’ils condamnent avec la plus grande fermeté les violences sexuelles.

    En même temps, le film de Roman Polanski, J’accuse, fait le troisième meilleur démarrage de l’année pour un film français.


    On va arrêter de tourner autour du pot, de couper les cheveux en quatre, de se triturer les neurones. Ce succès signifie une chose toute simple : la plupart des gens s’en contrefoutent des violences sexuelles. Pour beaucoup de gens, la pédocriminalité, ou l’hébécriminalité, ce n’est pas grave. On peut violer une fille de 13 ans. Elle l’aura bien cherché d’une manière ou d’une autre.

    Bien sûr, ils ne le formulent pas comme ça. Ils sont sans doute nombreux à affirmer qu’on ne sait pas ce qu’il s’est vraiment passé. Qu’ils ne sont pas juges. Ils laissent la place au doute, et le doute bénéficie à l’accusé. Sauf que Polanski n’a jamais nié les rapports sexuels avec Samantha Geimer. Rappelons que, en l’occurrence, on parle non seulement d’un rapport vaginal mais également anal. On parle de sodomiser une fille de 13 ans. Je vois mal comment on peut soutenir qu’elle en avait vraiment envie. Quand les faits avérés sont : une pénétration anale sur une fille de 13 ans à qui l’on a filé des barbituriques et de l’alcool, j’ai un peu de mal à situer le doute.

    Ah oui, mais les gens, ils ne savent pas ça, ils ne sont pas au courant de ces détails.
    Bah non. Pour une raison toute simple : ça ne les intéresse pas. Ils ne veulent pas les connaître, ces détails. La vérité, c’est qu’ils veulent pouvoir aller voir un bon film tranquillou. Alors franchement, les violences sexuelles versus un bon film… Bah, c’est le bon film qui l’emporte. Et ça, ça veut dire qu’ils s’en foutent des viols perpétrés à l’encontre des jeunes filles. On peut leur expliquer que Polanski n’a pas nié les faits, on peut leur sortir une vieille interview vidéo dans laquelle il évoque son attirance pour les jeunes filles de 14 ans de manière totalement décomplexée. On peut leur donner la liste de celles qui se disent victimes, douze au total quand même.

    Ils s’en foutent.

    Dans le fond, je suis convaincue qu’ils s’en foutent même de la présomption d’innocence. Elle ne leur sert que de parapluie. Ils ont envie de voir ce très bon film qui a des très bonnes critiques. Pourquoi donc ils se priveraient de deux heures et douze minutes de plaisir cinématographique ? Tout le reste, ça ne les concerne pas.

    Il faut se regarder en face deux secondes et admettre la vérité : on s’en fout des viols. Enfin… ça devient très grave –à condition qu’il s’agisse d’un réalisateur moyen. En matière de pédocriminalité, on n’a pas le droit à la médiocrité. Faut pas déconner, ça se mérite le droit de violer. Mais un grand réalisateur, bah il a le droit. C’est tout. Le plaisir qu’on va tirer à regarder un film se situe bien au-dessus de nos soi-disant valeurs absolues selon lesquelles le viol, notamment sur mineure, c’est très mal.

    Ces gens me rappellent la réaction de certains catholiques face aux viols dans l’Église. Pour eux, la religion et l’Église sont des valeurs absolues, et ça leur est extrêmement difficile d’affronter les révélations des victimes. Le prêtre accusé est toujours décrit comme tellement gentil, serviable etc. Qu’est-ce qu’on peut se moquer de ces gens, les tourner en ridicule parce qu’ils sont obtus, aveugles, de mauvaise foi, qu’ils refusent de voir l’évidence, leur prêtre est pourri, leur Église est pourrie, c’est tout. Mais quand votre religion, c’est l’art, quand vos prêtres sont les artistes (et je n’écris rien de très neuf, le critique Paul Bénichou l’a analysé dans Le sacre de l’écrivain, et cela s’applique parfaitement aux cinéastes), eh bien là, brusquement, on a droit à des discussions quasi théologiques sur la suprématie de l’art, sur l’homme et l’artiste qu’il faudrait distinguer –soit, grosso modo, l’ancienne dichotomie entre l’âme et la chair. La chair est faible, mais l’âme est belle.

    Ce que dit de nous l’affaire Polanski, c’est qu’on s’en branle des violences sexuelles. Malgré tous nos beaux discours, la main sur le cœur, l’air dégoûté par ces monstres, en réalité, ça ne nous dérange pas tant que ça. Ça ne nous empêche ni de dormir, ni d’aller au cinoche. Tant qu’il ne s’agit pas de nos propres filles, évidemment.

    Les violences sexuelles sont partout dans notre société, à un degré sans doute largement sous-estimé, et quand on voit l’état actuel de l’affaire Polanski, on ne peut plus s’en étonner. Les violences sexuelles sont partout, parce qu’on les tolère, parce qu’on est complètement prêts à négocier avec elles, à négocier même une place de cinéma. Comme le faisait remarquer je ne sais plus qui sur Twitter, il faut peut-être différencier l’homme de l’artiste, mais ils ont tous les deux le même compte en banque. Eh bah, c’est pas grave.

    Dans notre société, on peut gagner le droit de violer. Il y aura toujours une pléthore de personnes pour vous trouver des excuses, pour minimiser, pour chipoter. On n’a qu’à dire qu’elles mentent toutes, qu’à 13 ans on peut parfaitement avoir très envie de se faire sodomiser par un homme de 43 ans, que de toute façon il a lui-même tellement souffert que ça lui donne bien le droit de s’autoriser quelques plaisirs, que c’était une autre époque (une époque où, malgré tout, le soir même, Samantha Geimer écrit dans son journal « il m’a violée, merde ! »), que ce qui compte vraiment, c’est l’art, ce sont les films, que tout ça, c’était il y a tellement longtemps, que ce sont de vieilles histoires.

    Ce qui n’est pas une vieille histoire, ce qui est extraordinairement d’actualité, c’est la culture du viol dans laquelle baigne notre société, cette culture que Valérie Rey-Robert a décryptée. Le présent, c’est notre infinie indulgence envers ces violences.

    Pourquoi pas ? Mais arrêtons d’être hypocrites. Assumons. Disons clairement les choses : dans notre culture, le viol est excusable. On ne demande pas aux hommes de ne pas violer. On leur demande de faire de belles œuvres. Pleines de sensibilité et d’intelligence. C’est notre valeur absolue à nous. On placera toujours la parole de l’accusé au-dessus de celle de la victime, tant pis pour elle, tant pis pour nous toutes et tous qui vivons dans cette société destructrice.

    Chez nous, mesdames et messieurs, l’art autorise tout. Amen.

    Titiou Lecoq pour Slate.fr
    #violophilie #culture_du_viol #déni

  • Polytechnique : Montréal reconnaît un attentat antiféministe

    La nouvelle vient de tomber. #30ansPlusTard , la ville de Montréal reconnaît enfin le meurtre de 14 femmes à Polytechnique le 6 décembre 1989 comme un attentat antiféministe. La FFQ se réjouit de cette décision de la municipalité.

    Nommer les violences telles qu’elles sont est un premier pas décisif pour développer des mécanismes de prévention.

    https://christinedelphy.wordpress.com/2019/11/10/polytechnique-montreal-reconnait-un-attentat-antifeminist
    #féminicide #invisibilisation #déni #historicisation

  • Face aux violences sexuelles, LREM ordonne le silence dans les rangs
    12 novembre 2019 Par Lénaïg Bredoux

    Un député de la majorité, Pierre Cabaré, est visé par une enquête préliminaire pour harcèlement sexuel et moral sur sa suppléante. Quatre anciens collègues confirment les accusations. Mais aucune sanction ou mise en retrait n’a été demandée par LREM.

    S’en remettre à la justice et, en attendant, surtout ne rien faire. C’est, en résumé, la politique de La République en marche (LREM) face aux affaires de violences sexistes et sexuelles. Et le contexte n’y change rien, ni l’approche des élections municipales, ni le Grenelle organisé par le gouvernement, ni les engagements publics d’Emmanuel Macron ou de sa ministre Marlène Schiappa.

    Le parti majoritaire s’est ainsi refusé à prendre toute mesure à l’encontre du député Pierre Cabaré, visé depuis plusieurs semaines par une enquête préliminaire pour harcèlement sexuel et moral. Lui parle de « fausses accusations » et a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/121119/face-aux-violences-sexuelles-lrem-ordonne-le-silence-dans-les-rangs

    #metoo #culture_du_viol #LREM #violences_sexuelles #injustice #déni #fémonationalisme #libfem

  • Les évêques catholiques de France discutent d’un forfait pédo-viol.

    https://www.liberation.fr/france/2019/11/09/pedocriminalite-les-eveques-se-lavent-les-mains-et-leur-conscience-a-bon-

    Les victimes auraient majoritairement souhaité que les évêques attendent les conclusions de la Ciase (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église), mise en place, il y a un an et présidée par Jean-Marc Sauvé. « C’est très habile de leur part, s’insurge encore Olivier Savignac. Je crois que l’épiscopat redoute les conclusions de cette commission. » Devant la presse, Eric de Moulins-Beaufor, t le patron des évêques, a assuré, lui, que l’épiscopat tiendrait compte des remarques de la Ciase et ajusterait son dispositif s’il le fallait.

    Quoi qu’il en soit, il devrait être en place avant les conclusions de la Ciase, connues seulement au printemps 2021. Lors de leur prochaine assemblée générale en avril 2020, les évêques devront se mettre d’accord sur la somme forfaitaire allouée aux victimes. Selon plusieurs sources présentes à Lourdes, le montant ne devait pas excéder quelques milliers d’euros, vraisemblablement entre trois et quatre mille euros. « Tout dépend des fonds dont nous disposerons », précise un responsable de la CEF. »

    #culture_du_viol #catholicisme #pédocriminalité #pédo-viol #déni

    • Forfait pour les victimes de l’Eglise : les fidèles pas tous prêts à payer
      Les évêques français ont décidé qu’un forfait serait versé aux victimes de prêtres pédophiles et appellent les catholiques à donner. Comme le montre notre reportage, cette question divise parmi les fidèles.

      http://www.leparisien.fr/societe/forfait-pour-les-victimes-de-l-eglise-les-fideles-pas-tous-prets-a-payer-

      En dédomagement l’état pourrait laïciser les églises et nationaliser les biens immobilier détenus par l’institution catholique pour en faire des logements sociaux - pourquoi pas destiné aux victimes des violences sexuelles qui subissent des troubles post-traumatiques qui les handicapent. L’Etat laïciserait une église par victime de viol en geste symbolique. Ces lieux seraient convertis en planning familial, centre LGBT, lieu d’accueil des victimes, siège d’associations féministes, décoloniales, anti-validistes ... Ainsi tout le monde serait contentes, les catholiques feraient pénitence et se rapprocheraient de leur modèle christique, tandis que les victimes des persécution des catholiques seraient enfin reconnues et dédommagées. La société toute entière s’en trouverait mieux car c’est assez incompréhensible qu’un état qui se prétend laïque protège une organisation sectaire ouvertement anti-démocratique qui organise des centaines de viols en soustrayant les auteurs à la loi depuis des décennies et des décennies.

      #laïcité_mon_cul

  • Comment l’Etat français recrute les femmes au ministère de la culture -
    https://www.liberation.fr/france/2019/11/07/au-ministere-de-la-culture-les-entretiens-pervers-d-un-haut-fonctionnaire

    « J’ai uriné par terre, quasiment à ses pieds. J’étais humiliée et honteuse » : Claire (1) est l’ une des dizaines de femmes ayant passé un entretien d’embauche au ministère de la Culture avec Christian N., haut fonctionnaire du ministère de la Culture. Comme toutes celles qui ont subi ses agissements et que Libération a retrouvées, une question la hante : « Comment a-t-il pu faire autant de victimes, sans jamais être découvert ? » Dans cette affaire, les chiffres donnent le vertige. Entre 2009 et 2018, plus de 200 femmes - selon une liste qu’il a rédigée lui-même - ont été photographiées et/ou intoxiquées aux diurétiques, à leur insu, au ministère de la Culture puis à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) de la région Grand Est. Elles l’ont toutes été par l’ancien sous-directeur des politiques de ressources humaines au siège du ministère, situé rue de Valois, à Paris. Son but : les pousser à perdre le contrôle et à uriner devant lui.

    #travail #femmes #recrutement #emploi #violences_sexuelles #toilettes #empoisonnement #metoo

    A l’époque, la police, aussi, va refuser de s’intéresser à la situation. En 2015, Marie a tenté de porter plainte quelques semaines après son entretien avec Christian N. Sans savoir alors précisément quoi, la jeune femme est persuadée que quelque chose d’anormal s’est produit lors de la rencontre. Las. Dans un commissariat parisien, elle est éconduite : « Ils ne m’ont pas du tout prise au sérieux. Ils m’ont dit que c’était quelqu’un de haut placé et qu’on ne pouvait pas porter plainte comme ça. » Cette situation perdurera même après la révélation de l’affaire. En mai dernier, le Canard enchaîné publie le témoignage d’une victime sous le titre : « Le parquet saisi d’une histoire à se pisser dessus ». Choquées par cette formulation, plusieurs victimes se reconnaissent néanmoins dans les faits relatés par l’hebdomadaire et décident d’aller porter plainte. Claire a dû convaincre les policiers : « Ils minimisaient en disant que je n’allais pas porter plainte ou déposer une main courante pour avoir fait pipi. J’ai dû leur montrer l’article du Canard enchaîné pour qu’ils me reçoivent. »

    Face à ces difficultés et à l’impossibilité d’obtenir le soutien du ministère, Alizée s’est tournée vers Marlène Schiappa. En juin, la jeune femme l’interpelle sur Twitter. Le compte de soutien à la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, « Avec_Marlene », lui répond. Derrière ce pseudo, il y a une conseillère du cabinet (2). Dans un échange de textos que Libération a pu consulter, cette dernière promet à Alizée de l’aider en la mettant en lien avec Agnès Saal, haute fonctionnaire chargée de l’égalité et de la diversité au ministère de la Culture. Contactée par Libération, la conseillère n’a pas donné suite. « Depuis, elle ne m’a jamais recontactée. J’ai relancé le cabinet de Marlène Schiappa début juillet, mais ils ne me répondent plus du tout, regrette Alizée. Moi, je suis suivie psychologiquement, mais pour toutes les autres victimes, on fait quoi ? »

    #police #injustice #déni #omerta

    Le titre de cet article existe en plusieurs versions.
    Sur le papier « un sérial voyeur au ministère de la culture » #euphémisme
    Sur la version web « Au ministère de la Culture, les entretiens pervers d’un haut fonctionnaire ». #pornification
    #ligue_du_lol #male_gaze

    • « Ils m’ont dit que c’était quelqu’un de haut placé et qu’on ne pouvait pas porter plainte »

      Ca me rappel une remarque qu’a glissé Costa-Gavras interrogé sur Médiaprat à propos de #metoo et du cas de Adèle Haenel. Costa-Gavras a marmonné à un moment qu’on pouvait croire Adèle Haenel parceque c’était une jeune femme qui avait un césar. Même phénomène lorsqu’on a parlé de #MeToo au moment ou des star s’en sont emparées. Le tag existait bien avant, inventé par Tarana Burke en 2007 pour dénoncer les violences sexuelles, notamment à l’encontre des minorités visibles (et invisibiles médiatiquement). On limite toujours le phénomène au secteur du cinéma, à la limite c’est parfois un peu étendu au domaine aux arts, mais le lien avec ce qui se passe dans l’emploi n’est pas fait. Adele Haenel et les 200 victimes de Christian N c’est exactement le même problème.

      Costa-Gavras ce qui lui importe c’est qui a le Césare. Heureusement l’agresseur d’Adèle Haenel n’as pas de césare ni palme d’or. Il n’est pas Luc Besson alors on se fait une bonne conscience en se déchainant sur lui. Adèle Haenel fait versé de grosses larmes aux crocodiles mais les victimes de Besson laissent de glace, tout comme les minorités visibles qui utilisent #metoo depuis 2007. D’ailleurs Costa-Gavras et les medias mainstream font comme si Adèle Haenel était la première à parler en France.

      Ce matin je retrouve Marlène Schiappa qui déclare dans Marianne (rapporté par le parisien) ;

      "« Nous allons désormais expulser les citoyens étrangers condamnés pour violences sexistes ou sexuelles », a-t-il clamé auprès du magazine.

      « Ces violences ne sont excusables en aucun cas, y compris lorsqu’elles se produisent chez des populations en difficulté », souligne la ministre, qui avoue que sa proposition a suscité des débats en interne. Elle a pourtant été retenue lors du comité interministériel sur l’immigration piloté par Édouard Philippe.

      http://www.leparisien.fr/politique/tolerance-zero-schiappa-veut-faire-expulser-les-etrangers-condamnes-pour-

      (au passage je croi pas que Schiappa soit ministre et « a-t-il déclaré » est une coquille)
      –—
      Ce que je comprend c’est que c’est pas la violence le problème, en fait Schiappa s’en fiche des victimes de Christian N ou de Besson, ce qui compte c’est le niveau de hiérarchie de qui l’exerce et qui la subit. C’est un peu une évidence mais ca me frappe ces derniers jours.

      Peut être parceque cette semaine j’écoutais un cours sur le talent pendant que je dessine, pour essayé de comprendre pourquoi les discriminé·es en seraient autant dénué·es pour qu’on les voient et les entendent si peu.
      https://www.college-de-france.fr/site/pierre-michel-menger/course-2016-2017.htm
      Pierre-Michel Menger parle de la parabole des talents qui serait à la base de l’idée de mérite en occident.

      Évangile selon Matthieu, chapitre 25, versets 14 à 30 :

      D’après la traduction officielle liturgique de la Bible (source wikipédia).

      « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit. Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître. Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : “Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : “Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.” Son maître lui déclara : “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.” Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : “Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.” Son maître lui répliqua : “Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents !” »

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Parabole_des_talents#Texte_de_la_parabole_des_talents

      Alors si tu as 10 talents comme Polansky, le maitre te donnera tout, mais si tu as un seul talent comme une personne immigrée racisée, Jupiter et Schiappa en bons chrétiens, te jetterons dans les ténèbres extérieurs, pour y pleurer et grincer des dents, après t’avoir délesté de ton unique talent pour le filer à Polansky.

      #inversion_patriarcale #critique_de_la_valeur #talent #mérite #christianisme #ordolibéralisme

    • Pourquoi dans l’article son nom n’est pas cité en entier ?
      On trouve encore sa photo sur le site du ministère de la culture mais sa page a été supprimée.

    • Un commentaire qui développe les particularités sociales de Adèle Haenel -

      Un des enseignements de l’affaire Haenel, au-delà du décryptage des mécanismes de la violence sexuelle, est de mettre au jour les conditions sociales extrêmement improbables d’une telle prise de parole. Pourquoi le récit d’Adèle Haenel est-il audible/crédible (pour l’instant en tout cas), plus que ceux des autres femmes ayant dénoncé des agresseurs dans le monde du cinéma, y compris depuis l’émergence du mouvement MeToo ?
      –Parce que le rapport de force entre elle et son agresseur s’est inversé, comme elle le dit elle-même. Depuis les faits, elle est montée en puissance, alors que son pouvoir à lui n’a fait que s’amoindrir. Elle ne peut donc être vraiment suspectée de monter de toute pièce cette histoire pour attirer l’attention sur elle, ou pour gagner de l’argent. Elle dispose d’allié.e.s dans le cinéma français (surtout parmi les réalisatrices), et elle peut s’appuyer sur un réseau de soutiens plus étendu que lui. Le fait que tous les témoins cité.e.s dans le papier de Mediapart parlent à visage découvert (en « on »), fait tout à fait exceptionnel comme le souligne la journaliste Marine Turchi, en atteste.
      –Parce qu’elle est belle (et blanche, et conforme aux canons de la féminité bourgeoise), et qu’elle était déjà belle au moment des faits, les photos en attestent : elle échappe donc à la suspicion d’être trop repoussante pour avoir été agressée (contrairement à Nafissatou Diallo, cible de commentaires hallucinants sur son apparence physique, au moment de l’affaire DSK).
      –Parce que, les photos en attestent aussi, elle avait le corps d’une enfant au moment des faits, c’est sûr : on le voit car une dent définitive n’avait pas encore poussé et entravait son sourire enfantin, malgré les longues robes de soirée et le maquillage discret qu’elle portait lors des cocktails autour de la promotion du film. Elle ne peut pas être suspectée d’avoir joué la « Lolita » provocatrice (contrairement à la victime de Roman Polanski, âgée de 13 ans au moment des faits, déjà « formée » et « aguicheuse », comme l’ont répété à l’envi les commentateurs autorisés). Ce d’autant qu’elle est issue d’une famille de classe moyenne supérieure, un milieu dans lequel les normes de la féminité, à cet âge, mettent fortement à distance les marqueurs de la séduction. Cela se voit, aussi, sur les photos.
      –Parce qu’elle est soutenue par une enquête journalistique d’une très grande qualité, précise, rigoureuse, de long cours.
      –Parce que, en plus de son témoignage, des documents viennent fortement conforter son récit (des lettres datant du milieu des années 2000, conservées par Adèle Haenel, dans lesquelles Christophe Ruggia lui déclare l’amour « lourd à porter » qu’il lui a porté au cours des années précédentes – alors qu’elle avait 12-13 ans).
      –Parce qu’elle dispose des ressources intellectuelles et politiques nécessaires pour désingulariser son cas et dénoncer des rapports de force systémiques, en se prémunissant ainsi (pour l’instant…) contre les classiques accusations d’hystérie et de chasse aux sorcières.
      Ce sont des conditions socialement très improbables. Adèle Haenel elle-même dit qu’une des raisons pour lesquelles elle porte ce récit dans l’espace public est qu’elle se sent en position (et en devoir) de parler au non de toutes celles qui ne peuvent être entendues - qu’elles parlent ou pas. Les conditions socialement très improbables de la crédibilité des récits de violence sexuelle par les victimes : voilà ce qu’on doit garder en tête à chaque fois que nous parvient le récit d’une femme qui dit avoir été victime de violences sexuelles, dans le cinéma ou ailleurs.

      https://www.facebook.com/laure.ber.7/posts/10156975786138737

    • Diurétiques : nouvelles victimes et ministère de la Culture aux abonnés absents

      depuis l’enquête de Libération, rien de nouveau n’a été annoncé par le ministère de la Culture. Interrogé vendredi sur Europe 1, le ministre de la Culture, Franck Riester, s’est déclaré atterré par « cette histoire complètement folle ». « La justice va prendre les décisions qui s’imposent », ajoutait-il sans évoquer ni l’ouverture d’une enquête interne ni même la mise en place d’une procédure pour recenser ou aider les victimes. « A aucun moment le ministère ne s’est rapproché de celles qui étaient sur le fameux tableau Excel de Christian N. pour donner une quelconque info, voire un accompagnement », constate aujourd’hui un salarié du ministère qui souhaite rester anonyme. En interne, on dit même « n’avoir jamais vu la couleur de la cellule d’écoute ».

      Ce statu quo a poussé les syndicats à écrire ce mercredi matin à tous les personnels du ministère. Dans ce mail interne, signé par 7 syndicats (dont la CGT, la CFDT et la Snac-FSU), ils demandent d’« en finir avec l’omerta et l’impunité des violences hiérarchiques dans la fonction publique ». Ils dénoncent par ailleurs « une situation systémique au ministère de la Culture […] où la couverture des actes de violence et d’abus de pouvoir est favorisée par un système hiérarchique vertical violent et rigide » et demandent « la protection fonctionnelle pour les victimes de Christian N. », « une enquête ministérielle approfondie » et « le retrait immédiat des labels Egalité et Diversité décernés au ministère de la Culture ».

      https://www.liberation.fr/france/2019/11/13/diuretiques-nouvelles-victimes-et-ministere-de-la-culture-aux-abonnes-abs

    • Il me semble important de ne pas invisibilisé le sexisme de ce discours, or je ne voie pas grand monde pour en parler. Les commentaires font comme si ce type de discours était rare et interdit alors que la fenêtre est grande ouverte sur l’injonction faites aux femmes de se mettre au service d’hommes à travers la conjugalité et surtout la procréation. Dans le concret c’est le message que toute la société porte aux femmes.

      #sexisme #violence_économique #couple #femmes #divorce #déni #invisibilisation

      http://www.payetondivorce.fr/2019/11/06/divorce-violence-argent

      Une fois débarrassées de notre conjoint violent, nous tombons sous le coup d’une autre violence, dans l’indifférence générale.

      Et si hier une banale et proprette nazillonne a pu tranquillement cracher sur une chaîne d’info que les femmes au smic n’ont pas à divorcer, ce n’est pas du tout parce qu’elle a eu le culot dégueulasse des fachos décomplexés, mais parce qu’elle n’a fait qu’exprimer une vérité que la société toute entière approuve, sans même le savoir. La petite faf d’hier n’a pas proféré une horreur inédite : elle a verbalisé un constat que nous, femmes divorcées avec les huissiers au cul, nous faisons chaque jour. Quand on a pas de fric on ne divorce pas. Et si on divorce quand même, on le paiera.

      Depuis le 6 mai la société ne me dit qu’une seule phrase, toujours la même, à chaque courrier, à chaque mise en demeure, à chaque prélèvement rejeté, à chaque article que je sors de mon caddie : “Marche ou crève, connasse”.

      Et je crois que je fais les deux en même temps, jour après jour. Je marche, et je crève. Je suis dévorée de colère, mais ma colère est politique, et elle se dresse contre une violence économique, infligée de façon systémique à des femmes parce qu’elles ont divorcé. Cette violence n’est pas le fruit de notre inconséquence ou d’une décision mal pesée au regard de nos moyens financiers. Elle est le fruit d’une répression organisée, visant à nous tenir en laisse, à nous empêcher de sauver notre peau. Et comme on ne plie pas et qu’on divorce quand même, on n’a qu’à se débrouiller et crever sous les dettes et le manque de pognon, le manque d’aides, le manque de soutien. Après tout, on s’en est sorties, on l’a quitté ce sale con, qu’est-ce qu’on veut de plus, il y a des femmes qui meurent assassinées quand même, un peu de décence, fermez vos gueules les survivantes au frigo vide. Vous êtes indésirables, invendables pour les assos, invendables dans les médias, tout le monde s’en fout de ce qui va vous arriver.

      Ne l’oubliez pas quand vous me voyez mendier du fric sur internet, ou quand vous voyez passer les appels au secours de celles qui comme moi paient leur décision à chaque minute de leur nouvelle existence, toujours vivantes et dépérissant face à des gens qui détourneront forcément le regard à la fin de la première saison, puisque leur histoire n’est plus assez sexy pour émouvoir, et que le récit d’un naufrage quotidien, à base de paquets de nouilles et de rage frustrée, sera toujours moins vendeur que la photo d’un visage couvert de bleus ou des pancartes agitées sous vos yeux. Vous nous préférez mortes, en fait.

      Sentez-vous coupables de nous laisser crever en espérant que ça s’arrangera tout seul ou qu’on aura un truc plus passionnant à raconter au prochain épisode. Vous êtes tous coupables. Comme je le suis d’avoir divorcé, alors que je n’ai même pas un SMIC. C’est ce qu’on me prouve chaque jour.

    • Elle a joué son rôle, elle a étendu la fenêtre d’Overton ; L’incorrect va pouvoir passer pour un magazine modéré ; mission accomplie pour la soldate ultra conservatrice Graziani.

      Après ses propos polémiques sur les mères célibataires, l’éditorialiste Julie Graziani renvoyée du magazine « L’incorrect »

      « La rédaction a décidé qu’en aucun cas Julie Graziani ne pouvait plus la représenter, à la télévision ni ailleurs, sur les réseaux sociaux ou dans quelques médias », explique le directeur du mensuel sur son site internet.

      https://www.francetvinfo.fr/societe/violences-faites-aux-femmes/apres-ses-propos-polemiques-sur-les-meres-celibataires-l-editorialiste-
      #violences_faites_aux_femmes

  • #Notre-Dame : six mois après l’#incendie, les coulisses d’un scandale sanitaire caché

    Selon le dernier bilan présenté le 14 octobre par l’Agence régionale de santé (ARS) et la préfecture de Région, douze enfants sont contaminés au #plomb et soixante-dix-huit sont sous surveillance médicale. Ces résultats alarmants sont la conséquence d’une absence de prise en compte de l’ampleur de la pollution au plomb, voire des tentatives par les autorités d’en dissimuler la réalité. Nous revenons en vidéo et en accès libre sur nos cinq mois d’enquêtes et sur les tromperies des principaux acteurs du dossier.

    https://www.mediapart.fr/journal/france/171019/notre-dame-six-mois-apres-l-incendie-les-coulisses-d-un-scandale-sanitaire
    #santé #contamination #pollution #dissimulation #mensonge_d'Etat #Agence_régionale_de_santé (#ARS) #invisibilisation #chantier #décontamination #écoles #enfants #trucage #pollution_au_plomb #déni #seuil_de_référence #catastrophe_sanitaire

  • The end of the Lebanese financial model - Executive Magazine
    https://www.executive-magazine.com/economics-policy/the-end-of-the-lebanese-financial-model

    Our politicians are starting to throw around the hot potato; the head of state bluntly tells reporters to go ask the governor of BDL and the finance minister about the situation because he was busy traveling. We have lost all credibility with the international community; foreign diplomats do not hesitate expressing their disgust with us. It has been 18 months since our leaders agreed to implement reforms in exchange for loans pledged by the international community, yet in that time we have failed to even start building one power plant. The electricity sector is in dire need of reform, but our latest electricity plan includes more barges under the excuse of a “temporary solution” before new plants are built. The same excuse we heard in 2012. What a bad dream. 

    The first choice is to keep watching ourselves drown, allowing politicians to reinforce the denial they promote by promising us that offshore gas will solve everything. As a result, Lebanon will soon be force-fed the usual poison, which could have been avoided had change occurred earlier. This will include a combination of devaluation, a haircut on debt and depositors, and selling government assets cheap—all of which will lead to extreme poverty and from which it will require decades to recover. The other choice is to say stop.

    #Liban #déni #corruption

  • What is ‘Energy Denial’ ?

    The fiftieth anniversary of the first Earth Day of 1970 will be in 2020. As environmentalism has gone mainstream during that half-century, it has forgotten its early focus and shifted toward green capitalism. Nowhere is this more apparent than abandonment of the slogan popular during the early Earth Days: “Reduce, Reuse, Recycle.”

    The unspoken motto of today’s Earth Day is “Recycle, Occasionally Reuse, and Never Utter the Word ‘Reduce.’” A quasi-taboo on the word “reduce” permeates twenty-first century environmentalism. Confronting the planned obsolescence of everyday products rarely, if ever, appears as an ecological goal. The concept of possessing fewer objects and smaller homes has surrendered to the worship of eco-gadgets. The idea of redesigning communities to make them compact so individual cars are not necessary has been replaced by visions of universal electric cars. The saying “Live simply so that others can simply live” now draws empty stares. Long forgotten are the modest lifestyles of Buddha, Jesus and Thoreau.

    When the word “conservation” is used, it is almost always applied to preserving plants or animals and rarely to conserving energy. The very idea of re-imagining society so that people can have good lives as they use less energy has been consumed by visions of the infinite expansion of solar/wind power and the oxymoron, “100% clean energy.”

    But… wait – aren’t solar and wind power inherently clean? No, and that is the crux of the problem. Many have become so distraught with looming climate catastrophe that they turn a blind eye to other threats to the existence of life. Shortsightedness by some who rightfully denounce “climate change denial” has led to a parallel unwillingness to recognize dangers built into other forms of energy production, a problem which can be called “clean energy danger denial.”

    Obviously, fossil fuels must be replaced by other forms of energy. But those energy sources have such negative properties that using less energy should be the beginning point, the ending point and occupy every in-between point on the path to sane energy use. What follows are “The 15 Unstated Myths of Clean, Renewable Energy.” Many are so absurd that no one would utter them, yet they are embedded within the assumption that massive production of solar and wind energy can be “clean.”

    Myth 1. ‘Clean energy’ is carbon neutral. The fallacious belief that “clean” energy does not emit greenhouse gases (GHGs) is best exemplified by nuclear power, which is often included on the list of alternative energy sources. It is, of course, true that very little GHGs are released during the operation of nukes. But it is wrong to ignore the use of fossil fuels in the construction (and ultimate decommissioning) of the power plant as well as the mining, milling, transport and eternal storage of nuclear material. To this must be added the fossil fuels used in the building of the array of machinery to make nukes possible.

    Similarly, examination of the life cycles of other “carbon neutral” energy sources reveals that they all require machinery that is heavily dependent on fossil fuels. Steel, cement and plastics are central to “renewable” energy and have heavy carbon footprints. One small example: The mass of an industrial wind turbine is 90% steel.

    Myth 2. ‘Clean energy’ is inexhaustible because the sun will always shine and the wind will always blow. This statement assumes that all that is needed for energy is sunshine and wind, which is not the case. Sunshine and wind do not equal solar power and wind power. The transformation into “renewable” energy requires minerals, including rare earth metals, that are non-renewable and difficult to access.

    Myth 3. ‘Clean energy’ does not produce toxins. Knowledge that the production of fossil fuels is associated with a high level of poisons should not lead us to ignore the level of toxins involved in the extraction and processing of lithium, cobalt, copper, silver, aluminum, cadmium, indium, gallium, selenium, tellurium, neodymium, and dysprosium. Would a comparison of toxins associated with the production of clean energy to fossil fuels be an open admission of the dirtiness of what is supposed to be “clean?”

    Another example: Processing one ton of rare earths – materials necessary for alternative energy –produces 2,000 tons of toxic waste. Similar to what happens with Myth 2, toxins may not be produced during the operation of solar and wind power but permeate other stages of their existence.

    Myth 4. ‘Clean energy’ does not deplete or contaminate drinkable water. Though water is usually thought of for agriculture and cooling in nuclear power plants, it is used in massive amounts for manufacturing and mining. The manufacture of a single auto requires 350,000 liters of water.

    In 2015, the US used 4 billion gallons of water for mining and 70% of that comes from groundwater. Water is used for separating minerals from rocks, cooling machinery and dust control. Even industry apologists admit that “Increased reliance on low ore grades means that it is becoming necessary to extract a higher volume of ore to generate the same amount of refined product, which consumes more water.” Julia Adeney Thomas, associate professor of history at the University of Notre Dame, points out that “producing one ton of rare earth ore (in terms of rare earth oxides) produces 200 cubic meters of acidic wastewater.”

    Myth 5. ‘Clean energy’ does not require very much land. In fact, “clean” energy could well have more effect on land use than fossil fuels. According to Jasper Bernes, author of The Work of Art in the Age of Deindustrialization, “To replace current US energy consumption with renewables, you’d need to devote at least 25-50% of the US landmass to solar, wind, and biofuels.”

    Something else is often omitted from contrasts between energy harvesting. Fossil fuel has a huge effect on land where it is extracted but relatively little land is used at the plants where the fuel is burned for energy. In contrast, solar/wind power requires both land where raw materials are mined plus the vast amount of land used for solar panels or wind “farms.”

    Myth 6. ‘Clean energy’ has no effect on plant and animal life. Contrary to the belief that there is no life in a desert, the Mojave is teeming with plant and animal life whose habitat will be increasingly undermined as it is covered with solar collectors. It is unfortunate that so many who express concern for the destruction of coral reefs seem blissfully unaware of the annihilation of aquatic life wrought by deep sea mining of minerals for renewable energy components.

    Wind harvesting can be a doomsday machine for forests. Ozzie Zehner, author of Green Illusions: The Dirty Secrets of Clean Energy and the Future of Environmentalism, warns: “Many of the planet’s strongest winds rip across forested ridges. In order to transport 50-ton generator modules and 160-foot blades to these sites, wind developers cut new roads. They also clear strips of land … for power lines and transformers. These provide easy access to poachers as well as loggers, legal and illegal alike.”

    As the most productive land for solar/wind extraction is used first, that requires the continuous expansion of the amount of land (or sea bed) taken as energy use increases. The estimate that 1 million species could be made extinct in upcoming decades will have to be up-counted to the extent that “clean” energy is mixed in with fossil fuels.

    Myth 7. ‘Clean energy’ production has no effect on human health. Throughout the centuries of capitalist expansion, workers have struggled to protect their health and families have opposed the poisoning of their communities. This is not likely to change with an increase in “clean” energy. What will change is the particular toxins that compromise health.

    Ozzie Zehner points out that creating silicon wafers for solar cells “releases large amounts of sodium hydroxide and potassium hydroxide. Crystalline-silicon solar cell processing involves the use or release of chemicals such as phosphine, arsenic, arsine, trichloroethane, phosphorous oxycholoride, ethyl vinyl acetate, silicon trioxide, stannic chloride, tantalum pentoxide, lead, hexavalent chromium, and numerous other chemical compounds.” The explosive gas silane is also used and more recent thin-film technologies employ toxic substances such as cadmium.

    Wind technology is associate with its own problems. Activist Caitlin Manning has reported on windmill farms in the Trans Isthmus Corridor of Mexico, a region “which is majority Indigenous and dependent on agriculture and fishing. The concrete bases of the more than 1,600 wind turbines have severely disrupted the underground water flows … Despite promises that they could continue to farm their lands, fences and security guards protecting the turbines prevent farmers from moving freely. The turbines leak oil into the soil and sometimes ignite … many people have suffered mental problems from the incessant noise.”

    Though the number of health problems documented for fossil fuels is vastly more than those for solar/wind, the latter have been used on an industrial scale for a much shorter time, making it harder for links to show up. The Precautionary Principle states that a dangerous process should be proven safe before use rather than waiting until after damage has been done. Will those who have correctly insisted that the Precautionary Principle be employed for fracking and other fossil fuel processes demand an equivalent level of investigation for “clean” energy or give it the same wink and nod that petrochemical magnates have enjoyed?

    Myth 8. People are happy to have ‘clean energy’ harvested or its components mined where they live. Swooping windmill blades can produce constant car-alarm-level noise of about 100 decibels, and, if they ice up, they can fling it off at 200 miles per hour. It is not surprising that indigenous people of Mexico are not alone in being less than thrilled about having them next door. Since solar panels and windmills can only be built where there is lots of sun or wind, their neighbors are often high-pressured into accepting them unwillingly.

    Obviously, components can be mined only where they exist, leading to a non-ending list of opponents. Naveena Sadasivam, a staff writer at Grist, gives a few examples from the very long list of communities confronting extraction for “clean” energy components: “Indigenous communities in Alaska have been fighting to prevent the mining of copper and gold at Pebble Mine in Bristol Bay, home to the world’s largest sockeye salmon fishery and a crucial source of sustenance. The proposed mine … has been billed by proponents as necessary to meet the growing demand for copper, which is used in wind turbines, batteries, and solar panels. Similar stories are playing out in Norway, where the Sámi community is fighting a copper mine, and in Papua New Guinea, where a company is proposing mining the seabed for gold and copper.”

    Myth 9. No one is ever killed due to disputes over ‘clean energy’ extraction or harvesting. When Asad Rehman, executive director of War on Want, wrote in May 2019 that environmental conflicts are responsible for “the murder of two environmental defenders each and every week,” his data was out of date within two months. By July 2019 Global Witness (GW) had tabulated that “More than three people were murdered each week in 2018 for defending their land and our environment.” Their report found that mining was the deadliest economic sector, followed by agriculture, with water resources such as dams in third place. Commenting on the GW findings, Grist staff writer Justine Calma noted that “Although hydropower has been billed as ‘renewable energy,’ many activists have taken issue with the fact that large dams and reservoirs have displaced indigenous peoples and disrupted local wildlife.”

    GW recorded one murder sparked by wind power. Murders traceable to “clean” energy will certainly increase if it out-produces energy from fossil fuels. The largest mass murder of earth defenders that GW found in 2018 was in India “over the damaging impacts of a copper mine in the southern state of Tamil Nadu.” Copper is a key element for “clean” energy.

    Myth 10. One watt of ‘clean energy’ will replace one watt from use of fossil fuels. Perhaps the only virtue that fossil fuels have is that their energy is easier to store than solar/wind power. Solar and wind power are intermittent, which means they can be collected only when the sun is shining or the wind is blowing, and storing and retrieving the energy requires complex processes that result in substantial loss of energy. Additionally, the characteristics of solar panels means that tiny fragments such as dust or leaves can block the surface and diminish efficiency.

    Therefore, their efficiency will be much less under actual operating conditions than under ideal lab conditions. A test described by Ozzie Zehner found that solar arrays rated at 1,000 watts actually produced 200-400 watts in the field. Pat Murphy, executive director of Community Solutions, notes that while a coal plant operates at 80-90% of capacity, wind turbines do so at 20-30% of capacity. Since they perform at such low efficiencies, both solar and wind energy require considerably more land than misleading forecasts predict. This, in turn, increases all of the problems with habitat loss, toxic emissions, human health and land conflicts.

    Myth 11. ‘Clean energy’ is as efficient as fossil fuels in resource use. Processes needed for storing and retrieving energy from intermittent sources renders them extremely complex. Solar/wind energy can be stored for night use by using it to pump water uphill and, when energy is needed, letting it flow downhill to turn turbines for electricity. Or, it can be stored in expensive, large and heavy batteries. Wind turbines “can pressurize air into hermetically sealed underground caverns to be tapped later for power, but the conversion is inefficient and suitable geological sites are rare.” Daniel Tanuro, author of Green Capitalism: Why It Can’t Work, estimates that “Renewable energies are enough to satisfy human needs, but the technologies needed for their conversion are more resource-intensive than fossil technologies: it takes at least ten times more metal to make a machine capable of producing a renewable kWh than to manufacture a machine able to produce a fossil kWh.”

    Myth 12. Improved efficiency can resolve the problems of ‘clean energy’. This is perhaps the most often-stated illusion of green energy. Energy efficiency (EE) is akin to putting energy on sale, and shoppers do not buy less of something on sale – they buy more. Stan Cox of the Land Institute in Kansas, describes research showing that at the same time air conditioners became 28% more efficient, they accounted for 37% more energy use. Findings such as this are due both to users keeping their houses cooler and more people buying air conditioners. Similarly, at the same time as automobiles achieved more EE, energy use for transportation went up. This is because more drivers switched from sedans to SUVs or small trucks and there were many more drivers and cars on the road.

    EE parallels increased energy consumption not just because of increased use of one specific commodity, but also because it allows people to buy other commodities which are also energy-intensive. It spurs corporations to produce more energy-guzzling objects to dump on the market. Those people who do not want this additional stuff are likely to put more money in the bank and the bank lends that money to multiple borrowers, many of which are businesses that use the loans to increase their production.

    Myth 13. Recycling ‘clean energy’ machine components can resolve its problems. This myth vastly overestimates the proportion of materials that can actually be recycled and understates the massive amount of “clean” energy being advocated. Kris De Decker, founder of Low-tech Magazine, points out that “a 5 MW wind turbine produces more than 50 tonnes of plastic composite waste from the blades alone.” If a solar/wind infrastructure could actually be constructed to replace all energy from fossil fuel, it would be the most enormous build-up in human history. Many components could be recycled, but it is not possible to recycle more than 100% of components and the build-up would require an industrial growth rate of 200%, 300% or maybe much more.

    Myth 14. Whatever problems there are with ‘clean energy’ will work themselves out. Exactly the opposite is true. Problems of “clean” energy will become worse as resources are used up, the best land for harvesting solar and wind power is taken, and the rate of industrial expansion increases. Obtaining power will become vastly more difficult as there are diminishing returns on new locations for mining and placing solar collectors and wind mills.

    Myth 15. There Is No Alternative. This repeats Margaret Thatcher’s right-wing perspective, which is reflected in the claim that “We have to do something because moving a little bit in the right direction is better than doing nothing at all.” The problem is that expanding energy production is a step in the wrong direction, not the right direction.

    The alternative to overgrowing “clean” energy is remembering what was outlined before. The concept of conserving energy is an age-old philosophy embodied in use of the word “reduce.” Those who only see the horrible potential of climate change have an unfortunate tendency to mimic the behavior of climate change deniers as they themselves deny the dangers of alternative energy sources.

    Kris De Decker traces the roots of toxic wind power not to wind power itself but to hubristic faith in unlimited energy growth: “For more than two thousand years, windmills were built from recyclable or reusable materials: wood, stone, brick, canvas, metal. If we would reduce energy demand, smaller and less efficient wind turbines would not be a problem.”

    Every form of energy production has difficulties. “Clean, renewable energy” is neither clean nor renewable. There can be good lives for all people if we abandon the goal of infinite energy growth. Our guiding principle needs to be that the only form of truly clean energy is less energy.

    https://www.localfutures.org/what-is-energy-denial
    #déni #énergie #énergie_propre #alternatives #alternative #mythes #croyances

  • A quoi pouvait donc ressembler les Denisoviens ?

    Les Denisoviens sont un groupe d’humains éteint dont la morphologie reste inconnue.

    L’article présente une

    méthode pour reconstruire la morphologie du squelette en utilisant des modèles de méthylation de l’ADN [qui] consiste à relier les changements de méthylation unidirectionnels aux phénotypes de perte de fonction. [Les chercheurs ont] testé les performances en reconstituant les morphologies squelettiques de Néandertal et de chimpanzés et avons obtenu une précision supérieure à 85% dans l’identification des traits divergents. [Ils ont] ensuite appliqué cette méthode au Denisovan et [ont] proposé un profil morphologique putatif. [Ils suggèrent] que les Denisovans ont probablement partagé avec des Néandertaliens des traits tels qu’un visage allongé et un large bassin. [Ils ont identifié] également des modifications dérivées de Denisovan, telles qu’une augmentation de l’arcade dentaire et une expansion crânienne latérale.

    Le matériel utilisé était le

    seul os de Denisovan informatif sur le plan morphologique à ce jour, ainsi qu’au crâne de Xuchang, suggéré par certains comme étant un Denisovan

    Reconstructing Denisovan Anatomy Using DNA Methylation Maps : Cell
    https://www.cell.com/cell/abstract/S0092-8674(19)30954-7

    #Préhistoire #Paléolithique #Denisova #ADN
    #David Gokhman, Nadav Mishol,Marc de Manuel,David de Juan,Jonathan Shuqrun,Eran Meshorer,Tomas Marques-Bonet,Yoel Rak,Liran Carmel

    Publication : Cell
    Publisher : Elsevier
    Date : 19 September 2019

    DOI : https://doi.org/10.1016/j.cell.2019.08.035

  • Le scandale Epstein ébranle un laboratoire du MIT
    https://www.lemonde.fr/international/article/2019/09/08/le-scandale-epstein-ebranle-un-laboratoire-du-mit-et-le-new-york-times_55079

    Avant sa première condamnation, Jeffrey Epstein s’est montré généreux envers les grands scientifiques de la côte Est, parmi lesquels des prix Nobel de Physique, qu’il recevait sur son île privée des Bahamas, où se déroulaient en partie ses agressions sexuelles. A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil. Ce système aurait permis à M. Epstein d’acheter le silence de chacun pour cacher ses méfaits. La donne change après sa première condamnation de 2008. Ceux qui ont continué de le fréquenter l’ont fait en connaissance de cause, en se masquant, tel Joichi Ito (nul dans le débat américain n’a défendu qu’Epstein avait à l’époque purgé sa peine).

    M. Ito dirigeait le Media Lab depuis 2011. Ce centre de recherche explore de nombreuses disciplines, notamment la technologie numérique, la robotique et la neurobiologie. Son budget annuel est de 80 millions de dollars, et financé notamment par Comcast, Exxon, Google, Nike, PepsiCo and Salesforce. Chaque année, il décerne un « prix de la désobéissance » d’un montant 250 000 dollars à ceux qui « mettent en cause les normes, les règles ou les lois qui permettent aux injustices de perdurer dans la société ». En 2018, il avait récompensé le mouvement #metoo, né du scandale Weinstein, prédateur sexuel d’actrices. Il ne sera pas décerné en 2019.

    A défaut d’être complice, chacun fermait l’œil.
    ou
    A défaut d’être aveugle, chacun était complice.

    #male_gaze #fraternité #déni #allié
    #femmes #science #esclavage #culture_du_viol
    #prix_nobel #grand_homme #sexisme_geek

  • Les « mauvaises filles » de l’après-guerre, symboles d’une justice genrée | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/060919/les-mauvaises-filles-de-l-apres-guerre-symboles-d-une-justice-genree?ongle

    Qui sont les « mauvaises filles » de l’après-guerre, placées ou enfermées par les juges des enfants ? Que nous disent-elles des normes sociales qui pèsent encore aujourd’hui sur les femmes ? Entretien avec l’historienne Véronique Blanchard, qui fait entendre la voix de ces adolescentes dans un livre sorti cette semaine.


    #sexisme #injustice #catholicisme #domination_masculine #déni

  • Nantes : une vidéo montre un policier en train d’étrangler un manifestant - Page 1 | Mediapart
    https://www.mediapart.fr/journal/france/030919/nantes-une-video-montre-un-policier-en-train-d-etrangler-un-manifestant?on

    Violemment interpellé par des policiers de la Brigade anticriminalité (BAC), Bruno Kaïk, 51 ans, perd connaissance et est conduit aux urgences. Trois jours après les faits, la police nationale, par la voix de son service de communication (Sicop), affirme à Libération que ce manifestant avait été hospitalisé « parce qu’il était incommodé par les gaz lacrymogènes ».

    Le ministère évacue de la sorte toute responsabilité policière, nonobstant la parole de la victime qui accuse l’un des policiers de l’avoir « étranglé jusqu’à l’étouffement ».

    Une nouvelle vidéo que Mediapart publie contredit la version du ministère de l’intérieur. Sur ces images, derrière un fourgon, on distingue un policier de la BAC, le visage masqué, qui serre de sa main puis de son bras le cou de Bruno Kaïk. Celui-ci tombe à terre, quasi inanimé.

    #violence_policière #déni #mensonge_d_état

  • Droits des #peuples_autochtones : le #déni français

    En dépit de son volontarisme face aux incendies qui ravagent l’Amazonie, Emmanuel Macron a éludé la question décisive de la protection des #terres ancestrales indiennes. Pour garder les mains libres en #Guyane, la France refuse toujours de signer la convention 169 de l’Organisation internationale du travail qui consacre les droits des peuples indigènes.
    « Nous demandons une nouvelle fois au gouvernement français de ratifier la convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) afin de reconnaître véritablement le droit des peuples autochtones. » Le Grand Conseil coutumier des peuples amérindiens et bushinengé de Guyane n’a pas manqué l’occasion. Le 25 août, profitant du fait qu’Emmanuel Macron dénonçait « l’écocide » de l’Amazonie, les représentants des indigènes guyanais ont rappelé à l’opinion qu’un traité international consacre, depuis 1989, les droits des peuples indigènes et tribaux sur les terres qu’ils occupent, et que la France refuse obstinément de le signer. Vingt-trois pays en sont signataires, parmi lesquels quinze pays d’Amérique latine.

    Dans un texte, le Grand Conseil coutumier a souligné que les incendies en cours n’étaient « pas le seul danger qui menace ou qui détruit l’Amazonie », et que « l’extractivisme » avait une « grande part de responsabilité ». Il a aussi déploré la position du président français qui d’un côté dénonce « la destruction de l’Amazonie brésilienne ou bolivienne » et de l’autre « attribue 360 000 hectares de forêt aux multinationales minières, en Guyane, en Amazonie française ».

    En sus de ses « propositions » en faveur du reboisement et de la prévention des incendies, le président français avait déclaré souhaiter « une forme de bonne gouvernance » : « Il faut associer les ONG, les peuples autochtones beaucoup plus qu’on ne le fait. Et il faut stopper le processus de déforestation industrialisée. »

    Hélas, l’idée « d’associer » beaucoup plus les peuples autochtones reste très loin des critères posés par la convention 169 de l’OIT, qui prévoit de « consulter les peuples intéressés, par des procédures appropriées, et en particulier à travers leurs institutions représentatives, chaque fois que l’on envisage des mesures législatives ou administratives susceptibles de les toucher directement » (article 6). Les « consultations » doivent en outre « être menées de bonne foi et sous une forme appropriée aux circonstances », « en vue de parvenir à un accord ou d’obtenir un consentement au sujet des mesures envisagées ».

    La « consultation préalable » des peuples autochtones fait partie des points clés de la convention, et elle a fait son entrée dans le droit interne de plusieurs pays latino-américains, en particulier au Pérou, dans une loi spécifique votée en septembre 2011. Cette loi est désormais au cœur de nombreuses batailles juridiques engagées par les communautés indiennes visant à faire annuler des permis miniers ou pétroliers mis en œuvre sans consultation. Le 14 août dernier, la Cour supérieure de Lima a ainsi annulé sur ce fondement le permis pétrolier d’une société française, Maurel et Prom, et de la canadienne Pacific Stratus Energy à la demande des communautés Awajún et Wampis – Mediapart avait signalé ici le début de cette procédure.

    La convention 169 prévoit en effet que « les peuples intéressés doivent avoir le droit de décider de leurs propres priorités en ce qui concerne le processus du développement » et ainsi « participer à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des plans et programmes de développement national et régional susceptibles de les toucher directement » (article 7).

    Enfin, il est précisé que « les droits de propriété et de possession sur les terres qu’ils occupent traditionnellement doivent être reconnus aux peuples intéressés » (article 14) et que « les gouvernements doivent prendre des mesures pour identifier les terres que les peuples intéressés occupent traditionnellement et pour garantir la protection effective de leurs droits de propriété et de possession ».

    Le refus français de signer cette convention a été justifié en 2013 par « le respect du principe constitutionnel d’égalité des citoyens » par le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius – en réponse à une question du sénateur DVG de Guyane Jean-Etienne Antoinette. Ce principe « et celui de l’indivisibilité de la République interdisent la mise en place d’un régime juridique distinct entre les citoyens qui créerait des catégories de population avec des droits différents », avait soutenu le ministre. « Aucune disposition juridique affectant spécifiquement les populations autochtones ne peut être prise », avait-il conclu.

    Cet argument est pourtant mis à mal par l’approbation d’un autre traité par la France : la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones – approuvée en septembre 2007 par 144 États, 4 voix contre (l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis) et 11 abstentions (dont la Fédération de Russie). Cette déclaration reconnaît aux autochtones de nombreux droits spécifiques : « D’être autonomes et de s’administrer eux-mêmes pour tout ce qui touche à leurs affaires intérieures et locales », « de posséder, d’utiliser, de mettre en valeur et de contrôler les terres, territoires et ressources qu’ils possèdent parce qu’ils leur appartiennent ou qu’ils les occupent ou les utilisent traditionnellement »…

    En août 2010, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a recommandé à l’État français de prendre toutes les mesures législatives nécessaires à la ratification de la convention de l’OIT. Sans succès.

    En décembre dernier, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale a alerté la France sur « le manque de consultation des peuples autochtones de Guyane française » et l’absence de « consentement préalable » des communautés Kali’na and Wayana, susceptibles d’être affectées par le projet minier « Montagne d’Or » – finalement abandonné en mai dernier –, lui demandant « d’envisager de suspendre le projet » dans l’attente de la mise en œuvre de l’obligation de les consulter.

    Mais pas de quoi infléchir la frénésie minière française dénoncée par le Grand Conseil coutumier. 360 000 hectares de forêt sont concernés : en décembre 2015, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) de Guyane recensait 39 titres miniers (concessions, permis d‘exploitation et permis exclusifs de recherches), dont 20 % destinés à l’exploration, et dénombrait une soixantaine d’autorisations d’exploitation délivrées par le préfet. Une quinzaine de permis d’exploration ont été accordés depuis 2016.

    La « consultation préalable » n’est pas à l’ordre du jour non plus dans le Brésil de Jair Bolsonaro. Le pays a ratifié la convention 169 de l’OIT en 2002. Mais sa Constitution de 1988 comptait déjà différents articles reconnaissant les droits des peuples indigènes – le Brésil en compte 305, dont 82 tribus non contactées, c’est-à-dire sans relations avec quiconque.

    Dans les années 1990, des décrets ont ainsi institué des modalités de délimitation des terres indigènes, puis, depuis 2012, une politique de gestion territoriale et environnementale. C’est la Fundação Nacional do Índio – FUNAI, créée en 1967 sous le nom de Serviço de Proteção ao Índio (SPI) – qui a reçu pour mission d’identifier, de délimiter, de régulariser et d’enregistrer les terres occupées par les peuples autochtones.

    Mais dès son entrée en fonction, en janvier dernier, le président d’extrême droite a annoncé vouloir transférer ce pouvoir de délimitation des terres au ministère de l’agriculture. Puis à lui même…, affirmant qu’il assumerait, seul, la responsabilité du processus de délimitation des terres autochtones dans le pays.

    Jair Bolsonaro prétend vouloir « réintégrer les Indiens dans la société » et donc les priver des droits spécifiques. « Quelqu’un pense-t-il qu’une région plus grande que le Sud-Est ne leur suffit plus ? a-t-il déclaré en juin. Voulons-nous garder les Indiens pris au piège dans ces réserves comme des hommes préhistoriques ? »

    À ce jour, 400 territoires indigènes ont été enregistrés en tant que tels, sur un total de 1 024 territoires – certains sans titre ou en cours d’enregistrement – sur 13 % du territoire national, une superficie totale de 1 105 258 kilomètres carrés. Fin 2018, 112 territoires autochtones étaient en cours d’examen aux fins de délimitation et 42 avaient déjà été identifiés et délimités, dans l’attente de la décision du gouvernement.

    Le 15 août, dans une longue interview à BBC News Brasil, le ministre de l’environnement Ricardo Salles a expliqué que l’Amazonie ne pourra être préservée qu’avec « des solutions capitalistes » qui « dynamisent la forêt sur le plan économique ». Il a ouvertement critiqué la stratégie de création de réserves et des territoires autochtones en Amazonie. Pour le ministre, la création de ces zones a intensifié les conflits fonciers et bloqué l’accès des Brésiliens à une grande partie du territoire national.

    « Il ne me semble pas que cette politique soit propice à la lutte contre la déforestation, a-t-il soutenu. C’est possible dans certains cas spécifiques […]. Mais lorsque 13 % du territoire national est ainsi délimité pour seulement 1 % de la population brésilienne, et que ces 13 % exactement sont ceux où se trouve la plus grande richesse minière du pays, il ne me semble pas que le choix public adéquat soit d’augmenter encore la délimitation. »

    L’objectif est clair : il est d’ouvrir les territoires protégés à l’exploitation minière et pétrolière.

    Selon le bilan publié en octobre 2018 par la Fundación para el debido proceso (FDLP) et l’ONG Oxfam Mexico, l’approbation de la convention 169 de l’OIT en Amérique Latine a eu des répercussions inégales : un premier groupe de pays a créé un cadre légal pour mettre en place la consultation préalable, ou commencer à l’intégrer – outre le Pérou, la Bolivie, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, l’Équateur et le Panama – ; un second groupe s’est contenté d’élaborer un guide ou un projet – c’est le cas du Guatemala et du Honduras – ; reste un troisième groupe de pays dont l’avancée réglementaire en faveur de la consultation a été « nulle ou peu significative » – le Brésil, l’Argentine, le Salvador, le Mexique, le Nicaragua et le Venezuela.

    https://www.mediapart.fr/journal/international/290819/droits-des-peuples-autochtones-le-deni-francais
    #France #colonialisme #hypocrisie

    ping @reka

  • Il y a 40 ans, Haroun Tazieff mettait en garde contre le réchauffement climatique... moqué par le Commandant Cousteau

    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_il-y-a-40-ans-haroun-tazieff-mettait-en-garde-contre-le-rechauffement-cl

    Dans cet extrait, on voit en effet le vulcanologue mettre en garde contre les dangers que pourrait représenter un réchauffement climatique provoqué par les activités humaines... et être moqué par un fervent défenseur de la nature comme le commandant Cousteau !

    Il s’agit en fait d’un extrait de l’émission Les dossiers de l’écran, sur ce qui s’appelait alors Antenne 2. Une question de téléspectateur demande si « l’activité des volcans » ne risque pas de faire « fondre la Grande banquise » et « grimper le niveau de la mer ».

    « Ce ne sont pas les volcans qui le feront, ce qui peut le faire c’est la pollution industrielle », répond alors, visionnaire, Haroun Tazieff : la pollution industrielle émet des quantités de produits chimiques dont une énorme quantité de gaz carbonique", exprime-t-il.

  • Harcèlement, agressions : le mouvement #MeToo s’étend au milieu du jeu vidéo
    https://www.numerama.com/politique/543843-harcelement-agressions-le-mouvement-metoo-setend-au-milieu-du-jeu-v

    Plusieurs femmes issues du milieu des jeux vidéo, principalement des développeuses, ont témoigné de harcèlement ou d’abus sexuels dont elles auraient été victimes. Le milieu du jeu vidéo n’est pas épargné par les problématiques de sexisme et d’abus sexuels. Les 26 et 27 août, plusieurs femmes qui y travaillent ont témoigné sur Twitter d’agressions qu’elles disent avoir subi. Elles auraient été perpétrées par des hommes importants du secteur qui se seraient servis de leur notoriété pour faire pression sur (...)

    #Oculus #discrimination #harcèlement #viol #jeu #game

    //c1.lestechnophiles.com/www.numerama.com/content/uploads/2018/01/metoo-balancetonporc.jpg

  • [Dans tes oreilles !]
    Résistance ? Violence ? Pacifisme ? Collaboration ?

    Alors que le #G7 pérore et que le contre G7 s’endort, je viens d’enchainer 2 écoutes que je trouve plutôt complémentaires :

    Damasio, Dufresne, Lordon : Résistance, résistances
    https://ecrits-aout.fr/articles/damasio-dufresne-lordon

    G7 de Biarritz : le contre-sommet peine à déborder
    https://radioparleur.net/2019/08/25/g7-de-biarritz-le-contre-sommet-peine-a-deborder

    pitch du premier :

    C’est le Dictionnaire amoureux de la Résistance, de #Gilles_Perrault, qui sert de point de départ à cette rencontre. L’esprit de la Résistance peut-il encore nous être utile aujourd’hui ? Peut-on le voir à l’œuvre dans les #mouvements des peuples actuels ?
    Cette question qui leur est proposée, #Alain_Damasio, #David_Dufresne [@davduf] et #Frédéric_Lordon la débordent bien vite. Peut-on échapper à la #société-de-contrôle ou doit-on la renverser ? Est-il possible de construire un archipel de #dissidences qui résiste à la #répression ? Le Grand soir n’est-il qu’un fossile d’une pensée politique ensevelie ?

    pitch du second :

    Samedi 24 août, deux manifestations, l’une pacifique, l’autre plus radicale ont illustré les dissensions du contre-sommet du G7. Entre volonté de respecter un #consensus d’action non-violentes, #critiques #stratégiques réciproques et présence policière permanente, la journée a été mouvementée…
    [ lire aussi l’article qui retranscrit les journées]

    Je termine ces écoutes comme je le souhaitais, avec bien plus de questions que de réponses et c’est tant mieux. Mon expérience m’a appris que c’est lorsqu’on ne montre qu’une seule voie pour atteindre un but, pis encore, quand elle ressemble à une autoroute de la mi-août, qu’on va le plus souvent droit dans le mur. Je ne crois pas en une « masse critique » unie qui ferait basculer les choses et surtout les pouvoirs, fédérée par UNE parole, encore moins UNE personne.

    Et puis, objectivement, force est de reconnaître que l’injonction au #pacifisme, comme toute #injonction, est une #violence. Même combat, d’ailleurs, concernant l’injonction à la non-violence !
    Elle l’est d’autant plus que dans 90% des cas elle est un non-sens dû une méconnaissance historique (voire un #déni, une #dissonance_cognitive). Le pacifisme c’est croire en la #Paix, la rechercher et tout faire pour y parvenir. Qui peut actuellement dire que nous vivons en paix sauf à s’extraire de toutes les crasses et casses sociales locales, sauf à s’extraire de nos responsabilités internationales et ne pas reconnaitre les multiples chemins (#kyriarchie) de la domination ? Le pacifisme c’est résister pour la paix, et la #résistance, ne serait-ce que par l’auto-défense, implique parfois de se battre. Sinon nous basculerions dans un dogme du #sacrifice.

    C’est dans la reconnaissance de ces voie multiples des multitudes de luttes à mener que se situe, selon moi, ce #résistances avec un petit « r » et beaucoup de « s » auquel il est fait référence dans le premier enregistrement.

    Quand à la #non-violence, une fois encore je renverrai vers la tribune de #Juliette_Rousseau, qui a été la porte-parole de la Coalition climat 21, collectif de la société civile créé en 2014 pour préparer les mobilisations pendant la #COP21, et qui en a tiré cette leçon : La non-violence doit accepter la pluralité des formes de lutte
    https://archive.org/details/20170419_La_Non-Violence


    (https://seenthis.net/messages/591248)

    Et pour un peu de légèreté, ce mini clip du compte Illuminati Reptilien sera parfait en clap final : https://twitter.com/IllumiReptilien/status/1165255537652568064

  • Des accidents de la route pas si accidentels, par Matthieu Grossetête
    (Le Monde diplomatique, août 2016)
    https://www.monde-diplomatique.fr/2016/08/GROSSETETE/56078

    Des accidents de la route pas si accidentels

    À chaque période de vacances, tandis que le risque d’accidents de la route s’accroît, le thème de la sécurité au volant revient dans l’actualité. Le gouvernement multiplie alors les consignes de bon sens : ne pas conduire trop vite, se reposer régulièrement, attacher sa ceinture, etc. En se focalisant sur le comportement individuel des conducteurs, ces préconisations négligent les causes profondes de la mortalité routière.

    Regrettable que sur un tel sujet la variable de sexe ne sois pas évoqué du tout. J’en déduis que cet article concerne uniquement les accidents de la route dans des pays ou les femmes n’ont pas le droit de conduire.
    #déni #male_gaze #invisibilisation #sexisme #classicisme

    • Tu as raison @mad_meg mais en plus, l’article est très « orienté » de toutes façons et vraiment très médiocre en ce qu’il n’aborde pas de très nombreuses autres raisons systémiques, d’autres responsabilités et causes tout aussi important. Le sujet mérite beaucoup mieux que d’être abordé sous ce mini-prisme.

      Par ailleurs, un petit apport statistique pour 2017 (Source : Observatoire national interministériel de la sécurité routière)

      Hommes et femmes

      Les femmes représentent 14 % des conducteurs
      tués mais 49 % des passagers tués.

      En 2017, trois fois plus d’hommes (2 670) que de
      femmes (778) sont décédés sur la route, un ratio
      qui se retrouve dans les autres pays.

      La proportion d’hommes parmi les personnes tuées
      est plus élevée que celle des femmes à tout âge, particulièrement les classes 15-29 ans, 30-44 ans et
      45-59 ans qui comportent 83 % de mortalité masculine.

      Rapporté à leur part dans la population de
      chaque classe d’âge, le sur-risque masculin est marqué
      y compris chez les seniors.

      Les hommes tués sont à 79 % des conducteurs, à
      10 % des passagers et à 11 % des piétons.

      Les femmes tuées sont à 45 % des conductrices, à
      32 % des passagères et à 23 % des piétonnes.

      Les hommes représentent 86 % des conducteurs
      tués : 96 % des conducteurs de moto, 95 % des conducteurs
      de cyclomoteur, 87 % des conducteurs cyclistes et 79 % des conducteurs de véhicule de tourisme.

      #sécurité_routière

  • Droit de suite - Violences sexuelles sur mineurs : comment les bannir ? | LCP Assemblée nationale
    http://www.lcp.fr/emissions/droit-de-suite/292201-droit-de-suite

    Diffusée le 28/03/2019

    Les chiffres sont rares, mais, selon les spécialistes, 135 000 filles et 35 000 garçons en seraient victimes en France chaque année. Comment lutter plus efficacement contre les infractions sexuelles sur mineurs ? Nous nous posons la question dans ce Droit de suite.
    Pour commencer, « Enfance volée : chronique d´un déni », un documentaire bouleversant. Bouleversant du fait des témoignages que vous allez y entendre. Des femmes et des hommes y parlent des viols ou des agressions sexuelles qu´ils ont subi durant leurs enfances ou leurs préadolescences, souvent de la part de proches, et qui ont, à jamais, traumatisés leurs existences. Et notre société à longtemps, très longtemps, fermé les yeux.

    Nos invités :

    Guillaume Gouffier-Cha, député « La République en Marche » du Val-de-Marne, membre du groupe sur les droits de l´enfant et protection de la jeunesse

    Sophie Auconie, députée « UDI, Agir et Indépendants » d´Indre-et-Loire, membre de la délégation de l´Assemblée nationale aux droits des femmes et à l´égalité des chances entre les hommes et les femmes

    Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie

    Patrick Loiseleur, membre de l´Association Internationale des Victimes de l´Inceste

    #enfance #violences #femmes #discrimination #viol #culture_du_viol #inceste #déni #domination_masculine #domination_adulte

    –---
    Edit - nouvelle étude sur les violences faites aux enfants. Les chiffres sur l’incest sont hallucinant.

    L’enquête met en évidence à quel point les enfants victimes de violences, qui ont en moyenne 10 ans au moment des premières violences, ont été totalement vulné-rables et à la merci des agresseurs, piégés dans leur famille, sans secours, sans soin et sans protection, qu’ils aient pu parler ou non. Ils ont dû survivre à la fois aux violences qui pour plus d’un quart d’entre eux ont duré plus d’un an, et à la gravité de leurs conséquences sur leur santé mentale et physique, sur leur sexuali-té, sur leur vie sociale, familiale et professionnelle. Ces conséquences se sont éta-lées tout au long de leur vie, une vie fracassée par les violences, puis par la torture sans fin due à ces conséquences qui aurait pu être évitées s’ils avaient été effica-cement protégés, soignés, accompagnés et pris en charge au niveau social et juri-dique. •Des violences sexuelles en majorité incestueuses, subies par des enfants dont l’âge moyen est de 10 ans, dont 22% sont des viols, et qui sont en ma-jorité des incestes : La majorité des violences sexuelles sont faites à des en-fants de moins de10 ans, qui sont en grande majorité des filles (pour 83%). Majoritairement elles ont lieu dans le cadre familial et sont commises par un proche parent, et sont donc incestueuses. Les victimes sont 5% à avoir été en situation de handicap au moment des violences (les victimes sont en situa-tion de handicap 3 fois plus souvent que les enfants de la population générale). L’agresseur est dans 9 cas sur 10 un homme, âgé en moyenne de 30 ans, mi-neur dans 30% des cas, et dans plus d’un quart des cas les victimes savent qu’il a fait d’autres victimes.

    https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/campagne2019-Ipsos2/20191007-Communique-de-presse.pdf

  • Le vieil homme et la mer Isabelle Paré - 2 Aout 2019 - Le devoir

    Depuis 50 ans, il observe les mers se vider et combat l’océan de mensonges servi par une industrie des pêches toujours plus gourmande. Les requins qu’il décrie n’ont pas d’ailerons, mais pourchassent les derniers poissons jusqu’en Antarctique. Lanceur d’alertes, Daniel Pauly se bat contre la mer de notre indifférence.

Il est peu connu du grand public, mais ce Jacques Cousteau de l’ombre a érigé des systèmes qui permettent aujourd’hui de mesurer le piteux état de santé des océans, siphonnés jusque dans leurs plus profonds abysses.

    Après avoir sillonné les mers de la planète, Daniel Pauly, expert mondial des ressources marines, a aujourd’hui jeté l’ancre à Vancouver, où il dirige le Fisheries Center de l’Université de la Colombie-Britannique. Arête dans la gorge, ce vigile des milieux marins peine à penser que l’humanité n’aura bientôt plus que du plancton à se mettre sous la dent si elle continue de raboter les fonds océaniques.

    Ses combats répétés contre de nobles instituts maritimes ont de quoi laisser muet comme une carpe. Si le fléau de la surpêche est maintenant sur l’écran radar, c’est parce que Daniel Pauly y a attaché un grelot il y a déjà plus de 30 ans. Ses travaux ont démontré que l’industrie noyait le poisson avec de faux chiffres sur ses captures et prouvé que les stocks de poissons étaient en chute libre depuis le tournant du XIXe siècle.

    « Il ne reste que 1 % de l’état des stocks de #morue par rapport au milieu du XXe siècle, et 2 à 3 % des stocks de #thon. En gros, 90 % de la biomasse des grands poissons a disparu en 100 ans », affirme d’une douce voix à la Henri Salvador celui qui fait rager les plus grands armateurs de la planète.

    Toujours plus loin
    La surpêche n’est pas née d’hier, raconte Daniel Pauly. Depuis l’ère des bateaux à vapeur, la course vers les mers plus lointaines, partie en vrille depuis, n’a jamais cessé. On a longtemps perçu chaque effondrement des stocks de façon isolée. Au cas par cas, les experts ont observé l’affaire, sans longue-vue pour venir voir l’incendie. « C’est comme tenter de prédire le temps en regardant les nuages au-dessus de votre tête. Pour prévoir le temps, il faut analyser sur de longues périodes l’évolution des systèmes partout dans le monde. C’est pareil pour les poissons », affirme-t-il.

    Pauly a mis une paire de lunettes sur la cécité et le #déni généralisés qui aveuglaient l’industrie de la pêche jusqu’au début des années 1980.

    En créant d’abord #FishBase, puis #Sea_Around_Us, la première banque mondiale colligeant des millions de données récoltées par des scientifiques pour quantifier l’état et l’évolution des stocks de poissons et autres animaux marins. En 1996, son premier brûlot publié dans Science a fracassé le mythe de l’océan inépuisable.

    L’anguille sous la roche
    Alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) évalue à 86 millions de tonnes la totalité des poissons pêchés dans les océans, l’équipe de Pauly l’établit plutôt à 130 millions de tonnes, si on tient compte des prises accidentelles, des rejets et des pêches illégales et artisanales, occultées par l’ONU. Du nombre, 10 millions de tonnes de crustacés rejetées en pure perte à l’échelle de la planète. L’industrie hurle, et Pauly la compare à un malade suicidaire courant à sa propre perte en réclamant sans cesse plus de corde.

    Jeune scientifique embarqué à bord d’un #navire-usine, c’est à Terre-Neuve qu’il a constaté de visu les ravages causés par la pêche industrielle. « Les chalutiers raclaient les fonds à 200 mètres, arrachant poissons et cailloux. Des blocs erratiques aussi gros que des Volkswagen atterrissaient sur le pont », rappelle-t-il dans la biographie que lui consacre l’océanologue David Grémillet.

    Vidées, les côtes ont été délaissées au profit de mers toujours plus lointaines. Armés comme des engins militaires, les chalutiers vont traquer les poissons jusqu’en Antarctique, à plus de 600 mètres de profondeur. « La pêche locale n’existe pratiquement plus », dit encore Daniel Pauly. Dans l’insouciance généralisée, le chalutage ratisse 150 fois l’équivalent de la surface déforestée chaque année sur la planète. Une coupe à blanc sous-marine et invisible de la taille de la superficie des États-Unis, où plusieurs zones sont ratiboisées jusqu’à huit fois l’an.

    Daniel Pauly dénonce cette #razzia. « Et dans bien des cas, les pays riches bouffent les poissons des pays pauvres », affirme le Franco-Canadien, né après la guerre d’une mère française et d’un G.I. afro-américain, révolté du pillage éhonté des mers de l’Afrique de l’Ouest par des bateaux occidentaux et asiatiques. Sa solution : interdire la pêche en haute mer, protéger 20 % des océans et abolir les subventions aux industries qui encouragent la sur pêche. Car c’est le bacon qui fait le poisson, affirme ce chercheur. Grâce aux subventions allant jusqu’à 30 % en Chine, pêcher demeure rentable là où les ressources sont déjà anémiées, martèle-t-il.

    L’or blanc
    « En Antarctique, ceux qui pêchent la #légine de façon illégale peuvent perdre un bateau sur cinq tellement ils gagnent de #fric. Pour ne pas être attrapés, des capitaines coulent eux-mêmes leurs bateaux. Et ça reste rentable ! » décrie l’écologiste, considéré parmi les 50 scientifiques les plus influents de la planète par le magazine Scientific American en 2003. La légine, cet or blanc recherché des gourmets occidentaux, se vend jusqu’à 40 $ la livre.

    « Après avoir vidé les plaines marines, les bateaux vident les canyons des océans où se terrent les derniers poissons », relance Pauly. À elle seule, la Chine déploie 3400 navires-usines qui pompent 4 millions de tonnes de poissons dans les eaux de 93 États, dont 75 % dans les eaux africaines.

    Noyer le poisson
    Daniel Pauly rage aussi contre l’autre grand « mensonge » du siècle : l’#aquaculture, parfois présentée comme un remède à la faim dans le monde. Or, selon lui, l’aquaculture de poissons carnivores accélère le sac des océans. « En Mauritanie et au Sénégal, 40 usines sont plantées sur les côtes pour faire de la farine de sardinelles, qui étaient avant pêchées, fumées et mangées en Afrique. Là, on produit de la farine pour engraisser des cochons ou du saumon. C’est un truc innommable ! »

    Le maître de la #biomasse parle en connaissance de cause. Produire une seule livre de saumon dépouille l’océan de trois ou quatre livres de petits poissons. « C’est une perte sèche de protéines, c’est révoltant ! Dire que ça nourrit le monde, c’est une fraude intellectuelle. Ceux qui s’alimentaient de sardinelles n’ont pas l’argent pour acheter ce saumon. C’est un vol global. J’appelle ça l’aquaculture B, pour bad. Cette aquaculture ne produit pas de poissons, elle bouffe du poisson ! »

    Médusé par la surpêche
    Un jour, un étudiant de Daniel Pauly a mesuré l’explosion des populations de #méduses partout dans le monde. En mer de Namibie, ces invertébrés ont complètement remplacé les poissons : 14 millions de tonnes de méduses ont évincé 10 millions de tonnes de poissons. « Les poissons qui mangeaient les larves de méduses ont disparu, laissant leurs proies sans prédateurs », explique Daniel Pauly.

    Des océans « gélifiés », c’est la vision d’horreur qui hante le biologiste, qui a signé en 2013 Manges tes méduses. Ces masses gélatineuses sont, en effet, faites sur mesure pour survivre aux zones lessivées de poissons que laisse la surpêche dans son sinistre sillage, explique le scientifique couronné en 2005 du prix Cosmos, l’équivalent du Nobel en écologie.

    « Pour que les poissons puissent se repeupler en haute mer et revenir ensuite vers les côtes, il faut dès maintenant créer des zones protégées. Avant, on n’avait pas les moyens techniques de pêcher jusqu’au dernier poisson. Aujourd’hui, plus rien n’est impossible », déplore-t-il.

    Cet éternel indigné, rescapé d’une enfance douloureuse vécue au sein d’une famille adoptive abusive, Pauly en connaît long sur la capacité de résilience des hommes, comme des autres espèces. « C’est toujours possible de renverser la vapeur, assure-t-il, si l’on réagit à temps. »

    Source : https://www.ledevoir.com/societe/environnement/559908/le-vieil-homme-et-la-mer
    Tiré de la revue de Presse : https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-06-08-2019

    #surpêche #mer #alimentation #poissons #pêche_industrielle #pêche_illégale #aquaculture #Daniel_Pauly #ressources_marines

  • Méditerranée : La température de l’eau dépasse 30 °C, les scientifiques craignent le pire avec ce « record »
    https://www.20minutes.fr/planete/2559663-20190708-mediterranee-temperature-eau-depasse-30-scientifiques-cra

    Un record dans l’histoire contemporaine des relevés météorologiques. La température de la mer Méditerranée atteint des sommets, avec pas moins de 30 °C sur le littoral, à Marseille. « La température est de 28 °C à planier [au large des côtes], et elle atteint localement 31, voire 32 °C en surface près du littoral le littoral », précise Paul Marquis, prévisionniste météo.

    Une situation « pas du tout normale », selon lui. « Même en 2003, la mer n’avait pas atteint ces températures. Jamais dans l’époque contemporaine des relevés météo, nous n’avons atteint ces températures, que ce soit à la fin ou au début de l’été », avance-t-il. En cause, les fortes chaleurs observées depuis la fin du mois de juin, couplées à l’absence de mistral.