• Macron « en guerre » contre les réfugiés afghans

    Il aura osé.

    Nous sommes lundi 16 Août, quelques jours seulement après la prise de Kaboul par les talibans. Il est 20h quand Macron prend la parole devant les français. A la même heure, des milliers d’afghans convergent vers l’aéroport international de Kaboul. Ils fuient pour leurs vies et leur liberté. Certains s’accrochent même désespérément aux ailes des avions américains de rapatriement. Ce lundi, au moins trois civils ont chuté du toit d’un avion qui s’envolait, ils sont décédés.

    Cela fait 8 min 30 secondes que Macron a démarré son allocution. Pas une minute de plus. Devant le monde entier et face aux centaines de milliers d’afghans endeuillés, témoins directs de la destruction de leur pays, il ose.

    Sans honte, il menace et met en garde ceux qui auraient l’audace de demander la protection à la France : « La déstabilisation de l’Afghanistan risque d’entrainer des flux migratoires irréguliers vers l’Europe. […] Mais l’Afghanistan aura aussi besoin dans ces temps de ses forces vives. Et l’Europe ne peut pas assumer à elle seule les conséquences de la situation actuelle. Nous devons anticiper et nous protéger contre des flux migratoires irréguliers et importants qui mettraient en danger ceux qui les empruntent et nourriraient les trafics de toute nature. Nous porterons donc en lien avec la république fédérale d’Allemagne […] une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie qui passera par la lutte contre les flux irréguliers, la solidarité dans l’effort, harmonisation des critères de protection, et la mise en place de coopération avec les pays de transit et d’accueil, comme le Pakistan, la Turquie ou l’Iran. »

    Il n’aura pu s’en empêcher. La plus sobre des décences aurait suggéré un soutien verbal même hypocrite, comme à son habitude. Il ne s’embarrasse plus de ces foutaises. Comme le veut l’usage de l’allocution macronite, il réemploie le vocabulaire guerrier à sa sauce, le futur réfugié afghan devient l’« envahisseur ». La France doit « se protéger contre les flux migratoires irréguliers ». Cela nécessite donc une « réponse robuste et coordonnée ». Il ajoute même discrètement que les afghans devraient avoir le courage de se battre dans leur pays, argument habituel des doudounes bleues, et autres randonneurs fascisés. Le pays aura besoin de « forces vives » proclame t’il. Les habitants de Kaboul qui luttent pour leur survie depuis des années sont-ils des forces molles ? Il poursuit en amalgamant les exilés et les « trafics de tout genre », avant d’enchainer brutalement avec « la protection des principes et valeurs » et la lutte contre « l’obscurantisme ».

    Sentez-vous gronder l’armée de terroristes sanguinaires à nos portes, prêt à éliminer un à un chacun de nos « principe républicain » ? Si non, Macron est là pour vous convaincre. Le réfugié est un danger, c’est un fait.

    Cela relève de l’obsession, plus rien n’est raisonné. Aucun mot sur l’urgence humanitaire. Le discours de Macron est à tel point dénué d’humanité et de considération empathique qu’il se félicite en bon roi d’avoir accueilli en France « près de 800 membres de la société civil afghane qui ont travaillé pour la France ». On sauve le petit personnel, on verra les autres plus tard.

    En attendant, en France, les exilés afghans en demande d’asile sont condamnés à la rue, persécutés par les forces de l’ordre. Ils sont inlassablement chassés à l’extérieur de Paris, à l’ombre du périphérique. Les couvertures sont confisquées, les tentes tailladées. Les mineurs non accompagnés attendent des mois, parfois des années avant d’être protégés par l’Aide Sociale à l’Enfance. A Calais, un exilé perdait la vie ce jeudi 12 août en essayant de rejoindre l’Angleterre à bord d’une embarcation. Mais du côté français, rien ne semble pouvoir arrêter la répression. Les campements sont expulsés quotidiennement, les exilés sont arrêtés et enfermés en centre de rétention, les matraques tombent nuit et jour.

    Depuis quelques semaines, le sort des milliers de réfugiés afghans se joue entre les mains des dirigeants européens qui veillent chacun à ne pas accueillir plus qu’un autre. La France aura attendu le 11 juillet pour geler les expulsions. Les associations contestent et affirment que certains réfugiés ont été expulsés cet été. Depuis le début de l’année 2021, au moins 1200 ressortissants afghans ont été contraints de regagner le pays en guerre.

    Ce lundi, face caméra, Macron a essuyé le sang des civils afghans qu’il a sur les mains. Loin de remettre en question l’indignité avec laquelle les réfugiés sont accueillis dans son pays, il annonce une politique d’accueil toujours plus sécuritaire, des procédures de protection interminables, une méfiance perpétuelle et un amalgame avec le terrorisme à peine dissimulé.

    Si notre président à voulu faire passer un message de peur à nos frères et sœurs afghans, nous l’avons aussi entendu. Nous nous tenons prêts à fracturer les frontières de notre pays à grands coups de tenailles, d’antiracisme, et de solidarité populaire.

    https://blogs.mediapart.fr/jeremie-rochas/blog/170821/macron-en-guerre-contre-les-refugies-afghans

  • Voilà près de 10 ans que l’administration publique - la CAF, notamment, rejointe depuis par Pôle Emploi et l’administration fiscale - pratique des calculs de risque - du scoring - de ses administrés, sans vraiment nous en parler… Avec le sociologue Vincent Dubois, à l’occasion de la parution de son livre « Contrôler les assistés », nous revenons sur cette révolution discrète, largement faite à notre insu, cette transformation de fond du contrôle des administrés, à bas bruit.

    Comment la fouille de données, l’échange de données et la rationalisation des pratiques administratives pour mieux se mouler dans les évolutions informatiques, d’une manière bien plus réticulaire qu’on le craignait en 1978 avec le projet Safari, nous a conduit à « atteindre une forme de surveillance jamais vue »... https://www.internetactu.net/2021/06/22/le-calcul-de-risque-cette-revolution-industrielle-de-ladministration-p

  • INFO LA DEPECHE. Tarn : à 93 ans, il meurt du Covid-19 dans son Ehpad après être resté attaché 15 jours à un fauteuil - ladepeche.fr
    https://www.ladepeche.fr/2021/04/09/tarn-la-famille-dun-residant-decede-dans-un-ehpad-a-mazamet-porte-plainte-

    La famille d’un résident, décédé le 30 mars dernier à l’Ehpad La Chevalière à Mazamet dans le Tarn, porte plainte pour homicide involontaire. Positif au Covid-19, l’homme de 93 ans, s’était vu prescrire une ordonnance pour contention physique. Pour ses proches, le lien de causalité est réel entre son décès et la « maltraitance » qu’il a subie durant ses derniers jours.

    « C’est lamentable ce qu’il s’est passé… » Didier Bordes, originaire de Mazamet (Tarn), ne cache pas sa colère. Son père Georges Bordes, est décédé le 30 mars dernier à l’âge de 93 ans. Il était résident à l’Ehpad de La Chevalière à Mazamet depuis le 8 février 2018.

    Le 15 mars 2021, Georges Bordes est déclaré positif au Covid-19. « Ce jour-là, l’établissement a demandé au médecin de famille de rédiger une ordonnance pour prescrire une contention physique, raconte le fils aîné et tuteur légal de Georges Bordes. Parce qu’on le connaît bien, mon frère Denis et moi, ce médecin nous a contacté pour nous prévenir qu’il allait établir cette ordonnance ‘à contre-coeur’, mais que ‘c’était le protocole’. On a donc su que notre père, pendant huit jours, allait être attaché au fauteuil de sa chambre. À partir de ce jour-là, on ne l’a plus revu… »

    Attaché au fauteuil pendant 15 jours
    « Il est resté durant les quinze jours qui ont précédé son décès, entravé sur ce fauteuil en journée et sous somnifères importants la nuit. Tout cela afin qu’il ne puisse quitter sa chambre et déambuler. C’est ce qu’une infirmière nous a expliqué », ajoute Didier Bordes, qui avec son frère et sa sœur, a décidé de porter plainte, le 1er avril au commissariat de police de Mazamet, contre la direction de l’Ehpad La Chevalière pour homicide involontaire.

    « On a reçu la plainte et une enquête a été ouverte. Des vérifications sont en cours », confirme Cherif Chabbi, procureur de la république de Castres.
    […]
    Du côté de la direction de l’Ehpad La Chevalière, on confirme que Georges Bordes est décédé, au sein de l’établissement, des suites du Covid-19. Il n’était pas vacciné par refus de la famille. « En effet, dès que nous avons un résidant positif, nous faisons appel à son médecin traitant. Et l’établissement a bien suivi, scrupuleusement, les prescriptions et directives du médecin et le protocole de façon générale, protocole commun à tous les établissements de soins et même aux personnes extérieures, explique Sarah Caminade Marty, directrice de l’Ehpad. Quand vous êtes positif, vous devez vous isoler pour protéger les autres. Donc, on rentre bien dans ce cadre, il n’y a pas de soucis de ce côté-là. Et il faut savoir, que nous sommes toujours en lien, lorsque nous avons des cas positifs, avec l’ARS et la plateforme Covid de l’hôpital pour toutes les recommandations et conduites à tenir. »

    Contention physique  : « c’est du cas par cas »
    Sarah Caminade Marty précise également que « la contention n’est pas continue. Ça ne veut pas dire qu’on attache quelqu’un toute la journée et les soignants peuvent aller les faire marcher. C’est plus un contrôle des mouvements. De façon générale, les protocoles d’isolement peuvent aller jusqu’à la contention. Ce n’est pas une obligation, c’est du cas par cas. En tout cas, la contention n’est pas une maltraitance quand elle est évaluée par un médecin. »

    Par rapport au lien de causalité soulevé par Didier Bordes, la direction de la Chevalière se défend également  : « Si le résidant était décédé d’autre chose que du Covid, le médecin nous aurait alertés. »

  • ‘They can see us in the dark’: migrants grapple with hi-tech fortress EU

    A powerful battery of drones, thermal cameras and heartbeat detectors are being deployed to exclude asylum seekers

    Khaled has been playing “the game” for a year now. A former law student, he left Afghanistan in 2018, driven by precarious economic circumstances and fear for his security, as the Taliban were increasingly targeting Kabul.

    But when he reached Europe, he realised the chances at winning the game were stacked against him. Getting to Europe’s borders was easy compared with actually crossing into the EU, he says, and there were more than physical obstacles preventing him from getting to Germany, where his uncle and girlfriend live.

    On a cold December evening in the Serbian village of Horgoš, near the Hungarian border, where he had spent a month squatting in an abandoned farm building, he and six other Afghan asylum seekers were having dinner together – a raw onion and a loaf of bread they passed around – their faces lit up by the glow of a fire.

    The previous night, they had all had another go at “the game” – the name migrants give to crossing attempts. But almost immediately the Hungarian border police stopped them and pushed them back into Serbia. They believe the speed of the response can be explained by the use of thermal cameras and surveillance drones, which they had seen during previous attempts to cross.

    “They can see us in the dark – you just walk, and they find you,” said Khaled, adding that drones had been seen flying over their squat. “Sometimes they send them in this area to watch who is here.”

    Drones, thermal-vision cameras and devices that can detect a heartbeat are among the new technological tools being increasingly used by European police to stop migrants from crossing borders, or to push them back when they do.

    The often violent removal of migrants without giving them the opportunity to apply for asylum is illegal under EU law, which obliges authorities to process asylum requests whether or not migrants possess identification documents or entered the country legally.

    “Routes are getting harder and harder to navigate. Corridors [in the Balkans are] really intensively surveyed by these technologies,” says Simon Campbell, field coordinator for the Border Violence Monitoring Network (BVMN), a migrant rights group in the region.

    The militarisation of Europe’s borders has been increasing steadily since 2015, when the influx of migrants reached its peak. A populist turn in politics and fear whipped up around the issue have fuelled the use of new technologies. The EU has invested in fortifying borders, earmarking €34.9bn (£30bn) in funding for border and migration management for the 2021-27 budget, while sidelining the creation of safe passages and fair asylum processes.

    Osman, a Syrian refugee now living in Serbia, crossed several borders in the southern Balkans in 2014. “At the time, I didn’t see any type of technology,” he says, “but now there’s drones, thermal cameras and all sorts of other stuff.”

    When the Hungarian police caught him trying to cross the Serbian border before the pandemic hit last year, they boasted about the equipment they used – including what Osman recalls as “a huge drone with a big camera”. He says they told him: “We are watching you everywhere.”

    Upgrading of surveillance technology, as witnessed by Khaled and Osman, has coincided with increased funding for Frontex – the EU’s Border and Coast Guard Agency. Between 2005 and 2016, Frontex’s budget grew from €6.3m to €238.7m, and it now stands at €420.6m. Technology at the EU’s Balkan borders have been largely funded with EU money, with Frontex providing operational support.

    Between 2014 and 2017, with EU funding, Croatia bought 13 thermal-imaging devices for €117,338 that can detect people more than a mile away and vehicles from two miles away.

    In 2019, the Croatian interior ministry acquired four eRIS-III long-range drones for €2.3m. They identify people up to six miles away in daylight and just under two miles in darkness, they fly at 80mph and climb to an altitude of 3,500 metres (11,400ft), while transmitting real-time data. Croatia has infrared cameras that can detect people at up to six miles away and equipment that picks upheartbeats.

    Romania now has heartbeat detection devices, alongside 117 thermo-vision cameras. Last spring, it added 24 vehicles with thermo-vision capabilities to its border security force at a cost of more than €13m.

    Hungary’s investment in migration-management technology is shielded from public scrutiny by a 2017 legal amendment but its lack of transparency and practice of pushing migrants back have been criticised by other EU nations and the European court of justice, leading to Frontex suspending operations in Hungary in January.

    It means migrants can no longer use the cover of darkness for their crossing attempts. Around the fire in Horgoš, Khaled and his fellow asylum-seekers decide to try crossing instead in the early morning, when they believe thermal cameras are less effective.

    A 2021 report by BVMN claims that enhanced border control technologies have led to increased violence as police in the Balkans weaponise new equipment against people on the move. Technology used in pushing back migrants has “contributed to the ease with which racist and repressive procedures are carried out”, the report says.

    BVMN highlighted the 2019 case of an 18-year-old Algerian who reported being beaten and strangled with his own shirt by police while attempting a night crossing from Bosnia to Croatia. “You cannot cross the border during the night because when the police catch you in the night, they beat you a lot. They break you,” says the teenager, who reported seeing surveillance drones.

    Ali, 19, an Iranian asylum-seeker who lives in a migrant camp in Belgrade, says that the Croatian and Romanian police have been violent and ignored his appeals for asylum during his crossing attempts. “When they catch us, they don’t respect us, they insult us, they beat us,” says Ali. “We said ‘we want asylum’, but they weren’t listening.”

    BVMN’s website archives hundreds of reports of violence. In February last year, eight Romanian border officers beat two Iraqi families with batons, administering electric shocks to two men, one of whom was holding his 11-month-old child. They stole their money and destroyed their phones, before taking them back to Serbia, blasting ice-cold air in the police van until they reached their destination.

    “There’s been some very, very severe beatings lately,” says Campbell. “Since the spring of 2018, there has been excessive use of firearms, beatings with batons, Tasers and knives.”

    Responding to questions via email, Frontex denies any link between its increased funding of new technologies and the violent pushbacks in the Balkans. It attributes the rise in reports to other factors, such as increased illegal migration and the proliferation of mobile phones making it easier to record incidents.

    Petra Molnar, associate director of Refugee Law Lab, believes the over-emphasis on technologies can alienate and dehumanise migrants.

    “There’s this alluring solution to really complex problems,” she says. “It’s a lot easier to sell a bunch of drones or a lot of automated technology, instead of dealing with the drivers that force people to migrate … or making the process more humane.”

    Despite the increasingly sophisticated technologies that have been preventing them from crossing Europe’s borders, Khaled and his friends from the squat managed to cross into Hungary in late December. He is living in a camp in Germany and has begun the process of applying for asylum.

    https://www.theguardian.com/global-development/2021/mar/26/eu-borders-migrants-hitech-surveillance-asylum-seekers

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  • Ανθρωποι και ποντίκια στη ΒΙΑΛ

    Το στρατόπεδο συγκέντρωσης της ΒΙΑΛ στη Χίο αποτελεί ντροπή όχι μόνο για την Ευρώπη, αλλά για την ίδια την ανθρωπότητα ● 1.800 πρόσφυγες, από μωρά μέχρι ηλικιωμένους ανθρώπους, ζουν σε διαλυμένες σκηνές ανάμεσα σε ποτάμια από ακαθαρσίες, βουνά από σκουπίδια, ποντίκια και κουφάρια ζώων ● Το « σταδιακό κλείσιμο » της δομής που είχε υποσχεθεί η κυβέρνηση έχει ξεχαστεί και οι άνθρωποι έχουν καταδικαστεί στην εξαθλίωση και στον εξευτελισμό.

    Ο προσφυγικός καταυλισμός ή αλλιώς το Κέντρο Υποδοχής και Ταυτοποίησης, όπως κατ’ ευφημισμόν έχει ονομαστεί, είναι ουσιαστικά ένας βούρκος. Ενας βούρκος όπου, λόγω και των σκληρών καιρικών συνθηκών, μεθοδικά η κυβέρνηση μετατρέπει σε αντικείμενα τους πρόσφυγες στερώντας τους κάθε έννοια αξιοπρέπειας και ανθρώπινης υπόστασης.

    Εχοντας εξασφαλίσει την πλήρη ανοχή -αν όχι και συνενοχή- της Ευρωπαϊκής Ενωσης και των δύο μεγάλων διεθνών οργανισμών, της Υπατης Αρμοστείας του ΟΗΕ (UNHCR) και του Διεθνούς Οργανισμού Μετανάστευσης (ΔΟΜ), με συνοπτικές διαδικασίες τούς καταδίκασε να ζουν σε συνθήκες αβίωτες ακόμα και για τα κατοικίδιά μας. Εκατοντάδες πρόσφυγες αυτή τη στιγμή στη ΒΙΑΛ προσπαθούν να επιβιώσουν σε αυτοσχέδιες σκηνές, φτιαγμένες με ό,τι διαθέσιμο υλικό βρεθεί πρόχειρο.

    Κατεστραμμένες σκηνές της Υπατης Αρμοστείας, χοντρό πλαστικό από συσκευασίες υλικών, σακούλες σκουπιδιών, απορρίμματα οικοδομών έχουν δεθεί και καρφωθεί πρόχειρα πάνω σε κλαδιά δέντρων ή ξύλα πολυκαιρισμένα και στεγάζουν την πλειονότητα των 1.800 ανθρώπων που ζουν εδώ και μήνες εγκλωβισμένοι στη ΒΙΑΛ και συγκεκριμένα στα χωράφια γύρω από το κεντρικό κτίριο.

    Ελάχιστοι είναι αυτοί που ζουν σε κοντέινερ, τα οποία πλέον στεγάζουν κυρίως υπηρεσίες και τις ελάχιστες ΜΚΟ που συνεχίζουν να δίνουν το « παρών » στην κόλαση της ΒΙΑΛ. Πού και πού μέσα στη ζούγκλα από αυτοσχέδιες σκηνές μπορεί να δεις κάποιο κοντέινερ μέσα στο οποίο συνήθως στοιβάζονται παραπάνω από δύο οικογένειες. Πρόκειται για τους τυχερούς/ές του στρατοπέδου.

    Η κυβέρνηση, θέλοντας να κατευνάσει τους κατοίκους του γειτονικού χωριού Χαλκειούς, ξήλωσε πάρα πολλά κοντέινερ υποσχόμενη το « σταδιακό κλείσιμο της ΒΙΑΛ » και τα μοίρασε δεξιά και αριστερά. Δύο από αυτά κατέληξαν στο Νοσοκομείο Χίου προκειμένου να μετατραπούν σε θαλάμους ασθενών Covid και τοποθετήθηκαν στο προαύλιο του ιδρύματος.

    Οι ελάχιστες χημικές τουαλέτες βρίσκονται στα όρια του καμπ σε ένα ανηφορικό σημείο. Πολύ συχνά υπερχειλίζουν καθώς είναι αδύνατον να εξυπηρετήσουν αυτόν τον πληθυσμό. Η πλαγιά κάτω από τις τουαλέτες είναι γεμάτη σκηνές, μέσα στις οποίες καταλήγουν τα κόπρανα και τα ούρα. Μερικές από τις τουαλέτες στερούνται πόρτας. Η μία πόρτα ξηλώθηκε και μετατράπηκε σε δομικό στοιχείο μιας καλύβας, ενώ άλλη μία χημική τουαλέτα « ιδιωτικοποιήθηκε » αφού, με τον νόμο της ζούγκλας να κυριαρχεί, μεταφέρθηκε στον αύλειο χώρο μιας σκηνής και πλέον εξυπηρετεί τις ανάγκες των ενοίκων της συγκεκριμένης φαμίλιας.

    Πρόσφατα, μέλη του Δικτύου Αλληλεγγύης Κοινωνικών Ιατρείων επισκέφτηκαν τον καταυλισμό, καταφέρνοντας να ξεπεράσουν τις αυστηρές εντολές απομόνωσης οι οποίες εκδόθηκαν δήθεν για προστασία από την εξάπλωση του κορονοϊού, αλλά με αντικειμενικό στόχο να κρατήσουν μακριά τις ανεπιθύμητες παρουσίες και κυρίως τον φωτογραφικό φακό.

    « Προχωρώντας μέσα στη ζούγκλα παρατηρούμε μπουκάλια νερού τα οποία μέσα έχουν ένα κίτρινο υγρό. Το κίτρινο αυτό υγρό είναι ούρα. Οι άνθρωποι αποφεύγουν να επισκεφτούν τις τουαλέτες και επιλέγουν να ουρούν μέσα σε μπουκάλια, τα οποία τοποθετούν έξω από τις άθλιες σκηνές τους προκειμένου να τα πετάξουν την επόμενη μέρα. Συνεχίζουμε τη δυστοπική μας περιήγηση, αλλά το βάδισμα γίνεται όλο και πιο δύσκολο. Η βροχή έχει επιδεινώσει την κατάσταση. Ισορροπούμε με δυσκολία επάνω σε σπασμένες παλέτες και οι διάδρομοι ανάμεσα στις σκηνές είναι στενοί, ίσα που χωρούν τα σώματά μας. Κάτω από τις μισοβυθισμένες στη λάσπη παλέτες περνούν ποντίκια.

    Κάποια στιγμή βγαίνουμε σε ένα σημείο πιο ανοιχτό. Εκεί ένας πρόσφυγας σκυμμένος στο χώμα προσπαθεί να καθαρίσει τα παπούτσια του από τις λάσπες, ενώ δίπλα του συνεχίζουν να περνούν ποντίκια. Ανθρωποι και ποντίκια συνυπάρχουν αρμονικά. Κανείς πια δεν διαμαρτύρεται. Οι άνθρωποι έπαψαν να τα σιχαίνονται και τα ποντίκια έπαψαν να τους φοβούνται. Παιδιά ξεπροβάλλουν μέσα από τις σκηνές σκυθρωπά. Είναι η μόνη φορά που βλέπουμε παιδιά να μην παίζουν. Τα παιδιά συνήθως παντού και πάντα, ακόμα και κάτω από τις πλέον άθλιες συνθήκες, βρίσκουν τρόπους να επιβιώνουν. Είναι ευρηματικά, μπορούν να παίζουν ώρες ολόκληρες με ένα κουτάκι από αναψυκτικό » αναφέρουν.

    Η απελπισία όμως στη ΒΙΑΛ έχει όνομα. Και πρόσωπο. Είναι του εφτάχρονου παιδιού το οποίο το μεσημέρι στις 11/2 ανέβηκε στην ταράτσα του κεντρικού κτιρίου της ΒΙΑΛ και απειλούσε να αυτοκτονήσει πέφτοντας από έξι-εφτά μέτρα ύψος. Ενα μέτρο για κάθε χρόνο ζωής που μετράει. Με την παρέμβαση κοινωνικών λειτουργών, ψυχολόγων και αστυνομικών πείστηκε να κατέβει.

    « Οι εικόνες φρίκης διαδέχονται η μία την άλλη » σημειώνουν τα μέλη του Δικτύου Κοινωνικών Ιατρείων, που κατάφεραν να βγάλουν μερικές φωτογραφίες στα κλεφτά. « Σωροί σκουπιδιών, κόπρανα, ούρα, ψόφια ζώα και παρ’ όλο που φοράμε μάσκες η δυσοσμία τις διαπερνά. “Βλέπεις τις γάτες ;” ψελλίζει ένας πρόσφυγας. “Είναι χορτάτες από τα σκουπίδια, γι’ αυτό και δεν κυνηγούν τα ποντίκια”. Στα χωράφια που βρίσκονται έξω από το κτίριο του ΚΥΤ μέσα στις λάσπες βρίσκονται κάποιες σκηνές. Από εκεί ξεπροβάλλει ένα κοριτσάκι, αναμαλλιασμένο και βρόμικο. Φοράει ένα ζευγάρι αντρικές σαγιονάρες, μεγαλύτερες από το μπόι του. Ψαχνόμαστε να του δώσουμε κάτι, αν και το ίδιο δεν μας ζητά τίποτα, απλώς μας κοιτάζει. Προσφέρουμε κάτι, περισσότερο από αμηχανία, εκείνο δεν μιλά και απομακρύνεται, μπαίνει σε μια σκηνή. Ο πατέρας κλείνει την πόρτα πίσω και αυτή είναι η μοναδική φωτογραφία πρόσφυγα που καταφέρνουμε να κλέψουμε, την πλάτη αυτού του πατέρα. Σε μια στιγμή που εκείνος δεν μας κοιτά. Τα υπόλοιπα τα ξέρουμε, δεν χρειάζονται, είναι περιττά. Οτιδήποτε επιπλέον θα ήταν φλυαρία, πλεονασμός και κίνδυνος για αυτούς τους ανθρώπους να χάσουν την αξιοπρέπειά τους. Αν ψάξετε φωτογραφία του μικρού κοριτσιού, δεν θα βρείτε. Η εξαθλίωση δεν μπορεί απλά και μόνο να απαθανατίζεται, οι άνθρωποι δεν είναι θέαμα ».
    Δεν διεκδικούν πια

    Και συνεχίζουν την περιγραφή της φρίκης : « Ολα αυτά είναι η “κανονικότητα” των στρατοπέδων συγκέντρωσης. Οι άνθρωποι που έχουν καταδικαστεί να διαμένουν σε αυτά φαίνεται πως έχουν πάψει να διεκδικούν και υπομένουν καρτερικά το τέλος. Είτε αυτό είναι η έγκριση του ασύλου, είτε η απέλασή τους, είτε ο ίδιος ο θάνατος. Οτιδήποτε από αυτά τα τρία φαντάζει καλύτερο από αυτό που βιώνουν τώρα. Και τίποτα από τα τρία δεν είναι σε θέση να το διεκδικήσουν. Εξαρτάται από τη βούληση και το “έλεος” των θυτών. Οι θύτες αστυνομικοί και εκπρόσωποι των πολυεθνικών οργανισμών και του υπουργείου, που διοικούν την κόλαση αυτή, είναι εξίσου απαθείς, μηχανικοί στις κινήσεις τους. Αυτό που κυριαρχεί ως γενική αίσθηση είναι ότι έχει δολοφονηθεί το ανθρώπινο στοιχείο και έχει απανθρωποποιηθεί η κοινωνική σύμβαση μεταξύ θυτών και θυμάτων ».
    Ο πληθυσμός

    Αυτή τη στιγμή ο πληθυσμός που στοιβάζεται στο ΚΥΤ ανέρχεται στους 1.800. Μόλις πριν από λίγες ημέρες ξεπερνούσε τις 3.000. Μέσα σε σύντομο χρονικό διάστημα δόθηκε το πράσινο φως από τον υπουργό Μετανάστευσης και Ασύλου να μετακινηθεί ένα σημαντικό μέρος προς την ηπειρωτική Ελλάδα.

    « Οι άνθρωποι αυτοί κρατούνταν εντελώς εκδικητικά στο νησί, αν και είχαν περάσει από τη διαδικασία της συνέντευξης και είχαν επίσημα αποκτήσει προσφυγικό στάτους. Ανθρωποι εγκλωβισμένοι από τις αρχές τους 2019 εντελώς αναίτια. Η εντολή αυτή της fast track μετακίνησης δεν δόθηκε επειδή ξαφνικά ο Νότης Μηταράκης απέκτησε ευαισθησίες » υποστηρίζουν τα μέλη του Δικτύου και εξηγούν :

    « Το τελευταίο διάστημα τόσο στη Χίο όσο και στα υπόλοιπα νησιά γίνεται μια προσπάθεια να πειστούν οι κάτοικοι των νησιών για την αναγκαιότητα δημιουργίας κλειστών στρατοπέδων. Κάθε φορά υποδεικνύεται και ένα διαφορετικό μέρος από τους τοπικούς άρχοντες, σε συνεννόηση με τον υπουργό, αλλά κάθε φορά οι κάτοικοι αντιδρούν. Οι αντιδράσεις αυτές προέρχονται από ανθρώπους με διαφορετικές πολιτικές και ιδεολογικές αφετηρίες. Ολες και όλοι θυμόμαστε τη μετάβαση των ΜΑΤ του Χρυσοχοΐδη πριν από περίπου έναν χρόνο και τις σκηνές πρωτόγνωρου τραμπουκισμού που έζησαν οι κάτοικοι των νησιών. Είδαμε τους άντρες των ΜΑΤ μέχρι και την τελευταία στιγμή, λίγο πριν αποβιβαστούν στο καράβι της επιστροφής, να σπάνε και να καταστρέφουν αυτοκίνητα κατοίκων του νησιού ».

    Οπως λένε οι αυτόπτες μάρτυρες, οι φωνές για κατειλημμένα χωράφια είναι προσχηματικές. Στόχο έχουν να αποπροσανατολίσουν τη συζήτηση, βάζοντας στην εξίσωση και το κόστος που πληρώνει η τοπική κοινωνία. « Αλλά κάτι τέτοιο δεν ισχύει. Οι ιδιοκτήτες αποζημιώνονται, ενώ δημιουργήθηκαν και 500 θέσεις εργασίας για ντόπιους » υποστηρίζουν. « Σε μια εποχή κατά την οποία προσπαθούν να αναθεωρήσουν την ιστορία των ναζιστικών εγκλημάτων, επιχειρούν παράλληλα να αποσιωπήσουν το αίσχος των σύγχρονων εγκλημάτων των στρατοπέδων που λειτουργούν υπό την αιγίδα της Ε.Ε. και της ελληνικής κυβέρνησης. Στο πλαίσιο αυτής της πολιτικής επιχειρούν να φιμώσουν εκείνους/ες που καταγγέλλουν, να ποινικοποιήσουν τη δημοσιοποίηση πληροφοριών και φωτογραφιών » καταλήγουν.

    Αλλωστε πρόσφατες και σε εξέλιξη είναι και οι απόπειρες ποινικοποίησης της αλληλεγγύης στη Μυτιλήνη με τη δικογραφία της αστυνομίας εναντίον 35 μελών ΜΚΟ, που ακόμα εκκρεμεί στα εισαγγελικά γραφεία ελλείψει προφανώς ισχυρών ενδείξεων που θα οδηγούσαν σε απαγγελίες κατηγοριών από τις δικαστικές αρχές.

    https://www.efsyn.gr/ellada/koinonia/286381_anthropoi-kai-pontikia-sti-bial

    –------

    Note de Vicky Skoumbi, qui a envoyé ce message via la mailing-list Migreurop :

    J’ai essayé tant bien que mal de rectifier et de compléter la traduction automatique de ce témoignage terrifiant du centre de réception et d’identification de Chios, un camp mérite pleinement sa qualification de ’#camp_de_concentration'. Où on apprend que les résidents du camp n’attendant plus rien que le pire ont renoncé à toute réclamation et revendication, tandis qu’un petit garçon de sept ans finit par tenter de se suicider pour retrouver quelque chose de la valeur et de la dignité de la vie. La #déshumanisation systématique de réfugiés aurait même atteint même ceux qui gèrent le camp qui se comportent comme des automates. Ce témoignage est unique, car toute entrée dans le camp est interdite, et à plus forte raison toute prise de photo. Je vous prie donc de le diffuser le plus largement possible

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    The VIAL (RIC of Chios) concentration camp in Chios is a disgrace not only to Europe but to humanity itself ● 1,800 refugees, from babies to the elderly, live in dilapidated tents between rivers of dirt, mountains of rubbish, mice and animal carcasses ● The “gradual closure” of the structure promised by the government has been forgotten and people have been doomed to misery and humiliation.

    The refugee camp, or Reception and Identification Center, as it is aptly named, is essentially a swampland full of mud. A swamp where, due to the harsh weather conditions, the government methodically turns the refugees into objects, depriving them of any notion of dignity and human condition.

    Having secured the full tolerance - if not complicity - of the European Union and the two major international organizations, the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) and the International Organization for Migration (IOM), by summary proceedings sentenced them to live in conditions that would be still lifeless for our pets. Hundreds of refugees at the moment in VIAL are trying to survive in makeshift tents, made with whatever available material is found.

    Damaged UNHCR tents, thick plastic from packaging materials, rubbish bags, construction waste have been tied up and nailed to old tree branches or wood and house the majority of the 1,800 people who have been living in the north for months and trapped in the north. the main building.

    Few are those who live in containers, which now house mainly services and the few NGOs that continue to operate in the hell of the VIAL RIC. Every now and then in the jungle of makeshift tents you can see a container in which more than two families are usually stacked. These are the lucky ones of the camp.

    The government, wanting to appease the residents of the neighboring village of Chalkios, took away many containers promising the “gradual closure of VIAL” and distributed them here and there. Two of the containers ended up in Chios Hospital in order to be transformed into Covid patient’s wards and placed in the courtyard of the institution.

    The less than few chemical toilets are located on the edge of the camp on an uphill point. They often overflow as it is impossible for such a few number of toilets to serve this population. The slope below the toilets is full of tents, in which feces and urine end up. Some of the toilets do not have a door. One door was demolished and turned into a building block of a hut, while another chemical toilet was “privatized” after, with the law of the jungle prevailing, it was moved to the courtyard of a tent and now serves the needs of the occupants of this tent.

    Recently, members of the Solidarity Network of Social Clinics visited the camp, overcoming the strict isolation orders issued ostensibly to protect against the spread of the coronavirus, but whose the real objective is to keep away the unwanted presence and especially the unwanted faces [ all those who could testify and denounce publicly this horrible situation].

    "Going into the Jungle [the makeshift part of the camp] we notice bottles of water which have a yellow liquid inside. This yellow liquid is urine. People avoid going to the toilets and choose to urinate in bottles, which they place outside their miserable tents in order to throw them away the next day. We continue our dystopian tour, but walking becomes more and more difficult. The rain has worsened the situation. We have difficulty balancing on broken pallets and the corridors between the tents are narrow, just enough to fit our bodies. Mice pass under the half-submerged pallets.

    At some point we go to a more open point. There, a refugee crouching on the ground tries to clean his shoes from the mud, while mice continue to pass by. Humans and mice coexist harmoniously. No one is complaining anymore. People stopped hating them and mice stopped being afraid of them. Children emerge through the scenes sullenly. It is the only time we see children not playing. Children usually everywhere and anytime, even under the most miserable conditions, find ways to survive. They are ingenious, they can play for hours with a can of soft drink "they say.

    But despair in VIAL has a name. And a face. It belongs to a seven-year-old boy who at noon on 11/2 climbed on the roof of the main building of VIAL and threatened to commit suicide by falling from a height of six to seven meters. A meter high for every year of his life. With the intervention of social workers, psychologists and police officers, the child was persuaded to come down.

    “The images of horror follow one another,” note the members of the Network of Social Clinics, who managed to take some photos without being seen. "Piles of rubbish, feces, urine, dead animals and even though we wear masks, the stench pervades them. “Do you see cats?” cries a refugee. “They are full of garbage, that’s why they do not hunt mice.” In the fields outside the RIC building there are some tents in the mud. From there emerges a little girl, disheveled and dirty. She is wearing a pair of men’s flip flops, bigger than herself. We are looking for something to give her, even though she does not ask us for anything, she just looks at us. We offer something, more out of embarrassment, she does not speak and leaves, enters a scene. The father closes the back door and this is the only refugee photo we manage to steal, this father’s back. At a time when he is not looking at us. We know the rest, they are not needed, they are unnecessary. Anything more would be gossip, redundancy and risk for these people to lose their dignity. If you search for a photo of the little girl, you will not find it. “Poverty cannot simply be immortalized, people are not a spectacle.”

    They do not claim anymore

    And they continue to describe the horror: "All this is the ’normality’ of the concentration camps. The people who have been condemned to live in them seem to have stopped claiming and are patiently enduring the end. This could be either the approval of the asylum demand, or their deportation, or even death itself. Any of these three possibilities seems better than what they are experiencing now. And the people that are trapped at the Vial camp are not able to claim any of the three already mentioned. Their future depends on the will and the “mercy” of the perpetrators. The perpetrators, the police and the representatives of the multinational organizations and the ministry, who are responsible for the administration of this hell, are equally apathetic, moving around like automates. “What prevails as a general feeling is that the human element has been assassinated here: the social contract between perpetrators and victims has been completely dehumanized.”

    The population

    Currently the population stacked in the RIC amounts to 1,800. Just a few days ago it exceeded 3,000. A short time before, the Minister of Immigration and Asylum gave the green light to move an important part to mainland Greece.

    “These people were kept completely revengeful on the island, even though they had gone through the interview process and had officially acquired refugee status. People trapped since the beginning of 2019 completely unnecessarily. The recent order of fast track movement was not given because Notis Mitarakis suddenly became sensitive”, the members of the Network support and explain:

    “Recently, both in Chios and on the other islands, an attempt is being made to convince the inhabitants of the islands of the necessity of creating closed camps. Each time a different place is indicated by the local authorities, in consultation with the minister, but each time the residents react. These reactions come from people with different political and ideological backgrounds. We all remember the transition of Chrysochoidis [ The minister of the Police]’ riot police about a year ago and the scenes of unprecedented bullying experienced by the inhabitants of the islands. We saw the special unit’s men until the last moment, just before they disembarked on the return ship, to break and destroy cars of the island’s inhabitants”.

    According to eyewitnesses, the rumors about occupied fields are pretentious. They aim to disorient the discussion, putting in balance also the cost paid by the local community. “It is simply not true. The owners are being compensated, while 500 jobs have been created for locals”, they claim. "At a time when attempts are made to review the history of Nazi crimes, the authorities are also trying to silence the disgrace of the modern crimes of the EU-sponsored camps and the Greek government. “As part of this policy, they are trying to silence those who denounce, they try to criminalize the publication of information and photos,” they conclude.

    Attempts to criminalize solidarity in Mytilene are recent and ongoing with the brief filed by the police against 35 NGO members, which is still pending in the prosecutor’s office, apparently in the absence of strong evidence that would lead to indictments by the judicial authorities.

    #Vial #Chios #grèce #réfugiés #asile #migrations #îles #camps_de_réfugiés

    ping @isskein @karine4

  • L’#enseignement_numérique ou le supplice des Danaïdes. Austérité, surveillance, désincarnation et auto-exploitation

    Où l’on apprend comment les étudiants en #STAPS de #Grenoble et #Saint-Étienne ont fait les frais de la #numérisation - #déshumanisation de l’#enseignement bien avant l’apparition du coronavirus. Et comment ce dernier pourrait bien avoir été une aubaine dans ce processus de #destruction programmé – via notamment la plate-forme #FUN (sic).

    Les #plateformes_numériques d’enseignement ne datent pas de la série quasiment continue de confinements imposés aux universités depuis mars 2020. Enseignante en géographie à l’Université Grenoble Alpes, je constate le développement croissant d’« outils numériques d’enseignement » dans mon cadre de travail depuis plus d’une dizaine d’années. En 2014, une « #licence_hybride », en grande majorité numérique, est devenue la norme à Grenoble et à Saint-Étienne dans les études de STAPS, sciences et techniques des activités physiques et sportives. En 2020, tous mes enseignements sont désormais numériques à la faveur de l’épidémie. Preuves à l’appui, ce texte montre que le passage total au numérique n’est pas une exceptionnalité de crise mais une #aubaine inédite d’accélération du mouvement de numérisation global de l’#enseignement_supérieur en France. La #souffrance et les dégâts considérables que provoque cette #numérisation_de_l’enseignement étaient aussi déjà en cours, ainsi que les #résistances.

    Une politique structurelle de #transformation_numérique de l’enseignement supérieur

    La licence hybride de l’UFR STAPS à Grenoble, lancée en 2014 et en majorité numérique, autrement dit « à distance », est une des applications « pionnières » et « innovantes » des grandes lignes stratégiques du ministère de l’Enseignement supérieur en matière d’enseignement numérique définies dès 2013. C’est à cette date que la plateforme FUN - #France_Université_Numérique [1] -, financée par le Ministère, a été ouverte, regroupant des #MOOC - Massive Open Online Courses - ayant pour but d’« inciter à placer le numérique au cœur du parcours étudiant et des métiers de l’enseignement supérieur et de la recherche [2] » sous couvert de « #démocratisation » des connaissances et « #ouverture au plus grand nombre ». De fait, la plateforme FUN, gérée depuis 2015 par un #GIP - #Groupe_d’Intérêt_Public [3] -, est organisée autour de cours gratuits et en ligne, mais aussi de #SPOC -#Small_Private_Online_Course- diffusés par deux sous-plateformes : #FUN-Campus (où l’accès est limité aux seuls étudiant·e·s inscrit·e·s dans les établissements d’enseignement qui financent et diffusent les cours et doivent payer un droit d’accès à la plateforme) et #FUN-Corporate (plate-forme destinée aux entreprises, avec un accès et des certifications payants). En 2015, le ministère de l’Enseignement supérieur présentait le nouveau « #GIP-FUN » et sa stratégie pour « mettre en place un modèle économique viable en développant de nouveaux usages de cours en ligne » avec :

    - une utilisation des MOOC en complément de cours sur les campus, voire en substitution d’un #cours_magistral, selon le dispositif de la #classe_inversée ;
    - une proposition de ces #cours_en_ligne aux salariés, aux demandeurs d’emploi, aux entreprises dans une perspective de #formation_continue ;
    – un déploiement des plateformes en marques blanches [4]

    Autrement dit, il s’agit de produire de la sur-valeur à partir des MOOC, notamment en les commercialisant via des #marques_blanches [5] et des #certifications_payantes (auprès des demandeurs d’emploi et des entreprises dans le cadre de la formation continue) et de les diffuser à large échelle dans l’enseignement supérieur comme facteur de diminution des #coûts_du_travail liés à l’#encadrement. Les MOOC, dont on comprend combien ils relèvent moins de l’Open Source que de la marchandise, sont voués aussi à devenir des produits commerciaux d’exportation, notamment dans les réseaux postcoloniaux de la « #francophonie [6] ». En 2015, alors que la plateforme FUN était désormais gérée par un GIP, vers une #marchandisation de ses « produits », était créé un nouveau « portail de l’enseignement numérique », vitrine de la politique du ministère pour « déployer le numérique dans l’enseignement supérieur [7] ». Sur ce site a été publié en mars 2016 un rapport intitulé « MOOC : À la recherche d’un #business model », écrit par Yves Epelboin [8]. Dans ce rapport, l’auteur compare en particulier le #coût d’un cours classique, à un cours hybride (en présence et via le numérique) à un cours uniquement numérique et dresse le graphique suivant de rentabilité :

    Le #coût fixe du MOOC, à la différence du coût croissant du cours classique en fonction du nombre d’étudiants, suffit à prouver la « #rentabilité » de l’enseignement numérique. La suite du document montre comment « diversifier » (depuis des partenariats publics-privés) les sources de financement pour rentabiliser au maximum les MOOC et notamment financer leur coût de départ : « la coopération entre les universités, les donateurs, des fonds spéciaux et d’autres sources de revenus est indispensable ». Enfin, en octobre 2019, était publié sur le site du ministère de l’Enseignement supérieur un rapport intitulé « #Modèle_économique de la transformation numérique des formations dans les établissements d’enseignement supérieur [9] », écrit par Éric Pimmel, Maryelle Girardey-Maillard et Émilie‐Pauline Gallie, inspecteurs généraux de l’éducation, du sport et de la recherche. Le rapport commence par le même invariable constat néolibéral d’#austérité : « croissance et diversité des effectifs étudiants, concurrence nationale et internationale, égalité d’accès à l’enseignement supérieur dans les territoires et augmentation des coûts, dans un contexte budgétaire contraint », qui nécessitent donc un développement généralisé de l’enseignement numérique. La préconisation principale des autrices·teurs du rapport tient dans une « réorganisation des moyens » des universités qui :

    « consiste notamment à réduire le volume horaire des cours magistraux, à modifier les manières d’enseigner (hybridation, classes inversées...) et à répartir différemment les heures de cours, voire d’autres ressources, comme les locaux par exemple. Les économies potentielles doivent être chiffrées par les établissements qui devront, pour ne pas se voir reprocher de dégrader les conditions d’enseignement, redéployer ces montants dans les équipements ou le développement de contenus pédagogiques. »

    Autrement dit encore, pour financer le numérique, il s’agit de « redéployer » les moyens en encadrement humain et en locaux, soit les moyens relatifs aux cours « classiques », en insistant sur la dimension « pédagogique » du « redéploiement » pour « ne pas se voir reprocher de dégrader les conditions d’enseignement ». Le financement du numérique dans l’enseignement universitaire par la marchandisation des MOOC est aussi envisagé, même si cette dernière est jugée pour l’instant insuffisante, avec la nécessité d’accélérer les sources de financement qu’ils peuvent générer : « Le développement de nouvelles ressources propres, tirées notamment de l’activité de formation continue ou liées aux certificats délivrés dans le cadre des MOOCs pourrait constituer une voie de développement de ressources nouvelles. » Un programme « ambitieux » d’appel à « #flexibilisation des licences » a d’ailleurs été lancé en 2019 :

    Au‐delà de la mutualisation des ressources, c’est sur la mutualisation des formations qu’est fondé le projet « #Parcours_Flexibles_en_Licence » présenté par la mission de la pédagogie et du numérique pour l’enseignement supérieur (#MIPNES / #DGESIP) au deuxième appel à projets du #fonds_pour_la_transformation_de_l’action_publique (#FTAP) et financé à hauteur de 12,4 M€ sur trois ans. La mission a retenu quatre scénarios qui peuvent se combiner :

    - l’#hybridation d’une année de licence ou le passage au #tout_numérique ;

    - la transformation numérique partielle de la pédagogie de l’établissement ;

    - la #co‐modalité pour répondre aux contraintes ponctuelles des étudiants ;

    - les MOOCS comme enjeu de visibilité et de transformation.

    Le ministère a pour ambition, depuis 2013 et jusqu’à aujourd’hui, « la transformation numérique partielle de la pédagogie des établissements ». Les universités sont fermées depuis quasiment mars 2020, avec une courte réouverture de septembre à octobre 2020. L’expérience du passage au numérique, non plus partiel, mais total, est en marche dans la start-up nation.

    Nous avons déjà un peu de recul sur ce que l’enseignement numérique produit comme dégâts sur les relations d’enseignement, outre la marchandisation des connaissances qui remet en cause profondément ce qui est enseigné.

    A Grenoble, la licence « pionnière » de STAPS- Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives

    En 2014 et dans le cadre des politiques financières décrites précédemment, était lancée à Grenoble une licence « unique en son genre » de STAPS- Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives dont voici le fonctionnement :

    Les universités Grenoble-Alpes et Jean-Monnet-Saint-Étienne proposent une licence STAPS, parcours « entraînement sportif », unique en son genre : la scolarité est asynchrone, essentiellement à distance, et personnalisée.

    Cette licence s’appuie sur un dispositif de formation hybride : les étudiant·e·s s’approprient les connaissances chez eux, à leur rythme avant de les manipuler lors de cours en présentiel massés.

    Le travail personnel à distance s’appuie sur de nouvelles pédagogies dans l’enseignement numérique : les cours #vidéos, les #screencasts, #quizz et informations complémentaires s’articulent autour de #parcours_pédagogiques ; des sessions de #classe_virtuelle sont également organisées à distance [10].

    Dès 2017, des enseignant·e·s de STAPS faisaient paraître un texte avec la section grenobloise du syndicat FSU - Fédération Syndicale Unitaire - intitulé « Les STAPS de Grenoble sont-ils un modèle à suivre ? ». Les auteur·trice·s expliquaient que, en 2014, la présidence de l’université avait instrumentalisé un « dilemme impossible : “la pédagogie numérique ou la limitation d’accueil” ». Il s’agit ici d’un exemple significatif de technique néolibérale de capture de l’intérêt liée à la rhétorique de l’#austérité. Ce même non-choix a été appliqué dans l’organisation de la #PACES à Grenoble, première année de préparation aux études de médecine : numérique ou limitation drastique des étudiant·e·s accueilli·e·s. La tierce voie, toujours écartée, est évidemment celle de recruter plus d’enseignant·e·s, de personnels administratifs, de réduire les groupes d’amphithéâtres, de construire des locaux qui permettent à des relations d’enseignement d’exister. En 2017, les enseignant·e·s de STAPS constataient, effectivement, que « l’enseignement numérique permet(tait) d’accueillir beaucoup de monde avec des moyens constants en locaux et personnels enseignants titulaires (postes) ; et même avec une diminution des #coûts_d’encadrement ». Elles et ils soulignaient dans le même temps que le niveau d’#épuisement et d’#isolement des enseignant·e·s et des étudiant·e·s était inédit, assorti d’inquiétudes qui résonnent fortement avec la situation que nous traversons aujourd’hui collectivement :

    —Nous craignons que le système des cours numérisés s’accompagne d’une plus grande difficulté à faire évoluer les contenus d’enseignements compte tenu du temps pour les réaliser.
    — Nous redoutons que progressivement les cours de L1 soient conçus par un seul groupe d’enseignants au niveau national et diffusé dans tous les UFR de France, l’enseignant local perdant ainsi la main sur les contenus et ceux-ci risquant de se rigidifier.
    — Un certain nombre de travaux insistent sur le temps considérable des jeunes générations accrochées à leur smartphone, de 4 à 6 heures par jour et signalent le danger de cette pratique pour la #santé physique et psychique. Si s’ajoutent à ces 4 à 6 heures de passe-temps les 3 ou 4 heures par jour de travail des cours numériques sur écran, n’y a-t-il pas à s’inquiéter ?
    — Si les étudiants de L1 ne sont plus qu’une douzaine d’heures par semaine à l’université pour leurs cours, qu’en est-il du rôle de #socialisation de l’université ?

    (…)

    Il est tout de même très fâcheux de faire croire qu’à Grenoble en STAPS en L1, avec moins de moyens humains nous faisons aussi bien, voire mieux, et que nous ayons trouvé la solution au problème du nombre. Il serait plus scrupuleux d’exposer que :

    — nous sommes en difficulté pour défendre la qualité de nos apprentissages, que sans doute il y a une perte quant aux compétences formées en L1 et que nous devrons compenser en L2, L3, celles-ci. Ce qui semble très difficile, voire impossible ;
    — le taux de réussite légèrement croissant en L1 se fait sans doute à ce prix et qu’il est toujours faible ;
    — nous nous interrogeons sur la faible participation de nos étudiants au cours de soutien (7 % ) ;
    — nous observons que les cours numériques n’ont pas fait croître sensiblement la motivation des étudiants [11].

    Ces inquiétudes, exprimées en 2017, sont désormais transposables à large échelle. Les conditions actuelles, en période de #confinement et de passage au tout numérique sur fond de #crise_sanitaire, ne sont en effet ni « exceptionnelles », ni « dérogatoires ». Ladite « #exceptionnalité de crise » est bien plus l’exacerbation de ce qui existe déjà. Dans ce contexte, il semble tout à fait légitime de s’interroger sur le très probable maintien de l’imposition des fonctionnements généralisés par temps de pandémie, aux temps « d’après », en particulier dans le contexte d’une politique très claire de transformation massive de l’#enseignement_universitaire en enseignement numérique. Ici encore, l’analyse des collègues de STAPS publiée en 2017 sur les modalités d’imposition normative et obligatoire de mesures présentées initialement comme relevant du « volontariat » est éloquente :

    Alors qu’initialement le passage au numérique devait se faire sur la base du #volontariat, celui-ci est devenu obligatoire. Il reste à l’enseignant ne souhaitant pas adopter le numérique la possibilité d’arrêter l’enseignement qui était le sien auparavant, de démissionner en quelque sorte. C’est sans doute la première fois, pour bon nombre d’entre nous, qu’il nous est imposé la manière d’enseigner [12].

    Depuis 2020, l’utopie réalisée. Passage total à l’enseignement numérique dans les Universités

    Depuis mars et surtout octobre 2020, comme toutes les travailleur·se·s et étudiant·e·s des universités en France, mes pratiques d’enseignement sont uniquement numériques. J’avais jusqu’alors résisté à leurs usages, depuis l’analyse des conditions contemporaines du capitalisme de plateforme lié aux connaissances : principalement (1) refuser l’enclosure et la #privatisation des connaissances par des plateformes privées ou publiques-privées, au service des politiques d’austérité néolibérale destructrices des usages liés à l’enseignement en présence, (2) refuser de participer aux techniques de surveillance autorisées par ces outils numériques. Je précise ici que ne pas vouloir déposer mes cours sur ces plateformes ne signifiait pas me replier sur mon droit de propriété intellectuelle en tant qu’enseignante-propriétaire exclusive des cours. Au contraire, un cours est toujours co-élaboré depuis les échanges singuliers entre enseignant·e·s et étudiant·e·s ; il n’est pas donc ma propriété exclusive, mais ressemble bien plus à un commun élaboré depuis les relations avec les étudiant·e·s, et pourrait devoir s’ouvrir à des usages et des usager·ère·s hors de l’université, sans aucune limite d’accès. Sans défendre donc une propriété exclusive, il s’agit dans le même temps de refuser que les cours deviennent des marchandises via des opérateurs privés ou publics-privés, déterminés par le marché mondial du capitalisme cognitif et cybernétique, et facilité par l’État néolibéral, comme nous l’avons vu avec l’exposé de la politique numérique du ministère de l’Enseignement supérieur.

    Par ailleurs, les plateformes d’enseignement numérique, en particulier de dépôt et diffusion de documents, enregistrent les dates, heures et nombres de clics ou non-clics de toutes celles et ceux qui les utilisent. Pendant le printemps 2020, sous les lois du premier confinement, les débats ont été nombreux dans mon université pour savoir si l’ « #assiduité », comme facteur d’ « #évaluation » des étudiant·e·s, pouvait être déterminée par les statistiques individuelles et collectives générées par les plateformes : valoriser celles et ceux qui seraient les plus connectées, et pénaliser les autres, autrement dit « les déconnecté·e·s », les dilettantes. Les éléments relatifs à la #fracture_numérique, l’inégal accès matériel des étudiant·e·s à un ordinateur et à un réseau internet, ont permis de faire taire pendant un temps celles et ceux qui défendaient ces techniques de #surveillance (en oubliant au passage qu’elles et eux-mêmes, en tant qu’enseignant·e·s, étaient aussi possiblement surveillé·e·s par les hiérarchies depuis leurs fréquences de clics, tandis qu’elles et ils pouvaient s’entre-surveiller depuis les mêmes techniques).

    Or depuis la fermeture des universités, ne pas enseigner numériquement signifie ne pas enseigner du tout. Refuser les plateformes est devenu synonyme de refuser de faire cours. L’épidémie a créé les conditions d’un apparent #consentement collectif, d’une #sidération aussi dont il est difficile de sortir. Tous les outils que je refusais d’utiliser sont devenus mon quotidien. Progressivement, ils sont même devenus des outils dont je me suis rendue compte dépendre affectivement, depuis un rapport destructeur de liens. Je me suis même mise à regarder les statistiques de fréquentation des sites de mes cours, les nombres de clics, pour me rassurer d’une présence, là où la distance commençait à creuser un vide. J’ai eu tendance à surcharger mes sites de cours de « ressources », pour tenter de me rassurer sur la possibilité de resserrer des liens, par ailleurs de plus en plus ténus, avec les étudiant·e·s, elles-mêmes et eux-mêmes confronté·e·s à un isolement et une #précarisation grandissantes. Là où la fonction transitionnelle d’objets intermédiaires, de « médias », permet de symboliser, élaborer l’absence, j’ai fait l’expérience du vide creusé par le numérique. Tout en étant convaincue que l’enseignement n’est jamais une affaire de « véhicule de communication », de « pédagogie », de « contenus » à « communiquer », mais bien une pratique relationnelle, réciproque, chargée d’affect, de transfert, de contre-transfert, que « les choses ne commencent à vivre qu’au milieu [13] », je n’avais jamais éprouvé combien la « communication de contenus » sans corps, sans adresse, créait de souffrance individuelle, collective et d’auto-exploitation. Nombreuses sont les analyses sur la difficulté de « #concentration », de captation d’une #attention réduite, derrière l’#écran. Avec Yves Citton et ses travaux sur l’#écologie_de_l’attention, il m’apparaît que la difficulté est moins celle d’un défaut de concentration et d’attention, que l’absence d’un milieu relationnel commun incarné :
    Une autre réduction revient à dire que c’est bien de se concentrer et que c’est mal d’être distrait. Il s’agit d’une évidence qui est trompeuse car la concentration n’est pas un bien en soi. Le vrai problème se situe dans le fait qu’il existe toujours plusieurs niveaux attentionnels. (…) La distraction en soi n’existe pas. Un élève que l’on dit distrait est en fait attentif à autre chose qu’à ce à quoi l’autorité veut qu’il soit attentif [14].

    La souffrance ressentie en tant que désormais « enseignante numérique » n’est pas relative à ce que serait un manque d’attention des étudiant·e·s généré par les écrans, mais bien à l’absence de #relation incarnée.

    Beaucoup d’enseignant·e·s disent leur malaise de parler à des « cases noires » silencieuses, où figurent les noms des étudiant·e·s connecté·e·s au cours. Ici encore, il ne s’agit pas de blâmer des étudiant·e·s qui ne « joueraient pas le jeu », et n’ouvriraient pas leurs caméras pour mieux dissimuler leur distraction. Outre les questions matérielles et techniques d’accès à un matériel doté d’une caméra et d’un réseau internet suffisamment puissant pour pouvoir suivre un cours et être filmé·e en même temps, comment reprocher à des étudiant·e·s de ne pas allumer la caméra, qui leur fait éprouver une #intrusion dans l’#espace_intime de leur habitation. Dans l’amphithéâtre, dans la salle de classe, on peut rêver, regarder les autres, regarder par la fenêtre, regarder par-dessus le tableau, à côté, revenir à sa feuille ou son écran…pas de gros plan sur le visage, pas d’intrusion dans l’espace de sa chambre ou de son salon. Dans une salle de classe, la mise en lien est celle d’une #co-présence dans un milieu commun indéterminé, sans que celui-ci n’expose à une intrusion de l’espace intime. Sans compter que des pratiques d’enregistrement sont possibles : où voyagent les images, et donc les images des visages ?

    Pour l’enseignant·e : parler à des cases noires, pour l’étudiant·e : entendre une voix, un visage en gros plan qui ne le·la regarde pas directement, qui invente une forme d’adresse désincarnée ; pour tou·te·s, faire l’expérience de l’#annihilation des #corps. Même en prenant des notes sur un ordinateur dans un amphithéâtre, avec un accès à internet et maintes possibilités de « s’évader » du cours, le corps pris dans le commun d’une salle engage des #liens. Quand la relation ne peut pas prendre corps, elle flotte dans le vide. Selon les termes de Gisèle Bastrenta, psychanalyste, l’écran, ici dans la relation d’enseignement, crée l’« aplatissement d’un ailleurs sans au-delà [15] ».

    Le #vide de cet aplatissement est synonyme d’#angoisse et de symptômes, notamment, celui d’une #auto-exploitation accrue. Le récit de plusieurs étudiant.e.s fait écho à l’expérience d’auto-exploitation et angoisse que je vis, depuis l’autre côté de l’écran. Mes conditions matérielles sont par ailleurs très souvent nettement meilleures aux leurs, jouissant notamment de mon salaire. La précarisation sociale et économique des étudiant·e·s creuse encore le vide des cases noires. Plusieurs d’entre elles et eux, celles et ceux qui peuvent encore se connecter, expliquent qu’ils n’ont jamais autant passé d’heures à écrire pour leurs essais, leurs dissertations…, depuis leur espace intime, en face-à-face avec les plateformes numériques qui débordent de fichiers de cours, de documents… D’abord, ce temps très long de travail a souvent été entrecoupé de crises de #panique. Ensuite, ce temps a été particulièrement angoissant parce que, comme l’explique une étudiante, « tout étant soi-disant sur les plateformes et tout étant accessible, tous les cours, tous les “contenus”, on s’est dit qu’on n’avait pas le droit à l’erreur, qu’il fallait qu’on puisse tout dire, tout écrire, tout ressortir ». Plutôt qu’un « contenu » élaborable, digérable, limité, la plateforme est surtout un contenant sans fond qui empêche d’élaborer une #réflexion. Plusieurs étudiant·e·s, dans des échanges que nous avons eus hors numérique, lors de la manifestation du 26 janvier 2021 à l’appel de syndicats d’enseignant·e·s du secondaire, ont également exprimé cet apparent #paradoxe : -le besoin de plus de « #contenu », notamment entièrement rédigé à télécharger sur les plateformes pour « mieux suivre » le cours, -puis, quand ce « contenu » était disponible, l’impression de complètement s’y noyer et de ne pas savoir quoi en faire, sur fond de #culpabilisation d’« avoir accès à tout et donc de n’avoir pas le droit à l’erreur », sans pour autant parvenir à élaborer une réflexion qui puisse étancher cette soif sans fin.

    Face à l’absence, la privatisation et l’interdiction de milieu commun, face à l’expression de la souffrance des étudiant·e·s en demande de présence, traduite par une demande sans fin de « contenu » jamais satisfaite, car annulée par un cadre désincarné, je me suis de plus en plus auto-exploitée en me rendant sur les plateformes d’abord tout le jour, puis à des heures où je n’aurais pas dû travailler. Rappelons que les plateformes sont constamment accessibles, 24h/24, 7j/7. Poster toujours plus de « contenu » sur les plateformes, multiplier les heures de cours via les écrans, devoir remplir d’eau un tonneau troué, supplice des Danaïdes. Jusqu’à l’#épuisement et la nécessité - politique, médicale aussi - d’arrêter. Alors que je n’utilisais pas les plateformes d’enseignement numérique, déjà très développées avant 2020, et tout en ayant connaissance de la politique très offensive du Ministère en matière de déshumanisation de l’enseignement, je suis devenue, en quelque mois, happée et écrasée par la fréquentation compulsive des plateformes. J’ai interiorisé très rapidement les conditions d’une auto-exploitation, ne sachant comment répondre, autrement que par une surenchère destructrice, à la souffrance généralisée, jusqu’à la décision d’un arrêt nécessaire.

    L’enjeu ici n’est pas seulement d’essayer de traverser au moins pire la « crise » mais de lutter contre une politique structurelle de #destruction radicale de l’enseignement.

    Créer les milieux communs de relations réciproques et indéterminées d’enseignement, depuis des corps présents, et donc des présences et des absences qui peuvent s’élaborer depuis la #parole, veut dire aujourd’hui en grande partie braconner : organiser des cours sur les pelouses des campus…L’hiver est encore là, le printemps est toujours déjà en germe.

    https://lundi.am/L-enseignement-numerique-ou-le-supplice-des-Danaides

    #numérique #distanciel #Grenoble #université #facs #France #enseignement_à_distance #enseignement_distanciel

    • Le #coût fixe du MOOC, à la différence du coût croissant du cours classique en fonction du nombre d’étudiants, suffit à prouver la « #rentabilité » de l’enseignement numérique.

      mais non ! Si la création du MOOC est effectivement un coût fixe, son fonctionnement ne devrait pas l’être : à priori un cours en ligne décemment conçu nécessite des interactions de l’enseignant avec ses étudiants...

  • Making sense of silenced #archives: #Hume, Scotland and the ‘debate’ about the humanity of Black people

    Last September, the University of Edinburgh found itself at the centre of international scrutiny after temporarily renaming the #David_Hume Tower (now referred to by its street designation 40 George Square). The decision to rename the building, and hold a review on the way forward, prompted much commentary – a great deal of which encouraged a reckoning on what David Hume means to the University, its staff and students. These ideas include the full extent of Hume’s views on humanity, to establish whether he maintained any possible links (ideological or participatory) in the slave trade, and the role of Scotland in the African slave trade.

    Hume’s belief that Black people were a sub-human species of lower intellectual and biological rank to Europeans have rightfully taken stage in reflecting whether his values deserve commemoration on a campus. “I am apt to suspect the negroes and in general all other species of men (for there are four or five different kinds) to be naturally inferior to the whites. […] No ingenious manufactures amongst them, no arts, no sciences.” The full link to the footnote can be found here.

    Deliberations are split on whether statues and buildings are being unfairly ‘targeted’ or whether the totality of ideas held by individuals whose names are commemorated by these structures stand in opposition to a modern university’s values. Depending on who you ask, the debate over the tower fluctuates between moral and procedural. On the latter, it must be noted the University has in the past renamed buildings at the behest of calls for review across specific points in history. The Hastings ‘Kamuzu’ Banda building on Hill Place was quietly renamed in 1995, with no clarity on whether there was a formal review process at the time. On the moral end, it is about either the legacy or demythologization of David Hume.

    Some opposing the name change argue against applying present moral standards to judge what was not recognised in the past. Furthermore, they point to the archives to argue that prior to the 1760s there is scant evidence that Scots were not anything more than complicit to the slave trade given the vast wealth it brought.

    I argue against this and insist that the African experience and the engaged intellectual abolition movement deserves prominence in this contemporary debate about Hume.

    For to defend ‘passive complicity’ is to undermine both the Africans who rose in opposition against their oppression for hundreds of years and the explicit goals of white supremacy. For access to mass acquisition of resources on inhabited land requires violent dispossession of profitable lands and forced relocation of populations living on them. The ‘moral justification’ of denying the humanity of the enslaved African people has historically been defended through the strategic and deliberate creation of ‘myths’ – specifically Afrophobia – to validate these atrocities and to defend settler colonialism and exploitation. Any intellectual inquiry of the renaming of the tower must take the genuine concern into account: What was David Hume’s role in the strategic myth-making about African people in the Scottish imagination?

    If we are starting with the archives as evidence of Scottish complicity in the slave trade, why ignore African voices on this matter? Does the Scottish archive adequately represent the African experience within the slave trade? How do we interpret their silence in the archives?

    Decolonisation, the process Franz Fanon described as when “the ‘thing’ colonised becomes a human through the very process of liberation”, offers a radical praxis through which we can interrogate the role of the archive in affirming or disregarding the human experience. If we establish that the 18th century Scottish archive was not invested in preserving ‘both sides’ of the debate’, then the next route is to establish knowledge outside of a colonial framework where the ideology, resistance and liberation of Africans is centred. That knowledge is under the custodianship of African communities, who have relied on intricate and deeply entrenched oral traditions and practices which are still used to communicate culture, history, science and methods.

    To reinforce a point raised by Professor Tommy Curry, the fact that Africans were aware of their humanity to attempt mutiny in slave ships (Meermin & Amistad) and to overthrow colonial governance (the Haitian revolution) amidst the day-to-day attempts to evade slave traders is enough to refute the insistence that the debates must centre around what Scots understood about the slave trade in the 18th century.

    To make sense of these gaps in my own research, I have broadly excavated the archival records in Scotland if only to establish that a thorough documentation of the African-led resistance to Scottish participation in the slave trade and colonialism cannot be located in the archives.

    Dr David Livingstone (1813–1873), whose writing documenting the slave trade across the African Great Lakes galvanized the Scottish public to take control of the region to be named the Nyasaland Protectorate, would prove to be a redemptive figure in Scotland’s reconsideration of its role in the slave trade. However, in 1891, 153 years after Hume wrote his footnote, Sir Harry Hamilton Johnston (1858–1927), the first British colonial administrator of Nyasaland, would re-inforce similar myths about the ‘British Central African’: “to these [negroes] almost without arts and sciences and the refined pleasures of the senses, the only acute enjoyment offered them by nature is sexual intercourse”. Even at that time, the documented resistance is represented by Scottish missionaries who aimed to maintain Nyasaland under their sphere of control.

    Filling in the gaps that the archives cannot answer involves more complex and radical modalities of investigation.

    I rely on locally-recognised historians or documenters within communities, who preserve their histories, including the slave trade, through methodically structured oral traditions. The legacy of both the Arab and Portuguese slave trade and British colonialism in Nyasaland remains a raw memory, even though there are no precise indigenous terms to describe these phenomena.

    I have visited and listened to oral histories about the importance of ‘ancestor caves’ where families would conduct ceremonies and celebrations out of view to evade the slave catchers. These are the stories still being told about how children were hidden and raised indoors often only taken outside at night, keeping silent to escape the eyes and ears of the catchers. Embedded in these historical narratives are didactic tales, organised for ease of remembrance for the survival of future generations.
    Despite what was believed by Hume and his contemporaries, the arts and sciences have always been intrinsic in African cultural traditions. Decolonising is a framework contingent upon recognising knowledge productions within systems that often will never make their way into archival records. It centres the recognition and legitimization of the ways in which African people have collected and shared their histories.

    The knowledge we learn from these systems allows us to reckon with both the silence of archives and the fallacies of myth-making about African people.

    At very least, these debates should lead to investigations to understand the full extent of Hume’s participation in the dehumanization of enslaved Africans, and the role he played to support the justification for their enslavement.

    https://www.race.ed.ac.uk/making-sense-of-silenced-archives-hume-scotland-and-the-debate-about-the-
    #Édimbourg #toponymie #toponymie_poltique #Ecosse #UK #Edinburgh #David_Hume_Tower #esclavage #histoire #mémoire #Kamuzu_Banda #colonialisme #imaginaire #décolonisation #Nyasaland #Nyasaland_Protectorate #histoire_orale #archives #mythes #mythologie #déshumanisation

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    • Hastings Banda

      The #University_of_Edinburgh renamed the Hastings ‘Kamuzu’ Banda building on #Hill_Place in the 1990s. Whilst fellow independence leader and Edinburgh alumni #Julius_Nyerere is still regarded as a saint across the world, #Banda died with an appalling record of human rights abuses and extortion – personally owning as much as 45% of #Malawi’s GDP. There are no plaques in Edinburgh commemorating #Kamuzu, and rightly so.

      Banda’s time in Edinburgh does, however, give us a lens through which to think about the University and colonial knowledge production in the 1940s and ‘50s; how numerous ‘fathers of the nation’ who led African independence movements were heavily involved in the linguistic, historical and anthropological codification of their own people during the late colonial period; why a cultural nationalist (who would later lead an anti-colonial independence movement) would write ‘tracts of empire’ whose intended audience were missionaries and colonial officials; and how such tracts reconciled imagined modernities and traditions.

      Fellow-Edinburgh student Julius Nyerere showed considerable interest in the ‘new science’ of anthropology during his time in Scotland, and #Jomo_Kenyatta – the first president of independent Kenya – penned a cutting-edge ethnography of the #Kikuyu whilst studying under #Malinowski at the LSE, published as Facing Mount Kenya in 1938. Banda himself sat down and co-edited Our African Way of Life, writing an introduction outlining Chewa and broader ‘Maravi’ traditions, with the Edinburgh-based missionary anthropologist T. Cullen Young in 1944.

      Before arriving in Edinburgh in 1938, Banda had already furthered his education in the US through his expertise on Chewa language and culture: Banda was offered a place at the University of Chicago in the 1930s on the strength of his knowledge of chiChewa, with Mark Hana Watkins’s 1937 A Grammar of Chichewa: A Bantu Language of British Central Africa acknowledging that “All the information was obtained from Kamuzu Banda, a native Chewa, while he was in attendance at the University of Chicago from 1930 to 1932”, and Banda also recorded ‘together with others’ four Chewa songs for Nancy Cunard’s Negro Anthology. In Britain in 1939 he was appointed as adviser to the Malawian chief, Mwase Kasungu, who spent six months at the London University of Oriental and African Languages to help in an analysis of chiNyanja; an experience that “must have reinforced” Banda’s “growing obsession with his Chewa identity” (Shepperson, 1998).

      Banda in Edinburgh

      In Edinburgh, Banda shifted from being a source of knowledge to a knowledge producer – a shift that demands we think harder about why African students were encouraged to Edinburgh in the first place and what they did here. Having already gained a medical degree from Chicago, Banda was primarily at Edinburgh to convert this into a British medical degree. This undoubtedly was Banda’s main focus, and the “techniques of men like Sir John Fraser electrified him, and he grew fascinated with his subject in a way which only a truly dedicated man can” (Short, 1974, p.38).

      Yet Banda also engaged with linguistic and ethnographic codification, notably with the missionary anthropologist, T Cullen Young. And whilst black Edinburgh doctors were seen as key to maintaining the health of colonial officials across British Africa in the 19th century, black anthropologists became key to a “more and fuller understanding of African thought and longings” (and controlling an increasingly agitative and articulate British Africa) in the 20th century (Banda & Young, 1946, p.27-28). Indeed, having acquired ‘expertise’ and status, it is also these select few black anthropologists – Banda, Kenyatta and Nyerere – who led the march for independence across East and Central Africa in the 1950s and 60s.

      Banda was born in c.1896-1989 in Kasungu, central Malawi. He attended a Scottish missionary school from the age 8, but having been expelled from an examination in 1915, by the same T Cullen Young he would later co-author with, Banda left Malawi and walked thousands of miles to South Africa. Banda came to live in Johannesburg at a time when his ‘Nyasa’ cousin, Clements Musa Kadalie was the ‘most talked about native in South Africa’ and the ‘uncrowned king of the black masses’, leading Southern Africa’s first black mass movement and major trade union, the Industrial and Commercial Workers’ Union (ICU).

      Banda was friends with Kadalie, and may have been involved with the Nyasaland Native National Congress which was formed around 1918-1919 with around 100 members in Johannesburg, though no record of this remains. Together, Banda and Kadalie were the two leading Malawian intellectuals of the first half of the twentieth century and, in exploring the type of ‘colonial knowledge’ produced by Africans in Edinburgh, it is productive to compare their contrasting accounts of ‘African history’.

      In 1927 Kadalie wrote an article for the British socialist journal Labour Monthly entitled ‘The Old and the New Africa’. Charting a pre-capitalist Africa, Kadalie set out that the

      “white men came to Africa of their own free will, and told my forefathers that they had brought with them civilisation and Christianity. They heralded good news for Africa. Africa must be born again, and her people must discard their savagery and become civilised people and Christians. Cities were built in which white and black men might live together as brothers. An earthly paradise awaited creation…They cut down great forests; cities were built, and while the Christian churches the gospel of universal brotherhood, the industrialisation of Africa began. Gold mining was started, and by the close of the nineteenth century European capitalism had made its footing firm in Africa….The churches still preached universal brotherhood, but capitalism has very little to do with the ethics of the Nazerene, and very soon came a new system of government in Africa with ‘Law and Order’ as its slogan.” (Kadalie, 1927).

      Banda’s own anthropological history, written 17 years later with Cullen Young, is a remarkably different tale. Banda and Young valorise the three authors within the edited volume as fossils of an ideal, isolated age, “the last Nyasalanders to have personal touch with their past; the last for whom the word ‘grandmother’ will mean some actually remembered person who could speak of a time when the land of the Lake knew no white man” (Banda & Young, 1946, p7). Already in 1938, Banda was beginning to develop an idea for a Central African nation.

      Writing from the Edinburgh Students Union to Ernest Matako, he reflected: “the British, the French and the Germans were once tribes just as we are now in Africa. Many tribes united or combined to make one, strong British, French or German nation. In other words, we have to begin to think in terms of Nyasaland, and even Central Africa as a whole, rather than of Kasungu. We have to look upon all the tribes in Central Africa, whether in Nyasaland or in Rhodesia, as our brothers. Until we learn to do this, we shall never be anything else but weak, tiny tribes, that can easily be subdued.” (Banda, 1938).
      Banda after Edinburgh

      But by 1944, with his hopes of returning to Nyasaland as a medical officer thwarted and the amalgamation of Nyasaland and the Rhodesias into a single administrative unit increasingly on the cards, Banda appears to have been grounding this regional identity in a linguistic-cultural history of the Chewa, writing in Our African Way of Life: “It is practically certain that aMaravi ought to be the shared name of all these peoples; this carrying with it recognition of the Chewa motherland group as representing the parent stock of the Nyanja speaking peoples.” (Banda & Young, 1946, p10). Noting the centrality of “Banda’s part in the renaming of Nyasaland as Malawi”, Shepperson asked in 1998, “Was this pan-Chewa sentiment all Banda’s or had he derived it largely from the influence of Cullen Young? My old friend and collaborator, the great Central African linguist Thomas Price, thought the latter. But looking to Banda’s Chewa consciousness as it developed in Chicago, I am by no means sure of this.” Arguably it is Shepperson’s view that is vindicated by two 1938 letters unearthed by Morrow and McCracken in the University of Cape Town archives in 2012.

      In 1938, Banda concluded another letter, this time to Chief Mwase Kasungu: “I want you tell me all that happens there [Malawi]. Can you send me a picture of yourself and your council? Also I want to know the men who are the judges in your court now, and how the system works.” (Banda, 1938). Having acquired and reworked colonial knowledge from Edinburgh, Our African Way of Life captures an attempt to convert British colonialism to Banda’s own end, writing against ‘disruptive’ changes that he was monitoring from Scotland: the anglicisation of Chewa, the abandoning of initiation, and the shift from matriarchal relations. Charting and padding out ideas about a pan-Chewa cultural unit – critical of British colonialism, but only for corrupting Chewa culture – Banda was concerned with how to properly run the Nyasaland state, an example that productively smudges the ‘rupture’ of independence and explains, in part, neo-colonial continuity in independent Malawi.

      For whilst the authors of the edited works wrote their original essays in chiNyanja, with the hope that it would be reproduced for Nyasaland schools, the audience that Cullen Young and Banda addressed was that of the English missionary or colonial official, poised to start their ‘African adventure’, noting:

      “A number of important points arise for English readers, particularly for any who may be preparing to work in African areas where the ancient mother-right still operates.” (Banda & Cullen, 1946, p.11).

      After a cursory summary readers are directed by a footnote “for a fuller treatment of mother-right, extended kinship and the enjoined marriage in a Nyasaland setting, see Chaps. 5-8 in Contemporary Ancestors, Lutterworth Press, 1942.” (Banda & Young, 1946, p.11). In contrast to the authors who penned their essays so “that our children should learn what is good among our ancient ways: those things which were understood long ago and belong to their own people” the introduction to Our African Way of Life is arguably published in English, under ‘war economy standards’ in 1946 (post-Colonial Development Act), for the expanding number of British ‘experts’ heading out into the empire; and an attempt to influence their ‘civilising mission’. (Banda & Young, 1946, p.7).

      By the 1950s, Banda was fully-assured of his status as a cultural-nationalist expert – writing to a Nyasaland Provincial Commissioner, “I am in a position to know and remember more of my own customs and institutions than the younger men that you meet now at home, who were born in the later twenties and even the thirties…I was already old enough to know most of these customs before I went to school…the University of Chicago, which cured me of my tendency to be ashamed of my past. The result is that, in many cases, really, I know more of our customs than most of our people, now at home. When it comes to language I think this is even more true. for the average youngster [In Malawi] now simply uses what the European uses, without realising that the European is using the word incorrectly. Instead of correcting the european, he uses the word wrongly, himself, in order to affect civilisation, modernity or even urbanity.” (Shepperdson, 1998).

      This however also obscures the considerable investigatory correspondence that he engaged in whilst in Scotland. Banda was highly critical of indirect rule in Our African Way of Life, but from emerging archival evidence, he was ill-informed of the changing colonial situation in 1938.

      Kadalie and Banda’s contrasting histories were written at different times, in different historical contexts by two people from different parts of Nyasaland. Whilst Banda grew up in an area on the periphery of Scottish missionaries’ sphere of influence, Kadalie came from an area of Malawi, Tongaland, heavily affected by Scottish missionaries and his parents were heavily involved with missionary work. The disparity between the histories that they invoke, however, is still remarkable – Banda invokes a precolonial rural Malawi devoid of white influence, Kadalie on the other hand writes of a pre-capitalist rural Malawi where Christians, white and black, laboured to create a kingdom of heaven on earth – and this, perhaps, reflects the ends they are writing for and against.

      Kadalie in the 1920s looked to integrate the emerging African working class within the international labour movement, noting “capitalism recognises no frontiers, no nationality, and no race”, with the long-term view to creating a socialist commonwealth across the whole of Southern Africa. Britain-based Banda, writing with Cullen Young in the 1940s, by comparison, mapped out a pan-Chewa culture with the immediate aim of reforming colonial ‘protectorate’ government – the goal of an independent Malawian nation state still yet to fully form.

      http://uncover-ed.org/hastings-banda
      #Kenyatta

  • How the Pandemic Turned Refugees Into ‘Guinea Pigs’ for Surveillance Tech

    An interview with Dr. Petra Molnar, who spent 2020 investigating the use of drones, facial recognition, and lidar on refugees

    The coronavirus pandemic unleashed a new era in surveillance technology, and arguably no group has felt this more acutely than refugees. Even before the pandemic, refugees were subjected to contact tracing, drone and LIDAR tracking, and facial recognition en masse. Since the pandemic, it’s only gotten worse. For a microcosm of how bad the pandemic has been for refugees — both in terms of civil liberties and suffering under the virus — look no further than Greece.

    Greek refugee camps are among the largest in Europe, and they are overpopulated, with scarce access to water, food, and basic necessities, and under constant surveillance. Researchers say that many of the surveillance techniques and technologies — especially experimental, rudimentary, and low-cost ones — used to corral refugees around the world were often tested in these camps first.

    “Certain communities already marginalized, disenfranchised are being used as guinea pigs, but the concern is that all of these technologies will be rolled out against the broader population and normalized,” says Petra Molnar, Associate Director of the Refugee Law Lab, York University.

    Molnar traveled to the Greek refugee camps on Lesbos in 2020 as part of a fact-finding project with the advocacy group European Digital Rights (EDRi). She arrived right after the Moria camp — the largest in Europe at the time — burned down and forced the relocation of thousands of refugees. Since her visit, she has been concerned about the rise of authoritarian technology and how it might be used against the powerless.

    With the pandemic still raging and states more desperate than ever to contain it, it seemed a good time to discuss the uses and implications of surveillance in the refugee camps. Molnar, who is still in Greece and plans to continue visiting the camps once the nation’s second lockdown lifts, spoke to OneZero about the kinds of surveillance technology she saw deployed there, and what the future holds — particularly with the European Border and Coast Guard Agency, Molnar says, adding “that they’ve been using Greece as a testing ground for all sorts of aerial surveillance technology.”

    This interview has been edited and condensed for clarity.

    OneZero: What kinds of surveillance practices and technologies did you see in the camps?

    Petra Molnar: I went to Lesbos in September, right after the Moria camp burned down and thousands of people were displaced and sent to a new camp. We were essentially witnessing the birth of the Kara Tepes camp, a new containment center, and talked to the people about surveillance, and also how this particular tragedy was being used as a new excuse to bring more technology, more surveillance. The [Greek] government is… basically weaponizing Covid to use it as an excuse to lock the camps down and make it impossible to do any research.

    When you are in Lesbos, it is very clear that it is a testing ground, in the sense that the use of tech is quite rudimentary — we are not talking about thermal cameras, iris scans, anything like that, but there’s an increase in the appetite of the Greek government to explore the use of it, particularly when they try to control large groups of people and also large groups coming from the Aegean. It’s very early days for a lot of these technologies, but everything points to the fact that Greece is Europe’s testing ground.

    They are talking about bringing biometric control to the camps, but we know for example that the Hellenic Coast Guard has a drone that they have been using for self-promotion, propaganda, and they’ve now been using it to follow specific people as they are leaving and entering the camp. I’m not sure if the use of drones was restricted to following refugees once they left the camps, but with the lockdown, it was impossible to verify. [OneZero had access to a local source who confirmed that drones are also being used inside the camps to monitor refugees during lockdown.]

    Also, people can come and go to buy things at stores, but they have to sign in and out at the gate, and we don’t know how they are going to use such data and for what purposes.

    Surveillance has been used on refugees long before the pandemic — in what ways have refugees been treated as guinea pigs for the policies and technologies we’re seeing deployed more widely now? And what are some of the worst examples of authoritarian technologies being deployed against refugees in Europe?

    The most egregious examples that we’ve been seeing are that ill-fated pilot projects — A.I. lie detectors and risk scorings which were essentially trying to use facial recognition and facial expressions’ micro-targeting to determine whether a person was more likely than others to lie at the border. Luckily, that technology was debunked and also generated a lot of debate around the ethics and human rights implications of using something like that.

    Technologies such as voice printing have been used in Germany to try to track a person’s country of origin or their ethnicity, facial recognition made its way into the new Migration’s Pact, and Greece is thinking about automating the triage of refugees, so there’s an appetite at the EU level and globally to use this tech. I think 2021 will be very interesting as more resources are being diverted to these types of tech.

    We saw, right when the pandemic started, that migration data used for population modeling became kind of co-opted and used to try and model flows of Covid. And this is very problematic because they are assuming that the mobile population, people on the move, and refugees are more likely to be bringing in Covid and diseases — but the numbers don’t bear out. We are also seeing the gathering of vast amounts of data for all these databases that Europe is using or will be using for a variety of border enforcement and policing in general.

    The concern is that fear’s being weaponized around the pandemic and technologies such as mobile tracking and data collection are being used as ways to control people. It is also broader, it deals with a kind of discourse around migration, on limiting people’s rights to move. Our concern is that it’ll open the door to further, broader rollout of this kind of tech against the general population.

    What are some of the most invasive technologies you’ve seen? And are you worried these authoritarian technologies will continue to expand, and not just in refugee camps?

    In Greece, the most invasive technologies being used now would probably be drones and unpiloted surveillance technologies, because it’s a really easy way to dehumanize that kind of area where people are crossing, coming from Turkey, trying to claim asylum. There’s also the appetite to try facial recognition technology.

    It shows just how dangerous these technologies can be both because they facilitate pushbacks, border enforcement, and throwing people away, and it really plays into this kind of idea of instead of humane responses you’d hope to happen when you see a boat in distress in the Aegean or the Mediterranean, now entities are turning towards drones and the whole kind of surveillance apparatus. It highlights how the humanity in this process has been lost.

    And the normalization of it all. Now it is so normal to use drones — everything is about policing Europe’s shore, Greece being a shield, to normalize the use of invasive surveillance tech. A lot of us are worried with talks of expanding the scope of action, mandate, and powers of Frontex [the European Border and Coast Guard Agency] and its utter lack of accountability — it is crystal clear that entities like Frontex are going to do Europe’s dirty work.

    There’s a particular framing applied when governments and companies talk about migrants and refugees, often linking them to ISIS and using careless terms and phrases to discuss serious issues. Our concern is that this kind of use of technology is going to become more advanced and more efficient.

    What is happening with regard to contact tracing apps — have there been cases where the technology was forced on refugees?

    I’ve heard about the possibility of refugees being tracked through their phones, but I couldn’t confirm. I prefer not to interact with the state through my phone, but that’s a privilege I have, a choice I can make. If you’re living in a refugee camp your options are much more constrained. Often people in the camps feel they are compelled to give access to their phones, to give their phone numbers, etc. And then there are concerns that tracking is being done. It’s really hard to track the tracking; it is not clear what’s being done.

    Aside from contact tracing, there’s the concern with the Wi-Fi connection provided in the camps. There’s often just one connection or one specific place where Wi-Fi works and people need to be connected to their families, spouses, friends, or get access to information through their phones, sometimes their only lifeline. It’s a difficult situation because, on the one hand, people are worried about privacy and surveillance, but on the other, you want to call your family, your spouse, and you can only do that through Wi-Fi and people feel they need to be connected. They have to rely on what’s available, but there’s a concern that because it’s provided by the authorities, no one knows exactly what’s being collected and how they are being watched and surveilled.

    How do we fight this surveillance creep?

    That’s the hard question. I think one of the ways that we can fight some of this is knowledge. Knowing what is happening, sharing resources among different communities, having a broader understanding of the systemic way this is playing out, and using such knowledge generated by the community itself to push for regulation and governance when it comes to these particular uses of technologies.

    We call for a moratorium or abolition of all high-risk technology in and around the border because right now we don’t have a governance mechanism in place or integrated regional or international way to regulate these uses of tech.

    Meanwhile, we have in the EU a General Data Protection Law, a very strong tool to protect data and data sharing, but it doesn’t really touch on surveillance, automation, A.I., so the law is really far behind.

    One of the ways to fight A.I. is to make policymakers understand the real harm that these technologies have. We are talking about ways that discrimination and inequality are reinforced by this kind of tech, and how damaging they are to people.

    We are trying to highlight this systemic approach to see it as an interconnected system in which all of these technologies play a part in this increasingly draconian way that migration management is being done.

    https://onezero.medium.com/how-the-pandemic-turned-refugees-into-guinea-pigs-for-surveillance-t

    #réfugiés #cobaye #surveillance #technologie #pandémie #covid-19 #coroanvirus #LIDAR #drones #reconnaissance_faciale #Grèce #camps_de_réfugiés #Lesbos #Moria #European_Digital_Rights (#EDRi) #surveillance_aérienne #complexe_militaro-industriel #Kara_Tepes #weaponization #biométrie #IA #intelligence_artificielle #détecteurs_de_mensonges #empreinte_vocale #tri #catégorisation #donneés #base_de_données #contrôle #technologies_autoritaires #déshumanisation #normalisation #Frontex #wifi #internet #smartphone #frontières

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  • Artificial intelligence : #Frontex improves its maritime surveillance

    Frontex wants to use a new platform to automatically detect and assess „risks“ on the seas of the European Union. Suspected irregular activities are to be displayed in a constantly updated „threat map“ with the help of self-learning software.

    The EU border agency has renewed a contract with Israeli company Windward for a „maritime analytics“ platform. It will put the application into regular operation. Frontex had initially procured a licence for around 800,000 Euros. For now 2.6 million Euros, the agency will receive access for four workstations. The contract can be extended three times for one year at a time.

    Windward specialises in the digital aggregation and assessment of vessel tracking and maritime surveillance data. Investors in the company, which was founded in 2011, include former US CIA director David Petraeus and former CEO’s of Thomson Reuters and British Petroleum. The former chief of staff of the Israeli military, Gabi Ashkenazi, is considered one of the advisors.

    Signature for each observed ship

    The platform is based on artificial intelligence techniques. For analysis, it uses maritime reporting systems, including position data from the AIS transponders of larger ships and weather data. These are enriched with information about the ship owners and shipping companies as well as the history of previous ship movements. For this purpose, the software queries openly accessible information from the internet.

    In this way, a „fingerprint“ is created for each observed ship, which can be used to identify suspicious activities. If the captain switches off the transponder, for example, the analysis platform can recognise this as a suspicuous event and take over further tracking based on the recorded patterns. It is also possible to integrate satellite images.

    Windward uses the register of the International Maritime Organisation (IMO) as its database, which lists about 70,000 ships. Allegedly, however, it also processes data on a total of 400,000 watercraft, including smaller fishing boats. One of the clients is therefore the UN Security Council, which uses the technology to monitor sanctions.

    Against „bad guys“ at sea

    The company advertises its applications with the slogan „Catch the bad guys at sea“. At Frontex, the application is used to combat and prevent unwanted migration and cross-border crime as well as terrorism. Subsequently, „policy makers“ and law enforcement agencies are to be informed about results. For this purpose, the „risks“ found are visualised in a „threat map“.

    Windward put such a „threat map“ online two years ago. At the time, the software rated the Black Sea as significantly more risky than the Mediterranean. Commercial shipping activity off the Crimea was interpreted as „probable sanction evasions“. Ship owners from the British Guernsey Islands as well as Romania recorded the highest proportion of ships exhibiting „risky“ behaviour. 42 vessels were classified as suspicious for drug smuggling based on their patterns.

    Frontex „early warning“ units

    The information from maritime surveillance is likely to be processed first by the „Risk Analysis Unit“ (RAU) at Frontex. It is supposed to support strategic decisions taken by the headquarters in Warsaw on issues of border control, return, prevention of cross-border crime as well as threats of a „hybrid nature“. Frontex calls the applications used there „intelligence products“ and „integrated data services“. Their results flow together in the „Common Integrated Risk Analysis Model“ (CIRAM).

    For the operational monitoring of the situation at the EU’s external borders, the agency also maintains the „Frontex Situation Centre“ (FSC). The department is supposed to provide a constantly updated picture of migration movements, if possible in real time. From these reports, Frontex produces „early warnings“ and situation reports to the border authorities of the member states as well as to the Commission and the Council in Brussels.

    More surveillance capacity in Warsaw

    According to its own information, Windward’s clients include the Italian Guardia di Finanza, which is responsible for controlling Italian territorial waters. The Ministry of the Interior in Rome is also responsible for numerous EU projects aimed at improving surveillance of the central Mediterranean. For the training and equipment of the Libyan coast guard, Italy receives around 67 million euros from EU funds in three different projects. Italian coast guard authorities are also installing a surveillance system for Tunisia’s external maritime borders.

    Frontex now wants to improve its own surveillance capacities with further tenders. Together with the fisheries agency, The agency is awarding further contracts for manned maritime surveillance. It has been operating such a „Frontex Aerial Surveillance Service“ (FASS) in the central Mediterranean since 2017 and in the Adriatic Sea since 2018. Frontex also wants to station large drones in the Mediterranean. Furthermore, it is testing Aerostats in the eastern Mediterranean for a second time. These are zeppelins attached to a 1,000-metre long line.

    https://digit.site36.net/2021/01/15/artificial-intelligence-frontex-improves-its-maritime-surveillance
    #intelligence_artificielle #surveillance #surveillance_maritime #mer #asile #migrations #réfugiés #frontières #AI #Windward #Israël #complexe_militaro-industriel #militarisation_des_frontières #David_Petraeus #Thomson_Reuters #British_Petroleum #armée_israélienne #Gabi_Ashkenazi #International_Maritime_Organisation (#IMO) #thread_map #Risk_Analysis_Unit (#RAU) #Common_Integrated_Risk_Analysis_Model (#CIRAM) #Frontex_Situation_Centre (#FSC) #Frontex_Aerial_Surveillance_Service (#FASS) #zeppelins

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    • Data et nouvelles technologies, la face cachée du contrôle des mobilités

      Dans un rapport de juillet 2020, l’Agence européenne pour la gestion opérationnelle des systèmes d’information à grande échelle (#EU-Lisa) présente l’intelligence artificielle (IA) comme l’une des « technologies prioritaires » à développer. Le rapport souligne les avantages de l’IA en matière migratoire et aux frontières, grâce, entre autres, à la technologie de #reconnaissance_faciale.

      L’intelligence artificielle est de plus en plus privilégiée par les acteurs publics, les institutions de l’UE et les acteurs privés, mais aussi par le #HCR et l’#OIM. Les agences de l’UE, comme Frontex ou EU-Lisa, ont été particulièrement actives dans l’#expérimentation des nouvelles technologies, brouillant parfois la distinction entre essais et mise en oeuvre. En plus des outils traditionnels de surveillance, une panoplie de technologies est désormais déployée aux frontières de l’Europe et au-delà, qu’il s’agisse de l’ajout de nouvelles #bases_de_données, de technologies financières innovantes, ou plus simplement de la récupération par les #GAFAM des données laissées volontairement ou pas par les migrant·e·s et réfugié∙e∙s durant le parcours migratoire.

      La pandémie #Covid-19 est arrivée à point nommé pour dynamiser les orientations déjà prises, en permettant de tester ou de généraliser des technologies utilisées pour le contrôle des mobilités sans que l’ensemble des droits des exilé·e·s ne soit pris en considération. L’OIM, par exemple, a mis à disposition des Etats sa #Matrice_de_suivi_des_déplacements (#DTM) durant cette période afin de contrôler les « flux migratoires ». De nouvelles technologies au service de vieilles obsessions…

      http://www.migreurop.org/article3021.html

      Pour télécharger le rapport :
      www.migreurop.org/IMG/pdf/note_12_fr.pdf

      ping @karine4 @rhoumour @_kg_ @i_s_

    • La #technopolice aux frontières

      Comment le #business de la #sécurité et de la #surveillance au sein de l’#Union_européenne, en plus de bafouer des #droits_fondamentaux, utilise les personnes exilées comme #laboratoire de recherche, et ce sur des #fonds_publics européens.

      On a beaucoup parlé ici ces derniers mois de surveillance des manifestations ou de surveillance de l’espace public dans nos villes, mais la technopolice est avant tout déployée aux #frontières – et notamment chez nous, aux frontières de la « forteresse Europe ». Ces #dispositifs_technopoliciers sont financés, soutenus et expérimentés par l’Union européenne pour les frontières de l’UE d’abord, et ensuite vendus. Cette surveillance des frontières représente un #marché colossal et profite grandement de l’échelle communautaire et de ses programmes de #recherche_et_développement (#R&D) comme #Horizon_2020.

      #Roborder – des essaims de #drones_autonomes aux frontières

      C’est le cas du projet Roborder – un « jeu de mots » entre robot et border, frontière en anglais. Débuté en 2017, il prévoit de surveiller les frontières par des essaims de #drones autonomes, fonctionnant et patrouillant ensemble. L’#intelligence_artificielle de ces drones leur permettrait de reconnaître les humains et de distinguer si ces derniers commettent des infractions (comme celui de passer une frontière ?) et leur dangerosité pour ensuite prévenir la #police_aux_frontières. Ces drones peuvent se mouvoir dans les airs, sous l’eau, sur l’eau et dans des engins au sol. Dotés de multiples capteurs, en plus de la détection d’activités criminelles, ces drones seraient destinés à repérer des “#radio-fréquences non fiables”, c’est-à-dire à écouter les #communications et également à mesurer la #pollution_marine.
      Pour l’instant, ces essaims de drones autonomes ne seraient pas pourvus d’armes. Roborder est actuellement expérimenté en #Grèce, au #Portugal et en #Hongrie.

      Un #financement européen pour des usages « civils »

      Ce projet est financé à hauteur de 8 millions d’euros par le programme Horizon 2020 (subventionné lui-même par la #Cordis, organe de R&D de la Commission européenne). Horizon 2020 représente 50% du financement public total pour la recherche en sécurité de l’UE. Roborder est coordonné par le centre de recherches et technologie de #Hellas (le #CERTH), en Grèce et comme le montre l’association #Homo_Digitalis le nombre de projets Horizon 2020 ne fait qu’augmenter en Grèce. En plus du CERTH grec s’ajoutent environ 25 participants venus de tous les pays de l’UE (où on retrouve les services de police d’#Irlande_du_Nord, le ministère de la défense grecque, ou encore des entreprises de drones allemandes, etc.).

      L’une des conditions pour le financement de projets de ce genre par Horizon 2020 est que les technologies développées restent dans l’utilisation civile, et ne puissent pas servir à des fins militaires. Cette affirmation pourrait ressembler à un garde-fou, mais en réalité la distinction entre usage civil et militaire est loin d’être clairement établie. Comme le montre Stephen Graham, très souvent les #technologies, à la base militaires, sont réinjectées dans la sécurité, particulièrement aux frontières où la migration est criminalisée. Et cette porosité entre la sécurité et le #militaire est induite par la nécessité de trouver des débouchés pour rentabiliser la #recherche_militaire. C’est ce qu’on peut observer avec les drones ou bien le gaz lacrymogène. Ici, il est plutôt question d’une logique inverse : potentiellement le passage d’un usage dit “civil” de la #sécurité_intérieure à une application militaire, à travers des ventes futures de ces dispositifs. Mais on peut aussi considérer la surveillance, la détection de personnes et la #répression_aux_frontières comme une matérialisation de la #militarisation de l’Europe à ses frontières. Dans ce cas-là, Roborder serait un projet à fins militaires.

      De plus, dans les faits, comme le montre The Intercept (https://theintercept.com/2019/05/11/drones-artificial-intelligence-europe-roborder), une fois le projet terminé celui-ci est vendu. Sans qu’on sache trop à qui. Et, toujours selon le journal, beaucoup sont déjà intéressés par Roborder.

      #IborderCtrl – détection d’#émotions aux frontières

      Si les essaims de drones sont impressionnants, il existe d’autres projets dans la même veine. On peut citer notamment le projet qui a pour nom IborderCtrl, testé en Grèce, Hongrie et #Lettonie.

      Il consiste notamment en de l’#analyse_d’émotions (à côté d’autres projets de #reconnaissances_biométriques) : les personnes désirant passer une frontière doivent se soumettre à des questions et voient leur #visage passer au crible d’un #algorithme qui déterminera si elles mentent ou non. Le projet prétend « accélérer le #contrôle_aux_frontières » : si le #détecteur_de_mensonges estime qu’une personne dit la vérité, un code lui est donné pour passer le contrôle facilement ; si l’algorithme considère qu’une personne ment, elle est envoyée dans une seconde file, vers des gardes-frontières qui lui feront passer un #interrogatoire. L’analyse d’émotions prétend reposer sur un examen de « 38 #micro-mouvements du visage » comme l’angle de la tête ou le mouvement des yeux. Un spectacle de gadgets pseudoscientifiques qui permet surtout de donner l’apparence de la #neutralité_technologique à des politiques d’#exclusion et de #déshumanisation.

      Ce projet a également été financé par Horizon 2020 à hauteur de 4,5 millions d’euros. S’il semble aujourd’hui avoir été arrêté, l’eurodéputé allemand Patrick Breyer a saisi la Cour de justice de l’Union Européenne pour obtenir plus d’informations sur ce projet, ce qui lui a été refusé pour… atteinte au #secret_commercial. Ici encore, on voit que le champ “civil” et non “militaire” du projet est loin de représenter un garde-fou.

      Conclusion

      Ainsi, l’Union européenne participe activement au puissant marché de la surveillance et de la répression. Ici, les frontières et les personnes exilées sont utilisées comme des ressources de laboratoire. Dans une optique de militarisation toujours plus forte des frontières de la forteresse Europe et d’une recherche de profit et de développement des entreprises et centres de recherche européens. Les frontières constituent un nouveau marché et une nouvelle manne financière de la technopolice.

      Les chiffres montrent par ailleurs l’explosion du budget de l’agence européenne #Frontex (de 137 millions d’euros en 2015 à 322 millions d’euros en 2020, chiffres de la Cour des comptes européenne) et une automatisation toujours plus grande de la surveillance des frontières. Et parallèlement, le ratio entre le nombre de personnes qui tentent de franchir la Méditerranée et le nombre de celles qui y laissent la vie ne fait qu’augmenter. Cette automatisation de la surveillance aux frontières n’est donc qu’une nouvelle façon pour les autorités européennes d’accentuer le drame qui continue de se jouer en Méditerranée, pour une “efficacité” qui finalement ne profite qu’aux industries de la surveillance.

      Dans nos rues comme à nos frontières nous devons refuser la Technopolice et la combattre pied à pied !

      https://technopolice.fr/blog/la-technopolice-aux-frontieres

    • Artificial Intelligence - based capabilities for European Border and Coast Guard

      In 2019, Frontex, the European Border and Coast Guard Agency, commissioned #RAND Europe to carry out an Artificial intelligence (AI) research study.

      The purpose of the study was to provide an overview of the main opportunities, challenges and requirements for the adoption of AI-based capabilities in border managament. Frontex’s intent was also to find synergies with ongoing AI studies and initiatives in the EU and contribute to a Europe-wide AI landscape by adding the border security dimension.

      Some of the analysed technologies included automated border control, object recognition to detect suspicious vehicles or cargo and the use of geospatial data analytics for operational awareness and threat detection.

      As part of the study, RAND provided Frontex in 2020 with a comprehensive report and an executive summary with conclusions and recommendations.

      The findings will support Frontex in shaping the future landscape of AI-based capabilities for Integrated Border Management, including AI-related research and innovation projects which could be initiated by Frontex (e.g. under #EU_Innovation_Hub) or recommended to be conducted under the EU Research and Innovation Programme (#Horizon_Europe).

      https://frontex.europa.eu/media-centre/news/news-release/artificial-intelligence-based-capabilities-for-european-border-and-co

    • Pour les réfugiés, la #biométrie tout au long du chemin

      Par-delà les murs qui poussent aux frontières du monde depuis les années 1990, les réfugiés, migrants et demandeurs d’asile sont de plus en plus confrontés à l’extension des bases de #données_biométriques. Un « #mur_virtuel » s’étend ainsi à l’extérieur, aux frontières et à l’intérieur de l’espace Schengen, construit autour de programmes et de #bases_de_données.

      Des réfugiés qui paient avec leurs #iris, des migrants identifiés par leurs #empreintes_digitales, des capteurs de #reconnaissance_faciale, mais aussi d’#émotions… Réunis sous la bannière de la « #frontière_intelligente », ces #dispositifs_technologiques, reposant sur l’#anticipation, l’#identification et l’#automatisation du franchissement de la #frontière grâce aux bases de données biométriques, ont pour but de trier les voyageurs, facilitant le parcours des uns et bloquant celui des autres.

      L’Union européenne dispose ainsi d’une batterie de bases de données qui viennent compléter les contrôles aux frontières. Depuis 2011, une agence dédiée, l’#Agence_européenne_pour_la_gestion_opérationnelle_des_systèmes_d’information_à_grande_échelle, l’#EU-Lisa, a pour but d’élaborer et de développer, en lien avec des entreprises privées, le suivi des demandeurs d’asile.

      Elle gère ainsi plusieurs bases compilant des #données_biométriques. L’une d’elles, le « #Entry_and_Exit_System » (#EES), sera déployée en 2022, pour un coût évalué à 480 millions d’euros. L’EES a pour mission de collecter jusqu’à 400 millions de données sur les personnes non européennes franchissant les frontières de l’espace Schengen, afin de contrôler en temps réel les dépassements de durée légale de #visa. En cas de séjour prolongé devenu illégal, l’alerte sera donnée à l’ensemble des polices européennes.

      Se brûler les doigts pour ne pas être enregistré

      L’EU-Lisa gère également le fichier #Eurodac, qui consigne les empreintes digitales de chacun des demandeurs d’asile de l’Union européenne. Utilisé pour appliquer le #règlement_Dublin III, selon lequel la demande d’asile est déposée et traitée dans le pays européen où le migrant a été enregistré la première fois, il entraîne des stratégies de #résistance.

      « On a vu des migrants refuser de donner leurs empreintes à leur arrivée en Grèce, ou même se brûler les doigts pour ne pas être enregistrés dans Eurodac, rappelle Damien Simonneau, chercheur à l’Institut Convergences Migrations du Collège de France. Ils savent que s’ils ont, par exemple, de la famille en Allemagne, mais qu’ils ont été enregistrés en Grèce, ils seront renvoyés en Grèce pour que leur demande y soit traitée, ce qui a des conséquences énormes sur leur vie. » La procédure d’instruction dure en effet de 12 à 18 mois en moyenne.

      La collecte de données biométriques jalonne ainsi les parcours migratoires, des pays de départs jusqu’aux déplacements au sein de l’Union européenne, dans un but de limitation et de #contrôle. Pour lutter contre « la criminalité transfrontalière » et « l’immigration clandestine », le système de surveillance des zones frontières #Eurosur permet, via un partage d’informations en temps réel, d’intercepter avant leur arrivée les personnes tentant d’atteindre l’Union européenne.

      Des contrôles dans les pays de départ

      Pour le Transnational Institute, auteur avec le think tank Stop Wapenhandel et le Centre Delàs de plusieurs études sur les frontières, l’utilisation de ces bases de données témoigne d’une stratégie claire de la part de l’Union européenne. « Un des objectifs de l’expansion des #frontières_virtuelles, écrivent-ils ainsi dans le rapport Building Walls (https://www.tni.org/files/publication-downloads/building_walls_-_full_report_-_english.pdf), paru en 2018, est d’intercepter les réfugiés et les migrants avant même qu’ils n’atteignent les frontières européennes, pour ne pas avoir à traiter avec eux. »

      Si ces techniques permettent de pré-trier les demandes pour fluidifier le passage des frontières, en accélérant les déplacements autorisés, elles peuvent également, selon Damien Simonneau, avoir des effets pervers. « L’utilisation de ces mécanismes repose sur l’idée que la #technologie est un facilitateur, et il est vrai que l’#autonomisation de certaines démarches peut faciliter les déplacements de personnes autorisées à franchir les frontières, expose-t-il. Mais les technologies sont faillibles, et peuvent produire des #discriminations. »

      Ces #techniques_virtuelles, aux conséquences bien réelles, bouleversent ainsi le rapport à la frontière et les parcours migratoires. « Le migrant est confronté à de multiples points "frontière", disséminés un peu partout, analyse Damien Simonneau. Cela crée des #obstacles supplémentaires aux parcours migratoires : le contrôle n’est quasiment plus lié au franchissement d’une frontière nationale, il est déterritorialisé et peut se produire n’importe où, en amont comme en aval de la frontière de l’État. »

      Ainsi, la « politique d’#externalisation de l’Union européenne » permet au contrôle migratoire de s’exercer dans les pays de départ. Le programme européen « #SIV » collecte par exemple dès leur formulation dans les #consulats les données biométriques liées aux #demandes_de_visas.

      Plus encore, l’Union européenne délègue une partie de la gestion de ses frontières à d’autres pays : « Dans certains États du Sahel, explique Damien Simonneau, l’aide humanitaire et de développement est conditionnée à l’amélioration des contrôles aux frontières. »

      Un programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le programme #MIDAS, financé par l’Union européenne, est ainsi employé par 23 pays, majoritairement en Afrique, mais aussi en Asie et en Amérique. Son but est de « collecter, traiter, stocker et analyser les informations [biométriques et biographiques] des voyageurs en temps réel » pour aider les polices locales à contrôler leurs frontières. Mais selon le réseau Migreurop, ces données peuvent également être transmises aux agences policières européennes. L’UE exerce ainsi un droit de regard, via Frontex, sur le système d’information et d’analyse de données sur la migration, installé à Makalondi au Niger.

      Des réfugiés qui paient avec leurs yeux

      Un mélange des genres, entre organisations humanitaires et États, entre protection, logistique et surveillance, qui se retrouve également dans les #camps_de_réfugiés. Dans les camps jordaniens de #Zaatari et d’#Azarq, par exemple, près de la frontière syrienne, les réfugiés paient depuis 2016 leurs aliments avec leurs iris.

      L’#aide_humanitaire_alimentaire distribuée par le Programme alimentaire mondial (PAM) leur est en effet versée sur un compte relié à leurs données biométriques. Il leur suffit de passer leurs yeux dans un scanner pour régler leurs achats. Une pratique qui facilite grandement la gestion #logistique du camp par le #HCR et le PAM, en permettant la #traçabilité des échanges et en évitant les fraudes et les vols.

      Mais selon Léa Macias, anthropologue à l’EHESS, cela a aussi des inconvénients. « Si ce paiement avec les yeux peut rassurer certains réfugiés, dans la mesure où cela les protège contre les vols, développe-t-elle, le procédé est également perçu comme une #violence. Les réfugiés ont bien conscience que personne d’autre au monde, dans une situation normale, ne paie ainsi avec son #corps. »

      Le danger de la fuite de données

      La chercheuse s’inquiète également du devenir des données ainsi collectées, et se pose la question de l’intérêt des réfugiés dans ce processus. « Les humanitaires sont poussés à utiliser ces nouvelles technologies, expose-t-elle, qui sont vues comme un gage de fiabilité par les bailleurs de fonds. Mais la #technologisation n’est pas toujours dans l’intérêt des réfugiés. En cas de fuite ou de hackage des bases de données, cela les expose même à des dangers. »

      Un rapport de Human Rights Watch (HRW) (https://www.hrw.org/news/2021/06/15/un-shared-rohingya-data-without-informed-consent), publié mardi 15 juin, alerte ainsi sur des #transferts_de_données biométriques appartenant à des #Rohingyas réfugiés au Bangladesh. Ces données, collectées par le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) de l’ONU, ont été transmises par le gouvernement du Bangladesh à l’État birman. Si le HCR a réagi (https://www.unhcr.org/en-us/news/press/2021/6/60c85a7b4/news-comment-statement-refugee-registration-data-collection-bangladesh.html) en affirmant que les personnes concernées avaient donné leur accord à ce #transfert_de_données pour préparer un éventuel retour en Birmanie, rien ne permet cependant de garantir qu’ils seront bien reçus si leur nom « bipe » au moment de passer la frontière.

      https://www.rfi.fr/fr/technologies/20210620-pour-les-r%C3%A9fugi%C3%A9s-la-biom%C3%A9trie-tout-au-long-du-chemin

      #smart_borders #tri #catégorisation #déterritorialisation #réfugiés_rohingyas

      –---

      Sur les doigts brûlés pour ne pas se faire identifier par les empreintes digitales, voir la scène du film Qu’ils reposent en paix de Sylvain George, dont j’ai fait une brève recension :

      Instant tragique : ce qu’un migrant appelle la « prière ». Ce moment collectif où les migrants tentent de faire disparaître leurs empreintes digitales. Étape symbolique où ils se défont de leur propre identité.

      https://visionscarto.net/a-calais-l-etat-ne-peut-dissoudre

  • #Drones for border control: a symptom of the security mindset, says new report

    The increasing use of drones for border control purposes “is a symptom of viewing borders predominantly in terms of ‘security’ and perceiving people crossing borders as a security threat,” says a new report from Drone Wars UK. In this security paradigm, “border control operations are heavily influenced by the military and driven by ‘national security’ considerations rather than human needs,” warn the authors.

    The report highlights five “particular risks resulting from the use of drones in border areas”:

    The risk that drones will increasingly be used for surveillance of the wider population – not just those involved in criminal activities at borders – at ‘upstream’ internal border locations, and not just the geographically-defined border itself.
    The risk that the use of drones, as a primarily military technology, in border control will contribute to the dehumanisation of those attempting to cross borders and increase the potential for human rights abuses.
    The risk that states will use drones, as opposed to crewed aircraft and assets, to evade their humanitarian responsibilities to those in distress.
    The risk that information from unrelated surveillance activities (for example shipping control or traffic monitoring) is passed on to border control and other law enforcement agencies for inclusion into a broader ‘intelligence picture’.
    The risk that, if drones are deployed in a zone where there are border tensions between two nations, there will be a blurring between military and policing roles and a temptation to use drones in spying or intrusion missions which may escalate tensions.

    Full report and summary available here: Crossing a Line: How the use of drones to secure borders threatens everyone’s rights (Drone Wars UK, link: https://dronewars.net/2020/12/26/crossing-a-line-how-the-use-of-drones-to-secure-borders-threatens-everyon)

    https://www.statewatch.org/news/2021/january/drones-for-border-control-a-symptom-of-the-security-mindset-says-new-rep

    #drones #frontières #asile #migrations #réfugiés #militarisation_des_frontières #drones #déshumanisation #risques

    ping @isskein @karine4

    • Crossing a Line: How the use of drones to secure borders threatens everyone’s rights

      A new report published today by Drone Wars UK investigates the increasing use of military-style drones by governments to patrol state borders. The study, which examines the use of drones at the borders of the UK, EU, US, Russia, China, Australia and elsewhere, concludes that drones are contributing to the militarisation of everyday borders as part of an integrated set of security technologies – including satellites, sensors and smart walls – which pose significant challenges to personal privacy and civil liberties.

      ‘Crossing A Line: The Use of Drones to Control Borders‘ also explores the ethical questions and risks that the use of drones for border and wider public surveillance raises. The United Kingdom is now at the beginning of a journey that would see drones used regularly across the country for surveillance of the general public, and not just above the English Channel.

      The report also argues that the highly publicised operation to use Watchkeeper military drones to watch for refugees crossing the Channel has little practical value but serves to help familiarise the public with the use of drones in the domestic context. Despite an intense media campaign by the government trumpeting ‘Operation Devran’ (the use of military aircraft to monitor irregular migration over the Channel) our study shows that the drone had little impact and played a minimal role in support to the UK Border Force. The drones flew on average only once every other day in their first month of operation, with their use dropping to a total flight time of less than twenty-four hours in the second month. Due to safety issues, they were only permitted to fly in certain areas covered by temporary airspace restrictions, and could only fly in suitable weather conditions.

      As academics Rey Koslowski and Marcus Schulzke point out, “it is often important to politicians to demonstrate to voters that they are doing something to control immigration,” and such actions to stop border crossings “are highly visible and make for wonderful ‘symbolic politics’.” This approach has long shaped border control policy, and the use of Watchkeeper over the Channel is a classic case, while at the same time providing a pretext to commence drone surveillance on the home front.

      A critical point raised by that study is how ‘border’ security has now come to mean much more than security around the actual border. Government agencies have sweeping powers to enforce ‘border’ security across the whole nation in terms of tackling border crime, identifying irregular migrants, and imposing security requirements upon travellers and goods crossing borders. Drones are enabling ‘upstream’ surveillance which allows a state to monitor and intervene in developments both inside and outside the country, far from its immediate border, for example by assessing migration patterns, observing events in neighbouring nations, or asserting control over remote seas. In the US, Predator drones operated by the Bureau of Customs and Border Protection Agency have been used to spy on Black Lives Matter demonstrations many miles from the border itself.

      That the ways in which governments are using drones at national borders are a challenge to human rights should come as no surprise. Illiberal right wing and nationalist politicians around the world have made border security and immigration central to their campaigns and policy agendas. According to their narrative national borders must be vigorously defended to prevent the entry of undeserving outsiders who will claim advantages to which they should not be entitled. Drones, as an intrinsically oppressive technology developed by the military to control and intimidate populations, are a perfect tool for enforcing such views.

      ‘Crossing A Line’ highlights the following as particular risks resulting from the use of drones in border areas:

      Drones will increasingly be used for surveillance of the wider population – not just those involved in criminal activities at borders – at ‘upstream’ internal border locations, and not just the geographically-defined border itself.
      The use of drones, as a primarily military technology, in border control will contribute to the dehumanisation of those attempting to cross borders and increase the potential for human rights abuses.
      States will use drones, as opposed to crewed aircraft and assets, to evade their humanitarian responsibilities to those in distress. The study shows how drones are playing a key role in the European Union’s attempts to ‘push back’ irregular migrants aiming to cross the Mediterranean Sea.
      Information from unrelated surveillance activities (for example shipping control or traffic monitoring) will be passed on to border control and other law enforcement agencies for inclusion into a broader ‘intelligence picture’ of activities in a particular area.
      If drones are deployed in a zone where there are border tensions between two nations, there will be a blurring between military and policing roles and a temptation to use drones in spying or intrusion missions which may escalate tensions.

      The report concludes that the use of drones for border control is a symptom of viewing borders predominantly in terms of ‘security’ and perceiving people crossing borders as a security threat, with negative implications for the rights of individuals. The use of drones and advanced combat-derived technology for border control operations is part of a security paradigm where border control operations are heavily influenced by the military and driven by ‘national security’ considerations rather than human needs.

      Drone technology is no longer just being used for surveillance and control overseas. Having evolved in battles and military occupations in the Middle East, the UK’s drones are now finding their way back to the home front. They are being deployed first against minorities such as refugees fleeing conflict and oppression but unless we act now, will eventually be used to spy on us all.

      https://dronewars.net/2020/12/26/crossing-a-line-how-the-use-of-drones-to-secure-borders-threatens-everyon
      #rapport #drone_wars #complexe_militaro-industriel

      Pour télécharger le rapport:
      https://dronewars.net/wp-content/uploads/2020/12/DW-Crossing-a-Line-WEB.pdf

  • La santé mentale est un enjeu crucial des migrations contemporaines

    Si la migration est source d’espoirs liés à la découverte de nouveaux horizons, de nouveaux contextes sociaux et de nouvelles perspectives économiques, elle est également à des degrés divers un moment de rupture sociale et identitaire qui n’est pas sans conséquence sur la santé mentale.

    #Abdelmalek_Sayad, l’un des sociologues des migrations les plus influents de ces dernières décennies, a défini la condition du migrant comme étant suspendu entre deux mondes parallèles. #Sayad nous dit que le migrant est doublement absent, à son lieu d’origine et son lieu d’arrivée.

    Il est, en tant qu’émigrant, projeté dans une condition faite de perspectives et, très souvent, d’illusions qui l’éloignent de son lieu d’origine. Mais le migrant est tout aussi absent dans sa #condition ^_d’immigré, dans les processus d’#adaptation à un contexte nouveau et souvent hostile, source de nombreuses #souffrances.

    Quelles sont les conséquences de cette #double_absence et plus largement de cette transition de vie dans la santé mentale des migrants ?

    Migrer implique une perte de #capital_social

    Migrer, c’est quitter un #univers_social pour un autre. Les #contacts, les #échanges et les #relations_interpersonnelles qui soutiennent chacun de nous sont perturbés, fragmentés ou même rompus durant cette transition.

    Si pour certains la migration implique un renforcement du capital social (ou économique), dans la plupart des cas elle mène à une perte de capital social. Dans un entretien mené en 2015, un demandeur d’asile afghan souligne cette #rupture_sociale et la difficulté de maintenir des liens avec son pays d’origine :

    « C’est très difficile de quitter son pays parce que ce n’est pas seulement ta terre que tu quittes, mais toute ta vie, ta famille. J’ai des contacts avec ma famille de temps en temps, mais c’est difficile parce que les talibans détruisent souvent les lignes de téléphone, et donc, c’est difficile de les joindre. »

    Pour contrer ou éviter cette perte de capital social, de nombreux #réseaux_transnationaux et organisations d’immigrants dans les pays d’accueil sont créés et jouent dans la vie des migrants un rôle primordial.

    À titre d’exemple, la migration italienne d’après-guerre s’est caractérisée par une forte structuration en #communautés. Ils ont créé d’importants organisations et réseaux, notamment des organisations politiques et syndicales, des centres catholiques et culturels, dont certains sont encore actifs dans les pays de la #diaspora italienne.

    L’#environnement_social et la manière dont les sociétés d’arrivée vont accueillir et inclure les migrants, vont être donc des éléments clés dans la #résilience de ces populations face aux défis posés par leur trajectoire de vie et par leur #parcours_migratoire. Les migrants peuvent en effet rencontrer des situations qui mettent en danger leur #santé physique et mentale dans leur lieu d’origine, pendant leur transit et à leur destination finale.

    Cela est particulièrement vrai pour les migrants forcés qui sont souvent confrontés à des expériences de #détention, de #violence et d’#exploitation susceptibles de provoquer des #troubles_post-traumatiques, dépressifs et anxieux. C’est le cas des centaines de milliers de réfugiés qui fuient les #conflits_armés depuis 2015, principalement dans les régions de la Syrie et de l’Afrique subsaharienne.

    Ces migrants subissent des #violences tout au long de leur parcours, y compris la violence des lois de l’asile dans nos sociétés.

    L’environnement social est une des clés de la santé mentale

    Dans son document d’orientation « Mental health promotion and mental health care in refugees and migrants », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique l’#intégration_sociale comme l’un des domaines d’intervention les plus importants pour combattre les problèmes de santé mentale dans les populations migrantes.

    Pour l’OMS, la lutte contre l’#isolement et la promotion de l’#intégration sont des facteurs clés, tout comme les interventions visant à faciliter le relations entre les migrants et les services de soins, et à améliorer les pratiques et les traitements cliniques.

    Cependant, l’appartenance à des réseaux dans un environnement social donné est une condition essentielle pour le bien-être mental de l’individu, mais elle n’est pas suffisante.

    Le philosophe allemand #Axel_Honneth souligne notamment que la #confiance_en_soi, l’#estime_de_soi et la capacité à s’ouvrir à la société trouvent leurs origines dans le concept de #reconnaissance. Chaque individu est mu par le besoin que son environnement social et la société, dans laquelle il ou elle vit, valorisent ses #identités et lui accordent une place comme #sujet_de_droit.

    Les identités des migrants doivent être reconnues par la société

    À cet égard, se construire de nouvelles identités sociales et maintenir une #continuité_identitaire entre l’avant et l’après-migration permet aux migrants de diminuer les risques de #détresse_psychologique.

    https://www.youtube.com/watch?v=oNC4C4OqomI&feature=emb_logo

    Être discriminé, exclu ou ostracisé du fait de ses appartenances et son identité affecte profondément la santé mentale. En réaction à ce sentiment d’#exclusion ou de #discrimination, maintenir une estime de soi positive et un #équilibre_psychosocial passe souvent parla prise de distance par rapport à la société discriminante et le #repli vers d’autres groupes plus soutenants.

    La #reconnaissance_juridique, un élément central

    Or ce principe de reconnaissance s’articule tant au niveau de la sphère sociale qu’au niveau juridique. Dans les sociétés d’accueil, les migrants doivent être reconnus comme porteurs de droits civils, sociaux et politiques.

    Au-delà des enjeux pragmatiques liés à l’accès à des services, à une protection ou au #marché_de_l’emploi, l’obtention de droits et d’un #statut_juridique permet de retrouver une forme de contrôle sur la poursuite de sa vie.

    Certaines catégories de migrants vivant soit en procédure pour faire reconnaître leurs droits, comme les demandeurs d’asile, soit en situation irrégulière, comme les « #sans-papiers », doivent souvent faire face à des situations psychologiquement compliquées.

    À cet égard, les sans-papiers sont presque totalement exclus, privés de leurs #droits_fondamentaux et criminalisés par la justice. Les demandeurs d’asile sont quant à eux souvent pris dans la #bureaucratie du système d’accueil durant des périodes déraisonnablement longues, vivant dans des conditions psychologiques difficiles et parfois dans un profond #isolement_social. Cela est bien exprimé par un jeune migrant kenyan que nous avions interviewé en 2018 dans une structure d’accueil belge :

    « Je suis arrivé quand ils ont ouvert le [centre d’accueil], et je suis toujours là ! Cela fait presque trois ans maintenant ! Ma première demande a été rejetée et maintenant, si c’est un “non”, je vais devoir quitter le territoire. […] Tous ces jours, les mois d’attente, pour quoi faire ? Pour rien avoir ? Pour devenir un sans-papiers ? Je vais devenir fou, je préfère me tuer. »

    Être dans l’#attente d’une décision sur son statut ou être dénié de droits plonge l’individu dans l’#insécurité et dans une situation où toute #projection est rendue compliquée, voire impossible.

    Nous avons souligné ailleurs que la lourdeur des procédures et le sentiment de #déshumanisation dans l’examen des demandes d’asile causent d’importantes #frustrations chez les migrants, et peuvent avoir un impact sur leur #bien-être et leur santé mentale.

    La migration est un moment de nombreuses #ruptures sociales et identitaires face auxquelles les individus vont (ré)agir et mobiliser les ressources disponibles dans leur environnement. Donner, alimenter et construire ces ressources autour et avec les migrants les plus vulnérables constitue dès lors un enjeu de #santé_publique.

    https://theconversation.com/la-sante-mentale-est-un-enjeu-crucial-des-migrations-contemporaines

    #santé_mentale #asile #migrations #réfugiés

    ping @_kg_ @isskein @karine4

  • "Réfugiés", « migrants », « exilés » ou « demandeur d’asile » : à chaque mot sa fiction, et son ombre portée

    Alors que les violences policières contre un campement éphémère de personnes exilées font scandale, comment faut-il nommer ceux dont les tentes ont été déchiquetées ?

    Nombreuses et largement unanimes, les réactions qui ont suivi l’intervention de la police, lundi 23 novembre au soir, place de la République à Paris, condamnent la violence des forces de l’ordre. De fait, après cette intervention pour déloger le campement éphémère installé en plein Paris dans le but de donner de l’écho à l’évacuation récente d’un vaste camp de réfugiés sur les contreforts du périphérique, les images montrent les tentes qui valsent, les coups qui pleuvent, des matraques qui cognent en cadence, et de nombreux soutiens nassés en pleine nuit ainsi que la presse. Survenu en plein débat sur la loi de sécurité globale, et après de longs mois d’un travail tous azimuts pour poser la question des violences policières, l’épisode a quelque chose d’emblématique, qui remet au passage l’enjeu de l’accueil migratoire à la Une des médias.

    Une occasion utile pour regarder et penser la façon dont on nomme ceux qui, notamment, vivent ici dans ces tentes-là. Durant toute la soirée de lundi, la réponse policière à leur présence sur la place de la République a été amplement commentée, en direct sur les réseaux sociaux d’abord, puis sur les sites de nombreux médias. Si certains utilisaient le mot “migrants” désormais ordinaire chez les journalistes, il était frappant de voir que d’autres termes prenaient une place rare à la faveur de l’événement à chaud. Et en particulier, les mots “réfugiés” et “exilés”.

    En ligne, Utopia56, le collectif à l’origine de l’opération, parle de “personnes exilées”. Chez Caritas France (ex-Secours catholique), c’est aussi l’expression qu’utilise par exemple, sur la brève bio de son compte twitter, la salariée de l’humanitaire en charge des projets “solidarité et défense des droits des personnes exilées”. Ce lexique n’a rien de rare dans le monde associatif : la Cimade parle aussi de longue date de “personnes exilées”, la Fédération des acteurs de solidarités qui chapeaute 870 associations de même, et chez chez Act up par exemple, on ne dit pas non plus “migrants” mais “exilés”. Dans la classe politique, la nuit de violences policières a donné lieu à des déclarations de protestation où il n’était pas inintéressant d’observer l’usage des mots choisis dans le feu de l’action, et sous le projecteur des médias : plutôt “exilés” chez les écologistes, via le compte twitter “groupeecoloParis”, tandis qu’Anne Hidalgo, la maire de Paris, parlait quant à elle de “réfugiés”.

    Du côté des médias, le terme poussé par le monde associatif n’a sans doute jamais aussi bien pris qu’à chaud, dans l’épisode de lundi soir : sur son compte Twitter, CNews oscillait par exemple entre “migrants” et “personnes exilées”... au point de se faire tacler par ses abonnés - il faudrait plutôt dire “clandestins”. Edwy Plenel panachait pour sa part le lexique, le co-fondateur de Médiapart dénonçant au petit matin la violence dont avaient fait l’objet les “migrants exilés”.

    Peu suspect de gauchisme lexical, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, affirmait de son côté saisir l’IGPN pour une enquête sur cette évacuation d’un “campement de migrants”, tandis que le mot s’affichait aussi sur la plupart des pages d’accueil des sites de médias. Comme si le terme “migrants” était devenu un terme générique pour dire cette foule anonyme de l’immigration - sans que, le plus souvent, on interroge en vertu de quels critères ? Cet épisode de l’évacuation violente de la place de la République est en fait l’occasion idéale pour regarder la façon dont le mot “migrants” s’est disséminé, et remonter le film pour comprendre comment il a été forgé. Car ce que montre la sociologue Karen Akoka dans un livre qui vient justement de paraître mi-novembre (à La Découverte) c’est que cette catégorie est avant tout une construction dont la sociogenèse éclaire non seulement notre façon de dire et de penser, mais surtout des politiques publiques largement restées dans l’ombre.
    Les mots de l’asile, ces constructions politiques

    L’Asile et l’exil, ce livre formidable tiré de sa thèse, est à mettre entre toutes les mains car précisément il décortique en quoi ces mots de l’immigration sont d’abord le fruit d’un travail politique et d’une construction historique (tout aussi politique). Les acteurs de cette histoire appartiennent non seulement à la classe politique, mais aussi aux effectifs des officiers qui sont recrutés pour instruire les demandes. En centrant son travail de doctorat sur une sociohistoire de l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, créé en 1952, la chercheuse rappelle qu’il n’est pas équivalent de parler d’exil et d’asile, d’exilés, de demandeurs d’asile, de migrants ou de réfugiés. Mais l’ensemble de sa démonstration éclaire en outre toute la part d’artifice que peut receler ce raffinage lexical qui a permis à l’Etat de construire des catégories d’aspirants à l’exil comme on labelliserait des candidats plus ou moins désirables. Face aux "réfugiés", légitimes et acceptables depuis ce qu’on a construit comme une forme de consensus humaniste, les "migrants" seraient d’abord là par émigration économique - et moins éligibles. Tout son livre consiste au fond en une déconstruction méthodique de la figure du réfugié désirable.

    Les tout premiers mots de l’introduction de ce livre (qu’il faut lire en entier) remontent à 2015 : cette année-là, Al-Jazeera annonçait que désormais, celles et ceux qui traversent la Méditerranée seront pour de bon des “réfugiés”. Et pas des “migrants”, contrairement à l’usage qui était alors en train de s’installer dans le lexique journalistique à ce moment d’explosion des tentatives migratoires par la mer. Le média qatari précisait que “migrants” s’apparentait à ses yeux à un “outil de deshumanisation”. On comprenait en fait que “réfugié” était non seulement plus positif, mais aussi plus légitime que “migrant”.

    En droit, c’est la Convention de Genève qui fait les “réfugiés” selon une définition que vous pouvez consulter ici. Avant ce texte qui remonte à 1951, on accueillait aussi des réfugiés, quand se négociait, au cas par cas et sous les auspices de la Société des nations, la reconnaissance de groupes éligibles. Mais le flou demeure largement, notamment sur ce qui, en pratique, départirait le “réfugié” de “l’étranger”. A partir de 1952, ces réfugiés répondent à une définition, mais surtout à des procédures, qui sont principalement confiées à l’Ofpra, créé dans l’année qui suit la Convention de Genève. L’autrice rappelle qu’à cette époque où l’Ofpra passe d’abord pour une sorte de “consulat des régimes disparus”, il y a consensus pour considérer que l’institution doit elle-même employer des réfugiés chargés de décider du sort de nouveaux candidats à l’asile. A l’époque, ces procédures et ces arbitrages n’intéressent que très peu de hauts fonctionnaires. Ca change progressivement à mesure que l’asile se politise, et la décennie 1980 est une bonne période pour observer l’asile en train de se faire. C’est-à-dire, en train de se fabriquer.

    La construction du "réfugié militant"

    Sur fond d’anticommunisme et d’intérêt à relever la tête après la guerre coloniale perdue, la France décidait ainsi au début des années 80 d’accueillir 130 000 personnes parmi celles qui avaient fui l’un des trois pays de l’ex-Indochine (et en particulier, le Vietnam). On s’en souvient encore comme des “boat people”. Ils deviendront massivement des “réfugiés”, alors que le mot, du point de vue juridique, renvoie aux critères de la Convention de Genève, et à l’idée de persécutions avérées. Or Karen Akoka rappelle que, bien souvent, ces procédures ont en réalité fait l’objet d’un traitement de gros. C’est-à-dire, qu’on n’a pas toujours documenté, dans le détail, et à l’échelle individuelle, les expériences vécues et la position des uns et des autres. Au point de ne pas trop chercher à savoir par exemple si l’on avait plutôt affaire à des victimes ou à des bourreaux ? Alors que le génocide khmer rouge commençait à être largement connu, l’idée que ces boat people massivement arrivés par avion camperaient pour de bon la figure du “bon réfugié” avait cristallisé. La chercheuse montre aussi que ceux qui sont par exemple arrivés du Vietnam avaient fait l’objet d’un double tri : par les autorités françaises d’une part, mais par le régime vietnamien d’autre part… et qu’il avait été explicitement convenu qu’on exclurait les militants politiques.

    Or dans l’imaginaire collectif comme dans le discours politique, cette représentation du réfugié persécuté politiquement est toujours très active. Elle continue souvent de faire écran à une lecture plus attentive aux tris opérés sur le terrain. Et empêche par exemple de voir en quoi on a fini par se représenter certaines origines comme plus désirables, par exemple parce qu’il s’agirait d’une main-d’œuvre réputée plus docile. Aujourd’hui, cette image très puissante du "réfugié militant" reste arrimée à l’idée d’une histoire personnelle légitime, qui justifierait l’étiquetage de certains “réfugiés” plutôt que d’autres. C’est pour cela qu’on continue aujourd’hui de réclamer aux demandeurs d’asile de faire la preuve des persécutions dont ils auraient fait l’objet.

    Cette enquête approfondie s’attèle à détricoter ce mirage du "bon réfugié" en montrant par exemple que, loin de répondre à des critères objectifs, cette catégorie est éminemment ancrée dans la Guerre froide et dans le contexte post-colonial. Et qu’elle échappe largement à une approche empirique rigoureuse, et critique. Karen Akoka nous dépeint la Convention de Genève comme un cadre qui se révèle finalement assez flou, ou lâche, pour avoir permis des lectures et des usages oscillatoires au gré de l’agenda diplomatique ou politique. On le comprend par exemple en regardant le sort de dossiers qu’on peut apparenter à une migration économique. Sur le papier, c’est incompatible avec le label de “réfugié”. Or dans la pratique, la ligne de partage entre asile d’un côté, et immigration de l’autre, ne semble plus si étanche lorsqu’on regarde de près qui a pu obtenir le statut dans les années 1970. On le comprend mieux lorsqu’on accède aux logiques de traitement dans les années 70 et 80 : elles n’ont pas toujours été les mêmes, ni été armées du même zèle, selon l’origine géographique des candidats. Edifiant et très pédagogique, le sixième chapitre du livre d’Akoka s’intitule d’ailleurs “L’Asile à deux vitesses”.

    L’autrice accorde par exemple une attention particulière à la question des fraudes. Pas seulement à leur nombre, ou à leur nature, mais aussi au statut que les institutions ont pu donner à ces fraudes. Ainsi, Karen Akoka montre l’intérêt qu’a pu avoir l’Etat français, à révéler à grand bruit l’existence de “filières zaïroises” à une époque où la France cherchait à endiguer l’immigration d’origine africaine autant qu’à sceller une alliance avec le Zaïre de Mobutu. En miroir, les entretiens qu’elle a menés avec d’anciens fonctionnaires de l’Ofpra dévoilent qu’on a, au contraire, cherché à dissimuler des montages frauduleux impliquant d’ex-Indochinois.

    Les "vrais réfugiés"... et les faux

    Entre 1970 et 1990, les chances de se voir reconnaître “réfugié” par l’Ofpra ont fondu plus vite que la banquise : on est passé de 90% à la fin des années 70 à 15% en 1990. Aujourd’hui, ce taux est remonté (de l’ordre de 30% en 2018), mais on continue de lire que c’est le profil des demandeurs d’asile qui aurait muté au point d’expliquer que le taux d’échec explose. Ou que la démarche serait en quelque sorte détournée par de “faux demandeurs d’asile”, assez habiles pour instrumentaliser les rouages de l’Ofpra en espérant passer entre les gouttes… au détriment de “vrais réfugiés” qu’on continue de penser comme tels. Karen Akoka montre qu’en réalité, c’est plutôt la manière dont on instruit ces demandes en les plaçant sous l’égide de politiques migratoires plus restrictives, mais aussi l’histoire propre de ceux qui les instruisent, qui expliquent bien plus efficacement cette chute. Entre 1950 et 1980 par exemple, nombre d’officiers instructeurs étaient issus des mêmes pays que les requérants. C’était l’époque où l’Ofpra faisait davantage figure de “consulat des pays disparus”, et où, par leur trajectoire personnelle, les instructeurs se trouvaient être eux-mêmes des réfugiés, ou les enfants de réfugiés. Aujourd’hui ce sont massivement des agents français, fonctionnaires, qui traitent les dossiers à une époque où l’on ne subordonne plus les choix au Rideau de fer, mais plutôt sous la houlette d’une politique migratoire et de ce qui a sédimenté dans les politiques publiques comme “le problème islamiste”.

    Rassemblé ici au pas de course mais très dense, le travail de Karen Akoka est un exemple vibrant de la façon dont l’histoire, et donc une approche pluridisciplinaire qui fait la part belle aux archives et à une enquête d’histoire orale, enrichit dans toute son épaisseur un travail entamé comme sociologue. Du fait de la trajectoire de l’autrice, il est aussi un exemple lumineux de tout ce que peut apporter une démarche réflexive. Ca vaut pour la façon dont on choisit un mot plutôt qu’un autre. Mais ça vaut aussi pour la manière dont on peut déconstruire des façons de penser, ou des habitudes sur son lieu de travail, par exemple. En effet, avant de soutenir sa thèse en 2012, Karen Akoka a travaillé durant cinq ans pour le HCR, le Haut commissariat aux réfugiés des Nations-Unies. On comprend très bien, à la lire, combien elle a pu d’abord croire, et même nourrir, certaines fausses évidences. Jusqu’à être “mal à l’aise” avec ces images et ces chimères qu’elle entretenait, depuis son travail - qui, en fait, consistait à “fabriquer des réfugiés”. Pour en éliminer d’autres.

    https://www.franceculture.fr/societe/refugies-migrants-exiles-ou-demandeur-dasile-a-chaque-mot-sa-fiction-e

    #asile #migrations #réfugiés #catégorisation #catégories #mots #terminologie #vocabulaire #Ofpra #France #histoire #légitimité #migrants_économiques #réfugié_désirable #déshumanisation #Convention_de_Genève #politisation #réfugié_militant #Indochine #boat_people #bon_réfugié #Vietnam #militants #imaginaire #discours #persécution #persécution_politique #preuves #guerre_froide #immigration #fraudes #abus #Zaïre #filières_zaïroises #Mobutu #vrais_réfugiés #faux_réfugiés #procédure_d'asile #consulat_des_pays_disparus #politique_migratoire
    #Karen_Akoka
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    • ...même jour que l’envoi de ce post on a discuté en cours Licence Géo le séjour d’Ahmed publié en forme de carte par Karen Akoka dans l’atlas migreurop - hasard ! Et à la fin de son exposé un étudiant proposait par rapport aux catégories : Wie wäre es mit « Mensch » ? L’exemple du campement à Paris - des pistes ici pour approfondir !

    • Ce qui fait un réfugié

      Il y aurait d’un côté des réfugiés et de l’autre des migrants économiques. La réalité des migrations s’avère autrement complexe souligne la politiste #Karen_Akoka qui examine en détail comment ces catégories sont historiquement, socialement et politiquement construites.

      L’asile est une notion juridique précieuse. Depuis le milieu du XXe siècle, elle permet, à certaines conditions, de protéger des individus qui fuient leur pays d’origine en les qualifiant de réfugiés. Mais l’asile est aussi, à certains égards, une notion dangereuse, qui permet paradoxalement de justifier le fait de ne pas accueillir d’autres individus, les rejetant vers un autre statut, celui de migrant économique. L’asile devenant alors ce qui permet la mise en œuvre d’une politique migratoire de fermeture. Mais comment faire la différence entre un réfugié et un migrant économique ? La seule manière d’y prétendre consiste à s’intéresser non pas aux caractéristiques des personnes, qu’elles soient rangées dans la catégorie de réfugié ou de migrant, mais bien plutôt au travail qui consiste à les ranger dans l’une ou l’autre de ces deux catégories. C’est le grand mérite de « #L’Asile_et_l’exil », le livre important de Karen Akoka que de proposer ce renversement de perspective. Elle est cette semaine l’invitée de La Suite dans Les Idées.

      Et c’est la metteuse en scène Judith Depaule qui nous rejoint en seconde partie, pour évoquer « Je passe » un spectacle qui aborde le sujet des migrations mais aussi pour présenter l’Atelier des artistes en exil, qu’elle dirige.

      https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/ce-qui-fait-un-refugie

      #livre #catégorisation #catégories #distinction #hiérarchisation #histoire #ofpra #tri #subordination_politique #politique_étrangère #guerre_froide #politique_migratoire #diplomatie

    • La fabrique du demandeur d’asile

      « Il y a les réfugiés politiques, et c’est l’honneur de la France que de respecter le droit d’asile : toutes les communes de France en prennent leur part. Il y a enfin ceux qui sont entrés illégalement sur le territoire : ceux-là ne sont pas des réfugiés, mais des clandestins qui doivent retourner dans leur pays », disait déjà Gerald Darmanin en 2015. Mais pourquoi risquer de mourir de faim serait-il moins grave que risquer de mourir en prison ? Pourquoi serait-il moins « politique » d’être victime de programmes d’ajustement structurels que d’être victime de censure ?

      Dans son livre L’asile et l’exil, une histoire de la distinction réfugiés migrants (La découverte, 2020), Karen Akoka revient sur la construction très idéologique de cette hiérarchisation, qui est liée à la définition du réfugié telle qu’elle a été décidée lors de la Convention de Genève de 1951, à l’issue d’âpres négociations.

      Cette dichotomie réfugié politique/migrant économique paraît d’autant plus artificielle que, jusqu’aux années 1970, il suffisait d’être russe, hongrois, tchécoslovaque – et un peu plus tard de venir d’Asie du Sud-Est, du Cambodge, du Laos ou du Vietnam – pour décrocher le statut de réfugié, l’objectif premier de la France étant de discréditer les régimes communistes. Nul besoin, à l’époque, de montrer qu’on avait été individuellement persécuté ni de nier la dimension économique de l’exil.

      Aujourd’hui, la vaste majorité des demandes d’asile sont rejetées. Qu’est ce qui a changé dans les années 1980 ? D’où sort l’obsession actuelle des agents de l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides) pour la fraude et les « faux » demandeurs d’asile ?

      Plutôt que de sonder en vain les identités et les trajectoires des « demandeurs d’asile » à la recherche d’une introuvable essence de migrant ou de réfugié, Karen Akoka déplace le regard vers « l’offre » d’asile. Avec la conviction que les étiquettes en disent moins sur les exilés que sur ceux qui les décernent.

      https://www.youtube.com/watch?v=bvcc0v7h2_w&feature=emb_logo

      https://www.hors-serie.net/Aux-Ressources/2020-12-19/La-fabrique-du-demandeur-d-asile-id426

    • « Il n’est pas possible d’avoir un système d’asile juste sans politique d’immigration ouverte »

      La chercheuse Karen Akoka a retracé l’histoire du droit d’asile en France. Elle montre que l’attribution de ce statut a toujours reposé sur des intérêts politiques et diplomatiques. Et que la distinction entre les « vrais » et les « faux » réfugiés est donc discutable.

      Qui étaient les personnes qui ont été violemment évacuées du camp de la place de la République, il y a quatre semaines ? Ceux qui les aident et les défendent utilisent le mot « exilés », pour décrire une condition qui transcende les statuts administratifs : que l’on soit demandeur d’asile, sans-papiers, ou sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français, les difficultés restent sensiblement les mêmes. D’autres préfèrent le mot « illégaux », utilisé pour distinguer ces étrangers venus pour des raisons économiques du seul groupe que la France aurait la volonté et les moyens d’accueillir : les réfugiés protégés par le droit d’asile. Accordé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) depuis 1952, ce statut permet aujourd’hui de travailler et de vivre en France à celles et ceux qui peuvent prouver une persécution ou une menace dans leur pays d’origine. Pour les autres, le retour s’impose. Mais qui décide de l’attribution du statut, et selon quels critères ?

      Pour le savoir, Karen Akoka a retracé l’histoire de l’Ofpra. Dressant une galerie de portraits des membres de l’institution, retraçant le regard porté sur les Espagnols, les Yougoslaves, les boat-people ou encore les Zaïrois, elle montre dans l’Asile et l’Exil (La Découverte) que l’asile a toujours été accordé en fonction de considérations politiques et diplomatiques. Elle remet ainsi en cause l’idée que les réfugiés seraient « objectivement » différents des autres exilés, et seuls légitimes à être dignement accueillis. De quoi prendre conscience (s’il en était encore besoin) qu’une autre politique d’accueil est possible.
      Comment interprétez-vous les images de l’évacuation du camp de la place de la République ?

      Quand on ne connaît pas la situation des personnes exilées en France, cela peut confirmer l’idée que nous serions en situation de saturation. Il y aurait trop de migrants, la preuve, ils sont dans la rue. Ce n’est pas vrai : si ces personnes sont dans cette situation, c’est à cause de choix politiques qui empêchent toute forme d’intégration au tissu social. Depuis les années 90, on ne peut plus légalement travailler quand on est demandeur d’asile. On est donc dépendant de l’aide publique. Avec le règlement européen de Dublin, on ne peut demander l’asile que dans le premier pays de l’Union européenne dans lequel on s’enregistre. Tout cela produit des illégaux, qui se trouvent par ailleurs enfermés dans des statuts divers et complexes. Place de la République, il y avait à la fois des demandeurs d’asile, des déboutés du droit d’asile, des « dublinés », etc.
      Y a-t-il encore des groupes ou des nationalités qui incarnent la figure du « bon réfugié » ?

      Aujourd’hui, il n’y a pas de figure archétypale du bon réfugié au même titre que le dissident soviétique des années 50-60 ou le boat-people des années 80. Il y a tout de même une hiérarchie des nationalités qui fait que les Syriens sont perçus le plus positivement. Mais avec une différence majeure : alors qu’on acheminait en France les boat-people, les Syriens (comme beaucoup d’autres) doivent traverser des mers, franchir des murs… On fait tout pour les empêcher d’arriver, et une fois qu’ils sont sur place, on les reconnaît à 90 %. Il y a là quelque chose de particulièrement cynique.
      Vos travaux reviennent à la création de l’Ofpra en 1952. Pourquoi avoir repris cette histoire déjà lointaine ?

      Jusqu’aux années 80, l’Ofpra accordait le statut de réfugié à 80 % des demandeurs. Depuis les années 90, environ 20 % l’obtiennent. Cette inversion du pourcentage peut amener à la conclusion qu’entre les années 50 et 80, les demandeurs d’asile étaient tous de « vrais » réfugiés, et que depuis, ce sont majoritairement des « faux ». Il était donc important d’étudier cette période, parce qu’elle détermine notre perception actuelle selon laquelle l’asile aurait été dénaturé. Or il apparaît que cette catégorie de réfugié a sans cesse été mobilisée en fonction de considérations diplomatiques et politiques.

      La question de l’asile n’a jamais été neutre. En contexte de guerre froide, le statut de réfugié est attribué presque automatiquement aux personnes fuyant des régimes communistes que l’on cherche à décrédibiliser. Lorsqu’on est russe, hongrois ou roumain, ou plus tard vietnamien, cambodgien ou laotien, on est automatiquement reconnu réfugié sans qu’il soit nécessaire de prouver que l’on risque d’être persécuté ou de cacher ses motivations économiques. Ce qui apparaît comme de la générosité est un calcul politique et diplomatique. Les 80 % d’accords de l’époque sont autant pétris de considérations politiques que les 80 % de rejets aujourd’hui.
      Ces considérations conduisent alors à rejeter les demandes émanant de certaines nationalités, même dans le cas de régimes communistes et/ou autoritaires.

      Il y a en effet d’importantes différences de traitement, qui s’expliquent principalement par l’état des relations diplomatiques. La France est réticente à accorder l’asile aux Yougoslaves ou aux Portugais, car les relations avec Tito ou Salazar sont bonnes. Il n’y a d’ailleurs même pas de section portugaise à l’Ofpra ! Mais au lieu de les rejeter massivement, on les dirige vers les procédures d’immigration. La France passe des accords de main- d’œuvre avec Belgrade, qui permettent d’orienter les Yougoslaves vers la régularisation par le travail et de faire baisser le nombre de demandeurs d’asile.

      Grâce aux politiques d’immigration ouvertes on pouvait donc diriger vers la régularisation par le travail les nationalités rendues « indésirables » en tant que réfugiés en raison des relations diplomatiques. On pouvait prendre en compte les questions de politique étrangère, sans que cela ne nuise aux exilés. Aujourd’hui, on ne peut plus procéder comme cela, puisque la régularisation par le travail a été bloquée. Les rejets ont donc augmenté et la question du « vrai-faux » est devenu le paradigme dominant. Comme il faut bien justifier les rejets, on déplace la cause des refus sur les demandeurs en disséquant de plus en plus les biographies pour scruter si elles correspondent ou non à la fiction d’une identité de réfugié supposée neutre et objective.

      Cela montre qu’il n’est pas possible d’avoir un système d’asile juste sans politique d’immigration ouverte, d’abord parce que les catégories de réfugiés et de migrants sont poreuses et ne reflètent qu’imparfaitement la complexité des parcours migratoires, ensuite parce qu’elles sont largement façonnées par des considérations politiques.
      Vous identifiez les années 80 comme le moment où change la politique d’asile. Comment se déroule cette évolution ?

      Les changements de cette période sont liés à trois grands facteurs : la construction de l’immigration comme un problème qui arrime la politique d’asile à l’impératif de réduction des flux migratoires ; la fin de la guerre froide qui diminue l’intérêt politique à l’attribution du statut ; et la construction d’une crise de l’Etat social, dépeint comme trop dépensier et inefficace, ce qui justifie l’austérité budgétaire et la rigueur juridique dans les institutions en charge des étrangers (et plus généralement des pauvres). L’Ofpra va alors passer d’un régime des réfugiés, marqué par un fort taux d’attribution du statut, des critères souples, une activité tournée vers l’accompagnement des réfugiés en vue de leur intégration, à un régime des demandeurs d’asile orienté vers une sélection stricte et la production de rejets qui s’appuient sur des exigences nouvelles. Désormais, les demandeurs doivent montrer qu’ils risquent d’être individuellement persécutés, que leurs motivations sont purement politiques et sans aucune considération économique. Ils doivent aussi fournir toujours plus de preuves.
      Dans les années 80, ce n’était pas le cas ?

      La particularité de la décennie 80 est qu’elle voit coexister ces deux régimes, en fonction des nationalités. Les boat-people du Laos, du Cambodge et du Vietnam reçoivent automatiquement le statut de réfugié sur la seule base de leur nationalité. Et pour cause, non seulement on retrouve les questions de guerre froide, mais s’ajoutent des enjeux postcoloniaux : il faut que la figure de l’oppresseur soit incarnée par les anciens colonisés et non plus par la France. Et n’oublions pas les besoins de main- d’œuvre, toujours forts malgré les restrictions de l’immigration de travail mises en place dès les années 70. L’arrivée de ces travailleurs potentiels apparaît comme une opportunité, d’autant qu’on les présume dociles par stéréotype. Au même moment, les Zaïrois, qui fuient le régime du général Mobutu, sont massivement rejetés.
      Pourquoi ?

      Après les indépendances, la France s’efforce de maintenir une influence forte en Afrique, notamment au Zaïre car c’est un pays francophone où la France ne porte pas la responsabilité de la colonisation. C’est également un pays riche en matières premières, qui fait figure de rempart face aux Etats communistes qui l’entourent. Les Zaïrois qui demandent l’asile doivent donc montrer qu’ils sont individuellement recherchés, là où prévalait auparavant une gestion par nationalité. L’Ofpra surmédiatise les fraudes des Zaïrois, alors qu’il étouffe celles des boat-people. On a donc au même moment deux figures absolument inversées. Dans les années 90, la gestion de l’asile bascule pour tous dans le système appliqué aux Zaïrois. Cette rigidification entraîne une augmentation des fraudes, qui justifie une nouvelle surenchère d’exigences et de contrôles dans un cercle vicieux qui perdure jusqu’aujourd’hui.
      Il faut ajouter le fait que l’Ofpra devient un laboratoire des logiques de management.

      L’Ofpra est longtemps resté une institution faible. Il était peu considéré par les pouvoirs publics, en particulier par sa tutelle, les Affaires étrangères, et dirigé par les diplomates les plus relégués de ce ministère. Au début des années 90, avec la construction de l’asile comme « problème », des sommes importantes sont injectées dans l’Ofpra qui s’ennoblit mais sert en retour de lieu d’expérimentation des stratégies de management issues du secteur privé. Les agents sont soumis à des exigences de productivité, de standardisation, et à la segmentation de leur travail. On leur demande notamment de prendre un certain nombre de décisions par jour (deux à trois aujourd’hui), faute de quoi ils sont sanctionnés.

      Cette exigence de rapidité s’accompagne de l’injonction à justifier longuement les décisions positives, tandis qu’auparavant c’était davantage les rejets qui devaient être motivés. Cette organisation productiviste est un facteur d’explication du nombre grandissant de rejets. La division du travail produit une dilution du sentiment de responsabilité qui facilite cette production des rejets. Ce n’est pas que les agents de l’Ofpra fassent mal leur travail. Mais les techniques managériales influent sur leurs pratiques et elles contribuent aux 80 % de refus actuels.
      Quelle est l’influence de la question religieuse sur l’asile ?

      Pour aborder cette question, je suis partie d’un constat : depuis la fin des années 90, un nouveau groupe, composé de femmes potentiellement victimes d’excision ou de mariage forcé et de personnes homosexuelles, a accès au statut de réfugié. Comment expliquer cette ouverture à un moment où la politique menée est de plus en plus restrictive ? On pense bien sûr au changement des « mentalités », mais cette idée, si elle est vraie, me semble insuffisante. Mon hypothèse est que c’est aussi parce que nous sommes passés du problème communiste au problème islamiste comme soubassement idéologique de l’attribution du statut. Par ces nouvelles modalités d’inclusion se rejoue la dichotomie entre un Occident tolérant, ouvert, et un Sud global homophobe, masculiniste, sexiste.

      Cette dichotomie a été réactualisée avec le 11 septembre 2001, qui a donné un succès aux thèses sur le choc des civilisations. On retrouve cette vision binaire dans la façon dont on se représente les guerres en Afrique. Ce seraient des conflits ethniques, flous, irrationnels, où tout le monde tire sur tout le monde, par opposition aux conflits politiques de la guerre froide. Cette mise en opposition permet de sous-tendre l’idée selon laquelle il y avait bien par le passé de vrais réfugiés qui arrivaient de pays avec des problèmes clairs, ce qui ne serait plus le cas aujourd’hui. Cette vision culturaliste des conflits africains permet également de dépolitiser les mouvements migratoires auxquels ils donnent lieu, et donc de délégitimer les demandes d’asile.

      https://www.liberation.fr/debats/2020/12/20/il-n-est-pas-possible-d-avoir-un-systeme-d-asile-juste-sans-politique-d-i

    • Le tri aux frontières

      En retraçant l’histoire de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides, Karen Akoka montre que l’accueil des migrants en France relève d’une distinction non assumée entre « bons » réfugiés politiques et « mauvais » migrants économiques.
      « Pourquoi serait-il plus légitime de fuir des persécutions individuelles que des violences collectives ? Pourquoi serait-il plus grave de mourir en prison que de mourir de faim ? Pourquoi l’absence de perspectives socio-économiques serait-elle moins problématique que l’absence de liberté politique ? »

      (p. 324)

      Karen Akoka, maîtresse de conférences en sciences politique à l’Université Paris Nanterre et associée à l’Institut des sciences sociales du politique, pose dans cet ouvrage des questions essentielles sur les fondements moraux de notre société, à la lumière du traitement réservé aux étrangers demandant une forme de protection sur le territoire français. Les institutions publiques concernées – principalement le ministère des Affaires Étrangères, l’ Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), le ministère de l’Intérieur – attribuent depuis toujours aux requérants un degré variable de légitimité : ce dernier, longtemps lié à la nationalité d’origine, s’incarne en des catégories (réfugié, boat people, demandeur d’asile, migrant…) qui sont censées les distinguer et les classer, et dont le sens, les usages, et les effets en termes d’accès aux droits évoluent dans le temps. Cet ouvrage a le grand mérite de dévoiler les processus organisationnels, les rapports de force, les intérêts politiques, et les principes moraux qui sous-tendent ces évolutions de sens et d’usage des catégories de l’asile.

      Ce dévoilement procède d’une entreprise socio-historique autour de la naissance et du fonctionnement de l’Ofpra, entre les années 1950 et les années 2010, et notamment des pratiques de ses agents. Dans une approche résolument constructiviste, la figure du « réfugié » (et en creux de celui qui n’est pas considéré « réfugié ») émerge comme étant le produit d’un étiquetage dont sont responsables, certes, les institutions, mais qui est finalement délégué aux agents chargés de la mise en œuvre des règles et orientations politiques.

      Comment est-on passé d’une reconnaissance presque automatique du statut de réfugié pour des communautés entières de Russes, Géorgiens, Hongrois dans les années 1960 et 1970, à des taux de rejets très élevés à partir des années 1990 ? À quel moment et pourquoi la preuve d’un risque individuel (et non plus d’une persécution collective) est devenue un requis ? À rebours d’une explication qui suggérerait un changement de profil des requérants, l’auteure nous invite à rentrer dans les rouages de la fabrique du « réfugié » et de ses alter ego : le « demandeur d’asile » et le « migrant économique ». Pour comprendre à quoi cela tient, elle se penche sur le travail des agents qui sont appelés à les ranger dans une de ces multiples catégories, et sur les éléments (moraux, organisationnels, économiques, et politiques) qui influencent leurs arbitrages.
      Un voyage dans le temps au sein de l’OFPRA

      En s’appuyant à la fois sur les archives ouvertes et sur de nombreux entretiens, son livre propose un éclairage sur l’évolution des décisions prises au sein de l’Ofpra, au plus près des profils et des expériences des hommes et femmes à qui cette responsabilité a été déléguée : les agents.

      Karen Akoka propose une reconstruction chronologique des événements et des logiques qui ont régi l’octroi de l’asile en France à partir de l’entre-deux-guerres (chapitre 1), en s’attardant sur la « fausse rupture » que représente la création de l’Ofpra en 1952, à la suite de la ratification de la Convention de Genève (chapitre 2). Elle montre en effet que, loin de représenter un réel changement avec le passé, la protection des réfugiés après la naissance de cette institution continue d’être un enjeu diplomatique et de politique étrangère pendant plusieurs décennies.

      Les chapitres suivants s’attachent à montrer, de façon documentée et parfois à rebours d’une littérature scientifique jusque-là peu discutée (voir Gérard Noiriel, Réfugiés et sans-papiers, Paris, Hachette, 1998), que la création de l’Ofpra n’est pas exemplaire d’un contrôle « purement français » de l’asile : le profil des agents de l’Ofpra compte, et se révèle déterminant pour la compréhension de l’évolution des pourcentages de refus et d’acceptation des demandes. En effet, entre 1952 et la fin des années 1970, des réfugiés et des enfants de réfugiés occupent largement la place d’instructeurs de demandes de leurs compatriotes, dans une période de guerre froide où les ressortissants russes, géorgiens, hongrois sont reconnus comme réfugiés sur la simple base de leur nationalité. Les contre-exemples sont heuristiques et ils montrent les intérêts français en politique étrangère : les Yougoslaves, considérés comme étant des ressortissants d’un régime qui s’était désolidarisé de l’URSS, et les Portugais, dont le président Salazar entretenait d’excellents rapports diplomatiques avec la France, étaient pour la plupart déboutés de leur demande ; y répondre positivement aurait été considéré comme un « acte inamical » vis-à-vis de leurs dirigeants.

      Les années 1980 sont une décennie de transition, pendant laquelle on passe d’un « régime des réfugiés » à un « régime des demandeurs d’asile », où la recherche d’une crainte individuelle de persécution émerge dans les pratiques des agents. Mais toujours pas vis-à-vis de l’ensemble des requérants : des traitements différenciés continuent d’exister, avec d’évidentes préférences nationales, comme pour les Indochinois ou boat people, et des postures de méfiance pour d’autres ressortissants, tels les Zaïrois. Ce traitement discriminatoire découle encore des profils des agents chargés d’instruire les demandes : ils sont indochinois pour les Indochinois, et français pour les Zaïrois. La rhétorique de la fraude, pourtant bien documentée pour les ressortissants indochinois aussi, est largement mobilisée à charge des requérants africains. Elle occupe une place centrale dans le registre gouvernemental dans les années 1990, afin de légitimer des politiques migratoires visant à réduire les flux.

      L’entrée par le profil sociologique des agents de l’Ofpra et par les changements organisationnels internes à cet organisme est éclairante : la proximité culturelle et linguistique avec les publics n’est plus valorisée ; on recherche des agents neutres, distanciés. À partir des années 1990, l’institution fait évoluer les procédures d’instruction des demandes de façon à segmenter les compétences des agents, à déléguer aux experts (juristes et documentaristes), à réduire le contact avec les requérants ; l’organisation introduit progressivement des primes au rendement selon le nombre de dossiers traités, et des sanctions en cas de non remplissage des objectifs ; des modalités informelles de stigmatisation touchent les agents qui accordent trop de statuts de réfugié ; le recrutement d’agents contractuels permet aux cadres de l’Ofpra d’orienter davantage leur façon de travailler. Il apparaît alors qu’agir sur le profil des recrutés et sur leurs conditions de travail est une manière de les « contrôler sans contrôle officiel ».

      L’approche socio-historique, faisant place à différents types de données tels les mémoires, le dépouillement d’archives, et les entretiens, a l’avantage de décrire finement les continuités et les ruptures macro, et de les faire résonner avec les expériences plus micro des agents dans un temps long. Aussi, l’auteure montre que leurs marges de manœuvre sont largement influencées par, d’un côté, les équilibres politiques internationaux, et de l’autre, par l’impact du new public management sur cette organisation.

      Le retour réflexif de l’auteure sur sa propre expérience au sein du HCR, où elle a travaillé entre 1999 et 2004, est aussi le gage d’une enquête où le sens accordé par les interlocuteurs à leurs pratiques est pris au sérieux, sans pour autant qu’elles fassent l’objet d’un jugement moral. Les dilemmes moraux qui parfois traversent les choix et les hésitations des enquêté.e.s éclairent le continuum qui existe entre l’adhésion et la résistance à l’institution. Mobiliser à la fois des extraits d’entretiens de « résistants » et d’« adhérents », restituer la puissance des coûts de la dissidence en termes de réputation auprès des collègues, faire de la place aux bruits de couloirs : voilà les ingrédients d’une enquête socio-historique se rapprochant de la démarche ethnographique.
      Pour en finir avec la dichotomie réfugié/migrant et la morale du vrai/faux

      Une des contributions essentielles de l’ouvrage consiste à déconstruire l’édifice moral de l’asile, jusqu’à faire émerger les paradoxes de l’argument qui consisterait à dire que protéger l’asile aujourd’hui implique de lutter contre les fraudeurs et de limiter l’attribution du statut aux plus méritants. Karen Akoka aborde au fond des enjeux politiques cruciaux pour notre société, en nous obligeant, si encore il en était besoin, à questionner la légitimité de distinctions (entre réfugié et migrant) qui ne sont pas sociologiquement fondées, mais qui servent en revanche des intérêts et des logiques politiques des plus dangereuses, que ce soit pour maquiller d’humanitarisme la volonté cynique de davantage sélectionner les candidats à l’immigration, ou pour affirmer des objectifs populistes et/ou xénophobes de réduction des entrées d’étrangers sur le territoire sous prétexte d’une prétendue trop grande diversité culturelle ou encore d’une faible rentabilité économique.

      Ce livre est une prise de position salutaire contre la rhétorique des « vrais et faux réfugiés », contre la posture de « autrefois c’était différent » (p. 27), et invite à arrêter de porter un regard moralisateur sur les mensonges éventuels des demandeurs : ces mensonges sont la conséquence du rétrécissement des cases de la protection, de la surenchère des horreurs exigées pour avoir une chance de l’obtenir, de la réduction des recours suspensifs à l’éloignement du territoire en cas de refus de l’Ofpra… La portée politique d’une sociohistoire critique des étiquetages est en ce sens évidente, et l’épilogue de Karen Akoka monte en généralité en mettant en perspective la dichotomie réfugié/migrant avec d’autres populations faisant l’objet de tri : le parallèle avec les pauvres et les guichetiers étudiés par Vincent Dubois (La vie au guichet. Relation administrative et traitement de la misère, Paris, Economica, 2003) permet de décloisonner le cas des étrangers pour montrer comment le système justifie la (non)protection des (in)désirables en la présentant comme nécessaire ou inévitable.

      https://www.icmigrations.cnrs.fr/2021/05/25/defacto-026-08

    • Karen Akoka : « Le statut de réfugié en dit plus sur ceux qui l’attribuent que sur ceux qu’il désigne »

      Alors que l’accueil d’exilés afghans divise les pays de l’Union européenne, l’interprétation par la France du droit d’asile n’a pas toujours été aussi restrictive qu’aujourd’hui, explique, dans un entretien au « Monde », la sociologue spécialiste des questions migratoires.

      (#paywall)

      https://www.lemonde.fr/international/article/2021/08/30/karen-akoka-le-statut-de-refugie-en-dit-plus-sur-ceux-qui-l-attribuent-que-s

  • Cette enfant n’est pas une enfant, c’est une migrante | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/fatima-ouassak/blog/111120/cette-enfant-nest-pas-une-enfant-cest-une-migrante

    Le 16 mai 2018, Mawda est en voiture avec sa mère, son père et son frère, en route pour un endroit où la petite famille connaitra la paix, enfin. Bien d’autres personnes sont entassées dans la camionnette, les conditions du voyage sont loin d’être idéales mais ce n’est pas grave, ce n’est rien comparé à ce qu’on quitte, un pays en guerre, une vie dans la terreur. Mawda a deux ans, et elle est en route pour un avenir meilleur.

    #migrants #répression #police #meurtre #déshumanisation

  • Versement des bourses aux étudiants : retard et non versement
    Ma fille en deuxième année, boursière « sur critères sociaux » et boursière « au mérite » n’a toujours pas reçu ce complément (900€/an tout de même, en 9 versements)
    Suite à sa réclamation elle vient de recevoir cette réponse :
    "compte tenu du très grand nombre de messages reçus, nous sommes dans l’impossibilité de garantir une réponse individuelle à chaque demande.
    Et alors là on fait quoi ?

    #numérisation #service_public #déshumanisation

  • Infiltré dans l’#ultradroite - Mon année avec l’#alt-right

    Pendant un an, un étudiant a infiltré la branche anglaise de l’"alt-right", cette mouvance de la droite radicale née aux États-Unis. Une immersion inédite dans les rouages des groupuscules néofascistes.

    Patrik Hermansson, un étudiant suédois à Londres, a infiltré pour le compte de Hope Not Hate, une organisation britannique antiraciste et antifasciste, le London Forum, un think tank de l’ultradroite anglaise. Sous une fausse identité, il a gravi peu à peu les échelons et rencontré les différents membres de l’organisation, dont son influent dirigeant, Jeremy Bedford-Turner, un ancien militaire notoirement antisémite. L’internationalisation du mouvement lui a également permis de nouer des contacts avec les principaux chefs de file de l’"alt-right" américaine. Si certaines figures, comme Richard B. Spencer ou son bras droit Jason Jorjani, expriment publiquement leurs volontés suprémacistes, d’autres se font plus discrets, à l’image de Greg Johnson, défenseur du concept d’ethno-État. Invité par des militants de cette « droite alternative », Patrik Hermansson a assisté, impuissant, à la tragédie de Charlottesville en août 2017.

    Néofascisme décomplexé
    Galvanisés par l’élection de Donald Trump, les partisans de l’ultradroite répandent leurs théories complotistes, antisémites et racistes sur Internet, puissant levier de communication qui leur permet de toucher un public jeune. Tourné principalement en caméra cachée, ce film braque un regard inédit sur les protagonistes et les stratégies de ce mouvement. De Londres à Washington en passant par Charlottesville, une plongée effrayante au cœur d’un néofascisme décomplexé.

    https://www.arte.tv/fr/videos/082246-000-A/infiltre-dans-l-ultradroite-mon-annee-avec-l-alt-right
    #extrême_droite #Forum_de_Londres #réseau_international #Stead_Steadman #anti-sémitisme #antisémitisme #mythologie_nordique #Scandinavie #guerre_raciale #Jeremy_Jez_Turner #Jez_Turner #Jeremy_Turner #liberté_d'expression #Trump #Pepe_La_Grenouille #Millenal_Woes #Colin_Robertson #anti-féminisme #doxing #Greg_Johnson #nationalisme_blanc #diversité #homogénéité #Etats_ethniques #forum_du_Nord-Ouest #ultradroite #ultra-droite #Spencer_Richard #Jason_Reza_Jorjani #contre-culture #Steve_Bannon #anti-musulmans #islamophobie #unite_the_right #Charlottesville #Alex_Fields #Heather_Heyer #déshumanisation #violence #hope_not_hate #ethno-Etat #pureté_ethnique
    #film #film_documentaire #documentaire

  • #Lesbos, #Grèce ; les réfugiés se battent pour une portion de nourriture à #Moria

    Texte de Vicky Skoumbi, reçu via la mailing-list Migreurop, le 26.04.2020 :

    Des Images de honte à Moria

    La politique gouvernementale a conduit des milliers de réfugiés bloqués à Moria aux limites de la #survie.

    La suspension début mars des #allocations aux réfugiés (voir ci-dessous), le #confinement avec les restrictions de circulation, l’absence d’un nombre suffisant d’employés et de nombreuses pénuries de produits de base, conduisent à des situations qui dépassent l’entendement.

    Dans la vidéo-choc publiée par un travailleur d’une ONG, il est clair que cette façon de traiter les réfugiés, les dégradent délibérément en moins qu’humains, en portant atteinte à leur #dignité de personne.

    Dans les plans respectifs, nous voyons la façon dont le #petit-déjeuner est distribué à des milliers de personnes qui, afin de se procurer une portion pour elles-mêmes et les milliers d’enfants mineurs, sont obligées de se battre corps à corps. Bien entendu dans une telle bousculade, il est hors de question de respecter les mesures de protection contre le coronavirus.

    Selon des informations de Efsyn, la situation est hors de contrôle depuis que le manque grandissant de personnel sur place, a obligé les réfugiés de prendre en charge eux-mêmes la distribution de la nourriture, ce qui donne ces images qui heurtent toute notion d’humanité et portent atteinte à la dignité de milliers de personnes.

    la vidéo est visible à la page relative du quotidien grec Efsyn : https://www.efsyn.gr/ellada/koinonia/240582_eikones-ntropis-sti-moria

    J’ajoute que ces images ne manquent pas de rappeler d’autres semblables où les forces de l’ordre hongroises jetaient de la nourriture aux réfugiés par dessus des barbelés à la gare de Budapest en été 2015, si je ne m’abuse pas.

    Le gouvernement Mitsotakis supprime les allocations aux réfugiés

    Le gouvernement grec de son côté vient de voter par un amendement de la dernière minute, la réduction à un mois du temps pendant lequelq les réfugiés ayant obtenu l’asile auront droit de continuer à résider à des structures contrôlées par l’Etat (au lieu de six mois qui était jusqu’à maintenant le délai accordé au réfugié, après obtention de son titre). Du même coup il supprime complètement les aides en espèces et en vivres dont bénéficiaient pendant ce délai de six mois les réfugiés. Ce qui veut tout simplement dire que les réfugiés seront réduites à un état de grande pauvreté et que leur intégration à la société grecque, déjà pleine d’embûches, sera désormais rendu complètement impossible. Cette mesure n’est pas seulement inhumaine et contraire à toute notion du droit, mais elle met aussi en danger la cohésion de la société, en condamnant les réfugiés à une survie à la marge de celle-ci. La raison évoquée le gouvernement pour justifier cette mesure est que les aides assez maigres accordées jusqu’ici aux réfugiés pour cette période de transition de six mois, rendraient le pays trop attractif ! Le comble est que les allocations accordées aux réfugiés pour faciliter leur intégration, étaient financées, non pas par l’Etat grec, mais par l’UNHCR et par l’UE.

    Source (en grec) https://www.efsyn.gr/ellada/dikaiomata/234176_syrriknonoyn-kai-tin-elahisti-anthropistiki-boitheia-stoys-prosfyges
    #faim #nourriture #hotspots #asile #migrations #réfugiés #déshumanisation

    –-------

    Ajouté à la métaliste coronavirus et faim :
    https://seenthis.net/messages/838565

  • Greece to extend border fence over migration surge

    Greece will extend its fence on the border with Turkey, a government source said Sunday (8 March), amid continuing efforts by migrants to break through in a surge enabled by Ankara.

    “We have decided to immediately extend the fence in three different areas,” the government source told AFP, adding that the new sections, to the south of the area now under pressure, would cover around 36 kilometres (22 miles).

    The current stretch of fence will also be upgraded, the official added.

    Tens of thousands of asylum-seekers have been trying to break through the land border from Turkey for a week after Ankara announced it would no longer prevent people from trying to cross into the European Union.

    A police source Sunday told AFP that riot police reinforcements from around the country had been sent to the border in recent days, in addition to drones and police dogs.

    There have been numerous exchanges of tear gas and stones between Greek riot police and migrants.

    Turkey has also bombarded Greek forces with tear gas at regular intervals, and Athens has accused Turkish police of handing out wire cutters to migrants to help them break through the border fence.

    The Greek government over the weekend also released footage which it said showed a Turkish armoured vehicle assisting efforts to bring down the fence.

    “Parts of the fence have been removed, both by the (Turkish) vehicle and with wire cutters, but they are constantly being repaired,” local police unionist Elias Akidis told Skai TV.

    Turkey has accused Greek border guards of using undue force against the migrants, injuring many and killing at least five.

    The government in Athens has consistently dismissed the claim as lies.

    https://www.euractiv.com/section/justice-home-affairs/news/greece-to-extend-border-fence-over-migration-surge
    #murs #Evros #barrières_frontalières #Grèce #Turquie #frontières #extension
    ping @fil @reka @albertocampiphoto

    • je suis tombé sur une vidéo YT d’un compte néo-nazi montrant une attaque du mur de l’Evros par des migrants. L’attaque y est présentée comme soutenue par la police turque, ce qui est vraiment beaucoup solliciter les images… les migrants sont noyés sous les lacrymos.

    • Evros: Greece to extend the fence on the borders with Turkey to 40km

      Greece will extend the fence to its Evros borders with Turkey to 40 km, government spokesman Stelios Petsas said on Friday morning. The additional fence will be installed in “sensitive” areas preferred for illegal entries by migrants and refugees.

      The fence currently covers 12.5 km.

      Speaking to ANT1 TV, Petsas noted that at the moment the most vulnerable border point is in the south.

      The current 12.5 km fence of land access points is installed north and south of Kastanies customs office, where thousands of migrants and refugees have amassed.

      According to the daily Kathimerini, the 40 kilometers new fence is planned to be partially installed either in areas where the Evros waters are low or in areas where the landscape favors illegla paasage.

      Sections such as Ormenio, Gardens, Feres, Tychero, Soufli, Dikaia, Dilofo, Marassia, Nea Vyssa and elsewhere have been designated as the areas where the new fence will installed by the Greek Army and support by the police.

      According to a report by daily Elftheros Typos, Greece’s Plan B aside from the fence extension is the presence of about 4,000 police officers and soldiers in parallel patrols, helicopters, unmanned aircraft, message broadcasting, cameras for audio-video.

      A Greek Army – Greek Police “joint operations center” is to be established in Nea Vryssa.

      According to the daily more than 1,000 soldiers, two commandos squads, 1,500 police and national guards are currently operating in the Evros area.

      Petsas underlined that the Greek government has changed its policy because there is a national security issue at the moment.

      He reiterated the new policy saying that “no one will cross the border.”

      https://www.keeptalkinggreece.com/2020/03/06/evros-greece-fence-borders-turkey-extension

    • Video 2 - Violences contre les exilé·es à la frontière gréco-turque

      Depuis le début du mois de mars 2020, des milliers d’exilé·es, incité·es voire poussé·es par les autorités turques, se sont précipité·es aux frontières terrestres et maritimes entre la Turquie et la Grèce. Ils et elles se sont heurté·es à la violence de la police et de l’armée grecque, ainsi que de groupe fascistes, mobilisés pour leur en interdire le franchissement, la suite : www.gisti.org/spip.php ?article6368

      https://indymotion.fr/videos/watch/e8938a1c-5456-46e8-a0cb-be0806c96051?start=1s

    • Greece shields Evros border with blades wire, 400 new border guards

      Greece is strengthening ifs defense and is preparing for a possible new wave of migrants at its Evros border. A fence of sharp blades wire (concertina wire) and 400 additional border guards are to shield the country for the case Turkey will open its borders again so that migrants can cross into Europe.

      According to daily ethnos (https://www.ethnos.gr/ellada/105936_ohyronetai-o-ebros-frahtis-me-lepidoforo-syrmatoplegma-kai-400-neoi-sy), Ankara has already been holding groups of migrants in warehouses near the border, while the Greek side is methodically being prepared for the possibility of a new attempt for waves of migrants to try to cross again the border.

      “At the bridgeheads of Peplos and Fera, at the land borders after the riverbed is aligned, and in other vulnerable areas along the border, kilometer-long of metal fence with sharp blades wire are being installed, the soil is being cleaned from wild vegetation and clearing of marsh lands.

      The fence in the northern part is being strengthened and expanded, and 11 additional border pylons, each one 50 meters high, will be installed along the river in the near future. Each pylon will be equipped with cameras and modern day and night surveillance systems, with a range of several kilometers and multiple telecommunications capabilities, the daily notes.

      Within the next few months, 400 newly recruited border guards will be on duty and will almost double the deterrent force and enhance the joint patrols of the Army and Police, ethnos adds.

      Big armored military vehicles destined for Libya and confiscated five years ago south of Crete have been made available to the Army in the area, the daily notes.

      One and a half month after the end of the “war without arms” at the Evros border from end of February till the end of March, sporadic movement on the Turkish side of the border has been observed.

      At least four shooting incidents have been reported in the past two weeks, with Turkish jandarmerie to have fired at Greek border guards and members of the Frontex.

      Greece’s security forces are on high alert.

      Just a few days ago, Turkish Foreign Minister Mevlut Cavusoglu reiterated that Ankara’s policy of “open borders” will continue for anyone wishing to cross into Europe.

      Speaking to nationalist Akit TV on Wednesday, Cavusoglu claimed that Greece used “inhumane” behavior towards the migrants who want to cross into the country.

      Also Interior Minister Suleyman Soylu had threatened that the migrants will be allowed to leave Turkey again once the pandemic was over.

      PS It could be a very hot summer, should Turkey attempt to send migrants to Europe by land through Evros and by sea with boats to the Aegean islands and at the same time, deploys a drilling ship off Crete in July, as it claimed a few days ago.

      https://www.keeptalkinggreece.com/2020/05/17/greece-shields-evros-border-blades-wire-400-border-guards

      #militarisation_des_frontières

    • Pour la bagatelle de 63 millions d’euro...

      Greece to extend fence on land border with Turkey to deter migrants

      Greece will proceed with plans to extend a cement and barbed-wire fence that it set up in 2012 along its northern border with Turkey to prevent migrants from entering the country, the government said on Monday.

      The conservative government made the decision this year, spokesman Stelios Petsas said, after tens of thousands of asylum seekers tried to enter EU member Greece in late February when Ankara said it would no longer prevent them from doing so.

      Greece, which is at odds with neighbouring Turkey over a range of issues, has been a gateway to Europe for people fleeing conflicts and poverty in the Middle East and beyond, with more than a million passing through the country in 2015-2016.

      The project led by four Greek construction companies will be completed within eight months at an estimated cost of 63 million euros, Petsas told a news briefing.

      The 12.5-kilometre fence was built eight years ago to stop migrants from crossing into Greece. It will be extended in areas indicated by Greek police and the army, Petsas said without elaborating. In March, he said it would be extended to 40 kilometres.

      Tensions between NATO allies Greece and Turkey, who disagree over where their continental shelves begin and end, have recently escalated further over hydrocarbon resources in the eastern Mediterranean region.

      https://kdal610.com/2020/08/24/greece-to-extend-fence-on-land-border-with-turkey-to-deter-migrants

    • Greece to extend fence on land border with Turkey to deter migrants

      Greece will proceed with plans to extend a cement and barbed-wire fence that it set up in 2012 along its northern border with Turkey to prevent migrants from entering the country, the government said on Monday.

      The conservative government made the decision this year, spokesman Stelios Petsas said, after tens of thousands of asylum seekers tried to enter EU member Greece in late February when Ankara said it would no longer prevent them from doing so.

      Greece, which is at odds with neighbouring Turkey over a range of issues, has been a gateway to Europe for people fleeing conflicts and poverty in the Middle East and beyond, with more than a million passing through the country in 2015-2016.

      The project led by four Greek construction companies will be completed within eight months at an estimated cost of 63 million euros, Petsas told a news briefing.

      The 12.5-kilometre fence was built eight years ago to stop migrants from crossing into Greece. It will be extended in areas indicated by Greek police and the army, Petsas said without elaborating. In March, he said it would be extended to 40 kilometres.

      Tensions between NATO allies Greece and Turkey, who disagree over where their continental shelves begin and end, have recently escalated further over hydrocarbon resources in the eastern Mediterranean region.

      https://uk.reuters.com/article/uk-greece-turkey-fence/greece-to-extend-fence-on-land-border-with-turkey-to-deter-migrants-idUK

    • Evros land border fence to be ready in eight months

      The construction of a new fence on northeastern Greece’s Evros land border with Turkey will be completed in eight months, according to Citizens’ Protection Minister Michalis Chrysochoidis, speaking in Parliament on Monday.

      The border fence project has a total budget of 62.9 million euros and has been undertaken by a consortium put together by four construction companies.

      It will have a total length of 27 kilometers and eight elevated observatories will be constructed to be used by the Hellenic Army.

      Moreover, the existing fence will be reinforced with a steel railing measuring 4.3 meters in height, instead of the current 3.5 meters.

      Damage to the existing fence during attempts by thousands of migrants to cross into Greece territory from Turkey, as well as bad weather, will be repaired – including a 400-meter stretch that collapsed as a result of flooding.

      https://www.ekathimerini.com/256184/article/ekathimerini/news/evros-land-border-fence-to-be-ready-in-eight-months

    • New Evros fence to be completed by April next year, PM says during on-site inspection

      Construction of a new fence designed to stop undocumented migrants from slipping into Greece along its northeastern border with Turkey, demarcated by the Evros River, is expected to be completed by April next year, Prime Minister Kyriakos Mitsotakis said during a visit at the area of Ferres on Saturday.

      “Building the Evros fence was the least we could do to secure the border and make the people of Evros feel more safe,” Mitsotakis said.

      The 62.9-million-euro steel fence with barbed wire will be five meters high and have a total length of 27 kilometers. Eight elevated observatories will be constructed to be used by the Hellenic Army. The project, which is designed to also serve as anti-flood protection, has been undertaken by a consortium put together by four construction companies.

      During a meeting with local officials, Mitsotakis also confirmed the hiring of 400 guards to patrol the border.

      https://www.ekathimerini.com/258187/article/ekathimerini/news/new-evros-fence-to-be-completed-by-april-next-year-pm-says-during-on-s

    • To Vima: Evros wall will be ready in April, the Min. of Public
      Order said that ’labourers worked in the snow to finish the fence’.
      It also claims drones fly daily over the border - can anyone confirm? Only found older news saying they were to be deployed.

      https://twitter.com/lk2015r/status/1363625427307278340

      –—

      Εβρος : Ο φράκτης, τα drones και ο χιονιάς

      O καινούργιος φράκτης στα σύνορα με μήκος 27 χιλιόμετρα και με 13 χιλιόμετρα ο παλαιός, θα είναι απόλυτα έτοιμος τον Απρίλιο.

      Ούτε το χιόνι, ούτε οι λευκές νύχτες του Φεβρουαρίου, ούτε οι θερμοκρασίες κάτω από το μηδέν εμπόδισαν τα συνεργεία στις εργασίες τους για την κατασκευή του φράκτη στον Έβρο. Όπως μου είπε ο Μιχάλης Χρυσοχοΐδης « μηχανήματα και εργάτες δούλεψαν μέσα στα χιόνια για να ολοκληρώσουν τον φράκτη ». Μου αποκάλυψε μάλιστα ότι ο καινούργιος φράκτης στα σύνορα με μήκος 27 χιλιόμετρα και με 13 χιλιόμετρα ο παλαιός, θα είναι απόλυτα έτοιμος τον Απρίλιο. Και τούτο παρά το γεγονός ότι αυτές τις ημέρες το μόνον που δυσκολεύει τις εργασίες είναι τα πολλά νερά του ποταμού ο οποίος έχει υπερχειλίσει. Ωστόσο τα drones πετούν καθημερινά και συλλέγουν πληροφορίες, οι περιπολίες είναι συνεχείς και τα ηχοβολιστικά μηχανήματα έτοιμα, εάν χρειαστεί να δράσουν.

      https://www.tovima.gr/2021/02/19/opinions/evros-o-fraktis-ta-drones-kai-o-xionias

    • In post-pandemic Europe, migrants will face digital fortress

      As the world begins to travel again, Europe is sending migrants a loud message: Stay away!

      Greek border police are firing bursts of deafening noise from an armored truck over the frontier into Turkey. Mounted on the vehicle, the long-range acoustic device, or “sound cannon,” is the size of a small TV set but can match the volume of a jet engine.

      It’s part of a vast array of physical and experimental new digital barriers being installed and tested during the quiet months of the coronavirus pandemic at the 200-kilometer (125-mile) Greek border with Turkey to stop people entering the European Union illegally.

      A new steel wall, similar to recent construction on the US-Mexico border, blocks commonly-used crossing points along the Evros River that separates the two countries.

      Nearby observation towers are being fitted with long-range cameras, night vision, and multiple sensors. The data will be sent to control centers to flag suspicious movement using artificial intelligence analysis.

      “We will have a clear ‘pre-border’ picture of what’s happening,” Police Maj. Dimonsthenis Kamargios, head of the region’s border guard authority, told the Associated Press.

      The EU has poured 3 billion euros ($3.7 billion) into security tech research following the refugee crisis in 2015-16, when more than 1 million people – many escaping wars in Syria, Iraq and Afghanistan – fled to Greece and on to other EU countries.

      The automated surveillance network being built on the Greek-Turkish border is aimed at detecting migrants early and deterring them from crossing, with river and land patrols using searchlights and long-range acoustic devices.

      Key elements of the network will be launched by the end of the year, Kamargios said. “Our task is to prevent migrants from entering the country illegally. We need modern equipment and tools to do that.”

      Researchers at universities around Europe, working with private firms, have developed futuristic surveillance and verification technology, and tested more than a dozen projects at Greek borders.

      AI-powered lie detectors and virtual border-guard interview bots have been piloted, as well as efforts to integrate satellite data with footage from drones on land, air, sea and underwater. Palm scanners record the unique vein pattern in a person’s hand to use as a biometric identifier, and the makers of live camera reconstruction technology promise to erase foliage virtually, exposing people hiding near border areas.

      Testing has also been conducted in Hungary, Latvia and elsewhere along the eastern EU perimeter.

      The more aggressive migration strategy has been advanced by European policymakers over the past five years, funding deals with Mediterranean countries outside the bloc to hold migrants back and transforming the EU border protection agency, Frontex, from a coordination mechanism to a full-fledged multinational security force.

      But regional migration deals have left the EU exposed to political pressure from neighbors.

      Earlier this month, several thousand migrants crossed from Morocco into the Spanish enclave of Ceuta in a single day, prompting Spain to deploy the army. A similar crisis unfolded on the Greek-Turkish border and lasted three weeks last year.

      Greece is pressing the EU to let Frontex patrol outside its territorial waters to stop migrants reaching Lesbos and other Greek islands, the most common route in Europe for illegal crossing in recent years.

      Armed with new tech tools, European law enforcement authorities are leaning further outside borders.

      Not all the surveillance programs being tested will be included in the new detection system, but human rights groups say the emerging technology will make it even harder for refugees fleeing wars and extreme hardship to find safety.

      Patrick Breyer, a European lawmaker from Germany, has taken an EU research authority to court, demanding that details of the AI-powered lie detection program be made public.

      “What we are seeing at the borders, and in treating foreign nationals generally, is that it’s often a testing field for technologies that are later used on Europeans as well. And that’s why everybody should care, in their own self-interest,” Breyer of the German Pirates Party told the AP.

      He urged authorities to allow broad oversight of border surveillance methods to review ethical concerns and prevent the sale of the technology through private partners to authoritarian regimes outside the EU.

      Ella Jakubowska, of the digital rights group EDRi, argued that EU officials were adopting “techno-solutionism” to sideline moral considerations in dealing with the complex issue of migration.

      “It is deeply troubling that, time and again, EU funds are poured into expensive technologies which are used in ways that criminalize, experiment with and dehumanize people on the move,” she said.

      Migration flows have slowed in many parts of Europe during the pandemic, interrupting an increase recorded over years. In Greece, for example, the number of arrivals dropped from nearly 75,000 in 2019 to 15,700 in 2020, a 78% decrease.

      But the pressure is sure to return. Between 2000 and 2020, the world’s migrant population rose by more than 80% to reach 272 million, according to United Nations data, fast outpacing international population growth.

      At the Greek border village of Poros, the breakfast discussion at a cafe was about the recent crisis on the Spanish-Moroccan border.

      Many of the houses in the area are abandoned and in a gradual state of collapse, and life is adjusting to that reality.

      Cows use the steel wall as a barrier for the wind and rest nearby.

      Panagiotis Kyrgiannis, a Poros resident, says the wall and other preventive measures have brought migrant crossings to a dead stop.

      “We are used to seeing them cross over and come through the village in groups of 80 or a 100,” he said. “We were not afraid. … They don’t want to settle here. All of this that’s happening around us is not about us.”

      https://www.ekathimerini.com/news/1162084/in-post-pandemic-europe-migrants-will-face-digital-fortress

      #pandémie #covid-19 #coronavirus #barrière_digitale #mur_digital #pré-mur #technologie #complexe_militaro-industriel #AI #IA #intelligence_artificielle #détecteurs_de_mensonge #satellite #biométrie #Hongrie #Lettonie #Frontex #surveillance #privatisation #techno-solutionism #déshumanisation

    • Greece: EU Commission upgrades border surveillance – and criticises it at the same time

      The Greek border police are using a sound cannon and drones on a new border fence, and the EU Commission expresses its „concern“ about this. However, it is itself funding several similar research projects, including a semi-autonomous drone with stealth features for „effective surveillance of borders and migration flows“

      On Monday, the Associated Press (AP) news agency had reported (https://apnews.com/article/middle-east-europe-migration-technology-health-c23251bec65ba45205a0851fab07e) that police in Greece plan to deploy a long-range sound cannon at the external border with Turkey in the future. The device, mounted on a police tank, makes a deafening noise with the volume of a jet engine. It is part of a system of steel walls that is being installed and tested along with drones on the 200-kilometre border with Turkey for migration defence. The vehicle, made by the Canadian manufacturer #Streit, comes from a series of seized „#Typhoons“ (https://defencereview.gr/mrap-vehicles-hellenic-police) that were to be illegally exported to Libya via Dubai (https://www.cbc.ca/news/politics/streit-libya-un-1.3711776).

      After the AP report about the sound cannons went viral, Commission spokesman Adalbert Jahnz had clarified that it was not an EU project (https://twitter.com/Ad4EU/status/1400010786064437248).

      Yesterday, AP reported again on this (https://apnews.com/article/middle-east-europe-migration-government-and-politics-2cec83ae0d8544a719a885a). According to Jahnz, the Commission has „noted with concern“ the installation of the technology and is requesting information on its use. Methods used in EU member states would have to comply with European fundamental rights, including the „right to dignity“. The right to asylum and the principle of non-refoulement in states where refugees face persecution must also be respected.

      The Commission’s outrage is anything but credible. After Turkish President Recep Tayyip Erdoğan used refugees to storm the Turkish-Greek border in March 2020, Commission President Ursula von der Leyen travelled to the border river Evros before the start of a Frontex mission and declared her solidarity there. Literally, the former German Defence Minister said (https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/statement_20_380): „I thank Greece for being our European shield“.

      Commission funds research on border surveillance

      Also yesterday, the Commission-funded #ROBORDER project (https://cordis.europa.eu/project/id/740593/de) said in a statement (https://roborder.eu/2021/06/03/new-collaboration-with-borderuas-project) that it is now cooperating with the #BorderUAS project (https://cordis.europa.eu/project/id/883272/de). Both are about the use of drones. The police in Greece are involved and the applications are to be tested there.

      The acronym ROBORDER stands for „#Autonomous_Swarm_of_Heterogeneous_Robots_for_Border_Surveillance“. It works with drones on water, on land and in the air. In Greece, for example, a drone is to be used to detect „unauthorised sea border crossing“ (https://roborder.eu/the-project/demonstrators), as well as an aircraft from the #Fraunhofer-Gesellschaft with a surveillance test platform, #radar systems and thermal imaging cameras.

      All drones in ROBORDER are supposed to be able to operate in swarms. They are controlled via a mobile control centre from the German company #Elettronica. This „#Multipurpose_Mission_Support_Vehicle“ (#MUROS) is used to collect all recorded data (https://www.elettronica.de/de/produkte/oeffentliche-sicherheit-integration). The project, which will soon come to an end, will cost around nine million euros, of which the EU Commission will pay the largest share.

      High-resolution cameras on lighter-than-air drones

      The acronym BorderUAS means „#Semi-Autonomous_Border_Surveillance_Platform_with_a_High-Resolution_Multi-Sensor_Surveillance_Payload“. Border authorities, police forces as well as companies and institutes mainly from Eastern Europe and Greece want to use it to investigate so-called lighter-than-air drones.

      These can be small zeppelins or balloons that are propelled by alternative propulsion systems and have a multitude of sensors and cameras. The participating company #HiperSfera (https://hipersfera.hr) from Croatia markets such systems for border surveillance, for example.

      The project aims to prevent migration on the so-called Eastern Mediterranean route, the Western Balkan route and across the EU’s eastern external land border. According to the project description, these account for 58 percent of all detected irregular border crossings. BorderUAS ends in 2023, and the technology will be tested by police forces in Greece, Ukraine and Belarus until then. The Commission is funding the entire budget with around seven million euros.

      Civilian and military drone research

      For border surveillance, the EU Defence Agency and the Commission are funding numerous civilian and military drone projects in Greece. These include the €35 million #OCEAN2020 project (https://ocean2020.eu), which conducts research on the integration of drones and unmanned submarines into fleet formations. #ARESIBO, which costs around seven million euros (https://cordis.europa.eu/project/id/833805/de) and on which the Greek, Portuguese and Romanian Ministries of Defence and the #NATO Research Centre are working on drone technology, will end in 2022. With another five million euros, the Commission is supporting an „#Information_Exchange_for_Command_Control_and_Coordination_Systems_at_the_Borders“ (#ANDROMEDA) (https://cordis.europa.eu/project/id/833881/de). This also involves drones used by navies, coast guards and the police forces of the member states.

      In #CAMELOT (https://cordis.europa.eu/project/id/740736/de) are flying various drones from Israel and Portugal, and as in ROBORDER, a single ground station is to be used for this purpose. A scenario „illegal activity, illegal immigration persons“ is being tested with various surveillance equipment at the Evros river. The Commission is contributing eight million euros of the total sum. This year, results from #FOLDOUT (https://cordis.europa.eu/project/rcn/214861/factsheet/de) will also be tried out on the Greek-Turkish border river Evros, involving satellites, high-flying platforms and drones with technology for „through-foliage detection“ (https://foldout.eu/wp-content/uploads/2018/12/Flyer_v1_Foldout_EN_v2_Print.pdf) in the „outermost regions of the EU„. The Commission is allocating eight million euros for this as well.

      Also with EU funding, predominantly Greek partners, including drone manufacturers #ALTUS and #Intracom_Defense, as well as the Air Force, are developing a drone under the acronym LOTUS with „autonomy functions“ and stealth features for surveillance. The project manager promotes the system as suitable for „effective surveillance of borders and migration flows“ (https://www.intracomdefense.com/ide-leader-in-european-defense-programs).

      https://digit.site36.net/2021/06/04/greece-eu-commission-upgrades-border-surveillance-and-criticises-it-at

      #drones #Canada #complexe_militaro-industriel

    • La Grèce construit un mur sur sa frontière avec la Turquie

      22 août - 13h : La Grèce a annoncé vendredi avoir achevé une clôture de 40 km à sa frontière avec la Turquie et mis en place un nouveau système de #surveillance pour empêcher d’éventuels demandeurs d’asile d’essayer d’atteindre l’Europe après la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans.

      La crise afghane a créé « des possibilités de flux de migrants », a déclaré le ministre de la Protection des citoyens Michalis Chrysochoidis après s’être rendu vendredi dans la région d’Evros avec le ministre de la Défense et le chef des forces armées. « Nous ne pouvons pas attendre passivement l’impact possible », a-t-il affirmé. « Nos frontières resteront sûres et inviolables. »

      https://www.courrierdesbalkans.fr/refugies-balkans-les-dernieres-infos

  • La #fondation_Abbé-Pierre met en lumière les pires dispositifs anti-#SDF lors de sa cérémonie des « Pics d’Or »
    https://www.banquedesterritoires.fr/les-pires-dispositifs-anti-sdf-recompenses-par-la-fondation-abb

    Pics, barreaux, grilles, rochers sous les porches et sous les ponts ou encore arrêtés anti-mendicité : les pires dispositifs anti-SDF ont été ironiquement « récompensés » lundi 2 mars 2020 au soir par la fondation Abbé-Pierre, lors de la deuxième cérémonie des #Pics_d'Or.

    #mobilier_urbain

  • "Ils m’ont emballé comme un colis" : le cri de détresse d’un Camerounais expulsé de Turquie

    Dans une série de vidéos publiées à la mi-février, un homme est emballé dans du film plastique à bord d’un avion de la #compagnie_aérienne Turkish Airlines. Ces images ont largement circulé au Cameroun, pays d’origine de ce passager, et ont suscité une vague d’indignation. La rédaction des Observateurs de France 24 a pu recueillir le témoignage de cet homme qui dénonce un traitement violent et humiliant de la part de cette entreprise et des autorités turques.

    Notre rédaction a pu identifier une série de quatre #vidéos montrant un incident à bord du vol numéro TK667 reliant Istanbul et Yaoundé la nuit du 27 au 28 janvier 2020.

    https://twitter.com/Ehuzud/status/1229365329727512576?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E12

    Cette première vidéo montre le moment où le passager a commencé à protester contre son expulsion. Elle a été filmée par sa compagne qui se trouvait non loin. À la fin de la vidéo, une hôtesse de la compagnie #Turkish_Airlines, reconnaissable à son uniforme, l’empêche de filmer.

    https://twitter.com/abelamundala/status/1229288299216461824?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E12

    Cette deuxième #vidéo montre le moment où les trois hommes qui entourent le passager commencent à lui retirer le film plastique qui entoure son torse. Ces images ont également été filmées par sa compagne.

    Ces deux vidéos ont été publiées dès le 28 janvier sur Facebook et ont été transmises à l’influenceur camerounais #David_Eboutou par une passagère de l’avion Istanbul Yaoundé. On y voit le passager libéré de la plupart de son enveloppe de plastique et les hommes qui l’entourent essayer de le libérer du scotch et des menottes qu’il a aux chevilles.

    En observant attentivement la série de vidéos, on voit clairement que l’homme est menotté à l’aide de sangles en plastique noir au niveau des poignets et de menottes aux chevilles. Par-dessus, ses vêtements ont été rajoutées plusieurs couches de #film_plastique, consolidées avec du large #scotch transparent.

    Un des trois hommes qui entoure le passager porte un rouleau de ce type de scotch à la main. On aperçoit également un masque chirurgical qui pend aux oreilles du passager et qu’il portait probablement avant de manifester sa colère à bord.

    « On m’a dit que mon visa était un faux et on m’a arrêté »
    La rédaction des Observateurs de France 24 a pu retrouver cet homme. Emmanuel Fosso Someon Chedjou, 47 ans, est marchand de chaussures à Douala au Cameroun. Il a fourni plusieurs documents à notre rédaction permettant de prouver qu’il a bien effectué ce voyage et qu’il a été expulsé de l’aéroport d’Istanbul. Notre rédaction a également pu discuter avec six passagers qui étaient à ses côtés dans le centre de détention de l’aéroport. Tous ont livré un témoignage concordant avec le sien.


    Je voulais me rendre à Dubaï avec ma compagne pour acheter un stock de chaussures et j’ai fait appel à une agence de voyage pour tout préparer. C’était ma première fois et j’ai compris trop tard que je m’étais fait arnaquer.

    Le vol pour Dubaï passait par Istanbul avec une #escale de 8 heures, c’était le 21 janvier.

    https://scd.observers.france24.com/files/imagecache/observers_full_width/rfi_multimedia_element_image/documents_dubai.jpeg

    Sur cette photo prise avant le départ, on voit que le voyage entrepris par #Emmanuel_Chedjou et sa compagne vers Dubai devait durer du 21 au 29 janvier.

    Quand nous sommes arrivés ma compagne est restée dans la zone de transit et j’ai voulu sortir de l’aéroport faire une course, vu que notre temps d’attente était très long. Arrivé au contrôle des passeports, on m’a dit que mon visa de transit était un faux et on m’a arrêté. On m’a emmené dans une sorte de centre de détention et j’ai retrouvé là-bas ma compagne qui avait été arrêtée entre temps.

    Ce document, en turc et en anglais, détaille qu’Emmanuel Chedjou est décrété « #passager_non_admissible », ou INAD dans le jargon de l’aviation pour le motif suivant : « Visa ou permis de résidence contrefait ».

    https://scd.observers.france24.com/files/imagecache/observers_full_width/rfi_multimedia_element_image/selfie.jpeg

    Un selfie pris par Emmanuel Chedjou dans l’aéroport d’Istanbul, reconnaissable à son plafond, peu de temps avant son arrestation.

    On m’a confisqué mon téléphone et on m’a demandé de signer des papiers que je ne pouvais pas lire puisqu’ils étaient en turc. J’ai aussi demandé à parler à un avocat et les officiers qui étaient là ont refusé.

    Je ne savais pas exactement qui étaient ces officiers, si c’étaient des policiers, des gendarmes ou des agents de sécurité. Ils ne portaient pas d’uniformes.

    Deux jours plus tard, ils ont voulu me déporter une première fois, le 23 janvier. J’ai protesté en disant que je voulais poursuivre mon voyage vers Dubaï et les officiers m’ont frappé. Un fois arrivé sur la passerelle de l’avion, j’ai protesté à nouveau et crié. À ce moment-là, l’équipage et le pilote de Turkish Airlines sont sortis et ont refusé de me prendre à bord. Ils ont demandé à ce que je sois pris en charge par le HCR.

    Mais il n’en a rien été.

    « Ils ont pris les rouleaux de film plastique utilisés pour emballer les valises »

    J’ai continué de subir des tabassages et des menaces pour que je rentre dans mon pays. Le 28 janvier vers 13 h ils sont venus me chercher pour me rapatrier sur un vol vers Yaoundé, au Cameroun. J’ai protesté à nouveau et cette fois ils m’ont mis dans une pièce spéciale.

    Il y avait une dizaine d’officiers et ils s’y sont mis à plusieurs pour me maîtriser. Ils ont d’abord mis des sangles en plastique à mes pieds et à mes poignets, puis de véritables menottes en métal. Ensuite ils ont rempli ma bouche de mouchoirs et l’ont fermée avec du scotch.

    Enfin, ils ont pris deux grands rouleaux de film plastique, ceux qui sont utilisés dans les aéroports pour emballer les valises. Ils m’en ont mis des couches et des couches du cou jusqu’aux pieds, si bien que c’était absolument impossible de bouger. À ce moment-là, j’ai vraiment commencé à avoir du mal à respirer.

    Trois d’entre eux m’ont mis dans un fauteuil roulant et m’ont emmené dans un avion qui partait pour Yaoundé. À l’intérieur ils m’ont porté comme un colis jusqu’à mon siège.

    Quand les passagers étaient tous installés et qu’il restait environ 15 minutes avant le décollage, j’ai réussi à cracher les mouchoirs qui étaient coincés dans ma bouche et j’ai pu crier à l’aide.

    Les passagers ont tout de suite réagi quand ils m’ont vu et ont protesté pour qu’on me libère de tout ce plastique. Ma compagne était dans l’avion elle m’a vu ainsi et a pris deux vidéos pour garder des preuves.

    Mes habits s’étaient déchirés quand je me battais avec les policiers et j’ai demandé à récupérer mon bagage à main pour me changer. Dans la poche de mon jean déchiré, que j’avais laissé sur mon siège, il y avait 2 400 euros en liquide que j’avais pris pour commercer à Dubaï. Quand l’officier m’a rendu le pantalon, les poches étaient vides. Il m’a dit : « tu as déjà de la chance, on va te tuer ».

    « Ils m’ont laissé dans un hall pendant deux jours sans rien à manger »

    Après tout ça, une hôtesse de Turkish Airlines m’a accompagné à l’extérieur de l’avion dans lequel était restée ma compagne, qui s’est donc envolée pour Yaoundé. Elle m’a demandé pourquoi j’étais sous escorte et je lui ai dit qu’il était inacceptable de traiter les gens de cette manière, que j’étais malade et que j’avais besoin de soins. Elle m’a laissé dans un hall de l’aéroport, devant un bureau de Turkish Airlines, sans rien. J’étais obligé de mendier pour manger.

    Au bout de deux jours, un homme qui se présentait comme le chef du personnel de Turkish Airlines m’a dit : « on ne peut pas te soigner et tu ne peux pas rester en Turquie, tu restes ici sans te laver, tu vas choisir un pays où on va te déposer et tu vas partir ». Ensuite, des officiers sont venus me chercher pour me ramener au centre de détention.
    Une nuit, un des policiers qui m’avait emballé dans du plastique m’a dit en m’apportant un café qu’ils allaient m’emmener à Abuja, au Nigeria. Je lui ai répondu que ce n’est pas mon pays et que c’est très loin de chez moi. Il m’a dit que c’est à côté [800 kilomètres séparent Abuja de Douala, NDLR].

    À ce moment-là j’étais vraiment épuisé, je n’en pouvais plus et j’ai fini par céder. J’ai pris la carte d’embarquement pour ce vol et ils m’ont mis de simples menottes pour m’emmener dans l’avion. Une fois que j’étais assis ils les ont enlevées et sont sortis de l’appareil.

    https://scd.observers.france24.com/files/imagecache/observers_portrait_width/rfi_multimedia_element_image/boarding_pass_abuja.jpeg

    La carte d’embarquement d’Emmanuel Chedjou pour le vol d’Istanbul à Abuja.

    Je suis arrivé à #Abuja dans la nuit du 30 au 31 janvier et une dame rencontrée dans l’avion m’a aidé à organiser mon voyage en voiture jusque chez moi. Je suis arrivé à la maison le 4 février [soit deux semaines après son arrivée en Turquie, NDLR].

    Entre l’agence de voyage qui m’a arnaqué et ce qu’il s’est passé à Istanbul, j’ai perdu environ 7 millions de francs CFA, soit 10 590 euros [des chiffres que notre rédaction n’a pas pu vérifier de façon indépendante, NDLR]. Avec cet échec, j’ai donc perdu non seulement mon capital mais j’ai aussi perdu toute crédibilité dans ma communauté. Plus personne ne veut commercer avec moi. Je veux dénoncer la compagnie Turkish Airlines et ces officiers qui m’ont humilié. Je veux aujourd’hui me faire dédommager et, si c’est possible, je porterai plainte.

    « Ils prenaient les téléphones des Noirs mais pas ceux des Blancs »

    Emmanuel Chedjou dénonce par ailleurs un traitement discriminatoire dans le centre de détention où sont mis en attente tous les passagers n’ayant pu passer les frontières de l’aéroport. Selon lui, les personnes noires sont systématiquement privées de leurs téléphones portables et sont détenues dans une pièce séparée.

    Un avis partagé par un autre passager resté détenu pendant 6 jours à la même période que lui, #Johnny_Mabaya, un Congolais de 20 ans.

    Moi, contrairement à Emmanuel, je ne parle pas l’anglais. Il y avait donc un gros problème de communication et ça générait beaucoup de tensions. On nous servait de la nourriture quasi immangeable et on nous frappait régulièrement. Tous les téléphones des Noirs étaient confisqués, mais pas ceux des Blancs. On était aussi tous détenus dans une pièce séparée.

    Le jour où ils ont emballé Emmanuel dans du plastique on a entendu beaucoup de cris, et tout d’un coup, ça s’est arrêté. On a compris qu’ils avaient réussi à lui fermer la bouche. Quelques jours plus tard c’était mon tour, j’ai essayé de protester moi aussi, mais j’ai vite cédé par peur qu’ils me fassent la même chose.

    Deux femmes, l’une Congolaise et l’autre Camerounaise, nous ont confirmé que les ressortissants africains étaient traités différemment. Un passager ukrainien détenu brièvement au même endroit nous a confirmé qu’il avait pu garder son téléphone portable dans le centre de détention.

    Que se passe-t-il à l’aéroport d’Istanbul ?

    Très peu d’associations de défense des réfugiés et d’avocats spécialistes de ce domaine ont accès au centre de détention de l’aéroport d’Istanbul. D’après nos recherches, plusieurs avocats de l’ONG « Refugee Rights Turkey » ont pu le visiter, mais l’organisation a décliné notre demande d’interview.

    L’autorité administrative de l’aéroport est responsable de cet endroit, comme le précise la loi sur les obligations des transporteurs aériens du 7 novembre 2015. Cependant, les responsabilités sont partagées : la compagnie aérienne s’assure du retour au pays le plus rapide possible du passager non admissible sur le sol turc et l’entreprise gestionnaire de l’aéroport veille à ce que le temps d’attente soit passé dans un endroit dédié et dans des conditions dignes et sécurisées.

    Aucun texte de loi turc ne précise quelles unités de police ou de sécurités privées sont chargées d’escorter les passagers à bord des avions, ni de quels moyens ils disposent légalement pour les contrôler s’ils refusent d’obtempérer. Selon un ancien cadre de l’aviation civile turque, les compagnies aériennes font appel à des services de sécurité privée pour ce type de cas. Une affirmation que nous n’avons pas été en mesure de vérifier.

    Selon Piril Erçoban, coordinatrice de l’association turque de défense des réfugiés Mütleci-der, les images de l’expulsion d’Emmanuel Chedjou sont « révoltantes ».

    « Peu importe le statut de la personne, cette pratique est inacceptable. Ça ne peut être légal. Les autorités doivent prendre des mesures administratives et légales contre les personnes responsables et ne plus tolérer ce type de pratiques dans les zones frontalières ou de transit ».

    La Direction générale de la gestion des migrations (DGMM en turc), branche du ministère de l’Intérieur turc, a déclaré le 22 février sur Twitter que « de telles pratiques ne peuvent absolument pas être acceptées » et annoncé que « deux enquêteurs ont été missionnés » pour établir les faits avant que « le nécessaire soit fait concernant les responsables ».

    « Le passager concerné a essayé d’entrer dans notre pays avec un faux document le 21 janvier et son entrée n’était pas autorisée. L’étranger concerné a été soumis à trois tentatives de renvoi les 21, 22 et 27 janvier. Il n’a pas pu être renvoyé en raison de sa résistance et parce qu’il a retiré ses vêtements dans l’avion lors de la dernière tentative. Il a finalement été renvoyé le 30 janvier lors d’une quatrième procédure », détaille l’institution dans son communiqué.

    Notre rédaction a contacté la compagnie aérienne Turkish Airlines pour obtenir des explications sur cet incident. Cette dernière n’a pas répondu à nos questions. Nous publierons sa réponse quand elle nous parviendra.❞

    https://observers.france24.com/fr/20200221-turquie-cameroun-expulsion-avion-turkish-airlines-passa

    #renvois #renvois_forcés #asile #migrations #réfugiés #Turquie #réfugiés_camerounais #Cameroun #déshumanisation #inhumanité #dignité #Emmanuel_Fosso_Someon_Chedjou #expulsion #déportation
    #menottes #sangles

    ping @karine4 @isskein @reka

  • Netanyahou instrumentalise l’#Holocauste pour déshumaniser les Palestiniens | Le Club de Mediapart
    https://blogs.mediapart.fr/le-cri-des-peuples/blog/250120/netanyahou-instrumentalise-l-holocauste-pour-deshumaniser-les-palest

    Benjamin Netanyahou n’a pas inventé l’idée de tirer parti de l’Holocauste à des fins politiques. Pourtant, comme tant d’autres choses dans la politique israélienne actuelle, il exploite même cette pratique vile plus outrageusement que quiconque avant lui.

    Selon Haaretz, le Premier ministre israélien a l’intention d’exploiter le cinquième Forum mondial de l’Holocauste, qui se réunit cette semaine à Jérusalem pour marquer les 75 ans depuis la libération d’Auschwitz, pour appeler les dirigeants mondiaux à soutenir publiquement la position égoïste d’Israël, qui soutient que la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye n’a pas de juridiction dans les territoires palestiniens occupés.

    #palestine #israël #occupation #démolition #colonisation #instrumentalisation #deshumanisation

  • Tortura e razzismo

    Torture and racism share a fundamental tendency: both impose on humans the status of sub-humans; both are linked to each other by an embrace that, at the same time, reveals and conceals. The article analyzes this link by focusing on dehumanizing torture, as in this typology it is simpler to be observed. After a thorough review of the theoretical and historical framework, the paper focuses on the ‘Regina Pacis case’ which provides tangible insights for general reflection.

    https://edizionicafoscari.unive.it/it/edizioni4/libri/978-88-6969-359-5/tortura-e-razzismo
    #torture #racisme #livre #déshumanisation #Regina_Pacis

  • Davantage de tact exigé envers les requérants

    Les demandeurs d’asile ne se verront plus confisquer stylos et chewing-gums et les enfants et bébés ne seront plus fouillés au centre fédéral d’asile de Zurich.

    Les contrôles de sécurité à l’entrée du nouveau centre fédéral d’asile de Zurich devront être effectués avec plus de tact. Suite aux critiques de la ville de Zurich sur ces mesures jugées trop sévères, la Confédération a procédé à des « #adaptations ».

    Dans les premiers temps, les employés chargés de la sécurité du centre avaient trop pris les consignes au pied de la lettre, a expliqué Daniel Bach, du secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). « Nous avons corrigé cela ». Les demandeurs d’asile ne se verront plus confisquer stylos et chewing-gums. Enfants et bébés ne seront plus fouillés, mais feront l’objet d’un contrôle visuel.

    « Nous n’abandonnons pas »

    Le tact exigé des responsables de la sécurité concerne en particulier les femmes et les enfants. Les jeunes hommes continueront à être contrôlés, ce qui devrait empêcher l’entrée de drogues ou d’armes dans le centre.

    « Nous n’abandonnons pas notre concept de #sécurité. Sur le principe, nous tenons à des #contrôles à l’entrée du centre », a déclaré M. Bach samedi sur les lieux même du centre, où les médias avaient été invités.

    Un requérant qui arrive avec un pull coûteux devra ainsi présenter une quittance, pour prouver qu’il ne l’a pas volé. Il est aussi interdit d’amener des #aliments périssables, pour éviter des maladies. On ne mange que ce qui a été préparé par le #service_de_restauration, a-t-il poursuivi.

    Ameublement spartiate

    Le nouveau centre fédéral de procédure d’asile accélérée est entré en service le 1er novembre à Zurich, après un an et demi de travaux. Situé dans le quartier moderne de #Zurich_West, il offre de la place pour 360 résidents, mais accueille pour l’instant 200 requérants, dont une cinquantaine d’enfants.

    Le directeur des affaires sociales de la ville Raphael Golta (PS) était intervenu personnellement auprès du SEM, jugeant les mesures de contrôle trop strictes. La gauche alternative (AL) avait de son côté critiqué le fait que les requérants étaient traités comme des voleurs et harcelés.

    Plusieurs politiciens zurichois avaient aussi critiqué un #ameublement insuffisant. Sur ce point, rien n’a changé, comme ont pu le constater les journalistes sur place. Les chambres à six lits sont spartiates, sans rideaux, ni tables, ni chaises. Rien de superflu non plus dans les salles consacrées à l’étude, au travail, à la gymnastique ou à la prière. Le SEM explique que l’équipement des centres d’asile est standard.

    Pas de contact avec la population

    L’atmosphère est un peu plus chaleureuse dans la salle de réunion, où les requérants et les habitants du quartier peuvent se rencontrer et échanger. Des machines à coudre, un canapé et une cuisine rendent la pièce un peu plus confortable. On y organise des soirées pizza.

    Cependant, le contact avec la population n’a pas encore commencé. Beaucoup d’habitants du quartier n’osent pas venir et se contentent de regarder par la fenêtre, explique une pédagogue sociale.

    https://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/Plus-de-tact-exige-au-centre-federal-d-asile-de-Zurich-27433385
    #asile #migrations #centres_fédéraux #centre_fédéral #Zurich #Suisse #réfugiés #confiscation #enfants #enfance #fouille #soupçon #pauvre_Suisse #nourriture #interdictions #déshumanisation

    –---------

    Gouverner par le soupçon et par les interdits :

    « Un requérant qui arrive avec un pull coûteux devra ainsi présenter une quittance, pour prouver qu’il ne l’a pas volé. »

    Il est aussi interdit d’amener des #aliments périssables, pour éviter des maladies. On ne mange que ce qui a été préparé par le #service_de_restauration

    Les demandeurs d’asile ne se verront plus confisquer stylos et chewing-gums. Enfants et bébés ne seront plus fouillés, mais feront l’objet d’un contrôle visuel.

    ping @isskein @cede

  • [Témoignage] Séquence (trop) banale du rail.

    Arrivée à la gare de Joigny, un peu avant 14h, 20 minutes avant l’arrivée du train. Je dois refaire ma carte de réduction et prendre mon billet, je prévois donc du temps.
    Guichet fermé. Pas d’humain auquel s’adresser, mais il reste les billetteries automatiques. Sur les marches de la gare, une femme pleure au téléphone, entourée de sa mère et de ses enfants :"on ne peut pas payer par carte, on n’a que des espèces, on ne peut pas rentrer à Auxerre, on ne sait pas comment faire".
    Je vais pour prendre mon billet a la machine, dans l’urgence. Il me faut cependant attendre puisqu’il faut du temps aux usagers pour comprendre à quelles réductions ils ont droit en fonction de l’âge des différents voyageurs, des cartes de réduction des uns et des autres, de leur absence, et autres questionnements de la machine. Lorsque je m’apprête à valider ma commande, ce satané automate ne me propose aucun billet valable plus tôt que le 4 novembre. Nous sommes le 24 octobre, mon train arrive dans 6 minutes maintenant. Je refais plusieurs tentatives, en vain. Le nombre de places n’’étant pas limité dans les TER, je me dis que j’irai voir le contrôleur directement en entrant dans la rame, pour corriger cette défaillance du dispositif et me mettre en règles.

    Las...
    Le train arrive en gare, contrôleurs dans la rame dans laquelle je monte.
    –"Oh lala monsieur, mais depuis septembre 2018 les billets achetés à bord sont facturés 50 euros plus cher par titre de transport, et votre carte de réduction est périmée, et votre billet à la mauvaise date !"
    Je comprends mieux la détresse de la famille sur les marches. Pour les foyers modestes, 50 euros ce n’est pas rien, et nombreux sont ceux qui ne les ont pas.
    « -Et ma carte, puis-je au moins la renouveler auprès de vous, comme je l’avais prévu en arrivant en gare -ce qui explique que j’aie pris mon billet à tarif réduit - ?
    –oh lala ! Oh que non ! Vous avez techniquement acheté un billet à tarif réduit alors que vous n’aviez plus de carte valide. Et puis vous savez, à bord, nous faisons respecter les règles region par région. Voyez-vous, par exemple, lorsque nous aurons passé Montereau, nous appliquerons les règles de l’Île de France, et non plus celles de Bourgogne-Franche-Comté. Les gens qui auront un chien, par exemple, ne seront plus en infraction. On comprend que ce soit compliqué pour les usagers, on sait aussi qu’il faut quasiment BAC+12 pour acheter un billet en ligne, mais on nous demande de faire du contrôle, alors... »

    Je dois acquitter un dédommagement de 34,50 euros pour la péremption de ma carte de réduction (par chance, car si mon trajet avait excédé 150 km la surtaxe aurait été de 90 euros), et suis invité à contacter le service contentieux pour leur expliquer ma situation kafkaïenne, entièrement liée à la disparition du guichetier à la station dont je dépends.

    Mais moi, ça va, j’ai de quoi les payer, ces 34,50 euros, et je ne dois faire ce trajet que de façon occasionnelle.
    À la station suivante, dix policiers armés jusqu’aux dents viennent assister les contrôleurs pour embarquer une voyageuse refusant d’obtempérer, qui n’est visiblement pas en règles elle non plus, mais refuse de l’accepter.
    10 flics pour une nana, parce que les règles sont les règles, et qu’on ne rigole pas avec les règles.

    Je me demande...
    Le coût de cette intervention policière valait-il le prix d’un billet ?
    Le salaire des cinq agents surnuméraires au regard de la situation aurait-il pu être investi dans le salariat d’un guichetier à la gare de Joigny ?
    L’argent public est-il réellement réparti intelligemment et équitablement ?
    La famille sur les marches de la gare a-t-elle trouvé une solution pour rentrer chez elle ?

    *Eric Lenoir*, le 24 octobre, 15:14
    https://www.facebook.com/ericlenoir.paysagiste.7/posts/2356972377885708

    #train #SNCF #robotisation #dematerialisation #service_public

    • #décadence #démoliton_du_service_public #déshumanisation #désincarnation et ça vaudrait le coup de faire une étude bien renseignée sur cette politique de la SNCF (disparition de l’humain par des machines défaillantes, qui en plus ignorent les cas particuliers. Il faudrait multiplier et publier les témoignages. Même chose pour les banques, bientôt sans doute pour les supermarchés, les compagnies aériennes et les aéroports.

      #résister #résistance

    • On le sait, que la #dématérialisation réduit l’accès des personnes les plus pauvres et vulnérables aux services publics. Mais ça continue.
      https://seenthis.net/messages/752910

      Il y a quelques années, quand la SNCF ne proposait pas de guichet ouvert (soit qu’il n’y en ait pas dans les haltes, soit que les horaires soient réduits dans les petites gares), elle était en faute et permettait aux voyageurs de prendre un ticket au tarif de bord. Cette manière de faire payer aux usagèr·es des manquement en matière d’#accessibilité et d’#inclusivité est vraiment criminelle, c’est une manière de mettre la tête sous l’eau à des personnes qui sont déjà bien démunies.

    • Je me souviens m’être évanouie dans le bus devant les contrôleurs qui ont indiqué aux voyageurs de m’enjamber pour descendre. Ce que les voyageurs ont fait, des jeunes personnes, téléphone en main, m’ont enjambé alors que j’étais à terre, des plus âgés aussi, personne ne s’est opposé à cette humiliation à cette bassesse immonde. ils ont tous fait comme si leur cerveau pouvait obéir à l’horreur sans réagir.
      J’ai compris comment il est possible d’organiser une telle violence et un tel manque de solidarité. Parce que si tous les voyageurs étaient restés des êtres humains, ce ne serait pas possible.
      Vu l’autre jour qu’il existe toujours des 1eres classes dans le train en france, ah ah ah pays des droits des 1eres classes. Comment expliquer autrement que par le quant à soi organisé que ces 1eres classes n’aient pas encore été totalement brûlées ?

    • Banalité du rail, banalité du mal.

      tous les gouvernements, même les plus autocratiques, même les tyrannies, « reposent sur le consentement », et l’erreur réside dans l’équation entre consentement et obéissance. Un adulte consent là où un enfant obéit ; si on dit qu’un adulte obéit, en réalité, il soutient l’organisation, l’autorité ou la loi à laquelle il prétend obéir (Hannah Arendt)

      https://journals.openedition.org/champpenal/8336#tocto1n1

      #flippant

  • LES NOUVELLES DE NORVÈGE : « J’AI CONDUIT MA FEMME AU CENTRE D’ACCUEIL, J’EN AVAIS FINI AVEC ELLE »

    La Norvège c’est aussi ça.

    Charmante tradition norvégienne racontée ce matin par la NRK.

    De nombreux norvégiens qui n’arrivent pas à se marier en Norvège vont à l’étranger, en Europe de l’est ou en Asie, pour chercher une femme et la ramener en Norvège. Les centres sociaux et les réfuges ont récemment alerté le gouvernement sur le fait que ces femmes (d’origine Thaïlandaise, Philippines, Ukrainienne ou Balte, entre autre) sont de plus en plus nombreuses à venir dans les centres d’accueil, après avoir été jetées à la rue. Pire, parfois, il arrive que ces "maris" bien crades les conduisent jusque devant la porte des centres avec larmes et bagages. Et Encore plus pire, il arrive que ces salopards appellent ensuite l’institution qui s’occupe des permis de séjours des étrangers pour signaler que ces femmes ne vivent plus chez eux désormais, en espérant que leur permis de séjour ne soit pas renouvelé... Le témoignage d’un de ces "maris" qui a déjà "livré" quatre femmes à la porte de ces centres d’accueil à un journaliste de la NRK : "je la livre parce que j’en ai simplement fini avec elle" (Eg er ferdig med dem/hun"). Souvent ces femmes ont été victimes de brutalités physiques et morales, et se trouvent en terre étrangère complètement démunies. Environ 3000 personnes viennent en Norvège pour vivre avec leur partenaire, selon les statistiques de l’UDI (Utlendingsdirektoratet), et plusieurs centaines ont, à des degrés divers, signalé à la mairie ou aux centres d’accueil, avoir rencontré des difficultés.

    Utenlandske kvinner leveres på døra til krisesenteret – NRK Telemark

    https://www.nrk.no/telemark/utenlandske-kvinner-leveres-pa-dora-1.14744185

    Utenlandske kvinner leveres på døra

    #norvège