• L’audit qui dézingue la réorganisation des centres socio-culturels de Toulouse | Mediacités Dorian Cabrol
    https://www.mediacites.fr/enquete/toulouse/2021/06/28/laudit-qui-dezingue-la-reorganisation-de-la-direction-de-lanimation-socio

    Perte de sens, problèmes de managements récurrents, arrêts de travail en augmentation et ambiance de travail délétère, rien ne va plus à la direction de l’animation socioculturelle de la ville de Toulouse. « On n’a jamais connu une situation pareille », soupire un agent de longue date de ce service, à l’unisson de plusieurs fonctionnaires communaux. Rien que sur le centre socioculturel Alban Minville, cinq personnes - sur la trentaine d’agents - sont en arrêt maladie et deux sont partis en retraite de façon anticipée récemment.


    À l’origine de ces difficultés, la refonte en 2018 d’un service qui compte environ 300 fonctionnaires répartis sur 17 structures. La réorganisation a ajouté cinq « chefferies » correspondant à des secteurs géographiques de la ville au-dessus de ses 17 centres et de leurs responsables. Le territoire 1 « Toulouse Nord » est géré par Nathalie Cousin, le territoire 2 « Toulouse Est » par Manuela Standarovski, le 3 « Toulouse rive-droite » par Stéphanie Lemaire, le 4 « Toulouse Rive-gauche » par Sébastien Séraphin et enfin le territoire 5 « Toulouse Ouest » est dirigé par Michel Capmartin.

    « Un changement pouvait se justifier, car depuis 20 ans, cette direction avait un fonctionnement qui balbutiait, mais la politique de réorganisation du maire s’est faite brutalement et sans dialogue, estime Laurent Gotti, secrétaire général CGT à la mairie de Toulouse. Cette réorganisation s’inscrit dans le contexte plus global d’un plan d’économies dans les services décidé par Jean-Luc Moudenc à partir de juin 2015 et que le maire justifie par le contexte national de baisse des dotations de l’État ». Ce qui expliquerait, selon l’élu CGT, que les agents aient été peu associés à ce changement impulsé par la direction générale des services et piloté par Véronique Bascoul, directrice du service depuis 2015.

    Malgré une intersyndicale CGT-FO-SUD qui a contesté le projet, la direction du service serait passée en force. La seule réunion à avoir rassemblé tout le service à la salle de spectacle de la Brique Rouge à Empalot a eu lieu en début d’année 2018. Au lieu d’amorcer un dialogue, elle a servi à entériner la nouvelle organisation, selon une animatrice sur le secteur Toulouse Est. « Nous étions près de 300 agents réunis dans les tribunes avec en face nos futurs chefs de territoire. Le contexte était intimidant pour prendre la parole et on a eu l’impression d’être mis devant le fait accompli », estime-t-elle.

    Un audit préoccupant
    Trois ans après son application, la réorganisation présente un bilan très controversé. La situation est jugée particulièrement préoccupante dans le secteur 3, dit Rive droite, coiffé par le centre culturel de Bellegarde, selon un compte-rendu d’audit concernant les risques psychosociaux réalisé par le cabinet Ergotech . Dans ce document, les auditeurs s’appuient sur les témoignages de 39 personnes, recueillis au mois de février 2021. 35 travaillent encore dans ce service qui compte 45 salariés.

    « Les modalités d’intégration des managers et divergences de vues sur l’équipe managériale, associées à un processus de passation de pouvoir non optimal et à l’affectation et l’intégration délicate de nombreux agents, se sont traduites, sur Bellegarde et à un moindre niveau sur Brique Rouge (à Empalot, NDLR), par la création rapide d’une rupture entre le management et de nombreux agents en poste avant la réorganisation, et pour partie entre nouveaux et anciens agents présents sur site », notent pudiquement les auteurs de l’audit, dans un compte-rendu daté 3 avril. En langage moins jargonneux, la refonte du service a entraîné des problèmes de fonctionnement à tous les étages et une rupture entre les nouveaux responsables et les agents historiques du service.

    La situation au centre de Bellegarde est jugée « très dégradée ». « Les tensions et rigidifications des rapports inhérentes aux tensions ont indéniablement eu un coût important tant pour la santé des agents que pour le fonctionnement du centre », conclut le cabinet Ergotech, qui précise : « ce coût s’est inévitablement traduit par de l’absentéisme des agents et des managers (phénomènes de burn-out inhérents au contexte dégradé) et par des départs d’agents ».

    « Du jour au lendemain, certains se sont retrouvés sans affectation malgré plus de 20 ans de service ! »

    Les absences liées au climat délétère sont telles sur ce territoire que Véronique Bascoul a récemment décidé d’annuler certains événements. Dans une note de service du 17 juin, que Mediacités s’est procurée, la directrice du service constate « la situation très dégradée sur le territoire Toulouse Rive Droite, avec un taux d’absentéisme trop élevé pour maintenir des manifestations et évènements à la hauteur de la qualité de nos établissements ». Et de conclure : « L’heure, aujourd’hui, est à la reconstruction du territoire et au retour de la sérénité au travail pour que cette décision de ce jour (sic) ne se reproduise plus ».

    Ce bilan accablant ne semble pas l’apanage du secteur « Rive droite ». Le nouveau fonctionnement qui a permis, selon un ancien membre de la direction de la Dasc, de « mieux contrôler les responsables des centres socioculturels », a entraîné des évictions brutales. Poussé vers la sortie, un ancien cadre évoque un procédé brusque et vexatoire : « On nous a proposé de candidater à nouveau sur nos propres postes et fait refaire des entretiens comme si on venait d’arriver, alors qu’ils savaient qu’ils n’allaient pas nous reprendre. Du jour au lendemain, certains se sont retrouvés sans affectation malgré plus de 20 ans de service ! ».

    Une ambiance de travail jugée toxique
    Cette brutalité est également ressentie par des fonctionnaires municipaux qui font état de fortes pressions liées à ce chamboulement notamment sur les plus anciens du service. « On a par exemple enlevé petit à petit des prérogatives à des agents historiques de façon abrupte. L’ambiance est devenue tellement toxique qu’il y a eu forcément des conséquences en termes de souffrance au travail », confirme un agent intervenant dans le secteur Toulouse Ouest, à partir du centre socioculturel Alban Minville, à Bellefontaine.

    Ce management autoritaire est confirmé par Laurent Gotti selon lequel « des gens se sont rendus compte du jour au lendemain qu’ils n’avaient plus de poste après la réorganisation ». Plus globalement certains fonctionnaires évoquent une volonté de se débarrasser des anciens du service jugés pas assez malléables aux yeux de la direction. « On a recruté des gens extérieurs de manière à pouvoir les contrôler plus facilement », affirme une animatrice toujours en poste dans l’est de la commune.

    Au-delà de la dégradation des conditions de travail, cette réorganisation se serait traduite aussi par une perte de liens avec les usagers. « On a enlevé de la liberté aux agents, estime une animatrice de Toulouse-ouest. Il faut faire des réunions pour tout et des fiches de 30 pages pour le moindre événement. On a beaucoup perdu le contact avec la population des quartiers, notamment avec le public adulte à qui l’on propose des activités ».

    Contactée dès le 20 avril, la mairie de Toulouse n’a pas donné suite à nos sollicitations, malgré plusieurs relances.

    Cette enquête s’appuie sur le témoignage d’une dizaine d’agents travaillant dans quatre des cinq secteurs de la DASC de Toulouse créés après sa réorganisation. Tous ont souhaité garder l’anonymat en raison de leur devoir de réserve et de peur de représailles. Si certains ont été réticents à s’exprimer du fait de difficultés à revenir sur des faits traumatisants, d’autres l’ont fait pour dénoncer une situation qu’ils jugent ingérable au quotidien.

     #travail #Toulouse #violence #domination #pouvoir#Surveillance #violences #dévalorisation

  • Nouveaux témoignages accablants pour Patek Philippe
    https://www.letemps.ch/economie/nouveaux-temoignages-accablants-patek-philippe

    Le décor n’a pas changé : une salle de la permanence d’Unia à Genève. Sauf que cette fois, aucun témoin direct n’est là pour décrire le climat de travail jugé « toxique » chez Patek Philippe. « La plupart des personnes qui nous ont contactés suite à la conférence de presse du 8 juin travaillent encore dans l’entreprise. Elles ont peur pour leur emploi et ne sont pas en mesure de parler pendant les heures de travail », indique aux médias présents Alexis Patiño, secrétaire syndical chargé de l’horlogerie chez Unia Genève.


    Début juin, six personnes avaient raconté aux journalistes, sous couvert de l’anonymat, les situations de harcèlement, de mobbing et de discrimination qu’elles estimaient avoir subies en travaillant pour la prestigieuse marque horlogère. Certaines d’entre elles avaient aussi fait part de leur incompréhension : en faisant remonter des possibles dysfonctionnements, elles s’étaient retrouvées elles-mêmes fragilisées au sein de l’organisation.

    Pressions, racisme et sexisme
    « Nous pensions que ces problèmes concernaient surtout un ou deux secteurs, signale Alexis Patiño. Le nombre de réactions que notre première intervention a suscitées nous a réellement surpris. Elle montre que le problème est plus grave que nous ne le croyions. » Le syndicat dit avoir reçu une cinquantaine de témoignages. Il en a retenu une quarantaine et en a transmis 17 à l’Office cantonal genevois de l’inspection et des relations du travail (OCIRT)

    Alerté par des employés, l’office est déjà intervenu une première fois en début d’année. Pointant des risques « psychosociaux » dans une division, il a demandé à la direction de la manufacture une mise en conformité. Le droit du travail impose en effet à l’employeur de veiller à la santé et à l’intégrité de ses employés. Chez Patek Philippe, ils sont quelque 1600, sur le site de Plan-les Ouates.

    Que se passe-t-il dans les ateliers et les bureaux de l’horloger ? Pressions, remarques sexistes ou dévalorisantes, harcèlement, propos racistes… Le spectre des critiques est large. Leur dénominateur commun paraît être une grande souffrance ressentie par une partie de son personnel. Il en résulte des démissions, des licenciements et des arrêts maladie prolongés. Comme il l’avait fait en juin, Unia insiste sur la passivité dont la direction semble faire preuve dans le traitement de ces dysfonctionnements.

    Sollicitée par Le Temps, l’entreprise a également envoyé une prise de position en début de soirée. Tout en se montrant « surprise » par ces nouvelles révélations, elle dit regretter « toute atteinte à la personnalité qui a pu se produire dans son entreprise et présente ses excuses aux personnes qui ont pu souffrir de comportements inadéquats ». Patek Philippe assure par ailleurs que tout sera mis en oeuvre pour comprendre pourquoi ses outils de prévention n’ont pas permis d’identifier les problèmes signalés. 

    Confiance rompue
    Mandatés par certains employés, Unia a désormais qualité de partie dans la procédure, ce qui implique qu’il pourra consulter le dossier monté par l’OCIRT. Alexis Patiño ne cache pas trouver ce dernier un peu « frileux », surtout parce que les personnes chargées de prendre des mesures sont celles en qui les employés n’ont plus confiance. « Peut-être faudrait-il un audit externe comme cela a été le cas par exemple à la RTS », ajoute le syndicaliste. Celui-ci dit ne pas forcément vouloir que des têtes tombent au sein de l’entreprise, mais surtout voir la situation réglée. 

    Le service cantonal est lié par le secret de fonction et ne peut s’exprimer sur cette affaire, a-t-il indiqué au Temps. Il a pour mission d’identifier pourquoi une situation a créé de la souffrance au travail et d’aider à mettre en place le dispositif adéquat pour résoudre le problème. « C’est à l’entreprise d’identifier les facteurs qui ont amené à une situation conflictuelle, mais nous posons des jalons de l’analyse à faire et fixons ensuite les mesures à mettre en place », souligne Christina Stoll, directrice générale de l’office.

    Les décisions managériales sont en revanche de la compétence de l’employeur. « Nous, nous fixons des délais pour mettre en œuvre les mesures et nous contrôlons que cela soit fait », ajoute la responsable. Dans son communiqué, Patek Philippe dit « procéder actuellement à des travaux d’analyse des risques psychosociaux avec la collaboration de la commission du personnel et l’aide d’une société spécialisée externe ». 

    A ce stade, aucune nouvelle action en justice n’est entreprise, même si de telles options ne sont pas exclues, certaines personnes ayant vu leur licenciement suspendu à la suite d’un arrêt maladie. Pour mémoire, le tribunal des prud’hommes a été saisi pour deux licenciements opérés par l’horloger genevois. Une première séance en conciliation vient d’échouer.

    Le #management par la #terreur et le #harcèlement c’est aussi dans le #luxe
     #sexisme #travail #suisse #violence #domination #pouvoir#Surveillance #violence #dévalorisation #racisme #Philippe_Patek

  • « Les sages-femmes n’ont jamais fait fortune de leur activité »
    https://www.humanite.fr/les-sages-femmes-nont-jamais-fait-fortune-de-leur-activite-711956

    Nathalie Sage Pranchère, historienne chargée de recherche au CNRS, revient sur quatre siècles d’histoire du rôle des femmes dans l’ #accouchement et sur leur émancipation des médecins. Entretien

    En quoi le XVIIe siècle marque-t-il une rupture dans l’histoire des sages-femmes ?

    Nathalie Sage Pranchère : C’est alors que les #chirurgiens, un corps de soignants moins considérés que les #médecins, commencent à investir le champ de la naissance. Leur recherche de promotion sociale passe par une revendication de #scientificité, notamment dans l’accouchement. Ils recourent aux instruments, inventant le #forceps. Pour s’imposer dans le champ de la #naissance, il leur faut en déconsidérer les actrices traditionnelles : les #femmes. Cela passe d’abord par une #dévalorisation des compétences féminines. Cela se traduit aussi par des propos très durs sur les « #matrones », qui seraient sales, grossières et dangereuses pour les femmes. Ce mouvement d’appropriation de la naissance est toutefois très progressif et inégal. Si Mme de La Vallière, maîtresse de Louis XIV, est accouchée par un chirurgien, c’est bien une #sage-femme qui assiste la reine lors de ses accouchements.

    Cette prise de pouvoir progressive des chirurgiens entraîne-t-elle une disparition des #sages-femmes ?

    Nathalie Sage Pranchère Non. S’il est économiquement et symboliquement intéressant pour

  • En France, un système qui fait perdre l’envie de #recherche

    Alternance de #contrats_courts et de périodes de #chômage, vacations payées aléatoirement, difficulté à être titularisé… « Libération » a recueilli les témoignages de nombreux jeunes chercheurs lessivés par le fonctionnement de l’université.

    La France perd ses jeunes chercheurs, dégoûtés du système. En 2018, le nombre de doctorats délivrés était en baisse de 4 %. Les carrières universitaires n’attirent plus. Ou du moins, elles font fuir une partie de ceux qui s’y aventurent quand ils découvrent la galère promise. Une journée de mobilisation a lieu ce jeudi contre la politique de recherche du gouvernement. Les jeunes chercheurs sont à la pointe du mouvement.

    « Il y avait treize doctorants dans mon laboratoire, seulement deux ont continué en post-doctorat. Tous les six mois, je me dis que je vais arrêter, et en fait non », témoigne Mélissa, post-doctorante en éthologie. Elle vit avec son compagnon, Geoffrey, lui aussi chercheur et âgé de 29 ans. Ils sont réunis « pour la première fois en six ans » dans le même appartement. La faute à leur boulot, qui les pousse à bouger dans tous les sens quitte à s’asseoir sur leur vie personnelle. Cette parenthèse à deux s’arrêtera dans trois mois. Mélissa sera alors à Zurich et Geoffrey à Niort. « On ne se plaint pas, on est déjà sur le même continent… »

    Etienne (1), lui, va changer de continent. Ce docteur en intelligence artificielle (IA) a vu de près les dégâts de la recherche à la française. La pression pour publier le plus possible d’articles scientifiques dans des revues, condition sine qua non pour remplir son CV et espérer être titularisé, a fini par le dégoûter : « On dit que c’est "publier ou périr", mais maintenant c’est plutôt "publier et périr" puisqu’il n’y a plus de postes. » Pour ce trentenaire, la désillusion grandit depuis plusieurs années : quand il était doctorant, il a dû finir sa thèse grâce aux indemnités chômage, se contentant de 900 euros mensuels pour vivre. « Mon encadrant principal a fait deux burn-out car il travaillait trop, ça ne donnait pas envie de continuer. » Mais il s’accroche.

    Après sa thèse, Etienne signe un contrat de deux ans de post-doc dans un labo de recherche, malgré les sirènes du privé qui lui promettent d’au moins doubler son salaire. Le déclic, pour changer de cap, il l’a eu en 2019. Il participe alors à une réunion de présentation de la politique française en IA, durant laquelle deux hauts fonctionnaires disent avoir pour projet de propulser la France dans le top 5 mondial. « Ils ne parlaient de recruter que des contrats précaires, des doctorants. Je suis allé leur poser la question : qu’en est-il pour les post-docs qui souhaitent rester en France ? Leur réponse a été assez surprenante : "Non, pas de création de postes fixes, monsieur, allez aux Etats-Unis." » Message reçu, mais pas de gaieté de cœur. Etienne entend bien partir travailler sur l’IA outre-Atlantique.
    « Très dévalorisant »

    Un grand gâchis humain. Quelques mots pour résumer ce à quoi ressemble la politique française en recherche. Libération a reçu plus de 200 témoignages de jeunes chercheurs déçus du système. Comme François (1), qui nous écrit : « La loi de programmation de la recherche m’a définitivement décidé, je ne vais même pas essayer de faire de la recherche dans le public. C’est d’autant plus dommage que, comme normalien, l’Etat a essentiellement payé pour que je le fasse. »

    La pression exercée sur le système conduit à de mauvaises pratiques. Xavier (1), ex-doctorant en astronomie, a vu la réputation du laboratoire passer avant l’éthique scientifique. « Le jour où on m’a demandé de cacher des résultats qui n’allaient pas dans le sens des promesses faites à l’Agence nationale de la recherche devant un public international, j’ai décidé de ne pas continuer dans la recherche, explique celui qui prépare l’agrégation de physique. J’adore la recherche, mais obtenir un poste est un parcours du combattant. Enchaîner les post-docs pendant six, huit, peut-être dix ans, qui veut ça ? »

    C’est exactement la situation que vit Alain (1). Depuis sa thèse de biologie soutenue en 2013, il alterne entre les contrats courts et les périodes de chômage. « Pour l’instant, l’objectif c’est de profiter du chômage pour écrire mes publications en retard, continuer à postuler pour des contrats et prier pour obtenir quelque chose. Ce serait très dévalorisant de me dire que j’ai autant persévéré pour au final abandonner. » Le problème du secteur n’est ni l’attractivité - il y a encore plus de dix candidats par poste ouvert - ni le manque de travail - les recherches et les étudiants continuent d’affluer. « Le premier problème, c’est le manque de financements », lâche Alain. De fait, dans les universités notamment, le besoin en enseignants-chercheurs est criant. Selon le Syndicat national de l’enseignement supérieur, les 150 000 vacataires recensés assurent, au moins, l’équivalent des heures d’enseignement de plus de 15 000 titulaires.

    A 34 ans, Maxime (1), docteur en sciences politiques, vit tantôt chez sa mère, tantôt chez sa compagne. Il a réalisé sa thèse « grâce à deux postes d’attaché temporaire d’enseignement et de recherche, et du chômage ». Depuis cinq ans, il jongle entre RSA et vacations à l’université. En théorie, il ne pourrait pas être employé de manière précaire par l’université sans avoir un travail fixe ailleurs. Alors il s’arrange. « Dans certains cas, un collègue me sert de prête-nom et je travaille au noir. Parfois, je me fais payer en autoentrepreneur. C’est assez dingue comme situation », explique-t-il. L’an dernier, Maxime estime avoir effectué plus de 277 heures d’enseignement, « plus qu’un service d’un titulaire ». Tout ça pour toucher à peine le smic : « Comme on est payé de manière aléatoire, certains mois c’est le RSA qui me permet de vivre. »
    « On m’avait prévenue »

    La situation est claire : les départements dans lesquels il travaille ne tiendraient pas sans des personnes comme lui. Il a bien essayé de quitter le milieu, mais faute de retours positifs, « la routine de l’université a repris le dessus. J’ai été sollicité pour des cours et des articles. Je tente encore, mais je ne sais pas pour combien de temps. J’ai été classé deuxième à un concours de maître de conférences, ça prouve bien que mon dossier n’est pas si nul… »

    Quadragénaire, Tiphaine se retrouve dans la même situation. Si elle a pu trouver un CDD de recherche pour une association nationale, elle a dû prendre une charge d’enseignement pour compléter son CV. Le système est si tendu qu’elle se retrouve à créer « un enseignement annuel de 80 heures » sans savoir où elle sera l’an prochain. « Je suis atterrée par l’ampleur de la précarité et l’exploitation des vacataires. […] On m’avait prévenue. Mais ça n’a pas suffi, car c’est un métier de passion, j’ai voulu aller jusqu’au bout. Maintenant, la désillusion se matérialise. »

    https://www.liberation.fr/france/2020/12/09/en-france-un-systeme-qui-fait-perdre-l-envie-de-recherche_1808191
    #ESR #recherche #France #précarité #université #titularisation #carrière_universitaire #travail #conditions_de_travail #mobilité #publish_or_perish #désillusion #indemnités_chômage #burn-out #contrats_précaires #gâchis #dévalorisation #LPPR #LPR #éthique #post-doc

  • France attacks religion secularism radicalism blasphemy
    –-> article retiré:


    https://www.politico.eu/article/france-attacks-religion-secularism-radicalism-blasphemy-islam

    –—

    Copié ici:

    Another string of jihadist attacks has shaken France. The most recent, at a church in Nice, left three people dead, only two weeks after a teacher was beheaded on the outskirts of Paris after he displayed cartoons of the prophet Mohammed in his classroom.

    Why is France targeted, over and over again, by violent extremists? Germany, England, Italy and even Denmark — where cartoons of controversial Mohammed were first published — have not seen comparable violence.

    The reason is simple: France’s extreme form of secularism and its embrace of blasphemy, which has fueled radicalism among a marginalized minority.

    Specifically, the latest round of violence follows the decision earlier this month by the satirical newspaper Charlie Hebdo to mark the beginning of a trial over a murderous attack on its newsroom in 2015 by republishing the blasphemous cartoons of Mohammed that prompted the original assault.

    This duo — radical secularism and religious radicalism — have been engaged in a deadly dance ever since.

    Traditionally, French secularism requires the state to be neutral and calls for respect for religions in the public space, in order to avoid the rise of religious intolerance.

    In modern times, however, it has become something far more extreme. The moderate secularism that prevailed as recently as the 1970s has been replaced with something more like a civil religion.

    It’s a belief system that has its own priests (government ministers), its pontiff (the president of the republic), its acolytes (intellectuals) and its heretics (anyone who calls for a less antagonistic attitude toward Islam is rejected and branded an “Islamo-leftist”).

    One of the defining features of this new secularism is the promotion of religious blasphemy — and, in particular, its extreme expression in the form of caricatures like those of Mohammed.

    This embrace was on full display following the murder of the teacher who showed cartoons of Mohammed in his classes, when many French intellectuals came out in praise of blasphemy and defended the government’s unequivocal defense of the right to free expression.

    They should have considered their words more carefully.

    In Western Europe the right to blaspheme is legally recognized. But it is one thing to protect the freedom to blaspheme and another to enthusiastically exhort blasphemy, as is the case in France.

    Blasphemy is a non-argumentative and sarcastic form of free speech. It should be used, at best, with moderation in a country where between 6 percent and 8 percent of the population is Muslim, most of whose parents or grandparents emigrated from French colonies in North Africa.

    Defenders of blasphemy invoke freedom of expression, but what blasphemy does, in fact, is trap France in a vicious cycle of reactivity to jihadist terror that makes it less free and less autonomous.

    The immoderate use of caricatures in name of the right to blaspheme ultimately undermines public debate: It stigmatizes and humiliates even the most moderate or secular Muslims, many of whom do not understand French secularists’ obsessive focus on Islam, the veil, daily prayers or Islamic teachings.

    The result is a harmful cycle: provocation, counter-provocation, and a society’s descent into hell. As French secularism has become radicalized, the number of jihadist attacks in the country has multiplied.

    French secularists claim to be fighting for freedom of expression. As they do so, innocent people are dying, Muslims around the world are rejecting French values and boycotting the country’s products, and French Muslims are facing restrictions on their freedom of expression in the name of thwarting Islamist propaganda.

    France is paying a heavy price for its fundamentalist secularism, both inside and outside its own borders.

    https://www.1news.info/european-news/france-s-dangerous-religion-of-secularism-798875

    #Farhad_Khosrokhavar #terrorisme #religion #sécularisme #blasphème #extrémisme #France #violence #minorité_marginalisée #radicalisme #radicalisation #Charlie_Hebdo #radicalisme_religieux #sécularisme_radical #religion_civile #islamo-gauchisme #caricatures #liberté_d'expression #débat_public #provocation #contre-provocation #sécularisme_fondamentaliste

    ping @karine4 @cede @isskein

    • « On a oublié le rôle de l’#humiliation dans l’Histoire », par #Olivier_Abel

      Pour le philosophe, « en sacralisant les #caricatures, nous sommes devenus incapables de percevoir ce que les Grecs anciens désignaient par le #tragique ».

      Quel rapport entre les crimes abjects des djihadistes, le danger que représentent à certains égards les « réseaux sociaux » pour la démocratie et la civilité, la question de la liberté d’expression et du blasphème, le durcissement quasi-guerrier de la laïcité, les gilets jaunes, les majorités dangereuses qui ont porté Trump ou Erdogan au pouvoir, et qui poussent à nos portes ? Nous ne comprenons pas ce qui nous arrive, ces colères qui montent en miroir sans plus rien chercher à comprendre, nous ne savons et sentons plus ce que nous faisons. Je voudrais proposer ici une hypothèse.

      Nous avons globalement fait fausse route. Le drame des caricatures n’est que la partie visible d’un énorme problème. Nous nous sommes enfoncés dans le #déni de l’humiliation, de son importance, de sa gravité, de son existence même. Nous sommes sensibles aux #violences, comme aux #inégalités, mais insensibles à l’humiliation qui les empoisonne. Comme l’observait le philosophe israélien Avishaï Margalit, nous n’imaginons même pas ce que serait une société dont les institutions (police, préfectures, administrations, prisons, hôpitaux, écoles, etc.) seraient non-humiliantes. Dans l’état actuel de rétrécissement des ressources planétaires, on aura beaucoup de mal à faire une société plus juste, mais pourquoi déjà ne pas essayer une société moins humiliante ?

      Ni quantifiable, ni mesurable

      Il faut dire que l’humiliation est une notion – et une réalité - compliquée. L’#offense est subjective, et dépend au moins autant de ceux qui la reçoivent que de ceux qui l’émettent. Ce qui humiliera l’un laissera l’autre indifférent, et cela dépend même du moment où ça tombe. L’humiliation n’est pas quantifiable, mesurable, comme le sont les coups et blessures. D’où la tentation de dire que là où il n’y a pas de #dommage ni #préjudice il n’y a pas de #tort. Ce n’est pas une affaire de #droit mais seulement de #sentiment ou de #morale personnelle, donc circulez, il n’y a rien à dire.

      Et pourtant… Si les violences s’attaquent au #corps de l’autre, dans ses capacités et sa #vulnérabilité, l’humiliation fait encore pire : elle s’attaque au visage de l’autre, dans son #estime et son #respect_de_soi : elle le fait blanchir ou rougir, et souvent les deux en même temps.

      Car l’humiliation se présente de deux façons, en apparence contradictoires. Par un côté, elle porte atteinte à l’estime de soi, en faisant #honte à l’individu de son expression, de ce qu’il voudrait montrer et faire valoir, elle le rabroue et l’exclut du cercle de ceux qui sont autorisés à parler. Mais, par un autre côté, elle porte atteinte également au #respect et à la #pudeur, en dévoilant ce qui voulait se cacher, en forçant l’individu à montrer ce qui constitue sa réserve, en le surexposant au #regard_public, en lui interdisant de se retirer.

      L’humiliation s’attaque au sujet parlant. Les humains ne se nourrissent pas de pain et de cirques seulement, mais de #paroles_vives en vis-à-vis : ils n’existent qu’à se reconnaître mutuellement comme des sujets parlants, crédités comme tels, et reconnus dans leur crédibilité. L’humiliation fait taire le sujet parlant, elle lui fait honte de son expression, elle ruine sa confiance en soi.

      Quand le faible est trop faible

      Elle peut également atteindre des formes de vie, des minorités langagières, sexuelles, raciales, religieuses, sociales, etc. Il peut même arriver qu’une majorité endormie dans sa complaisance soit humiliée par une minorité active. Elle devient ce que j’appelais plus haut une majorité « dangereuse », pour elle-même et pour les autres.

      Une #parole_humiliée devient sujette à ces deux maladies du langage que sont la #dévalorisation ou la #survalorisation de soi. Ou, pour le dire autrement : la #dérision ou le #fanatisme. Commençons par la genèse du fanatisme. Simone Weil avait proposé d’expliquer les affaires humaines par cette loi : « on est toujours #barbares avec les faibles ». Il faudrait donc que nul ne soit laissé trop faible et sans aucun #contre-pouvoir, et que le plus fort soit suffisamment « déprotégé » pour rester sensible au faible, bon gagnant si je puis dire, et conscient qu’il ne sera pas toujours le plus fort.

      Mais quand le faible est trop faible pour infliger quelque tort que ce soit au plus fort, le pacte politique posé par Hobbes est rompu. Les faibles n’ont plus rien à perdre, ne sont plus tenus par le souci de la sécurité des biens et des corps, il ne leur reste que l’au-delà et ils basculent dans le #sacrifice_de_soi, dans une parole portée à la folie. Ici la #religion vient juste au dernier moment pour habiller, nommer, justifier cette mutation terrible.

      « C’est à l’humiliation que répond la #barbarie »

      La violence appelle la violence, dans un échange réciproque qui devrait rester à peu près proportionné, même si bien souvent la #violence s’exerce elle-même de manière humiliante, et nous ne savons pas ce que serait une violence vraiment non-humiliante. Avec l’humiliation cependant, le cercle des échanges devient vicieux, les retours sont longuement différés, comme sans rapport, et ils ont quelque chose de démesuré. Ils sont parallèles, mais en négatif, aux circuits de la #reconnaissance dont on sait qu’ils prennent du temps.

      C’est pourquoi les effets de l’humiliation sont si dévastateurs. Ils courent dans le temps, car les humiliés seront humiliants au centuple. Comme le remarquait #Ariane_Bazan, ils peuvent aller jusqu’à détruire méthodiquement toute scène de reconnaissance possible, toute réparation possible : la mère tuera tous ses enfants, comme le fait Médée rejetée par Jason. Lisant Euripide, elle concluait : « c’est à l’humiliation que répond la barbarie ». Les grandes tragédies sont des scènes de la reconnaissance non seulement manquée, mais écrabouillée.

      Pourquoi nos sociétés occidentales sont-elles collectivement aussi insensibles à l’humiliation ? Est-ce la différence avec ce qu’on a appelé les sociétés de honte, le Japon, le monde arabe ? Sans doute est-ce d’abord aujourd’hui parce que nous sommes une société managée par des unités de mesure quantifiable, la monnaie, l’audimat, et par une juridicisation qui ne reconnaît que les torts mesurables, compensables, sinon monnayables.

      Cette évolution a été accélérée par une #morale_libérale, qui est une #morale_minimale, où tout est permis si l’autre est consentant : or on n’a pas besoin du #consentement de l’autre pour afficher sa #liberté, tant que son expression n’est ni violente ni discriminante à l’égard des personnes, et ne porte aucun dommage objectif — les croyances n’existent pas, on peut en faire ce qu’on veut. Le facteur aggravant de l’humiliation, dans une société de réseaux, c’est la diffusion immédiate et sans écrans ralentisseurs des atteintes à la réputation : la #calomnie, la #moquerie, le #harcèlement.

      L’angle mort de notre civilisation

      Mais plus profondément encore, plus anciennement, notre insensibilité à l’humiliation est due à l’entrecroisement, dans nos sociétés, d’une morale stoïcienne de la #modestie, et d’une morale chrétienne de l’#humilité. Celle-ci, en rupture avec les religions de l’imperium, de la victoire, propose en modèle un divin abaissé et humilié dans l’ignominie du supplice de la croix, réservé aux esclaves. Le #stoïcisme est une sagesse dont la stratégie consiste à décomposer l’opinion d’autrui en des énoncés creux dont aucun ne saurait nous atteindre : l’esclave stoïcien n’est pas plus humiliable que l’empereur stoïcien.

      La dialectique hégélienne du maître et de l’esclave est d’ailleurs héritière de ces deux traditions mêlées, quand il fait de l’expérience de l’esclavage une étape nécessaire sur le chemin de la liberté. Cette vertu d’humilité a paradoxalement creusé dans le monde de la chevalerie médiévale, puis dans la société française de cour, et finalement dans le dévouement de l’idéal scientifique, un sillon profond, qui est comme l’angle mort de notre civilisation.

      Et cet angle mort nous a empêchés de voir le rôle de l’humiliation dans l’histoire : c’est l’humiliation du Traité de Versailles qui prépare la venue d’Hitler au pouvoir, celle de la Russie ou de la Turquie qui y maintient Poutine et Erdogan, c’est la manipulation du sentiment d’humiliation qui a propulsé la figure de Trump. Et cette histoire n’est pas finie. Les manipulations machiavéliques des sentiments de peur et les politiques du #ressentiment n’ont jamais atteint, dans tous nos pays simultanément, un tel niveau de dangerosité. Les djihadistes ici jouent sur du velours, car à l’humiliation ancienne de la #colonisation militaire, économique, et culturelle, s’est ajoutée celle des #banlieues et du #chômage, et maintenant les caricatures du prophète, répétées à l’envi.

      #Fanatisme et #dérision

      Car la genèse de la dérision est non moins importante, et concomitante à celle du fanatisme. On a beaucoup entendu parler du #droit_de_blasphémer : curieuse expression, de la part de tous ceux (et j’en suis) qui ne croient pas au #blasphème ! Réclamer le droit de blasphémer, s’acharner à blasphémer, n’est-ce pas encore y croire, y attacher de l’importance ? N’est-ce pas comme les bandes iconoclastes de la Réforme ou de la Révolution qui saccagent les églises, dans une sorte de superstition anti-superstitieuse ?

      Tout le tragique de l’affaire tient justement au fait que ce qui est important pour les uns est négligeable pour les autres. Il faudrait que les uns apprennent à ne pas accorder tant d’importance à de telles #satires, et que les autres apprennent à mesurer l’importance de ce qu’ils font et disent. Ce qui m’inquiète aujourd’hui c’est le sentiment qu’il n’y a plus rien d’important, sauf le droit de dire que rien n’est important.

      Une société où tout est « cool » et « fun » est une société insensible à l’humiliation, immunisée à l’égard de tout scandale, puisqu’il n’y reste rien à transgresser, rien à profaner. Or la fonction du #scandale est vitale pour briser la complaisance d’une société à elle-même. Pire, lorsque l’ironiste adopte un point de vue en surplomb, pointant l’idiotie des autres, il interrompt toute possibilité de #conversation. On peut rire, mais encore faut-il que cela puisse relancer la conversation !

      Sacralisation des caricatures ?

      Le différend tient peut-être aussi au fait que nous ne disposons pas exactement des mêmes genres littéraires. #Salman_Rushdie et #Milan_Kundera observaient que le monde musulman a du mal à comprendre ce que c’est qu’un « roman », comme une forme littéraire typique d’une certaine époque européenne, et qui met en suspens le jugement moral. Nous aussi, nous avons un problème : on dirait parfois que le genre littéraire éminent qui fonde notre culture est la caricature, la dérision, le #comique.

      Ce qui est proprement caricatural, c’est que les caricatures, le #droit_de_rire, soient devenues notre seul sacré. Serions-nous devenus incapables de percevoir ce que les Grecs anciens désignaient par le tragique ? N’avons-nous pas perdu aussi le sens de l’#épopée véritable (celle qui honore les ennemis), et le sens de quoi que ce soit qui nous dépasse nos gentilles libertés bien protégées ?

      Aujourd’hui, aux manipulations de la peur et de la xénophobie par les néonationalistes français, qui sacralisent la #laïcité comme si elle n’était plus le cadre neutre d’une #liberté_d’expression capable de cohabiter paisiblement avec celle des autres, mais la substance même de l’#identité française (une identité aussi moniste et exclusive que jadis l’était le catholicisme pour l’Action française), répond la manipulation cynique du sentiment d’humiliation des musulmans français par les prédicateurs-guerriers du djihadisme, qui n’ont de cesse d’instrumentaliser le ressentiment, dans le monde et en France.

      Liberté d’abjurer et laïcité réelle

      Aux organisations musulmanes françaises, nous dirons : demandez aux pays dominés par l’islam politique d’accorder à leurs minorités les mêmes libertés réelles qui sont celles des musulmans de France, et accordez solennellement à toutes les musulmanes et à tous les musulmans le droit d’abjurer, de se convertir, ou simplement de se marier en dehors de leur communauté.

      Aux néonationalistes, nous dirons : si la laïcité n’est plus que cette identité sacrée, c’est-à-dire le contraire de ce qu’elle a été dans l’histoire réelle (oui, enseignons d’abord l’histoire réelle dans son long cours, ses compromis complexes, et pas les histoires simplistes que nous nous racontons !), le #pacte_laïque sera rompu, et nous ferons sécession, il faudra tout recommencer, ensemble et avec les nouveaux venus.

      Car ce pacte est ce qui, au nom de notre histoire commune, et inachevée, autorise, au sens fort, la #reconnaissance_mutuelle. Il cherche à instituer un théâtre commun d’apparition qui fasse pleinement crédit à la parole des uns et des autres. C’est bien ce qui nous manque le plus aujourd’hui.

      https://www.nouvelobs.com/idees/20201122.OBS36427/on-a-oublie-le-role-de-l-humiliation-dans-l-histoire-par-olivier-abel.htm

  • Un discours magistral du député insoumis Bastien Lachaud sur l’oligarchie !
    La Luciole Mélenchantée
    https://www.youtube.com/watch?v=HivWZUqRSZU

    Motion de rejet préalable à la « Confiance dans la vie publique (loi ordinaire et organique) » présentée par le député France Insoumise Bastien Lachaud. Seul le groupe GDR [Groupe de la Gauche démocrate et républicaine, Président‎ : ‎André Chassaigne] ‎a voté pour cette motion. Tous les autres groupes ont voté contre cette motion de rejet...

    #classe_dirigeante #oligarchie #inégalités #loi_de_moralisation
    #dévalorisation_du_rôle_du_parlement #chambre_d'enregistrement_du_programme_présidentiel

  • J’ai la phobie des tests psychologiques | Les tiroirs de ma tête
    http://www.sophiemenart.info/2017/02/jai-phobie-tests-psychologiques

    Parce que des tests de logiques, de mathématiques, de tout ce qu’on veut, j’en ai fait un paquet en jouant, du temps où on achetait les petits bouquins de jeux divers avec mots croisés. Vous vous rappelez avant l’heure des jeux facebook à la con. Et les doigts dans le nez je remplissais les grilles.
    Bien sûr là il n’y avait pas de chronomètre et mon cerveau fonctionnait impec. Mais ce n’était que du jeu, je n’étais pas jugée sur mes réponses. Du coup j’avais toujours bon, bah oui !

    Certes j’étais plus jeune, m’enfin je me demande si mon blocage sur ces tests psychologiques chronométrés imposés en entretien ne vient pas de réminiscences de la honte que j’ai ressenti en CM2, quand une psy m’a dit devant toute la classe que j’étais trop bête pour passer en 6ème, justement suite à ce genre de tests chronométrés. Allez savoir…

    #travail #emploi #dévalorisation

    • Que nous montrent les statistiques réelles sur les vrais couples qui se séparent effectivement dans la France contemporaine ? D’abord que les femmes s’appauvrissent nettement plus que les hommes après une séparation. L’étude déjà évoquée de l’INSEE et de l’INED montre que le niveau de vie des femmes ayant divorcé en 2009 a baissé en moyenne de 20 % un an après la séparation, contre 3 % pour les hommes (et 35 % d’entre eux se sont mêmes enrichis !). Ces données-là ne sont pas simulées mais bien réelles : ce sont celles récoltées par le fisc (déclaration sur les revenus et taxe d’habitation).

      (…)

      Et l’appauvrissement des mères serait sans doute plus marqué encore s’il était mesuré plusieurs années après la séparation, quand se soldent les comptes de l’ensemble de la carrière et des droits à la retraite. Mais ce coût d’opportunité de la prise en charge du travail parental n’est jamais comptabilisé, ni avant, ni après la rupture. Et si France Stratégie tentait plutôt de mesurer ce phénomène, pour l’intégrer dans le calcul des pensions alimentaires et des prestations compensatoires ?

      À cela je rajoute le tag #humiliation et #dévalorisation_des_femmes, cette étude est juste infecte.

  • Une étude implacable confirme les inégalités hommes-femmes aux “Echos” - L’actu Médias / Net - Télérama.fr
    http://www.telerama.fr/medias/un-audit-interne-implacable-confirme-les-inegalites-hommes-femmes-aux-echos

    Se plaignant d’inégalités, les femmes journalistes des “Echos” avaient fait une grève de signatures en juin dernier. Une étude leur donne raison. Et c’est saignant.
    (…)
    Que lit-on dans cettte étude (menée notamment en ligne auprès de 546 salariés, 316 ayant répondu, dont 120 de la rédaction)

    62 % des journalistes hommes de la rédaction des Echos se disent confiants dans l’évolution de leur carrière
    65 % des journalistes femmes ne sont PAS confiantes… Mauvais signe.

    Mais aussi :
    97 % des journalistes "répondants" au questionnaire estiment que l’objectif d’égalité professionnelle est important ! Formidable.

    Sauf que ça se gâte : 58 % des journalistes hommes estiment que cette égalité existe déjà. Alors que 95 % des journalistes femmes ne la voient pas du tout.

    Regardez bien à quel moment les courbes entre les hommes et les femmes se croisent. Banco : lorsqu’il s’agit d’accéder au premier poste hiérarchique, celui de chef de service.

  • « Moi, Louise, développeuse et fatiguée du sexisme » - leJDD.fr
    http://www.lejdd.fr/Economie/Moi-Louise-developpeuse-et-fatiguee-du-sexisme-642941

    Huit mois après mon arrivée, j’ai coopté un de mes collègues qui s’est mis à travailler avec moi sur une même mission. J’ai arrêté de progresser à ce moment-là, alors que lui grimpait au contraire en flèche. Mon explication ? Il s’est intégré dans le groupe, je suis restée en retrait. Mon chef a fini par donner cette mission qui me tenait à cœur à ce collègue, alors que j’étais tout aussi expérimentée que lui. Encore aujourd’hui, cet épisode me reste en travers de la gorge et a contribué à ma démotivation. C’est un bel exemple de sexisme insidieux. Personne à part moi ne s’en est rendu compte dans l’entreprise…

    Pire, il est impossible d’évoquer ce problème, car c’est un sujet tabou. Si, par hasard, la question de l’égalité entre hommes et femmes arrive sur la table au bureau, la conversation se termine de deux façons : soit mon interlocuteur change de sujet, soit je m’autocensure et j’arrête de moi-même d’argumenter, ne voulant pas pousser mes collègues dans leurs retranchements. Je me sens souvent seule. En sept ans de travail, je n’ai rencontré qu’une femme développeuse… Pour obtenir des sujets intéressants, je dois me battre contre mes collègues, au risque de rencontrer des problèmes relationnels. Si je ne veux pas faire de vagues, je dois me contenter de ce qu’on veut bien me donner. Du coup, je n’ose plus me mettre en avant lorsqu’une opportunité se dessine.