• En Marche dit aux étudiants : sois jeune et endette toi !

    Depuis plusieurs semaines, la jeunesse se mobilise pour alerter sur des conditions de vie rendues encore plus difficile par le confinement. Le 20 janvier plusieurs milliers d’étudiants descendaient dans les rues partout en France avec un slogan : #Génération_sacrifiée. Ce mardi 26 janvier les étudiants ont a nouveau battu le pavé rejoignant en nombre les cortèges des enseignants.

    Les raisons de leur colère ? Une précarité accrue par une crise sanitaire dont ils dénoncent la gestion calamiteuse. Depuis mars, nombre d’entre eux sont en effet confinés dans des chambres exiguës, parfois insalubre, avec leur écran d’ordinateur comme seul lien social. Cette situation a pris un tournant dramatique depuis quelques semaines, alors que les suicides d’étudiants isolés se multiplient.

    Parmi leurs revendications : le RSA pour les moins de 25 ans, et la garantie de pouvoir vivre dignement. Face à cette mobilisation, le gouvernement, qui depuis bientôt un an préfère l’ignorance à l’action, s’est vu contraint de lâcher du lest et a avancé quelques mesures. C’est par la voix de son délégué général Stanislas Guérini, que le mouvement présidentiel a fait ce mardi 26 janvier une proposition pour le moins étonnante : 10 000 euros, prêtés généreusement à taux zéro, avec un remboursement possible sur 30 ans.

    Face à la détresse étudiante, Guérini propose aux jeunes de s’endetter !

    Fausse bonne idée de la part d’un mouvement qui ne peut accepter qu’un étudiant doive avant tout étudier, et non pas travailler ou se soucier d’un futur prêt à rembourser. Il s’agit d’une réponse de banquier, digne de la #logique_néolibérale défendue par Emmanuel Macron et son gouvernement. Elle n’est pas adaptée à la réalité de la vie étudiante.

    Quoi de mieux que de commencer sa vie avec une épée de Damoclès de 10 000 euros au-dessus de la tête ? Avec ce fardeau, il semble difficile qu’un étudiant puisse choisir librement son orientation professionnelle. Cette réalité mettrait d’autant plus en danger les étudiants issus des classes populaires qui ne peuvent se reposer sur leur famille afin de les aider en cas de difficultés financières.

    Les recherches à ce sujet montrent qu’étudier est une activité qui doit s’exercer à temps plein pour garantir la réussite des étudiants. Ceux qui cumulent job étudiant et cours ne le font pas par choix : pour 51% d’entre eux, ce travail est indispensable pour vivre, et 73% d’entre eux affirment qu’ils le font pour améliorer leur niveau de vie. On estime qu’un étudiant qui cumule travail et études sacrifie en moyenne 13 heures de travail universitaire par semaine (heures de cours ou travail personnel) par rapport à un étudiant qui ne travaillerait pas. Si l’on ajoute à cela le fait que 800 000 étudiants sont arrivés sur le marché du travail cet année, avec peu de perspective d’embauche, le plan du gouvernement 1 jeune une solution, semble se transformer rapidement en 1 étudiant un endettement.

    La #dette_étudiante présente également un autre problème, et non des moindres : ces prêts étudiants, s’ils ne pouvaient être remboursés, prépareraient un nouveau krach financier. Cette proposition est d’autant plus inquiétante dans le contexte de la crise économique qui s’annonce. La dette étudiante est déjà une bombe à retardement aux Etats-Unis. Il serait dangereux d’entraîner la France dans cette logique. Le gouvernement prétend que toute personne dont les revenus seraient en dessous de 1 800 euros par mois n’aurait pas à s’embarrasser de rembourser ce prêt. Sous quelles conditions ? Suffirait-il à un moment dans sa vie de gagner plus que cette somme pour devoir rembourser ? Un prêt à rembourser pèse de toute manière déjà lourdement sur un revenu de 1 800 euros par mois.

    Le poids de la dette privée ne doit pas peser sur la nouvelle génération

    Les étudiants ne sont pas dupe face à un gouvernement qui, par la voix de son parti, cherche à se montrer attentif à leur situation, quand « en même temps », ses ministres font le tour des plateaux télé pour déclarer que les jeunes ne rêvent pas de revenus pour les aider à étudier mais d’un travail, comme l’a déclaré Bruno Le Maire. Stanislas Guérini déclare qu’ « Il est insupportable de voir des jeunes abandonner un projet d’avenir ou leurs études, de les voir baisser les bras. » N’est-il pourtant pas le délégué général du parti au pouvoir ? La jeunesse ne souhaite pas de fausses considérations, mais des actions réelles, et mises en œuvre en urgence, car de toute évidence la situation presse.

    Il est donc urgent de proposer aux étudiants une solution afin d’assurer leur avenir sans s’endetter : c’est le but notamment de la garantie dignité proposée par la France Insoumise : compléter les revenus des jeunes, afin qu’aucun d’entre eux ne vive en dessous du seuil de pauvreté (1063 euros par mois). En attendant, les organisations de jeunesse et syndicats demandent à Emmanuel Macron l’ouverture du RSA au moins de 25 ans, filet de sécurité indispensable afin qu’aucun jeune ne tombe dans la précarité.

    Le livret jeunesse de La France insoumise.

    https://linsoumission.fr/2021/01/28/en-marche-dit-aux-etudiants-sois-jeune-et-endette-toi

  • L’#Université, le #Covid-19 et le danger des #technologies_de_l’éducation

    La crise actuelle et la solution proposée d’un passage des enseignements en ligne en urgence ont accéléré des processus systémiques déjà en cours dans les universités britanniques, en particulier dans le contexte du Brexit. Même si l’enseignement en ligne peut avoir une portée radicale et égalitaire, sa pérennisation dans les conditions actuelles ouvrirait la voie à ce que les fournisseurs privés de technologies de l’éducation (edtech d’après l’anglais educational technology) imposent leurs priorités et fassent de l’exception une norme.

    Mariya Ivancheva, sociologue à l’université de Liverpool dont les recherches portent sur l’enseignement supérieur, soutient que nous devons repenser ce phénomène et y résister, sans quoi le secteur de l’enseignement supérieur britannique continuera d’opérer comme un outil d’extraction et de redistribution de l’argent public vers le secteur privé.

    *

    Avec la propagation mondiale du coronavirus et la désignation du COVID-19 comme pandémie par l’Organisation mondiale de la santé le 11 mars, les universités de nombreux pays ont eu recours à l’enseignement en ligne. Rien qu’aux États-Unis, dès le 12 mars, plus de 100 universités sont passées à l’enseignement à distance. Depuis, rares sont les pays où au moins une partie des cours n’est pas dispensée en ligne. Les prestataires de services d’enseignement privés ont été inondés de demandes de la part des universités, qui les sollicitaient pour faciliter le passage à l’enseignement à distance.

    Au Royaume-Uni, la réticence initiale du gouvernement et des directions de certaines institutions d’enseignement supérieur à imposer des mesures de distanciation sociale et à fermer les établissements ont mené plusieurs universités à prendre cette initiative de leur propre chef. Le 23 mars, lorsque les règles de confinement et de distanciation sociale ont finalement été introduites, la plupart des universités avaient déjà déplacé leurs cours en ligne et fermé la plus grande partie de leur campus, à l’exception des « services essentiels ». Si un débat sur les inégalités face à l’université dématérialisée a eu lieu (accès aux ordinateurs, à une connexion Internet sécurisée et à un espace de travail calme pour les étudiant.e.s issus de familles pauvres, vivant dans des conditions défavorables, porteurs de responsabilités familiales ou d’un handicap), l’impact sur le long terme de ce passage en ligne sur le travail universitaire n’a pas été suffisamment discuté.

    Ne pas laisser passer l’opportunité d’une bonne crise

    Étant donnée la manière criminelle dont le gouvernement britannique a initialement répondu à la crise sanitaire, un retard qui aurait coûté la vie à plus de 50 000 personnes, les mesures de confinement et de distanciation prises par les universités sont louables. Toutefois, la mise en ligne des enseignements a également accéléré des processus déjà existants dans le secteur universitaire au Royaume-Uni.

    En effet, surtout depuis la crise de 2008, ce secteur est aux prises avec la marchandisation, les politiques d’austérité et la précarisation. Désormais, il doit également faire aux conséquences du Brexit, qui se traduiront par une baisse des financements pour la recherche provenant de l’UE ainsi que par une diminution du nombre d’étudiant.e.s européens. Entre l’imminence d’une crise économique sans précédent, les craintes d’une baisse drastique des effectifs d’étudiant.e.s étranger/ères payant des frais de scolarité pour l’année académique à venir et le refus du gouvernement de débourser deux milliards de livres pour renflouer le secteur, la perspective d’une reprise rapide est peu probable.

    Le passage en ligne a permis à de nombreux étudiant.e.s de terminer le semestre et l’année académique : pourtant, les personnels enseignants et administratifs n’ont reçu que de maigres garanties face à la conjoncture. Pour les enseignements, les universités britanniques dépendent à plus de 50% de travailleurs précaires, ayant des contrats de vacation souvent rémunérés à l’heure et sur demande (« zero-hour contract » : contrat sans horaire spécifié). Si certaines universités ont mis en place des systèmes de congé sans solde ou de chômage partiel pour faire face à la pandémie, la majorité d’entre elles envisage de renvoyer les plus vulnérables parmi leurs employés.

    Parallèlement, les sociétés prestataires d’edtech, qui sollicitaient auparavant les universités de manière discrète, sont désormais considérées comme des fournisseurs de services de « premiers secours » voire « palliatifs ». Or, dans le contexte actuel, la prolongation de ces modes d’enseignements entraînerait une précarisation et une externalisation accrues du travail universitaire, et serait extrêmement préjudiciable à l’université publique.

    Les eaux troubles de l’enseignement supérieur commercialisé

    Au cours des dernières décennies, le domaine universitaire britannique a connu une énorme redistribution des fonds publics vers des prestataires privés. Les contributions du public et des particuliers à l’enseignement supérieur se font désormais par trois biais : les impôts (budgets pour la recherche et frais de fonctionnement des universités), les frais d’études (frais de scolarité, frais de subsistance et remboursement des prêts étudiants) et par le port du risque de crédit pour les prêts étudiants (reconditionnés en dette et vendus aux investisseurs privés)[1].

    Lorsque les directions des universités mettent en œuvre des partenariats public-privé dont les conditions sont largement avantageuses pour le secteur privé, elles prétendent que ces contrats profitent au « bien public », et ce grâce à l’investissement qu’ils permettraient dans les infrastructures et les services, et parce qu’ils mèneraient à la création d’emplois et donc à de la croissance. Mais cette rhétorique dissimule mal le fait que ces contrats participent en réalité à un modèle d’expansion de l’université fondé sur la financiarisation et le non-respect des droits des travailleurs dont les conditions de travail deviennent encore plus précaires.

    À cet égard, les retraites des universitaires ont été privatisées par le biais d’un régime appelé Universities Superannuation Scheme (USS), dont il a été divulgué qu’il s’agissait d’un régime fiscal offshore. Par ailleurs, les universités britanniques, très bien notées par les agences de notation qui supposent que l’État les soutiendrait le cas échéant, ont été autorisées à emprunter des centaines de millions de livres pour investir dans la construction de résidences étudiantes privées, s’engageant à une augmentation exponentielle du nombre d’étudiant.e.s.

    Le marché de la construction des résidences universitaires privées atteignait 45 milliards de livres en 2017, et bénéficiait souvent à des sociétés privées offshores. Les étudiant.e.s sont ainsi accueillis dans des dortoirs sans âme, fréquentent des infrastructures basiques (par exemple les installations sportives), alors qu’ils manquent cruellement d’accès aux services de soutien psychologique et social, ou même tout simplement de contact direct avec leurs enseignants, qu’ils voient souvent de loin dans des amphithéâtres bondés. Ces choix ont pour résultat une détérioration dramatique de la santé mentale des étudiant.e.s.

    Avec des frais universitaires pouvant aller jusqu’à £9 000 par an pour les études de premier cycle et dépassant parfois £20 000 par an en cycle de masters pour les étudiant.e.s étranger/ères (sans compter les frais de subsistance : nourriture, logement, loisirs), la dette étudiante liée à l’emprunt a atteint 121 milliards de livres. La prévalence d’emplois précaires et mal payés sur le marché du travail rend à l’évidence ces prêts de plus en plus difficiles à rembourser.

    Enfin, le financement de la recherche provient toujours principalement de sources publiques, telles que l’UE ou les comités nationaux pour la recherche. Candidater pour ces financements extrêmement compétitifs demande un énorme investissement en temps, en main d’œuvre et en ressources. Ces candidatures sont cependant fortement encouragées par la direction des universités, en dépit du faible taux de réussite et du fait que ces financements aboutissent souvent à des collaborations entre université et industrie qui profitent au secteur privé par le biais de brevets, de main-d’œuvre de recherche bon marché, et en octroyant aux entreprises un droit de veto sur les publications.

    Les edtech entrent en scène

    Dans le même temps, les sociétés d’edtech jouent un rôle de plus en plus important au sein des universités, profitant de deux changements du paradigme véhiculé par l’idéologie néolibérale du marché libre appliquée à l’enseignement supérieur – ainsi qu’à d’autres services publics.

    D’abord, l’idée de services centrés sur les « utilisateurs » (les « apprenants »selon la terminologie en cours dans l’enseignement), s’est traduite concrètement par des coûts additionnels pour le public et les usagers ainsi que par l’essor du secteur privé, conduisant à l’individualisation accrue des risques et de la dette. Ainsi, la formation professionnelle des étudiant.e.s, autrefois proposée par les employeurs, est désormais considérée comme relevant de la responsabilité des universités. Les universitaires qui considèrent que leur rôle n’est pas de former les étudiant.e.s aux compétences attendues sur le marché du travail sont continuellement dénigrés.

    Le deuxième paradigme mis en avant par les sociétés edtech pour promouvoir leurs services auprès des universités est celui de l’approche centrée sur les « solutions ». Mais c’est la même « solution » qui est invariablement proposée par les sociétés edtech, à savoir celle de la « rupture numérique », ou, en d’autres termes, la rupture avec l’institution universitaire telle que nous la connaissons. En réponse aux demandes en faveur d’universités plus démocratiques et égalitaires, dégagées de leur soumission croissante aux élites au pouvoir, les sociétés edtech (dont la capitalisation s’élève à des milliards de dollars) se présentent comme offrant la solution via les technologies numériques.

    Elles s’associent à une longue histoire où le progrès technologique (que ce soit les lettres, la radio, les cassettes audio ou les enregistrements vidéo) a effectivement été mis au service d’étudiant.e.s « atypiques » tels que les travailleurs, les femmes, les personnes vivant dans des zones d’accès difficile, les personnes porteuses de handicap ou assumant des responsabilités familiales. L’éducation ouverte par le biais par exemple de webinaires gratuits, les formations en ligne ouvertes à tous (MOOC), les ressources éducatives disponibles gratuitement et les logiciels open source suivaient à l’origine un objectif progressiste d’élargissement de l’accès à l’éducation.

    Toutefois, avec le passage en ligne des enseignements dans un secteur universitaire fortement commercialisé, les technologies sont en réalité utilisées à des fins opposées. Avant la pandémie de COVID-19, certaines universités proposaient déjà des MOOC, des formations de courte durée gratuites et créditées et des diplômes en ligne par le biais de partenariats public-privé avec des sociétés de gestion de programmes en ligne.

    Au sein du marché général des technologies de l’information, ces sociétés représentent un secteur d’une soixantaine de fournisseurs, estimé à 3 milliards de dollars et qui devrait atteindre 7,7 milliards de dollars d’ici 2025 – un chiffre susceptible d’augmenter avec les effets de la pandémie. Le modèle commercial de ces partenariats implique généralement que ces sociétés récoltent entre 50 à 70% des revenus liés aux frais de scolarité, ainsi que l’accès à des mégadonnées très rentables, en échange de quoi elles fournissent le capital de démarrage, la plateforme, des services de commercialisation et une aide au recrutement et assument le coût lié aux risques.

    L’une des différences essentielles entre ces sociétés et d’autres acteurs du secteur des technologies de l’éducation proposant des services numériques est qu’elles contribuent à ce qui est considéré comme le « cœur de métier » : la conception des programmes, l’enseignement et le soutien aux étudiant.e.s. Une deuxième différence est que, contrairement à d’autres prestataires d’enseignement privés, ces sociétés utilisent l’image institutionnelle d’universités existantes pour vendre leur produit, sans être trop visibles.

    Normaliser la précarisation et les inégalités

    Le secteur de la gestion des programmes en ligne repose sur une charge importante de travail académique pour les employés ainsi que sur le recours à une main-d’œuvre précaire et externalisée. Ceci permet aux sociétés bénéficiaires de contourner la résistance organisée au sein des universités. De nombreux MOOC, formations de courte durée et des diplômes en ligne en partenariat avec ces sociétés font désormais partie de l’offre habituelle des universités britanniques.

    La charge de travail académique déjà croissante des enseignants est intensifiée par les enseignements en ligne, sans rémunération supplémentaire, et alors même que de tels cours demandent une pédagogie différente et prennent plus de temps que l’enseignement en classe. Avec la transformation de l’enseignement à distance d’urgence en une offre d’« éducation en ligne », ces modalités pourraient devenir la nouvelle norme.

    L’université de Durham a d’ailleurs tenté d’instaurer un dangereux précédent à cet égard, qui en présage d’autres à venir. L’université a conclu un accord avec la société Cambridge Education Digital (CED), afin d’offrir des diplômes entièrement en ligne à partir de l’automne 2020, sans consultation du personnel, mais en ayant la garantie de CED que seules six heures de formation étaient nécessaires pour concevoir et délivrer ces diplômes.

    Dans le même temps, les sociétés de gestion de programmes en ligne ont déjà recruté de nombreux·ses travailleur/euses diplômé·e·s de l’éducation supérieure, souvent titulaires d’un doctorat obtenu depuis peu, cantonné·e·s à des emplois précaires, et chargés de fournir un soutien académique aux étudiant.e.s. Il s’agit de contrats temporaires, sur la base d’une rémunération à la tâche, peu sécurisés et mal payés, comparables à ceux proposés par Deliveroo ou TaskRabbit. Ces employés, qui ne sont pas syndiqués auprès du même syndicat que les autres universitaires, et qui sont souvent des femmes ou des universitaires noirs ou issus de minorités racisées, désavantagés en matière d’embauche et de promotion, seront plus facilement ciblé·e·s par les vagues de licenciement liées au COVID-19.

    Cela signifie également qu’ils/elles seront utilisé·e·s – comme l’ont été les universitaires des agences d’intérim par le passé – pour briser les piquets de grève lors de mobilisations à l’université. Ce système se nourrit directement de la polarisation entre universitaires, au bénéfice des enseignant·e·s éligibles aux financements de recherche, qui s’approprient les recherches produites par les chercheur/ses précaires et utilisent le personnel employé sur des contrats uniquement dédiés à l’enseignement [pour fournir les charges d’enseignement de collègues déchargés]. Il s’agit là de pratiques légitimées par le mode de financement de l’UE et des comités nationaux pour la recherche ainsi que par le système de classements et d’audits de la recherche.

    Avec le COVID-19, le modèle proposé par les entreprises de gestion de programmes en ligne, fondé sur l’externalisation et la privatisation des activités de base et de la main-d’œuvre de l’université, pourrait gagner encore plus de terrain. Ceci s’inscrit en réalité dans le cadre d’un changement structurel qui présagerait la fin de l’enseignement supérieur public. Le coût énorme du passage en ligne – récemment estimé à 10 millions de livres sterling pour 5-6 cours en ligne par université et 1 milliard de livres sterling pour l’ensemble du secteur – signifie que de nombreuses universités ne pourront pas se permettre d’offrir des enseignements dématérialisés.

    De plus, les sociétés de gestion de programmes en ligne ne travaillent pas avec n’importe quelle université : elles préfèrent celles dont l’image institutionnelle est bien établie. Dans cette conjoncture, et compte tenu de la possibilité que de nombreux/ses étudiant.e.s annulent (ou interrompent) leur inscription dans une université du Royaume-Uni par crainte de la pandémie, de nombreuses universités plus petites et moins visibles à l’échelle internationale pourraient perdre un nombre importante d’étudiant.e.s, et le financement qui en découle.

    En dépit de tous ces éléments, l’appel à une réglementation et à un plafonnement du nombre d’étudiant.e.s admis par chaque institution, qui permettraient une redistribution sur l’ensemble du secteur et entre les différentes universités, semble tomber dans l’oreille d’un sourd.

    Un article sur le blog de Jo Johnson, ancien ministre de l’Éducation et frère du Premier ministre britannique, exprime une vision cynique de l’avenir des universités britanniques. Sa formule est simple : le gouvernement devrait refuser l’appel au soutien des universités moins bien classées, telles que les « instituts polytechniques », anciennement consacrés à la formation professionnelle et transformés en universités en 1992. Souvent davantage orientées vers l’enseignement que vers la recherche, ceux-ci n’ont que rarement des partenariats avec des sociétés de gestion de programmes en ligne ou une offre de cours à distance. Selon Johnson, ces universités sont vouées à mourir de mort naturelle, ou bien à revenir à leur offre précédente de formation professionnelle.

    Les universités du Groupe Russell[2], très concentrées sur la recherche, qui proposent déjà des enseignements dématérialisés en partenariat avec des prestataires de gestion des programmes en ligne, pourraient quant à elles se développer davantage, à la faveur de leur image institutionnelle de marque, et concentreraient ainsi tous les étudiant.e.s et les revenus. Ce qu’une telle vision ne précise pas, c’est ce qu’il adviendrait du personnel enseignant. Il est facile d’imaginer que les nouvelles méga-universités seraient encore plus tributaires des services de « soutien aux étudiant.e.s » et d’enseignement dispensés par des universitaires externalisés, recrutés par des sociétés de gestion des programmes en ligne avec des contrats à la demande, hyper-précaires et déprofessionnalisés.

    Lieux de lutte et de résistance

    Ce scénario appelle à la résistance, mais celle-ci devient de plus en plus difficile. Au cours des six derniers mois, les membres du syndicat « University and College Union » (UCU) ont totalisé 22 jours de grève. L’une des deux revendications portées par cette mobilisation, parmi les plus longues et les plus soutenues dans l’enseignement supérieur britannique, portait sur les retraites.

    La seconde combinait quatre revendications : une réduction de la charge de travail, une augmentation des salaires sur l’ensemble du secteur (ils ont diminué de 20% au cours de la dernière décennie), s’opposer à la précarisation, et supprimer les écarts de rémunération entre hommes et femmes (21%) et ceux ciblant les personnes racisées (26%). Les employeurs, représentés par « Universities UK » et l’Association des employeurs « Universities and Colleges », n’ont jusqu’à présent pas fait de concessions significatives face à la grève. La crise du COVID-19 a limité l’option de la grève, alors que l’augmentation de la charge de travail, la réduction des salaires et la précarisation sont désormais présentées comme les seules solutions pour faire face à la pandémie et aux crises économiques.

    Dans ce contexte, le passage vers l’enseignement en ligne doit devenir un enjeu central des luttes des syndicats enseignants. Toutefois, la possibilité de mener des recherches sur ce processus – un outil clé pour les syndicats – semble limitée. De nombreux contrats liant les universités et les entreprises de gestion de programme en ligne sont conclus sans consultation du personnel et ne sont pas accessibles au public. En outre, les résultats de ces recherches sont souvent considérés comme nocifs pour l’image des sociétés.

    Pourtant, un diagnostic et une réglementation des contrats entre les universités et ces entreprises, ainsi que celle du marché de l’edtech en général, sont plus que jamais nécessaires. En particulier, il est impératif d’en comprendre les effets sur le travail universitaire et de faire la lumière sur l’utilisation qui est faite des données collectées concernant les étudiant.e.s par les sociétés d’edtech. Tout en s’opposant aux licenciements, l’UCU devrait également se mettre à la disposition des universitaires travaillant de manière externalisée, et envisager de s’engager dans la lutte contre la sous-traitance du personnel enseignant.

    Bien que tout cela puisse aujourd’hui sembler être un problème propre au Royaume-Uni, la tempête qui y secoue aujourd’hui le secteur de l’enseignement supérieur ne tardera pas à se propager à d’autres contextes nationaux.

    Traduit par Céline Cantat.

    Cet article a été publié initialement sur le blog du bureau de Bruxelles de la Fondation Rosa Luxemburg et de Trademark Trade-union.
    Notes

    [1] La réforme de 2010 a entraîné le triplement des droits d’inscriptions, qui sont passés de 3000 à 9000 livres (soit plus de 10 000 euros) par an pour une année en licence pour les étudiant.e.s britanniques et originaires de l’UE (disposition qui prendra fin pour ces dernier.e.s avec la mise en œuvre du Brexit). Le montant de ces droits est libre pour les étudiant.e.s hors-UE, il équivaut en général au moins au double. Il est également bien plus élevé pour les masters.

    [2] Fondé en 1994, le Russell Group est un réseau de vingt-quatre universités au Royaume-Uni censé regrouper les pôles d’excellence de la recherche et faire contrepoids à la fameuse Ivy League étatsunienne.

    https://www.contretemps.eu/universite-covid19-technologies-education

    #le_monde_d'après #enseignement #technologie #coronavirus #facs #UK #Angleterre #distanciel #enseignement_en_ligne #privatisation #edtech #educational_technology #Mariya_Ivancheva #secteur_privé #enseignement_à_distance #dématérialisation #marchandisation #austérité #précarisation #Brexit #vacation #précaires #vacataires #zero-hour_contract #externalisation #ESR #enseignement_supérieur #partenariats_public-privé #financiarisation #conditions_de_travail #Universities_Superannuation_Scheme (#USS) #fiscalité #résidences_universitaires_privées #immobilier #santé_mentale #frais_universitaires #dette #dette_étudiante #rupture_numérique #technologies_numériques #MOOC #business #Cambridge_Education_Digital (#CED) #ubérisation #Russell_Group

  • Aux Etats-Unis, Bernie Sanders propose l’annulation totale de la dette étudiante
    https://www.mediapart.fr/journal/international/260619/aux-etats-unis-bernie-sanders-propose-l-annulation-totale-de-la-dette-etud

    Bernie Sanders, candidat à la primaire démocrate pour 2020, propose d’annuler purement et simplement 1 600 milliards de dollars de dettes étudiantes. Une proposition qui va plus loin que celle d’Elizabeth Warren et qui est très critiquée par les démocrates modérés, mais qui répond à une vraie urgence.

    #Analyse #dette_étudiante,_Etats-Unis,_Bernie_Sanders,_dette,_economie,_elisabeth_warren

  • #États-Unis : 3 millions de #seniors font face au remboursement de #prêts_étudiants - Amériques - RFI
    http://www.rfi.fr/ameriques/20190505-frais-scolarite-dette-universite-etudes-seniors-usa

    Les étudiants doivent le plus souvent contracter des prêts à long terme afin de payer les frais de scolarité et leurs dépenses lors de leurs années universitaires. Actuellement, cette dette s’élève à 1 500 milliards de dollars. Mais elle ne concerne pas que les nouveaux entrants sur le marché du travail. La chaîne CBS a eu accès à des documents officiels qui montrent que 3 millions de personnes de plus de 60 ans remboursent actuellement des prêts universitaires, pour une valeur totale de 86 milliards de dollars.

    #dette_étudiante

    • Etudiants dans la bulle financière

      Dans ces pays, le même constat : il faudrait une vie entière pour rembourser les coûts de l’université. Le prêt moyen est d’environ 30 000 dollars, qui peut monter à 80 000 ou 100 000 dollars... Avec des intérêts atteignant les 13%. Sur les 43 millions de personnes ayant contracté de telles dettes, 10% sont en défaut de paiement aux Etats-Unis contre 6,3% en 2004. Des signaux inquiétants, qui plombent les classes moyennes et ouvrières.

      En Suisse, nous n’en sommes pas encore à ces niveaux. Selon l’Office fédéral de la statistique, 13% des étudiants s’endettent pour leurs études. En 2015, les cantons ont accordé 17 millions de francs de prêts à 2300 jeunes – soit moins de 8000 francs en moyenne.

      https://www.lecourrier.ch/151679/etudiants_dans_la_bulle_financiere
      #Suisse

    • The inescapable weight of my $100,000 student debt

      MH Miller left university with a journal full of musings on Virginia Woolf and a vast financial burden. He is one of 44 million US graduates struggling to repay a total of $1.4tn. Were they right to believe their education was ‘priceless’?

      On Halloween in 2008, about six weeks after Lehman Brothers collapsed, my mother called me from Michigan to tell me that my father had lost his job in the sales department of Visteon, an auto parts supplier for Ford. Two months later, my mother lost her job working for the city of Troy, a suburb about half an hour from Detroit. From there our lives seemed to accelerate, the terrible events compounding fast enough to elude immediate understanding. By June, my parents, unable to find any work in the state where they spent their entire lives, moved to New York, where my sister and I were both in school. A month later, the mortgage on my childhood home went into default.
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      After several months of unemployment, my mother got a job in New York City, fundraising for a children’s choir. In the summer of 2010, I completed my studies at New York University, where I received a BA and an MA in English literature, with more than $100,000 of debt, for which my father was a guarantor. My father was still unemployed and my mother had been diagnosed with an aggressive form of breast cancer. She continued working, though her employer was clearly perturbed that she would have to take off every Friday for chemotherapy. To compensate for the lost time, on Mondays she rode early buses into the city from the Bronx, where, after months of harrowing uncertainty, my parents had settled. She wanted to be in the office first thing.

      In January 2011, Chase Bank took full possession of the house in Michigan. Our last ties were severed by an email my father received from the realtor, who had tried and failed to sell the property, telling him he could now cancel the utilities. In May, I got a freelance contract with a newspaper that within a year would hire me full-time – paying me, after taxes, roughly $900 every two weeks. In September 2011, my parents were approved for bankruptcy, and in October, due to a paperwork error, their car was repossessed in the middle of the night by creditors. Meanwhile, the payments for my debt – which had been borrowed from a variety of federal and private lenders, most prominently Citibank – totalled about $1,100 a month.

      Now 30, I have been incapacitated by debt for a decade. The delicate balancing act that my family and I perform in order to make a payment each month has become the organising principle of our lives. I am just one of 44 million borrowers in the US who owe a total of more than $1.4 trillion in student loan debt. This number is almost incomprehensibly high, and yet it continues to increase, with no sign of stopping. Legislation that might help families in financial hardship has failed in Congress. A bill introduced in May 2017, the Discharge Student Loans in Bankruptcy Act, which would undo changes made to the bankruptcy code in the early 2000s, stalled in committee. Despite all evidence that student loan debt is a national crisis, the majority of the US government – the only organisation with the power to resolve the problem – refuses to acknowledge its severity.

      My debt was the result, in equal measure, of a chain of rotten luck and a system that is an abject failure by design. My parents never lived extravagantly. In the first years of their marriage, my father drove a cab. When they had children and my father started a career in the auto industry, we became firmly middle-class, never wanting for anything, even taking vacations once a year, to places like Myrtle Beach or Miami. Still, there was usually just enough money to cover the bills – car leases, a mortgage, groceries. My sister and I both attended public school. The cost of things was discussed constantly. In my freshman year of high school, I lost my yearbook, which cost $40; my mother very nearly wept. College, which cost roughly $50,000 a year, was the only time that money did not seem to matter. “We’ll find a way to pay for it,” my parents said repeatedly, and if we couldn’t pay for it immediately, there was always a bank willing to give us a loan. This was true even after my parents had both lost their jobs amid the global financial meltdown. Like many well-meaning but misguided baby boomers, neither of my parents received an elite education, but they nevertheless believed that an expensive school was not a waste of money; it was the key to a better life for their children. They continued to put faith in this falsehood even after a previously unimaginable financial loss, and so we continued spending money that we didn’t have – money that banks kept giving to us.
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      I have spent a great deal of time during the last decade shifting the blame for my debt. Whose fault was it? My devoted parents, for encouraging me to attend a school they couldn’t afford? The banks, which should have never lent money to people who clearly couldn’t pay it back to begin with, continuously exploiting the hope of families like mine, and quick to exploit us further once that hope disappeared? Or was it my fault for not having the foresight to realise it was a mistake to spend roughly $200,000 on a school where, in order to get my degree, I kept a journal about reading Virginia Woolf? (Sample passage, which assuredly blew my mind at the time: “We are interested in facts because we are interested in myth. We are interested in myth insofar as myth constructs facts.”) The problem, I think, runs deeper than blame. The foundational myth of an entire generation of Americans was the false promise that education was priceless – that its value was above or beyond its cost. College was not a right or a privilege, but an inevitability on the way to a meaningful adulthood. What an irony that the decisions I made about college when I was 17 have derailed such a goal.

      After the dust settled on the collapse of the economy, on my family’s lives, we found ourselves in an impossible situation: we owed more each month than we could collectively pay. And so we wrote letters to Citibank’s mysterious PO box address in Sioux Falls, South Dakota, begging for help, letters that I doubt ever met a human being. We grew to accept Citibank as a detestable Moloch that we feared and hated, but were made to worship. The letters began to comprise a diary for my father in particular, a way to communicate a private anguish that he mostly bottled up, as if he was storing it for later. In one letter, addressed “Dear Citi,” he pleaded for a longer-term plan with lower monthly payments. He described how my mother’s mounting medical bills, as well as Chase Bank’s collection on our foreclosed home, had forced the family into bankruptcy, which provided no protection in the case of private student loans. We were not asking, in the end, for relief or forgiveness, but merely to pay them an amount we could still barely afford. “This is an appeal to Citi asking you to work with us on this loan,” he wrote to no one at all.

      Finally, at the beginning of 2012, my father started writing to the office of Congressman Joseph Crowley, who represented the district in the Bronx where my parents had relocated. In one of these letters, he described watching Too Big to Fail, an HBO film about the financial crisis, which had come out several months earlier. (My parents lost every asset they had, but they still subscribed to HBO, which became more than TV for them – a symbolic relic of their former class status.)

      The recession was over, officially anyway, and people who had not suffered its agonies were already profiting from its memory. Recession films often took place in the gleaming offices of hedge funds and investment banks, with attractive celebrities offering sympathetic portrayals of economists and bankers – Zachary Quinto, in 2011’s Margin Call, for instance, plays a rocket scientist turned risk analyst with a heart of gold, a do-gooder who discovers that his employer has leveraged itself to the edge of bankruptcy. These films often depicted figures who experienced little to no repercussions for their roles in leading the country into a recession, who abused the misfortune of people like my parents – unmentionables who owed more on their houses than what they had paid for them and, of course, rarely featured in the story at all.
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      My father described himself and my mother to Crowley as “the poster children for this entire financial event”, by which he meant Americans who seemed to have done everything right on paper, but in doing so contributed to their own downfall. By the time he wrote to Crowley, my father was working again, but it had taken him two years to find another job, which paid him much less money. After his run of financial calamity, he knew better than to believe anything good would last. “We are in our 60s and I figure when we get to our mid-70s life will become difficult again,” he wrote.

      Crowley’s office wrote back. It was the first time in about two years that a person had responded to our correspondence with encouragement, or something like it. Someone who worked for his office in Washington helped to arrange a conference call with government liaisons from Citigroup to discuss a different payment plan. The monthly payments to Citi were then more than $800 a month, and we were trying to talk them into letting us pay the loan over a longer period, at a rate of about $400 a month. These terms were reasonable enough, but the response to this request was like an automated message brought to life: “We are precluded from a regulatory perspective from being able to do what you are asking,” each of the representatives said. What made these exchanges more ridiculous was the fact that Citibank was in the process of retreating from the student loan market by selling off my debt to Discover Financial, who would give us the same response. We were nothing to these companies but a number in a database. And they fully controlled our fates.

      I used to wonder if the people who worked for these lenders had families of their own, and if they would ever find themselves bankrupt, wondering where they were going to live. Most of all, I wondered what they would do if their own children had to take out loans to pay for college. After 10 years of living with the fallout of my own decisions about my education, I have come to think of my debt as like an alcoholic relative from whom I am estranged, but who shows up to ruin happy occasions. But when I first got out of school and the reality of how much money I owed finally struck me, the debt was more of a constant and explicit preoccupation, a matter of life and death.

      I had studied English because I wanted to be a writer. I never had an expectation of becoming rich. I didn’t care about money. My MA fed an intellectual curiosity that eventually led me to newspapers, and I don’t regret that my translation of The Dream of the Rood from Old English to contemporary vernacular was not a terribly marketable or even applicable skill. I understand now the extent to which I was among the most overeducated group of young adults in human history. Still, following completion of this degree, I enrolled for an evening class in French at New York’s Cooper Union, as that deferred my having to start paying off the debt, and the cost of the new class was cheaper than the monthly repayments I would have to make. Once I could no longer delay and the payments began, a question echoed through my head from the moment the day began, and often jolted me awake at night. I would look at the number on my paycheck and obsessively subtract my rent, the cost of a carton of eggs and a can of beans (my sustenance during the first lean year of this mess), and the price of a loan payment. The question was: What will you do when the money from the paycheck is gone?

      I never arrived at an answer to this question. At my lowest points, I began fantasising about dying, not because I was suicidal, but because death would have meant relief from having to come up with an answer. My life, I felt, had been assigned a monetary value – I knew what I was worth, and I couldn’t afford it, so all the better to cash out early. The debt was mind-controlling – how I would eat or pay my rent without defaulting was a constant refrain, and I had long since abandoned any hope of a future in which I might have a meaningful line of credit or a disposable income, or even simply own something – but it was also mind-numbingly banal. I spent a great deal of time filling out paperwork over and over again, or waiting on hold for extended periods in order to speak to a robotic voice that would reject my request. It didn’t matter what the request was or who I was asking. It was always rejected.

      And so it felt good to think about dying, in the way that it felt good to take a long nap in order to not be conscious for a while. These thoughts culminated in November 2010, when I met with my father one afternoon at a diner in Brooklyn to retrieve more paperwork. My hope for some forgiving demise had resulted in my being viciously sick for about 10 days, with what turned out to be strep throat. I refused to go to the doctor in the hope that my condition might worsen into a more serious infection that, even if it didn’t kill me, might force someone to at last lavish me with pity. I coughed up a not insignificant portion of yellowish fluid before my father and I entered the restaurant. We sat at a table, and I frowned at the forms he handed me. I started the conversation by asking, “Theoretically, if I were to, say, kill myself, what would happen to the debt?”

      “I would have to pay it myself,” my father said, in the same tone he would use a few minutes later to order eggs. He paused and then offered me a melancholy smile, which I sensed had caused him great strain. “Listen, it’s just debt,” he said. “No one is dying from this.”

      My father had suffered in the previous two years. In a matter of months, he had lost everything he had worked most of his adult life to achieve – first his career, then his home, then his dignity. He had become a 60-year-old man who had quite reluctantly shaved his greying, 40-year-old mustache in order to look younger, shuffling between failed job interviews where he was often told he had “too much experience”. He was ultimately forced out of the life he’d known, dragging with him, like some 21-first-century Pa Joad, a U-Haul trailer crammed with family possessions, including, at the insistence of my mother, large plastic tubs of my childhood action figures.

      Throughout this misery, my father had reacted with what I suddenly realised was stoicism, but which I had long mistaken for indifference. This misunderstanding was due in part to my mother, whom my father mercifully hadn’t lost, and who had suffered perhaps most of all. Not that it was a competition, but if it were, I think she would have taken some small amount of satisfaction in winning it. The loss of home and finances felt at least like a worthy opponent for cancer, and yet here was my father telling me that none of this was the end of the world. I felt a flood of sympathy for him. I was ashamed of my selfishness. The lump in my throat began to feel less infectious than lachrymal. “OK,” I said to him, and that was that. When I got home I scheduled an appointment with a doctor.

      Much of the dilemma about being in debt came down to numbers that I could only comprehend in the abstract. There was $38,840 at 2.25% interest, and a notice that in May 2016 the interest would increase to 2.5%. And a $25,000 loan at 7.5%, to which my family and I had contributed, over the course of three years, $12,531.12 and on which I now owed $25,933.66. More than what I started out with. I memorised – or, more often, didn’t – seemingly crucial details about my debt that turned out to be comically meaningless: a low-interest loan from Perkins was serviced by a company called ACS, which had rebranded to Conduent Education and sent out notices with their new logo and the message “Soon to be Conduent.” Citibank, referring to itself as “Citibank, N.A. (Citibank),” transferred the servicing of my loans to Firstmark, and I had to create an account with them. Student loan firm Sallie Mae’s lending arm span off into an independent company called Navient. In 2017, the Consumer Financial Protection Bureau sued Navient, alleging that it “systematically and illegally [failed] borrowers at every stage of repayment”.

      Navient released a public statement in reponse to that suit, which said: “There is no expectation that the servicer will act in the interest of the consumer.” When I received a notice from Navient in February 2017 that my monthly payments would be increasing, for reasons I did not comprehend, the email came with a note at the bottom saying: “We’re here to help: We’re happy to help you navigate your options, provide you with resources, and answer any questions you have as you repay your loans.” The company’s motto is, hilariously, “Solutions for your success”.
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      These announcements flooded my inbox with subject lines declaring “Important Information”, but none of them altered my fate. Sometimes the monthly payments would go up, sometimes my salary would go up, sometimes I made a cheque out to a different company. The only stable thing was the money I owed, which never seemed to get any lower. And so the cash would go out to the various lenders with the blind hope that it was right. On top of all that was a dreadful anticipation that any day now I might hear from the credit bureau and my life would somehow bottom out.

      In some twisted way, I wanted it to happen. My mother’s cancer went into remission, and both of my parents found, in their 60s, new careers in New York. I maintained steady employment in journalism since finishing school, and in 2016 I was hired as an editor at the New York Times. Was it possible we had become lucky? I had spent so much time wondering what life’s nadir looked like that I was now curious whether it had already come and gone.

      In the summer of 2017, my father, now nearing 70, had lost another job, so I finally removed him as a guarantor and refinanced my loans with one of the few companies that provides such a service, SoFi. My wife, who agreed to marry me last autumn, would help with the payments when she could. Sharing the burden of my debt with my spouse instead of my parents was a small, depressing victory, a milestone perhaps unique to members of my generation, one that must have carried the same kind of significance that purchasing a home and having a mortgage had to my parents.

      SoFi has not made my situation much more tenable. The main difference is that I now write one cheque instead of several, and I have an end date for when the debt, including the calculated interest – about $182,000 – will be paid off: 2032, when I’ll be 44, a number that feels only slightly less theoretical to me than 30 did when I was 17. What I have to pay each month is still, for the most part, more than I am able to afford, and it has kept me in a state of perpetual childishness. I rely on the help of people I love, and I live by each paycheck. I still harbour anxiety about the bad things that could befall me should the paycheck disappear.

      But the “Important Information” I receive has changed. SoFi is a Silicon Valley startup that bills itself as “a new kind of finance company”; its name is shorthand for Social Finance, Inc. In addition to loans, it offers membership outreach in the form of financial literacy workshops and free dinners. Their aim is to “empower our members” – a mission that was called into question by the resignation, in September 2017, of its CEO, Mike Cagney, who employees allege had engaged in serial workplace sexual harassment and who ran the office, according to a New York Times headline, like “a frat house.” The allegations, according to a report in the Times, include Cagney exchanging explicit text messages with employees, bragging about the size of his genitalia, and the company’s chief financial officer offering bonuses to female employees if they lost weight. In January, SoFi hired Anthony Noto, formerly of Twitter, as Cagney’s replacement.

      SoFi has also received criticism for its elitism, and for courting only wealthy, high-earning borrowers – to which I can only say this is a category with which I do not personally identify, especially after writing the check to SoFi each month. The news ahout Cagney came out not long after I refinanced my loans with the company – I became, I suppose, a SoFi’er, in the company’s parlance. Around the same time, I started receiving curious emails from them: “You’re Invited: 2 NYC Singles Events” or “Come Celebrate Pride with us!”

      “Dear NYC SoFi’er,” one of these emails read, “Grab a single friend and join us for a fun night at Rare View Rooftop Bar and Lounge in Murray Hill! You’ll mingle with some of our most interesting (and available!) members… ” The invitation cited a statistic that promised “86% of members at other SoFi Singles events said they met someone they want to see again”.

      I will reiterate that I am a 30-year-old married man with more than $100,000 of debt, who makes less each year than what he owes. Buying a pair of trousers is a major financial decision for me. I do not think myself eligible in any sense of the word, nor do I find my debt to be amusing merely on a conversational level.

      Still, I felt as if in 10 years, the debt hadn’t changed, but the world had, or at least the world’s view of it. This thing, this 21st-century blight that had been the source of great ruin and sadness for my family, was now so normal – so basic – that it had been co-opted by the wellness industry of Silicon Valley. My debt was now approachable, a way to meet people. It was, in other words, an investment in my future, which is why I had gone into debt in the first place. Would SoFi be this friendly if I lost my job and missed a monthly payment?

      Let’s say I was morbidly intrigued. The day after Valentine’s Day, I went to a Mexican restaurant in the financial district for a SoFi community dinner – this was not a singles event, but simply a free meal. There had been another of these dinners near my apartment the week before, but it had, to my surprise, quickly sold out. The restaurant was packed with an after-work crowd in business attire, and SoFi had rented out the back room, where a few dozen people had gathered, all wearing name tags and discussing financial woes. Sid, a software developer from Queens who had racked up credit card debt after college, told me that the debt was a unifying force at these gatherings. “When there’s a break in the conversation, someone can just say, ‘So, debt, huh?’ and things will get going again,” he said. “If we walked outside of this room,” he continued, gesturing to the suits by the bar, “everyone out there would have debt, too. It’s just a little more out in the open for us.”

      Despite the name tags, the dinner turned out to resemble something more like an AA meeting, an earnest session of group therapy. Everyone had their story about the problems caused by their student loans and how they were trying, one day at a time, to improve things, and no story was exceptional, including my own. Ian, an employee for Google who had recently successfully paid off his debt from a Columbia MBA programme, became something like my sponsor for the evening. He said he had a few “bone dry” years, when he lived on instant noodles. I told him I had a long way to go. “At least you’re doing something about it,” he said, sincerely.

      We sat down to dinner. Across from me was Mira, a defence attorney from Brooklyn, who attended law school at Stanford. Her payments amount to $2,300 a month, more than double my own. When I asked her why she came to this event, she glanced at me as if the answer should have been obvious: her payments are $2,300 a month. The table, myself included, looked on her with an odd reverence. She wore a business suit and had her hair pulled back, but I saw her as something like the sage and weathered biker of the group, talking in her wisdom about accepting the things you cannot change.

      After the food was served, a waiter came by with a stack of to-go boxes, which sat on the edge of the table untouched for a while as everyone cautiously eyed them. The group was reluctant at first, but then Ian said, “The chicken was actually pretty good,” as he scooped it into one of the boxes. Mira shrugged, took a fork, and said: “This is a little tacky, but I’d hate to waste free food,” and the rest of the table followed her lead. Maybe the next generation would do better, but I felt like we were broke and broken. No number of degrees or professional successes would put us back together again. For now, though, we knew where our next meal was coming from.


      https://www.theguardian.com/news/2018/aug/21/the-inescapable-weight-of-my-100000-student-debt?CMP=twt_gu

    • Étudiants, l’avenir à crédit

      Sous l’effet de la compétition internationale, les universités se transforment en de gigantesques entreprises. Une enquête aussi éclairante qu’inquiétante sur un phénomène émergent en Europe.

      Compétitivité, marketing ou retour sur investissement sont des termes qui circulent désormais dans les couloirs feutrés des grandes universités. De Shanghai à New York en passant par Paris et Berlin, la transmission des connaissances devient une marchandise, dans le sillage de « l’économie du savoir », une doctrine érigée à la fin des années 1990 par les instances financières internationales – OCDE et Banque mondiale en tête. L’enseignement supérieur, reconnu comme un moteur de productivité et de croissance économique, doit se mettre au service du développement des pays. Victimes de ce nouveau système, les étudiants sont contraints d’investir pour apprendre. Ils s’acquittent de frais d’inscription de plus en plus élevés, et s’appauvrissent avant même d’entrer dans la vie active. Aux États-Unis, la dette étudiante a dépassé le coût du logement et de la santé, menaçant l’économie nationale. Les jeunes Européens suivront-ils la même voie ? Si certains pays d’Europe du Nord résistent à cette commercialisation du savoir, considérant l’éducation comme un acquis social, d’autres s’inspirent de plus en plus du modèle anglo-saxon. En France, les établissements les plus prestigieux, comme Sciences-Po et Paris-Dauphine, se sont déjà engagés sur le chemin du payant.

      À bout de souffle
      Étayé par des chiffres effarants, ce documentaire fouillé dresse un état des lieux de la mutation des universités du monde entier. Des États-Unis jusqu’à la Chine, nouvel eldorado de l’enseignement supérieur mondial, le réalisateur pointe les dérives de la marchandisation du savoir en partant à la rencontre d’étudiants étouffés par leurs crédits et terrifiés par l’avenir.

      https://www.youtube.com/watch?v=VN2QOnp3aXk


      #vidéo #documentaire #film

  • Crise de la dette étudiante, la grosse bulle qui monte aux Etats-Unis (Libération)
    http://www.liberation.fr/planete/2016/09/18/crise-de-la-dette-etudiante-la-grosse-bulle-qui-monte-aux-etats-unis_1501

    Frais d’inscription élevés, taux d’intérêts démentiels… Des millions d’Américains sont plombés toute leur vie par le coût de leurs études.

    […] Mais une chose est sûre : comme des dizaines de millions d’Américains, cette designeuse numérique aura payé au prix fort son passage à l’université. […] Au rythme actuel, Kristine aura 70 ans lorsqu’elle réglera sa dernière mensualité. Son prêt étudiant de 85 000 dollars lui aura coûté près de 310 000 dollars.

    #éducation #coûts #dette_étudiante #université