• Détester les Juifs/Juives, aimer Israël ? Entretien avec Michel Feher

    La guerre à Gaza et la montée des droites illibérales servent de point de départ à une réflexion sur la crise du lien entre judaïsme, sionisme et Israël. Dans cet entretien, le philosophe Michel Feher soutient qu’Israël est devenu un laboratoire des ethno-nationalismes et que le « pacte de blanchiment mutuel » entre les Juifs/Juives et les sociétés occidentales menace de s’épuiser. Face à cela, il revendique une tradition juive diasporique, cosmopolite et critique.

    Né à Bruxelles en 1956 et d’origine hongroise, Michel Feher est philosophe, éditeur et figure de proue de l’essai critique contemporain. Il a fondé en 1986 Zone Books, la maison d’édition new-yorkaise grâce à laquelle il a contribué, pendant quatre décennies, à faire découvrir au monde anglophone des auteurs tels que Michel Foucault, Georges Bataille, Gilles Deleuze et Georges Canguilhem ; il codirige avec la théoricienne politique Wendy Brown la collection Near Futures, consacrée à la réflexion sur les mutations du capitalisme tardif ; il a enseigné à l’École normale supérieure de Paris ainsi qu’aux universités de Berkeley et de Goldsmiths. Il est par ailleurs cofondateur de Diagrammes.fr, un projet audiovisuel récent proposant des entretiens avec des intellectuels critiques. Il est l’auteur de Powerless by Design : The Age of the International Community [Impuissant par conception : l’ère de la communauté internationale] (Duke University Press, 2000) sur la reconfiguration humanitaire de la communauté internationale ; Le temps des investis (La Découverte, 2017 ; publié en espagnol sous le titre El tiempo de los investidos) sur le sujet néolibéral reconverti en actif évalué en permanence par les marchés ; Producteurs et parasites (La Découverte, 2024) sur l’imaginaire économique du parti d’extrême droite français Rassemblement national.

    #XXXLIEN1LIENXXX

    #israel #diaspora

  • Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil - InfoMigrants
    https://www.infomigrants.net/fr/post/72532/comment-le-portugal-tente-de-soigner-les-esprits-des-migrants-face-aux

    Comment le Portugal tente de soigner les esprits des migrants face aux traumatismes de l’exil
    Par RFI Publié le : 23/07/2026
    Au Portugal, les migrants sont plus que jamais indispensables à l’économie, mais leur santé mentale reste fragilisée par les traumatismes de l’exil et la montée des discours xénophobes. De Lisbonne à Almeirim, la société civile se mobilise pour mieux les accompagner.
    Dans le centre Ismaili de Lisbonne, une petite équipe de six femmes prépare ses actions sur le terrain. Leur objectif : recueillir des informations sur la santé mentale et le bien‑être des personnes migrantes dans le cadre du projet What Health (Quelle santé, en français). Au programme, aller à la rencontre des populations immigrées dans la rue, mais aussi profiter des fêtes et des événements des diasporas pour proposer leurs questionnaires.
    "La santé mentale, c’est un sujet extrêmement complexe, et donc tabou pour beaucoup, explique Sofia Peyssonneau, chargée de développement communautaire de la fondation Aga Khan, travaillant sur le projet What Health. On ne peut pas se contenter d’organiser des événements intitulés “santé mentale”. Il faut trouver d’autres stratégies. Par exemple, lorsqu’il y a une fête d’une diaspora, nous demandons à y tenir un stand. Nous proposons un bilan de santé grâce aux médecins de l’équipe, puis les participants remplissent un questionnaire sur la santé mentale."
    Sur le terrain, ce sont ces médiatrices issues de l’immigration qui portent ce travail de longue haleine. Elles viennent du Népal, de Chine, d’Inde, du Bangladesh ou encore du Pakistan. Diplômées dans leur pays d’origine, parfois médecins, elles veulent améliorer les conditions de vie de leurs pairs en participant à la collecte de données et à la sensibilisation. "Il y a un besoin d’améliorer les choses, car les migrants au Portugal ont des difficultés d’accès aux services de santé et la santé mentale reste très taboue", explique Pabitra Neupane, médiatrice culturelle pour l’association Nialp et travaillant sur le projet What Health. Des membres de l’équipe de What Health organisent un jeu de rôle pour préparer les personnes étrangères aux rendez-vous avec les institutions lors d’une fête de la diaspora pakistanaise au Portugal à Lisbonne. Elles profitent de l’occasion pour présenter un questionnaire lié au bien-être et à la santé mentale.
    Financé notamment par l’Union européenne, What Health doit mener, jusqu’en 2029, un vaste travail de recherche sur la santé mentale des migrants afin de favoriser une meilleure prise en charge. Après la collecte de témoignages, l’équipe d’enquêtrices interrogera des médecins pour cerner les lacunes du système, avant de les former à une approche intégrant les dimensions culturelles. Certains praticiens ainsi formés, accompagnés par les enquêtrices, iront ensuite au contact des communautés migrantes pour les sensibiliser à la santé mentale et expliquer les parcours de soins disponibles.
    Depuis la fin des années 1990, le Portugal est passé d’un pays d’émigration à un pays d’immigration. "Dans un premier temps, le pays a accueilli surtout des migrants des pays lusophones, comme le Brésil et le Cap-Vert, puis des citoyens d’Europe de l’Est", rappelle Mario Ribeiro, doctorant et coordinateur de l’Observatoire des migrations. À partir du milieu des années 2010, sont arrivés des réfugiés syriens et afghans, des travailleurs venus du sous-continent indien et des retraités européens, dans un contexte de vieillissement démographique et de besoin accru de main-d’œuvre."Nous avons besoin de travailleurs migrants pour l’agriculture, le tourisme ou encore l’accompagnement des personnes âgées", souligne-t-il. "Si l’on va dans les champs de l’Alentejo ou du Ribatejo, la majorité des récoltes est réalisée par des travailleurs migrants." La présence de ces nouveaux publics impose une adaptation des services, notamment dans le domaine de la santé mentale.
    En effet, nombre de personnes arrivent au Portugal traumatisées, soit par des parcours de migration violents et déshumanisants, soit à cause des conflits qui leur ont fait fuir leur pays. À Almeirim, une ville à environ 80 km à l’est de Lisbonne, Cátia Sequeira, qui coordonne un centre local d’aide et d’insertion des migrations (Claim), a notamment accompagné des réfugiés syriens et ukrainiens marqués par la guerre. "Certaines personnes sursautaient au simple bruit d’une chasse d’eau parce qu’il leur rappelait les bruits des bombardements", raconte-t-elle.
    Face à ces situations, l’association Pro Abraçar qui gère le Claim d’Almeirim a développé Cuidar+, un accompagnement psychologique et social pour aider les personnes à retrouver des repères. "Il fallait créer un espace où l’on peut les écouter. Il y a aussi beaucoup de violence domestique et de violences plus complexes. Nous avons instauré un climat de confiance et cultivons une grande proximité avec nos usagers, ce qui nous permet d’intervenir lorsque des situations plus délicates surviennent." Avec l’arrivée de nouveaux publics, souvent non lusophones, le système de santé s’est aussi ajusté. "Le premier défi reste toujours celui de la barrière de la langue", note Mario Ribeiro. Des services d’interprétariat téléphonique et des médiateurs interculturels ont été mis en place pour faciliter la communication entre soignants et patients migrants. Un travail de médiation prolongé par le projet What Health, mais aussi des organisations comme l’ONG Conselho português para os refugiados (CPR - le Conseil portugais pour les réfugiés, en français).
    Au CPR, un accueil qui prend en compte les différences culturelles
    À Loures, le centre d’accueil des réfugiés géré par le CPR constitue une autre porte d’entrée vers les soins, pensée pour les personnes en demande du statut de réfugié. Dès leur arrivée, les réfugiés sont logés et accompagnés pendant toute la première phase de leur procédure d’asile. « Ils sont toujours évalués dans les premières 48 heures, avec un bilan psychosocial qui prend en compte la santé physique, mais aussi une première évaluation de la santé mentale », détaille Catarina Baptista, directrice de ce centre et psychologue de formation. Ce tri initial permet d’identifier rapidement les situations les plus urgentes. "Notre équipe de psychologues réalise ensuite une analyse plus approfondie, en individuel ou en groupe selon la situation de la personne", ajoute la directrice du centre. Le CPR a aussi signé un protocole avec l’hôpital psychiatrique Júlio de Matos, à Lisbonne, pour garantir un accès plus rapide aux consultations de psychiatrie. Pour Catarina Baptista, le fait de proposer des soins dans un cadre habitué aux réfugiés est déterminant : "Le soutien est ici pensé de façon culturellement sensible. Dans de nombreux hôpitaux, on voit encore des difficultés à accéder à des services de traduction ou à comprendre des comportements qui varient selon les cultures. Cette incompréhension entrave le diagnostic et la continuité des soins, alors même que la loi sur l’asile oblige le pays à garantir l’accès à la santé."
    Si les acteurs de terrain multiplient les initiatives, le contexte politique et économique pèse lourdement sur la santé mentale des migrants. Depuis une réforme entrée en vigueur en 2025, les personnes en situation irrégulière doivent payer plus de 100 euros pour se rendre à l’hôpital, une somme hors de portée pour beaucoup, qui craignent aussi de perdre une journée de salaire. "Le fait que ces personnes, qui sont en cours de régularisation, doivent payer, les conduit souvent à renoncer à se soigner, pointe Cátia Sequeira. Beaucoup cessent d’aller à l’hôpital parce qu’elles ont entendu un ami dire qu’il a eu un passage aux urgences et a reçu une facture. Alors, elles attendent d’être au bout du rouleau et quand elles arrivent ici, nous devons souvent appeler directement les urgences." Ces impératifs financiers nourrissent le mal-être auquel s’ajoute souvent l’isolement. Nombre de travailleurs migrants vivent loin de leurs proches. L’équipe de Cátia Sequeira rend ainsi régulièrement visite aux personnes hospitalisées, un accompagnement non prévu dans ses missions officielles, mais qu’elle juge indispensable pour que "personne ne se sente seul".
    Au niveau européen, la situation se tend aussi avec le nouveau Pacte sur les migrations, qui prévoit une accélération des procédures d’asile et des mécanismes de tri à la frontière. Catarina Baptista du CPR s’inquiète du risque que les personnes aient "moins de temps pour faire valoir leurs droits et accéder à un accompagnement digne". Dans ce climat, la montée du parti d’extrême droite Chega et la banalisation du discours anti‑immigration au Portugal ont des effets directs sur la santé psychique. Toutes les participantes au projet What Health constatent un changement de regard en un peu plus d’un an. "Le racisme augmente. Quand je suis arrivée en 2022, les gens étaient accueillants. Maintenant, si on est voilée, on est discriminée. On m’a déjà refusé l’entrée dans un bus", témoigne la docteure Sabera Parvin, l’une des enquêtrices de terrain du projet mené par la fondation Aga Khan et Nialp.
    Pour les acteurs associatifs, cette hostilité représente aussi une forme de violence psychologique. "Nous avions le sentiment que la communauté locale avait progressivement accepté ces nouveaux habitants. Puis, il a fallu recommencer à lutter contre les préjugés et la désinformation. Le parti Chega a fini par saper le travail que nous avions déjà accompli", observe Cátia Sequeira, de l’association Pro Abraçar. Catarina Baptista du CPR explique en quoi ces discours violents touchent plus particulièrement les réfugiés : "Un processus de retraumatisation se met en place : je quitte mon pays parce que je ne m’y sens pas le bienvenu, et j’arrive dans un autre pays où je ne me sens pas le bienvenu non plus. C’est une nouvelle couche de traumatisme qui s’ajoute à un traumatisme préexistant. La confiance envers les institutions et les personnes censées aider diminue, ce qui rend les gens encore plus vulnérables." L’ONG porte d’ailleurs le projet "Do Cuidado ao Auto‑Cuidado" (Du soin au soin de soi, en français), qui vise à faire profiter de leur expertise d’autres structures et professionnels du système d’asile aux questions de santé mentale. "Ce projet a deux grands objectifs : d’un côté, former des équipes culturellement sensibles et informées des traumatismes ; de l’autre, les aider à se protéger elles‑mêmes du stress secondaire lié à l’exposition à la souffrance", explique Katarina Batista. Là encore, l’enjeu rejoint celui de What Health : prendre soin des personnes migrantes, c’est aussi prendre en compte celles et ceux qui les accompagnent pour que le système d’accueil reste humain.

    #Covid-19#migrant#migration#portugal#sante#santementale#immigrayion#asile#humanitaire#diaspora

  • Incarner ce que l’extrême droite déteste
    Entretien avec Michel Feher
    18 juin 2026 - Propos recueillis par Sophie Mendelsohn, Revue des livres et des idées
    https://rdli.fr/articles/entretien/incarner-ce-que-l-extreme-droite-deteste

    Pendant plusieurs décennies, l’intégration des juifs dans les démocraties occidentales et le soutien à Israël ont semblé indissociables. Michel Feher soutient que cette convergence reposait sur un « pacte de blanchiment réciproque » aujourd’hui en voie de dissolution. Il analyse les conséquences de son épuisement et explore les ressources politiques de la condition juive diasporique.
    (...)

    • Davantage qu’une race inférieure dont la domination et l’exploitation sont légitimes – quitte à les porter au compte d’un processus de civilisation des sauvages – et dont la destruction ne s’impose qu’en cas de rébellion ou parce que leur présence fait obstacle à l’expansion des races supérieures, les juifs sont tenus pour une race intrinsèquement dangereuse : privés de racines, ses membres ne cherchent pas tant à s’intégrer dans les sociétés qui les accueillent qu’à se venger de leur propre déracinement en maîtrisant les abstractions – l’argent ou/et les mots – pour corroder l’identité de leurs hôtes. Comme le souligne le juriste nazi Carl Schmitt, les juifs rendent leur condition diasporique contagieuse : leur seule présence est fauteuse de troubles dans les rapports des natifs à leur propre identité. Les sionistes, on l’a vu, partageaient cette phobie de la #condition_diasporique mais soutenaient qu’une fois enracinés à leur tour dans leur propre pays, les juifs cesseraient d’être des fauteurs de troubles pour devenir des ethno-nationalistes ordinaires, c’est-à-dire semblables aux antisémites européens qui voulaient se débarrasser d’eux et même capables de devenir les sentinelles du monde blanc en pays barbare. Pour ma part, j’invite au contraire les juifs à embrasser cette condition diasporique, soit à s’efforcer d’incarner ce que les ethno-nationalistes honnissent.

      #sionisme

  • Le sionisme de gauche est-il mort à Gaza ?
    Publié le mercredi 27 mai 2026 | L’Invité(e) des Matins par Guillaume Erner | France Culture
    https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/le-sionisme-de-gauche-est-il-mort-a-gaza-7355309

    Un colon israélien dans une colonie près de Naplouse en Cisjordanie occupée - - Ilia Yefimovitch - 28 avril/26/AFP

    Israël vient de promettre d’intensifier ses frappes au Liban malgré le cessez-le-feu. Jusqu’où ira l’État hébreu dans sa guerre au Moyen-Orient ? Entretien avec l’historien israélo-américain Omer Bartov , qui fait paraître « Israël, une course vers l’abîme » (Seuil), et le philosophe Michel Feher .

    Redevenir juif
    La fin d’un pacte de blanchiment réciproque

    Michel Feher La Découverte

  • Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
    https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/05/17/les-repats-ces-francais-qui-s-installent-sur-les-terres-d-origine-de-leur-fa

    Les « repats », ces Français qui s’installent sur les terres d’origine de leur famille : « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France »
    par Hélène Brunet-Rivaillon
    Avec ses immeubles modernes et ses commerces de style occidental, le quartier Victor-Hugo de Marrakech est très prisé des expatriés. Inès (toutes les personnes citées par un seul prénom ont requis l’anonymat), 28 ans, originaire de Tours, nous a donné rendez-vous dans un salon de thé situé à deux pas du lycée français. Derrière les vitrines, les viennoiseries jouxtent les pâtisseries marocaines. La femme est élégamment vêtue. Elle porte un hidjab de couleur crème. Lorsqu’elle entre, un serveur l’accueille poliment, lui désigne une table et lui tend délicatement la carte. Ce traitement, elle dit l’avoir rarement reçu en France, en dehors des commerces tenus par des personnes racisées, comme elle. « Parfois, on nous assurait que c’était complet, alors qu’il y avait des tables libres, déplore-t-elle. Et, si on insistait, on nous installait tout au fond de la salle. »
    Ce genre de discriminations, elle confie en avoir vécu en nombre en France, son pays de naissance. Pour fuir ces injustices à répétition, elle s’est installée au Maroc à l’été 2025, avec son mari et leurs deux fils. Le couple de Français a, un temps, imaginé vivre à Londres, avant d’être découragé par le coût de la vie. Bahreïn et Dubaï (Emirats arabes unis) ont également été envisagés pour l’exil. Ils ont finalement jeté leur dévolu sur le pays d’origine de leurs familles.En quelques jours, ils ont trouvé un appartement et inscrit leur fils aîné dans une école trilingue privée. Leur parcours est loin d’être un cas isolé. Comme eux, d’autres Français de parents immigrés font, en quelque sorte, le chemin inverse, et élisent domicile dans le pays de leur famille, le plus souvent en Europe, au Maghreb ou en Afrique subsaharienne. Ils se définissent eux-mêmes comme des « repats » – pour « repatriés », bien qu’il s’agisse en réalité de Français qui s’expatrient.
    Si ce phénomène de « repatriation » a récemment été identifié par des chercheurs, il est encore difficile d’en mesurer l’ampleur. « Les études migratoires sont un champ de recherche pluridisciplinaire très axé sur les migrations qui arrivent en France, ou les migrations en général qui partent depuis les “Sud”, explique Brenda Le Bigot, géographe à l’université Gustave-Eiffel. Les travaux sur les migrations qui partent de France ou des “Nord” sont encore peu nombreux. Depuis une dizaine d’années, on constate l’émergence d’un sous-champ de recherche au sein des études migratoires dites “privilégiées”, dans lequel s’inscrivent des travaux sur les Français qui partent de France. »
    Entre deux bouchées de flan à la pistache dans son salon de thé de Marrakech, Inès, la Tourangelle diplômée d’un master en ressources humaines, raconte son ras-le-bol des discriminations en France, notamment en entreprise. Elle a parfois senti que le fait d’être issue de l’immigration et de confession musulmane limitait ses chances d’être recrutée.
    Et elle conserve le souvenir douloureux d’une pratique ouvertement stigmatisante. « Dans le cadre de mon bachelor, j’ai fait une alternance dans une entreprise de rénovation de l’habitat, relate-t-elle. Je devais recruter des commerciaux et j’ai eu à faire quelque chose d’illégal. On m’avait donné une grille de critères complètement discriminants : pas de femmes, pas d’Arabes, pas de Noirs. Comme ils ciblaient les personnes âgées, on devait recruter ce qu’ils appelaient le “bon petit-fils”. Le candidat idéal, c’était le blondinet, blanc, qui s’appelle Jules. »
    Las de vivre dans un pays dans lequel ils se sentaient régulièrement rejetés, voire en danger, Inès et sa famille ont opté pour le départ. « Nous ne sommes pas partis parce que nous détestons la France, mais parce que nous nous sentions détestés dans un pays que nous aimons », tient à préciser la Marrakchie d’adoption. Combien sont-ils à opter pour la même démarche ? Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n’existe pas de chiffres précis. « Le phénomène existe et pourrait être amené à s’amplifier dans les années à venir », constate simplement Christian Lequesne, professeur à Sciences Po et auteur du livre Le Diplomate et les Français de l’étranger. Comprendre les pratiques de l’Etat envers sa diaspora (Les Presses de Sciences Po, 2024).
    Abdel est un homme pressé. En marchant d’un pas vif dans les ruelles de la médina de Marrakech, entre deux rendez-vous d’affaires, il répond en arabe aux commerçants qui l’interpellent, en français ou en anglais, pour lui proposer leurs marchandises. « Ici, ils me prennent encore pour un touriste, c’est dingue ! », dit-il en riant. Devant un thé à la menthe, dans un café de la place des Epices, il déroule son parcours : fils de parents marocains d’un milieu aisé, il a grandi à Paris et étudié dans une grande école de commerce.Avec sa femme, française, et leurs enfants, ils ont posé leurs valises au Maroc, il y a un peu plus d’un an. Et, cette fois, pas pour des vacances, mais pour une durée indéterminée. « C’était devenu vraiment difficile, se désole l’entrepreneur de 49 ans. Mon fils de 16 ans s’est pris deux contrôles au faciès dans la même semaine, devant sa copine. Il a vécu ça de façon très humiliante. En France, tu peux faire tous les efforts du monde, tu resteras toujours, au mieux, le petit Arabe sympa, au pire, le voyou dont il faut se méfier. C’est fatigant, on ne te prend jamais vraiment au sérieux. »
    En décembre 2024, alors que le déménagement est en cours, une information vient confirmer la décision de la famille. Le Monde révèle qu’Emmanuel Macron a employé le terme « rabzouz » pour parler des Français d’origine maghrébine et qu’il a tenu des propos jugés racistes, tels que : « Le problème des urgences dans ce pays, c’est que c’est rempli de Mamadou [des propos démentis par la présidence de la République, le 20 décembre 2024]. » « J’ai voté Macron deux fois, moi ! Ça fait mal !, s’emporte Abdel. J’étais écœuré de lire ça, écœuré ! Si même au sommet de l’Etat on se permet ça, c’est qu’il n’y a aucun espoir. » La famille s’est faite à sa nouvelle vie, le plus dur ayant été de se séparer d’amis à Paris, notamment pour les deux adolescents. Mais Abdel est certain d’avoir pris la bonne décision : « Venir ici, c’était mettre les enfants en sécurité, assure-t-il. Le fait de ne plus vivre avec la crainte que mon fils soit traité de sale Arabe, ça n’a pas de prix. »
    Les préoccupations liées aux enfants sont au cœur de nombreux parcours de repats, motivés par le désir de les protéger et celui de leur faire découvrir le pays de leurs ascendants, tout en contribuant à son développement économique. Diana, ingénieure qualité de 43 ans, a emménagé il y a quelques mois à Cotonou, au Bénin, le pays de ses parents, avec ses enfants. Par téléphone, elle dépeint le racisme subi par son aîné, dès la maternelle, dans le petit village de la région lyonnaise où ils vivaient.« Un jour, il devait avoir 4 ou 5 ans, il m’a confié que personne n’avait voulu jouer avec lui, car il était l’intrus, celui qui n’est pas comme les autres, se remémore-t-elle. Là, on se dit qu’on fait partie des minorités visibles, et que c’est quelque chose qu’il va falloir gérer. C’est la première claque dans la figure. Je connais ces remarques, parfois j’en laisse passer, alors que je ne devrais pas, pour ne pas gaspiller d’énergie. Mais quand ça touche à nos enfants, c’est autre chose. » Un autre jour, en rentrant de l’école, le petit garçon rapporte qu’un enfant lui a dit qu’il était « marron comme du caca ».
    Diana estime aussi que son fils, en primaire, est puni plus souvent et plus sévèrement que ses camarades. « Donc, j’ai sorti mes enfants du public pour les mettre dans le privé. Et, lors de l’entretien avec la directrice, je me suis assurée qu’elle avait une bonne manière de traiter la différence. » Hélas, malgré une gestion satisfaisante des questions d’égalité au sein de l’école, son fils n’échappe pas aux remarques haineuses. « Rentre dans ton pays ! », lui lance, un jour, un élève. Le sentiment que la parole raciste s’est libérée entre les deux tours des élections législatives de 2024 achève de convaincre Diana de partir : « Je ne voulais pas vivre comme aux Etats-Unis où, à chaque fois que ton gamin noir est dehors, tu pries pour qu’il rentre. »
    Ce qu’elle décrit fait écho à la notion développée par la journaliste d’origine congolaise Douce Dibondo dans son essai La Charge raciale. Vertige d’un silence écrasant (Fayard, 2024). Cette « charge », qui est due à la seule couleur de peau des personnes qui la supportent, pèse parfois dès l’école maternelle. Elle englobe à la fois les microagressions que constituent certains regards, le fait d’être constamment interrogé sur ses origines ou soumis au désir des autres de toucher sa chevelure crépue, mais aussi les violences physiques.
    Selon une enquête de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme publiée le 9 avril, en partenariat avec l’institut de sondage IFOP, 80 % des personnes « perçues comme “noires” » disent avoir été exposées aux violences et aux discriminations raciales, de même que 70 % des personnes « perçues comme “arabes” » et 60 % des « métis ». Entre la progression de l’extrême droite et la désignation récurrente de boucs émissaires par certains médias, pour les personnes racisées, le climat est lourd.Si se prémunir contre les discriminations est au cœur de ces mouvements, c’est loin d’en être le seul moteur. Kara Diaby a grandi dans l’Oise et vit aujourd’hui à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le pays d’origine de ses parents. Diplômé d’une école de commerce à Marseille, il a rapidement eu le sentiment d’un plafond de verre l’empêchant d’évoluer professionnellement. Il a accepté des emplois en Afrique – au Cameroun, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Fort de ces expériences, il lance en 2020 une newsletter pour aider les repats, tandis que le monde, qui traversait la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, était bouleversé par la mort de George Floyd, tué par un policier à Minneapolis, et le mouvement de révolte Black Lives Matter, amplifié par ce drame. Beaucoup de gens s’interrogent sur d’autres possibles. Et le succès de la newsletter est immédiat.
    Kara Diaby crée alors le réseau Repat Africa, qui rassemble environ 500 personnes (des membres de la diaspora et des repats), dont l’objectif est de favoriser les migrations et les investissements vers l’Afrique : « Si les gens sont inquiets du racisme que leurs enfants subissent à l’école, ils ont aussi envie de leur faire découvrir le pays d’origine de la famille. » Cette repatriation n’est donc pas uniquement réactionnelle, elle est aussi portée par des enjeux intimes de redécouverte des racines.
    Repat Africa compte aujourd’hui des membres aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Suisse et en France, et des résidents en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Bénin. Ensemble, ils mutualisent leurs compétences et leurs réseaux, et investissent dans des projets d’entreprises. Au même titre que le retour aux sources, le business et le désir d’entreprendre sont assez présents dans les discours des repats de tous horizons. Néanmoins, une forme de douleur omniprésente revient toujours dans les discussions, comme si les repats balançaient sans cesse d’un pied sur l’autre. Une douleur alimentée par le sentiment d’un déni de francité.Dans un livre astucieusement intitulé La France, tu l’aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane (Seuil, 2024), Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpin évoquent, chez les musulmans, la quête d’un « droit à l’indifférence », dont ils jouissent en quittant la France. Autrement dit, la possibilité de pratiquer leur religion et d’arborer des signes religieux sans être regardé, jugé ou discriminé.
    Pour un bon nombre des personnes interrogées par Le Monde, l’envie de partir date de 2015. « De fait, la période post-attentats a été vécue comme une période d’augmentation des actes et discours islamophobes », écrivent les auteurs. Le traitement de l’actualité par les chaînes d’information, en particulier CNews, citée par plusieurs repats, est aussi parfois vécu par les Français musulmans comme une forme de harcèlement.
    Le fait de ne pas être considéré comme tout à fait français, voire pas français du tout, figure aussi parmi les arguments récurrents. Les parents de Mélanie Pinto, journaliste française trentenaire, ont quitté le Portugal et émigré en France dans les années 1970, pour fuir la dictature salazariste. Ils ont eu leurs deux filles après leur arrivée. Pourtant, « toute ma vie, en France, on m’a dit que j’étais portugaise », s’agace Mélani Pinto. Elle se rappelle, par exemple, une remarque inappropriée à l’issue d’un entretien d’embauche concluant. « Le recruteur m’avait dit : “Comme je vois beaucoup de monde, envoie-moi un mail la semaine prochaine et signe "la Portugaise", pour que je ne t’oublie pas.” » Elle en était ressortie en larmes.
    Dans un premier temps, en 2014, elle a quitté la France pour vivre au Canada. « Au Québec, pour la première fois de ma vie, j’étais la Française », se souvient-elle. Quatre ans plus tard, elle réalise son rêve de s’installer au Portugal, le pays de ses grands-parents, qu’elle ne connaissait que comme vacancière : « J’ai fait beaucoup d’efforts pour connaître l’histoire et la politique du pays et pour me perfectionner dans la langue. » Elle a aussi fondé une famille là-bas, avant d’emménager à Tanger, au Maroc, le pays de son mari, où elle vit en ce moment. « Mon fils est né à Lisbonne, il est portugais », ajoute-t-elle, fièrement.
    Sané Lou Cissokho a 32 ans. Elle est née d’une mère « française du nord de la France, blonde aux yeux bleus », comme elle le précise, et d’un père sénégalo-mauritanien. « Je ne suis qu’à un quart sénégalaise, et pourtant, au Sénégal, les gens ne m’ont jamais fait sentir que je n’étais pas des leurs. En France, quand j’étais plus jeune et que je prenais le métro tôt le matin, dès que j’entrais, je me sentais regardée parce que j’étais la seule métisse ou la seule racisée. » Elle a aussi dû supporter les préjugés : « Dans les magasins, j’étais suivie par le vigile, alors que je n’ai jamais rien volé de ma vie ! »Elle s’apprête actuellement à s’installer au Sénégal : « Quand j’étais plus jeune, je disais que, quand je serai à la retraite, je partirai. Et, en 2024, j’ai eu un déclic en arrivant en vacances à Dakar, j’ai eu la sensation d’être là où je devais être. » « Il faut qu’on arrête de voir l’Afrique comme un fardeau qu’on porte, alors qu’il y a plein de belles opportunités », ajoute-t-elle. Elle a créé Cubkids, un site où les enfants noirs et métissés peuvent se voir dans des personnages qui leur ressemblent, dont la déclinaison sur TikTok compte à ce jour plus de 200 000 abonnés.
    Le projet de départ vers la terre d’origine est reçu diversement par les familles. « Mes grands-parents n’ont pas compris, admet Inès. Parce que, pour eux, la France est encore un eldorado. Ils sont encore extrêmement reconnaissants envers la France. Ils se sont dit : “On a fait le chemin inverse pour vous, et vous, vous voulez retourner là-bas.” Pour eux, c’est inconcevable. » Les parents de Mélanie Pinto ont, eux aussi, manifesté leur incompréhension : « Que vas-tu faire au Portugal ? On a quitté le Portugal pour te donner une chance, une autre éducation. Que vas-tu faire là-bas ?, relate la journaliste. Ils n’ont pas du tout compris. Mon père l’a pris personnellement. » Sceptique dans un premier temps, la famille de Kara Diaby est aujourd’hui fière de sa réussite, en particulier depuis des apparitions remarquées sur TV5 Monde et Canal+ Afrique.
    Si tous les repats interrogés par Le Monde assurent avoir gagné en qualité de vie, ils reconnaissent aussi que tout n’est pas toujours simple. La question de la carrière et celle des ressources se posent, en général, en amont de la décision de quitter la France. Ceux qui le peuvent conservent leur emploi à distance, en télétravail. C’est souvent le cas des free-lances. Et une bonne partie de ces repats incluent un objectif entrepreneurial dans leur projet global, comme les membres de Repat Africa.Pour autant, même en débarquant avec une double culture et des diplômes solides, les choses ne sont pas forcément aisées. « J’ai l’impression que, même sur le continent africain, c’est plus facile pour des personnes blanches de trouver des opportunités que pour les gens de la diaspora, se désole Kara Diaby. Il y a du colorisme, les gens plus clairs, métis, semblent plus crédibles. Donc, vous vous installez en Afrique en pensant que ça va être plus facile, alors que, parfois, c’est encore pire qu’en France. »
    A tout cela peuvent s’ajouter des problèmes de reconnaissance de diplômes universitaires ou de compétences à adapter. Inès est titulaire d’un master en ressources humaines, mais exercer dans sa branche au Maroc ne se fait pas en un claquement de doigts. « Je suis formée en France, donc je connais la réglementation et le code du travail français, rappelle-t-elle. Pour moi, ce serait plus simple de travailler pour une entreprise française, car, pour travailler dans une entreprise marocaine, il faudrait que je me mette à jour sur la réglementation locale. »
    Les questions de sécurité, de couverture sociale, de coût de l’éducation et de limites à la liberté d’expression font partie des aspects qui compliquent leurs expériences. « La circulation est complètement freestyle [anarchique] ici, dit Abdel. Et puis on ne peut pas faire de vannes sur le roi devant n’importe qui, alors qu’en France se foutre de la gueule des politiques est un sport national ! » Christian Lequesne confirme le fait que l’adaptation comprend une part de compromis, voire des renoncements : « Les pays d’origine des parents ne sont pas toujours des démocraties libérales. En France, l’éducation est très tournée vers les valeurs démocratiques, donc il faut aussi supporter le fait de vivre dans des régimes semi-autoritaires. »
    Parmi les autres aspects plus ou moins difficiles à gérer, il y a aussi le fait de ne pas toujours se sentir complètement appartenir aux communautés locales, faute de références communes. « En France, nous ne sommes pas vraiment considérés comme des Français, et, là, on ne nous considère pas comme des Marocains, se désole Inès. C’est très dur à vivre. Ici, les gens sont très patriotes. Mais nous, nous ne nous sentons légitimes à être patriotes ni dans un pays ni dans l’autre. »Diana insiste, pour sa part, sur le risque de s’enfermer dans une bulle, à l’image des expatriés, notamment en raison de son pouvoir d’achat. « On peut avoir un chauffeur pour une centaine d’euros par mois. Mais le salaire minimum se situe entre 45 et 50 euros », illustre-t-elle. Chacun s’arrange aussi pour s’organiser avec des systèmes de santé qui peuvent être peu performants, parfois en s’acquittant de frais élevés. Sané Lou Cissokho relativise : « Ma santé mentale et mon bien-être passent avant les aides que je pourrais avoir en France. Si mon mental va bien, j’ai moins de risques de développer des maladies. » De Cotonou, Diana résume la situation complexe des repats en citant la phrase préférée de son père : « Même si le pays ne vaut rien, rien ne vaut le pays. »

    #Covid-19#migrant#migration#france#repats#afrique#diaspora#integration#dsicrimination#sante#santementale

  • Juifs et juives, d’autres voix possibles | Le Club

    via https://diaspora.psyco.fr/p/12457879

    https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/090526/juifs-et-juives-d-autres-voix-possibles

    2026-05-09

    #politique #sionisme

    « Nous refusons, au nom d’une #judéité plurielle, que le #CRIF, l’ambassade d’ #Israël à Paris, ou des responsables publics imposent ce que signifie être juif, ou ce que devrait être notre rapport à l’ #histoire, à la mémoire, à la #diaspora, à la justice, à Israël et à la #Palestine. » Un ensemble de personnalités - parmi lesquelles Michaël Sztanke, Vincent Sornaga, Georges Didi-Huberman, Arthur Harari, Nadav Lapid ou encore Esther Benbassa - dénoncent une #confiscation identitaire et politique.

  • Diaspora : Le cri de détresse des Sénégalais du Canada, mena... | Seneweb -
    https://www.seneweb.com/fr/news/Societe/diaspora-le-cri-de-detresse-des-senegalais-du-canada-menaces-dexpulsion-a-c

    Diaspora : Le cri de détresse des Sénégalais du Canada, menacés d’expulsion à cause de leurs passeports !
    Auteur : Seneweb-News
    La communauté sénégalaise établie au Canada tire la sonnette d’alarme. Dans un communiqué de presse rendu public par Dieylani au nom de plusieurs compatriotes, les usagers dénoncent une situation devenue critique concernant la délivrance des passeports. Depuis plusieurs mois, ils font face à des « délais anormalement longs, souvent sans aucune communication claire ni suivi de leur dossier ». Cette paralysie administrative n’est pas sans conséquence. Les retards impactent directement le statut migratoire des étudiants et des travailleurs. Le communiqué souligne des « conséquences humaines préoccupantes », notamment le blocage des démarches d’immigration, l’impossibilité de renouveler des documents essentiels et un « risque réel de perte de statut légal au Canada ».
    Le document relaie également des témoignages poignants de membres de la diaspora. « À cause du retard, j’ai failli perdre mon statut », confie M.D., tandis qu’un autre usager, A.L., déplore que « les services sont injoignables ». Face à ce qu’ils qualifient d’absence « quasi totale de communication », les Sénégalais du Canada se disent pourtant prêts à se mobiliser. Plusieurs membres affirment être « prêts à contribuer concrètement, y compris financièrement, afin d’améliorer les capacités de production des passeports sur place ». Les revendications sont claires : une réduction immédiate des délais, une amélioration de la communication et le renforcement des ressources consulaires. Une pétition a d’ailleurs été lancée pour interpeller directement les autorités sénégalaises face à cette « détresse consulaire » qui met en péril la stabilité de nombreux compatriotes

    #Covid-19#migrant#migration#canada#senegal#diaspora#passeport#droit#sante#migrationreguliere

  • « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/nommer-diaspora-des-enfants-et-petits-enfants-de-l-immigration-revient-a-les

    « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    Dans une tribune au « Monde », un collectif d’intellectuels et d’artistes s’inquiète du climat de suspicion à l’égard des descendants d’immigrés, et rappelle avec insistance que « les “Français de branche” ont été abreuvés à la même sève que les “Français de souche” ».
    Certains Français issus de la diversité choisissent de s’expatrier vers le pays de leurs ancêtres. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces départs. Le climat politique, marqué par une forme de normalisation des discours d’extrême droite, en fait partie. Mais d’autres facteurs entrent également en jeu, notamment un marché de l’emploi qui peine encore à leur ouvrir pleinement ses portes et les pousse à chercher ailleurs de nouvelles opportunités. Dans ce contexte, une rumeur, démentie depuis par le gouvernement, a couru sur la création d’un haut-commissariat à la diversité et aux diasporas.
    L’utilisation, ici, du terme « diaspora » n’a rien d’anodin et relève, comme l’écrivait le sociologue Pierre Bourdieu, de ces « mots qui n’ont l’air de rien, mais à travers lesquels passe toute une philosophie, toute une vision du monde » (Contre-feux, tome Ier, Raisons d’agir, 1998). Initialement, ce terme est lié à l’histoire des populations juives, arméniennes et libanaises et définit les peuples « dispersés, chassés de leur pays, qui maintiennent entre elles des liens affectifs, culturels, économiques ou politiques au-delà des frontières ». De nombreux Français issus de la diversité n’entretiennent pas nécessairement de relations économiques, religieuses, traditionnelles ou linguistiques avec le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents, et l’on peut légitimement se demander s’il est pertinent de parler de « diaspora » à leur égard.
    Avec son concept d’« illusion du provisoire », le sociologue Abdelmalek Sayad souligne un point fondamental : en nommant « diaspora » des enfants et petits-enfants de l’immigration, on les maintient symboliquement dans un statut d’éternels passagers, comme si leur présence en France n’était encore, cinquante ans après, rien de plus qu’une escale technique. Le journal marocain Telquel, repris par Courrier international, lui donne raison dans l’un de ses titres : « Le “retour” des enfants d’immigrés, un phénomène croissant au Maroc ». Ce n’est pas un afflux massif comme semblerait le souligner le titre, mais une tendance.
    Certains de nos compatriotes quittent la France à cause des discriminations dont ils souffrent et des débouchés professionnels qui leur sont fermés. L’intensité du phénomène se renforce chez les sportifs dont le talent n’a pas toujours été reconnu ici et qui trouvent ailleurs l’occasion de s’accomplir. A l’instar de la gymnaste Kaylia Nemour, qui a remporté en France la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2024, sous la bannière de l’Algérie. Dans le même temps, de ce côté-ci de la Méditerranée, certains discours agitent le spectre d’une prétendue menace. Un article de Valeurs actuelles titrait ainsi : « Insécurité, ingérence, poids de la diaspora… Algérie, la menace intérieure », alimentant des préjugés discriminants.
    Ne serait-il pas temps d’aller à contre-courant du climat actuel de division et de rassembler tous les Français ? Notre nation est riche de sa diversité et de son multiculturalisme, quoi qu’en pensent ceux qui préfèrent attiser les fractures. Nous, les « Français de branche », nous avons été abreuvés à la même sève que les « Français de souche ». Nous parlons la même langue, nous avons fréquenté les mêmes écoles, nous avons les mêmes droits civiques et les mêmes références culturelles. Dans cette période électorale, il serait bon de s’en souvenir et de garder ce chiffre en mémoire : plus de 90 % des descendants d’immigrés de la deuxième génération se sentent français (selon l’enquête Trajectoires et origines de l’Insee et de l’Institut national d’études démographiques, en 2022). (collectif).

    #Covid-19#migration#migration#diaspora#france#immigration#retour#

  • « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/nommer-diaspora-des-enfants-et-petits-enfants-de-l-immigration-revient-a-les

    « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    Dans une tribune au « Monde », un collectif d’intellectuels et d’artistes s’inquiète du climat de suspicion à l’égard des descendants d’immigrés, et rappelle avec insistance que « les “Français de branche” ont été abreuvés à la même sève que les “Français de souche” ».
    Certains Français issus de la diversité choisissent de s’expatrier vers le pays de leurs ancêtres. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces départs. Le climat politique, marqué par une forme de normalisation des discours d’extrême droite, en fait partie. Mais d’autres facteurs entrent également en jeu, notamment un marché de l’emploi qui peine encore à leur ouvrir pleinement ses portes et les pousse à chercher ailleurs de nouvelles opportunités. Dans ce contexte, une rumeur, démentie depuis par le gouvernement, a couru sur la création d’un haut-commissariat à la diversité et aux diasporas.
    L’utilisation, ici, du terme « diaspora » n’a rien d’anodin et relève, comme l’écrivait le sociologue Pierre Bourdieu, de ces « mots qui n’ont l’air de rien, mais à travers lesquels passe toute une philosophie, toute une vision du monde » (Contre-feux, tome Ier, Raisons d’agir, 1998). Initialement, ce terme est lié à l’histoire des populations juives, arméniennes et libanaises et définit les peuples « dispersés, chassés de leur pays, qui maintiennent entre elles des liens affectifs, culturels, économiques ou politiques au-delà des frontières ». De nombreux Français issus de la diversité n’entretiennent pas nécessairement de relations économiques, religieuses, traditionnelles ou linguistiques avec le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents, et l’on peut légitimement se demander s’il est pertinent de parler de « diaspora » à leur égard.
    Avec son concept d’« illusion du provisoire », le sociologue Abdelmalek Sayad souligne un point fondamental : en nommant « diaspora » des enfants et petits-enfants de l’immigration, on les maintient symboliquement dans un statut d’éternels passagers, comme si leur présence en France n’était encore, cinquante ans après, rien de plus qu’une escale technique. Le journal marocain Telquel, repris par Courrier international, lui donne raison dans l’un de ses titres : « Le “retour” des enfants d’immigrés, un phénomène croissant au Maroc ». Ce n’est pas un afflux massif comme semblerait le souligner le titre, mais une tendance.
    Certains de nos compatriotes quittent la France à cause des discriminations dont ils souffrent et des débouchés professionnels qui leur sont fermés. L’intensité du phénomène se renforce chez les sportifs dont le talent n’a pas toujours été reconnu ici et qui trouvent ailleurs l’occasion de s’accomplir. A l’instar de la gymnaste Kaylia Nemour, qui a remporté en France la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2024, sous la bannière de l’Algérie. Dans le même temps, de ce côté-ci de la Méditerranée, certains discours agitent le spectre d’une prétendue menace. Un article de Valeurs actuelles titrait ainsi : « Insécurité, ingérence, poids de la diaspora… Algérie, la menace intérieure », alimentant des préjugés discriminants.
    Ne serait-il pas temps d’aller à contre-courant du climat actuel de division et de rassembler tous les Français ? Notre nation est riche de sa diversité et de son multiculturalisme, quoi qu’en pensent ceux qui préfèrent attiser les fractures. Nous, les « Français de branche », nous avons été abreuvés à la même sève que les « Français de souche ». Nous parlons la même langue, nous avons fréquenté les mêmes écoles, nous avons les mêmes droits civiques et les mêmes références culturelles. Dans cette période électorale, il serait bon de s’en souvenir et de garder ce chiffre en mémoire : plus de 90 % des descendants d’immigrés de la deuxième génération se sentent français (selon l’enquête Trajectoires et origines de l’Insee et de l’Institut national d’études démographiques, en 2022). (collectif).

    #Covid-19#migration#migration#diaspora#france#immigration#retour#

  • « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/17/nommer-diaspora-des-enfants-et-petits-enfants-de-l-immigration-revient-a-les

    « Nommer “diaspora” des enfants et petits-enfants de l’immigration revient à les maintenir dans un statut d’éternels passagers »
    Dans une tribune au « Monde », un collectif d’intellectuels et d’artistes s’inquiète du climat de suspicion à l’égard des descendants d’immigrés, et rappelle avec insistance que « les “Français de branche” ont été abreuvés à la même sève que les “Français de souche” ».
    Certains Français issus de la diversité choisissent de s’expatrier vers le pays de leurs ancêtres. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces départs. Le climat politique, marqué par une forme de normalisation des discours d’extrême droite, en fait partie. Mais d’autres facteurs entrent également en jeu, notamment un marché de l’emploi qui peine encore à leur ouvrir pleinement ses portes et les pousse à chercher ailleurs de nouvelles opportunités. Dans ce contexte, une rumeur, démentie depuis par le gouvernement, a couru sur la création d’un haut-commissariat à la diversité et aux diasporas.
    L’utilisation, ici, du terme « diaspora » n’a rien d’anodin et relève, comme l’écrivait le sociologue Pierre Bourdieu, de ces « mots qui n’ont l’air de rien, mais à travers lesquels passe toute une philosophie, toute une vision du monde » (Contre-feux, tome Ier, Raisons d’agir, 1998). Initialement, ce terme est lié à l’histoire des populations juives, arméniennes et libanaises et définit les peuples « dispersés, chassés de leur pays, qui maintiennent entre elles des liens affectifs, culturels, économiques ou politiques au-delà des frontières ». De nombreux Français issus de la diversité n’entretiennent pas nécessairement de relations économiques, religieuses, traditionnelles ou linguistiques avec le pays d’origine de leurs parents ou grands-parents, et l’on peut légitimement se demander s’il est pertinent de parler de « diaspora » à leur égard.
    Avec son concept d’« illusion du provisoire », le sociologue Abdelmalek Sayad souligne un point fondamental : en nommant « diaspora » des enfants et petits-enfants de l’immigration, on les maintient symboliquement dans un statut d’éternels passagers, comme si leur présence en France n’était encore, cinquante ans après, rien de plus qu’une escale technique. Le journal marocain Telquel, repris par Courrier international, lui donne raison dans l’un de ses titres : « Le “retour” des enfants d’immigrés, un phénomène croissant au Maroc ». Ce n’est pas un afflux massif comme semblerait le souligner le titre, mais une tendance.
    Certains de nos compatriotes quittent la France à cause des discriminations dont ils souffrent et des débouchés professionnels qui leur sont fermés. L’intensité du phénomène se renforce chez les sportifs dont le talent n’a pas toujours été reconnu ici et qui trouvent ailleurs l’occasion de s’accomplir. A l’instar de la gymnaste Kaylia Nemour, qui a remporté en France la médaille d’or aux Jeux olympiques de 2024, sous la bannière de l’Algérie. Dans le même temps, de ce côté-ci de la Méditerranée, certains discours agitent le spectre d’une prétendue menace. Un article de Valeurs actuelles titrait ainsi : « Insécurité, ingérence, poids de la diaspora… Algérie, la menace intérieure », alimentant des préjugés discriminants.
    Ne serait-il pas temps d’aller à contre-courant du climat actuel de division et de rassembler tous les Français ? Notre nation est riche de sa diversité et de son multiculturalisme, quoi qu’en pensent ceux qui préfèrent attiser les fractures. Nous, les « Français de branche », nous avons été abreuvés à la même sève que les « Français de souche ». Nous parlons la même langue, nous avons fréquenté les mêmes écoles, nous avons les mêmes droits civiques et les mêmes références culturelles. Dans cette période électorale, il serait bon de s’en souvenir et de garder ce chiffre en mémoire : plus de 90 % des descendants d’immigrés de la deuxième génération se sentent français (selon l’enquête Trajectoires et origines de l’Insee et de l’Institut national d’études démographiques, en 2022). (collectif).

    #Covid-19#migration#migration#diaspora#france#immigration#retour#

  • Synergie entre Diaspora et jeunesse : « La diaspora représente un levier essentiel pour accélérer la transformation structurelle du Sénégal »(Doudou Gn.Diop)
    https://www.dakaractu.com/Synergie-entre-Diaspora-et-jeunesse-La-diaspora-represente-un-levier-esse

    Synergie entre Diaspora et jeunesse : « La diaspora représente un levier essentiel pour accélérer la transformation structurelle du Sénégal »(Doudou Gn.Diop)
    Lors du symposium organisé hier à Thiès par Onits et son partenaire Pits, le PCA de la Sapco, par ailleurs initiateur principal de cette rencontre d’échanges et de partage, Doudou Gnagna Diop, a tenu à mettre en lumière le rôle et la place de la diaspora dans la transformation économique et touristique du pays.
    « Le Sénégal entre aujourd’hui dans une nouvelle phase de son histoire économique et sociale. À l’horizon 2050, notre ambition est claire : construire un modèle de développement inclusif, résilient et durable, capable de générer des opportunités pour notre jeunesse et de valoriser pleinement notre capital naturel, culturel et humain. Dans cette transformation, la diaspora sénégalaise occupe une place centrale. Elle constitue une force économique, intellectuelle et stratégique majeure, avec des transferts financiers estimés à plus de 10% du PIB national, mais surtout avec un capital d’expertise, d’innovation et de réseaux internationaux. La diaspora représente un levier essentiel pour accélérer la transformation structurelle du Sénégal. Parmi les secteurs à fort potentiel, le tourisme durable apparaît comme un pilier stratégique capable de créer des emplois massifs, de stimuler l’investissement et de renforcer le rayonnement international du Sénégal ».
    « La diaspora sénégalaise représente un acteur clé de transformation économique et touristique. Son rôle dépasse largement les transferts financiers traditionnels. C’est un investisseur naturel et crédible. Une forte capacité d’épargne et d’investissement. Une connaissance des marchés internationaux, une capacité à mobiliser des réseaux économiques globaux. Elle peut jouer un rôle majeur dans la création d’infrastructures touristiques durables, le développement d’écologie et complexes éco-touristiques, l’investissement dans les startups touristiques et numériques, le financement participatif etc... C’est aussi un ambassadeur international du tourisme sénégalais. C’est une valeur de transfert de compétences.
    Alors, la diaspora peut contribuer activement à la formation professionnelle des jeunes : le mentorat-entreprenariat, le transfert de technologie touristique innovante, le développement de standards internationaux de qualité ». « Le numérique permet aux jeunes de créer des plateformes de réservation locale, développer des solutions touristiques innovantes, promouvoir la destination sénégalaise à l’international et valoriser le patrimoine culturel via les technologies. Alors, il va falloir former une masse critique de jeunes dans le tourisme durable et créer un écosystème d’insertion professionnelle[...]. À l’horizon 2050, la transformation du Sénégal sera collective, elle sera portée par ses territoires, elle sera incarnée par sa jeunesse, elle sera amplifiée par sa diaspora... »

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#diaspora#jeunesse#developpement#formation#sante

  • « Je reviens chez moi » : au Bénin, des afro-descendants en quête de lien avec leurs origines reçoivent un passeport
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/01/27/je-reviens-chez-moi-au-benin-des-afro-descendants-en-quete-de-lien-avec-leur

    « Je reviens chez moi » : au Bénin, des afro-descendants en quête de lien avec leurs origines reçoivent un passeport
    Depuis six mois, les personnes d’origine africaine peuvent demander la nationalité béninoise en ligne. Une centaine d’entre elles a déjà obtenu une nationalité provisoire.
    Par Judith Renoult
    Américains, Haïtiens, Français originaires de Guadeloupe ou de Martinique... et désormais aussi Béninois. Six mois après l’ouverture du portail My Afro Origins, une plateforme qui permet aux afro-descendants de demander la nationalité béninoise pour 100 dollars (quelque 85 euros), trente et une personnes ont reçu, lors de deux cérémonies le 27 décembre 2025 puis le 3 janvier à Cotonou, une attestation de nationalité en présence des ministres de la justice et des affaires étrangères du pays.
    Depuis l’adoption, en septembre 2024, d’une loi autorisant toute personne afro-descendante majeure résidant hors du continent africain à déposer une demande, plusieurs milliers de demandes ont été déposées. Un engouement qui a submergé les services dédiés, qui n’ont que quelques mois pour traiter les dossiers. D’après nos informations, une centaine d’attestations de nationalité a été délivrée, étape précédant l’attribution officielle.
    En juillet 2025, la chanteuse américaine Ciara, le rappeur haïtien Joseph Gabendy et l’entrepreneur français David Smeralda, directeur de Rolling Stones Africa, avaient été les premiers à obtenir ainsi la nationalité béninoise, donnant une publicité à l’initiative qui n’est pas sans rappeler « l’année du retour » lancée en 2019 au Ghana.
    « Je le vois comme un processus de réparation mentale et psychologique et un acte de réparation pour la lignée », explique Maryse Isimat-Mirin, enseignante et formatrice originaire de Guadeloupe. Pour cette militante de longue date du droit au retour des afro-descendants en Afrique, le déracinement des Africains réduits en esclavage est un « traumatisme » qui s’est transmis de génération en génération. Selon les Nations unies, plus de 15 millions de personnes ont été victimes de la traite transatlantique instaurée entre le XVIe et le XIXe siècle, entre le continent africain et les Amériques.
    « Ce qui est intéressant dans la démarche du Bénin, c’est qu’elle accueille tous les afro-descendants », souligne Mme Isimat-Mirin. Pour bénéficier de la nationalité béninoise, les intéressés doivent démontrer qu’un de leurs ascendants est né avant 1944 dans un « territoire de déportation dans le cadre du commerce triangulaire », selon les termes de la loi. Une fois la demande approuvée, le demandeur reçoit une attestation personnelle, faisant office de visa permanent. Après un délai de deux à trois ans, il doit se rendre dans le pays pour obtenir sa nationalité définitive.
    La simplicité de la démarche est saluée par les demandeurs, qui ont été confrontés à la difficulté des recherches plus approfondies sur leurs ancêtres. Mme Isimat-Mirin a retracé une partie de son arbre généalogique grâce à l’association CM98 – baptisée en référence à la marche du 23 mai 1998 en faveur de la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. « On peut se baser sur des archives comme les registres paroissiaux, explique-t-elle. Ils contiennent les noms attribués aux anciens esclaves lors de l’abolition en 1848. »
    Mais « ce n’est pas évident de tomber sur l’acte d’affranchissement de son ancêtre, sur lequel il est inscrit un prénom sans nom de famille, et parfois “né en Afrique, de mère inconnue”. Le lien est coupé avec le continent », déplore Georges-Emmanuel Germany, ancien bâtonnier de Martinique, qui a lui aussi récemment obtenu sa nationalité béninoise. Pour ce militant, aujourd’hui ambassadeur du Bénin pour la diaspora afro-descendante dans les Caraïbes, le droit au retour est une réponse à l’injustice ressentie face à l’histoire. « On se dit que nos ancêtres n’ont pas pu revenir en Afrique, mais que nous, on y retourne, explique-t-il. Donc, ils n’ont pas subi tout ça pour rien. »
    Certains néo-Béninois vivent déjà une partie de l’année dans le pays. C’est le cas de Kwakou Mansa, 52 ans, qui se présente comme un « Africain né en Guadeloupe ». Sa première visite au Bénin en 2015 lui a fait l’effet d’un « coup de foudre », raconte-t-il : « Je me suis vraiment senti connecté et chez moi. » Engagé aux côtés de M. Germany en faveur du droit au retour, il a participé à l’organisation de rencontres avec d’autres personnes intéressées en Guadeloupe. « Ici, on n’est pas discriminés, affirme-t-il. Quand je me présente, je dis que mes parents ont été arrachés d’ici et que je reviens chez moi, je me sens bien accueilli. » Ce sentiment de proximité, l’influenceuse Isaline ATL – elle n’a pas souhaité donner son nom – l’a également ressenti lorsqu’elle a découvert le pays en 2022 avec des amis. « Il y avait toujours quelque chose qui me rappelait la Martinique », se souvient-elle, reconnaissant une part d’« inexplicable ». Et c’est à Ouidah, d’où plus d’un million de captifs ont embarqué vers les Amériques pendant la traite transatlantique, qu’elle a vraiment pris conscience des liens historiques qui unissent les Antilles au Bénin.
    Après son installation à Cotonou, en 2024, l’Antillaise de 28 ans a engagé des recherches généalogiques, jusqu’à remonter à un ancêtre portant un nom fon, la langue véhiculaire employée au Bénin. Pour elle, l’obtention de la nationalité béninoise a été un « accomplissement » plutôt qu’une réparation. Depuis, elle participe à la promotion du dispositif. Dans l’une de ses dernières vidéos, elle explique la procédure au streameur américain IShowSpeed, en pleine tournée sur le continent et de passage au Bénin le 23 janvier.

    #Covid-19#migrant#migration#benin#diaspora#passeport#nationalite#retour#politiquemigratoire

  • Journée de la diaspora 2025 : Ce que la 15e région attend de l’État du Sénégal
    https://www.dakaractu.com/Journee-de-la-diaspora-2025-Ce-que-la-15e-region-attend-de-l-Etat-du-Sene

    Journée de la diaspora 2025 : Ce que la 15e région attend de l’État du Sénégal
    Le Sénégal a inscrit ce mercredi une date historique dans son calendrier républicain. Pour la première fois, la diaspora sénégalaise a été célébrée lors d’une Journée nationale qui lui est entièrement dédiée, au Centre international de conférences Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio.
    Présidée par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, en présence du Premier ministre Ousmane Sonko, du président de l’Assemblée nationale et de nombreux membres du gouvernement, cette cérémonie marque un tournant dans les relations entre l’État et ses ressortissants établis à l’étranger : « Mr le président de la République, votre présence est un signal fort. Elle témoigne de votre volonté claire de refonder les relations entre l’État du Sénégal et sa diaspora », a salué Babacar Diop, représentant des Sénégalais d’Amérique du Nord et d’Océanie, devant diplomates et personnalités. Au-delà du protocole, l’événement consacre officiellement la diaspora comme partenaire central du projet national. Désormais qualifiée de “15ᵉ région” du Sénégal, elle pèse lourd dans l’économie : ses transferts de fonds représentent environ 10 % du PIB national, sans compter son rôle dans l’innovation, le développement local et le rayonnement culturel du pays.
    Pour rappel, l’initiative trouve son origine dans les échanges entre le président Faye et la communauté sénégalaise des Émirats arabes unis en 2024. Validée en Conseil des ministres en mai 2025, elle s’est concrétisée par un décret adopté à la mi-juillet fixant le 17 décembre comme Journée nationale de la diaspora. Depuis son installation, le nouveau gouvernement place la diaspora au cœur de sa vision d’un Sénégal « souverain, juste, prospère et solidaire ».
    Mais la journée n’a été qu’une succession de discours convenus. Au CICAD, les représentants des communautés expatriées ont exposé sans fard leurs difficultés quotidiennes : lourdeurs administratives pour obtenir passeports, visas et titres de séjour, obstacles à l’investissement au pays, défis de l’immigration irrégulière, problèmes d’éducation, de santé et de logement. « Excellence, monsieur le président de la République, Mesdames et Messieurs, la diaspora ne demande ni aumône ni pitié. Nous demandons simplement d’être reconnus comme des partenaires à part entière dans la construction du Sénégal de demain », a plaidé Babacar Dièye, président de l’association des ressortissants sénégalais au Maroc. « Nous sommes prêts à investir au Sénégal, mais nous avons besoin d’un environnement favorable : une sécurité juridique, une simplification administrative, un accompagnement technique et des infrastructures fiables. »
    Parmi les propositions émises figurent la création d’un Haut Conseil des Sénégalais de l’extérieur et d’un ministère exclusivement chargé des questions diasporiques. Des pistes qui témoignent de la volonté de bâtir un cadre institutionnel pérenne, au-delà des initiatives ponctuelles. Deux panels de haut niveau ont ponctué la journée : l’un consacré aux « mécanismes d’accompagnement des Sénégalais de l’extérieur », l’autre à la « mobilisation du capital humain de la diaspora : enjeux et défis ». Le gouvernement entend désormais capitaliser sur l’apport multidimensionnel de ces talents expatriés social, culturel, entrepreneurial et innovant. Une ambition qui devra se traduire par des mesures concrètes pour transformer cette reconnaissance symbolique en partenariat opérationnel.

    #Covid-19#migration#migrant#senegal#diaspora#developpement#capitalhumain#sante#expatrie#entrepreunariat

  • L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/12/09/l-ouganda-premier-pays-d-accueil-des-refugies-en-afrique-commence-a-leur-fer

    L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
    Par Mustapha Kessous et Noé Hochet-Bodin
    L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est longtemps présenté comme un modèle d’ouverture envers les migrants, serait-il en train de leur fermer la porte ? Le ministre chargé des réfugiés, Hilary Onek, a indiqué, le 26 novembre, que le gouvernement n’accorderait plus l’asile aux ressortissants des pays où « il n’y a pas de guerre ». Les Somaliens, les Ethiopiens et les Erythréens sont explicitement visés par cette annonce.
    Cette décision a surpris tant « cette nation est considérée comme exemplaire en matière d’accueil », rappelle Ritah Kabanyoro, directrice d’Action contre la faim en Ouganda. Avec 1,93 million de réfugiés, dont plus de la moitié de Sud-Soudanais, l’Ouganda, qui compte 50 millions d’habitants, est aujourd’hui la première terre d’asile du continent.
    Ils n’étaient qu’un peu plus de 500 000 exilés il y a dix ans. « Ici, les réfugiés ne se retrouvent pas dans des camps, mais dans des villages où ils ont accès aux services sociaux [santé, éducation], à un travail. Ils peuvent presque tout faire comme les Ougandais », pointe-t-elle. Mais ce modèle, l’un des plus progressistes du continent, commence à vaciller. Il est aujourd’hui fragilisé par l’effondrement de l’écosystème humanitaire depuis le démantèlement, en février, de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), principal bailleur de fonds de la solidarité mondiale.
    Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Ouganda n’est actuellement financé qu’à 36 % de ses besoins pour 2025, n’ayant reçu que 128 millions de dollars (110 millions d’euros) sur les 361 millions de dollars nécessaires pour mener à bien ses missions, indique-t-il au Monde. « Cela fait environ dix ans que nous n’atteignons plus les objectifs de financement, note Mme Kabanyoro. Le reste doit être pris en charge par le gouvernement ougandais, qui n’a ni les ressources ni les moyens. Tous les services sociaux sont en difficulté. Environ 600 000 personnes ne reçoivent plus d’aide alimentaire. » La dissolution de l’Usaid combinée aux coupes budgétaires de pays européens comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne ont aggravé la situation.
    Comme ailleurs en Afrique, les ONG souffrent. Certaines ont fermé, d’autres ont réduit drastiquement leurs activités. « Nous essayons toutes de faire mieux avec moins, ce qui est impossible. Dans certaines zones, il n’y a plus aucun acteur pour assurer l’accès à l’eau et l’assainissement », déplore-t-elle. Au manque d’argent s’ajoute l’afflux constant de réfugiés : 150 000 de plus – venus notamment de la République démocratique du Congo – depuis début 2025.
    Dans ce contexte, l’annonce du ministre ougandais chargé des réfugiés a suscité l’inquiétude, d’autant que le HCR assure n’avoir reçu aucune notification officielle indiquant que l’Ouganda aurait cessé d’accorder le statut de réfugié aux Somaliens, Ethiopiens et Erythréens. L’agence onusienne explique au Monde que le gouvernement avait, en réalité, déjà émis des suspensions temporaires d’enregistrement aux citoyens de ces trois pays : la Somalie depuis mars 2023, l’Erythrée à partir de janvier et l’Ethiopie à compter d’août.« Il s’agit de suspensions temporaires de l’enregistrement et non d’un arrêt de l’asile ou du statut de réfugié, insiste-t-on du côté du HCR. Le Refugee Eligibility Committee [agence étatique chargée d’examiner les demandes d’asile] continue d’examiner les dossiers des Somaliens, Erythréens et Ethiopiens déjà enregistrés avant la suspension. »
    Alors pourquoi cibler ces trois nationalités, qui représentent seulement 125 000 personnes environ, soit 6,5 % des réfugiés ? « Ces restrictions ne sont pas directement liées aux contraintes financières. Il s’agit avant tout d’une mesure de sûreté », assure Kristof Titeca, professeur à l’université belge d’Anvers et chercheur associé à l’Institut Egmont de Bruxelles. D’après plusieurs sources, le gouvernement ougandais s’inquiète de plusieurs phénomènes : fraudes liées aux documents de voyage ou d’asile ; traite d’êtres humains ; présence de ressortissants étrangers auparavant enrôlés dans des forces armées. « Plusieurs Erythréens ont été impliqués dans des affaires de blanchiment et de fraude financière », avance l’universitaire. L’Ouganda, retiré de la liste grise du Groupe d’action financière, un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment, en février 2024, redoute que de nouveaux scandales menacent sa crédibilité économique à l’international.
    S’ajoute un contexte politique particulier : la présidentielle du 12 janvier 2026. Le sujet migratoire s’invite dans la campagne. « Les discours anti-immigration se multiplient et se répandent sur les réseaux sociaux, atteste M. Titeca. Depuis plusieurs années, le nombre de réfugiés et de membres des diasporas est-africaines a connu une croissance démographique rapide dans la capitale, alimentant petit à petit une forme de xénophobie. » Pour Mme Kabanyoro, l’hostilité ne vient pas tant de la population que de tensions au sein même des réfugiés. Elle évoque notamment une attaque – qui a eu lieu en juillet, dans un village au centre du pays – de Sud-Soudanais contre des Soudanais, accusés d’avoir reçu davantage d’aide alimentaire. L’attaque a fait plusieurs blessés et un mort.

    #Covid-19#migrant#migration#ouganda#asile#politiquemigratoire#sante#soudan#somalie#erythree#ethiopie#diasporas#refugie

  • Diaspora Bonds : La « lecture » de Bara Ndiaye | Seneweb -
    https://www.seneweb.com/fr/news/Politique/diaspora-bonds-la-lecture-de-bara-ndiaye_n_468184.html

    Diaspora Bonds : La « lecture » de Bara Ndiaye
    Auteur : Bara Ndiaye
    A Milan, samedi dernier 13 septembre 2025, le Premier ministre Ousmane Sonko a invité les sénégalais de l’extérieur à soutenir le Plan de redressement économique et social (PRES) via le diaspora-bonds qui sera lancé le 18 septembre prochain. « Le Sénégal est confronté à des besoins budgétaires importants. Aujourd’hui, l’État veut innover pour trouver davantage de ressources afin de remplir ses obligations. Et nous comptons sur vous, la diaspora » a déclaré le chef du gouvernement. Saluant cette initiative de l’État de recourir à des financements endogènes, l’ancien Directeur de la Maison de la Presse, Bara Ndiaye invite tout de même les dirigeants à « serrer la ceinture » au même titre que les sénégalais. Selon lui, les autorités doivent revoir leur train de vie. Seneweb publie, in extenso, sa « lecture » sur la question.
    Si les états et les institutions transnationales peuvent prêter au Sénégal les fonds nécessaires à son développement, il est important de reconnaître que les Sénégalais de la diaspora représentent une force économique bien plus puissante et durable. Leur contribution annuelle dépasse largement, parfois du double, l’aide publique au développement. Ce sont eux, les fils et filles du pays, qui envoient chaque année des milliards de francs CFA, soutenant des familles, finançant des projets immobiliers, et maintenant à flot une économie informelle vitale.
    Mais aujourd’hui, l’hésitation des bailleurs classiques dans un monde en crise de ressources impose un modèle de financement alternatif. Ce qui ne doit pas nous faire oublier que le Sénégal ne peut bâtir son avenir uniquement sur des transferts de fonds destinés à la consommation ou à l’investissement immobilier. Il est temps que ces ressources soient orientées vers des projets structurants portés par l’État. Cela implique un sacrifice : les émigrés devront renoncer, en partie, à des investissements personnels pour souscrire à des obligations nationales, à des fonds souverains ou à des projets d’infrastructure. Ce n’est pas une simple contribution, c’est un acte de foi envers la nation.
    Cependant, cette exigence ne peut être unilatérale. Les Sénégalais d’ici et de la diaspora ne doivent pas être les seuls à serrer la ceinture. L’État, lui aussi, doit montrer l’exemple. Il est inadmissible que, dans un contexte de mobilisation nationale, le train de vie des dirigeants reste inchangé. Les voyages en jet privé du Premier ministre, les déplacements coûteux et peu productifs du Président, ainsi que les dépenses superflues des hauts responsables doivent être les premiers leviers d’une nouvelle doctrine de sobriété.
    La pédagogie par l’exemple est un langage puissant. Elle inspire confiance, elle fédère, elle légitime l’effort collectif. Si l’État veut convaincre ses enfants de l’extérieur d’investir dans le destin du Sénégal, il doit d’abord leur prouver que chaque franc mobilisé sera utilisé avec rigueur, transparence et efficacité. Le développement ne se décrète pas, il se construit ensemble dans l’équité, la responsabilité et le respect mutuel.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#diaspora#developpement#economie#transfert

  • La #migration est un #fait_social_total

    Parti pris · Omniprésente dans le paysage audiovisuel et les discours politiques, la question de l’immigration est sans conteste l’#obsession du #complexe_politico-médiatique français. Mais les deux visions principales qui s’affrontent – à #droite et à #gauche – pêchent considérablement par #distorsion et #omissions et peinent à embrasser la #dimension_globale de ce fait social.

    Si l’entrée de l’immigration dans le #débat_public fut progressive, on peut considérer comme un premier tournant les #agressions_racistes de #1973 et leur #médiatisation. En effet, le sujet va gagner en #visibilité à partir de ces événements et de leurs conséquences politiques, bien avant, comme on peut le lire parfois, la percée du #Front_national, au milieu des années 1980, et son affrontement avec les mouvements antiracistes.

    L’occasion est alors donnée aux immigrés de se présenter à la société française et de raconter leurs #conditions_de_travail et de vie. C’est aussi une opportunité, pour la société française, de débattre d’un sujet qui ne quittera plus les champs médiatique et politique, au point d’éclipser toutes les autres préoccupations citoyennes et même de les absorber, puisque le traitement qui en est fait suggère insidieusement sa responsabilité dans tous les #problèmes_sociaux.

    Si l’on peut penser que la surreprésentation de la question de l’immigration est imputable aux exigences et aux intérêts propres au secteur des médias, au vu de l’appétence de ces derniers pour les polémiques, on est bien en peine de justifier son #omniprésence dans le #discours_politique qui en a fait un #enjeu_électoral majeur. Cette évolution du #débat, en ampleur et en intensité, s’est accompagnée d’une #polarisation de plus en plus marquée et de la résurgence d’un #racisme_décomplexé, qui dénonce l’immigration comme un #poids pour le pays d’accueil et n’est contré que par une #rhétorique utilitariste qui associe immigration et #bénéfices_économiques.

    « #Grand_remplacement », « #invasion_migratoire » et « #submersion_migratoire »

    Porté par la droite et l’#extrême_droite, mais pas seulement, ce discours raciste développe l’idée que l’immigration représente non seulement une #charge_sociale, mais aussi une #menace_identitaire et sécuritaire pour les Français. Les immigrés sont ici présentés comme des individus #indésirables et en surnombre – on parle de « grand remplacement », d’« invasion migratoire » et de « submersion migratoire » – qui menaceraient la #sécurité et l’#identité nationales. L’argumentaire principal mobilisé pour défendre cette thèse est l’#incompatibilité des caractéristiques culturelles et religieuses des populations immigrées avec les valeurs de la #République, avec une focalisation sur l’#islam. Ce discours prône ouvertement l’arrêt des flux migratoires et même la possibilité du retour dans le pays d’origine. Sauf que…

    Lorsqu’il s’agissait de répondre à un besoin de #main-d’œuvre et d’abaisser les #coûts_du_travail, la droite, de connivence avec le #patronat, était favorable à l’immigration, notamment dans les années 1960, lorsque les constructeurs automobiles et les patrons des mines recrutaient massivement dans les pays du Maghreb. Ou encore au début des années 2000, lorsque le discours gouvernemental a fait de « l’#immigration_choisie » un leitmotiv. Aujourd’hui encore, cette pratique est maintenue et « protégée » parce que voulue par les élites économiques, bien que décriée sur les plateaux télévisés.

    De l’autre côté du spectre politique, l’argument utilitaire est mobilisé pour défendre les populations immigrées. Il est de plus en plus porté par la gauche, qui aime à rappeler la contribution des étrangers pendant la Grande Guerre et la Seconde Guerre mondiale ainsi que dans les #mines, les #usines et sur les grands #chantiers portés par le développement de l’#industrialisation, et qui souligne aujourd’hui le rôle des #médecins_étrangers dans le maintien du système de #santé_publique. Discours utilitariste donc (qui s’appuie sur les résultats de recherches en sciences économiques et en démographie conduites notamment par l’OCDE, la Banque mondiale et le FMI) mais qui est présenté comme humaniste par ses tenants, qui mettent en avant la #solidarité avec les immigrés et défendent une politique de #régularisation des #sans-papiers.

    Justifier le jeu du #capitalisme

    Ce discours est apprécié par la population concernée et il est souvent et naïvement repris par elle, puisqu’elle y trouve une justification à sa présence, au point de faire son totem de cette phrase qu’on entend souvent dans les bouches d’immigrés : « On travaille. » Mais la gauche dénie ici le fait que l’importation de populations étrangères dévalue les #classes_populaires (son principal électorat), qui se sont d’ailleurs progressivement détournées d’elle. En effet, valoriser la #participation des immigrés revient à justifier le jeu du capitalisme, qui utilise la #concurrence entre travailleurs et l’importation de main-d’œuvre pour casser les grèves, baisser les #salaires et ne pas améliorer les conditions de travail.

    Autrement dit, lorsqu’une partie de la gauche renonce à sa position historique sur la #régulation de l’immigration, elle protège ce que #Karl_Marx qualifie de « secret grâce auquel la classe capitaliste maintient son #pouvoir ». Elle devient dès lors ce que le sociologue #Ramón_Grosfoguel appelle une #gauche_impérialiste, dans le sens où « elle construit un #projet_politique où elle ne demande qu’à améliorer sa situation à l’intérieur des murs [frontières], à l’intérieur des espaces impérialistes, sans les remettre en cause, sans problématiser la #domination que ce #système-monde exerce sur les habitants à l’extérieur des murs [frontières]… Elle ne remet pas en question les #structures_de_pouvoir qui produisent le #pillage et l’#appauvrissement de la grande majorité de la population mondiale, qui vit juste à l’extérieur des murs et est soumise aux formes les plus despotiques, les plus appauvries et les plus violentes de l’accumulation du capital ». Pire, dans une démarche paternaliste, elle appelle à renforcer l’#aide_publique_au_développement au lieu de militer pour la #désimpérialisation.

    Dans les deux discours présentés ci-dessus, il y a des omissions et des distorsions si considérables qu’elles altèrent complètement l’appréhension du sujet de l’immigration. Il s’agit également de discours prisonniers de leurs points de vue et de leurs antagonismes réciproques, jusqu’à donner parfois l’impression qu’ils se définissent non pas en fonction des besoins de la réalité et des idées qu’ils défendent mais bien en réaction l’un à l’autre. À cela s’ajoute le fait que l’immigré est systématiquement abordé comme #objet et non comme #sujet, ce qui contribue à normaliser une #pensée_impérialiste qui ne participe qu’à stigmatiser les populations immigrées et à les dépouiller de leur #agentivité.

    Les trois quarts des migrations africaines sont intracontinentales

    Il s’agit d’un double phénomène : émigration-immigration. Toute étude ou tout discours qui ferait l’économie de l’un se condamnerait à l’incompréhension de l’autre, car l’un et l’autre sont les deux faces d’une même pièce. On comprend donc qu’une réflexion sur les conséquences de l’#immigration dans les pays d’arrivée doit nécessairement et impérativement s’accompagner d’une réflexion sur les #causes de l’#émigration dans les pays de départ.

    Une mise en perspective plus large permettra donc de montrer que les migrations ne concernent pas seulement les pays occidentaux – il s’agit d’un phénomène mondial –, voire qu’ils ne sont concernés que dans une moindre mesure, puisque les trois quarts des migrations africaines, par exemple, sont intracontinentales. Cela permettra également de jeter la lumière sur les problèmes réels ou supposés qui poussent des personnes du Sud à affluer en masse vers le Nord (pauvreté, conflits armés, accroissement démographique…), ainsi que sur les problèmes réels ou supposés qui poussent l’Occident à recruter des étrangers (déclin démographique, pénurie de main-d’œuvre, déserts médicaux…).

    Cette approche, qu’on pourrait qualifier de globale, est cruciale, parce qu’elle permet de démontrer combien une réflexion intramuros est vouée à l’échec, la seule manière de comprendre et de gérer la question migratoire étant d’établir un dialogue bilatéral, qui implique non seulement les pays d’émigration et les pays d’immigration mais aussi les populations migrantes et les sociétés d’accueil.

    L’immigration en #France est liée à l’#histoire_coloniale

    Il est aussi nécessaire de prendre en considération le rôle de l’histoire coloniale (esclavage, mobilisation militaire forcée et recrutement de travailleurs dans les colonies) dans la création des schémas migratoires ainsi que les rapports de force qui existent entre pays anciennement colonisateurs et pays anciennement colonisés. En effet, l’histoire de l’immigration en France est fondamentalement liée à l’histoire coloniale qui l’a créée, ce qui implique que, pour comprendre les migrations aujourd’hui volontaires, il est essentiel de revenir sur les #migrations_forcées dans les anciennes colonies, puisqu’elles ont des trajectoires identiques mais surtout qu’elles obéissent d’abord et avant tout aux besoins des pays occidentaux.

    Qualifiée comme telle – parce que c’est ce qu’on veut voir en elle, ce qu’on aimerait qu’elle soit et qu’elle le demeure –, l’#immigration_de_travail est une expression qui porte en elle un refus : regarder l’immigré autrement que comme un agent au service du capital, un corps au service des possédants. Or l’immigré est une personne, qui vient avec son histoire, sa religion, sa langue, sa façon d’être au monde, ses représentations et ses croyances, bref sa #culture. Il vient également avec ses besoins et ses aspirations : se marier, se perpétuer et vivre auprès de sa famille. Pourtant, et alors que, comme l’écrit le sociologue et non moins émigré-immigré #Sayad_Abdelmalek, « la chose était prévisible dès le premier acte d’immigration », tout semble se réaliser, du moins dans un premier temps, dans une logique du #provisoire.

    Ce sont là les #illusions qui accompagnent le phénomène migratoire, très bien expliquées par Abdelmalek Sayad. « L’image de l’émigration comme “#rotation” continuelle exerce sur chacun un fort pouvoir de séduction : la société d’accueil a la conviction de pouvoir disposer éternellement de #travailleurs […] sans avoir pour autant à payer (ou fort peu) en problèmes sociaux ; la société d’origine croit pouvoir se procurer de la sorte et indéfiniment les ressources monétaires dont elle a besoin, sans qu’il résulte pour elle la moindre altération ; les émigrés sont persuadés de s’acquitter de leurs obligations à l’égard de leur groupe […] sans avoir pour cela le sentiment de se renier. »

    L’illusion du provisoire

    C’est cette triple fonction des illusions qui maintient la notion de provisoire et lui donne une place centrale dans les #imaginaires de chacun, malgré sa mise en défaut par la réalité. C’est-à-dire, même après que le turnover a été révolu, que les séjours de travail se sont allongés jusqu’à devenir quasi permanents (transformant radicalement les rapports aux groupes d’appartenance et au #pays_natal), que les profils et les trajectoires migratoires se sont complexifiés, et que l’immigration de travail s’est transformée en #immigration_familiale, puis en #immigration_de_peuplement. La notion de provisoire est une consolation pour l’émigré face à sa désertion, pour la société d’origine face à sa désintégration et pour la société d’accueil dans son rêve de purification.

    La #délocalisation d’une partie de la société vers un autre pays, comme l’entretien de relations sociales et affectives entre ceux qui partent vivre à l’étranger et ceux qui restent dans le pays natal, semble créer une route qui grandit en même temps que la communauté d’expatriés. L’existence d’une solidarité intracommunautaire semble également faciliter, quand elle ne l’encourage pas directement, le passage à l’acte. En effet, l’idée de trouver des compatriotes ou même des membres du cercle familial (qui peuvent aider financièrement et psychologiquement) rassure le candidat à l’émigration sur la faisabilité de son #projet_migratoire et elle atténue sa peur de la #solitude et de l’#isolement. C’est ce qui explique le fait qu’on retrouve dans des villes et des quartiers à fortes densités immigrantes toute une communauté d’immigrés souvent originaires d’une même région et ayant parfois des liens de parenté.

    Les coûts importants des procédures administratives pour les demandes de visa et le pourcentage très élevé de refus dans certains pays (plus de 50 % en Algérie) rendent la voie légale souvent inaccessible. Le recours à la #clandestinité devient une possibilité de dépasser ces #blocages. En effet, traverser la Méditerranée dans une embarcation et franchir la frontière illégalement est une option choisie par des milliers de personnes chaque année, malgré les #risques et malgré les actions de prévention et de lutte contre la migration illégale.

    Maintenir coûte que coûte une #hiérarchie_sociale

    Ce qu’on peut relever du débat tel qu’il se présente aujourd’hui autour de la migration, c’est qu’elle est posée comme problème pour certaines populations et pas pour d’autres. Par exemple, en France ou en Allemagne, les réfugiés syriens ou afghans ne sont pas perçus comme les réfugiés ukrainiens. Le #traitement_médiatique qui leur est réservé n’est pas le même, pas plus que les dispositions prises pour leur #accueil et leur #insertion.

    Cet exemple permet d’inscrire la question dans le tableau plus large de la migration des pays du Sud vers les pays du Nord. Cette migration a ses spécificités et ses problématiques propres et elle ne saurait être confondue avec les mobilités intra-européennes ou euro-australo-américaines, par exemple, qui ne sont pas source de tensions, les populations qui en sont issues étant considérées comme assimilables, sinon semblables. Il n’en a pas toujours été ainsi. On se souvient du racisme envers les Bretons à Paris, des Britanniques envers les Irlandais, des Français envers les Italiens, les Espagnols, les Portugais…

    Ainsi posée, c’est la question du #racisme qui émerge comme point nodal de la migration, considérée par les uns comme phénomène social et par les autres comme problème social. Cette discrimination, qui a longtemps trouvé sa justification dans la #théorie_des_races et l’#infériorité_biologique supposée des uns par rapport aux autres, est remplacée, depuis la Seconde Guerre mondiale, par un #racisme_culturel, c’est-à-dire par un ensemble de pratiques et de discours dans lesquels la culture de certains groupes sociaux (généralement racisés) est essentialisée et infériorisée, l’objectif étant toujours le même : maintenir coûte que coûte une hiérarchie sociale.

    Faire l’impasse sur le #système-monde

    Penser l’État-nation dans un contexte d’#interdépendance_internationale est une ineptie, tout comme l’est le fait de chercher à préserver les intérêts d’un État ou à établir un #ordre_national plus juste dans un monde ravagé par les injustices, où l’on assiste au pillage des richesses humaines et naturelles par des multinationales occidentales ; un monde où rien ne protège les plus démunis de la prédation des États les plus puissants, qui se maintiennent par une #force_de_travail bon marché et des #matières_premières bradées. En effet, dans ce marché international qu’est devenu le monde et qui est régi par les intérêts économiques du capital et ses injonctions, le racisme apparaît comme une condition essentielle pour conserver une main-d’œuvre privée de droits, une force de travail à bas coût, non seulement dans les périphéries mais aussi au cœur des puissances économiques.

    Le racisme fonctionne donc selon des besoins cycliques. D’une part, il permet d’offrir des compétences à la demande et une main-d’œuvre bon marché dans les périodes de croissance, et, d’autre part, il permet d’exclure certaines populations du marché du travail dans les périodes de crise. Pour que cette mécanique puisse se perpétuer, les discriminations doivent persister, les frontières se renforcer et les populations « déplaçables » se résigner à leur #instrumentalisation. C’est ainsi que la splendide forteresse (le #centre) se protège contre les populations issues des #périphéries. C’est à ces conditions que peut se maintenir indéfiniment cet #ordre inique à l’échelle mondiale et c’est à ce niveau que doit s’inscrire la lutte pour la #justice_sociale.

    Ainsi déployée, la question migratoire déborde complètement celle des attitudes individuelles ou collectives vis-à-vis des immigrés, tout comme elle ne saurait être attribuée aux seuls faits politique ou économique, puisqu’elle est un fait social total, et que toute tentative de la saisir par un seul bout est vouée à l’échec. Il faut donc réinventer le débat, lui donner l’ampleur qu’il mérite et mettre à jour le lien direct qui lie les migrations avec les #guerres menées en Afrique et au Moyen-Orient, avec l’#extractivisme effréné et l’#exploitation irresponsable des #ressources des pays du Sud. Ce faisant, la question migratoire reprendra la place qui est la sienne au cœur de la lutte anti-impérialiste.

    https://afriquexxi.info/Migration-fait-social-total
    #utilitarisme #humanitarisme #paternalisme #diaspora #approche_globale #voies_légales #Etat-nation #nationalisme #nationalisme_méthodologique #périphérie #anti-impérialisme
    ping @reka @karine4 @_kg_ @isskein

  • Spike Lee, atout charme du Bénin pour attirer les afro-descendants
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/07/29/spike-lee-atout-charme-du-benin-pour-attirer-les-afro-descendants_6625214_32

    Spike Lee, atout charme du Bénin pour attirer les afro-descendants
    Le réalisateur américain et son épouse, Tonya Lewis Lee, ont été nommés ambassadeurs auprès de la diaspora aux Etats-Unis. Le gouvernement a également lancé une plateforme, « My Afro Origins », permettant de demander la nationalité béninoise.
    Par Sélène Agapé et Aby Faye
    Depuis son accession au pouvoir, en 2016, le président béninois, Patrice Talon, a fait de la politique mémorielle un levier de développement culturel et économique. Dans le cadre de cette stratégie, le conseil des ministres a annoncé, mercredi 23 juillet, la nomination du cinéaste américain Spike Lee et de son épouse, Tonya Lewis Lee, productrice et avocate, comme « ambassadeurs thématiques de la république du Bénin auprès de la diaspora afro-descendante des Etats-Unis d’Amérique ».
    Le gouvernement béninois estime que par ses actions, le couple a « profondément façonné le récit contemporain de la diaspora africaine ». Dans le cadre de leur mission, M. et Mme Lee contribueront « à sensibiliser, à favoriser le dialogue et à soutenir des initiatives promouvant la reconnexion culturelle et le devoir de mémoire », ajoute-t-il. Influent dans la communauté afro-américaine, le couple, marié depuis 1993, est connu pour ses engagements en faveur de la justice sociale et des droits civiques. De Malcolm X (1992) à BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan (2018), Spike Lee a réalisé et produit plusieurs films abordant l’identité noire et les inégalités. Il a par ailleurs retracé les origines de sa famille jusqu’au Cameroun et à la Sierra Leone. De son côté, Tonya Lewis Lee a notamment produit le documentaire She Runs the World (2025), sur le combat de l’athlète Allyson Felix pour la protection des mères dans le sport. La productrice, qui s’est rendue au Bénin en 2024, a aussi demandé la nationalité béninoise, selon Radio France internationale (RFI).
    Les époux Lee ne sont pas les premiers ambassadeurs choisis par le Bénin. En décembre 2024, le pays avait posé des jalons dans les Caraïbes en nommant l’ex-bâtonnier du barreau de Fort-de-France (Martinique), Georges-Emmanuel Germany, connu pour son engagement en faveur de la reconnaissance des afro-descendants antillais, ambassadeur chargé de la diaspora pour les Antilles.
    La nomination de Spike Lee et de Tonya Lewis Lee s’inscrit également dans le cadre du lancement, le 4 juillet, de la plateforme « My Afro Origins », qui permet aux afro-descendants de demander la nationalité béninoise. La création de ce portail fait suite à la promulgation, en septembre 2024, d’une loi permettant à toutes les « personnes qui, d’après leur généalogie, ont un ascendant africain subsaharien déporté hors du continent africain dans le cadre de la traite des Noirs et du commerce triangulaire », de soumettre une demande d’acquisition de nationalité, en présentant par exemple des documents d’état civil, de propriété ou des tests génétiques.
    « Cette initiative traduit la volonté du pays d’assumer sa responsabilité historique, de retisser les liens avec ses enfants dispersés à travers le monde et de faire de son territoire une terre d’accueil, de mémoire et d’avenir », indique le gouvernement béninois dans un communiqué. « Ce dispositif donne corps à une loi de justice et de reconnaissance. En ouvrant le chemin de la nationalité béninoise aux afro-descendants, nous honorons un principe fondamental : celui du droit au retour », explique le garde des sceaux, Yvon Détchénou.
    Le Bénin est historiquement l’un des pays au cœur du commerce triangulaire mis en place par les puissances européennes. Ouidah a été l’un des principaux ports d’exportation d’esclaves vers le continent américain. On estime à 25 millions, voire 30 millions, le nombre d’individus (hommes, femmes et enfants) déportés et vendus en tant qu’esclaves dans les différents réseaux de traite négrière, selon le projet de la « Route de l’esclave » de l’Unesco.
    La volonté du Bénin de retisser des liens avec sa diaspora et de s’ouvrir comme une terre d’accueil s’est par ailleurs traduite, samedi 26 juillet, par une cérémonie de remise d’attestations de nationalité à trois personnalités afro-descendantes : l’artiste haïtien Gabendy Joseph, le président du magazine Rolling Stone Africa, David Romuald Smeralda, et la chanteuse américaine Ciara.
    L’artiste de 39 ans, qui a découvert ses origines béninoises à travers un test ADN, a partagé son émotion sur les réseaux sociaux : « Cette année, à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine des Nations unies, j’ai eu l’honneur de recevoir la citoyenneté béninoise, devenant ainsi la première personne au monde à obtenir la nationalité dans le cadre de cette nouvelle initiative ! » L’interprète de Like a Boy et Level Up a été accueillie par le président Patrice Talon. « Je suis béninoise », a-t-elle conclu dans sa publication.
    Le Bénin n’est pas le premier pays d’Afrique de l’Ouest à vouloir attirer les afro-descendants. En 2019, le Ghana avait déjà lancé l’initiative « Year of Return », les invitant à « rentrer à la maison ». Une opération lancée pour la commémoration du 400e anniversaire du début de l’esclavage et plébiscitée par de nombreuses célébrités, comme l’acteur britannique Idris Elba (également citoyen sierra-léonais), la mannequin Naomi Campbell, les artistes américains Ludacris (détenteur de la nationalité gabonaise), Akon et Rick Ross, ou encore… le réalisateur Spike Lee.
    Un « mouvement » qui avait séduit les Afro-Américains mais aussi suscité des critiques, certains dénonçant un tourisme vidé de sa substance mémorielle. Le Bénin n’est pas exempt de reproches. Sur les réseaux sociaux, des internautes redoutent notamment une augmentation du coût de la vie.

    #Covid-19#migrant#migration#benin#etatsunis#diaspora#retour

  • Aux Etats-Unis, la diaspora africaine fragilisée par la nouvelle taxe sur les envois d’argent à l’étranger
    https://www.lemonde.fr/afrique/article/2025/07/24/aux-etats-unis-la-diaspora-africaine-fragilisee-par-la-nouvelle-taxe-sur-les

    Aux Etats-Unis, la diaspora africaine fragilisée par la nouvelle taxe sur les envois d’argent à l’étranger
    Par Aby Faye
    Dans la continuité de sa politique antimigratoire, Donald Trump a signé, le 4 juillet, une loi instaurant une taxe sur les transferts de fonds vers l’étranger. Voté la veille par la Chambre des représentants (218 voix pour, 214 contre), le texte devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2026, mais avec un taux abaissé à 1 % par le Sénat au lieu des 3,5 % souhaités par ses initiateurs, le député républicain Kevin Hern appuyé du sénateur J. D. Vance, devenu entre-temps vice-président des Etats-Unis.
    Selon une estimation réalisée par le média américain Politico, cette taxe pourrait générer 10 milliards de dollars (environ 8,5 milliards d’euros) de recettes pour les autorités fédérales. La Maison Blanche n’a pas détaillé la manière dont les fonds seront alloués, mais, selon la présidence américaine, le but recherché est d’« empêcher les immigrés en situation irrégulière de bénéficier de crédits d’impôt » et de « taxer les transferts d’argent envoyés à l’étranger ». Auparavant, la surveillance portait principalement sur la lutte contre le blanchiment d’argent, et non sur la fiscalité.Si l’objectif affiché par Washington est de dissuader l’immigration illégale, la mesure pourrait aussi inciter à repartir ceux venus pour subvenir aux besoins de leur famille. Selon l’avocat new-yorkais Thomas Rome, spécialiste des questions migratoires, le message envoyé à ceux qui souhaitent faire leur vie aux Etats-Unis est clair : « On va tout faire pour vous empêcher d’y vivre si vous venez sans papiers. Mais on va aussi taxer l’argent que vous envoyez chez vous. Alors restez chez vous. »
    Pour de nombreuses familles dont des membres se sont installés aux Etats-Unis, ces transferts d’argent sont essentiels. Selon le Partenariat mondial pour le savoir sur les migrations et le développement (Knomad, une initiative de la Banque mondiale), parmi les diasporas africaines installées aux Etats-Unis, les plus importants expéditeurs de fonds sont les Nigérians, les Egyptiens, les Ghanéens et les Kényans. Les Nigérians ont ainsi transféré vers leur pays d’origine, en 2021, la somme 5,7 milliards de dollars, les Egyptiens 1,8 milliard, les Kényans 1,3 milliard et les Ghanéens 1,1 milliard.
    Selon la même source, ces versements représentaient 18 % du produit intérieur brut (PIB) 2023 du Liberia, pays fondé en 1847 par l’American Colonization Society pour y installer des esclaves américains affranchis. Environ 95 000 Libériens résident aux Etats-Unis en 2025, selon l’organisme privé américain World Population Review. L’Union des associations libériennes aux Amériques estime toutefois leur nombre à plus de 250 000. De quoi susciter des inquiétudes au sein de cette diaspora comme au sein de la somalienne, fortement implantée dans le Minnesota, alors que le climat est devenu délétère pour les étrangers installés aux Etats-Unis.
    « C’est un coup de poing de plus, mais ce n’est pas aussi dramatique que les rafles de sans-papiers par l’ICE [la police de l’immigration] », juge l’avocat Thomas Rome. Boubacar Dramé, président de l’Association des Sénégalais d’Amérique, considère que cette mesure « n’aura aucun impact : les gens continueront d’envoyer de l’argent quoi qu’il en soit ». Par obligation pour leur famille, mais aussi du fait de la faiblesse du taux de prélèvement. « Ils ne s’en rendront pas compte et penseront que c’est la fluctuation du dollar », dit-il. M. Dramé pointe toutefois le « cynisme » de cette mesure, car les taxes collectées sur les envois d’argent des migrants pourraient financer les politiques qui visent à les expulser.

    #Covid-19#migrant#migration#etatsunis#politiquemigratoire#ICE#transfert#diaspora#afrique#sante

  • La puissance diasporique, source vive d’une solidarité sans frontières

    À l’heure où les crises et les conflits géopolitiques se multiplient, les modes de coopération évoluent profondément à l’échelle mondiale. La hausse des mouvements de population et le nombre croissant de personnes réfugiées amènent à repenser les modèles traditionnels de l’aide. Dans ce contexte, l’implication des diasporas s’impose comme un pilier essentiel de la solidarité internationale. Leur fine connaissance du terrain et leur capacité d’action constituent de puissants leviers pour bâtir des ponts durables entre les communautés, ici comme ailleurs.

    Le 4 juin, le Grand Rendez-vous des États généraux québécois de la solidarité internationale de l’AQOCI a ouvert un espace de dialogue essentiel afin de définir des stratégies communes face aux défis mondiaux à venir. Avec la collaboration avec le Forum international solidarité et développement (FISD) et Terre sans Frontières, ce panel a mis en lumière le rôle unique que peuvent jouer les diasporas dans la coopération internationale.

    https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2025/07/23/la-puissance-diasporique-source-vive-dune-soli

    #international #diaspora

  • Ghana Charts Path for Ethical, Regular Labour Mobility at High-Level Dialogue | International Organization for Migration
    https://www.iom.int/news/ghana-charts-path-ethical-regular-labour-mobility-high-level-dialogue

    Ghana Charts Path for Ethical, Regular Labour Mobility at High-Level Dialogue
    Accra, 27 June 2025 – The Government of the Republic of Ghana, in collaboration with the International Organization for Migration (IOM) and the African Union Commission (AUC), convened a National Policy Dialogue on Labour Mobility Pathways aimed at turning the potential of labour migration into sustainable development outcomes.
    In 2019, more than 970,000 Ghanaians lived abroad, sending money home, sharing skills, and investing in the country. At the same time, Ghana hosted over 466,000 international migrants, mostly from countries in the Economic Community of West African States (ECOWAS), demonstrating its strong ties to the region’s labour market. With an active diaspora, a growing youth population, and strong regional partnerships, Ghana is well placed to use labour mobility to boost its economy and support development across West Africa.
    “The National Policy Dialogue on Labour Mobility pathways marks a historic milestone in our collective pursuit for safe, orderly, and regular migration pathways,” said Dr. Abdul Rashid Hassan Pelpuo, Minister, Labour Jobs and Employment. “This initiative will undoubtedly contribute to empowering people, bolstering economies, and advancing sustainable development aspirations.”
    The three-day discussions brought together senior policymakers, regional and international organizations, the World Bank, diaspora representatives, the private sector, civil society actors, migrants, and diplomatic missions of major destination countries for Ghanaian migrants to build a coordinated vision for safe, regular, and dignified labour mobility not only in Ghana but also across West and Central Africa.
    “This dialogue comes at a critical time for Ghana and the region,” said Fatou Diallo Ndiaye, IOM Ghana Chief of Mission. “At a time when irregular migration continues to expose migrants to risks of exploitation and abuse, expanding regular migration pathways is both a humanitarian necessity and a development opportunity,” she added.As a Champion Country in the implementation of the Global Compact on Migration, Ghana continues to innovate and lead in providing protection to Ghanaians abroad, as well as migrants living in the country. In recent years, Ghana has aligned its legal policies with global and regional frameworks, including the AU Agenda 2063, the AU Migration Policy for Africa and key instruments such as the National Labour Migration Policy, the Human Trafficking Act, the Immigration Act, the National Migration Policy, and the Diaspora Engagement Policy.
    Ghana is also deepening international cooperation through the development of Bilateral Labour Migration Agreements (BLMAs) and Skills Mobility Partnerships with comprehensive support through the AU-IOM-ILO Joint Labour Migration Programme (JLMP), reinforcing its commitment to safe, regular, and mutually beneficial labour mobility. The High-Level Policy Dialogue identified key priorities, including stronger coordination among agencies and stakeholders, improved data sharing, and innovative approaches to labour mobility such as skills partnerships, complementary pathways, and schemes that combine education with work or protection. As labour markets evolve and migration dynamics shift across West and Central Africa, IOM remains committed to its role as a trusted convener, supporting governments, communities, and partners in co-creating solutions that ensure migration is safe, regular, and beneficial for all.

    #Covid-19#migrant#migration#ghana#OIM#politiquemigratoire#diaspora#economie#sante

  • Les Sénégalais de l’extérieur à l’honneur : Une Journée nationale de la Diaspora annoncée pour décembre
    https://www.seneweb.com/news/Politique/les-senegalais-de-l-rsquo-exterieur-a-l-_n_471157.html

    Les Sénégalais de l’extérieur à l’honneur : Une Journée nationale de la Diaspora annoncée pour décembre
    Par : Awa FAYE - Seneweb.com | 21 mai, 2025 à 23:05:39 | Lu 777
    Les Sénégalais de l’extérieur à l’honneur : Une Journée nationale de la Diaspora annoncée pour décembre
    Le Chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Diakhar Faye a présidé, ce mercredi 21 mai 2025, la réunion hebdomadaire du Conseil des Ministres, au Palais de la République. Au cours de cette rencontre, il a annoncé la tenue de la Journée nationale de la Diaspora, au mois de décembre prochain. « Au regard de l’importance primordiale qu’il accorde à nos compatriotes vivant à l’étranger, il a demandé au Gouvernement de prendre les dispositions appropriées en vue d’assurer l’organisation, en décembre 2025, à Dakar, de la première édition de la Journée nationale de la Diaspora. Cette grande rencontre nationale sera l’occasion de valoriser et de capitaliser toutes les initiatives de la Diaspora dans la consolidation d’un Sénégal souverain, juste, prospère et arrimé aux valeurs fortes de solidarité, d’inclusion et d’unité nationale », a-t-on informé dans le communiqué du Conseil des ministres.
    Auparavant, le Président de la République « a évoqué le rôle fondamental que la diaspora sénégalaise doit jouer dans la mise en œuvre de l’Agenda national de Transformation ». « Il a adressé ses chaleureuses félicitations aux Sénégalais de l’extérieur pour leur contribution significative à la vie politique, économique et sociale, ainsi qu’au rayonnement culturel de notre pays. Il a demandé au Gouvernement d’accorder une attention particulière aux doléances administratives (délivrance des cartes nationales d’identité, de passeports et autres documents consulaires et sociales, paiements des pensions, assistance et suivi de leurs droits sociaux) ainsi qu’aux suggestions et propositions des Sénégalais de l’extérieur », a-t-on souligné
    Puis, Bassirou Diomaye Faye a invité le Ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères et le Secrétaire d’Etat aux Sénégalais de l’extérieur à prendre toutes les dispositions afin d’assurer un service de proximité à nos compatriotes vivant à l’étranger par une mobilisation soutenue de nos missions diplomatiques et consulaires. Il a, par ailleurs, demandé au Gouvernement de valoriser davantage les compétences, l’expertise et le savoir-faire multisectoriels des Sénégalais de l’extérieur et d’accompagner leurs projets et investissements en cohérence avec les priorités de l’Agenda national de Transformation.
    « C’est tout le sens de la montée en puissance de la plateforme numérique Tabax Sénégal (www.tabaxsenegal.sn) qu’il convient de mieux vulgariser auprès de nos compatriotes établis à l’étranger. Dans cette dynamique, il a engagé le Premier Ministre à restructurer, pour plus d’efficacité, les dispositifs d’orientation, d’encadrement, d’accompagnement et de financement des projets et activités économiques des Sénégalais de l’extérieur, notamment le Fonds d’Appui aux Sénégalais de l’Extérieur (FAISE) », lit-on dans le document.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#diaspora#economie#developpement#sante

  • USA : La communauté sénégalaise lance un SOS pour Serigne Saliou Ndoye, détenu au Texas
    https://www.dakaractu.com/USA-La-communaute-senegalaise-lance-un-SOS-pour-Serigne-Saliou-Ndoye-dete

    USA : La communauté sénégalaise lance un SOS pour Serigne Saliou Ndoye, détenu au Texas
    La communauté sénégalaise vivant aux États-Unis est en alerte et se mobilise autour de l’affaire Serigne Saliou Ndoye, un compatriote actuellement en détention au Texas. Sans-papiers, ce dernier fait face à une procédure judiciaire lancée par les services de l’immigration américaine. Il risque l’expulsion, à la suite d’un malentendu culturel, selon ses proches. D’après plusieurs témoignages concordants, l’incident qui a conduit à son interpellation ne serait pas d’ordre criminel, mais relèverait d’un simple malentendu linguistique.Serigne Saliou, chauffeur occasionnel, aurait reçu une passagère américaine qui lui aurait demandé de mettre de la musique. Ne maîtrisant pas bien l’anglais, il aurait expliqué maladroitement qu’il n’écoutait pas de musique pour des raisons religieuses, préférant le Coran. Ces propos auraient affolé la passagère, qui aurait demandé à descendre immédiatement, en pleine autoroute. Pour des raisons évidentes de sécurité, il aurait refusé de la faire descendre à cet endroit, ce qui a été interprété comme une tentative de séquestration. Originaire de Thiès, Serigne Saliou Ndoye est décrit par la diaspora comme un homme pieux, respectueux, engagé dans la communauté Mouride et toujours fidèle aux valeurs de paix et de tolérance. Aucune charge de nature criminelle grave (notamment sexuelle) n’a été retenue à ce jour contre lui. La communauté sénégalaise aux États-Unis a lancé une cagnotte pour l’aider à bénéficier des services d’un bon avocat, apte à défendre son dossier avec rigueur et humanité. Les membres de la diaspora appellent l’ambassade du Sénégal à Washington et le consulat général à New York à suivre l’affaire de près, afin de garantir le respect des droits fondamentaux du compatriote détenu. « Ce que nous demandons, ce n’est pas un traitement de faveur. Ce que nous demandons, c’est la vérité, l’équité et la justice », précise un membre de la coordination solidaire.

    #Covid-19#migrant#migration#senegal#etatsunis#politiquemigratoire#expulsion#sante#diaspora

  • Dialogveranstaltung von Chi­ne­s:in­nen: Das Risiko von Konflikten
    https://taz.de/Dialogveranstaltung-von-Chinesinnen/!6076690

    18.3.2025 von Yi Ling Pan - Im Verein 706 Berlin kommen Chi­ne­s:in­nen zusammen, um politisch zu diskutieren – über Politikverdrossenheit und das Bedürfnis nach Dialog.

    Berlin taz | Politische Diskussionen führe sie eigentlich nicht so gern. „Sie sind emotional anstrengend und neigen dazu, Menschen zu spalten“, sagt Fenglin*. Die interkulturelle Beraterin mag es lieber, den Fokus auf die Menschen dahinter zu legen. Viele in der Runde nicken. Ähnliche Worte werden am heutigen Abend noch oft fallen. Selbst mit anderen chinesischen Studierenden der Sozialwissenschaften rede er nicht viel über Politik, sagt Jing*. „Das Streitrisiko ist einfach zu hoch.“ Die Runde lacht zustimmend.

    Trotzdem sind die rund 15 Menschen heute nicht zum Teetrinken zusammengekommen, sondern um politisch zu diskutieren. Auch über die chinesische Politikverdrossenheit. Reihum ergreifen sie das Wort und versuchen sich an verschiedenen Begründungen: unaufgearbeitete Traumata der chinesischen Kulturrevolution, das Aufwachsen in einem paternalistischen System, die fehlende Möglichkeit zur demokratischen Wahl, der Fokus auf die eigene Arbeit.

    All das könnte die dicke Mauer zwischen Privatem und Politik, die viele Chi­ne­s:in­nen empfinden, erklären. Damit stehen große Themen im Raum, aber selbst als die Berichte emotionaler und persönlicher werden, bleibt der Ton überlegt und ruhig. Nie wird jemand unterbrochen. 706 Berlin sei als Diskussionsplattform etwas Besonderes, versichert Fenglin.

    Jing kennt 706 noch aus China. Wie die Mutterorganisation aus Peking hat sich 706 Berlin 2021 als unabhängiger Begegnungsraum für junge Chi­ne­s:in­nen gegründet, seit 2022 ist er eingetragener Verein. Dabei bilden die laut Ausländerzentralregister rund 12.000 Menschen mit chinesischer Staatsbürgerschaft, die in Berlin leben, eine vergleichsweise kleine Zuwanderungsgruppe. Trotzdem finden die Veranstaltungen, von Antidiskriminierungsworkshops bis zu Film­abenden, großen Zuspruch. Mit dem verstärkten antichinesischen Rassismus während der Coronapandemie nahm auch das Bedürfnis nach einem Austauschort zu.
    Sorge um AfD-Zustimmung

    Am heutigen Abend geht es auch um die Bundestagswahl. Die vielen Stimmen für die AfD hätten ihn doch geschockt, beginnt der erste. Damit ist er nicht allein. „Der Gedanke, hier zu bleiben, macht mich unsicher“, sagt ein anderer, und fügt halb im Scherz hinzu: „Wenn die AfD das nächste Mal noch mehr Stimmen bekommt, muss ich vielleicht doch noch mal das Land wechseln.“ Dabei lebt er schon seit zehn Jahren in Deutschland.

    Auch Nengda lebt schon lange hier. In den zwölf Jahren habe er eigentlich kaum Diskriminierung erfahren, sagt er. Bis vor zwei Tagen. Auf der Straße sei ihm eine ältere Frau entgegengekommen. Eine Deutsche, vermutet er. „Ich habe gemerkt: Irgendetwas stimmt nicht mit der Art, wie sie auf mich zukommt.“ Als sie mit ihrem Bein ausholt und versucht, ihn am Schienbein zu treten, kann er instinktiv ausweichen. Sie trifft nur sein Hosenbein. Dann habe sie ihn angeschrien: „Ich hasse Chinesen!“

    Im Raum sind leise Ausrufe hörbar. Fenglin lacht auf, irgendwie verzweifelt. Nengda nickt. „Mir war ein bisschen schummrig in dem Moment. Ich wusste nicht, wie ich reagieren soll.“ Seine Stimme, bisher sehr ruhig, wird etwas lauter. „Früher hätte sich niemand getraut, so was auf offener Straße zu tun. Die Frau konnte das tun, weil in dem Moment hinter ihr all diese Stimmen standen. Die 20 Prozent für die AfD, sie haben ihr den Rücken gestärkt.“

    Für einige Momente steht die Fassungslosigkeit im Raum, bevor der Nächste weiterspricht. So eine offene Feindseligkeit scheint bisher niemand in der Runde erlebt zu haben. Aber auch mit tolerant eingestellten Deutschen seien politische Gespräche über China nicht immer einfach, berichtet Fenglin. Wenn Deutsche sie früher mit Kritik an China, dessen Überwachungssystem und Menschenrechtsverletzungen konfrontierten, habe sie oft nicht gewusst, was sie entgegnen solle.

    Zwischen Patriotismus und Taktlosigkeit

    Das habe auch an ihrem Unwissen gelegen. Aber da war noch etwas anderes. Oft fühlte sie sich auch verletzt. Das irritierte sie. Ist sie wirklich so „eine kleine Patriotin“, wie ihr deutscher Freund sie bezeichnete? „Ich musste mich viel mit meiner Identität auseinandersetzen“, sagt Fenglin. In den vergangenen Jahren habe sie sich vom politischen Patriotismus distanziert, informiert sich mittlerweile kritischer über chinesische Politik.

    Gleichzeitig kann sie nun mehr akzeptieren, dass sie nach wie vor eine emotionale Bindung zu China hat. „Meine chinesische Identität besteht nicht nur aus der politischen. In die Schublade wird man aber gerne gesteckt: die Leute setzen das Land mit der Regierung gleich und sehen dich als deren Stellvertreterin.“ Auf einer Party sei einmal die zweite Frage an sie gewesen, ob sie auch so schlimm fände, was in China passiert. „Das ist einfach taktlos.“

    Dennoch tauscht sie sich mit deutschen Freun­d:in­nen mehr über Politik aus als mit chinesischen. Das politische Interesse der 706-Berlin-Mitglieder sei nicht gerade repräsentativ für Auslandschines:innen. Die chinesische Politikverdrossenheit beklagt auch Wang Qingmin. Er ist Aktivist, regelmäßig stellt er sich auf öffentliche Plätze mit Flugblättern, die Frauenrechte, Klimaschutz und Antirassismus fordern. Was sie verbindet: die Anklage von Ungerechtigkeiten gegenüber Chines:innen.

    Aus China ist er schon 2019 geflüchtet, zunächst nach Serbien. 2023 startete er in Deutschland sein Asylverfahren, in der Hoffnung, hier mehr Unterstützung für seinen Aktivismus zu finden. Aber von Unis, Parteien, politischen Vereinen und Flüchtlingsberatungen habe er bisher im besten Fall ­Absagen bekommen. „Wenn ich auf der Straße stehe, bekomme ich zwar Zustimmung, sogar von 90 ­Prozent der Leute, würde ich sagen. Aber mitmachen tut dann doch keiner.“ Seine Stimme klingt nicht ­vorwurfsvoll, seine Worte schon.

    Die Angst vor Konsequenzen

    Nengda wirft ein, dass das für viele Chi­ne­s:in­nen eine Frage der Sicherheit sei. „Die meisten wollen nach China zurückreisen und haben dort Familie.“ Auf die Frage, wie das mit seiner Familie ist, antwortet Qingmin ausweichend. Sie hätten keine enge Beziehung und deshalb nichts zu befürchten. Deshalb ist er auch als Einziger hier bereit, mit seinem echten Namen in der Zeitung zu stehen. Seit dem Amtsantritt von Xi Jinping als Generalsekretär der Kommunistischen Partei 2012 hat sich nicht nur die Zensur von regierungskritischen Stimmen verstärkt, auch die Sank­tio­nen haben zugenommen. Das wissen alle Chi­ne­s:in­nen ganz genau.

    Der Unternehmensberater Zhiming tauscht sich trotzdem in einer Gruppe in der chinesischen App WeChat mit rund 100 In- und Aus­lands­chi­ne­s:in­nen kritisch über die chinesische Regierung aus. Sie bezeichnen sich selbst satirisch als „wandelnde halbe Million“. Der Ausdruck basiert auf der Vorgabe der Staatssicherheitsbehörde von 2017, die eine Belohnung von einer halben Million Yuan – umgerechnet rund 63.000 Euro – für das Melden „politischer Spione“ festgelegt hatte.

    „Solche Witze traut man sich nur unter sehr engen Freunden“, sagt Zhiming. Hat er keine Angst vor Konsequenzen? Schließlich schreibt die „Super-App“, die Nachrichten, Zahlungsmittel und vieles mehr in sich vereint, offen in die Datenschutzbestimmungen, „bei Bedarf“ alle Daten an chinesische Behörden weiterzugeben. Zhi­ming*­winkt ab: „Ich weiß gar nicht, wie oft unsere Gruppe in den letzten 15 Jahren schon gesperrt wurde. Aber das ist egal, dann eröffnen wir halt eine neue.“

    Unter dem Zynismus scheint eine Art matte Akzeptanz der Umstände zu liegen. Für Zhiming trägt auch Hoffnungslosigkeit zu der Politikverdrossenheit bei. „In Demokratien können Leute auf öffentlichen Veranstaltungen protestieren, in China nicht“, sagt er. „Allen ist klar: Du kannst nichts ausrichten. Es ist das Gefühl der Machtlosigkeit.“
    Diskutieren, nicht verurteilen

    Rui* hat selbst erlebt, was drohen kann, wenn man sich gegen dieses Gefühl auflehnt. Der LGBTQ-Verein seiner Uni, in dem er tätig war, wurde verboten, für seine kritische Berichterstattung über Coronamaßnahmen bekam er Abmahnungen. Das war einer der Gründe, warum er nach Deutschland kam. Er hat schon mehrere Veranstaltungen bei 706 Berlin initiiert. Dass Chi­ne­s:in­nen per se politisch desinteressiert sind, glaubt er nicht. „Es fehlen eher entsprechende Plattformen“, meint er.

    Vor der Bundestagswahl hat er eine Wahlsimulation organisiert. „Man konnte sehen, wie interessiert die Leute waren, miteinander zu diskutieren.“ In den hitzigen Social-Media-Debatten sehe man die individuellen Beweggründe nicht. „Da ist es einfach, den Leuten ein Etikett überzukleben.“ Für Rui ist das nicht nur zu einfach, sondern auch destruktiv. Auch vorschnelle Beschimpfungen gegenüber AfD-Wähler:innen sieht er kritisch.

    Eine Teilnehmerin nickt. Ihr Freund ist AfD-Wähler, hatte sie zuvor mit zögernder Stimme mitgeteilt. Über politische Ansichten streiten sie oft, ihre Beziehung zerstöre das nicht. „Wenn man sich die ganze Zeit gegenseitig angreift, verstärkt das nur die gesellschaftliche Spaltung. Und die echten Probleme, die alle interessieren – Miete, Lebensmittelpreise – sind immer noch da.“

    Für Rui ist klar: Man muss sich echte Stimmen im echten Leben anhören. „Da will sich niemand auf Leben und Tod zerfetzen. Die Leute können respektvoll miteinander reden.“ Auch Fenglin findet die Feindseligkeit bei politischen Debatten frustrierend. „Die echten Bedürfnisse werden nicht mehr gehört, die aber eigentlich bei allen ähnlich sind, nach einem bezahlbaren Leben, einem Zuhause, Sicherheit.“

    Nach dreieinhalb Stunden und vielen Tassen Tee ist die Veranstaltung beendet. Der Raum ist geflutet vom Bedürfnis nach mehr Empathie und von der Gleichzeitigkeit vieler Wahrheiten. Trotz der merkbaren Müdigkeit diskutieren die Leute in Zweier- und Dreiergrüppchen weiter. Ideen für nächste Veranstaltungen schwirren durch den Raum. Fenglin würde gerne etwas zur chinesischen Identität machen. Bei 706 Berlin kann je­de:r Projekte initiieren. Die Lust, zu diskutieren, scheint groß. Ebenso die Bereitschaft zum Zuhören.

    *Name geändert

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    #Berlin Allemagne #Chine #diaspora

  • Pour la première fois de ma vie, j’éprouve la honte d’être juif (...), une honte, inhabituelle dans la longue histoire de notre peuple, celle d’être complice d’un carnage. Jacob Rogozinski
    https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/05/jacob-rogozinski-qui-nous-pardonnera-si-nous-ne-parvenons-pas-a-demander-par

    Jacob Rogozinski, philosophe : « Qui nous pardonnera si nous ne parvenons pas à demander pardon pour ces crimes à Gaza ? »

    J’éprouve une grande joie à l’annonce de l’accord de cessez-le-feu à #Gaza et de la libération des otages israéliens. Mais ma joie se mêle à un sentiment très différent. Tout cela arrive très tard, beaucoup trop tard : tant de souffrances et de morts auraient pu être évitées ! Même si ce cessez-le-feu menait enfin à une paix durable, comment oublier que, pendant plus d’une année, [le premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou et son armée ont affamé et massacré des populations civiles ? Qu’ils ont détruit la plupart des habitations, des hôpitaux et des écoles de Gaza ; et que les membres les plus extrémistes de son gouvernement envisagent toujours une recolonisation de ce territoire et l’expulsion de ses habitants ?

    En agissant ainsi, la droite et l’extrême droite israéliennes ont pris tous les #juifs en otages, ceux d’Israël comme ceux de la #diaspora. Ils en ont fait les complices de leurs crimes et ils l’ont fait au nom du peuple juif, c’est-à-dire aussi « en mon nom ». Pour la première fois de ma vie, j’éprouve la honte d’être juif. Mais ce n’est pas la honte de jadis, la honte de ceux que l’on insultait, que l’on humiliait, que l’on parquait dans les ghettos : c’est une nouvelle sorte de #honte, inhabituelle dans la longue histoire de notre peuple, celle d’être complice d’un carnage.
    Fils de survivants de la Shoah, je suis né et j’ai vécu en paix en France, où je n’ai jamais été la cible ni même le témoin direct d’un acte ou d’une parole antisémite. Le désastre qui a anéanti tant des miens m’a été profitable : il m’a gratifié d’une robuste bonne conscience. Il m’a donné la certitude d’être toujours du bon côté, du côté des victimes de l’histoire, de ceux à qui l’on a fait tort, et cela m’a empêché de voir un autre tort dont j’étais malgré moi le complice.

    De l’indicible horreur de la Shoah était né l’Etat d’#Israël, refuge pour tous les juifs persécutés. Pour des survivants comme mes parents, cela signifiait que, peut-être, l’horreur n’allait plus recommencer. Ainsi, l’existence d’Israël était une bénédiction, et chacune de ses actions était bénie. Cela dispensait de s’interroger sur les injustices qui avaient précédé et suivi sa naissance.

    Je me suis rendu plusieurs fois en Israël. D’abord avec mes parents qui voulaient revoir leurs amis d’autrefois – ceux, peu nombreux, qui avaient survécu. Puis, adolescent, pour travailler à la récolte des fruits dans un kibboutz en Galilée. Et récemment encore, invité dans des universités. Je ne me suis jamais senti « chez moi » dans ce pays, et pourtant j’étais heureux d’y être, heureux d’en être. J’avais l’impression de participer – sans en payer le prix – à l’exaltante aventure des pionniers qui, m’avait-on appris, avaient « fait refleurir le désert ».

    Demander pardon

    Je ne savais pas, je ne voulais pas savoir que cette terre n’avait jamais été déserte ; qu’elle appartenait déjà à un autre peuple et qu’il en avait été dépossédé ; que la création de l’Etat avait forcé à l’exil des centaines de milliers d’hommes et de femmes ; que cette injustice avait entraîné toujours plus d’injustices, toujours plus de violence. Je ne voulais pas voir que, peu à peu, David s’était métamorphosé en Goliath. La passion de l’ignorance est une puissante passion, et elle est encore plus scandaleuse lorsqu’elle concerne celui qui se prétend « philosophe ».

    A la différence d’autres religions, le judaïsme accorde plus d’importance à la pratique qu’à la croyance, ce qui permet de prier sans être forcément « croyant ». A la jeune Hannah Arendt qui déclarait à un rabbin qu’elle avait « perdu la foi », celui-ci lui avait répondu : « Qui vous a demandé d’avoir la foi ? » Mon père se disait « anarchiste et athée » (et, au grand scandale de ses amis, il affirmait que les #Palestiniens avaient le droit d’avoir leur Etat). Cela ne l’empêchait pas d’être le chantre de notre petite communauté et, les jours de fête, de chanter les prières en pleurant. Je devais avoir 10 ans quand j’ai osé lui demander pourquoi il priait, alors qu’il se disait athée. Il m’a répondu : « Je prie pour les morts. » Devenu adulte, j’ai décidé de suivre son exemple. Il me semblait possible de m’adresser à un Autre, sans savoir s’il existait quelque part et s’il entendrait ma voix.

    Cette année, j’ai cessé de le faire. Comment demander pardon pour nos fautes en priant avec ceux qui approuvent un massacre ? Pour invoquer l’Autre, un juif doit le faire avec d’autres juifs – au moins dix d’entre eux – parce que leur invocation est celle d’un peuple qui renouvelle son alliance chaque fois qu’il s’adresse à son Dieu. C’est ce peuple qui fait défaut aujourd’hui.

    Agression féroce

    Faire défaut est plus grave que commettre une faute, car celui qui commet cette faute peut le reconnaître, tôt ou tard, et demander pardon, alors que celui qui fait défaut ne peut même pas se reconnaître comme l’auteur d’une faute. C’est ce qui arrive désormais à une très grande partie des Israéliens. « Pour nous, disent-ils, c’est tous les jours le 7-Octobre » : pour eux, certes, mais aussi pour les civils palestiniens innocents que leur armée a massacrés. L’agression féroce qu’a subie Israël l’a aveuglé, anesthésié, privé de tout sens éthique, de toute empathie envers les autres victimes de cette guerre. C’est en cela que ce peuple fait défaut.

    Est-ce moi qui ai « trahi » mon peuple en protestant contre le carnage, comme on me l’a reproché, ou est-ce ce peuple qui s’est trahi lui-même ? « Lo-’Ammi », « pas mon peuple » : une voix avait commandé à Osée, un prophète des temps bibliques, de nommer ainsi son fils. Ce qui veut dire, lui déclare cette voix : « Vous n’êtes pas mon peuple et je ne suis pas votre Dieu. Mais un jour viendra, poursuit la voix, où je pardonnerai, où je dirai à Pas-mon-peuple : “Tu es mon peuple” et il me répondra : “Mon Dieu”. »

    Qui prophétisera pour nous aujourd’hui ? Qui nous pardonnera ces dizaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants affamés, mutilés, tués, si nous ne parvenons pas à demander pardon pour ces crimes ? Si j’arrive à prier de nouveau, je prierai pour un peuple à venir, un peuple qui soit digne de l’alliance.

    Jacob Rogozinski est professeur émérite à la faculté de philosophie de Strasbourg. Il est notamment l’auteur de « Moïse l’insurgé » (Ed. du Cerf, 2022) et « Inhospitalité » (Ed. du Cerf, 2024).

    • « [Le] refus [de Claude Lanzmann,] des Palestiniens répond je crois à un réflexe viscéral d’horreur et d’effroi envers les ‘‘perdants’’, les sans-patrie, les dispersés, c’est le refus véhément de l’image du Juif tel que la diaspora l’avait modelé. »

      Le Testament amoureux, Serge Rezvani, 1981.