L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
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L’Ouganda, premier pays d’accueil des réfugiés en Afrique, commence à leur fermer la porte
Par Mustapha Kessous et Noé Hochet-Bodin
L’Ouganda, pays d’Afrique de l’Est longtemps présenté comme un modèle d’ouverture envers les migrants, serait-il en train de leur fermer la porte ? Le ministre chargé des réfugiés, Hilary Onek, a indiqué, le 26 novembre, que le gouvernement n’accorderait plus l’asile aux ressortissants des pays où « il n’y a pas de guerre ». Les Somaliens, les Ethiopiens et les Erythréens sont explicitement visés par cette annonce.
Cette décision a surpris tant « cette nation est considérée comme exemplaire en matière d’accueil », rappelle Ritah Kabanyoro, directrice d’Action contre la faim en Ouganda. Avec 1,93 million de réfugiés, dont plus de la moitié de Sud-Soudanais, l’Ouganda, qui compte 50 millions d’habitants, est aujourd’hui la première terre d’asile du continent.
Ils n’étaient qu’un peu plus de 500 000 exilés il y a dix ans. « Ici, les réfugiés ne se retrouvent pas dans des camps, mais dans des villages où ils ont accès aux services sociaux [santé, éducation], à un travail. Ils peuvent presque tout faire comme les Ougandais », pointe-t-elle. Mais ce modèle, l’un des plus progressistes du continent, commence à vaciller. Il est aujourd’hui fragilisé par l’effondrement de l’écosystème humanitaire depuis le démantèlement, en février, de l’Agence américaine pour le développement international (Usaid), principal bailleur de fonds de la solidarité mondiale.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Ouganda n’est actuellement financé qu’à 36 % de ses besoins pour 2025, n’ayant reçu que 128 millions de dollars (110 millions d’euros) sur les 361 millions de dollars nécessaires pour mener à bien ses missions, indique-t-il au Monde. « Cela fait environ dix ans que nous n’atteignons plus les objectifs de financement, note Mme Kabanyoro. Le reste doit être pris en charge par le gouvernement ougandais, qui n’a ni les ressources ni les moyens. Tous les services sociaux sont en difficulté. Environ 600 000 personnes ne reçoivent plus d’aide alimentaire. » La dissolution de l’Usaid combinée aux coupes budgétaires de pays européens comme le Royaume-Uni, la France ou l’Allemagne ont aggravé la situation.
Comme ailleurs en Afrique, les ONG souffrent. Certaines ont fermé, d’autres ont réduit drastiquement leurs activités. « Nous essayons toutes de faire mieux avec moins, ce qui est impossible. Dans certaines zones, il n’y a plus aucun acteur pour assurer l’accès à l’eau et l’assainissement », déplore-t-elle. Au manque d’argent s’ajoute l’afflux constant de réfugiés : 150 000 de plus – venus notamment de la République démocratique du Congo – depuis début 2025.
Dans ce contexte, l’annonce du ministre ougandais chargé des réfugiés a suscité l’inquiétude, d’autant que le HCR assure n’avoir reçu aucune notification officielle indiquant que l’Ouganda aurait cessé d’accorder le statut de réfugié aux Somaliens, Ethiopiens et Erythréens. L’agence onusienne explique au Monde que le gouvernement avait, en réalité, déjà émis des suspensions temporaires d’enregistrement aux citoyens de ces trois pays : la Somalie depuis mars 2023, l’Erythrée à partir de janvier et l’Ethiopie à compter d’août.« Il s’agit de suspensions temporaires de l’enregistrement et non d’un arrêt de l’asile ou du statut de réfugié, insiste-t-on du côté du HCR. Le Refugee Eligibility Committee [agence étatique chargée d’examiner les demandes d’asile] continue d’examiner les dossiers des Somaliens, Erythréens et Ethiopiens déjà enregistrés avant la suspension. »
Alors pourquoi cibler ces trois nationalités, qui représentent seulement 125 000 personnes environ, soit 6,5 % des réfugiés ? « Ces restrictions ne sont pas directement liées aux contraintes financières. Il s’agit avant tout d’une mesure de sûreté », assure Kristof Titeca, professeur à l’université belge d’Anvers et chercheur associé à l’Institut Egmont de Bruxelles. D’après plusieurs sources, le gouvernement ougandais s’inquiète de plusieurs phénomènes : fraudes liées aux documents de voyage ou d’asile ; traite d’êtres humains ; présence de ressortissants étrangers auparavant enrôlés dans des forces armées. « Plusieurs Erythréens ont été impliqués dans des affaires de blanchiment et de fraude financière », avance l’universitaire. L’Ouganda, retiré de la liste grise du Groupe d’action financière, un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment, en février 2024, redoute que de nouveaux scandales menacent sa crédibilité économique à l’international.
S’ajoute un contexte politique particulier : la présidentielle du 12 janvier 2026. Le sujet migratoire s’invite dans la campagne. « Les discours anti-immigration se multiplient et se répandent sur les réseaux sociaux, atteste M. Titeca. Depuis plusieurs années, le nombre de réfugiés et de membres des diasporas est-africaines a connu une croissance démographique rapide dans la capitale, alimentant petit à petit une forme de xénophobie. » Pour Mme Kabanyoro, l’hostilité ne vient pas tant de la population que de tensions au sein même des réfugiés. Elle évoque notamment une attaque – qui a eu lieu en juillet, dans un village au centre du pays – de Sud-Soudanais contre des Soudanais, accusés d’avoir reçu davantage d’aide alimentaire. L’attaque a fait plusieurs blessés et un mort.
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