• Sur la frontière gréco-turque, à l’épicentre des tensions

    L’Union européenne entend sanctionner la politique de plus en plus expansionniste de la Turquie, qui ravive en Grèce les souvenirs des conflits du passé. Ligne de rupture, mais aussi d’échanges entre Orient et Occident, la frontière gréco-turque ne respire plus depuis la crise sanitaire. De #Kastellorizo à la #Thrace en passant par #Lesbos, les deux pays ont pourtant tant de choses en commun, autour de cette démarcation qui fut mouvante et rarement étanche.

    Petite île aux confins orientaux de la Grèce, Kastellorizo touche presque la #Turquie. Le temps s’écoule lentement dans l’unique village, logé dans une baie profonde. En cette fin septembre, de vieux pêcheurs jouent aux cartes près des enfants qui appâtent des tortues dans les eaux cristallines. Devant son café froid, M. Konstantinos Papoutsis observe, placide, l’immense côte turque, à guère plus de deux kilomètres, et la ville de Kaş, son seul horizon. « Nous sommes une île touristique tranquille, assure cet homme affable qui gère une agence de voyages. Je l’ai répété aux touristes tout l’été. » Attablée autour de lui, la poignée d’élus de cette commune de cinq cents âmes reprend ses propos d’un air débonnaire : « Il n’y a aucun danger à Kastellorizo ! »

    Un imposant ferry, qui paraît gigantesque dans ce petit port méditerranéen, vient animer le paysage. Parti d’Athènes vingt-quatre heures plus tôt, il manœuvre difficilement pour débarquer ses passagers, parmi lesquels une cinquantaine d’hommes en treillis et chapeaux de brousse. Les soldats traversent la baie d’un pas vif avant de rejoindre les falaises inhabitées qui la dominent. « C’est une simple relève, comme il y en a tous les mois », commente M. Papoutsis, habitué à cette présence.

    Selon le #traité_de_Paris de février 1947 (article 14), et du fait de la cession par l’Italie à la Grèce du Dodécanèse, les îles dont fait partie Kastellorizo sont censées être démilitarisées. Dans les faits, les troupes helléniques y guettent le rivage turc depuis l’occupation par Ankara de la partie nord de Chypre, en 1974, précisent plusieurs historiens (1). Cette défense a été renforcée après la crise gréco-turque autour des îlots disputés d’Imia, en 1996. La municipalité de Kastellorizo refuse de révéler le nombre d’hommes postés sur ses hauteurs. Et si les villageois affichent un air de décontraction pour ne pas effrayer les visiteurs — rares en cette période de Covid-19 —, ils n’ignorent pas l’ombre qui plane sur leur petit paradis.

    Un poste avancé d’Athènes en Méditerranée

    Kastellorizo se trouve en première ligne face aux menaces du président turc Recep Tayyip Erdoğan, qui veut redessiner les cartes et imposer son propre #partage_des_eaux. Depuis les années 1970, les #îles du #Dodécanèse font l’objet d’un #conflit larvé entre ces deux pays membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). La Turquie conteste la souveraineté grecque sur plusieurs îles, îlots et rochers le long de sa côte. Surtout, elle est l’un des rares pays, avec notamment les États-Unis, à ne pas avoir signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer (dite #convention_de_Montego_Bay, et entrée en vigueur en 1994), et ne reconnaît pas la revendication par la Grèce d’un plateau continental autour de ses îles. Athènes justifie dès lors leur #militarisation au nom de la #légitime_défense (2), en particulier depuis l’occupation turque de Chypre et en raison d’une importante présence militaire à proximité : la marine et l’armée de l’air turques de l’Égée sont basées à İzmir, sur la côte occidentale de l’Asie Mineure.

    Si proche de la Turquie, Kastellorizo se trouve à 120 kilomètres de la première autre île grecque — Rhodes — et à plus de 520 kilomètres du continent grec. Alors que l’essentiel de la #mer_Egée pourrait être revendiqué par Athènes comme #zone_économique_exclusive (#ZEE) (3) au titre de la convention de Montego Bay (voir la carte ci-contre), ce lointain îlot de neuf kilomètres carrés lui permet de facto de jouir d’une large extension de plusieurs centaines de kilomètres carrés en Méditerranée orientale. Or, faute d’accord bilatéral, cette ZEE n’est pas formellement établie pour Ankara, qui revendique d’y avoir librement accès, surtout depuis la découverte en Méditerranée orientale de gisements d’#hydrocarbures potentiellement exploitables. À plusieurs reprises ces derniers mois, la Turquie a envoyé dans le secteur un bateau de recherche sismique baptisé #Oruç_Reis, du nom d’un corsaire ottoman du XVIe siècle — surnommé « #Barberousse » — né à Lesbos et devenu sultan d’Alger.

    Ces manœuvres navales font écho à l’idéologie de la « #patrie_bleue » (#Mavi_Vatan). Soutenue par les nationalistes et les islamistes, cette doctrine, conçue par l’ancien amiral #Cem_Gürdeniz, encourage la Turquie à imposer sa #souveraineté sur des #zones_disputées en #mer_Noire, en mer Égée et en #Méditerranée. Ces derniers mois, M. Erdoğan a multiplié les discours martiaux. Le 26 août, à l’occasion de l’anniversaire de la bataille de Manzikert, en 1071, dans l’est de la Turquie, où les Turcs Seldjoukides mirent en déroute l’armée byzantine, il avertissait la Grèce que toute « erreur » mènerait à sa « ruine ». Quelques semaines plus tard, le 21 octobre, lors d’une rencontre avec les présidents chypriote et égyptien à Nicosie, M. Kyriakos Mitsotakis, le premier ministre grec conservateur, accusait la Turquie de « fantasmes impérialistes assortis d’actions agressives ».

    Sous pression en août dernier, Athènes a pu compter sur le soutien de la République de Chypre, de l’Italie et de la France, avec lesquelles elle a organisé des manœuvres communes. Ou encore de l’Égypte, avec laquelle elle vient de signer un accord de partage des #zones_maritimes. Déjà en conflit ouvert avec son homologue turc sur la Syrie, la Libye et le Caucase, le président français Emmanuel Macron s’est résolument rangé aux côtés d’Athènes. « C’est un allié précieux que l’on voudrait inviter à venir sur notre île », déclare l’adjoint à la municipalité de Kastellorizo, M. Stratos Amygdalos, partisan de Nouvelle Démocratie, le parti au pouvoir. À la mi-septembre 2020, la Grèce annonçait l’acquisition de dix-huit Rafale, l’avion de combat de Dassault Aviation.

    « Erdoğan se prend pour Soliman le Magnifique. Mais il perd du crédit dans son pays, la livre turque s’effondre. Alors il essaie de redorer son image avec des idées de conquêtes, de rêve national… », maugrée de son côté M. Konstantinos Raftis, guide touristique à Kastellorizo. La comparaison entre le sultan de la Sublime Porte et l’actuel président turc revient fréquemment dans ce pays qui fit partie de l’Empire ottoman durant quatre siècles (de 1430, date de la chute de Salonique, à l’indépendance de 1830). La résistance hellénique a forgé l’identité de l’État grec moderne, où l’on conserve une profonde suspicion à l’égard d’un voisin encombrant, quatre fois plus riche, six fois plus grand et huit fois plus peuplé. Cette méfiance transcende les clivages politiques, tant le #nationalisme irrigue tous les partis grecs. Athènes voit aujourd’hui dans la doctrine de la « patrie bleue » une politique expansionniste néo-ottomane, qui fait écho à l’impérialisme passé.

    À l’embouchure du port de Kastellorizo, la silhouette d’une mosquée transformée en musée — rare vestige de la présence ottomane — fait de l’ombre à un bar à cocktails. L’édifice trône seul face aux vingt-six églises orthodoxes. La Constitution précise que l’orthodoxie est la « religion dominante » dans le pays, et, jusqu’en 2000, la confession était inscrite sur les cartes d’identité nationales. La suppression de cette mention, à la demande du gouvernement socialiste, a provoqué l’ire de la puissante Église orthodoxe, plus de 95 % des Grecs se revendiquant alors de cette religion. « Pendant toute la période du joug ottoman, nous restions des Grecs. Nos ancêtres ont défendu Kastellorizo pour qu’elle garde son identité. Nous nous battrons aussi pour qu’elle la conserve », s’emballe soudainement M. Raftis.

    Son île a dû résister plus longtemps que le reste du pays, insiste le sexagénaire. Après le départ des Ottomans, Kastellorizo, convoitée par les nations étrangères pour sa position géographique aux portes de l’Orient, a été occupée ou annexée par les Français (1915-1921), les Italiens (1921-1944), les Britanniques (1944-1945)… L’îlot n’est devenu complètement grec qu’en 1948, comme l’ensemble des îles du Dodécanèse. Depuis, il arbore fièrement ses couleurs. Dans la baie, plusieurs étendards bleu et blanc flottent sur les balcons en encorbellement orientés vers la ville turque de Kaş (huit mille habitants). Le nombre de ces drapeaux augmente quand la tension s’accroît.

    Trois autres grands étendards nationaux ont été peints sur les falaises par des militaires. En serrant les poings, M. Raftis raconte un épisode qui a « mis les nerfs de tout le monde à vif ». À la fin septembre 2020, un drone d’origine inconnue a diffusé des chants militaires turcs avant d’asperger ces bannières d’une peinture rouge vif, évoquant la couleur du drapeau turc. « C’est une attaque impardonnable, qui sera punie », peste l’enfant de l’île, tout en scrutant les quelques visages inconnus sur la promenade. Il redoute que des espions viennent de Turquie.

    « Les #tensions durent depuis quarante ans ; tout a toujours fini par se régler. Il faut laisser la Turquie et la Grèce dialoguer entre elles », relativise pour sa part M. Tsikos Magiafis, patron avenant d’une taverne bâtie sur un rocher inhabité, avec une vue imprenable sur Kaş. « Les querelles sont affaire de diplomates. Les habitants de cette ville sont nos frères, nous avons grandi ensemble », jure ce trentenaire marié à une Turque originaire de cette cité balnéaire. Adolescent, déjà, il délaissait les troquets de Kastellorizo pour profiter du bazar de Kaş, du dentiste ou des médecins spécialisés qui manquent au village. Les Turcs, eux, ont compté parmi les premiers touristes de l’île, avant que la frontière ne ferme totalement en mars 2020, en raison du Covid-19.

    À Lesbos, les réfugiés comme « #arme_diplomatique »

    À 450 kilomètres plus au nord-ouest, au large de l’île de Lesbos, ce ne sont pas les navires de recherche d’hydrocarbures envoyés par Ankara que guettent les Grecs, mais les fragiles bateaux pneumatiques en provenance de la côte turque, à une dizaine de kilomètres seulement. Cette île montagneuse de la taille de la Guadeloupe, qui compte 85’000 habitants, constitue un autre point de friction, dont les migrants sont l’instrument.

    Depuis une décennie, Lesbos est l’une des principales portes d’entrée dans l’Union européenne pour des centaines de milliers d’exilés. Afghans, Syriens, Irakiens ou encore Congolais transitent par la Turquie, qui accueille de son côté environ quatre millions de réfugiés. En face, le rivage turc se compose de plages peu touristiques et désertes, prisées des passeurs car permettant des départs discrets. Les migrants restent toutefois bloqués à Lesbos, le temps du traitement de leur demande d’asile en Grèce et dans l’espoir de rejoindre d’autres pays de l’espace Schengen par des voies légales. Le principal camp de réfugiés, Moria, a brûlé dans des conditions obscures le 8 septembre, sans faire de victime grave parmi ses treize mille occupants.

    Pour M. Konstantinos Moutzouris, le gouverneur des îles égéennes du Nord, ces arrivées résultent d’un calcul stratégique d’Ankara. « Erdoğan utilise les réfugiés comme arme diplomatique, il les envoie lorsqu’il veut négocier. Il a une attitude très agressive, comme aucun autre dirigeant turc avant lui », accuse cette figure conservatrice locale, connue pour ses positions tranchées sur les migrants, qu’il souhaite « dissuader de venir ».

    Il en veut pour preuve l’épisode de tension de mars 2020. Mécontent des critiques de l’Union européenne lors de son offensive contre les Kurdes dans le nord de la Syrie, le président turc a annoncé l’ouverture de ses frontières aux migrants voulant rejoindre l’Europe, malgré l’accord sur le contrôle de l’immigration qu’il a passé avec Bruxelles en mars 2016. Plusieurs milliers de personnes se sont alors massées aux portes de la Grèce, à la frontière terrestre du Nord-Est, suscitant un renforcement des troupes militaires grecques dans ce secteur. Dans le même temps, à Lesbos, une dizaine de bateaux chargés de réfugiés atteignaient les côtes en quelques jours, déclenchant la fureur d’extrémistes locaux. « Nous ne communiquons plus du tout avec les autorités turques depuis », affirme M. Moutzouris.

    Athènes assume désormais une ligne dure, quitte à fermer une partie de sa frontière commune avec la Turquie aux demandeurs d’asile, en dépit des conventions internationales que la Grèce a signées. Le gouvernement a ainsi annoncé mi-octobre la construction d’un nouveau #mur de 27 kilomètres sur la frontière terrestre. Au début de l’année 2020, il avait déjà déclaré vouloir ériger un #barrage_flottant de 2,7 kilomètres au large de Lesbos. Un ouvrage très critiqué et jugé illégal par les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits humains. Un projet « absurde », juge M. Georgios Pallis, pharmacien de l’île et ancien député Syriza (gauche). Plusieurs sources locales évoquent une suspension de la construction de ce barrage. Le gouvernement, lui, ne communique pas à ce sujet.

    « Les réfugiés payent la rupture du dialogue gréco-turc », déplore M. Pallis entre deux mezze arrosés de l’ouzo local, près du port bruyant de Mytilène, dans le sud de l’île. « Des retours forcés de migrants sont organisés par les gardes-côtes grecs. » En septembre, le ministre de la marine se targuait, au cours d’une conférence de presse, d’avoir « empêché » quelque dix mille migrants d’entrer en 2020. Un mois plus tard, le ministre de l’immigration tentait, lui, de rectifier le tir en niant tout retour forcé. À Lesbos, ces images de réfugiés rejetés ravivent un douloureux souvenir, analyse M. Pallis : « Celui de l’exil des réfugiés d’Asie Mineure. » Appelé aussi en Grèce la « #grande_catastrophe », cet événement a fondé l’actuelle relation gréco-turque.

    Au terme du déclin de l’Empire ottoman, lors de la première guerre mondiale, puis de la guerre gréco-turque (1919-1922), les Grecs d’Asie Mineure firent l’objet de #persécutions et de #massacres qui, selon de nombreux historiens, relèvent d’un #génocide (4). En 1923, les deux pays signèrent le #traité_de_Lausanne, qui fixait les frontières quasi définitives de la Turquie moderne et mettait fin à l’administration par la Grèce de la région d’İzmir-Smyrne telle que l’avait décidée le #traité_de_Sèvres de 1920 (5). Cet accord a aussi imposé un brutal #échange_de_populations, fondé sur des critères religieux, au nom de l’« #homogénéité_nationale ». Plus de 500 000 musulmans de Grèce prirent ainsi le chemin de l’Asie Mineure — soit 6,5 % des résidents de Lesbos, selon un recensement de 1920 (6). En parallèle, le traité a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs ».

    « Ils étaient chrétiens orthodoxes, ils parlaient le grec, mais ils étaient très mal perçus des insulaires. Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”. Il a fallu attendre deux générations pour que les relations s’apaisent », raconte M. Pallis, lui-même descendant de réfugiés d’Asie Mineure. « Ma grand-mère est arrivée ici à l’âge de 8 ans. Pour s’intégrer, elle a dû apprendre à détester les Turcs. Il ne fallait pas être amie avec “l’autre côté”. Elle n’a pas remis les pieds en Turquie avant ses 80 ans. »

    Enfourchant sa Vespa sous une chaleur accablante, M. Pallis s’arrête devant quelques ruines qui se dressent dans les artères de #Mytilène : d’anciennes mosquées abandonnées. L’une n’est plus qu’un bâtiment éventré où errent des chatons faméliques ; une autre a été reconvertie en boutique de fleuriste. « Les autorités n’assument pas ce passé ottoman, regrette l’ancien député. L’État devrait financer la reconstruction de ces monuments et le développement du tourisme avec la Turquie. Ce genre d’investissements rendrait la région plus sûre que l’acquisition de Rafale. »

    En #Thrace_occidentale, une population musulmane ballottée

    Dans le nord-est du pays, près de la frontière avec la Turquie et la Bulgarie, ce passé ottoman reste tangible. En Thrace occidentale, les #mosquées en activité dominent les villages qui s’élèvent au milieu des champs de coton, de tournesols et de tabac. La #minorité_musulmane de Grèce vit non loin du massif montagneux des #Rhodopes, dont les sommets culminent en Bulgarie. Forte d’entre 100 000 et 150 000 personnes selon les autorités, elle se compose de #Roms, de #Pomaks — une population d’origine slave et de langue bulgare convertie à l’#islam sous la #domination_ottomane — et, majoritairement, d’habitants aux racines turques.

    « Nous sommes des citoyens grecs, mais nous sommes aussi turcs. Nous l’étions avant même que la Turquie moderne existe. Nous parlons le turc et nous avons la même #religion », explique M. Moustafa Moustafa, biologiste et ancien député Syriza. En quelques mots, il illustre toute la complexité d’une #identité façonnée, une fois de plus, par le passé impérial régional. Et qui se trouve elle aussi au cœur d’une bataille d’influence entre Athènes et Ankara.

    Rescapée de l’#Empire_ottoman, la minorité musulmane a vu les frontières de la Grèce moderne se dessiner autour d’elle au XXe siècle. Elle fut épargnée par l’échange forcé de populations du traité de Lausanne, en contrepartie du maintien d’un patriarcat œcuménique à Istanbul ainsi que d’une diaspora grecque orthodoxe en Turquie. Principalement turcophone, elle évolue dans un État-nation dont les fondamentaux sont la langue grecque et la religion orthodoxe.

    Elle a le droit de pratiquer sa religion et d’utiliser le turc dans l’enseignement primaire. La région compte une centaine d’écoles minoritaires bilingues. « Nous vivons ensemble, chrétiens et musulmans, sans heurts. Mais les mariages mixtes ne sont pas encore tolérés », ajoute M. Moustafa, dans son laboratoire de la ville de #Komotini — aussi appelée #Gümülcine en turc. Les quelque 55 000 habitants vivent ici dans des quartiers chrétiens et musulmans érigés autour d’une rivière méandreuse, aujourd’hui enfouie sous le béton. M. Moustafa n’a presque jamais quitté la Thrace occidentale. « Notre minorité n’est pas cosmopolite, nous sommes des villageois attachés à cette région. Nous voulons juste que nos descendants vivent ici en paix », explique-t-il. Comme de nombreux musulmans de la région, il a seulement fait ses études supérieures en Turquie, avant de revenir, comme aimanté par la terre de ses ancêtres.

    À cent kilomètres de Komotini, la Turquie demeure l’« État parrain » de ces musulmans, selon le traité de Lausanne. Mais l’influence de celle que certains nomment la « mère patrie » n’est pas toujours du goût de la Grèce. Les plus nationalistes craignent que la minorité musulmane ne se rapproche trop du voisin turc et ne manifeste des velléités d’indépendance. Son statut est au cœur de la discorde. La Turquie plaide pour la reconnaissance d’une « #minorité_turque ». La Grèce refuse, elle, toute référence ethnique reliée à une appartenance religieuse.

    La bataille se joue sur deux terrains : l’#éducation et la religion. À la fin des années 1990, Athènes a voulu intégrer la minorité dans le système d’éducation publique grec, appliquant notamment une politique de #discrimination_positive et offrant un accès facilité à l’université. Les musulmans proturcs plaident, eux, pour la création de davantage d’établissements minoritaires bilingues. Sur le plan religieux, chaque partie nomme des muftis, qui ne se reconnaissent pas mutuellement. Trois représentants officiels sont désignés par la Grèce pour la région. Deux autres, officieux, le sont par les musulmans de Thrace occidentale soutenus par Ankara, qui refuse qu’un État chrétien désigne des religieux.

    « Nous subissons toujours les conséquences des #crises_diplomatiques. Nous sommes les pions de leur jeu d’échecs », regrette d’une voix lasse M. Moustafa. Le sexagénaire évoque la période qui a suivi le #pogrom dirigé principalement contre les Grecs d’Istanbul, qui avait fait une quinzaine de morts en 1955. Puis les années qui ont suivi l’occupation du nord de #Chypre par la Turquie, en 1974. « Notre minorité a alors subi une violation de ses droits par l’État grec, dénonce-t-il. Nous ne pouvions plus passer le permis de conduire. On nous empêchait d’acheter des terres. » En parallèle, de l’autre côté de la frontière, la #peur a progressivement poussé la communauté grecque de Turquie à l’exil. Aujourd’hui, les Grecs ne sont plus que quelques milliers à Istanbul.

    Ces conflits pèsent encore sur l’évolution de la Thrace occidentale. « La situation s’est améliorée dans les années 1990. Mais, maltraités par le passé en Grèce, certains membres de la minorité musulmane se sont rapprochés de la Turquie, alimentant une méfiance dans l’imaginaire national grec. Beaucoup de chrétiens les considèrent comme des agents du pays voisin », constate M. Georgios Mavrommatis, spécialiste des minorités et professeur associé à l’université Démocrite de Thrace, à Komotini.
    « Ankara compte des milliers d’#espions dans la région »

    Une atmosphère de #suspicion plane sur cette ville, sous l’emprise de deux discours nationalistes concurrents. « Les gens de l’extrême droite grecque nous perçoivent comme des janissaires [soldats de l’Empire ottoman]. Erdoğan, lui, nous qualifie de soydas [« parents », en turc] », détaille d’une voix forte Mme Pervin Hayrullah, attablée dans un café animé. Directrice de la Fondation pour la culture et l’éducation en Thrace occidentale, elle se souvient aussi du passage du président turc dans la région, fin 2017. M. Erdoğan avait dénoncé les « discriminations » pratiquées par l’État grec à l’égard de cette communauté d’origine turque.

    Une chrétienne qui souhaite rester anonyme murmure, elle, que « les autorités grecques sont dépassées. La Turquie, qui est bien plus présente sur le terrain, a davantage de pouvoir. Ankara compte des milliers d’espions dans la région et donne des millions d’euros de budget chaque année au consulat turc de Komotini ». Pour Mme Hayrullah, qui est proche de cette institution, « le consulat ne fait que remplir une mission diplomatique, au même titre que le consulat grec d’Edirne [ville turque à quelque deux cents kilomètres, à la frontière] ». L’allure du consulat turc tranche avec les façades abîmées de Komotini. Surveillé par des caméras et par des gardes en noir, l’édifice est cerné de hautes barrières vertes.

    « La Grèce nous traite bien. Elle s’intéresse au développement de notre communauté et nous laisse exercer notre religion », vante de son côté M. Selim Isa, dans son bureau calme. Le président du comité de gestion des biens musulmans — désigné par l’État grec — est fier de montrer les beaux lustres et les salles lumineuses et rénovées d’une des vingt mosquées de Komotini. « Mais plus les relations avec la Turquie se détériorent et plus le consulat étend son influence, plus il revendique la reconnaissance d’une minorité turque », ajoute M. Isa, regard alerte, alors que l’appel du muezzin résonne dans la ville.

    À l’issue du sommet européen des 10 et 11 décembre, l’Union européenne a annoncé un premier volet de #sanctions contre la Turquie en raison de ses opérations d’exploration. Des mesures individuelles devraient cibler des responsables liés à ces activités. Athènes plaidait pour des mesures plus fortes, comme un embargo sur les armes, pour l’heure écarté. « C’était une proposition-clé. Nous craignons que la Turquie s’arme davantage. Sur le plan naval, elle est par exemple en train de se doter de six #sous-marins de type #214T fournis par l’#Allemagne, explique le diplomate grec Georgios Kaklikis, consul à Istanbul de 1986 à 1989. M. Erdoğan se réjouit de ces sanctions, qui sont en réalité minimes. » Le président turc a réagi par des #rodomontades, se félicitant que des pays « dotés de bon sens » aient adopté une « approche positive ». Bruxelles assure que d’autres mesures pourraient tomber en mars 2021 si Ankara ne cesse pas ces actions « illégales et agressives ».

    https://www.monde-diplomatique.fr/2021/01/PERRIGUEUR/62666
    #Grèce #Turquie #frontière #asile #migrations #réfugiés
    #Oruc_Reis #murs #Evros #barrières_frontalières #histoire

    ping @reka

    –—

    #terminologie #mots #vocabulaire :
    – "Le traité (de Lausanne) a déraciné plus de 1,2 million de chrétiens orthodoxes, envoyés en Grèce. Au total, plus de 30 000 sont arrivés dans l’île. Ils ont alors été péjorativement baptisés les « #graines_de_Turcs »."
    – "Les femmes exilées de la grande ville d’İzmir étaient surnommées “les prostituées”."

    –-> ajoutés à la métaliste sur la terminologie de la migration :
    https://seenthis.net/messages/414225

    ping @sinehebdo

  • A Normale-Sup, les concours sans oraux ont fait bondir la part de femmes admises
    https://www.lemonde.fr/campus/article/2020/08/27/a-normale-sup-les-concours-sans-oraux-ont-fait-bondir-la-part-de-femmes-admi


    La « cour aux Ernest » de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, dans le 5e arrondissement de Paris.
    DANIEL THIERRY / PHOTONONSTOP

    […]
    Ainsi, dans les filières littéraires des écoles normales supérieures (ENS), la suppression des oraux a eu pour corollaire l’augmentation significative de la part de femmes reçues. Rue d’Ulm, à l’ENS-PSL (Paris sciences et lettres), 67 % des admis issus de classes préparatoires sont des femmes, contre 54 % en moyenne les cinq années précédentes, pour les deux voies principales (A/L et B/L). Des résultats qui sont davantage à l’image du vivier des candidats : les hommes constituent un quart des étudiants inscrits en classes préparatoires littéraires, d’après les chiffres du ministère de l’enseignement supérieur.

    A l’ENS Lyon, pour le concours « lettres et arts », la part de femmes admises cette année est de 71 %, contre 60 % en 2019. Dans la série « langues vivantes », le résultat est encore plus frappant : parmi les 34 reçus, on ne compte que trois hommes, alors qu’ils constituaient un tiers des admis l’an passé, et un quart en 2018.

    […]
    Comment une sélection uniquement par l’écrit serait-elle à même de favoriser davantage les femmes ? De nombreux travaux de sociologie ont montré que garçons et filles ne développent pas les mêmes compétences, dès leur plus jeune âge. « Les filles apprennent mieux à correspondre aux attentes de l’école et obtiennent généralement de meilleurs résultats, notamment à l’écrit », observe Alice Olivier, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Lille.

    « Les épreuves orales font cependant appel à des capacités qui sont davantage encouragées chez les garçons, en particulier la confiance en soi, la capacité à parler en public, l’aisance dans le rapport aux autres, l’esprit de compétition. Tout au long de leur scolarité, les garçons sont plus souvent interrogés à l’oral, on met davantage en valeur leurs qualités intellectuelles, ils développent davantage de relations avec les enseignants. »

    la suite du pourquoi ? est derrière le #paywall

    • Donc :
      –la plus grande confiance en soi des garçons
      –des stéréotypes du jury défavorables aux filles, particulièrement celles issues de milieu populaire
      –une discrimination positive des garçons, pour équilibrer les effectifs

      A Normale-Sup, les concours sans oraux ont fait bondir la part de femmes admises
      Jessica Gourdon et Alice Raybaud, Le Monde, le 27 août 2020

      La crise sanitaire liée au coronavirus a chamboulé les procédures d’admission dans les grandes écoles. Etudiants sommés de réviser confinés sans bibliothèques, épreuves modifiées ou décalées dans le temps… Mais c’est surtout l’annulation de toutes les épreuves orales qui constitue, pour ces établissements dont la notoriété est intimement liée à la sélectivité de leurs sacro-saints concours, une situation inédite. A même de modifier, dans certains cas, le profil des lauréats.

      Ainsi, dans les filières littéraires des écoles normales supérieures (ENS), la suppression des oraux a eu pour corollaire l’augmentation significative de la part de femmes reçues. Rue d’Ulm, à l’ENS-PSL (Paris sciences et lettres), 67 % des admis issus de classes préparatoires sont des femmes, contre 54 % en moyenne les cinq années précédentes, pour les deux voies principales (A/L et B/L). Des résultats qui sont davantage à l’image du vivier des candidats : les hommes constituent un quart des étudiants inscrits en classes préparatoires littéraires, d’après les chiffres du ministère de l’enseignement supérieur.

      A l’ENS Lyon, pour le concours « lettres et arts », la part de femmes admises cette année est de 71 %, contre 60 % en 2019. Dans la série « langues vivantes », le résultat est encore plus frappant : parmi les 34 reçus, on ne compte que trois hommes, alors qu’ils constituaient un tiers des admis l’an passé, et un quart en 2018.

      Ces résultats du concours 2020, largement commentés dans le milieu académique, ont poussé l’ENS de la rue d’Ulm à publier un communiqué, mercredi 26 août. « Les bouleversements de la préparation des élèves, du calendrier des concours ou de l’organisation des épreuves sont, à de nombreux égards, trop exceptionnels pour ne pas avoir eu d’effet », affirme l’école.

      Comment une sélection uniquement par l’écrit serait-elle à même de favoriser davantage les femmes ? De nombreux travaux de sociologie ont montré que garçons et filles ne développent pas les mêmes compétences, dès leur plus jeune âge. « Les filles apprennent mieux à correspondre aux attentes de l’école et obtiennent généralement de meilleurs résultats, notamment à l’écrit », observe Alice Olivier, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Lille.

      « Les épreuves orales font cependant appel à des capacités qui sont davantage encouragées chez les garçons, en particulier la confiance en soi, la capacité à parler en public, l’aisance dans le rapport aux autres, l’esprit de compétition. Tout au long de leur scolarité, les garçons sont plus souvent interrogés à l’oral, on met davantage en valeur leurs qualités intellectuelles, ils développent davantage de relations avec les enseignants. »

      L’anonymat des épreuves écrites semble ainsi avoir bénéficié aux jeunes femmes. « Les filles adhèrent bien moins à la mise en scène de soi attendue à l’oral, particulièrement celles issues de milieu populaire. Une mise en scène correspondant à des stéréotypes de genre et de profession valorisés par l’institution, qui vont influencer, même inconsciemment, le jugement du jury », complète la sociologue Annabelle Allouch, maîtresse de conférence à l’université de Picardie, auteure de La Société du concours (Seuil, 2017).

      Ces concours 2020 chamboulés par le coronavirus offrent en tout cas une occasion inédite de réfléchir sur ces procédures, leurs partis pris, et les qualités ou compétences recherchées parmi les candidats.

      Avec la suppression des épreuves orales, c’est aussi la capacité d’équilibrage ou de « lissage » des effectifs sélectionnés qui a été retirée aux jurys. Une pratique « coutumière pour beaucoup de concours, destinée à former des promotions plus éclectiques – qui serait, dans le cas des filières littéraires, en faveur des garçons – répondant aux besoins de mixité de l’institution, puis du monde professionnel », souligne Annabelle Allouch. Une étude montrait en 2016 que dans les concours de l’enseignement, les jurys ont tendance à favoriser les candidats de sexe minoritaire.

      « Ce bond significatif de la part des femmes est une interpellation. Un chantier doit s’ouvrir autour de l’épreuve orale et de ses paramètres », estime Joëlle Alazard, professeure d’histoire en khâgne au lycée Faidherbe de Lille, secrétaire générale de l’Association des professeurs de première et de lettres supérieures.

      Elle rappelle que, habituellement, dès l’écrit, la part des garçons admissibles à l’oral des ENS est bien supérieure à la part d’hommes parmi les candidats (ce qui n’est pas contradictoire avec les résultats de cette année, le panel d’admissibles étant bien plus large). « L’épreuve orale vient accentuer le phénomène de survalorisation des garçons, car c’est un environnement encore plus compétitif auquel les filles sont moins bien préparées. Et c’est d’autant plus vrai dans les filières littéraires, où la pression est importante, avec un panel d’écoles visées restreint. »

      Dans ses classes, Joëlle Alazard a cependant vu la situation évoluer ces dernières années, avec des femmes qui ont plus de facilité à prendre la parole, « pour certaines de manière très affirmée ». Mais dès que les concours approchent, elles « se montrent moins sûres d’elles », observe-t-elle. Aussi, chaque année, elle fait ce constat : il se trouve toujours quelques élèves qui, quand elles découvrent leur admissibilité à l’ENS, envisagent de ne pas se rendre à l’oral, doutant de leur légitimité. « Je ne vois pas cela chez les garçons. »

      Pour les concours scientifiques des ENS, en revanche, les lignes n’ont pas bougé. L’équilibre entre hommes et femmes est comparable à celui observé les autres années. Ainsi, à l’ENS Ulm, 18 % des admis aux concours des classes préparatoires scientifiques sont des femmes (elles constituent un tiers des élèves de cette filière au niveau national). Même commentaire du côté de l’ENS de Paris-Saclay (ex-ENS Cachan) où l’on n’observe « pas de changement majeur » cette année.

      #Concours #Discriminations #Femmes #Jurys #Stéréotypes #Discrimination_positive #ENS

  • Un tournant conservateur dans l’éducation prioritaire
    http://www.contretemps.eu/zep-tournant-conservateur

    « Diversité », « excellence », « dons », « capacités »… De nouveaux mots d’ordre s’imposent dans l’éducation prioritaire et font reculer celui qui devrait en être le cœur : la lutte contre les inégalités sociales à l’école. Les évolutions liées à la mise en place des dispositifs « Cordées de la Réussite », et plus largement des programmes dits « d’ouverture sociale » de l’enseignement supérieur, en constituent un exemple.

    #Conjoncture #Diaporama #Enquête #discrimination_positive #école #éducation #excellence #inégalités #sociologie #système_éducatif #ZEP

    http://zinc.mondediplo.net/people/contretemps via Contretemps

  • Refonder enfin l’école (Marie Duru-Bellat, Observatoire des Inégalités)
    http://http://www.inegalites.fr/spip.php?id_article=2199&page=analyse

    Moderniser les contenus, favoriser la mixité sociale, apporter davantage d’aide au sein de la classe aux élèves en difficulté : contre les inégalités, l’école peut mieux faire.

    #éducation #refondation #école #inégalités #discrimination_positive #programmes #notation #orientation

  • Les migrations des Roms roumains en Europe

    Mihaela Nedelcu et Ruxandra-Oana Ciobanu
    Les migrations des Roms roumains en Europe : politiques d’#inclusion, stratégies de distinction et (dé)construction de frontières identitaires [Texte intégral]
    The Migrations of Romanian Roma in Europe: Politics of Inclusion, Strategies of Distinction and (De)construction of Identity Boundaries
    Las migraciones de gitanos rumanos en Europa: políticas de inclusión, estrategias de distinción y (de)construcción de los límites de identidad
    Alain Reyniers
    Mouvements migratoires et #circulation des Roms roumains en Europe [Résumé | Accès restreint]
    Migratory Movements and Circulation of Romanian Roma in Europe
    Movimientos migratorios y circulación de los roma rumanos en Europa
    Marion Lièvre
    Roms roumanisés, Ciurari, Ursari : ethnicité et appartenances sociales. Ethnographie des migrants roms roumains à Montpellier [Résumé | Accès restreint]
    Romanized Roma, Ciurari, Ursari: Ethnicity and Social Belongings. Ethnography of Romanian Roma Migrants in Montpellier
    Roma romanizados, Ciurari, Ursari: etnicidad y pertenencias sociales. Etnografía de los roma rumanos migrantes en Montpellier
    Pietro Cingolani
    “Good Romanian Gypsy Looking for a Home”. Housing Policies and Politics of Identity among Roma and non-Roma in #Turin, Italy [Résumé | Accès restreint]
    « Roms roumains respectables recherchent une maison ». Politiques du #logement et politiques de l’identité parmi les Roms et les non-Roms à Turin en Italie
    «Roma rumanos respetables buscan una casa». Políticas de vivienda y de identidad en población roma y no roma en Turín, Italia
    Kàtia Lurbe i Puerto
    From Slum to City Dweller, Trajectories of Integration of the “Roma” Families of an Affirmative Action Program in France [Résumé | Accès restreint]
    Du #bidonville à la vie citadine, les trajectoires d’#intégration de familles « roms » ayant participé à un projet de #discrimination_positive en #France
    Del chabolismo a la vida citadina, las trayectorias de integración de familias «roma» que participaron a un proyecto de acción positiva en Francia
    Céline Bergeon
    Les Roms roumains en région parisienne : les mobilisations associatives au prisme des temporalités migratoires et de l’#habitat [Résumé | Accès restreint]
    Romanian Roma in Paris: Activities Associated to Migratory Temporalities and Housing
    Los gitanos rumanos en la región parisina: movilizaciones asociativas bajo el prisma de las temporalidades migratorias y de la vivienda
    Ryzlène Dahhan
    Relations interethniques dans un espace urbain ségrégué. Une étude de cas de l’insertion des Roms dans un marché à la périphérie de #Nice [Résumé | Accès restreint]
    Interethnic Relations in a Segregated Urban Space. A Case Study of the Integration of Roma in a Marketplace on the Outskirts of Nice
    Relaciones interétnicas en un espacio urbano segregado. Un estudio de caso acerca de la inserción de los roma en un mercado de la periferia de Niza
    Norah Benarrosh-Orsoni
    Phones, Small Talk and Disputes. Transnational Communications and Community Cohesion among Roma Migrants in the Outskirts of Paris [Résumé | Accès restreint]
    #Téléphones, petites conversations et disputes. Communications transnationales et cohésion communautaire chez les migrants roms en banlieue parisienne
    Teléfonos, chismes y conflictos. Comunicaciones transnacionales y cohesión comunitaria entre los migrantes roma en los barrios periféricos de París


    http://remi.revues.org/7549
    #Roms #migrations #Roumanie #revue #UE #Europe #EU #ségrégation #Italie #Paris

  • Au delà de la #discrimination_positive
    http://www.laviedesidees.fr/Au-dela-de-la-discrimination-positive.html

    Dans un ouvrage résolument ambitieux, le politiste John Skrentny propose une reformulation de la question raciale sur le lieu de #travail aux États-Unis, hors du prisme de l’affirmative action. Il y voit les prémisses d’une nouvelle politique, qu’il nomme « réalisme racial ». Mais peut-on ainsi postuler que la #race est une réalité indépassable ?

    Livres & études

    / race, travail, discrimination positive

    #Livres_&_études

  • #Daniel_Sabbagh : « L’ObamaCare, un outil puissant contre les discriminations »
    https://www.mediapart.fr/journal/international/010816/daniel-sabbagh-l-obamacare-un-outil-puissant-contre-les-discriminations

    Entretien avec Daniel Sabbagh, vidéo accessible dans l’article « La volonté politique de #lutte_contre_les_discriminations a systématiquement émergé quand le niveau de menace à l’ordre public est devenu trop élevé », relève le spécialiste des politiques antidiscriminatoires à Sciences-Po Paris. Pour lui, l’idée « que rien n’a changé, que la situation des Afro-Américains a même empiré sous #Barack_Obama, est radicalement fausse ».

    #International #Amérique_du_nord #antiracisme #discrimination_positive #Etats-Unis #racisme

  • La diversité en discours et en pratiques
    http://www.laviedesidees.fr/La-diversite-en-discours-et-en-pratiques.html

    Quels sont les effets de la promotion de la diversité ? En l’appréhendant comme un mot-clé plus que comme une doctrine cohérente, en s’intéressant à ses usages dans des contextes variés, la sociologue Ellen Berrey montre qu’elle est un discours d’élite qui déstabilise certains rapports sociaux plus qu’il ne change les règles du jeu.

    Livres & études

    / diversité, #discrimination_positive, #race

    #Livres_&_études #diversité

  • Des idées de tag pour cela ?
    Aboriginal tribe using new immigration law to deport all white people

    OTTAWA - Following the passage of bill C-24, the Strengthening Canadian Citizenship Act, which gives the government powers to revoke citizenship and deport recent immigrants who have been convicted of serious crimes, an #Ojibwa First Nation tribe has filed a lawsuit under the act to deport all white people from Canada.


    http://www.thebeaverton.com/national/item/1920-aboriginal-tribe-using-new-immigration-law-to-deport-all-white-pe
    #peuples_autochtones #expulsion #Canada
    cc @reka

  • Donner plus à ceux qui ont moins. (Éveline Charmeux)
    http://www.charmeux.fr/blog/index.php?2014/12/20/255-donner-plus-a-ceux-qui-ont-moins

    Donner plus à ceux qui ont moins : tout, dans cette formule, est à revoir.
    Donner : […] une chose est certaine, pour l’école, le verbe « donner » est inapproprié : celle-ci n’a pas à DONNER, elle a à RENDRE DISPONIBLE, et pour tous. Cela n’a rien à voir.

    Plus : comme d’habitude on confond « plus » avec « mieux ». […]

    Ceux qui ont moins : moins de quoi ? Et pourquoi ? Surtout, pourquoi en faire une catégorie à part ? […] Toute discrimination est dangereuse, même prétendument positive : elle colle une étiquette sur le discriminé qui le dévalorise et l’infériorise. On connait cet effet depuis longtemps sous le nom « d’effet Pygmalion ».
    Ce danger, on le trouve encore dans la plupart des dispositifs de lutte contre l’échec scolaire, apparemment intelligents, mais pollués par une interprétation discriminante. […]

    Le point de vue iconoclaste mais, comme souvent, intéressant d’Éveline Charmeux…

    Ce qu’on attend, en lieu et place de cette formule prétendument charitable, ce qu’on espérait en 81, et qui fut le début d’une longue séries de déceptions, c’est de faire en sorte que l’école soit le lieu où TOUS LES ÉLÈVES vivent la richesse d’expériences et de culture que la famille offre à quelques-uns.
    Un lieu où les richesses des uns et des autres sont mises à la disposition de tous.
    Un lieu où les différences de milieux familiaux cessent d’être jugées en termes de « plus » ou « moins », mais en termes de différences, tous également susceptibles d’apporter des savoirs au groupe classe, dont l’hétérogénéïté est un atout à exploiter, et non une gêne.
    C’est en mettant tous les élèves à apprendre ensemble, à travailler en petits groupes hétérogènes, qu’on luttera contre l’injustice qui fait de la précarité sociale, la première cause d’échec scolaire, alors qu’aucune fatalité ne lie ces deux faits. Et cela sans se préoccuper des « niveaux » : c’est une notion qui disparaît dès qu’on fait travailler les élèves en groupes solidaires où tout se partage, les expériences, les erreurs de chacun, et les apports de chaque famille, quelle qu’elle soit.

    Si le point de vue de E. Charmeux relève certainement de l’utopisme républicain, il me semble qu’il porte deux questionnements intéressants : la question du comment et au-delà des moyens, la question des finalités.

    #éducation #éducation_prioritaire #discrimination_positive #discrimination #inégalités #effet_Pygmalion