• Rapport 2026 sur l’état des lieux du #sexisme en #France : la menace masculiniste

    Le Haut Conseil à l’Egalité a publié ce matin son rapport annuel sur l’état des lieux du sexisme en France, consacré à la menace masculiniste.

    Un an après avoir constaté une forte polarisation de la société sur les questions d’égalité et de sexisme, le rapport 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France attire l’attention sur une dynamique préoccupante : certaines expressions de sexisme hostile ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques d’adhésion et de mobilisations idéologiques collectives.

    Le baromètre 2026 du HCE s’appuie sur une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentative de la population française. Le questionnaire a été enrichi de questions ciblées permettant d’évaluer l’adhésion aux thèses masculinistes. Ce rapport a été mené, piloté et rédigé par la commission « Stéréotypes et rôles sociaux » du HCE, co-présidée par Muriel Reus et Pascal Huguet, accompagnés par Didier Chavrier et Céline Piques, corapporteur et corapportrice.

    Le rapport identifie deux formes de sexismes, le sexisme paternaliste et le sexisme hostile. Le sexisme paternaliste est un sexisme faussement bienveillant du quotidien qui légitime une répartition hiérarchisée des hommes et des femmes. Le sexisme hostile est un sexisme violent, se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes.

    Quelques chiffres :

    – Pour le #sexisme_paternaliste, on compte environ 7,5 millions d’hommes et 5 millions de femmes : les hommes sont majoritaires, mais les femmes véhiculent elles aussi ces normes.

    – En France, 17% des personnes de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent au #sexisme_hostile.

    - La question de l’#âge : plus l’âge augmente, moins le sexisme est perçu comme un problème social. Chez les jeunes, l’écart entre femmes et hommes est très élevé, mais il se réduit avec l’âge parce que la reconnaissance globale des #discriminations recule.

    Le rapport souligne également que les réseaux sociaux apparaissent comme des espaces de cristallisation et d’amplification des discriminations et des violences faites aux femmes et minorité de genre. Il identifie le cybersexisme comme la première forme de discours de haine en ligne, avec 84 % de victimes qui sont des femmes.

    Enfin, le HCE est la première institution publique française à consacrer, dans le cadre de son rapport annuel, une analyse spécifiquement dédiée aux masculinismes. Il s’agit d’un système idéologique structuré qui imprègne désormais les jeunes générations par un bombardement massif de contenus numériques. Les adultes ne sont pas épargnés par la diffusion des discours masculinistes, qui peuvent légitimer le passage à l’acte, banaliser des violences et, dans ses formes les plus extrêmes, aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre. C’est une menace à d’ordre public et un enjeu de sécurité nationale.

    Le Haut Conseil à l’Egalité formule donc 25 #recommandations, et parmi elles :

    – Rendre les séances d’#EVARS obligatoires et donner un cadre et des moyens pour les appliquer.

    – Renforcer les contrôles de l’#ARCOM et de #PHAROS et créer une catégorie autonome “masculinisme” dans les signalements pour suivre le phénomène.

    - Rendre transparent les #algorithmes afin de redonner aux utilisateurs le contrôle de leur expérience en ligne.

    – Intégrer le "#terrorisme_misogyne" dans les doctrines de sécurité.

    - Confier au Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), avec des moyens humains et financiers dédiés, la mission d’Observatoire national du masculinisme et des radicalisations sexistes.

    https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france-la-m

    #rapport #masculinisme

    déjà sur seenthis
    https://seenthis.net/messages/1163753
    https://seenthis.net/messages/1155085

    ... mais je remets ici pour des raisons d’archivage

  • « Intouchables des Pyrénées », « race maudite »… Qui étaient vraiment les cagots ?
    https://theconversation.com/intouchables-des-pyrenees-race-maudite-qui-etaient-vraiment-les-cag

    Population discriminée depuis le Moyen Âge, cibles de théories racistes et éléments d’intérêt touristique au XIXe siècle, les cagots ont été l’objet de beaucoup de fascination. Les exclusions qu’ils ont subies tout comme les origines de celles-ci sont aujourd’hui au centre de nouvelles recherches en histoire.

    Dans les années 1960, à Luz (Hautes-Pyrénées), les touristes en goguette dans les Pyrénées étaient invités à venir voir la dernière famille « cagot » de la région. Ces hommes et femmes de petite taille étaient présentés comme les ultimes descendants d’une « race maudite », discriminés depuis plus de mille ans dans la région.

    Sur les brochures touristiques de la région, encore aujourd’hui, on trouve mention des cagots qui sont tantôt présentés comme « les intouchables des Pyrénées », comme des « descendants des Wisigoths », ou encore comme « de petits individus difformes au lobe de l’oreille collé ». Mais qui étaient vraiment ces hommes et femmes discriminés ? Tâchons de faire le point entre les fantasmes, les sources historiques disponibles et les inconnues qui demeurent.

    #racialisme #discriminations

    C’est aussi une illustration des rivalités liées à l’accès à la #propriété_foncière et des antagonismes qui traversent les communautés du #monde_rural.

  • Une révolution conservatrice dans la laïcité | Pierre Tévanian
    https://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans-la-laicite

    « Laïcité sacrée » : cet invraisemblable slogan, figurant sur des autocollants arborés lors d’une manifestation commémorant le centenaire de la loi de 1905, indique à quel point la laïcité a été, au sens propre, sacralisée. D’un principe organisateur de la société, dont les modalités restent soumises au débat démocratique, à la critique et à la révision permanentes, on a fait une « valeur » intemporelle, incritiquable et inamendable, et dont la simple invocation est supposée pouvoir régler, comme par exorcisme, tous les problèmes sociaux. Source : Les mots sont importants

  • Haro sur la fluence
    https://www.cafepedagogique.net/2025/12/08/haro-sur-la-fluence

    Depuis le début des années 2020, la question de la « fluence » est devenue une obsession de l’Ecole : on déplore que des élèves ne parviennent pas à une lecture suffisamment fluide des textes, on déploie des exercices d’automatisation et des évaluations régulières de la rapidité. La fluence serait-elle une fausse bonne idée pour améliorer la lecture ? C’est ce que montre l’analyse édifiante du phénomène par l’Association Française pour l’Enseignement du Français (AFEF). L’institution s’est emparée de la notion, en oubliant nombre de travaux de recherche et de savoirs professionnels. La mode de la fluence omet que « lire, ce n’est pas seulement décoder et lire avec aisance, c’est se construire comme un sujet lecteur ». Les processus s’avèrent discriminants : « Quand les élèves plus « favorisés » ont des pratiques sociales, familiales, culturelles conniventes avec l’école, les élèves les plus précaires, eux, ont à vivre des exercices d’entrainement afin d’augmenter leur NMCLM (Nombre de Mots Correctement Lus en une Minute) » … Haro sur une Ecole de l’ânonnement !

    #lecture #apprentissage #école_primaire #fluence #discriminations

  • "The Ashes of Moria"
    https://www.youtube.com/watch?v=3ISMAJPcAUg

    A cinque anni dall’incendio che lo ha distrutto (8-9 settembre 2020) l’impatto del campo di Moria è ancora presente nelle vite delle persone che lo hanno vissuto, mentre l’approccio alla migrazione da parte dell’Europa continua a essere quello della deterrenza, del contenimento e della detenzione.

    Attraverso una serie di interviste con persone migranti che hanno vissuto nel campo greco, operatori sociali e attivisti che lo hanno conosciuto da vicino, questo documentario esplora l’eredità di Moria, raccontando la durissima realtà del campo, le ripercussioni che ha causato sulla vita delle persone e il suo ruolo nelle politiche di detenzione e deterrenza e nei processi di integrazione.

    #Moria #réfugiés #migrations #Grèce #camp_de_réfugiés #incendie #Lesbos #ce_qui_reste #silence #feu #camps_de_réfugiés #2020 #traces #hotspot #accord_UE-Turquie #asile #accampement #tente #froid #chaleur #tentes #sécurité #peur #nuit #viols #toilettes #survie #vols #criminalité #violence #faim #attente #santé_mentale #dépression #PTSD #queue #suicide #tentatives_de_suicide #enfer #dissuasion #politique_de_dissuasion #déshumanisation #propagande #nationalisme #racisme #instrumentalisation #instrumentalisation_politique #discriminations #bruits #sons #8_septembre_2020 #honte #contrôle_biopolitique #Kos #Samos #Kios #prisons #closed_controlled_accesse_centres (#CCACs) #éloignement #isolement #marginalisation #marges #camps_fermés #îles #Vastria

    –-

    ajouté à la métaliste sur l’#incendie de #septembre_2020 dans le #hotspot de #Moria, #Lesbos (#Grèce) :
    https://seenthis.net/messages/876123
    #film #documentaire #film_documentaire

    • “The Ashes of Moria”: che cosa rimane del campo profughi più grande d’Europa?

      Il film di Davide Marchesi e Majid Bakhshi, prodotto da ColoreFilm e distribuito in Italia da Altreconomia, ripercorre la storia di quello che è stato il simbolo del fallimento europeo in tema di “accoglienza” e “protezione”, sull’isola greca di Lesbo. A cinque dall’incendio che lo ha distrutto, il documentario porta nel cuore del campo, tra odori, rumori, paure e violenze. Allo stesso tempo offre le coordinate per capire i meccanismi attuali delle brutali politiche europee

      Mo Zaman cammina tra le macerie di un posto di cui riconosce gli odori, “gli stessi di albero di ulivo”, ma non i suoni. “Non avevamo questo silenzio prima qui”. Ricorda le sensazioni, il freddo e la paura, il terrore ma non gli spazi vuoti. Il suo è un ritorno in un luogo di cui conosce le strade a memoria nonostante di fatto non esista più. Mo Zaman è uno dei protagonisti di “The Ashes of Moria” (52′), il documentario di Davide Marchesi e Majid Bakhshi, prodotto da ColoreFilm e distribuito in Italia da Altreconomia, che a cinque anni dalla distruzione del campo di Moria sull’isola greca di Lesbo ripercorre la storia di quello che è stato l’emblema del fallimento europeo.

      È lui a raccontare che a Moria gli incendi erano frequenti e difficili da gestire, proprio come quelli che finirono per distruggerlo completamente. Il centro di identificazione e registrazione di richiedenti asilo e migranti più grande d’Europa, pensato come risposta a quella che erroneamente viene ancora definita la “crisi dei rifugiati” del 2015, nella notte tra l’8 e il 9 settembre 2020 bruciò irrimediabilmente.

      Eppure, come afferma Mo Zaman, “anche se possono cancellare Moria da questo posto, non potranno mai cancellare il nome di Moria”. Di certo non lo potranno mai cancellare dalla memoria delle migliaia di persone, al momento dell’incendio erano intorno alle 15mila, che vi sono passate e che vi hanno trascorso giorni, mesi, ma anche anni, in attesa. Le conseguenze, i residui, le ceneri di un’immensa crisi di salute mentale capace di fare più danni che quelli della guerra stessa da cui queste persone scappavano, come si racconta nel film, rimangono nella loro mente.

      “Mancava acqua potabile, cibo, elettricità, igiene -ricorda infatti Majid Bakhshi, uno dei due autori che ha vissuto nel campo-. È importante parlare della mia esperienza a Moria e, in generale, di persona che cerca di trovare la propria strada in condizioni difficili. Ciò che intendo dire è che, quando arrivi come migrante o rifugiato in Europa, o in qualsiasi altro paese del mondo, inizi un processo che sarà piuttosto difficile e per nulla, incerto e molto stressante. Può essere molto opprimente, soprattutto se non ricevi alcun supporto puntuale, e se devi affrontare tutti i problemi da solo. E trovo molto difficile anche staccarmi in qualche modo da alcuni di quei ricordi. Sono nella mia testa, come se dovessero restare con me per non so quanto tempo”.

      “Uno degli aspetti che spero che emerga è l’impatto psicologico a lungo termine della vita nel campo, non solo sulle singole persone che è sicuramente importantissimo, ma anche sulla società in generale -spiega il regista Davide Marchesi-. Avvicinarsi a queste persone e guardare le loro vite è struggente anche perché è doloroso pensare che noi abbiamo reso così difficile la loro vita”.

      Alternando immagini di archivio e fotografie, anche satellitari, alle interviste di chi ci ha vissuto, degli operatori sociali e degli attivisti, il documentario ci porta dentro il campo fino a farcene sentire la “puzza oscena” e le grida notturne, a farci provare il senso di insicurezza di ritrovarsi in un luogo pensato per accogliere fino tremila persone e arrivato a contenerne 25mila. Un posto dove i nervi a fior di pelle erano micce accese, dove si viveva giorno per giorno e contava solo sopravvivere.

      “Da una parte a Moria non ti veniva data possibilità di fare nient’altro se non preoccuparti di cose molto elementari, della sopravvivenza quotidiana -prosegue Marchesi-. Dall’altra ognuno si portava dentro questa gigantesca preoccupazione di che cosa gli sarebbe successo nel futuro, dell’attesa di una risposta alla richiesta di asilo”.

      La fame, le lunghe code, la mancanza di qualsiasi bene necessario trasformava le persone in poco tempo, cambiandone le mentalità e portandole a perdere qualsiasi tipo di fede. In una parola sola era l’inferno, usandone qualcuna in più Mo Zaman dice che “Moria eccelleva nell’essere orribile”.

      “Non credo che per noi sia possibile veramente capire che cosa significasse stare lì, perché è peggio che stare in prigione -aggiunge Marchesi-. Se non sai quando finirà l’attesa, psicologicamente è molto peggio. Per questo se da una parte le immagini di questo documentario testimoniano molto bene com’era Moria, dall’altra non gli rendono in nessun modo giustizia, perché manca il fattore temporale”.

      Dal cuore del campo “The Ashes of Moria” ci porta anche al di fuori, dandoci le giuste coordinate per ricostruire e comprendere quello che stava accadendo nel frattempo all’esterno. Non tanto una “crisi dei rifugiati” quanto del sistema di accoglienza di un’Europa lenta, impreparata, per certi versi anche sadica, che diventa una promessa tradita di una vita migliore e di diritti umani finalmente riconosciuti e protetti.

      “Abbiamo rischiato le nostre vite attraversando l’Egeo e non siamo venuti qui per essere abbandonati”, protestano le persone migranti. “Quando sono arrivata in Grecia ho subito discriminazione perfino per la mia esistenza. Come rifugiati non vogliono neppure che esistiamo”. E la domanda: “Dov’è finita l’umanità?” ricorre spesso nelle loro parole. Tutti sapevano che cosa succedeva ma nessuno faceva nulla per cambiare la situazione tanto che, come osserva nel film Carlotta Passerini, psicologa che lavorava con i residenti del campo “penso davvero che questo sia stato fatto per disumanizzare le persone. È più facile condannare qualcuno che non si considera umano o una persona che si comporta come te”.

      Moria sembra essere dunque il punto di partenza, l’origine di tutto quello che di peggio abbiamo ancora oggi: la propaganda che racconta le persone migranti come una minaccia pronta a invaderci, i nazionalismi e i razzismi. “In un certo senso è così -riflette Marchesi-. Ma allo stesso tempo nel momento in cui ho iniziato a fare ricerca, a cercare di capirne di più, mi sono accorto che alla fine l’approccio è sempre lo stesso. A Moria non è stato inventato nulla di nuovo. L’Europa da Schengen in poi ha reso evidente in tutti i modi che va bene la libera circolazione delle persone all’interno, ma chi viene da fuori deve essere ipercontrollato e se possibile tenuto fuori. Possiamo infatti chiamare le nuove costruzioni realizzate dopo Moria campi ad accesso controllato, possiamo chiamarli strutture ricettive, possiamo chiamarli Cpr, alla fine il modo di operare è uno: quello della detenzione e della deterrenza”.

      “Moria era usato per mettere paura alle persone -afferma infatti nel film Lefteris Papagiannakis, direttore del Greek council for refugees-. Ma non ha funzionato perché la deterrenza non funziona mai”. Così come non funzionerà per i cinque nuovi closed controlled access centre, vere e proprie prigioni in posti isolati, lontano da tutto e tutti. La loro costruzione nelle isole dell’Egeo settentrionale Chios, Kos, Leros, Lesbo e Samos è iniziata subito dopo la distruzione di Moria, già a partire dalla primavera del 2021, ricevendo più 250 milioni di finanziamenti dall’Ue (si veda su questo il progetto “Chiusi dentro. Dall’alto” pubblicato da Altreconomia in collaborazione con PlaceMarks nel settembre 2024).

      Da qui l’importanza di questo documentario: quella di “creare una testimonianza” affinché si mantenga alta l’attenzione su temi che nonostante il centro di Lesbo non esista più ancora ci riguardano. “Moria e in generale i campi sono dei laboratori di come si vogliono gestire le politiche migratorie e non solo -dice l’autore-. In questi luoghi, ad esempio, si testano nuove tecnologie di sorveglianza che poi verranno applicate non solo in ambito detentivo ma anche di controllo sociale. Per questo è importante creare documenti che possano rimanere nel tempo”.

      “The Ashes of Moria” è quindi un documentario sul campo di Moria e sulle persone migranti che ne sono stati prigioniere, ma si rivolge a noi, europei, occidentali e ci chiede di fare i conti con quello che siamo e abbiamo lasciato o contribuito a far accadere. “Non dobbiamo nasconderci o dimenticarci di quello che succede sui nostri confini -conclude Marchesi-. È importante riflettere su quello che come società, siamo capaci di fare a persone che in questo caso sono parte di una popolazione in movimento ma in un altri casi potrebbero essere le persone lgbtqi+ e in altri ancora i dissidenti politici o altro. Una società che è stata capace di fare quello che ha fatto a Moria nei confronti di persone che considerava una minoranza e che reputava in qualche modo ‘scomode’ sarà capace di farlo sempre e con chiunque”.

      https://altreconomia.it/the-ashes-of-moria-che-cosa-rimane-del-campo-profughi-piu-grande-deurop

  • « Nous ne sommes pas le problème de la #France : nous sommes la #solution » | Mediapart

    https://www.mediapart.fr/journal/france/281025/nous-ne-sommes-pas-le-probleme-de-la-france-nous-sommes-la-solution

    Les #discriminations et les #violences_policières s’accroissent, le racisme culmine. Mais hors des radars médiatiques, des millions d’habitants des quartiers populaires vivent et s’organisent. À #Bobigny (Seine-Saint-Denis), une #émission spéciale d’« À l’air libre », pour la première fois en public.

    Seydi Ba, avocat ;

    Youssef Badr, magistrat, auteur de Pour une justice aux mille visages (éd. de l’Aube, 2025) ;

    Féris Barkat, cofondateur de Banlieues climat, professeur à la Sorbonne ;
    Héléna Berkaoui, rédactrice en chef du Bondy Blog ;

    Mehdi Bigaderne, cofondateur d’Aclefeu (Association collectif liberté, égalité, fraternité, ensemble, unis), maire adjoint de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ;

    Khir-Drin Grid, producteur, fondateur de La Nouvelle Toile ;

    Haya Diakité, présidente de l’association Rêv’elle toi à Grigny (Essonne) ;

    Samia El Khalfaoui, tante de Souheil El Khalfaoui, tué par la police à Marseille (Bouches-du-Rhône) en 2021 ;

    Sarah Ichou, directrice du Bondy Blog ;

    Éléonore Luhaka, sœur de Théo Luhaka, victime de violences policières en 2017 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis ).

  • La médecine soigne-t-elle vraiment tout le monde ?

    En fin d’études, les médecins prêtent le serment d’Hippocrate, s’engageant à soigner toute personne sans distinction. Mais dans les faits, est-ce vraiment le cas ? Pourquoi certaines personnes sont-elles moins bien prises en charge que d’autres ? Est-ce la faute des médecins eux-mêmes — ou celle d’un système qui trie, hiérarchise, invisibilise en permanence ? Quels effets produit cette médecine qui peine à accueillir les #corps_minoritaires ?

    https://www.binge.audio/podcast/encoreheureux/la-medecine-soignent-elles-vraiment-tout-le-monde

    #médecine #discriminations #soins #tri #invisibilisation #hiérarchisation #minorités
    #audio #podcast

  • Les étrangers abusent-ils de la #Sécu ?

    L’extrême droite accuse sans relâche les immigrés de profiter des largesses de notre protection sociale, ce qui plomberait les comptes sociaux. Un fantasme pourtant infondé, comme le démontrent les études sur le sujet.

    C’est une ritournelle xénophobe devenue obsessionnelle : les immigrés ne viendraient en France que pour « #profiter_du_système », ou encore faire du « #tourisme_médical », en se faisant soigner leurs pathologies aux frais de la princesse – sous-entendu avec les impôts des « vrais Français ».

    Une petite musique lancinante qui justifie notamment la remise en cause, contre toutes les préconisations de santé publique, de l’#aide_médicale_d’Etat (#AME), accordée aux personnes en situation irrégulière. Des décrets visant à durcir les conditions d’obtention de l’aide (présentation d’un document d’identité avec photo, prise en compte des ressources du conjoint, durée minimum de présence sur le territoire pour accéder à certains soins...) étaient quasiment prêts à être publié début septembre, mais le processus a été stoppé net par la chute du gouvernement Bayrou.

    Et au cours de son premier bref mandat à Matignon, Sébastien Lecornu a trouvé le temps de laisser entendre, tout en défendant le dispositif, que des « évolutions » étaient envisageables afin de mieux lutter contre la #fraude. Rien n’exclut donc que le sujet trouve toute sa place dans la discussion du budget 2026 – si celle-ci finit par avoir bien lieu.

    Et pourtant, toutes les recherches ayant essayé de déterminer « le #coût_de_l’immigration » aboutissent à une conclusion presque unanime : le solde de leur contribution budgétaire (prélèvements - prestations) est dans certains cas légèrement positif, parfois légèrement négatif, mais globalement l’#impact_financier des immigrés sur les #finances_publiques, et plus spécifiquement sur la #protection_sociale, est très faible.

    La population immigrée participe largement au financement des dépenses

    L’une des raisons pour lesquelles ils « coûtent » si peu, c’est leur profil d’âge : en France comme ailleurs, la population immigrée est très majoritairement d’âge actif. Elle participe donc largement au financement des #dépenses_publiques, via les #cotisations_sociales prélevées sur les salaires, l’acquittement de l’#impôt_sur_le_revenu, la #TVA

    Inversement on trouve au sein de cette population relativement peu de jeunes, et de seniors en âge de prendre leur retraite, ce qui fait autant de dépenses d’éducation et de pensions que le pays d’accueil n’a pas à verser.

    Par ailleurs, comme le soulignait en 2021 l’OCDE (https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-des-migrations-internationales-2021_da2bbd99-fr.html) dans une étude comparative sur l’impact budgétaire de l’immigration, « les immigrés font généralement l’objet d’une sélection positive et ont donc tendance à être en meilleure santé que la population moyenne », ce qui fait qu’ils ont moins recours aux prestations de #santé. Recours encore amoindri par la méconnaissance de leurs droits, les complexités administratives, les barrières linguistiques et autres obstacles qui peuvent les conduire à renoncer à certains soins.

    Ils sont en revanche plus souvent que les natifs bénéficiaires de prestations sociales telles que les allocations liées au chômage, à la famille ou au logement. Mais cela n’est pas tant dû au fait qu’ils sont immigrés qu’au fait… qu’ils ont – en moyenne – un niveau de vie plus faible que les natifs. Les personnes nées à l’étranger, on le sait, sont surreprésentées dans certains métiers difficiles et faiblement rémunérés. Elles subissent par ailleurs des #discriminations à l’embauche largement attestées.

    « Les personnes immigrées sont davantage exposées à la #pauvreté : leur #taux_de_pauvreté est de 30,6 %, soit 17,9 points de plus que celui des personnes non immigrées. Si les immigrés représentent 10 % de la population française, ils représentent 21 % des personnes pauvres » indique ainsi l’Insee à partir de données portant sur l’année 2021 (la dernière disponible).

    Ni un gouffre, ni une manne

    C’est pourquoi les allocations chômage et les prestations sociales représentent une part plus importante de leurs revenus (respectivement 4,4 % et 11,1 %, contre 2,8 % et 5,6 % pour les natifs, données 2021).

    Et si l’on fait le bilan de toutes les prestations reçues par les immigrés, et qu’on le compare à celles que perçoivent les natifs, on voit qu’en France comme dans quasiment tous les pays de l’OCDE cette comparaison tourne à l’avantage des seconds. L’ampleur de cet écart est cependant très variable ; en France, il reste relativement réduit par rapport à celui observé dans des pays voisins.

    « Le fait que l’#impact_budgétaire global des immigrés reste systématiquement faible et suive des tendances similaires à celui de la population globale, remet en question la pertinence de l’analyse de leur situation budgétaire pour évaluer l’efficacité des politiques migratoires », concluait l’OCDE au terme de son étude... longue de 30 pages.

    Paradoxe ? Il est en tout cas certain que l’agitation récurrente autour de ces idées dans l’espace public tranche avec le consensus dépassionné des chercheurs spécialistes du sujet. Tous les travaux existant convergent en effet vers la même conclusion plate, que l’on rabâchera ici encore une fois : en matière de protection sociale, les immigrés ne sont ni un gouffre ni une manne, ni un problème ni une solution miracle aux problèmes de financement.

    https://www.alternatives-economiques.fr/etrangers-abusent-de-secu/00116216
    #abus #profit #idées_reçues #économie #statistiques #chiffres

    ping @karine4

    –-

    ajouté à la métaliste sur le lien entre #économie (et surtout l’#Etat_providence) et la #migration... des arguments pour détruire l’#idée_reçue : « Les migrants profitent (voire : viennent POUR profiter) du système social des pays européens »...
    https://seenthis.net/messages/971875

  • Gender, technology, and resistance : An interview with #Caroline_Bassett

    Professor Caroline Bassett MAE reflects on the promises and perils of digital technologies, and why critical feminist perspectives remain vital in shaping our technological futures.

    What motivated you and your co-authors to write Furious: Technological Feminism and Digital Futures and what core issues does the book address regarding gender and digital culture?

    “The cheap response to why we wrote Furious is that we were – separately and together – furious! What we were furious about was the way computational technology was being hailed as the future, and as a better future for all, when in fact many developments created problems for many, did little to improve lives, and often exacerbated inequalities. The claims made for technology endlessly revert to the universal; tech, we are told, is ‘for good’ – but the urgent question is always: good for whom, in what way, and where? These questions need to be continually revived in response to new waves of technological innovation, both in relation to industry hype and boosterish academic discourse.

    We all recognise that computational technology is powerful, and that it brings genuinely new developments. But we don’t believe it resets the world or pushes old issues – such as centuries of gendered discrimination, intersecting with other inequalities – to the sidelines. The core issue of the book, then, concerns what we might term, following Berlant, the cruel optimism of promises made about digital developments, particularly as these promises pertain to gender and sexuality.

    We are also furious about waste – the waste of work and opportunity. We’re not anti-computing in a global sense; we are against the waste, the misdirection, and the failure to weigh the costs and possibilities of computational technology against real measures: costs to specific groups, to particular regions, to the environment. We explored this especially in relation to future forms of life, visions of the future, and developments in biotech and health.

    All of this could have produced a very dark book. But we also wanted, through writing, to suggest forms of disruption, possibility, engagement, and solidarity.”

    In Furious, you highlight concerns about the problematic nature of much of the existing discourse on digital culture. Could you elaborate on what makes this writing problematic, and how it influences our understanding of the digital world?

    “One real issue – already clear from the above perhaps – is the fake universalism that pervades much existing discourse on digital culture. Even when the dial shifts from ‘this stuff is good’ to ‘this stuff is evil,’ the assumption is still that it applies equally to everyone. Of course, that’s not the case: what is good for one group often exacerbates suffering and discrimination for another.

    A second issue is the failure on digital culture to historicise. Somebody once said that every generation believes its own technology is exceptional – that it breaks through old barriers and rules, even disrupting earlier possibilities for resistance. In short, that it changes the order of things and determines the future. If you believe this, then history, context, previous injustices and inequalities all become irrelevant in the face of the so-called new. The only thing that matters is the present moment and the possibilities it generates for the future. This kind of short-termism produces a demand to develop technologies to safeguard “future people,” while overlooking the threats, possibilities, and discriminations of contemporary computational culture as a mode of informational capitalism. And because it refuses to recognise the past, it ends up entirely trapped in the present.”

    How do digital technologies, particularly artificial intelligence, both reinforce and challenge existing gender biases? Are there examples where AI has either perpetuated stereotypes or been utilised to promote gender equity?

    “Of course, there are many – and often notorious – examples of how big data has perpetuated existing gender and racial biases; AI bots that became Nazis, or image systems that consistently made doctors male and nurses female. The rise of large language models (today’s AI, if we accept the term) has amplified some of these issues, producing new problems and at larger scales.

    It’s obvious why and how language models are gender biased: they learn from us. Moreover, they have no bodies to ground their assumptions – they are pure discourse. This is partly why they are also highly normative. Homogenisation, the tendency of LLMs to narrow discourse and reproduce the canonical, means dominant ideas are likely to become more powerful and ubiquitous, and oppositional ones less so. I don’t think this is inevitable, but the direction of funding is certainly pushing us that way.

    On the other hand, there are many ways to use AI tools, and artists, teachers, activists, and students are already doing so. Still, the environmental cost of these technologies is urgent and must be addressed.”

    Your career transitioned from technology journalism to academia. How has this journey shaped your approach to studying digital cultures and gender?

    “My time as a tech journalist had a big influence on how I understand and study digital cultures, and questions of gender and intersectional discrimination. When I first started, I worked on a tech business magazine and saw how far vapourware and industry hype – what we might call “industrial imaginaries” – often diverged from the reality of what was actually made or what tech could do. I was also acutely aware of how male this world was, and watched digital technologies being “gendered masculine,” (to quote Judy Wajcman) – from how they were designed to how they were marketed.

    So, from the beginning of my academic life, I was sceptical about promises that technology would deliver universal benefits. Later, working for magazines focusing on Apple technologies, I became very aware of Silicon Valley myth-making. Beautiful design that looked – and in some ways was – radical could also be socially as conservative as ever: designed for the West, with Western culture in mind, and with the ideal user imagined as a white, Western male.

    At the same time, I also had a blast – and met many brilliant women who were hackers, designers, digital media artists, writers, journalists, and campaigners. Some identified as cyber-feminists, and I learned a lot alongside them. Being immersed in industrial tech culture also showed me what could be done with computational technology. Another – better, more equal, freer – world is possible. The fact that technologies that could support building that world are instead so often made for profit takes me back to Furious…”

    How has the intersection of gender studies and digital humanities evolved since you began your career, and what changes do you anticipate in the coming years?

    “I didn’t begin my career in Digital Humanities, at least not in the emerging discipline that later took that name. I was in digital media studies. But I would argue that digital media studies, software studies, and feminist technoscience are all key tributaries of what now constitutes DH. One positive development in DH is that this is increasingly recognised by more people who align themselves, in whole or in part, with the field.

    DH has also begun to move beyond the highly gendered and crudely binary distinction between “hacking” and “yacking” – where one term signalled valued work and the other dismissed as “just talking,” often a cover for the accusation of “uselessly theorizing.” These days, the argument that practice without critical thinking makes no sense has more traction. Feminists – and particularly intersectional feminists – within DH have been central to this shift, and that work needs recognition.

    For me, DH is a cultural study, or it is nothing. It is easier to argue that now than it used to be, and that places DH, amidst all the chaos and violence around us, in a good position to advocate for critical, intersectional feminist perspectives on emerging computational cultures and technologies – and the worlds they don’t determine, but can be used both to secure and to disrupt. I guess in the end, I am hopeful.”

    https://aecardiffknowledgehub.wales/2025/09/30/gender-technology-and-resistance-an-interview-with-caroline
    #genre #technologie #résistance #inégalités #discriminations #environnement #universalisme #faux_universalisme #historicisation #futur #biais #IA #AI #intelligence_artificielle #big_data #LLMs #normativité #homogénéisation #intersectionnalité #gendered_masculine #digital_humanities #féminisme

  • Les #aires_d’accueil des #gens_du_voyage surexposées aux nuisances : « On mange de la poussière »
    https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/09/16/les-aires-d-accueil-des-gens-du-voyage-surexposees-aux-nuisances-on-mange-de
    #voyageur

    Ces terrains, créés par les pouvoirs publics, sont très souvent situés dans des zones défavorisées et voisines de sources de pollution et autres nuisances environnementales, selon une étude. Une situation dénoncée par les premiers concernés.

    Il n’y a pas grand monde sur l’aire d’accueil des gens du voyage d’#Aulnay-sous-Bois, en #Seine-Saint-Denis, en ce vendredi après-midi de septembre. Mais les quelques personnes qui vaquent autour de leurs #caravanes, alignées de part et d’autre d’une allée de bitume, se sentent cernées. Il y a le vrombissement des petits jets privés qui viennent de décoller de l’aéroport du Bourget, et, celui, plus lointain, des avions de ligne venus de Roissy - Charles-de-Gaulle.

    Des palissades en bois et un haut talus n’atténuent qu’en partie le bruit de la circulation sur une quatre-voies très empruntée, à l’est, et sur l’autoroute Paris-Lille, qui passe en contrebas, au sud. Une haie d’arbres, à l’ouest, dissimule un site de production et de recyclage de matériaux du BTP, à l’arrêt à l’approche du week-end. « Souvent, cela fait un bruit de marteau-piqueur, et énormément de poussière », explique Marc Scheitz, 44 ans. Même sans cette dernière nuisance, la pollution est sensible : le visiteur d’un jour a rapidement les yeux qui piquent, la gorge irritée.

    Marc Scheitz et sa famille vivent depuis dix-neuf ans sur cette aire, normalement destinée à l’accueil temporaire. Ce commerçant sur les marchés et jardinier tente de relativiser : « C’est moins pire qu’à notre arrivée : c’était un ancien dépôt d’ordures, que nous avons fini de nettoyer et dératisé, avant qu’on nous crée l’aire d’accueil. Et il y a pire ailleurs. » Il cite l’exemple de son frère, « sur une aire du 77 [Seine-et-Marne], près d’une déchetterie », et celui de son oncle, Emile Scheitz. Ce retraité décrit, au téléphone, l’aire de Tremblay-en-France, située sous une ligne à haute tension, à moins de 150 mètres des pistes de l’aéroport de Roissy : « C’est très, très bruyant, jour et nuit. Tout tremble quand les moteurs des avions chauffent. Selon le vent, ça sent le kérosène, qui fait des traces sur les carreaux, et les fumées du crématorium voisin. »

    Une étude statistique, publiée fin août dans la revue #Nature_Cities, montre que « les gens du voyage font face, en France, à une discrimination environnementale systémique », résume l’un de ses quatre coauteurs, #Philippe_Delacote, économiste à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. Les aires d’accueil, dont l’emplacement est déterminé par les pouvoirs publics, ont tendance à se situer sur des communes présentant davantage de nuisances environnementales que les communes sans aires d’accueil, et où la valeur locative des logements est moins élevée.

    Au sein des #communes, ces aires se trouvent dans des zones défavorisées (revenus plus faibles, plus de logements sociaux…). Et ceux qui vivent sur ces aires ont une probabilité bien plus importante, par rapport aux habitants d’autres #zones_défavorisées comparables, d’être à proximité de sources de #nuisances_environnementales : le #risque d’être à moins de 300 mètres d’une #déchetterie se trouve #multiplié_par_trois, celui d’être à moins de 100 mètres d’une #station_d’épuration ou d’une #autoroute est multiplié par deux, ceux d’être à proximité d’un site pollué ou d’une usine classée Seveso (présentant un risque industriel) sont respectivement augmentés de 30 % et de 40 %.

    Comment l’expliquer ? « Il peut s’agir de rationalité économique – on choisit les lieux les moins coûteux à mobiliser – et/ou de racisme environnemental : l’#antitsiganisme est répandu en France, et les décideurs peuvent vouloir éviter les plaintes des autres habitants. Ces deux mécanismes relèvent de logiques différentes, mais convergentes », avance Philippe Delacote.

    Ces travaux prolongent ceux réalisés par le juriste #William_Acker à partir de relevés sur Google Maps, pour son livre Où sont les « gens du voyage ? » Inventaire critique des aires d’accueil (#Editions_du_commun), qui avait connu un certain écho en 2021. La même année, un rapport de la #Défenseure_des_droits alertait sur les « #discriminations_systémiques » contre des gens du voyage. Peu d’améliorations ont été obtenues depuis : « L’Etat réserve désormais ses subventions aux projets d’aires d’accueil respectant différents critères, y compris environnementaux. Mais on ne revient pas sur l’existant, déplore William Acker. La seule exception que je connaisse est l’aire d’accueil à proximité de l’usine chimique #Lubrizol, à Rouen, dont les habitants commencent tout juste à être relogés, six ans après l’incendie sur ce site classé #Seveso ! »

    « Bronchites chroniques »
    Sur l’aire d’Aulnay-sous-Bois, il faut parfois s’enfermer dans les caravanes, tant l’air est saturé de particules. « On mange de la poussière, même si on nettoie beaucoup. On a des infections des yeux, des bronchites chroniques, mal à la tête », explique Denise Lagréné, 71 ans. Son fils, Max, poursuit : « Mon fils a commencé à faire de l’asthme quand il avait quelques mois. Le médecin a dit que c’était à cause de la pollution, qu’il valait mieux partir. » Ils ont passé sept années près de Fontainebleau (Seine-et-Marne) avant de revenir ici, auprès du reste de la famille. « Mon fils n’a plus d’asthme, mais ma compagne est devenue allergique. A force, elle ne supporte pas bien son traitement. On est partis en Vendée cet été : en trois jours, elle allait mieux. »

    Un médecin achève ses visites sur l’aire. Il préfère taire son nom. Désormais installé à Paris, il continue à venir ici de temps en temps, « parce que personne ne veut se déplacer pour les gens du voyage ». Dans quelle mesure ces patients sont-ils malades de la pollution ? « Je n’ai pas les outils pour le dire. Mais on sait qu’elle exacerbe les allergies préexistantes, et qu’elle joue un rôle dans les problèmes cardiaques et pulmonaires que je constate. »

    Les habitants subissent une double assignation à résidence. Malgré leurs demandes auprès de l’intercommunalité, l’unique voie de sortie de l’aire, la route à quatre voies, n’a ni trottoir, ni passage clouté, ni éclairage public. L’oncle de l’épouse de Marc Scheitz y a trouvé la mort en mars 2023, fauché par une voiture en tentant de traverser. Depuis, les habitants s’interdisent toute sortie à pied. « On fait des allers-retours sur l’aire pour se promener », relate Isabelle (le prénom a été modifié), 39 ans.

    Vivre ailleurs apparaît hors de portée. Isabelle, inquiète pour son aîné « qui perd ses cheveux et fait des œdèmes, sans qu’on puisse l’expliquer », rêve d’habitat adapté, c’est-à-dire d’un logement social doté d’un emplacement pour caravane, « car cela fait partie de nous, de voyager l’été ». Or ce type de HLM reste rarissime, tout comme les terrains familiaux, où les gens du voyage peuvent s’installer durablement. Vivre en caravane sur une parcelle privée est de moins en moins toléré. Les aires d’accueil sont saturées : elles totalisent 26 300 places, loin des 43 000 initialement prévues (l’objectif a été réduit depuis), car bon nombre de communes de plus de 5 000 habitants s’affranchissent de l’obligation, fixée par la loi relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage de 2000, de créer ou de cofinancer une aire. S’installer en dehors des terrains prévus est passible d’amende.

    « Ils savent qu’on n’a pas le choix »
    Sur l’aire d’Aulnay-sous-Bois, chaque emplacement coûte 3,50 euros par jour, et les factures hebdomadaires d’eau et d’électricité atteignent souvent 50 euros. « C’est nous qui coupons l’herbe et nettoyons l’aire, parce qu’ils n’envoient personne. Si on dit qu’on paie trop cher, on nous dit “allez-vous en”, regrette Isabelle. Ils savent qu’on n’a pas le choix. »

    « Le manque de terrains fait qu’on se sent presque chanceux », déplore aussi Emile Scheitz. L’aire de #Tremblay-en-France, trop proche des pistes de #Roissy, devait être provisoire. Une soixantaine de personnes s’y serrent depuis vingt ans. « J’ai monté un dossier pour porter plainte, pour mise en danger de nos vies. Mais les autres familles ont la crainte d’être expulsées si j’en fais trop. » L’intercommunalité Paris Terres d’envol, dont dépendent cette aire et celle d’Aulnay-sous-Bois, n’a pas donné suite à nos demandes réitérées d’entretien.

    Dans la Métropole européenne de Lille, des habitantes sont mobilisées depuis 2013 et la création d’une usine de concassage derrière leur aire d’accueil d’#Hellemmes-Ronchin, qui jouxtait déjà une fabrique de ciment. Elles s’apprêtent à sortir un nouveau film, après Nos poumons c’est du béton, réalisé en 2016 pour témoigner de leurs conditions de vie. « Si vous laissez un verre dehors, l’eau devient grise en dix minutes, dénonce Sue-Ellen Demestre, 38 ans, porte-parole de leur association, Da So Vas. Des bébés sont hospitalisés pour des bronchiolites, sept enfants sur dix font de l’asthme. On a recensé dix cancers, dont trois décès. Il y a des maladies que les médecins ne comprennent pas. Ma mère est morte il y a sept mois d’une maladie auto-immune [dont la pollution renforce l’incidence]. Mon père vient de passer un mois à l’hôpital, sous respirateur. »

    En juin, l’association a lancé une pétition, qui a recueilli plus de 15 000 signatures, pour demander au préfet un « refuge climatique » pour l’été, où le beau temps redouble les retombées de poussière. Faute de réponse, une partie des familles ont investi successivement deux terrains, en juillet, obtenant finalement d’y rester jusqu’à fin septembre.

    Une solution pérenne aurait dû être apportée au plus tard cette année, selon le schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage. Mais aucune n’a encore été trouvée, reconnaît Patrick Delebarre, maire (sans étiquette) de Bondues (Nord) et référent de la Métropole européenne de Lille pour les gens du voyage. « La #pression_foncière et sociale dans une métropole rend les choses plus compliquées, dit-il. En attendant, compte tenu de la situation de l’aire, nous allons limiter le coût des charges pour ceux qui y vivent. »

    #Claire_Ané

  • Les #mégabassines du #Poitou sont au #point_mort, révèle un document interne

    Dans une lettre envoyée à des agriculteurs du Poitou, que Reporterre s’est procurée, le maître d’œuvre du projet de mégabassines égraine de nombreux #blocages semblant menacer la #viabilité même du projet.

    C’est un mail un peu spécial qu’ont reçu, le 25 août, les agriculteurs de la région où sont en construction les mégabassines des #Deux-Sèvres, de la #Vienne et de #Charente-Maritime. Illustrée de l’horizon bleu-vert de ces réserves massives d’#eau destinées à l’#irrigation, la « Lettre d’information de la Coopérative de l’eau 79 » (#Coop_de_l’eau_79, maître d’œuvre du projet) décrit un projet au point mort : la plus grande mégabassine construite est #inutilisable, les chantiers sont à l’#arrêt faute d’argent, des négociations politiques traînent...

    Autant de #difficultés qui apparaissent entre les lignes et jettent le doute sur la viabilité de ce projet au centre du débat sur la gestion de l’#eau_agricole. Ce document, que Reporterre s’est procuré et reproduit ci-dessous, interroge sur la survie des mégabassines du Poitou.

    #Sainte-Soline à sec et pour longtemps

    Le premier enseignement de ce document concerne la mégabassine de Sainte-Soline, la plus grande réserve du projet construite à ce jour et point de fixation de la contestation depuis la manifestation de mars 2023. Cette mégabassine, avec trois autres non sorties de terre, s’est vue retirer son autorisation environnementale après un arrêt de la cour d’appel administrative de Bordeaux. Dans sa lettre, la Coop de l’eau prévoit de déposer en 2026, sans préciser la date, la demande de #dérogation d’#espèce_protégée demandée par les juges. Au premier regard, une simple démarche administrative.

    Si la #loi_Duplomb — réautorisant notamment des pesticides interdits — simplifie un peu l’affaire en définissant ces réserves d’eau d’« #intérêt_public_majeur », l’arrêt de la cour d’appel administrative exige de remplir deux autres conditions qui portent sur une #espèce_menacée, l’#outarde_canepetière, en produisant études et propositions pour réduire et compenser les dégâts des travaux.

    D’après Marie Bomare, juriste pour Nature Environnement 17, il faudra plus qu’un formulaire administratif du type Cerfa pour répondre à cette exigence : « L’#outarde étant dans une situation critique, il apparaît difficile de la maintenir dans un état de conservation favorable comme le demande la loi alors que les bassines s’implantent en plein dans leur habitat. »

    « Un symbole fort »

    Or, pas de dérogation, pas de remplissage. Et, suivant le principe de « substitution » d’une mégabassine, le #remplissage ne peut avoir lieu qu’en « haute eau », c’est-à-dire quand il est possible de pomper dans les nappes phréatiques remplies par les précipitations d’automne et d’hiver. Faute de dérogation avant le printemps, la bassine pourrait rester à sec durant la saison d’arrosage. Un gros manque à gagner pour les onze agriculteurs raccordés qui comptent sur cette eau, notamment pour leurs #céréales. Mais aussi un énorme trou dans la caisse de la Coop de l’eau 79, qui facture cette eau « sécurisée » au prix fort.

    Des chantiers à l’arrêt

    Second point de blocage : voilà plus d’un an que devaient débuter les travaux d’une nouvelle bassine à #Saint-Sauvant (Vienne). Or, rien n’a été fait. « Des prochains chantiers de construction sont à l’étude, l’engagement du département est un enjeu majeur pour la suite du programme », explique poliment la Coop de l’eau 79 dans son communiqué.

    Sous cette formule évasive se cachent deux problèmes liés au #financement du projet. Comme l’expliquait récemment Reporterre, l’explosion des #coûts (notamment de sécurisation et d’électricité) a privé la Coop de l’eau de l’argent nécessaire à de nouveaux chantiers.

    Parmi les pistes de financement, les dirigeants négocient depuis plusieurs mois avec la présidente du conseil départemental des Deux-Sèvres, Coralie Dénoues, qui confirmait dans un article du Parisien « [bien travailler] avec la Coop de l’eau 79 pour assurer la continuité du projet et pour le soutenir ».

    Par « soutien », la Coop de l’eau 79 espère ici récupérer des financements publics pour couvrir les frais des travaux. En pratique, les promesses de la présidente semblent difficiles à tenir : « Ce projet n’apparaît pas dans le plan pluriannuel d’investissement du conseil départemental et notre budget ne permettrait pas de financer une structure déficitaire sans couper ailleurs, analyse un élu d’opposition sous couvert d’anonymat. De plus, cela ne relève pas de nos compétences : il faudrait le soutien de la région ou de l’État pour s’engager. »

    Contacté par Reporterre, le conseil départemental des Deux-Sèvres n’a pas donné suite.

    Des irrigants abandonnés en rase campagne

    Avec 4 mégabassines construites sur les 6 attendues avant 2025 et les 16 prévues au total, beaucoup d’irrigants autrefois favorables à ces infrastructures s’impatientent d’avoir un jour « leur bassine », pour laquelle ils paient l’eau bien plus cher qu’ailleurs, comme l’expliquait Reporterre.

    Dans le nord des Deux-Sèvres, sur le bassin du #fleuve_Thouet, certains agriculteurs n’ont même pas vu le moindre projet d’ouvrage. Dans des termes choisis, la Coop clarifie la situation dans son communiqué : un plan d’action est à l’étude, et « peut prendre plusieurs formes dont la clôture temporaire de la section du #Thouet ». Pour le sud des Deux-Sèvres, sur la rivière #Boutonne, la situation bloquée depuis un an est suspendue aux résultats de « travaux ». Laissant d’autres agriculteurs dans l’attente de savoir si oui, ou non, ils auront leur bassine.

    Mauvais signal pour les autres projets

    « En 2025, l’activité de la Coopérative de l’eau 79 est largement orientée vers la communication », conclut la Coop comme un aveu, avant d’encourager les agriculteurs à « [montrer leurs] pratiques, [leurs] avancées technologiques ou en matière d’assolement ». Comme une injonction à envoyer les signaux nécessaires pour recevoir le soutien attendu des pouvoirs publics. Malgré cette priorité donnée à la communication, la Coop de l’eau 79 n’a pas donné suite à nos sollicitations.

    « Le bulletin le dit avec beaucoup de langue de bois, mais le constat est là : le bateau prend l’eau de toute part », affirme à Reporterre Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci. Sans aller jusqu’à crier victoire, il perçoit l’accumulation de signes de fragilité comme des révélateurs : « Le statu quo sur Sainte-Soline, c’est un symbole fort. L’arrêt des chantiers offre une année de répit aux outardes. Une victoire écologiste, cela peut parfois être juste de freiner un projet. »

    Au moment où la loi Duplomb semblait ouvrir grand la porte à la généralisation du modèle, les difficultés rencontrées par ce projet phare pourraient bien rafraîchir les irrigants qui rêvent de leurs propres réserves.

    https://reporterre.net/Les-megabassines-du-Poitou-sont-au-point-mort-revele-un-document-interne
    #agriculture

    • #Mégabassines : la #France recadrée par un rapporteur de l’#ONU

      Un #rapporteur_spécial de l’ONU pointe du doigt des mesures discriminatoires prises contre une petite association, l’#Apieee. À cause de son engagement #antibassines, celle-ci aurait subi des #représailles de deux préfectures.

      Un rapporteur de l’ONU qui prend la plume pour défendre une petite association du Poitou, voilà un soutien que les adeptes de l’agro-industrie n’ont sûrement pas vu venir. L’Association de protection d’information et d’étude de l’eau et de son environnement (Apieee) pourrait ainsi être reconnue #victime de #discriminations en infraction avec le #droit_international. Et ce, grâce à une lettre (à lire en ligne ici) rédigée par Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU, envoyée aux autorités françaises.

      Depuis 1990, la petite association fondée à l’ombre de la forêt de Chizé, à une demi-heure de route à l’ouest de Sainte-Soline, s’emploie à protéger rivières, étangs et nappes des Deux-Sèvres contre les excès de l’agriculture. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle se soit engagée contre la construction de dix-neuf réserves de substitution – les fameuses mégabassines – dès l’enquête publique, en février-mars 2017.

      Cela lui a valu bien des inimitiés. Celle de deux préfectures notamment, qui ont sabré ses subventions et l’ont exclue de certaines instances de gouvernance locale. Une réaction qui a suscité les inquiétudes du rapporteur.

      Coupe de subvention et exclusion

      Dans sa lettre, Michel Forst fournit un détail exhaustif des faits et conclut, à l’adresse des pouvoirs publics : « Je vous demande instamment de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre un terme à la persécution, à la pénalisation et aux mesures vexatoires. »

      De quelle « persécution » s’agit-il ? Déjà, de la mise à l’écart de l’Apieee de moult organes de gestion des ressources en eau. Un exemple qui constitue le premier motif d’alarme du rapporteur : son exclusion du comité scientifique et technique du bassin #Sèvre_Niortaise-Mignon à la suite du refus de l’association de signer un protocole d’accord à la construction de mégabassines piloté par la #préfecture des Deux-Sèvres. On peut citer aussi son exclusion de la commission locale de l’eau de la #Boutonne, qu’elle a appris fin 2024 dans un arrêté du préfet de Charente-Maritime.

      Deuxième représaille : la perte de 8 000 euros de #subventions et donc l’obligation de mettre fin au contrat d’un animateur nature, en 2023. Le motif ? L’association aurait incité à la participation à une manifestation antibassines. Au lendemain de la grosse manifestation de Sainte-Soline de 2022, des gendarmes ont découvert dans un camion à proximité du site un devis perdu entre deux tables pliantes et un matelas : 6 tentes d’appoint, 4 blocs de 3 toilettes sèches… Pour un montant de 400 euros, ce devis est adressé à l’Apieee « pour la manifestation Bassines non merci ».

      « La France est tenue de protéger le droit de manifester »

      Un mois plus tard, le délégué régional académique de Nouvelle-Aquitaine stoppait la subvention perçue par l’Apieee pour ses actions de sensibilisation à l’environnement dans les écoles du fait de « la participation de l’association à l’organisation de la mobilisation contre les retenues de substitutions les 29 et 30 octobre 2022 ». « Nous avions refusé de participer à l’organisation précisément pour éviter ça, on n’a jamais vu ce devis ! s’indigne Joëlle Lallemand, porte-parole de l’Apieee jointe par Reporterre. J’ai transmis nos relevés de compte pour montrer que nous n’avions rien dépensé, on m’a répondu que j’avais pu payer en liquide... »

      Michel Forst, le rapporteur, considère de toute manière que « [m]ême si elle avait été impliquée » dans la manifestation de Sainte-Soline, « la France est tenue de respecter et de protéger le droit de manifester pacifiquement pour l’environnement ».

      En plus de la perte de la subvention, l’association a été exclue par la préfète des Deux-Sèvres des instances de gestion de l’eau de la région — comité ressource, commission locale de l’eau, etc. Un motif suffisant pour lancer une procédure auprès du tribunal administratif de Poitiers. Laquelle est toujours en cours.
      « Protéger les associations de terrain est crucial »

      Signée par la France en 2002, la Convention d’Aarhus (convention régionale des Nations unies sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement) oblige les États qui s’y rallient à s’assurer que les militants « ne soient en aucune façon pénalisés, persécutés ou soumis à des mesures vexatoires en raison de leur action ». Elle a institué en octobre 2021 un rapporteur spécial sur les défenseurs de l’environnement, fonction occupée par Michel Forst depuis juin 2022.

      Certes, le courrier rédigé par Michel Forst n’a aucune valeur contraignante. Mais, « les traités internationaux sont supérieurs aux lois : une telle lettre produite dans le cadre d’une procédure peut avoir un impact sur un juge administratif, s’enthousiasme Pia Savart, juriste pour France Nature Environnement, dont fait partie l’Apieee. Protéger les associations de terrain est crucial car ce sont elles qui font le travail de fond : s’en prendre à elles, c’est entraver la protection de l’environnement. »

      Depuis que la lettre a été transmise au ministère des Affaires étrangères, dès avril, rien n’a pour l’instant bougé. Contactées par Reporterre, les deux préfectures mises en cause n’ont pas donné suite.

      https://reporterre.net/Megabassines-la-France-recadree-par-un-rapporteur-de-l-ONU

  • L’#intersectionnalité, de quoi parle-t-on ?

    Le #concept d’« intersectionnalité » peut apporter un nouvel éclairage sur les multiples réalités étudiantes, en transformant les perceptions et la compréhension des enjeux actuels (Fauteux, 2017).

    Au sens littéral, l’inter-sectionnalité constitue le point d’intersection des #appartenances_identitaires d’un individu. Il ne s’agit pas d’une addition des identités, mais de l’#entrecroisement ou de l’#imbrication des #catégories_sociales comme le genre, l’appartenance à un groupe racisé ou la classe (Harper et Kurtzman, 2014 ; Hill Collins et Bilge, 2020).

    Une expérience indivisible

    Selon la perspective intersectionnelle, les différentes réalités ne sont pas hiérarchisées entre elles : l’expérience d’une personne étudiante qui vit du racisme est aussi valide que celle qui vit de l’homophobie. De plus, alors que les actions antidiscriminatoires se concentrent souvent sur une seule discrimination (le sexisme vécu par des étudiantes, par exemple), une perspective intersectionnelle tient compte du fait que plusieurs formes de #discriminations (comme l’homophobie, le racisme, le sexisme) peuvent être vécues au même moment dans la vie d’une personne (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    L’émergence d’une pensée intersectionnelle remonte au tournant du vingtième siècle, au moment où s’est révélée la complexité des systèmes d’oppression sur la population afro-américaine (Harper et Kurtzman, 2014). C’est toutefois au tournant des années 1990 que le terme « intersectionnalité » a été utilisé afin d’illustrer la situation des femmes afro-américaines et de mettre de l’avant le caractère indivisible de la personne et de son expérience, au fondement de l’interdépendance des catégories sociales (#genre, #classe, #handicap, etc.).

    Au Québec, vingt ans plus tard, la notion d’intersectionnalité a été reprise pour rendre compte des différentes #expériences_vécues par les femmes (Bilge, 2009 ; Juteau, 2010) : une femme blanche scolarisée ne vit pas la même réalité qu’une femme immigrante, par exemple.

    Un outil d’analyse des #inégalités

    En plus d’être une théorie interdisciplinaire, l’intersectionnalité est un outil d’analyse (Lépinard et Mazouz, 2021) qui permet de mieux comprendre comment les #identités — le genre, la classe sociale, l’âge, l’origine ethnoculturelle, le handicap, etc. — se chevauchent et interagissent de manière simultanée pour produire et maintenir des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    Une vision intersectionnelle envisage donc les inégalités comme étant le produit du #croisement de différentes situations sociales, de relations de pouvoir et d’expériences (ibid.).

    –—

    L’approche intersectionnelle opère à deux niveaux :

    - Microsocial : en interrogeant les effets des inégalités sur les vies individuelles, ainsi que les configurations uniques découlant de l’interaction des appartenances identitaires ;
    - Macrosocial : en s’intéressant aux manières dont les systèmes de pouvoir, tels que les institutions économiques, religieuses et gouvernementales, les lois, les politiques ou encore les médias participent à la (re)production des inégalités (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, 2020).

    L’analyse intersectionnelle peut aller plus loin en prenant en compte quatre dimensions de la vie sociale :

    –Organisationnelle, qui renvoie aux organisations sociales, politiques et économiques ;

    –Intersubjective, qui fait référence aux relations interpersonnelles dans des situations formelles ou informelles ;

    –Expérientielle, qui désigne l’expérience subjective des personnes, la manière dont elles se perçoivent et leurs attitudes avec les autres ;

    –Représentationnelle, qui renvoie au cadre de référence à partir duquel les individus et les groupes se représentent eux-mêmes et le monde (ibid.).

    –—

    La notion de « #privilège » (voir la figure La #roue de l’intersectionnalité) réfère quant à elle à un avantage octroyé à une personne ou à un groupe de personnes en fonction de l’identité ou du statut dans la société et la valeur qu’on lui donne (l’orientation sexuelle, la présence ou l’absence de handicap, l’appartenance à un groupe majoritaire ou minoritaire, etc.) (Collège Ahuntsic, 2022).

    Une capacité d’agir

    L’approche intersectionnelle présente un intérêt pour les équipes professionnelles et d’intervention des établissements d’enseignement supérieur en rendant visible « la diversité de l’ensemble du public cible de l’éducation inclusive » (Bauer et Borri-Anadon, 2021).

    Sur le plan du sentiment d’appartenance, le partage des expériences contribue à relier et à tisser des solidarités (Fauteux, 2017). En effet, la perspective intersectionnelle inclut la capacité des personnes à se solidariser sur la base de leurs expériences identitaires et à développer des stratégies communes (Pagé, 2014). Cette capacité d’action mobilisatrice, malgré le poids des obstacles et des discriminations, est d’ailleurs au cœur des principes fondateurs de l’intersectionnalité : les femmes afro-américaines ont été des leaders de leurs communautés en créant des mouvements de reprise de pouvoir (Harper, 2013).

    Références

    Bauer, S. et Borri-Anadon, C. (2021). De la reconnaissance à l’invisibilisation  : une modélisation des enjeux conceptuels de la diversité en éducation inclusive. Alterstice  : revue internationale de la recherche interculturelle, 10(2), 45‑55.

    Bilge, S. (2009). Théorisations féministes de l’intersectionnalité. Diogène, 225(1), 70‑88.

    Collège Ahuntsic (2022). Portail (auto)éducatif EDI. Je te vois, je t’entends, je t’écoute.

    Duckworth, S. (2020). Wheel of Power/Privilege [image en ligne]. Instagram.

    Fauteux, J. (2017). Vers de nouvelles pratiques intersectionnelles  : quand parcours migratoire se conjugue avec situation de handicap [mémoire de maitrise, Université de Sherbrooke]. Savoirs UdeS.

    Harper, E. (2013). Ancrages théoriques entre l’intersectionnalité et les pratiques narratives en travail social. Dans E. Harper et H. Dorvil (dir.), Le travail social. Théories, méthodologies et pratiques (p. 47‑78). Presses de l’Université du Québec.

    Harper, E. et Kurtzman, L. (2014). Intersectionnalité  : regards théoriques et usages en recherche et en intervention féministes  : présentation du dossier. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 15‑27.

    Hill Collins, P. et Bilge, S. (2020). Intersectionality (2e éd.). Wiley.

    Juteau, D. (2010). « Nous » les femmes : sur l’indissociable homogénéité et hétérogénéité de la catégorie. L’Homme & la Société, 176‑177(2‑3), 65‑81.

    Lépinard, É. et Mazouz, S. (2021). Pour l’intersectionnalité. Éditions Anamosa.

    Pagé, G. (2014). Sur l’indivisibilité de la justice sociale ou Pourquoi le mouvement féministe québécois ne peut faire l’économie d’une analyse intersectionnelle. Nouvelles pratiques sociales, 26(2), 200‑217.

    Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (2020). L’intersectionnalité [vidéo].

    https://oresquebec.ca/article-de-dossiers/notions-cles/lintersectionnalite-de-quoi-parle-t-on

    #infographie

  • « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

    Les mouvements antiracistes et décoloniaux ont exprimé leur déception avec colère au festival #Les_Résistantes. Les collectifs écologistes doivent se « déblanchiser », au risque de ne jamais voir leur alliance se concrétiser.

    « OK, stop. » Les Résistantes, le festival de rencontres des #luttes locales et globales qui se tenait du 7 au 10 août, ont réellement commencé lors de la cérémonie de clôture. Sur scène, une dizaine de militants racisés, la voix tremblante d’émotion et de colère. Sur l’herbe, les festivaliers, des personnes blanches pour la quasi-totalité, dans un silence de plus en plus chargé.

    « On a tous fait le même constat : on est fatigués, on est tristes et en #colère, parce qu’on a vécu beaucoup de #violence, explique une première intervenante de ce collectif informel. Tout cela vient s’ajouter à un quotidien déjà très lourd pour nous. C’est d’autant plus dur de subir ce type d’#agressions dans un #festival où nous étions censés arriver en milieu allié. »

    Une autre enchaîne : « Vous êtes tous racistes. Ceci n’est pas un festival antiraciste. Pour l’instant, il est loin de l’être. » Puis une troisième : « On ne veut pas de vos applaudissements. On ne veut plus de votre #hypocrisie. On a besoin que vous nous assistiez vraiment. » Et une quatrième : « Chaque question que vous posez est centrée sur vous ; c’est trop rarement que vous nous demandez ce qu’on ressent. » Puis, alors que les orateurs descendent en pleurs de l’estrade au milieu d’un silence pesant : « Ce [silence], c’est un sentiment d’#inconfort collectif. Une transformation systémique nécessite un inconfort collectif. [...] Sentez l’inconfort, la transformation antiraciste qui est en train de vous traverser, et j’espère qu’à un moment vous serez des militants antiracistes avec nous. »

    Le rendez-vous semble être fixé avec les mouvements de luttes sociales et environnementales : si, suite à cet appel, les transformations réclamées n’ont pas lieu, la #convergence désirée de longue date entre collectifs sociaux et mouvements antiracistes et décoloniaux pourrait bien ne jamais voir le jour. Si elles engendrent une véritable évolution, elles pourraient devenir l’épisode fondateur de cette alliance qui ne parvient pas à émerger.

    L’un des moments clés pour comprendre ce qui s’est joué lors de ces quatre jours de festival, c’est une table ronde consacrée aux #pesticides comme forme de #colonialisme_chimique. Les membres du Collectif des ouvriers agricoles empoisonnés par les pesticides, dont le #chlordécone, de #Guadeloupe et de #Martinique (#COAADEP), y ont exposé longuement les ravages causés par ce pesticide utilisé de 1972 à 1993 aux #Antilles, principalement pour la production de #bananes, qui continue de polluer les sols et générer des maladies mortelles sur ces territoires.

    Un membre du public a alors fait valoir que la France hexagonale aussi connaissait des enjeux de #pollution aux pesticides, en citant l’exemple de la #loi_Duplomb. « La pétition contre la loi Duplomb a récolté plus de 2 millions de signatures ; personne ne soutient nos actions contre le chlordécone, malgré les nombreux morts qu’il a engendrés », ont répondu les membres du COAADEP, avant de quitter la discussion. « Il y a un manque de visibilité profond de nos luttes », condamne après coup Lilith [], membre du COAADEP. Encore sous le coup de l’émotion, elle dénonce aussi avoir été « mal accueillie » et « infantilisée » par des festivaliers lors de l’arrivée du collectif, engagé depuis le 2 août dans une marche en solidarité avec les victimes de ce pesticide.

    « Pas qu’un enjeu théorique »

    D’autres tensions ont émaillé le festival, amenant un grand nombre de participants racisés à faire part, publiquement, de leur colère et de leur #déception.

    « Ces événements ne sont pas nouveaux, ils illustrent la manière dont les personnes blanches ramènent à leur propre condition les #récits que nous partageons », expose Micheline [], du collectif #Vietnam_Dioxine, en soutien aux victimes de l’#agent_orange, un #défoliant chimique, au #Vietnam.

    Elle ajoute : « Nous livrons notre #émotion liée aux #souffrances engendrées par la #domination_coloniale, et celles-ci sont mises à #distance. Plutôt que de nous poser des questions sur le fond, ou de nous demander comment nous allons, on nous demande des conseils pour faire de l’agriculture au Chili, comme si nous étions des porte-parole du Sud Global. »

    « Il ne suffit pas d’avoir lu Malcom Ferdinand »

    La militante a publié une série de stories sur Instagram pour signaler les violences subies par les intervenants sur des causes similaires lors de ce festival, soulignant notamment que « [leurs] histoires douloureuses ne sont pas écoutées par les Blancs qui se disent antiracistes décoloniaux ». « L’enjeu n’est pas pour autant de critiquer l’organisation, qui a mis en place une commission décoloniale, précise-t-elle toutefois. L’#écologie_antiraciste et décoloniale n’est pas qu’un enjeu théorique : il ne suffit pas d’avoir lu #Malcom_Ferdinand [chercheur en sciences politiques et auteur notamment de « Une Écologie décoloniale » (Seuil, 2019)], c’est avant tout une #pratique_politique, et créer cette commission est déjà un acte politique. »

    Les organisateurs de l’événement avaient en effet souhaité insister sur l’enjeu décolonial et antiraciste, qui était l’un des fils rouges des conférences du festival, au même titre que les luttes féministes, LGBT+, contre les idées d’extrême droite, internationalistes, écologistes, paysannes et sociales.

    « Il y a en ce moment des discussions partout sur le camp, et une assemblée générale autogérée sur le sujet, a expliqué Victor Vauquois, cofondateur du collectif Terres de luttes, dans la soirée du dimanche, après la prise de parole. De son côté, l’organisation va en rediscuter pour prendre à bras le corps le sujet, voir comment réparer et apprendre de nos erreurs pour pleinement contribuer à un front antiraciste, écologique et social. »

    Des pistes pour « #déblanchiser » les collectifs

    Reste que chacun des temps consacrés à la perspective antiraciste et décoloniale a montré l’étendue du chemin à parcourir pour que les différents mouvements de lutte se mettent à la hauteur de ce qui leur est demandé.

    Pour Nabil [], de l’#Assemblée_des_quartiers, un collectif né en 2024 formant les jeunes des quartiers populaires à entrer dans l’arène politique, si l’on veut comprendre pourquoi il y a eu autant de « rendez-vous manqués », il faut souligner le peu d’intérêt porté par les écologistes aux dynamiques des populations racisées.

    « Les gens ici ne connaissent pas nos histoires. Nous, on apprend vos luttes : le Larzac, Notre-Dame-des-Landes, etc. La réciproque n’est pas à la hauteur. Qui, ici, connaît le #Mouvement_des_travailleurs_arabes ou le #MIB ? » interroge-t-il, en référence au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), un mouvement politique né en 1995 dans le sillage de la #Marche_de_1983 (surnommée la « #marche_des_Beurs »). Peu connu dans les courants écologistes, le MIB est pourtant l’un des éléments structurants des collectifs antiracistes et contre les #violences_policières contemporaines, à l’instar du #Comité_Adama.

    Cette #méconnaissance des organisations politiques des quartiers n’est « pas qu’un enjeu moral, elle a des conséquences politiques », observe Tara [], du mouvement #Le_Next_Level, qui réunit des associations concernées par les #discriminations. Selon elle, s’imaginer que les quartiers n’ont pas d’histoire politique revient à penser qu’il incombe aux organisations traditionnelles d’aller politiser leurs habitants — comme s’ils étaient des sujets passifs plutôt que des acteurs politiques à part entière. « Pourquoi il n’y a pas de personnes racisées dans votre mobilisation ? Peut-être, simplement, parce que ce que vous faites n’est pas pertinent pour leurs problématiques, ou que votre manière de la faire les en exclut. »

    Le « #privilège_blanc », l’« #ignorance_blanche »...

    Les ateliers visant à outiller les collectifs militants aux enjeux antiracistes ont fait émerger de nombreuses recommandations pour effectuer cette mise à niveau. Mais la liste est si longue, et touche à tant de domaines, que les intervenants en venaient plutôt à recommander de participer à des formations complètes à l’antiracisme. Alors que plusieurs participantes racisées expliquent avoir déserté des groupes militants parce qu’elles y subissaient des #agressions_racistes, d’autres s’interrogent sur la manière de « déblanchiser » ces mêmes collectifs.

    « Il n’y a pas de recette magique, explique Hortensia [], de la commission soins des Résistantes et animatrice de l’atelier. Cela dépend toujours de votre relation à la personne et de votre position dans un groupe social. Mais vous pouvez commencer par certains éléments, comme vous renseigner sur le privilège blanc », défini par l’universitaire étasunienne Peggy McIntosh comme la possibilité pour les Blancs de garder un statut social élevé qui masque les #inégalités_raciales.

    Elle ajoute : « Vous pouvez vous documenter sur l’ignorance blanche, qui consiste à penser que son récit est universel, ou encore sur le #trauma_racial [un concept selon lequel les #traumatismes liés au racisme engendrent des troubles mentaux], qui permet de mieux comprendre certaines réactions de personnes racisées au sein de votre groupe. »

    « Vous portez nos keffiehs comme si vous les méritiez »

    Tous insistent sur la nécessité de ne pas faire de la « #tokenisation » des personnes racisées, c’est-à-dire d’inclure dans un collectif des personnes racisées simplement comme des faire-valoir, pour leur qualité de personne racisée. Cela peut aboutir, raconte une participante, à lui mettre la pression pour représenter le collectif, dans le but de donner à voir une #inclusivité de façade.

    Celle-ci concerne aussi les espaces du festival baptisés Pinar Selek, Djamila Boupacha, Mahsa Jîna Amini, Ifti Nasim, bell hooks, Angela Davis... Autant de figures « token », dénoncent les militants antiracistes sur de grandes pancartes portées sur scène lors de leurs prises de parole. « En fait, vous adorez nos #symboles, vous portez nos #keffiehs à longueur de journée comme si vous les méritiez ; vous utilisez nos #icônes, nos figures ; mais pendant ce temps, vous nous déshumanisez complètement. »

    Certains rappellent que tant que ces discussions débouchent vers la #culpabilité des personnes blanches à l’égard des #oppressions, ce sont encore les personnes racisées qui portent la « #charge_raciale » et doivent rassurer, voire conforter, les personnes blanches.

    Tarik [], de l’association #A4, qui favorise l’intégration d’exilés dans le milieu agricole, rappelle qu’il y a une différence entre #intégration (qui demande que les personnes racisées fassent des efforts pour se plier aux modes d’organisation) et #inclusion (qui implique de s’approcher, de manière proactive, de la position des autres). Et il interroge : « Nous, on fait l’effort de s’adapter aux modes d’organisation des Blancs, mais vous croyez vraiment que c’est la seule manière de s’organiser ? »

    Lucie [*], activiste pour le climat, pose enfin : « Moi, ce que j’aurais voulu, c’est des #excuses, parfois : qu’on me dise “Pardon, je n’ai pas prêté attention à ce que tu as dit, ou à la personne que tu es”. »

    Ressources recommandées par les intervenants

    Livres :

    – Mécanique du privilège blanc — Comment l’identifier et le déjouer ?, Estelle Depris, Binge Audio, 2024
    – Décolonisons-nous, Frank Lao, JC LAttès, 2023
    – Dans le blanc des yeux — Diversité, racisme et médias, Maxime Cervulle, éditions Amsterdam, 2021
    – La Domination blanche, Solène Brun Claire Cosquer, Textuel, 2024
    – Vous les asiates. Enquête sur le racisme anti-asiatique en France, Linh-Lan Dao, Denoël, 2025
    – Moi et la suprématie blanche, Layla Saad, Marabout, 2021
    – Une Minorité modèle ? Chinois de France et racisme anti-Asiatiques, Ya-Han Chuang, La Découverte, 2021
    – Le Privilège de dénoncer — Justice pour toutes les victimes de violences sexuelles, Kharoll-Ann Souffrant, 2022, Éditions du Remue-ménage
    – La Charge raciale — Vertige d’un silence écrasant, Douce Dibondo, Fayard, 2024
    – Comme nous existons, Kaoutar Harchi, Actes Sud, 2021
    – Le Triangle et l’Hexagone — Réflexions sur une identité noire, Maboula Soumahoro, La Découverte, 2020
    – Le Racisme est un problème de Blancs, Reni Eddo-Lodge, Autrement, 2017
    – Les Femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hanane Karimi, Hors d’atteinte, 2023
    – Entrer en pédagogie antiraciste — D’une lutte syndicale à des pratiques émancipatrices, collectif SUD Éducation 93, Shed Publishing, 2023

    Podcasts :

    – Une histoire du Mouvement des travailleurs arabes, France Culture (série de 4 épisodes)
    – Kiffe ta race, Binge Audio
    – Histoires Crêpues
    – Des Colonisations, Spectre Media
    – Je ne suis pas raciste, mais, Slate

    https://reporterre.net/Vous-etes-tous-racistes-la-colere-antiraciste-au-sein-du-mouvement-ecolo
    #racisme #écologie #décolonial #antiracisme #déshumanisation

    ping @karine4

  • Algorithmes publics : #danger démocratique ?

    Nos #services_publics sont truffés d’algorithmes et de plus en plus d’#IA. Le saviez-vous ? Découvrez comment les algos de l’#administration_publique française peuvent façonner votre vie : #transparence, #biais, et le #chatbot Albert décryptés !

    https://www.librealire.org/algorithmes-publics-danger-democratique
    #AI #intelligence_artificielle #France #discriminations #droits_fondamentaux #algorithme #politique #algorithmes_publics #discrimination

  • Discriminée à l’embauche : face à l’injustice, elle témoigne de la galère de milliers d’autistes
    https://www.lemediatv.fr/emissions/2025/discriminee-a-lembauche-face-a-linjustice-elle-temoigne-de-la-galere-de-mi

    Alba, 20 ans, est en pleine recherche d’emploi. Souffrant de troubles du spectre autistique, elle est reconnue par la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) et touche l’allocation adulte handicapé.

    #Discriminations

  • Rage against the racism. Prendre le temps de penser, s’armer avec les sciences sociales

    « It’s raining haine miskina » - Les moules s’en frittent

    Dans le contexte actuel d’attaques contre les personnels de l’université sur les questions de #discrimination ainsi que contre les militantes et militants qui luttent sur ces questions, nous souhaitons donner des éléments de compréhension de ce qui se joue dans notre université suite à la #censure par le président de l’UGA d’œuvres d’art sur notre campus.

    –-
    Signer la pétition intersyndicale : pour le rétablissement de l’intégrité de l’œuvre artistique réalisée par les étudiants et personnels de l’UGA pendant le « #Mois_de_l’égalité », exposée dans la galerie des amphithéâtres du bâtiment Pierre Mendès France :
    https://mobilisation-uga.ouvaton.org/2025/05/21/petition-pour-defendre-la-liberte-dexpression-a-luga
    –—

    Très récemment, l’#UNI, soutenue par des médias d’extrême droite (CNews) et de droite réactionnaire (Le Figaro), s’est offusqué de l’affichage (sous forme de stickers) de messages construits et produits lors d’activités organisées pour le mois de l’Égalité. L’UNI a aussi annoncé avoir porté #plainte contre l’Université. Le président a décidé suite à cela de faire retirer certains de ces stickers qui selon lui « sont incompatibles avec les #valeurs et les #principes républicains que l’université incarne ».


    Le communiqué du président, puis son message à tous les personnels, relayé à sa demande expresse dans certaines structures (notamment plusieurs laboratoires), soulève plusieurs questions de fond, notamment quant aux « valeurs » et aux « principes » mentionnés.

    Quelles sont ces « valeurs » et « principes » qui sont mentionnés, mais jamais définis explicitement par le président ?

    Qui décide, et comment, quelles sont ces « valeurs » ? Est-on sûr·es qu’elles soient largement partagées dans notre communauté universitaire ?

    Comment ces valeurs sont-elles censées être mises en œuvres, sans réponse à ces premières questions ?

    Les décisions prises, de communications, et de censures de certains messages, ont été prises sans consulter aucune instance représentative. Au vu du contenu des écrits du président, on peut aussi légitimement se demander si les personnels et services compétent·es ou expert·es de ces questions ont bien été impliqué·es ou au moins consulté·es pour ces décisions et communications.

    Dès les premiers articles parus dans les médias, et en prévention d’éventuelles réactions irréversibles, la CGT a pris contact avec le président avant que les messages ne soient enlevés, et s’est rendue disponible pour échanger avec lui sur ces questions que l’on sait sensibles. Cet échange n’a finalement pas pu avoir lieu. Les méthodes de communication du président, qui choisit lui-même, plutôt que le dialogue apaisé, de diffuser au maximum sa propre analyse, nous contraint à des modes d’échanges publics que nous regrettons, mais qui nous paraissent nécessaires pour rétablir un peu d’équilibre et de pluralisme dans l’analyse de la situation.

    Voici donc quelques clés pour vous faire une idée par vous même, loin des discours réducteurs et simplistes.

    Prenons par exemple l’accusation de « #racisme_anti-blanc », lancée sur CNews en particulier.

    Le #racisme kesako ?
    À part pour les personnes qui militent ou qui se forment sur ces questions-là, la question peut sembler absurde. Voyons, nous savons toutes et tous ce que c’est que le racisme ! Sauf que c’est un peu plus compliqué que ce qu’on peut penser au premier abord.

    Si on pense que le racisme c’est insulter une personne pour ce qu’elle est, alors oui tout le monde peut en être victime. Cela semble simple… sauf que. Nous y reviendrons plus bas.


    En revanche, si on considère le racisme par ses conséquences sociales ou par le biais de la statistique, alors tout d’un coup les choses changent. En effet, statistiquement, en France, les personnes qui sont discriminées dans l’accès au logement, l’accès au travail, l’accès aux stages, le droit à la santé, ou les personnes victimes d’agressions racistes ou des violences policières, ce sont les personnes identifiées comme noires, arabes, musulmanes, juives, roms ou asiatiques [1]. Pas les personnes perçues comme blanches.

    Cela ne veut pas dire que ces dernières ne vivent pas des situations sociales difficiles mais être non-blanc·he implique un risque largement accru de vivre des #discriminations et des #violences_sociales.

    Revenons sur la question des insultes et du fameux « racisme anti-blanc » si cher à l’extrême-droite.

    Statistiquement, ce racisme en direction des blancs est inexistant. Par exemple, il est socialement toujours avantageux d’être identifié comme blanc pour trouver un logement ou un emploi.

    Quelques repères pour comprendre certains concepts
    Personne racisée : il s’agit non pas de dire que ces personnes sont d’une race différente mais bien de dire qu’elle subissent une assignation à l’appartenance à un groupe supposé (« les noirs », « les arabes » par exemple) et aux #représentations_racistes qui y sont attachées.

    Blanc : utiliser les termes « noir » ou « asiatique », etc, qui renvoie à une caractéristique biologique floue (couleur de peau, forme du visage, …), ou à une origine supposée, peut sembler étrange pour des militants de l’#anti-racisme. Sauf que cela recouvre des réalités sociales de discrimination et de violence. L’utilisation du terme « blanc » est une façon de renvoyer les personnes non racisé·es à leurs caractéristiques pseudo-biologiques, comme pour les personnes racisées. Sauf que dans ce cas, cela ne recouvre pas des réalités de #discriminations.

    #Privilège_blanc : les avantages qu’ont les blancs dans les différentes sphères (accès au logement, à l’emploi etc) en comparaison des personnes non blanches, sans qu’ils ou elles s’en rendent compte. On peut de la même façon parler de #privilège_masculin pour parler de la question féministe, de #privilège_bourgeois pour parler de déterminisme social, de #privilège_valide pour parler du handicap, de privilège lié à l’âge, etc.

    #Intersectionnalité : l’idée ici est de dire que ce que subit une personne discriminée par plusieurs critères n’est pas la simple addition de chacun des effets associés. Par exemple, ce que subit comme violence sociale une femme noire n’est pas la simple addition des violences racistes et des violences sexistes. Le monde n’est pas linéaire, les représentations complexes.

    #Racisme_structurel : on utilise cette expression quand un effet raciste est fortement ancré dans la société. Il n’est pas forcément la conséquence d’une intention directe mais peut aussi l’être d’une façon d’organiser la société, un procédé administratif, etc. et de représentations racistes établies. On peut aussi parler de sexisme structurel, de validisme structurel, etc.

    #Woke : c’est aussi l’occasion de rappeler ici que le terme woke est utilisé depuis longtemps aux États-Unis, qu’il désigne simplement pour les personnes victimes de racisme le fait de rester éveillées sur ces questions et de ne rien laisser passer. Ce n’est en rien une théorie, juste un slogan pour la mobilisation et la vigilance.

    Murs blancs, peuple muet

    Revenons sur les #stickers, créés dans le cadre d’un #atelier organisé à l’occasion du mois de l’égalité, stickers qui ont été tant décriés par l’UNI et les médias de droite réactionnaire et d’extrême droite. Les réactions de ces médias servent le programme politique de l’#extrême_droite qui se présente aujourd’hui comme anti-raciste et premier rempart contre l’antisémitisme, alors que les liens des partis concernés ou des propriétaires de ces grands médias avec les mouvements néonazis ou ouvertement racistes, homophobes et sexistes sont parfaitement établis.

    Mais il n’est pas inutile, pour les personnes non spécialistes et honnêtes intellectuellement, de donner quelques clés de lecture de certains des stickers incriminé.

    Parmi les 32 messages initiaux, collés lors de l’atelier, et qui sont restés un mois et demi sur les vitres, seuls 16 restent intacts à l’heure actuelle. Les 16 autres ont donc été soit effacés à la demande du président, soit vandalisés. Le président n’ayant pas précisé quels messages étaient « incompatibles avec les valeurs », difficile de connaître le responsable réel de l’effacement de chaque message ; reste que nous faisons le lien entre la #censure_institutionnelle largement revendiquée, qui ouvre la porte au #vandalisme des messages restants.

    Voici les phrases qui ont été retirées :

    – « La Terre est monochrome comme un arc-en-ciel, le racisme est juste blanc »
    – « Le monde a mal, normal, il est dirigé par des blancs et des mâles. »
    – « Le bruit et l’odeur de la lacrymo et de la peur, dans les quartiers où les fachos sont passés. »
    – « Halal z’enfants de la patrie »
    – « J’aimerais grand remplacer le gouvernement français »
    – « Il était une fois des corps de mille couleurs illuminant le ciel d’un nuage iridescent les cœurs » (waaaa <3)
    – « Les fascistes c’est comme les enfants, c’est mieux chez les autres »
    – « Toutes les soirées en amphi mais pas de diplôme à la sortie. Qui suis-je ? » (à l’envers, en-dessous : « Le personnel de ménage »)
    – « Ce n’est pas du racisme, c’est une question de culture mais ce sont eux qui font votre couture »
    – « La pookie dans le faf »
    – « Aux échecs comme dans la vie, les blancs ont un coup d’avance »
    – « Racines emmêlées qui renvoient à une même forêt »
    – « Le bruit hait l’odeur »
    – « C’est le travail d’arabe qui a construit Versailles »
    – « L’amour est enfant de Bohème mais on les a mis dans des HLM »

    Sur ces 15 messages seuls 3 parlent explicitement des « blancs » ; les actions de censure ou de vandalisme visaient donc plus largement certains messages du fait de leur simple caractère politique.

    Ces messages nous inspirent ces quelques explications ou interprétations possibles, forcément partielles et partiales, comme le sera toute interprétation de messages à portée artistique.

    La notion de « #hiérarchie_des_races » a été inventée en Europe au moment où celle-ci a commencé à conquérir le monde. Nos plus grands penseurs de la Renaissance et des Lumières, que nous adorons citer, nos penseurs et scientifiques des 18ème, 19ème et 20ème siècles ont produit des textes d’un racisme incroyable, justifiant la domination coloniale et esclavagiste ainsi que l’antisémitisme par des #théories_racistes. C’est une production de notre civilisation européenne et il faut bien le reconnaître. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de violence ou d’#esclavage avant. Mais la théorisation de la #hiérarchisation_des_races comme justification à ces violences, c’est chez nous, européens. Cela appartient à notre civilisation. Et cela a permis de justifier les pires horreurs, de l’extermination quasi complète des peuples autochtones d’Amérique, l’esclavage des peuples noirs d’Afrique pour remplacer cette population, les massacres de la colonisation comme à Madagascar, en Algérie, en Indochine comme dans toutes les colonies qu’elles soient françaises ou pas, et bien évidemment la solution finale nazie contre les juifs et les roms. En ce sens, le racisme est blanc.

    Le racisme au sens de domination sociale est produit et maintenu par les dominants, les décideurs. Or dans nos sociétés européennes, très majoritairement, les dominants sont blancs. En ce sens, le racisme est (majoritairement) blanc.

    Même lecture sociale : en France comme dans de nombreux pays qui dominent économiquement, ceux qui dirigent font partie des catégories privilégiées : des blancs, des #hommes, CSP+ qui n’ont aucun intérêt objectif à voir les choses s’améliorer pour les autres. Et la lutte pour l’égalité passe bien évidemment par la question démocratique, la question de la légitimité de nos représentants (voir leurs catégories socio-professionnelles, leur genre, leur couleur, leur age, ...) ainsi que des ministres qui sont par exemple très nombreux à être millionnaires.

    Il s’agit de dénoncer le racisme comme phénomène social et structurel. Le privilège blanc.

    Pour en revenir au contexte


    Le racisme est bien du côté de l’UNI dont plusieurs de ses membres ont soutenu des candidats aux élections objectivement racistes et parfois multi-condamnés pour cela, ou qui sont aussi membres de partis d’extrême droite.

    Le racisme est dans le camp du RN et de Reconquête qui utilisent des signes distinctifs de ralliement appelés #dog_whistles (https://blogs.mediapart.fr/ilkor/blog/211222/les-dog-whistles-des-extremes-droites-liste-non-exhaustive) pour continuer à communiquer et militer avec les pires militants néonazis et racistes.

    Le racisme est du côté du #ministre_de_l’Intérieur qui désigne systématiquement les musulmans comme la source de tous les maux.

    Il est du côté du président de la République qui laisse depuis des mois les Palestiniens se faire massacrer sans réagir sérieusement, et laisse depuis des années les migrants crever en Méditerranée et dans l’Atlantique en laissant les ONG agir dans des conditions déplorables.

    Dans notre Université, le choix du Président de qualifier de non conforme à nos valeurs les stickers cités plus haut, les retirer, sans en faire l’analyse, sans discuter avec le groupe qui les a créés, est un cadeau fait à l’UNI et à l’extrême droite, ainsi qu’aux médias tenus par celle-ci. C’est un manque de respect et de solidarité avec les personnels et les étudiant.es qui ont passé du temps à travailler pour produire ces œuvres, et à qui nous apportons tout notre soutien. C’est une porte ouverte aux prochaines attaques racistes et réactionnaires qui ne manqueront pas de venir.

    –---

    [1] Pour creuser la question, de nombreux travaux et études sont disponibles : voir par exemple le dossier « Racisme et discrimination » de l’Ined (https://www.ined.fr/fr/ressources-methodes/etat-de-la-recherche/racisme-et-discrimination), les rapports de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) (https://www.cncdh.fr/actualite/cncdh-publie-le-rapport-2023-lutte-contre-racisme-antisemitisme-xenophobie), le guide de ressources UGA « Lutter contre le racisme et l’antisémitisme » (https://www.univ-grenoble-alpes.fr/lutte-contre-le-racisme-et-l-antisemitisme/guide-de-ressources-de-lutte-contre-le-racisme-et-l-antisemitism), l’enquête « ACADISCRI : Inégalités de traitement, conditions d’étude et de travail dans l’enseignement supérieur et la recherche (https://acadiscri.hypotheses.org).

    https://cgt.fercsup.net/syndicats/auvergne-rhone-alpes/universite-de-grenoble/uga/article/rage-against-the-racism-prendre-le-temps-de-penser-s-armer-avec-les-sci

    #UGA #Université_grenoble_alpes #petite_poissonne #tags #graffitis #art #oeuvres_d'art #ESR #universités #France

    ping @karine4

  • Les menaces sur l’État de droit en France
    https://radioparleur.net/2025/05/21/les-menaces-sur-letat-de-droit-en-france

    Le rapport annuel d’Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur la situation des #Droits_humains dans le monde. L’ONG dénonce une dégradation continue des droits fondamentaux en France. Le rapport, publié le 28 avril,s’intitule « 2025, menaces sur l’État de droit ». La présidente d’Amnesty International France, Anne Savinel-Barras présente les principaux éléments du […] L’article Les menaces sur l’État de droit en France est apparu en premier sur Radio Parleur.

    #Au_fil_des_luttes #Carousel_1 #Amnesty_International #Discriminations #Libertés #Migrations #Mouvements_sociaux #Politique #répression

  • #Islamophobie : Retailleau souhaite interdire le port du #foulard à l’#université

    https://www.revolutionpermanente.fr/local/cache-vignettes/L880xH495/2126aeed22cd15977367e7f433883c-a4661.jpg

    Interrogé jeudi par RMC, Bruno Retailleau a réitéré son souhait d’interdire le port du voile à l’université. Une nouvelle sortie raciste, quelques jours après l’attentat islamophobe qui a tué Aboubakar Cissé, qui illustre le rôle du gouvernement dans le renforcement de l’islamophobie d’Etat.

    Interrogé ce jeudi 1er mai sur le plateau de la chaîne RMC, le Ministre de l’Intérieur a réitéré son souhait d’interdire le port du voile à l’université, ressortant une proposition qu’il avait faite en janvier dernier.

    Cette mesure s’inscrit dans la continuité de son meeting, « Pour la République… La France contre l’islamisme », où Retailleau avait fait une véritable démonstration de l’islamophobie d’Etat, scandant la phrase ignoble « A bas le voile ! » Interrogé sur ses propos au regard du meurtre islamophobe d’Aboubacar Cissé dans une mosquée à La Grand-Combe vendredi dernier, Retailleau a affirmé n’avoir aucun regret. Après le vote au Sénat de l’interdiction du foulard dans le cadre des compétitions sportives, Retailleau redouble donc dans sa volonté de stigmatiser les musulmans, en agitant encore « un islamisme qui essaie d’implanter son étendard. » Le meurtre raciste d’Aboubacar, permis par l’islamophobie du gouvernement, avait été traité avec le plus grand des mépris par Bruno Retailleau, incapable de prononcer le nom de la victime et évoquant sa situation administrative irrégulière.

    Aujourd’hui, de nombreuses étudiantes font déjà face à des #discriminations sexistes et islamophobes sur leurs lieux d’études.. L’#acharnement contre les #femmes_musulmanes, chassées par l’Etat et ses relais dans tous les #espaces_publics, est au cœur de la stratégie de surenchère raciste et sécuritaire du ministre de l’Intérieur, qui aujourd’hui reprend programme et discours du RN avec grand enthousiasme.

    Une telle offensive n’est cependant pas sure d’être à l’ordre du jour. En effet, des divergences s’expriment au sein du gouvernement qui a déjà retoqué cette proposition en janvier. Ainsi, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, Philippe Baptiste a de son côté affirmé lors d’un entretien accordé à Sud Radio qu’il ne fallait pas interdire le voile à l’université.. Une telle position n’est en rien une question de conviction puisque l’ensemble de la macronie a défendu avec force l’interdiction des #Abayas, mais une question de rapport de force : l’interdiction du voile à l’université pourrait en effet ouvrir la voie à une importante contestation au sein de la jeunesse.

    Si Bruno Retailleau incarne le pôle le plus droitier du gouvernement, avec Gérald Darmanin désormais ministre de la Justice, l’ensemble du gouvernement est aligné des politiques profondément racistes. La violente #répression qui s’abat contre les organisations, comme #Urgence_Palestine et la #Jeune_Garde, menacés de #dissolution, illustrent la volonté du gouvernement Macron de mettre le #mouvement_social au pas. Face à ces #attaques, il est plus que jamais urgent de construire la riposte contre l’offensive anti-démocratique, et les menaces de dissolutions. Dans ce combat, mais aussi contre la répression étatique de notre camp social, le mouvement ouvrier a un rôle central à jouer.

    https://www.revolutionpermanente.fr/Islamophobie-Retailleau-souhaite-interdire-le-port-du-foulard-a
    #voile #interdiction #Bruno_Retailleau #ESR #université
    ping @karine4

  • Le fondateur du WEF Klaus Schwab visé par une enquête interne RTS

    Le Wall Street Journal a révélé mercredi qu’une lettre anonyme a été adressée la semaine passée au conseil d’administration de la prestigieuse institution, mettant en cause klaus schwab et son épouse hilde qui auraient « mélangé leurs affaires personnelles avec les ressources du Forum, sans surveillance appropriée ».

    Un porte-parole du fondateur, interrogé par le quotidien, a démenti toutes ces accusations.
    . . . . .
    Cette lettre anonyme, qui émane d’anciens et actuels employés, selon le quotidien américain, a poussé le conseil d’administration à se réunir dans l’urgence « le dimanche de Pâques », klaus schwab ayant « opté pour une démission immédiate » de son rôle de président du Conseil d’administration, « plutôt que de rester pour une période de transition prolongée comme prévu auparavant », ajoute le Wall Street Journal, qui s’appuie sur des sources informées sans les nommer.

    La lettre inclut entre autres des accusations selon lesquelles klaus schwab, le fondateur de ce forum qui organise chaque année un sommet pour les élites politiques et économiques dans la luxueuse station de ski suisse de davos, aurait demandé à de jeunes employés de retirer pour lui « des milliers de dollars » dans des distributeurs de billets et utilisé des fonds de l’organisation pour régler des massages lors de séjours à l’hôtel.


    . . . . .
    Les dépenses facturées pour des massages lorsqu’il était en voyage ont toujours été remboursées, a-t-il précisé, klaus schwab réfutant également les accusations contre lui et son épouse concernant les voyages luxueux et retraits d’argent.

    Source : https://www.rts.ch/info/economie/2025/article/klaus-schwab-fondateur-du-wef-vise-par-une-enquete-apres-sa-demission-28861986.h
    #massage #prostitution #chute #klaus_schwab #wef #capitalisme #politique #violence #racisme #discriminations #davos #globalisation_4.0 #actualités_internationales #Grande_Réinitialisation #Réinitialisation #crise #économie #économie_mondiale

  • Klaus Schwab, président du WEF, annonce sa démission immédiate RTS

    Selon un communiqué du WEF publié lundi, Klaus Schwab a informé le conseil d’administration de sa démission lors d’une réunion extraordinaire le dimanche de Pâques. Le choix du chef intérimaire Peter Brabeck-Letmathe, ancien président du conseil d’administration de Nestlé, s’est fait à l’unanimité. Le conseil de fondation a mis en place un comité de recherche pour trouver un successeur durable.

    Il y a un an, en mai, Klaus Schwab avait déjà annoncé son intention de quitter son poste de directeur et de passer à la présidence du conseil de fondation. Il se retire maintenant de cette même fonction.

    Le wef Fondé avec l’argent de ses parents

    Le professeur d’économie allemand Klaus Schwab, né à Ravensburg dans le sud de l’Allemagne, fils d’un directeur d’usine suisse, a créé le Forum économique mondial en 1971 avec l’argent de ses parents, ses économies de manager et un crédit. Le Forum, avec sa réunion annuelle à Davos, est devenu l’une des rencontres les plus importantes pour les politiciens de haut niveau, les grands managers, les scientifiques et les représentants de la société civile du monde entier.

    Le siège du WEF se trouve à Genève. Il emploie 600 personnes dans le monde entier, à Genève, New York, Pékin et Tokyo.
    . . . . .
    Source et suite : https://www.rts.ch/info/economie/2025/article/klaus-schwab-quitte-la-presidence-du-wef-peter-brabeck-letmathe-interimaire-2886

    #klaus_schwab #wef #capitalisme #politique #violence #racisme #discriminations #davos #globalisation_4.0 #actualités_internationales #Grande_Réinitialisation #Réinitialisation #crise #économie #économie_mondiale

  • #Lettre de l’ambassade des États-Unis aux #entreprises françaises : Paris dénonce des « ingérences »

    Plusieurs entreprises françaises ont reçu une lettre de l’ambassade des États-Unis, demandant si elles avaient des programmes internes de lutte contre les #discriminations. Paris a réagi samedi, qualifiant cette initiative d’"ingérences inacceptables".

    Paris a vivement réagi, samedi 29 mars, après l’envoi d’une lettre de l’ambassade des États-Unis à plusieurs entreprises françaises, demandant si elles avaient des programmes internes de #lutte_contre_les_discriminations, qualifiant cette initiative d’"ingérences inacceptables" et prévenant que la France et l’Europe défendront « leurs valeurs ».

    Plusieurs sociétés françaises ont reçu une lettre et un #questionnaire leur demandant si elles mettaient en place des programmes internes de lutte contre les discriminations.

    La missive les prévient que, le cas échéant, cela pourrait les empêcher de travailler avec l’État américain, ce alors que la France interdit la plupart des formes de #discrimination_positive.

    L’information – révélée vendredi 28 mars par Le Figaro et les Echos – s’inscrit dans un contexte de fortes tensions commerciales alimentées par Donald Trump, qui agite tous azimuts des menaces de droits de douane.

    « Les ingérences américaines dans les politiques d’inclusion des entreprises françaises, comme les menaces de #droits_de_douanes injustifiés, sont inacceptables », a rétorqué le ministère français du Commerce extérieur, dans un message transmis à l’AFP.

    Les destinataires du courrier ont été informés du fait que « le #décret_14173 », pris par Donald #Trump dès le premier jour de son retour à la Maison Blanche pour mettre fin aux programmes promouvant l’#égalité_des_chances au sein de l’État fédéral, « s’applique également obligatoirement à tous les #fournisseurs et #prestataires du gouvernement américain », comme le montre le document révélé par Le Figaro.

    Une initiative « inadmissible »

    Une initiative « inadmissible », a réagi samedi auprès de l’AFP le président de l’organisation patronale CPME, Amir Reza-Tofighi, qui dénonce une « atteinte à la #souveraineté » et appelle les responsables politiques et économiques à « faire front commun ».

    De son côté, la CGT demande au gouvernement « d’appeler les entreprises à ne pas engager de politique dommageable pour l’égalité entre les femmes et les hommes et la lutte contre le racisme », a déclaré à l’AFP Gérard Ré, secrétaire confédéral du syndicat.

    Au ministère de l’Économie, l’entourage d’Éric Lombard assurait vendredi soir que « cette pratique reflète les valeurs du nouveau gouvernement américain ». « Ce ne sont pas les nôtres », ajoutait Bercy dans sa réaction transmise à la presse, précisant que « le ministre le rappellera à ses homologues au sein du gouvernement américain ».

    Samedi, les contours de la lettre restaient flous.

    Le cabinet du ministre de l’Économie, contacté par l’AFP, estime que le nombre d’entreprises ayant reçu la lettre serait « de quelques dizaines », tout en précisant que le décompte est toujours en cours.

    Les grands groupes contactés par l’AFP qui ont accepté de s’exprimer ont déclaré de ne pas avoir reçu la lettre, dont le format est inhabituel.

    « Ce n’est pas un courrier qui est parti sur le papier à en-tête de l’ambassade, ni du consulat ou d’une quelconque agence américaine », note auprès de l’AFP Christopher Mesnooh, avocat d’affaires américain du cabinet Fieldfisher basé à Paris, se basant sur la lettre publiée dans le Figaro.

    « Si c’est bien sous cette forme-là que les entreprises l’ont reçue, ce n’est pas une communication officielle et encore moins une communication diplomatique », selon l’avocat. « Ce n’est pas parce que ça traduit l’attitude de cette administration que c’est l’administration au sens propre du terme qui a autorisé son envoi à des entreprises », indique prudemment Christopher Mesnooh.

    Sollicitée par l’AFP, l’ambassade des États-Unis à Paris n’a pas répondu dans l’immédiat.

    L’administration américaine peut-elle exiger des entreprises françaises qu’elles se conforment à sa loi ? « Non », affirme Christopher Mesnooh. « Les entreprises françaises ne vont pas être obligées maintenant d’appliquer le droit social ou la loi fédérale contre les discriminations positives », poursuit l’avocat.

    En outre, pour les entreprises françaises, le problème ne se pose pas dans les termes posés par la lettre car en France, la discrimination positive fondée explicitement sur l’origine, la religion ou l’ethnie « n’est pas autorisée », rappelle l’avocat d’affaires.

    Pour autant, sur le volet de l’égalité hommes/femmes, depuis 2021, pour les entreprises de plus de 1 000 salariés, la loi française impose des quotas de 30 % de femmes cadres-dirigeantes et de 30 % de femmes membres des instances dirigeantes en 2027, puis d’atteindre des quotas de 40 % en 2030.

    Les entreprises qui choisiraient de se conformer aux exigences stipulées dans la lettre se mettraient donc dans l’illégalité du point de vue du droit français.

    https://www.france24.com/fr/am%C3%A9riques/20250329-en-guerre-contre-la-diversit%C3%A9-l-administration-trump-fait-pr

    #USA #France #Etats-Unis #ingérence #ambassade #trumpisme

    • Stupeur dans les entreprises françaises après une lettre de l’ambassade américaine à Paris exigeant qu’elles respectent la politique antidiversité de Trump

      La représentation des Etats-Unis a envoyé un courrier à des nombreux groupes tricolores exigeant qu’ils respectent la politique « #anti-DEI » de l’administration républicaine pour tout contrat avec l’Etat fédéral.

      La lettre est signée par un certain Stanislas Parmentier, le directeur général des services de l’ambassade des Etats-Unis à Paris, selon l’annuaire du département d’Etat américain. En temps normal, cette affaire serait restée sous les radars, mais on est en plein trumpisme et la missive révélée par Les Echos, vendredi 28 mars, dont Le Monde a obtenu copie, enjoint les entreprises françaises destinataires de respecter les règles édictées par Donald Trump, qui bannissent toute discrimination positive en faveur de la diversité et de la parité homme-femme (DEI, Diversity Equity Inclusion) : « Nous vous informons que le décret 14173 concernant la fin de la discrimination illégale et rétablissant les opportunités professionnelles basées sur le mérite, signé par le président Trump, s’applique également obligatoirement à tous les fournisseurs et prestataires du gouvernement américain, quels que soit leur nationalité et le pays dans lequel ils opèrent », écrit l’employé de l’ambassade, qui demande à ses interlocuteurs de signer « sous cinq jours (…) un formulaire de certification du respect de la loi fédérale sur l’antidiscrimination ».

      L’affaire a créé la stupeur à Paris et est remontée au niveau des directions générales, voire des conseils d’administration. Son ampleur est inconnue : s’agit-il uniquement des fournisseurs de l’ambassade ou du département d’Etat ? C’est que laisse croire le préambule du formulaire à signer, qui explique que « tous les contractants du département d’Etat doivent certifier qu’ils ne conduisent pas de programmes de promotion de DEI ».

      Ceci expliquerait aussi que le groupe Orange, qui n’a pas d’activité aux Etats-Unis, l’ait reçue. Ou est-ce une opération de mise en garde de toutes les entreprises françaises ? Mais, dans ce cas, comment expliquer que des grands noms opérant aux Etats-Unis, comme Saint-Gobain, n’aient pas été destinataires du courrier, ni en France, ni aux Etats-Unis ? « Cette lettre n’a été adressée qu’à des entreprises ayant des relations contractuelles avec l’Etat fédéral. Saint-Gobain n’est pas concerné », nous indique l’entreprise. Axa et Kering ne l’ont pas reçue non plus, selon nos interlocuteurs.

      La discrimination positive, faible en France

      La tension créée par Donald Trump a atteint un tel niveau qu’une lettre d’ambassade suscite une panique du même ordre que si elle avait été envoyée par le secrétaire au Trésor ou le secrétaire d’Etat américain. Sans doute pas complètement à tort : la politique voulue par Donald Trump est désormais mise en œuvre avec diligence par les fonctionnaires de l’administration fédérale. La missive est sans doute avant-coureuse des exigences à venir, celles faites aux entreprises européennes de respecter les règles de DEI si elles veulent faire des affaires avec le gouvernement américain, voire faire des affaires tout court aux Etats-Unis.

      Les accusations d’abus d’extraterritorialité et d’ingérence fusent. Toutefois, certains tentent de temporiser avant d’y voir plus clair : l’indignation reste anonyme tandis que plusieurs groupes ont choisi de ne pas signer la lettre de certification, nous indique une haute dirigeante d’un grand groupe français.

      L’entourage du ministre français de l’économie, Eric Lombard, a jugé que « cette pratique reflète les valeurs du nouveau gouvernement américain. Ce ne sont pas les nôtres. Le ministre le rappellera à ses homologues au sein du gouvernement américain ».

      En réalité, dans une République qui a historiquement combattu tout communautarisme et toute distinction ethnique, à l’opposé des Etats-Unis, les politiques de discrimination positive, en France, ont historiquement été beaucoup plus faibles qu’aux Etats-Unis et très peu fondées sur le droit, le comptage ethnique étant prohibé et la prise en compte des origines interdite au sein des entreprises. En revanche, les sociétés de plus de 250 salariés sont légalement soumises à un quota minimal de 40 % de femmes dans leur conseil d’administration ou de surveillance.

      Disney visé par une missive spécifique

      Le décret de Donald Trump a été pris dans la foulée d’un arrêt de la Cour suprême de l’été 2023, interdisant la discrimination positive dans les universités américaines. Dans son décret signé dès le 21 janvier, le président américain écrit que les politiques de diversité « non seulement violent le texte et l’esprit de nos lois fédérales sur les droits civiques, mais portent également atteinte à notre unité nationale. Elles nient, discréditent et sapent les valeurs américaines traditionnelles de travail, d’excellence et de réussite individuelle, au profit d’un système de spoliation identitaire illégal, corrosif et pernicieux ».

      Selon M. Trump, « les Américains qui travaillent dur et qui méritent de réaliser le rêve américain ne devraient pas être stigmatisés, rabaissés ou exclus de certaines opportunités en raison de leur origine ethnique ou de leur sexe ».

      Cette politique est menée tous azimuts. Vendredi 28 mars, le patron de la Federal Communication Commission, qui régule les médias, Brendan Carr, a posté, sur X, la lettre qu’il avait envoyé à Bob Iger, patron de Disney, pour s’assurer qu’il avait démantelé sur le fond et pas seulement sur la forme ses politiques DEI.

      « Pendant des décennies, Disney s’est concentré sur le box-office et la programmation à succès mais quelque chose a changé. Disney est désormais empêtré dans une vague de controverses concernant ses politiques de diversité, d’inclusion et d’inclusion », écrit Brendan Carr, qui met en cause les anciens objectifs de Disney d’avoir plus de 50 % d’acteurs, metteurs en scène, scénaristes issus des minorités ou de rémunérer ses dirigeants en fonction des résultats DEI. « Je veux m’assurer que Disney et ABC [sa chaîne de télévision] n’ont pas violé les réglementations de la FCC sur l’égalité des chances en matière d’emploi en promouvant des formes odieuses de discrimination DEI », met en garde M. Carr.

      En 2022, la querelle entre le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, et Disney, qui s’opposait à une loi surnommée « Don’t Say Gay » (« ne dites pas homo ») bannissant dans les écoles et lycées les cours sur l’homosexualité et la théorie du genre, avait marqué l’acmé de la guerre culturelle aux Etats-Unis. Elle avait également marqué le début de la réaction anti-DEI. Elle se poursuit désormais sans relâche.

      https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/29/stupeur-dans-les-entreprises-francaises-apres-une-lettre-anti-diversite-de-l

    • L’embarras des entreprises françaises face à la croisade antidiversité de Donald Trump
      https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/06/diversite-les-oukases-de-trump-destabilisent-les-entreprises-francaises_6591

      Les exigences américaines sèment le trouble au sein des sociétés, notamment chez celles qui ont une présence aux #Etats-Unis. Si beaucoup assurent qu’elles vont maintenir leur politique inclusive, d’autres ont déjà tourné casaque.

      ... Le cabinet de conseil Accenture, jusque-là chantre des valeurs de diversité et d’inclusion, a supprimé ses objectifs DEI. ...

      Aujourd’hui, quelque 4 500 institutions ont signé la Charte de la diversité, « mais, en réalité, ce n’est pour beaucoup qu’une pétition de principe. Du moins pour les discriminations liées aux origines. En France, on parle désormais du genre, des LGBTQ+ et des personnes trans, mais on ne parle toujours pas des Noirs et des Arabes », estime M. Sabeg, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances (2008-2012).

      https://archive.ph/K40Z0

  • La Défenseure des droits s’alarme de « l’ampleur et l’augmentation des #discriminations en France »

    Dans son rapport annuel publié mardi 25 mars, Claire Hédon alerte sur l’ampleur de l’augmentation des discriminations en France, liées à l’origine particulièrement. Elle s’inquiète aussi des conséquences de la dématérialisation des services publics.

    https://www.humanite.fr/societe/claire-hedon/la-defenseure-des-droits-salarme-de-lampleur-et-laugmentation-des-discrimin

    • La Défenseure des droits dénonce les « excès de la dématérialisation mal pensée »
      https://archive.ph/https://www.mediapart.fr/journal/france/250325/la-defenseure-des-droits-denonce-les-exces-de-la-dematerialisation-mal-pense
      `
      Dans son rapport annuel publié mardi 25 mars, Claire Hédon, la Défenseure des droits, constate une augmentation des discriminations en lien avec l’origine. Elle pointe aussi les difficultés engendrées par les démarches numérisées dans les services publics.

      Claire Claire Hédon est inquiète de la fragilisation des #droits et #libertés à l’œuvre dans la société. « On oublie que les droits sont là pour protéger les personnes et qu’ils nous réunissent pour faire société », déclare la Défenseure des droits lors de la conférence de presse accompagnant la sortie du rapport annuel de l’institution, le 25 mars. Elle souhaite sonner « deux alertes lancinantes » concernant deux phénomènes préoccupants : les discriminations qui ne cessent d’augmenter et les « excès de la dématérialisation mal pensée ».

      En 2024, plus de 141 000 réclamations et demandes d’informations ont été adressées à l’institution. La plateforme de la Défenseure des droits, le 39 28, a connu un « pic d’appels » durant l’été 2024 concernant des propos haineux en raison de l’origine ou de la religion. Une hausse de 53 % a été relevée entre mai et juin 2024. Des chiffres à mettre en parallèle avec le fait qu’en 2020, 18 % de la population de 18 à 49 ans a déclaré être victime de #discrimination, selon l’enquête Trajectoires et origines. Le rapport s’appuie aussi sur l’enquête de victimation menée en 2024 par le ministère de l’intérieur, qui indique une « très forte hausse » de 52 % des faits de discrimination entre 2021 et 2022.

      Alors que les chiffres s’affolent, de manière presque contre-intuitive, les saisines sont, elles, en baisse de 15 %, dit le rapport. Les victimes semblent renoncer à agir, découragées par la procédure ou effrayées par les possibles représailles.
      La Défenseure des droits écrit : « La diminution paradoxale des réclamations que nous avons reçues cette année dans ce domaine met en lumière la difficulté des victimes à faire valoir leurs droits et la nécessité de s’emparer collectivement de cette problématique. »

      L’euphémisation des discriminations est brocardée par Claire Hédon dans son propos liminaire. Elle pointe le fait que les décideurs préfèrent parler de « diversité » et de « lutte contre le discours de haine ». « Or, il est important de parler de discrimination », ajoute-t-elle.

      « Maltraitance institutionnelle »

      L’autre motif d’alerte porte sur les affres de la dématérialisation pour les usagers des services publics, dans un contexte de désengagement de l’État et avec des infrastructures toujours plus éloignées. Cela engendre, selon elle, du découragement, de la résignation et de la lassitude. « Les personnes ne croient plus en l’État. »

      La dématérialisation partait d’une démarche louable, pointe Claire Hédon, à savoir : simplifier les démarches administratives. Or, c’est le contraire qui se produit alors même que les droits sociaux sont fragilisés, « lorsqu’un service a été entièrement dématérialisé sans que l’accompagnement nécessaire ait été prévu, lorsque l’information délivrée est insuffisante, lorsque les procédures de contrôle sont expéditives », peut-on lire dans le rapport.

      37 % des saisines de l’institution en 2024 portaient sur les difficultés d’accès au #titre_de_séjour et au renouvellement, ce qui en fait le premier motif de saisine de l’institution depuis 2022. Un chiffre qui était seulement de 10 % en 2019. De fait, les difficultés rencontrées par les usagers ressortissants #étrangers se sont aggravées depuis le déploiement de l’#administration_numérique pour les étrangers en France (#Anef), canal unique dématérialisé pour les demandes de titres de séjour et de renouvellement.

      Il n’est pas possible de corriger ou de modifier sa demande sur le site. Sans compter les #délais élastiques. Des milliers de personnes étrangères, faute d’obtenir un titre de séjour dans les temps, souvent un renouvellement, perdent leurs droits sociaux ou leur travail, comme Mediapart l’a raconté. Ces personnes précarisées se retrouvent alors en situation irrégulière alors qu’elles étaient en règle. Il s’agit, selon Claire Hédon, d’une « maltraitance institutionnelle ». [#clandestinisation]

      Le risque des algorithmes

      L’inquiétude de l’institution porte aussi sur la généralisation de l’Anef pour toutes les demandes concernant les titres de séjour dans quelques mois. Or, le site dysfonctionne, rappelle Claire Hédon. « On dit à nos interlocuteurs au ministère de l’intérieur que c’est impossible d’étendre l’Anef à toutes les demandes dans ces conditions.

      Concrètement, les réclamants récupèrent leur titre de séjour à un mois de la fin de validité, ils doivent tout recommencer. Le renouvellement automatique des API, les attestations provisoires d’instruction, pourrait désengorger les préfectures. » Une situation à ses yeux révélatrice : « Le degré d’effectivité des #droits_des_étrangers me paraît être un marqueur des droits et libertés dans notre pays. »
      Plus généralement, l’impossibilité pour les usagers de services publics de pouvoir se rendre dans un #accueil physique ou de joindre un·e agent·e au téléphone pénalise les moins familiers avec le numérique. Dans son rapport, l’institution rappelle que « la dématérialisation doit rester une voie d’accès supplémentaire au service public et ne pas se substituer aux guichets, aux échanges postaux ou par téléphone qui doivent demeurer de réelles alternatives pour contacter l’administration ».

      Il ne s’agit pas de pointer le travail des agent·es, insiste Claire Hédon, mais de dénoncer le désinvestissement de l’État dans les services publics. Les agences #France_services, faute de personnels spécialisés en leur sein, ne peuvent pallier ces difficultés.

      Or le problème perdure et s’accentue année après année, « aussi bien pour MaPrimeRénov’ que pour la question des pensions de retraite ». « Nous avons des réclamants qui attendent six mois, un an, dix-huit mois, pour toucher leur retraite. Ils restent sans revenus pendant toute cette période-là, avec des difficultés pour joindre quelqu’un », explique celle qui a déjà rendu plusieurs avis sur le sujet. La Défenseure des droits a aussi été saisie par des bénéficiaires du revenu de solidarité active (#RSA) en raison d’une prise en considération erronée de leurs #ressources. [mais pas seulement]

      Autre sujet dans la ligne de mire de la Défenseure des droits : la #lutte_contre_la_fraude lorsqu’elle se retourne contre les usagers, avec un point de vigilance sur l’intelligence artificielle ou les #algorithmes. Ceux programmés par la Caisse nationale d’allocations familiales ou par la Caisse nationale d’assurance-maladie à l’aide du data mining (« extraction de données ») risquent de reproduire des biais discriminatoires.

      Les logiciels d’affectation au lycée et dans l’enseignement supérieur, #Affelnet et #Parcoursup, risquent, eux aussi, de porter atteinte aux droits des élèves, pointe enfin le rapport. « Lorsqu’une décision administrative est dite partiellement automatisée, un agent public doit contribuer à la prise de décision par une action concrète et significative. La Défenseure des droits relève cependant que cette intervention se révèle parfois inexistante. » Un travail approfondi sur la question spécifique des algorithmes va être mené dans les prochains mois. En attendant, comme le veut l’usage, ce rapport va être remis au premier ministre et à Emmanuel Macron.

      #retraites #CNAV #CAF #data_mining

    • [Exemple] CAF BDR délai de traitement supérieur à 60 jours pour AAH
      https://www.plus.transformation.gouv.fr/experiences/5830113_caf-bdr-delai-de-traitement-superieur-a-60-jours-po

      Cette réponse a été générée par une #IA à 88 % et vérifiée par un agent.

      On notera le titre euphémisant en diable : il s’agit d’une #AAH non versée durant un trimestre.

      En réponse à une réclamation CAF, on a le plus souvent un « votre demande a été traitée », sans plus de précision, qui n’a aucun sens, si ce n’est d’accuser réception. Voilà une chose que l’IA va améliorer en fournissant tissant des phrases ou jamais les dédions de ne seront notifiées "en fait et en droit" comme le veut la loi, quasi systématiquement bafouée.

  • #Julianne_Moore « profondément attristée » que son #livre « Freckleface Strawberry » soit banni aux États-Unis

    Au total, 160 écoles gérées par le ministère de la Défense ont obligation de retirer certains ouvrages liés à la question du #genre ou de la lutte contre les #discriminations.

    La liste des livres bannis dans les écoles américaines augmente. Cette fois-ci, c’est le livre de Julianne Moore qui est concerné. Son ouvrage pour enfants Freckleface Strawberry a été retiré des écoles gérées par le Département de la défense des États-Unis (DoDEA). L’actrice de Hungers Games a exprimé son « grand choc », dimanche 17 février, sur son compte Instagram.

    Julianne Moore a été alertée sur Instagram par l’organisation Pen America, qui protège et sensibilise à la protection de la libre expression aux États-Unis. « Quelques semaines après que l’administration Trump a déclaré que les interdictions de livres étaient un “canular”, la même administration purge les livres des écoles gérées par le département de la Défense, servant 67 000 enfants dans le monde », indique Pen America sur leurs réseaux sociaux.

    Selon The Guardian, le ministère de la Défense a fait circuler une note aux parents des enfants qui étudient dans les écoles du Pentagone. Il indique que les autorités allaient procéder à un « examen de conformité » sur les livres disponibles dans ses bibliothèques. Leur accès a été suspendu pendant une semaine.

    Cette initiative fait suite à la volonté de restriction du ministère de la Défense vis-à-vis des livres susceptibles de « promouvoir l’idéologie du genre ou l’idéologie de l’égalité face aux discriminations », comme le rapporte le Washington Post. Au total, 160 écoles situées dans sept États américains et 11 pays sont touchées par cet examen des autorités.
    Un livre qui s’inspirait du quotidien de Julianne Moore

    The Guardian a d’ailleurs obtenu une liste indiquant les titres de livres concernés. Parmi eux, le livre pour enfants Freckleface Strawberry de Julianne Moore, son premier livre paru en 2007. L’histoire illustrée par LeUyen Pham raconte le quotidien d’une jeune fille de 7 ans qui n’aime pas ses taches de rousseur. Elle finit par les accepter, comprenant qu’elles sont aussi le reflet de la différence.

    L’actrice de Hunger Games confie se sentir « stupéfaite » du retrait de son livre. Elle est elle-même ancienne élève de la Frankfurt American High School, une école du ministère de la Défense en Allemagne. « C’est exaspérant pour moi de réaliser que des enfants comme moi, qui grandissent avec un parent militaire et fréquentent une école [du DODEA], n’auront pas accès à un livre écrit par quelqu’un dont l’expérience de vie est si similaire à la leur », déclare-t-elle.

    « Je ne peux m’empêcher de me demander ce qui est si controversé dans ce livre illustré pour qu’il soit interdit par le gouvernement américain. Je suis vraiment attristée et je n’aurais jamais pensé voir cela dans un pays où la liberté de parole et d’expression est un droit constitutionnel », explique celle qui reste dans l’incompréhension.

    Julianne Moore rappelle avoir écrit son livre pour faire comprendre aux enfants que « nous luttons tous, mais que nous sommes unis par notre humanité et notre communauté ». En plus de Freckleface Strawberry, le livre No Truth Without Ruth, de Kathleen Krull et Becoming Nicole, d’Ellis Nutt ont aussi été retirés des bibliothèques scolaires par les autorités américaines.

    https://www.huffingtonpost.fr/culture/article/julianne-moore-profondement-attristee-que-son-livre-freckleface-straw
    #USA #Etats-Unis #censure #trumpisme #école #éducation #matériel_pédagogique

  • #Intelligence_artificielle : les 7 choses qu’on ne vous dit pas

    Du 10 et 11 février, la France accueille le Sommet mondial sur l’Intelligence Artificielle. Au programme  : une vitrine sur l’avenir qui n’exposera pas les #dangers de l’IA. Bien que ces technologies offrent des avancées réelles - dans le domaine de la médecine par exemple - elle présente aussi des dangers sérieux pour les droits humains. Avec plusieurs organisations de la société civile, nous listons ici les faces cachées de l’IA qui ne seront pas présentées au sommet.

    En organisant à Paris le sommet mondial sur l’Intelligence artificielle (IA), Emmanuel Macron souhaite que «  la France ne passe pas à côté de cette révolution. » Sous couvert d’innovation, c’est la course à la productivité et au profit qui est en jeu. Au rythme foudroyant à laquelle l’IA se développe, les dirigeants ne semblent pas pressés de réfléchir aux enjeux humains, sociaux et environnementaux que posent ces nouvelles technologies. Pourtant, l’un des plus grands enjeux est là.

    Développer l’IA pour continuer d’obtenir des avancées majeures dans des domaines comme la médecine oui, mais développer l’IA en mettant en péril des droits : c’est non. Les droits humains et la justice environnementale doivent être placés au cœur de la régulation de l’intelligence artificielle.

    Et parce que les dangers de l’IA ne figureront pas au programme officiel du Sommet mondial, nous vous les rappelons ici.

    1. L’IA perpétue le #racisme

    Pour fonctionner, l’IA s’appuie sur des #bases_de_données qui intègre les #préjugés et #biais des personnes qui l’ont créé. L’IA perpétue donc les #stéréotypes et accentue les #discriminations déjà existantes.

    ➡️Aux États-Unis, la police utilise une IA pour prédire la récidive criminelle. C’est le fait qu’une personne accusée va potentiellement commettre un nouveau un délit. Cette IA cible deux fois plus les accusés Noirs que les accusés Blancs.

    2. L’IA accentue le #sexisme

    L’intelligence artificielle s’impose comme un miroir de nos sociétés  : elle reflète, aussi, ses biais et accentue les #inégalités_de_genre. 

    ➡️En Autriche, des #algorithmes utilisés dans des outils d’accès à l’emploi ont écarté les femmes des secteurs informatique.

    3. L’IA permet la #cybercriminalité

    Les montages perçus les plus crédibles générés par IA sont un réel danger pour les femmes et les enfants.

    ➡️Les #deepfakes sont massivement utilisés dans le but de nuire aux femmes et de générer des contenus pédocriminels.

    4. L’IA impacte la planète

    ➡️D’ici 2027, l’IA générative nécessitera une alimentation en #électricité équivalente à celle de l’Argentine, cinq fois la France en superficie.

    Les pays du Sud sont les premiers impactés par les ravages écologiques de l’IA : les #data_center y pullulent, l’extraction de #minerais comme le #cobalt (utilisé pour la fabrication des #batteries) met en péril la santé des populations et entraîne la #pollution des eaux et des terres.

    Les émissions de CO2 des "géants de la Tech” ont augmenté de 30 à 50% en 2024 suite au développement fulgurant de l’intelligence artificielle.

    5. L’IA désinforme

    Beaucoup d’outils d’intelligence artificielle permettent et participent à la #désinformation  :

    ➡️Des «  #bots  », ces robots qui imitent l’activité humaine sur les réseaux sociaux pour manipuler l’information, en spammant du contenu, en renforçant la notoriété de comptes ou en diffusant de fausses informations.

    ➡️Montage photo généré par l’IA. Lors de la campagne américaine, Donald Trump a relayé une photo générée par IA montrant Kamala Harris de dos en leader communiste face à une foule de partisans. Une image vue 82 millions de fois.

    ➡️Les deepfakes, ces fausses vidéos de célébrité qui prolifèrent sur les réseaux sociaux, outil notamment utilisé lors de campagnes présidentielles pour attribuer de faux propos aux candidats en lice.

    À la vitesse laquelle se développe l’IA, il va devenir de plus en plus difficile de déceler le vrai du faux. 

    6. L’IA surveille

    Les systèmes d’IA sont aussi utilisés à des fins de #surveillance contre certaines populations. En témoigne les pratiques de la Chine, dotées d’outils dopées à l’IA pour surveiller la population ouïghoure. Et bien souvent, ces technologies sont développées par les pays occidentaux.

    ➡️L’IA est d’ailleurs déjà utilisée aux #frontières européennes à des fins de surveillance contre les personnes exilées. Parmi les outils  : des #détecteurs_de_mensonge et d’émotions sont utilisés pour contrôler les frontières. Baptisé #iBorderCtrl, le projet est financé par l’Union européenne et déjà testé dans 3 pays  : Hongrie, Grèce et Lettonie.

    7. L’IA peut tuer

    L’IA, c’est aussi ça  : des drones et autres armes sophistiquées capables de choisir leurs propres cibles et de les attaquer sans contrôle humain. Des robots-tueurs, décidant via leurs algorithmes de qui vit et de qui meurt, se développent et se vendent déjà sur le marché.

    ➡️À Gaza, l’armée israélienne a utilisé une IA appelée Lavender, censée cibler des terroristes mais qui ont provoqué la mort de milliers de civils gazaouis.

    https://www.amnesty.fr/actualites/intelligence-artificielle-les-sept-choses-qu-on-ne-vous-dit-pas

    #IA

    • TRIBUNE | « L’IA contre les droits humains, sociaux et environnementaux »

      Plus d’une vingtaine d’organisations réunies au sein de la coalition Hiatus, parmi lesquelles Attac, La Quadrature du Net et la Ligue des droits de l’homme, estiment, dans une tribune au « Monde » (https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/02/06/l-intelligence-artificielle-accelere-le-desastre-ecologique-renforce-les-inj), qu’il faut résister au déploiement massif de l’IA, au nom des droits humains, sociaux et environnementaux.

      Tout concourt à ériger le déploiement massif de l’intelligence artificielle (IA) en priorité politique. Prolongeant les discours qui ont accompagné l’informatisation depuis plus d’un demi-siècle, les promesses abondent pour conférer à l’IA des vertus révolutionnaires et imposer l’idée que, moyennant la prise en compte de certains risques, elle serait nécessairement vecteur de progrès. C’est donc l’ensemble de la société qui est sommée de s’adapter pour se mettre à la page de ce nouveau mot d’ordre industriel et technocratique.

      Partout dans les services publics, l’IA est ainsi conduite à proliférer au prix d’une dépendance technologique accrue. Partout dans les entreprises, les manageurs appellent à recourir à l’IA pour « optimiser » le travail. Partout dans les foyers, au nom de la commodité et d’une course insensée à la productivité, nous sommes poussés à l’adopter.

      Pourtant, sans préjuger de certaines applications spécifiques et de la possibilité qu’elles puissent effectivement répondre à l’intérêt général, comment ignorer que ces innovations ont été rendues possible par une formidable accumulation de données, de capitaux et de ressources sous l’égide des multinationales de la tech et du complexe militaro-industriel ? Que pour être menées à bien, elles requièrent, notamment, de multiplier la puissance des puces graphiques et des centres de données, avec une intensification de l’extraction de matières premières, de l’usage des ressources en eau et en énergie ?
      Des conséquences désastreuses

      Comment ne pas voir qu’en tant que paradigme industriel, l’IA a d’ores et déjà des conséquences désastreuses ? Qu’en pratique, elle se traduit par l’intensification de l’exploitation des travailleurs et travailleuses qui participent au développement et à la maintenance de ses infrastructures, notamment dans les pays du Sud global où elle prolonge des dynamiques néocoloniales ? Qu’en aval, elle est le plus souvent imposée sans réelle prise en compte de ses impacts délétères sur les droits humains et l’exacerbation des discriminations telles que celles fondées sur le genre, la classe ou la race ?

      Que de l’agriculture aux métiers artistiques en passant par bien d’autres secteurs professionnels, elle amplifie le processus de déqualification et de dépossession vis-à-vis de l’outil de travail, tout en renforçant le contrôle managérial ? Que dans l’action publique, elle agit en symbiose avec les politiques d’austérité qui sapent la justice socio-économique ? Que la délégation croissante de fonctions sociales cruciales à des systèmes d’IA, par exemple dans le domaine de la santé ou de l’éducation, risque d’avoir des conséquences anthropologiques, sanitaires et sociales majeures sur lesquelles nous n’avons aujourd’hui aucun recul ?

      Or, au lieu d’affronter ces problèmes, les politiques publiques menées aujourd’hui en France et en Europe semblent essentiellement conçues pour conforter la fuite en avant de l’intelligence artificielle. C’est notamment le cas de l’AI Act adopté par l’Union européenne et présenté comme une réglementation efficace, alors qu’il cherche en réalité à promouvoir un marché en plein essor. Pour justifier cet aveuglement et faire taire les critiques, c’est l’argument de la compétition géopolitique qui est le plus souvent mobilisé.
      Une maîtrise démocratique

      A longueur de rapports, l’IA apparaît ainsi comme le marchepied d’un nouveau cycle d’expansion capitaliste, et l’on propose d’inonder le secteur d’argent public pour permettre à l’Europe de se maintenir dans la course face aux États-Unis et à la Chine.

      Ces politiques sont absurdes, puisque tout laisse à penser que le retard de l’Europe dans ce domaine ne pourra pas être rattrapé, et que cette course est donc perdue d’avance.

      Surtout, elles sont dangereuses dans la mesure où, loin de constituer la technologie salvatrice souvent mise en avant, l’IA accélère au contraire le désastre écologique, renforce les injustices et aggrave la concentration des pouvoirs. Elle est de plus en plus ouvertement mise au service de projets autoritaires et impérialistes. Non seulement le paradigme actuel nous enferme dans une course technologique insoutenable, mais il nous empêche aussi d’inventer des politiques émancipatrices en phase avec les enjeux écologiques.

      La prolifération de l’IA a beau être présentée comme inéluctable, nous ne voulons pas nous résigner. Contre la stratégie du fait accompli, contre les multiples impensés qui imposent et légitiment son déploiement, nous exigeons une maîtrise démocratique de cette technologie et une limitation drastique de ses usages, afin de faire primer les droits humains, sociaux et environnementaux.
      Premiers signataires

      David Maenda Kithoko, président de Génération Lumière ; Julie Le Mazier, cosecrétaire nationale de l’union syndicale Solidaires ; Julien Lefèvre, membre de Scientifiques en rébellion ; Marc Chénais, directeur de L’Atelier paysan ; Nathalie Tehio, présidente de la Ligue des droits de l’homme ; Raquel Radaut, porte-parole de La Quadrature du Net ; Soizic Pénicaud, membre de Féministes contre le cyberharcèlement ; Sophie Vénétitay, secrétaire générale du SNES-FSU ; Stéphen Kerckhove, directeur général d’Agir pour l’environnement ; Vincent Drezet, porte-parole d’Attac France.

      https://france.attac.org/actus-et-medias/salle-de-presse/article/l-ia-contre-les-droits-humains-sociaux-et-environnementaux