#division_sexuelle_du_travail

  • Le salariat comme au temps de Marx ?
    https://lecourrier.ch/2018/10/28/le-salariat-comme-au-temps-de-marx

    Les femmes ne sont pas considérées comme des travailleuses professionnelles, mais avant tout comme des ménagères et mères de famille. Leur légitimité trouve sa place dans l’espace domestique et non dans l’espace professionnel, et cela même si elles ont, de fait, toujours travaillé pour la production.

    Pour Silvia Federici6, cette division sexuelle du travail s’installe comme un élément fondamental dans le passage du féodalisme au capitalisme. Les relations de genre sont alors remodelées en profondeur, la lente exclusion des femmes du domaine public accompagnant l’émergence des rapports de production capitalistes.

    #production #reproduction #féminisme


  • La banalité de l’échange. Entretien avec Paola Tabet
    https://gss.revues.org/1227?lang=fr

    Dans cet entretien, l’anthropologue revient sur le parcours théorique et personnel qui l’a amenée à forger le concept d’échange économico-sexuel. Elle insère cette notion dans l’ensemble de ses travaux sur la division sexuelle du travail, la gestion de la reproduction, les interventions sur la sexualité des femmes. Elle revient également sur les usages de la notion d’échange économico-sexuels, les limites qu’il y a à l’utiliser principalement en ce qui concerne ce qu’on appelle le travail sexuel, et la difficulté à penser les échanges économico-sexuels comme un continuum. Le travail de Paola Tabet apparaît ainsi comme un ensemble d’outils théoriques et politiques dont l’objectif est de comprendre et de déconstruire les rapports sociaux de sexe et les fondements de la domination masculine.

    #féminisme

    • De ce point de vue, ton travail rejoint ce qui est appelé dans la dernière enquête sur la sexualité en France une vision différentialiste de la sexualité : une sexualité masculine qui serait plus proche d’une pulsion naturelle et une sexualité féminine de l’ordre des sentiments…
      Évidemment la vision différentialiste de la sexualité n’est pas la mienne. Je ne partage aucunement une vision différentialiste, la vision selon laquelle « par nature » les hommes auraient plus besoin de sexualité que les femmes et les femmes tendraient à une sexualité plutôt de relation, etc. C’est une idéologie qui sert à justifier la domination, entre autres, sexuelle des hommes : ils auraient « naturellement » plus besoin de sexe que les femmes. Donc les femmes doivent le leur donner. C’est une idéologie que entre autres est acceptée par une partie des femmes comme le montre l’enquête récente sur la sexualité en France (Bajos, Ferrand, Andro, 2008) : « la naturalisation des besoins sexuels masculins établit leur caractère irrépressible et justifie pour les femmes [...] l’enjeu d’y répondre pour conforter la relation ». Ce qui tend à rendre acceptable et on peut dire « normal » le fait de subir une sexualité imposée. Et statistiquement les femmes qui « considèrent que les hommes ont par nature plus de besoins sexuels que les femmes, reconnaissent accepter davantage des rapports sans en avoir envie ». Il me semble aussi que ça permet aux femmes d’accepter les différences économiques et de pouvoir (et l’échange économico-sexuel). Une idéologie qui fonde la différence dans la nature est bien pratique pour les dominants.

      #misère_sexuelle #male_entitlement #besoins_sexuels_masculins #sexage #prostitution #mariage #hétéro-patriarcat

    • Je dirais pour le moment que les échanges économico-sexuels sont à la fois et plus et moins contestés. C’est une situation très complexe et en mouvement. En ce qui concerne le mariage, la situation paraît assez floue. Les mariages sont très instables. L’indépendance économique des femmes, leur travail hors de la famille, permet une révolte par rapport à une sexualité qu’on leur impose ou qu’on leur demande dans le mariage. On le voit dans des enquêtes récentes aussi aux États-Unis. La moitié des mariages se brisent : c’est important. Et aux États-Unis et ailleurs le nombre de personnes restant célibataires augmente tout le temps.
      C’est vrai qu’il y a des choses qui bougent, mais d’une façon ou d’une autre il y a encore un pouvoir masculin bien installé. Il y a la situation économique des femmes avec, on le sait, la persistance d’un clivage assez important dans les possibilités d’accès aux postes les mieux rémunérés et généralement réservés aux hommes… Cela vaut pour les classes intellectuelles, pour les classes moyennes. Et aussi pour les femmes des classes pauvres et surtout les immigrées : il y a justement encore des différences importantes de salaire, d’accès au travail, de risques de chômage, le cantonnement dans des métiers de service.
      Le mariage est, et surtout a été, l’endroit de la reproduction. L’échange économico-sexuel n’est pas un choix : c’est ce qui est donné par une structure sociale dans laquelle le mari gagne plus, a plus de biens, de pouvoir, de prestige… La preuve, ce sont les situations plus ou moins catastrophiques lors d’une séparation. Aux États-Unis (et ailleurs) une grande majorité des hommes divorcés ne paient plus un an après, la pension alimentaire fixée par le juge, même s’il y a des enfants. Comment ne pas voir le mariage comme le terrain de l’échange ? Plus d’échange, plus d’argent. Et, de fait, celles qui sont pénalisées (souvent lourdement pénalisées) dans les séparations ceux sont les femmes qui se retrouvent avec moins d’argent et les enfants sur le dos.

      #divorce

    • Dans la société africaine, celles qu’on appelle les « femmes libres » en Afrique francophone, « free women » en Afrique anglophone, ont été périodiquement remises dans le mariage par la violence : par exemple au Ghana et au Nigeria, dans les années 1930 et après, dans les années 1960-70 par exemple, elles sont à plusieurs reprises emprisonnées et données comme épouses à moitié prix (« second hand wives ») à tout homme qui voulaient les prendre et les empêcher de poursuivre leurs activités répréhensibles (les femmes libres ne participaient pas uniquement à des formes de sex work, elles pouvaient aussi être des commerçantes). Toute femme devait en fait être sous le contrôle d’un homme. Et elles essaient sans arrêt d’y échapper. Ce sont clairement des formes de résistance.
      Les lois contre la prostitution dans la Chine populaire des années 1950. Comme le raconte le beau livre de Gail Hershatter (1997) sur la prostitution à Shanghai, les prostituées sont d’abord internées dans des centres de redressement et après, à leur sortie, elles sont rendues à leurs maris ou, si elles étaient célibataires, les institutions essaient de les donner en mariage.
      Il faudrait avoir plus d’études sur ces différentes formes d’interventions et sur la résistance des femmes. Une résistance qui peut prendre beaucoup de formes comme cellede sortir du mariage en prenant la fuite, même plusieurs fois, et comme souvent aujourd’hui, les migrations. C’est pour cela que je parlais dans mon livre de l’histoire des « femmes libres » africaines, des prostituées d’Afrique et d’autres continents, comme de l’histoire, difficile et complexe, d’une résistance.

      #résistance #backlash #historicisation


  • Articulation emploi / famille : une comparaison européenne | femmes.gouv.fr

    http://femmes.gouv.fr/dossiers/partage-des-responsabilites-professionnelles-et-familiales/les-fiches-synthetiques/la-situation-comparee-en-europe-en-matiere-de-partage-des-taches-profess

    Le modèle nordique Les pays nordiques, dans lesquels l’Organisation internationale du travail inclut la France, se caractérisent par une abondante législation nationale sur les congés maternité/paternité/parental, le travail à temps partiel et des dispositifs de garde d’enfants financés par l’État, ils s’appuient fortement sur le secteur public pour aider les jeunes parents à concilier les temps de vie. (...)
    Le modèle anglo-saxon Ce modèle s’applique dans les pays à faible présence du secteur public et repose principalement sur la flexibilité de leur marché du travail et sur leurs entreprises pour proposer des conditions de travail qui s’articulent avec la vie familiale. (...)
    Le modèle corporatiste. Dans des pays tels que les Pays-Bas, ce sont les partenaires sociaux qui négocient les politiques d’articulation des temps de vie. (...)
    Le modèle familialiste Des pays tels que la Pologne, les pays d’Europe du Sud confient principalement aux familles le soin de gérer la question de l’équilibre des temps de vie. (...) Ces pays disposent de généreux congés de maternité et parentaux qui affectent souvent les carrières des femmes qualifiées. Ce modèle a fait l’objet depuis 1990 de nombreuses réformes liées à des coupes budgétaires notamment au niveau du financement des services de garde d’enfants (États et entreprises). Ce contexte associé à une législation « protectrice » des femmes, a augmenté la difficulté d’équilibrer l’articulation entre travail et vie familiale en transférant de plus en plus les responsabilités sur les familles.

    Quelques données pour des pays typiques de chacun des modèles :

    Ecart temps de travail domestique femmes / hommes (en heures par semaine, en 2005) : Danemark +10,1 / RU +18,2 / Pays-Bas +22,3 / Grèce +21,7 / Moyenne UE +17,7
    Ecart temps de travail rémunéré femmes / hommes : Danemark -6,5 / RU -12 / Pays-Bas -13,7 / Grèce -9 / Moyenne UE -7,4

    #travail
    #famille
    #division_sexuelle_du_travail
    #genre


  • La sociologie du genre invite à repenser la critique du travail | E. Galerand & D. Kergoat

    http://nrt.revues.org/1533

    Premier tournant : penser le travail domestique comme travail exploité.

    Nous voudrions maintenant mettre en évidence la charge critique du féminisme matérialiste pour la sociologie du travail et nous distinguerons pour cela deux moments. Le premier renvoie à la théorisation des rapports sociaux de sexe en tant que rapports de production ou d’exploitation en eux-mêmes, irréductibles au capitalisme (Delphy, 1970 ; Guillaumin, 1978). C’est le moment de la conceptualisation du travail domestique comme travail exploité qui opère une double rupture conceptuelle avec la définition dominante et tronquée du « travail » d’une part, avec celle de l’« exploitation » d’autre part. (…) [La] théorisation du travail domestique comme travail exploité engageait une véritable rupture épistémologique, à partir de laquelle il fut possible de repenser le travail, ses contours comme ce qu’il recouvre politiquement. Simultanément, le concept d’exploitation prenait lui aussi une nouvelle épaisseur. Après que Christine Delphy dénonce son usage réservé aux seuls rapports de classe, c’est Colette Guillaumin (1978) qui met en évidence l’existence de différents régimes d’exploitation, de même que les continuités entre l’esclavage et le « sexage », et montre en quoi ceux-ci passent par une appropriation des corps, réservoirs de force de travail (Guillaumin, 1978 ; Juteau & Laurin Frenette, 1988). Les recherches qui s’intéressent aux formes de servitude observables dans le secteur de la domesticité ou du travail reproductif payé en particulier (Glenn, 2009 ; Moujoud & Falquet, 2010) montrent bien l’actualité de cette réflexion sur le travail non libre comme sur les formes transitionnelles d’exploitation telles qu’elles se recomposent aujourd’hui (Galerand & Gallié, 2014). (…)

    Deuxième tournant : la division sexuelle du travail, production mutuelle (et mobile) des rapports sociaux de classe et de sexe.

    Le second tournant est celui de la théorisation du sexe du travail salarié qui ouvre sur la transversalité de la division sexuelle du travail et sur la consubstantialité des différents rapports sociaux d’exploitation (Kergoat, 2012). (…) Ce deuxième moment fut tout aussi décisif. Il révélait que la seule logique du capital était insuffisante pour saisir l’exploitation particulière de la force de travail féminine dans le rapport salarial et que ce dernier, loin d’être purement capitaliste, était également intrinsèquement sexué, structuré suivant la division sexuelle du travail. L’analyse des pratiques combatives et revendicatives des ouvrières montrait d’abord que les rapports différenciés des hommes et des femmes au travail salarié étaient indissociables des rapports différenciés qu’ils et elles entretenaient au travail domestique (Chenal & Kergoat, 1981). Par ailleurs, les ouvrières n’étaient pas seulement plus exploitées que leurs homologues masculins, mais elles l’étaient différemment et cette différence ne pouvait s’expliquer en termes de surexploitation. Car alors, comment expliquer par exemple que les ouvrières qualifiées travaillaient plus souvent à la chaîne que les ouvriers non qualifiés ? C’est bien la problématisation de la transversalité des rapports sociaux de sexe, et de leur imbrication aux autres rapports sociaux, en particulier ceux de classe, qui permettaient de répondre à ces questions et de dépasser le raisonnement selon lequel les femmes étaient exploitées suivant le mode d’exploitation domestique dans le cadre de la famille, puis simplement surexploitées sur le mode capitaliste une fois franchie la porte de l’usine. En contrepoint, la conceptualisation de la « division sexuelle du travail », permit de penser l’intrication dynamique des rapports sociaux de sexe et de classe, leur consubstantialité, le fait qu’ils se modulent et se configurent mutuellement et réciproquement (Kergoat, 2012).
    Quant au travail entendu sous le concept de division sexuelle du travail, il désigne dès lors toutes les activités humaines de production du vivre en société (Godelier, 1984 ; Hirata & Zarifian, 2000). Cette redéfinition contient, à nos yeux, un potentiel particulièrement subversif, qui vient renouveler la critique de l’économie politique, dans la lignée des recherches qui – depuis les années 1970 – démontrent l’insuffisance des compréhensions resserrées du travail conduisant à exclure l’ensemble du travail gratuit des raisonnements sur la société salariale : tâches ménagères, travail d’entretien physique des membres de la famille, de care, ou de santé (Cresson, 2006), maintien du réseau amical et familial (Chabaud-Rychter et al., 1985), production d’enfants (Vandelac, 1985 ; Tabet, 1998). (...)
    Avec et contre Marx, la problématique de la division sexuelle du travail consiste à appréhender les rapports de pouvoir qui produisent des hommes et des femmes en termes de rapports sociaux : elle ne relève ni d’une conceptualisation foucaldienne du pouvoir, ni d’une sociologie bourdieusienne de la domination et de sa reproduction, ni même d’une sociologie des systèmes d’oppression (comme c’est le cas lorsqu’on parle de patriarcat ou de capitalisme par exemple). En empruntant le concept de « rapport social », il s’agit d’envisager les catégories d’hommes et de femmes comme les produits de rapports de force proprement historiques, c’est-à-dire toujours vivants, qui se reconfigurent, se jouent et se rejouent en permanence et qui se déplacent dans l’espace et dans le temps, en fonction des pratiques concrètes et en particulier en fonction de la division du travail concret (prescrit et réel ; visible et invisible ; payé et gratuit).

    (Elsa Galerand et Danièle Kergoat)

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    #exploitation
    #Marx